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La dissociation israélienne, arme suprême en temps de guerre

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La vie sous les alertes ou le regard d’une Française devenue Israélienne.


Cela fait dix ans que j’habite en Israël. En venant ici, en voulant changer le cours de mon destin, et sortir d’une forme de linéarité implacable, je crois que j’ai occulté que j’émigrais dans un pays en proie aux guerres. C’était une éventualité à laquelle je n’avais pas pensé, comme si, pour faire des grandes choses, il fallait parfois un coup de folie, ou d’inconscience.

Israël est intranquille depuis le Covid

Pour la Française que j’étais, la guerre appartenait à un temps ancien, révolu même, à des périodes qui figuraient dans nos livres d’histoire, mais pas dans les vies réelles.  La première rupture fut celle du confinement pendant le Covid. Pendant plusieurs mois, le monde que j’avais habité jusqu’alors semblait défiguré par la peur et par un virus invisible qui mit nos vies par terre.

Et ce qui fut une parenthèse difficile et marquante pour de nombreux pays fut pour Israël le début d’une période d’intranquillité. En effet, depuis 2020, nous avons perdu la notion de la « normalité ».

Cette notion perdue, je ne sais toujours pas aujourd’hui si elle fut une illusion – après tout, en émigrant en Israël en 2015 je n’avais pas expérimenté ce que le peuple avait vécu avant, à savoir les guerres successives suivies des vagues de terrorisme qui laissèrent des marques durables sur la population civile – ou si effectivement 2020 a marqué un véritable tournant dans nos vies, dont nous ne nous sommes toujours pas relevés.

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En 2023, après trois années à vivre avec des masques sur le visage et à passer d’une version de virus à un autre, le pays commence à retrouver un semblant de rythme pour reprendre le fil de sa joie et de son dynamisme tant admiré par tous. C’est alors que notre réalité est brutalisée par le 7-Octobre et par la guerre qui s’en suit et qui – à ce jour – n’est toujours pas finie.

La menace invisible du Covid nous semble pathétique à côté de la menace réelle et permanente qui nous vient de Gaza et du Liban et qui, à ce jour, a causé la mort de 1200 civils et de 470 soldats israéliens. C’est dans ce contexte qu’Israël, menacée dans son essence par les installations nucléaires iraniennes décide d’entrer en guerre contre le régime iranien, une première fois avec la « guerre des douze jours » et une deuxième fois, le samedi 28 février 2026.

Aux abris

Cela fait dix jours que nous vivons au rythme des alertes et des détonations de missiles. Dix jours que nos cartes sont couvertes de rouge, signe des bombes qui tombent de manière aléatoire sur le territoire israélien. Les premiers jours, nous ressentons le besoin de rester prostrés dans nos maisons. C’est un mélange entre les réminiscences du premier confinement et les premiers jours du 7-Octobre où nous sommes forcés de réouvrir nos abris pour y vivre plusieurs heures par jour. La peur est une émotion étrange, il faut la vivre au quotidien pour l’apprivoiser, tant elle s’infiltre partout, tant elle oriente vicieusement les menues décisions que nous essayons de prendre au quotidien. Au bout de quelques jours, la population se divise entre ceux qui continuent à vaquer à leurs occupations, presque comme si de rien n’était, et dédramatisent en permanence ce qui, objectivement, est dramatique et les autres qui se sentent paralysés, réalisant chaque jour dans quel état d’anormalité leurs vies sont plongées.

Pour ma part, je chemine. Je ne sais toujours pas clairement à quelle catégorie de personnes j’appartiens, les peureux et les courageux se mélangeant sans cesse pour créer une troisième catégorie de personnes, les créatifs.

Les créatifs vivent non seulement au jour le jour, mais même dans la seule vérité de l’heure en cours. Certaines détonations nous terrorisent, tandis que des salves de missiles nous laissent indifférents, suivant le moment du jour, l’intensité de la vibration.

Mais hier, afin de rejoindre mon cours de théâtre playback après plusieurs semaines d’interruption, j’ai fait comme on le fait ici, et je me suis dissociée. Ce qui m’aurait paru infranchissable quelques jours avant, la veille même, me parut soudain indolore : rouler sur le périphérique de la banlieue de Tel Aviv de nuit et courir le risque d’être surprise par une alerte.

La nuit est déjà tombée depuis longtemps, je monte dans ma voiture, et choisit, pour fond sonore, un medley des chansons françaises qui ont bercé mon enfance. La douceur de Cabrel et de Goldman crée un contraste avec l’extérieur qui ne me saisit même plus tant nos vies sont texturées de paradoxes en tous genres.

Vous avez un message

Alors que Véronique Sanson s’apprête à faire « sa révérence » elle est coupée dans son élan. La musique s’arrête brusquement et pour cause, nos téléphones sont assiégés par les notifications sécuritaires, coupant par la même musique et navigation.

Je suis sur la voie rapide, cela ne m’est jamais arrivé, encore moins de nuit, je ne sais pas trop quoi faire, je n’ai pas encore acquis cette fameuse « mémoire du chaos » propre aux israéliens de souche et qui s’acquiert au nombre des années vécues ici.

Alors, je fais comme toujours ici, je m’inspire de ceux qui sont près de moi, dans un mimétisme radical. Une file de voitures, pas nombreuses, se rabat sur le bas-côté de la route avec leurs warnings, tandis qu’à ma grande surprise la majorité des véhicules continuent de rouler à vive allure.

Je ralentis, coupe le contact, et sors du véhicule en petite veste. Un homme israélien enjambe la barrière métallique qui sépare la voie rapide des champs, je fais exactement comme lui, ma petite veste en velours me semblant complètement en décalage avec la situation présente, et je me mets sur le sol. Le ciel noir est immaculé de tâches lumineuses, je ne sais plus distinguer entre les étoiles et les bombes, et puis, je réalise que certaines tâches lumineuses grossissent et bougent très vite tandis que ce que je considère comme des étoiles restent immobiles.

La scène dure dix minutes. Elle aurait ressemblé à une scène de fin du monde si mon voisin de circonstance, au téléphone avec sa femme, ne s’était levé avec nonchalance pour remonter aussitôt dans sa voiture et disparaitre dans le noir. Même pas peur alors, je fais la même chose que lui, pour continuer ma route, il ne me reste que douze minutes de route pour atteindre ma destination.

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Arrivée à mon cours de théâtre, mes partenaires de jeu sont assis autour d’une table à boire un thé chaud. Quel calme ici, tandis que moi, je suis en feu. J’ai l’impression d’avoir fait Koh Lanta, un besoin viscéral de raconter mon exploit du soir, j’imagine que ce soir, les deux heures de cours seront dédiées au partage d’expériences, mais ce que j’ai à dire ne semble pas beaucoup les captiver, la conversation divergeant sur d’autres sujets de la vie « courante ».

Le cours démarre, et je dois expliquer ici que le théâtre playback est un théâtre à visée thérapeutique qui utilise l’improvisation du jour pour jouer des histoires vécues et racontées. Je m’attends donc à ce que la couleur de ce cours soit aux couleurs de ces dix jours infernaux de guerre. Les histoires défilent, je me lève, je rassemble ce qu’il me reste de forces et de concentration pour rentrer dans la peau des personnages et des émotions en présence, et le cours se déroule ainsi pendant deux heures sans qu’à aucun moment, je dis bien à aucun moment un mot, une phrase, une histoire ne soit en rapport avec la situation exceptionnelle que nous vivons.

Au bout d’une heure, on me demande quel personnage je veux interpréter et c’est mon inconscient qui répond à la question : je veux jouer la peur, je veux crier, je veux décharger ce qui visiblement ne sera pas mis en mot ce soir.

Mon cri les agresse. Ils sont surpris. Surpris comme si ce cri, cette rage, venaient les ramener à ce qu’ils ne voulaient pas dire. Comme si la peur qui prend les traits de mon visage, ma gestuelle, venait incarner ce que leurs esprits repoussent de toutes leurs forces.

Ou peut-être que ce n’est pas du déni.

Peut-être que ce n’est pas seulement dû à l’habitude des guerres, des alertes, des projets annulés, des vies fragmentées.

Peut-être que vivre ici, c’est cela. Continuer à parler de tout, absolument de tout, sauf de ce qui nous obsède, nous empêche de dormir, et de rêver.

L’amour à mort

Avec Les tendresses de Zanzibar, Thomas Morales signe le récit délicat et mélancolique d’un amour fusionnel. L’histoire d’un bonheur rare, léger mais aussi crépusculaire.


Peut-être qu’un jour viendra où l’on aura oublié ce qu’est d’écrire avec style. Le goût n’est pas exempt de la funèbre destinée des civilisations. En attendant d’en arriver là, il ne faut pas bouder le plaisir d’être en présence d’un texte qui sait se tenir mieux que bien. C’est le cas du dernier livre de Thomas Morales, qui, de son titre – Les Tendresses de Zanzibar – à sa phrase ultime, émerveille et émeut également, c’est-à-dire beaucoup. Ni roman ni récit, mais confession à la fois légère et crépusculaire, lyrique et charnelle, d’un amour jamais fou, toujours sauvage ; d’une passion admirable entre « un ahuri rural en cravate à tricotine » et une femme qui « changeait le plomb du quotidien en une fantasia couleur sépia ». Au bout, il y a la mort, éternelle maîtresse qui sonne la fin de toutes les récréations. Avant ça, il y eut le bonheur d’être ensemble : c’est ce bonheur qui nous est conté.

Le narrateur est à l’abri dans son appartement aux mille fétiches : volumes de Simenon, bandes dessinées du « pusillanime Bernard Lermite de Martin Veyron », Bugatti 35 et Aston Martin DB5 miniatures posées sur la cheminée… L’attirail enfantin d’un écrivain qui « muscle ses doigts dans l’effroi et l’émoi de la phrase indécise » en attendant l’effacement final de son espèce. Nul doute que cela arrivera. Lui-même est d’ailleurs en première ligne : « La lettre de l’hôpital Georges-Pompidou reçue en avril n’était pas annonciatrice de bonnes nouvelles. » Plutôt que de s’effondrer, il choisit de se souvenir de ce pourquoi sa vie fut réussie. Des embardées en Vespa au plaisir de faire « l’amour à dix-sept heures l’hiver et sur les balcons l’été », défile sous nos yeux un portrait-souvenir amoureux, un kaléidoscope doux-amer, un exercice d’admiration foudroyant et un album photo aux allures de poème en prose.

On pense à Paul Guimard et à ses Choses de la vie. À la littérature qui, éloignée des airs militants, dégagée de l’engagement, touche au but, frappe au cœur, monte au ciel. L’espérance est permise. En moins de 120 pages d’une densité prodigieuse, desquelles l’on pourrait et devrait tirer des dizaines d’aphorismes, apparaît la sensation, déchirante et délicieuse, de ce qui fut et ne sera plus. « Le rêve de l’homme est semblable aux illusions de la mer », disait Paul-Jean Toulet, que doit aimer Thomas Morales. Avec Les Tendresses de Zanzibar, ce dernier tend la main à ces écrivains fantaisistes et émouvants, qui n’appuient jamais trop sur les choses, de peur de les briser, et savent extraire des poussières du temps les plus beaux refrains. Dans ce petit chef-d’œuvre, ce Elle & Lui délicat et mélancolique, populaire et raffiné, la femme rêve de devenir danseuse classique et l’homme se trouve trop balourd : par chance, Thomas Morales, par son style et son talent, les a faits légers pour l’éternité.

Les Tendresses de Zanzibar, Thomas Morales, Éditions du Rocher, 2026. 128 pages


Les tendresses de Zanzibar

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La France, otage des flammes de Perse

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La guerre en Iran tourne définitivement la page de la « mondialisation heureuse ». Les bombes tombent sur Téhéran, mais c’est le portefeuille des Français qui saigne, déplore Jean Messiha.


Dans le tumulte des missiles qui lacèrent Téhéran et font trembler le détroit d’Ormuz, la France ne reçoit pas de bombes. Elle reçoit la facture. Silencieuse, implacable, elle s’abat sur les pompes à essence, les factures d’électricité, les bilans des entreprises et le moral d’un peuple déjà exsangue. Cette guerre d’Iran – onze jours de feu et de chaos, déclenchée par les frappes américano-israéliennes du 28 février – n’est pas la nôtre. Elle est pourtant devenue notre garrot. Une guerre lointaine qui, par le col de la mondialisation, étrangle l’Hexagone avec la précision d’un bourreau invisible.

Économiquement, le verdict est déjà tombé, glacial. Le gouverneur de la Banque de France l’a lâché sans fard : « un peu plus d’inflation, un peu moins de croissance ». Traduction littéraire : le baril qui flirte avec les sommets, l’essence qui flirte avec les trois euros, l’industrie automobile – Renault, Stellantis – qui tousse, les transporteurs qui hurlent, les ménages qui serrent les dents. 20% du pétrole mondial transitent par Ormuz. L’Iran le sait, le mine, le menace. Résultat : le CAC 40 qui plonge, les prévisions de croissance 2026 – déjà timides à 1% – qui s’évaporent comme un mirage saharien. Et pendant que Paris convoque en urgence un G7 virtuel ce 11 mars pour « atténuer les conséquences énergétiques », les stratèges de Bercy ressortent les vieilles ficelles : puiser dans les réserves stratégiques, distribuer des chèques carburant. Sparadraps sur une artère sectionnée.

Car la France, cette championne du nucléaire qui se rêvait souveraine, paie au prix fort sa dépendance résiduelle au brut du Golfe. Les raffineries tournent, les camions roulent, les avions décollent encore. Chaque centime de hausse du baril devient un impôt déguisé sur la consommation, une taxe occulte sur la compétitivité. L’inflation, déjà rampante, va mordre plus fort les salaires réels. Les PME, déjà asphyxiées par l’énergie, vont licencier ou fermer. Et les plus modestes, ceux qui n’ont ni télétravail ni SUV électrique, vont choisir entre le plein et les courses. Pendant ce temps, les élites parisiennes, confortablement isolées dans leurs bureaux élyséens, parlent de « coordination européenne » comme d’une incantation magique. La réalité est plus triviale : la France paie pour une guerre qu’elle n’a ni déclenchée ni contrôlée, même si elle sert ses intérêts dans la guerre qu’elle est censée mener contre l’hydre islamique.

Socialement, la braise couve sous la cendre. Car derrière ces chiffres froids se cache la rage muette d’un peuple qu’on a déjà vu exploser pour moins que ça. Souvenez-vous : les gilets jaunes naquirent en 2018 d’une simple révolte contre la hausse du prix du carburant, cette étincelle qui mit le feu aux ronds-points et fit trembler la Ve République. Aujourd’hui, avec l’essence qui s’envole vers les trois euros sous l’effet direct des missiles iraniens, la même colère remonte des périphéries, des campagnes, des banlieues oubliées. Le risque d’un soulèvement populaire n’est plus une hypothèse de cabinet : il est palpable, viscéral. Les classes moyennes écrasées, les précaires qui comptent chaque litre, les jeunes sans horizon – tous sentent l’impôt de guerre indirect leur serrer la gorge. Un nouveau mouvement, plus radical, plus désespéré, pourrait surgir des mêmes ronds-points, cette fois armé non de gilets fluo mais de la certitude que l’État sacrifie son peuple sur l’autel d’une géopolitique dont il n’est même pas maître. Et si les rues s’embrasent, ce ne sera pas pour une taxe écologique : ce sera pour rappeler à l’Élysée que la vraie guerre, parfois, se joue à deux pas du Palais, et non à cinq mille kilomètres.

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Politiquement, le tableau est plus cruel encore. Emmanuel Macron, président du G7 par rotation, joue les pompiers-diplomates : réunion d’urgence, appels à la « désescalade », déploiement « strictement défensif » de frégates et de Rafale pour protéger nos intérêts et ceux de Chypre, cible iranienne. Belle posture. Mais la vérité est amère : Paris n’a pas été informé des frappes initiales. La France, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, réduite à suivre le sillage de Washington et de Tel-Aviv comme un canot de sauvetage accroché à un porte-avions. Résultat ? L’Iran menace l’Europe entière. Cyberattaques, drones, cellules dormantes : le risque terroriste remonte comme une marée noire. Les services de renseignement renforcent déjà Vigipirate. Les banlieues frémissent, les oppositions se frottent les mains. Le Rassemblement national et La France insoumise, pourtant aux antipodes, convergent dans la critique : « À quoi sert notre diplomatie si elle nous expose sans nous protéger ? » Et dans la tourmente économique et sociale qui s’abat sur le pays, la crise pourrait bien accélérer la chute définitive du paradigme idéologique antinational qui dirige la France depuis 1981 – ce funeste tournant où François Mitterrand, élu sur la promesse d’une rupture avec le capitalisme, trahit son peuple en embrassant l’Europe libérale, la finance internationale et le « ni-ni » qui enterre la souveraineté. De Maastricht en 1992, qui mutile notre monnaie et notre indépendance, à Schengen qui dissout nos frontières, de la « mondialisation heureuse » qui vide nos usines et nos campagnes à l’immigration de masse qui fracture notre identité millénaire, ce paradigme n’a cessé de creuser le même sillon : dissolution de la nation au profit d’un supranationalisme bruxellois impuissant, d’un atlantisme servile et d’un multiculturalisme suicidaire. De Chirac à Sarkozy, de Hollande à Macron – ultime avatar blafard de cette dynastie d’eunuques politiques qui ont fait de la France une province consentante –, tous ont perpétué le reniement systématique de ce qui fit sa grandeur. Cette implosion ouvrirait alors grand la voie à l’avènement du paradigme souverainiste et identitaire, seul capable de répondre à la fureur populaire par la restauration d’une nation redevenue maîtresse de son destin, de ses frontières et de son identité.

L’opinion publique, sondée à chaud, est sans illusion : 77% des Français jugent cette guerre mauvaise pour l’économie nationale. Ils ont raison. Car au-delà des chiffres, c’est la souveraineté qui saigne. La France, qui se voulait « puissance d’équilibre », se retrouve otage d’un conflit où elle n’a ni voix ni veto. Alliée fidèle de l’Amérique, elle en subit les contrecoups sans en récolter les fruits. Partenaire des monarchies du Golfe, elle voit ses intérêts menacés par les ripostes iraniennes. Européenne de cœur, elle découvre que l’Union, divisée, réagit en ordre dispersé. Et pendant ce temps, les mollahs agonisants crient leur haine jusqu’aux portes de l’Europe.

Cette guerre révèle l’essentiel : la France n’a plus les moyens de sa prétention. Sans souveraineté énergétique réelle, sans stratégie autonome au Moyen-Orient, elle reste une grande nation sur le papier, une moyenne puissance dans les faits. Les bombes tombent sur Téhéran ; c’est le portefeuille des Français qui saigne. Et quand le dernier missile se taira, quand Ormuz se rouvrira peut-être, il restera cette cicatrice invisible : la preuve que, en 2026, la grandeur française se mesure encore à l’aune des convulsions d’un régime théocratique à 5 000 kilomètres de Paris.

La leçon est cinglante. Car la France paie aujourd’hui au prix fort ses choix énergétiques calamiteux qui ont sciemment fragilisé la filière nucléaire dont elle était la championne incontestée : des milliards d’euros déversés sans compter dans des énergies renouvelables – l’éolien en tête –, pure escroquerie énergétique, mirage intermittent et subventionné jusqu’à l’os. Ces milliards, on aurait mieux fait de les consacrer à la modernisation et à l’extension du nucléaire, qui serait aujourd’hui le bouclier blindé face à l’explosion des prix des hydrocarbures. Même Ursula von der Leyen a fini par reconnaître que les errements sur le nucléaire avaient constitué une erreur stratégique majeure. La prochaine fois, peut-être, Paris comprendra que la vraie diplomatie ne consiste pas à convoquer des G7 en urgence, mais à ne plus dépendre du pétrole des autres pour allumer ses propres lumières. En attendant, le compteur tourne. Et la France paie. Cher. Très cher.

Municipales: À Argenton-sur-Creuse, Pierre Gentillet (RN) décline la «stratégie de la cravate» en mode communal

Dans la « Venise du Berry », l’avocat médiatique, qui avait failli devenir député en 2024, pourrait faire un joli score dimanche.


On avait un peu perdu de vue Pierre Gentillet. En 2024, l’avocat médiatique, estampillé CNews et Sud Radio, a fait partie des grands brûlés de l’élection législative. Candidat dans le Cher, il était largement en tête au premier tour avec  43% des voix, mais dut s’incliner au second face au sortant philippiste Loïc Kervran. Deux ans après, le voici de retour, en lice pour les municipales à Argenton-sur-Creuse, dans le département voisin de l’Indre.  Parachutage ? Pas vraiment. Alors que nous cheminons avec lui dans les rues de la ville, il évoque ici un souvenir d’enfance, là la façade d’un commerce fermé et autrefois tenu par un oncle… et affiche surtout un objectif : réussir le pari de l’enracinement à l’échelle communale. Un exercice où la droite nationale a très souvent échoué.

Vu avec les lunettes de la vie politique nationale, son point de chute n’a rien de crucial. Argenton, c’est cinq mille habitants, un chef-lieu de canton, une gare TER direction Limoges d’où ne sont descendus avec nous qu’un étudiant et un couple de grands parents. Le genre de municipalité dont les édiles sont généralement sans étiquette. Pourtant, la Venise du Berry, ainsi nommée en raison de ses façades peintes en bord de Creuse, est pourvue d’un doge socialiste, Vincent Millan, maire depuis 2014, candidat à sa réélection et héritier des réseaux de Michel Sapin, lequel fut maire intermittent entre deux ministères de 1995 à 2012. L’ancien éléphant de la Hollandie a su couver sa portée : son fils, Clément Sapin est troisième sur la liste Millan. Un système, donc.

Boulet de canon de premier tour ; crash au second

« Quand Pierre Gentillet arrive dans un village, on n’est pas loin de la guerre civile de clocher » nous confie, sourcils froncés, l’animatrice d’un collectif citoyen « engagé contre l’extrême droite à Argenton-sur-Creuse », constitué exprès pour barrer la route de l’avocat. Dans le Cher, où il avait promis de faire « tous les bars » pendant sa campagne, on ne voyait et on ne parlait que de lui. A Bélâbre, village de l’Indre, sa mobilisation contre l’installation d’un centre d’accueil de migrants avait provoqué en 2024 deux manifestations antagonistes, sur un mode presque théâtral. D’un côté, les pro-migrants, dont beaucoup fonctionnaires militants catégorie B en préretraite, des cadres associatifs et des profs; de l’autre, les anti-migrants, au style nettement plus rural, chauffés par Gentillet sur les placettes et dans les débits de boisson. A Argenton comme ailleurs, on prend les mêmes et on recommence : la gauche de service public contre le pays réel des bistrots. Vierges rouges contre nez rouges.

Hussards contre barons

« Gentillet a logiquement la base des électeurs RN » peste un partisan de la mairie sortante… Pourtant, l’avocat est surtout en train de réussir son pari de l’embourgeoisement. Sur sa liste : commerçants, figures locales et même l’opposante historique de la droite municipale. Des messieurs en blazer, quelques cheveux lissés, des personnages respectables. Dans leur programme, on parle patrimoine, embellissement, soutien au petit commerce, qualité de vie… Sur Facebook, le candidat fait de la poterie avec un artisan, de la pâte avec le boulanger ou s’extasie devant les merveilles du terroir. Gentillet apparaît comme un notable de province, même pas RPR, quelque chose entre une UDF ou un vieux CNI ressuscité. Prudence d’ailleurs sur les sujets qui fâchent. L’insécurité ? Les caméras seront « à l’essai » et pour plus de précisions « je vous rappelle qu’on a une élection présidentielle dans un an ». Robert Ménard n’aurait pas dit mieux. Le discours prend-il ? « On vote plutôt LR à l’origine » nous confie le patron de l’agence de voyage présent sur sa liste.

Que l’on soit RN ou non, Gentillet bénéficie du ras-le-bol municipal. Dans les rues, notre tournée des boutiques donne une idée de la popularité « du clan Sapin ». « On ne les voit jamais » ici. « Ils ne font rien pour embellir la ville » là. « Impossible d’avoir qui que soit au téléphone ». « Je pars, l’ambiance est impossible » soupire un libraire qui liquide son stock d’ouvrages de patrimoine local. Les électeurs municipaux n’attendent pas des miracles, seulement les gestes élémentaires du pouvoir local : voirie entretenue, présence humaine, histoire et identité locale. Autant de petits riens qui, dans une mairie, font des tout mais échappent parfois à la hauteur de vue des apparatchiks socialistes.

Mobilisateur… mais clivant

Bref, Gentillet a un coup à jouer. Conscient du danger, Nicolas Forissier, nouveau ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité de France, élu député dans la circonscription depuis 1993, a dépêché sa suppléante sur une liste divers droite bricolée à la hâte. « Pas une candidate sérieuse », grogne un tavernier pro-Gentillet ; la farce politique pourrait valoir au RN un second tour… qui pourrait, comme en 2024, entraîner une dynamique de barrage, mais sur la Creuse cette fois-ci. D’autant que la mairie dispose de quelques atouts, un rien clientélistes, pour mobiliser contre le candidat Gentillet. Dans une boutique associative, dont l’activité est soutenue par la commune, les réponses se font gênées, hésitantes… : « Bah oui, il y a un enjeu… bah oui, on en parle beaucoup… bah oui, sa présence change quelque chose… » et puis « oui on a un peu peur ». Les associatifs subventionnés craignent des coupes sombres dans leur budget. Les profs du lycée Rollinat, très gauche des années 1980, lui seraient assez hostiles.

Face à eux, les pro Gentillet ne la ramènent pas trop. Une commerçante craint des « représailles » pour s’être trop affichée avec le candidat. Une autre nous demande de ne pas mentionner son témoignage. Dans les bars, souvent favorables mais rarement bruyants, ce sont les grandes gueules de gauche qui dominent les conversations. « Ceux qui râlent parlent plus fort », observe une habituée. « Ceux que plus personne ne peut blairer », résume brutalement un colistier.

On devine la ligne de fracture : la gauche d’argent public, braillarde comme le premier député mélenchoniste venu, face aux commerçants et indépendants, aux manières plus policées. « En l’attaquant systématiquement, sur les réseaux, dans ses réunions, les opposants du RN travaillent en vérité pour lui » résume la serveuse d’un bar. L’intimidation morale a vécu. 

Réunion publique et théâtre municipal

Ce soir, Gentillet tient réunion dans une salle municipale en sous-sol d’une barre d’immeuble, carrelage seventies, chaises dépareillées : le décor est populaire, la réunion aussi. Les militants habituels mais aussi les habitants du quartier, ceux que François Hollande appelait jadis les sans-dents. Gentillet déroule son discours de bon père de famille : écouter, comprendre, réparer. Tourisme, label « cité de caractère », embellissement, fleurs, petites industries… Mais la salle vibre aussi aux paroles fortes. Quand on fait tourner le micro dans l’assistance, les quidams parlent de cambriolages, de seringues dans les cages d’escalier et même, avertit une vieille dame à qui l’on donne le micro, « de migrants trop nombreux… même si ça ne plait pas à tout le monde ». Les opposants sont au fond, notamment une prof de français en retraite membre du collectif anti-Gentillet : « Les études montrent que les caméras ne servent à rien ! ». Aussitôt, une riposte fuse dans le fond de la salle : « et les grands-mères agressées ? » Le vécu contre l’expertise universitaire. Ça siffle, ça applaudit, ça s’enflamme. Gentillet tranche, poli et calme : « Ce que nous venons de vivre ce soir, ce sera mon mandat pendant six ans : écoute, débat, dialogue » et de fait, la scène vaut un résumé de la campagne. Argenton ne joue peut-être qu’une vieille pièce provinciale : la morale « citoyenne » et administrative contre les espoirs et colères populaires. Avec un enjeu plus sérieux : la transformation d’un candidat et d’un parti polémique en notabilité municipale. Un test à valeur nationale.

Un coup des Russes

Le chef de l’État avait assuré lors de ses vœux pour 2026 qu’il ferait tout pour que l’élection présidentielle de l’an prochain se déroule « à l’abri de toute ingérence étrangère ». Les élections municipales sont déjà un premier test. De fausses informations sur LFI circulent…


A l’approche des élections municipales, les services de sécurité s’inquiètent d’ingérences étrangères. Viginum est ainsi passé au stade «alerte incendie», a prévenu Emmanuel Macron. Au service de vigilance et protection contre les ingérences numériques étrangères, 65 agents veillent pour réagir dès le «premier indice» d’ingérence ou de «manipulation de l’information».
Récemment, ils ont pointé des attaques contre Sébastien Delogu, accusé par une certaine Sophie de viol[1]. Des tracts avec un QR code renvoyant à son site ont été placardés sur des panneaux d’affichage à Marseille. Des rédactions ont été contactées par une adresse mail anonyme. C’était bidon et ça n’a pas pris. Une autre vidéo, signée Alternative 2026 invite les musulmans à voter LFI « pour une France plus musulmane ». Tout aussi bidon. Ce dernier exemple est intéressant, car on voit que la désinformation joue avec le vraisemblable. On peut croire et diffuser ces affabulations en toute bonne foi – biais cognitif, on croit ce qui cadre avec nos convictions.

A lire aussi, Didier Desrimais: Information: tout est sous contrôle

La presse dénonce surtout les attaques contre LFI, pauvre parti injustement ciblé. Et accuse dans le même temps sans preuve Sarah Knafo d’être favorisée par Elon Musk à cause de son succès sur X. Mais tous les candidats et toutes les personnalités publiques sont en réalité victimes de calomnies en bandes organisées.

Mais s’agit-il d’ingérences étrangères ?

Certainement, pour une bonne part. D’après Viginum, un site russe accusait Pierre-Yves Bournazel de vouloir installer un centre de migrants à Beaubourg. Concernant LFI, Le Monde laisse entendre sans preuve que c’est un lobby pro-israélien – Elnet. Il est très facile d’accuser les méchants du moment: Russie, Chine et bien sûr Israël. De fait la désinformation est une arme de choix de la guerre secrète à laquelle participent tous les Etats, y compris espérons-le le nôtre. Et ce n’est pas nouveau, rappelez-vous de la propagande soviétique. La nouveauté, c’est l’industrialisation du mensonge. N’importe quel millenial peut désormais fabriquer de faux comptes ou de faux médias pour y diffuser des fausses nouvelles. Des gens qui ne sont ni Russes, ni Chinois peuvent raconter n’importe quoi, comme ce pseudo-artiste expliquant à un pseudo-journaliste dans une vidéo accessible à tous qu’il n’a pas fait carrière parce qu’il a refusé de participer à des rituels satanistes avec sang d’enfant au menu…
Ce n’est pas Viginum ni la justice qui peuvent lutter contre ce déferlement de ragots et coquecigrues, qu’ils soient d’origine étrangère ou made in France. Les émetteurs sont trop nombreux. Mais on peut agir sur les récepteurs, c’est-à-dire vous et moi. La seule arme contre la désinformation, c’est la raison humaine. Votre cerveau.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/09/sebastien-delogu-francois-piquemal-et-lfi-cibles-par-une-campagne-de-desinformation-en-pleine-campagne-des-municipales_6670119_823448.html

DZ Mafia: les 42 dealers l’ont dans le baba

La DZ Mafia est la pieuvre qui bouche le port de Marseille. Lors de l’opération « Octopus », 42 personnes soupçonnées d’y appartenir ont été interpellées hier lors d’un vaste coup de filet de la police, a annoncé le parquet de la ville. La DZ Mafia ne relève pas seulement du trafic de drogue : elle incarne une mafia post-coloniale et clanique qui profite du recul de l’État pour exercer un pouvoir territorial concurrent de celui de la République. Les discours victimaires « décoloniaux », tenus par l’extrême gauche ou par Alger, trouvent une oreille attentive chez certains enfants d’immigrés et compliquent la tâche des autorités françaises.


À Marseille comme ailleurs, la question n’est plus seulement celle de la drogue. La question est désormais simple : qui commande réellement certains territoires de la République ?

Il aura fallu des dizaines de morts, des quartiers transformés en champs de bataille et une organisation criminelle devenue hégémonique à Marseille pour que l’État se décide enfin à frapper.

Ce mardi, une vaste opération judiciaire a conduit à l’interpellation de plusieurs dizaines de membres présumés de la DZ Mafia, dont plusieurs chefs considérés comme les commanditaires de nombreuses violences. Le coup de filet est spectaculaire. Il est aussi révélateur. Car il confirme exactement ce que certains observateurs disent depuis des années — souvent dans l’indifférence, parfois sous les accusations de fantasme ou de « stigmatisation ». Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement le simple narcotrafic.

Une mafia d’un genre nouveau

Contrairement à l’image classique de la mafia — pyramidale, hiérarchisée, dotée d’un « parrain » — la DZ Mafia fonctionne selon un modèle bien plus moderne. Je l’ai écrit dans plusieurs tribunes : la DZ Mafia n’est pas une Cosa Nostra française. C’est une mafia post-coloniale. Elle ne repose pas sur un chef unique, mais sur un réseau de caïds, de cousins, de frères, de relais de quartier, capables de coopérer ou de s’affronter selon les circonstances. Une structure réticulaire, souple, difficile à infiltrer et presque impossible à démanteler durablement. On peut arrêter un chef. Un autre prendra sa place. On peut neutraliser un réseau. Trois autres apparaîtront.

Cette plasticité est précisément ce qui rend ces organisations redoutables.

Dès les années 1950, le FLN avait préparé le terrain. La France n’était pas seulement le pays de l’ennemi : elle était déjà le territoire de la septième wilaya. Des bureaux furent installés dans les villes industrielles et les quartiers ouvriers. On y organisait la collecte de fonds, l’intimidation des opposants, l’endoctrinement des travailleurs immigrés. Mais surtout, on y inoculait un récit. Un récit de séparation, de refus et de vengeance. Ce récit disait : tu vis en France, mais tu n’es pas Français. Tu es un Algérien en territoire ennemi.

Ce discours n’a jamais cessé d’exister. Il s’est transmis, pas toujours par les mots, souvent par les gestes, les silences, les regards. Il a produit des enfants qui, nés en France, n’ont jamais été élevés dans l’amour de la France. Mais dans le ressentiment. Dans la méfiance. Dans la volonté de prendre sans donner. De s’installer sans appartenir. Et de régner sans s’intégrer et encore moins s’assimiler. C’est ainsi qu’un demi-siècle plus tard, la DZ Mafia s’est imposée comme la face criminelle de cette guerre non terminée. Elle n’est pas qu’une organisation mafieuse de plus. Elle est la forme contemporaine des Barbaresques, sans voiles ni sabres, mais avec scooters, voitures-béliers, kalachnikovs, exécutions de rivaux et réseaux cryptés. Elle agit en meute, organisée en systèmes claniques, par razzias, par racket, par conquête de territoire. Elle fonctionne en marge du droit français, selon une logique de clan, d’honneur et d’impunité. Et elle se pense dans une hostilité profonde à la France et à ses lois.

Du narcobanditisme au narcoterrorisme

Pendant longtemps, les autorités ont parlé de narcobanditisme. Le terme suggère une criminalité lucrative classique. Mais la réalité qui se dessine est plus inquiétante. Car les méthodes employées — assassinats ciblés, exécutions spectaculaires, intimidation des habitants, terreur exercée sur les quartiers — relèvent désormais d’une logique de narcoterrorisme.

La violence n’est plus seulement un outil pour protéger un trafic. Elle devient un instrument de domination territoriale. Il s’agit d’imposer une autorité. Dans certains quartiers, chacun sait qui commande réellement. Ce n’est plus l’État. C’est le réseau.

Un phénomène criminel… mais aussi anthropologique

Réduire la DZ Mafia à un simple trafic de stupéfiants serait une erreur. Ce qui se joue dépasse le narcobanditisme.

Il s’agit d’un phénomène social enraciné dans des solidarités familiales, claniques et territoriales, qui remplacent progressivement l’autorité de l’État dans certains quartiers. La loyauté ne va pas à la loi. Elle va au groupe. Ce n’est pas la République qui protège. C’est le clan.

Dans ce contexte, la violence devient un langage normal : règlements de comptes, enlèvements, intimidations, démonstrations de force. La criminalité devient une économie parallèle structurante.

Les routes du trafic

Autre angle mort du débat français : les circuits d’approvisionnement. Les stupéfiants qui irriguent les marchés français proviennent de plusieurs sources. Le cannabis qui alimente une grande partie du marché européen provient historiquement du Rif marocain, vaste région montagneuse où la culture du kif s’est développée depuis des décennies.

La cocaïne suit quant à elle un autre itinéraire : Amérique du Sud, puis grands ports européens — notamment Rotterdam et Anvers — avant de se diffuser vers l’ensemble du continent.

Les réseaux criminels européens se disputent ensuite la distribution sur les différents marchés nationaux. La France, avec ses grandes métropoles et ses ports, constitue un territoire particulièrement stratégique.

L’autre mafia dont on parle peu

Dans cette géographie criminelle européenne, la DZ Mafia n’est pas seule. Une autre organisation s’est imposée depuis plusieurs années : la mocro-mafia, issue principalement de l’immigration marocaine aux Pays-Bas et en Belgique. Extrêmement structurée, très internationalisée, elle est devenue l’un des acteurs majeurs du trafic de cocaïne en Europe.

Son influence s’étend aujourd’hui sur les Pays-Bas, la Belgique et une partie du nord de la France. Cette organisation contrôle une part importante des flux de cocaïne transitant par les grands ports du nord de l’Europe.

Autrement dit, le phénomène dépasse largement le cadre national.

Nous sommes face à une économie criminelle européenne structurée par plusieurs pôles mafieux.

La continuité d’une histoire que l’on refuse de regarder

Dans plusieurs textes, j’ai avancé une hypothèse qui dérange : la France n’a jamais vraiment réglé les conséquences anthropologiques de la décolonisation.

On a voulu croire que l’histoire était close. Mais dans certains imaginaires collectifs, elle ne l’est pas. On entend encore parfois cette phrase dans certains quartiers : « On se rembourse de la colonisation. » Discours peut-être minoritaire, certes, mais qui existe et qui peut servir de justification morale à la prédation. Ces mafias post-coloniales prospèrent aussi dans cet imaginaire ambigu, où le crime peut se vivre comme une revanche sociale ou historique.

L’aveuglement français

Pendant longtemps, une partie des élites a refusé de nommer le phénomène. Par peur d’être accusée de racisme. Par prudence politique. Par idéologie. On a parlé de « trafic ». De « délinquance ». De « réseaux ». Certains osent le mot « pègre ». On a évité le mot essentiel : mafia.

Or une mafia n’est pas seulement une organisation criminelle. C’est une structure de pouvoir parallèle. Quand elle s’installe durablement sur un territoire, elle finit toujours par concurrencer l’État.

Un succès policier… mais une bataille beaucoup plus longue

L’opération menée cette semaine est importante. Elle montre que les services d’enquête ont compris qu’il fallait attaquer la structure du groupe, et non seulement ses exécutants. Mais il serait illusoire d’y voir une victoire définitive. Les mafias ne disparaissent pas avec quelques arrestations.

Elles disparaissent quand l’écosystème qui les nourrit disparaît.

Cela suppose de reprendre le contrôle territorial de certains quartiers, de frapper les circuits financiers et surtout de restaurer la légitimité de l’État là où elle a reculé.

La question que la France devra affronter

La vraie question n’est pas seulement policière. Elle est politique. Car derrière la DZ Mafia se dessine une interrogation plus vaste : la France est-elle encore capable d’imposer une même loi et une même autorité sur l’ensemble de son territoire ? Ou bien entrons-nous dans une époque où différents systèmes d’allégeance — clan, communauté, économie criminelle — se substituent progressivement à l’État ?

La DZ Mafia n’est peut-être pas seulement un phénomène criminel.

Elle est peut-être le symptôme d’une transformation plus profonde de la société française : celle d’un pays où l’État recule et où d’autres formes de pouvoir — claniques, communautaires, mafieuses — commencent à occuper le terrain.

Et tant que nous refuserons de regarder cette réalité en face, les coups de filet, aussi spectaculaires soient-ils, resteront ce qu’ils sont déjà trop souvent : des victoires policières dans une guerre que la France n’a pas encore décidé de mener.

Cathédrale d’Angers: Esprit es-tu là?

Si elle plaît au curé, la nouvelle galerie contemporaine de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers est décriée pour sa laideur par beaucoup.


On ne nous fera pas croire qu’on ne disposait d’aucun autre moyen, d’aucun autre procédé architectural ou technique pour protéger le portail polychrome de la cathédrale Saint-Maurice que de lui infliger cette excroissance de béton, esthétiquement habile, certes, mais sans âme. À terme, l’édifice abritera une galerie. Baptisée La Galilée, croit-on savoir. Elle sera inaugurée le 9 avril prochain (voir ici).

« Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant », philosophe le fort peu chrétien Figaro. Ce qui ne l’empêcherait pas, peut-être bien, de voir dans cette prothèse massive et blafarde une forme de mauvais traitement infligé à l’esprit non seulement spirituel mais aussi esthétique et culturel qui a présidé à l’édification de ces trésors de notre patrimoine qui témoignent si haut, si fort, si idéalement de ce que nous avons, nous tous gens d’ici, en partage, croyants ou non croyants, depuis tant et tant de siècles.

Pour ce bel ouvrage, on est allé chercher un architecte Japonais, Kengo Kuma. Bien évidemment, il n’est pas question ici un seul instant de contester son talent, certainement considérable, son sens artistique, sa maîtrise, ni même sa très bonne volonté. Mais aurait-on idée d’aller chercher un spécialiste, un virtuose du Gagaku, cette musique traditionnelle de l’empire du Soleil Levant, pour revitaliser la bourrée auvergnate ? Probablement pas.

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Mine de rien, nous nous trouvons une fois encore devant une manifestation de la tentation tellement contemporaine de dilution de nos particularismes civilisationnels dans un universalisme factice selon quoi tout serait égal à tout, tout serait, au bout du compte, indifférenciable, interchangeable. (D’ailleurs, à regarder l’ouvrage, il nous vient assez aisément à l’idée qu’il aurait également tout à fait convenu pour orner le parvis d’une grande mosquée, celle qu’on nous annonce du côté de Strasbourg, par exemple.)

Or, comment ignorer que c’est ainsi, par l’accumulation de tels renoncements identitaires que les civilisations périclitent et meurent ?

Pas question ici d’affirmer que toute marque de contemporanéité aurait dû être d’emblée bannie du projet. Il s’agit juste de prétendre qu’il était nécessaire que, dans son principe et dans son intention, il s’attachât à épouser la nature originelle du lieu, c’est à dire, sa spiritualité, son incomparable intensité cultuelle et culturelle. Les pierres des cathédrales sont les pierres de l’âme. Ce que ne saurait être le béton de Monsieur Kuma. Qu’il nous soit permis de le déplorer.

Le curé de la paroisse se dit séduit. C’est évidemment son droit le plus absolu. Que déclare-t-il ? « La galerie s’intègre de manière très cohérente avec l’ensemble de la perspective qu’on a en bas de la montée Saint-Maurice, ça donne quelque chose de très aérien, de très léger ».

Et si en plus cela avait pu donner quelque chose d’un peu religieux, d’un peu chrétien, d’un peu mystique, nous nous joindrions assez volontiers à sa joie.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Kœnig, le roi de la Nature

Depuis quelques années, le philosophe libéral Gaspard Kœnig s’est converti à la religion du climat


Gaspard Kœnig était un philosophe prometteur : essayiste, romancier, fondateur du think tank libéral Génération libre et grand pourfendeur des lourdeurs administratives. Or voilà que, depuis quatre ans, il s’est laissé gagner par les mantras de l’écologie politique. Il ne jure plus que par les vertus du « naturel ».

Dans un texte paru dans Paris Match fin décembre, qui condense bien sa pensée, il déroule ainsi le récital classique sur la situation catastrophique de l’environnement : air pollué, pesticides omniprésents, sols dégradés, eau contaminée, polluants éternels et microplastiques « présents jusque dans les nuages », sixième extinction enclenchée et ainsi de suite. Tout y passe, sans hiérarchie ni mise en perspective historique, au point que l’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau en Europe, ou la hausse spectaculaire des rendements agricoles ne compte pour rien. Jouant les moralistes, Kœnig en vient alors à demander : « Toute cette misère pour quel progrès ? » Selon lui, pas grand-chose. Un peu de confort, peut-être, mais rien de ce qui ferait les « vraies richesses : l’air frais, l’eau pure et le chant des oiseaux ».

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Comme si, pour des milliards d’êtres humains, l’accès à l’eau potable, à une médecine efficace, à l’éducation ou à la sécurité alimentaire ne constituait pas la première des richesses apportées par le monde industriel. De ce diagnostic hors-sol découle un appel convenu à la réconciliation de l’humanité avec la nature, présentée comme une victime qu’il faudrait enfin écouter. Nous devrions dès lors végétaliser les villes, bâtir en bois et dépolluer les sols avec des plantes qui absorbent les métaux lourds. Tout n’est certes pas à rejeter dans ces propositions. Mais un philosophe qui nous invite à nous plonger dans l’humus (titre d’un de ses derniers livres) semble pour le moins naïf. Comment peut-il oublier que c’est grâce à l’industrialisation que l’humanité a pu, pour la première fois de son histoire, réduire massivement la mortalité infantile et vivre plus longtemps, en meilleure santé ?

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Les surdoués font de la politique

Le président du parti foutuïste ne cache pas son amitié et son admiration pour Sarah Knafo. Il salue une intellectuelle qui a le courage de descendre dans l’arène pour défendre ses convictions, et reconnaît que si le pessimisme les sépare, la littérature les unit.


Ni portrait craché, je n’entends pas ici faire le tour du sujet Knafo. Ni portrait caché, je ne ferai pas ici mystère d’être un ami de Sarah. Sous les apparences de la jeune femme assise à ma gauche dans ce restaurant du quartier de l’Odéon, je devinai tout de suite une personnalité d’exception. Je ne sais plus en quels termes je l’exprimai en aparté à Éric Zemmour. Les inflexions de sa voix, davantage encore que la teneur de ses propos, enveloppaient la certitude d’un destin. Je n’avais pas encore connaissance de son impressionnant CV mais au vrai, d’être sortie dans la botte de l’ENA importe aussi peu à Sarah Knafo qu’une séance d’échauffement aux yeux d’un footballeur international. Seul compte le match à venir. Et celui d’après. Gagner la Coupe du monde l’intéresse moins que de remporter la Coupe de France. Pour le mot « France ».

Je crois bien que notre première véritable conversation porta sur la littérature. Sauf erreur, il s’agissait de savoir quelle partie des Somnambules d’Hermann Broch avait notre préférence. Le premier roman de l’écrivain autrichien (que nous possédions tous deux dans la même édition) se divise entre « 1888, Pasenow ou le romantisme », « 1903, Esch ou l’anarchie » et « 1918, Huguenau ou le réalisme ». Je tiens la première pour la meilleure, et pour l’un des plus grands exploits littéraires jamais accomplis, tout me parle dans ce texte où tout parle d’un effondrement à venir, celui d’un empire et d’une civilisation. Sans autres armes que celles de la littérature, d’un travail sur la langue où les mots sont frappés d’un dérèglement qui emportera l’Autriche-Hongrie et avec elle les valeurs de l’Europe, à la manière dont un sismographe enregistre les vibrations du tremblement de terre imminent. Tout comme l’effondrement du langage contemporain, où les phrases servent désormais moins à exprimer la réalité qu’à la dissimuler ou à la travestir, où le français de Balzac deviendra bientôt une langue étrangère pour nombre de ses compatriotes, annonce notre chute collective. La littérature est l’école du doute et, en dépit des apparences, Sarah possède un tempérament à forte coloration littéraire. La seule à pouvoir déclarer : « Je crois que l’on peut réveiller en chacun, politiquement ou par la littérature, le meilleur de ce qui sommeille en nous », la seule à placer un signe d’égalité entre politique et littérature, la seule à revendiquer cette profondeur de champ. La seule avec Zemmour, bien sûr. Lors des échanges qui suivirent ce premier déjeuner, s’exprimèrent bien des incertitudes sur son avenir personnel et politique. Je n’en dirai pas plus. Sinon que dans les deux domaines cités, elle choisit de se tenir au-delà du doute, tandis que je restai en deçà. Voilà comme l’une devint vice-présidente du parti Reconquête ! et l’autre président du parti Foutuïste. Le pessimisme nous séparait, les livres nous rapprochaient. Nous fomentions de minuscules complots, il était question d’aller ensemble toquer sans prévenir à la porte de Milan Kundera et d’enfin converser avec notre héros commun, ce suprême dissident, ce dissident de la dissidence même. Je me dégonflai. Nous adressâmes une lettre à l’auteur de L’Ignorance – qui resta sans réponse.

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J’ai parlé de tempérament, il faut aussi parler d’histoire personnelle. Celle d’une gamine juive de Seine-Saint-Denis (comme Zemmour, tiens donc…), d’un département que fuient ses coreligionnaires, d’un laboratoire à ciel ouvert du grand remplacement que Jean-Luc Mélenchon appelle désormais de ses vœux sans plus de précaution oratoire. Sa famille avait déjà quitté le Maroc en 1967 après la guerre des Six-Jours. Jamais deux exils sans trois, le dicton flotte dans l’air comme une épée de Damoclès au-dessus de bien des têtes, coiffées d’une kippa pour nombre d’entre elles. La menace d’être expulsé de chez soi court bien souvent dans le sang et dans la mémoire de ceux qui ont la France au cœur. Ne jamais l’oublier quand il est question de Sarah Knafo. À ce propos, il me revient que nous échangions des citations extraites de lectures en cours. Du Pitié pour les femmes de Montherlant, elle découpa à mon intention ce qui suit : « Depuis longtemps, bien longtemps, on travaille, de l’intérieur et de l’extérieur, et Dieu sait avec quelle haine patiente, à faire de la France un pays où quelqu’un de propre, et d’une certaine qualité interne, se sente en exil. Cela a été long et dur parce que c’était une bonne nation, pleine d’un fond excellent. Mais enfin, on y est arrivé. » Je m’étonne que la phrase ne figure pas sur son tract électoral. Quelques jours plus tard, Sarah partagea avec moi ce jugement d’Anatole France sur les Français : « Ils tomberont de si bas que leur chute même ne leur fera pas de mal. »

J’ai assisté à la naissance d’un couple politique et rien de ce que j’ai lu à son sujet – il était entre autres question de « conseillère de l’ombre » ou de « femme de réseau » – ne correspond à la réalité. J’ai par exemple été témoin de la fin d’intenses séances de travail dans un studio parisien que l’on pouvait définir comme des coproductions entre deux brillantes intelligences, la tournure d’esprit pratique de Sarah et la tournure d’esprit conceptuelle d’Éric aboutissant à l’équilibre souhaité. La présidentielle de 2022 unit un homme et une femme qui s’aimaient, deux intellectuels par ailleurs semblablement convaincus que la défense de leurs convictions nécessitait de quitter le champ limité du débat d’idées pour aller combattre dans l’arène politique. Deux surdoués qui n’en négligent pas pour autant de travailler à fond les dossiers. Une méthode dont pourraient s’inspirer certains de leurs adversaires. C’est pourquoi faire le portrait de Sarah revient toujours à faire le portrait de Sarah et Éric, que tout rapproche et tout unit, c’est pourquoi l’invention par certains d’une rivalité entre les deux têtes de Reconquête ! pour représenter le parti en 2027 est du plus haut comique ou du plus navrant pathétique (et quant à distinguer entre leurs lignes politiques, ma vue ne le permet pas). Le roman vrai surpasse ici tous les romans d’invention, j’en atteste.

À ma question sur Les Somnambules d’Hermann Broch, Sarah répondit : « Celui que j’aimerais être : Pasenow. Celui que je suis sans doute : Esch. »

Issy-les-Moulineaux: de l’audace! … toujours de l’audace?

André Santini, la candidature de trop? Le maire UDI, malade et hospitalisé, se présente alors qu’il apparait très affaibli. Constance Bensussan, secrétaire générale adjointe de l’Élysée, placée en sixième position sur sa liste malgré des liens limités avec la ville, apparaît comme une possible solution de succession orchestrée en coulisses…


« Issy l’audacieuse »… c’est ainsi qu’André Santini avait, au milieu des années 2000, surnommé la ville dont il était – déjà – maire depuis 1980. Une audace qui, à cette époque-là, s’était notamment traduite par une capacité inédite, et méritoire, à attirer dans cette commune limitrophe de Paris, un certain nombre de sièges sociaux des secteurs des médias ou de la communication, ainsi que par certaines outrances en matière architecturale, André Santini étant particulièrement friand d’architectes internationaux, dont la mégalomanie des projets n’avait d’égal que leur prix pharaonique.

La dette en augmentation

Longtemps, cette audace fut le fruit de l’autonomie fiscale des communes qui aida M. Santini à panacher intelligemment un euro d’impôt levé sur les entreprises, perçu au titre de la taxe professionnelle et un euro d’impôt perçu sur les particuliers, au titre de la taxe d’habitation. Grâce à ce combo gagnant, Issy-les-Moulineaux a su attirer les familles du 15e arrondissement tout proche et passer d’une population de 56 000 habitants en 2000 à 68 000 aujourd’hui. Las ! L’Etat, toujours soucieux de restreindre les libertés municipales, en démantelant la taxe professionnelle, puis en supprimant, en 2020, la taxe d’habitation, a fragilisé cet équilibre. Au point que la dette municipale par habitant est passée de 46 euros en 2020 à 140 en 2024, tendance qui s’est accompagnée de surcroît d’une hausse substantielle de la taxe foncière.

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C’est dans ce contexte que les 46 106 électeurs isséens renouvelleront leur Conseil municipal les 15 et 22 mars. Une élection qui pourrait être plus compliquée que prévu pour M. Santini, pourtant coutumier des scores de maréchal. Et c’est bien pour cette raison qu’il ose encore certaines audaces à commencer par celle, incompréhensible, de sa propre candidature. En effet, M. Santini, 85 ans au compteur, s’est ingénié à retarder au maximum une entrée en campagne qui en devient carrément suicidaire, pour lui comme pour ses amis de quarante ans. Le déclin d’André Santini, est déjà apparu au grand jour dans un article du Parisien en date du 6 février dont les photos ne sauraient guère tromper que ceux des Isséens qui veulent encore l’être. Les photos étaient tellement peu à l’avantage du maire sortant qu’on peut s’interroger.  Ses adversaires, voire ses faux amis – et ils sont nombreux – auraient en effet voulu torpiller sa candidature qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Visiblement diminué, amaigri, M. Santini, d’ordinaire si bon vivant, était accompagné, lors de cet interview, de Gabriel Attal, dont on oublierait presque qu’il est le député du coin. Et André Santini de regretter à cette occasion que notre éphémère Premier ministre n’ait pas souhaité prendre sa succession à la mairie d’Issy Les Moulineaux. Quel cinglant désaveu pour sa propre majorité ! Il est vrai que cette dernière ne s’est jamais vraiment distinguée ni par sa cohésion, ni par des compétences d’autant moins brillantes qu’André Santini était allé les chercher en 2020 chez En Marche et autres boutiques du bloc central, dont on sait bien que l’intelligence des cadres n’est pas vraiment la vertu première. Et pour cause, même hospitalisé depuis octobre, M. Santini reste le seul principe d’unité, pour ne pas dire d’éternité, d’une majorité municipale qui se déteste. Celle-ci devra pourtant vite accoucher d’un successeur, tant on doute des capacités résiduelles d’André Santini déjà à faire campagne et, plus encore, à garder le manche de sa ville jusque 2033. Et il en faut, de l’autorité pour unir une dernière fois cette majorité sortante inapte à « tuer le père » sur près d’un demi-siècle d’une gestion municipale sans partage.

Et la numéro 6 de liste est…

Dernière audace qui devrait faire tiquer bien des électeurs et dans les recoins de laquelle se cache, sans doute, la solution de cette succession âprement disputée en coulisses : cet étrange n°6 de la liste conduite par André Santini. Une certaine Madame Constance Bensussan… rien de moins que la Secrétaire générale adjointe de l’Elysée – excusez du peu ! Mme Bensussan est en charge auprès du chef de l’Etat des questions sociétales et n’aurait, semble-t-il, avec la ville d’Issy-les-Moulineaux guère que des attaches assez lointaines. De là à croire que ce haut fonctionnaire, inspectrice de affaires sociales, est là, en service commandé, pour tirer les marrons du feu, siffler la fin de la récré, s’appuyer sur les réseaux Macron et consorts pour s’imposer comme maire à des conseillers municipaux santinistes sortants, il n’y a qu’un pas que nous avons… l’audace de franchir ! N’oublions pas que le maire est élu par les conseillers municipaux, lors d’un Conseil municipal d’installation où tout peut arriver.

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Dans l’ambiance de sauve qui peut général, les options de recasage ouvertes aux barons du macronisme sont en effet d’autant plus convoitées qu’elles sont proches de Paris. Ces parachutages devraient donc, dès avant 2027, les préserver du vent de dégagisme ambiant. Quand l’empêchement de M. Santini sera-t-il constaté? Mme Bensussan sera-t-elle le prochain maire d’Issy ? Les électeurs s’en laisseront-ils compter plus longtemps ? Nul ne le sait, mais le sujet a pour effet de doper les quatre listes d’opposition qui gardent toutes leurs chances de succès.

Convaincues que leur commune vaut plus qu’un terrain de jeux pour cabinets ministériels finissants ou qu’un ultime exutoire à l’hubris de son maire historique, elles pourraient bien créer la surprise au soir du 15 mars. Par exemple en contraignant le marigot centro-santiniste à un second tour bien inhabituel à Issy-les-Moulineaux.


M. Rigolot est membre de la liste VIVRE ISSY PLEINEMENT, conduite par Mme Martine VESSIERE, candidate aux municipales des 15 et 22 mars 2026

La dissociation israélienne, arme suprême en temps de guerre

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Ramat Gan, centre d'Israël, 4 mars 2026 © Paulina Patimer/ZUMA/SIPA

La vie sous les alertes ou le regard d’une Française devenue Israélienne.


Cela fait dix ans que j’habite en Israël. En venant ici, en voulant changer le cours de mon destin, et sortir d’une forme de linéarité implacable, je crois que j’ai occulté que j’émigrais dans un pays en proie aux guerres. C’était une éventualité à laquelle je n’avais pas pensé, comme si, pour faire des grandes choses, il fallait parfois un coup de folie, ou d’inconscience.

Israël est intranquille depuis le Covid

Pour la Française que j’étais, la guerre appartenait à un temps ancien, révolu même, à des périodes qui figuraient dans nos livres d’histoire, mais pas dans les vies réelles.  La première rupture fut celle du confinement pendant le Covid. Pendant plusieurs mois, le monde que j’avais habité jusqu’alors semblait défiguré par la peur et par un virus invisible qui mit nos vies par terre.

Et ce qui fut une parenthèse difficile et marquante pour de nombreux pays fut pour Israël le début d’une période d’intranquillité. En effet, depuis 2020, nous avons perdu la notion de la « normalité ».

Cette notion perdue, je ne sais toujours pas aujourd’hui si elle fut une illusion – après tout, en émigrant en Israël en 2015 je n’avais pas expérimenté ce que le peuple avait vécu avant, à savoir les guerres successives suivies des vagues de terrorisme qui laissèrent des marques durables sur la population civile – ou si effectivement 2020 a marqué un véritable tournant dans nos vies, dont nous ne nous sommes toujours pas relevés.

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En 2023, après trois années à vivre avec des masques sur le visage et à passer d’une version de virus à un autre, le pays commence à retrouver un semblant de rythme pour reprendre le fil de sa joie et de son dynamisme tant admiré par tous. C’est alors que notre réalité est brutalisée par le 7-Octobre et par la guerre qui s’en suit et qui – à ce jour – n’est toujours pas finie.

La menace invisible du Covid nous semble pathétique à côté de la menace réelle et permanente qui nous vient de Gaza et du Liban et qui, à ce jour, a causé la mort de 1200 civils et de 470 soldats israéliens. C’est dans ce contexte qu’Israël, menacée dans son essence par les installations nucléaires iraniennes décide d’entrer en guerre contre le régime iranien, une première fois avec la « guerre des douze jours » et une deuxième fois, le samedi 28 février 2026.

Aux abris

Cela fait dix jours que nous vivons au rythme des alertes et des détonations de missiles. Dix jours que nos cartes sont couvertes de rouge, signe des bombes qui tombent de manière aléatoire sur le territoire israélien. Les premiers jours, nous ressentons le besoin de rester prostrés dans nos maisons. C’est un mélange entre les réminiscences du premier confinement et les premiers jours du 7-Octobre où nous sommes forcés de réouvrir nos abris pour y vivre plusieurs heures par jour. La peur est une émotion étrange, il faut la vivre au quotidien pour l’apprivoiser, tant elle s’infiltre partout, tant elle oriente vicieusement les menues décisions que nous essayons de prendre au quotidien. Au bout de quelques jours, la population se divise entre ceux qui continuent à vaquer à leurs occupations, presque comme si de rien n’était, et dédramatisent en permanence ce qui, objectivement, est dramatique et les autres qui se sentent paralysés, réalisant chaque jour dans quel état d’anormalité leurs vies sont plongées.

Pour ma part, je chemine. Je ne sais toujours pas clairement à quelle catégorie de personnes j’appartiens, les peureux et les courageux se mélangeant sans cesse pour créer une troisième catégorie de personnes, les créatifs.

Les créatifs vivent non seulement au jour le jour, mais même dans la seule vérité de l’heure en cours. Certaines détonations nous terrorisent, tandis que des salves de missiles nous laissent indifférents, suivant le moment du jour, l’intensité de la vibration.

Mais hier, afin de rejoindre mon cours de théâtre playback après plusieurs semaines d’interruption, j’ai fait comme on le fait ici, et je me suis dissociée. Ce qui m’aurait paru infranchissable quelques jours avant, la veille même, me parut soudain indolore : rouler sur le périphérique de la banlieue de Tel Aviv de nuit et courir le risque d’être surprise par une alerte.

La nuit est déjà tombée depuis longtemps, je monte dans ma voiture, et choisit, pour fond sonore, un medley des chansons françaises qui ont bercé mon enfance. La douceur de Cabrel et de Goldman crée un contraste avec l’extérieur qui ne me saisit même plus tant nos vies sont texturées de paradoxes en tous genres.

Vous avez un message

Alors que Véronique Sanson s’apprête à faire « sa révérence » elle est coupée dans son élan. La musique s’arrête brusquement et pour cause, nos téléphones sont assiégés par les notifications sécuritaires, coupant par la même musique et navigation.

Je suis sur la voie rapide, cela ne m’est jamais arrivé, encore moins de nuit, je ne sais pas trop quoi faire, je n’ai pas encore acquis cette fameuse « mémoire du chaos » propre aux israéliens de souche et qui s’acquiert au nombre des années vécues ici.

Alors, je fais comme toujours ici, je m’inspire de ceux qui sont près de moi, dans un mimétisme radical. Une file de voitures, pas nombreuses, se rabat sur le bas-côté de la route avec leurs warnings, tandis qu’à ma grande surprise la majorité des véhicules continuent de rouler à vive allure.

Je ralentis, coupe le contact, et sors du véhicule en petite veste. Un homme israélien enjambe la barrière métallique qui sépare la voie rapide des champs, je fais exactement comme lui, ma petite veste en velours me semblant complètement en décalage avec la situation présente, et je me mets sur le sol. Le ciel noir est immaculé de tâches lumineuses, je ne sais plus distinguer entre les étoiles et les bombes, et puis, je réalise que certaines tâches lumineuses grossissent et bougent très vite tandis que ce que je considère comme des étoiles restent immobiles.

La scène dure dix minutes. Elle aurait ressemblé à une scène de fin du monde si mon voisin de circonstance, au téléphone avec sa femme, ne s’était levé avec nonchalance pour remonter aussitôt dans sa voiture et disparaitre dans le noir. Même pas peur alors, je fais la même chose que lui, pour continuer ma route, il ne me reste que douze minutes de route pour atteindre ma destination.

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Arrivée à mon cours de théâtre, mes partenaires de jeu sont assis autour d’une table à boire un thé chaud. Quel calme ici, tandis que moi, je suis en feu. J’ai l’impression d’avoir fait Koh Lanta, un besoin viscéral de raconter mon exploit du soir, j’imagine que ce soir, les deux heures de cours seront dédiées au partage d’expériences, mais ce que j’ai à dire ne semble pas beaucoup les captiver, la conversation divergeant sur d’autres sujets de la vie « courante ».

Le cours démarre, et je dois expliquer ici que le théâtre playback est un théâtre à visée thérapeutique qui utilise l’improvisation du jour pour jouer des histoires vécues et racontées. Je m’attends donc à ce que la couleur de ce cours soit aux couleurs de ces dix jours infernaux de guerre. Les histoires défilent, je me lève, je rassemble ce qu’il me reste de forces et de concentration pour rentrer dans la peau des personnages et des émotions en présence, et le cours se déroule ainsi pendant deux heures sans qu’à aucun moment, je dis bien à aucun moment un mot, une phrase, une histoire ne soit en rapport avec la situation exceptionnelle que nous vivons.

Au bout d’une heure, on me demande quel personnage je veux interpréter et c’est mon inconscient qui répond à la question : je veux jouer la peur, je veux crier, je veux décharger ce qui visiblement ne sera pas mis en mot ce soir.

Mon cri les agresse. Ils sont surpris. Surpris comme si ce cri, cette rage, venaient les ramener à ce qu’ils ne voulaient pas dire. Comme si la peur qui prend les traits de mon visage, ma gestuelle, venait incarner ce que leurs esprits repoussent de toutes leurs forces.

Ou peut-être que ce n’est pas du déni.

Peut-être que ce n’est pas seulement dû à l’habitude des guerres, des alertes, des projets annulés, des vies fragmentées.

Peut-être que vivre ici, c’est cela. Continuer à parler de tout, absolument de tout, sauf de ce qui nous obsède, nous empêche de dormir, et de rêver.

L’amour à mort

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Thomas Morales © Hannah Assouline

Avec Les tendresses de Zanzibar, Thomas Morales signe le récit délicat et mélancolique d’un amour fusionnel. L’histoire d’un bonheur rare, léger mais aussi crépusculaire.


Peut-être qu’un jour viendra où l’on aura oublié ce qu’est d’écrire avec style. Le goût n’est pas exempt de la funèbre destinée des civilisations. En attendant d’en arriver là, il ne faut pas bouder le plaisir d’être en présence d’un texte qui sait se tenir mieux que bien. C’est le cas du dernier livre de Thomas Morales, qui, de son titre – Les Tendresses de Zanzibar – à sa phrase ultime, émerveille et émeut également, c’est-à-dire beaucoup. Ni roman ni récit, mais confession à la fois légère et crépusculaire, lyrique et charnelle, d’un amour jamais fou, toujours sauvage ; d’une passion admirable entre « un ahuri rural en cravate à tricotine » et une femme qui « changeait le plomb du quotidien en une fantasia couleur sépia ». Au bout, il y a la mort, éternelle maîtresse qui sonne la fin de toutes les récréations. Avant ça, il y eut le bonheur d’être ensemble : c’est ce bonheur qui nous est conté.

Le narrateur est à l’abri dans son appartement aux mille fétiches : volumes de Simenon, bandes dessinées du « pusillanime Bernard Lermite de Martin Veyron », Bugatti 35 et Aston Martin DB5 miniatures posées sur la cheminée… L’attirail enfantin d’un écrivain qui « muscle ses doigts dans l’effroi et l’émoi de la phrase indécise » en attendant l’effacement final de son espèce. Nul doute que cela arrivera. Lui-même est d’ailleurs en première ligne : « La lettre de l’hôpital Georges-Pompidou reçue en avril n’était pas annonciatrice de bonnes nouvelles. » Plutôt que de s’effondrer, il choisit de se souvenir de ce pourquoi sa vie fut réussie. Des embardées en Vespa au plaisir de faire « l’amour à dix-sept heures l’hiver et sur les balcons l’été », défile sous nos yeux un portrait-souvenir amoureux, un kaléidoscope doux-amer, un exercice d’admiration foudroyant et un album photo aux allures de poème en prose.

On pense à Paul Guimard et à ses Choses de la vie. À la littérature qui, éloignée des airs militants, dégagée de l’engagement, touche au but, frappe au cœur, monte au ciel. L’espérance est permise. En moins de 120 pages d’une densité prodigieuse, desquelles l’on pourrait et devrait tirer des dizaines d’aphorismes, apparaît la sensation, déchirante et délicieuse, de ce qui fut et ne sera plus. « Le rêve de l’homme est semblable aux illusions de la mer », disait Paul-Jean Toulet, que doit aimer Thomas Morales. Avec Les Tendresses de Zanzibar, ce dernier tend la main à ces écrivains fantaisistes et émouvants, qui n’appuient jamais trop sur les choses, de peur de les briser, et savent extraire des poussières du temps les plus beaux refrains. Dans ce petit chef-d’œuvre, ce Elle & Lui délicat et mélancolique, populaire et raffiné, la femme rêve de devenir danseuse classique et l’homme se trouve trop balourd : par chance, Thomas Morales, par son style et son talent, les a faits légers pour l’éternité.

Les Tendresses de Zanzibar, Thomas Morales, Éditions du Rocher, 2026. 128 pages


Les tendresses de Zanzibar

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La France, otage des flammes de Perse

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Un agent de la Direction départementale de la protection des populations de la Gironde (DDPP) effectue un contrôle des prix affichés dans une station-service sur la rocade de Bordeaux, à Bruges, le 10 mars 2026 © UGO AMEZ/SIPA

La guerre en Iran tourne définitivement la page de la « mondialisation heureuse ». Les bombes tombent sur Téhéran, mais c’est le portefeuille des Français qui saigne, déplore Jean Messiha.


Dans le tumulte des missiles qui lacèrent Téhéran et font trembler le détroit d’Ormuz, la France ne reçoit pas de bombes. Elle reçoit la facture. Silencieuse, implacable, elle s’abat sur les pompes à essence, les factures d’électricité, les bilans des entreprises et le moral d’un peuple déjà exsangue. Cette guerre d’Iran – onze jours de feu et de chaos, déclenchée par les frappes américano-israéliennes du 28 février – n’est pas la nôtre. Elle est pourtant devenue notre garrot. Une guerre lointaine qui, par le col de la mondialisation, étrangle l’Hexagone avec la précision d’un bourreau invisible.

Économiquement, le verdict est déjà tombé, glacial. Le gouverneur de la Banque de France l’a lâché sans fard : « un peu plus d’inflation, un peu moins de croissance ». Traduction littéraire : le baril qui flirte avec les sommets, l’essence qui flirte avec les trois euros, l’industrie automobile – Renault, Stellantis – qui tousse, les transporteurs qui hurlent, les ménages qui serrent les dents. 20% du pétrole mondial transitent par Ormuz. L’Iran le sait, le mine, le menace. Résultat : le CAC 40 qui plonge, les prévisions de croissance 2026 – déjà timides à 1% – qui s’évaporent comme un mirage saharien. Et pendant que Paris convoque en urgence un G7 virtuel ce 11 mars pour « atténuer les conséquences énergétiques », les stratèges de Bercy ressortent les vieilles ficelles : puiser dans les réserves stratégiques, distribuer des chèques carburant. Sparadraps sur une artère sectionnée.

Car la France, cette championne du nucléaire qui se rêvait souveraine, paie au prix fort sa dépendance résiduelle au brut du Golfe. Les raffineries tournent, les camions roulent, les avions décollent encore. Chaque centime de hausse du baril devient un impôt déguisé sur la consommation, une taxe occulte sur la compétitivité. L’inflation, déjà rampante, va mordre plus fort les salaires réels. Les PME, déjà asphyxiées par l’énergie, vont licencier ou fermer. Et les plus modestes, ceux qui n’ont ni télétravail ni SUV électrique, vont choisir entre le plein et les courses. Pendant ce temps, les élites parisiennes, confortablement isolées dans leurs bureaux élyséens, parlent de « coordination européenne » comme d’une incantation magique. La réalité est plus triviale : la France paie pour une guerre qu’elle n’a ni déclenchée ni contrôlée, même si elle sert ses intérêts dans la guerre qu’elle est censée mener contre l’hydre islamique.

Socialement, la braise couve sous la cendre. Car derrière ces chiffres froids se cache la rage muette d’un peuple qu’on a déjà vu exploser pour moins que ça. Souvenez-vous : les gilets jaunes naquirent en 2018 d’une simple révolte contre la hausse du prix du carburant, cette étincelle qui mit le feu aux ronds-points et fit trembler la Ve République. Aujourd’hui, avec l’essence qui s’envole vers les trois euros sous l’effet direct des missiles iraniens, la même colère remonte des périphéries, des campagnes, des banlieues oubliées. Le risque d’un soulèvement populaire n’est plus une hypothèse de cabinet : il est palpable, viscéral. Les classes moyennes écrasées, les précaires qui comptent chaque litre, les jeunes sans horizon – tous sentent l’impôt de guerre indirect leur serrer la gorge. Un nouveau mouvement, plus radical, plus désespéré, pourrait surgir des mêmes ronds-points, cette fois armé non de gilets fluo mais de la certitude que l’État sacrifie son peuple sur l’autel d’une géopolitique dont il n’est même pas maître. Et si les rues s’embrasent, ce ne sera pas pour une taxe écologique : ce sera pour rappeler à l’Élysée que la vraie guerre, parfois, se joue à deux pas du Palais, et non à cinq mille kilomètres.

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Politiquement, le tableau est plus cruel encore. Emmanuel Macron, président du G7 par rotation, joue les pompiers-diplomates : réunion d’urgence, appels à la « désescalade », déploiement « strictement défensif » de frégates et de Rafale pour protéger nos intérêts et ceux de Chypre, cible iranienne. Belle posture. Mais la vérité est amère : Paris n’a pas été informé des frappes initiales. La France, puissance nucléaire, membre permanent du Conseil de sécurité, réduite à suivre le sillage de Washington et de Tel-Aviv comme un canot de sauvetage accroché à un porte-avions. Résultat ? L’Iran menace l’Europe entière. Cyberattaques, drones, cellules dormantes : le risque terroriste remonte comme une marée noire. Les services de renseignement renforcent déjà Vigipirate. Les banlieues frémissent, les oppositions se frottent les mains. Le Rassemblement national et La France insoumise, pourtant aux antipodes, convergent dans la critique : « À quoi sert notre diplomatie si elle nous expose sans nous protéger ? » Et dans la tourmente économique et sociale qui s’abat sur le pays, la crise pourrait bien accélérer la chute définitive du paradigme idéologique antinational qui dirige la France depuis 1981 – ce funeste tournant où François Mitterrand, élu sur la promesse d’une rupture avec le capitalisme, trahit son peuple en embrassant l’Europe libérale, la finance internationale et le « ni-ni » qui enterre la souveraineté. De Maastricht en 1992, qui mutile notre monnaie et notre indépendance, à Schengen qui dissout nos frontières, de la « mondialisation heureuse » qui vide nos usines et nos campagnes à l’immigration de masse qui fracture notre identité millénaire, ce paradigme n’a cessé de creuser le même sillon : dissolution de la nation au profit d’un supranationalisme bruxellois impuissant, d’un atlantisme servile et d’un multiculturalisme suicidaire. De Chirac à Sarkozy, de Hollande à Macron – ultime avatar blafard de cette dynastie d’eunuques politiques qui ont fait de la France une province consentante –, tous ont perpétué le reniement systématique de ce qui fit sa grandeur. Cette implosion ouvrirait alors grand la voie à l’avènement du paradigme souverainiste et identitaire, seul capable de répondre à la fureur populaire par la restauration d’une nation redevenue maîtresse de son destin, de ses frontières et de son identité.

L’opinion publique, sondée à chaud, est sans illusion : 77% des Français jugent cette guerre mauvaise pour l’économie nationale. Ils ont raison. Car au-delà des chiffres, c’est la souveraineté qui saigne. La France, qui se voulait « puissance d’équilibre », se retrouve otage d’un conflit où elle n’a ni voix ni veto. Alliée fidèle de l’Amérique, elle en subit les contrecoups sans en récolter les fruits. Partenaire des monarchies du Golfe, elle voit ses intérêts menacés par les ripostes iraniennes. Européenne de cœur, elle découvre que l’Union, divisée, réagit en ordre dispersé. Et pendant ce temps, les mollahs agonisants crient leur haine jusqu’aux portes de l’Europe.

Cette guerre révèle l’essentiel : la France n’a plus les moyens de sa prétention. Sans souveraineté énergétique réelle, sans stratégie autonome au Moyen-Orient, elle reste une grande nation sur le papier, une moyenne puissance dans les faits. Les bombes tombent sur Téhéran ; c’est le portefeuille des Français qui saigne. Et quand le dernier missile se taira, quand Ormuz se rouvrira peut-être, il restera cette cicatrice invisible : la preuve que, en 2026, la grandeur française se mesure encore à l’aune des convulsions d’un régime théocratique à 5 000 kilomètres de Paris.

La leçon est cinglante. Car la France paie aujourd’hui au prix fort ses choix énergétiques calamiteux qui ont sciemment fragilisé la filière nucléaire dont elle était la championne incontestée : des milliards d’euros déversés sans compter dans des énergies renouvelables – l’éolien en tête –, pure escroquerie énergétique, mirage intermittent et subventionné jusqu’à l’os. Ces milliards, on aurait mieux fait de les consacrer à la modernisation et à l’extension du nucléaire, qui serait aujourd’hui le bouclier blindé face à l’explosion des prix des hydrocarbures. Même Ursula von der Leyen a fini par reconnaître que les errements sur le nucléaire avaient constitué une erreur stratégique majeure. La prochaine fois, peut-être, Paris comprendra que la vraie diplomatie ne consiste pas à convoquer des G7 en urgence, mais à ne plus dépendre du pétrole des autres pour allumer ses propres lumières. En attendant, le compteur tourne. Et la France paie. Cher. Très cher.

Municipales: À Argenton-sur-Creuse, Pierre Gentillet (RN) décline la «stratégie de la cravate» en mode communal

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Pierre Gentillet. DR.

Dans la « Venise du Berry », l’avocat médiatique, qui avait failli devenir député en 2024, pourrait faire un joli score dimanche.


On avait un peu perdu de vue Pierre Gentillet. En 2024, l’avocat médiatique, estampillé CNews et Sud Radio, a fait partie des grands brûlés de l’élection législative. Candidat dans le Cher, il était largement en tête au premier tour avec  43% des voix, mais dut s’incliner au second face au sortant philippiste Loïc Kervran. Deux ans après, le voici de retour, en lice pour les municipales à Argenton-sur-Creuse, dans le département voisin de l’Indre.  Parachutage ? Pas vraiment. Alors que nous cheminons avec lui dans les rues de la ville, il évoque ici un souvenir d’enfance, là la façade d’un commerce fermé et autrefois tenu par un oncle… et affiche surtout un objectif : réussir le pari de l’enracinement à l’échelle communale. Un exercice où la droite nationale a très souvent échoué.

Vu avec les lunettes de la vie politique nationale, son point de chute n’a rien de crucial. Argenton, c’est cinq mille habitants, un chef-lieu de canton, une gare TER direction Limoges d’où ne sont descendus avec nous qu’un étudiant et un couple de grands parents. Le genre de municipalité dont les édiles sont généralement sans étiquette. Pourtant, la Venise du Berry, ainsi nommée en raison de ses façades peintes en bord de Creuse, est pourvue d’un doge socialiste, Vincent Millan, maire depuis 2014, candidat à sa réélection et héritier des réseaux de Michel Sapin, lequel fut maire intermittent entre deux ministères de 1995 à 2012. L’ancien éléphant de la Hollandie a su couver sa portée : son fils, Clément Sapin est troisième sur la liste Millan. Un système, donc.

Boulet de canon de premier tour ; crash au second

« Quand Pierre Gentillet arrive dans un village, on n’est pas loin de la guerre civile de clocher » nous confie, sourcils froncés, l’animatrice d’un collectif citoyen « engagé contre l’extrême droite à Argenton-sur-Creuse », constitué exprès pour barrer la route de l’avocat. Dans le Cher, où il avait promis de faire « tous les bars » pendant sa campagne, on ne voyait et on ne parlait que de lui. A Bélâbre, village de l’Indre, sa mobilisation contre l’installation d’un centre d’accueil de migrants avait provoqué en 2024 deux manifestations antagonistes, sur un mode presque théâtral. D’un côté, les pro-migrants, dont beaucoup fonctionnaires militants catégorie B en préretraite, des cadres associatifs et des profs; de l’autre, les anti-migrants, au style nettement plus rural, chauffés par Gentillet sur les placettes et dans les débits de boisson. A Argenton comme ailleurs, on prend les mêmes et on recommence : la gauche de service public contre le pays réel des bistrots. Vierges rouges contre nez rouges.

Hussards contre barons

« Gentillet a logiquement la base des électeurs RN » peste un partisan de la mairie sortante… Pourtant, l’avocat est surtout en train de réussir son pari de l’embourgeoisement. Sur sa liste : commerçants, figures locales et même l’opposante historique de la droite municipale. Des messieurs en blazer, quelques cheveux lissés, des personnages respectables. Dans leur programme, on parle patrimoine, embellissement, soutien au petit commerce, qualité de vie… Sur Facebook, le candidat fait de la poterie avec un artisan, de la pâte avec le boulanger ou s’extasie devant les merveilles du terroir. Gentillet apparaît comme un notable de province, même pas RPR, quelque chose entre une UDF ou un vieux CNI ressuscité. Prudence d’ailleurs sur les sujets qui fâchent. L’insécurité ? Les caméras seront « à l’essai » et pour plus de précisions « je vous rappelle qu’on a une élection présidentielle dans un an ». Robert Ménard n’aurait pas dit mieux. Le discours prend-il ? « On vote plutôt LR à l’origine » nous confie le patron de l’agence de voyage présent sur sa liste.

Que l’on soit RN ou non, Gentillet bénéficie du ras-le-bol municipal. Dans les rues, notre tournée des boutiques donne une idée de la popularité « du clan Sapin ». « On ne les voit jamais » ici. « Ils ne font rien pour embellir la ville » là. « Impossible d’avoir qui que soit au téléphone ». « Je pars, l’ambiance est impossible » soupire un libraire qui liquide son stock d’ouvrages de patrimoine local. Les électeurs municipaux n’attendent pas des miracles, seulement les gestes élémentaires du pouvoir local : voirie entretenue, présence humaine, histoire et identité locale. Autant de petits riens qui, dans une mairie, font des tout mais échappent parfois à la hauteur de vue des apparatchiks socialistes.

Mobilisateur… mais clivant

Bref, Gentillet a un coup à jouer. Conscient du danger, Nicolas Forissier, nouveau ministre délégué chargé du commerce extérieur et de l’attractivité de France, élu député dans la circonscription depuis 1993, a dépêché sa suppléante sur une liste divers droite bricolée à la hâte. « Pas une candidate sérieuse », grogne un tavernier pro-Gentillet ; la farce politique pourrait valoir au RN un second tour… qui pourrait, comme en 2024, entraîner une dynamique de barrage, mais sur la Creuse cette fois-ci. D’autant que la mairie dispose de quelques atouts, un rien clientélistes, pour mobiliser contre le candidat Gentillet. Dans une boutique associative, dont l’activité est soutenue par la commune, les réponses se font gênées, hésitantes… : « Bah oui, il y a un enjeu… bah oui, on en parle beaucoup… bah oui, sa présence change quelque chose… » et puis « oui on a un peu peur ». Les associatifs subventionnés craignent des coupes sombres dans leur budget. Les profs du lycée Rollinat, très gauche des années 1980, lui seraient assez hostiles.

Face à eux, les pro Gentillet ne la ramènent pas trop. Une commerçante craint des « représailles » pour s’être trop affichée avec le candidat. Une autre nous demande de ne pas mentionner son témoignage. Dans les bars, souvent favorables mais rarement bruyants, ce sont les grandes gueules de gauche qui dominent les conversations. « Ceux qui râlent parlent plus fort », observe une habituée. « Ceux que plus personne ne peut blairer », résume brutalement un colistier.

On devine la ligne de fracture : la gauche d’argent public, braillarde comme le premier député mélenchoniste venu, face aux commerçants et indépendants, aux manières plus policées. « En l’attaquant systématiquement, sur les réseaux, dans ses réunions, les opposants du RN travaillent en vérité pour lui » résume la serveuse d’un bar. L’intimidation morale a vécu. 

Réunion publique et théâtre municipal

Ce soir, Gentillet tient réunion dans une salle municipale en sous-sol d’une barre d’immeuble, carrelage seventies, chaises dépareillées : le décor est populaire, la réunion aussi. Les militants habituels mais aussi les habitants du quartier, ceux que François Hollande appelait jadis les sans-dents. Gentillet déroule son discours de bon père de famille : écouter, comprendre, réparer. Tourisme, label « cité de caractère », embellissement, fleurs, petites industries… Mais la salle vibre aussi aux paroles fortes. Quand on fait tourner le micro dans l’assistance, les quidams parlent de cambriolages, de seringues dans les cages d’escalier et même, avertit une vieille dame à qui l’on donne le micro, « de migrants trop nombreux… même si ça ne plait pas à tout le monde ». Les opposants sont au fond, notamment une prof de français en retraite membre du collectif anti-Gentillet : « Les études montrent que les caméras ne servent à rien ! ». Aussitôt, une riposte fuse dans le fond de la salle : « et les grands-mères agressées ? » Le vécu contre l’expertise universitaire. Ça siffle, ça applaudit, ça s’enflamme. Gentillet tranche, poli et calme : « Ce que nous venons de vivre ce soir, ce sera mon mandat pendant six ans : écoute, débat, dialogue » et de fait, la scène vaut un résumé de la campagne. Argenton ne joue peut-être qu’une vieille pièce provinciale : la morale « citoyenne » et administrative contre les espoirs et colères populaires. Avec un enjeu plus sérieux : la transformation d’un candidat et d’un parti polémique en notabilité municipale. Un test à valeur nationale.

Un coup des Russes

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DR.

Le chef de l’État avait assuré lors de ses vœux pour 2026 qu’il ferait tout pour que l’élection présidentielle de l’an prochain se déroule « à l’abri de toute ingérence étrangère ». Les élections municipales sont déjà un premier test. De fausses informations sur LFI circulent…


A l’approche des élections municipales, les services de sécurité s’inquiètent d’ingérences étrangères. Viginum est ainsi passé au stade «alerte incendie», a prévenu Emmanuel Macron. Au service de vigilance et protection contre les ingérences numériques étrangères, 65 agents veillent pour réagir dès le «premier indice» d’ingérence ou de «manipulation de l’information».
Récemment, ils ont pointé des attaques contre Sébastien Delogu, accusé par une certaine Sophie de viol[1]. Des tracts avec un QR code renvoyant à son site ont été placardés sur des panneaux d’affichage à Marseille. Des rédactions ont été contactées par une adresse mail anonyme. C’était bidon et ça n’a pas pris. Une autre vidéo, signée Alternative 2026 invite les musulmans à voter LFI « pour une France plus musulmane ». Tout aussi bidon. Ce dernier exemple est intéressant, car on voit que la désinformation joue avec le vraisemblable. On peut croire et diffuser ces affabulations en toute bonne foi – biais cognitif, on croit ce qui cadre avec nos convictions.

A lire aussi, Didier Desrimais: Information: tout est sous contrôle

La presse dénonce surtout les attaques contre LFI, pauvre parti injustement ciblé. Et accuse dans le même temps sans preuve Sarah Knafo d’être favorisée par Elon Musk à cause de son succès sur X. Mais tous les candidats et toutes les personnalités publiques sont en réalité victimes de calomnies en bandes organisées.

Mais s’agit-il d’ingérences étrangères ?

Certainement, pour une bonne part. D’après Viginum, un site russe accusait Pierre-Yves Bournazel de vouloir installer un centre de migrants à Beaubourg. Concernant LFI, Le Monde laisse entendre sans preuve que c’est un lobby pro-israélien – Elnet. Il est très facile d’accuser les méchants du moment: Russie, Chine et bien sûr Israël. De fait la désinformation est une arme de choix de la guerre secrète à laquelle participent tous les Etats, y compris espérons-le le nôtre. Et ce n’est pas nouveau, rappelez-vous de la propagande soviétique. La nouveauté, c’est l’industrialisation du mensonge. N’importe quel millenial peut désormais fabriquer de faux comptes ou de faux médias pour y diffuser des fausses nouvelles. Des gens qui ne sont ni Russes, ni Chinois peuvent raconter n’importe quoi, comme ce pseudo-artiste expliquant à un pseudo-journaliste dans une vidéo accessible à tous qu’il n’a pas fait carrière parce qu’il a refusé de participer à des rituels satanistes avec sang d’enfant au menu…
Ce n’est pas Viginum ni la justice qui peuvent lutter contre ce déferlement de ragots et coquecigrues, qu’ils soient d’origine étrangère ou made in France. Les émetteurs sont trop nombreux. Mais on peut agir sur les récepteurs, c’est-à-dire vous et moi. La seule arme contre la désinformation, c’est la raison humaine. Votre cerveau.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio


[1] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/09/sebastien-delogu-francois-piquemal-et-lfi-cibles-par-une-campagne-de-desinformation-en-pleine-campagne-des-municipales_6670119_823448.html

DZ Mafia: les 42 dealers l’ont dans le baba

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4 janvier 2026. Des techniciens de la police scientifique ont été déployés autour d'un corps sans vie retrouvé au sol, après une fusillade dans le quartier de Belsunce,. Des témoins ont signalé un groupe de type commando armé d’armes longues, qui aurait revendiqué son appartenance à la « DZ mafia » © Frederic MUNSCH/SIPA

La DZ Mafia est la pieuvre qui bouche le port de Marseille. Lors de l’opération « Octopus », 42 personnes soupçonnées d’y appartenir ont été interpellées hier lors d’un vaste coup de filet de la police, a annoncé le parquet de la ville. La DZ Mafia ne relève pas seulement du trafic de drogue : elle incarne une mafia post-coloniale et clanique qui profite du recul de l’État pour exercer un pouvoir territorial concurrent de celui de la République. Les discours victimaires « décoloniaux », tenus par l’extrême gauche ou par Alger, trouvent une oreille attentive chez certains enfants d’immigrés et compliquent la tâche des autorités françaises.


À Marseille comme ailleurs, la question n’est plus seulement celle de la drogue. La question est désormais simple : qui commande réellement certains territoires de la République ?

Il aura fallu des dizaines de morts, des quartiers transformés en champs de bataille et une organisation criminelle devenue hégémonique à Marseille pour que l’État se décide enfin à frapper.

Ce mardi, une vaste opération judiciaire a conduit à l’interpellation de plusieurs dizaines de membres présumés de la DZ Mafia, dont plusieurs chefs considérés comme les commanditaires de nombreuses violences. Le coup de filet est spectaculaire. Il est aussi révélateur. Car il confirme exactement ce que certains observateurs disent depuis des années — souvent dans l’indifférence, parfois sous les accusations de fantasme ou de « stigmatisation ». Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement le simple narcotrafic.

Une mafia d’un genre nouveau

Contrairement à l’image classique de la mafia — pyramidale, hiérarchisée, dotée d’un « parrain » — la DZ Mafia fonctionne selon un modèle bien plus moderne. Je l’ai écrit dans plusieurs tribunes : la DZ Mafia n’est pas une Cosa Nostra française. C’est une mafia post-coloniale. Elle ne repose pas sur un chef unique, mais sur un réseau de caïds, de cousins, de frères, de relais de quartier, capables de coopérer ou de s’affronter selon les circonstances. Une structure réticulaire, souple, difficile à infiltrer et presque impossible à démanteler durablement. On peut arrêter un chef. Un autre prendra sa place. On peut neutraliser un réseau. Trois autres apparaîtront.

Cette plasticité est précisément ce qui rend ces organisations redoutables.

Dès les années 1950, le FLN avait préparé le terrain. La France n’était pas seulement le pays de l’ennemi : elle était déjà le territoire de la septième wilaya. Des bureaux furent installés dans les villes industrielles et les quartiers ouvriers. On y organisait la collecte de fonds, l’intimidation des opposants, l’endoctrinement des travailleurs immigrés. Mais surtout, on y inoculait un récit. Un récit de séparation, de refus et de vengeance. Ce récit disait : tu vis en France, mais tu n’es pas Français. Tu es un Algérien en territoire ennemi.

Ce discours n’a jamais cessé d’exister. Il s’est transmis, pas toujours par les mots, souvent par les gestes, les silences, les regards. Il a produit des enfants qui, nés en France, n’ont jamais été élevés dans l’amour de la France. Mais dans le ressentiment. Dans la méfiance. Dans la volonté de prendre sans donner. De s’installer sans appartenir. Et de régner sans s’intégrer et encore moins s’assimiler. C’est ainsi qu’un demi-siècle plus tard, la DZ Mafia s’est imposée comme la face criminelle de cette guerre non terminée. Elle n’est pas qu’une organisation mafieuse de plus. Elle est la forme contemporaine des Barbaresques, sans voiles ni sabres, mais avec scooters, voitures-béliers, kalachnikovs, exécutions de rivaux et réseaux cryptés. Elle agit en meute, organisée en systèmes claniques, par razzias, par racket, par conquête de territoire. Elle fonctionne en marge du droit français, selon une logique de clan, d’honneur et d’impunité. Et elle se pense dans une hostilité profonde à la France et à ses lois.

Du narcobanditisme au narcoterrorisme

Pendant longtemps, les autorités ont parlé de narcobanditisme. Le terme suggère une criminalité lucrative classique. Mais la réalité qui se dessine est plus inquiétante. Car les méthodes employées — assassinats ciblés, exécutions spectaculaires, intimidation des habitants, terreur exercée sur les quartiers — relèvent désormais d’une logique de narcoterrorisme.

La violence n’est plus seulement un outil pour protéger un trafic. Elle devient un instrument de domination territoriale. Il s’agit d’imposer une autorité. Dans certains quartiers, chacun sait qui commande réellement. Ce n’est plus l’État. C’est le réseau.

Un phénomène criminel… mais aussi anthropologique

Réduire la DZ Mafia à un simple trafic de stupéfiants serait une erreur. Ce qui se joue dépasse le narcobanditisme.

Il s’agit d’un phénomène social enraciné dans des solidarités familiales, claniques et territoriales, qui remplacent progressivement l’autorité de l’État dans certains quartiers. La loyauté ne va pas à la loi. Elle va au groupe. Ce n’est pas la République qui protège. C’est le clan.

Dans ce contexte, la violence devient un langage normal : règlements de comptes, enlèvements, intimidations, démonstrations de force. La criminalité devient une économie parallèle structurante.

Les routes du trafic

Autre angle mort du débat français : les circuits d’approvisionnement. Les stupéfiants qui irriguent les marchés français proviennent de plusieurs sources. Le cannabis qui alimente une grande partie du marché européen provient historiquement du Rif marocain, vaste région montagneuse où la culture du kif s’est développée depuis des décennies.

La cocaïne suit quant à elle un autre itinéraire : Amérique du Sud, puis grands ports européens — notamment Rotterdam et Anvers — avant de se diffuser vers l’ensemble du continent.

Les réseaux criminels européens se disputent ensuite la distribution sur les différents marchés nationaux. La France, avec ses grandes métropoles et ses ports, constitue un territoire particulièrement stratégique.

L’autre mafia dont on parle peu

Dans cette géographie criminelle européenne, la DZ Mafia n’est pas seule. Une autre organisation s’est imposée depuis plusieurs années : la mocro-mafia, issue principalement de l’immigration marocaine aux Pays-Bas et en Belgique. Extrêmement structurée, très internationalisée, elle est devenue l’un des acteurs majeurs du trafic de cocaïne en Europe.

Son influence s’étend aujourd’hui sur les Pays-Bas, la Belgique et une partie du nord de la France. Cette organisation contrôle une part importante des flux de cocaïne transitant par les grands ports du nord de l’Europe.

Autrement dit, le phénomène dépasse largement le cadre national.

Nous sommes face à une économie criminelle européenne structurée par plusieurs pôles mafieux.

La continuité d’une histoire que l’on refuse de regarder

Dans plusieurs textes, j’ai avancé une hypothèse qui dérange : la France n’a jamais vraiment réglé les conséquences anthropologiques de la décolonisation.

On a voulu croire que l’histoire était close. Mais dans certains imaginaires collectifs, elle ne l’est pas. On entend encore parfois cette phrase dans certains quartiers : « On se rembourse de la colonisation. » Discours peut-être minoritaire, certes, mais qui existe et qui peut servir de justification morale à la prédation. Ces mafias post-coloniales prospèrent aussi dans cet imaginaire ambigu, où le crime peut se vivre comme une revanche sociale ou historique.

L’aveuglement français

Pendant longtemps, une partie des élites a refusé de nommer le phénomène. Par peur d’être accusée de racisme. Par prudence politique. Par idéologie. On a parlé de « trafic ». De « délinquance ». De « réseaux ». Certains osent le mot « pègre ». On a évité le mot essentiel : mafia.

Or une mafia n’est pas seulement une organisation criminelle. C’est une structure de pouvoir parallèle. Quand elle s’installe durablement sur un territoire, elle finit toujours par concurrencer l’État.

Un succès policier… mais une bataille beaucoup plus longue

L’opération menée cette semaine est importante. Elle montre que les services d’enquête ont compris qu’il fallait attaquer la structure du groupe, et non seulement ses exécutants. Mais il serait illusoire d’y voir une victoire définitive. Les mafias ne disparaissent pas avec quelques arrestations.

Elles disparaissent quand l’écosystème qui les nourrit disparaît.

Cela suppose de reprendre le contrôle territorial de certains quartiers, de frapper les circuits financiers et surtout de restaurer la légitimité de l’État là où elle a reculé.

La question que la France devra affronter

La vraie question n’est pas seulement policière. Elle est politique. Car derrière la DZ Mafia se dessine une interrogation plus vaste : la France est-elle encore capable d’imposer une même loi et une même autorité sur l’ensemble de son territoire ? Ou bien entrons-nous dans une époque où différents systèmes d’allégeance — clan, communauté, économie criminelle — se substituent progressivement à l’État ?

La DZ Mafia n’est peut-être pas seulement un phénomène criminel.

Elle est peut-être le symptôme d’une transformation plus profonde de la société française : celle d’un pays où l’État recule et où d’autres formes de pouvoir — claniques, communautaires, mafieuses — commencent à occuper le terrain.

Et tant que nous refuserons de regarder cette réalité en face, les coups de filet, aussi spectaculaires soient-ils, resteront ce qu’ils sont déjà trop souvent : des victoires policières dans une guerre que la France n’a pas encore décidé de mener.

Cathédrale d’Angers: Esprit es-tu là?

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Angers, 2023 © imageBROKER/SIPA

Si elle plaît au curé, la nouvelle galerie contemporaine de la cathédrale Saint-Maurice d’Angers est décriée pour sa laideur par beaucoup.


On ne nous fera pas croire qu’on ne disposait d’aucun autre moyen, d’aucun autre procédé architectural ou technique pour protéger le portail polychrome de la cathédrale Saint-Maurice que de lui infliger cette excroissance de béton, esthétiquement habile, certes, mais sans âme. À terme, l’édifice abritera une galerie. Baptisée La Galilée, croit-on savoir. Elle sera inaugurée le 9 avril prochain (voir ici).

« Ne pouvant avilir l’esprit, on se venge en le maltraitant », philosophe le fort peu chrétien Figaro. Ce qui ne l’empêcherait pas, peut-être bien, de voir dans cette prothèse massive et blafarde une forme de mauvais traitement infligé à l’esprit non seulement spirituel mais aussi esthétique et culturel qui a présidé à l’édification de ces trésors de notre patrimoine qui témoignent si haut, si fort, si idéalement de ce que nous avons, nous tous gens d’ici, en partage, croyants ou non croyants, depuis tant et tant de siècles.

Pour ce bel ouvrage, on est allé chercher un architecte Japonais, Kengo Kuma. Bien évidemment, il n’est pas question ici un seul instant de contester son talent, certainement considérable, son sens artistique, sa maîtrise, ni même sa très bonne volonté. Mais aurait-on idée d’aller chercher un spécialiste, un virtuose du Gagaku, cette musique traditionnelle de l’empire du Soleil Levant, pour revitaliser la bourrée auvergnate ? Probablement pas.

A lire aussi: Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste

Mine de rien, nous nous trouvons une fois encore devant une manifestation de la tentation tellement contemporaine de dilution de nos particularismes civilisationnels dans un universalisme factice selon quoi tout serait égal à tout, tout serait, au bout du compte, indifférenciable, interchangeable. (D’ailleurs, à regarder l’ouvrage, il nous vient assez aisément à l’idée qu’il aurait également tout à fait convenu pour orner le parvis d’une grande mosquée, celle qu’on nous annonce du côté de Strasbourg, par exemple.)

Or, comment ignorer que c’est ainsi, par l’accumulation de tels renoncements identitaires que les civilisations périclitent et meurent ?

Pas question ici d’affirmer que toute marque de contemporanéité aurait dû être d’emblée bannie du projet. Il s’agit juste de prétendre qu’il était nécessaire que, dans son principe et dans son intention, il s’attachât à épouser la nature originelle du lieu, c’est à dire, sa spiritualité, son incomparable intensité cultuelle et culturelle. Les pierres des cathédrales sont les pierres de l’âme. Ce que ne saurait être le béton de Monsieur Kuma. Qu’il nous soit permis de le déplorer.

Le curé de la paroisse se dit séduit. C’est évidemment son droit le plus absolu. Que déclare-t-il ? « La galerie s’intègre de manière très cohérente avec l’ensemble de la perspective qu’on a en bas de la montée Saint-Maurice, ça donne quelque chose de très aérien, de très léger ».

Et si en plus cela avait pu donner quelque chose d’un peu religieux, d’un peu chrétien, d’un peu mystique, nous nous joindrions assez volontiers à sa joie.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Kœnig, le roi de la Nature

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DR.

Depuis quelques années, le philosophe libéral Gaspard Kœnig s’est converti à la religion du climat


Gaspard Kœnig était un philosophe prometteur : essayiste, romancier, fondateur du think tank libéral Génération libre et grand pourfendeur des lourdeurs administratives. Or voilà que, depuis quatre ans, il s’est laissé gagner par les mantras de l’écologie politique. Il ne jure plus que par les vertus du « naturel ».

Dans un texte paru dans Paris Match fin décembre, qui condense bien sa pensée, il déroule ainsi le récital classique sur la situation catastrophique de l’environnement : air pollué, pesticides omniprésents, sols dégradés, eau contaminée, polluants éternels et microplastiques « présents jusque dans les nuages », sixième extinction enclenchée et ainsi de suite. Tout y passe, sans hiérarchie ni mise en perspective historique, au point que l’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau en Europe, ou la hausse spectaculaire des rendements agricoles ne compte pour rien. Jouant les moralistes, Kœnig en vient alors à demander : « Toute cette misère pour quel progrès ? » Selon lui, pas grand-chose. Un peu de confort, peut-être, mais rien de ce qui ferait les « vraies richesses : l’air frais, l’eau pure et le chant des oiseaux ».

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Comme si, pour des milliards d’êtres humains, l’accès à l’eau potable, à une médecine efficace, à l’éducation ou à la sécurité alimentaire ne constituait pas la première des richesses apportées par le monde industriel. De ce diagnostic hors-sol découle un appel convenu à la réconciliation de l’humanité avec la nature, présentée comme une victime qu’il faudrait enfin écouter. Nous devrions dès lors végétaliser les villes, bâtir en bois et dépolluer les sols avec des plantes qui absorbent les métaux lourds. Tout n’est certes pas à rejeter dans ces propositions. Mais un philosophe qui nous invite à nous plonger dans l’humus (titre d’un de ses derniers livres) semble pour le moins naïf. Comment peut-il oublier que c’est grâce à l’industrialisation que l’humanité a pu, pour la première fois de son histoire, réduire massivement la mortalité infantile et vivre plus longtemps, en meilleure santé ?

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Les surdoués font de la politique

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Sarah Knafo et Éric Zemmour lors d’un meeting de campagne pour les élections européennes, port de Nice, 5 juin 2024 © SYSPEO/SIPA

Le président du parti foutuïste ne cache pas son amitié et son admiration pour Sarah Knafo. Il salue une intellectuelle qui a le courage de descendre dans l’arène pour défendre ses convictions, et reconnaît que si le pessimisme les sépare, la littérature les unit.


Ni portrait craché, je n’entends pas ici faire le tour du sujet Knafo. Ni portrait caché, je ne ferai pas ici mystère d’être un ami de Sarah. Sous les apparences de la jeune femme assise à ma gauche dans ce restaurant du quartier de l’Odéon, je devinai tout de suite une personnalité d’exception. Je ne sais plus en quels termes je l’exprimai en aparté à Éric Zemmour. Les inflexions de sa voix, davantage encore que la teneur de ses propos, enveloppaient la certitude d’un destin. Je n’avais pas encore connaissance de son impressionnant CV mais au vrai, d’être sortie dans la botte de l’ENA importe aussi peu à Sarah Knafo qu’une séance d’échauffement aux yeux d’un footballeur international. Seul compte le match à venir. Et celui d’après. Gagner la Coupe du monde l’intéresse moins que de remporter la Coupe de France. Pour le mot « France ».

Je crois bien que notre première véritable conversation porta sur la littérature. Sauf erreur, il s’agissait de savoir quelle partie des Somnambules d’Hermann Broch avait notre préférence. Le premier roman de l’écrivain autrichien (que nous possédions tous deux dans la même édition) se divise entre « 1888, Pasenow ou le romantisme », « 1903, Esch ou l’anarchie » et « 1918, Huguenau ou le réalisme ». Je tiens la première pour la meilleure, et pour l’un des plus grands exploits littéraires jamais accomplis, tout me parle dans ce texte où tout parle d’un effondrement à venir, celui d’un empire et d’une civilisation. Sans autres armes que celles de la littérature, d’un travail sur la langue où les mots sont frappés d’un dérèglement qui emportera l’Autriche-Hongrie et avec elle les valeurs de l’Europe, à la manière dont un sismographe enregistre les vibrations du tremblement de terre imminent. Tout comme l’effondrement du langage contemporain, où les phrases servent désormais moins à exprimer la réalité qu’à la dissimuler ou à la travestir, où le français de Balzac deviendra bientôt une langue étrangère pour nombre de ses compatriotes, annonce notre chute collective. La littérature est l’école du doute et, en dépit des apparences, Sarah possède un tempérament à forte coloration littéraire. La seule à pouvoir déclarer : « Je crois que l’on peut réveiller en chacun, politiquement ou par la littérature, le meilleur de ce qui sommeille en nous », la seule à placer un signe d’égalité entre politique et littérature, la seule à revendiquer cette profondeur de champ. La seule avec Zemmour, bien sûr. Lors des échanges qui suivirent ce premier déjeuner, s’exprimèrent bien des incertitudes sur son avenir personnel et politique. Je n’en dirai pas plus. Sinon que dans les deux domaines cités, elle choisit de se tenir au-delà du doute, tandis que je restai en deçà. Voilà comme l’une devint vice-présidente du parti Reconquête ! et l’autre président du parti Foutuïste. Le pessimisme nous séparait, les livres nous rapprochaient. Nous fomentions de minuscules complots, il était question d’aller ensemble toquer sans prévenir à la porte de Milan Kundera et d’enfin converser avec notre héros commun, ce suprême dissident, ce dissident de la dissidence même. Je me dégonflai. Nous adressâmes une lettre à l’auteur de L’Ignorance – qui resta sans réponse.

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J’ai parlé de tempérament, il faut aussi parler d’histoire personnelle. Celle d’une gamine juive de Seine-Saint-Denis (comme Zemmour, tiens donc…), d’un département que fuient ses coreligionnaires, d’un laboratoire à ciel ouvert du grand remplacement que Jean-Luc Mélenchon appelle désormais de ses vœux sans plus de précaution oratoire. Sa famille avait déjà quitté le Maroc en 1967 après la guerre des Six-Jours. Jamais deux exils sans trois, le dicton flotte dans l’air comme une épée de Damoclès au-dessus de bien des têtes, coiffées d’une kippa pour nombre d’entre elles. La menace d’être expulsé de chez soi court bien souvent dans le sang et dans la mémoire de ceux qui ont la France au cœur. Ne jamais l’oublier quand il est question de Sarah Knafo. À ce propos, il me revient que nous échangions des citations extraites de lectures en cours. Du Pitié pour les femmes de Montherlant, elle découpa à mon intention ce qui suit : « Depuis longtemps, bien longtemps, on travaille, de l’intérieur et de l’extérieur, et Dieu sait avec quelle haine patiente, à faire de la France un pays où quelqu’un de propre, et d’une certaine qualité interne, se sente en exil. Cela a été long et dur parce que c’était une bonne nation, pleine d’un fond excellent. Mais enfin, on y est arrivé. » Je m’étonne que la phrase ne figure pas sur son tract électoral. Quelques jours plus tard, Sarah partagea avec moi ce jugement d’Anatole France sur les Français : « Ils tomberont de si bas que leur chute même ne leur fera pas de mal. »

J’ai assisté à la naissance d’un couple politique et rien de ce que j’ai lu à son sujet – il était entre autres question de « conseillère de l’ombre » ou de « femme de réseau » – ne correspond à la réalité. J’ai par exemple été témoin de la fin d’intenses séances de travail dans un studio parisien que l’on pouvait définir comme des coproductions entre deux brillantes intelligences, la tournure d’esprit pratique de Sarah et la tournure d’esprit conceptuelle d’Éric aboutissant à l’équilibre souhaité. La présidentielle de 2022 unit un homme et une femme qui s’aimaient, deux intellectuels par ailleurs semblablement convaincus que la défense de leurs convictions nécessitait de quitter le champ limité du débat d’idées pour aller combattre dans l’arène politique. Deux surdoués qui n’en négligent pas pour autant de travailler à fond les dossiers. Une méthode dont pourraient s’inspirer certains de leurs adversaires. C’est pourquoi faire le portrait de Sarah revient toujours à faire le portrait de Sarah et Éric, que tout rapproche et tout unit, c’est pourquoi l’invention par certains d’une rivalité entre les deux têtes de Reconquête ! pour représenter le parti en 2027 est du plus haut comique ou du plus navrant pathétique (et quant à distinguer entre leurs lignes politiques, ma vue ne le permet pas). Le roman vrai surpasse ici tous les romans d’invention, j’en atteste.

À ma question sur Les Somnambules d’Hermann Broch, Sarah répondit : « Celui que j’aimerais être : Pasenow. Celui que je suis sans doute : Esch. »

Issy-les-Moulineaux: de l’audace! … toujours de l’audace?

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Le Maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini, image d'archive. A droite, Mme Constance Bensussan. Photos DR.

André Santini, la candidature de trop? Le maire UDI, malade et hospitalisé, se présente alors qu’il apparait très affaibli. Constance Bensussan, secrétaire générale adjointe de l’Élysée, placée en sixième position sur sa liste malgré des liens limités avec la ville, apparaît comme une possible solution de succession orchestrée en coulisses…


« Issy l’audacieuse »… c’est ainsi qu’André Santini avait, au milieu des années 2000, surnommé la ville dont il était – déjà – maire depuis 1980. Une audace qui, à cette époque-là, s’était notamment traduite par une capacité inédite, et méritoire, à attirer dans cette commune limitrophe de Paris, un certain nombre de sièges sociaux des secteurs des médias ou de la communication, ainsi que par certaines outrances en matière architecturale, André Santini étant particulièrement friand d’architectes internationaux, dont la mégalomanie des projets n’avait d’égal que leur prix pharaonique.

La dette en augmentation

Longtemps, cette audace fut le fruit de l’autonomie fiscale des communes qui aida M. Santini à panacher intelligemment un euro d’impôt levé sur les entreprises, perçu au titre de la taxe professionnelle et un euro d’impôt perçu sur les particuliers, au titre de la taxe d’habitation. Grâce à ce combo gagnant, Issy-les-Moulineaux a su attirer les familles du 15e arrondissement tout proche et passer d’une population de 56 000 habitants en 2000 à 68 000 aujourd’hui. Las ! L’Etat, toujours soucieux de restreindre les libertés municipales, en démantelant la taxe professionnelle, puis en supprimant, en 2020, la taxe d’habitation, a fragilisé cet équilibre. Au point que la dette municipale par habitant est passée de 46 euros en 2020 à 140 en 2024, tendance qui s’est accompagnée de surcroît d’une hausse substantielle de la taxe foncière.

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C’est dans ce contexte que les 46 106 électeurs isséens renouvelleront leur Conseil municipal les 15 et 22 mars. Une élection qui pourrait être plus compliquée que prévu pour M. Santini, pourtant coutumier des scores de maréchal. Et c’est bien pour cette raison qu’il ose encore certaines audaces à commencer par celle, incompréhensible, de sa propre candidature. En effet, M. Santini, 85 ans au compteur, s’est ingénié à retarder au maximum une entrée en campagne qui en devient carrément suicidaire, pour lui comme pour ses amis de quarante ans. Le déclin d’André Santini, est déjà apparu au grand jour dans un article du Parisien en date du 6 février dont les photos ne sauraient guère tromper que ceux des Isséens qui veulent encore l’être. Les photos étaient tellement peu à l’avantage du maire sortant qu’on peut s’interroger.  Ses adversaires, voire ses faux amis – et ils sont nombreux – auraient en effet voulu torpiller sa candidature qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. Visiblement diminué, amaigri, M. Santini, d’ordinaire si bon vivant, était accompagné, lors de cet interview, de Gabriel Attal, dont on oublierait presque qu’il est le député du coin. Et André Santini de regretter à cette occasion que notre éphémère Premier ministre n’ait pas souhaité prendre sa succession à la mairie d’Issy Les Moulineaux. Quel cinglant désaveu pour sa propre majorité ! Il est vrai que cette dernière ne s’est jamais vraiment distinguée ni par sa cohésion, ni par des compétences d’autant moins brillantes qu’André Santini était allé les chercher en 2020 chez En Marche et autres boutiques du bloc central, dont on sait bien que l’intelligence des cadres n’est pas vraiment la vertu première. Et pour cause, même hospitalisé depuis octobre, M. Santini reste le seul principe d’unité, pour ne pas dire d’éternité, d’une majorité municipale qui se déteste. Celle-ci devra pourtant vite accoucher d’un successeur, tant on doute des capacités résiduelles d’André Santini déjà à faire campagne et, plus encore, à garder le manche de sa ville jusque 2033. Et il en faut, de l’autorité pour unir une dernière fois cette majorité sortante inapte à « tuer le père » sur près d’un demi-siècle d’une gestion municipale sans partage.

Et la numéro 6 de liste est…

Dernière audace qui devrait faire tiquer bien des électeurs et dans les recoins de laquelle se cache, sans doute, la solution de cette succession âprement disputée en coulisses : cet étrange n°6 de la liste conduite par André Santini. Une certaine Madame Constance Bensussan… rien de moins que la Secrétaire générale adjointe de l’Elysée – excusez du peu ! Mme Bensussan est en charge auprès du chef de l’Etat des questions sociétales et n’aurait, semble-t-il, avec la ville d’Issy-les-Moulineaux guère que des attaches assez lointaines. De là à croire que ce haut fonctionnaire, inspectrice de affaires sociales, est là, en service commandé, pour tirer les marrons du feu, siffler la fin de la récré, s’appuyer sur les réseaux Macron et consorts pour s’imposer comme maire à des conseillers municipaux santinistes sortants, il n’y a qu’un pas que nous avons… l’audace de franchir ! N’oublions pas que le maire est élu par les conseillers municipaux, lors d’un Conseil municipal d’installation où tout peut arriver.

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Dans l’ambiance de sauve qui peut général, les options de recasage ouvertes aux barons du macronisme sont en effet d’autant plus convoitées qu’elles sont proches de Paris. Ces parachutages devraient donc, dès avant 2027, les préserver du vent de dégagisme ambiant. Quand l’empêchement de M. Santini sera-t-il constaté? Mme Bensussan sera-t-elle le prochain maire d’Issy ? Les électeurs s’en laisseront-ils compter plus longtemps ? Nul ne le sait, mais le sujet a pour effet de doper les quatre listes d’opposition qui gardent toutes leurs chances de succès.

Convaincues que leur commune vaut plus qu’un terrain de jeux pour cabinets ministériels finissants ou qu’un ultime exutoire à l’hubris de son maire historique, elles pourraient bien créer la surprise au soir du 15 mars. Par exemple en contraignant le marigot centro-santiniste à un second tour bien inhabituel à Issy-les-Moulineaux.


M. Rigolot est membre de la liste VIVRE ISSY PLEINEMENT, conduite par Mme Martine VESSIERE, candidate aux municipales des 15 et 22 mars 2026