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Au Bal des débutants politiques, joue-la comme Dhorasoo!


« Je suis très choqué par le fait qu’il n’y a pas une seule tête de liste noire au sein de Paris en Commun » affirme Vikash Dhorasoo pour dénigrer sa rivale Anne Hidalgo. Plus délirant que la maire sortante, c’est donc possible ! Écriture inclusive, racialisme et soutiens gauchistes : la candidature du footballeur dans le 18e arrondisseement est une impressionnante caricature.


Après avoir compulsé l’Assimil de la novlangue politicarde et « inclusive », Vikash Dhorasoo s’est donc lancé dans l’action politique et brigue un mandat dans le 18ème arrondissement de Paris.

« Ils et elles sont artistes, intellectuel.le.s, chef.fe.s d’entreprise, sportif.ve.s, élu.e.s, militant.e.s… Pour eux (Carton jaune ! cher Vikash, il fallait écrire : pour elles et pour eux), Paris c’est le mélange des cultures, pas vraiment celui d’une carte postale », a gazouillé le 8 mars l’ancien footballeur à propos d’une lettre de soutien parue dans le JDD du 7 mars.

Commençons par étudier le nom de la liste de Dhorasoo : « Décidons Paris ! ». Impératif étrange qui laisse pour le moins perplexe. Magnanimes, nous supputons une erreur au moment de l’impression des tracts et affiches : Vikash Dhorasoo, possible grand connaisseur de la mythologie grecque, voulait peut-être que soit écrit « Décidons Pâris ! », du nom du prince royal qui enleva Hélène et déclencha la guerre de Troie ? Allusion subtile à la volonté d’éviter une possible guerre politique à Paris ? Nul ne sait. Et nul ne saura sans doute jamais. Avec la perte de son accent circonflexe, ce Jugement de Paris ne nous dit plus rien.

Le candidat des « racisés »

Vikash Dhorasoo est bien décidé à ratisser large, c’est-à-dire racisé, métissé, inclusif, écologiste, féministe, et tout et tout…

Racisé, oui, et avec le moins de blancs possible. Cela semble être une obsession chez cet homme à la pensée aussi ébouriffée que la coiffure. Lors du dernier G7 à Biarritz, il sifflote : « Salut les hommes blancs du G7 ! J’imagine que vous discutez de croissance… », en oubliant que parmi les « hommes blancs » il y a… Angela Merkel !

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Plus tard, devançant les comptes ethniques d’Aïssa Maïga lors de la dernière cérémonie des César, il déclare (Le Point du 11 nov. 2019) : « Je veux défendre les classes populaires, les chômeurs, les exclus et la diversité. Je suis très choqué par le fait qu’il n’y a pas une seule tête de liste noire au sein de Paris en Commun » (liste d’Anne Hidalgo).

Inclusif, soit, mais pas entièrement, car si l’écriture morse dite « inclusive » l’agrée, les symboles de la France le font frémir d’horreur : « Ces symboles-là ne me conviennent pas, le drapeau, la Marseillaise ça ne me convient pas. C’est encore stigmatiser et dire vous ne connaissez pas la Marseillaise donc vous n’êtes pas français » lâche-t-il à Léa Salamé sur le plateau d’ONPC le lendemain des attentats de novembre 2015. « On doit être ensemble, français ou pas français » (sic), finira-t-il par trancher pataphysiquement.

Simmonet connait la musique

Au journal La Croix (23 nov. 2019) il dévoile son intérêt pour « tout ce qui est écologie, antiracisme, féminisme, social », et prouve qu’il est possible de se ridiculiser, simplement, d’une phrase creuse et rabâchée, avec les meilleures intentions du monde. Il n’est pas le seul. Mais Dhorasoo y met une hargne toute particulière, celle des bizutés du Bal des débutants politiques. Il faut dire que sa cavalière et colistière, Danielle Simonnet (LFI), est un professeur de danse qui a fait ses preuves : ex-étudiante de Nanterre, ex-syndicaliste de l’Unef, ex-socialiste, actuelle conseillère de Paris donnant des « conférences gesticulées » aux titres prometteurs – Uber, les salauds et mes ovaires (c’est du brutal !) – initiatrice du remplacement des mentions père et mère par celles de parent 1 et parent 2 pour les formulaires de demandes d’actes d’état civil, Madame Simonnet maîtrise toutes les figures et arabesques des valses et autres javas politiques.

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Tout était par conséquent réuni pour que la liste « Décidons Paris ! » reçoive le soutien des plus éminents représentants politiques, écologiques, antiracistes et féministes de la capitale. Ces derniers désirent un « mélange des cultures » et un « Paris métissé ». Ils rêvent de « voir les parisien.ne.s se balader, tranquilles, faire des pique-niques en famille ou entre potes, jouer ensemble, passer du temps à prendre soin d’eux. »

Quels sont les signataires de cette tribune mollassonne qui promet un avenir radieux aux Parisiens qui voteront pour Vikash Dhorasoo ? Virginie Despentes, admiratrice des frères Kouachi, misandre affirmée, écrivain sans autre style que celui de la vulgarité et de la langue défaite par l’abus de tout sauf de l’intelligence ; Rokhaya Diallo, proche des « indigénistes » et des « décoloniaux racisés », persuadée que le pansement blanc est raciste et que le cheveu crépu est stigmatisé ; Joey Starr, artiste qui s’est vu condamner à de multiples reprises pour violences sur ses ex-compagnes et que Virginie Despentes, si prompte pourtant à dénoncer les violences masculines, apprécie énormément ; Juan Branco, vidéaste amateur, avocat amateur, révolutionnaire amateur; Laurence De Cock, agrégée d’Histoire, pour les ateliers non-mixtes du syndicat Sud Éducation mais contre une France aux « racines gauloises et occidentales » (Médiapart juin 2014). Suit une palanquée de signataires professionnels de LFI, François Ruffin, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danièle Obono…

« C’est le moment de se faire la passe ! » piaille à l’instant l’ancien footballeur sur son compte Twitter. Gageons qu’avec de tels soutiens, cette équipe de choc passera difficilement les poules qualificatives. Mais bon, nous ne sommes pas Cassandre…

«L’égalité filles-garçons», cheval de Troie de la théorie du genre?


Anne-Sophie Nogaret s’infiltre dans une curieuse formation. Sous couvert de lutte contre les « inégalités », on en arrive à passer les textes des grands philosophes à la moulinette féministe.


Les 3 et 4 février 2020, un stage intitulé « Les inégalités femmes-hommes » destiné aux professeurs de philosophie se déroulait à Paris. La loi ignorant la sexuation, on comprend d’emblée que ces inégalités (dont il est sous-entendu qu’elles ne s’exercent qu’au détriment des femmes) sont l’expression larvée et protéiforme d’une domination masculine qui ne dit pas son nom.

On ne peut plus se contenter de passer les textes au scanner du genre : pour que l’esprit philosophique vienne aux femmes et que cesse enfin leur souffrance, il faut promouvoir un corpus adapté à leur sensibilité

Aristote, ce philosophe masculiniste bien connu

« Comment sensibiliser les élèves aux questions de genre ? » La formatrice, Audrey Benoît, annonce la couleur aux 25 professeurs de philosophie inscrits, sans autre précaution oratoire. Avant d’enfoncer le clou : comment initier les lycéens aux thèses de Judith Butler alors que celle-ci ne fait pas partie des auteurs au programme de philosophie ? Si l’on se place du point de vue féministe, qui tend à confondre égalité et parité, l’histoire de la philosophie, qui ne reconnaît du bout des lèvres que quelques femmes, est effectivement inégalitaire. Cette relative absence des femmes philosophes ne pouvant s’expliquer par une faible appétence (ou pire encore, une moindre capacité !) pour l’abstraction, Aurélie Knüfer, une autre formatrice, en conclut que « la manière dont les philosophes parlent des femmes a conduit à une exclusion de celles-ci hors du champ de la philosophie ». En somme, le problème vient du sexisme des philosophes, un secret bien gardé pour d’évidentes raisons de solidarité entre mâles dominants et souhaitant le rester. Ainsi, poursuit la jeune femme, agrégée et maître de conférences, personne n’a jamais osé relever que la distinction opérée par Aristote entre forme et matière était odieusement sexiste…

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Jusque-là, rien que de très banal : depuis des décennies, la misogynie et le patriarcat sont systématiquement invoqués pour expliquer la faible proportion de femmes artistes, scientifiques, politiques, chefs d’entreprise, etc. Comme le progrès ne saurait être un vain mot, il faut aller plus loin, ce à quoi s’emploie Aurélie Knüfer. Les philosophes, dit-elle, tiennent des « discours de haine » envers les femmes, ils les « injurient ». « Traumatisées » par la philosophie et son histoire sexiste, les femmes n’ont aucune envie de réitérer le trauma en lisant Kant ou Hegel, ni même des critiques féministes de ces auteurs. On ne peut plus se contenter de passer les textes au scanner du genre : pour que l’esprit philosophique vienne aux femmes et que cesse enfin leur souffrance, il faut promouvoir un corpus adapté à leur sensibilité. Ainsi annonce-t-elle sans faiblir la prochaine étape : la réforme du canon philosophique, qu’il faut « relire et réécrire ». Le narrativisme, telle est la solution !

Les femmes prennent leur revanche

Grands textes philosophiques passés à la moulinette féministe, mise en avant de philosophes femmes exhumées des oubliettes, décentration du logos rationnel au profit de la sensibilité émotionnelle, la réécriture du canon prôné par la Canadienne Lisa Shapiro arrive ainsi en France, par le biais des stages de formation recommandés par les inspecteurs de philosophie et agréés par les rectorats – courroies de transmission du ministère.

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Pour aggraver l’affaire, cette idéologie qui voit tout à l’aune de la domination se conjugue naturellement avec le discours d’autres dominés réclamant eux aussi leur part de revanche et de « narratifs » correctifs. Autrement dit, le discours du genre et celui de la race vont de pair. « L’histoire de la philosophie est une bibliothèque coloniale », confirme Aurélie Knüfer, citant V.-Y. Mudimbe : « La femme comme le Noir est constitué comme l’Autre de la philosophie, de la raison et de l’action », conclut la jeune femme, qui organise à l’université de Montpellier un séminaire intitulé « Pour une histoire féministe et décoloniale de la philosophie ». Non contents d’être sexistes, les philosophies sont racistes.

Cette alliance des dominés explique sans doute que le cas de Mila n’ait pas été évoqué une seule fois lors de cette journée philosophique et féministe. Lorsque les islamistes entrent en jeu, il n’y a plus de « genre » qui tienne face à la « race », même pour les plus féministes de nos femmes savantes.

Du Mammouth au Titanic: La déséducation nationale

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L’emploi du mot race n’est plus tabou en France


L’essayiste franco-américaine Géraldine Smith analyse l’américanisation progressive de nos mœurs et modes de vie. Venus des campus américains, culture de la dénonciation, néoféminisme inquisitorial et règne des minorités fondent sur une France fracturée.


Causeur. Depuis 1945, la culture américaine influence grandement l’Europe et le monde, du hamburger aux films d’Hollywood en passant par la contre-culture contestataire née pendant la guerre du Vietnam. Notre pays vit-il toujours à l’heure américaine ?

Géraldine Smith. Plus que jamais. Et ce, sous l’effet de deux phénomènes qui se conjuguent. D’abord, le soft power américain ne s’est pas démenti depuis 1945 : Hollywood, Amazon, Google, Netflix, le rap, le basket et les « influenceuses » mode ou beauté des réseaux sociaux en sont aujourd’hui les vecteurs. Les jeunes Français se promènent en maillots de la NBA et apprennent l’anglais en regardant Narcos. Ils suivent les régimes keto et paléo des stars californiennes. Bref, on continue à copier une Amérique puissante, innovante, parfois excentrique et souvent en avance.

Ensuite, la France ressemble aujourd’hui de plus en plus à l’Amérique parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Par exemple, le temps quotidien passé à faire la cuisine ne cesse de diminuer dans l’Hexagone – il est d’environ 50 minutes par jour, tous repas confondus. Uber Eats livre des tacos, burgers et pizzas à la moitié de la population française. Même si les Français ne rêvent sans doute pas de devenir aussi gros que les Américains (dont 40 % des adultes sont obèses), les horaires de travail désynchronisés et l’explosion des activités extrascolaires compliquent l’organisation des repas. Les cuisines sont de plus en plus petites en raison du prix des loyers. La multiplication des restrictions alimentaires – lactose, gluten, viande rouge… – rend suspect tout ce qui ne ressemble pas à un brocoli. Enfin, les écrans détrônent les fourneaux. Exactement comme aux États-Unis, où les émissions de cuisine genre « Top chef », que l’on regarde en mangeant une pizza livrée, font un carton.

Certes, mais ce rapprochement des modes de vie n’induit pas forcément une convergence anthropologique. Lorsque l’affaire Griveaux a éclaté, beaucoup ont dénoncé l’irruption du puritanisme américain dans la vie politique française. Leur donnez-vous raison ?

Non. L’affaire Griveaux, ce n’est pas le puritanisme religieux américain qui gagne la France puisque la classe politique a été quasiment unanime à le défendre plutôt qu’à l’enfoncer. Et personne ne lui a encore demandé de faire repentance ou d’aller se faire soigner dans un centre pour addictions sexuelles, comme cela aurait probablement été le cas en Amérique.

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En revanche, on assiste là aux prémices françaises d’une nouvelle quête de pureté qui fait fi du respect de la vie privée, de la présomption d’innocence, du débat contradictoire et de la liberté d’expression. Raciste, homophobe, sexiste, machiste : les accusations pleuvent au moindre écart de langage ou de comportement. Dans cette vision manichéenne, rien ne doit entraver le triomphe d’une justice réparatrice, surtout à l’égard des « victimes » de l’Histoire que sont les femmes, les Noirs, les minorités sexuelles ou les immigrés. Bien sûr, on peut se demander qui confère ce statut de victime, et la supériorité morale qui va avec, de quel droit et pour quelle durée. Toujours est-il que ce zèle justicier a fait sortir de sa réserve l’ancien président Obama. En octobre dernier, il s’en est pris à cette culture de dénonciation – call-out culture – et à la surenchère sur les réseaux sociaux et campus universitaires à laquelle se livrent les « éveillés » – woke – autoproclamés. Obama a eu des mots très durs : « Ce n’est pas comme ça qu’on change le monde. Si tout ce que vous faites, c’est jeter des pierres, vous n’irez pas très loin. » Évidemment, cette critique s’inscrit dans la campagne électorale en vue de la présidentielle, en novembre. Obama craint que le Parti démocrate perde de nouveau parce que les inquisiteurs moraux auront poussé l’Amérique profonde et une partie de la classe moyenne dans les bras de Trump.

Trump fait figure de chien lâché dans le jeu de quilles du politiquement correct. Prenons l’exemple du consentement aux relations sexuelles, devenu une notion clé depuis #metoo. Aux États-Unis, le consentement est une notion qui varie selon les États. De sorte que, l’accord mutuel initial des partenaires est susceptible d’être mis en doute. Dans cette situation d’insécurité juridique permanente, le mâle est-il présumé coupable de harcèlement et de violence sexuelle ?

La qualification juridique peut en effet différer d’un État à l’autre. Il s’y ajoute que les campus universitaires ont leurs propres règles – le doute y bénéficie systématiquement à la victime présumée – et les appliquent sans recours judiciaire. Même en l’absence de preuves, un présumé coupable peut donc être expulsé de l’université sans autre forme de procès. Cela dit, par rapport à l’obligation élémentaire de s’assurer du consentement de son partenaire sexuel, je ne suis pas sûre que l’arbitraire d’aujourd’hui soit pire que l’arbitraire d’hier, qui était trop souvent favorable aux agresseurs.

Cependant, les Américains sont peut-être passés d’un extrême à l’autre au nom de la défense des minorités. Par exemple, en 2016, une « guerre des toilettes » a fait rage en Caroline du Nord, où des militants transgenres contestaient « l’assignation des toilettes en fonction du sexe assigné à la naissance » tandis qu’une partie des féministes s’est opposée à l’intrusion d’hommes se sentant femmes dans les lieux d’aisance féminins. La quête d’« espaces sûrs » (safe spaces) de la part des féministes, transgenres ou militants antiracistes manifeste-t-elle avant tout une peur de l’altérité ?

La recherche de refuges – des « espaces sûrs » – traduit en même temps qu’elle accroît l’anxiété qui ronge la société américaine. Un Américain sur cinq souffre officiellement de troubles anxieux, contre 10 % en France – où cela s’aggrave cependant ! Plus l’on reste entre soi, moins l’on connaît les autres et plus on s’en méfie, c’est un cercle vicieux. Et de toute façon, qu’est-ce qu’un espace sûr ? Tout le monde crie « pouce » comme si le monde alentour était une jungle où l’on risquait sa vie. Ce point de départ est en soi anxiogène ! Ce qui est sûr pour moi ne le sera pas forcément pour vous. C’est donc une notion subjective qui repose sur le « ressenti » de chacun. Or, à partir de là, tout s’emballe, comme dans la guerre des toilettes. Au nom de quel risque faudrait-il faire le tri entre des « vrais » femmes et hommes, si tous finissent de toute façon seuls à l’intérieur d’une cabine ? On voit bien, ici, que ce n’est pas le danger qui est à l’origine de la peur, mais la peur qui se fixe sur l’Autre comme source de danger.

Cette dynamique centrifuge est-elle inhérente à la société américaine ?

Non. L’Amérique a longtemps fonctionné comme un melting pot. Trump a-t-il raison de penser que ce n’est plus le cas, que le melting pot ne se fait plus parce que, depuis 1964, l’origine des immigrés a changé ? Avant, neuf sur dix venaient de l’Europe ; depuis, c’est l’inverse. Je n’en suis pas sûre. Mais je constate avec inquiétude que la réalité et la perception divorcent souvent, et pas seulement chez les Blancs hostiles à l’immigration en provenance des pays pauvres. Depuis que leurs droits civiques (civils rights) ont été reconnus aux Noirs américains, également en 1964, des progrès très importants ont été accomplis pour combler le fossé entre Noirs et Blancs. Cependant, le sentiment prévaut parmi eux que leur situation est pire que jamais. En 2001, 70 % des Noirs et 62 % des Blancs américains pensaient que leurs relations étaient plutôt bonnes, voire très bonnes. En 2016, un an avant l’élection de Trump, ils n’étaient plus que 49 % des Noirs et 55 % des Blancs à le penser. Depuis, Trump n’a rien arrangé… Je comprends d’autant moins que de nombreux Français, et pas seulement chez les Indigènes de la République, soient fascinés par le modèle américain, en dépit de son échec.

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En somme la société multiculturelle américaine est menacée, comme la société républicaine française, par l’archipellisation, voire le tribalisme ?

La conception américaine de l’antiracisme se répand dans nos universités et lieux de savoir, où l’on se délecte de vocabulaire importé : « blackface », « appropriation culturelle », « suprématie blanche »… Partout, l’entre-soi progresse au détriment de l’ouverture. Partout, on semble se sentir mieux dans la compagnie de ceux qui vous ressemblent physiquement ou qui pensent comme vous – l’un étant d’ailleurs souvent supposé garantir l’autre. En plus des alvéoles identitaires que sont souvent les réseaux sociaux, la multiplication des chaînes de télévision a décuplé les cavernes postplatoniciennes – à chacun la sienne.

Une dernière frontière identitaire semble encore séparer la France des États-Unis : la race. Dans la société américaine, déclarer son appartenance raciale est monnaie courante alors que le simple mot « race » demeure tabou en France. Malgré les progrès dans l’Hexagone de l’idéologie « décoloniale » et indigéniste, notre pays reste-t-il plus attaché aux marqueurs et clivages sociaux qu’aux problématiques ethniques ?

Je ne suis pas d’accord. L’emploi du mot race n’est plus tabou en France même si, comme dans votre question, l’adjectif « ethnique » sert de feuille de vigne. Quand j’étais jeune journaliste, en 1990, nos rédacteurs en chef proscrivaient qu’on utilise les mots « Blancs » ou « Noirs » pour qualifier une personne. C’était considéré comme raciste. D’où les contorsions, les périphrases et, finalement, le recours au « black ». Aujourd’hui, il est devenu banal de parler « des Blancs » ou « des Noirs ». Quant à l’usage du terme « race », il est employé avec enthousiasme par les partisans du nouvel antiracisme – exactement comme aux États-Unis ! Ici et là, l’argument est le même : « oui, bien sûr, la race n’a aucune valeur scientifique mais, au nom du combat contre le racisme, il faut bien reconnaître sa réalité. » Pour finir aussi raciste que le raciste ? Sur ce terrain, on observe une sorte de chassé-croisé entre les États-Unis et la France : en France, où l’on a longtemps expliqué les inégalités exclusivement à travers le prisme socio-économique, la couleur de peau gagne en importance dans le débat public. En Amérique, depuis toujours obsédée par la race, on découvre l’importance des inégalités socio-économiques. Le succès de Bernie Sanders en témoigne.

Vu en Amérique... Bientôt en France

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Erdogan, sultan aux pieds d’argile

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Le président turc Erdogan lâche des réfugiés syriens sur les îles grecques pour pousser les Européens à le soutenir dans sa lutte contre l’armée syrienne à Idleb. Cette nouvelle crise des migrants va laisser des traces durables, notamment pour la Grèce qui doit gérer seule une crise migratoire sans l’appui des autres pays européens. Certes, Athènes en a l’habitude mais la solidarité européenne révèle ses limites. S’il fallait encore le démontrer, la diplomatie bruxelloise est une coquille vide incapable de peser sur Ankara.


Recep Tayyip Erdogan joue gros. Très gros. Il est loin le temps où le frère Erdogan, enfant des quartiers pauvres de Kasimpasa, régnait sur une nation en plein expansion économique avoisinant les 10% de croissance économique dans les années 2000. Loin aussi le temps où il régnait sur un parti tout-puissant dont l’islamisme se mâtinait de libéralisme économique, faisant de l’AKP un UDF ottoman aux yeux de certains observateurs. Puis le retour de quelques foulards dans les universités avait progressivement effrité cette image modérée.

Frustration ottomane

Aujourd’hui, la donne a littéralement changé. L’AKP a perdu les élections dans les deux plus grandes villes turques, Ankara et Istanbul. Plusieurs piliers du mouvement comme l’ancien président de la République Abdullah Gül ont quitté l’AKP pour créer de nouvelles formations. Et la situation économique de plus en plus grave menace son bilan.

L’AKP et la Turquie ont besoin d’un nouveau souffle. Erdogan joue la carte d’une politique étrangère agressive car il se sait en perte de vitesse à l’intérieur de l’Anatolie. On compense la récession comme on peut. En l’occurrence, le président turc se rêve à la fois en héraut d’un monde sunnite en manque de leader charismatique et en nouveau sultan ottoman. La nostalgie de l’Empire ottoman est très forte et dessine aujourd’hui la diplomatie turque. Les îles grecques, anciennes Dodécanèse, la Cyrénaïque, le Fezzan ou le pays de Cham sont effet de terres ottomanes perdues entre 1912 et 1920. Et aujourd’hui, cette frustration ressort.

Sur le front syrien, les radars médiatiques sont tournés vers Idleb. Les Turcs y appuient militairement une Armée syrienne libre noyautée par les anciens membres d’Al-Qaïda et autres groupuscules islamistes contre les troupes de Bachar Al-Assad soutenu au sol par les Iraniens, et dans les airs par les Russes.

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Ankara intervient également en Libye. La presse française semble avoir oublié que ce pays est toujours en guerre. Que des migrants venus d’Afrique subsaharienne tentent toujours de rejoindre Lampedusa. Que le Sahara libyen abrite de plus en plus d’islamistes près à en découdre après le fiasco levantin.

Opération Libye 

Or, les députés turcs ont voté le 2 janvier une motion permettant au président Recep Tayyip Erdogan d’envoyer des troupes en Libye pour soutenir le gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU mais menacé par une offensive du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, soutenu notamment par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Russie et l’Égypte. Officiellement, la Turquie intervient dans la région à la demande de Tripoli pour contrer le renfort de mercenaires russes soutenant les troupes d’Haftar. Le soutien militaire turc au gouvernement de Fayez al-Sarraj intervient après la signature, le 27 novembre dernier, d’un accord controversé entre Ankara et Tripoli qui prévoit une coopération renforcée en matière de sécurité entre les deux parties et la démarcation des frontières maritimes entre elles. Lors d’une session parlementaire extraordinaire, 325 députés turcs ont voté pour et 184 contre un texte qui donne à l’armée un mandat pour intervenir en Libye, valable pendant un an. Les principaux partis d’opposition se sont opposés au texte. A leurs yeux, une intervention en Libye pourrait déstabiliser la région et entraîner la Turquie dans une guerre coûteuse. Et l’opinion publique est de plus en plus soucieuse de la mort de ces soldats à l’étranger. Fini, le temps où l’opinion appuyait toute intervention au-delà des frontières, notamment pour combattre les Kurdes.

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Mais il n’est plus question de reculer. L’entraide turco-tripolitaine s’inscrit dans le cadre de la présence croissante d’Ankara en mer Méditerranée. La Turquie tente de contester l’influence de Moscou dans toute la région comme elle l’a fait en Syrie. Se dessine ainsi un affrontement clair entre une Russie soucieuse de défendre des régimes autoritaires et anti-islamistes et une Turquie soutien de partis islamistes sous paravent démocratique.

Ankara vs. Moscou

Démocrate-islamiste contre autoritarisme « laïc » ? Le prisme philosophico-théologique est bien entendu insuffisant. La Turquie a également une dent contre Le Caire, autre soutien d’Haftar. Les relations entre l’Égypte et Ankara sont très tendues depuis que l’armée a renversé le président islamiste Mohamed Morsi en 2013. Les raisons sont toujours plus profondes et le pétrole reste le nerf de la guerre. Il faut savoir que le Libye est le théâtre d’une course aux forages d’hydrocarbures avec la découverte d’importants gisements ces dernières années. En raison de l’accord maritime conclu en novembre 2019, qui étend considérablement son plateau continental, la Turquie a plus que jamais besoin du gouvernement libyen d’al-Sarraj pour faire valoir ses revendications en Méditerranée orientale face à la Grèce, Chypre et l’Egypte.

Mais Ankara tente également de contrer l’accord « Eastmed » entre la Grèce, Chypre et Israël. Ce pacte sert à sécuriser sur 1870 kilomètres l’approvisionnement énergétique de l’Europe face aux tentatives turques de contrôle de la Méditerranée orientale.

Après avoir accumulé les impairs au Proche-Orient, les Occidentaux ne semblent pas davantage comprendre la politique turque en mare nostrum.

Dekra rentre dans le rang


La multinationale du contrôle auto fait son mea culpa six ans après un scandale sexiste dans une publicité.


À Tarnos (Landes), un scandale déclenché en 2014 par l’antenne locale de Dekra, le roi du contrôle technique automobile, vient de trouver une fin édifiante. À l’époque, une série de publicités un poil provocantes montrait des hommes et des femmes nus sur lesquels avaient été apposées des mentions « OK » aux endroits stratégiques. Le tout assorti du slogan « Rien ne nous échappe, on contrôle tout ». Les âmes sensibles du clergé féministe gascon et basque s’étaient alors indignées, l’adjointe écolo au maire de Bayonne Martine Bisauta y allant même de son petit caftage à l’Autorité de contrôle de la publicité professionnelle. Ladite institution avait alors envoyé illico une lettre recommandée à Dekra, dont le siège parisien s’était courageusement défaussé sur l’agence de Tarnos, obligée de se flageller en place publique.

Six ans plus tard, Dekra est passée de l’expiation à la rédemption. Le 17 février dernier, la direction de l’entreprise a annoncé « se donner pour objectif de favoriser le bien vivre-ensemble, qui repose notamment sur une culture exempte de sexisme ». Le groupe va notamment « sensibiliser l’ensemble des collaborateurs à la question du sexisme via des modules de formation, des journées dédiées, des supports de communication » et ainsi faire en sorte « d’éviter tout biais sexiste sur les fiches de postes, offres d’emplois ». Miracle !

Et comme du néoféminisme à l’idéologie du genre, il n’y a qu’un pas, Dekra s’efforcera de « construire une communication interne et externe dépourvue de stéréotypes de genre en veillant à promouvoir une communication éliminant les représentations fondées sur des stéréotypes genrés ». En gros, des commissaires politiques veilleront à ce que les salariés ne rigolent pas trop grassement sur fond de calendrier Pirelli. Exit les blagues salaces du Salon du camion. Un programme aussi réjouissant devait donner du travail aux « agences de conseils en égalité professionnelle » tels qu’Egalis, la PME de Caroline De Haas. Les métiers inutiles ont décidément de l’avenir.

Africains d’adoption?


Depuis le début de l’année, une question taraude les réseaux sociaux sud-africains : pourquoi les Afrikaners, ces descendants de colons néerlandais, allemands et français, ne sont-ils toujours pas appelés Africains ?


L’Afrique du Sud n’a toujours pas pansé ses blessures héritées de l’Apartheid. Depuis le début de l’année, une question taraude les réseaux sociaux sud-africains : pourquoi les Afrikaners, ces descendants de colons néerlandais, allemands et français, ne sont-ils toujours pas appelés Africains ? Sur Twitter, un dénommé Brian Adams a interpellé l’Alliance démocratique, principal parti d’opposition majoritairement blanc, sur le sujet : « Les Noirs vivant en Europe sont appelés Européens, mais les Blancs qui vivent en Afrique depuis plus de trois cents ans ne peuvent pas être appelés Africains ! » Inversant la rhétorique victimaire, l’internaute a également dénoncé les cas avérés de « white face » lors d’une récente parade à Cap Town : « Pourquoi un Blanc qui se peint en noir est-il raciste, mais pas l’inverse ? » La présidente de l’Alliance démocratique Helen Zille a renchéri en dénonçant « une campagne concertée pour délégitimer et diaboliser les minorités », c’est-à-dire les Blancs. « Arrêtez de mentir, les Noirs vivant en Europe ne sont pas appelés Européens. Ils sont appelés Africains en Europe », a répondu sèchement un internaute africain.

Au pays de Mandela, le moindre tweet réveille le spectre de la guerre civile. Au fil des joutes virtuelles, le débat a clairement pris un tour historico-racial. D’aucuns évoquent l’implantation des Boers dès le xviie siècle dans la région du cap de Bonne-Espérance, ce qui les rendrait aussi africains que les Zoulous. Et l’Apartheid se rappelle au souvenir de tous lorsque certains twittos publient de vieilles photos de pancartes ségrégationnistes, « Réservé aux Européens ». Lynché par ses contradicteurs, Brian Adams a de plus vu son compte suspendu par Twitter qui l’accuse de faire l’« apologie de la haine ».

Praud menacé de mort, Le Monde l’enfonce

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Semaine éprouvante pour Pascal Praud ! Tandis que le journaliste de Cnews est menacé de mort dans un morceau de rap, Le Monde s’inquiète: « les ultraconservateurs sont souvent majoritaires » dans nombre d’émissions.


L’actualité fait parfois l’objet de fâcheuses coïncidences. Tandis que dans un clip, les rappeurs Sneazzy et Nekfeu menaçaient de mort le journaliste Pascal Praud pour crime d’islamophobie, le journal Le Monde consacrait une double-page sur un nouveau fléau contemporain bien connu: la montée du populisme dans les médias. Parmi les nombreuses cibles, un article est presque exclusivement réservé à CNews, la chaîne de Vincent Bolloré où officie justement Pascal Praud dans son émission quotidienne à succès, L’heure des pros.

Pas d’amalgame, bien sûr, mais tout de même, ce climat de dénonciation envers les journalistes qui critiquent la montée de l’islamisme en France est troublant.

Le procureur de Paris a d’ailleurs fini par ouvrir une enquête sur les injures des artistes: « Les journalistes salissent l’islam, sont amateurs comme Pascal Praud, ça mérite une balle dans le cervelet, le canon au fond de la bouche ». On a eu les excuses des rappeurs mais on attend toujours le communiqué de soutien de la société des journalistes du Monde.

Le Monde mettrait bien Cnews en quarantaine

Samedi 7 mars, alors que la polémique enfle sur Twitter, Pascal Praud doit au contraire subir un énième papier dénonçant le choix de ses chroniqueurs. Sous le titre « Des polémistes droitiers omniprésents sur les chaînes d’info », Nicolas Truong enfonce le clou et fait appel à l’expertise d’un « critique télévisuel pour Télérama » afin d’appuyer sa démonstration.

Malheureusement l’intéressé, Samuel Gontier, ne fait pas dans la dentelle. La neutralité qu’on aurait pu attendre d’un expert manque cruellement : « par cynisme, clientélisme ou idéologie, la mouvance extrême droitière est souvent majoritaire dans nombre d’émissions de chaîne d’info ». Comme il faut bien être précis, quelques noms sont alors jetés en pâture: « Sur les plateaux de Laurence Ferrari ou de Pascal Praud sur CNews, le rapport entre progressistes et réactionnaires est de 1 pour 4« . « Le problème, c’est que ces débats répétés ad nauseam sur l’islam font de l’audience » déplore le chroniqueur télé de Télérama. Tous ces Français qui regardent Zemmour, Praud et Lévy salir l’islam, comment est-ce Dieu possible en 2020? Il faudrait les faire taire, mon bon Monsieur !

Le « national-populisme » serait à la manœuvre dans des médias français autrefois paisibles

« Façonnage des consciences? » se demande faussement le plumitif du Monde auprès de « la polémiste » Elisabeth Lévy [directrice de Causeur NDLR], laquelle « ironise » sur ces « représentants du camp du bien tellement habitués à débattre entre eux qu’ils n’en sont toujours pas revenus que leurs contradicteurs aient le droit de s’exprimer ».

Visiblement peu amusé par le trait d’humour, Nicolas Truong se tourne vers la très objective Audrey Pulvar (actuellement en campagne pour Anne Hidalgo, mais il est sans doute inutile de la préciser aux abonnés du Monde) afin de décrypter la situation. Pour l’ancienne compagne d’Arnaud Montebourg et ex-journaliste à I-télé, Patrick Buisson, Étienne Mougeotte et Charles Villeneuve sont trois hommes de médias « aux idées droitières et aux valeurs masculinistes, à la manœuvre. » Cela se confirme, nous serions bien manipulés par les médias français machistes.

Mais ce n’est pas terminé. Pour Samuel Gontier: « il y a d’évidence un effet de milieu social. Ces polémistes se confortent idéologiquement et se cooptent dans des émissions qui sont des tremplins professionnels« . Complotisme un peu cocasse de la part d’un journaliste de Télérama qui parle au Monde.

Mais le mot de la fin est réservé à Jean-François Kahn, ancien directeur de Marianne: « Le néofascisme est sans doute plus médiatique qu’intellectuel ». Que faut-il comprendre exactement ? Nicolas Truong a-t-il bien compris le sens de la phrase citée ? Et si le « néo-fascisme » médiatique, ce n’était pas trois éditorialistes réacs qui font de l’audience sur CNews (dont JFK) mais les journalistes obsessionnels qui cherchent à faire taire les voix discordantes partout ailleurs?

George Steiner, la vocation du clerc


George Steiner (1929-2020) incarnait l’homme de culture européen. Armé de sa libido sciendi, ce critique littéraire et philologue polyglotte défendait une certaine idée de la grande culture à transmettre aux jeunes générations. Portrait. 


Des titres prestigieux, George Steiner en a conquis tout au long de sa vie, mais c’est celui de postino (« facteur ») qu’il aimait s’attribuer, en écho malicieux au film de Michael Radford (Il Postino, 1994) racontant comment un jeune Italien illettré découvre la poésie en apportant son courrier, venu du monde entier, à Pablo Neruda alors exilé sur l’île de Salina. Critique littéraire et philologue polyglotte, homme de culture viscéralement européen nourri dès son plus jeune âge de poésie, de musique et de philosophie par des parents lettrés, George Steiner devenu professeur (Cambridge, Genève) aurait pu se contenter de récolter les honneurs dus à son rang de mandarin. Il fit en réalité de son enseignement un sacerdoce passionnant, et assuma pleinement sa vocation de « clerc » en refusant de confondre l’acte créateur et le commentaire savant. Voyant dans l’intellectuel « le serviteur de ce qui compte », il était trop apolitique pour que son engagement au service de la langue et de la culture fasse de lui un personnage sartrien : « Il faut être un donateur », disait-il souvent ; un restituteur de sens et de « réelle présence » après qu’une cléricature irresponsable a rompu l’alliance entre les mots et le monde.

Pourquoi lire Steiner?

Steiner avait il est vrai une manière bien à lui de s’élever après s’être abaissé, et il faut le croire quand il dit n’être ni un créateur ni un grand homme, mais un « maître à lire » ; le croire tout en étant conscient qu’il fit ainsi de la maîtrise, non pas l’obstacle à la souveraineté comme le pensait Georges Bataille, mais le premier degré d’une quête d’excellence aux horizons divers et illimités. Sans doute est-ce là ce qu’il nommait « la merveilleuse arrogance juive devant les possibilités de l’esprit ». Sa capacité d’étonnement fut à cet égard incommensurable, et donne à son œuvre un rayonnement qui en fait l’égal des plus grands. Remplissant le rôle de messager, d’herméneute et parfois de psychopompe dévolu par les Anciens à Hermès, Steiner put affirmer avec assurance qu’il « traverse les frontières en ayant pour visa l’immémorial » [tooltips content= »Entretiens avec Ramin Jahanbegloo, Poche, Le Félin, Paris, 2009, p. 70″][1][/tooltips]. Ce viatique coïncidait pour lui avec une certaine idée du classicisme propre à la « grande culture » dont l’élitisme était à ses yeux un titre de noblesse dès lors qu’on s’emploie à rendre accessible et à défendre « ce qui a de la valeur ».

Il fut obligé de reconnaître que la lucidité d’un Joseph de Maistre éclairait davantage les abominations et impasses de notre temps que l’universalisme abstrait 

Il y a donc bien des raisons de lire et relire Steiner dont l’œuvre foisonnante (une trentaine d’essais et fictions) n’est pas celle de ces polygraphes qui clonent leurs livres à défaut de les écrire. Steiner est un auteur au sens fort du terme, car doté de l’autorité qui fait de lui un maître, un éducateur et un transmetteur. Lire, traduire et transmettre constituent le trépied sacré sur lequel il a assis son autorité, et nul ne sut mieux que lui que sans la culture, la transmission n’est que contagion émotionnelle sans portée intellectuelle et spirituelle. Si Steiner est un « classique », c’est que la passion d’étendre son savoir et de comprendre rencontre en lui la juste mesure formelle qui, loin de l’éteindre, la transfigure. C’est pour avoir refusé de « négocier ses passions » que Steiner est à la fois intensément présent dans tout ce qu’il dit, et suffisamment distancé pour que son témoignage ait valeur de vérité. S’il lui arriva de s’interroger sur la tristesse de la pensée qui laisse souvent l’homme « étranger à lui-même et à l’énormité du monde [tooltips content= »Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée (trad. P.-E. Dauzat), Albin Michel, Paris, 2005, p. 181. »][2][/tooltips] », c’est la jubilation d’exister, de pouvoir s’étonner et parler qui finit toujours par l’emporter sur les « intermittences de la raison » et les horreurs de l’Histoire.

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Car il était à ses yeux certains fondamentaux non négociables d’où chaque individu tient sa qualité d’être humain. Parler correctement sa langue tout d’abord, et se familiariser avec celles des autres cultures. Comment prétendre respecter l’Autre quand on ne fait pas l’effort d’apprendre l’idiome à travers lequel il façonne son humanité ? Lire était pour lui un hommage rendu au génie des hommes à travers celui des langues, et face aux écrits dont il s’agissait de faire jaillir le sens, Steiner se comportait en musicien, aussi sensible à la mélodie secrète qu’aux silences qui donnent sa respiration au texte. Apprendre par cœur n’avait donc à ses yeux rien de scolaire dès lors que la mémorisation devient une sorte de « prière du cœur » de l’homme cultivé, accomplissant ainsi une manducation du Livre comparable à celle ordonnée par l’Ange dans l’Apocalypse de Jean. Il n’est qu’à entendre parler Steiner pour sentir à quel point la mémorisation gourmande entretenait en lui le feu secret de la cordialité, gage d’invulnérabilité quand la possession intérieure du livre devient la seule forme de résistance à l’inhumanité.

Les abominations de notre temps

C’est là où s’ouvre la faille, la brisure tragique qui crevasse de bout en bout l’œuvre de Steiner : pourquoi faire tant de cas de la « grande culture » européenne et devoir dans le même temps constater qu’elle ne parvint pas à endiguer la barbarie, quand elle n’en fut pas la complice ? Pourquoi encourager les jeunes à se cultiver si on sait déjà que cela ne fera pas d’eux des êtres vraiment humains, incapables d’humilier et de torturer ? Avouant son impuissance intellectuelle devant l’inexplicable, Steiner n’a peut-être pas trouvé la clé permettant d’ouvrir une porte qui ne serait pas celle du château de Barbe-Bleue [tooltips content= »Dans le château de Barbe-Bleue : notes pour une redéfinition de la culture (trad. L. Lotringer), Gallimard, Paris, 1986. »][3][/tooltips]. Son dédain pour la psychologie de l’inconscient et son manque d’empathie avec les phénomènes de masse ne le prédisposaient sans doute pas à tenter le début d’explication qui dédouanerait au moins partiellement la « grande culture » de ce dont on l’accuse, et conforterait la nécessité plus que jamais actuelle de n’en pas démériter. N’est-ce pas plutôt parce que la culture européenne avait déjà cessé d’être « grande » en se compromettant avec l’insignifiance, que la barbarie a pu en devenir la contrefaçon sinistre ? Qu’attendre en retour, sinon le pire, de la sous-culture actuelle qui est déjà en soi barbarie ?

George Steiner ou quand le dialogue était encore possible

C’est cette incompréhension qui poussa Steiner à tenter de dialoguer avec des adversaires dont certains furent à la fois de très grands écrivains et de minables personnages : liaisons dangereuses ou affinités électives sur un plan infra conscient ou transcendant ? On le lui a reproché, comme si le mépris suffisait à panser les plaies et à purifier les consciences. Steiner a brillamment parlé de l’œuvre d’Heidegger (« une mystique de l’attention pure »), tout comme de Céline, Pound, Rebatet. Le dialogue qu’il a noué avec Pierre Boutang, et qu’il qualifie lui-même de « moment stellaire [tooltips content= »Voir les deux émissions animées par Michel Cazenave (1987) dont le texte a été publié dans Dialogues : sur le mythe d’Antigone, sur le sacrifice d’Abraham, J.-C. Lattès, Paris, 1994). »][4][/tooltips] », souligne a contrario l’indigence actuelle du débat dans une société moralisatrice, mais friande de lynchages médiatiques. La capacité de Steiner à dissocier les plans, et à rétablir l’équité partout où elle est menacée, constitue un témoignage rare de probité intellectuelle et d’humanité. Fasciné par le courage physique dont il se savait privé, il a osé la question dérangeante : Comment me serais-je conduit sous la torture, et quelle vie aurais-je menée sous la dictature ? Il dira même n’avoir pas « vécu son siècle », faute d’avoir connu la prison. Qui, parmi les donneurs de leçons qui sont aujourd’hui légion, se risquerait à tenir un tel discours ?

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C’est aussi qu’il ne croyait plus guère à la vertu civilisatrice des grands idéaux humanistes propagés par les Lumières, et fut obligé de reconnaître que la lucidité d’un Joseph de Maistre éclairait davantage les abominations et impasses de notre temps que l’universalisme abstrait qui n’apporte en fait « aucune valeur de tolérance et d’accueil ». Steiner ne fut à cet égard pas davantage moderne qu’antimoderne, mais toujours sur le fil du rasoir dont le tranchant est émoussé ou affûté par les événements. Moderne par sa confiance dans les progrès de l’intelligence tels qu’ils se manifestent dans les sciences, il reste antimoderne par son refus de « l’américanisation des valeurs », de la marchandisation libérale, de l’illettrisme et de l’amnésie programmés des jeunes générations, familiarisées avec l’inhumain par les médias planétaires : « Je me sens sali moi-même par ce monde », confiait-il, sans avoir pour autant jamais attaqué de front la modernité. Mais peut-on dénoncer « l’énorme erreur de l’optimisme rationnel » sans remettre en cause les pouvoirs de la raison ? Jusqu’où peut-on épouser sa vision de la mission des Juifs de la diaspora, enseignant à tous les hommes comment nager en apnée quand l’Histoire les oblige à s’exiler ou à se cacher, et démontrant par leur survie que « la vérité doit toujours être en exil » ? Apprendre à être les « invités » des autres cultures présuppose pourtant que les groupes humains qui accueillent les exilés ont su donner à leur sédentarité une certaine honorabilité.

À notre époque hargneuse et revendicatrice, Steiner offre avant tout une formidable leçon de gratitude : celle d’un généreux donateur qui remercie d’avoir tant reçu de la vie, et reste éperdument admiratif devant le mystère de la création. Faisant sien le souhait d’Antigone d’« entrer dans la mort comme on rentre chez soi » (Sophocle), Steiner trouvait en même temps à cette formule quelque chose de « casanier » qui ne lui déplaisait pas. Ce fut sans doute sa seule concession avouée à la sédentarité dont il n’a cessé de se méfier.

Entretiens avec Ramin Jahanbegloo

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Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…


Le politologue Dominique Reynié (directeur de la Fondapol) tente d’évaluer les incidences de la crise du coronavirus sur les élections municipales. Premier tour étrange, prévu dimanche.


Martin Pimentel. Les élections municipales des 15 et 22 mars prochains se présentent dans un contexte de grande inquiétude liée au coronavirus. Sans sortir votre boule de cristal, quelles répercussions du virus sur le scrutin imaginez-vous ? Un report de ces élections est-il envisageable ?

Dominique Reynié. La première répercussion qu’on peut imaginer sans spéculer exagérément, est une baisse de la participation, dans la mesure où il y a une invitation générale à ne pas trop sortir de chez soi ou à ne pas se rendre dans des lieux publics lorsque cela n’est pas indispensable. Ces consignes sont martelées matin et soir sur radios et télévisions, donc il va nécessairement y avoir un repli. Et ce qu’on observe déjà dans l’économie, on va l’observer dans la politique.

Le report des élections municipales me paraît en revanche impossible, même si l’on passait en phase 3 ou en cas de scénario à l’italienne dans les tous prochains jours. J’imagine que si on reportait le scrutin, ça ne serait pas de 15 jours, ni même de trois mois.

Reporter après la crise, alors ? Mais on ne sait même pas quand elle va finir. Je n’en sais rien, mais supposons que la crise sanitaire dure sept mois ; Est-ce que les maires retrouvent leur mandat jusqu’à cette date ? Est-ce que la campagne s’arrête ? Ou est-ce qu’elle dure sept mois supplémentaires, ce qui impliquerait de revoir les plafonds des dépenses de campagne ? Je prends des exemples extrêmes, mais tout est très compliqué dans pareille situation. On est de toute façon sûrement trop proche de l’échéance maintenant pour reporter l’élection.

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Concernant l’abstention et son influence sur les résultats, rappelons que l’abstention pèse de plus en plus sur les scrutins municipaux. En 2014, elle a atteint un record historique, avec 38,3% en moyenne ; elle a pu grimper très au-delà de 50% dans certaines municipalités, par exemple à Vaulx-en-Velin (62,1%), Roubaix (60,6%) ou Villiers-le-Bel (61,4%). Selon l’IFOP, 28% des personnes interrogées sont susceptibles de ne pas aller voter à cause du coronavirus. Donc à cause du coronavirus, nous pouvons atteindre un surcroît d’abstention problématique pour la perception même du scrutin. S’il n’y a pas de condition de participation minimale pour valider l’élection d’une équipe municipale, on a évidemment l’idée que cela peut peser négativement sur l’interprétation des résultats.

Mais surtout, l’abstention va-t-elle être préjudiciable à un camp plutôt qu’à un autre, la gauche ou la droite par exemple ? Quels mouvements politiques peuvent pâtir de cette hausse de l’abstention ? Les retraités sont ceux qui votent le plus, ils sont 23% à déclarer pouvoir s’abstenir en raison des risques liés à l’épidémie. Il est certain que s’ils ne participent pas, cela handicapera alors les Républicains et les macronistes. D’un autre côté, les électorats âgés ont tendance à reconduire les sortants. Donc quelle que soit l’étiquette, les élus qui en temps normal avaient bon espoir d’être reconduits dans leurs fonctions peuvent peut-être aussi se faire du souci. Si les électeurs âgés ne se déplacent pas, cela pourrait se faire à leur détriment. N’excluons pas enfin que jeunes et un peu moins jeunes, qui s’abstiennent déjà beaucoup, témoignent d’une sur-abstention par cette crainte du coronavirus.

Une forte abstention ne va pas arranger notre crise démocratique, alors que l’exécutif s’était justement appuyé sur la figure du maire dans le prolongement de la crise des gilets jaunes et du grand débat. Une forte abstention alimenterait une fois de plus le sentiment que le processus électoral n’a pas été parfaitement accompli. On prend cette habitude, parce qu’il y a toujours quelque chose qui au fond est sujet à controverse, soit l’offre politique, soit le contexte… Mais sur les effets plus complets, il est très difficile d’avoir une idée dans la mesure où la crise du coronavirus est en cours de gestion. On verra dimanche si un bilan est tiré par l’opinion.

Les derniers scrutins électoraux ont confirmé le Rassemblement national comme principale force d’opposition politique en France. Mais ce mouvement est mal implanté localement historiquement. Quel résultat électoral serait satisfaisant et pourrait permettre à Madame Le Pen et son parti de se proclamer « grands gagnants » dimanche soir ?

Ils vont avoir des difficultés, puisqu’ils présentent moins de candidats qu’en 2014. C’est déjà une limite à une possible progression, quoi qu’il arrive.

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Maintenant, ce qui peut leur donner des raisons de se satisfaire, ce serait d’emporter Perpignan qui serait la première ville de plus de 100 000 habitants, et parce que Louis Aliot est une des figures importantes du FN/RN. Une victoire à Perpignan et la réélection de Robert Ménard, à Béziers, produirait un effet très favorable au RN. Il faudra en revanche regarder de près la carte des résultats, afin de la comparer avec la géographie des gilets jaunes, car, en raison de la nature même de cette protestation, ce ne sont pas les listes gilets jaunes qui feront de bons scores mais les listes qui auront su réunir les électeurs épars sensibles au mouvement des gilets jaunes.

Le ministère de l’Intérieur n’a recensé qu’une dizaine de listes communautaires à ces élections. Une goutte d’eau, puisqu’il y a plus de 20 000 listes qui se présentent. S’est-on inquiété pour rien ?

Je ne trouve pas. Ce qui ne fait pas de doute, c’est qu’il y a dans notre pays un séparatisme et non pas seulement un communautarisme, comme l’a justement observé le président. C’est un processus par lequel une partie des Français musulmans considère devoir soit suivre des règles qui ne sont pas celles du pays, soit changer les règles qui y prévalent. Il y a bien un projet politique et c’est suffisamment documenté. Le Maire et les barbares, livre d’Eve Szeptel, le documente remarquablement, ainsi que le livre publié aux Presses universitaires de France sous la direction de mon collègue Bernard Rougier, Les Territoires conquis de l’islamisme, ou encore celui de Hugo Micheron, Le jihadisme français. Quartiers, Syrie, prisons, chez Gallimard.

Dans certaines zones du territoire français, cette population issue de l’immigration, de religion musulmane, est importante voire majoritaire. Et là, évidemment, il devient facile pour ceux qui portent un projet islamiste d’essayer de tirer un bénéfice électoral de cette situation en passant à l’étape supérieure. La République permet d’obtenir du pouvoir à travers des scrutins compétitifs.

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Et s’il n’y a que dix listes communautaires identifiées, est-ce qu’il n’y a rien à craindre du point de vue de l’entrisme ou du clientélisme sur les autres listes ?

Le projet politique séparatiste est sans doute minoritaire, mais il est hyperactif et très efficace. Nous finirons par avoir soit des listes communautaires qui l’emportent, soit des élus qui cèdent à la compromission clientéliste sur ce fondement religieux et communautariste pour tenter de conjurer le risque d’être défaits eux-mêmes. Aussi, votre argument sur le faible nombre de listes communautaires n’est pas recevable si l’on considère qu’il s’agit du début d’un processus en cours de déploiement.

UN SIMULATEUR REALISE PAR LA FONDAPOL POUR LES MUNICIPALES

Causeur. Sur le site de votre fondation vous avez mis en place un simulateur électoral qui a l’air assez ambitieux, pouvez-vous nous en dire un mot ?

D. Reynié. On propose sur le site Fondapol un nouveau simulateur électoral qui permet de savoir qui pourrait être le ou la prochain(e) maire dans toutes les communes de 1000 habitants ou plus et qui permet d’anticiper les résultats du 2nd tour. Il permet aussi de déterminer à quelles conditions de report des votes une victoire ou une défaite électorale deviennent possibles sur votre commune. C’est un outil de politologie pour tous.

Cela permet de comprendre les logiques politiques, les logiques de fusion et de transferts de voix. On voit parfois qu’à peu de choses près, un résultat peut passer.

Le maire et les barbares

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Les territoires conquis de l'islamisme

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Le jihadisme français: Quartiers, Syrie, prisons

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Le niveau de résilience alimentaire de la France est très bas

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Coronavirus et résilience alimentaire des populations


Alors que le gouvernement italien vient d’étendre les mesures de confinement à l’ensemble du pays afin de lutter contre la propagation du coronavirus, nombre d’Européens et d’Asiatiques, mais également d’Américains et d’Australiens, ont commencé à stocker des provisions, de l’eau et des produits de première nécessité en vue d’une aggravation de la situation dans les semaines à venir. Au Royaume-Uni, où le nombre de cas déclarés de coronavirus était de 373 le 10 mars (par rapport aux 9172 cas italiens et 1412 cas français à la même date), certaines chaînes de supermarchés ont déjà dû imposer des restrictions sur certains produits alimentaires ou sur les gels hydro-alcooliques, déjà très difficiles à trouver. Dans ce contexte de grande incertitude, auquel est venu se greffer un krach boursier inédit doublé d’une crise pétrolière déclenchée par l’Arabie saoudite, des interrogations se font jour concernant les risques de disruption des chaînes d’approvisionnement en nourriture de nos populations.

Niveau de résilience alimentaire alarmant

En 2008, le chercheur en sciences sociales et ancien conseiller général de l’Aude, Stéphane Linou, a anticipé la menace d’une pandémie grippale qui bloquerait les approvisionnements. Afin de mesurer notre degré d’autonomie alimentaire dans le cadre d’un tel scénario, il avait fait l’expérience de se nourrir, pendant une année entière, exclusivement avec des produits issus d’une zone d’un rayon de 150 km autour de son lieu d’habitation (Castelnaudary). Il en avait conclu que production et consommation n’étant plus territorialisées, nos territoires – même ruraux – ne sont plus du tout autonomes, donc très vulnérables. Les Chinois, pour leur part, n’ont pas attendu pour tenter d’acquérir des terres agricoles sur le territoire français, dans l’optique de disposer de plus de ressources pour nourrir leur propre population, comme on a pu le voir dans l’Indre et l’Allier. Force est donc de constater, selon lui, que le niveau de résilience alimentaire de la France est très bas. Les territoires urbains n’ont que 2% d’autonomie. Il ne faut pas se faire d’illusion quant à nos campagnes, car le milieu rural est aujourd’hui incapable de nourrir les ruraux. Les supermarchés omniprésents donnent aux habitants une impression trompeuse de sécurité alors qu’ils n’abritent en fait que deux jours de stocks et que n’existent que de rares stocks stratégiques d’Etat !

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Dans un livre-enquête intitulé Résilience alimentaire et sécurité nationale, paru en 2019, Stéphane Linou alerte sur les risques pour les populations de ne pas produire suffisamment sur place et de demeurer dans un état alarmant d’impréparation en cas de crise grave. Ses travaux font apparaître la nécessité de « reterritorialiser » la production, d’apprendre à produire sans dépendance pétrolière, d’arrêter de « détruire le foncier nourricier », de se rendre moins dépendant en s’entraînant à consommer moins, à partager voire à changer notre régime alimentaire.

Stéphane Linou joue les Cassandre

Plus intéressant encore, il fait ressortir le fait qu’il ne peut exister d’ordre public sans accès pérenne et totalement sécurisé à la nourriture. Il exhorte les autorités à reconnaître officiellement que nos infrastructures nourricières sont stratégiques pour la survie de la nation. Il est nécessaire, selon lui, de préparer les Français à la “culture du risque alimentaire territorialisé”. Il cite à cet égard le modèle suédois, en tenant compte toutefois des spécificités de la culture française. Il fait référence, pour ce faire, au petit livret d’informations intitulé If Crisis or War Comes (« En cas de crise ou de guerre ») publié par le gouvernement suédois en 2018, qui invite l’ensemble de la population à constituer des stocks au cas où une guerre, un attentat, une cyberattaque, des accidents graves ou des catastrophes naturelles, venaient à interrompre l’approvisionnement en eau et en nourriture. Dans l’optique suédoise, seule une préparation adéquate des populations en amont est susceptible d’aider les individus et la société dans son ensemble à résister à des situations de stress importantes.

Les conclusions majeures de Stéphane Linou sont depuis remontées vers les décideurs politiques. L’ouvrage a reçu le Prix « Information préventive et résilience – Vigilance » décerné par le Forum des Risques Majeurs en 2019. Le proche avenir nous dira si ses recommandations ont été prises en compte.

Au Bal des débutants politiques, joue-la comme Dhorasoo!

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© Causeur

« Je suis très choqué par le fait qu’il n’y a pas une seule tête de liste noire au sein de Paris en Commun » affirme Vikash Dhorasoo pour dénigrer sa rivale Anne Hidalgo. Plus délirant que la maire sortante, c’est donc possible ! Écriture inclusive, racialisme et soutiens gauchistes : la candidature du footballeur dans le 18e arrondisseement est une impressionnante caricature.


Après avoir compulsé l’Assimil de la novlangue politicarde et « inclusive », Vikash Dhorasoo s’est donc lancé dans l’action politique et brigue un mandat dans le 18ème arrondissement de Paris.

« Ils et elles sont artistes, intellectuel.le.s, chef.fe.s d’entreprise, sportif.ve.s, élu.e.s, militant.e.s… Pour eux (Carton jaune ! cher Vikash, il fallait écrire : pour elles et pour eux), Paris c’est le mélange des cultures, pas vraiment celui d’une carte postale », a gazouillé le 8 mars l’ancien footballeur à propos d’une lettre de soutien parue dans le JDD du 7 mars.

Commençons par étudier le nom de la liste de Dhorasoo : « Décidons Paris ! ». Impératif étrange qui laisse pour le moins perplexe. Magnanimes, nous supputons une erreur au moment de l’impression des tracts et affiches : Vikash Dhorasoo, possible grand connaisseur de la mythologie grecque, voulait peut-être que soit écrit « Décidons Pâris ! », du nom du prince royal qui enleva Hélène et déclencha la guerre de Troie ? Allusion subtile à la volonté d’éviter une possible guerre politique à Paris ? Nul ne sait. Et nul ne saura sans doute jamais. Avec la perte de son accent circonflexe, ce Jugement de Paris ne nous dit plus rien.

Le candidat des « racisés »

Vikash Dhorasoo est bien décidé à ratisser large, c’est-à-dire racisé, métissé, inclusif, écologiste, féministe, et tout et tout…

Racisé, oui, et avec le moins de blancs possible. Cela semble être une obsession chez cet homme à la pensée aussi ébouriffée que la coiffure. Lors du dernier G7 à Biarritz, il sifflote : « Salut les hommes blancs du G7 ! J’imagine que vous discutez de croissance… », en oubliant que parmi les « hommes blancs » il y a… Angela Merkel !

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Plus tard, devançant les comptes ethniques d’Aïssa Maïga lors de la dernière cérémonie des César, il déclare (Le Point du 11 nov. 2019) : « Je veux défendre les classes populaires, les chômeurs, les exclus et la diversité. Je suis très choqué par le fait qu’il n’y a pas une seule tête de liste noire au sein de Paris en Commun » (liste d’Anne Hidalgo).

Inclusif, soit, mais pas entièrement, car si l’écriture morse dite « inclusive » l’agrée, les symboles de la France le font frémir d’horreur : « Ces symboles-là ne me conviennent pas, le drapeau, la Marseillaise ça ne me convient pas. C’est encore stigmatiser et dire vous ne connaissez pas la Marseillaise donc vous n’êtes pas français » lâche-t-il à Léa Salamé sur le plateau d’ONPC le lendemain des attentats de novembre 2015. « On doit être ensemble, français ou pas français » (sic), finira-t-il par trancher pataphysiquement.

Simmonet connait la musique

Au journal La Croix (23 nov. 2019) il dévoile son intérêt pour « tout ce qui est écologie, antiracisme, féminisme, social », et prouve qu’il est possible de se ridiculiser, simplement, d’une phrase creuse et rabâchée, avec les meilleures intentions du monde. Il n’est pas le seul. Mais Dhorasoo y met une hargne toute particulière, celle des bizutés du Bal des débutants politiques. Il faut dire que sa cavalière et colistière, Danielle Simonnet (LFI), est un professeur de danse qui a fait ses preuves : ex-étudiante de Nanterre, ex-syndicaliste de l’Unef, ex-socialiste, actuelle conseillère de Paris donnant des « conférences gesticulées » aux titres prometteurs – Uber, les salauds et mes ovaires (c’est du brutal !) – initiatrice du remplacement des mentions père et mère par celles de parent 1 et parent 2 pour les formulaires de demandes d’actes d’état civil, Madame Simonnet maîtrise toutes les figures et arabesques des valses et autres javas politiques.

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Tout était par conséquent réuni pour que la liste « Décidons Paris ! » reçoive le soutien des plus éminents représentants politiques, écologiques, antiracistes et féministes de la capitale. Ces derniers désirent un « mélange des cultures » et un « Paris métissé ». Ils rêvent de « voir les parisien.ne.s se balader, tranquilles, faire des pique-niques en famille ou entre potes, jouer ensemble, passer du temps à prendre soin d’eux. »

Quels sont les signataires de cette tribune mollassonne qui promet un avenir radieux aux Parisiens qui voteront pour Vikash Dhorasoo ? Virginie Despentes, admiratrice des frères Kouachi, misandre affirmée, écrivain sans autre style que celui de la vulgarité et de la langue défaite par l’abus de tout sauf de l’intelligence ; Rokhaya Diallo, proche des « indigénistes » et des « décoloniaux racisés », persuadée que le pansement blanc est raciste et que le cheveu crépu est stigmatisé ; Joey Starr, artiste qui s’est vu condamner à de multiples reprises pour violences sur ses ex-compagnes et que Virginie Despentes, si prompte pourtant à dénoncer les violences masculines, apprécie énormément ; Juan Branco, vidéaste amateur, avocat amateur, révolutionnaire amateur; Laurence De Cock, agrégée d’Histoire, pour les ateliers non-mixtes du syndicat Sud Éducation mais contre une France aux « racines gauloises et occidentales » (Médiapart juin 2014). Suit une palanquée de signataires professionnels de LFI, François Ruffin, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Danièle Obono…

« C’est le moment de se faire la passe ! » piaille à l’instant l’ancien footballeur sur son compte Twitter. Gageons qu’avec de tels soutiens, cette équipe de choc passera difficilement les poules qualificatives. Mais bon, nous ne sommes pas Cassandre…

«L’égalité filles-garçons», cheval de Troie de la théorie du genre?

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butler theorie genre braunstein
Judith Butler, 2012. Sipa. Numéro de reportage : AP21294249_000001

Anne-Sophie Nogaret s’infiltre dans une curieuse formation. Sous couvert de lutte contre les « inégalités », on en arrive à passer les textes des grands philosophes à la moulinette féministe.


Les 3 et 4 février 2020, un stage intitulé « Les inégalités femmes-hommes » destiné aux professeurs de philosophie se déroulait à Paris. La loi ignorant la sexuation, on comprend d’emblée que ces inégalités (dont il est sous-entendu qu’elles ne s’exercent qu’au détriment des femmes) sont l’expression larvée et protéiforme d’une domination masculine qui ne dit pas son nom.

On ne peut plus se contenter de passer les textes au scanner du genre : pour que l’esprit philosophique vienne aux femmes et que cesse enfin leur souffrance, il faut promouvoir un corpus adapté à leur sensibilité

Aristote, ce philosophe masculiniste bien connu

« Comment sensibiliser les élèves aux questions de genre ? » La formatrice, Audrey Benoît, annonce la couleur aux 25 professeurs de philosophie inscrits, sans autre précaution oratoire. Avant d’enfoncer le clou : comment initier les lycéens aux thèses de Judith Butler alors que celle-ci ne fait pas partie des auteurs au programme de philosophie ? Si l’on se place du point de vue féministe, qui tend à confondre égalité et parité, l’histoire de la philosophie, qui ne reconnaît du bout des lèvres que quelques femmes, est effectivement inégalitaire. Cette relative absence des femmes philosophes ne pouvant s’expliquer par une faible appétence (ou pire encore, une moindre capacité !) pour l’abstraction, Aurélie Knüfer, une autre formatrice, en conclut que « la manière dont les philosophes parlent des femmes a conduit à une exclusion de celles-ci hors du champ de la philosophie ». En somme, le problème vient du sexisme des philosophes, un secret bien gardé pour d’évidentes raisons de solidarité entre mâles dominants et souhaitant le rester. Ainsi, poursuit la jeune femme, agrégée et maître de conférences, personne n’a jamais osé relever que la distinction opérée par Aristote entre forme et matière était odieusement sexiste…

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Jusque-là, rien que de très banal : depuis des décennies, la misogynie et le patriarcat sont systématiquement invoqués pour expliquer la faible proportion de femmes artistes, scientifiques, politiques, chefs d’entreprise, etc. Comme le progrès ne saurait être un vain mot, il faut aller plus loin, ce à quoi s’emploie Aurélie Knüfer. Les philosophes, dit-elle, tiennent des « discours de haine » envers les femmes, ils les « injurient ». « Traumatisées » par la philosophie et son histoire sexiste, les femmes n’ont aucune envie de réitérer le trauma en lisant Kant ou Hegel, ni même des critiques féministes de ces auteurs. On ne peut plus se contenter de passer les textes au scanner du genre : pour que l’esprit philosophique vienne aux femmes et que cesse enfin leur souffrance, il faut promouvoir un corpus adapté à leur sensibilité. Ainsi annonce-t-elle sans faiblir la prochaine étape : la réforme du canon philosophique, qu’il faut « relire et réécrire ». Le narrativisme, telle est la solution !

Les femmes prennent leur revanche

Grands textes philosophiques passés à la moulinette féministe, mise en avant de philosophes femmes exhumées des oubliettes, décentration du logos rationnel au profit de la sensibilité émotionnelle, la réécriture du canon prôné par la Canadienne Lisa Shapiro arrive ainsi en France, par le biais des stages de formation recommandés par les inspecteurs de philosophie et agréés par les rectorats – courroies de transmission du ministère.

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Pour aggraver l’affaire, cette idéologie qui voit tout à l’aune de la domination se conjugue naturellement avec le discours d’autres dominés réclamant eux aussi leur part de revanche et de « narratifs » correctifs. Autrement dit, le discours du genre et celui de la race vont de pair. « L’histoire de la philosophie est une bibliothèque coloniale », confirme Aurélie Knüfer, citant V.-Y. Mudimbe : « La femme comme le Noir est constitué comme l’Autre de la philosophie, de la raison et de l’action », conclut la jeune femme, qui organise à l’université de Montpellier un séminaire intitulé « Pour une histoire féministe et décoloniale de la philosophie ». Non contents d’être sexistes, les philosophies sont racistes.

Cette alliance des dominés explique sans doute que le cas de Mila n’ait pas été évoqué une seule fois lors de cette journée philosophique et féministe. Lorsque les islamistes entrent en jeu, il n’y a plus de « genre » qui tienne face à la « race », même pour les plus féministes de nos femmes savantes.

Du Mammouth au Titanic: La déséducation nationale

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L’emploi du mot race n’est plus tabou en France

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Journaliste et essayiste, Géraldine Smith est l'auteur de "Vu en Amérique" (2018) et "Rue Jean-Pierre Timbaud" (2016). © Hannah Assouline

L’essayiste franco-américaine Géraldine Smith analyse l’américanisation progressive de nos mœurs et modes de vie. Venus des campus américains, culture de la dénonciation, néoféminisme inquisitorial et règne des minorités fondent sur une France fracturée.


Causeur. Depuis 1945, la culture américaine influence grandement l’Europe et le monde, du hamburger aux films d’Hollywood en passant par la contre-culture contestataire née pendant la guerre du Vietnam. Notre pays vit-il toujours à l’heure américaine ?

Géraldine Smith. Plus que jamais. Et ce, sous l’effet de deux phénomènes qui se conjuguent. D’abord, le soft power américain ne s’est pas démenti depuis 1945 : Hollywood, Amazon, Google, Netflix, le rap, le basket et les « influenceuses » mode ou beauté des réseaux sociaux en sont aujourd’hui les vecteurs. Les jeunes Français se promènent en maillots de la NBA et apprennent l’anglais en regardant Narcos. Ils suivent les régimes keto et paléo des stars californiennes. Bref, on continue à copier une Amérique puissante, innovante, parfois excentrique et souvent en avance.

Ensuite, la France ressemble aujourd’hui de plus en plus à l’Amérique parce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Par exemple, le temps quotidien passé à faire la cuisine ne cesse de diminuer dans l’Hexagone – il est d’environ 50 minutes par jour, tous repas confondus. Uber Eats livre des tacos, burgers et pizzas à la moitié de la population française. Même si les Français ne rêvent sans doute pas de devenir aussi gros que les Américains (dont 40 % des adultes sont obèses), les horaires de travail désynchronisés et l’explosion des activités extrascolaires compliquent l’organisation des repas. Les cuisines sont de plus en plus petites en raison du prix des loyers. La multiplication des restrictions alimentaires – lactose, gluten, viande rouge… – rend suspect tout ce qui ne ressemble pas à un brocoli. Enfin, les écrans détrônent les fourneaux. Exactement comme aux États-Unis, où les émissions de cuisine genre « Top chef », que l’on regarde en mangeant une pizza livrée, font un carton.

Certes, mais ce rapprochement des modes de vie n’induit pas forcément une convergence anthropologique. Lorsque l’affaire Griveaux a éclaté, beaucoup ont dénoncé l’irruption du puritanisme américain dans la vie politique française. Leur donnez-vous raison ?

Non. L’affaire Griveaux, ce n’est pas le puritanisme religieux américain qui gagne la France puisque la classe politique a été quasiment unanime à le défendre plutôt qu’à l’enfoncer. Et personne ne lui a encore demandé de faire repentance ou d’aller se faire soigner dans un centre pour addictions sexuelles, comme cela aurait probablement été le cas en Amérique.

À lire aussi: Puritanisme ? Pas vraiment

En revanche, on assiste là aux prémices françaises d’une nouvelle quête de pureté qui fait fi du respect de la vie privée, de la présomption d’innocence, du débat contradictoire et de la liberté d’expression. Raciste, homophobe, sexiste, machiste : les accusations pleuvent au moindre écart de langage ou de comportement. Dans cette vision manichéenne, rien ne doit entraver le triomphe d’une justice réparatrice, surtout à l’égard des « victimes » de l’Histoire que sont les femmes, les Noirs, les minorités sexuelles ou les immigrés. Bien sûr, on peut se demander qui confère ce statut de victime, et la supériorité morale qui va avec, de quel droit et pour quelle durée. Toujours est-il que ce zèle justicier a fait sortir de sa réserve l’ancien président Obama. En octobre dernier, il s’en est pris à cette culture de dénonciation – call-out culture – et à la surenchère sur les réseaux sociaux et campus universitaires à laquelle se livrent les « éveillés » – woke – autoproclamés. Obama a eu des mots très durs : « Ce n’est pas comme ça qu’on change le monde. Si tout ce que vous faites, c’est jeter des pierres, vous n’irez pas très loin. » Évidemment, cette critique s’inscrit dans la campagne électorale en vue de la présidentielle, en novembre. Obama craint que le Parti démocrate perde de nouveau parce que les inquisiteurs moraux auront poussé l’Amérique profonde et une partie de la classe moyenne dans les bras de Trump.

Trump fait figure de chien lâché dans le jeu de quilles du politiquement correct. Prenons l’exemple du consentement aux relations sexuelles, devenu une notion clé depuis #metoo. Aux États-Unis, le consentement est une notion qui varie selon les États. De sorte que, l’accord mutuel initial des partenaires est susceptible d’être mis en doute. Dans cette situation d’insécurité juridique permanente, le mâle est-il présumé coupable de harcèlement et de violence sexuelle ?

La qualification juridique peut en effet différer d’un État à l’autre. Il s’y ajoute que les campus universitaires ont leurs propres règles – le doute y bénéficie systématiquement à la victime présumée – et les appliquent sans recours judiciaire. Même en l’absence de preuves, un présumé coupable peut donc être expulsé de l’université sans autre forme de procès. Cela dit, par rapport à l’obligation élémentaire de s’assurer du consentement de son partenaire sexuel, je ne suis pas sûre que l’arbitraire d’aujourd’hui soit pire que l’arbitraire d’hier, qui était trop souvent favorable aux agresseurs.

Cependant, les Américains sont peut-être passés d’un extrême à l’autre au nom de la défense des minorités. Par exemple, en 2016, une « guerre des toilettes » a fait rage en Caroline du Nord, où des militants transgenres contestaient « l’assignation des toilettes en fonction du sexe assigné à la naissance » tandis qu’une partie des féministes s’est opposée à l’intrusion d’hommes se sentant femmes dans les lieux d’aisance féminins. La quête d’« espaces sûrs » (safe spaces) de la part des féministes, transgenres ou militants antiracistes manifeste-t-elle avant tout une peur de l’altérité ?

La recherche de refuges – des « espaces sûrs » – traduit en même temps qu’elle accroît l’anxiété qui ronge la société américaine. Un Américain sur cinq souffre officiellement de troubles anxieux, contre 10 % en France – où cela s’aggrave cependant ! Plus l’on reste entre soi, moins l’on connaît les autres et plus on s’en méfie, c’est un cercle vicieux. Et de toute façon, qu’est-ce qu’un espace sûr ? Tout le monde crie « pouce » comme si le monde alentour était une jungle où l’on risquait sa vie. Ce point de départ est en soi anxiogène ! Ce qui est sûr pour moi ne le sera pas forcément pour vous. C’est donc une notion subjective qui repose sur le « ressenti » de chacun. Or, à partir de là, tout s’emballe, comme dans la guerre des toilettes. Au nom de quel risque faudrait-il faire le tri entre des « vrais » femmes et hommes, si tous finissent de toute façon seuls à l’intérieur d’une cabine ? On voit bien, ici, que ce n’est pas le danger qui est à l’origine de la peur, mais la peur qui se fixe sur l’Autre comme source de danger.

Cette dynamique centrifuge est-elle inhérente à la société américaine ?

Non. L’Amérique a longtemps fonctionné comme un melting pot. Trump a-t-il raison de penser que ce n’est plus le cas, que le melting pot ne se fait plus parce que, depuis 1964, l’origine des immigrés a changé ? Avant, neuf sur dix venaient de l’Europe ; depuis, c’est l’inverse. Je n’en suis pas sûre. Mais je constate avec inquiétude que la réalité et la perception divorcent souvent, et pas seulement chez les Blancs hostiles à l’immigration en provenance des pays pauvres. Depuis que leurs droits civiques (civils rights) ont été reconnus aux Noirs américains, également en 1964, des progrès très importants ont été accomplis pour combler le fossé entre Noirs et Blancs. Cependant, le sentiment prévaut parmi eux que leur situation est pire que jamais. En 2001, 70 % des Noirs et 62 % des Blancs américains pensaient que leurs relations étaient plutôt bonnes, voire très bonnes. En 2016, un an avant l’élection de Trump, ils n’étaient plus que 49 % des Noirs et 55 % des Blancs à le penser. Depuis, Trump n’a rien arrangé… Je comprends d’autant moins que de nombreux Français, et pas seulement chez les Indigènes de la République, soient fascinés par le modèle américain, en dépit de son échec.

À lire aussi: Etudes décoloniales, «intersectionnalité», indigénisme: la face cachée du progressisme

En somme la société multiculturelle américaine est menacée, comme la société républicaine française, par l’archipellisation, voire le tribalisme ?

La conception américaine de l’antiracisme se répand dans nos universités et lieux de savoir, où l’on se délecte de vocabulaire importé : « blackface », « appropriation culturelle », « suprématie blanche »… Partout, l’entre-soi progresse au détriment de l’ouverture. Partout, on semble se sentir mieux dans la compagnie de ceux qui vous ressemblent physiquement ou qui pensent comme vous – l’un étant d’ailleurs souvent supposé garantir l’autre. En plus des alvéoles identitaires que sont souvent les réseaux sociaux, la multiplication des chaînes de télévision a décuplé les cavernes postplatoniciennes – à chacun la sienne.

Une dernière frontière identitaire semble encore séparer la France des États-Unis : la race. Dans la société américaine, déclarer son appartenance raciale est monnaie courante alors que le simple mot « race » demeure tabou en France. Malgré les progrès dans l’Hexagone de l’idéologie « décoloniale » et indigéniste, notre pays reste-t-il plus attaché aux marqueurs et clivages sociaux qu’aux problématiques ethniques ?

Je ne suis pas d’accord. L’emploi du mot race n’est plus tabou en France même si, comme dans votre question, l’adjectif « ethnique » sert de feuille de vigne. Quand j’étais jeune journaliste, en 1990, nos rédacteurs en chef proscrivaient qu’on utilise les mots « Blancs » ou « Noirs » pour qualifier une personne. C’était considéré comme raciste. D’où les contorsions, les périphrases et, finalement, le recours au « black ». Aujourd’hui, il est devenu banal de parler « des Blancs » ou « des Noirs ». Quant à l’usage du terme « race », il est employé avec enthousiasme par les partisans du nouvel antiracisme – exactement comme aux États-Unis ! Ici et là, l’argument est le même : « oui, bien sûr, la race n’a aucune valeur scientifique mais, au nom du combat contre le racisme, il faut bien reconnaître sa réalité. » Pour finir aussi raciste que le raciste ? Sur ce terrain, on observe une sorte de chassé-croisé entre les États-Unis et la France : en France, où l’on a longtemps expliqué les inégalités exclusivement à travers le prisme socio-économique, la couleur de peau gagne en importance dans le débat public. En Amérique, depuis toujours obsédée par la race, on découvre l’importance des inégalités socio-économiques. Le succès de Bernie Sanders en témoigne.

Vu en Amérique... Bientôt en France

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Erdogan, sultan aux pieds d’argile

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Le président turc Erdogan s'adresse aux membres de son parti (AKP), Ankara, mars 2020. Auteurs : Burhan Ozbilici/AP/SIPA. Numéro de reportage : AP22437347_000002

 


Le président turc Erdogan lâche des réfugiés syriens sur les îles grecques pour pousser les Européens à le soutenir dans sa lutte contre l’armée syrienne à Idleb. Cette nouvelle crise des migrants va laisser des traces durables, notamment pour la Grèce qui doit gérer seule une crise migratoire sans l’appui des autres pays européens. Certes, Athènes en a l’habitude mais la solidarité européenne révèle ses limites. S’il fallait encore le démontrer, la diplomatie bruxelloise est une coquille vide incapable de peser sur Ankara.


Recep Tayyip Erdogan joue gros. Très gros. Il est loin le temps où le frère Erdogan, enfant des quartiers pauvres de Kasimpasa, régnait sur une nation en plein expansion économique avoisinant les 10% de croissance économique dans les années 2000. Loin aussi le temps où il régnait sur un parti tout-puissant dont l’islamisme se mâtinait de libéralisme économique, faisant de l’AKP un UDF ottoman aux yeux de certains observateurs. Puis le retour de quelques foulards dans les universités avait progressivement effrité cette image modérée.

Frustration ottomane

Aujourd’hui, la donne a littéralement changé. L’AKP a perdu les élections dans les deux plus grandes villes turques, Ankara et Istanbul. Plusieurs piliers du mouvement comme l’ancien président de la République Abdullah Gül ont quitté l’AKP pour créer de nouvelles formations. Et la situation économique de plus en plus grave menace son bilan.

L’AKP et la Turquie ont besoin d’un nouveau souffle. Erdogan joue la carte d’une politique étrangère agressive car il se sait en perte de vitesse à l’intérieur de l’Anatolie. On compense la récession comme on peut. En l’occurrence, le président turc se rêve à la fois en héraut d’un monde sunnite en manque de leader charismatique et en nouveau sultan ottoman. La nostalgie de l’Empire ottoman est très forte et dessine aujourd’hui la diplomatie turque. Les îles grecques, anciennes Dodécanèse, la Cyrénaïque, le Fezzan ou le pays de Cham sont effet de terres ottomanes perdues entre 1912 et 1920. Et aujourd’hui, cette frustration ressort.

Sur le front syrien, les radars médiatiques sont tournés vers Idleb. Les Turcs y appuient militairement une Armée syrienne libre noyautée par les anciens membres d’Al-Qaïda et autres groupuscules islamistes contre les troupes de Bachar Al-Assad soutenu au sol par les Iraniens, et dans les airs par les Russes.

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Ankara intervient également en Libye. La presse française semble avoir oublié que ce pays est toujours en guerre. Que des migrants venus d’Afrique subsaharienne tentent toujours de rejoindre Lampedusa. Que le Sahara libyen abrite de plus en plus d’islamistes près à en découdre après le fiasco levantin.

Opération Libye 

Or, les députés turcs ont voté le 2 janvier une motion permettant au président Recep Tayyip Erdogan d’envoyer des troupes en Libye pour soutenir le gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU mais menacé par une offensive du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, soutenu notamment par l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Russie et l’Égypte. Officiellement, la Turquie intervient dans la région à la demande de Tripoli pour contrer le renfort de mercenaires russes soutenant les troupes d’Haftar. Le soutien militaire turc au gouvernement de Fayez al-Sarraj intervient après la signature, le 27 novembre dernier, d’un accord controversé entre Ankara et Tripoli qui prévoit une coopération renforcée en matière de sécurité entre les deux parties et la démarcation des frontières maritimes entre elles. Lors d’une session parlementaire extraordinaire, 325 députés turcs ont voté pour et 184 contre un texte qui donne à l’armée un mandat pour intervenir en Libye, valable pendant un an. Les principaux partis d’opposition se sont opposés au texte. A leurs yeux, une intervention en Libye pourrait déstabiliser la région et entraîner la Turquie dans une guerre coûteuse. Et l’opinion publique est de plus en plus soucieuse de la mort de ces soldats à l’étranger. Fini, le temps où l’opinion appuyait toute intervention au-delà des frontières, notamment pour combattre les Kurdes.

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Mais il n’est plus question de reculer. L’entraide turco-tripolitaine s’inscrit dans le cadre de la présence croissante d’Ankara en mer Méditerranée. La Turquie tente de contester l’influence de Moscou dans toute la région comme elle l’a fait en Syrie. Se dessine ainsi un affrontement clair entre une Russie soucieuse de défendre des régimes autoritaires et anti-islamistes et une Turquie soutien de partis islamistes sous paravent démocratique.

Ankara vs. Moscou

Démocrate-islamiste contre autoritarisme « laïc » ? Le prisme philosophico-théologique est bien entendu insuffisant. La Turquie a également une dent contre Le Caire, autre soutien d’Haftar. Les relations entre l’Égypte et Ankara sont très tendues depuis que l’armée a renversé le président islamiste Mohamed Morsi en 2013. Les raisons sont toujours plus profondes et le pétrole reste le nerf de la guerre. Il faut savoir que le Libye est le théâtre d’une course aux forages d’hydrocarbures avec la découverte d’importants gisements ces dernières années. En raison de l’accord maritime conclu en novembre 2019, qui étend considérablement son plateau continental, la Turquie a plus que jamais besoin du gouvernement libyen d’al-Sarraj pour faire valoir ses revendications en Méditerranée orientale face à la Grèce, Chypre et l’Egypte.

Mais Ankara tente également de contrer l’accord « Eastmed » entre la Grèce, Chypre et Israël. Ce pacte sert à sécuriser sur 1870 kilomètres l’approvisionnement énergétique de l’Europe face aux tentatives turques de contrôle de la Méditerranée orientale.

Après avoir accumulé les impairs au Proche-Orient, les Occidentaux ne semblent pas davantage comprendre la politique turque en mare nostrum.

Dekra rentre dans le rang

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© D.R.

La multinationale du contrôle auto fait son mea culpa six ans après un scandale sexiste dans une publicité.


À Tarnos (Landes), un scandale déclenché en 2014 par l’antenne locale de Dekra, le roi du contrôle technique automobile, vient de trouver une fin édifiante. À l’époque, une série de publicités un poil provocantes montrait des hommes et des femmes nus sur lesquels avaient été apposées des mentions « OK » aux endroits stratégiques. Le tout assorti du slogan « Rien ne nous échappe, on contrôle tout ». Les âmes sensibles du clergé féministe gascon et basque s’étaient alors indignées, l’adjointe écolo au maire de Bayonne Martine Bisauta y allant même de son petit caftage à l’Autorité de contrôle de la publicité professionnelle. Ladite institution avait alors envoyé illico une lettre recommandée à Dekra, dont le siège parisien s’était courageusement défaussé sur l’agence de Tarnos, obligée de se flageller en place publique.

Six ans plus tard, Dekra est passée de l’expiation à la rédemption. Le 17 février dernier, la direction de l’entreprise a annoncé « se donner pour objectif de favoriser le bien vivre-ensemble, qui repose notamment sur une culture exempte de sexisme ». Le groupe va notamment « sensibiliser l’ensemble des collaborateurs à la question du sexisme via des modules de formation, des journées dédiées, des supports de communication » et ainsi faire en sorte « d’éviter tout biais sexiste sur les fiches de postes, offres d’emplois ». Miracle !

Et comme du néoféminisme à l’idéologie du genre, il n’y a qu’un pas, Dekra s’efforcera de « construire une communication interne et externe dépourvue de stéréotypes de genre en veillant à promouvoir une communication éliminant les représentations fondées sur des stéréotypes genrés ». En gros, des commissaires politiques veilleront à ce que les salariés ne rigolent pas trop grassement sur fond de calendrier Pirelli. Exit les blagues salaces du Salon du camion. Un programme aussi réjouissant devait donner du travail aux « agences de conseils en égalité professionnelle » tels qu’Egalis, la PME de Caroline De Haas. Les métiers inutiles ont décidément de l’avenir.

Africains d’adoption?

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Photo prise lors de la suppression de la ségrégation dans les lieux publics à Johannesburg. © KUUS/ SIPA

Depuis le début de l’année, une question taraude les réseaux sociaux sud-africains : pourquoi les Afrikaners, ces descendants de colons néerlandais, allemands et français, ne sont-ils toujours pas appelés Africains ?


L’Afrique du Sud n’a toujours pas pansé ses blessures héritées de l’Apartheid. Depuis le début de l’année, une question taraude les réseaux sociaux sud-africains : pourquoi les Afrikaners, ces descendants de colons néerlandais, allemands et français, ne sont-ils toujours pas appelés Africains ? Sur Twitter, un dénommé Brian Adams a interpellé l’Alliance démocratique, principal parti d’opposition majoritairement blanc, sur le sujet : « Les Noirs vivant en Europe sont appelés Européens, mais les Blancs qui vivent en Afrique depuis plus de trois cents ans ne peuvent pas être appelés Africains ! » Inversant la rhétorique victimaire, l’internaute a également dénoncé les cas avérés de « white face » lors d’une récente parade à Cap Town : « Pourquoi un Blanc qui se peint en noir est-il raciste, mais pas l’inverse ? » La présidente de l’Alliance démocratique Helen Zille a renchéri en dénonçant « une campagne concertée pour délégitimer et diaboliser les minorités », c’est-à-dire les Blancs. « Arrêtez de mentir, les Noirs vivant en Europe ne sont pas appelés Européens. Ils sont appelés Africains en Europe », a répondu sèchement un internaute africain.

Au pays de Mandela, le moindre tweet réveille le spectre de la guerre civile. Au fil des joutes virtuelles, le débat a clairement pris un tour historico-racial. D’aucuns évoquent l’implantation des Boers dès le xviie siècle dans la région du cap de Bonne-Espérance, ce qui les rendrait aussi africains que les Zoulous. Et l’Apartheid se rappelle au souvenir de tous lorsque certains twittos publient de vieilles photos de pancartes ségrégationnistes, « Réservé aux Européens ». Lynché par ses contradicteurs, Brian Adams a de plus vu son compte suspendu par Twitter qui l’accuse de faire l’« apologie de la haine ».

Praud menacé de mort, Le Monde l’enfonce

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Pascal Praud. Image: capture d'écran Cnews

Semaine éprouvante pour Pascal Praud ! Tandis que le journaliste de Cnews est menacé de mort dans un morceau de rap, Le Monde s’inquiète: « les ultraconservateurs sont souvent majoritaires » dans nombre d’émissions.


L’actualité fait parfois l’objet de fâcheuses coïncidences. Tandis que dans un clip, les rappeurs Sneazzy et Nekfeu menaçaient de mort le journaliste Pascal Praud pour crime d’islamophobie, le journal Le Monde consacrait une double-page sur un nouveau fléau contemporain bien connu: la montée du populisme dans les médias. Parmi les nombreuses cibles, un article est presque exclusivement réservé à CNews, la chaîne de Vincent Bolloré où officie justement Pascal Praud dans son émission quotidienne à succès, L’heure des pros.

Pas d’amalgame, bien sûr, mais tout de même, ce climat de dénonciation envers les journalistes qui critiquent la montée de l’islamisme en France est troublant.

Le procureur de Paris a d’ailleurs fini par ouvrir une enquête sur les injures des artistes: « Les journalistes salissent l’islam, sont amateurs comme Pascal Praud, ça mérite une balle dans le cervelet, le canon au fond de la bouche ». On a eu les excuses des rappeurs mais on attend toujours le communiqué de soutien de la société des journalistes du Monde.

Le Monde mettrait bien Cnews en quarantaine

Samedi 7 mars, alors que la polémique enfle sur Twitter, Pascal Praud doit au contraire subir un énième papier dénonçant le choix de ses chroniqueurs. Sous le titre « Des polémistes droitiers omniprésents sur les chaînes d’info », Nicolas Truong enfonce le clou et fait appel à l’expertise d’un « critique télévisuel pour Télérama » afin d’appuyer sa démonstration.

Malheureusement l’intéressé, Samuel Gontier, ne fait pas dans la dentelle. La neutralité qu’on aurait pu attendre d’un expert manque cruellement : « par cynisme, clientélisme ou idéologie, la mouvance extrême droitière est souvent majoritaire dans nombre d’émissions de chaîne d’info ». Comme il faut bien être précis, quelques noms sont alors jetés en pâture: « Sur les plateaux de Laurence Ferrari ou de Pascal Praud sur CNews, le rapport entre progressistes et réactionnaires est de 1 pour 4« . « Le problème, c’est que ces débats répétés ad nauseam sur l’islam font de l’audience » déplore le chroniqueur télé de Télérama. Tous ces Français qui regardent Zemmour, Praud et Lévy salir l’islam, comment est-ce Dieu possible en 2020? Il faudrait les faire taire, mon bon Monsieur !

Le « national-populisme » serait à la manœuvre dans des médias français autrefois paisibles

« Façonnage des consciences? » se demande faussement le plumitif du Monde auprès de « la polémiste » Elisabeth Lévy [directrice de Causeur NDLR], laquelle « ironise » sur ces « représentants du camp du bien tellement habitués à débattre entre eux qu’ils n’en sont toujours pas revenus que leurs contradicteurs aient le droit de s’exprimer ».

Visiblement peu amusé par le trait d’humour, Nicolas Truong se tourne vers la très objective Audrey Pulvar (actuellement en campagne pour Anne Hidalgo, mais il est sans doute inutile de la préciser aux abonnés du Monde) afin de décrypter la situation. Pour l’ancienne compagne d’Arnaud Montebourg et ex-journaliste à I-télé, Patrick Buisson, Étienne Mougeotte et Charles Villeneuve sont trois hommes de médias « aux idées droitières et aux valeurs masculinistes, à la manœuvre. » Cela se confirme, nous serions bien manipulés par les médias français machistes.

Mais ce n’est pas terminé. Pour Samuel Gontier: « il y a d’évidence un effet de milieu social. Ces polémistes se confortent idéologiquement et se cooptent dans des émissions qui sont des tremplins professionnels« . Complotisme un peu cocasse de la part d’un journaliste de Télérama qui parle au Monde.

Mais le mot de la fin est réservé à Jean-François Kahn, ancien directeur de Marianne: « Le néofascisme est sans doute plus médiatique qu’intellectuel ». Que faut-il comprendre exactement ? Nicolas Truong a-t-il bien compris le sens de la phrase citée ? Et si le « néo-fascisme » médiatique, ce n’était pas trois éditorialistes réacs qui font de l’audience sur CNews (dont JFK) mais les journalistes obsessionnels qui cherchent à faire taire les voix discordantes partout ailleurs?

George Steiner, la vocation du clerc

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George Steiner. © Leonardo Cendamo/ Leemage

George Steiner (1929-2020) incarnait l’homme de culture européen. Armé de sa libido sciendi, ce critique littéraire et philologue polyglotte défendait une certaine idée de la grande culture à transmettre aux jeunes générations. Portrait. 


Des titres prestigieux, George Steiner en a conquis tout au long de sa vie, mais c’est celui de postino (« facteur ») qu’il aimait s’attribuer, en écho malicieux au film de Michael Radford (Il Postino, 1994) racontant comment un jeune Italien illettré découvre la poésie en apportant son courrier, venu du monde entier, à Pablo Neruda alors exilé sur l’île de Salina. Critique littéraire et philologue polyglotte, homme de culture viscéralement européen nourri dès son plus jeune âge de poésie, de musique et de philosophie par des parents lettrés, George Steiner devenu professeur (Cambridge, Genève) aurait pu se contenter de récolter les honneurs dus à son rang de mandarin. Il fit en réalité de son enseignement un sacerdoce passionnant, et assuma pleinement sa vocation de « clerc » en refusant de confondre l’acte créateur et le commentaire savant. Voyant dans l’intellectuel « le serviteur de ce qui compte », il était trop apolitique pour que son engagement au service de la langue et de la culture fasse de lui un personnage sartrien : « Il faut être un donateur », disait-il souvent ; un restituteur de sens et de « réelle présence » après qu’une cléricature irresponsable a rompu l’alliance entre les mots et le monde.

Pourquoi lire Steiner?

Steiner avait il est vrai une manière bien à lui de s’élever après s’être abaissé, et il faut le croire quand il dit n’être ni un créateur ni un grand homme, mais un « maître à lire » ; le croire tout en étant conscient qu’il fit ainsi de la maîtrise, non pas l’obstacle à la souveraineté comme le pensait Georges Bataille, mais le premier degré d’une quête d’excellence aux horizons divers et illimités. Sans doute est-ce là ce qu’il nommait « la merveilleuse arrogance juive devant les possibilités de l’esprit ». Sa capacité d’étonnement fut à cet égard incommensurable, et donne à son œuvre un rayonnement qui en fait l’égal des plus grands. Remplissant le rôle de messager, d’herméneute et parfois de psychopompe dévolu par les Anciens à Hermès, Steiner put affirmer avec assurance qu’il « traverse les frontières en ayant pour visa l’immémorial » [tooltips content= »Entretiens avec Ramin Jahanbegloo, Poche, Le Félin, Paris, 2009, p. 70″][1][/tooltips]. Ce viatique coïncidait pour lui avec une certaine idée du classicisme propre à la « grande culture » dont l’élitisme était à ses yeux un titre de noblesse dès lors qu’on s’emploie à rendre accessible et à défendre « ce qui a de la valeur ».

Il fut obligé de reconnaître que la lucidité d’un Joseph de Maistre éclairait davantage les abominations et impasses de notre temps que l’universalisme abstrait 

Il y a donc bien des raisons de lire et relire Steiner dont l’œuvre foisonnante (une trentaine d’essais et fictions) n’est pas celle de ces polygraphes qui clonent leurs livres à défaut de les écrire. Steiner est un auteur au sens fort du terme, car doté de l’autorité qui fait de lui un maître, un éducateur et un transmetteur. Lire, traduire et transmettre constituent le trépied sacré sur lequel il a assis son autorité, et nul ne sut mieux que lui que sans la culture, la transmission n’est que contagion émotionnelle sans portée intellectuelle et spirituelle. Si Steiner est un « classique », c’est que la passion d’étendre son savoir et de comprendre rencontre en lui la juste mesure formelle qui, loin de l’éteindre, la transfigure. C’est pour avoir refusé de « négocier ses passions » que Steiner est à la fois intensément présent dans tout ce qu’il dit, et suffisamment distancé pour que son témoignage ait valeur de vérité. S’il lui arriva de s’interroger sur la tristesse de la pensée qui laisse souvent l’homme « étranger à lui-même et à l’énormité du monde [tooltips content= »Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée (trad. P.-E. Dauzat), Albin Michel, Paris, 2005, p. 181. »][2][/tooltips] », c’est la jubilation d’exister, de pouvoir s’étonner et parler qui finit toujours par l’emporter sur les « intermittences de la raison » et les horreurs de l’Histoire.

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Car il était à ses yeux certains fondamentaux non négociables d’où chaque individu tient sa qualité d’être humain. Parler correctement sa langue tout d’abord, et se familiariser avec celles des autres cultures. Comment prétendre respecter l’Autre quand on ne fait pas l’effort d’apprendre l’idiome à travers lequel il façonne son humanité ? Lire était pour lui un hommage rendu au génie des hommes à travers celui des langues, et face aux écrits dont il s’agissait de faire jaillir le sens, Steiner se comportait en musicien, aussi sensible à la mélodie secrète qu’aux silences qui donnent sa respiration au texte. Apprendre par cœur n’avait donc à ses yeux rien de scolaire dès lors que la mémorisation devient une sorte de « prière du cœur » de l’homme cultivé, accomplissant ainsi une manducation du Livre comparable à celle ordonnée par l’Ange dans l’Apocalypse de Jean. Il n’est qu’à entendre parler Steiner pour sentir à quel point la mémorisation gourmande entretenait en lui le feu secret de la cordialité, gage d’invulnérabilité quand la possession intérieure du livre devient la seule forme de résistance à l’inhumanité.

Les abominations de notre temps

C’est là où s’ouvre la faille, la brisure tragique qui crevasse de bout en bout l’œuvre de Steiner : pourquoi faire tant de cas de la « grande culture » européenne et devoir dans le même temps constater qu’elle ne parvint pas à endiguer la barbarie, quand elle n’en fut pas la complice ? Pourquoi encourager les jeunes à se cultiver si on sait déjà que cela ne fera pas d’eux des êtres vraiment humains, incapables d’humilier et de torturer ? Avouant son impuissance intellectuelle devant l’inexplicable, Steiner n’a peut-être pas trouvé la clé permettant d’ouvrir une porte qui ne serait pas celle du château de Barbe-Bleue [tooltips content= »Dans le château de Barbe-Bleue : notes pour une redéfinition de la culture (trad. L. Lotringer), Gallimard, Paris, 1986. »][3][/tooltips]. Son dédain pour la psychologie de l’inconscient et son manque d’empathie avec les phénomènes de masse ne le prédisposaient sans doute pas à tenter le début d’explication qui dédouanerait au moins partiellement la « grande culture » de ce dont on l’accuse, et conforterait la nécessité plus que jamais actuelle de n’en pas démériter. N’est-ce pas plutôt parce que la culture européenne avait déjà cessé d’être « grande » en se compromettant avec l’insignifiance, que la barbarie a pu en devenir la contrefaçon sinistre ? Qu’attendre en retour, sinon le pire, de la sous-culture actuelle qui est déjà en soi barbarie ?

George Steiner ou quand le dialogue était encore possible

C’est cette incompréhension qui poussa Steiner à tenter de dialoguer avec des adversaires dont certains furent à la fois de très grands écrivains et de minables personnages : liaisons dangereuses ou affinités électives sur un plan infra conscient ou transcendant ? On le lui a reproché, comme si le mépris suffisait à panser les plaies et à purifier les consciences. Steiner a brillamment parlé de l’œuvre d’Heidegger (« une mystique de l’attention pure »), tout comme de Céline, Pound, Rebatet. Le dialogue qu’il a noué avec Pierre Boutang, et qu’il qualifie lui-même de « moment stellaire [tooltips content= »Voir les deux émissions animées par Michel Cazenave (1987) dont le texte a été publié dans Dialogues : sur le mythe d’Antigone, sur le sacrifice d’Abraham, J.-C. Lattès, Paris, 1994). »][4][/tooltips] », souligne a contrario l’indigence actuelle du débat dans une société moralisatrice, mais friande de lynchages médiatiques. La capacité de Steiner à dissocier les plans, et à rétablir l’équité partout où elle est menacée, constitue un témoignage rare de probité intellectuelle et d’humanité. Fasciné par le courage physique dont il se savait privé, il a osé la question dérangeante : Comment me serais-je conduit sous la torture, et quelle vie aurais-je menée sous la dictature ? Il dira même n’avoir pas « vécu son siècle », faute d’avoir connu la prison. Qui, parmi les donneurs de leçons qui sont aujourd’hui légion, se risquerait à tenir un tel discours ?

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C’est aussi qu’il ne croyait plus guère à la vertu civilisatrice des grands idéaux humanistes propagés par les Lumières, et fut obligé de reconnaître que la lucidité d’un Joseph de Maistre éclairait davantage les abominations et impasses de notre temps que l’universalisme abstrait qui n’apporte en fait « aucune valeur de tolérance et d’accueil ». Steiner ne fut à cet égard pas davantage moderne qu’antimoderne, mais toujours sur le fil du rasoir dont le tranchant est émoussé ou affûté par les événements. Moderne par sa confiance dans les progrès de l’intelligence tels qu’ils se manifestent dans les sciences, il reste antimoderne par son refus de « l’américanisation des valeurs », de la marchandisation libérale, de l’illettrisme et de l’amnésie programmés des jeunes générations, familiarisées avec l’inhumain par les médias planétaires : « Je me sens sali moi-même par ce monde », confiait-il, sans avoir pour autant jamais attaqué de front la modernité. Mais peut-on dénoncer « l’énorme erreur de l’optimisme rationnel » sans remettre en cause les pouvoirs de la raison ? Jusqu’où peut-on épouser sa vision de la mission des Juifs de la diaspora, enseignant à tous les hommes comment nager en apnée quand l’Histoire les oblige à s’exiler ou à se cacher, et démontrant par leur survie que « la vérité doit toujours être en exil » ? Apprendre à être les « invités » des autres cultures présuppose pourtant que les groupes humains qui accueillent les exilés ont su donner à leur sédentarité une certaine honorabilité.

À notre époque hargneuse et revendicatrice, Steiner offre avant tout une formidable leçon de gratitude : celle d’un généreux donateur qui remercie d’avoir tant reçu de la vie, et reste éperdument admiratif devant le mystère de la création. Faisant sien le souhait d’Antigone d’« entrer dans la mort comme on rentre chez soi » (Sophocle), Steiner trouvait en même temps à cette formule quelque chose de « casanier » qui ne lui déplaisait pas. Ce fut sans doute sa seule concession avouée à la sédentarité dont il n’a cessé de se méfier.

Entretiens avec Ramin Jahanbegloo

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Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

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Dominique Reynie © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00899588_000043

Le politologue Dominique Reynié (directeur de la Fondapol) tente d’évaluer les incidences de la crise du coronavirus sur les élections municipales. Premier tour étrange, prévu dimanche.


Martin Pimentel. Les élections municipales des 15 et 22 mars prochains se présentent dans un contexte de grande inquiétude liée au coronavirus. Sans sortir votre boule de cristal, quelles répercussions du virus sur le scrutin imaginez-vous ? Un report de ces élections est-il envisageable ?

Dominique Reynié. La première répercussion qu’on peut imaginer sans spéculer exagérément, est une baisse de la participation, dans la mesure où il y a une invitation générale à ne pas trop sortir de chez soi ou à ne pas se rendre dans des lieux publics lorsque cela n’est pas indispensable. Ces consignes sont martelées matin et soir sur radios et télévisions, donc il va nécessairement y avoir un repli. Et ce qu’on observe déjà dans l’économie, on va l’observer dans la politique.

Le report des élections municipales me paraît en revanche impossible, même si l’on passait en phase 3 ou en cas de scénario à l’italienne dans les tous prochains jours. J’imagine que si on reportait le scrutin, ça ne serait pas de 15 jours, ni même de trois mois.

Reporter après la crise, alors ? Mais on ne sait même pas quand elle va finir. Je n’en sais rien, mais supposons que la crise sanitaire dure sept mois ; Est-ce que les maires retrouvent leur mandat jusqu’à cette date ? Est-ce que la campagne s’arrête ? Ou est-ce qu’elle dure sept mois supplémentaires, ce qui impliquerait de revoir les plafonds des dépenses de campagne ? Je prends des exemples extrêmes, mais tout est très compliqué dans pareille situation. On est de toute façon sûrement trop proche de l’échéance maintenant pour reporter l’élection.

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Concernant l’abstention et son influence sur les résultats, rappelons que l’abstention pèse de plus en plus sur les scrutins municipaux. En 2014, elle a atteint un record historique, avec 38,3% en moyenne ; elle a pu grimper très au-delà de 50% dans certaines municipalités, par exemple à Vaulx-en-Velin (62,1%), Roubaix (60,6%) ou Villiers-le-Bel (61,4%). Selon l’IFOP, 28% des personnes interrogées sont susceptibles de ne pas aller voter à cause du coronavirus. Donc à cause du coronavirus, nous pouvons atteindre un surcroît d’abstention problématique pour la perception même du scrutin. S’il n’y a pas de condition de participation minimale pour valider l’élection d’une équipe municipale, on a évidemment l’idée que cela peut peser négativement sur l’interprétation des résultats.

Mais surtout, l’abstention va-t-elle être préjudiciable à un camp plutôt qu’à un autre, la gauche ou la droite par exemple ? Quels mouvements politiques peuvent pâtir de cette hausse de l’abstention ? Les retraités sont ceux qui votent le plus, ils sont 23% à déclarer pouvoir s’abstenir en raison des risques liés à l’épidémie. Il est certain que s’ils ne participent pas, cela handicapera alors les Républicains et les macronistes. D’un autre côté, les électorats âgés ont tendance à reconduire les sortants. Donc quelle que soit l’étiquette, les élus qui en temps normal avaient bon espoir d’être reconduits dans leurs fonctions peuvent peut-être aussi se faire du souci. Si les électeurs âgés ne se déplacent pas, cela pourrait se faire à leur détriment. N’excluons pas enfin que jeunes et un peu moins jeunes, qui s’abstiennent déjà beaucoup, témoignent d’une sur-abstention par cette crainte du coronavirus.

Une forte abstention ne va pas arranger notre crise démocratique, alors que l’exécutif s’était justement appuyé sur la figure du maire dans le prolongement de la crise des gilets jaunes et du grand débat. Une forte abstention alimenterait une fois de plus le sentiment que le processus électoral n’a pas été parfaitement accompli. On prend cette habitude, parce qu’il y a toujours quelque chose qui au fond est sujet à controverse, soit l’offre politique, soit le contexte… Mais sur les effets plus complets, il est très difficile d’avoir une idée dans la mesure où la crise du coronavirus est en cours de gestion. On verra dimanche si un bilan est tiré par l’opinion.

Les derniers scrutins électoraux ont confirmé le Rassemblement national comme principale force d’opposition politique en France. Mais ce mouvement est mal implanté localement historiquement. Quel résultat électoral serait satisfaisant et pourrait permettre à Madame Le Pen et son parti de se proclamer « grands gagnants » dimanche soir ?

Ils vont avoir des difficultés, puisqu’ils présentent moins de candidats qu’en 2014. C’est déjà une limite à une possible progression, quoi qu’il arrive.

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Maintenant, ce qui peut leur donner des raisons de se satisfaire, ce serait d’emporter Perpignan qui serait la première ville de plus de 100 000 habitants, et parce que Louis Aliot est une des figures importantes du FN/RN. Une victoire à Perpignan et la réélection de Robert Ménard, à Béziers, produirait un effet très favorable au RN. Il faudra en revanche regarder de près la carte des résultats, afin de la comparer avec la géographie des gilets jaunes, car, en raison de la nature même de cette protestation, ce ne sont pas les listes gilets jaunes qui feront de bons scores mais les listes qui auront su réunir les électeurs épars sensibles au mouvement des gilets jaunes.

Le ministère de l’Intérieur n’a recensé qu’une dizaine de listes communautaires à ces élections. Une goutte d’eau, puisqu’il y a plus de 20 000 listes qui se présentent. S’est-on inquiété pour rien ?

Je ne trouve pas. Ce qui ne fait pas de doute, c’est qu’il y a dans notre pays un séparatisme et non pas seulement un communautarisme, comme l’a justement observé le président. C’est un processus par lequel une partie des Français musulmans considère devoir soit suivre des règles qui ne sont pas celles du pays, soit changer les règles qui y prévalent. Il y a bien un projet politique et c’est suffisamment documenté. Le Maire et les barbares, livre d’Eve Szeptel, le documente remarquablement, ainsi que le livre publié aux Presses universitaires de France sous la direction de mon collègue Bernard Rougier, Les Territoires conquis de l’islamisme, ou encore celui de Hugo Micheron, Le jihadisme français. Quartiers, Syrie, prisons, chez Gallimard.

Dans certaines zones du territoire français, cette population issue de l’immigration, de religion musulmane, est importante voire majoritaire. Et là, évidemment, il devient facile pour ceux qui portent un projet islamiste d’essayer de tirer un bénéfice électoral de cette situation en passant à l’étape supérieure. La République permet d’obtenir du pouvoir à travers des scrutins compétitifs.

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Et s’il n’y a que dix listes communautaires identifiées, est-ce qu’il n’y a rien à craindre du point de vue de l’entrisme ou du clientélisme sur les autres listes ?

Le projet politique séparatiste est sans doute minoritaire, mais il est hyperactif et très efficace. Nous finirons par avoir soit des listes communautaires qui l’emportent, soit des élus qui cèdent à la compromission clientéliste sur ce fondement religieux et communautariste pour tenter de conjurer le risque d’être défaits eux-mêmes. Aussi, votre argument sur le faible nombre de listes communautaires n’est pas recevable si l’on considère qu’il s’agit du début d’un processus en cours de déploiement.

UN SIMULATEUR REALISE PAR LA FONDAPOL POUR LES MUNICIPALES

Causeur. Sur le site de votre fondation vous avez mis en place un simulateur électoral qui a l’air assez ambitieux, pouvez-vous nous en dire un mot ?

D. Reynié. On propose sur le site Fondapol un nouveau simulateur électoral qui permet de savoir qui pourrait être le ou la prochain(e) maire dans toutes les communes de 1000 habitants ou plus et qui permet d’anticiper les résultats du 2nd tour. Il permet aussi de déterminer à quelles conditions de report des votes une victoire ou une défaite électorale deviennent possibles sur votre commune. C’est un outil de politologie pour tous.

Cela permet de comprendre les logiques politiques, les logiques de fusion et de transferts de voix. On voit parfois qu’à peu de choses près, un résultat peut passer.

Le maire et les barbares

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Les territoires conquis de l'islamisme

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Le jihadisme français: Quartiers, Syrie, prisons

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Le niveau de résilience alimentaire de la France est très bas

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Image d'illustration Pixabay

Coronavirus et résilience alimentaire des populations


Alors que le gouvernement italien vient d’étendre les mesures de confinement à l’ensemble du pays afin de lutter contre la propagation du coronavirus, nombre d’Européens et d’Asiatiques, mais également d’Américains et d’Australiens, ont commencé à stocker des provisions, de l’eau et des produits de première nécessité en vue d’une aggravation de la situation dans les semaines à venir. Au Royaume-Uni, où le nombre de cas déclarés de coronavirus était de 373 le 10 mars (par rapport aux 9172 cas italiens et 1412 cas français à la même date), certaines chaînes de supermarchés ont déjà dû imposer des restrictions sur certains produits alimentaires ou sur les gels hydro-alcooliques, déjà très difficiles à trouver. Dans ce contexte de grande incertitude, auquel est venu se greffer un krach boursier inédit doublé d’une crise pétrolière déclenchée par l’Arabie saoudite, des interrogations se font jour concernant les risques de disruption des chaînes d’approvisionnement en nourriture de nos populations.

Niveau de résilience alimentaire alarmant

En 2008, le chercheur en sciences sociales et ancien conseiller général de l’Aude, Stéphane Linou, a anticipé la menace d’une pandémie grippale qui bloquerait les approvisionnements. Afin de mesurer notre degré d’autonomie alimentaire dans le cadre d’un tel scénario, il avait fait l’expérience de se nourrir, pendant une année entière, exclusivement avec des produits issus d’une zone d’un rayon de 150 km autour de son lieu d’habitation (Castelnaudary). Il en avait conclu que production et consommation n’étant plus territorialisées, nos territoires – même ruraux – ne sont plus du tout autonomes, donc très vulnérables. Les Chinois, pour leur part, n’ont pas attendu pour tenter d’acquérir des terres agricoles sur le territoire français, dans l’optique de disposer de plus de ressources pour nourrir leur propre population, comme on a pu le voir dans l’Indre et l’Allier. Force est donc de constater, selon lui, que le niveau de résilience alimentaire de la France est très bas. Les territoires urbains n’ont que 2% d’autonomie. Il ne faut pas se faire d’illusion quant à nos campagnes, car le milieu rural est aujourd’hui incapable de nourrir les ruraux. Les supermarchés omniprésents donnent aux habitants une impression trompeuse de sécurité alors qu’ils n’abritent en fait que deux jours de stocks et que n’existent que de rares stocks stratégiques d’Etat !

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Dans un livre-enquête intitulé Résilience alimentaire et sécurité nationale, paru en 2019, Stéphane Linou alerte sur les risques pour les populations de ne pas produire suffisamment sur place et de demeurer dans un état alarmant d’impréparation en cas de crise grave. Ses travaux font apparaître la nécessité de « reterritorialiser » la production, d’apprendre à produire sans dépendance pétrolière, d’arrêter de « détruire le foncier nourricier », de se rendre moins dépendant en s’entraînant à consommer moins, à partager voire à changer notre régime alimentaire.

Stéphane Linou joue les Cassandre

Plus intéressant encore, il fait ressortir le fait qu’il ne peut exister d’ordre public sans accès pérenne et totalement sécurisé à la nourriture. Il exhorte les autorités à reconnaître officiellement que nos infrastructures nourricières sont stratégiques pour la survie de la nation. Il est nécessaire, selon lui, de préparer les Français à la “culture du risque alimentaire territorialisé”. Il cite à cet égard le modèle suédois, en tenant compte toutefois des spécificités de la culture française. Il fait référence, pour ce faire, au petit livret d’informations intitulé If Crisis or War Comes (« En cas de crise ou de guerre ») publié par le gouvernement suédois en 2018, qui invite l’ensemble de la population à constituer des stocks au cas où une guerre, un attentat, une cyberattaque, des accidents graves ou des catastrophes naturelles, venaient à interrompre l’approvisionnement en eau et en nourriture. Dans l’optique suédoise, seule une préparation adéquate des populations en amont est susceptible d’aider les individus et la société dans son ensemble à résister à des situations de stress importantes.

Les conclusions majeures de Stéphane Linou sont depuis remontées vers les décideurs politiques. L’ouvrage a reçu le Prix « Information préventive et résilience – Vigilance » décerné par le Forum des Risques Majeurs en 2019. Le proche avenir nous dira si ses recommandations ont été prises en compte.