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George Steiner, la vocation du clerc


George Steiner (1929-2020) incarnait l’homme de culture européen. Armé de sa libido sciendi, ce critique littéraire et philologue polyglotte défendait une certaine idée de la grande culture à transmettre aux jeunes générations. Portrait. 


Des titres prestigieux, George Steiner en a conquis tout au long de sa vie, mais c’est celui de postino (« facteur ») qu’il aimait s’attribuer, en écho malicieux au film de Michael Radford (Il Postino, 1994) racontant comment un jeune Italien illettré découvre la poésie en apportant son courrier, venu du monde entier, à Pablo Neruda alors exilé sur l’île de Salina. Critique littéraire et philologue polyglotte, homme de culture viscéralement européen nourri dès son plus jeune âge de poésie, de musique et de philosophie par des parents lettrés, George Steiner devenu professeur (Cambridge, Genève) aurait pu se contenter de récolter les honneurs dus à son rang de mandarin. Il fit en réalité de son enseignement un sacerdoce passionnant, et assuma pleinement sa vocation de « clerc » en refusant de confondre l’acte créateur et le commentaire savant. Voyant dans l’intellectuel « le serviteur de ce qui compte », il était trop apolitique pour que son engagement au service de la langue et de la culture fasse de lui un personnage sartrien : « Il faut être un donateur », disait-il souvent ; un restituteur de sens et de « réelle présence » après qu’une cléricature irresponsable a rompu l’alliance entre les mots et le monde.

Pourquoi lire Steiner?

Steiner avait il est vrai une manière bien à lui de s’élever après s’être abaissé, et il faut le croire quand il dit n’être ni un créateur ni un grand homme, mais un « maître à lire » ; le croire tout en étant conscient qu’il fit ainsi de la maîtrise, non pas l’obstacle à la souveraineté comme le pensait Georges Bataille, mais le premier degré d’une quête d’excellence aux horizons divers et illimités. Sans doute est-ce là ce qu’il nommait « la merveilleuse arrogance juive devant les possibilités de l’esprit ». Sa capacité d’étonnement fut à cet égard incommensurable, et donne à son œuvre un rayonnement qui en fait l’égal des plus grands. Remplissant le rôle de messager, d’herméneute et parfois de psychopompe dévolu par les Anciens à Hermès, Steiner put affirmer avec assurance qu’il « traverse les frontières en ayant pour visa l’immémorial » [tooltips content= »Entretiens avec Ramin Jahanbegloo, Poche, Le Félin, Paris, 2009, p. 70″][1][/tooltips]. Ce viatique coïncidait pour lui avec une certaine idée du classicisme propre à la « grande culture » dont l’élitisme était à ses yeux un titre de noblesse dès lors qu’on s’emploie à rendre accessible et à défendre « ce qui a de la valeur ».

Il fut obligé de reconnaître que la lucidité d’un Joseph de Maistre éclairait davantage les abominations et impasses de notre temps que l’universalisme abstrait 

Il y a donc bien des raisons de lire et relire Steiner dont l’œuvre foisonnante (une trentaine d’essais et fictions) n’est pas celle de ces polygraphes qui clonent leurs livres à défaut de les écrire. Steiner est un auteur au sens fort du terme, car doté de l’autorité qui fait de lui un maître, un éducateur et un transmetteur. Lire, traduire et transmettre constituent le trépied sacré sur lequel il a assis son autorité, et nul ne sut mieux que lui que sans la culture, la transmission n’est que contagion émotionnelle sans portée intellectuelle et spirituelle. Si Steiner est un « classique », c’est que la passion d’étendre son savoir et de comprendre rencontre en lui la juste mesure formelle qui, loin de l’éteindre, la transfigure. C’est pour avoir refusé de « négocier ses passions » que Steiner est à la fois intensément présent dans tout ce qu’il dit, et suffisamment distancé pour que son témoignage ait valeur de vérité. S’il lui arriva de s’interroger sur la tristesse de la pensée qui laisse souvent l’homme « étranger à lui-même et à l’énormité du monde [tooltips content= »Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée (trad. P.-E. Dauzat), Albin Michel, Paris, 2005, p. 181. »][2][/tooltips] », c’est la jubilation d’exister, de pouvoir s’étonner et parler qui finit toujours par l’emporter sur les « intermittences de la raison » et les horreurs de l’Histoire.

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Car il était à ses yeux certains fondamentaux non négociables d’où chaque individu tient sa qualité d’être humain. Parler correctement sa langue tout d’abord, et se familiariser avec celles des autres cultures. Comment prétendre respecter l’Autre quand on ne fait pas l’effort d’apprendre l’idiome à travers lequel il façonne son humanité ? Lire était pour lui un hommage rendu au génie des hommes à travers celui des langues, et face aux écrits dont il s’agissait de faire jaillir le sens, Steiner se comportait en musicien, aussi sensible à la mélodie secrète qu’aux silences qui donnent sa respiration au texte. Apprendre par cœur n’avait donc à ses yeux rien de scolaire dès lors que la mémorisation devient une sorte de « prière du cœur » de l’homme cultivé, accomplissant ainsi une manducation du Livre comparable à celle ordonnée par l’Ange dans l’Apocalypse de Jean. Il n’est qu’à entendre parler Steiner pour sentir à quel point la mémorisation gourmande entretenait en lui le feu secret de la cordialité, gage d’invulnérabilité quand la possession intérieure du livre devient la seule forme de résistance à l’inhumanité.

Les abominations de notre temps

C’est là où s’ouvre la faille, la brisure tragique qui crevasse de bout en bout l’œuvre de Steiner : pourquoi faire tant de cas de la « grande culture » européenne et devoir dans le même temps constater qu’elle ne parvint pas à endiguer la barbarie, quand elle n’en fut pas la complice ? Pourquoi encourager les jeunes à se cultiver si on sait déjà que cela ne fera pas d’eux des êtres vraiment humains, incapables d’humilier et de torturer ? Avouant son impuissance intellectuelle devant l’inexplicable, Steiner n’a peut-être pas trouvé la clé permettant d’ouvrir une porte qui ne serait pas celle du château de Barbe-Bleue [tooltips content= »Dans le château de Barbe-Bleue : notes pour une redéfinition de la culture (trad. L. Lotringer), Gallimard, Paris, 1986. »][3][/tooltips]. Son dédain pour la psychologie de l’inconscient et son manque d’empathie avec les phénomènes de masse ne le prédisposaient sans doute pas à tenter le début d’explication qui dédouanerait au moins partiellement la « grande culture » de ce dont on l’accuse, et conforterait la nécessité plus que jamais actuelle de n’en pas démériter. N’est-ce pas plutôt parce que la culture européenne avait déjà cessé d’être « grande » en se compromettant avec l’insignifiance, que la barbarie a pu en devenir la contrefaçon sinistre ? Qu’attendre en retour, sinon le pire, de la sous-culture actuelle qui est déjà en soi barbarie ?

George Steiner ou quand le dialogue était encore possible

C’est cette incompréhension qui poussa Steiner à tenter de dialoguer avec des adversaires dont certains furent à la fois de très grands écrivains et de minables personnages : liaisons dangereuses ou affinités électives sur un plan infra conscient ou transcendant ? On le lui a reproché, comme si le mépris suffisait à panser les plaies et à purifier les consciences. Steiner a brillamment parlé de l’œuvre d’Heidegger (« une mystique de l’attention pure »), tout comme de Céline, Pound, Rebatet. Le dialogue qu’il a noué avec Pierre Boutang, et qu’il qualifie lui-même de « moment stellaire [tooltips content= »Voir les deux émissions animées par Michel Cazenave (1987) dont le texte a été publié dans Dialogues : sur le mythe d’Antigone, sur le sacrifice d’Abraham, J.-C. Lattès, Paris, 1994). »][4][/tooltips] », souligne a contrario l’indigence actuelle du débat dans une société moralisatrice, mais friande de lynchages médiatiques. La capacité de Steiner à dissocier les plans, et à rétablir l’équité partout où elle est menacée, constitue un témoignage rare de probité intellectuelle et d’humanité. Fasciné par le courage physique dont il se savait privé, il a osé la question dérangeante : Comment me serais-je conduit sous la torture, et quelle vie aurais-je menée sous la dictature ? Il dira même n’avoir pas « vécu son siècle », faute d’avoir connu la prison. Qui, parmi les donneurs de leçons qui sont aujourd’hui légion, se risquerait à tenir un tel discours ?

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C’est aussi qu’il ne croyait plus guère à la vertu civilisatrice des grands idéaux humanistes propagés par les Lumières, et fut obligé de reconnaître que la lucidité d’un Joseph de Maistre éclairait davantage les abominations et impasses de notre temps que l’universalisme abstrait qui n’apporte en fait « aucune valeur de tolérance et d’accueil ». Steiner ne fut à cet égard pas davantage moderne qu’antimoderne, mais toujours sur le fil du rasoir dont le tranchant est émoussé ou affûté par les événements. Moderne par sa confiance dans les progrès de l’intelligence tels qu’ils se manifestent dans les sciences, il reste antimoderne par son refus de « l’américanisation des valeurs », de la marchandisation libérale, de l’illettrisme et de l’amnésie programmés des jeunes générations, familiarisées avec l’inhumain par les médias planétaires : « Je me sens sali moi-même par ce monde », confiait-il, sans avoir pour autant jamais attaqué de front la modernité. Mais peut-on dénoncer « l’énorme erreur de l’optimisme rationnel » sans remettre en cause les pouvoirs de la raison ? Jusqu’où peut-on épouser sa vision de la mission des Juifs de la diaspora, enseignant à tous les hommes comment nager en apnée quand l’Histoire les oblige à s’exiler ou à se cacher, et démontrant par leur survie que « la vérité doit toujours être en exil » ? Apprendre à être les « invités » des autres cultures présuppose pourtant que les groupes humains qui accueillent les exilés ont su donner à leur sédentarité une certaine honorabilité.

À notre époque hargneuse et revendicatrice, Steiner offre avant tout une formidable leçon de gratitude : celle d’un généreux donateur qui remercie d’avoir tant reçu de la vie, et reste éperdument admiratif devant le mystère de la création. Faisant sien le souhait d’Antigone d’« entrer dans la mort comme on rentre chez soi » (Sophocle), Steiner trouvait en même temps à cette formule quelque chose de « casanier » qui ne lui déplaisait pas. Ce fut sans doute sa seule concession avouée à la sédentarité dont il n’a cessé de se méfier.

Entretiens avec Ramin Jahanbegloo

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Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée

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Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…


Le politologue Dominique Reynié (directeur de la Fondapol) tente d’évaluer les incidences de la crise du coronavirus sur les élections municipales. Premier tour étrange, prévu dimanche.


Martin Pimentel. Les élections municipales des 15 et 22 mars prochains se présentent dans un contexte de grande inquiétude liée au coronavirus. Sans sortir votre boule de cristal, quelles répercussions du virus sur le scrutin imaginez-vous ? Un report de ces élections est-il envisageable ?

Dominique Reynié. La première répercussion qu’on peut imaginer sans spéculer exagérément, est une baisse de la participation, dans la mesure où il y a une invitation générale à ne pas trop sortir de chez soi ou à ne pas se rendre dans des lieux publics lorsque cela n’est pas indispensable. Ces consignes sont martelées matin et soir sur radios et télévisions, donc il va nécessairement y avoir un repli. Et ce qu’on observe déjà dans l’économie, on va l’observer dans la politique.

Le report des élections municipales me paraît en revanche impossible, même si l’on passait en phase 3 ou en cas de scénario à l’italienne dans les tous prochains jours. J’imagine que si on reportait le scrutin, ça ne serait pas de 15 jours, ni même de trois mois.

Reporter après la crise, alors ? Mais on ne sait même pas quand elle va finir. Je n’en sais rien, mais supposons que la crise sanitaire dure sept mois ; Est-ce que les maires retrouvent leur mandat jusqu’à cette date ? Est-ce que la campagne s’arrête ? Ou est-ce qu’elle dure sept mois supplémentaires, ce qui impliquerait de revoir les plafonds des dépenses de campagne ? Je prends des exemples extrêmes, mais tout est très compliqué dans pareille situation. On est de toute façon sûrement trop proche de l’échéance maintenant pour reporter l’élection.

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Concernant l’abstention et son influence sur les résultats, rappelons que l’abstention pèse de plus en plus sur les scrutins municipaux. En 2014, elle a atteint un record historique, avec 38,3% en moyenne ; elle a pu grimper très au-delà de 50% dans certaines municipalités, par exemple à Vaulx-en-Velin (62,1%), Roubaix (60,6%) ou Villiers-le-Bel (61,4%). Selon l’IFOP, 28% des personnes interrogées sont susceptibles de ne pas aller voter à cause du coronavirus. Donc à cause du coronavirus, nous pouvons atteindre un surcroît d’abstention problématique pour la perception même du scrutin. S’il n’y a pas de condition de participation minimale pour valider l’élection d’une équipe municipale, on a évidemment l’idée que cela peut peser négativement sur l’interprétation des résultats.

Mais surtout, l’abstention va-t-elle être préjudiciable à un camp plutôt qu’à un autre, la gauche ou la droite par exemple ? Quels mouvements politiques peuvent pâtir de cette hausse de l’abstention ? Les retraités sont ceux qui votent le plus, ils sont 23% à déclarer pouvoir s’abstenir en raison des risques liés à l’épidémie. Il est certain que s’ils ne participent pas, cela handicapera alors les Républicains et les macronistes. D’un autre côté, les électorats âgés ont tendance à reconduire les sortants. Donc quelle que soit l’étiquette, les élus qui en temps normal avaient bon espoir d’être reconduits dans leurs fonctions peuvent peut-être aussi se faire du souci. Si les électeurs âgés ne se déplacent pas, cela pourrait se faire à leur détriment. N’excluons pas enfin que jeunes et un peu moins jeunes, qui s’abstiennent déjà beaucoup, témoignent d’une sur-abstention par cette crainte du coronavirus.

Une forte abstention ne va pas arranger notre crise démocratique, alors que l’exécutif s’était justement appuyé sur la figure du maire dans le prolongement de la crise des gilets jaunes et du grand débat. Une forte abstention alimenterait une fois de plus le sentiment que le processus électoral n’a pas été parfaitement accompli. On prend cette habitude, parce qu’il y a toujours quelque chose qui au fond est sujet à controverse, soit l’offre politique, soit le contexte… Mais sur les effets plus complets, il est très difficile d’avoir une idée dans la mesure où la crise du coronavirus est en cours de gestion. On verra dimanche si un bilan est tiré par l’opinion.

Les derniers scrutins électoraux ont confirmé le Rassemblement national comme principale force d’opposition politique en France. Mais ce mouvement est mal implanté localement historiquement. Quel résultat électoral serait satisfaisant et pourrait permettre à Madame Le Pen et son parti de se proclamer « grands gagnants » dimanche soir ?

Ils vont avoir des difficultés, puisqu’ils présentent moins de candidats qu’en 2014. C’est déjà une limite à une possible progression, quoi qu’il arrive.

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Maintenant, ce qui peut leur donner des raisons de se satisfaire, ce serait d’emporter Perpignan qui serait la première ville de plus de 100 000 habitants, et parce que Louis Aliot est une des figures importantes du FN/RN. Une victoire à Perpignan et la réélection de Robert Ménard, à Béziers, produirait un effet très favorable au RN. Il faudra en revanche regarder de près la carte des résultats, afin de la comparer avec la géographie des gilets jaunes, car, en raison de la nature même de cette protestation, ce ne sont pas les listes gilets jaunes qui feront de bons scores mais les listes qui auront su réunir les électeurs épars sensibles au mouvement des gilets jaunes.

Le ministère de l’Intérieur n’a recensé qu’une dizaine de listes communautaires à ces élections. Une goutte d’eau, puisqu’il y a plus de 20 000 listes qui se présentent. S’est-on inquiété pour rien ?

Je ne trouve pas. Ce qui ne fait pas de doute, c’est qu’il y a dans notre pays un séparatisme et non pas seulement un communautarisme, comme l’a justement observé le président. C’est un processus par lequel une partie des Français musulmans considère devoir soit suivre des règles qui ne sont pas celles du pays, soit changer les règles qui y prévalent. Il y a bien un projet politique et c’est suffisamment documenté. Le Maire et les barbares, livre d’Eve Szeptel, le documente remarquablement, ainsi que le livre publié aux Presses universitaires de France sous la direction de mon collègue Bernard Rougier, Les Territoires conquis de l’islamisme, ou encore celui de Hugo Micheron, Le jihadisme français. Quartiers, Syrie, prisons, chez Gallimard.

Dans certaines zones du territoire français, cette population issue de l’immigration, de religion musulmane, est importante voire majoritaire. Et là, évidemment, il devient facile pour ceux qui portent un projet islamiste d’essayer de tirer un bénéfice électoral de cette situation en passant à l’étape supérieure. La République permet d’obtenir du pouvoir à travers des scrutins compétitifs.

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Et s’il n’y a que dix listes communautaires identifiées, est-ce qu’il n’y a rien à craindre du point de vue de l’entrisme ou du clientélisme sur les autres listes ?

Le projet politique séparatiste est sans doute minoritaire, mais il est hyperactif et très efficace. Nous finirons par avoir soit des listes communautaires qui l’emportent, soit des élus qui cèdent à la compromission clientéliste sur ce fondement religieux et communautariste pour tenter de conjurer le risque d’être défaits eux-mêmes. Aussi, votre argument sur le faible nombre de listes communautaires n’est pas recevable si l’on considère qu’il s’agit du début d’un processus en cours de déploiement.

UN SIMULATEUR REALISE PAR LA FONDAPOL POUR LES MUNICIPALES

Causeur. Sur le site de votre fondation vous avez mis en place un simulateur électoral qui a l’air assez ambitieux, pouvez-vous nous en dire un mot ?

D. Reynié. On propose sur le site Fondapol un nouveau simulateur électoral qui permet de savoir qui pourrait être le ou la prochain(e) maire dans toutes les communes de 1000 habitants ou plus et qui permet d’anticiper les résultats du 2nd tour. Il permet aussi de déterminer à quelles conditions de report des votes une victoire ou une défaite électorale deviennent possibles sur votre commune. C’est un outil de politologie pour tous.

Cela permet de comprendre les logiques politiques, les logiques de fusion et de transferts de voix. On voit parfois qu’à peu de choses près, un résultat peut passer.

Le maire et les barbares

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Les territoires conquis de l'islamisme

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Le jihadisme français: Quartiers, Syrie, prisons

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Le niveau de résilience alimentaire de la France est très bas

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Coronavirus et résilience alimentaire des populations


Alors que le gouvernement italien vient d’étendre les mesures de confinement à l’ensemble du pays afin de lutter contre la propagation du coronavirus, nombre d’Européens et d’Asiatiques, mais également d’Américains et d’Australiens, ont commencé à stocker des provisions, de l’eau et des produits de première nécessité en vue d’une aggravation de la situation dans les semaines à venir. Au Royaume-Uni, où le nombre de cas déclarés de coronavirus était de 373 le 10 mars (par rapport aux 9172 cas italiens et 1412 cas français à la même date), certaines chaînes de supermarchés ont déjà dû imposer des restrictions sur certains produits alimentaires ou sur les gels hydro-alcooliques, déjà très difficiles à trouver. Dans ce contexte de grande incertitude, auquel est venu se greffer un krach boursier inédit doublé d’une crise pétrolière déclenchée par l’Arabie saoudite, des interrogations se font jour concernant les risques de disruption des chaînes d’approvisionnement en nourriture de nos populations.

Niveau de résilience alimentaire alarmant

En 2008, le chercheur en sciences sociales et ancien conseiller général de l’Aude, Stéphane Linou, a anticipé la menace d’une pandémie grippale qui bloquerait les approvisionnements. Afin de mesurer notre degré d’autonomie alimentaire dans le cadre d’un tel scénario, il avait fait l’expérience de se nourrir, pendant une année entière, exclusivement avec des produits issus d’une zone d’un rayon de 150 km autour de son lieu d’habitation (Castelnaudary). Il en avait conclu que production et consommation n’étant plus territorialisées, nos territoires – même ruraux – ne sont plus du tout autonomes, donc très vulnérables. Les Chinois, pour leur part, n’ont pas attendu pour tenter d’acquérir des terres agricoles sur le territoire français, dans l’optique de disposer de plus de ressources pour nourrir leur propre population, comme on a pu le voir dans l’Indre et l’Allier. Force est donc de constater, selon lui, que le niveau de résilience alimentaire de la France est très bas. Les territoires urbains n’ont que 2% d’autonomie. Il ne faut pas se faire d’illusion quant à nos campagnes, car le milieu rural est aujourd’hui incapable de nourrir les ruraux. Les supermarchés omniprésents donnent aux habitants une impression trompeuse de sécurité alors qu’ils n’abritent en fait que deux jours de stocks et que n’existent que de rares stocks stratégiques d’Etat !

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Dans un livre-enquête intitulé Résilience alimentaire et sécurité nationale, paru en 2019, Stéphane Linou alerte sur les risques pour les populations de ne pas produire suffisamment sur place et de demeurer dans un état alarmant d’impréparation en cas de crise grave. Ses travaux font apparaître la nécessité de « reterritorialiser » la production, d’apprendre à produire sans dépendance pétrolière, d’arrêter de « détruire le foncier nourricier », de se rendre moins dépendant en s’entraînant à consommer moins, à partager voire à changer notre régime alimentaire.

Stéphane Linou joue les Cassandre

Plus intéressant encore, il fait ressortir le fait qu’il ne peut exister d’ordre public sans accès pérenne et totalement sécurisé à la nourriture. Il exhorte les autorités à reconnaître officiellement que nos infrastructures nourricières sont stratégiques pour la survie de la nation. Il est nécessaire, selon lui, de préparer les Français à la “culture du risque alimentaire territorialisé”. Il cite à cet égard le modèle suédois, en tenant compte toutefois des spécificités de la culture française. Il fait référence, pour ce faire, au petit livret d’informations intitulé If Crisis or War Comes (« En cas de crise ou de guerre ») publié par le gouvernement suédois en 2018, qui invite l’ensemble de la population à constituer des stocks au cas où une guerre, un attentat, une cyberattaque, des accidents graves ou des catastrophes naturelles, venaient à interrompre l’approvisionnement en eau et en nourriture. Dans l’optique suédoise, seule une préparation adéquate des populations en amont est susceptible d’aider les individus et la société dans son ensemble à résister à des situations de stress importantes.

Les conclusions majeures de Stéphane Linou sont depuis remontées vers les décideurs politiques. L’ouvrage a reçu le Prix « Information préventive et résilience – Vigilance » décerné par le Forum des Risques Majeurs en 2019. Le proche avenir nous dira si ses recommandations ont été prises en compte.

Un zeste pour la planète


Les messages contradictoires visant à protéger l’environnement polluent notre quotidien. François Tauriac sature.


Eco-lo-gie. On n’a plus que ce mot-là à la bouche. À chaque geste maintenant que nous tentons de faire, à chaque pas que l’on ose marteler sur la chaussée, à chaque émission télé que l’on essaye de ne pas zapper, dans tous les journaux et les magazines, il se trouve systématiquement quelque chose ou quelqu’un pour nous rappeler notre nouveau devoir et surtout notre objectif principal : sauver la planète. Pas un jour sans gluten free, sans sac amidon de maïs, pas un McDo sans burger végan, pas une municipale sans plan vélo, pas un mois sans alcool ou sans « urgence climatique ».

A lire aussi, du même auteur: Tri sélectif: le pollueur est une ordure

Comme si c’était notre faute à nous, tout ça. La pollution, le réchauffement climatique, le coronavirus, l’érosion de la dune du Pilat et les bouteilles en plastique ? Est-ce qu’on a choisi d’acheter la viande sous cellophane ? La purée en flocons, la Tropézienne chez Picard, ou le Nespresso en capsule? What else? Alors pourquoi diable nous fait-on culpabiliser? Nous les Français, un des peuples les plus vertueux d’Europe en matière de pollution. Bon d’accord, c’est un petit peu grâce aux centrales atomiques lancées après-guerre par le général de Gaulle, mais quand même. Moi je veux bien faire un geste pour la planète, vivre avec mon temps comme ils disent,  mais en échange qu’on nous foute un peu la paix.

Ok boomer 

J’en ai assez de me faire juger quand je beurre une tartine à l’Echiré ou d’essuyer des oh la la quand j’imprime un email à la photocopieuse. On est passé du «tout est permis » au règne du «fait pas ça, c’est pas bon». Dans la vie, tout est désormais « mauvais pour la planète », pas super « pour la réduction des émissions », pas «terrible pour le transit». Et ta sœur, elle bat le beurre? Ben elle aimerait bien. Mais c’est Lactalis qui le fait pour elle. Et maintenant, elle a peur pour son cholestérol, ma sœur. Alors elle va finir par regarder son bilan sanguin en direct sur son iWatch, comme Hanouna mate ses audiences en temps réel sur les Freebox.

A relire: Éoliennes: Appel à Emmanuel Macron

Et pourtant, c’est pas faute de faire des efforts, je vous jure. Maintenant je trie mes déchets, bon je ne peux pas faire autrement, les sacs poubelles sont transparents; je roule à l’éthanol E85 (une affaire, 90 litres à 57 euros) et je vais porter mes bouteilles au container pour le verre usagé. Oui Monsieur. Mais j’attends le dernier moment. Alors j’y vais aux aurores avec mon panier plein de boutanches. Ca fait moins pochetron. Je fais même gaffe à mon fromage. C’est vous dire. Je ne prends plus que du camembert Champsecret. Celui au lait de foin. Deux vaches à l’hectare. AOP et boîte en bois à l’ancienne. Ça me coûte plus cher, mais vu que je fais des économies sur l’essence… Même les parasols chauffants, je les évite. Des fois qu’on me reprocherait aussi d’être un peu l’homme du 20ème siècle. Mais j’avoue que depuis que mon copain bougnat du «Parthénon » m’a avoué qu’on travaillait le décaféiné au chlorure du méthylène, je vacille. Je chancelle. Je trébuche. C’est bien simple, je suis à deux doigts de renoncer. Faut dire qu’on nous raconte tellement de salades non ? Tiens les emails par exemple, il y a vingt ans, c’était l’arme absolue. La fatal weapon, comme ils disaient. Le truc pour sauver les arbres aussi.

Pollution 2.0

Maintenant, il paraît que le numérique représente 10% de la consommation électrique mondiale. Ils le savent ça, tous ces donneurs de leçons, que les datas centers qui gardent leurs chers petits messages coûtent des fortunes à refroidir? Et que les géants du web dépensent un pognon de dingue en refroidissement pour installer leurs serveurs dans les pays les plus froids du globe? Ça leur en bouche un coin ça hein? (En bois coupé en cueillette solidaire évidemment.)

A lire aussi: Code informatique, algorithmes des GAFA: désamorcer la machine infernale

Et les énergies alternatives? On ferme Fessenheim alors qu’elle pouvait tourner encore vingt  ans sans émettre la moindre émission et on encourage à monter des centrales au méthane qui obligent les agriculteurs à vendre le maïs, non pas pour le manger, mais pour le faire fermenter. Même sur France Inter on nous explique que l’Allemagne émet 300 millions de tonnes de CO2 pendant que la France n’en sort que 20! C’est pas un signe ça ? Ça ne nous empêche pas de foncer vers le tout électrique. Même mon PC portable a des batteries au lithium. Vous savez ce petit métal alcalin sympathique à la mode qu’on nous fourgue à toutes les sauces et dont la Bolivie, entre autres pays, fait ses choux gras en colonisant ses déserts sur des millions de m2 et en polluant les nappes. On ne sait d’ailleurs pas le dépolluer le lithium! Prochaine catastrophe écologique ? Ben moi qui avais l’impression de frôler ma date de péremption. Qui frissonnais en craignant l’obsolescence programmée. Je ne devrais pas le dire, ça me redonne un coup de fouet toutes ces incohérences. Tiens, je suis presque sûr qu’on va rallumer la centrale au charbon de Porcheville s’il y a un coup de froid! Éco-lo-gie on vous dit.

L'écologisme, nouveau totalitarisme ?

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Agnès Pannier-Runacher, une secrétaire d’Etat qui a la cote


La Macronie essaie maladroitement de convertir les Français aux joies de l’investissement en Bourse.


Agnès Pannier-Runacher a tenté ce mardi matin sur CNEWS de relativiser l’effondrement de la Bourse. «Nous avons aujourd’hui un système financier qui est beaucoup plus solide que pendant la crise de 2008 […] C’est plutôt le moment de faire des bonnes affaires en Bourse aujourd’hui ».

En tant que secrétaire d’État à l’économie, Agnès Pannier-Runacher est dans son rôle lorsqu’elle tente de rassurer sur la solidité des fondamentaux des entreprises. En revanche, elle sort clairement du cercle de ses attributions en donnant des recommandations boursières. Gérard Leclerc aurait ainsi pu lui demander de préciser sa stratégie d’investissement en ce qui concerne son objectif de gain et les valeurs à privilégier, ce qui aurait permis de mettre en lumière la légèreté du propos. Sans doute que Madame Pannier-Runacher a voulu imiter Donald Trump, peu avare en commentaires boursiers et ayant twitté récemment: « Stock market is starting to look very good to me ». Mais l’influence de la déclaration de la secrétaire d’État sur le marché parisien n’a pas eu l’effet escompté, le CAC 40 ayant clôturé en baisse de -1,5%. N’est pas Trump qui veut !

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Agnès Pannier-Runacher a été à bonne école et marche fidèlement dans les pas de son ministre de tutelle qui, en octobre 2019, se montrait favorable à une réorientation de manière différente de l’épargne des Français avec plus de diversification vers les unités de compte (c’est-à-dire vers la Bourse), en rappelant qu’il faut « servir plus de rendement aux Français qui acceptent plus de risques ». Bruno Le Maire récidivait quelques semaines plus tard au moment de la privatisation de la Française des Jeux, souhaitant « que les Français participent le plus largement possible » et investissent en Bourse. Depuis ses conseils, le CAC 40 est en baisse de près de 20%. Ses recommandations devaient être pour le long terme.

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Comme dit le proverbe, les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Lorsque le président de la République donne des conseils en recherche d’emploi à un jeune homme, il est peu surprenant de voir la secrétaire d’État à l’économie et aux Finances prodiguer des recommandations boursières. Bienvenu dans le nouveau monde, qui ferait presque regretter l’ancien : celui où Lionel Jospin, alors Premier ministre, se vantait de n’avoir jamais détenu d’actions.

A l’est, un petit front s’organise contre Erdogan


Si les pays de l’Ouest ont accepté l’idée de payer une « jizya » au maître-chanteur Erdogan pour qu’il nous protège de l’arrivée massive d’immigrants, à l’Est, la résistance s’organise… L’Europe Centrale et Orientale n’entend pas capituler. Elle envoie déjà quelques gardes frontières en Grèce.


Le Groupe de Visegrad entend ne rien lâcher. Lors d’un sommet mercredi 4 mars, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie ont déclaré vouloir s’engager à aider la Grèce dans son conflit frontalier avec les Turcs.

Le premier ministre slovaque Peter Pellegrini voit le nombre grandissant de migrants comme un sérieux problème sécuritaire pour l’Europe ; pas seulement pour la Grèce ! Son homologue tchèque Andrej Babis a ajouté pour sa part que la situation en Grèce était grave et a assuré que son pays était « prêt à aider [les Grecs] ». Quant au premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, il a affirmé que le sien s’apprêtait à déployer des gardes à la frontière grecque. Enfin, Viktor Orban, que l’on ne présente plus, a annoncé que la Hongrie apporterait tout le soutien qu’elle peut à la Grèce et participerait activement à l’éconduite des migrants sur la frontière extérieure de l’Union Européenne.

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Il va sans dire que ces pays ont une connaissance bien précise du danger et de ce qu’ils y risquent. Comme un air de déjà-vu…

L’Europe Centrale contre l’Empire Ottoman : un match retour ?

L’esprit de conquête d’Erdogan rappellerait presque celui d’un certain Soliman 1er (dit « Le Magnifique ») qui s’était lui-même emparé au XVIème siècle d’un certain nombre de territoires européens tels que la Croatie, la Moldavie, la Hongrie, et une partie de l’Autriche. Le souvenir d’un tel envahisseur et de ses troupes a nécessairement laissé une trace indélébile dans le cœur des nations qui ont souffert de son occupation.

Nous pouvons souligner au passage la lâcheté des rois français de l’époque (François 1eret son fils Henri II) qui ne comprennent pas alors l’enjeu et qui s’opposent à un Charles Quint (Empereur du Saint Empire Germanique) souhaitant protéger l’Europe d’une islamisation possible. L’impétuosité et l’audace des Francs de Charles Martel, autant que l’idée d’une alliance (avec Eudes, le duc d’Aquitaine et ancien adversaire) face à un ennemi civilisationnel commun, représentaient déjà de lointains souvenirs…

Une extension du Groupe de Visegrad ?

Si l’Europe occidentale reste aveugle sur la question migratoire, à l’Est, personne n’est dupe. Le Groupe de Visegrad tel qu’il est composé ne bougera probablement pas dans son organisation politique. Cependant, le contexte actuel et la conjoncture géostratégique et démographique pourraient bien ouvrir une ère d’alliances entre le V4 et certains de ses voisins, plus ou moins immédiats (en commençant par la Grèce), afin de lutter plus efficacement contre les masses migratoires qui souhaitent forcer la serrure européenne.

Pendant ce temps…

Alors que le V4 tente d’organiser quelque défense des frontières du continent, alors que Poutine humilie Erdogan en lui rappelant qui est le patron lors de leur récente rencontre, l’union bruxelloise n’en finit pas de se coucher.

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Invité lundi en grande pompe dans la capitale de l’Europe, le président turc a rappelé aux éminences de nos institutions européennes l’engagement pris de verser une rente à Ankara de 6 milliards d’Euros en l’échange d’une protection contre l’arrivée massive d’immigrants. Ne s’étant acquitté « que » des trois quarts de cette somme, Erdogan est venu réclamer son dû, en personne.

Les élites européennes se sont félicitées de la reprise du dialogue, en réalité des paroles creuses et vides de sens permettant l’inaction la plus totale à l’encontre du quémandeur ottoman. Pire encore, ce sont maintenant les Européens qui déclarent, notamment par la voix du Secrétaire général de l’OTAN se préoccuper de la sécurité de la Turquie. Le gouvernement allemand a par ailleurs annoncé qu’une « coalition de pays volontaires » – dont la France ferait partie – devrait prendre à sa charge une partie des migrants actuellement tenus à distance sur l’archipel grec (théoriquement des enfants, mais il est fréquent de retrouver des majeurs parmi les « mineurs isolés »).

Jean-Pierre Darroussin dit qu’il ne voulait pas humilier Polanski

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Comme si la soirée des César n’avait pas été assez gênante ! Voilà maintenant que Jean-Pierre Darroussin jure qu’il n’est pas antisémite. Il en donne la preuve : « Ma femme est juive et donc mes deux filles le sont également ».


Sa prestation lors de la remise des César était pour le moins contestable. Ses excuses le sont tout autant.

Lors de la cérémonie des César, l’acteur était chargé d’ouvrir les enveloppes contenant le nom des primés. Quand il ouvrit celle où il y avait le nom de Polanski sa vue s’obscurcit et son esprit se troubla. Comment prononcer l’imprononçable ? Déjà que « Polanski » ça sonne pas très français…

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Florence Foresti, qui avait la redoutable tâche d’animer la cérémonie, s’en était tirée en appelant le cinéaste Atchoum (Polanski n’est en effet pas grand). Darroussin opta pour une autre solution : il bredouilla, marmonna et écorcha le nom de Polanski.

Darroussin incompris?

Par la suite, il reçut une salve de critiques indignées par cette prestation aussi abjecte qu’imbécile. La raison lui est revenue ! Dans une interview au magazine Transfuge, il présente ses excuses. « Non je n’ai pas voulu humilier Polanski : c’était juste une mauvaise blague ». Et sans que personne ne lui ait rien demandé, Darroussin ajoute : « Je ne suis pas antisémite ». Et il ponctue cette proclamation par un argument massue : « Ma femme est juive et donc nos deux filles le sont ». Que de choses inavouées derrière cette phrase ! L’explication, car il y en a une, est à chercher du côté de chez Freud.

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On sait – comme une évidence mainte fois répétée – que tous les antisémites ont un ami juif. Et de temps en temps – c’est un classique – ils lui disent tendrement «  quel dommage que tous les Juifs ne soient pas comme toi ». S’agissant de Polanski, lors des César, il n’était pas « le bon Juif » de Darroussin. Maintenant il l’est devenu.

Me revient à ce propos une anecdote savoureuse racontée par Léon Poliakoff dans L’Histoire des Juifs. Au début du siècle dernier, un baron hongrois était accusé d’antisémitisme. Un ami vint le voir pour le lui reprocher. Et le baron superbe répliqua : « Moi antisémite ? Jamais ! Un antisémite c’est quelqu’un qui hait les Juifs plus que de raison ».

Qui donc l’a mis là?


Du nouveau dans le drame français


Une jeune lycéenne, Mila, à l’occasion d’une discussion, s’est exprimée sur l’Islam. La liberté d’expression est un bien acquis, chèrement payé par la Révolution en France. C’est un héritage du siècle des Lumières, on se demande aujourd’hui qui a bien pu les éteindre. Ça doit être du temps du « regroupement familial » comme quoi on peut être bardé de diplômes, être jeune et ne rien imaginer des conséquences de ses actes, assuré qu’on est de son intelligence. Mais les successeurs de ce président-là, conscients ou non, n’ont fait que renforcer ces conséquences en voulant absolument ignorer les difficultés de l’intégration des immigrés musulmans ; tout n’est pas rapidement soluble dans la République française. Surtout quand on érode la volonté et le courage des hussards de la République laïque, démocratique et égalitaire. Aucun des trois termes de cette définition n’est naturel aux femmes et aux hommes qui ont été accueillis sur le sol national avec une générosité sans égale de par le monde. Le résultat n’est pas une société multiculturelle dont on se gausse et dont tout un chacun pourrait se réjouir, mais une société multicommunautaire qui en est le contraire et l’assassin.

Mila dans l'émission Quotidien sur TMC. Image: capture d'écran twitter
Mila dans l’émission Quotidien sur TMC. Image: capture d’écran twitter

Ainsi donc, Mila, une jeune lycéenne iséroise, dans une discussion virtuelle, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux comme on dit aujourd’hui, avec ce rêve qu’une agitation d’électrons puisse créer des amis, donne son avis sur l’Islam. Avis certes un peu carré mais pas faux, en tous cas conforme à celui de nombre de citoyens et surtout des observateurs attentifs de ce qui se passe dans le monde musulman et de ce qui en est importé en Europe. Avis surtout des rares Européens qui ont lu le Coran, rares Européens desquels ne font manifestement pas partie l’essentiel des élites intellectuelles et politiques. Et sûrement pas les décideurs.

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La réponse ne s’est pas fait attendre : Mila est brutalement promise à une lisse lame après de nombreux sévices corporels et sexuels dans un langage pour le moins ordurier témoin d’une barbarie d’autres lieux et d’autres temps. Mais cela est de la responsabilité de ceux qui profèrent ces insultes et ces horreurs. On nous arguera sûrement qu’ils sont incultes et ne connaissent même pas le texte sacré et réputé non amendable auquel ils se réfèrent.

Quelle est la réponse de l’Etat aux menaces proférées ?

Auriez-vous pu l’imaginer il y a encore quelques jours ? La ministre de la Justice, oui de la Justice, Madame Belloubet, prend la victime pour le bourreau ! La Garde des Sceaux devenue gardienne des sots, voilà qui ne manque pas de cachet pond une lettre de cachet et demande au parquet de poursuivre Mila pour insulte à une religion, ce que la ministre trouve grave. En bref, elle veut poursuivre pour blasphème. Ce qu’elle ne fit pas quand Jésus fut qualifié de PD (sic) dans une émission de radio. Voilà Mila en nouveau chevalier de la Barre ; serait-ce ce qu’on appelle une avancée progressiste ?

Heureusement le parquet refuse de s’enflammer et récuse la plainte. Tentez d’allumer du vieux chêne avec une étincelle ou une allumette, tout n’est pas encore église ou cathédrale.

Elle est revenue par la suite sur cette « erreur », il reste le plus grave. Il reste que le premier réflexe est la charge contre la liberté d’opinion et la défense des agresseurs lorsqu’ils le font au nom de leur foi !

Incroyable d’imaginer réaction aussi ignominieuse quand on prétend être gardien des valeurs françaises. Mais qui donc l’a mis là ?

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Il est vrai que la ministre de la Justice fait récuser les assassins musulmans au fait de l’aveuglement de leur discernement sous les effets conjugués de la religion et de la prise de drogues par ailleurs illicites. Prise qui en d’autres circonstances est un facteur aggravant des actes commis… Il est vrai aussi qu’elle veut accueillir des djihadistes qu’elle ne logera cependant pas dans les trois appartements qu’elle avait omis de déclarer, un bel exemple de probité.

Mieux encore, maintenant Mila ne peut réintégrer son établissement scolaire. On ne peut l’y protéger ! Certes, mais aucun autre établissement ne peut la protéger non plus… La République ne peut assumer sa mission d’éducation prétendue obligatoire. Faillite ! Faillite et démissions. L’Etat, prompt à retrouver les adresses des pirates selon HADOPI, ne localise pas les auteurs de menaces dont le côté illicite est pour le moins manifeste et pénalement condamnable.

Alors que l’Etat lui assure des cours privés à domicile, lui assure une protection policière et que les brigades informatiques se mettent en branle et permettent l’arrestation des barbares. Ça suffit, le mauvais sort s’y erre trop en France. Du balai !

Il n’est pas, ici, question de morale, il s’agit de plus, il s’agit d’éthique c’est-à-dire de l’identification des bourreaux, de tous les bourreaux. C’est cela la Justice.

Que dire encore de cette inimaginable histoire sinon qu’elle est un nouveau témoin du drame français. Que vive la parole libre !

Les territoires conquis de l'islamisme

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Bruno Lafourcade: un écrivain de salubrité publique


Dans Les dents serrées, Bruno Lafourcade dresse l’inventaire des années Mitterrand qui ont conduit à la désagrégation de la France.


Un merlin est un outil qui est d’un côté une masse permettant de fracasser, de l’autre une hache permettant de fendre. Nietzsche philosophait à coups de marteau. Dans son livre, Une jeunesse les dents serrées (Éditions Pierre Guillaume De Roux), Bruno Lafourcade écrit à coups de merlin. Si l’on en ressort tout ensanglanté et meurtri, c’est que l’auteur nous rappelle, sans prendre de gants, ce qu’ont été les « années Mitterrand » : le début de la terreur progressiste, de l’antiracisme dévoyé, de la promotion du manager et des « artistes » engagés (Tapie et Séguela en bêtes de scène, et Yves Montand en monsieur Loyal du cirque patronal), de la radio nationale devenant tract propagandiste, des radios dites libres (NRJ) comme agents propagateurs des plus misérables bruits anglo-saxons et des émissions sur la sexualité javellisée destinées aux jeunes. 

Fiertés

Lafourcade ne retient pas ses coups. Il retrace les années de notre génération, celle de ceux nés dans les années 60, sans la moindre nostalgie. Seuls nos corps étaient alertes et robustes. Le corps de la société française, lui, commençait de pourrir sous les coups des idéologies mortifères et nous entraînait dans sa chute. Nous serions bientôt ces zombies décrits par Pauwels, « les enfants du rock débile, les écoliers de la vulgarité pédagogique, les béats de Coluche et de Renaud nourris de soupe infra-idéologique cuite au show-biz, ahuris par les saturnales de “touche pas à mon pote”, et, somme toute, les produits de la culture Lang. » Quelques années plus tard, écrit Lafourcade, la jeunesse rebellocrate allait « inventer le proud et la pride – la fierté, celle qui n’est due à rien, à aucun mérite sinon celui d’être soi », gay, noir ou femme. Le « moi » s’installait dans le cocon paresseux de ce temps et s’auto-glorifiait d’être ce qu’il était, même et surtout lorsqu’il n’avait rien fait pour être ce qu’il était. « Pourquoi, tant que vous y êtes, si prêts du but, ne pas “être fier d’être en vie” ? »

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Ravivant les débuts de la destruction programmée de l’Éducation nationale, Lafourcade gifle et dénonce ces profs, « syndicalistes doctrinaires et vaniteux » qui nous « apprenaient à nous haïr, et à mépriser notre pays et son histoire », et qui, sous l’impulsion des ministres socialistes, firent de l’école un lieu dogmatique, égalitariste et grand pourvoyeur de jeunes gens incultes, bruyants, incapables d’admirer, d’avoir des héros , ou même de concevoir ce qu’avait pu être « l’héroïsme » de certains hommes d’antan dont ils n’avaient aucun souvenir puisqu’ils n’en avaient eu aucune connaissance.

Après la lutte des classes, la lutte des races

Lafourcade apostrophe cette génération d’avant la nôtre, celle de ceux qui « depuis 68, chiaient le soixantuitisme », les politiques rompus à l’exercice de prendre les postes rémunérateurs (symboliquement et pécuniairement), ou les « parasites et les plagiaires essentiels, incapables de rien créer, (grenouillant) dans les salles de rédaction, les bureaux d’éditeur. »

Regardez et écoutez : les enfants de ces parasites ont pris leurs places, ils grenouillent pareillement dans certains milieux politiques et journalistiques. « Vous avez toujours pensé par slogans, votre vie a toujours été publicitaire ; vous nous avez pris Le Monde, vous nous avez pris France Culture – vous en avez fait des tracts. […] Vous nous avez pris la presse, vous nous avez pris l’école, vous nous avez pris l’art – et vous nous avez pris les mots. » Rien n’a changé, au contraire. Pour qui n’est pas sourd, il est aisé d’entendre l’endoctrinement et la propagande actuels sur les ondes de nos radios nationales, dans les couloirs du ministère de l’Éducation nationale, dans ceux de nombre d’universités devenues, à la place des lieux du savoir, les tribunes militantes des thèses sur le genre, sur le supposé « racisme d’État », sur le « décolonialisme » et sur « l’indigénisme ».

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La lutte des classes a fait les beaux jours des soixante-huitards, celle des races fera le printemps puis l’été de leurs petits-enfants et de certains enfants d’immigrés, plus malins que les autres, et qui ont compris comment conquérir, paresseusement, politiquement, en profitant de notre faiblesse et de nos lâchetés, les places au soleil universitaires, journalistiques ou politiques.

C’est la vérité qui est féroce

Notre faiblesse, Lafourcade la décrit et la décortique. Elle est celle de quinquagénaires à qui, jeunes, on a laissé accroire que Lang était un homme cultivé qui allait sauver la culture ; que Duras était une enquêtrice de haut vol capable de reconnaître un infanticide à la seule lueur de ses fantasmes ; que l’idéologue July n’était pas une boule de bêtise hargneuse lorsqu’il écrivait dans sa feuille de chou : « Il fait partie des bourgeois, il ne peut qu’être l’auteur de ce crime », à propos du notaire Pierre Leroy dans l’affaire de Bruay-en-Artois ; que BHL était un philosophe ; que Mesrine était le Mandrin de l’époque ; que l’école nous apprenait autre chose que l’idéologie égalitariste dominante. Nous n’avions aucun héros à admirer et personne ne voulait que nous en eussions : « Les grands navigateurs, les grands soldats, les grands saints vous renvoyaient à votre lâcheté. Certains d’entre nous avaient eu des rêves anachroniques de conquêtes et de grandeur ; ils finirent comptables. »

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Lafourcade écrit avec férocité, il fignole au ciseau à fer rougi. Quel plaisir que de sentir le vent féroce de la vérité nous cingler les joues. Il parvient par avance à décrire le Président de l’Institut du monde arabe que nous aperçûmes tout récemment face à Zemmour, un homme qui se momifia vivant – l’époque était aux pyramides – jusqu’à devenir cette image virtuelle et fanée de lui-même : « vieux beaux de la réalité aux chairs tendues qui refusent la mort, déformés, botoxés, tirés jusqu’aux oreilles, avec le sourire permanent et démoniaque des cadavres, vous souriez du néant que vous avez dispersé autour de vous. Nous n’attendons plus que de vous voir crever – mais nous l’attendons sans joie, comme tout ce que nous avons espéré ici-bas. »

Le lecteur qui a apprécié le roman L’ivraie (Christopher Gérard en a dit tout le bien qu’il fallait en dire dans ces colonnes, le 4 novembre 2018) ou les portraits, à l’usage « des intrigants et des courtisans », des Nouveaux vertueux, se délectera également des textes du blog de Bruno Lafourcade : il y décrit idéalement, avec l’ironie du pessimiste carnassier, les âneries des hommes, les bêtasseries des femmes, et toutes les crétineries des enfants de ces quinquagénaires qui, rompus à l’art de détecter les aliments frelatés, tentent vainement de profiter d’une vieillesse la mâchoire crispée.

Une Jeunesse les Dents Serrees

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Face au séparatisme, l’appel aux «valeurs» ne sera pas suffisant


Le président Emmanuel Macron désire lutter contre le séparatisme qui mine notre pays. L’entreprise n’aura des chances d’aboutir que si elle évite l’apologie immodérée des « valeurs ».


La meilleure façon de protéger la paix civile dans notre pays consiste à faire aimer la France. Cette condition en appelle une autre : faire aimer la même France par tous les Français. Aimer son pays, soit ; encore faut-il s’entendre sur son identité, sur ce qu’il est au plus profond de lui-même. L’objectif louable de lutte contre le séparatisme réussira si les Français s’attachent à la France réelle, non à un pays fantasmé qu’on passerait au crible de nos obsessions moralisatrices.

Marianne au pays des valeurs

Or, en faisant dépendre l’amour de la patrie des « valeurs », rien ne nous garantit que notre pays sera toujours à la hauteur de l’image idéale que nous projetons sur lui d’après ces mêmes valeurs. Celles-ci sont des notions si abstraites que chacun peut les comprendre selon son angle de vision. Qu’est-ce que l’ « égalité » ou la « liberté » ? En conditionnant l’amour de la France au respect de ces « valeurs », le risque est grand de susciter des malentendus entre personnes qui n’en ont pas la même compréhension. Pour résoudre cette difficulté, dans le monde imparfait qui est le nôtre, la sagesse commande de ne pas trop mettre en avant les « valeurs » mais plutôt de se concentrer davantage sur les réalisations concrètes de la France en matière d’art, de culture, d’événements historiques, de mode de vie. Sinon, nous risquons d’être happés par une surenchère moralisatrice qui attisera infailliblement les tensions et les contentieux mémoriels.

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Non pas qu’il faille tout accepter de notre passé. L’esprit critique fait partie intégrante de notre tradition de pensée. La France se grandit chaque fois qu’elle tente de s’améliorer en corrigeant ses erreurs. Cependant, à trop porter l’accent sur ces dernières, le corps social risque de se désagréger. Car le problème avec la morale, c’est qu’on trouve toujours plus vertueux que soi. Sur ce terrain, quand le démon de la comparaison emporte les hommes dans sa spirale de concurrence, plus personne n’est en mesure de répondre de la cessation des hostilités.

Qui veut faire l’ange fait la bête

L’autre conséquence de la concentration sur les « valeurs » est de phagocyter tout ce qui fait la spécificité de la France : sa culture, ses mœurs, son histoire, ses grands hommes, etc. Les liquidateurs de l’héritage escomptent par cette opération rejoindre au plus vite une humanité unifiée et hors sol et éviter de la sorte les « crispations identitaires ». Une telle vision politique est sous-tendue par l’idée que l’identité revendiquée d’un peuple implique automatiquement discrimination et rejet de l’ « Autre ». Pour les thuriféraires du « vivre ensemble » mondialisé, les peuples sont toujours hostiles les uns envers les autres. D’où leur solution radicale : les fondre tous dans une humanité générique, biberonnée aux « valeurs ».

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Cependant les tenants de la dissolution de la France dans un grand ensemble appelé « monde sans discrimination », sont pétris de contradictions. En effet, tandis qu’ils déconstruisent sans vergogne les vieilles nations européennes afin de les plonger dans le Grand Bain de l’Humanité Réconciliée, dans le même temps ils vantent sans modération les identités des minorités ! C’est ainsi que la notion de « race » refait son apparition, et cela dans la bouche des…antiracistes (on lira à ce titre avec intérêt l’entretien avec Géraldine Smith p48 du dernier numéro papier de Causeur). Issus des rangs de la lutte contre les discriminations, des penseurs « décoloniaux » » tentent maintenant de conceptualiser la nature d’un « racisé », tandis qu’ils continuent de fustiger le « repli identitaire » des Français moyens… Cherchez l’erreur…

Ne pas raviver les ressentiments 

Pour toutes ces raisons, la lutte contre le séparatisme doit éviter autant que possible les débats sur les « valeurs » qui prêtent trop le flanc aux susceptibilités de toutes sortes, mémorielles ou plus actuelles. Dès lors qu’un pays n’est plus aimé que pour des « valeurs » aussi abstraites qu’évanescentes, des hommes politiques, mus par le désir de se constituer une clientèle, pourront toujours tirer prétexte de la trahison par la France de ces « valeurs » pour liguer une « communauté » contre le reste de la population nationale. Encore récemment, des élus ont défilé dans les rues de Paris pour protester contre l’islamophobie supposée des Français. C’était là un geste à la fois irresponsable et injurieux pour nos concitoyens, parfait contre-exemple qu’il faut éviter de reproduire si nous voulons éradiquer le communautarisme.

Faisons aimer la France. Pour cela, tâchons de transcender nos différences, arrêtons de remuer les rancœurs du passé. Car si nous restons uniquement focalisés sur le terrain des « valeurs », une « communauté » pourra toujours s’estimer lésée, à l’aune de l’impératif de liberté, d’égalité ou de fraternité, par rapport aux autres, et le cycle des ressentiments et des accusations réciproques reprendra de plus belle.

George Steiner, la vocation du clerc

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George Steiner. © Leonardo Cendamo/ Leemage

George Steiner (1929-2020) incarnait l’homme de culture européen. Armé de sa libido sciendi, ce critique littéraire et philologue polyglotte défendait une certaine idée de la grande culture à transmettre aux jeunes générations. Portrait. 


Des titres prestigieux, George Steiner en a conquis tout au long de sa vie, mais c’est celui de postino (« facteur ») qu’il aimait s’attribuer, en écho malicieux au film de Michael Radford (Il Postino, 1994) racontant comment un jeune Italien illettré découvre la poésie en apportant son courrier, venu du monde entier, à Pablo Neruda alors exilé sur l’île de Salina. Critique littéraire et philologue polyglotte, homme de culture viscéralement européen nourri dès son plus jeune âge de poésie, de musique et de philosophie par des parents lettrés, George Steiner devenu professeur (Cambridge, Genève) aurait pu se contenter de récolter les honneurs dus à son rang de mandarin. Il fit en réalité de son enseignement un sacerdoce passionnant, et assuma pleinement sa vocation de « clerc » en refusant de confondre l’acte créateur et le commentaire savant. Voyant dans l’intellectuel « le serviteur de ce qui compte », il était trop apolitique pour que son engagement au service de la langue et de la culture fasse de lui un personnage sartrien : « Il faut être un donateur », disait-il souvent ; un restituteur de sens et de « réelle présence » après qu’une cléricature irresponsable a rompu l’alliance entre les mots et le monde.

Pourquoi lire Steiner?

Steiner avait il est vrai une manière bien à lui de s’élever après s’être abaissé, et il faut le croire quand il dit n’être ni un créateur ni un grand homme, mais un « maître à lire » ; le croire tout en étant conscient qu’il fit ainsi de la maîtrise, non pas l’obstacle à la souveraineté comme le pensait Georges Bataille, mais le premier degré d’une quête d’excellence aux horizons divers et illimités. Sans doute est-ce là ce qu’il nommait « la merveilleuse arrogance juive devant les possibilités de l’esprit ». Sa capacité d’étonnement fut à cet égard incommensurable, et donne à son œuvre un rayonnement qui en fait l’égal des plus grands. Remplissant le rôle de messager, d’herméneute et parfois de psychopompe dévolu par les Anciens à Hermès, Steiner put affirmer avec assurance qu’il « traverse les frontières en ayant pour visa l’immémorial » [tooltips content= »Entretiens avec Ramin Jahanbegloo, Poche, Le Félin, Paris, 2009, p. 70″][1][/tooltips]. Ce viatique coïncidait pour lui avec une certaine idée du classicisme propre à la « grande culture » dont l’élitisme était à ses yeux un titre de noblesse dès lors qu’on s’emploie à rendre accessible et à défendre « ce qui a de la valeur ».

Il fut obligé de reconnaître que la lucidité d’un Joseph de Maistre éclairait davantage les abominations et impasses de notre temps que l’universalisme abstrait 

Il y a donc bien des raisons de lire et relire Steiner dont l’œuvre foisonnante (une trentaine d’essais et fictions) n’est pas celle de ces polygraphes qui clonent leurs livres à défaut de les écrire. Steiner est un auteur au sens fort du terme, car doté de l’autorité qui fait de lui un maître, un éducateur et un transmetteur. Lire, traduire et transmettre constituent le trépied sacré sur lequel il a assis son autorité, et nul ne sut mieux que lui que sans la culture, la transmission n’est que contagion émotionnelle sans portée intellectuelle et spirituelle. Si Steiner est un « classique », c’est que la passion d’étendre son savoir et de comprendre rencontre en lui la juste mesure formelle qui, loin de l’éteindre, la transfigure. C’est pour avoir refusé de « négocier ses passions » que Steiner est à la fois intensément présent dans tout ce qu’il dit, et suffisamment distancé pour que son témoignage ait valeur de vérité. S’il lui arriva de s’interroger sur la tristesse de la pensée qui laisse souvent l’homme « étranger à lui-même et à l’énormité du monde [tooltips content= »Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée (trad. P.-E. Dauzat), Albin Michel, Paris, 2005, p. 181. »][2][/tooltips] », c’est la jubilation d’exister, de pouvoir s’étonner et parler qui finit toujours par l’emporter sur les « intermittences de la raison » et les horreurs de l’Histoire.

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Car il était à ses yeux certains fondamentaux non négociables d’où chaque individu tient sa qualité d’être humain. Parler correctement sa langue tout d’abord, et se familiariser avec celles des autres cultures. Comment prétendre respecter l’Autre quand on ne fait pas l’effort d’apprendre l’idiome à travers lequel il façonne son humanité ? Lire était pour lui un hommage rendu au génie des hommes à travers celui des langues, et face aux écrits dont il s’agissait de faire jaillir le sens, Steiner se comportait en musicien, aussi sensible à la mélodie secrète qu’aux silences qui donnent sa respiration au texte. Apprendre par cœur n’avait donc à ses yeux rien de scolaire dès lors que la mémorisation devient une sorte de « prière du cœur » de l’homme cultivé, accomplissant ainsi une manducation du Livre comparable à celle ordonnée par l’Ange dans l’Apocalypse de Jean. Il n’est qu’à entendre parler Steiner pour sentir à quel point la mémorisation gourmande entretenait en lui le feu secret de la cordialité, gage d’invulnérabilité quand la possession intérieure du livre devient la seule forme de résistance à l’inhumanité.

Les abominations de notre temps

C’est là où s’ouvre la faille, la brisure tragique qui crevasse de bout en bout l’œuvre de Steiner : pourquoi faire tant de cas de la « grande culture » européenne et devoir dans le même temps constater qu’elle ne parvint pas à endiguer la barbarie, quand elle n’en fut pas la complice ? Pourquoi encourager les jeunes à se cultiver si on sait déjà que cela ne fera pas d’eux des êtres vraiment humains, incapables d’humilier et de torturer ? Avouant son impuissance intellectuelle devant l’inexplicable, Steiner n’a peut-être pas trouvé la clé permettant d’ouvrir une porte qui ne serait pas celle du château de Barbe-Bleue [tooltips content= »Dans le château de Barbe-Bleue : notes pour une redéfinition de la culture (trad. L. Lotringer), Gallimard, Paris, 1986. »][3][/tooltips]. Son dédain pour la psychologie de l’inconscient et son manque d’empathie avec les phénomènes de masse ne le prédisposaient sans doute pas à tenter le début d’explication qui dédouanerait au moins partiellement la « grande culture » de ce dont on l’accuse, et conforterait la nécessité plus que jamais actuelle de n’en pas démériter. N’est-ce pas plutôt parce que la culture européenne avait déjà cessé d’être « grande » en se compromettant avec l’insignifiance, que la barbarie a pu en devenir la contrefaçon sinistre ? Qu’attendre en retour, sinon le pire, de la sous-culture actuelle qui est déjà en soi barbarie ?

George Steiner ou quand le dialogue était encore possible

C’est cette incompréhension qui poussa Steiner à tenter de dialoguer avec des adversaires dont certains furent à la fois de très grands écrivains et de minables personnages : liaisons dangereuses ou affinités électives sur un plan infra conscient ou transcendant ? On le lui a reproché, comme si le mépris suffisait à panser les plaies et à purifier les consciences. Steiner a brillamment parlé de l’œuvre d’Heidegger (« une mystique de l’attention pure »), tout comme de Céline, Pound, Rebatet. Le dialogue qu’il a noué avec Pierre Boutang, et qu’il qualifie lui-même de « moment stellaire [tooltips content= »Voir les deux émissions animées par Michel Cazenave (1987) dont le texte a été publié dans Dialogues : sur le mythe d’Antigone, sur le sacrifice d’Abraham, J.-C. Lattès, Paris, 1994). »][4][/tooltips] », souligne a contrario l’indigence actuelle du débat dans une société moralisatrice, mais friande de lynchages médiatiques. La capacité de Steiner à dissocier les plans, et à rétablir l’équité partout où elle est menacée, constitue un témoignage rare de probité intellectuelle et d’humanité. Fasciné par le courage physique dont il se savait privé, il a osé la question dérangeante : Comment me serais-je conduit sous la torture, et quelle vie aurais-je menée sous la dictature ? Il dira même n’avoir pas « vécu son siècle », faute d’avoir connu la prison. Qui, parmi les donneurs de leçons qui sont aujourd’hui légion, se risquerait à tenir un tel discours ?

À lire aussi: Chantal Delsol aux frontières de l’universel

C’est aussi qu’il ne croyait plus guère à la vertu civilisatrice des grands idéaux humanistes propagés par les Lumières, et fut obligé de reconnaître que la lucidité d’un Joseph de Maistre éclairait davantage les abominations et impasses de notre temps que l’universalisme abstrait qui n’apporte en fait « aucune valeur de tolérance et d’accueil ». Steiner ne fut à cet égard pas davantage moderne qu’antimoderne, mais toujours sur le fil du rasoir dont le tranchant est émoussé ou affûté par les événements. Moderne par sa confiance dans les progrès de l’intelligence tels qu’ils se manifestent dans les sciences, il reste antimoderne par son refus de « l’américanisation des valeurs », de la marchandisation libérale, de l’illettrisme et de l’amnésie programmés des jeunes générations, familiarisées avec l’inhumain par les médias planétaires : « Je me sens sali moi-même par ce monde », confiait-il, sans avoir pour autant jamais attaqué de front la modernité. Mais peut-on dénoncer « l’énorme erreur de l’optimisme rationnel » sans remettre en cause les pouvoirs de la raison ? Jusqu’où peut-on épouser sa vision de la mission des Juifs de la diaspora, enseignant à tous les hommes comment nager en apnée quand l’Histoire les oblige à s’exiler ou à se cacher, et démontrant par leur survie que « la vérité doit toujours être en exil » ? Apprendre à être les « invités » des autres cultures présuppose pourtant que les groupes humains qui accueillent les exilés ont su donner à leur sédentarité une certaine honorabilité.

À notre époque hargneuse et revendicatrice, Steiner offre avant tout une formidable leçon de gratitude : celle d’un généreux donateur qui remercie d’avoir tant reçu de la vie, et reste éperdument admiratif devant le mystère de la création. Faisant sien le souhait d’Antigone d’« entrer dans la mort comme on rentre chez soi » (Sophocle), Steiner trouvait en même temps à cette formule quelque chose de « casanier » qui ne lui déplaisait pas. Ce fut sans doute sa seule concession avouée à la sédentarité dont il n’a cessé de se méfier.

Entretiens avec Ramin Jahanbegloo

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Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée

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Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

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Dominique Reynie © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 00899588_000043

Le politologue Dominique Reynié (directeur de la Fondapol) tente d’évaluer les incidences de la crise du coronavirus sur les élections municipales. Premier tour étrange, prévu dimanche.


Martin Pimentel. Les élections municipales des 15 et 22 mars prochains se présentent dans un contexte de grande inquiétude liée au coronavirus. Sans sortir votre boule de cristal, quelles répercussions du virus sur le scrutin imaginez-vous ? Un report de ces élections est-il envisageable ?

Dominique Reynié. La première répercussion qu’on peut imaginer sans spéculer exagérément, est une baisse de la participation, dans la mesure où il y a une invitation générale à ne pas trop sortir de chez soi ou à ne pas se rendre dans des lieux publics lorsque cela n’est pas indispensable. Ces consignes sont martelées matin et soir sur radios et télévisions, donc il va nécessairement y avoir un repli. Et ce qu’on observe déjà dans l’économie, on va l’observer dans la politique.

Le report des élections municipales me paraît en revanche impossible, même si l’on passait en phase 3 ou en cas de scénario à l’italienne dans les tous prochains jours. J’imagine que si on reportait le scrutin, ça ne serait pas de 15 jours, ni même de trois mois.

Reporter après la crise, alors ? Mais on ne sait même pas quand elle va finir. Je n’en sais rien, mais supposons que la crise sanitaire dure sept mois ; Est-ce que les maires retrouvent leur mandat jusqu’à cette date ? Est-ce que la campagne s’arrête ? Ou est-ce qu’elle dure sept mois supplémentaires, ce qui impliquerait de revoir les plafonds des dépenses de campagne ? Je prends des exemples extrêmes, mais tout est très compliqué dans pareille situation. On est de toute façon sûrement trop proche de l’échéance maintenant pour reporter l’élection.

A lire aussi, Gil Mihaely: Municipales réunionnaises: le quatrième cirque

Concernant l’abstention et son influence sur les résultats, rappelons que l’abstention pèse de plus en plus sur les scrutins municipaux. En 2014, elle a atteint un record historique, avec 38,3% en moyenne ; elle a pu grimper très au-delà de 50% dans certaines municipalités, par exemple à Vaulx-en-Velin (62,1%), Roubaix (60,6%) ou Villiers-le-Bel (61,4%). Selon l’IFOP, 28% des personnes interrogées sont susceptibles de ne pas aller voter à cause du coronavirus. Donc à cause du coronavirus, nous pouvons atteindre un surcroît d’abstention problématique pour la perception même du scrutin. S’il n’y a pas de condition de participation minimale pour valider l’élection d’une équipe municipale, on a évidemment l’idée que cela peut peser négativement sur l’interprétation des résultats.

Mais surtout, l’abstention va-t-elle être préjudiciable à un camp plutôt qu’à un autre, la gauche ou la droite par exemple ? Quels mouvements politiques peuvent pâtir de cette hausse de l’abstention ? Les retraités sont ceux qui votent le plus, ils sont 23% à déclarer pouvoir s’abstenir en raison des risques liés à l’épidémie. Il est certain que s’ils ne participent pas, cela handicapera alors les Républicains et les macronistes. D’un autre côté, les électorats âgés ont tendance à reconduire les sortants. Donc quelle que soit l’étiquette, les élus qui en temps normal avaient bon espoir d’être reconduits dans leurs fonctions peuvent peut-être aussi se faire du souci. Si les électeurs âgés ne se déplacent pas, cela pourrait se faire à leur détriment. N’excluons pas enfin que jeunes et un peu moins jeunes, qui s’abstiennent déjà beaucoup, témoignent d’une sur-abstention par cette crainte du coronavirus.

Une forte abstention ne va pas arranger notre crise démocratique, alors que l’exécutif s’était justement appuyé sur la figure du maire dans le prolongement de la crise des gilets jaunes et du grand débat. Une forte abstention alimenterait une fois de plus le sentiment que le processus électoral n’a pas été parfaitement accompli. On prend cette habitude, parce qu’il y a toujours quelque chose qui au fond est sujet à controverse, soit l’offre politique, soit le contexte… Mais sur les effets plus complets, il est très difficile d’avoir une idée dans la mesure où la crise du coronavirus est en cours de gestion. On verra dimanche si un bilan est tiré par l’opinion.

Les derniers scrutins électoraux ont confirmé le Rassemblement national comme principale force d’opposition politique en France. Mais ce mouvement est mal implanté localement historiquement. Quel résultat électoral serait satisfaisant et pourrait permettre à Madame Le Pen et son parti de se proclamer « grands gagnants » dimanche soir ?

Ils vont avoir des difficultés, puisqu’ils présentent moins de candidats qu’en 2014. C’est déjà une limite à une possible progression, quoi qu’il arrive.

A lire aussi: Paris, Lyon, Besançon: qui profitera de l’échec de LREM aux municipales?

Maintenant, ce qui peut leur donner des raisons de se satisfaire, ce serait d’emporter Perpignan qui serait la première ville de plus de 100 000 habitants, et parce que Louis Aliot est une des figures importantes du FN/RN. Une victoire à Perpignan et la réélection de Robert Ménard, à Béziers, produirait un effet très favorable au RN. Il faudra en revanche regarder de près la carte des résultats, afin de la comparer avec la géographie des gilets jaunes, car, en raison de la nature même de cette protestation, ce ne sont pas les listes gilets jaunes qui feront de bons scores mais les listes qui auront su réunir les électeurs épars sensibles au mouvement des gilets jaunes.

Le ministère de l’Intérieur n’a recensé qu’une dizaine de listes communautaires à ces élections. Une goutte d’eau, puisqu’il y a plus de 20 000 listes qui se présentent. S’est-on inquiété pour rien ?

Je ne trouve pas. Ce qui ne fait pas de doute, c’est qu’il y a dans notre pays un séparatisme et non pas seulement un communautarisme, comme l’a justement observé le président. C’est un processus par lequel une partie des Français musulmans considère devoir soit suivre des règles qui ne sont pas celles du pays, soit changer les règles qui y prévalent. Il y a bien un projet politique et c’est suffisamment documenté. Le Maire et les barbares, livre d’Eve Szeptel, le documente remarquablement, ainsi que le livre publié aux Presses universitaires de France sous la direction de mon collègue Bernard Rougier, Les Territoires conquis de l’islamisme, ou encore celui de Hugo Micheron, Le jihadisme français. Quartiers, Syrie, prisons, chez Gallimard.

Dans certaines zones du territoire français, cette population issue de l’immigration, de religion musulmane, est importante voire majoritaire. Et là, évidemment, il devient facile pour ceux qui portent un projet islamiste d’essayer de tirer un bénéfice électoral de cette situation en passant à l’étape supérieure. La République permet d’obtenir du pouvoir à travers des scrutins compétitifs.

A lire aussi: La droite n’est plus incarnée

Et s’il n’y a que dix listes communautaires identifiées, est-ce qu’il n’y a rien à craindre du point de vue de l’entrisme ou du clientélisme sur les autres listes ?

Le projet politique séparatiste est sans doute minoritaire, mais il est hyperactif et très efficace. Nous finirons par avoir soit des listes communautaires qui l’emportent, soit des élus qui cèdent à la compromission clientéliste sur ce fondement religieux et communautariste pour tenter de conjurer le risque d’être défaits eux-mêmes. Aussi, votre argument sur le faible nombre de listes communautaires n’est pas recevable si l’on considère qu’il s’agit du début d’un processus en cours de déploiement.

UN SIMULATEUR REALISE PAR LA FONDAPOL POUR LES MUNICIPALES

Causeur. Sur le site de votre fondation vous avez mis en place un simulateur électoral qui a l’air assez ambitieux, pouvez-vous nous en dire un mot ?

D. Reynié. On propose sur le site Fondapol un nouveau simulateur électoral qui permet de savoir qui pourrait être le ou la prochain(e) maire dans toutes les communes de 1000 habitants ou plus et qui permet d’anticiper les résultats du 2nd tour. Il permet aussi de déterminer à quelles conditions de report des votes une victoire ou une défaite électorale deviennent possibles sur votre commune. C’est un outil de politologie pour tous.

Cela permet de comprendre les logiques politiques, les logiques de fusion et de transferts de voix. On voit parfois qu’à peu de choses près, un résultat peut passer.

Le maire et les barbares

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Les territoires conquis de l'islamisme

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Le jihadisme français: Quartiers, Syrie, prisons

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Le niveau de résilience alimentaire de la France est très bas

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Image d'illustration Pixabay

Coronavirus et résilience alimentaire des populations


Alors que le gouvernement italien vient d’étendre les mesures de confinement à l’ensemble du pays afin de lutter contre la propagation du coronavirus, nombre d’Européens et d’Asiatiques, mais également d’Américains et d’Australiens, ont commencé à stocker des provisions, de l’eau et des produits de première nécessité en vue d’une aggravation de la situation dans les semaines à venir. Au Royaume-Uni, où le nombre de cas déclarés de coronavirus était de 373 le 10 mars (par rapport aux 9172 cas italiens et 1412 cas français à la même date), certaines chaînes de supermarchés ont déjà dû imposer des restrictions sur certains produits alimentaires ou sur les gels hydro-alcooliques, déjà très difficiles à trouver. Dans ce contexte de grande incertitude, auquel est venu se greffer un krach boursier inédit doublé d’une crise pétrolière déclenchée par l’Arabie saoudite, des interrogations se font jour concernant les risques de disruption des chaînes d’approvisionnement en nourriture de nos populations.

Niveau de résilience alimentaire alarmant

En 2008, le chercheur en sciences sociales et ancien conseiller général de l’Aude, Stéphane Linou, a anticipé la menace d’une pandémie grippale qui bloquerait les approvisionnements. Afin de mesurer notre degré d’autonomie alimentaire dans le cadre d’un tel scénario, il avait fait l’expérience de se nourrir, pendant une année entière, exclusivement avec des produits issus d’une zone d’un rayon de 150 km autour de son lieu d’habitation (Castelnaudary). Il en avait conclu que production et consommation n’étant plus territorialisées, nos territoires – même ruraux – ne sont plus du tout autonomes, donc très vulnérables. Les Chinois, pour leur part, n’ont pas attendu pour tenter d’acquérir des terres agricoles sur le territoire français, dans l’optique de disposer de plus de ressources pour nourrir leur propre population, comme on a pu le voir dans l’Indre et l’Allier. Force est donc de constater, selon lui, que le niveau de résilience alimentaire de la France est très bas. Les territoires urbains n’ont que 2% d’autonomie. Il ne faut pas se faire d’illusion quant à nos campagnes, car le milieu rural est aujourd’hui incapable de nourrir les ruraux. Les supermarchés omniprésents donnent aux habitants une impression trompeuse de sécurité alors qu’ils n’abritent en fait que deux jours de stocks et que n’existent que de rares stocks stratégiques d’Etat !

A lire aussi, Dominique Reynié: Coronavirus, RN, séparatisme: si les Français ne vont pas aux urnes dimanche…

Dans un livre-enquête intitulé Résilience alimentaire et sécurité nationale, paru en 2019, Stéphane Linou alerte sur les risques pour les populations de ne pas produire suffisamment sur place et de demeurer dans un état alarmant d’impréparation en cas de crise grave. Ses travaux font apparaître la nécessité de « reterritorialiser » la production, d’apprendre à produire sans dépendance pétrolière, d’arrêter de « détruire le foncier nourricier », de se rendre moins dépendant en s’entraînant à consommer moins, à partager voire à changer notre régime alimentaire.

Stéphane Linou joue les Cassandre

Plus intéressant encore, il fait ressortir le fait qu’il ne peut exister d’ordre public sans accès pérenne et totalement sécurisé à la nourriture. Il exhorte les autorités à reconnaître officiellement que nos infrastructures nourricières sont stratégiques pour la survie de la nation. Il est nécessaire, selon lui, de préparer les Français à la “culture du risque alimentaire territorialisé”. Il cite à cet égard le modèle suédois, en tenant compte toutefois des spécificités de la culture française. Il fait référence, pour ce faire, au petit livret d’informations intitulé If Crisis or War Comes (« En cas de crise ou de guerre ») publié par le gouvernement suédois en 2018, qui invite l’ensemble de la population à constituer des stocks au cas où une guerre, un attentat, une cyberattaque, des accidents graves ou des catastrophes naturelles, venaient à interrompre l’approvisionnement en eau et en nourriture. Dans l’optique suédoise, seule une préparation adéquate des populations en amont est susceptible d’aider les individus et la société dans son ensemble à résister à des situations de stress importantes.

Les conclusions majeures de Stéphane Linou sont depuis remontées vers les décideurs politiques. L’ouvrage a reçu le Prix « Information préventive et résilience – Vigilance » décerné par le Forum des Risques Majeurs en 2019. Le proche avenir nous dira si ses recommandations ont été prises en compte.

Un zeste pour la planète

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Yann Arthus Bertrand et Nagui © DUPUY FLORENT/SIPA Numéro de reportage: 00601966_000012

Les messages contradictoires visant à protéger l’environnement polluent notre quotidien. François Tauriac sature.


Eco-lo-gie. On n’a plus que ce mot-là à la bouche. À chaque geste maintenant que nous tentons de faire, à chaque pas que l’on ose marteler sur la chaussée, à chaque émission télé que l’on essaye de ne pas zapper, dans tous les journaux et les magazines, il se trouve systématiquement quelque chose ou quelqu’un pour nous rappeler notre nouveau devoir et surtout notre objectif principal : sauver la planète. Pas un jour sans gluten free, sans sac amidon de maïs, pas un McDo sans burger végan, pas une municipale sans plan vélo, pas un mois sans alcool ou sans « urgence climatique ».

A lire aussi, du même auteur: Tri sélectif: le pollueur est une ordure

Comme si c’était notre faute à nous, tout ça. La pollution, le réchauffement climatique, le coronavirus, l’érosion de la dune du Pilat et les bouteilles en plastique ? Est-ce qu’on a choisi d’acheter la viande sous cellophane ? La purée en flocons, la Tropézienne chez Picard, ou le Nespresso en capsule? What else? Alors pourquoi diable nous fait-on culpabiliser? Nous les Français, un des peuples les plus vertueux d’Europe en matière de pollution. Bon d’accord, c’est un petit peu grâce aux centrales atomiques lancées après-guerre par le général de Gaulle, mais quand même. Moi je veux bien faire un geste pour la planète, vivre avec mon temps comme ils disent,  mais en échange qu’on nous foute un peu la paix.

Ok boomer 

J’en ai assez de me faire juger quand je beurre une tartine à l’Echiré ou d’essuyer des oh la la quand j’imprime un email à la photocopieuse. On est passé du «tout est permis » au règne du «fait pas ça, c’est pas bon». Dans la vie, tout est désormais « mauvais pour la planète », pas super « pour la réduction des émissions », pas «terrible pour le transit». Et ta sœur, elle bat le beurre? Ben elle aimerait bien. Mais c’est Lactalis qui le fait pour elle. Et maintenant, elle a peur pour son cholestérol, ma sœur. Alors elle va finir par regarder son bilan sanguin en direct sur son iWatch, comme Hanouna mate ses audiences en temps réel sur les Freebox.

A relire: Éoliennes: Appel à Emmanuel Macron

Et pourtant, c’est pas faute de faire des efforts, je vous jure. Maintenant je trie mes déchets, bon je ne peux pas faire autrement, les sacs poubelles sont transparents; je roule à l’éthanol E85 (une affaire, 90 litres à 57 euros) et je vais porter mes bouteilles au container pour le verre usagé. Oui Monsieur. Mais j’attends le dernier moment. Alors j’y vais aux aurores avec mon panier plein de boutanches. Ca fait moins pochetron. Je fais même gaffe à mon fromage. C’est vous dire. Je ne prends plus que du camembert Champsecret. Celui au lait de foin. Deux vaches à l’hectare. AOP et boîte en bois à l’ancienne. Ça me coûte plus cher, mais vu que je fais des économies sur l’essence… Même les parasols chauffants, je les évite. Des fois qu’on me reprocherait aussi d’être un peu l’homme du 20ème siècle. Mais j’avoue que depuis que mon copain bougnat du «Parthénon » m’a avoué qu’on travaillait le décaféiné au chlorure du méthylène, je vacille. Je chancelle. Je trébuche. C’est bien simple, je suis à deux doigts de renoncer. Faut dire qu’on nous raconte tellement de salades non ? Tiens les emails par exemple, il y a vingt ans, c’était l’arme absolue. La fatal weapon, comme ils disaient. Le truc pour sauver les arbres aussi.

Pollution 2.0

Maintenant, il paraît que le numérique représente 10% de la consommation électrique mondiale. Ils le savent ça, tous ces donneurs de leçons, que les datas centers qui gardent leurs chers petits messages coûtent des fortunes à refroidir? Et que les géants du web dépensent un pognon de dingue en refroidissement pour installer leurs serveurs dans les pays les plus froids du globe? Ça leur en bouche un coin ça hein? (En bois coupé en cueillette solidaire évidemment.)

A lire aussi: Code informatique, algorithmes des GAFA: désamorcer la machine infernale

Et les énergies alternatives? On ferme Fessenheim alors qu’elle pouvait tourner encore vingt  ans sans émettre la moindre émission et on encourage à monter des centrales au méthane qui obligent les agriculteurs à vendre le maïs, non pas pour le manger, mais pour le faire fermenter. Même sur France Inter on nous explique que l’Allemagne émet 300 millions de tonnes de CO2 pendant que la France n’en sort que 20! C’est pas un signe ça ? Ça ne nous empêche pas de foncer vers le tout électrique. Même mon PC portable a des batteries au lithium. Vous savez ce petit métal alcalin sympathique à la mode qu’on nous fourgue à toutes les sauces et dont la Bolivie, entre autres pays, fait ses choux gras en colonisant ses déserts sur des millions de m2 et en polluant les nappes. On ne sait d’ailleurs pas le dépolluer le lithium! Prochaine catastrophe écologique ? Ben moi qui avais l’impression de frôler ma date de péremption. Qui frissonnais en craignant l’obsolescence programmée. Je ne devrais pas le dire, ça me redonne un coup de fouet toutes ces incohérences. Tiens, je suis presque sûr qu’on va rallumer la centrale au charbon de Porcheville s’il y a un coup de froid! Éco-lo-gie on vous dit.

L'écologisme, nouveau totalitarisme ?

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Agnès Pannier-Runacher, une secrétaire d’Etat qui a la cote

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Agnes Pannier-Runacher, 3 juillet 2019 © PIERRE VILLARD/SIPA Numéro de reportage: 00914826_000040

La Macronie essaie maladroitement de convertir les Français aux joies de l’investissement en Bourse.


Agnès Pannier-Runacher a tenté ce mardi matin sur CNEWS de relativiser l’effondrement de la Bourse. «Nous avons aujourd’hui un système financier qui est beaucoup plus solide que pendant la crise de 2008 […] C’est plutôt le moment de faire des bonnes affaires en Bourse aujourd’hui ».

En tant que secrétaire d’État à l’économie, Agnès Pannier-Runacher est dans son rôle lorsqu’elle tente de rassurer sur la solidité des fondamentaux des entreprises. En revanche, elle sort clairement du cercle de ses attributions en donnant des recommandations boursières. Gérard Leclerc aurait ainsi pu lui demander de préciser sa stratégie d’investissement en ce qui concerne son objectif de gain et les valeurs à privilégier, ce qui aurait permis de mettre en lumière la légèreté du propos. Sans doute que Madame Pannier-Runacher a voulu imiter Donald Trump, peu avare en commentaires boursiers et ayant twitté récemment: « Stock market is starting to look very good to me ». Mais l’influence de la déclaration de la secrétaire d’État sur le marché parisien n’a pas eu l’effet escompté, le CAC 40 ayant clôturé en baisse de -1,5%. N’est pas Trump qui veut !

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Agnès Pannier-Runacher a été à bonne école et marche fidèlement dans les pas de son ministre de tutelle qui, en octobre 2019, se montrait favorable à une réorientation de manière différente de l’épargne des Français avec plus de diversification vers les unités de compte (c’est-à-dire vers la Bourse), en rappelant qu’il faut « servir plus de rendement aux Français qui acceptent plus de risques ». Bruno Le Maire récidivait quelques semaines plus tard au moment de la privatisation de la Française des Jeux, souhaitant « que les Français participent le plus largement possible » et investissent en Bourse. Depuis ses conseils, le CAC 40 est en baisse de près de 20%. Ses recommandations devaient être pour le long terme.

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Comme dit le proverbe, les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Lorsque le président de la République donne des conseils en recherche d’emploi à un jeune homme, il est peu surprenant de voir la secrétaire d’État à l’économie et aux Finances prodiguer des recommandations boursières. Bienvenu dans le nouveau monde, qui ferait presque regretter l’ancien : celui où Lionel Jospin, alors Premier ministre, se vantait de n’avoir jamais détenu d’actions.

A l’est, un petit front s’organise contre Erdogan

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Recep Tayyip Erdogan, left, Charles Michel et Ursula von der Leyen, lundi 9 mars, à Bruxelles. © John Thys/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22436644_000039

Si les pays de l’Ouest ont accepté l’idée de payer une « jizya » au maître-chanteur Erdogan pour qu’il nous protège de l’arrivée massive d’immigrants, à l’Est, la résistance s’organise… L’Europe Centrale et Orientale n’entend pas capituler. Elle envoie déjà quelques gardes frontières en Grèce.


Le Groupe de Visegrad entend ne rien lâcher. Lors d’un sommet mercredi 4 mars, la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie ont déclaré vouloir s’engager à aider la Grèce dans son conflit frontalier avec les Turcs.

Le premier ministre slovaque Peter Pellegrini voit le nombre grandissant de migrants comme un sérieux problème sécuritaire pour l’Europe ; pas seulement pour la Grèce ! Son homologue tchèque Andrej Babis a ajouté pour sa part que la situation en Grèce était grave et a assuré que son pays était « prêt à aider [les Grecs] ». Quant au premier ministre polonais Mateusz Morawiecki, il a affirmé que le sien s’apprêtait à déployer des gardes à la frontière grecque. Enfin, Viktor Orban, que l’on ne présente plus, a annoncé que la Hongrie apporterait tout le soutien qu’elle peut à la Grèce et participerait activement à l’éconduite des migrants sur la frontière extérieure de l’Union Européenne.

À lire aussi: Le petit chantage aux migrants d’Erdogan

Il va sans dire que ces pays ont une connaissance bien précise du danger et de ce qu’ils y risquent. Comme un air de déjà-vu…

L’Europe Centrale contre l’Empire Ottoman : un match retour ?

L’esprit de conquête d’Erdogan rappellerait presque celui d’un certain Soliman 1er (dit « Le Magnifique ») qui s’était lui-même emparé au XVIème siècle d’un certain nombre de territoires européens tels que la Croatie, la Moldavie, la Hongrie, et une partie de l’Autriche. Le souvenir d’un tel envahisseur et de ses troupes a nécessairement laissé une trace indélébile dans le cœur des nations qui ont souffert de son occupation.

Nous pouvons souligner au passage la lâcheté des rois français de l’époque (François 1eret son fils Henri II) qui ne comprennent pas alors l’enjeu et qui s’opposent à un Charles Quint (Empereur du Saint Empire Germanique) souhaitant protéger l’Europe d’une islamisation possible. L’impétuosité et l’audace des Francs de Charles Martel, autant que l’idée d’une alliance (avec Eudes, le duc d’Aquitaine et ancien adversaire) face à un ennemi civilisationnel commun, représentaient déjà de lointains souvenirs…

Une extension du Groupe de Visegrad ?

Si l’Europe occidentale reste aveugle sur la question migratoire, à l’Est, personne n’est dupe. Le Groupe de Visegrad tel qu’il est composé ne bougera probablement pas dans son organisation politique. Cependant, le contexte actuel et la conjoncture géostratégique et démographique pourraient bien ouvrir une ère d’alliances entre le V4 et certains de ses voisins, plus ou moins immédiats (en commençant par la Grèce), afin de lutter plus efficacement contre les masses migratoires qui souhaitent forcer la serrure européenne.

Pendant ce temps…

Alors que le V4 tente d’organiser quelque défense des frontières du continent, alors que Poutine humilie Erdogan en lui rappelant qui est le patron lors de leur récente rencontre, l’union bruxelloise n’en finit pas de se coucher.

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Invité lundi en grande pompe dans la capitale de l’Europe, le président turc a rappelé aux éminences de nos institutions européennes l’engagement pris de verser une rente à Ankara de 6 milliards d’Euros en l’échange d’une protection contre l’arrivée massive d’immigrants. Ne s’étant acquitté « que » des trois quarts de cette somme, Erdogan est venu réclamer son dû, en personne.

Les élites européennes se sont félicitées de la reprise du dialogue, en réalité des paroles creuses et vides de sens permettant l’inaction la plus totale à l’encontre du quémandeur ottoman. Pire encore, ce sont maintenant les Européens qui déclarent, notamment par la voix du Secrétaire général de l’OTAN se préoccuper de la sécurité de la Turquie. Le gouvernement allemand a par ailleurs annoncé qu’une « coalition de pays volontaires » – dont la France ferait partie – devrait prendre à sa charge une partie des migrants actuellement tenus à distance sur l’archipel grec (théoriquement des enfants, mais il est fréquent de retrouver des majeurs parmi les « mineurs isolés »).

Jean-Pierre Darroussin dit qu’il ne voulait pas humilier Polanski

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Photo: LAURENT VU/SIPA Numéro de reportage: 00947488_000133

Comme si la soirée des César n’avait pas été assez gênante ! Voilà maintenant que Jean-Pierre Darroussin jure qu’il n’est pas antisémite. Il en donne la preuve : « Ma femme est juive et donc mes deux filles le sont également ».


Sa prestation lors de la remise des César était pour le moins contestable. Ses excuses le sont tout autant.

Lors de la cérémonie des César, l’acteur était chargé d’ouvrir les enveloppes contenant le nom des primés. Quand il ouvrit celle où il y avait le nom de Polanski sa vue s’obscurcit et son esprit se troubla. Comment prononcer l’imprononçable ? Déjà que « Polanski » ça sonne pas très français…

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Florence Foresti, qui avait la redoutable tâche d’animer la cérémonie, s’en était tirée en appelant le cinéaste Atchoum (Polanski n’est en effet pas grand). Darroussin opta pour une autre solution : il bredouilla, marmonna et écorcha le nom de Polanski.

Darroussin incompris?

Par la suite, il reçut une salve de critiques indignées par cette prestation aussi abjecte qu’imbécile. La raison lui est revenue ! Dans une interview au magazine Transfuge, il présente ses excuses. « Non je n’ai pas voulu humilier Polanski : c’était juste une mauvaise blague ». Et sans que personne ne lui ait rien demandé, Darroussin ajoute : « Je ne suis pas antisémite ». Et il ponctue cette proclamation par un argument massue : « Ma femme est juive et donc nos deux filles le sont ». Que de choses inavouées derrière cette phrase ! L’explication, car il y en a une, est à chercher du côté de chez Freud.

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On sait – comme une évidence mainte fois répétée – que tous les antisémites ont un ami juif. Et de temps en temps – c’est un classique – ils lui disent tendrement «  quel dommage que tous les Juifs ne soient pas comme toi ». S’agissant de Polanski, lors des César, il n’était pas « le bon Juif » de Darroussin. Maintenant il l’est devenu.

Me revient à ce propos une anecdote savoureuse racontée par Léon Poliakoff dans L’Histoire des Juifs. Au début du siècle dernier, un baron hongrois était accusé d’antisémitisme. Un ami vint le voir pour le lui reprocher. Et le baron superbe répliqua : « Moi antisémite ? Jamais ! Un antisémite c’est quelqu’un qui hait les Juifs plus que de raison ».

Qui donc l’a mis là?

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A proximité du lycée Leonard de Vinci de Villefontaine dans le Nord Isere, le 4 février. © ALLILI MOURAD/SIPA Numéro de reportage: 00943442_000006

Du nouveau dans le drame français


Une jeune lycéenne, Mila, à l’occasion d’une discussion, s’est exprimée sur l’Islam. La liberté d’expression est un bien acquis, chèrement payé par la Révolution en France. C’est un héritage du siècle des Lumières, on se demande aujourd’hui qui a bien pu les éteindre. Ça doit être du temps du « regroupement familial » comme quoi on peut être bardé de diplômes, être jeune et ne rien imaginer des conséquences de ses actes, assuré qu’on est de son intelligence. Mais les successeurs de ce président-là, conscients ou non, n’ont fait que renforcer ces conséquences en voulant absolument ignorer les difficultés de l’intégration des immigrés musulmans ; tout n’est pas rapidement soluble dans la République française. Surtout quand on érode la volonté et le courage des hussards de la République laïque, démocratique et égalitaire. Aucun des trois termes de cette définition n’est naturel aux femmes et aux hommes qui ont été accueillis sur le sol national avec une générosité sans égale de par le monde. Le résultat n’est pas une société multiculturelle dont on se gausse et dont tout un chacun pourrait se réjouir, mais une société multicommunautaire qui en est le contraire et l’assassin.

Mila dans l'émission Quotidien sur TMC. Image: capture d'écran twitter
Mila dans l’émission Quotidien sur TMC. Image: capture d’écran twitter

Ainsi donc, Mila, une jeune lycéenne iséroise, dans une discussion virtuelle, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux comme on dit aujourd’hui, avec ce rêve qu’une agitation d’électrons puisse créer des amis, donne son avis sur l’Islam. Avis certes un peu carré mais pas faux, en tous cas conforme à celui de nombre de citoyens et surtout des observateurs attentifs de ce qui se passe dans le monde musulman et de ce qui en est importé en Europe. Avis surtout des rares Européens qui ont lu le Coran, rares Européens desquels ne font manifestement pas partie l’essentiel des élites intellectuelles et politiques. Et sûrement pas les décideurs.

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La réponse ne s’est pas fait attendre : Mila est brutalement promise à une lisse lame après de nombreux sévices corporels et sexuels dans un langage pour le moins ordurier témoin d’une barbarie d’autres lieux et d’autres temps. Mais cela est de la responsabilité de ceux qui profèrent ces insultes et ces horreurs. On nous arguera sûrement qu’ils sont incultes et ne connaissent même pas le texte sacré et réputé non amendable auquel ils se réfèrent.

Quelle est la réponse de l’Etat aux menaces proférées ?

Auriez-vous pu l’imaginer il y a encore quelques jours ? La ministre de la Justice, oui de la Justice, Madame Belloubet, prend la victime pour le bourreau ! La Garde des Sceaux devenue gardienne des sots, voilà qui ne manque pas de cachet pond une lettre de cachet et demande au parquet de poursuivre Mila pour insulte à une religion, ce que la ministre trouve grave. En bref, elle veut poursuivre pour blasphème. Ce qu’elle ne fit pas quand Jésus fut qualifié de PD (sic) dans une émission de radio. Voilà Mila en nouveau chevalier de la Barre ; serait-ce ce qu’on appelle une avancée progressiste ?

Heureusement le parquet refuse de s’enflammer et récuse la plainte. Tentez d’allumer du vieux chêne avec une étincelle ou une allumette, tout n’est pas encore église ou cathédrale.

Elle est revenue par la suite sur cette « erreur », il reste le plus grave. Il reste que le premier réflexe est la charge contre la liberté d’opinion et la défense des agresseurs lorsqu’ils le font au nom de leur foi !

Incroyable d’imaginer réaction aussi ignominieuse quand on prétend être gardien des valeurs françaises. Mais qui donc l’a mis là ?

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Il est vrai que la ministre de la Justice fait récuser les assassins musulmans au fait de l’aveuglement de leur discernement sous les effets conjugués de la religion et de la prise de drogues par ailleurs illicites. Prise qui en d’autres circonstances est un facteur aggravant des actes commis… Il est vrai aussi qu’elle veut accueillir des djihadistes qu’elle ne logera cependant pas dans les trois appartements qu’elle avait omis de déclarer, un bel exemple de probité.

Mieux encore, maintenant Mila ne peut réintégrer son établissement scolaire. On ne peut l’y protéger ! Certes, mais aucun autre établissement ne peut la protéger non plus… La République ne peut assumer sa mission d’éducation prétendue obligatoire. Faillite ! Faillite et démissions. L’Etat, prompt à retrouver les adresses des pirates selon HADOPI, ne localise pas les auteurs de menaces dont le côté illicite est pour le moins manifeste et pénalement condamnable.

Alors que l’Etat lui assure des cours privés à domicile, lui assure une protection policière et que les brigades informatiques se mettent en branle et permettent l’arrestation des barbares. Ça suffit, le mauvais sort s’y erre trop en France. Du balai !

Il n’est pas, ici, question de morale, il s’agit de plus, il s’agit d’éthique c’est-à-dire de l’identification des bourreaux, de tous les bourreaux. C’est cela la Justice.

Que dire encore de cette inimaginable histoire sinon qu’elle est un nouveau témoin du drame français. Que vive la parole libre !

Les territoires conquis de l'islamisme

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Bruno Lafourcade: un écrivain de salubrité publique

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Francois Mitterrand dans les Hautes Alpes en 1986 © CHESNOT/SIPA Numéro de reportage: 00135033_000001

Dans Les dents serrées, Bruno Lafourcade dresse l’inventaire des années Mitterrand qui ont conduit à la désagrégation de la France.


Un merlin est un outil qui est d’un côté une masse permettant de fracasser, de l’autre une hache permettant de fendre. Nietzsche philosophait à coups de marteau. Dans son livre, Une jeunesse les dents serrées (Éditions Pierre Guillaume De Roux), Bruno Lafourcade écrit à coups de merlin. Si l’on en ressort tout ensanglanté et meurtri, c’est que l’auteur nous rappelle, sans prendre de gants, ce qu’ont été les « années Mitterrand » : le début de la terreur progressiste, de l’antiracisme dévoyé, de la promotion du manager et des « artistes » engagés (Tapie et Séguela en bêtes de scène, et Yves Montand en monsieur Loyal du cirque patronal), de la radio nationale devenant tract propagandiste, des radios dites libres (NRJ) comme agents propagateurs des plus misérables bruits anglo-saxons et des émissions sur la sexualité javellisée destinées aux jeunes. 

Fiertés

Lafourcade ne retient pas ses coups. Il retrace les années de notre génération, celle de ceux nés dans les années 60, sans la moindre nostalgie. Seuls nos corps étaient alertes et robustes. Le corps de la société française, lui, commençait de pourrir sous les coups des idéologies mortifères et nous entraînait dans sa chute. Nous serions bientôt ces zombies décrits par Pauwels, « les enfants du rock débile, les écoliers de la vulgarité pédagogique, les béats de Coluche et de Renaud nourris de soupe infra-idéologique cuite au show-biz, ahuris par les saturnales de “touche pas à mon pote”, et, somme toute, les produits de la culture Lang. » Quelques années plus tard, écrit Lafourcade, la jeunesse rebellocrate allait « inventer le proud et la pride – la fierté, celle qui n’est due à rien, à aucun mérite sinon celui d’être soi », gay, noir ou femme. Le « moi » s’installait dans le cocon paresseux de ce temps et s’auto-glorifiait d’être ce qu’il était, même et surtout lorsqu’il n’avait rien fait pour être ce qu’il était. « Pourquoi, tant que vous y êtes, si prêts du but, ne pas “être fier d’être en vie” ? »

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Ravivant les débuts de la destruction programmée de l’Éducation nationale, Lafourcade gifle et dénonce ces profs, « syndicalistes doctrinaires et vaniteux » qui nous « apprenaient à nous haïr, et à mépriser notre pays et son histoire », et qui, sous l’impulsion des ministres socialistes, firent de l’école un lieu dogmatique, égalitariste et grand pourvoyeur de jeunes gens incultes, bruyants, incapables d’admirer, d’avoir des héros , ou même de concevoir ce qu’avait pu être « l’héroïsme » de certains hommes d’antan dont ils n’avaient aucun souvenir puisqu’ils n’en avaient eu aucune connaissance.

Après la lutte des classes, la lutte des races

Lafourcade apostrophe cette génération d’avant la nôtre, celle de ceux qui « depuis 68, chiaient le soixantuitisme », les politiques rompus à l’exercice de prendre les postes rémunérateurs (symboliquement et pécuniairement), ou les « parasites et les plagiaires essentiels, incapables de rien créer, (grenouillant) dans les salles de rédaction, les bureaux d’éditeur. »

Regardez et écoutez : les enfants de ces parasites ont pris leurs places, ils grenouillent pareillement dans certains milieux politiques et journalistiques. « Vous avez toujours pensé par slogans, votre vie a toujours été publicitaire ; vous nous avez pris Le Monde, vous nous avez pris France Culture – vous en avez fait des tracts. […] Vous nous avez pris la presse, vous nous avez pris l’école, vous nous avez pris l’art – et vous nous avez pris les mots. » Rien n’a changé, au contraire. Pour qui n’est pas sourd, il est aisé d’entendre l’endoctrinement et la propagande actuels sur les ondes de nos radios nationales, dans les couloirs du ministère de l’Éducation nationale, dans ceux de nombre d’universités devenues, à la place des lieux du savoir, les tribunes militantes des thèses sur le genre, sur le supposé « racisme d’État », sur le « décolonialisme » et sur « l’indigénisme ».

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La lutte des classes a fait les beaux jours des soixante-huitards, celle des races fera le printemps puis l’été de leurs petits-enfants et de certains enfants d’immigrés, plus malins que les autres, et qui ont compris comment conquérir, paresseusement, politiquement, en profitant de notre faiblesse et de nos lâchetés, les places au soleil universitaires, journalistiques ou politiques.

C’est la vérité qui est féroce

Notre faiblesse, Lafourcade la décrit et la décortique. Elle est celle de quinquagénaires à qui, jeunes, on a laissé accroire que Lang était un homme cultivé qui allait sauver la culture ; que Duras était une enquêtrice de haut vol capable de reconnaître un infanticide à la seule lueur de ses fantasmes ; que l’idéologue July n’était pas une boule de bêtise hargneuse lorsqu’il écrivait dans sa feuille de chou : « Il fait partie des bourgeois, il ne peut qu’être l’auteur de ce crime », à propos du notaire Pierre Leroy dans l’affaire de Bruay-en-Artois ; que BHL était un philosophe ; que Mesrine était le Mandrin de l’époque ; que l’école nous apprenait autre chose que l’idéologie égalitariste dominante. Nous n’avions aucun héros à admirer et personne ne voulait que nous en eussions : « Les grands navigateurs, les grands soldats, les grands saints vous renvoyaient à votre lâcheté. Certains d’entre nous avaient eu des rêves anachroniques de conquêtes et de grandeur ; ils finirent comptables. »

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Lafourcade écrit avec férocité, il fignole au ciseau à fer rougi. Quel plaisir que de sentir le vent féroce de la vérité nous cingler les joues. Il parvient par avance à décrire le Président de l’Institut du monde arabe que nous aperçûmes tout récemment face à Zemmour, un homme qui se momifia vivant – l’époque était aux pyramides – jusqu’à devenir cette image virtuelle et fanée de lui-même : « vieux beaux de la réalité aux chairs tendues qui refusent la mort, déformés, botoxés, tirés jusqu’aux oreilles, avec le sourire permanent et démoniaque des cadavres, vous souriez du néant que vous avez dispersé autour de vous. Nous n’attendons plus que de vous voir crever – mais nous l’attendons sans joie, comme tout ce que nous avons espéré ici-bas. »

Le lecteur qui a apprécié le roman L’ivraie (Christopher Gérard en a dit tout le bien qu’il fallait en dire dans ces colonnes, le 4 novembre 2018) ou les portraits, à l’usage « des intrigants et des courtisans », des Nouveaux vertueux, se délectera également des textes du blog de Bruno Lafourcade : il y décrit idéalement, avec l’ironie du pessimiste carnassier, les âneries des hommes, les bêtasseries des femmes, et toutes les crétineries des enfants de ces quinquagénaires qui, rompus à l’art de détecter les aliments frelatés, tentent vainement de profiter d’une vieillesse la mâchoire crispée.

Une Jeunesse les Dents Serrees

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Face au séparatisme, l’appel aux «valeurs» ne sera pas suffisant

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Quartier du Breil à Nantes, le 4 juin 2018, au lendemain d'émeutes urbaines
Quartier du Breil à Nantes, le 4 juin 2018, au lendemain d'émeutes urbaines © ROMAIN BOULANGER/SIPA Numéro de reportage: 00866543_000008

Le président Emmanuel Macron désire lutter contre le séparatisme qui mine notre pays. L’entreprise n’aura des chances d’aboutir que si elle évite l’apologie immodérée des « valeurs ».


La meilleure façon de protéger la paix civile dans notre pays consiste à faire aimer la France. Cette condition en appelle une autre : faire aimer la même France par tous les Français. Aimer son pays, soit ; encore faut-il s’entendre sur son identité, sur ce qu’il est au plus profond de lui-même. L’objectif louable de lutte contre le séparatisme réussira si les Français s’attachent à la France réelle, non à un pays fantasmé qu’on passerait au crible de nos obsessions moralisatrices.

Marianne au pays des valeurs

Or, en faisant dépendre l’amour de la patrie des « valeurs », rien ne nous garantit que notre pays sera toujours à la hauteur de l’image idéale que nous projetons sur lui d’après ces mêmes valeurs. Celles-ci sont des notions si abstraites que chacun peut les comprendre selon son angle de vision. Qu’est-ce que l’ « égalité » ou la « liberté » ? En conditionnant l’amour de la France au respect de ces « valeurs », le risque est grand de susciter des malentendus entre personnes qui n’en ont pas la même compréhension. Pour résoudre cette difficulté, dans le monde imparfait qui est le nôtre, la sagesse commande de ne pas trop mettre en avant les « valeurs » mais plutôt de se concentrer davantage sur les réalisations concrètes de la France en matière d’art, de culture, d’événements historiques, de mode de vie. Sinon, nous risquons d’être happés par une surenchère moralisatrice qui attisera infailliblement les tensions et les contentieux mémoriels.

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Non pas qu’il faille tout accepter de notre passé. L’esprit critique fait partie intégrante de notre tradition de pensée. La France se grandit chaque fois qu’elle tente de s’améliorer en corrigeant ses erreurs. Cependant, à trop porter l’accent sur ces dernières, le corps social risque de se désagréger. Car le problème avec la morale, c’est qu’on trouve toujours plus vertueux que soi. Sur ce terrain, quand le démon de la comparaison emporte les hommes dans sa spirale de concurrence, plus personne n’est en mesure de répondre de la cessation des hostilités.

Qui veut faire l’ange fait la bête

L’autre conséquence de la concentration sur les « valeurs » est de phagocyter tout ce qui fait la spécificité de la France : sa culture, ses mœurs, son histoire, ses grands hommes, etc. Les liquidateurs de l’héritage escomptent par cette opération rejoindre au plus vite une humanité unifiée et hors sol et éviter de la sorte les « crispations identitaires ». Une telle vision politique est sous-tendue par l’idée que l’identité revendiquée d’un peuple implique automatiquement discrimination et rejet de l’ « Autre ». Pour les thuriféraires du « vivre ensemble » mondialisé, les peuples sont toujours hostiles les uns envers les autres. D’où leur solution radicale : les fondre tous dans une humanité générique, biberonnée aux « valeurs ».

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Cependant les tenants de la dissolution de la France dans un grand ensemble appelé « monde sans discrimination », sont pétris de contradictions. En effet, tandis qu’ils déconstruisent sans vergogne les vieilles nations européennes afin de les plonger dans le Grand Bain de l’Humanité Réconciliée, dans le même temps ils vantent sans modération les identités des minorités ! C’est ainsi que la notion de « race » refait son apparition, et cela dans la bouche des…antiracistes (on lira à ce titre avec intérêt l’entretien avec Géraldine Smith p48 du dernier numéro papier de Causeur). Issus des rangs de la lutte contre les discriminations, des penseurs « décoloniaux » » tentent maintenant de conceptualiser la nature d’un « racisé », tandis qu’ils continuent de fustiger le « repli identitaire » des Français moyens… Cherchez l’erreur…

Ne pas raviver les ressentiments 

Pour toutes ces raisons, la lutte contre le séparatisme doit éviter autant que possible les débats sur les « valeurs » qui prêtent trop le flanc aux susceptibilités de toutes sortes, mémorielles ou plus actuelles. Dès lors qu’un pays n’est plus aimé que pour des « valeurs » aussi abstraites qu’évanescentes, des hommes politiques, mus par le désir de se constituer une clientèle, pourront toujours tirer prétexte de la trahison par la France de ces « valeurs » pour liguer une « communauté » contre le reste de la population nationale. Encore récemment, des élus ont défilé dans les rues de Paris pour protester contre l’islamophobie supposée des Français. C’était là un geste à la fois irresponsable et injurieux pour nos concitoyens, parfait contre-exemple qu’il faut éviter de reproduire si nous voulons éradiquer le communautarisme.

Faisons aimer la France. Pour cela, tâchons de transcender nos différences, arrêtons de remuer les rancœurs du passé. Car si nous restons uniquement focalisés sur le terrain des « valeurs », une « communauté » pourra toujours s’estimer lésée, à l’aune de l’impératif de liberté, d’égalité ou de fraternité, par rapport aux autres, et le cycle des ressentiments et des accusations réciproques reprendra de plus belle.