D’un confiné berrichon à la patrie de Pascal Paoli


Mais me reviendras-tu Corsica dans le jour qui se lève ? J’ai toujours voulu associer les paroles d’une chanson de Barbara à celles de Tino Rossi dans l’attaque d’une chronique. Il m’aura fallu attendre l’âge de quarante-cinq ans et un Covid-19 pour y parvenir. Le confinement aura exaucé, au moins, ce désir de mêler Marienbad au rossignol ajaccien, la louve noire et le petit papa noël aux cheveux gominés sous le soleil de Bobino, ces deux-là avaient les cabarets de la rive gauche en héritage. 

Quand reverrons-nous les paillottes corses, mes malheureux amis ?

Derrière la jointure de ces vers, se cache une réelle inquiétude, celle de ne plus jamais boire une liqueur de myrte aux vertus digestives et apaisantes. Mes étés n’auront plus jamais le même goût. La mâche soyeuse du figatellu grillé au barbecue et la suavité du brocciu en dessert vont me manquer. Cette nuit, dans ma campagne berrichonne, j’ai fait le rêve impossible et pénétrant de prendre un vol en direction de la citadelle de Calvi. Je me voyais tangué au-dessus de l’aéroport Sainte-Catherine, balayé par les vents nerveux et saisi par l’effet entonnoir qui surprend toujours les premières fois lors des atterrissages virils mais toujours corrects. Tout en bas, la piste malingre, coincée dans cette cuvette, m’a toujours paru trop courte pour un avion moyen-courrier. La montagne en face, la mer dans le dos et au moment de descendre, plus du tout l’envie de compter les tours génoises disséminées dans le Golfe, juste prier Notre-Dame-de-la-Serra pour fouler enfin cette île de beauté. La Corse se mérite, elle ne s’offre pas au premier touriste qui aspire au farniente et au parasol. Ici, l’huile solaire n’empeste pas les vapeurs d’essence et le bruit du marteau-piqueur ne couvre pas encore le cri du milan royal. L’insularité a conservé certes une certaine âpreté dans les rapports humains ce qui nous change des salamalecs habituels des stations balnéaires. La distance, cette vieille politesse montagnarde, a du bon, elle aura même de l’avenir vu les circonstances sanitaires actuelles. Sur place, on n’a pas le sentiment d’être un portefeuille sur pattes, assailli, co

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