Néoféministes furibardes devant la salle, “cancel culture”, indigénisme et éloge de Ladj Ly ont avili le cinéma français réuni pour les Cesar, hier soir.


César 2020. Malgré le déshonneur infligé au cinéaste par les professionnels de la profession, malgré son absence à la cérémonie, Roman Polanski remporte le prix du meilleur réalisateur pour J’accuse. Le reste importe peu finalement. 

Cette cérémonie, aussi austère que la tenue de la censeure en chef Céline Sciamma, a obéi à une dramaturgie en trois actes. 

Acte 1. Cela se joue, bien sûr sur les réseaux sociaux, qui sont divisés en deux, comme la France le fut pendant l’Affaire Dreyfus. Pour faire court, nous avons les anti, et les pro Polanski. Il ne fait pas bon être du côté de la défense, car on a tôt fait de se faire accuser de complicité de viol, ou du moins de suppôt de ce concept fumeux qu’est la “culture du viol”. Les féministes se déchaînent et le collectif #NousToutes (l’officine de Caroline de Haas, faut-il le rappeler) annonce une contre-cérémonie devant la salle Pleyel où se tiendra le procès, oups la cérémonie : « Pour dénoncer l’inaction du cinéma français, une contre cérémonie sera organisée où des prix peu glorieux (sic) seront décernés afin de dénoncer la protection et l’impunité dont bénéficient ces hommes » lit-on sur leur page Facebook. Je vous fais grâce des commentaires antisémites sous la publication, mais nous y reviendrons.

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Dans la foulée, Roman Polanski annonce qu’il ne se rendra pas aux César, ce dont on ne saurait le blâmer : « Depuis plusieurs jours on me pose cette question: viendrai-je ou ne viendrai-je pas à la cérémonie des César, la question que je me pose est plutôt la suivante: comment le pourrais-je ? » 

Elles se moquent des victimes, elles font de la politique!

Un raie de lumière cependant, dans cette ambiance délétère : l’entretien que Samantha Geimer a accordé à Peggy Sastre pour Slate. Samantha Geimer, victime du réalisateur à l’âge de 13 ans, ne cesse de dire qu’elle a pardonné et implore les féministes de lui foutre la paix : « Lorsque vous refusez qu’une victime pardonne et tourne la page pour satisfaire un besoin égoïste de haine et de punition, vous ne faites que blesser plus profondément ».  Le fait que les féministes fassent fi des déclarations de Geimer prouve bien une chose : dans le fond peu importe les victimes pourvu qu’on ait l’ivresse de la vengeance. Je me suis déjà exprimée à ce sujet dans ces colonnes

Acte II. La pré-céréromie, en l’espèce l’émission progressivo-communautariste de Mouloud Achour La Clique sur Canal+ donne le ton. Le nom de Ladj Ly, dont le film Les Misérables a obtenu onze nominations (une de moins que Polanski) est sur toutes les lèvres enthousiastes, celui de Polanski, que l’on prononce à peine (déjà) provoque sourires gênés et sous-entendus. Adèle Haenel, insupportable chef de file du boycott Polanski prononce un discours militant qui augure du pire. Effectivement, la suite fut cauchemardesque. 

La cérémonie m’a laissé une impression blanche, visuellement tout était blanc. Et flou. Comme pour écrire cette nouvelle page que les activistes du cinéma (j’ai maintenant du mal à les qualifier d’acteurs) appellent de leurs vœux. La page militante. Passons sous silence les singeries de Florence Foresti. Selon moi ce pitoyable spectacle s’est articulé en trois moments forts : le discours indigénisto délirant d’Aïssa Maïga, la minable démonstration de lâcheté de Darroussin et bien-sûr l’annonce faite à Céline : Polanski/Voldemort sacré meilleur réalisateur. 

Le Grand Soir… des rires gênés

Aïssa Maïga, toute de jaune vêtue et visiblement surexcitée par la mauvaise ambiance, s’est lancée dans une diatribe qu’un étudiant de Paris VIII n’aurait pas reniée, s’adressant aux Noirs présents dans l’assistance, prenant Ladj Ly à témoin pour finir par épingler Vincent Cassel très gêné, « avant c’était toi le renoi du cinéma français ». Mais elle a fait chou blanc, son discours fut loin de faire l’unanimité sur Twitter et l’assistance était dans son ensemble embarrassée. 

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Le premier clou du spectacle : Darroussin, lorsqu’il remit le César de la meilleure adaptation qui revint à Polanski, s’évertua à mal prononcer son nom, ne laissa entendre que la dernière syllabe. Le réalisateur fut celui dont on ne prononcera jamais le nom durant toute la soirée. 

Et cela est douloureusement significatif. Dans la tradition juive on ne nomme pas Dieu, on utilise le tétragramme YHVH, Yahve car pour le peuple qui inventa le monothéisme Dieu est un concept qui dépasse l’humanité au point qu’on ne puisse pas le nommer. La première chose que faisaient les nazis lorsque les déportés arrivaient dans les camps était de les priver de leur nom pour leur attribuer un matricule. Primo Levi, auteur de Si c’est un homme, exhibait son matricule lorsqu’il fut libéré, pour lui son humanité lui sera définitivement retirée. Polanski est juif, faut-il le rappeler. Dans la soirée un tweet, vite supprimé fut partagé sur les réseaux : « C’est Polanski qui devrait être gazé ». La boucle est bouclée. 

Évidemment Fanny Ardant

Et ce qui devait arriver arriva. Le dénouement tant redouté ou espéré, Polanski meilleur réalisateur. La suite on la connait. Le silence, les huées, Haenel et Sciamma qui quittent la salle. Heureusement, Fanny Ardant sauva un peu l’honneur : « Quand j’aime quelqu’un je l’aime passionnément« , a-t-elle déclaré au sujet du réprouvé Polanski.

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Acte III. Ladj Ly, dont Les Misérables remporta le César du meilleur film, ânonna un discours pré-mâché, on cherche certainement à le laver de ses saillies racaillesques à l’égard de Zineb et Zemmour. Je ne m’attarderai pas sur ce troisième acte : la 45e cérémonie des César me laisse un goût de cendres.

Pour paraphaser une Annie Girardot en larmes à l’époque où les Cesar étaient encore dignes : « Le cinéma français me manque ». 

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