Les messages contradictoires visant à protéger l’environnement polluent notre quotidien. François Tauriac sature.


Eco-lo-gie. On n’a plus que ce mot-là à la bouche. À chaque geste maintenant que nous tentons de faire, à chaque pas que l’on ose marteler sur la chaussée, à chaque émission télé que l’on essaye de ne pas zapper, dans tous les journaux et les magazines, il se trouve systématiquement quelque chose ou quelqu’un pour nous rappeler notre nouveau devoir et surtout notre objectif principal : sauver la planète. Pas un jour sans gluten free, sans sac amidon de maïs, pas un McDo sans burger végan, pas une municipale sans plan vélo, pas un mois sans alcool ou sans « urgence climatique ».

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Comme si c’était notre faute à nous, tout ça. La pollution, le réchauffement climatique, le coronavirus, l’érosion de la dune du Pilat et les bouteilles en plastique ? Est-ce qu’on a choisi d’acheter la viande sous cellophane ? La purée en flocons, la Tropézienne chez Picard, ou le Nespresso en capsule? What else? Alors pourquoi diable nous fait-on culpabiliser? Nous les Français, un des peuples les plus vertueux d’Europe en matière de pollution. Bon d’accord, c’est un petit peu grâce aux centrales atomiques lancées après-guerre par le général de Gaulle, mais quand même. Moi je veux bien faire un geste pour la planète, vivre avec mon temps comme ils disent,  mais en échange qu’on nous foute un peu la paix.

Ok boomer 

J’en ai assez de me faire juger quand je beurre une tartine à l’Echiré ou d’essuyer des oh la la quand j’imprime un email à la photocopieuse. On est passé du «tout est permis » au règne du «fait pas ça, c’est pas bon». Dans la vie, tout est désormais « mauvais pour la planète », pas super « pour la réduction des émissions », pas «terrible pour le transit». Et ta sœur, elle bat le beurre? Ben elle aimerait bien. Mais c’est Lactalis qui le fait pour elle. Et maintenant, elle a peur pour son cholestérol, ma sœur. Alors elle va finir par regarder son bilan sanguin en direct sur son iWatch, comme Hanouna mate ses audiences en temps réel sur les Freebox.

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Et pourtant, c’est pas faute de faire des efforts, je vous jure. Maintenant je trie mes déchets, bon je ne peux pas faire autrement, les sacs poubelles sont transparents; je roule à l’éthanol E85 (une affaire, 90 litres à 57 euros) et je vais porter mes bouteilles au container pour le verre usagé. Oui Monsieur. Mais j’attends le dernier moment. Alors j’y vais aux aurores avec mon panier plein de boutanches. Ca fait moins pochetron. Je fais même gaffe à mon fromage. C’est vous dire. Je ne prends plus que du camembert Champsecret. Celui au lait de foin. Deux vaches à l’hectare. AOP et boîte en bois à l’ancienne. Ça me coûte plus cher, mais vu que je fais des économies sur l’essence… Même les parasols chauffants, je les évite. Des fois qu’on me reprocherait aussi d’être un peu l’homme du 20ème siècle. Mais j’avoue que depuis que mon copain bougnat du «Parthénon » m’a avoué qu’on travaillait le décaféiné au chlorure du méthylène, je vacille. Je chancelle. Je trébuche. C’est bien simple, je suis à deux doigts de renoncer. Faut dire qu’on nous raconte tellement de salades non ? Tiens les emails par exemple, il y a vingt ans, c’était l’arme absolue. La fatal weapon, comme ils disaient. Le truc pour sauver les arbres aussi.

Pollution 2.0

Maintenant, il paraît que le numérique représente 10% de la consommation électrique mondiale. Ils le savent ça, tous ces donneurs de leçons, que les datas centers qui gardent leurs chers petits messages coûtent des fortunes à refroidir? Et que les géants du web dépensent un pognon de dingue en refroidissement pour installer leurs serveurs dans les pays les plus froids du globe? Ça leur en bouche un coin ça hein? (En bois coupé en cueillette solidaire évidemment.)

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Et les énergies alternatives? On ferme Fessenheim alors qu’elle pouvait tourner encore vingt  ans sans émettre la moindre émission et on encourage à monter des centrales au méthane qui obligent les agriculteurs à vendre le maïs, non pas pour le manger, mais pour le faire fermenter. Même sur France Inter on nous explique que l’Allemagne émet 300 millions de tonnes de CO2 pendant que la France n’en sort que 20! C’est pas un signe ça ? Ça ne nous empêche pas de foncer vers le tout électrique. Même mon PC portable a des batteries au lithium. Vous savez ce petit métal alcalin sympathique à la mode qu’on nous fourgue à toutes les sauces et dont la Bolivie, entre autres pays, fait ses choux gras en colonisant ses déserts sur des millions de m2 et en polluant les nappes. On ne sait d’ailleurs pas le dépolluer le lithium! Prochaine catastrophe écologique ? Ben moi qui avais l’impression de frôler ma date de péremption. Qui frissonnais en craignant l’obsolescence programmée. Je ne devrais pas le dire, ça me redonne un coup de fouet toutes ces incohérences. Tiens, je suis presque sûr qu’on va rallumer la centrale au charbon de Porcheville s’il y a un coup de froid! Éco-lo-gie on vous dit.

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