Les messages contradictoires visant à protéger l’environnement polluent notre quotidien. François Tauriac sature.
Eco-lo-gie. On n’a plus que ce mot-là à la bouche. À chaque geste maintenant que nous tentons de faire, à chaque pas que l’on ose marteler sur la chaussée, à chaque émission télé que l’on essaye de ne pas zapper, dans tous les journaux et les magazines, il se trouve systématiquement quelque chose ou quelqu’un pour nous rappeler notre nouveau devoir et surtout notre objectif principal : sauver la planète. Pas un jour sans gluten free, sans sac amidon de maïs, pas un McDo sans burger végan, pas une municipale sans plan vélo, pas un mois sans alcool ou sans « urgence climatique ».
Comme si c’était notre faute à nous, tout ça. La pollution, le réchauffement climatique, le coronavirus, l’érosion de la dune du Pilat et les bouteilles en plastique ? Est-ce qu’on a choisi d’acheter la viande sous cellophane ? La purée en flocons, la Tropézienne chez Picard, ou le Nespresso en capsule? What else? Alors pourquoi diable nous fait-on culpabiliser? Nous les Français, un des peuples les plus vertueux d’Europe en matière de pollution. Bon d’accord, c’est un petit peu grâce aux centrales atomiques lancées après-guerre par le général de Gaulle, mais quand même. Moi je veux bien faire un geste pour la planète, vivre avec mon temps comme ils disent, mais en échange qu’on nous foute un peu la paix.
Ok boomer
J’en ai assez de me faire juger quand je beurre une tartine à l’Echiré ou d’essuyer des oh la la quand j’imprime un email à la photocopieuse. On est passé du «tout est permis » au règne du «fait pas ça, c’est pas bon». Dans la vie, tout est désormais « mauvais pour la planète », pas super « pour la réduction des émissions », pas «terrible pour le transit». Et ta sœur, elle bat le beurre? Ben elle aimerait bien. Mais c’est Lactalis qui le fait pour elle. Et maintenant, elle a peur pour son cholestérol, ma sœur. Alors elle va finir par regarder son bilan sanguin en direct sur son iWatch, comme Hanouna mate ses audiences en temps réel sur les Freebox.
Et pourtant, c’est pas faute de faire des efforts, je vous jure. Maintenant je trie mes déchets, bon je ne peux pas faire autrement, les sacs poubelles sont transparents; je roule à l’éthanol E85 (une affaire, 90 litres à 57 euros) et je vais porter mes bouteilles au container pour le verre usagé. Oui Monsieur. Mais j’attends le dernier moment. Alors j’y vais aux aurores avec mon panier plein de boutanches. Ca fait moins pochetron. Je fais même gaffe à mon fromage. C’est vous dire. Je ne prends plus que du camembert Champsecret. Celui au lait de foin. Deux vaches à l’hectare. AOP et boîte en bois à l’ancienne. Ça me coûte plus cher, mais vu que je fais des économies sur l’essence… Même les parasols chauffants, je les évite. Des fois qu’on me reprocherait aussi d’être un peu l’homme du 20ème siècle. Mais j’avoue que depuis que mon copain bougnat du «Parthénon » m’a avoué qu’on travaillait le décaféiné au chlorure du méthylène, je vacille. Je chancelle. Je trébuche. C’est bien simple, je suis à deux doigts de renoncer. Faut dire qu’on nous raconte tellement de salades non ? Tiens les emails par exemple, il y a vingt ans, c’était l’arme absolue. La fatal weapon, comme ils disaient. Le truc pour sauver les arbres aussi.
Pollution 2.0
Maintenant, il paraît que le numérique représente 10% de la consommation électrique mondiale. Ils le savent ça, tous ces donneurs de leçons, que les datas centers qui gardent leurs chers petits messages coûtent des fortunes à refroidir? Et que les géants du web dépensent un pognon de dingue en refroidissement pour installer leurs serveurs dans les pays les plus froids du globe? Ça leur en bouche un coin ça hein? (En bois coupé en cueillette solidaire évidemment.)
Et les énergies alternatives? On ferme Fessenheim alors qu’elle pouvait tourner encore vingt ans sans émettre la moindre émission et on encourage à monter des centrales au méthane qui obligent les agriculteurs à vendre le maïs, non pas pour le manger, mais pour le faire fermenter. Même sur France Inter on nous explique que l’Allemagne émet 300 millions de tonnes de CO2 pendant que la France n’en sort que 20! C’est pas un signe ça ? Ça ne nous empêche pas de foncer vers le tout électrique. Même mon PC portable a des batteries au lithium. Vous savez ce petit métal alcalin sympathique à la mode qu’on nous fourgue à toutes les sauces et dont la Bolivie, entre autres pays, fait ses choux gras en colonisant ses déserts sur des millions de m2 et en polluant les nappes. On ne sait d’ailleurs pas le dépolluer le lithium! Prochaine catastrophe écologique ? Ben moi qui avais l’impression de frôler ma date de péremption. Qui frissonnais en craignant l’obsolescence programmée. Je ne devrais pas le dire, ça me redonne un coup de fouet toutes ces incohérences. Tiens, je suis presque sûr qu’on va rallumer la centrale au charbon de Porcheville s’il y a un coup de froid! Éco-lo-gie on vous dit.
La Macronie essaie maladroitement de convertir les Français aux joies de l’investissement en Bourse.
Agnès Pannier-Runacher a tenté ce mardi matin sur CNEWS de relativiser l’effondrement de la Bourse. «Nous avons aujourd’hui un système financier qui est beaucoup plus solide que pendant la crise de 2008 […] C’est plutôt le moment de faire des bonnes affaires en Bourse aujourd’hui ».
En tant que secrétaire d’État à l’économie, Agnès Pannier-Runacher est dans son rôle lorsqu’elle tente de rassurer sur la solidité des fondamentaux des entreprises. En revanche, elle sort clairement du cercle de ses attributions en donnant des recommandations boursières. Gérard Leclerc aurait ainsi pu lui demander de préciser sa stratégie d’investissement en ce qui concerne son objectif de gain et les valeurs à privilégier, ce qui aurait permis de mettre en lumière la légèreté du propos. Sans doute que Madame Pannier-Runacher a voulu imiter Donald Trump, peu avare en commentaires boursiers et ayant twitté récemment: « Stock market is starting to look very good to me ». Mais l’influence de la déclaration de la secrétaire d’État sur le marché parisien n’a pas eu l’effet escompté, le CAC 40 ayant clôturé en baisse de -1,5%. N’est pas Trump qui veut !
Agnès Pannier-Runacher a été à bonne école et marche fidèlement dans les pas de son ministre de tutelle qui, en octobre 2019, se montrait favorable à une réorientation de manière différente de l’épargne des Français avec plus de diversification vers les unités de compte (c’est-à-dire vers la Bourse), en rappelant qu’il faut « servir plus de rendement aux Français qui acceptent plus de risques ». Bruno Le Maire récidivait quelques semaines plus tard au moment de la privatisation de la Française des Jeux, souhaitant « que les Français participent le plus largement possible » et investissent en Bourse. Depuis ses conseils, le CAC 40 est en baisse de près de 20%. Ses recommandations devaient être pour le long terme.
Comme dit le proverbe, les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Lorsque le président de la République donne des conseils en recherche d’emploi à un jeune homme, il est peu surprenant de voir la secrétaire d’État à l’économie et aux Finances prodiguer des recommandations boursières. Bienvenu dans le nouveau monde, qui ferait presque regretter l’ancien : celui où Lionel Jospin, alors Premier ministre, se vantait de n’avoir jamais détenu d’actions.
Si les pays de l’Ouest ont accepté l’idée de payer une « jizya » au maître-chanteur Erdogan pour qu’il nous protège de l’arrivée massive d’immigrants, à l’Est, la résistance s’organise… L’Europe Centrale et Orientale n’entend pas capituler. Elle envoie déjà quelques gardes frontières en Grèce.
Le Groupe de Visegrad entend ne rien lâcher. Lors d’un sommet mercredi 4 mars, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie ont déclaré vouloir s’engager à aider la Grèce dans son conflit frontalier avec les Turcs.
Le premier ministre slovaque Peter Pellegrini voit le nombre grandissant de migrants comme un sérieux problème sécuritaire pour l’Europe ; pas seulement pour la Grèce ! Son homologue tchèque Andrej Babis a ajouté pour sa part que la situation en Grèce était grave et a assuré que son pays était « prêt à aider [les Grecs] ». Quant au premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, il a affirmé que le sien s’apprêtait à déployer des gardes à la frontière grecque. Enfin, Viktor Orban, que l’on ne présente plus, a annoncé que la Hongrie apporterait tout le soutien qu’elle peut à la Grèce et participerait activement à l’éconduite des migrants sur la frontière extérieure de l’Union Européenne.
Il va sans dire que ces pays ont une connaissance bien précise du danger et de ce qu’ils y risquent. Comme un air de déjà-vu…
L’Europe Centrale contre l’Empire Ottoman : un match retour ?
L’esprit de conquête d’Erdogan rappellerait presque celui d’un certain Soliman 1er (dit « Le Magnifique ») qui s’était lui-même emparé au XVIème siècle d’un certain nombre de territoires européens tels que la Croatie, la Moldavie, la Hongrie, et une partie de l’Autriche. Le souvenir d’un tel envahisseur et de ses troupes a nécessairement laissé une trace indélébile dans le cœur des nations qui ont souffert de son occupation.
Nous pouvons souligner au passage la lâcheté des rois français de l’époque (François 1eret son fils Henri II) qui ne comprennent pas alors l’enjeu et qui s’opposent à un Charles Quint (Empereur du Saint Empire Germanique) souhaitant protéger l’Europe d’une islamisation possible. L’impétuosité et l’audace des Francs de Charles Martel, autant que l’idée d’une alliance (avec Eudes, le duc d’Aquitaine et ancien adversaire) face à un ennemi civilisationnel commun, représentaient déjà de lointains souvenirs…
Une extension du Groupe de Visegrad ?
Si l’Europe occidentale reste aveugle sur la question migratoire, à l’Est, personne n’est dupe. Le Groupe de Visegrad tel qu’il est composé ne bougera probablement pas dans son organisation politique. Cependant, le contexte actuel et la conjoncture géostratégique et démographique pourraient bien ouvrir une ère d’alliances entre le V4 et certains de ses voisins, plus ou moins immédiats (en commençant par la Grèce), afin de lutter plus efficacement contre les masses migratoires qui souhaitent forcer la serrure européenne.
Pendant ce temps…
Alors que le V4 tente d’organiser quelque défense des frontières du continent, alors que Poutine humilie Erdogan en lui rappelant qui est le patron lors de leur récente rencontre, l’union bruxelloise n’en finit pas de se coucher.
Invité lundi en grande pompe dans la capitale de l’Europe, le président turc a rappelé aux éminences de nos institutions européennes l’engagement pris de verser une rente à Ankara de 6 milliards d’Euros en l’échange d’une protection contre l’arrivée massive d’immigrants. Ne s’étant acquitté « que » des trois quarts de cette somme, Erdogan est venu réclamer son dû, en personne.
Les élites européennes se sont félicitées de la reprise du dialogue, en réalité des paroles creuses et vides de sens permettant l’inaction la plus totale à l’encontre du quémandeur ottoman. Pire encore, ce sont maintenant les Européens qui déclarent, notamment par la voix du Secrétaire général de l’OTAN se préoccuper de la sécurité de la Turquie. Le gouvernement allemand a par ailleurs annoncé qu’une « coalition de pays volontaires » – dont la France ferait partie – devrait prendre à sa charge une partie des migrants actuellement tenus à distance sur l’archipel grec (théoriquement des enfants, mais il est fréquent de retrouver des majeurs parmi les « mineurs isolés »).
Comme si la soirée des César n’avait pas été assez gênante ! Voilà maintenant que Jean-Pierre Darroussin jure qu’il n’est pas antisémite. Il en donne la preuve : « Ma femme est juive et donc mes deux filles le sont également ».
Sa prestation lors de la remise des César était pour le moins contestable. Ses excuses le sont tout autant.
Lors de la cérémonie des César, l’acteur était chargé d’ouvrir les enveloppes contenant le nom des primés. Quand il ouvrit celle où il y avait le nom de Polanski sa vue s’obscurcit et son esprit se troubla. Comment prononcer l’imprononçable ? Déjà que « Polanski » ça sonne pas très français…
Florence Foresti, qui avait la redoutable tâche d’animer la cérémonie, s’en était tirée en appelant le cinéaste Atchoum (Polanski n’est en effet pas grand). Darroussin opta pour une autre solution : il bredouilla, marmonna et écorcha le nom de Polanski.
Darroussin incompris?
Par la suite, il reçut une salve de critiques indignées par cette prestation aussi abjecte qu’imbécile. La raison lui est revenue ! Dans une interview au magazine Transfuge, il présente ses excuses. « Non je n’ai pas voulu humilier Polanski : c’était juste une mauvaise blague ». Et sans que personne ne lui ait rien demandé, Darroussin ajoute : « Je ne suis pas antisémite ». Et il ponctue cette proclamation par un argument massue : « Ma femme est juive et donc nos deux filles le sont ». Que de choses inavouées derrière cette phrase ! L’explication, car il y en a une, est à chercher du côté de chez Freud.
On sait – comme une évidence mainte fois répétée – que tous les antisémites ont un ami juif. Et de temps en temps – c’est un classique – ils lui disent tendrement « quel dommage que tous les Juifs ne soient pas comme toi ». S’agissant de Polanski, lors des César, il n’était pas « le bon Juif » de Darroussin. Maintenant il l’est devenu.
Me revient à ce propos une anecdote savoureuse racontée par Léon Poliakoff dans L’Histoire des Juifs. Au début du siècle dernier, un baron hongrois était accusé d’antisémitisme. Un ami vint le voir pour le lui reprocher. Et le baron superbe répliqua : « Moi antisémite ? Jamais ! Un antisémite c’est quelqu’un qui hait les Juifs plus que de raison ».
Une jeune lycéenne, Mila, à l’occasion d’une discussion, s’est exprimée sur l’Islam. La liberté d’expression est un bien acquis, chèrement payé par la Révolution en France. C’est un héritage du siècle des Lumières, on se demande aujourd’hui qui a bien pu les éteindre. Ça doit être du temps du « regroupement familial » comme quoi on peut être bardé de diplômes, être jeune et ne rien imaginer des conséquences de ses actes, assuré qu’on est de son intelligence. Mais les successeurs de ce président-là, conscients ou non, n’ont fait que renforcer ces conséquences en voulant absolument ignorer les difficultés de l’intégration des immigrés musulmans ; tout n’est pas rapidement soluble dans la République française. Surtout quand on érode la volonté et le courage des hussards de la République laïque, démocratique et égalitaire. Aucun des trois termes de cette définition n’est naturel aux femmes et aux hommes qui ont été accueillis sur le sol national avec une générosité sans égale de par le monde. Le résultat n’est pas une société multiculturelle dont on se gausse et dont tout un chacun pourrait se réjouir, mais une société multicommunautaire qui en est le contraire et l’assassin.
Mila dans l’émission Quotidien sur TMC. Image: capture d’écran twitter
Ainsi donc, Mila, une jeune lycéenne iséroise, dans une discussion virtuelle, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux comme on dit aujourd’hui, avec ce rêve qu’une agitation d’électrons puisse créer des amis, donne son avis sur l’Islam. Avis certes un peu carré mais pas faux, en tous cas conforme à celui de nombre de citoyens et surtout des observateurs attentifs de ce qui se passe dans le monde musulman et de ce qui en est importé en Europe. Avis surtout des rares Européens qui ont lu le Coran, rares Européens desquels ne font manifestement pas partie l’essentiel des élites intellectuelles et politiques. Et sûrement pas les décideurs.
La réponse ne s’est pas fait attendre : Mila est brutalement promise à une lisse lame après de nombreux sévices corporels et sexuels dans un langage pour le moins ordurier témoin d’une barbarie d’autres lieux et d’autres temps. Mais cela est de la responsabilité de ceux qui profèrent ces insultes et ces horreurs. On nous arguera sûrement qu’ils sont incultes et ne connaissent même pas le texte sacré et réputé non amendable auquel ils se réfèrent.
Quelle est la réponse de l’Etat aux menaces proférées ?
Auriez-vous pu l’imaginer il y a encore quelques jours ? La ministre de la Justice, oui de la Justice, Madame Belloubet, prend la victime pour le bourreau ! La Garde des Sceaux devenue gardienne des sots, voilà qui ne manque pas de cachet pond une lettre de cachet et demande au parquet de poursuivre Mila pour insulte à une religion, ce que la ministre trouve grave. En bref, elle veut poursuivre pour blasphème. Ce qu’elle ne fit pas quand Jésus fut qualifié de PD (sic) dans une émission de radio. Voilà Mila en nouveau chevalier de la Barre ; serait-ce ce qu’on appelle une avancée progressiste ?
Heureusement le parquet refuse de s’enflammer et récuse la plainte. Tentez d’allumer du vieux chêne avec une étincelle ou une allumette, tout n’est pas encore église ou cathédrale.
Elle est revenue par la suite sur cette « erreur », il reste le plus grave. Il reste que le premier réflexe est la charge contre la liberté d’opinion et la défense des agresseurs lorsqu’ils le font au nom de leur foi !
Incroyable d’imaginer réaction aussi ignominieuse quand on prétend être gardien des valeurs françaises. Mais qui donc l’a mis là ?
Il est vrai que la ministre de la Justice fait récuser les assassins musulmans au fait de l’aveuglement de leur discernement sous les effets conjugués de la religion et de la prise de drogues par ailleurs illicites. Prise qui en d’autres circonstances est un facteur aggravant des actes commis… Il est vrai aussi qu’elle veut accueillir des djihadistes qu’elle ne logera cependant pas dans les trois appartements qu’elle avait omis de déclarer, un bel exemple de probité.
Mieux encore, maintenant Mila ne peut réintégrer son établissement scolaire. On ne peut l’y protéger ! Certes, mais aucun autre établissement ne peut la protéger non plus… La République ne peut assumer sa mission d’éducation prétendue obligatoire. Faillite ! Faillite et démissions. L’Etat, prompt à retrouver les adresses des pirates selon HADOPI, ne localise pas les auteurs de menaces dont le côté illicite est pour le moins manifeste et pénalement condamnable.
Alors que l’Etat lui assure des cours privés à domicile, lui assure une protection policière et que les brigades informatiques se mettent en branle et permettent l’arrestation des barbares. Ça suffit, le mauvais sort s’y erre trop en France. Du balai !
Il n’est pas, ici, question de morale, il s’agit de plus, il s’agit d’éthique c’est-à-dire de l’identification des bourreaux, de tous les bourreaux. C’est cela la Justice.
Que dire encore de cette inimaginable histoire sinon qu’elle est un nouveau témoin du drame français. Que vive la parole libre !
Dans Les dents serrées, Bruno Lafourcade dresse l’inventaire des années Mitterrand qui ont conduit à la désagrégation de la France.
Un merlin est un outil qui est d’un côté une masse permettant de fracasser, de l’autre une hache permettant de fendre. Nietzsche philosophait à coups de marteau. Dans son livre, Une jeunesse les dents serrées (Éditions Pierre Guillaume De Roux), Bruno Lafourcade écrit à coups de merlin. Si l’on en ressort tout ensanglanté et meurtri, c’est que l’auteur nous rappelle, sans prendre de gants, ce qu’ont été les « années Mitterrand » : le début de la terreur progressiste, de l’antiracisme dévoyé, de la promotion du manager et des « artistes » engagés (Tapie et Séguela en bêtes de scène, et Yves Montand en monsieur Loyal du cirque patronal), de la radio nationale devenant tract propagandiste, des radios dites libres (NRJ) comme agents propagateurs des plus misérables bruits anglo-saxons et des émissions sur la sexualité javellisée destinées aux jeunes.
Fiertés
Lafourcade ne retient pas ses coups. Il retrace les années de notre génération, celle de ceux nés dans les années 60, sans la moindre nostalgie. Seuls nos corps étaient alertes et robustes. Le corps de la société française, lui, commençait de pourrir sous les coups des idéologies mortifères et nous entraînait dans sa chute. Nous serions bientôt ces zombies décrits par Pauwels, « les enfants du rock débile, les écoliers de la vulgarité pédagogique, les béats de Coluche et de Renaud nourris de soupe infra-idéologique cuite au show-biz, ahuris par les saturnales de “touche pas à mon pote”, et, somme toute, les produits de la culture Lang. » Quelques années plus tard, écrit Lafourcade, la jeunesse rebellocrate allait « inventer le proud et la pride – la fierté, celle qui n’est due à rien, à aucun mérite sinon celui d’être soi », gay, noir ou femme. Le « moi » s’installait dans le cocon paresseux de ce temps et s’auto-glorifiait d’être ce qu’il était, même et surtout lorsqu’il n’avait rien fait pour être ce qu’il était. « Pourquoi, tant que vous y êtes, si prêts du but, ne pas “être fier d’être en vie” ? »
Ravivant les débuts de la destruction programmée de l’Éducation nationale, Lafourcade gifle et dénonce ces profs, « syndicalistes doctrinaires et vaniteux » qui nous « apprenaient à nous haïr, et à mépriser notre pays et son histoire », et qui, sous l’impulsion des ministres socialistes, firent de l’école un lieu dogmatique, égalitariste et grand pourvoyeur de jeunes gens incultes, bruyants, incapables d’admirer, d’avoir des héros , ou même de concevoir ce qu’avait pu être « l’héroïsme » de certains hommes d’antan dont ils n’avaient aucun souvenir puisqu’ils n’en avaient eu aucune connaissance.
Après la lutte des classes, la lutte des races
Lafourcade apostrophe cette génération d’avant la nôtre, celle de ceux qui « depuis 68, chiaient le soixantuitisme », les politiques rompus à l’exercice de prendre les postes rémunérateurs (symboliquement et pécuniairement), ou les « parasites et les plagiaires essentiels, incapables de rien créer, (grenouillant) dans les salles de rédaction, les bureaux d’éditeur. »
Regardez et écoutez : les enfants de ces parasites ont pris leurs places, ils grenouillent pareillement dans certains milieux politiques et journalistiques. « Vous avez toujours pensé par slogans, votre vie a toujours été publicitaire ; vous nous avez pris Le Monde, vous nous avez pris France Culture – vous en avez fait des tracts. […] Vous nous avez pris la presse, vous nous avez pris l’école, vous nous avez pris l’art – et vous nous avez pris les mots. » Rien n’a changé, au contraire. Pour qui n’est pas sourd, il est aisé d’entendre l’endoctrinement et la propagande actuels sur les ondes de nos radios nationales, dans les couloirs du ministère de l’Éducation nationale, dans ceux de nombre d’universités devenues, à la place des lieux du savoir, les tribunes militantes des thèses sur le genre, sur le supposé « racisme d’État », sur le « décolonialisme » et sur « l’indigénisme ».
La lutte des classes a fait les beaux jours des soixante-huitards, celle des races fera le printemps puis l’été de leurs petits-enfants et de certains enfants d’immigrés, plus malins que les autres, et qui ont compris comment conquérir, paresseusement, politiquement, en profitant de notre faiblesse et de nos lâchetés, les places au soleil universitaires, journalistiques ou politiques.
C’est la vérité qui est féroce
Notre faiblesse, Lafourcade la décrit et la décortique. Elle est celle de quinquagénaires à qui, jeunes, on a laissé accroire que Lang était un homme cultivé qui allait sauver la culture ; que Duras était une enquêtrice de haut vol capable de reconnaître un infanticide à la seule lueur de ses fantasmes ; que l’idéologue July n’était pas une boule de bêtise hargneuse lorsqu’il écrivait dans sa feuille de chou : « Il fait partie des bourgeois, il ne peut qu’être l’auteur de ce crime », à propos du notaire Pierre Leroy dans l’affaire de Bruay-en-Artois ; que BHL était un philosophe ; que Mesrine était le Mandrin de l’époque ; que l’école nous apprenait autre chose que l’idéologie égalitariste dominante. Nous n’avions aucun héros à admirer et personne ne voulait que nous en eussions : « Les grands navigateurs, les grands soldats, les grands saints vous renvoyaient à votre lâcheté. Certains d’entre nous avaient eu des rêves anachroniques de conquêtes et de grandeur ; ils finirent comptables. »
Lafourcade écrit avec férocité, il fignole au ciseau à fer rougi. Quel plaisir que de sentir le vent féroce de la vérité nous cingler les joues. Il parvient par avance à décrire le Président de l’Institut du monde arabe que nous aperçûmes tout récemment face à Zemmour, un homme qui se momifia vivant – l’époque était aux pyramides – jusqu’à devenir cette image virtuelle et fanée de lui-même : « vieux beaux de la réalité aux chairs tendues qui refusent la mort, déformés, botoxés, tirés jusqu’aux oreilles, avec le sourire permanent et démoniaque des cadavres, vous souriez du néant que vous avez dispersé autour de vous. Nous n’attendons plus que de vous voir crever – mais nous l’attendons sans joie, comme tout ce que nous avons espéré ici-bas. »
Le lecteur qui a apprécié le roman L’ivraie (Christopher Gérard en a dit tout le bien qu’il fallait en dire dans ces colonnes, le 4 novembre 2018) ou les portraits, à l’usage « des intrigants et des courtisans », des Nouveaux vertueux, se délectera également des textes du blog de Bruno Lafourcade : il y décrit idéalement, avec l’ironie du pessimiste carnassier, les âneries des hommes, les bêtasseries des femmes, et toutes les crétineries des enfants de ces quinquagénaires qui, rompus à l’art de détecter les aliments frelatés, tentent vainement de profiter d’une vieillesse la mâchoire crispée.
Le président Emmanuel Macron désire lutter contre le séparatisme qui mine notre pays. L’entreprise n’aura des chances d’aboutir que si elle évite l’apologie immodérée des « valeurs ».
La meilleure façon de protéger la paix civile dans notre pays consiste à faire aimer la France. Cette condition en appelle une autre : faire aimer la même France par tous les Français. Aimer son pays, soit ; encore faut-il s’entendre sur son identité, sur ce qu’il est au plus profond de lui-même. L’objectif louable de lutte contre le séparatisme réussira si les Français s’attachent à la France réelle, non à un pays fantasmé qu’on passerait au crible de nos obsessions moralisatrices.
Marianne au pays des valeurs
Or, en faisant dépendre l’amour de la patrie des « valeurs », rien ne nous garantit que notre pays sera toujours à la hauteur de l’image idéale que nous projetons sur lui d’après ces mêmes valeurs. Celles-ci sont des notions si abstraites que chacun peut les comprendre selon son angle de vision. Qu’est-ce que l’ « égalité » ou la « liberté » ? En conditionnant l’amour de la France au respect de ces « valeurs », le risque est grand de susciter des malentendus entre personnes qui n’en ont pas la même compréhension. Pour résoudre cette difficulté, dans le monde imparfait qui est le nôtre, la sagesse commande de ne pas trop mettre en avant les « valeurs » mais plutôt de se concentrer davantage sur les réalisations concrètes de la France en matière d’art, de culture, d’événements historiques, de mode de vie. Sinon, nous risquons d’être happés par une surenchère moralisatrice qui attisera infailliblement les tensions et les contentieux mémoriels.
Non pas qu’il faille tout accepter de notre passé. L’esprit critique fait partie intégrante de notre tradition de pensée. La France se grandit chaque fois qu’elle tente de s’améliorer en corrigeant ses erreurs. Cependant, à trop porter l’accent sur ces dernières, le corps social risque de se désagréger. Car le problème avec la morale, c’est qu’on trouve toujours plus vertueux que soi. Sur ce terrain, quand le démon de la comparaison emporte les hommes dans sa spirale de concurrence, plus personne n’est en mesure de répondre de la cessation des hostilités.
Qui veut faire l’ange fait la bête
L’autre conséquence de la concentration sur les « valeurs » est de phagocyter tout ce qui fait la spécificité de la France : sa culture, ses mœurs, son histoire, ses grands hommes, etc. Les liquidateurs de l’héritage escomptent par cette opération rejoindre au plus vite une humanité unifiée et hors sol et éviter de la sorte les « crispations identitaires ». Une telle vision politique est sous-tendue par l’idée que l’identité revendiquée d’un peuple implique automatiquement discrimination et rejet de l’ « Autre ». Pour les thuriféraires du « vivre ensemble » mondialisé, les peuples sont toujours hostiles les uns envers les autres. D’où leur solution radicale : les fondre tous dans une humanité générique, biberonnée aux « valeurs ».
Cependant les tenants de la dissolution de la France dans un grand ensemble appelé « monde sans discrimination », sont pétris de contradictions. En effet, tandis qu’ils déconstruisent sans vergogne les vieilles nations européennes afin de les plonger dans le Grand Bain de l’Humanité Réconciliée, dans le même temps ils vantent sans modération les identités des minorités ! C’est ainsi que la notion de « race » refait son apparition, et cela dans la bouche des…antiracistes (on lira à ce titre avec intérêt l’entretien avec Géraldine Smith p48 du dernier numéro papier de Causeur). Issus des rangs de la lutte contre les discriminations, des penseurs « décoloniaux » » tentent maintenant de conceptualiser la nature d’un « racisé », tandis qu’ils continuent de fustiger le « repli identitaire » des Français moyens… Cherchez l’erreur…
Ne pas raviver les ressentiments
Pour toutes ces raisons, la lutte contre le séparatisme doit éviter autant que possible les débats sur les « valeurs » qui prêtent trop le flanc aux susceptibilités de toutes sortes, mémorielles ou plus actuelles. Dès lors qu’un pays n’est plus aimé que pour des « valeurs » aussi abstraites qu’évanescentes, des hommes politiques, mus par le désir de se constituer une clientèle, pourront toujours tirer prétexte de la trahison par la France de ces « valeurs » pour liguer une « communauté » contre le reste de la population nationale. Encore récemment, des élus ont défilé dans les rues de Paris pour protester contre l’islamophobie supposée des Français. C’était là un geste à la fois irresponsable et injurieux pour nos concitoyens, parfait contre-exemple qu’il faut éviter de reproduire si nous voulons éradiquer le communautarisme.
Faisons aimer la France. Pour cela, tâchons de transcender nos différences, arrêtons de remuer les rancœurs du passé. Car si nous restons uniquement focalisés sur le terrain des « valeurs », une « communauté » pourra toujours s’estimer lésée, à l’aune de l’impératif de liberté, d’égalité ou de fraternité, par rapport aux autres, et le cycle des ressentiments et des accusations réciproques reprendra de plus belle.
Marie-Cécile Nathan est signataire de la tribune « Une inquiétante présomption de culpabilité s’invite trop souvent en matière d’infractions sexuelles » dans Le Monde.
Daoud Boughezala.Dès le déclenchement des mouvements #Metoo et Balance ton porc, certains insinuaient que chaque femme avait un porc et qu’un compliment ou une attitude déplacée valait pratiquement un harcèlement. Le triste spectacle de la dernière cérémonie des César est-elle l’aboutissement logique de cette guerre des sexes ?
Marie-Cécile Nathan. Ça ne doit pas être une guerre des sexes. Si ces prises de parole sont nécessaires, en tout état de cause elles doivent être portées devant la justice et dans un cadre procédural.
Avec peut-être une confusion entre morale et droit ?
C’est tout le problème dans ce type de dossier, la morale n’a pas sa place dans le débat judiciaire. On assiste à cette confrontation-là où la morale essaie de prendre le dessus sur le droit, ce qui est dommageable dans une société démocratique. En effet, la morale n’est jamais universelle, elle est appréciée différemment en fonction de chacun (âge, sexe, religion…) et par conséquent seules les normes juridiques en ce qu’elles s’appliquent à tous préservent de l’arbitraire.
Avant de rentrer dans l’examen des arguments juridiques, j’ai l’impression qu’il y a un conflit générationnel ; chez les acteurs par exemple et notamment chez les femmes. Regardez Fanny Ardant et Adèle Haenel, ne pensez-vous pas que les jeunes générations sont plus sensibles à certains arguments moraux ?
Non, dans notre tribune on a des signataires qui sont vraiment de toutes les générations. De notre point de vue, ce n’est pas une question de générations mais plutôt d’application des grands principes et ça doit être inter-générationnel.
Dans votre tribune, vous dénoncez la sacralisation des paroles des victimes qui entraîne une sorte de présomption de culpabilité. S’exerce-t-elle systématiquement contre les hommes ?
Aucune parole n’est sacrée, ni celle des victimes, ni celle des mis en cause.
C’est en effet en grande majorité des dossiers d’affaires de mœurs qui concernent des victimes femmes et des auteurs hommes. Donc la problématique se pose à 99% sur ce postulat-là. Maintenant, il y a une libération de la parole, elle doit être prise en compte et entendue, mais ce n’est pas à un tribunal populaire de décider si elle est valable ou pas, c’est à un Tribunal ou une Cour d’Assises de le décider. Une décision de condamnation ne peut pas se fonder uniquement sur la parole d’une personne mais doit s’appuyer également sur des éléments matériels qui viennent corroborer cette déclaration.
Avez-vous exemples en tête de dérives ? Je pense à l’affaire Jacqueline Sauvage.
L’affaire Jacqueline Sauvage pour ce que j’en connais est une affaire qui n’a posé aucun problème juridique aux deux Cours d’Assises qui l’ont condamnée. En effet, la seule chose que l’on doit constater est qu’une vérité judiciaire en est ressortie, celle de deux cours d’assises, qui l’ont condamnée. Pourtant, dans l’opinion publique et médiatiquement parlant, le discours était totalement en contradiction avec les décisions des magistrats et des jurés populaires qui ont eu à juger de ce dossier. La justice sait faire la part des choses ainsi dans un autre dossier où une femme était accusée d’avoir tué son mari, dans un fameux réquisitoire l’Avocat Général Monsieur Frémiot avait requis avec force un acquittement.
Chaque dossier est différent, chaque dossier doit être appréhendé au regard des éléments matériels. Et c’est à une cour d’en décider et non pas au tribunal populaire.
À propos de sacralisation de la victime, vous faites référence dans votre tribune aux fameux propos de Samantha Geimer qui se dit plus traumatisée par tout le battage médiatique que ce que lui a fait subir Polanski à l’époque. Mais n’est-ce pas une contradiction dans votre raisonnement que d’un côté dénoncer la sacralisation de la victime et de l’autre vous appuyer sur les jugements subjectifs de Samantha Geimer ?
Non, pas du tout. Si une victime souhaite dénoncer les faits, elle doit le faire. Il faut nécessairement qu’elle le fasse et qu’elle porte plainte à la police ou à la gendarmerie. Ensuite la justice fait son œuvre. Ça doit se jouer entre les mains des professionnels du droit, les magistrats qui doivent être indépendants et neutres.
C’est uniquement comme ça que les choses avancent. Ça n’est pas par le biais de dénonciations dans des interviews et dans différents médias. Il est nécessaire de passer par la justice pour que ce soit indépendant et fait de la manière la plus sereine possible.
Et s’agissant de l’attitude du ministre de la Culture qui a publiquement regretté l’attribution du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski, d’un point de vue de juriste, est-ce que vous y voyez une grave intrusion dans le travail de la justice ?
J’y vois une méconnaissance assez importante du mécanisme judiciaire, je trouve ça dommage qu’un ministre ne s’en réfère pas à la justice de son pays et ne renvoie pas ce genre de problématique à l’endroit où ça devrait être traité, c’est-à-dire devant un tribunal ou une cour.
Comme certains campus américains, risque-t-on de faire évoluer la notion de consentement en le remettant en cause pendant et après la relation sexuelle ?
Oui. Et c’est préjudiciable. Aujourd’hui, nos textes sont parfaitement adaptés, le consentement s’apprécie au moment de l’acte. Et cela doit perdurer.
Par ailleurs, la question de l’accueil et de la prise en charge des victimes doit évoluer, la situation n’est évidemment pas parfaite en revanche sur le consentement il ne faut pas modifier les textes en place.
La difficulté actuelle est que l’on cherche à aller vers une imprescriptibilité du crime sexuel et là c’est dangereux. Cela maintiendra les victimes dans une posture victimaire qui ne leur apportera au niveau psychologique pas que du bien car elles n’arriveront pas à se faire reconnaitre comme telle par la justice. En effet, pouvez-vous imaginer que l’on condamne une personne 30 ans après les faits sur les seules déclarations d’une personne sans autre élément matériel ou preuve? Si la justice apportant une réponse en temps et en heure, permet de faire reconnaitre son statut de victime cela ne peut pas tout réparer, mais cela peut lui permettre d’avancer et de comprendre les choses. La justice ne pourra pas donner ces réponses plus de trente ans après les faits.
Ça pourrait aussi créer des situations d’insécurité juridique voire de manipulation trente ans après…
Pour tous, pour l’auteur et la victime. Pourquoi autant d’affaires n’aboutissent pas et sont classées sans suite ? Il faut justement se poser la question de l’allongement de la prescription dans la mesure où on ne peut pas condamner quelqu’un quand on a une plainte qui arrive trente ans après et qui parle de faits qui sont arrivés trente ans avant, vous n’avez plus de constatation médicale, plus d’échanges téléphoniques, plus de SMS, plus d’éléments qui pourraient apporter du crédit aux déclarations. C’est donner un faux espoir que d’allonger la prescription.
À l’ère des réseaux sociaux, le désir d’apparaître pour être quelqu’un a pris le pas sur la pudeur. Quand ce ne sont pas les individus eux-mêmes qui arrachent le rideau protecteur, des malveillants s’en chargent.
Le 16 janvier de cette année, Mila, lycéenne aux cheveux bleutés, apparaît dans une vidéo et se met à converser avec quelques-uns de ses 9 000 abonnés. Un internaute lui fait alors des avances. Elle le rembarre. Le « live » se poursuit. À un autre abonné, elle confie qu’elle est lesbienne. Le soupirant éconduit voit rouge. Il la traite de « sale pute » et l’insulte au nom d’Allah. La discussion dérive alors sur les religions. L’adolescente dit qu’elle les rejette toutes et ajoute qu’elle n’aime pas l’islam, que c’est une religion de haine. Pour bien montrer qu’elle fait fausse route et que l’islam n’est qu’amour, on lui promet les feux de l’enfer. Dans une seconde vidéo postée le jour même, Mila, nullement impressionnée, persiste : « Votre religion, c’est de la merde. Votre Dieu, je lui mets le doigt dans le trou du cul. Merci et au revoir. »
Dans l’univers où chacun peut créer sa propre Stasi, les non-paranoïaques sont des inadaptés sociaux
Le client islam est roi
En réponse à cet adieu retentissant, diffusé partout sur la Toile, elle reçoit un tombereau de menaces et d’injures : « On va te retrouver et t’égorger, sale chienne ! » ; « sale française de merde » ; « t’es morte, on sait où t’habites » ; « si je te croise dans la rue, je vais te faire avaler tes organes ». Mila ne peut pas retourner au lycée : sa sécurité n’est plus garantie. Les autres élèves ont prévenu : si elle y remet les pieds, ils lui feront sa fête. Interrogé sur une radio, le secrétaire général du Conseil français du culte musulman affirme : « Elle l’a cherché, qu’elle assume. »
Ainsi, la blessure faite à l’islam a déchaîné dans notre vieux pays naguère encore « catho-laïque » un véritable ouragan. Et cet ouragan en impose. Il fait même autorité sur une partie non négligeable de l’establishment politique, médiatique et culturel. Ségolène Royal, qui se prépare pour l’élection présidentielle, réprimande vertement l’adolescente irresponsable et irrespectueuse. Martine Aubry, qui brigue plus modestement un quatrième mandat de maire de Lille, fait part de sa très vive inquiétude : « Dans une période où beaucoup se sentent attaqués, je pense à l’augmentation des attaques contre les musulmans […] peut-être que chacun peut se dire qu’il vaut mieux éviter ce type de propos. » D’autres élus ou candidats déplorent la sortie inutilement blasphématoire de Mila en ces temps troublés. Or, comme le dit très justement Salman Rushdie, « là où il n’y a pas de croyance, il n’y a pas de blasphème ».
J’avais écrit dans La Défaite de la pensée que notre monde risquait de devenir le théâtre d’un affrontement terrible et dérisoire entre le fanatique et le zombie. Nous y sommes
La compassion et le clientélisme sont aujourd’hui l’avers et le revers d’une même médaille. L’esprit de capitulation se dissimule derrière l’élan du cœur. On cède devant la force du nombre en se racontant qu’on vole au secours des plus faibles. On se croit antiraciste et fidèle au devoir de mémoire au moment même où on entre dans la voie de la collaboration. Qu’est-ce que collaborer, en effet, sinon se plier, en fondant le droit sur le fait, au verdict de l’Histoire ? L’Histoire ayant fait de l’islam la deuxième religion de France, et même la première dans un nombre croissant d’agglomérations, le sentiment d’humanité est devenu l’alibi de la soumission. Un compte LGBTQI (comme il faut dire depuis que les dénominations sexuelles se sont alignées sans coup férir sur le modèle acronymique des grandes banques et des chaînes de télévision) a envoyé ce message à Mila : « Tu n’as absolument pas l’ouverture d’esprit de faire partie d’une communauté qui prône l’amour et l’acceptation. […] Tu ne fais aucun effort pour comprendre l’autre. » Garants de la convergence des luttes, les grands hebdomadaires culturels de la gauche progressiste ont choisi de détourner les yeux et le site Mediapart (érigé en idéal dans toutes les écoles de journalisme) a publié une longue enquête sur les dérives sexistes et « LGBT-phobes » des chroniqueurs de l’émission phare de France Inter « Le Masque et la Plume ». Tout rentrait dans l’ordre : au procès permanent des phobies, le mâle blanc occupait seul le banc des accusés.
Je soutiens sans être Mila
Face au déferlement de haine et à ses accablantes justifications, je soutiens Mila sans la moindre réserve. Pour autant, je ne me range pas derrière la bannière ou, plus exactement, nouveau monde oblige, derrière le hashtag #JeSuisMila. Voici mes raisons. La liberté d’expression est une conquête de la civilisation. Dans l’expression « Votre Dieu, je lui mets le doigt dans le trou du cul », la décivilisation est à l’œuvre. La vulgarité peut être roborative, mais le degré zéro de la parole articulée ne mérite pas le qualificatif de vulgaire. S’exprimer en public, ce n’est pas se lâcher, c’est, non pour se censurer, mais pour se grandir, parler sous le contrôle du surmoi. Si comme on me le répète, les jeunes filles en fleur n’existent plus que dans les livres qui font rêver les vieillards et si la langue la plus bêtement scatologique est désormais l’idiome distinctif des « gamines » et des « gamins » de 16 ans, alors il faut, de toute urgence, refaire un surmoi aux jeunes générations et remettre à l’honneur une notion que l’école républicaine et la bourgeoisie ont entraînée dans leur chute : bien élevé. Pour transgresser vraiment les règles de la bienséance, encore faut-il les avoir apprises.
J’avais écrit dans La Défaite de la pensée que notre monde risquait de devenir le théâtre d’un affrontement terrible et dérisoire entre le fanatique et le zombie. Nous y sommes. Le fanatique et le zombie barbotent dans la même obscénité crasse et le second facilite la tâche du premier car, même quand il lui résiste, il ne lui oppose, à proprement parler, rien. On a dit de Mila qu’elle était la digne héritière des Lumières. La pauvre, qui a besoin qu’on l’aide et non qu’on l’adore, n’en demandait pas tant. Les Lumières, c’était la mise en œuvre et en forme de la liberté de l’esprit. Et la forme, en l’occurrence, n’habillait pas la pensée : elle l’affinait, elle l’approfondissait même. De nos jours, l’informe règne et il s’étale. L’espace public n’a plus d’existence propre. Comme tant d’autres, Mila dit tout, indistinctement et sans jamais changer de registre, à tout le monde. Car pour vivre heureux dans le nouveau monde, on a cessé de vivre caché, on se montre, au contraire, on s’exhibe, on ne laisse rien ignorer de ses menus, de ses manies, de ses humeurs, de ses orientations, de ses coups de mou, de ses anniversaires. Le désir d’apparaître pour être quelqu’un a pris le pas sur le sens de la pudeur.
La méfiance généralisée devient le ciment du vivre-ensemble
La pudeur, notion-clé des Temps modernes européens, comme le rappelle Kundera dans LesTestaments trahis, c’est la liberté de n’être pas vu. Rien à voir avec la pruderie. La pudeur n’exclut pas l’impudeur d’Éros, elle le met à l’abri des regards étrangers : « Pudeur : réaction épidermique pour défendre sa vie privée, pour exiger un rideau sur une fenêtre, pour insister afin qu’une lettre adressée à A ne soit pas lue par B. L’une des situations élémentaires du passage à l’âge adulte, l’un des premiers conflits avec les parents, c’est la revendication d’un tiroir à clé pour ses lettres et ses carnets : on entre dans l’âge adulte par la révolte de la pudeur. » On y entre maintenant en ouvrant le tiroir et en affichant tout ce qu’il contient sur Facebook ou sur Instagram. À la place de la clé, l’écran. « Le privé et le public, ajoute Kundera, sont deux mondes différents par essence et le respect de cette différence est la condition sine qua non pour qu’un homme puisse vivre en homme libre ; le rideau qui sépare ces deux mondes est intouchable et les arracheurs de rideaux sont des criminels. »
Faut-il parler des Temps modernes au passé ? Le mélange du public et du privé va-t-il être fatal à l’un et à l’autre ? En tout cas, quand ce ne sont pas les individus eux-mêmes qui arrachent le rideau protecteur, des malveillants s’en chargent. Dans le cadre d’une conversation privée sur internet, Benjamin Griveaux, qui n’était pas encore candidat de la majorité présidentielle à la mairie de Paris, a envoyé une image de son sexe turgescent à sa maîtresse. Cette vidéo, qui n’avait pas d’autre destinataire, était programmée pour disparaître au bout de quelques minutes. Elle a été conservée à l’insu de l’envoyeur et, deux ans après les faits, jetée en pâture aux redoutables « réseaux sociaux ». Cette « porno-divulgation » (encore un mot et une pratique du nouveau monde) a mis fin à la carrière politique de Benjamin Griveaux. Avec une belle unanimité, les commentateurs se sont émus de cette atteinte sans précédent à la vie privée. Mais, tout en affirmant avec regret et même avec effroi qu’un cap avait été franchi, un grand nombre d’entre eux ont blâmé l’imprudence de l’homme piégé et dénoncé sa duplicité puisqu’il s’affichait en bon père de famille. Il aurait dû prévoir le coup, c’est donc « un gros con », a tranché l’ancien directeur du journal Libération. Et l’éditorialiste reconnaissable à son écharpe rouge a parlé du « naufrage personnel d’un homme qui n’a pas su contrôler son ubris et qui n’a que ce qu’il mérite ».
Les nouvelles technologies ayant démocratiquement mis la surveillance et le piratage à la portée du premier « artiste » venu, il nous incombe, pour ne tomber dans aucune machination, d’être constamment sur nos gardes. Dans l’univers où chacun peut créer sa propre Stasi, les non-paranoïaques sont des inadaptés sociaux. Il faut être malade pour ne pas se sentir épié. La méfiance généralisée devient le ciment du vivre-ensemble.
Saccagée quand elle n’est pas sacrifiée par ses bénéficiaires, l’intimité subit une double mise à mort. Il n’en restera bientôt qu’un pâle souvenir.
Après l’assassinat de Pim Fortuyn et les menaces que font peser les islamistes sur Geert Wilders, c’est Thierry Baudet qui se retrouve dans la tourmente.
Aux Pays-Bas, les menaces reçues par le dirigeant politique conservateur Thierry Baudet font revivre le spectre de l’assassinat de Pim Fortuyn, dont les plaies restent ouvertes.
Pim Fortuyn, populiste érudit et de droite, dandy, homosexuel assumé, fut assassiné le 6 mai 2002 par un activiste vegan qui y voyait un danger pour le pays.
Son meurtre stoppa net une campagne électorale pendant laquelle M. Fortuyn concentra la haine de ses adversaires politiques et des médias traditionnels. Le jour de sa mort, le journal libéral NRC avait, dans un éditorial, qualifié de “honteuse” l’hypothèse que M. Fortuyn devienne Premier ministre.
“Fasciste, nazi !” : les noms d’oiseau et attaques physiques pleuvaient sur M. Fortuyn durant la campagne législative. Après avoir été entarté au purin, il demanda au gouvernement une protection renforcée. Le jour fatidique, il n’y avait pourtant personne autour de lui pour empêcher le tueur, Volkert van der Graaf, de passer à l’acte. La droite dure néerlandaise continue d’ailleurs à marteler que “la balle venait de la gauche”, accusant les socialistes et la droite libérale d’avoir incité des esprits pervers à commettre l’irréparable.
Baudet harcelé par la presse de gauche
L’assassinat de Pim Fortuyn a mis la gauche dans l’embarras. Ses partisans ont été priés de ne plus diaboliser l’adversaire par des références à la persécution des Juifs. Ainsi, un politicien de centre gauche avait participé à une manifestation contre M. Fortuyn en récitant des phrases du journal d’Anne Frank, insinuant que les « minorités » risquaient la déportation sous un hypothétique gouvernement de Pim Fortuyn.
Thierry Baudet, 37 ans, dandy comme M. Fortuyn, mais hétérosexuel, ne s’était jusque-là jamais publiquement inquiété pour sa sécurité. Fin février, une journaliste de télévision l’a peut-être mis en danger en caricaturant ses vues sur l’immigration. Citation inventée de toutes pièces : “L’UE a le projet de remplacer la race blanche européenne par des migrants africains”. On peut se demander si ce procédé malhonnête n’est pas tout simplement une contribution délibérée à la campagne de haine anti-Baudet. Ce dernier a démenti les allégations de la journaliste, par ailleurs collaboratrice au journal de gauche De Volkskrant, et crié à la condamnation à mort. Baudet lui a donc posé un ultimatum. De deux choses l’une : soit la journaliste retire ses propos et présente ses excuses, soit il porte plainte pour diffamation. La journaliste estimant qu’elle avait correctement résumé la pensée de M. Baudet, c’était au tribunal de Lelystad de trancher. Le 25 mars, un juge a débouté M. Baudet, arguant que celui-ci, en tant que politicien connu, doit accepter d’être critiqué plus que le Néerlandais lambda. Cependant, le juge a qualifié d’ ‘inadéquat’ les propos de la journaliste selon laquelle M.Baudet avait prôné la supériorité de la race blanche.
M. Baudet est-il vraiment sincère quand il dit craindre pour sa vie ? Difficile de se prononcer, tant ce provocateur-né, autre trait qu’il partage avec Pim Fortuyn et son ami le cinéaste Theo van Gogh, assassiné en 2004 dans une rue d’Amsterdam par un islamiste, joue avec les médias. L’homme aime se victimiser. Ce qui n’enlève rien à la campagne de dénigrement et de haine qu’il subit de la part de journaux tels que De Volkskrant.
Menaces, blagues douteuses, attaques de féministes…
Des appels au meurtre voilés semblent s’en inspirer. Ainsi, dans une attaque contre M. Baudet sur Facebook, un enseignant universitaire s’adressait récemment au meurtrier de Pim Fortuyn: « Volkert, où es-tu? » Cette blague douteuse lui a valu d’être suspendu de l’université d’Utrecht. Comme si cela ne suffisait pas, des manifestants antiracistes ont appelé à « tirer » sur M. Baudet, dont le domicile à Amsterdam a déjà été attaqué par des féministes en fureur. Car M. Baudet est également romancier, jugé misogyne par bien des femmes.
Au fond, que lui reprochent ses adversaires ? Souhaiter que les Blancs restent majoritaires aux Pays-Bas et en Europe. Quitte à critiquer la politique européenne d’immigration qui menace cette perspective.
En Baudet, la haine des bien-pensants vise un intellectuel francophile dont le parti Forum voor Democratie (FvD) n’occupe que deux des 150 sièges de la Chambre Basse. Sa popularité ne cesse d’augmenter. Son parti, créé en 2016, compte déjà plus de membres que les partis traditionnels tels le VVD libéral du Premier ministre Mark Rutte. En 2019, le Fvd a gagné les élections provinciales, dont dépend la composition du Sénat. M. Baudet manie mieux que ses adversaires les réseaux sociaux tels Instagram, qui attirent un public majoritairement jeune. Il ringardise ainsi son principal rival à droite, Geert Wilders, dont l’électorat déclinant est plutôt populaire.
Plus le succès de Thierry Baudet s’affirme, plus il s’attire les foudres jusqu’ici dirigées contre Wilders. Celui-ci vit caché et sous protection depuis la fatwa le condamnant à mort il y a quinze ans pour ses diatribes anti-islam, semblables à celles de M. Pim Fortuyn. Sur ce terrain, Thierry Baudet s’est montré plus prudent. Pas sûr que cela lui épargne un sort tragique.
Les messages contradictoires visant à protéger l’environnement polluent notre quotidien. François Tauriac sature.
Eco-lo-gie. On n’a plus que ce mot-là à la bouche. À chaque geste maintenant que nous tentons de faire, à chaque pas que l’on ose marteler sur la chaussée, à chaque émission télé que l’on essaye de ne pas zapper, dans tous les journaux et les magazines, il se trouve systématiquement quelque chose ou quelqu’un pour nous rappeler notre nouveau devoir et surtout notre objectif principal : sauver la planète. Pas un jour sans gluten free, sans sac amidon de maïs, pas un McDo sans burger végan, pas une municipale sans plan vélo, pas un mois sans alcool ou sans « urgence climatique ».
Comme si c’était notre faute à nous, tout ça. La pollution, le réchauffement climatique, le coronavirus, l’érosion de la dune du Pilat et les bouteilles en plastique ? Est-ce qu’on a choisi d’acheter la viande sous cellophane ? La purée en flocons, la Tropézienne chez Picard, ou le Nespresso en capsule? What else? Alors pourquoi diable nous fait-on culpabiliser? Nous les Français, un des peuples les plus vertueux d’Europe en matière de pollution. Bon d’accord, c’est un petit peu grâce aux centrales atomiques lancées après-guerre par le général de Gaulle, mais quand même. Moi je veux bien faire un geste pour la planète, vivre avec mon temps comme ils disent, mais en échange qu’on nous foute un peu la paix.
Ok boomer
J’en ai assez de me faire juger quand je beurre une tartine à l’Echiré ou d’essuyer des oh la la quand j’imprime un email à la photocopieuse. On est passé du «tout est permis » au règne du «fait pas ça, c’est pas bon». Dans la vie, tout est désormais « mauvais pour la planète », pas super « pour la réduction des émissions », pas «terrible pour le transit». Et ta sœur, elle bat le beurre? Ben elle aimerait bien. Mais c’est Lactalis qui le fait pour elle. Et maintenant, elle a peur pour son cholestérol, ma sœur. Alors elle va finir par regarder son bilan sanguin en direct sur son iWatch, comme Hanouna mate ses audiences en temps réel sur les Freebox.
Et pourtant, c’est pas faute de faire des efforts, je vous jure. Maintenant je trie mes déchets, bon je ne peux pas faire autrement, les sacs poubelles sont transparents; je roule à l’éthanol E85 (une affaire, 90 litres à 57 euros) et je vais porter mes bouteilles au container pour le verre usagé. Oui Monsieur. Mais j’attends le dernier moment. Alors j’y vais aux aurores avec mon panier plein de boutanches. Ca fait moins pochetron. Je fais même gaffe à mon fromage. C’est vous dire. Je ne prends plus que du camembert Champsecret. Celui au lait de foin. Deux vaches à l’hectare. AOP et boîte en bois à l’ancienne. Ça me coûte plus cher, mais vu que je fais des économies sur l’essence… Même les parasols chauffants, je les évite. Des fois qu’on me reprocherait aussi d’être un peu l’homme du 20ème siècle. Mais j’avoue que depuis que mon copain bougnat du «Parthénon » m’a avoué qu’on travaillait le décaféiné au chlorure du méthylène, je vacille. Je chancelle. Je trébuche. C’est bien simple, je suis à deux doigts de renoncer. Faut dire qu’on nous raconte tellement de salades non ? Tiens les emails par exemple, il y a vingt ans, c’était l’arme absolue. La fatal weapon, comme ils disaient. Le truc pour sauver les arbres aussi.
Pollution 2.0
Maintenant, il paraît que le numérique représente 10% de la consommation électrique mondiale. Ils le savent ça, tous ces donneurs de leçons, que les datas centers qui gardent leurs chers petits messages coûtent des fortunes à refroidir? Et que les géants du web dépensent un pognon de dingue en refroidissement pour installer leurs serveurs dans les pays les plus froids du globe? Ça leur en bouche un coin ça hein? (En bois coupé en cueillette solidaire évidemment.)
Et les énergies alternatives? On ferme Fessenheim alors qu’elle pouvait tourner encore vingt ans sans émettre la moindre émission et on encourage à monter des centrales au méthane qui obligent les agriculteurs à vendre le maïs, non pas pour le manger, mais pour le faire fermenter. Même sur France Inter on nous explique que l’Allemagne émet 300 millions de tonnes de CO2 pendant que la France n’en sort que 20! C’est pas un signe ça ? Ça ne nous empêche pas de foncer vers le tout électrique. Même mon PC portable a des batteries au lithium. Vous savez ce petit métal alcalin sympathique à la mode qu’on nous fourgue à toutes les sauces et dont la Bolivie, entre autres pays, fait ses choux gras en colonisant ses déserts sur des millions de m2 et en polluant les nappes. On ne sait d’ailleurs pas le dépolluer le lithium! Prochaine catastrophe écologique ? Ben moi qui avais l’impression de frôler ma date de péremption. Qui frissonnais en craignant l’obsolescence programmée. Je ne devrais pas le dire, ça me redonne un coup de fouet toutes ces incohérences. Tiens, je suis presque sûr qu’on va rallumer la centrale au charbon de Porcheville s’il y a un coup de froid! Éco-lo-gie on vous dit.
La Macronie essaie maladroitement de convertir les Français aux joies de l’investissement en Bourse.
Agnès Pannier-Runacher a tenté ce mardi matin sur CNEWS de relativiser l’effondrement de la Bourse. «Nous avons aujourd’hui un système financier qui est beaucoup plus solide que pendant la crise de 2008 […] C’est plutôt le moment de faire des bonnes affaires en Bourse aujourd’hui ».
En tant que secrétaire d’État à l’économie, Agnès Pannier-Runacher est dans son rôle lorsqu’elle tente de rassurer sur la solidité des fondamentaux des entreprises. En revanche, elle sort clairement du cercle de ses attributions en donnant des recommandations boursières. Gérard Leclerc aurait ainsi pu lui demander de préciser sa stratégie d’investissement en ce qui concerne son objectif de gain et les valeurs à privilégier, ce qui aurait permis de mettre en lumière la légèreté du propos. Sans doute que Madame Pannier-Runacher a voulu imiter Donald Trump, peu avare en commentaires boursiers et ayant twitté récemment: « Stock market is starting to look very good to me ». Mais l’influence de la déclaration de la secrétaire d’État sur le marché parisien n’a pas eu l’effet escompté, le CAC 40 ayant clôturé en baisse de -1,5%. N’est pas Trump qui veut !
Agnès Pannier-Runacher a été à bonne école et marche fidèlement dans les pas de son ministre de tutelle qui, en octobre 2019, se montrait favorable à une réorientation de manière différente de l’épargne des Français avec plus de diversification vers les unités de compte (c’est-à-dire vers la Bourse), en rappelant qu’il faut « servir plus de rendement aux Français qui acceptent plus de risques ». Bruno Le Maire récidivait quelques semaines plus tard au moment de la privatisation de la Française des Jeux, souhaitant « que les Français participent le plus largement possible » et investissent en Bourse. Depuis ses conseils, le CAC 40 est en baisse de près de 20%. Ses recommandations devaient être pour le long terme.
Comme dit le proverbe, les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Lorsque le président de la République donne des conseils en recherche d’emploi à un jeune homme, il est peu surprenant de voir la secrétaire d’État à l’économie et aux Finances prodiguer des recommandations boursières. Bienvenu dans le nouveau monde, qui ferait presque regretter l’ancien : celui où Lionel Jospin, alors Premier ministre, se vantait de n’avoir jamais détenu d’actions.
Si les pays de l’Ouest ont accepté l’idée de payer une « jizya » au maître-chanteur Erdogan pour qu’il nous protège de l’arrivée massive d’immigrants, à l’Est, la résistance s’organise… L’Europe Centrale et Orientale n’entend pas capituler. Elle envoie déjà quelques gardes frontières en Grèce.
Le Groupe de Visegrad entend ne rien lâcher. Lors d’un sommet mercredi 4 mars, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie ont déclaré vouloir s’engager à aider la Grèce dans son conflit frontalier avec les Turcs.
Le premier ministre slovaque Peter Pellegrini voit le nombre grandissant de migrants comme un sérieux problème sécuritaire pour l’Europe ; pas seulement pour la Grèce ! Son homologue tchèque Andrej Babis a ajouté pour sa part que la situation en Grèce était grave et a assuré que son pays était « prêt à aider [les Grecs] ». Quant au premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, il a affirmé que le sien s’apprêtait à déployer des gardes à la frontière grecque. Enfin, Viktor Orban, que l’on ne présente plus, a annoncé que la Hongrie apporterait tout le soutien qu’elle peut à la Grèce et participerait activement à l’éconduite des migrants sur la frontière extérieure de l’Union Européenne.
Il va sans dire que ces pays ont une connaissance bien précise du danger et de ce qu’ils y risquent. Comme un air de déjà-vu…
L’Europe Centrale contre l’Empire Ottoman : un match retour ?
L’esprit de conquête d’Erdogan rappellerait presque celui d’un certain Soliman 1er (dit « Le Magnifique ») qui s’était lui-même emparé au XVIème siècle d’un certain nombre de territoires européens tels que la Croatie, la Moldavie, la Hongrie, et une partie de l’Autriche. Le souvenir d’un tel envahisseur et de ses troupes a nécessairement laissé une trace indélébile dans le cœur des nations qui ont souffert de son occupation.
Nous pouvons souligner au passage la lâcheté des rois français de l’époque (François 1eret son fils Henri II) qui ne comprennent pas alors l’enjeu et qui s’opposent à un Charles Quint (Empereur du Saint Empire Germanique) souhaitant protéger l’Europe d’une islamisation possible. L’impétuosité et l’audace des Francs de Charles Martel, autant que l’idée d’une alliance (avec Eudes, le duc d’Aquitaine et ancien adversaire) face à un ennemi civilisationnel commun, représentaient déjà de lointains souvenirs…
Une extension du Groupe de Visegrad ?
Si l’Europe occidentale reste aveugle sur la question migratoire, à l’Est, personne n’est dupe. Le Groupe de Visegrad tel qu’il est composé ne bougera probablement pas dans son organisation politique. Cependant, le contexte actuel et la conjoncture géostratégique et démographique pourraient bien ouvrir une ère d’alliances entre le V4 et certains de ses voisins, plus ou moins immédiats (en commençant par la Grèce), afin de lutter plus efficacement contre les masses migratoires qui souhaitent forcer la serrure européenne.
Pendant ce temps…
Alors que le V4 tente d’organiser quelque défense des frontières du continent, alors que Poutine humilie Erdogan en lui rappelant qui est le patron lors de leur récente rencontre, l’union bruxelloise n’en finit pas de se coucher.
Invité lundi en grande pompe dans la capitale de l’Europe, le président turc a rappelé aux éminences de nos institutions européennes l’engagement pris de verser une rente à Ankara de 6 milliards d’Euros en l’échange d’une protection contre l’arrivée massive d’immigrants. Ne s’étant acquitté « que » des trois quarts de cette somme, Erdogan est venu réclamer son dû, en personne.
Les élites européennes se sont félicitées de la reprise du dialogue, en réalité des paroles creuses et vides de sens permettant l’inaction la plus totale à l’encontre du quémandeur ottoman. Pire encore, ce sont maintenant les Européens qui déclarent, notamment par la voix du Secrétaire général de l’OTAN se préoccuper de la sécurité de la Turquie. Le gouvernement allemand a par ailleurs annoncé qu’une « coalition de pays volontaires » – dont la France ferait partie – devrait prendre à sa charge une partie des migrants actuellement tenus à distance sur l’archipel grec (théoriquement des enfants, mais il est fréquent de retrouver des majeurs parmi les « mineurs isolés »).
Photo: LAURENT VU/SIPA Numéro de reportage: 00947488_000133
Comme si la soirée des César n’avait pas été assez gênante ! Voilà maintenant que Jean-Pierre Darroussin jure qu’il n’est pas antisémite. Il en donne la preuve : « Ma femme est juive et donc mes deux filles le sont également ».
Sa prestation lors de la remise des César était pour le moins contestable. Ses excuses le sont tout autant.
Lors de la cérémonie des César, l’acteur était chargé d’ouvrir les enveloppes contenant le nom des primés. Quand il ouvrit celle où il y avait le nom de Polanski sa vue s’obscurcit et son esprit se troubla. Comment prononcer l’imprononçable ? Déjà que « Polanski » ça sonne pas très français…
Florence Foresti, qui avait la redoutable tâche d’animer la cérémonie, s’en était tirée en appelant le cinéaste Atchoum (Polanski n’est en effet pas grand). Darroussin opta pour une autre solution : il bredouilla, marmonna et écorcha le nom de Polanski.
Darroussin incompris?
Par la suite, il reçut une salve de critiques indignées par cette prestation aussi abjecte qu’imbécile. La raison lui est revenue ! Dans une interview au magazine Transfuge, il présente ses excuses. « Non je n’ai pas voulu humilier Polanski : c’était juste une mauvaise blague ». Et sans que personne ne lui ait rien demandé, Darroussin ajoute : « Je ne suis pas antisémite ». Et il ponctue cette proclamation par un argument massue : « Ma femme est juive et donc nos deux filles le sont ». Que de choses inavouées derrière cette phrase ! L’explication, car il y en a une, est à chercher du côté de chez Freud.
On sait – comme une évidence mainte fois répétée – que tous les antisémites ont un ami juif. Et de temps en temps – c’est un classique – ils lui disent tendrement « quel dommage que tous les Juifs ne soient pas comme toi ». S’agissant de Polanski, lors des César, il n’était pas « le bon Juif » de Darroussin. Maintenant il l’est devenu.
Me revient à ce propos une anecdote savoureuse racontée par Léon Poliakoff dans L’Histoire des Juifs. Au début du siècle dernier, un baron hongrois était accusé d’antisémitisme. Un ami vint le voir pour le lui reprocher. Et le baron superbe répliqua : « Moi antisémite ? Jamais ! Un antisémite c’est quelqu’un qui hait les Juifs plus que de raison ».
Une jeune lycéenne, Mila, à l’occasion d’une discussion, s’est exprimée sur l’Islam. La liberté d’expression est un bien acquis, chèrement payé par la Révolution en France. C’est un héritage du siècle des Lumières, on se demande aujourd’hui qui a bien pu les éteindre. Ça doit être du temps du « regroupement familial » comme quoi on peut être bardé de diplômes, être jeune et ne rien imaginer des conséquences de ses actes, assuré qu’on est de son intelligence. Mais les successeurs de ce président-là, conscients ou non, n’ont fait que renforcer ces conséquences en voulant absolument ignorer les difficultés de l’intégration des immigrés musulmans ; tout n’est pas rapidement soluble dans la République française. Surtout quand on érode la volonté et le courage des hussards de la République laïque, démocratique et égalitaire. Aucun des trois termes de cette définition n’est naturel aux femmes et aux hommes qui ont été accueillis sur le sol national avec une générosité sans égale de par le monde. Le résultat n’est pas une société multiculturelle dont on se gausse et dont tout un chacun pourrait se réjouir, mais une société multicommunautaire qui en est le contraire et l’assassin.
Mila dans l’émission Quotidien sur TMC. Image: capture d’écran twitter
Ainsi donc, Mila, une jeune lycéenne iséroise, dans une discussion virtuelle, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux comme on dit aujourd’hui, avec ce rêve qu’une agitation d’électrons puisse créer des amis, donne son avis sur l’Islam. Avis certes un peu carré mais pas faux, en tous cas conforme à celui de nombre de citoyens et surtout des observateurs attentifs de ce qui se passe dans le monde musulman et de ce qui en est importé en Europe. Avis surtout des rares Européens qui ont lu le Coran, rares Européens desquels ne font manifestement pas partie l’essentiel des élites intellectuelles et politiques. Et sûrement pas les décideurs.
La réponse ne s’est pas fait attendre : Mila est brutalement promise à une lisse lame après de nombreux sévices corporels et sexuels dans un langage pour le moins ordurier témoin d’une barbarie d’autres lieux et d’autres temps. Mais cela est de la responsabilité de ceux qui profèrent ces insultes et ces horreurs. On nous arguera sûrement qu’ils sont incultes et ne connaissent même pas le texte sacré et réputé non amendable auquel ils se réfèrent.
Quelle est la réponse de l’Etat aux menaces proférées ?
Auriez-vous pu l’imaginer il y a encore quelques jours ? La ministre de la Justice, oui de la Justice, Madame Belloubet, prend la victime pour le bourreau ! La Garde des Sceaux devenue gardienne des sots, voilà qui ne manque pas de cachet pond une lettre de cachet et demande au parquet de poursuivre Mila pour insulte à une religion, ce que la ministre trouve grave. En bref, elle veut poursuivre pour blasphème. Ce qu’elle ne fit pas quand Jésus fut qualifié de PD (sic) dans une émission de radio. Voilà Mila en nouveau chevalier de la Barre ; serait-ce ce qu’on appelle une avancée progressiste ?
Heureusement le parquet refuse de s’enflammer et récuse la plainte. Tentez d’allumer du vieux chêne avec une étincelle ou une allumette, tout n’est pas encore église ou cathédrale.
Elle est revenue par la suite sur cette « erreur », il reste le plus grave. Il reste que le premier réflexe est la charge contre la liberté d’opinion et la défense des agresseurs lorsqu’ils le font au nom de leur foi !
Incroyable d’imaginer réaction aussi ignominieuse quand on prétend être gardien des valeurs françaises. Mais qui donc l’a mis là ?
Il est vrai que la ministre de la Justice fait récuser les assassins musulmans au fait de l’aveuglement de leur discernement sous les effets conjugués de la religion et de la prise de drogues par ailleurs illicites. Prise qui en d’autres circonstances est un facteur aggravant des actes commis… Il est vrai aussi qu’elle veut accueillir des djihadistes qu’elle ne logera cependant pas dans les trois appartements qu’elle avait omis de déclarer, un bel exemple de probité.
Mieux encore, maintenant Mila ne peut réintégrer son établissement scolaire. On ne peut l’y protéger ! Certes, mais aucun autre établissement ne peut la protéger non plus… La République ne peut assumer sa mission d’éducation prétendue obligatoire. Faillite ! Faillite et démissions. L’Etat, prompt à retrouver les adresses des pirates selon HADOPI, ne localise pas les auteurs de menaces dont le côté illicite est pour le moins manifeste et pénalement condamnable.
Alors que l’Etat lui assure des cours privés à domicile, lui assure une protection policière et que les brigades informatiques se mettent en branle et permettent l’arrestation des barbares. Ça suffit, le mauvais sort s’y erre trop en France. Du balai !
Il n’est pas, ici, question de morale, il s’agit de plus, il s’agit d’éthique c’est-à-dire de l’identification des bourreaux, de tous les bourreaux. C’est cela la Justice.
Que dire encore de cette inimaginable histoire sinon qu’elle est un nouveau témoin du drame français. Que vive la parole libre !
Dans Les dents serrées, Bruno Lafourcade dresse l’inventaire des années Mitterrand qui ont conduit à la désagrégation de la France.
Un merlin est un outil qui est d’un côté une masse permettant de fracasser, de l’autre une hache permettant de fendre. Nietzsche philosophait à coups de marteau. Dans son livre, Une jeunesse les dents serrées (Éditions Pierre Guillaume De Roux), Bruno Lafourcade écrit à coups de merlin. Si l’on en ressort tout ensanglanté et meurtri, c’est que l’auteur nous rappelle, sans prendre de gants, ce qu’ont été les « années Mitterrand » : le début de la terreur progressiste, de l’antiracisme dévoyé, de la promotion du manager et des « artistes » engagés (Tapie et Séguela en bêtes de scène, et Yves Montand en monsieur Loyal du cirque patronal), de la radio nationale devenant tract propagandiste, des radios dites libres (NRJ) comme agents propagateurs des plus misérables bruits anglo-saxons et des émissions sur la sexualité javellisée destinées aux jeunes.
Fiertés
Lafourcade ne retient pas ses coups. Il retrace les années de notre génération, celle de ceux nés dans les années 60, sans la moindre nostalgie. Seuls nos corps étaient alertes et robustes. Le corps de la société française, lui, commençait de pourrir sous les coups des idéologies mortifères et nous entraînait dans sa chute. Nous serions bientôt ces zombies décrits par Pauwels, « les enfants du rock débile, les écoliers de la vulgarité pédagogique, les béats de Coluche et de Renaud nourris de soupe infra-idéologique cuite au show-biz, ahuris par les saturnales de “touche pas à mon pote”, et, somme toute, les produits de la culture Lang. » Quelques années plus tard, écrit Lafourcade, la jeunesse rebellocrate allait « inventer le proud et la pride – la fierté, celle qui n’est due à rien, à aucun mérite sinon celui d’être soi », gay, noir ou femme. Le « moi » s’installait dans le cocon paresseux de ce temps et s’auto-glorifiait d’être ce qu’il était, même et surtout lorsqu’il n’avait rien fait pour être ce qu’il était. « Pourquoi, tant que vous y êtes, si prêts du but, ne pas “être fier d’être en vie” ? »
Ravivant les débuts de la destruction programmée de l’Éducation nationale, Lafourcade gifle et dénonce ces profs, « syndicalistes doctrinaires et vaniteux » qui nous « apprenaient à nous haïr, et à mépriser notre pays et son histoire », et qui, sous l’impulsion des ministres socialistes, firent de l’école un lieu dogmatique, égalitariste et grand pourvoyeur de jeunes gens incultes, bruyants, incapables d’admirer, d’avoir des héros , ou même de concevoir ce qu’avait pu être « l’héroïsme » de certains hommes d’antan dont ils n’avaient aucun souvenir puisqu’ils n’en avaient eu aucune connaissance.
Après la lutte des classes, la lutte des races
Lafourcade apostrophe cette génération d’avant la nôtre, celle de ceux qui « depuis 68, chiaient le soixantuitisme », les politiques rompus à l’exercice de prendre les postes rémunérateurs (symboliquement et pécuniairement), ou les « parasites et les plagiaires essentiels, incapables de rien créer, (grenouillant) dans les salles de rédaction, les bureaux d’éditeur. »
Regardez et écoutez : les enfants de ces parasites ont pris leurs places, ils grenouillent pareillement dans certains milieux politiques et journalistiques. « Vous avez toujours pensé par slogans, votre vie a toujours été publicitaire ; vous nous avez pris Le Monde, vous nous avez pris France Culture – vous en avez fait des tracts. […] Vous nous avez pris la presse, vous nous avez pris l’école, vous nous avez pris l’art – et vous nous avez pris les mots. » Rien n’a changé, au contraire. Pour qui n’est pas sourd, il est aisé d’entendre l’endoctrinement et la propagande actuels sur les ondes de nos radios nationales, dans les couloirs du ministère de l’Éducation nationale, dans ceux de nombre d’universités devenues, à la place des lieux du savoir, les tribunes militantes des thèses sur le genre, sur le supposé « racisme d’État », sur le « décolonialisme » et sur « l’indigénisme ».
La lutte des classes a fait les beaux jours des soixante-huitards, celle des races fera le printemps puis l’été de leurs petits-enfants et de certains enfants d’immigrés, plus malins que les autres, et qui ont compris comment conquérir, paresseusement, politiquement, en profitant de notre faiblesse et de nos lâchetés, les places au soleil universitaires, journalistiques ou politiques.
C’est la vérité qui est féroce
Notre faiblesse, Lafourcade la décrit et la décortique. Elle est celle de quinquagénaires à qui, jeunes, on a laissé accroire que Lang était un homme cultivé qui allait sauver la culture ; que Duras était une enquêtrice de haut vol capable de reconnaître un infanticide à la seule lueur de ses fantasmes ; que l’idéologue July n’était pas une boule de bêtise hargneuse lorsqu’il écrivait dans sa feuille de chou : « Il fait partie des bourgeois, il ne peut qu’être l’auteur de ce crime », à propos du notaire Pierre Leroy dans l’affaire de Bruay-en-Artois ; que BHL était un philosophe ; que Mesrine était le Mandrin de l’époque ; que l’école nous apprenait autre chose que l’idéologie égalitariste dominante. Nous n’avions aucun héros à admirer et personne ne voulait que nous en eussions : « Les grands navigateurs, les grands soldats, les grands saints vous renvoyaient à votre lâcheté. Certains d’entre nous avaient eu des rêves anachroniques de conquêtes et de grandeur ; ils finirent comptables. »
Lafourcade écrit avec férocité, il fignole au ciseau à fer rougi. Quel plaisir que de sentir le vent féroce de la vérité nous cingler les joues. Il parvient par avance à décrire le Président de l’Institut du monde arabe que nous aperçûmes tout récemment face à Zemmour, un homme qui se momifia vivant – l’époque était aux pyramides – jusqu’à devenir cette image virtuelle et fanée de lui-même : « vieux beaux de la réalité aux chairs tendues qui refusent la mort, déformés, botoxés, tirés jusqu’aux oreilles, avec le sourire permanent et démoniaque des cadavres, vous souriez du néant que vous avez dispersé autour de vous. Nous n’attendons plus que de vous voir crever – mais nous l’attendons sans joie, comme tout ce que nous avons espéré ici-bas. »
Le lecteur qui a apprécié le roman L’ivraie (Christopher Gérard en a dit tout le bien qu’il fallait en dire dans ces colonnes, le 4 novembre 2018) ou les portraits, à l’usage « des intrigants et des courtisans », des Nouveaux vertueux, se délectera également des textes du blog de Bruno Lafourcade : il y décrit idéalement, avec l’ironie du pessimiste carnassier, les âneries des hommes, les bêtasseries des femmes, et toutes les crétineries des enfants de ces quinquagénaires qui, rompus à l’art de détecter les aliments frelatés, tentent vainement de profiter d’une vieillesse la mâchoire crispée.
Le président Emmanuel Macron désire lutter contre le séparatisme qui mine notre pays. L’entreprise n’aura des chances d’aboutir que si elle évite l’apologie immodérée des « valeurs ».
La meilleure façon de protéger la paix civile dans notre pays consiste à faire aimer la France. Cette condition en appelle une autre : faire aimer la même France par tous les Français. Aimer son pays, soit ; encore faut-il s’entendre sur son identité, sur ce qu’il est au plus profond de lui-même. L’objectif louable de lutte contre le séparatisme réussira si les Français s’attachent à la France réelle, non à un pays fantasmé qu’on passerait au crible de nos obsessions moralisatrices.
Marianne au pays des valeurs
Or, en faisant dépendre l’amour de la patrie des « valeurs », rien ne nous garantit que notre pays sera toujours à la hauteur de l’image idéale que nous projetons sur lui d’après ces mêmes valeurs. Celles-ci sont des notions si abstraites que chacun peut les comprendre selon son angle de vision. Qu’est-ce que l’ « égalité » ou la « liberté » ? En conditionnant l’amour de la France au respect de ces « valeurs », le risque est grand de susciter des malentendus entre personnes qui n’en ont pas la même compréhension. Pour résoudre cette difficulté, dans le monde imparfait qui est le nôtre, la sagesse commande de ne pas trop mettre en avant les « valeurs » mais plutôt de se concentrer davantage sur les réalisations concrètes de la France en matière d’art, de culture, d’événements historiques, de mode de vie. Sinon, nous risquons d’être happés par une surenchère moralisatrice qui attisera infailliblement les tensions et les contentieux mémoriels.
Non pas qu’il faille tout accepter de notre passé. L’esprit critique fait partie intégrante de notre tradition de pensée. La France se grandit chaque fois qu’elle tente de s’améliorer en corrigeant ses erreurs. Cependant, à trop porter l’accent sur ces dernières, le corps social risque de se désagréger. Car le problème avec la morale, c’est qu’on trouve toujours plus vertueux que soi. Sur ce terrain, quand le démon de la comparaison emporte les hommes dans sa spirale de concurrence, plus personne n’est en mesure de répondre de la cessation des hostilités.
Qui veut faire l’ange fait la bête
L’autre conséquence de la concentration sur les « valeurs » est de phagocyter tout ce qui fait la spécificité de la France : sa culture, ses mœurs, son histoire, ses grands hommes, etc. Les liquidateurs de l’héritage escomptent par cette opération rejoindre au plus vite une humanité unifiée et hors sol et éviter de la sorte les « crispations identitaires ». Une telle vision politique est sous-tendue par l’idée que l’identité revendiquée d’un peuple implique automatiquement discrimination et rejet de l’ « Autre ». Pour les thuriféraires du « vivre ensemble » mondialisé, les peuples sont toujours hostiles les uns envers les autres. D’où leur solution radicale : les fondre tous dans une humanité générique, biberonnée aux « valeurs ».
Cependant les tenants de la dissolution de la France dans un grand ensemble appelé « monde sans discrimination », sont pétris de contradictions. En effet, tandis qu’ils déconstruisent sans vergogne les vieilles nations européennes afin de les plonger dans le Grand Bain de l’Humanité Réconciliée, dans le même temps ils vantent sans modération les identités des minorités ! C’est ainsi que la notion de « race » refait son apparition, et cela dans la bouche des…antiracistes (on lira à ce titre avec intérêt l’entretien avec Géraldine Smith p48 du dernier numéro papier de Causeur). Issus des rangs de la lutte contre les discriminations, des penseurs « décoloniaux » » tentent maintenant de conceptualiser la nature d’un « racisé », tandis qu’ils continuent de fustiger le « repli identitaire » des Français moyens… Cherchez l’erreur…
Ne pas raviver les ressentiments
Pour toutes ces raisons, la lutte contre le séparatisme doit éviter autant que possible les débats sur les « valeurs » qui prêtent trop le flanc aux susceptibilités de toutes sortes, mémorielles ou plus actuelles. Dès lors qu’un pays n’est plus aimé que pour des « valeurs » aussi abstraites qu’évanescentes, des hommes politiques, mus par le désir de se constituer une clientèle, pourront toujours tirer prétexte de la trahison par la France de ces « valeurs » pour liguer une « communauté » contre le reste de la population nationale. Encore récemment, des élus ont défilé dans les rues de Paris pour protester contre l’islamophobie supposée des Français. C’était là un geste à la fois irresponsable et injurieux pour nos concitoyens, parfait contre-exemple qu’il faut éviter de reproduire si nous voulons éradiquer le communautarisme.
Faisons aimer la France. Pour cela, tâchons de transcender nos différences, arrêtons de remuer les rancœurs du passé. Car si nous restons uniquement focalisés sur le terrain des « valeurs », une « communauté » pourra toujours s’estimer lésée, à l’aune de l’impératif de liberté, d’égalité ou de fraternité, par rapport aux autres, et le cycle des ressentiments et des accusations réciproques reprendra de plus belle.
Marie-Cécile Nathan est signataire de la tribune « Une inquiétante présomption de culpabilité s’invite trop souvent en matière d’infractions sexuelles » dans Le Monde.
Daoud Boughezala.Dès le déclenchement des mouvements #Metoo et Balance ton porc, certains insinuaient que chaque femme avait un porc et qu’un compliment ou une attitude déplacée valait pratiquement un harcèlement. Le triste spectacle de la dernière cérémonie des César est-elle l’aboutissement logique de cette guerre des sexes ?
Marie-Cécile Nathan. Ça ne doit pas être une guerre des sexes. Si ces prises de parole sont nécessaires, en tout état de cause elles doivent être portées devant la justice et dans un cadre procédural.
Avec peut-être une confusion entre morale et droit ?
C’est tout le problème dans ce type de dossier, la morale n’a pas sa place dans le débat judiciaire. On assiste à cette confrontation-là où la morale essaie de prendre le dessus sur le droit, ce qui est dommageable dans une société démocratique. En effet, la morale n’est jamais universelle, elle est appréciée différemment en fonction de chacun (âge, sexe, religion…) et par conséquent seules les normes juridiques en ce qu’elles s’appliquent à tous préservent de l’arbitraire.
Avant de rentrer dans l’examen des arguments juridiques, j’ai l’impression qu’il y a un conflit générationnel ; chez les acteurs par exemple et notamment chez les femmes. Regardez Fanny Ardant et Adèle Haenel, ne pensez-vous pas que les jeunes générations sont plus sensibles à certains arguments moraux ?
Non, dans notre tribune on a des signataires qui sont vraiment de toutes les générations. De notre point de vue, ce n’est pas une question de générations mais plutôt d’application des grands principes et ça doit être inter-générationnel.
Dans votre tribune, vous dénoncez la sacralisation des paroles des victimes qui entraîne une sorte de présomption de culpabilité. S’exerce-t-elle systématiquement contre les hommes ?
Aucune parole n’est sacrée, ni celle des victimes, ni celle des mis en cause.
C’est en effet en grande majorité des dossiers d’affaires de mœurs qui concernent des victimes femmes et des auteurs hommes. Donc la problématique se pose à 99% sur ce postulat-là. Maintenant, il y a une libération de la parole, elle doit être prise en compte et entendue, mais ce n’est pas à un tribunal populaire de décider si elle est valable ou pas, c’est à un Tribunal ou une Cour d’Assises de le décider. Une décision de condamnation ne peut pas se fonder uniquement sur la parole d’une personne mais doit s’appuyer également sur des éléments matériels qui viennent corroborer cette déclaration.
Avez-vous exemples en tête de dérives ? Je pense à l’affaire Jacqueline Sauvage.
L’affaire Jacqueline Sauvage pour ce que j’en connais est une affaire qui n’a posé aucun problème juridique aux deux Cours d’Assises qui l’ont condamnée. En effet, la seule chose que l’on doit constater est qu’une vérité judiciaire en est ressortie, celle de deux cours d’assises, qui l’ont condamnée. Pourtant, dans l’opinion publique et médiatiquement parlant, le discours était totalement en contradiction avec les décisions des magistrats et des jurés populaires qui ont eu à juger de ce dossier. La justice sait faire la part des choses ainsi dans un autre dossier où une femme était accusée d’avoir tué son mari, dans un fameux réquisitoire l’Avocat Général Monsieur Frémiot avait requis avec force un acquittement.
Chaque dossier est différent, chaque dossier doit être appréhendé au regard des éléments matériels. Et c’est à une cour d’en décider et non pas au tribunal populaire.
À propos de sacralisation de la victime, vous faites référence dans votre tribune aux fameux propos de Samantha Geimer qui se dit plus traumatisée par tout le battage médiatique que ce que lui a fait subir Polanski à l’époque. Mais n’est-ce pas une contradiction dans votre raisonnement que d’un côté dénoncer la sacralisation de la victime et de l’autre vous appuyer sur les jugements subjectifs de Samantha Geimer ?
Non, pas du tout. Si une victime souhaite dénoncer les faits, elle doit le faire. Il faut nécessairement qu’elle le fasse et qu’elle porte plainte à la police ou à la gendarmerie. Ensuite la justice fait son œuvre. Ça doit se jouer entre les mains des professionnels du droit, les magistrats qui doivent être indépendants et neutres.
C’est uniquement comme ça que les choses avancent. Ça n’est pas par le biais de dénonciations dans des interviews et dans différents médias. Il est nécessaire de passer par la justice pour que ce soit indépendant et fait de la manière la plus sereine possible.
Et s’agissant de l’attitude du ministre de la Culture qui a publiquement regretté l’attribution du César du meilleur réalisateur à Roman Polanski, d’un point de vue de juriste, est-ce que vous y voyez une grave intrusion dans le travail de la justice ?
J’y vois une méconnaissance assez importante du mécanisme judiciaire, je trouve ça dommage qu’un ministre ne s’en réfère pas à la justice de son pays et ne renvoie pas ce genre de problématique à l’endroit où ça devrait être traité, c’est-à-dire devant un tribunal ou une cour.
Comme certains campus américains, risque-t-on de faire évoluer la notion de consentement en le remettant en cause pendant et après la relation sexuelle ?
Oui. Et c’est préjudiciable. Aujourd’hui, nos textes sont parfaitement adaptés, le consentement s’apprécie au moment de l’acte. Et cela doit perdurer.
Par ailleurs, la question de l’accueil et de la prise en charge des victimes doit évoluer, la situation n’est évidemment pas parfaite en revanche sur le consentement il ne faut pas modifier les textes en place.
La difficulté actuelle est que l’on cherche à aller vers une imprescriptibilité du crime sexuel et là c’est dangereux. Cela maintiendra les victimes dans une posture victimaire qui ne leur apportera au niveau psychologique pas que du bien car elles n’arriveront pas à se faire reconnaitre comme telle par la justice. En effet, pouvez-vous imaginer que l’on condamne une personne 30 ans après les faits sur les seules déclarations d’une personne sans autre élément matériel ou preuve? Si la justice apportant une réponse en temps et en heure, permet de faire reconnaitre son statut de victime cela ne peut pas tout réparer, mais cela peut lui permettre d’avancer et de comprendre les choses. La justice ne pourra pas donner ces réponses plus de trente ans après les faits.
Ça pourrait aussi créer des situations d’insécurité juridique voire de manipulation trente ans après…
Pour tous, pour l’auteur et la victime. Pourquoi autant d’affaires n’aboutissent pas et sont classées sans suite ? Il faut justement se poser la question de l’allongement de la prescription dans la mesure où on ne peut pas condamner quelqu’un quand on a une plainte qui arrive trente ans après et qui parle de faits qui sont arrivés trente ans avant, vous n’avez plus de constatation médicale, plus d’échanges téléphoniques, plus de SMS, plus d’éléments qui pourraient apporter du crédit aux déclarations. C’est donner un faux espoir que d’allonger la prescription.
À l’ère des réseaux sociaux, le désir d’apparaître pour être quelqu’un a pris le pas sur la pudeur. Quand ce ne sont pas les individus eux-mêmes qui arrachent le rideau protecteur, des malveillants s’en chargent.
Le 16 janvier de cette année, Mila, lycéenne aux cheveux bleutés, apparaît dans une vidéo et se met à converser avec quelques-uns de ses 9 000 abonnés. Un internaute lui fait alors des avances. Elle le rembarre. Le « live » se poursuit. À un autre abonné, elle confie qu’elle est lesbienne. Le soupirant éconduit voit rouge. Il la traite de « sale pute » et l’insulte au nom d’Allah. La discussion dérive alors sur les religions. L’adolescente dit qu’elle les rejette toutes et ajoute qu’elle n’aime pas l’islam, que c’est une religion de haine. Pour bien montrer qu’elle fait fausse route et que l’islam n’est qu’amour, on lui promet les feux de l’enfer. Dans une seconde vidéo postée le jour même, Mila, nullement impressionnée, persiste : « Votre religion, c’est de la merde. Votre Dieu, je lui mets le doigt dans le trou du cul. Merci et au revoir. »
Dans l’univers où chacun peut créer sa propre Stasi, les non-paranoïaques sont des inadaptés sociaux
Le client islam est roi
En réponse à cet adieu retentissant, diffusé partout sur la Toile, elle reçoit un tombereau de menaces et d’injures : « On va te retrouver et t’égorger, sale chienne ! » ; « sale française de merde » ; « t’es morte, on sait où t’habites » ; « si je te croise dans la rue, je vais te faire avaler tes organes ». Mila ne peut pas retourner au lycée : sa sécurité n’est plus garantie. Les autres élèves ont prévenu : si elle y remet les pieds, ils lui feront sa fête. Interrogé sur une radio, le secrétaire général du Conseil français du culte musulman affirme : « Elle l’a cherché, qu’elle assume. »
Ainsi, la blessure faite à l’islam a déchaîné dans notre vieux pays naguère encore « catho-laïque » un véritable ouragan. Et cet ouragan en impose. Il fait même autorité sur une partie non négligeable de l’establishment politique, médiatique et culturel. Ségolène Royal, qui se prépare pour l’élection présidentielle, réprimande vertement l’adolescente irresponsable et irrespectueuse. Martine Aubry, qui brigue plus modestement un quatrième mandat de maire de Lille, fait part de sa très vive inquiétude : « Dans une période où beaucoup se sentent attaqués, je pense à l’augmentation des attaques contre les musulmans […] peut-être que chacun peut se dire qu’il vaut mieux éviter ce type de propos. » D’autres élus ou candidats déplorent la sortie inutilement blasphématoire de Mila en ces temps troublés. Or, comme le dit très justement Salman Rushdie, « là où il n’y a pas de croyance, il n’y a pas de blasphème ».
J’avais écrit dans La Défaite de la pensée que notre monde risquait de devenir le théâtre d’un affrontement terrible et dérisoire entre le fanatique et le zombie. Nous y sommes
La compassion et le clientélisme sont aujourd’hui l’avers et le revers d’une même médaille. L’esprit de capitulation se dissimule derrière l’élan du cœur. On cède devant la force du nombre en se racontant qu’on vole au secours des plus faibles. On se croit antiraciste et fidèle au devoir de mémoire au moment même où on entre dans la voie de la collaboration. Qu’est-ce que collaborer, en effet, sinon se plier, en fondant le droit sur le fait, au verdict de l’Histoire ? L’Histoire ayant fait de l’islam la deuxième religion de France, et même la première dans un nombre croissant d’agglomérations, le sentiment d’humanité est devenu l’alibi de la soumission. Un compte LGBTQI (comme il faut dire depuis que les dénominations sexuelles se sont alignées sans coup férir sur le modèle acronymique des grandes banques et des chaînes de télévision) a envoyé ce message à Mila : « Tu n’as absolument pas l’ouverture d’esprit de faire partie d’une communauté qui prône l’amour et l’acceptation. […] Tu ne fais aucun effort pour comprendre l’autre. » Garants de la convergence des luttes, les grands hebdomadaires culturels de la gauche progressiste ont choisi de détourner les yeux et le site Mediapart (érigé en idéal dans toutes les écoles de journalisme) a publié une longue enquête sur les dérives sexistes et « LGBT-phobes » des chroniqueurs de l’émission phare de France Inter « Le Masque et la Plume ». Tout rentrait dans l’ordre : au procès permanent des phobies, le mâle blanc occupait seul le banc des accusés.
Je soutiens sans être Mila
Face au déferlement de haine et à ses accablantes justifications, je soutiens Mila sans la moindre réserve. Pour autant, je ne me range pas derrière la bannière ou, plus exactement, nouveau monde oblige, derrière le hashtag #JeSuisMila. Voici mes raisons. La liberté d’expression est une conquête de la civilisation. Dans l’expression « Votre Dieu, je lui mets le doigt dans le trou du cul », la décivilisation est à l’œuvre. La vulgarité peut être roborative, mais le degré zéro de la parole articulée ne mérite pas le qualificatif de vulgaire. S’exprimer en public, ce n’est pas se lâcher, c’est, non pour se censurer, mais pour se grandir, parler sous le contrôle du surmoi. Si comme on me le répète, les jeunes filles en fleur n’existent plus que dans les livres qui font rêver les vieillards et si la langue la plus bêtement scatologique est désormais l’idiome distinctif des « gamines » et des « gamins » de 16 ans, alors il faut, de toute urgence, refaire un surmoi aux jeunes générations et remettre à l’honneur une notion que l’école républicaine et la bourgeoisie ont entraînée dans leur chute : bien élevé. Pour transgresser vraiment les règles de la bienséance, encore faut-il les avoir apprises.
J’avais écrit dans La Défaite de la pensée que notre monde risquait de devenir le théâtre d’un affrontement terrible et dérisoire entre le fanatique et le zombie. Nous y sommes. Le fanatique et le zombie barbotent dans la même obscénité crasse et le second facilite la tâche du premier car, même quand il lui résiste, il ne lui oppose, à proprement parler, rien. On a dit de Mila qu’elle était la digne héritière des Lumières. La pauvre, qui a besoin qu’on l’aide et non qu’on l’adore, n’en demandait pas tant. Les Lumières, c’était la mise en œuvre et en forme de la liberté de l’esprit. Et la forme, en l’occurrence, n’habillait pas la pensée : elle l’affinait, elle l’approfondissait même. De nos jours, l’informe règne et il s’étale. L’espace public n’a plus d’existence propre. Comme tant d’autres, Mila dit tout, indistinctement et sans jamais changer de registre, à tout le monde. Car pour vivre heureux dans le nouveau monde, on a cessé de vivre caché, on se montre, au contraire, on s’exhibe, on ne laisse rien ignorer de ses menus, de ses manies, de ses humeurs, de ses orientations, de ses coups de mou, de ses anniversaires. Le désir d’apparaître pour être quelqu’un a pris le pas sur le sens de la pudeur.
La méfiance généralisée devient le ciment du vivre-ensemble
La pudeur, notion-clé des Temps modernes européens, comme le rappelle Kundera dans LesTestaments trahis, c’est la liberté de n’être pas vu. Rien à voir avec la pruderie. La pudeur n’exclut pas l’impudeur d’Éros, elle le met à l’abri des regards étrangers : « Pudeur : réaction épidermique pour défendre sa vie privée, pour exiger un rideau sur une fenêtre, pour insister afin qu’une lettre adressée à A ne soit pas lue par B. L’une des situations élémentaires du passage à l’âge adulte, l’un des premiers conflits avec les parents, c’est la revendication d’un tiroir à clé pour ses lettres et ses carnets : on entre dans l’âge adulte par la révolte de la pudeur. » On y entre maintenant en ouvrant le tiroir et en affichant tout ce qu’il contient sur Facebook ou sur Instagram. À la place de la clé, l’écran. « Le privé et le public, ajoute Kundera, sont deux mondes différents par essence et le respect de cette différence est la condition sine qua non pour qu’un homme puisse vivre en homme libre ; le rideau qui sépare ces deux mondes est intouchable et les arracheurs de rideaux sont des criminels. »
Faut-il parler des Temps modernes au passé ? Le mélange du public et du privé va-t-il être fatal à l’un et à l’autre ? En tout cas, quand ce ne sont pas les individus eux-mêmes qui arrachent le rideau protecteur, des malveillants s’en chargent. Dans le cadre d’une conversation privée sur internet, Benjamin Griveaux, qui n’était pas encore candidat de la majorité présidentielle à la mairie de Paris, a envoyé une image de son sexe turgescent à sa maîtresse. Cette vidéo, qui n’avait pas d’autre destinataire, était programmée pour disparaître au bout de quelques minutes. Elle a été conservée à l’insu de l’envoyeur et, deux ans après les faits, jetée en pâture aux redoutables « réseaux sociaux ». Cette « porno-divulgation » (encore un mot et une pratique du nouveau monde) a mis fin à la carrière politique de Benjamin Griveaux. Avec une belle unanimité, les commentateurs se sont émus de cette atteinte sans précédent à la vie privée. Mais, tout en affirmant avec regret et même avec effroi qu’un cap avait été franchi, un grand nombre d’entre eux ont blâmé l’imprudence de l’homme piégé et dénoncé sa duplicité puisqu’il s’affichait en bon père de famille. Il aurait dû prévoir le coup, c’est donc « un gros con », a tranché l’ancien directeur du journal Libération. Et l’éditorialiste reconnaissable à son écharpe rouge a parlé du « naufrage personnel d’un homme qui n’a pas su contrôler son ubris et qui n’a que ce qu’il mérite ».
Les nouvelles technologies ayant démocratiquement mis la surveillance et le piratage à la portée du premier « artiste » venu, il nous incombe, pour ne tomber dans aucune machination, d’être constamment sur nos gardes. Dans l’univers où chacun peut créer sa propre Stasi, les non-paranoïaques sont des inadaptés sociaux. Il faut être malade pour ne pas se sentir épié. La méfiance généralisée devient le ciment du vivre-ensemble.
Saccagée quand elle n’est pas sacrifiée par ses bénéficiaires, l’intimité subit une double mise à mort. Il n’en restera bientôt qu’un pâle souvenir.
Après l’assassinat de Pim Fortuyn et les menaces que font peser les islamistes sur Geert Wilders, c’est Thierry Baudet qui se retrouve dans la tourmente.
Aux Pays-Bas, les menaces reçues par le dirigeant politique conservateur Thierry Baudet font revivre le spectre de l’assassinat de Pim Fortuyn, dont les plaies restent ouvertes.
Pim Fortuyn, populiste érudit et de droite, dandy, homosexuel assumé, fut assassiné le 6 mai 2002 par un activiste vegan qui y voyait un danger pour le pays.
Son meurtre stoppa net une campagne électorale pendant laquelle M. Fortuyn concentra la haine de ses adversaires politiques et des médias traditionnels. Le jour de sa mort, le journal libéral NRC avait, dans un éditorial, qualifié de “honteuse” l’hypothèse que M. Fortuyn devienne Premier ministre.
“Fasciste, nazi !” : les noms d’oiseau et attaques physiques pleuvaient sur M. Fortuyn durant la campagne législative. Après avoir été entarté au purin, il demanda au gouvernement une protection renforcée. Le jour fatidique, il n’y avait pourtant personne autour de lui pour empêcher le tueur, Volkert van der Graaf, de passer à l’acte. La droite dure néerlandaise continue d’ailleurs à marteler que “la balle venait de la gauche”, accusant les socialistes et la droite libérale d’avoir incité des esprits pervers à commettre l’irréparable.
Baudet harcelé par la presse de gauche
L’assassinat de Pim Fortuyn a mis la gauche dans l’embarras. Ses partisans ont été priés de ne plus diaboliser l’adversaire par des références à la persécution des Juifs. Ainsi, un politicien de centre gauche avait participé à une manifestation contre M. Fortuyn en récitant des phrases du journal d’Anne Frank, insinuant que les « minorités » risquaient la déportation sous un hypothétique gouvernement de Pim Fortuyn.
Thierry Baudet, 37 ans, dandy comme M. Fortuyn, mais hétérosexuel, ne s’était jusque-là jamais publiquement inquiété pour sa sécurité. Fin février, une journaliste de télévision l’a peut-être mis en danger en caricaturant ses vues sur l’immigration. Citation inventée de toutes pièces : “L’UE a le projet de remplacer la race blanche européenne par des migrants africains”. On peut se demander si ce procédé malhonnête n’est pas tout simplement une contribution délibérée à la campagne de haine anti-Baudet. Ce dernier a démenti les allégations de la journaliste, par ailleurs collaboratrice au journal de gauche De Volkskrant, et crié à la condamnation à mort. Baudet lui a donc posé un ultimatum. De deux choses l’une : soit la journaliste retire ses propos et présente ses excuses, soit il porte plainte pour diffamation. La journaliste estimant qu’elle avait correctement résumé la pensée de M. Baudet, c’était au tribunal de Lelystad de trancher. Le 25 mars, un juge a débouté M. Baudet, arguant que celui-ci, en tant que politicien connu, doit accepter d’être critiqué plus que le Néerlandais lambda. Cependant, le juge a qualifié d’ ‘inadéquat’ les propos de la journaliste selon laquelle M.Baudet avait prôné la supériorité de la race blanche.
M. Baudet est-il vraiment sincère quand il dit craindre pour sa vie ? Difficile de se prononcer, tant ce provocateur-né, autre trait qu’il partage avec Pim Fortuyn et son ami le cinéaste Theo van Gogh, assassiné en 2004 dans une rue d’Amsterdam par un islamiste, joue avec les médias. L’homme aime se victimiser. Ce qui n’enlève rien à la campagne de dénigrement et de haine qu’il subit de la part de journaux tels que De Volkskrant.
Menaces, blagues douteuses, attaques de féministes…
Des appels au meurtre voilés semblent s’en inspirer. Ainsi, dans une attaque contre M. Baudet sur Facebook, un enseignant universitaire s’adressait récemment au meurtrier de Pim Fortuyn: « Volkert, où es-tu? » Cette blague douteuse lui a valu d’être suspendu de l’université d’Utrecht. Comme si cela ne suffisait pas, des manifestants antiracistes ont appelé à « tirer » sur M. Baudet, dont le domicile à Amsterdam a déjà été attaqué par des féministes en fureur. Car M. Baudet est également romancier, jugé misogyne par bien des femmes.
Au fond, que lui reprochent ses adversaires ? Souhaiter que les Blancs restent majoritaires aux Pays-Bas et en Europe. Quitte à critiquer la politique européenne d’immigration qui menace cette perspective.
En Baudet, la haine des bien-pensants vise un intellectuel francophile dont le parti Forum voor Democratie (FvD) n’occupe que deux des 150 sièges de la Chambre Basse. Sa popularité ne cesse d’augmenter. Son parti, créé en 2016, compte déjà plus de membres que les partis traditionnels tels le VVD libéral du Premier ministre Mark Rutte. En 2019, le Fvd a gagné les élections provinciales, dont dépend la composition du Sénat. M. Baudet manie mieux que ses adversaires les réseaux sociaux tels Instagram, qui attirent un public majoritairement jeune. Il ringardise ainsi son principal rival à droite, Geert Wilders, dont l’électorat déclinant est plutôt populaire.
Plus le succès de Thierry Baudet s’affirme, plus il s’attire les foudres jusqu’ici dirigées contre Wilders. Celui-ci vit caché et sous protection depuis la fatwa le condamnant à mort il y a quinze ans pour ses diatribes anti-islam, semblables à celles de M. Pim Fortuyn. Sur ce terrain, Thierry Baudet s’est montré plus prudent. Pas sûr que cela lui épargne un sort tragique.