Tribune


Il est des causes publiques qui reviennent, inexorablement et sempiternellement, tels des rochers de Sisyphe, dans le débat politique sans qu’aucun décideur ne s’en empare avec efficacité. Il y a quinze ans déjà, en 2005, le handicap, considéré jusque-là comme devant faire l’objet d’une politique d’intégration (« il revient à la personne handicapée de s’intégrer dans la société »), devenait une politique à part entière d’inclusion, avec ce changement de paradigme : c’était enfin à la société elle-même de s’adapter aux personnes par l’accès aux droits, l’accessibilité. L’objectif annoncé à l’époque – permettre à notre pays de s’adapter et d’inclure nos compatriotes en situation d’handicap en dix ans – sera profondément remis en cause par le quinquennat Hollande. Le coup de grâce viendra à cet égard en 2015 lorsque les principes généraux de la loi du 11 février 2005 seront foulés aux pieds par les contraintes budgétaires, le ministre de l’économie, Emmanuel Macron, arguant du fait que les caisses sont vides tout en utilisant la manne du financement du handicap pour ses derniers arbitrages budgétaires.

Élu Président, le même Emmanuel Macron multipliera les mesures vexatoires pour les personnes handicapées : loi Elan qui réduit les logements accessibles aux handicapés, barèmes de la CAF réduisant l’Allocation Adulte Handicapé (AAH), CSG sur les pensions d’invalidité, PCH (prestation compensatoire handicapé) réduite… La première partie du quinquennat fut bien sombre pour les personnes handicapées en France (on en retrouva d’ailleurs dans les cortèges des manifestants et des gilets jaunes). Plus récemment, le gouvernement a décidé de revaloriser l’AAH et de mettre en place d’autres mesures, mais il ne fait que restaurer la situation d’avant 2015 et tenter de revenir sur la malheureuse séquence 2015-2018 ; où est la grande ambition pour la politique du handicap dont se targuent les décideurs publics ? En réalité, à l’aune des objectifs de 2005 et des difficultés pratiques rencontrées par les personnes en situation de handicap, il y aurait une politique plus cohérente à mener, soucieuse tant du bien être des handicapés que des équilibres financiers de l’État.

Le premier sujet est celui des infrastructures et du logement. Nos infrastructures de transport, souvent vétustes, ne sont pas adaptées aux personnes en situation de handicap : un grand plan d’infrastructures digne de ce nom doit comporter un effort massif en termes d’accessibilité. Dans le même cadre, la redéfinition de la politique de logement social doit donner la priorité aux personnes en situation d’handicap. On pourrait prévoir également la construction de centres d’accueil pour handicapés, au moins un par département.

Le second concerne la refondation de l’Allocation Adulte Handicapé. Elle doit être portée à 1000 euros (ce qui était l’ambition en 2005 – nous sommes à 900 euros) en liant son financement avec les obligations sur le marché du travail. Aujourd’hui la règle est celle de l’obligation faite aux entreprises de plus de 20 salariés d’avoir au moins 6% de personnes en situation d’handicap ; il faudrait porter l’obligation à un objectif ambitieux de 10% pour les entreprises de plus de 100 salariés. Tout en souhaitant que cette obligation soit remplie, son non-respect (qui entraine une contribution financière) financerait l’augmentation de l’AAH, qui ne couterait donc rien à l’État.

Le troisième volet de nos propositions pour le handicap concerne l’école et l’éducation. On rappellera l’importance de la formation des personnels : nous demandons ainsi la formation obligatoire (DEAES) des auxiliaires de vie scolaire (Accompagnant éducatif et social diplômé ESH) avant leur entrée en fonction. Par ailleurs, il faudrait motiver les enseignants accueillant des élèves handicapés dans leur classe par une prime spécifique. On citera enfin une politique culturelle (entrée dans les musées par exemple) qui devrait s’adapter aux personnes en situation de handicap (tarifs spécifiques) et des réflexions sur la retraite anticipée pour certains handicapés.

Aujourd’hui en France le handicap est considéré comme un problème alors qu’il pourrait être vu comme une richesse, une force pour l’ensemble de la société, permettant l’apprentissage de la tolérance, de la solidarité et de l’altérité.

Il y a un manque de dialogue entre le monde politique et les handicapés, qui souffrent d’incompréhension. Ce ne sont pas de vagues grands plans annoncés avec cynisme qui changeront cette perception, mais bien un effort continu de la société et des pouvoirs publics pour s’adapter.

David Gall, candidat à la mairie de Donville
Jacques Condat, Président de Liberté Accessibilité Handicap et ancien membre de European Disability Forum à Bruxelles
Sébastien Laye, Porte-Parole de Réconciliations !

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