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Friends: celui qui a mal vieilli


Pour David Schwimmer, l’humour de Friends est plein de sexisme, d’homophobie et de grossophobie… L’acteur s’est également dit «tout à fait conscient de son privilège de mâle blanc hétérosexuel».


La série américaine Friends a marqué la génération Y. De nombreux jeunes qui ont grandi au tournant des années 1990 et 2000 suivaient les aventures sentimentales de cette bande d’amis new-yorkais. Seize ans après son dénouement, des adolescents téléchargent et regardent en boucle les dix saisons dont chaque épisode est systématiquement titré « Celui qui… ». Autant dire que la nostalgie ne s’est jamais aussi bien portée. Sauf peut-être pour les premiers concernés. Interrogé par The Guardian au mois de janvier, l’acteur David Schwimmer (Ross) s’en est vivement pris à la série qui l’a fait connaître. Se disant « tout à fait conscient de son privilège de mâle blanc hétérosexuel », Schwimmer s’inquiète du sexisme, de l’homophobie ou de la transphobie de certaines scènes qui ont selon lui mal vieilli. Ainsi, Chandler, moqué pour sa préciosité, craint-il constamment de passer pour homosexuel. Comble du mauvais goût, Friends moque régulièrement l’obésité passée de Monica, la sœur de Ross. Homophobe et grossophobe, le dossier s’alourdit. Sans compter que ses six héros sont tous blancs. Rétrospectivement horrifié, David Schwimmer se prend à rêver : « Il faudrait peut-être qu’il y ait une version de Friends avec uniquement des Noirs, ou uniquement des Asiatiques. » Cependant, il lui sera crédité le fait qu’au fil des épisodes, Ross ait tout de même séduit (à sa demande) une femme d’origine asiatique et une Afro-Américaine. Pour calmer complètement les remords de Schwimmer, en mai prochain, une nouvelle plate-forme lancée par HBO diffusera un épisode inédit. Alors qu’Hollywood nous annonce un prochain Spider-Man bisexuel, Friends a toutes les chances de renflouer son capital diversité. Reste à savoir qui, de la série ou de ses acteurs, a le plus (mal) vieilli.

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Chacune cherche son gland


Une chasse aux sextoys aura lieu le 19 avril dans la région de Namur. Un plaisir à partager… entre femmes.


Comment fabriquer une usine à cash ? Rien n’est plus simple. On greffe une recette marketing qui marche – la démonstration-vente à domicile – sur un créneau porteur, par exemple le sexe. Cela donne le « Tupperware » du sextoy. C’est le marché que laboure Soft Love, l’entreprise belge à l’initiative de la chasse aux sextoys qui aura lieu le 19 avril dans la région de Namur.

L’idée consiste à inviter les participants à retourner un champ truffé de plus d’un millier de sextoys, comme on irait à la chasse aux œufs de Pâques. Les riverains, eux, redoutent certainement moins le passage des hardes de sangliers qui sévissent dans la région que cette masse ludique venue retourner le sol à coups de bêche en quête de plastique. Et comme l’opération n’a pas oublié d’être caritative, elle n’est pas gratuite. Pour y participer, il vous en coûtera près de 20 euros, bêche comprise. Cette année, c’est l’endométriose, un trouble qui rend l’utérus douloureux au gré des cycles, qui sera à l’honneur.

A lire ensuite: Manifeste pour l’instauration d’une journée du silence féminin

Les hommes ne sont pas invités, mais tolérés à titre d’accompagnants. Par ailleurs, 300 places sur les 6 500 leur sont réservées, à condition qu’ils se déguisent. But du jeu : leur ôter toute trace de virilité. L’événement qui en est à sa dixième édition attire des foules – délire et bonne cause sur fond de morosité sexuelle généralisée.

Le catalogue de Soft Love proposant des plugs anaux, la prochaine édition verra peut-être la recherche sur les hémorroïdes bénéficier d’un coup de pouce. Pas très sexy, certes. Mais en tant que mal non discriminant, en ces temps où le sexisme menace de toutes parts, les hémorroïdes tirent leur épingle du jeu.

Mairie de Paris: la contagion des alliances


Malgré l’épidémie de coronavirus, tout est bon pour gagner ou conserver le pouvoir dans la capitale


Même pas peur du coronavirus : Agnès Buzyn tend la main à Rachida Dati contre une Anne Hidalgo qui tend la sienne à Cédric Villani… Devant les risques de contagion il est déconseillé de s’approcher de ces quatre personnes. Une mise en quarantaine s’impose.

Paris vaut bien une messe avait dit Henri IV. La mairie de Paris vaut bien le danger d’attraper un virus mortel venu de Chine. Pourtant Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé et donc très qualifiée, avait fait savoir qu’elle entendait prendre ses précautions.

La candidate LREM avait imaginé un vaccin très efficace contre le coronavirus. Elle n’avait pas renoncé à faire campagne sur les marchés où pourtant règne une promiscuité inquiétante. Agnès Buzyn avait suggéré qu’au lieu de se serrer la main on se touche les coudes et les pieds. En effet le coronavirus ne passe pas par là…

En vertu de quoi elle a entrepris de faire du pied à Rachida Dati. Cette dernière, manifestement émoustillée, donne l’impression d’être tout à fait consentante. Car contre Anne Hidalgo tout est bon, tout est permis. Deux femmes contre une seule : la partie n’était pas égale.

Anne Hidalgo, tacticienne éprouvée, a senti le danger. C’est pourquoi elle a fait des avances à Cédric Villani, qui peu farouche, n’a pas dit non. On remarque avec plaisir que dans le couple Hidalgo-Villani la parité est respectée. Tel n’est pas le cas dans l’attelage Buzyn-Dati. C’est pas bien. Reste qu’on peut être dubitatif sur les chances de succès de l’initiative de la maire de Paris. Car Villani a tous les charmes et aussi les faiblesses, d’un doux rêveur.

« Il n’a pas les épaules » avait dit de lui le très viril Benjamin Griveaux. Donc Hidalgo-Villani ça ne peut pas être une dream team… Dans ce sanglant combat je n’aurais pas aimé prendre partie. Mais tout va bien : j’habite la Normandie et j’ai la chance de ne pas voter à Paris.

Coronavirus: aurons-nous assez de lits?


L’épidémie, en progression alarmante dans l’hexagone, est un terrible révélateur. L’Oise et le Haut-Rhin sont confinés depuis ce lundi matin. Le nombre de lits de réanimation sera-t-il suffisant dans les prochaines semaines?


Frappée par l’épidémie de coronavirus, l’Italie vient d’annoncer la mise en quarantaine de la Lombardie, d’une partie du Piémont, de l’Émilie Romagne et de la Vénétie, isolant 15 millions de personnes et paralysant les régions les plus dynamiques et les plus riches du pays. En France, des ordres similaires de confinement commencent à être prononcés, notamment dans l’Oise et le Haut-Rhin. Devant des mesures aussi extrêmes, les citoyens s’interrogent : les gouvernements en font-ils trop ? Ou pas assez ?

Le calcul cynique de nos gouvernants

Pour comprendre l’effroi qui saisit les autorités, il faut réfléchir et compter. Compter non seulement les morts potentiels, mais surtout les malades graves. En effet la mortalité du virus, si elle est plus élevée que celle de la grippe, n’est pas en soi le problème principal. Elle concernerait 1 à 2% des malades, frappant en grande majorité des personnes très âgées, immunodéprimées ou porteuses de comorbidités sévères (cancers, insuffisance respiratoire chronique, etc.). Certes cette létalité est 10 à 20 fois plus élevée que pour la grippe saisonnière, mais la protection de la population affectée ne peut sans doute pas justifier de paralyser tout un pays.  Avec un brin de cynisme, on peut même considérer que les personnes réellement menacées de mort par le coronavirus sont des inactifs, des poids-mort pour la société, et qu’avancer de quelques mois le moment de leur décès n’est pas forcément un drame en soi – ce cynisme est détestable, mais il est difficile d’imaginer que les preux chevaliers qui nous gouvernent en sont entièrement indemnes.

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Le vrai danger pour le système de santé et la société toute entière réside dans les formes graves de la maladie, qui peuvent toucher aussi des personnes jeunes et sans comorbidité. Ces patients devront être hospitalisés (sans doute aux alentours de 15% des cas) et parmi eux certains présenteront un syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA) et auront besoin de réanimation (potentiellement entre 5 à 10% des cas). Qu’est-ce qu’un SDRA ? C’est un état de défaillance respiratoire et parfois même multiviscérale, qui conduit à la mort en l’absence de réanimation lourde. Par réanimation lourde, on entend des mesures « extraordinaires » : intubation et ventilation mécanique, drogues inotropes positives, parfois trachéotomie, épuration extrarénale, au maximum oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO), c’est-à-dire circulation extracorporelle le temps que les poumons reprennent leur fonction normale. Au prix d’un tel traitement, et en l’absence de complications supplémentaires, on peut espérer guérir d’un SDRA. La durée d’hospitalisation en soins intensifs est rarement moins de trois semaines, puis la récupération complète peut prendre des semaines, enfin des séquelles à type de fibrose pulmonaire sont possibles. Sans compter les séquelles laissées par les complications intercurrentes (surinfections, phlébites et embolies pulmonaires, escarres, ostéomes d’immobilisation, neuropathie périphérique, fonte musculaire, etc.).

Une fois qu’on a pris conscience de ce qu’implique la prise en charge d’une telle pathologie, il faut compter. Il y a en France un peu moins de 400 services de réanimation, qui totalisent environ 5500 lits. À l’heure où j’écris, le cap des 1000 cas d’infections par le coronavirus a été dépassé en France, et 19 personnes sont décédées. Cela représente donc probablement une centaine de patients en soins intensifs (ou y ayant séjourné). Qu’adviendrait-il si l’épidémie devenait hors de contrôle ? Si elle devait toucher 10 000 personnes, cela ferait un surplus de 500 à 1000 patients ayant besoin de réanimation ; 100 000 malades = 5000 à 10 000 hospitalisations supplémentaires en réanimation ! Comme on le voit, les capacités hospitalières seraient alors largement dépassées. Et ce même si l’arrivée des cas se faisait de façon filée, un malade atteint remplaçant un malade guéri – redisons que la durée de séjour en réanimation en cas de SDRA est rarement inférieure à 3 semaines.

Quid des autres pathologies ?

D’autre part, ce n’est pas comme si les lits de réanimation étaient actuellement sous-utilisés dans notre pays. En réalité, loin d’être vides, ils sont déjà fortement en tension. Les patients atteints d’un SDRA consécutif à l’infection par le coronavirus s’ajouteraient donc aux autres malades, dont on ne peut guère imaginer qu’ils guériraient comme par enchantement pour libérer des places. Faudrait-il alors faire le tri entre ceux qui pourraient bénéficier de la réanimation et les autres, qu’il faudrait abandonner à leur évolution naturelle ? Et selon quels critères ? Jusqu’à présent en France, on ne parle pas de rationner les soins selon le pronostic, les plus vieux et les plus malades devant laisser la place aux plus jeunes, mais il faudrait bien en venir là au cas où l’épidémie s’étendrait. Ou alors faudrait-il choisir selon les pathologies ? Imaginons ce que serait la réquisition des services disponibles pour soigner les malades du coronavirus : faudrait-il en chasser les malades atteints d’autres pathologies ?

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Je prends pour exemple mon service de neurochirurgie d’un grand hôpital parisien. Nous disposons d’une unité de réanimation spécialement dédiée à l’accueil des patients porteurs de pathologies neurochirurgicales (traumas crâniens, hémorragies cérébro-méningées, tumeurs cérébrales graves, infections…). 25 lits sont disponibles – en fait régulièrement moins car, faute de personnel, il arrive souvent que deux à cinq lits doivent être fermés. En cas d’épidémie hors de contrôle, devrait-on réquisitionner le matériel et le personnel pour les mettre à disposition, et « remplacer » par là-même les malades atteints de pathologies neurochirurgicales ? Et le service voisin de réanimation neurologique, qui prend en charge les polyradiculonévrites en défaillance respiratoire, les états de mal épileptiques, les encéphalites et autres comas ? Ce service, déjà affecté par des restrictions constantes, devrait-il se consacrer aux malades du coronavirus au détriment de son « cœur de métier », la neurologie lourde ?

Le coronavirus sera le test de résistance du système de santé français

Et je ne parle pas ici de la désorganisation générale liée à la panique de la population, sourde aux messages de confinement chez soi, et qui se précipite déjà en masse aux Urgences. Dans mon hôpital, il a fallu ouvrir une consultation supplémentaire, en faisant appel à des volontaires pour pallier le manque de personnel. Et je parle encore moins du cercle vicieux que pourrait enclencher la contamination du personnel soignant, aux premières loges de cette maladie très contagieuse – on connaît le sort du médecin chinois lanceur d’alerte, le Dr Li Wenliang…

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On comprend ici la fébrilité qui saisit nos autorités. Déjà incapables de faire face à la crise qui secoue l’hôpital hors de tout contexte épidémique, elles sont prises de vertige à l’idée de ce qui nous menace à court terme. Ce d’autant que certains épidémiologistes, jouant les Cassandre, annoncent que l’épidémie ne sera pas maîtrisée et qu’elle deviendra une pandémie mondiale, infectant de 40 à 70% de l’humanité d’ici un an (Marc Lipsitch, professeur à Harvard, a annoncé de tels chiffres dans un article relayé par le site The Atlantic ! L’infection à coronavirus deviendrait alors une maladie durablement implantée dans le monde, maladie dont il faudrait se prémunir par la vaccination… une fois que ce traitement sera mis au point !

Ainsi l’épidémie en cours est un révélateur des fragilités d’un système à bout de souffle. Un système (la mondialisation) qui multiplie les échanges et place chaque pays dans la dépendance des autres. On a ainsi appris que le confinement d’une région entière de la Chine faisait courir le risque de pénurie de médicaments de première nécessité, car moins de 20% des principes actifs étaient encore fabriqués en Europe. Mais aussi un système (l’hôpital géré comme une entreprise) qui rationne les ressources au motif de faire des économies. L’épidémie n’avait pas encore vraiment commencé que paraissait le cri d’alarme d’un médecin hospitalier, mon collègue et ami Stéphane Velut. Dans L’hôpital, une nouvelle industrie, il raconte comment des « communiquants » imbus de leur bon droit expliquent aux médecins « comment passer d’un hôpital des stocks à un hôpital des flux ». On voit à quoi mène la doctrine du flux tendu dans un domaine aussi éminemment variable et imprévisible que l’urgence médicale. Il suffit d’une situation épidémique inattendue pour mettre à bas l’édifice si patiemment « rationalisé », c’est-à-dire asséché.

En vérité, nous sommes à l’heure des choix, voire des grandes décisions. Et peut-être même est-il déjà trop tard pour éviter l’effondrement, sanitaire et économique, de nos pays rongés par les incohérences, les non-dits et les lâchetés. Dans son allocution enregistrée depuis sa bibliothèque et retransmise sur écran géant dans une place Saint-Pierre encombrée de fidèles dont beaucoup étaient équipés de masques de protection, le pape s’est dit proche des malades et des soignants. Il paraît qu’il prie pour nous. En sommes-nous déjà là ?

Le retour du Catoblépas

Sorte de gnou à la tête trop lourde pour son cou chétif, le catoblépas est un animal mythique si stupide, et à l’horizon si borné, qu’il en arrive à se dévorer lui-même. Flaubert en fit, pour cette raison, le symbole d’une forme particulière de bêtise. On croyait la bestiole disparue mais, depuis quelques années, elle semble avoir trouvé une seconde jeunesse. On l’appelle désormais « progressisme », et sa bêtise n’a toujours d’égale que la rage qu’elle met à se dévorer elle-même dans une frénésie ahurissante d’auto-contradiction.

Prenons l’antiracisme. Depuis quelque temps, sous l’inspiration de délires venus d’outre-Atlantique, nous avons vu les mouvements antiracistes réhabiliter la notion même de race puis, emportés par la rage de l’entre-soi, défendre et promouvoir la mode des « safe-spaces », ces espaces réservés à des personnes d’une certaine couleur ou d’un certain « genre » pour leur permettre de se sentir à l’aise. Plus récemment, grâce à Mme Aïssa Maïga, nous avons découvert que le comble de l’antiracisme chic consiste, lorsqu’on entre dans un lieu quelconque, à y compter les Blancs et les Noirs. Encore deux ou trois ans et, sous la pression des associations antiracistes, nous verrons apparaître dans les bus et les métros des espaces séparés, réservés selon les « races »… Rosa Parks, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Folies américaines

Voyons le féminisme. Le spectacle y est dantesque. On savait déjà que, pour certains mouvements, le summum du féminisme consiste à défendre et promouvoir une vision sexiste de la femme, considérée comme ontologiquement impure et pécheresse et donc sommée de se dissimuler… Mais depuis quelques temps, il y a du nouveau. On assiste désormais à une lutte à mort entre d’autres catégories de féministes : celles dites « inclusives » qui veulent mêler à leur combat celui des droits des transgenres et autres LGBTQWERTUIYOP+, et celles qui considèrent que tout porteur d’un zizi doit être ipso facto exclu des combats et des espaces réservés aux femmes. C’est ainsi que, tout récemment, trois jeunes filles du Connecticut ont engagé une procédure pour obtenir que les transgenres – ici, des personnes à anatomie et carrure masculines – ne soient plus autorisées à participer à des compétitions sportives féministes. Ces jeunes filles, battues par des transgenres, ont fait valoir qu’il y avait là une inégalité de traitement qui les avait pénalisées et leur avait fait perdre des opportunités universitaires (car, aux USA, des résultats sportifs marquants peuvent vous ouvrir les portes d’universités réputées). L’association d’athlétisme scolaire du Connecticut a répondu qu’elle avait agi en parfaite conformité avec une loi de l’état stipulant que tout élève doit être traité conformément au genre dont il se revendique. Pour l’instant, on en est là.

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Dans le même esprit, toujours aux USA, un condamné a pu obtenir d’être enfermé dans une prison pour femmes en faisant valoir qu’il se reconnaissait comme transgenre, bien que son anatomie fût restée masculine. Une fois sous les verrous, il s’est livré à un certain nombre d’agressions sexuelles sur des codétenues, jusqu’à ce que l’affaire arrive finalement devant la justice, après quelques tentatives d’étouffement. L’avocat du transgenre a défendu son client en niant toute agression et en accusant les détenues plaignantes de « transphobie ». Notons d’ailleurs qu’une affaire en tous points semblables s’était déroulée au Royaume-Uni en 2018 : une personne condamnée pour viol avait pu obtenir d’être placée dans une prison pour femmes et y avait allègrement repris ses activités… Elle a depuis été à nouveau condamnée pour ces nouvelles agressions, placée dans une prison pour hommes (je suppose…) et le ministère de la Justice britannique a présenté ses excuses aux détenues violées.

Les TERF

Toujours est-il que désormais la guerre fait rage entre féministes inclusives et féministes non-inclusives, celles-ci étant affublées par celles-là du terme infamant de « TERF » (« Trans Exclusionary Radical Feminist », soit « Féministes radicales rejetant les Trans »). De leur côté, lesdites TERF dénoncent dans le fait pour un homme de déclarer unilatéralement et péremptoirement « Je suis une femme », le comble de l’autoritarisme masculin et, disons le mot, du machisme.

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Dans le même temps, le corps médical se retrouve pris entre des injonctions contradictoires au sujet du changement de sexe. En effet, d’un côté, des médecins nord-américains se font traîner en justice pour ne pas avoir accepté de procéder à une opération de « transition » ; et de l’autre des médecins britanniques se font traîner en justice pour l’avoir fait, le patient regrettant aujourd’hui sa décision. Et débrouillez-vous avec ça !

Et je ne vous parle pas des droits humains

Et qu’en est-il des droits de l’Homme – pardon, des Droits Humains ? Eh bien, dans cette même frénésie autophage, les mouvements de défense des droits humains, se concentrant sur ceux des minorités, en arrivent là encore à l’exact inverse de ce qu’ils défendent. C’est en effet au nom de la démocratie, de l’égalité et de « l’inclusion » que des groupuscules d’excités de la pureté, sortes de résurgence des Gardes rouges de Mao, organisent des coups de main pour interdire tel spectacle, telle conférence ou tel film qui n’auront pas eu l’heur de leur convenir. Dans certains cas, la chose pourra aller jusqu’à incendier livres ou librairies. Comme au bon vieux temps, diraient de mauvais esprits. On assiste à cela aux USA, bien sûr, mais pas seulement. En Belgique, deux rédacteurs de Charlie Hebdo ont récemment fait l’objet d’une tentative d’interdiction par un groupe d’extrême-gauche les accusant d’être « réactionnaires » et de nuire aux droits des minorités. Et en France ? Eh bien, en France, patrie des Lumières, c’est le gouvernement lui-même qui s’y colle. Car, prenant prétexte de la ridicule affaire Griveaux, dans laquelle les réseaux sociaux n’ont joué aucun rôle déterminant, le gouvernement affirme haut et fort sa volonté de lever l’anonymat et de censurer les communications sur Facebook et autres Instagram, le tout au nom de la liberté. C’est un peu comme si, à la suite d’un grave accident entre une trottinette et un camion rue Royale à Paris, le gouvernement déclarait qu’il n’y a rien de plus pressé que de limiter la vitesse à 80 km/h sur les autoroutes, d’y multiplier par cinq le nombre de radars et de passer l’amende pour excès de vitesse à 500 euros… Tandis que les députés LREM se préparent à voter ce chef-d’œuvre de flou liberticide qu’est la loi Avia, notre tout frais nouveau ministre de la Santé nous ouvre des perspectives médicales insoupçonnées en expliquant au micro de France Inter que la trop grande liberté sur les réseaux sociaux facilite sans doute la propagation de maladies comme le coronavirus.

De plus en plus vertigineux

Et puisqu’on parle de santé, saluons pour finir cette nouvelle avancée à la fois scientifique et éthique dont nous ont récemment gratifié deux médecins britanniques : le « droit » pour chaque homme de voir son sperme prélevé après sa mort pour alimenter des banques en mal de matière première. La chose est déjà autorisée dans certains états des USA ou au Royaume-Uni, sous des conditions très restrictives. Mais là, il s’agirait de faire de ce type de don un « don d’organe » comme les autres. Qui ne voit en effet que le don de sperme post mortem est un droit humain (et même, pour le coup, un droit de l’homme) fondamental, et que seule une conception rétrograde de la morale ou de la dignité humaine nous empêche d’adopter cette mesure si progressiste ? Qui ne voit l’intérêt économique et social d’une telle démarche, à une époque où la démocratisation de la PMA comme de la GPA devrait faire exploser la demande ?

Certes, des esprits chagrins pourront s’étonner d’un tel enthousiasme nataliste dans les rangs progressistes, au moment où ces mêmes progressistes s’alarment de l’état de notre planète et commencent à prôner, pour y remédier, une diminution de la population mondiale. Mais là encore, on l’aura compris, ce ne sont pas les contradictions qui leur font peur.

Vraies et fausses féministes

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Des femmes manifestaient donc hier dimanche sur le Vieux-Port — 2500 personnes, en comptant les curieux sur les trottoirs. Pas mal pour une ville de 900 000 habitants.
Jeunes, pour la plupart, éduquées, petites bourgeoises ulcérées, soutenues par tout ce que la sociologie institutionnelle pouvait offrir de belles consciences enrubannées, bref, tout ce que l’on attend d’un pareil défilé. Et pas une femme voilée dans une ville où elles sont pourtant majoritaires : les vraies victimes de l’oppression n’étaient pas là. Pourtant, on pensait à elles.

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La lutte était (forcément) intersectionnelle,

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et les références au voile nombreuses. Ces jeunes filles cultivées ont cru s’apercevoir que « voile » était l’anagramme partiel de « viol »,

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et au lieu d’en tirer la conclusion évidente qu’imposer le voile est une forme de viol, elles préférent le revendiquer — l’ultime liberté de la femme étant sans doute d’être esclave.

Les slogans griffonnés sur les banderoles et les bouts de carton annonçaient la couleur. Références à Adèle Haenel,

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qui s’est effectivement « cassée » avec son ex-compagne, Céline Sciamma, quand elles ont constaté qu’elles n’avaient pas le César que méritait leur manque absolu de talent (et dans le monde orwellien qui est désormais le nôtre, elles auraient dû en décrocher des brassées) — et après avoir vérifié que les caméras étaient braquées sur…

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Manifeste pour l’instauration d’une journée du silence féminin


Causeur dresse son bilan du 8 mars 2020 (journée de la Sainte Nana) et esquisse quelques perspectives.


Pour la Sainte Nana de cette année, le 8 mars comme chacun sait, le bilan n’a rien de reluisant, il serait plutôt consternant. Elisabeth qui oublie de mettre un “s” du pluriel dans la phrase-titre de sa couverture ! Ursula (pas Andress hélas, mais Von der Leyen) qui laisse le Grand Turc pisser sur le paillasson de l’Europe et n’a pas les roupettes de recommander aux Grecs la méthode israélienne en matière d’immigration sauvage (efficacité garantie et infiniment moins de morts sur le terrain que n’en laissent les atermoiements européens au fond de la Méditerranée) ! Adèle qui tonitrue aux César et détruit méthodiquement des siècles de droit élaboré de Justinien à Napoléon ! Une plainte devant la justice, un procès en bonne et due forme ? À quoi bon ? La justice-lynchage de Facebook suffit.

L’une des dissertations les plus habituelles de la classe de philo consistait à se demander si toutes les inégalités sont des injustices. La réponse habituelle du corrigé du professeur consistait à dire que non. Mais aujourd’hui…

La morale féministe qui dévoile sous nos yeux son visage hideux ignore le pardon, ignore la prescription, ignore le débat contradictoire. Nous voilà ramenés avant le Christ, avant la fondation de la justice à Athènes, splendidement mythifiée dans la trilogie d’Eschyle sur les Atrides. 

A lire aussi, une énorme fake news sur le consentement: « Le Monde » ne tourne pas rond

Woody Allen lâché par son éditeur

Bravo aussi à Dylan Farrow, la fille adoptive de Woody Allen, qui appuyée par son frère, a réussi à intimider la filiale américaine de Hachette au point que celle-ci ne fera pas paraître l’autobiographie du grand cinéaste Soit dit en passant. Espérons que Manuel Carcassonne, directeur de Stock, tiendra bon pour la parution de la traduction française. Dans Figarovox du 7 mars, Gilles-William Goldnadel cite un rapport de l’hôpital de New Haven rédigé en 1993 : “Nous pouvons conclure que Dylan n’a pas été agressée sexuellement, mais nous ne pouvons pas être définitifs sur les raisons de son accusation envers M. Allen : est-ce parce que c’est une enfant vulnérable qui a grandi dans une famille perturbée, ou est-ce parce que Dylan a été influencée par sa mère ?” Mia Farrow, comme c’était la mode chez les dames divorçantes des années 90, a chargé le plateau de la balance de la Justice d’un bon poids de pédophilie pour la faire pencher de son côté. L’auteur de ces lignes sait de quoi il parle, il a subi cet affreux mensonge à la même époque. Le jour où l’on écrira le Livre Noir du féminisme comme on le fait après la mort de chaque idéologie devenue folle, je me porte volontaire pour écrire ce chapitre peu glorieux de l’histoire de la féminité.


Deux puritanismes mortifères vont assombrir nos années vingt : le féminisme et l’islamisme. Tous deux se croient poussés par un moralisme vertueux alors que leur vrai ressort est la jalousie. La jalousie à l’égard de l’argent ne se dissimule pas, du moins en France, pays où plusieurs partis politiques en font leur pain quotidien. Mais il existe une jalousie plus secrète, plus mordante d’autant plus qu’elle n’ose pas s’avouer : c’est la jalousie qui porte sur la dose de jouissance sexuelle que chacun réussit à obtenir. Jouirait-il, jouirait-elle infiniment plus que moi ? Cette pensée est un rat dans les poitrines, et je crois qu’elle explique le déchaînement de haine contre Gabriel Matzneff. Celui-ci paraissait être un milliardaire de la jouissance, et il a vu se lever contre lui une jacquerie de sans-culottes mal baisées et de mal baisants. Ce que l’opinion n’a pas compris, c’est que tout artiste a forcément une sensibilité plus aiguisée que la moyenne de l’humanité, sinon il ne serait pas artiste. Le cou gracile d’une adolescente ou le mollet musclé d’un garçon en short peut mettre Gabriel Matzneff dans tous ses états, tandis qu’un passant marchant sur le même trottoir ne les remarquerait même pas. Eh oui, il y a de fortes inégalités dans les sensibilités humaines. L’une des dissertations les plus habituelles de la classe de philo consistait à se demander si toutes les inégalités sont des injustices. La réponse habituelle du corrigé du professeur, après la pesée du pour et du contre, consistait à dire que non. Aujourd’hui, de Mélenchon aux féministes en passant par les Indigènes de la République et les indigents du spectacle, la réponse à la fameuse question philosophique est que oui, toutes les inégalités sont des injustices. Avec de pareilles idées, la guerre de tous contre tous prévue par Hobbes va déployer partout ses révolvers, ses kalachnikovs et ses grands couteaux de cuisine.

Féminisme et islamisme se donnent la main

La jalousie sexuelle est une calamité du monde musulman, on le sait depuis les Philosophes jusqu’à Kamel Daoud. Il est quand même significatif que le plus grand chef-d’œuvre littéraire du monde arabo-persan, Les Mille et Une Nuits, commence par une scène de jalousie sexuelle très explicite. Le roi Schahryar aperçoit ses épouses qui copulent allègrement avec des esclaves noirs. Il s’en scandalise, fait couper le cou aux copulantes et copulants. Désormais, les noirs présents au palais ne porteront plus rien de dangereux entre les jambes et Schahryar fera l’amour chaque nuit avec une femme différente que le bourreau décapitera à l’aube. Jusqu’à ce que survienne Shéhérazade et ses enchantements…

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Ces deux puritanismes, qui cachent leurs jalousies sous des airs de vertu outragée, devraient logiquement se combattre, l’un veut la promotion de la femme, l’autre veut sa relégation et sa dissimulation sous des voiles chargés de la soustraire au désir du voisin ou du passant. Eh bien non, ils s’unissent contre un mâle blanc adulte et hétérosexuel sans cesse fantasmé en dominateur impitoyable…

Vos gueules, les meufs !

Alors mes chéries, s’il vous plaît, après cette salve crépitante de crétineries (à laquelle beaucoup se sont opposées, est-il besoin de le dire ?), il conviendrait de la mettre un peu en veilleuse, non ? Allez, bon prince, je ne vous demande pas de la boucler éternellement, mais il serait bon d’instituer chaque année, le 15 mars par exemple, une Journée du silence féminin. Cette journée sans blabla ni tweet ni rien permettrait de rouler des pensées dépassionnées sur la complémentarité du féminin et du masculin, sur la fatale dose d’agressivité à la testostérone que l’évolution darwinienne a allouée au mâle pour que l’espèce puisse se reproduire, sur la sensualité plus ou moins exacerbée des grands artistes. On pourrait lire en silence de beaux poèmes d’amour de Victor Hugo qui a passé sa vie jusqu’à la veille de sa mort à sauter sur tous les jupons et qui n’en reste pas moins un de nos chers génies nationaux. 

La domination masculine n'existe pas

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Les Français doivent-ils avoir honte de ce qu’est devenu leur cinéma?


Notre cinéma est une caste qui aime cracher sur ceux qui la font vivre. De plus, si le cinéma français se met à jouer les puritains, le reste du monde le boudera.


Le spectacle affligeant de la cérémonie des César écorne un peu plus le petit monde du cinéma français. Un microcosme arrogant, dont la médiocrité n’a d’égale que la part d’argent public qui le nourrit.

Premier constat qui donne une idée de sa qualité : notre cinéma s’exporte moins bien qu’avant. Les chiffres communiqués par Unifrance attestaient en 2018 d’une baisse de 47% des entrées à l’international. Quand on sait que ces résultats ne tiennent en réalité qu’à la réussite de blockbusters produits par Luc Besson – films calibrés sur le modèle américain, au casting anglo-saxon, et qui incarnent absolument tout sauf l’esprit français – on se demande légitimement où sont les succès flamboyants de nos génies auto-proclamés du 7ème art. Pourtant, avant eux, de grands cinéastes et acteurs brillaient bien au-delà de nos frontières. René Clément et ses deux oscars du meilleur film en langue étrangère. Jean-Jacques Annaud, Bertrand Blier, Régis Wargnier entre autres, ont aussi remporté la statuette. On pense à Simone Signoret, Juliette Binoche, Marion Cotillard. Puis évidemment The Artist, qui en 2011 a presque tout raflé.

Un cinéma subventionné

Le talent a précédé la génération qui s’est exhibée aux Césars 2020, et il leur fait cruellement défaut. Alors que Truffaut reste adulé au Japon, les rétrospectives de Pialat s’étalent sur plusieurs jours à Los Angeles. Godard, Rohmer et Audiard ont été récompensés dans toute l’Europe. Que dire de l’oeuvre de Roman Polanski, dont le talent éclipse en une scène les kilomètres de pellicule des Foresti, Jamel and co ? Or, depuis 2013 et le prix décerné à Michael Haneke (Amour, production franco-autrichienne avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva et Isabelle Huppert), Hollywood boude nos créations. La caméra victimaire de Ladj Ly – rentré bredouille de Californie – n’aura, malgré l’immense soutien médiatique, pas su vaincre le mauvais sort.
Le cinéma français excelle néanmoins dans trois domaines : le népotisme, la morale, et l’obtention de subventions publiques.

A lire aussi: #BlackCésar: le cinéma français est-il vraiment raciste?

Sous perfusion du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), dont le budget est constitué à 82% de taxes – considérées juridiquement comme des aides d’État –, nos pépites cinématographiques peuvent prendre forme. Ainsi, en 2018 ces prélèvements représentaient 671 millions d’euros, sur un budget de 813 millions. Tout le monde met la main à la pâte : spectateur quand il achète un billet, opérateurs télécoms, éditeurs, chaînes de télévision. À plusieurs reprises, Bruxelles a jugé illégale cette aide.

Mais il n’y a pas que le CNC. En 2012, la Cour des comptes a constaté sur dix ans une hausse de 680% du soutien fiscal dont profite le secteur. Pour que les cinéastes puissent assouvir leur soif de création, le plafond du crédit d’impôt a été relevé, et sa part a au final doublé entre 2012 et 2018. Sur cette même période, la proportion d’argent public dans le cinéma français est passée de 15,6% à 22,3%.

Un petit monde clos

Avec ces centaines de millions d’euros, à quoi avons-nous droit ? Censée représenter la diversité, cette industrie inspire la consanguinité quand on regarde certaines distributions. Sans grande culture cinématographique, on se perd dans des prénoms qui portent le même nom, allant jusqu’à croire que certains « artistes » ont le don d’ubiquité pour investir tous les plateaux à la fois ! Notre cinéma reçoit, à l’unanimité du jury, la palme de l’entre-soi. Beaucoup de jeunes réalisateurs, à jamais sur le carreau, dénoncent – jusque dans les colonnes de Telerama – le copinage, les lignées, et un manque suffocant de renouvellement des visages.

Passant son temps à se regarder le nombril, tout ce beau monde va, par acquis de conscience et entre deux navets, nous sortir des longs-métrages moralisateurs avec pour objets fétiches les migrants, la femme opprimée et la banlieue. Et comme toujours, on aura droit à une charge contre le provincial raciste, la B.A.C. aux méthodes de Gestapo, le citoyen véreux, ou le retraité ignare – quand il n’est pas mari violent.

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Infatigables donneurs de leçons, toujours prompts à défendre les nobles causes, nos acteurs et réalisateurs phares se sont empressés de signer une tribune dans Le Monde au moment de l’hystérie qui suivit l’épisode mettant en scène Julien Odoul et la femme voilée au conseil régional de Bourgogne. Omar Sy, Marina Foïs, Mathieu Kassovitz, Géraldine Nakache, … Personne ne manquait à l’appel. Mais où étaient leurs plumes indignées, quand au Bataclan, notre jeunesse se faisait transpercer les chairs au AK-47 ? Alors qu’ils ne cessent de prendre la parole pour dénoncer l’injustice, le racisme organisé et la barbarie d’État, ils se terrent dans le silence à chaque fois que le terrorisme arrache à la vie d’innocents citoyens.

Quand on prend conscience de tous ces éléments, cela ressemble à un mauvais film, voué à un échec certain. Et je ne doute pas que si des Français raisonnables étaient aux manettes de cette production – que l’on pourrait appeler « L’arnaque du cinéma français » –, avec un modèle économique douteux et un casting aussi bancal, ils renonceraient à sa sortie !

Amour (César 2013 du meilleur film)

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Ci-gît le vieux Paris

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« Si Paname m’était conté », le film de Patrick Buisson enfin en DVD


La nostalgie n’est pas encore un crime. Elle le deviendra, soyez-en sûr, au train où la modernité avance et gangrène nos existences. Elle est pourtant le seul moyen qu’ont trouvé les Hommes pour supporter leur quotidien, pour avoir moins froid les soirs de grande fatigue. Elle est cet appel à l’aide, cette complainte désespérée qui vient du fond des âges, ce cri qui veut retenir la nuit. Se réfugier dans « hier », en l’espèce le Paris des années 50, c’est compulser, à la chandelle, un album de famille, se remémorer nos vieilles sociabilités urbaines et retrouver la trace d’une humanité instable mais terriblement vivante. Du haut d’un progrès chèrement acquis, ces marques souterraines de l’ancien monde peuvent sembler dérisoires, absurdes même. Pourquoi alors, soixante-dix ans plus tard, continuent-elles d’agir sur notre mémoire comme un aimant ? Nous revenons toujours à cet Après-guerre, borne indépassable de nos rêveries et de nos fantasmes. Tandis que l’ère du numérique nous file invariablement la courante.

Paris est devenu triste

Ce Paris disparu, royaume disparate de cafetiers, vitriers, lutteurs de foire, filles des impasses et forts des Halles a construit notre imaginaire en noir et blanc. Cette comptine des temps pas toujours heureux ni glorieux a sédimenté notre identité. Le cinéma d’Audiard, les poèmes de Prévert, les romans buissonniers de Blondin, les vins blancs frais servis au zinc, les bals populaires où les corps reprennent espoir et les seins en obus narguant le trottoir, notre histoire secrète se niche dans ces souvenirs-là. Une cour des miracles qui doit autant aux artistes qu’au sang des abattoirs, à la lumière chicaneuse du ciel qu’aux douceurs de l’édredon, un matin d’hiver. Paris était ce magma-là, incohérent et dangereux pour ceux qui ont un marteau-piqueur dans le cœur. Les promoteurs immobiliers avaient un autre rêve, peinturlurer la capitale de tracts publicitaires et rénover son habitat, quitte à faire fuir son habitant. Ils ont lessivé nos façades et ont exilé son petit peuple pour ne conserver que des boutiques et des musées. Paris ne fut pas toujours cette mégalopole hors-sol duplicable à l’infini, l’esprit canaille à la limite du féroce se moquait de toutes ces fausses valeurs. Les truqueurs n’y résistaient pas longtemps. Des barricades ou des faubourgs, des salles de théâtre ou des bistrots, on avait appris à se méfier du clinquant et de la morale des puissants. On y parlait une langue vive et imagée, les caractères s’y exprimaient plus qu’ailleurs avec une force et un aplomb que les autres régions françaises nous enviaient.

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Oui, l’Air de Paris était parfois malsain à l’heure de pointer à l’usine mais il était aussi empli d’une communion réelle. Petit-fils d’un pinardier, accessoirement producteur de limonade et alchimiste du quinquina, j’ai souvent entendu mon grand-père évoquer ses escapades sur les quais de Bercy. Et j’ai vu danser, dans ses yeux, les fantômes de sa jeunesse, c’était aussi beau que la rue Lepic, un jour d’affluence. Notre société hygiéniste n’aime pas les odeurs de graillons et encore moins les remugles du passé. Elle se rengorge de transparence et de « vivre ensemble » alors que les Parisiens n’ont jamais été aussi désemparés et tristes.

Patrick Buisson à la recherche du Paris perdu

Pour humer ce parfum inimitable de Paname, celui-là même qui prend aux tripes et colle à la peau, il faut vous procurer le film de Patrick Buisson réalisé par Guillaume Laidet (produit par la chaîne Histoire et l’INA), enfin disponible en DVD chez René Château Vidéo. Ce documentaire repose sur des dizaines d’archives et des musiques d’époque, il nous dévoile un Paris oublié, à la fois miséreux et merveilleux, dans ses gestes et ses habitudes du quotidien. Vous aurez droit à un défilé de gueules splendides, on est chez Melville et Grangier, vous y apercevrez la poitrine comprimée de Dora Doll, les manières taquines de Paul Frankeur, la silhouette de Bob le Flambeur et même, subrepticement, le visage poupon de Jean Carmet accoudé au comptoir. Ce documentaire vaut également par la qualité de son style, le meilleur de la littérature populiste y est distillé. Entendre parfaitement restitués les mots de Jacques Perret, Henri Calet, René Fallet, Léo Malet, Simenon, Robert Giraud, Boudard, Marcel Aymé, Jean-Paul Clébert ou ceux d’Aragon, est un enchantement pour les oreilles. On ne saura jamais qui, de Paris ou de l’écrivain donnait du talent à l’autre. La grisaille lui allait si bien.

Si Paname m’était conté, un film de Patrick Buisson – Réalisé par Guillaume Laidet – René Château Vidéo

SI PANAME M ETAIT CONTE - DVD [HD DVD]

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Chantal Delsol aux frontières de l’universel


Contre toute assignation, l’universel est un vecteur d’émancipation humaine. Si le philosophe Francis Wolff en fait le fondement de sa pensée cosmopolite, Chantal Delsol dénonce son dévoiement. Et dissèque la colère des peuples européens réclamant le droit à l’enracinement.


« L’universel républicain, une arnaque au service de l’homme blanc hétérosexuel chrétien », peut-on lire sur le site des Indigènes de la République. Les offensives de cette nature sont légion. L’universel, et pas seulement l’universel républicain, est conspué, contesté, récusé de toutes parts, sur les campus américains et désormais dans nos universités et grandes écoles. Au nom du droit à la différence, de celui des minorités, de l’idéologie diversitaire, au nom de la lutte contre l’hégémonie occidentale et de l’incommensurabilité des cultures, au nom du respect des singularités nationales dans le monde. Tout conspire contre lui. Du côté des féministes, des indigénistes, des antispécistes, des végans, il est accusé de n’être que le masque du pouvoir de l’homme blanc hétérosexuel chrétien et carnivore ; dans les pays d’Europe centrale, de la Chine ou de la Russie, on le tient pour celui de l’Occident, et plus précisément de la modernité occidentale, qui sous couvert de défendre des principes universels travaillerait à modeler l’humanité entière à son idée.

L’universel impalpable

Le mot est abstrait et ce qu’il désigne l’est aussi puisqu’il n’est donné à aucun de nous d’en faire l’expérience sensible. L’universel est une idée selon laquelle il existe, par-delà la variété des hommes dans l’espace et le temps, quelque chose comme l’Homme, des invariants, des constantes anthropologiques. Cependant, comme l’avait bien vu Joseph de Maistre, on ne rencontre pas l’Homme universel : « J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan ; mais quant à l’homme je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ; s’il existe c’est bien à mon insu. »

Si l’universel est abstrait, ce qu’il engage est en revanche très concret. « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger », disait Montaigne après Térence. Cette devise, que les Lumières ont faite leur, n’a de sens que s’il y a bien de l’universel, si chaque civilisation peut être appréhendée comme une variation sur des thèmes communs. De surcroît, l’universel suppose la liberté humaine, il fait le pari que l’homme n’est pas enkysté dans son présent, ni assigné à résidence dans quelque identité que ce soit, qu’il peut toujours faire un pas de côté. Il est ainsi la condition de possibilité de l’histoire et de l’ethnologie.

À lire aussi, un autre son de cloche: L’universalisme républicain, cette idéologie de cocus

On ne se prive donc pas sans dommage de l’universel. Aussi se précipite-t-on lorsque, enfin, une voix se risque à prononcer un Plaidoyer pour l’universel [tooltips content= »Francis Wolff, Plaidoyer pour l’universel, Fayard, 2019. »][1][/tooltips].

Le philosophe Francis Wolff, qui signe cette plaidoirie, ne manque ni de hardiesse ni de témérité. On se souvient de sa défense et illustration de la corrida. Il dénonce les antispécistes, la sacralisation de la nature, les neurosciences, les indigénistes. Sans tremblement, il remet à l’ordre du jour la question du propre de l’homme, rendant ainsi la philosophie à l’une de ses plus nobles vocations. En somme, il devrait être notre genre. Force est d’admettre que ce n’est pas tout à fait le cas.

Nous sommes tous citoyens du monde

Cet ouvrage est le dernier volet d’un triptyque qui vise à donner un fondement anthropologique à l’utopie d’un humanisme cosmopolitique qu’il peignait dans son précédent essai. Utopie, utopie à demi, et de moins en moins, selon notre philosophe qui s’avoue « optimiste », car la moitié du chemin serait accomplie : grâce à la technique, aux moyens de transport et de communication, nous ne formons déjà plus qu’une seule et même humanité. Mais si la technique nous fait vivre à la même heure, les peuples réclament de vivre chacun à son heure. Ce décalage entre l’unité réalisée par la technique et les représentations collectives, Wolff ne désespère pas de pouvoir le combler. Il veut croire qu’une chiquenaude philosophique aidera à réaliser ce cosmopolitisme qu’il tient pour la vocation même de l’homme : l’homme est fait pour être citoyen du monde ; la preuve, c’est la capacité de tout homme à raisonner, discuter, argumenter. Si les hommes sont des êtres vivants comme les végétaux, des êtres doués de sensibilité comme les animaux, l’homme est en revanche seul à posséder le logos, c’est-à-dire le langage et la raison mêlés. Mais là où Aristote concluait à la vocation politique des hommes, Wolff, lui, conclut à la vocation cosmopolitique de l’humanité : tous les hommes raisonnant et parlant, l’homme ne saurait se borner aux limites d’une communauté politique.

De toute évidence, les peuples ne l’entendent pas ainsi, qui réclament le droit à la continuité historique et redécouvrent la nation comme l’instrument par excellence de leur souveraineté. Idée de philosophe que l’idée de citoyenneté du monde, sans pertinence pour les hommes de chair et de sang, disait d’ailleurs Hannah Arendt [tooltips content= »« La philosophie peut se représenter la terre comme la patrie de l’humanité et d’une seule loi non écrite éternelle et valable pour tous. La politique a affaire aux hommes, ressortissants de nombreux pays et héritiers de nombreux passés. »« ][2][/tooltips]. On s’étonne qu’un esprit aussi capable de liberté que Wolff s’obstine à parler de « repli identitaire », ignorant que le besoin d’inscription dans une histoire et dans un lieu, que ne satisfait pas le seul enracinement local, est la demande d’un autre universel.

L’universel tué par les peuples

C’est bien parce que l’universel est souvent invoqué contre l’identité nationale que les peuples lui tournent le dos et qu’il touche à son Crépuscule, comme le diagnostique la philosophe Chantal Delsol [tooltips content= »Chantal Delsol, Le Crépuscule de l’universel : l’Occident postmoderne et ses adversaires, un conflit mondial des paradigmes, Le Cerf, 2020. »][3][/tooltips]. Son ouvrage offre un état des lieux remarquable sur la désaffection dont est l’objet cette noble conquête. Ce n’est pas le cœur léger, en effet, que Delsol voit pâlir l’étoile de l’universel, comme en témoigne la jaquette de son essai, qui montre Le Penseur de Rodin entouré de corps agonisants. Et d’ailleurs, n’a-t-elle pas écrit ce livre afin d’empêcher qu’au crépuscule succède la nuit de l’universel, et que l’incompréhension vire à la guerre civile européenne.

À lire aussi: Greta, intersectionnels, indigénistes : ils vomissent l’Occident

Ces peuples réfractaires nous reprochent de les juger, et souvent de les condamner, à l’aune d’un universel, qui est en réalité, porteur d’une conception de l’homme née avec la modernité philosophique avant de se déployer dans les années 1960-1970. « L’idée de l’homme délié de tout héritage, délesté du fardeau du passé, ce voyageur sans bagage, dont vous vous faites les chantres et que vous présentez comme aspiration universelle nous paraît un homme mutilé et nullement souhaitable, ni souhaité », nous disent-ils en substance. Ils refusent moins l’universel que l’individualisme occidental, l’économie mondialisée, le libéralisme culturel et sociétal. La sagesse voudrait donc, suggère Delsol qui plaide de manière très convaincante la cause de cette « autre modernité », qu’avant de juger, de menacer de sanctions ces pays qui dérogent à nos normes, nous nous laissions inquiéter par leurs arguments.

Plaidoyer pour l'universel

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Friends: celui qui a mal vieilli

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© D.R.

Pour David Schwimmer, l’humour de Friends est plein de sexisme, d’homophobie et de grossophobie… L’acteur s’est également dit «tout à fait conscient de son privilège de mâle blanc hétérosexuel».


La série américaine Friends a marqué la génération Y. De nombreux jeunes qui ont grandi au tournant des années 1990 et 2000 suivaient les aventures sentimentales de cette bande d’amis new-yorkais. Seize ans après son dénouement, des adolescents téléchargent et regardent en boucle les dix saisons dont chaque épisode est systématiquement titré « Celui qui… ». Autant dire que la nostalgie ne s’est jamais aussi bien portée. Sauf peut-être pour les premiers concernés. Interrogé par The Guardian au mois de janvier, l’acteur David Schwimmer (Ross) s’en est vivement pris à la série qui l’a fait connaître. Se disant « tout à fait conscient de son privilège de mâle blanc hétérosexuel », Schwimmer s’inquiète du sexisme, de l’homophobie ou de la transphobie de certaines scènes qui ont selon lui mal vieilli. Ainsi, Chandler, moqué pour sa préciosité, craint-il constamment de passer pour homosexuel. Comble du mauvais goût, Friends moque régulièrement l’obésité passée de Monica, la sœur de Ross. Homophobe et grossophobe, le dossier s’alourdit. Sans compter que ses six héros sont tous blancs. Rétrospectivement horrifié, David Schwimmer se prend à rêver : « Il faudrait peut-être qu’il y ait une version de Friends avec uniquement des Noirs, ou uniquement des Asiatiques. » Cependant, il lui sera crédité le fait qu’au fil des épisodes, Ross ait tout de même séduit (à sa demande) une femme d’origine asiatique et une Afro-Américaine. Pour calmer complètement les remords de Schwimmer, en mai prochain, une nouvelle plate-forme lancée par HBO diffusera un épisode inédit. Alors qu’Hollywood nous annonce un prochain Spider-Man bisexuel, Friends a toutes les chances de renflouer son capital diversité. Reste à savoir qui, de la série ou de ses acteurs, a le plus (mal) vieilli.

Friends - l'Intégrale - Saisons 1 à 10 - Coffret Blu-Ray

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Chacune cherche son gland

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© D.R.

Une chasse aux sextoys aura lieu le 19 avril dans la région de Namur. Un plaisir à partager… entre femmes.


Comment fabriquer une usine à cash ? Rien n’est plus simple. On greffe une recette marketing qui marche – la démonstration-vente à domicile – sur un créneau porteur, par exemple le sexe. Cela donne le « Tupperware » du sextoy. C’est le marché que laboure Soft Love, l’entreprise belge à l’initiative de la chasse aux sextoys qui aura lieu le 19 avril dans la région de Namur.

L’idée consiste à inviter les participants à retourner un champ truffé de plus d’un millier de sextoys, comme on irait à la chasse aux œufs de Pâques. Les riverains, eux, redoutent certainement moins le passage des hardes de sangliers qui sévissent dans la région que cette masse ludique venue retourner le sol à coups de bêche en quête de plastique. Et comme l’opération n’a pas oublié d’être caritative, elle n’est pas gratuite. Pour y participer, il vous en coûtera près de 20 euros, bêche comprise. Cette année, c’est l’endométriose, un trouble qui rend l’utérus douloureux au gré des cycles, qui sera à l’honneur.

A lire ensuite: Manifeste pour l’instauration d’une journée du silence féminin

Les hommes ne sont pas invités, mais tolérés à titre d’accompagnants. Par ailleurs, 300 places sur les 6 500 leur sont réservées, à condition qu’ils se déguisent. But du jeu : leur ôter toute trace de virilité. L’événement qui en est à sa dixième édition attire des foules – délire et bonne cause sur fond de morosité sexuelle généralisée.

Le catalogue de Soft Love proposant des plugs anaux, la prochaine édition verra peut-être la recherche sur les hémorroïdes bénéficier d’un coup de pouce. Pas très sexy, certes. Mais en tant que mal non discriminant, en ces temps où le sexisme menace de toutes parts, les hémorroïdes tirent leur épingle du jeu.

Mairie de Paris: la contagion des alliances

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Agnès Buzyn en campagne pour les municpales à Paris, le 8 mars 2020 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage: 00948837_000051

Malgré l’épidémie de coronavirus, tout est bon pour gagner ou conserver le pouvoir dans la capitale


Même pas peur du coronavirus : Agnès Buzyn tend la main à Rachida Dati contre une Anne Hidalgo qui tend la sienne à Cédric Villani… Devant les risques de contagion il est déconseillé de s’approcher de ces quatre personnes. Une mise en quarantaine s’impose.

Paris vaut bien une messe avait dit Henri IV. La mairie de Paris vaut bien le danger d’attraper un virus mortel venu de Chine. Pourtant Agnès Buzyn, ancienne ministre de la Santé et donc très qualifiée, avait fait savoir qu’elle entendait prendre ses précautions.

La candidate LREM avait imaginé un vaccin très efficace contre le coronavirus. Elle n’avait pas renoncé à faire campagne sur les marchés où pourtant règne une promiscuité inquiétante. Agnès Buzyn avait suggéré qu’au lieu de se serrer la main on se touche les coudes et les pieds. En effet le coronavirus ne passe pas par là…

En vertu de quoi elle a entrepris de faire du pied à Rachida Dati. Cette dernière, manifestement émoustillée, donne l’impression d’être tout à fait consentante. Car contre Anne Hidalgo tout est bon, tout est permis. Deux femmes contre une seule : la partie n’était pas égale.

Anne Hidalgo, tacticienne éprouvée, a senti le danger. C’est pourquoi elle a fait des avances à Cédric Villani, qui peu farouche, n’a pas dit non. On remarque avec plaisir que dans le couple Hidalgo-Villani la parité est respectée. Tel n’est pas le cas dans l’attelage Buzyn-Dati. C’est pas bien. Reste qu’on peut être dubitatif sur les chances de succès de l’initiative de la maire de Paris. Car Villani a tous les charmes et aussi les faiblesses, d’un doux rêveur.

« Il n’a pas les épaules » avait dit de lui le très viril Benjamin Griveaux. Donc Hidalgo-Villani ça ne peut pas être une dream team… Dans ce sanglant combat je n’aurais pas aimé prendre partie. Mais tout va bien : j’habite la Normandie et j’ai la chance de ne pas voter à Paris.

Coronavirus: aurons-nous assez de lits?

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Sibeth Ndiaye et Olivier Veran, le 8 mars 2020 © Eliot Blondet/Pool/SIPA Numéro de reportage: 00948924_000003

L’épidémie, en progression alarmante dans l’hexagone, est un terrible révélateur. L’Oise et le Haut-Rhin sont confinés depuis ce lundi matin. Le nombre de lits de réanimation sera-t-il suffisant dans les prochaines semaines?


Frappée par l’épidémie de coronavirus, l’Italie vient d’annoncer la mise en quarantaine de la Lombardie, d’une partie du Piémont, de l’Émilie Romagne et de la Vénétie, isolant 15 millions de personnes et paralysant les régions les plus dynamiques et les plus riches du pays. En France, des ordres similaires de confinement commencent à être prononcés, notamment dans l’Oise et le Haut-Rhin. Devant des mesures aussi extrêmes, les citoyens s’interrogent : les gouvernements en font-ils trop ? Ou pas assez ?

Le calcul cynique de nos gouvernants

Pour comprendre l’effroi qui saisit les autorités, il faut réfléchir et compter. Compter non seulement les morts potentiels, mais surtout les malades graves. En effet la mortalité du virus, si elle est plus élevée que celle de la grippe, n’est pas en soi le problème principal. Elle concernerait 1 à 2% des malades, frappant en grande majorité des personnes très âgées, immunodéprimées ou porteuses de comorbidités sévères (cancers, insuffisance respiratoire chronique, etc.). Certes cette létalité est 10 à 20 fois plus élevée que pour la grippe saisonnière, mais la protection de la population affectée ne peut sans doute pas justifier de paralyser tout un pays.  Avec un brin de cynisme, on peut même considérer que les personnes réellement menacées de mort par le coronavirus sont des inactifs, des poids-mort pour la société, et qu’avancer de quelques mois le moment de leur décès n’est pas forcément un drame en soi – ce cynisme est détestable, mais il est difficile d’imaginer que les preux chevaliers qui nous gouvernent en sont entièrement indemnes.

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Le vrai danger pour le système de santé et la société toute entière réside dans les formes graves de la maladie, qui peuvent toucher aussi des personnes jeunes et sans comorbidité. Ces patients devront être hospitalisés (sans doute aux alentours de 15% des cas) et parmi eux certains présenteront un syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA) et auront besoin de réanimation (potentiellement entre 5 à 10% des cas). Qu’est-ce qu’un SDRA ? C’est un état de défaillance respiratoire et parfois même multiviscérale, qui conduit à la mort en l’absence de réanimation lourde. Par réanimation lourde, on entend des mesures « extraordinaires » : intubation et ventilation mécanique, drogues inotropes positives, parfois trachéotomie, épuration extrarénale, au maximum oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO), c’est-à-dire circulation extracorporelle le temps que les poumons reprennent leur fonction normale. Au prix d’un tel traitement, et en l’absence de complications supplémentaires, on peut espérer guérir d’un SDRA. La durée d’hospitalisation en soins intensifs est rarement moins de trois semaines, puis la récupération complète peut prendre des semaines, enfin des séquelles à type de fibrose pulmonaire sont possibles. Sans compter les séquelles laissées par les complications intercurrentes (surinfections, phlébites et embolies pulmonaires, escarres, ostéomes d’immobilisation, neuropathie périphérique, fonte musculaire, etc.).

Une fois qu’on a pris conscience de ce qu’implique la prise en charge d’une telle pathologie, il faut compter. Il y a en France un peu moins de 400 services de réanimation, qui totalisent environ 5500 lits. À l’heure où j’écris, le cap des 1000 cas d’infections par le coronavirus a été dépassé en France, et 19 personnes sont décédées. Cela représente donc probablement une centaine de patients en soins intensifs (ou y ayant séjourné). Qu’adviendrait-il si l’épidémie devenait hors de contrôle ? Si elle devait toucher 10 000 personnes, cela ferait un surplus de 500 à 1000 patients ayant besoin de réanimation ; 100 000 malades = 5000 à 10 000 hospitalisations supplémentaires en réanimation ! Comme on le voit, les capacités hospitalières seraient alors largement dépassées. Et ce même si l’arrivée des cas se faisait de façon filée, un malade atteint remplaçant un malade guéri – redisons que la durée de séjour en réanimation en cas de SDRA est rarement inférieure à 3 semaines.

Quid des autres pathologies ?

D’autre part, ce n’est pas comme si les lits de réanimation étaient actuellement sous-utilisés dans notre pays. En réalité, loin d’être vides, ils sont déjà fortement en tension. Les patients atteints d’un SDRA consécutif à l’infection par le coronavirus s’ajouteraient donc aux autres malades, dont on ne peut guère imaginer qu’ils guériraient comme par enchantement pour libérer des places. Faudrait-il alors faire le tri entre ceux qui pourraient bénéficier de la réanimation et les autres, qu’il faudrait abandonner à leur évolution naturelle ? Et selon quels critères ? Jusqu’à présent en France, on ne parle pas de rationner les soins selon le pronostic, les plus vieux et les plus malades devant laisser la place aux plus jeunes, mais il faudrait bien en venir là au cas où l’épidémie s’étendrait. Ou alors faudrait-il choisir selon les pathologies ? Imaginons ce que serait la réquisition des services disponibles pour soigner les malades du coronavirus : faudrait-il en chasser les malades atteints d’autres pathologies ?

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Je prends pour exemple mon service de neurochirurgie d’un grand hôpital parisien. Nous disposons d’une unité de réanimation spécialement dédiée à l’accueil des patients porteurs de pathologies neurochirurgicales (traumas crâniens, hémorragies cérébro-méningées, tumeurs cérébrales graves, infections…). 25 lits sont disponibles – en fait régulièrement moins car, faute de personnel, il arrive souvent que deux à cinq lits doivent être fermés. En cas d’épidémie hors de contrôle, devrait-on réquisitionner le matériel et le personnel pour les mettre à disposition, et « remplacer » par là-même les malades atteints de pathologies neurochirurgicales ? Et le service voisin de réanimation neurologique, qui prend en charge les polyradiculonévrites en défaillance respiratoire, les états de mal épileptiques, les encéphalites et autres comas ? Ce service, déjà affecté par des restrictions constantes, devrait-il se consacrer aux malades du coronavirus au détriment de son « cœur de métier », la neurologie lourde ?

Le coronavirus sera le test de résistance du système de santé français

Et je ne parle pas ici de la désorganisation générale liée à la panique de la population, sourde aux messages de confinement chez soi, et qui se précipite déjà en masse aux Urgences. Dans mon hôpital, il a fallu ouvrir une consultation supplémentaire, en faisant appel à des volontaires pour pallier le manque de personnel. Et je parle encore moins du cercle vicieux que pourrait enclencher la contamination du personnel soignant, aux premières loges de cette maladie très contagieuse – on connaît le sort du médecin chinois lanceur d’alerte, le Dr Li Wenliang…

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On comprend ici la fébrilité qui saisit nos autorités. Déjà incapables de faire face à la crise qui secoue l’hôpital hors de tout contexte épidémique, elles sont prises de vertige à l’idée de ce qui nous menace à court terme. Ce d’autant que certains épidémiologistes, jouant les Cassandre, annoncent que l’épidémie ne sera pas maîtrisée et qu’elle deviendra une pandémie mondiale, infectant de 40 à 70% de l’humanité d’ici un an (Marc Lipsitch, professeur à Harvard, a annoncé de tels chiffres dans un article relayé par le site The Atlantic ! L’infection à coronavirus deviendrait alors une maladie durablement implantée dans le monde, maladie dont il faudrait se prémunir par la vaccination… une fois que ce traitement sera mis au point !

Ainsi l’épidémie en cours est un révélateur des fragilités d’un système à bout de souffle. Un système (la mondialisation) qui multiplie les échanges et place chaque pays dans la dépendance des autres. On a ainsi appris que le confinement d’une région entière de la Chine faisait courir le risque de pénurie de médicaments de première nécessité, car moins de 20% des principes actifs étaient encore fabriqués en Europe. Mais aussi un système (l’hôpital géré comme une entreprise) qui rationne les ressources au motif de faire des économies. L’épidémie n’avait pas encore vraiment commencé que paraissait le cri d’alarme d’un médecin hospitalier, mon collègue et ami Stéphane Velut. Dans L’hôpital, une nouvelle industrie, il raconte comment des « communiquants » imbus de leur bon droit expliquent aux médecins « comment passer d’un hôpital des stocks à un hôpital des flux ». On voit à quoi mène la doctrine du flux tendu dans un domaine aussi éminemment variable et imprévisible que l’urgence médicale. Il suffit d’une situation épidémique inattendue pour mettre à bas l’édifice si patiemment « rationalisé », c’est-à-dire asséché.

En vérité, nous sommes à l’heure des choix, voire des grandes décisions. Et peut-être même est-il déjà trop tard pour éviter l’effondrement, sanitaire et économique, de nos pays rongés par les incohérences, les non-dits et les lâchetés. Dans son allocution enregistrée depuis sa bibliothèque et retransmise sur écran géant dans une place Saint-Pierre encombrée de fidèles dont beaucoup étaient équipés de masques de protection, le pape s’est dit proche des malades et des soignants. Il paraît qu’il prie pour nous. En sommes-nous déjà là ?

Le retour du Catoblépas

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Sorte de gnou à la tête trop lourde pour son cou chétif, le catoblépas est un animal mythique si stupide, et à l’horizon si borné, qu’il en arrive à se dévorer lui-même. Flaubert en fit, pour cette raison, le symbole d’une forme particulière de bêtise. On croyait la bestiole disparue mais, depuis quelques années, elle semble avoir trouvé une seconde jeunesse. On l’appelle désormais « progressisme », et sa bêtise n’a toujours d’égale que la rage qu’elle met à se dévorer elle-même dans une frénésie ahurissante d’auto-contradiction.

Prenons l’antiracisme. Depuis quelque temps, sous l’inspiration de délires venus d’outre-Atlantique, nous avons vu les mouvements antiracistes réhabiliter la notion même de race puis, emportés par la rage de l’entre-soi, défendre et promouvoir la mode des « safe-spaces », ces espaces réservés à des personnes d’une certaine couleur ou d’un certain « genre » pour leur permettre de se sentir à l’aise. Plus récemment, grâce à Mme Aïssa Maïga, nous avons découvert que le comble de l’antiracisme chic consiste, lorsqu’on entre dans un lieu quelconque, à y compter les Blancs et les Noirs. Encore deux ou trois ans et, sous la pression des associations antiracistes, nous verrons apparaître dans les bus et les métros des espaces séparés, réservés selon les « races »… Rosa Parks, réveille-toi, ils sont devenus fous !

Folies américaines

Voyons le féminisme. Le spectacle y est dantesque. On savait déjà que, pour certains mouvements, le summum du féminisme consiste à défendre et promouvoir une vision sexiste de la femme, considérée comme ontologiquement impure et pécheresse et donc sommée de se dissimuler… Mais depuis quelques temps, il y a du nouveau. On assiste désormais à une lutte à mort entre d’autres catégories de féministes : celles dites « inclusives » qui veulent mêler à leur combat celui des droits des transgenres et autres LGBTQWERTUIYOP+, et celles qui considèrent que tout porteur d’un zizi doit être ipso facto exclu des combats et des espaces réservés aux femmes. C’est ainsi que, tout récemment, trois jeunes filles du Connecticut ont engagé une procédure pour obtenir que les transgenres – ici, des personnes à anatomie et carrure masculines – ne soient plus autorisées à participer à des compétitions sportives féministes. Ces jeunes filles, battues par des transgenres, ont fait valoir qu’il y avait là une inégalité de traitement qui les avait pénalisées et leur avait fait perdre des opportunités universitaires (car, aux USA, des résultats sportifs marquants peuvent vous ouvrir les portes d’universités réputées). L’association d’athlétisme scolaire du Connecticut a répondu qu’elle avait agi en parfaite conformité avec une loi de l’état stipulant que tout élève doit être traité conformément au genre dont il se revendique. Pour l’instant, on en est là.

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Dans le même esprit, toujours aux USA, un condamné a pu obtenir d’être enfermé dans une prison pour femmes en faisant valoir qu’il se reconnaissait comme transgenre, bien que son anatomie fût restée masculine. Une fois sous les verrous, il s’est livré à un certain nombre d’agressions sexuelles sur des codétenues, jusqu’à ce que l’affaire arrive finalement devant la justice, après quelques tentatives d’étouffement. L’avocat du transgenre a défendu son client en niant toute agression et en accusant les détenues plaignantes de « transphobie ». Notons d’ailleurs qu’une affaire en tous points semblables s’était déroulée au Royaume-Uni en 2018 : une personne condamnée pour viol avait pu obtenir d’être placée dans une prison pour femmes et y avait allègrement repris ses activités… Elle a depuis été à nouveau condamnée pour ces nouvelles agressions, placée dans une prison pour hommes (je suppose…) et le ministère de la Justice britannique a présenté ses excuses aux détenues violées.

Les TERF

Toujours est-il que désormais la guerre fait rage entre féministes inclusives et féministes non-inclusives, celles-ci étant affublées par celles-là du terme infamant de « TERF » (« Trans Exclusionary Radical Feminist », soit « Féministes radicales rejetant les Trans »). De leur côté, lesdites TERF dénoncent dans le fait pour un homme de déclarer unilatéralement et péremptoirement « Je suis une femme », le comble de l’autoritarisme masculin et, disons le mot, du machisme.

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Dans le même temps, le corps médical se retrouve pris entre des injonctions contradictoires au sujet du changement de sexe. En effet, d’un côté, des médecins nord-américains se font traîner en justice pour ne pas avoir accepté de procéder à une opération de « transition » ; et de l’autre des médecins britanniques se font traîner en justice pour l’avoir fait, le patient regrettant aujourd’hui sa décision. Et débrouillez-vous avec ça !

Et je ne vous parle pas des droits humains

Et qu’en est-il des droits de l’Homme – pardon, des Droits Humains ? Eh bien, dans cette même frénésie autophage, les mouvements de défense des droits humains, se concentrant sur ceux des minorités, en arrivent là encore à l’exact inverse de ce qu’ils défendent. C’est en effet au nom de la démocratie, de l’égalité et de « l’inclusion » que des groupuscules d’excités de la pureté, sortes de résurgence des Gardes rouges de Mao, organisent des coups de main pour interdire tel spectacle, telle conférence ou tel film qui n’auront pas eu l’heur de leur convenir. Dans certains cas, la chose pourra aller jusqu’à incendier livres ou librairies. Comme au bon vieux temps, diraient de mauvais esprits. On assiste à cela aux USA, bien sûr, mais pas seulement. En Belgique, deux rédacteurs de Charlie Hebdo ont récemment fait l’objet d’une tentative d’interdiction par un groupe d’extrême-gauche les accusant d’être « réactionnaires » et de nuire aux droits des minorités. Et en France ? Eh bien, en France, patrie des Lumières, c’est le gouvernement lui-même qui s’y colle. Car, prenant prétexte de la ridicule affaire Griveaux, dans laquelle les réseaux sociaux n’ont joué aucun rôle déterminant, le gouvernement affirme haut et fort sa volonté de lever l’anonymat et de censurer les communications sur Facebook et autres Instagram, le tout au nom de la liberté. C’est un peu comme si, à la suite d’un grave accident entre une trottinette et un camion rue Royale à Paris, le gouvernement déclarait qu’il n’y a rien de plus pressé que de limiter la vitesse à 80 km/h sur les autoroutes, d’y multiplier par cinq le nombre de radars et de passer l’amende pour excès de vitesse à 500 euros… Tandis que les députés LREM se préparent à voter ce chef-d’œuvre de flou liberticide qu’est la loi Avia, notre tout frais nouveau ministre de la Santé nous ouvre des perspectives médicales insoupçonnées en expliquant au micro de France Inter que la trop grande liberté sur les réseaux sociaux facilite sans doute la propagation de maladies comme le coronavirus.

De plus en plus vertigineux

Et puisqu’on parle de santé, saluons pour finir cette nouvelle avancée à la fois scientifique et éthique dont nous ont récemment gratifié deux médecins britanniques : le « droit » pour chaque homme de voir son sperme prélevé après sa mort pour alimenter des banques en mal de matière première. La chose est déjà autorisée dans certains états des USA ou au Royaume-Uni, sous des conditions très restrictives. Mais là, il s’agirait de faire de ce type de don un « don d’organe » comme les autres. Qui ne voit en effet que le don de sperme post mortem est un droit humain (et même, pour le coup, un droit de l’homme) fondamental, et que seule une conception rétrograde de la morale ou de la dignité humaine nous empêche d’adopter cette mesure si progressiste ? Qui ne voit l’intérêt économique et social d’une telle démarche, à une époque où la démocratisation de la PMA comme de la GPA devrait faire exploser la demande ?

Certes, des esprits chagrins pourront s’étonner d’un tel enthousiasme nataliste dans les rangs progressistes, au moment où ces mêmes progressistes s’alarment de l’état de notre planète et commencent à prôner, pour y remédier, une diminution de la population mondiale. Mais là encore, on l’aura compris, ce ne sont pas les contradictions qui leur font peur.

Vraies et fausses féministes

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Jean-Paul Brighelli, 2009. SIPA. 00587572_000021

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Des femmes manifestaient donc hier dimanche sur le Vieux-Port — 2500 personnes, en comptant les curieux sur les trottoirs. Pas mal pour une ville de 900 000 habitants.
Jeunes, pour la plupart, éduquées, petites bourgeoises ulcérées, soutenues par tout ce que la sociologie institutionnelle pouvait offrir de belles consciences enrubannées, bref, tout ce que l’on attend d’un pareil défilé. Et pas une femme voilée dans une ville où elles sont pourtant majoritaires : les vraies victimes de l’oppression n’étaient pas là. Pourtant, on pensait à elles.

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La lutte était (forcément) intersectionnelle,

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et les références au voile nombreuses. Ces jeunes filles cultivées ont cru s’apercevoir que « voile » était l’anagramme partiel de « viol »,

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et au lieu d’en tirer la conclusion évidente qu’imposer le voile est une forme de viol, elles préférent le revendiquer — l’ultime liberté de la femme étant sans doute d’être esclave.

Les slogans griffonnés sur les banderoles et les bouts de carton annonçaient la couleur. Références à Adèle Haenel,

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qui s’est effectivement « cassée » avec son ex-compagne, Céline Sciamma, quand elles ont constaté qu’elles n’avaient pas le César que méritait leur manque absolu de talent (et dans le monde orwellien qui est désormais le nôtre, elles auraient dû en décrocher des brassées) — et après avoir vérifié que les caméras étaient braquées sur…

>>> Lire la suite sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Manifeste pour l’instauration d’une journée du silence féminin

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Manifestation à Lyon le 8 mars 2020 © KONRAD K./SIPA Numéro de reportage: 00948870_000003

Causeur dresse son bilan du 8 mars 2020 (journée de la Sainte Nana) et esquisse quelques perspectives.


Pour la Sainte Nana de cette année, le 8 mars comme chacun sait, le bilan n’a rien de reluisant, il serait plutôt consternant. Elisabeth qui oublie de mettre un “s” du pluriel dans la phrase-titre de sa couverture ! Ursula (pas Andress hélas, mais Von der Leyen) qui laisse le Grand Turc pisser sur le paillasson de l’Europe et n’a pas les roupettes de recommander aux Grecs la méthode israélienne en matière d’immigration sauvage (efficacité garantie et infiniment moins de morts sur le terrain que n’en laissent les atermoiements européens au fond de la Méditerranée) ! Adèle qui tonitrue aux César et détruit méthodiquement des siècles de droit élaboré de Justinien à Napoléon ! Une plainte devant la justice, un procès en bonne et due forme ? À quoi bon ? La justice-lynchage de Facebook suffit.

L’une des dissertations les plus habituelles de la classe de philo consistait à se demander si toutes les inégalités sont des injustices. La réponse habituelle du corrigé du professeur consistait à dire que non. Mais aujourd’hui…

La morale féministe qui dévoile sous nos yeux son visage hideux ignore le pardon, ignore la prescription, ignore le débat contradictoire. Nous voilà ramenés avant le Christ, avant la fondation de la justice à Athènes, splendidement mythifiée dans la trilogie d’Eschyle sur les Atrides. 

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Woody Allen lâché par son éditeur

Bravo aussi à Dylan Farrow, la fille adoptive de Woody Allen, qui appuyée par son frère, a réussi à intimider la filiale américaine de Hachette au point que celle-ci ne fera pas paraître l’autobiographie du grand cinéaste Soit dit en passant. Espérons que Manuel Carcassonne, directeur de Stock, tiendra bon pour la parution de la traduction française. Dans Figarovox du 7 mars, Gilles-William Goldnadel cite un rapport de l’hôpital de New Haven rédigé en 1993 : “Nous pouvons conclure que Dylan n’a pas été agressée sexuellement, mais nous ne pouvons pas être définitifs sur les raisons de son accusation envers M. Allen : est-ce parce que c’est une enfant vulnérable qui a grandi dans une famille perturbée, ou est-ce parce que Dylan a été influencée par sa mère ?” Mia Farrow, comme c’était la mode chez les dames divorçantes des années 90, a chargé le plateau de la balance de la Justice d’un bon poids de pédophilie pour la faire pencher de son côté. L’auteur de ces lignes sait de quoi il parle, il a subi cet affreux mensonge à la même époque. Le jour où l’on écrira le Livre Noir du féminisme comme on le fait après la mort de chaque idéologie devenue folle, je me porte volontaire pour écrire ce chapitre peu glorieux de l’histoire de la féminité.


Deux puritanismes mortifères vont assombrir nos années vingt : le féminisme et l’islamisme. Tous deux se croient poussés par un moralisme vertueux alors que leur vrai ressort est la jalousie. La jalousie à l’égard de l’argent ne se dissimule pas, du moins en France, pays où plusieurs partis politiques en font leur pain quotidien. Mais il existe une jalousie plus secrète, plus mordante d’autant plus qu’elle n’ose pas s’avouer : c’est la jalousie qui porte sur la dose de jouissance sexuelle que chacun réussit à obtenir. Jouirait-il, jouirait-elle infiniment plus que moi ? Cette pensée est un rat dans les poitrines, et je crois qu’elle explique le déchaînement de haine contre Gabriel Matzneff. Celui-ci paraissait être un milliardaire de la jouissance, et il a vu se lever contre lui une jacquerie de sans-culottes mal baisées et de mal baisants. Ce que l’opinion n’a pas compris, c’est que tout artiste a forcément une sensibilité plus aiguisée que la moyenne de l’humanité, sinon il ne serait pas artiste. Le cou gracile d’une adolescente ou le mollet musclé d’un garçon en short peut mettre Gabriel Matzneff dans tous ses états, tandis qu’un passant marchant sur le même trottoir ne les remarquerait même pas. Eh oui, il y a de fortes inégalités dans les sensibilités humaines. L’une des dissertations les plus habituelles de la classe de philo consistait à se demander si toutes les inégalités sont des injustices. La réponse habituelle du corrigé du professeur, après la pesée du pour et du contre, consistait à dire que non. Aujourd’hui, de Mélenchon aux féministes en passant par les Indigènes de la République et les indigents du spectacle, la réponse à la fameuse question philosophique est que oui, toutes les inégalités sont des injustices. Avec de pareilles idées, la guerre de tous contre tous prévue par Hobbes va déployer partout ses révolvers, ses kalachnikovs et ses grands couteaux de cuisine.

Féminisme et islamisme se donnent la main

La jalousie sexuelle est une calamité du monde musulman, on le sait depuis les Philosophes jusqu’à Kamel Daoud. Il est quand même significatif que le plus grand chef-d’œuvre littéraire du monde arabo-persan, Les Mille et Une Nuits, commence par une scène de jalousie sexuelle très explicite. Le roi Schahryar aperçoit ses épouses qui copulent allègrement avec des esclaves noirs. Il s’en scandalise, fait couper le cou aux copulantes et copulants. Désormais, les noirs présents au palais ne porteront plus rien de dangereux entre les jambes et Schahryar fera l’amour chaque nuit avec une femme différente que le bourreau décapitera à l’aube. Jusqu’à ce que survienne Shéhérazade et ses enchantements…

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Ces deux puritanismes, qui cachent leurs jalousies sous des airs de vertu outragée, devraient logiquement se combattre, l’un veut la promotion de la femme, l’autre veut sa relégation et sa dissimulation sous des voiles chargés de la soustraire au désir du voisin ou du passant. Eh bien non, ils s’unissent contre un mâle blanc adulte et hétérosexuel sans cesse fantasmé en dominateur impitoyable…

Vos gueules, les meufs !

Alors mes chéries, s’il vous plaît, après cette salve crépitante de crétineries (à laquelle beaucoup se sont opposées, est-il besoin de le dire ?), il conviendrait de la mettre un peu en veilleuse, non ? Allez, bon prince, je ne vous demande pas de la boucler éternellement, mais il serait bon d’instituer chaque année, le 15 mars par exemple, une Journée du silence féminin. Cette journée sans blabla ni tweet ni rien permettrait de rouler des pensées dépassionnées sur la complémentarité du féminin et du masculin, sur la fatale dose d’agressivité à la testostérone que l’évolution darwinienne a allouée au mâle pour que l’espèce puisse se reproduire, sur la sensualité plus ou moins exacerbée des grands artistes. On pourrait lire en silence de beaux poèmes d’amour de Victor Hugo qui a passé sa vie jusqu’à la veille de sa mort à sauter sur tous les jupons et qui n’en reste pas moins un de nos chers génies nationaux. 

La domination masculine n'existe pas

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Les Français doivent-ils avoir honte de ce qu’est devenu leur cinéma?

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Jamel Debbouze et Florence Foresti, stars du Box office français, en 2011 © NIVIERE/SIPA Numéro de reportage: 00628028_000041

Notre cinéma est une caste qui aime cracher sur ceux qui la font vivre. De plus, si le cinéma français se met à jouer les puritains, le reste du monde le boudera.


Le spectacle affligeant de la cérémonie des César écorne un peu plus le petit monde du cinéma français. Un microcosme arrogant, dont la médiocrité n’a d’égale que la part d’argent public qui le nourrit.

Premier constat qui donne une idée de sa qualité : notre cinéma s’exporte moins bien qu’avant. Les chiffres communiqués par Unifrance attestaient en 2018 d’une baisse de 47% des entrées à l’international. Quand on sait que ces résultats ne tiennent en réalité qu’à la réussite de blockbusters produits par Luc Besson – films calibrés sur le modèle américain, au casting anglo-saxon, et qui incarnent absolument tout sauf l’esprit français – on se demande légitimement où sont les succès flamboyants de nos génies auto-proclamés du 7ème art. Pourtant, avant eux, de grands cinéastes et acteurs brillaient bien au-delà de nos frontières. René Clément et ses deux oscars du meilleur film en langue étrangère. Jean-Jacques Annaud, Bertrand Blier, Régis Wargnier entre autres, ont aussi remporté la statuette. On pense à Simone Signoret, Juliette Binoche, Marion Cotillard. Puis évidemment The Artist, qui en 2011 a presque tout raflé.

Un cinéma subventionné

Le talent a précédé la génération qui s’est exhibée aux Césars 2020, et il leur fait cruellement défaut. Alors que Truffaut reste adulé au Japon, les rétrospectives de Pialat s’étalent sur plusieurs jours à Los Angeles. Godard, Rohmer et Audiard ont été récompensés dans toute l’Europe. Que dire de l’oeuvre de Roman Polanski, dont le talent éclipse en une scène les kilomètres de pellicule des Foresti, Jamel and co ? Or, depuis 2013 et le prix décerné à Michael Haneke (Amour, production franco-autrichienne avec Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva et Isabelle Huppert), Hollywood boude nos créations. La caméra victimaire de Ladj Ly – rentré bredouille de Californie – n’aura, malgré l’immense soutien médiatique, pas su vaincre le mauvais sort.
Le cinéma français excelle néanmoins dans trois domaines : le népotisme, la morale, et l’obtention de subventions publiques.

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Sous perfusion du CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), dont le budget est constitué à 82% de taxes – considérées juridiquement comme des aides d’État –, nos pépites cinématographiques peuvent prendre forme. Ainsi, en 2018 ces prélèvements représentaient 671 millions d’euros, sur un budget de 813 millions. Tout le monde met la main à la pâte : spectateur quand il achète un billet, opérateurs télécoms, éditeurs, chaînes de télévision. À plusieurs reprises, Bruxelles a jugé illégale cette aide.

Mais il n’y a pas que le CNC. En 2012, la Cour des comptes a constaté sur dix ans une hausse de 680% du soutien fiscal dont profite le secteur. Pour que les cinéastes puissent assouvir leur soif de création, le plafond du crédit d’impôt a été relevé, et sa part a au final doublé entre 2012 et 2018. Sur cette même période, la proportion d’argent public dans le cinéma français est passée de 15,6% à 22,3%.

Un petit monde clos

Avec ces centaines de millions d’euros, à quoi avons-nous droit ? Censée représenter la diversité, cette industrie inspire la consanguinité quand on regarde certaines distributions. Sans grande culture cinématographique, on se perd dans des prénoms qui portent le même nom, allant jusqu’à croire que certains « artistes » ont le don d’ubiquité pour investir tous les plateaux à la fois ! Notre cinéma reçoit, à l’unanimité du jury, la palme de l’entre-soi. Beaucoup de jeunes réalisateurs, à jamais sur le carreau, dénoncent – jusque dans les colonnes de Telerama – le copinage, les lignées, et un manque suffocant de renouvellement des visages.

Passant son temps à se regarder le nombril, tout ce beau monde va, par acquis de conscience et entre deux navets, nous sortir des longs-métrages moralisateurs avec pour objets fétiches les migrants, la femme opprimée et la banlieue. Et comme toujours, on aura droit à une charge contre le provincial raciste, la B.A.C. aux méthodes de Gestapo, le citoyen véreux, ou le retraité ignare – quand il n’est pas mari violent.

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Infatigables donneurs de leçons, toujours prompts à défendre les nobles causes, nos acteurs et réalisateurs phares se sont empressés de signer une tribune dans Le Monde au moment de l’hystérie qui suivit l’épisode mettant en scène Julien Odoul et la femme voilée au conseil régional de Bourgogne. Omar Sy, Marina Foïs, Mathieu Kassovitz, Géraldine Nakache, … Personne ne manquait à l’appel. Mais où étaient leurs plumes indignées, quand au Bataclan, notre jeunesse se faisait transpercer les chairs au AK-47 ? Alors qu’ils ne cessent de prendre la parole pour dénoncer l’injustice, le racisme organisé et la barbarie d’État, ils se terrent dans le silence à chaque fois que le terrorisme arrache à la vie d’innocents citoyens.

Quand on prend conscience de tous ces éléments, cela ressemble à un mauvais film, voué à un échec certain. Et je ne doute pas que si des Français raisonnables étaient aux manettes de cette production – que l’on pourrait appeler « L’arnaque du cinéma français » –, avec un modèle économique douteux et un casting aussi bancal, ils renonceraient à sa sortie !

Amour (César 2013 du meilleur film)

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Ci-gît le vieux Paris

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Patrick Buisson © Hannah Assouline

« Si Paname m’était conté », le film de Patrick Buisson enfin en DVD


La nostalgie n’est pas encore un crime. Elle le deviendra, soyez-en sûr, au train où la modernité avance et gangrène nos existences. Elle est pourtant le seul moyen qu’ont trouvé les Hommes pour supporter leur quotidien, pour avoir moins froid les soirs de grande fatigue. Elle est cet appel à l’aide, cette complainte désespérée qui vient du fond des âges, ce cri qui veut retenir la nuit. Se réfugier dans « hier », en l’espèce le Paris des années 50, c’est compulser, à la chandelle, un album de famille, se remémorer nos vieilles sociabilités urbaines et retrouver la trace d’une humanité instable mais terriblement vivante. Du haut d’un progrès chèrement acquis, ces marques souterraines de l’ancien monde peuvent sembler dérisoires, absurdes même. Pourquoi alors, soixante-dix ans plus tard, continuent-elles d’agir sur notre mémoire comme un aimant ? Nous revenons toujours à cet Après-guerre, borne indépassable de nos rêveries et de nos fantasmes. Tandis que l’ère du numérique nous file invariablement la courante.

Paris est devenu triste

Ce Paris disparu, royaume disparate de cafetiers, vitriers, lutteurs de foire, filles des impasses et forts des Halles a construit notre imaginaire en noir et blanc. Cette comptine des temps pas toujours heureux ni glorieux a sédimenté notre identité. Le cinéma d’Audiard, les poèmes de Prévert, les romans buissonniers de Blondin, les vins blancs frais servis au zinc, les bals populaires où les corps reprennent espoir et les seins en obus narguant le trottoir, notre histoire secrète se niche dans ces souvenirs-là. Une cour des miracles qui doit autant aux artistes qu’au sang des abattoirs, à la lumière chicaneuse du ciel qu’aux douceurs de l’édredon, un matin d’hiver. Paris était ce magma-là, incohérent et dangereux pour ceux qui ont un marteau-piqueur dans le cœur. Les promoteurs immobiliers avaient un autre rêve, peinturlurer la capitale de tracts publicitaires et rénover son habitat, quitte à faire fuir son habitant. Ils ont lessivé nos façades et ont exilé son petit peuple pour ne conserver que des boutiques et des musées. Paris ne fut pas toujours cette mégalopole hors-sol duplicable à l’infini, l’esprit canaille à la limite du féroce se moquait de toutes ces fausses valeurs. Les truqueurs n’y résistaient pas longtemps. Des barricades ou des faubourgs, des salles de théâtre ou des bistrots, on avait appris à se méfier du clinquant et de la morale des puissants. On y parlait une langue vive et imagée, les caractères s’y exprimaient plus qu’ailleurs avec une force et un aplomb que les autres régions françaises nous enviaient.

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Oui, l’Air de Paris était parfois malsain à l’heure de pointer à l’usine mais il était aussi empli d’une communion réelle. Petit-fils d’un pinardier, accessoirement producteur de limonade et alchimiste du quinquina, j’ai souvent entendu mon grand-père évoquer ses escapades sur les quais de Bercy. Et j’ai vu danser, dans ses yeux, les fantômes de sa jeunesse, c’était aussi beau que la rue Lepic, un jour d’affluence. Notre société hygiéniste n’aime pas les odeurs de graillons et encore moins les remugles du passé. Elle se rengorge de transparence et de « vivre ensemble » alors que les Parisiens n’ont jamais été aussi désemparés et tristes.

Patrick Buisson à la recherche du Paris perdu

Pour humer ce parfum inimitable de Paname, celui-là même qui prend aux tripes et colle à la peau, il faut vous procurer le film de Patrick Buisson réalisé par Guillaume Laidet (produit par la chaîne Histoire et l’INA), enfin disponible en DVD chez René Château Vidéo. Ce documentaire repose sur des dizaines d’archives et des musiques d’époque, il nous dévoile un Paris oublié, à la fois miséreux et merveilleux, dans ses gestes et ses habitudes du quotidien. Vous aurez droit à un défilé de gueules splendides, on est chez Melville et Grangier, vous y apercevrez la poitrine comprimée de Dora Doll, les manières taquines de Paul Frankeur, la silhouette de Bob le Flambeur et même, subrepticement, le visage poupon de Jean Carmet accoudé au comptoir. Ce documentaire vaut également par la qualité de son style, le meilleur de la littérature populiste y est distillé. Entendre parfaitement restitués les mots de Jacques Perret, Henri Calet, René Fallet, Léo Malet, Simenon, Robert Giraud, Boudard, Marcel Aymé, Jean-Paul Clébert ou ceux d’Aragon, est un enchantement pour les oreilles. On ne saura jamais qui, de Paris ou de l’écrivain donnait du talent à l’autre. La grisaille lui allait si bien.

Si Paname m’était conté, un film de Patrick Buisson – Réalisé par Guillaume Laidet – René Château Vidéo

SI PANAME M ETAIT CONTE - DVD [HD DVD]

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Chantal Delsol aux frontières de l’universel

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Chantal Delsol © Hannah Assouline

Contre toute assignation, l’universel est un vecteur d’émancipation humaine. Si le philosophe Francis Wolff en fait le fondement de sa pensée cosmopolite, Chantal Delsol dénonce son dévoiement. Et dissèque la colère des peuples européens réclamant le droit à l’enracinement.


« L’universel républicain, une arnaque au service de l’homme blanc hétérosexuel chrétien », peut-on lire sur le site des Indigènes de la République. Les offensives de cette nature sont légion. L’universel, et pas seulement l’universel républicain, est conspué, contesté, récusé de toutes parts, sur les campus américains et désormais dans nos universités et grandes écoles. Au nom du droit à la différence, de celui des minorités, de l’idéologie diversitaire, au nom de la lutte contre l’hégémonie occidentale et de l’incommensurabilité des cultures, au nom du respect des singularités nationales dans le monde. Tout conspire contre lui. Du côté des féministes, des indigénistes, des antispécistes, des végans, il est accusé de n’être que le masque du pouvoir de l’homme blanc hétérosexuel chrétien et carnivore ; dans les pays d’Europe centrale, de la Chine ou de la Russie, on le tient pour celui de l’Occident, et plus précisément de la modernité occidentale, qui sous couvert de défendre des principes universels travaillerait à modeler l’humanité entière à son idée.

L’universel impalpable

Le mot est abstrait et ce qu’il désigne l’est aussi puisqu’il n’est donné à aucun de nous d’en faire l’expérience sensible. L’universel est une idée selon laquelle il existe, par-delà la variété des hommes dans l’espace et le temps, quelque chose comme l’Homme, des invariants, des constantes anthropologiques. Cependant, comme l’avait bien vu Joseph de Maistre, on ne rencontre pas l’Homme universel : « J’ai vu dans ma vie des Français, des Italiens, des Russes ; je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être Persan ; mais quant à l’homme je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ; s’il existe c’est bien à mon insu. »

Si l’universel est abstrait, ce qu’il engage est en revanche très concret. « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger », disait Montaigne après Térence. Cette devise, que les Lumières ont faite leur, n’a de sens que s’il y a bien de l’universel, si chaque civilisation peut être appréhendée comme une variation sur des thèmes communs. De surcroît, l’universel suppose la liberté humaine, il fait le pari que l’homme n’est pas enkysté dans son présent, ni assigné à résidence dans quelque identité que ce soit, qu’il peut toujours faire un pas de côté. Il est ainsi la condition de possibilité de l’histoire et de l’ethnologie.

À lire aussi, un autre son de cloche: L’universalisme républicain, cette idéologie de cocus

On ne se prive donc pas sans dommage de l’universel. Aussi se précipite-t-on lorsque, enfin, une voix se risque à prononcer un Plaidoyer pour l’universel [tooltips content= »Francis Wolff, Plaidoyer pour l’universel, Fayard, 2019. »][1][/tooltips].

Le philosophe Francis Wolff, qui signe cette plaidoirie, ne manque ni de hardiesse ni de témérité. On se souvient de sa défense et illustration de la corrida. Il dénonce les antispécistes, la sacralisation de la nature, les neurosciences, les indigénistes. Sans tremblement, il remet à l’ordre du jour la question du propre de l’homme, rendant ainsi la philosophie à l’une de ses plus nobles vocations. En somme, il devrait être notre genre. Force est d’admettre que ce n’est pas tout à fait le cas.

Nous sommes tous citoyens du monde

Cet ouvrage est le dernier volet d’un triptyque qui vise à donner un fondement anthropologique à l’utopie d’un humanisme cosmopolitique qu’il peignait dans son précédent essai. Utopie, utopie à demi, et de moins en moins, selon notre philosophe qui s’avoue « optimiste », car la moitié du chemin serait accomplie : grâce à la technique, aux moyens de transport et de communication, nous ne formons déjà plus qu’une seule et même humanité. Mais si la technique nous fait vivre à la même heure, les peuples réclament de vivre chacun à son heure. Ce décalage entre l’unité réalisée par la technique et les représentations collectives, Wolff ne désespère pas de pouvoir le combler. Il veut croire qu’une chiquenaude philosophique aidera à réaliser ce cosmopolitisme qu’il tient pour la vocation même de l’homme : l’homme est fait pour être citoyen du monde ; la preuve, c’est la capacité de tout homme à raisonner, discuter, argumenter. Si les hommes sont des êtres vivants comme les végétaux, des êtres doués de sensibilité comme les animaux, l’homme est en revanche seul à posséder le logos, c’est-à-dire le langage et la raison mêlés. Mais là où Aristote concluait à la vocation politique des hommes, Wolff, lui, conclut à la vocation cosmopolitique de l’humanité : tous les hommes raisonnant et parlant, l’homme ne saurait se borner aux limites d’une communauté politique.

De toute évidence, les peuples ne l’entendent pas ainsi, qui réclament le droit à la continuité historique et redécouvrent la nation comme l’instrument par excellence de leur souveraineté. Idée de philosophe que l’idée de citoyenneté du monde, sans pertinence pour les hommes de chair et de sang, disait d’ailleurs Hannah Arendt [tooltips content= »« La philosophie peut se représenter la terre comme la patrie de l’humanité et d’une seule loi non écrite éternelle et valable pour tous. La politique a affaire aux hommes, ressortissants de nombreux pays et héritiers de nombreux passés. »« ][2][/tooltips]. On s’étonne qu’un esprit aussi capable de liberté que Wolff s’obstine à parler de « repli identitaire », ignorant que le besoin d’inscription dans une histoire et dans un lieu, que ne satisfait pas le seul enracinement local, est la demande d’un autre universel.

L’universel tué par les peuples

C’est bien parce que l’universel est souvent invoqué contre l’identité nationale que les peuples lui tournent le dos et qu’il touche à son Crépuscule, comme le diagnostique la philosophe Chantal Delsol [tooltips content= »Chantal Delsol, Le Crépuscule de l’universel : l’Occident postmoderne et ses adversaires, un conflit mondial des paradigmes, Le Cerf, 2020. »][3][/tooltips]. Son ouvrage offre un état des lieux remarquable sur la désaffection dont est l’objet cette noble conquête. Ce n’est pas le cœur léger, en effet, que Delsol voit pâlir l’étoile de l’universel, comme en témoigne la jaquette de son essai, qui montre Le Penseur de Rodin entouré de corps agonisants. Et d’ailleurs, n’a-t-elle pas écrit ce livre afin d’empêcher qu’au crépuscule succède la nuit de l’universel, et que l’incompréhension vire à la guerre civile européenne.

À lire aussi: Greta, intersectionnels, indigénistes : ils vomissent l’Occident

Ces peuples réfractaires nous reprochent de les juger, et souvent de les condamner, à l’aune d’un universel, qui est en réalité, porteur d’une conception de l’homme née avec la modernité philosophique avant de se déployer dans les années 1960-1970. « L’idée de l’homme délié de tout héritage, délesté du fardeau du passé, ce voyageur sans bagage, dont vous vous faites les chantres et que vous présentez comme aspiration universelle nous paraît un homme mutilé et nullement souhaitable, ni souhaité », nous disent-ils en substance. Ils refusent moins l’universel que l’individualisme occidental, l’économie mondialisée, le libéralisme culturel et sociétal. La sagesse voudrait donc, suggère Delsol qui plaide de manière très convaincante la cause de cette « autre modernité », qu’avant de juger, de menacer de sanctions ces pays qui dérogent à nos normes, nous nous laissions inquiéter par leurs arguments.

Plaidoyer pour l'universel

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