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Marcel Gauchet: «Castex est un pur administrateur»

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Marcel Gauchet et Elisabeth Lévy ont commenté l’arrivée de Jean Castex à Matignon sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Une heure d’émission est à retrouver sur la chaîne.


Causeur vous propose de lire un extrait de l’entretien d’une heure que Marcel Gauchet a réservé à Elisabeth Lévy sur RNR.TV (disponible sur abonnement, 5€ par mois seulement).

Elisabeth Lévy. Que vous inspire le nouveau gouvernement Castex ? Que vous inspire cette équipe de « réinvention » ?

Marcel Gauchet. Rien du tout. Ce qui me frappe, c’est le décalage entre le ramdam soulevé par cet évènement et sa portée réelle pitoyable. C’est en fait un non-événement. Ce remaniement met en évidence le désert d’hommes et de femmes qui constituent la Macronie. Ils n’ont personne, d’où la nécessité de faire du buzz avec une personnalité inattendue comme Dupond-Moretti. Ce genre d’événement intensément médiatisé ne fait que souligner la différence entre les attentes du citoyen de base et la réalité de l’offre gouvernementale qui lui est offerte. Le décalage entre les attentes politiques et les moyens mis en œuvre est plus criant que jamais. Imagine-t-on un état-major des armées constitué de la sorte ? Il est vrai qu’un état-major n’a pas la contrainte de représentativité qu’un gouvernement a, bien entendu. Mais un gouvernement devrait en principe avoir la même contrainte de compétence technique qu’un état-major des armées ! La politique se dévalue au jour le jour avec ce genre de mises en scène de plus en plus grotesques.

(…)

Au menu de cette émission:
– Le nouveau gouvernement Castex
– La Convention citoyenne pour le climat
– Le pouvoir des maires

Un mot sur le Premier ministre Jean Castex, à présent. Cela faisait des mois que le président nous expliquait que l’énarchie, la technocratie et les lourdeurs de l’administration le bloquaient et l’empêchaient de faire sa politique. Et qui nomme-t-il ? Un super-énarque !

Emmanuel Macron nomme quelqu’un qui est là pour appliquer ses ordres, qui n’a pas de surface politique et qui, par conséquent, ne peut être un frein entre ses intentions et l’action qu’il va conduire. C’est un pur administrateur. En conséquence, le danger pour Emmanuel Macron est de se désigner comme étant la source de toutes les mesures qui sortiront du gouvernement… Cela va à l’encontre de la sagesse de la Vè République, sagesse qui avait opéré une dissociation protectrice. Il n’y a plus de fusible désormais. Mais après tout, pourquoi pas ?

(…)

Marcel Gauchet et Elisabeth Lévy sur RNR.TV
Marcel Gauchet et Elisabeth Lévy sur RNR.TV

Nous assistons depuis récemment à une avalanche de décisions incroyables qui auraient pu provoquer un grand éclat de rire selon moi. Je ne résiste pas à vous en citer quelques-unes, comme celle de L’Oréal de supprimer les mots « blanc », « clair », « éclaircissant » de ses produits… ou celle du New York Times d’écrire « Black » avec une majuscule et « white » sans. (…) Il y a 15 ans, même dans les livres de Philippe Muray, on aurait sûrement trouvé cela absurde, et pourtant cela se produit bien. Par quel curieux mécanisme des préoccupations extrêmement minoritaires comme celles-là en viennent à prendre autant d’importance ? 

Déjà, la majorité silencieuse est de plus en plus silencieuse et même totalement absente de la sphère de l’opinion. Ensuite, ces opinions ultra-minoritaires reçoivent le concours de ce qu’on peut appeler le parti des médias qui, sans être totalement unanime, est une force de frappe énorme. Enfin il y a une note de culpabilité dans le fond de l’air. C’est très étrange d’ailleurs, dans nos sociétés en apparence hédonistes et libertaires. En Occident, le bobo hédoniste-libertaire-anarchoïdo-rebelle se sent confusément coupable. Je suis frappé par le nombre de gens qui battent bénévolement leur coulpe. Je crains qu’il ne s’agisse d’une rémanence chrétienne, catholique dans le cas de notre pays. On a fauté et il y a quelque chose à expier…

>> Retrouvez la suite et une heure d’émission sur REACnROLL (5€ par mois) <<

Écrivains, ne donnez pas vos papiers!

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Dans les nouveautés, Jérôme Leroy aimerait trouver autre chose à lire que des romans « importants », « nécessaires » ou « engagés »…


La lecture en primeur des romans de la rentrée littéraire à venir, dont nous nous ferons un plaisir de vous rendre compte, ou de ceux sortis depuis quelque temps, a ravivé cet agacement devant une littérature soumise de plus en plus à des contrôles d’identités ou même qui les devance.

On se retrouve confronté à ce moment de plus en plus fréquent dans notre bel aujourd’hui, où nombre d’écrivains commencent à préférer les idées générales, la philosophie, pire encore la sociologie, à une fille qui court sur la plage le matin. Cela les rend pour moi illisibles. Tout à coup, ce qui était de l’enchantement pur, devient une description clinique soumise à un prisme idéologique.  On peut en discerner quelques-uns assez à la mode ces temps-ci: réac, antifa, écolo, néo-orwellien de droite, centre gauche mainstream, pasolinien de la dernière heure… La coureuse sur la plage n’est plus pour eux ce miracle matinal dans l’accord entre ses muscles et le ciel, entre sa transpiration et l’iode, entre son profil et l’horizon, entre son souffle et les vagues. Elle est devenue au choix :

-une connasse de bobo qui profite de sa résidence secondaire à une heure de TGV ;

-encore une Arabe qui ne branle rien à la mer pendant que le prolo blanc souffre en zone périphérique ;

-une salope villiériste qui veut garder les fesses fermes avant d’aller à la messe (surtout si on est sur une plage vendéenne.)

Je ne suis pas naïf, la littérature est politique. Même celle qui prétend ne pas l’être. Le tout est de se rappeler, ou au moins d’essayer, ce que j’essaie de faire comme écrivain et comme lecteur, que l’écrivain n’est pas un éditorialiste ou un universitaire « engagé ».

A lire aussi: Henri Calet entre en scène

Que le plaisir qu’il nous donne est, ou devrait être d’abord innocent, même si dans un second temps, on pourra toujours gloser. Mais,  et c’est de pire en pire, la glose a tout envahi. La glose précède, même, l’œuvre. Depuis quelques années, nombre de romans ressemblent à des habits mal coupés avec des marques apparentes. Et si par hasard il n’y a pas de marque, que le vêtement sort d’un bon faiseur, on peut toujours compter sur une critique de plus en plus idéologisée et inculte à la fois, pour vous en coudre une, bien en évidence, sur le cœur.

Il va devenir donc de plus en plus compliqué de faire comprendre que l’on peut aimer, finalement pour des raisons identiques, Drieu et Aragon, Nimier et Vailland, Morand et Gracq, Manchette et ADG. Il faudra pourtant continuer, loin des préjugés, ne serait-ce que pour sauver ce pur plaisir de la lecture pour la lecture.

Nager vers la Norvège

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Cet été, j’enlève le haut!

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En 1970, les seins nus envahissent les plages du Sud malgré leur interdiction


Dès le milieu des années 1960, le prophète corse au long cigare nous avertissait que la décennie serait « mini ». Mini-short et maxi-égo. Dans le port de Saint-Tropez, l’intégrité n’a toujours tenu qu’à un fil de pêche ou de string. La nudité et la gendarmerie, ces deux spécialités varoises, sans oublier la tarte, firent la renommée internationale du département. Le topless fut longtemps le principal activateur de notre tourisme et de notre identité profonde. Nous renouions ainsi avec notre vieille tradition décorsetée, symbole d’une vigueur corporelle et d’une audace morale.

Danses électriques et peaux suaves

Le monde entier nous enviait nos paysages et nos naïades tropéziennes. On avait commencé à réduire les textiles à leur plus simple expression grâce à l’effet libérateur d’une certaine BB, charnelle et volontiers insubordonnée. Vadim savait filmer les danses électriques et les peaux suaves. La température montait dans les salles de cinéma et des gouttes de sueur perlaient sur nos fronts d’adolescents. S’en suivit une partie de cache-cache endiablé entre la maréchaussée et des filles gonflées de désir qui marchent sur la plage, indifférentes aux interdits et aux pudeurs assassines.

Cette année-là, le monokini l’emportait donc sur le képi. La liberté de se mouvoir, poitrine dénudée, tétons à l’air libre, résistait aux arrêtés municipaux et aux raideurs familiales. Notre pays s’émancipait des réflexes calotins en découvrant le haut. Quelle autre admirable nation pouvait tolérer une telle inflexion sociétale, le sein républicain et ravageur s’offrait à la patrie reconnaissante. Depuis cette période bénie, la France a renoncé, année après année, septennat après quinquennat, à ses valeurs fondatrices.

A lire aussi, du même auteur: Vacances, j’oublie rien!

Le sein a été bafoué, ostracisé, caché ou pis, ignoré. Nos plages ressemblent aujourd’hui à des quais de métro aux heures de pointe, chacun portant en bandoulière sa mauvaise humeur et des vêtements trop couvrants. En 1970, il y eut, bien sûr, quelques réactions épidermiques à ce soulèvement balnéaire. Les vertueux s’étranglèrent et d’honorables matrones invoquèrent la décence (ou la jalousie) devant cette jeunesse impudique. Un tel spectacle pour des enfants et des anciens qui reluquent n’avait pas sa place dans la France du Général.

Le dernier été du grand homme

Ce fut le dernier été du grand homme. Cet autre libérateur partit, en novembre, sur de bien réconfortantes images estivales. Le sable fin était devenu le nouveau terrain idéologique d’une lutte perdue d’avance. Car le sein avait décidé de prendre son autonomie, sa revanche. L’autodétermination est un mouvement difficilement arrêtable, les gouvernants n’avaient pas retenu la leçon des guerres d’indépendance.

La presse envoya ses meilleurs reporters pour enquêter sur place : était-ce une revendication politique, une mode ou un art de vivre à la française ? Dans les ruelles de la citadelle ou, à la terrasse de Sénéquier, l’existentialisme sartrien se transformait en un minimalisme tropézien. Il faut avouer que le décor avait de quoi séduire les esprits les plus rétifs au changement vestimentaire. Le soleil, la mer chaude, des Mini-Moke blanches et partout des seins nus dans l’espace public. La carte postale était, à jamais, fixée dans notre imaginaire libidineux.

Jacques Laurent sur le front du monokini

L’hebdomadaire Paris-Match avait même dépêché l’écrivain Cecil Saint-Laurent, le créateur de « Caroline Chérie » pas particulièrement frileuse pour analyser ce phénomène. Sa chronique intitulée « La presqu’île aux seins nus » était accompagnée d’une photo où l’on voyait trois jeunes femmes, vêtues d’un paréo ou d’un slip de bain, les cheveux mouillés et une chaîne en or qui brille autour du cou comme seule parure, elles ne semblaient pas sujettes à la pneumonie. Le futur académicien retrouvait l’irrévérence de son héroïne dans cet acte de libération : « Pourtant, malgré le béton et le snobisme, Saint-Tropez conserve son pouvoir d’envoûtement » ajoutant « Qui va à Saint-Tropez sait qu’il ne va pas à la Baule – Et c’est justement pour ça qu’il y va ».

A lire aussi, du même auteur: La rentrée du peloton aura bien lieu!

Le 27 août, « Côte d’Azur Actualités » sur l’ORTF diffusait un reportage d’investigation, sur le terrain, au péril des journalistes, un de ces micro-plages qui s’attaquent aux grands sujets. Les « Pour » et les « Contre » s’affrontaient sous le regard gourmand et amusé de la caméra, on se balançait des arguments comme l’absence de marques de bronzage et la honte. Une monokiniste interrogée eut le dernier mot du débat. Pour elle, le comble de l’indécence était de se promener en maillot de bain en ville.

Henri Calet entre en scène


Lire en été: au hasard des bouquinistes, des bibliothèques des maisons de vacances, des librairies, le plaisir dilettante des découvertes et des relectures, sans souci de l’époque ou du genre.


Il y a chez Henri Calet (1904-1956) une fragilité et une mélancolie qui émeuvent. L’homme est mort jeune, à cause d’un cœur qui a toujours fait des siennes. Enfant de la Belle Epoque qui ne l’était pas du tout pour les pauvres, il a eu une existence qui aurait pu en faire un héros de Simenon. Son père, un anarchiste, vivant de sac et de corde sur les champs de course, garagiste éphémère, petit trafiquant de fausse monnaie, soldat insoumis de 14, ne l’a pas reconnu mais l’aimait bien, au fond. Sa mère, d’origine belge, était une ouvrière qui a subi les éclipses et les violences de son compagnon. Le couple s’est séparé puis s’est remis ensemble.

La malchance de Calet

Plus tard, Calet enfant qui avait connu les chambres de bonne où l’on déménage à la cloche de bois, vola la caisse de l’entreprise d’électricité où il était aide-comptable et passa la fin des années vingt et le début des années trente dans une longue errance qui l’amena de l’Amérique Latine au Portugal avant de revenir à Paris en clandestin. Quand tout fut prescrit, il apporta à Jean Paulhan, le patron de la NRF, le manuscrit de La Belle Lurette, le premier de ses livres, qui connut un certain succès critique lors de sa parution en 1935.

Entre l’éveil de la sexualité, la misère honteuse, la prostitution et la promiscuité, cette fausse image d’un Calet aimable peintre de la pauvreté pittoresque du vieux Paris en prend un coup…

Lit-on encore Henri Calet aujourd’hui ? Oui et non. Il a son cercle d’amateurs fervents, on le réédite de temps à autre. Depuis quelques années, on ne compte plus les romans qui mettent en exergue la même citation de lui. Il est vrai qu’elle est belle et qu’elle résume bien l’homme et l’œuvre : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. » On aimerait bien pourtant être certain que ceux qui citent cette phrase connaissent un peu Calet. C’est le problème avec les citations célèbres. On ne les utilise pas pour se placer sous le patronage de l’auteur mais pour montrer l’excellence de sa culture, la sincérité de sa sensibilité, la pertinence de son raisonnement. A la limite, l’auteur gêne.

La malchance de Calet, c’est que l’histoire littéraire a du mal à lui faire la place qu’il mérite. Calet n’est pas surréaliste, Calet n’est pas, après la guerre, existentialiste, ou hussard, ou laborantin du Nouveau Roman. Par commodité, on le classe parfois avec les écrivains populistes comme Eugène Dabit ou Louis Guilloux. Populiste n’était pas une étiquette politique, à cette époque, simplement le nom donné à des écrivains qui parlaient du petit peuple parce qu’ils en faisaient partie.

Un éternel figurant balloté

Alors, à ceux qui voudraient le découvrir, autant commencer par le commencement, par La Belle Lurette. C’est un roman autobiographique mais le je qui est à l’œuvre n’est pas plaintif ni même revendicatif. Il observe une neutralité parfois sarcastique, parfois tendre. Premières lignes de ce premier livre, et tout Calet est déjà là : « Je suis un produit d’avant-guerre. Je suis né dans un ventre corseté, un ventre 1900. Mauvais début. »

A lire aussi, du même auteur: Le requiem de Dominique Noguez

La suite ne sera pas plus brillante mais elle sera parfois amusante, parfois sordide. Pour l’amusant : « Je fus précoce. Sur la fin de ma troisième année, j’étais déjà exhibé par mon père dans tous les bistrots de l’endroit. Il y en avait. Hissé sur les tables de marbre, je braillais : « Vive la Sociale ! » et « Mort aux vaches ! » Babil. » Pour le sordide, on laissera le lecteur le découvrir.

Disons qu’entre l’éveil de la sexualité, la misère honteuse, la prostitution, la promiscuité des soupentes et des ateliers, cette fausse image d’un Calet aimable peintre de la pauvreté pittoresque du vieux Paris en prend un coup et que notre écrivain est un olfactif précis. D’autant plus qu’une longue parenthèse de La Belle Lurette se déroule à Bruxelles sous l’occupation allemande de la première guerre mondiale où la mère abandonnée s’est réfugiée dans sa famille flamande, guère mieux lotie qu’elle. Le narrateur qui avait pourtant quelques dispositions scolaires et aurait pu faire un employé honnête fricote avec le Milieu, en éternel figurant balloté.

Petite musique

À la fin, pourtant, le narrateur joue le jeu. Ou essaie. Il est le premier étonné de sa résignation : « Comme les autres, lavé, peigné, torché, je suivis ma petite route immonde, sous la ville dans le convoi de huit heures et demie des vendeurs, vendeuses,  comptables et dactylos, dirigés sur les piles de madalopam et les additions du Grand Livre. »

Le lecteur se dit que le Calet de La Belle Lurette aurait très bien pu croiser le Céline de Mort à Crédit dans le métro des heures de pointe en route vers les contremaîtres briseurs de grève et les chefs de rayons bilieux.

Mais Calet l’aurait trouvé un peu trop agité, sans doute… Il aurait continué son chemin, avec sa petite musique à lui, rien qu’à lui : « C’est ma jeunesse et je n’en ai pas d’autre. »

La Belle Lurette d’Henri Calet (Gallimard/L’imaginaire)

La belle lurette

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Kafka et la petite fille

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Le billet du vaurien


Kafka aimait flâner dans les parcs de Prague.

Au cours d’une de ses déambulations, peu avant sa mort, il rencontra une petite fille qui pleurait la perte de sa poupée. « Ta poupée est en voyage, lui dit Kafka. Je le sais, elle vient de m’écrire.» Comme la petite fille demeurait dubitative, il lui donna rendez-vous le lendemain au même endroit. Il rentra chez lui, écrivit pendant la nuit une longue lettre et retourna au matin dans le parc. Il lut à l’enfant qui l’attendait fébrilement ces quelques pages où la poupée racontait ses aventures, ses voyages, sa nouvelle vie. Le jeu dura trois semaines. Kafka y mit fin en trouvant un époux à la petite fille. Il savait que les femmes ont une étrange façon de mourir : elles se marient.

Peut-être, en observant cette fillette, s’est-il souvenu de sa première expérience sexuelle à vingt ans avec une vendeuse. Il avait eu honte de baigner son visage dans une eau malpropre et avait éprouvé tout à la fois un irrésistible désir de souillure. Plus tard, dans ses romans, il mettrait toujours en scène des femmes à la sentimentalité flasque, caressantes et obscènes, comme une mère que la vie aurait entraînée vers les bas-fonds.

Il avait toujours pensé que « le coït est le châtiment du bonheur de vivre ensemble » et que les femmes sont des pièges qui guettent l’homme de tous côtés pour l’entraîner dans le domaine exclusif de la finitude. Il avait pitié des petites filles « à cause de la transformation en femmes à laquelle elles doivent succomber ». Il préférait les jeunes filles auxquelles il envoyait des lettres, tout en sachant que leur bavardage n’était que des bastions de silence, ce qui entretenait sa « chimère du désespoir. »

Le mot de Kafka que je préfère : « Qu’ai-je en commun avec les Juifs, moi qui n’ai déjà rien de commun avec moi-même ! »

Confession d'un gentil garçon

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Le scanner de Tarfuffe


Il manquait une rubrique scientifique à Causeur. Peggy Sastre comble cette lacune. À vous les labos!


Telle est prise qui croyait prendre. Selon les informations de Mediapart, la juriste et députée LREM Laetitia Avia serait accusée de propos racistes, homophobes et généralement violents par cinq de ses anciens assistants parlementaires. L’ironie est mordante, car Avia n’est autre que l’architecte de la loi contre les contenus haineux sur internet, adoptée le 13 mai à l’Assemblée nationale et heureusement lourdement retoquée au Conseil constitutionnel un gros mois plus tard. La commissaire générale de la police des mots en dirait donc des gros lorsqu’elle se croit à l’abri des coups de matraque qu’elle veut garantir à d’autres ?

A lire également, Stanislas François : loi Avia, la pelle du 18 juin

Duperie de soi

À supposer que la réalité soit conforme à ce qu’en rapporte le pure player d’Edwy Plenel, nous sommes face à un cas clinique de tartufferie. On prêche l’inverse de ce qu’on fait. On réserve ses leçons à d’autres que soi-même. Ce qui est excessivement énervant, mais pas surprenant lorsqu’on sait à quoi peut servir notre cervelle : rouler des mécaniques pour rafler une plus grosse part du gâteau, quitte à manger la laine sur le dos de nos congénères. Comme la plupart de nos mécanismes cognitifs façonnés par des millions d’années d’évolution, cette stratégie n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle est inconsciente et sa fonction première est éminemment offensive.

L’un des spécialistes de cette « duperie de soi » est le biologiste Robert Trivers. En 1976, dans l’avant-propos qu’il signe pour l’édition originale du Gène égoïste de Richard Dawkins, il écrit : « Si […] la duperie est fondamentale à la communication animale, alors il existe forcément une forte sélection pour la détection de la duperie qui, à son tour, a dû sélectionner une certaine disposition à la duperie de soi rendant certains faits et motivations inconscients afin de ne pas trahir – par les subtils signes de la connaissance de soi – la duperie ainsi pratiquée. » Un an plus tôt, son collègue Richard Alexander était un tantinet plus laconique : « La sélection a probablement empêché à la compréhension [des] motivations égoïstes d’être intégrée à la conscience humaine, voire d’être facilement acceptable. »

Mentir est risqué… et coûteux

Le point de départ des deux scientifiques est le même : embabouiner sciemment son monde est extrêmement coûteux.

Premièrement, vous risquez de prendre cher si vous êtes démasqué. Que les personnes authentiquement vaccinées contre la réprobation sociale soient aujourd’hui si minoritaires dans notre espèce – si tous les sociopathes et les psychopathes du monde se donnaient la main, on arriverait à tout casser à 3 % de l’humanité – n’est pas un hasard en termes adaptatifs : il y a fort à parier que leurs ancêtres aient été salement éliminés du pool génétique, vu les punitions réservées aux tricheurs et aux traîtres de par le monde, les époques et les cultures. Mais qu’on les retrouve concentrés aux extrémités de la gaussienne sociale – dans les plus hautes sphères du pouvoir et dans les plus sombres bas-fonds – ne fait pas non plus tomber à la renverse. Pourquoi ? Parce que ce sont deux écosystèmes où leurs aptitudes sont les plus à même de s’exprimer, vu que le ratio bénéfices/risques de la manipulation d’autrui y est le plus optimal. Comme le dit Trivers dans The Folly of Fools, son riche ouvrage sur la duperie de soi paru en 2011, le pouvoir ne corrompt pas tant qu’il sélectionne les plus corrompus et les plus corruptibles. Ce qui vaut aussi, de manière sans doute plus intuitivement évidente, pour les criminels.

A lire aussi, du même auteur: Confinement, discipline et bonnes manières

Deuxièmement, le mensonge est un processus mental énergivore. Il faut littéralement se creuser la tête pour inventer une histoire fausse tout en sachant un chouia à quoi ressemble la vraie vérité – le mensonge doit être plausible et ne pas risquer de contredire des connaissances que peuvent posséder la personne ou le groupe que vous espérez berner. Et une fois la fabulation façonnée, il faudra vous en souvenir tout le temps et sur le bout des doigts ou sinon gare à vos fesses. Face à une telle « charge cognitive », tout ce qui peut l’alléger est bon à prendre. Le meilleur des régimes ? Faire tout simplement disparaître de notre conscience notre envie de tromper et napper le tout d’émotions qui aideront autant à notre persuasion qu’à celle des autres, victimes de nos bobards à notre esprit défendant.

« Nul ne ment autant qu’un homme indigné », disait Nietzsche. Un peu plus diplomate, Bertrand Russell nous invitait à nous méfier des émotions fortes et fortement aversives que nous pouvons ressentir lorsque nous croisons des opinions contredisant les nôtres, car elles témoignent peut-être de la fragilité de nos croyances que nous cherchons ainsi à fortifier en faisant le gros dos.

Laetitia Avia ne sera ni la première ni la dernière à tomber pour hypocrisie. Cette propension à juger plus durement autrui que soi-même pour une même infraction est ancrée dans notre nature. Son caractère « par défaut » a été mis en lumière par la psychologie sociale. Lorsqu’on demande à des individus de formuler un jugement moral tout en étant soumis à une lourde charge cognitive (par exemple, devoir se remémorer une suite de nombres), le biais d’auto-indulgence est aux abonnés absents. Quand notre cervelle turbine, nous sommes objectifs et le jugement est identique, que la transgression soit de notre fait ou pas. Ces recherches indiquent par ailleurs l’existence d’un mécanisme cognitif cherchant à formuler des évaluations universellement justes avant que nos « facultés supérieures » ne se mettent en branle pour nous peindre sous un jour plus favorable. Son intérêt n’est pas très difficile à saisir : posséder un tel module d’observation impartiale ouvre un boulevard à l’autodiscipline et nous permet, en cas de conflit, de savoir qui est réellement en faute. Mais que nous soyons objectifs ou subjectifs, le but est toujours le même : être en pole position dans la course aux « ressources sociales », si précieuses aux étranges singes que nous sommes.

« Crash » de Cronenberg, ressort en salles

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Carlotta Films
Carlotta Films

On nous promettait des merveilles — No time to die, les Nouveaux mutants, Fast & Furious 9, et autres sommets du Septième art —, mais tous les gros morceaux (traduction libre de blockbuster) sont reportés à l’automne, voire à 2021. On ne va pas risquer le succès d’un film coûteux dans des salles qu’on ne peut, au mieux, remplir qu’à 50%.
Alors les exploitants de salles, autorisés à rouvrir au compte-goutte, afin de réadapter au cinéma les anciens clients reconvertis à Netflix et Grosnichons.com, donnent une seconde vie à des films problématiques lors de leur sortie, mais devenus cultes depuis.
Ou cultissimes. Prenez Crash, de David Cronenberg, qui ressort en salles depuis le mercredi 8 juillet.

Carlotta Films
Carlotta Films

J’aime beaucoup J.G. Ballard, auteur du roman éponyme. J’aime autant ses œuvres de science-fiction (le Vent de nulle part est une merveilleuse ode à l’hubris, et les suivants, le Monde englouti ou Sécheresse, sont de petits bijoux) que ses romans quasi autobiographiques — Empire du soleil, qui a inspiré à Spielberg un film peu prisé mais intéressant.

Et Crash donc. Sorti en 1973, il racontait le fantasme d’un adepte de la symphorophilie (une paraphilie très particulière, où le sujet rêve de jouir d’un accident, qu’il en soit témoin ou partie prenante) rêvant d’une collision frontale avec Elisabeth Taylor. David Cronenberg, en l’adaptant en 1996, modifie les données superficielles (Taylor, en 1996, n’était plus qu’une vache échouée sur le rivage de son huitième mariage) mais garde l’essentiel de l’intrigue : la fascination pour les accidents de voiture, finalité dernière de notre civilisation, et pour les cicatrices résultant de ces déchirements de tôles et de chairs.

Variation exemplaire sur l’association féconde d’Eros et de Thanatos. James Spader, marié à la très belle et très désirable Deborah Kara Unger, a un accident sérieux où il tue le conducteur d’en face ; il couche avec sa veuve (Holly Hunter, glacée et glaçante) dans la voiture de cette dernière, l’amène à un spectacle reproduisant l’accident fatal de James Dean, y fait la connaissance du maître de ces jeux fracassants (Elias Koteas, remarquable) qui conduit tout ce beau monde dans un squat où Rosanna Arquette exhibe ses cicatrices mal recousues et la mécanique qui lui permet de marcher.

La cicatrice (voir plus loin) est un artefact très fréquent en littérature — de Vautrin à James Bond en passant par Milady de Winter, elle est le symbole sur le corps du héros du tracé de la plume sur la page. Dans Star 80, l’inquiétant Eric Roberts remarque que le corps de Mariel Hemingway ne porte aucune cicatrice — un fait exceptionnel quand on y pense, scrutez donc le vôtre. Il en fera la page centrale de PlayBoy, et lui fera connaître finalement le sort de son modèle de la vraie vie, Dorothy Stratten : la cicatrice est la trace du temps, une peau immaculée le défie, l’estafilade rend la statue à sa mortalité. L’auteur griffe son manuscrit — mais la page suivante est à nouveau immaculée, et il faut tout recommencer : ainsi naissent les romans-fleuves.

Si vous n’avez pas vu Crash, courez-y. Bon, ce n’est pas pour les enfants : le film est d’une froideur terrible, bien plus prenante qu’une daube pornographique.tumblr_p5mwwlaGPd1wplk5jo1_500Il a je ne sais quoi de japonais — voir Hôtel Iris, de Yoko Ogawa. Allez-y à condition que vous compreniez cette phrase sublime de Sade : « Il posa sur moi le regard…

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

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Un été avec Pascal: une lecture disruptive

C’est l’été. Le temps des folies. Cet été, ce sera Pascal. Plus précisément : Un été avec Pascal, dans la collection Équateurs parallèles. Quel meilleur guide qu’Antoine Compagnon, avec qui nous avons passé d’autres étés, professeur au Collège de France, pour nous introduire dans l’univers de cet « effrayant génie », scientifique et littéraire, ce mystique et ce polémiste, « jouteur et joueur », cet écrivain hors pair qu’est l’auteur des Pensées et des Petites Lettres ? Lecture ardue pour bonheur incertain ? Disruptive, plutôt, et gain assuré ! Une table de matières attirante. Des chapitres courts avec plein de citations commentées. Du lourd mais rien de pesant. Après cette lecture, on est rassuré d’avoir entrevu notre condition humaine. À condition de le vouloir, évidemment.

Le divertissement, la folle du logis, l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse, les trois ordres, la raison et le cœur, l’ange qui fait la bête : la pensée pascalienne fait partie de notre univers mental. L’image des deux infinis n’a pas pris une ride avec la science moderne : « C’est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. » Nous non plus qui « n’enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses. » Mais le Pascal énigmatique et taquin, le connaissons-nous ? « Talon de soulier ou Infini rien. » Le bretteur des Provinciales ? Sa pensée abrupte et concise, lyrique et polémique, cette langue aussi bien classique que baroque, décape et sidère, exalte. Nous regardons partir des fusées sur des plates-forme californiennes. Les fusées de Pascal vont plus haut, plus fort, plus loin : l’infini est en nous.

Dans les Pensées, Pascal entend montrer la misère de l’homme sans Dieu et la félicité de l’homme avec Dieu. Il n’entend pas prouver l’existence de Dieu—idée absurde— mais persuader « les libertins » (nous, en somme) de se tourner vers Dieu. Si la religion chrétienne est « aimable », c’est-à-dire désirable, c’est qu’elle celle qui « a le mieux connu l’homme ». Chez Pascal, anthropologie et théologie vont coude à coude et s’interpénètrent. La dialectique, implacable, qu’admiraient les marxistes, biberonnés aux Provinciales, renvoie sans cesse, par un mouvement centripète et centrifuge, des parties au tout : l’homme, l’univers, le dieu caché. Antoine Compagnon ne prétend pas faire une lecture exhaustive de Pascal mais rendre sa lecture « aimable. » Pourquoi ne pas relire ici certaines pensées dans un éclairage contemporain ?

L’ange et la bête. Ce qui caractérise l’homme, ce sont ses « contrariétés ». L’anthropologie pascalienne a tout bon. L’homme cherche la vérité et ne la trouve pas. Il recherche le repos et s’active toujours jusqu’au burn out. (Est-ce bien nécessaire ?) Il veut être heureux sans penser à sa condition. (Est-ce bien raisonnable ?) Pascal avertit de sa méthode : « S’il se vante, je l’abaisse/ S’il s’abaisse, je le vante/ Et le contredis toujours. Jusqu’à ce qu’il comprenne/ Qu’il est un monstre incompréhensible. » « Monstre » : ce qui sort de l’ordre de la nature. « Contredis » : la pensée pascalienne use continuellement du renversement du pour ou contre, pour nous remettre à notre juste place. Dépassée, cette anthropologie ? Certes pas ! L’homme contemporain est, à la lettre, exorbité : il  veut sortir de sa condition charnelle, sexuelle, mortelle, « naturelle ». D’où ses contradictions. Il ne veut pas croire, et il adore la Terre Mère. Il n’est plus partagé entre science et foi, et Il se fait l’esclave de la Technique. On a beau jeu de dire que les Pensées, c’est terreur et tremblement. Qui suscite la terreur d’un monde de robots, avec une antigénéalogie à deux mères et sans père ? Pascal a raison :  L’homme fait l’ange ou la bête. Et encore : «  La politique, c’est comme régler un hôpital de fous. » 

Le pari. Pour Pascal, on a tout intérêt à miser sur Dieu non pas « celui des philosophes et des savants mais celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Si on mise sur Dieu, on a une « infinité infinie de gain » à gagner. Si on perd, on ne perd rien. Pascal s’adressait à des joueurs. Avons-nous changé ? Non et oui. Nous ne sommes pas des joueurs mais des calculateurs. Assoiffés d’argent, nous n’obéissons qu’au Grand Marché : c’est l’argent (la prise) qui motive, non le jeu. Or, qu’est-ce qui prouve que notre calcul est bon ?

Le divertissement, c’est ce qui nous détourne de la considération de notre condition malheureuse que seule la mort peut faire taire. C’est les jeux, la Bourse, le sport, l’avidité scientifique, les plaisirs. Mais non, Pascal ne nous fait pas la morale ! Il nous prend même à rebours. Nous avons « raison » de nous divertir : autrement, il nous faudrait penser à notre condition faible et mortelle. Le divertissement par excellence de notre temps ? La politique : une maîtresse insatiable.

Le sens de l’histoire ? Les marxistes appréciaient la dialectique et le cynisme de Pascal. Je cite Compagnon. « Dans Ma nuit chez Maud qui se passe à Clermont-Ferrand, Antoine Vitez qui joue le philosophe marxiste, remplace le pari sur l’existence de Dieu par le pari sur l’histoire. L’histoire a-t-elle elle un sens ? Ou non ? » On connaît la théorie du dieu caché de Goldmann.  Leçon : ne pas voir la lutte des classes partout. Que Marx ne soit plus là ou qu’il revienne.  

Justice et force. Pascal pense par dyade. Les rapports contradictoires de la justice et de la force, il les a exprimés dans une maxime frappante : « Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » Les juges de la CEDH font, des droits de l’homme, dans le domaine sociétal, une pure casuistique, affirmant tout, et son contraire, d’un pays à l’autre.  « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. ». 

Les trois ordres. Pascal pense aussi par triade. Une triade qu’on malmène sans arrêt au détriment de la vérité est celle des trois ordres : corps, esprit, charité. Dans les débats, on passe inconsidérément d’un ordre à l’autre jusqu’à la confusion totale. Et on en arrive à l’injustice et même la violence dans tous les domaines : moral, sociétal, bioéthique et religieux. Le mal d’enfant fait du saute-mouton sur le mal fait aux enfants que l’on prive de père. L’absurdité de l’égalité des hommes et des femmes conduit à la discorde. On a « le droit à migrer » etc.

Les Provinciales. En même temps qu’il écrivait les Pensées, Pascal écrivait les Petites Lettres (ou Lettres Provinciales.) Publiées sans nom d’auteur en 1657, elles furent attribuées à Louis de Montalte, prête-nom de Pascal, qui usait d’anagrammes et de pseudos. Durant cette campagne terrible et savoureuse contre la casuistique des Jésuites, Pascal s’était caché devant le collège de Clermont, actuel lycée Louis-le-Grand, et « suivait avec jubilation ces « mazarinades ». Certes Mère Angélique Arnaud ne fut pas trop contente mais, pour nous, quel bonheur que ces Lettres ! Tous les ecclésiastiques devraient, d’ailleurs, les connaître. Il y a quelques années, un metteur en scène eut l’idée géniale de monter au théâtre les Provinciales. Un chef-d’oeuvre ! Avec ces Lettres, la casuistique en prenait un coup mais la langue française en recevait un éclat sans pareil.     

Pascal était un mystique. Sur son cœur, il portait le Mémorial, souvenir d’une nuit de feu. « Que Dieu ne m’abandonne jamais » : telles furent ses dernières paroles. Jamais aucun écrivain ne nous a parlé comme lui de notre condition. Puisse le petit livre vert d’Antoine Compagnon nous amener aux Pensées. Car « L’homme passe infiniment l’homme ».

Un été avec Pascal

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La faiblesse de l’ordre


Comment la République peut-elle se faire respecter sur tout le territoire ? A l’heure où nos forces de l’ordre sous-équipées ne peuvent pas compter sur le soutien de la justice, faisons appel au savoir-faire de notre armée. Et mettons en place une nouvelle garde nationale.


Au XIVè siècle, Ibn Khaldoun, considéré comme le « père de la sociologie », mettait ses lecteurs en garde : lorsqu’il se produit un divorce entre le peuple et les dépositaires de la violence légitime, la société est condamnée. Soit elle sombre dans le chaos, livrée aux bandes de pillards, aux conquêtes barbares et aux seigneurs de la guerre, soit l’un des groupes habitués à faire usage de la violence (légitime ou non) prend le pouvoir, et instaure un régime autoritaire.

La leçon d’Ibn Khaldoun

La Grèce après la guerre du Péloponnèse et l’arrivée au pouvoir de Philippe de Macédoine, la fin de la République romaine et le triomphe de César, la chute des différentes dynasties impériales chinoises, des Trois Royaumes à la lutte entre Tchang Kaï-chek et Mao Zedong, toutes confirment cette analyse d’Ibn Khaldoun. Et je ne lui connais aucun contre-exemple.

A cet égard, la situation présente de la France est catastrophique. Les affrontements entre les Gilets Jaunes et les CRS, le deux poids, deux mesures d’un confinement pendant lequel des citoyens par ailleurs honnêtes et inoffensifs étaient verbalisés pour des broutilles alors que certains quartiers se moquaient ouvertement des règles sanitaires, les récentes manifestations autour de cette idole qu’est devenue Assa Traoré, les scènes de guerre tribale à Dijon où la République a totalement démissionné, laissant la résolution du conflit à un imam affilié à MF ex-UOIF, branche française des Frères Musulmans… Jusqu’à l’écho médiatique délirant de cette infirmière qui caillasse les forces de l’ordre et semble vouloir en découdre, mais réclame à grands cris sa ventoline dès qu’elle est interpellée. Comment en sommes-nous arrivés là ?

A lire aussi: Causeur: justice pour la police!

Dans ce divorce entre le peuple et les détenteurs de la violence légitime, les torts sont partagés.

Immaturité

Du côté du peuple, une attitude infantile « je veux me bagarrer mais je veux ma ventoline » ! Autrement dit « je veux donner des coups mais je n’accepte pas d’en prendre ». Effondrement du syndicalisme qui donnait jadis un cadre aux actions : il y a quelques décennies les mouvements des ouvriers sidérurgistes ou des marins-pêcheurs étaient autrement plus violents que les manifestations d’aujourd’hui, mais il s’agissait de négocier avec la République, pas de remettre en cause l’existence de la France. L’immaturité médiatique joue également un rôle : si l’on compare la couverture des mouvements sociaux de l’époque et les images des derniers jours, le contraste est effarant. Et je ne parle même pas des interpellations de délinquants avérés : pour certains, un criminel se transforme en victime dès l’instant où un policier lui passe les menottes. Culture de l’excuse, du délinquant « victime ontologique de la société » que l’on exonère des responsabilités du libre-arbitre, et on oublie les victimes bien réelles du délinquant en question.

Du côté de la violence légitime, des forces de l’ordre, un double problème.

Quand la « violence légitime » ne se contrôle plus

Problème de légitimité : l’action du gouvernement d’Emmanuel Macron est considérée par une proportion croissante de français comme intrinsèquement illégitime, pour de multiples raisons. L’arrogance des propos et des attitudes, l’impression d’un pouvoir « fort avec les faibles, faible avec les forts », ne peuvent que saborder l’action des forces de l’ordre. Aux yeux de beaucoup, elles ne sont plus les protectrices du peuple, mais les mercenaires d’un pouvoir qui impose ses décisions au peuple au mépris de la volonté générale et du bien commun.

Problème de violence : oui il y a des « bavures », oui il y a un vrai sujet de « violences policières », mais il n’a rien de systémique. L’analyser suppose toutefois d’admettre qu’il concerne surtout la police nationale. Non que la gendarmerie en soit totalement exempte : une institution de plus de 100 000 personnes contient inévitablement son lot de brutes et d’abrutis. Mais dans le cas de la police, plusieurs problèmes structurels se posent.

A lire aussi, Jean de Maillard : La justice mise à nu par ses magistrats

Le mode d’organisation de l’institution favorise la filière judiciaire au détriment de ce que l’on appelle la voie publique. Et la spécialisation des filières fait que jamais un enquêteur n’ira simplement patrouiller, même pour renforcer ses camarades de la voie publique. Résultat : ces derniers, qui concentrent les postes vacants, sont souvent incapables de monter en puissance rapidement en cas d’incident. Naturellement, les rythmes de travail plus que confortables obtenus par les organisations syndicales au fil des années n’aident pas. Autrement dit, une patrouille de police prise à partie dans un quartier sensible sait qu’elle est seule au monde. Les renforts, s’ils finissent par arriver, mettront très longtemps à venir. Les gendarmes, statut militaire oblige, ont un régime d’astreintes qui leur permet de battre le rappel des troupes beaucoup plus facilement et beaucoup plus rapidement, même si un drame est toujours possible – je pense à Collobrières en 2012[tooltips content= »Deux femmes gendarmes avaient été abattues en juin 2012 au cours d’un cambriolage dans cette commune du Var »]1[/tooltips].

Caïds contre caïds

Mais le problème majeur, qui concerne les deux forces est l’indigence coupable de la réponse pénale. Les forces de l’ordre le savent, leur action n’est pas soutenue par les magistrats puisque les sanctions infligées aux délinquants ne sont en général absolument pas dissuasives.

Une patrouille de police confrontée à l’hostilité ne peut donc compter ni sur la force du nombre, ni sur la force de la loi. Que lui reste-t-il ? Certains baissent la tête. D’autres bombent le torse. Pour s’imposer – parce que c’est leur mission, parce que s’ils ne s’imposent pas ils ne pourront pas faire respecter la loi et ne protégeront personne – des policiers en arrivent à se comporter comme des caïds face à d’autres caïds. Bien sûr, certains d’entre eux y prennent plaisir, pourcentage détestable mais inévitable de brutes et d’abrutis, et ceux-là doivent être châtiés avec la plus grande sévérité. A ce sujet, la proposition de la syndicaliste Linda Kebbab est excellente : les sanctions prises contre les policiers et gendarmes qui abusent de leur autorité doivent être médiatisées, afin de montrer par l’exemple que ces institutions républicaines font le ménage dans leurs rangs chaque fois que c’est nécessaire. Mais un grand nombre des policiers qui en arrivent à « jouer les caïds » le font par nécessité, parce que l’organisation du service, l’institution judiciaire laxiste et les médias majoritairement hostiles ne leur laissent aucun autre moyen de tenter d’accomplir leur mission. Cercle vicieux.

Intervention des CRS lors de la manifestation des personnels soignants aux Invalides, Paris, 16 juin 2020. © Bastien Louvet/BRST/SIPA
Intervention des CRS lors de la manifestation des personnels soignants aux Invalides, Paris, 16 juin 2020.
© Bastien Louvet/BRST/SIPA

Les Français font confiance aux forces de l’ordre

Faut-il désespérer pour autant ? Non, car la France dispose d’un atout majeur. D’après un sondage de début juin, 85% des Français font confiance aux forces armées, 81% à la gendarmerie, 69% à la police – et pour mémoire, 51% seulement à l’institution judiciaire, désaveu dont la plupart des médias se gardent bien de parler.

L’armée française est connue et reconnue pour son aptitude à « gagner les cœurs ». Sur tous les théâtres d’opérations extérieurs c’est l’un des points forts de nos militaires, capables dans des conditions parfois extrêmes et malgré le manque de moyens de mériter la confiance des populations locales tout en accomplissant leurs missions.

On sait aussi le succès mérité des deux livres du général Pierre de Villiers : la France sent, confusément mais intensément, qu’elle a besoin qu’infusent dans toute la société le pragmatisme et l’éthique exigeante des armées. Cette attente populaire est une force.

S’appuyer sur l’armée

Autre atout de nos armées : une longue et belle tradition d’intégration républicaine. A l’heure où certains accusent la France de « racisme systémique » alors qu’eux-mêmes promeuvent une vision du monde raciste, les armées sont un modèle à valoriser. Sous le feu seuls comptent la loyauté et le courage, la couleur de peau n’est rien : ni les balles ennemies ni la fraternité d’armes ne s’arrêtent à une différence aussi superficielle.

A lire aussi, Isabelle Marchandier: Dijon brûle et nous regardons ailleurs

Faut-il donc déployer l’armée dans les zones de non-droit et autres quartiers de reconquête républicaine ? Oui. Non pour « envoyer les chars » mais pour nous appuyer sur l’expérience et le savoir-faire remarquables de nos troupes, dont nous aurons bien besoin pour rétablir l’ordre sur le territoire national.

Eviter les milices et les pillards

A Nîmes, une école à dû être « délocalisée » dit pudiquement la mairie, en raison de l’utilisation d’armes de guerre par des bandes rivales dans le quartier où elle se trouvait. En France en 2020, des enfants doivent fuir des zones livrées aux affrontements armés pour pouvoir suivre leur scolarité. Et on se pose encore la question de l’état de siège ? Dijon en est la preuve : si nous n’acceptons pas que nos militaires interviennent, nous aurons les milices ou les pillards.

Et plutôt que des milices populaires, dont la bonne volonté gorgée d’exaspération risque hélas de dégénérer, nous devrions exiger la mise en place d’une véritable garde nationale, volontaires encadrés par des professionnels. Ainsi, nous disposerions des effectifs nécessaires pour tenir l’ensemble du territoire. Ainsi, ceux qui brûlent d’agir pourraient le faire sans risque de récupération par des groupes factieux ou extrémistes. Ainsi, un plus grand nombre de citoyens verraient de leurs yeux la réalité de la menace, et pourraient relayer un constat factuel face aux absurdités idéologiques. Ainsi, les forces de l’ordre et les forces armées ne risqueraient plus de se croire abandonnées du reste de la Nation, mais se sauraient soutenues, conscientes que c’est de ce soutien qu’elles tirent leur légitimité.

Si nous n’acceptons pas que nos militaires interviennent, nous aurons les milices ou les pillards

Savoir se faire respecter

Un rêve : que tous les élus, magistrats, avocats, journalistes aient l’obligation, au moins une nuit par mois, de patrouiller avec les forces de l’ordre dans un quartier sensible. Anonymement, pour ne pas fausser l’expérience. Sans sécurité supplémentaire, dans les conditions qui sont au quotidien celles des policiers, des gendarmes, des soldats. Gageons que très vite le discours médiatique changera. Gageons que l’impunité prendra fin pour les délinquants.

Ces changements sont des prérequis indispensables : aucune police, aucune armée au monde ne peut sauver un peuple qui a décidé de se suicider et d’applaudir la disparition de sa propre civilisation. Trahison ignoble de quelques générations d’enfants gâtés capricieux, qui privent leurs successeurs de ce que leurs prédécesseurs ont consacré des millénaires à bâtir.

Il ne servirait à rien de demander aux armées de reconquérir les parcelles perdues du territoire national, si c’est pour les brider comme on bride aujourd’hui la police et la gendarmerie. Jusqu’ici tous les projets de simplification de la procédure pénale ont été des échecs retentissants. Il faut lire David Galula et son remarquable traité de contre-insurrection. Les sanctions doivent être immédiates et identiques sur tout le territoire. Les brutes qui font régner leur loi dans certaines zones doivent en être écartées dès qu’elles sont identifiées, afin d’en protéger le voisinage. Les quartiers calmes (notamment ayant un taux élevé de population d’origine étrangère) doivent être prioritaires pour bénéficier des politiques publiques sur ceux qui se distinguent par les violences urbaines et les trafics : le respect des lois doit être récompensé. De même, il est urgent d’allouer plus de moyens pour des bourses d’étude ou du soutien scolaire à destination des adolescents et jeunes adultes sans histoire, plutôt que d’affecter ces moyens à une « réinsertion » qui revient à offrir à des délinquants ce que d’autres, honnêtes, n’auront jamais. Les ressources doivent être concentrés sur les services publics dirigés par des personnes fiables, et non données à des associations à la loyauté douteuse sur lesquelles l’État se déchargerait de ses responsabilités. Ce sont là des conditions indispensables de la victoire, avec la proclamation de l’état de siège au moins le temps de désarmer les « quartiers » et d’enfermer les chefs de bandes. La France et la République ne seront respectées que si elles montrent qu’elle savent se faire respecter.

C’est la leçon d’Ibn Khaldoun : pour ne pas tomber dans la spirale de la violence, nous devrons redonner son sens et sa noblesse à l’usage de la force. En clair, si tu veux la paix, prépare la guerre.

Contre-insurrection : Théorie et pratique

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Le cachalot, stratège et modeleur de l’histoire

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L’incroyable victoire des cachalots dans leur guerre contre les baleiniers au XIXème siècle est un épisode méconnu de l’Histoire des Etats-Unis, qui éclaire pourtant le présent et irrigue l’avenir.


L’étrange défaite

Rendue célèbre par le roman d’Herman Melville Moby-Dick, la pêche à la baleine américaine au XIXème siècle est abordée dans cet ouvrage[tooltips content= »L’incroyable victoire des cachalots dans leur guerre contre les baleiniers au XIXe siècle »](1)[/tooltips] sous un angle entièrement neuf. Celui-ci met en lumière les dispositifs mis en place par les cétacés pour échapper à leurs agresseurs, dans un processus extraordinaire qui devint une véritable « Première Guerre du Pacifique » d’avril 1820 à janvier 1862.

Impensée en tant que telle, c’est une « étrange défaite » de l’industrie baleinière des États-Unis à laquelle nous assistons. À cette époque, cette activité était aussi importante, à l’échelle mondiale, que l’industrie pétrolière aujourd’hui. Le port de Nantucket constituait une véritable superpuissance à la fin des années 1810, qui sera anéantie en quelques décennies. Et contrairement aux thèses habituellement avancées par les historiens, cette destruction ne doit rien à la ruée vers l’or californienne de 1849, puis la découverte de pétrole en Pennsylvanie une décennie plus tard, parce qu’elle les précède, érigeant ainsi le cachalot en authentique agent historique discret mais influent.

Les héros du Pacifique

Depuis ses origines, la chasse au cachalot avait toujours été une activité dangereuse. Mais ce qui se passe dans le Pacifique lors des premières décennies du XIXème siècle est clairement différent de tout ce que l’on avait pu voir auparavant. Dès les années 1800, certains grands cachalots mâles sont reconnus en tant que tels par les marins, et admirés comme combattants. Au moins trois d’entre eux entrent dans la légende dès la première décennie du XIXème siècle. L’auteur consacre trois chapitres à quelques-uns de ces guerriers, incluant une réinterprétation de ce qu’ils furent et firent vraiment, à la lumière de découvertes récentes sur la physiologie, le comportement et la socialité du grand animal.

Or, ceci ne constitue que la partie visible d’un véritable « iceberg stratégique », à vocation essentiellement défensive et protectrice, pleinement fonctionnel à l’orée des années 1820. Les destructions de navires, dont le nombre explose à partir des années 1830, dissimulent au regard des baleiniers le cœur du dispositif cétacéen.

Cette « culture du Pacifique » s’étend à l’Atlantique à partir des années 1840, quand le conflit bascule nettement à l’avantage des cachalots.

Le véritable « Moby-Dick »

Herman Melville est baleinier précisément à cette époque (1840-1843). Son roman Moby-Dick, publié en 1851, est le récit d’une défaite qui vient d’advenir. Légende des légendes, mythe fondateur des États-Unis d’Amérique, monument d’architecture littéraire aux étranges reflets marmoréens, il met en lumière la partie immergée de l’Histoire, la face cachée du Monstre. Il est le miroir de la Première Guerre du Pacifique, dont on peut retrouver intégralement les principaux épisodes et acteurs.

L’apparente poursuite d’un cachalot blanc par un capitaine fou de haine se révèle comme la chasse du navire par le cétacé, qui tend, à cette fin, un filet de dimension planétaire, muni de leurres et d’appâts, aidé par une multitude d’alliés, marins et astraux.

Le thème principal du roman (qui est aussi son cadre temporel, à la manière de l’Iliade) est l’épisode de basculement vers la victoire des cachalots (1840-1842) dans la Première guerre du Pacifique.

Le personnage principal est l’armée des cétacés.

La guerre fantôme se perpétue

Aux États-Unis, la « Première Guerre du Pacifique » est entièrement impensée en tant que telle. Elle constitue véritablement une « guerre fantôme ». Le roman de Melville ne trouve pas son public et sombre dans l’oubli dès la première moitié des années 1850. Ce phénomène est discret mais d’une grande influence sur les représentations collectives dans l’espace et le temps, et leurs mécanismes subconscients.

Dans les premiers mois de la Guerre civile (en décembre 1861 et janvier 1862), l’Etat Major nordiste se livre, officiellement pour des raisons stratégiques, à une véritable immolation de sa propre flotte cachalotière (connu sous le nom de « Stonefleet », la « Flotte de pierre »).

Quelques années plus tard (1870), Jules Verne venge (inconsciemment) l’honneur perdu de l’Amérique face aux cachalots, dans le chapitre 12 de son Vingt Mille Lieues sous les mers

A lire aussi, Gil Mihaely : Requins, la mer de toutes les peurs

À partir des premières décennies du siècle dernier, la crainte historique du cachalot pour les seuls baleiniers est remplacée, en des termes homologues, par celle du requin pour tous les Américains (bains de mer meurtriers en 1916), et prend une dimension politique lors du naufrage de l’Indianapolis dans les derniers jours du conflit entre les États-Unis et le Japon (fin juillet 1945).

Les chapitres 13 et 14 du livre détaillent l’importance axiale du rapport historique aux grands animaux et son évolution pour ces deux pays.

Puis, après « cent ans de solitude », Moby-Dick fend la surface des flots de la célébrité, irrigue et stimule l’expression dans tous les domaines artistiques, et permet même de véritables renaissances culturelles, au Chili et en Nouvelle-Zélande…

Aujourd’hui, le cachalot blanc est l’animal le plus célèbre au monde.

Guerre et paix, prospective pour l’océan mondial

Les nations sont susceptibles de se sauver ou de se détruire elles-mêmes, en fonction de l’usage de leurs emblèmes culturels. Le chapitre 15 donne des pistes, à travers des exemples concrets, pour une reconstruction partenariale internationale et interspécifique, à travers le réapprentissage d’une Diplomatie de qualité (telle que la définit le philosophe Baptiste Morizot[tooltips content= »Les diplomates, cohabiter avec les loups sur une nouvelle carte du vivant. Penser comme un animal. Baptiste Morizot. 2016. Editions WildProject. »](2)[/tooltips]) que les cétacés, pour leur part, n’ont jamais cessé de pratiquer.

Marcel Gauchet: «Castex est un pur administrateur»

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Jean Castex à Dijon, le 10 juillet 2020 © JC Tardivon/SIPA Numéro de reportage: 00972020_000046

Marcel Gauchet et Elisabeth Lévy ont commenté l’arrivée de Jean Castex à Matignon sur REACnROLL, la webtélé des mécontemporains. Une heure d’émission est à retrouver sur la chaîne.


Causeur vous propose de lire un extrait de l’entretien d’une heure que Marcel Gauchet a réservé à Elisabeth Lévy sur RNR.TV (disponible sur abonnement, 5€ par mois seulement).

Elisabeth Lévy. Que vous inspire le nouveau gouvernement Castex ? Que vous inspire cette équipe de « réinvention » ?

Marcel Gauchet. Rien du tout. Ce qui me frappe, c’est le décalage entre le ramdam soulevé par cet évènement et sa portée réelle pitoyable. C’est en fait un non-événement. Ce remaniement met en évidence le désert d’hommes et de femmes qui constituent la Macronie. Ils n’ont personne, d’où la nécessité de faire du buzz avec une personnalité inattendue comme Dupond-Moretti. Ce genre d’événement intensément médiatisé ne fait que souligner la différence entre les attentes du citoyen de base et la réalité de l’offre gouvernementale qui lui est offerte. Le décalage entre les attentes politiques et les moyens mis en œuvre est plus criant que jamais. Imagine-t-on un état-major des armées constitué de la sorte ? Il est vrai qu’un état-major n’a pas la contrainte de représentativité qu’un gouvernement a, bien entendu. Mais un gouvernement devrait en principe avoir la même contrainte de compétence technique qu’un état-major des armées ! La politique se dévalue au jour le jour avec ce genre de mises en scène de plus en plus grotesques.

(…)

Au menu de cette émission:
– Le nouveau gouvernement Castex
– La Convention citoyenne pour le climat
– Le pouvoir des maires

Un mot sur le Premier ministre Jean Castex, à présent. Cela faisait des mois que le président nous expliquait que l’énarchie, la technocratie et les lourdeurs de l’administration le bloquaient et l’empêchaient de faire sa politique. Et qui nomme-t-il ? Un super-énarque !

Emmanuel Macron nomme quelqu’un qui est là pour appliquer ses ordres, qui n’a pas de surface politique et qui, par conséquent, ne peut être un frein entre ses intentions et l’action qu’il va conduire. C’est un pur administrateur. En conséquence, le danger pour Emmanuel Macron est de se désigner comme étant la source de toutes les mesures qui sortiront du gouvernement… Cela va à l’encontre de la sagesse de la Vè République, sagesse qui avait opéré une dissociation protectrice. Il n’y a plus de fusible désormais. Mais après tout, pourquoi pas ?

(…)

Marcel Gauchet et Elisabeth Lévy sur RNR.TV
Marcel Gauchet et Elisabeth Lévy sur RNR.TV

Nous assistons depuis récemment à une avalanche de décisions incroyables qui auraient pu provoquer un grand éclat de rire selon moi. Je ne résiste pas à vous en citer quelques-unes, comme celle de L’Oréal de supprimer les mots « blanc », « clair », « éclaircissant » de ses produits… ou celle du New York Times d’écrire « Black » avec une majuscule et « white » sans. (…) Il y a 15 ans, même dans les livres de Philippe Muray, on aurait sûrement trouvé cela absurde, et pourtant cela se produit bien. Par quel curieux mécanisme des préoccupations extrêmement minoritaires comme celles-là en viennent à prendre autant d’importance ? 

Déjà, la majorité silencieuse est de plus en plus silencieuse et même totalement absente de la sphère de l’opinion. Ensuite, ces opinions ultra-minoritaires reçoivent le concours de ce qu’on peut appeler le parti des médias qui, sans être totalement unanime, est une force de frappe énorme. Enfin il y a une note de culpabilité dans le fond de l’air. C’est très étrange d’ailleurs, dans nos sociétés en apparence hédonistes et libertaires. En Occident, le bobo hédoniste-libertaire-anarchoïdo-rebelle se sent confusément coupable. Je suis frappé par le nombre de gens qui battent bénévolement leur coulpe. Je crains qu’il ne s’agisse d’une rémanence chrétienne, catholique dans le cas de notre pays. On a fauté et il y a quelque chose à expier…

>> Retrouvez la suite et une heure d’émission sur REACnROLL (5€ par mois) <<

Écrivains, ne donnez pas vos papiers!

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Jérôme Leroy © Hannah ASSOULINE

Dans les nouveautés, Jérôme Leroy aimerait trouver autre chose à lire que des romans « importants », « nécessaires » ou « engagés »…


La lecture en primeur des romans de la rentrée littéraire à venir, dont nous nous ferons un plaisir de vous rendre compte, ou de ceux sortis depuis quelque temps, a ravivé cet agacement devant une littérature soumise de plus en plus à des contrôles d’identités ou même qui les devance.

On se retrouve confronté à ce moment de plus en plus fréquent dans notre bel aujourd’hui, où nombre d’écrivains commencent à préférer les idées générales, la philosophie, pire encore la sociologie, à une fille qui court sur la plage le matin. Cela les rend pour moi illisibles. Tout à coup, ce qui était de l’enchantement pur, devient une description clinique soumise à un prisme idéologique.  On peut en discerner quelques-uns assez à la mode ces temps-ci: réac, antifa, écolo, néo-orwellien de droite, centre gauche mainstream, pasolinien de la dernière heure… La coureuse sur la plage n’est plus pour eux ce miracle matinal dans l’accord entre ses muscles et le ciel, entre sa transpiration et l’iode, entre son profil et l’horizon, entre son souffle et les vagues. Elle est devenue au choix :

-une connasse de bobo qui profite de sa résidence secondaire à une heure de TGV ;

-encore une Arabe qui ne branle rien à la mer pendant que le prolo blanc souffre en zone périphérique ;

-une salope villiériste qui veut garder les fesses fermes avant d’aller à la messe (surtout si on est sur une plage vendéenne.)

Je ne suis pas naïf, la littérature est politique. Même celle qui prétend ne pas l’être. Le tout est de se rappeler, ou au moins d’essayer, ce que j’essaie de faire comme écrivain et comme lecteur, que l’écrivain n’est pas un éditorialiste ou un universitaire « engagé ».

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Que le plaisir qu’il nous donne est, ou devrait être d’abord innocent, même si dans un second temps, on pourra toujours gloser. Mais,  et c’est de pire en pire, la glose a tout envahi. La glose précède, même, l’œuvre. Depuis quelques années, nombre de romans ressemblent à des habits mal coupés avec des marques apparentes. Et si par hasard il n’y a pas de marque, que le vêtement sort d’un bon faiseur, on peut toujours compter sur une critique de plus en plus idéologisée et inculte à la fois, pour vous en coudre une, bien en évidence, sur le cœur.

Il va devenir donc de plus en plus compliqué de faire comprendre que l’on peut aimer, finalement pour des raisons identiques, Drieu et Aragon, Nimier et Vailland, Morand et Gracq, Manchette et ADG. Il faudra pourtant continuer, loin des préjugés, ne serait-ce que pour sauver ce pur plaisir de la lecture pour la lecture.

Nager vers la Norvège

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Cet été, j’enlève le haut!

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Brigitte Bardot et Jane Birkin, en 1973 © NANA PRODUCTIONS/SIPA Numéro de reportage: 00577424_000033

 


En 1970, les seins nus envahissent les plages du Sud malgré leur interdiction


Dès le milieu des années 1960, le prophète corse au long cigare nous avertissait que la décennie serait « mini ». Mini-short et maxi-égo. Dans le port de Saint-Tropez, l’intégrité n’a toujours tenu qu’à un fil de pêche ou de string. La nudité et la gendarmerie, ces deux spécialités varoises, sans oublier la tarte, firent la renommée internationale du département. Le topless fut longtemps le principal activateur de notre tourisme et de notre identité profonde. Nous renouions ainsi avec notre vieille tradition décorsetée, symbole d’une vigueur corporelle et d’une audace morale.

Danses électriques et peaux suaves

Le monde entier nous enviait nos paysages et nos naïades tropéziennes. On avait commencé à réduire les textiles à leur plus simple expression grâce à l’effet libérateur d’une certaine BB, charnelle et volontiers insubordonnée. Vadim savait filmer les danses électriques et les peaux suaves. La température montait dans les salles de cinéma et des gouttes de sueur perlaient sur nos fronts d’adolescents. S’en suivit une partie de cache-cache endiablé entre la maréchaussée et des filles gonflées de désir qui marchent sur la plage, indifférentes aux interdits et aux pudeurs assassines.

Cette année-là, le monokini l’emportait donc sur le képi. La liberté de se mouvoir, poitrine dénudée, tétons à l’air libre, résistait aux arrêtés municipaux et aux raideurs familiales. Notre pays s’émancipait des réflexes calotins en découvrant le haut. Quelle autre admirable nation pouvait tolérer une telle inflexion sociétale, le sein républicain et ravageur s’offrait à la patrie reconnaissante. Depuis cette période bénie, la France a renoncé, année après année, septennat après quinquennat, à ses valeurs fondatrices.

A lire aussi, du même auteur: Vacances, j’oublie rien!

Le sein a été bafoué, ostracisé, caché ou pis, ignoré. Nos plages ressemblent aujourd’hui à des quais de métro aux heures de pointe, chacun portant en bandoulière sa mauvaise humeur et des vêtements trop couvrants. En 1970, il y eut, bien sûr, quelques réactions épidermiques à ce soulèvement balnéaire. Les vertueux s’étranglèrent et d’honorables matrones invoquèrent la décence (ou la jalousie) devant cette jeunesse impudique. Un tel spectacle pour des enfants et des anciens qui reluquent n’avait pas sa place dans la France du Général.

Le dernier été du grand homme

Ce fut le dernier été du grand homme. Cet autre libérateur partit, en novembre, sur de bien réconfortantes images estivales. Le sable fin était devenu le nouveau terrain idéologique d’une lutte perdue d’avance. Car le sein avait décidé de prendre son autonomie, sa revanche. L’autodétermination est un mouvement difficilement arrêtable, les gouvernants n’avaient pas retenu la leçon des guerres d’indépendance.

La presse envoya ses meilleurs reporters pour enquêter sur place : était-ce une revendication politique, une mode ou un art de vivre à la française ? Dans les ruelles de la citadelle ou, à la terrasse de Sénéquier, l’existentialisme sartrien se transformait en un minimalisme tropézien. Il faut avouer que le décor avait de quoi séduire les esprits les plus rétifs au changement vestimentaire. Le soleil, la mer chaude, des Mini-Moke blanches et partout des seins nus dans l’espace public. La carte postale était, à jamais, fixée dans notre imaginaire libidineux.

Jacques Laurent sur le front du monokini

L’hebdomadaire Paris-Match avait même dépêché l’écrivain Cecil Saint-Laurent, le créateur de « Caroline Chérie » pas particulièrement frileuse pour analyser ce phénomène. Sa chronique intitulée « La presqu’île aux seins nus » était accompagnée d’une photo où l’on voyait trois jeunes femmes, vêtues d’un paréo ou d’un slip de bain, les cheveux mouillés et une chaîne en or qui brille autour du cou comme seule parure, elles ne semblaient pas sujettes à la pneumonie. Le futur académicien retrouvait l’irrévérence de son héroïne dans cet acte de libération : « Pourtant, malgré le béton et le snobisme, Saint-Tropez conserve son pouvoir d’envoûtement » ajoutant « Qui va à Saint-Tropez sait qu’il ne va pas à la Baule – Et c’est justement pour ça qu’il y va ».

A lire aussi, du même auteur: La rentrée du peloton aura bien lieu!

Le 27 août, « Côte d’Azur Actualités » sur l’ORTF diffusait un reportage d’investigation, sur le terrain, au péril des journalistes, un de ces micro-plages qui s’attaquent aux grands sujets. Les « Pour » et les « Contre » s’affrontaient sous le regard gourmand et amusé de la caméra, on se balançait des arguments comme l’absence de marques de bronzage et la honte. Une monokiniste interrogée eut le dernier mot du débat. Pour elle, le comble de l’indécence était de se promener en maillot de bain en ville.

Henri Calet entre en scène

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L'écrivain Henri Calet © PHOTO HARCOURT / AFP

Lire en été: au hasard des bouquinistes, des bibliothèques des maisons de vacances, des librairies, le plaisir dilettante des découvertes et des relectures, sans souci de l’époque ou du genre.


Il y a chez Henri Calet (1904-1956) une fragilité et une mélancolie qui émeuvent. L’homme est mort jeune, à cause d’un cœur qui a toujours fait des siennes. Enfant de la Belle Epoque qui ne l’était pas du tout pour les pauvres, il a eu une existence qui aurait pu en faire un héros de Simenon. Son père, un anarchiste, vivant de sac et de corde sur les champs de course, garagiste éphémère, petit trafiquant de fausse monnaie, soldat insoumis de 14, ne l’a pas reconnu mais l’aimait bien, au fond. Sa mère, d’origine belge, était une ouvrière qui a subi les éclipses et les violences de son compagnon. Le couple s’est séparé puis s’est remis ensemble.

La malchance de Calet

Plus tard, Calet enfant qui avait connu les chambres de bonne où l’on déménage à la cloche de bois, vola la caisse de l’entreprise d’électricité où il était aide-comptable et passa la fin des années vingt et le début des années trente dans une longue errance qui l’amena de l’Amérique Latine au Portugal avant de revenir à Paris en clandestin. Quand tout fut prescrit, il apporta à Jean Paulhan, le patron de la NRF, le manuscrit de La Belle Lurette, le premier de ses livres, qui connut un certain succès critique lors de sa parution en 1935.

Entre l’éveil de la sexualité, la misère honteuse, la prostitution et la promiscuité, cette fausse image d’un Calet aimable peintre de la pauvreté pittoresque du vieux Paris en prend un coup…

Lit-on encore Henri Calet aujourd’hui ? Oui et non. Il a son cercle d’amateurs fervents, on le réédite de temps à autre. Depuis quelques années, on ne compte plus les romans qui mettent en exergue la même citation de lui. Il est vrai qu’elle est belle et qu’elle résume bien l’homme et l’œuvre : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. » On aimerait bien pourtant être certain que ceux qui citent cette phrase connaissent un peu Calet. C’est le problème avec les citations célèbres. On ne les utilise pas pour se placer sous le patronage de l’auteur mais pour montrer l’excellence de sa culture, la sincérité de sa sensibilité, la pertinence de son raisonnement. A la limite, l’auteur gêne.

La malchance de Calet, c’est que l’histoire littéraire a du mal à lui faire la place qu’il mérite. Calet n’est pas surréaliste, Calet n’est pas, après la guerre, existentialiste, ou hussard, ou laborantin du Nouveau Roman. Par commodité, on le classe parfois avec les écrivains populistes comme Eugène Dabit ou Louis Guilloux. Populiste n’était pas une étiquette politique, à cette époque, simplement le nom donné à des écrivains qui parlaient du petit peuple parce qu’ils en faisaient partie.

Un éternel figurant balloté

Alors, à ceux qui voudraient le découvrir, autant commencer par le commencement, par La Belle Lurette. C’est un roman autobiographique mais le je qui est à l’œuvre n’est pas plaintif ni même revendicatif. Il observe une neutralité parfois sarcastique, parfois tendre. Premières lignes de ce premier livre, et tout Calet est déjà là : « Je suis un produit d’avant-guerre. Je suis né dans un ventre corseté, un ventre 1900. Mauvais début. »

A lire aussi, du même auteur: Le requiem de Dominique Noguez

La suite ne sera pas plus brillante mais elle sera parfois amusante, parfois sordide. Pour l’amusant : « Je fus précoce. Sur la fin de ma troisième année, j’étais déjà exhibé par mon père dans tous les bistrots de l’endroit. Il y en avait. Hissé sur les tables de marbre, je braillais : « Vive la Sociale ! » et « Mort aux vaches ! » Babil. » Pour le sordide, on laissera le lecteur le découvrir.

Disons qu’entre l’éveil de la sexualité, la misère honteuse, la prostitution, la promiscuité des soupentes et des ateliers, cette fausse image d’un Calet aimable peintre de la pauvreté pittoresque du vieux Paris en prend un coup et que notre écrivain est un olfactif précis. D’autant plus qu’une longue parenthèse de La Belle Lurette se déroule à Bruxelles sous l’occupation allemande de la première guerre mondiale où la mère abandonnée s’est réfugiée dans sa famille flamande, guère mieux lotie qu’elle. Le narrateur qui avait pourtant quelques dispositions scolaires et aurait pu faire un employé honnête fricote avec le Milieu, en éternel figurant balloté.

Petite musique

À la fin, pourtant, le narrateur joue le jeu. Ou essaie. Il est le premier étonné de sa résignation : « Comme les autres, lavé, peigné, torché, je suivis ma petite route immonde, sous la ville dans le convoi de huit heures et demie des vendeurs, vendeuses,  comptables et dactylos, dirigés sur les piles de madalopam et les additions du Grand Livre. »

Le lecteur se dit que le Calet de La Belle Lurette aurait très bien pu croiser le Céline de Mort à Crédit dans le métro des heures de pointe en route vers les contremaîtres briseurs de grève et les chefs de rayons bilieux.

Mais Calet l’aurait trouvé un peu trop agité, sans doute… Il aurait continué son chemin, avec sa petite musique à lui, rien qu’à lui : « C’est ma jeunesse et je n’en ai pas d’autre. »

La Belle Lurette d’Henri Calet (Gallimard/L’imaginaire)

La belle lurette

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Kafka et la petite fille

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Graffiti représentant Kafka, Prague, 2013 © Martin Sterba/AP/SIPA Numéro de reportage: AP21429049_000001

Le billet du vaurien


Kafka aimait flâner dans les parcs de Prague.

Au cours d’une de ses déambulations, peu avant sa mort, il rencontra une petite fille qui pleurait la perte de sa poupée. « Ta poupée est en voyage, lui dit Kafka. Je le sais, elle vient de m’écrire.» Comme la petite fille demeurait dubitative, il lui donna rendez-vous le lendemain au même endroit. Il rentra chez lui, écrivit pendant la nuit une longue lettre et retourna au matin dans le parc. Il lut à l’enfant qui l’attendait fébrilement ces quelques pages où la poupée racontait ses aventures, ses voyages, sa nouvelle vie. Le jeu dura trois semaines. Kafka y mit fin en trouvant un époux à la petite fille. Il savait que les femmes ont une étrange façon de mourir : elles se marient.

Peut-être, en observant cette fillette, s’est-il souvenu de sa première expérience sexuelle à vingt ans avec une vendeuse. Il avait eu honte de baigner son visage dans une eau malpropre et avait éprouvé tout à la fois un irrésistible désir de souillure. Plus tard, dans ses romans, il mettrait toujours en scène des femmes à la sentimentalité flasque, caressantes et obscènes, comme une mère que la vie aurait entraînée vers les bas-fonds.

Il avait toujours pensé que « le coït est le châtiment du bonheur de vivre ensemble » et que les femmes sont des pièges qui guettent l’homme de tous côtés pour l’entraîner dans le domaine exclusif de la finitude. Il avait pitié des petites filles « à cause de la transformation en femmes à laquelle elles doivent succomber ». Il préférait les jeunes filles auxquelles il envoyait des lettres, tout en sachant que leur bavardage n’était que des bastions de silence, ce qui entretenait sa « chimère du désespoir. »

Le mot de Kafka que je préfère : « Qu’ai-je en commun avec les Juifs, moi qui n’ai déjà rien de commun avec moi-même ! »

Confession d'un gentil garçon

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Le scanner de Tarfuffe

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© Raphael Lafargue-POOL/SIPA

Il manquait une rubrique scientifique à Causeur. Peggy Sastre comble cette lacune. À vous les labos!


Telle est prise qui croyait prendre. Selon les informations de Mediapart, la juriste et députée LREM Laetitia Avia serait accusée de propos racistes, homophobes et généralement violents par cinq de ses anciens assistants parlementaires. L’ironie est mordante, car Avia n’est autre que l’architecte de la loi contre les contenus haineux sur internet, adoptée le 13 mai à l’Assemblée nationale et heureusement lourdement retoquée au Conseil constitutionnel un gros mois plus tard. La commissaire générale de la police des mots en dirait donc des gros lorsqu’elle se croit à l’abri des coups de matraque qu’elle veut garantir à d’autres ?

A lire également, Stanislas François : loi Avia, la pelle du 18 juin

Duperie de soi

À supposer que la réalité soit conforme à ce qu’en rapporte le pure player d’Edwy Plenel, nous sommes face à un cas clinique de tartufferie. On prêche l’inverse de ce qu’on fait. On réserve ses leçons à d’autres que soi-même. Ce qui est excessivement énervant, mais pas surprenant lorsqu’on sait à quoi peut servir notre cervelle : rouler des mécaniques pour rafler une plus grosse part du gâteau, quitte à manger la laine sur le dos de nos congénères. Comme la plupart de nos mécanismes cognitifs façonnés par des millions d’années d’évolution, cette stratégie n’est jamais aussi efficace que lorsqu’elle est inconsciente et sa fonction première est éminemment offensive.

L’un des spécialistes de cette « duperie de soi » est le biologiste Robert Trivers. En 1976, dans l’avant-propos qu’il signe pour l’édition originale du Gène égoïste de Richard Dawkins, il écrit : « Si […] la duperie est fondamentale à la communication animale, alors il existe forcément une forte sélection pour la détection de la duperie qui, à son tour, a dû sélectionner une certaine disposition à la duperie de soi rendant certains faits et motivations inconscients afin de ne pas trahir – par les subtils signes de la connaissance de soi – la duperie ainsi pratiquée. » Un an plus tôt, son collègue Richard Alexander était un tantinet plus laconique : « La sélection a probablement empêché à la compréhension [des] motivations égoïstes d’être intégrée à la conscience humaine, voire d’être facilement acceptable. »

Mentir est risqué… et coûteux

Le point de départ des deux scientifiques est le même : embabouiner sciemment son monde est extrêmement coûteux.

Premièrement, vous risquez de prendre cher si vous êtes démasqué. Que les personnes authentiquement vaccinées contre la réprobation sociale soient aujourd’hui si minoritaires dans notre espèce – si tous les sociopathes et les psychopathes du monde se donnaient la main, on arriverait à tout casser à 3 % de l’humanité – n’est pas un hasard en termes adaptatifs : il y a fort à parier que leurs ancêtres aient été salement éliminés du pool génétique, vu les punitions réservées aux tricheurs et aux traîtres de par le monde, les époques et les cultures. Mais qu’on les retrouve concentrés aux extrémités de la gaussienne sociale – dans les plus hautes sphères du pouvoir et dans les plus sombres bas-fonds – ne fait pas non plus tomber à la renverse. Pourquoi ? Parce que ce sont deux écosystèmes où leurs aptitudes sont les plus à même de s’exprimer, vu que le ratio bénéfices/risques de la manipulation d’autrui y est le plus optimal. Comme le dit Trivers dans The Folly of Fools, son riche ouvrage sur la duperie de soi paru en 2011, le pouvoir ne corrompt pas tant qu’il sélectionne les plus corrompus et les plus corruptibles. Ce qui vaut aussi, de manière sans doute plus intuitivement évidente, pour les criminels.

A lire aussi, du même auteur: Confinement, discipline et bonnes manières

Deuxièmement, le mensonge est un processus mental énergivore. Il faut littéralement se creuser la tête pour inventer une histoire fausse tout en sachant un chouia à quoi ressemble la vraie vérité – le mensonge doit être plausible et ne pas risquer de contredire des connaissances que peuvent posséder la personne ou le groupe que vous espérez berner. Et une fois la fabulation façonnée, il faudra vous en souvenir tout le temps et sur le bout des doigts ou sinon gare à vos fesses. Face à une telle « charge cognitive », tout ce qui peut l’alléger est bon à prendre. Le meilleur des régimes ? Faire tout simplement disparaître de notre conscience notre envie de tromper et napper le tout d’émotions qui aideront autant à notre persuasion qu’à celle des autres, victimes de nos bobards à notre esprit défendant.

« Nul ne ment autant qu’un homme indigné », disait Nietzsche. Un peu plus diplomate, Bertrand Russell nous invitait à nous méfier des émotions fortes et fortement aversives que nous pouvons ressentir lorsque nous croisons des opinions contredisant les nôtres, car elles témoignent peut-être de la fragilité de nos croyances que nous cherchons ainsi à fortifier en faisant le gros dos.

Laetitia Avia ne sera ni la première ni la dernière à tomber pour hypocrisie. Cette propension à juger plus durement autrui que soi-même pour une même infraction est ancrée dans notre nature. Son caractère « par défaut » a été mis en lumière par la psychologie sociale. Lorsqu’on demande à des individus de formuler un jugement moral tout en étant soumis à une lourde charge cognitive (par exemple, devoir se remémorer une suite de nombres), le biais d’auto-indulgence est aux abonnés absents. Quand notre cervelle turbine, nous sommes objectifs et le jugement est identique, que la transgression soit de notre fait ou pas. Ces recherches indiquent par ailleurs l’existence d’un mécanisme cognitif cherchant à formuler des évaluations universellement justes avant que nos « facultés supérieures » ne se mettent en branle pour nous peindre sous un jour plus favorable. Son intérêt n’est pas très difficile à saisir : posséder un tel module d’observation impartiale ouvre un boulevard à l’autodiscipline et nous permet, en cas de conflit, de savoir qui est réellement en faute. Mais que nous soyons objectifs ou subjectifs, le but est toujours le même : être en pole position dans la course aux « ressources sociales », si précieuses aux étranges singes que nous sommes.

« Crash » de Cronenberg, ressort en salles

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Carlotta Films
Carlotta Films
Carlotta Films

On nous promettait des merveilles — No time to die, les Nouveaux mutants, Fast & Furious 9, et autres sommets du Septième art —, mais tous les gros morceaux (traduction libre de blockbuster) sont reportés à l’automne, voire à 2021. On ne va pas risquer le succès d’un film coûteux dans des salles qu’on ne peut, au mieux, remplir qu’à 50%.
Alors les exploitants de salles, autorisés à rouvrir au compte-goutte, afin de réadapter au cinéma les anciens clients reconvertis à Netflix et Grosnichons.com, donnent une seconde vie à des films problématiques lors de leur sortie, mais devenus cultes depuis.
Ou cultissimes. Prenez Crash, de David Cronenberg, qui ressort en salles depuis le mercredi 8 juillet.

Carlotta Films
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J’aime beaucoup J.G. Ballard, auteur du roman éponyme. J’aime autant ses œuvres de science-fiction (le Vent de nulle part est une merveilleuse ode à l’hubris, et les suivants, le Monde englouti ou Sécheresse, sont de petits bijoux) que ses romans quasi autobiographiques — Empire du soleil, qui a inspiré à Spielberg un film peu prisé mais intéressant.

Et Crash donc. Sorti en 1973, il racontait le fantasme d’un adepte de la symphorophilie (une paraphilie très particulière, où le sujet rêve de jouir d’un accident, qu’il en soit témoin ou partie prenante) rêvant d’une collision frontale avec Elisabeth Taylor. David Cronenberg, en l’adaptant en 1996, modifie les données superficielles (Taylor, en 1996, n’était plus qu’une vache échouée sur le rivage de son huitième mariage) mais garde l’essentiel de l’intrigue : la fascination pour les accidents de voiture, finalité dernière de notre civilisation, et pour les cicatrices résultant de ces déchirements de tôles et de chairs.

Variation exemplaire sur l’association féconde d’Eros et de Thanatos. James Spader, marié à la très belle et très désirable Deborah Kara Unger, a un accident sérieux où il tue le conducteur d’en face ; il couche avec sa veuve (Holly Hunter, glacée et glaçante) dans la voiture de cette dernière, l’amène à un spectacle reproduisant l’accident fatal de James Dean, y fait la connaissance du maître de ces jeux fracassants (Elias Koteas, remarquable) qui conduit tout ce beau monde dans un squat où Rosanna Arquette exhibe ses cicatrices mal recousues et la mécanique qui lui permet de marcher.

La cicatrice (voir plus loin) est un artefact très fréquent en littérature — de Vautrin à James Bond en passant par Milady de Winter, elle est le symbole sur le corps du héros du tracé de la plume sur la page. Dans Star 80, l’inquiétant Eric Roberts remarque que le corps de Mariel Hemingway ne porte aucune cicatrice — un fait exceptionnel quand on y pense, scrutez donc le vôtre. Il en fera la page centrale de PlayBoy, et lui fera connaître finalement le sort de son modèle de la vraie vie, Dorothy Stratten : la cicatrice est la trace du temps, une peau immaculée le défie, l’estafilade rend la statue à sa mortalité. L’auteur griffe son manuscrit — mais la page suivante est à nouveau immaculée, et il faut tout recommencer : ainsi naissent les romans-fleuves.

Si vous n’avez pas vu Crash, courez-y. Bon, ce n’est pas pour les enfants : le film est d’une froideur terrible, bien plus prenante qu’une daube pornographique.tumblr_p5mwwlaGPd1wplk5jo1_500Il a je ne sais quoi de japonais — voir Hôtel Iris, de Yoko Ogawa. Allez-y à condition que vous compreniez cette phrase sublime de Sade : « Il posa sur moi le regard…

>>> Lire la fin de l’article sur le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

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Un été avec Pascal: une lecture disruptive

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Antoine Compagnon © Hannah Assouline

C’est l’été. Le temps des folies. Cet été, ce sera Pascal. Plus précisément : Un été avec Pascal, dans la collection Équateurs parallèles. Quel meilleur guide qu’Antoine Compagnon, avec qui nous avons passé d’autres étés, professeur au Collège de France, pour nous introduire dans l’univers de cet « effrayant génie », scientifique et littéraire, ce mystique et ce polémiste, « jouteur et joueur », cet écrivain hors pair qu’est l’auteur des Pensées et des Petites Lettres ? Lecture ardue pour bonheur incertain ? Disruptive, plutôt, et gain assuré ! Une table de matières attirante. Des chapitres courts avec plein de citations commentées. Du lourd mais rien de pesant. Après cette lecture, on est rassuré d’avoir entrevu notre condition humaine. À condition de le vouloir, évidemment.

Le divertissement, la folle du logis, l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse, les trois ordres, la raison et le cœur, l’ange qui fait la bête : la pensée pascalienne fait partie de notre univers mental. L’image des deux infinis n’a pas pris une ride avec la science moderne : « C’est une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part. » Nous non plus qui « n’enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses. » Mais le Pascal énigmatique et taquin, le connaissons-nous ? « Talon de soulier ou Infini rien. » Le bretteur des Provinciales ? Sa pensée abrupte et concise, lyrique et polémique, cette langue aussi bien classique que baroque, décape et sidère, exalte. Nous regardons partir des fusées sur des plates-forme californiennes. Les fusées de Pascal vont plus haut, plus fort, plus loin : l’infini est en nous.

Dans les Pensées, Pascal entend montrer la misère de l’homme sans Dieu et la félicité de l’homme avec Dieu. Il n’entend pas prouver l’existence de Dieu—idée absurde— mais persuader « les libertins » (nous, en somme) de se tourner vers Dieu. Si la religion chrétienne est « aimable », c’est-à-dire désirable, c’est qu’elle celle qui « a le mieux connu l’homme ». Chez Pascal, anthropologie et théologie vont coude à coude et s’interpénètrent. La dialectique, implacable, qu’admiraient les marxistes, biberonnés aux Provinciales, renvoie sans cesse, par un mouvement centripète et centrifuge, des parties au tout : l’homme, l’univers, le dieu caché. Antoine Compagnon ne prétend pas faire une lecture exhaustive de Pascal mais rendre sa lecture « aimable. » Pourquoi ne pas relire ici certaines pensées dans un éclairage contemporain ?

L’ange et la bête. Ce qui caractérise l’homme, ce sont ses « contrariétés ». L’anthropologie pascalienne a tout bon. L’homme cherche la vérité et ne la trouve pas. Il recherche le repos et s’active toujours jusqu’au burn out. (Est-ce bien nécessaire ?) Il veut être heureux sans penser à sa condition. (Est-ce bien raisonnable ?) Pascal avertit de sa méthode : « S’il se vante, je l’abaisse/ S’il s’abaisse, je le vante/ Et le contredis toujours. Jusqu’à ce qu’il comprenne/ Qu’il est un monstre incompréhensible. » « Monstre » : ce qui sort de l’ordre de la nature. « Contredis » : la pensée pascalienne use continuellement du renversement du pour ou contre, pour nous remettre à notre juste place. Dépassée, cette anthropologie ? Certes pas ! L’homme contemporain est, à la lettre, exorbité : il  veut sortir de sa condition charnelle, sexuelle, mortelle, « naturelle ». D’où ses contradictions. Il ne veut pas croire, et il adore la Terre Mère. Il n’est plus partagé entre science et foi, et Il se fait l’esclave de la Technique. On a beau jeu de dire que les Pensées, c’est terreur et tremblement. Qui suscite la terreur d’un monde de robots, avec une antigénéalogie à deux mères et sans père ? Pascal a raison :  L’homme fait l’ange ou la bête. Et encore : «  La politique, c’est comme régler un hôpital de fous. » 

Le pari. Pour Pascal, on a tout intérêt à miser sur Dieu non pas « celui des philosophes et des savants mais celui d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Si on mise sur Dieu, on a une « infinité infinie de gain » à gagner. Si on perd, on ne perd rien. Pascal s’adressait à des joueurs. Avons-nous changé ? Non et oui. Nous ne sommes pas des joueurs mais des calculateurs. Assoiffés d’argent, nous n’obéissons qu’au Grand Marché : c’est l’argent (la prise) qui motive, non le jeu. Or, qu’est-ce qui prouve que notre calcul est bon ?

Le divertissement, c’est ce qui nous détourne de la considération de notre condition malheureuse que seule la mort peut faire taire. C’est les jeux, la Bourse, le sport, l’avidité scientifique, les plaisirs. Mais non, Pascal ne nous fait pas la morale ! Il nous prend même à rebours. Nous avons « raison » de nous divertir : autrement, il nous faudrait penser à notre condition faible et mortelle. Le divertissement par excellence de notre temps ? La politique : une maîtresse insatiable.

Le sens de l’histoire ? Les marxistes appréciaient la dialectique et le cynisme de Pascal. Je cite Compagnon. « Dans Ma nuit chez Maud qui se passe à Clermont-Ferrand, Antoine Vitez qui joue le philosophe marxiste, remplace le pari sur l’existence de Dieu par le pari sur l’histoire. L’histoire a-t-elle elle un sens ? Ou non ? » On connaît la théorie du dieu caché de Goldmann.  Leçon : ne pas voir la lutte des classes partout. Que Marx ne soit plus là ou qu’il revienne.  

Justice et force. Pascal pense par dyade. Les rapports contradictoires de la justice et de la force, il les a exprimés dans une maxime frappante : « Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste. » Les juges de la CEDH font, des droits de l’homme, dans le domaine sociétal, une pure casuistique, affirmant tout, et son contraire, d’un pays à l’autre.  « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà. ». 

Les trois ordres. Pascal pense aussi par triade. Une triade qu’on malmène sans arrêt au détriment de la vérité est celle des trois ordres : corps, esprit, charité. Dans les débats, on passe inconsidérément d’un ordre à l’autre jusqu’à la confusion totale. Et on en arrive à l’injustice et même la violence dans tous les domaines : moral, sociétal, bioéthique et religieux. Le mal d’enfant fait du saute-mouton sur le mal fait aux enfants que l’on prive de père. L’absurdité de l’égalité des hommes et des femmes conduit à la discorde. On a « le droit à migrer » etc.

Les Provinciales. En même temps qu’il écrivait les Pensées, Pascal écrivait les Petites Lettres (ou Lettres Provinciales.) Publiées sans nom d’auteur en 1657, elles furent attribuées à Louis de Montalte, prête-nom de Pascal, qui usait d’anagrammes et de pseudos. Durant cette campagne terrible et savoureuse contre la casuistique des Jésuites, Pascal s’était caché devant le collège de Clermont, actuel lycée Louis-le-Grand, et « suivait avec jubilation ces « mazarinades ». Certes Mère Angélique Arnaud ne fut pas trop contente mais, pour nous, quel bonheur que ces Lettres ! Tous les ecclésiastiques devraient, d’ailleurs, les connaître. Il y a quelques années, un metteur en scène eut l’idée géniale de monter au théâtre les Provinciales. Un chef-d’oeuvre ! Avec ces Lettres, la casuistique en prenait un coup mais la langue française en recevait un éclat sans pareil.     

Pascal était un mystique. Sur son cœur, il portait le Mémorial, souvenir d’une nuit de feu. « Que Dieu ne m’abandonne jamais » : telles furent ses dernières paroles. Jamais aucun écrivain ne nous a parlé comme lui de notre condition. Puisse le petit livre vert d’Antoine Compagnon nous amener aux Pensées. Car « L’homme passe infiniment l’homme ».

Un été avec Pascal

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La faiblesse de l’ordre

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Cocktails Molotov jetés contre les CRS, Paris, 1er mai 2017. © Lewis Joly/SIPA

Comment la République peut-elle se faire respecter sur tout le territoire ? A l’heure où nos forces de l’ordre sous-équipées ne peuvent pas compter sur le soutien de la justice, faisons appel au savoir-faire de notre armée. Et mettons en place une nouvelle garde nationale.


Au XIVè siècle, Ibn Khaldoun, considéré comme le « père de la sociologie », mettait ses lecteurs en garde : lorsqu’il se produit un divorce entre le peuple et les dépositaires de la violence légitime, la société est condamnée. Soit elle sombre dans le chaos, livrée aux bandes de pillards, aux conquêtes barbares et aux seigneurs de la guerre, soit l’un des groupes habitués à faire usage de la violence (légitime ou non) prend le pouvoir, et instaure un régime autoritaire.

La leçon d’Ibn Khaldoun

La Grèce après la guerre du Péloponnèse et l’arrivée au pouvoir de Philippe de Macédoine, la fin de la République romaine et le triomphe de César, la chute des différentes dynasties impériales chinoises, des Trois Royaumes à la lutte entre Tchang Kaï-chek et Mao Zedong, toutes confirment cette analyse d’Ibn Khaldoun. Et je ne lui connais aucun contre-exemple.

A cet égard, la situation présente de la France est catastrophique. Les affrontements entre les Gilets Jaunes et les CRS, le deux poids, deux mesures d’un confinement pendant lequel des citoyens par ailleurs honnêtes et inoffensifs étaient verbalisés pour des broutilles alors que certains quartiers se moquaient ouvertement des règles sanitaires, les récentes manifestations autour de cette idole qu’est devenue Assa Traoré, les scènes de guerre tribale à Dijon où la République a totalement démissionné, laissant la résolution du conflit à un imam affilié à MF ex-UOIF, branche française des Frères Musulmans… Jusqu’à l’écho médiatique délirant de cette infirmière qui caillasse les forces de l’ordre et semble vouloir en découdre, mais réclame à grands cris sa ventoline dès qu’elle est interpellée. Comment en sommes-nous arrivés là ?

A lire aussi: Causeur: justice pour la police!

Dans ce divorce entre le peuple et les détenteurs de la violence légitime, les torts sont partagés.

Immaturité

Du côté du peuple, une attitude infantile « je veux me bagarrer mais je veux ma ventoline » ! Autrement dit « je veux donner des coups mais je n’accepte pas d’en prendre ». Effondrement du syndicalisme qui donnait jadis un cadre aux actions : il y a quelques décennies les mouvements des ouvriers sidérurgistes ou des marins-pêcheurs étaient autrement plus violents que les manifestations d’aujourd’hui, mais il s’agissait de négocier avec la République, pas de remettre en cause l’existence de la France. L’immaturité médiatique joue également un rôle : si l’on compare la couverture des mouvements sociaux de l’époque et les images des derniers jours, le contraste est effarant. Et je ne parle même pas des interpellations de délinquants avérés : pour certains, un criminel se transforme en victime dès l’instant où un policier lui passe les menottes. Culture de l’excuse, du délinquant « victime ontologique de la société » que l’on exonère des responsabilités du libre-arbitre, et on oublie les victimes bien réelles du délinquant en question.

Du côté de la violence légitime, des forces de l’ordre, un double problème.

Quand la « violence légitime » ne se contrôle plus

Problème de légitimité : l’action du gouvernement d’Emmanuel Macron est considérée par une proportion croissante de français comme intrinsèquement illégitime, pour de multiples raisons. L’arrogance des propos et des attitudes, l’impression d’un pouvoir « fort avec les faibles, faible avec les forts », ne peuvent que saborder l’action des forces de l’ordre. Aux yeux de beaucoup, elles ne sont plus les protectrices du peuple, mais les mercenaires d’un pouvoir qui impose ses décisions au peuple au mépris de la volonté générale et du bien commun.

Problème de violence : oui il y a des « bavures », oui il y a un vrai sujet de « violences policières », mais il n’a rien de systémique. L’analyser suppose toutefois d’admettre qu’il concerne surtout la police nationale. Non que la gendarmerie en soit totalement exempte : une institution de plus de 100 000 personnes contient inévitablement son lot de brutes et d’abrutis. Mais dans le cas de la police, plusieurs problèmes structurels se posent.

A lire aussi, Jean de Maillard : La justice mise à nu par ses magistrats

Le mode d’organisation de l’institution favorise la filière judiciaire au détriment de ce que l’on appelle la voie publique. Et la spécialisation des filières fait que jamais un enquêteur n’ira simplement patrouiller, même pour renforcer ses camarades de la voie publique. Résultat : ces derniers, qui concentrent les postes vacants, sont souvent incapables de monter en puissance rapidement en cas d’incident. Naturellement, les rythmes de travail plus que confortables obtenus par les organisations syndicales au fil des années n’aident pas. Autrement dit, une patrouille de police prise à partie dans un quartier sensible sait qu’elle est seule au monde. Les renforts, s’ils finissent par arriver, mettront très longtemps à venir. Les gendarmes, statut militaire oblige, ont un régime d’astreintes qui leur permet de battre le rappel des troupes beaucoup plus facilement et beaucoup plus rapidement, même si un drame est toujours possible – je pense à Collobrières en 2012[tooltips content= »Deux femmes gendarmes avaient été abattues en juin 2012 au cours d’un cambriolage dans cette commune du Var »]1[/tooltips].

Caïds contre caïds

Mais le problème majeur, qui concerne les deux forces est l’indigence coupable de la réponse pénale. Les forces de l’ordre le savent, leur action n’est pas soutenue par les magistrats puisque les sanctions infligées aux délinquants ne sont en général absolument pas dissuasives.

Une patrouille de police confrontée à l’hostilité ne peut donc compter ni sur la force du nombre, ni sur la force de la loi. Que lui reste-t-il ? Certains baissent la tête. D’autres bombent le torse. Pour s’imposer – parce que c’est leur mission, parce que s’ils ne s’imposent pas ils ne pourront pas faire respecter la loi et ne protégeront personne – des policiers en arrivent à se comporter comme des caïds face à d’autres caïds. Bien sûr, certains d’entre eux y prennent plaisir, pourcentage détestable mais inévitable de brutes et d’abrutis, et ceux-là doivent être châtiés avec la plus grande sévérité. A ce sujet, la proposition de la syndicaliste Linda Kebbab est excellente : les sanctions prises contre les policiers et gendarmes qui abusent de leur autorité doivent être médiatisées, afin de montrer par l’exemple que ces institutions républicaines font le ménage dans leurs rangs chaque fois que c’est nécessaire. Mais un grand nombre des policiers qui en arrivent à « jouer les caïds » le font par nécessité, parce que l’organisation du service, l’institution judiciaire laxiste et les médias majoritairement hostiles ne leur laissent aucun autre moyen de tenter d’accomplir leur mission. Cercle vicieux.

Intervention des CRS lors de la manifestation des personnels soignants aux Invalides, Paris, 16 juin 2020. © Bastien Louvet/BRST/SIPA
Intervention des CRS lors de la manifestation des personnels soignants aux Invalides, Paris, 16 juin 2020.
© Bastien Louvet/BRST/SIPA

Les Français font confiance aux forces de l’ordre

Faut-il désespérer pour autant ? Non, car la France dispose d’un atout majeur. D’après un sondage de début juin, 85% des Français font confiance aux forces armées, 81% à la gendarmerie, 69% à la police – et pour mémoire, 51% seulement à l’institution judiciaire, désaveu dont la plupart des médias se gardent bien de parler.

L’armée française est connue et reconnue pour son aptitude à « gagner les cœurs ». Sur tous les théâtres d’opérations extérieurs c’est l’un des points forts de nos militaires, capables dans des conditions parfois extrêmes et malgré le manque de moyens de mériter la confiance des populations locales tout en accomplissant leurs missions.

On sait aussi le succès mérité des deux livres du général Pierre de Villiers : la France sent, confusément mais intensément, qu’elle a besoin qu’infusent dans toute la société le pragmatisme et l’éthique exigeante des armées. Cette attente populaire est une force.

S’appuyer sur l’armée

Autre atout de nos armées : une longue et belle tradition d’intégration républicaine. A l’heure où certains accusent la France de « racisme systémique » alors qu’eux-mêmes promeuvent une vision du monde raciste, les armées sont un modèle à valoriser. Sous le feu seuls comptent la loyauté et le courage, la couleur de peau n’est rien : ni les balles ennemies ni la fraternité d’armes ne s’arrêtent à une différence aussi superficielle.

A lire aussi, Isabelle Marchandier: Dijon brûle et nous regardons ailleurs

Faut-il donc déployer l’armée dans les zones de non-droit et autres quartiers de reconquête républicaine ? Oui. Non pour « envoyer les chars » mais pour nous appuyer sur l’expérience et le savoir-faire remarquables de nos troupes, dont nous aurons bien besoin pour rétablir l’ordre sur le territoire national.

Eviter les milices et les pillards

A Nîmes, une école à dû être « délocalisée » dit pudiquement la mairie, en raison de l’utilisation d’armes de guerre par des bandes rivales dans le quartier où elle se trouvait. En France en 2020, des enfants doivent fuir des zones livrées aux affrontements armés pour pouvoir suivre leur scolarité. Et on se pose encore la question de l’état de siège ? Dijon en est la preuve : si nous n’acceptons pas que nos militaires interviennent, nous aurons les milices ou les pillards.

Et plutôt que des milices populaires, dont la bonne volonté gorgée d’exaspération risque hélas de dégénérer, nous devrions exiger la mise en place d’une véritable garde nationale, volontaires encadrés par des professionnels. Ainsi, nous disposerions des effectifs nécessaires pour tenir l’ensemble du territoire. Ainsi, ceux qui brûlent d’agir pourraient le faire sans risque de récupération par des groupes factieux ou extrémistes. Ainsi, un plus grand nombre de citoyens verraient de leurs yeux la réalité de la menace, et pourraient relayer un constat factuel face aux absurdités idéologiques. Ainsi, les forces de l’ordre et les forces armées ne risqueraient plus de se croire abandonnées du reste de la Nation, mais se sauraient soutenues, conscientes que c’est de ce soutien qu’elles tirent leur légitimité.

Si nous n’acceptons pas que nos militaires interviennent, nous aurons les milices ou les pillards

Savoir se faire respecter

Un rêve : que tous les élus, magistrats, avocats, journalistes aient l’obligation, au moins une nuit par mois, de patrouiller avec les forces de l’ordre dans un quartier sensible. Anonymement, pour ne pas fausser l’expérience. Sans sécurité supplémentaire, dans les conditions qui sont au quotidien celles des policiers, des gendarmes, des soldats. Gageons que très vite le discours médiatique changera. Gageons que l’impunité prendra fin pour les délinquants.

Ces changements sont des prérequis indispensables : aucune police, aucune armée au monde ne peut sauver un peuple qui a décidé de se suicider et d’applaudir la disparition de sa propre civilisation. Trahison ignoble de quelques générations d’enfants gâtés capricieux, qui privent leurs successeurs de ce que leurs prédécesseurs ont consacré des millénaires à bâtir.

Il ne servirait à rien de demander aux armées de reconquérir les parcelles perdues du territoire national, si c’est pour les brider comme on bride aujourd’hui la police et la gendarmerie. Jusqu’ici tous les projets de simplification de la procédure pénale ont été des échecs retentissants. Il faut lire David Galula et son remarquable traité de contre-insurrection. Les sanctions doivent être immédiates et identiques sur tout le territoire. Les brutes qui font régner leur loi dans certaines zones doivent en être écartées dès qu’elles sont identifiées, afin d’en protéger le voisinage. Les quartiers calmes (notamment ayant un taux élevé de population d’origine étrangère) doivent être prioritaires pour bénéficier des politiques publiques sur ceux qui se distinguent par les violences urbaines et les trafics : le respect des lois doit être récompensé. De même, il est urgent d’allouer plus de moyens pour des bourses d’étude ou du soutien scolaire à destination des adolescents et jeunes adultes sans histoire, plutôt que d’affecter ces moyens à une « réinsertion » qui revient à offrir à des délinquants ce que d’autres, honnêtes, n’auront jamais. Les ressources doivent être concentrés sur les services publics dirigés par des personnes fiables, et non données à des associations à la loyauté douteuse sur lesquelles l’État se déchargerait de ses responsabilités. Ce sont là des conditions indispensables de la victoire, avec la proclamation de l’état de siège au moins le temps de désarmer les « quartiers » et d’enfermer les chefs de bandes. La France et la République ne seront respectées que si elles montrent qu’elle savent se faire respecter.

C’est la leçon d’Ibn Khaldoun : pour ne pas tomber dans la spirale de la violence, nous devrons redonner son sens et sa noblesse à l’usage de la force. En clair, si tu veux la paix, prépare la guerre.

Contre-insurrection : Théorie et pratique

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Le cachalot, stratège et modeleur de l’histoire

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©Paul Goldstein/SIPAUSA31532854_000010

L’incroyable victoire des cachalots dans leur guerre contre les baleiniers au XIXème siècle est un épisode méconnu de l’Histoire des Etats-Unis, qui éclaire pourtant le présent et irrigue l’avenir.


L’étrange défaite

Rendue célèbre par le roman d’Herman Melville Moby-Dick, la pêche à la baleine américaine au XIXème siècle est abordée dans cet ouvrage[tooltips content= »L’incroyable victoire des cachalots dans leur guerre contre les baleiniers au XIXe siècle »](1)[/tooltips] sous un angle entièrement neuf. Celui-ci met en lumière les dispositifs mis en place par les cétacés pour échapper à leurs agresseurs, dans un processus extraordinaire qui devint une véritable « Première Guerre du Pacifique » d’avril 1820 à janvier 1862.

Impensée en tant que telle, c’est une « étrange défaite » de l’industrie baleinière des États-Unis à laquelle nous assistons. À cette époque, cette activité était aussi importante, à l’échelle mondiale, que l’industrie pétrolière aujourd’hui. Le port de Nantucket constituait une véritable superpuissance à la fin des années 1810, qui sera anéantie en quelques décennies. Et contrairement aux thèses habituellement avancées par les historiens, cette destruction ne doit rien à la ruée vers l’or californienne de 1849, puis la découverte de pétrole en Pennsylvanie une décennie plus tard, parce qu’elle les précède, érigeant ainsi le cachalot en authentique agent historique discret mais influent.

Les héros du Pacifique

Depuis ses origines, la chasse au cachalot avait toujours été une activité dangereuse. Mais ce qui se passe dans le Pacifique lors des premières décennies du XIXème siècle est clairement différent de tout ce que l’on avait pu voir auparavant. Dès les années 1800, certains grands cachalots mâles sont reconnus en tant que tels par les marins, et admirés comme combattants. Au moins trois d’entre eux entrent dans la légende dès la première décennie du XIXème siècle. L’auteur consacre trois chapitres à quelques-uns de ces guerriers, incluant une réinterprétation de ce qu’ils furent et firent vraiment, à la lumière de découvertes récentes sur la physiologie, le comportement et la socialité du grand animal.

Or, ceci ne constitue que la partie visible d’un véritable « iceberg stratégique », à vocation essentiellement défensive et protectrice, pleinement fonctionnel à l’orée des années 1820. Les destructions de navires, dont le nombre explose à partir des années 1830, dissimulent au regard des baleiniers le cœur du dispositif cétacéen.

Cette « culture du Pacifique » s’étend à l’Atlantique à partir des années 1840, quand le conflit bascule nettement à l’avantage des cachalots.

Le véritable « Moby-Dick »

Herman Melville est baleinier précisément à cette époque (1840-1843). Son roman Moby-Dick, publié en 1851, est le récit d’une défaite qui vient d’advenir. Légende des légendes, mythe fondateur des États-Unis d’Amérique, monument d’architecture littéraire aux étranges reflets marmoréens, il met en lumière la partie immergée de l’Histoire, la face cachée du Monstre. Il est le miroir de la Première Guerre du Pacifique, dont on peut retrouver intégralement les principaux épisodes et acteurs.

L’apparente poursuite d’un cachalot blanc par un capitaine fou de haine se révèle comme la chasse du navire par le cétacé, qui tend, à cette fin, un filet de dimension planétaire, muni de leurres et d’appâts, aidé par une multitude d’alliés, marins et astraux.

Le thème principal du roman (qui est aussi son cadre temporel, à la manière de l’Iliade) est l’épisode de basculement vers la victoire des cachalots (1840-1842) dans la Première guerre du Pacifique.

Le personnage principal est l’armée des cétacés.

La guerre fantôme se perpétue

Aux États-Unis, la « Première Guerre du Pacifique » est entièrement impensée en tant que telle. Elle constitue véritablement une « guerre fantôme ». Le roman de Melville ne trouve pas son public et sombre dans l’oubli dès la première moitié des années 1850. Ce phénomène est discret mais d’une grande influence sur les représentations collectives dans l’espace et le temps, et leurs mécanismes subconscients.

Dans les premiers mois de la Guerre civile (en décembre 1861 et janvier 1862), l’Etat Major nordiste se livre, officiellement pour des raisons stratégiques, à une véritable immolation de sa propre flotte cachalotière (connu sous le nom de « Stonefleet », la « Flotte de pierre »).

Quelques années plus tard (1870), Jules Verne venge (inconsciemment) l’honneur perdu de l’Amérique face aux cachalots, dans le chapitre 12 de son Vingt Mille Lieues sous les mers

A lire aussi, Gil Mihaely : Requins, la mer de toutes les peurs

À partir des premières décennies du siècle dernier, la crainte historique du cachalot pour les seuls baleiniers est remplacée, en des termes homologues, par celle du requin pour tous les Américains (bains de mer meurtriers en 1916), et prend une dimension politique lors du naufrage de l’Indianapolis dans les derniers jours du conflit entre les États-Unis et le Japon (fin juillet 1945).

Les chapitres 13 et 14 du livre détaillent l’importance axiale du rapport historique aux grands animaux et son évolution pour ces deux pays.

Puis, après « cent ans de solitude », Moby-Dick fend la surface des flots de la célébrité, irrigue et stimule l’expression dans tous les domaines artistiques, et permet même de véritables renaissances culturelles, au Chili et en Nouvelle-Zélande…

Aujourd’hui, le cachalot blanc est l’animal le plus célèbre au monde.

Guerre et paix, prospective pour l’océan mondial

Les nations sont susceptibles de se sauver ou de se détruire elles-mêmes, en fonction de l’usage de leurs emblèmes culturels. Le chapitre 15 donne des pistes, à travers des exemples concrets, pour une reconstruction partenariale internationale et interspécifique, à travers le réapprentissage d’une Diplomatie de qualité (telle que la définit le philosophe Baptiste Morizot[tooltips content= »Les diplomates, cohabiter avec les loups sur une nouvelle carte du vivant. Penser comme un animal. Baptiste Morizot. 2016. Editions WildProject. »](2)[/tooltips]) que les cétacés, pour leur part, n’ont jamais cessé de pratiquer.