Accueil Site Page 1323

Les écolos, ces romantiques indécrottables


Bertrand Alliot publie Une histoire naturelle de l’homme aux Éditions de l’Artilleur. En observateur naturaliste, l’auteur se penche sur l’écologie et se demande quel est le sens profond du « discours écologique » qui nous assourdit dans la société contemporaine.


C’est en naturaliste que l’auteur contemple cette nature dont on fait si grand cas en ce moment (pas seulement les écolos de tout poil, mais bien des récents confinés rêvant d’un bout de jardin). Et donc, il devrait se réjouir de cet engouement de plus en plus manifeste pour les oiseaux, la faune et la flore, les arbres (ne prône-t-on pas la câlinothérapie avec des accolades et des embrassades d’écorces ?). Eh bien non. Bertrand Alliot, qui possède quelques compétences sur le sujet (ingénieur en recherche sur l’environnement, enseignant universitaire, administrateur de la Ligue de protection des oiseaux, entre autres), manifeste une ironie courtoise à l’égard des prophéties catastrophiques en vogue sur le dérèglement climatique, la biodiversité, les espèces en danger, le « monde d’après », y compris dans la bouche de péronnelles ou dans celle d’Hubert Reeves, scientifique adulé des médias (Le Point du 28 mai 2020).

A lire aussi: Marc Jeanson & Charlotte Fauve

Le déséquilibre, dans l’ordre des choses

Aura-t-il soutenu un jour, devant un collègue universitaire, qu’il s’intéresse à « l’homme », que lui reviennent en mémoire les sarcasmes du Diafoirus de distributeur de café balayant d’un revers de la main ses naïvetés, l’admonestant : « Il s’agit d’une catégorie trop générale. Ceux qui en usent ne sont pas pris au sérieux et se couvrent de ridicule. Il faut parler avec précision du “personnel politique”, de l’“usager”, de “l’agriculteur” ou de “l’ouvrier”. » Il faut dire que les sciences humaines, comme la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, aspirent à passer du statut de sciences « molles » à celui, prestigieux, de sciences « dures ». « Eh bien, rétorque aujourd’hui l’auteur, cette grenouille, il est temps de la faire éclater ! Il faut renouer avec une certaine forme de simplicité car, à propos de l’homme, les réponses aux questions que l’on se pose doivent venir aisément. Voici donc d’abord pourquoi il s’agit de revenir à l’histoire naturelle… »

Oui, pourquoi ? Parce que « l’homme entend dans le lointain gronder un orage. L’histoire naturelle annonce son retour : le héros de l’histoire est placé devant son destin d’espèce ». Pour cela, dans un exercice jubilatoire de « gai savoir » et de « généalogie » digne de Nietzsche, Alliot s’en remet à l’histoire. Celle des espèces, dont l’homme fait évidemment partie, autant que celle des animaux vénérés des écolos contemporains. Toutefois, « pas plus que les hommes, les animaux ne respectent leur milieu de vie. Ils se contentent de vivre, et c’est bien assez comme ça ». On voudrait croire que l’équilibre règne dans la nature, équilibre que l’homme serait venu rompre. « Or, ce qui est prégnant dans la nature n’est pas l’équilibre, mais le déséquilibre. » Eh oui, les animaux saccagent leur environnement immédiat comme des pétroliers, et les plus gros bouffent les plus petits à l’instar des capitalistes…

A lire aussi, Bruno Durieux: « Les écologistes sont les enfants ingrats de la prospérité »

C’est qu’encroûté dans son confort – si débilitant pour son âme éthérée –, l’homme a oublié ce qu’il a fallu d’efforts et de labeurs à ses ancêtres paysans, accourus dans la ville bien moins épuisante, pour assurer à leurs descendants ces aménités qui maintenant les étouffent. Du coup, la nostalgie des grands espaces et des verts pâturages poussent le citadin en pantacourt et Birkenstock à montrer son museau dans les campagnes, à l’abri de résidences peignées et léchées, afin de humer le bon air et de contempler la nature nourricière.

Illusion, ricane le naturaliste qui sait de quoi il parle, parce que lui regarde la nature avec ses yeux, l’écoute avec ses oreilles, la respire à pleines narines. Selon l’auteur, « le regret du paradis perdu ou de l’âge d’or peut être considéré comme un regret du temps de l’ignorance. C’est l’accession à la vie contemplative qui permet à l’homme de voir et de savoir puis enfin de regretter le temps de l’ignorance ». En somme, l’homme ressemble plutôt à l’ours qui ne se délecte pas de baies sauvages dans la forêt car « il est plus souvent en train de se nourrir sur des tas d’ordures parce que l’accès à la nourriture y est plus facile. Je crains qu’il en soit de même pour l’homme. Il y a l’image d’Épinal de l’habitant de l’histoire, et il y a l’image plus conforme de l’habitant de l’histoire naturelle ».

Le BNB remplacera-t-il le PNB ?

Afin de remédier à ce vague à l’âme de l’homme des villes revenu des aventures idéologiques épuisées du siècle, l’écologie s’offre à lui dans sa pureté virginale. L’écolo 2.0 pourrait voir en le poète Ronsard un mentor moins revêche que Greta Thunberg : assistant à l’abattage d’arbres en forêt de Gastines, le poète supplie le bûcheron : « Arrête un peu le bras, ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force / des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ? » Disons que les pionniers de l’écologie sont « des poètes indignés ne parvenant pas à devenir philosophes », quand ceux de l’Antiquité ne se prenaient pas pour des redresseurs de torts mais pour des défricheurs de l’esprit. Ou encore, horresco referens, Barrès s’exclamant : « Combien de fois, au hasard d’une heureuse et profonde journée, n’avons-nous pas rencontré la lisière d’un bois, un sommet, une source, une simple prairie, qui nous commandaient de faire taire nos pensées et d’écouter plus profond que notre cœur ! Silence ! Les dieux sont ici. » Cette expérience de l’indicible beauté est naturellement celle du naturaliste. Elle fut sans aucun doute celle de pionniers tels John Muir, le père du Yosemite Park, Henry Thoreau, Aldo Leopold, Arne Naess, figures tutélaires de l’écologie. Mais, du moins, reconnaissaient-ils « l’inutilité des vieilles pierres » célébrée comme « celle des paysages, des petites fleurs et des petits oiseaux ». Las, aujourd’hui, notre monde est désenchanté. Est venu le temps des tromblons de la morale : « La beauté est du côté du bien, la laideur du mal », persifle l’auteur à l’encontre des écolos.

A lire aussi: Greta ne sauvera pas la Terre mais votre âme

Retrouver la « pureté » de la terre (on n’ose ajouter « qui, elle, ne ment pas » …). Un écrivain « régionaliste », Émile Guillaumin, qui faillit avoir le Goncourt pour son La Vie d’un simple, en 1904, a su se tenir « à mi-distance entre son étable et sa bibliothèque ». Mais « les seuls qui l’écoutent d’une oreille attentive et qui sont marqués par ses idées et ses écrits sont des intellectuels qui, pour la plupart, vivent à Paris ! Mais, pas un de ceux-là, bien sûr, ne fit jamais honneur à la bêche ! ». Depuis, les engouements ont-ils beaucoup évolué ?

Sur un point, c’est le cas : les consciences tourmentées, nourries de sagesses exotiques et de répulsion à l’égard de « nos racines judéo-chrétiennes », ont inventé un nouveau concept, le BNB (Bonheur national brut) pour balayer les miasmes capitalistes du PNB. Et donc nous voici mis en demeure de « chevaucher un vélo, trier [nos] déchets, prendre des douches plutôt que des bains », etc. Et « marcher et parfois “danser pour le climat” ».

Au bout de cet essai riche, nourri, parfois mordant, et toujours argumenté, Bertrand Alliot balaie nos illusions rédemptrices. Il s’en tient même – ultime nasarde – à la bonne vielle thèse de Gaston Bouthoul : la pression démographique est la véritable cause des guerres de l’humanité comme régulatrices du trop-plein d’hommes sur la planète. L’auteur, qui la redoute, préfère cette thèse « parce qu’elle rompt avec le romantisme ordinaire ».

Les écolos, nos derniers romantiques indécrottables ?

Les «antiracistes» traitent un policier noir de vendu


Lors des évènements houleux de la soirée d’hier autour du Palais de Justice de Paris, notre chroniqueuse a été particulièrement choquée par une image.


Hier à Paris, malgré l’ombre du Covid-19 qui plane encore et l’interdiction de la préfecture, s’est tenue devant le tribunal de Paris, une manifestation de soutien pour Adama Traore, mort lors d’une interpellation à Beaumont-sur-Oise le 24 juillet 2016. Depuis, ses soutiens n’ont eu de cesse de faire passer sa mort pour une bavure policière, sa sœur Assa Traore, la Angela Davis du Val d’Oise, en tête.

Mais en ce 2 juin 2020, quatre ans après, ressuscitée par l’assassinat de Georges Floyd par un policier à Minneapolis le 25 mai dernier, cette affaire prend une dimension nouvelle. L’intention est claire : faire d’Adama le Georges Floyd français.

Les discours séditieux relayés par les médias progressistes

Cette manifestation, largement médiatisée, a réuni 20 000 participants, parmi lesquels des personnalités médiatiques issues de la diversité dont la désormais incontournable Camélia Jordana, Leïla Bekhti ou Aïssa Maïga. Celle-ci s’est d’ailleurs fendue d’un discours belliqueux où elle appelle les membres de sa communauté à « ne pas laisser la France tranquille ». Discours relayé par les medias progressistes, béats d’admiration. Pour le reste ce fut la routine : échauffourées et  lacrimos, – aux cris de « tout le monde déteste la police ».

Cependant nous avons atteint le point culminant de cette manifestation dans un petit incident filmé dans une vidéo qui a circulé ce matin sur les réseaux sociaux : des manifestants, bloqués par un cordon de policiers scandent « Vendu ! » à l’un d’entre eux. Ce policier est noir.

Le regard à la fois triste et apeuré de cet homme m’a bouleversée et mon sang n’a fait qu’un tour.

Ceux qui se sont livrés à ce lynchage verbal sont des décérébrés (je pense que c’est vraiment le mot qui convient), et ils sont assurément plus racistes que Trump, puisque tout le monde nous dit que Trump est raciste ce dont je ne suis finalement pas sûre. En effet, ils assignent ceux qu’ils appellent les « racisés » à résidence, il faut qu’ils correspondent aux clichés bien pratiques de dealers d’herbe, de sans-papiers où d’agitateurs comme Assa Traoré ou Rokhaya Diallo.

En cela ils sont plus racistes que Zemmour, puisqu’il parait qu’il est raciste, ce dont je ne suis finalement pas sûre.

Genou à terre

Mutins de Panurge selon l’expression consacrée, incapables de penser autre chose que la soupe post marxiste et tiédasse que nous servent les media progressistes, à base d’antiracisme dévoyé et de féminisme infantilisant.

Ce phénomène a été très bien analysé par Samuel Fitoussi, rédacteur de l’excellent site La gazette de l’étudiant : « Le plus inquiétant, c’est que ces mécanismes de conformisme sont les mêmes quelle que soit la cause. Qu’il s’agisse d’ordonner à nos amis de rester chez eux, de s’émouvoir face aux feux de forêts en Australie ou de soutenir la liberté d’expression, les phénomènes de mode ébranlent notre esprit critique. Mais c’est une constante dans l’Histoire, les mouvements les plus totalitaires et les plus violents se sont toujours abrités derrière de belles idées ».

L’enfer qui nous attend probablement est pavé de bonnes intentions. Pour le moment, devant le regard triste de ce policier, j’ai envie moi aussi de mettre un genou à terre.

La cuisine russe nourrit la gastronomie française depuis deux siècles


A la fois populaire et aristocratique, la cuisine russe influence notre gastronomie depuis deux siècles. De Menton à Paris, certaines tables perpétuent cette symbiose en revisitant bortsch, pelmenis, caviar d’aubergines et bœuf Stroganoff.


« Je n’aime pas ce bien-pensant vers lequel on avance. Partout, on entend que le bien, c’est nous et que le mal c’est l’autre. Avant c’était Castro, aujourd’hui, c’est Poutine, tout ce qui n’est pas aseptisé. Comme c’est triste. Et comme c’est dangereux », écrit Gérard Depardieu dans son beau petit livre, Monstre.

La réprobation de tout ce qui vient de la Russie chrétienne et anti-occidentale de Poutine ne peut pourtant faire oublier l’apport culturel essentiel de la Russie à la France depuis deux siècles. Tous Français d’origine russe, la comtesse de Ségur, Sacha Guitry, Romain Gary, Joseph Kessel, Maurice Druon, Henri Troyat, Marc Chagall, Chaïm Soutine, Jacques Tati, Lily Laskine, Haroun Tazieff, Laurent Terzieff, Jean Ferrat, Serge Gainsbourg, Michel Polnareff, Marina Vlady, Roger Vadim, Pierre Tchernia, Robert Hossein, Léon Zitrone, Yves Mourousi, Alexandre Adler, Andreï Makine, les frères Bogdanoff… ont chacun contribué au rayonnement de notre pays.

À l’heure de la « cuisine monde », alors que la cuisine russe n’intéresse plus personne, il est bon de rappeler l’influence qu’elle a exercée sur la cuisine française et qu’elle peut constituer à une alimentation plus saine et plus conviviale.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Cette génération qui twitte au restaurant

Une découverte gastronomique

Souvenons-nous ! Après Waterloo, les cuisiniers français les plus renommés étaient partis en Russie pour diriger les cuisines impériales et celles de l’aristocratie russe. Le plus célèbre d’entre eux, Antonin Carême (1784-1833), surnommé le « cuisinier des rois et le roi des cuisiniers », fut ainsi recruté par le tsar Alexandre Ier. D’autres à sa suite ouvrirent des restaurants à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Partis en ambassadeurs de la haute cuisine française, qui était en train de s’ériger en système, avec ses codes, ses recettes et ses techniques, ces chefs n’éprouvèrent au début que peu d’estime pour la cuisine russe, que l’ogre Alexandre Dumas n’hésite pas à tourner en dérision dans son Grand Dictionnaire de cuisine, en évoquant « la cuisine d’Ivan le Terrible ou la cuisine terrible d’Ivan »

Peu à peu, toutefois, ils s’adaptent au goût de leurs employeurs, russifient leurs recettes, découvrent des produits et des mets. Mais ce qui les fascine le plus, et qu’ils vont immédiatement rapatrier en France, après leur séjour, c’est… le service à la russe ! Ce service dit « à l’assiette » représentait en effet une innovation majeure dans le domaine culinaire. Le « service à la française », qui s’était jusqu’alors imposé sur les grandes tables européennes depuis Louis XIV, consistait à disposer harmonieusement au centre de la table (face au roi) un ensemble de mets, ce qui était très peu pratique et très frustrant pour les convives situés aux extrémités de la table… Le service à la russe, lui, offrait l’avantage de servir les plats individuellement, les uns après les autres, encore chauds, par des majordomes ou sur un guéridon : il est aujourd’hui le standard universel dans les restaurants !

À partir de 1860, Alphonse Petit, chef des cuisines du comte Panine, rédige un ouvrage intitulé La Gastronomie en Russie pour aider ses collègues français à pratiquer leur art en Russie. Il espère que l’essor des chemins de fer russes lui permettra de disposer des produits qui lui manquent. Il décrit aussi avec soin les plats russes dont il imagine qu’on pourrait les franciser afin de les rendre acceptables pour nos palais délicats…

Une fusion gastronomique réussie

Ce sera bientôt chose faite à Paris, avec le grand chef Urbain Dubois (1818-1901) qui recense et célèbre les mets russes appelés à devenir des piliers de la cuisine française, comme le caviar sauvage (disparu de nos jours, hélas…) qu’il présente comme un produit très sain, qu’il convient de servir avec des cuillères en ivoire sur de tendres blinis tièdes. Mais aussi l’agneau pascal au beurre, le blanc-manger à la russe, le bortsch, la carpe à la russe, le kacha, les zakouskis et le bœuf « à la Stroganoff » (inventé par un cuisinier français, André Dupont, quand il était au service du comte Alexandre Grigorievitch Stroganov).

Ainsi assiste-t-on entre nos deux pays à un véritable processus de transformation et d’acculturation des recettes et des plats. Les cuisiniers français étaient partis en Russie avec une certaine arrogance, convaincus d’apporter aux Cosaques mangeurs de soupe aux choux le summum du raffinement culinaire (ainsi que Tolstoï nous le raconte avec férocité au début d’Anna Karénine). De retour en France plusieurs années après, ils font connaître les joyaux de la cuisine russe populaire et aristocratique au Tout-Paris…

Dans la France de la IIIe République, la russomania est à son paroxysme : Jules Verne publie Michel Strogoff (1876), on célèbre l’alliance franco-russe pour faire la nique à Guillaume II (1892), on va au théâtre du Châtelet applaudir les Ballets russes (1909). Manger russe est devenu un snobisme : on réclame à corps et à cris des anguilles fumées, des petits pâtés d’esturgeon, de la salade russe (la fameuse macédoine de légumes à la mayonnaise) et du koulibiac au saumon ! On adopte les filets de volaille « à la Kiev », les légumes « à la Demidoff », la poularde « à la Neva », le veau « à la Orloff » et le pigeon « à la Pojarski »… Côté desserts, Sarah Bernhardt ne jure plus que par la purée de marrons « à la Nesselrode » (avec de la crème anglaise vanillée, parfumée au marasquin et terminée avec de la crème fouettée et des raisins secs). Dans À la recherche du temps perdu, la mère Verdurin régale ses hôtes de « charlotte à la russe » et de fraises « à la Romanoff » (macérées au curaçao, dressées en coupe et recouvertes de crème chantilly). À partir des années 1930, les plats russes se sont tellement intégrés au paysage gastronomique français qu’ils représentent 25 % des plats d’origine étrangère dans les livres de cuisine les plus populaires, comme l’immortel Véritable cuisine de famille de Tante Marie…

Il est tout de même étrange et même fâcheux que cette synergie civilisationnelle réussie soit si peu connue.

Entre Kremlin et côte d’Azur

À Menton, le chef Jérôme Rigaud (né en 1975) a créé l’an dernier l’un des meilleurs bistrots de la Côte d’Azur : JR Bistronomie. Ce brillant cuisinier, formé par Joël Robuchon et Michel Troigros, y propose des plats russes traditionnels qu’il prépare avec beaucoup de soin et d’élégance, comme le bortsch, le bœuf Stroganoff et un koulibiac d’anthologie qu’il faut déguster avec un vin blanc sec et intense du Bellet, le vignoble de Nice tout proche. Le koulibiac, que les Français d’origine russe mettent un point d’honneur à fabriquer chaque année lors des grandes occasions, est un délicieux pâté chaud, fait avec une pâte briochée, farcie au saumon frais, aux champignons, au kacha (gruau de sarrasin), à l’oignon, aux œufs durs, à l’aneth, le tout parfumé au bouillon de légumes, et nourri au beurre fondu, avec une pointe de citron.

Pour soigner la gueule de bois les Russes servent du thé noir infusé dans du lait bouillant, avec du beurre et du sel

Jérôme Rigaud est un cas. En 2004, il part vivre en Russie, où il apprend le russe et rencontre sa femme, Tatiana… En 2008, il est recruté par le Kremlin pour diriger les banquets présidés par Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine. Toujours soumis au secret d’État, il ne peut nous dire ce qu’aiment manger et boire ses prestigieux employeurs, si ce n’est que Medvedev aime plutôt le poisson aigre-doux, et Poutine la viande… « Des docteurs de l’armée testaient tous mes produits en laboratoire. Quand ils m’avaient donné l’autorisation, je faisais la mise en place de la table du président, dans une cuisine séparée, sous le regard d’un médecin et d’un militaire. » Jusqu’en 2012, il confectionnera plusieurs dizaines de banquets pour 1 500 ou 2 000 personnes.

Toute une culture

Sur le sujet, il est intarissable : « La Russie est un pays froid. Sa cuisine tient au corps… Ce que j’aime, c’est sa dimension humaine et conviviale. Les Russes restent des heures à table, plus longtemps que les Français, on est vraiment dans le partage ! J’adore les soupes russes, servies à chaque repas, et qui font souvent office de plat principal : elles sont riches et savoureuses avec du bouillon, des boulettes, des pâtes et du poisson. On boit la vodka au début, et on enchaîne sur la bière et le vin. J’aime les pelminis, qui sont des raviolis typiquement russes nappés de crèmes acidulées, et les pirojkis qui sont des petits chaussons pliés d’une certaine façon, farcis aux légumes, à la viande ou au saumon. Les Russes ont gardé en mémoire les souvenirs des famines du XXe siècle, c’est pourquoi ils ne jettent jamais le pain : qu’il soit blanc ou noir, le pain est sacré. L’après-midi, on sert le thé avec des pirojkis très légers farcis aux champignons, au saumon ou à la pomme de terre. La vie sans thé est impossible : c’est l’occasion d’évoquer le sens de la vie, la datcha et le chant du rossignol, comme dans les pièces de Tchekhov. Pour soigner la gueule de bois, on sert le thé à la kalmouk, du thé noir infusé dans du lait bouillant, avec du beurre et du sel. Mais comme dit le proverbe : “Le thé, c’est pas comme la vodka, on ne peut pas en boire beaucoup !”… Pour moi, les chefs russes actuels ont atteint un niveau technique remarquable : s’ils venaient en France, ils auraient une ou deux étoiles Michelin sans difficulté. » Il s’agit donc de savoir justement pourquoi ils ne viennent pas et pourquoi on doit se contenter à leur place d’adresses folkloriques plutôt moyennes… La cuisine russe reste à découvrir !

Pirojkis farcis au chou et aux anchois, par le moine cuisinier Frère Jean, grand expert de la cuisine russe, dans son monastère des Cévennes (Skite Sainte Foy) où tout le gratin de la culture va se confiner volontairement et dont le partage des repas est une expérience mémorable... © Frère Jean
Pirojkis farcis au chou et aux anchois, par le moine cuisinier Frère Jean, grand expert de la cuisine russe, dans son monastère des Cévennes (Skite Sainte Foy) où tout le gratin de la culture va se confiner volontairement et dont le partage des repas est une expérience mémorable…
© Frère Jean

En attendant, je vous recommande La Cantine des tsars, près des Halles, à Paris. Elisa Petrossian, sa fondatrice, est une Arménienne de Russie qui s’est spécialisée dans les pelmenis : « C’est le plat le plus populaire de toute la Russie ! Ces raviolis proviennent de Sibérie où on les fabrique depuis le xiie siècle. Pour faire des bons pelmenis, j’ai dû tester des dizaines de farines de blé françaises, la plupart étaient infectes ! J’ai fini par en trouver une merveilleuse, produite par un fermier, Rémy Seingier, à Lumigny, en Seine-et-Marne. Mes pelmenis sont farcis à la viande de porc. Même chose : j’ai passé des mois à chercher un bon porc, et je l’ai trouvé, chez un petit éleveur, Jean-Luc Fisher, à Marles-en-Brie. » Le problème de La Cantine des tsars, c’est que les gens s’y sentent tellement bien qu’ils y restent trois heures, alors que le concept était de faire une cantine rapide… « Je ne peux pas les mettre dehors tout de même ! » Ici, pour 20 euros sans les boissons, on peut très bien manger en prenant une entrée, un plat et un dessert. Le caviar d’aubergine et le bortsch sont succulents. Les pelmenis sont fabriqués chaque jour, comme en Sibérie, à la main. « Sauf qu’en Russie, on les aime avec beaucoup de bouillon, d’où l’usage de la cuillère. » À l’apéritif, Elise propose un verre de kvass, qui est une boisson sans alcool à base de pain noir fermenté, mais rien ne vaut une bonne vodka glacée Tsarskaya de Saint-Pétersbourg ! Au mur trône le portrait de Nicolas II. Des chants populaires des années 1960 sont diffusés en permanence. Au dessert, la patronne propose un fromage blanc de campagne à la confiture de framboises maison et un medovik, un gâteau au miel et aux noix. Une bonne cantine pour tous les jours.

JR Bistronomie

11, rue Trenca, 06500 Menton

Tél. : 04 93 18 14 51

La Cantine des tsars

21, rue du Roule, 75001 Paris

Tél. : 09 82 44 48 48
Pour faire leurs courses, les Russes d’Île-de-France vont à l’épicerie Datcha, à Nogent-sur-Marne, qui leur offre toutes les merveilles de la vieille Russie.

48, rue Paul-Bert, 94130 Nogent-sur-Marne

Tél. : 07 53 06 02 46

Manifestation des sans-papiers: veut-on nier le peuple?


On a laissé des migrants illégaux manifester en plein Paris par milliers, malgré l’interdiction.


Samedi 30 mai, des milliers de sans-papiers ont défilé dans les rues de Paris pour demander leur régularisation. Non ! Cette formulation trop pudique est un mensonge. Il faut dire les choses autrement.

Samedi 30 mai, une foule étrangère présente au mépris de nos lois sur notre sol a organisé une démonstration de force dans notre capitale pour imposer ses exigences à la République, contre la volonté du peuple souverain – car nous savons tous qu’un référendum qui demanderait s’il faut les expulser ou les régulariser aboutirait à leur expulsion. Avec la complicité des associations habituelles, mais aussi des pouvoirs publics qui ont laissé faire, alors même que pour les Français les rassemblements de plus de 10 personnes sont toujours interdits. Passivité coupable !

Nos émeutes raciales à nous

Où étaient donc les rodomontades du préfet Lallement ? À quoi peut bien penser le gouvernement, alors qu’il donne de notre pays une telle image de pusillanimité et de faiblesse ? Tous les jours, nous voyons tourner en boucle sur les réseaux des images des États-Unis en flammes à cause des violences raciales, produit de l’instrumentalisation d’une réalité beaucoup plus complexe qu’on ne veut bien le dire, et preuve de l’échec absolu du multiculturalisme. Tous les jours, nous entendons des semeurs de haine tenter d’importer ici les mêmes conflits, en niant les plus élémentaires réalités historiques : alors qu’aux États-Unis les Noirs n’ont véritablement pu exercer le droit de vote qu’à partir de 1965, à cette date en France le deuxième personnage de l’État était Noir, et nous avions, nous, un député Noir dès 1793. La pression migratoire n’a jamais été aussi forte, faut-il rappeler les foules envoyées il y a quelques semaines par Erdogan prendre d’assaut les frontières de la Grèce ? Faut-il rappeler les milliards d’euros versés par la France à des étrangers au titre de multiples aides, alors qu’elle endette jusqu’à nos petits-enfants pour tenter de relancer l’économie, qu’elle manque d’argent pour les hôpitaux, pour les écoles, pour les infrastructures, pour ses propres citoyens – et je précise, au cas où certains ne le comprendraient pas d’eux-mêmes, pour ses propres citoyens quelles que soient leurs origines.

A lire aussi: Le monde (en noir et blanc) de Sophie

Voilà le terrible contexte dans lequel le gouvernement a choisi de laisser se dérouler cette manifestation, pourtant officiellement interdite. Il fallait apaiser les tensions, me dira-t-on. Terreur de la bavure, de l’impact d’images de policiers employant la force. Mauvaise excuse ! Une telle démonstration de faiblesse ne saurait être une solution. Elle ne peut qu’inciter toujours plus de migrants à venir s’imposer en France, et persuader un peu plus les Français qu’ils ne peuvent pas compter sur les pouvoirs publics pour défendre l’un de leurs droits les plus fondamentaux, pourtant réaffirmé dans tous les traités internationaux : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Régulariser avec discernement

Voudrait-on nier jusqu’à l’existence d’un peuple français disposant de droits, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Cela revient à nier la France, réduite à un simple territoire, et cela revient à nier la démocratie et la République, puisqu’elles reposent sur l’affirmation fondamentale et fondatrice que le peuple est souverain, ce qui suppose un peuple.

Est-ce à dire que ce peuple serait figé, immuable, incapable d’accueillir en son sein des gens qui n’y seraient pas nés ? Bien sûr que non ! Mais, souverain, il accueille par sa propre volonté, et non parce qu’on le lui impose. Il accueille et il évolue, mais il ne s’efface pas. Cela veut dire n’accueillir que ceux qui veulent authentiquement faire partie de lui, et certainement pas ceux qui voudraient s’imposer comme des rivaux, voire des ennemis, sur son propre sol. N’accueillir que ceux qui respectent ses lois, sa culture, son histoire, et cet indéfinissable quelque chose que l’on appelle son art de vivre. Il y a assez d’exemples de nos concitoyens d’origine étrangère qui démontrent leur amour de la France et qui font la fierté de notre Nation pour que l’on sache que c’est possible ! Et il y a hélas assez d’exemples de ceux qui crachent ouvertement sur la France et menacent ses principes les plus fondamentaux pour que l’on sache que ce n’est pas systématique, et que le discernement est un devoir.

Bien sûr, le sujet des sans-papiers et plus généralement de l’immigration est complexe. Bien sûr, derrière les généralités il y a des situations humaines parfois dramatiques. Mais il y en a aussi chez les Français qui subissent les conséquences de cette immigration. Il y en a aussi chez tous ceux qui sont nés étrangers mais vivent légalement dans notre pays, et le respectent assez pour se plier à ses règles. Je pense en particulier aux demandeurs d’asile qui ont l’honnêteté de se faire connaître, et patientent alors qu’ils subissent l’angoisse d’une attente interminable due à des délais administratifs indécents. Mais de ceux-là, on parle beaucoup moins.

La France n’appartient pas à tout le monde

Redisons donc simplement des choses simples : dans leur écrasante majorité, les migrants ne sont pas des réfugiés, et ni le droit ni l’éthique ne nous interdisent de faire la différence. Il y aurait un égoïsme inhumain à refuser de partager ce qui reste de notre prospérité, mais il serait suicidaire de prétendre prendre à notre charge toute la misère du monde. Enfin, ce serait une incroyable arrogance de traiter d’autres peuples comme des enfants incapables de se prendre en main dans les pays qui sont les leurs. Pays où ils ont un droit absolu à la liberté et à la dignité de la souveraineté, mais aussi un devoir absolu d’en assumer les responsabilités.

A lire aussi, du même auteur: Crise de l’autorité, un péril inquiétant

N’oublions pas non plus une particularité française, qu’il serait d’ailleurs grand temps de repenser : le droit du sol fait que ce n’est pas seulement sur ce que nous avons que ces migrants exigent des droits, mais sur notre citoyenneté, donc sur le choix de ce que nous deviendrons, sur les libertés dont bénéficieront – ou non – nos enfants.

Douglas Murray le résume par une question fondamentale : pourquoi l’Europe serait-elle le seul endroit au monde qui appartiendrait à tout le monde ? Et j’ajoute : pourquoi l’Europe serait-elle réduite à n’être qu’un endroit, qu’un lieu, dont les citoyens seraient relégués au rang de simples résidents, au mépris de sa civilisation, des peuples qui l’ont faite, et au mépris de ceux qui veulent loyalement se joindre à eux dans l’amour de cette civilisation et qui la voient aujourd’hui se déliter ?

Face à ces enjeux fondamentaux, le gouvernement a fait le choix d’une fracassante démonstration d’impuissance. Faible avec les forts, fort avec les faibles, la devise du lâche. De quoi pousser tous ceux qui aiment la France à perdre confiance en l’état de droit, donc tôt ou tard à « reprendre les choses en main » hors de tout cadre institutionnel. Et nous savons tous ce que cela signifie, et les risques terribles que cela comporte.

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

Price: ---

0 used & new available from

Le monde (en noir et blanc) de Sophie

0

L’antiracisme, c’était mieux avant! Ou du moins, c’était plus facile à expliquer. Dans les émeutes américaines (Black Lives Matter) comme dans la manifestation parisienne d’hier (“Justice pour Adama”), nous observons un antiracisme dévoyé qui entend substituer a l’universalité du message antiraciste des rapports de domination entre groupes raciaux qu’il faudrait inverser…


– Dis-moi Papa…

– Oui ma puce.

– Tu as vu ce que le policier a fait à l’homme noir aux États-Unis ?

– Oui, c’est abject.

– Il paraît que la police là-bas est raciste ?

– Il y a en effet un racisme systémique aux Etats-Unis.

– Papa, ça veut dire quoi cystite ?

– Systémique pas cystite ! Cela signifie qu’il y a un racisme endémique au sein de la pol… euh, bon, ça veut dire qu’il y a un vrai problème de racisme dans la police américaine si tu préfères.

– Mais papa, il paraît qu’il y a deux fois plus de Blancs que de Noirs tués chaque année par les policiers aux Etats-Unis.

– Tu ne peux pas comparer. Il n’y a que 13 % d’Afro-Américains aux Etats-Unis contre 63 % de Blancs non hispaniques. C’est mathématique, les Blancs sont en proportion presque cinq fois plus nombreux là-bas. 

– C’est compliqué le racisme papa, il faut sortir sa calculatrice.

– Il faut lutter contre le racisme tu sais, c’est le mal absolu. On a massacré des millions de gens dans notre histoire à cause du racisme.

– Il paraît aussi que là-bas, en 2018, il y a deux fois plus de Noirs qui ont tué des Blancs que de Blancs qui ont tué des Noirs. Cela veut dire que les Noirs sont deux fois plus méchants, ou deux fois plus racistes que les Blancs ?

– Cela n’a rien à voir…

– Mais là aussi c’est mathématique pourtant papa !

– Non… mais… euh… d’abord, ou est-ce que tu as entendu ça ?

– C’est une journaliste américaine, Candace Owens, qui l’a dit…

– Elle est blanche ?

– Non, noire.

– Ah… Tu as fait tes devoirs sinon ?

– Oui papa. Tu as vu les images des émeutes aux Etats-Unis, ou encore à la télé l’autre soir en France, pour Adama Traoré, ça fait peur. Les gens, ils sont très violents…

– Oui, ce n’est pas bien du tout. Mais tu sais, il faut le comprendre aussi, les Noirs et pas seulement eux d’ailleurs ont été extrêmement choqués par ce qui s’est passé. Ils ne supportent plus le racisme dans la police.

– Cela veut dire qu’après chaque attentat islamiste chez nous, tu comprendrais si les gens s’en prenaient aux mosquées et…

– Surtout pas ! Il ne faut pas faire l’amalgame et stigmatiser toute la population musulmane, qui n’a rien à voir avec ça.

– Je ne comprends pas.

– Qu’est ce que tu ne comprends pas ?

– Quand un policier blanc tue un Noir, tu me dis qu’il y a du racisme dans la police et quand un musulman tue des gens en criant « Allah akbar », tu me dis à chaque fois que ça n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire l’anagramme et synthétiser les musulmans.

– Il ne faut pas faire l’amalgame et stigmatiser je t’ai dit. Mais là encore, ce n’est pas comparable. La police a le monopole de la violence légitime, elle se doit d’être irréprochable. C’est extrêmement grave ce qui s’est produit à Minneapolis…

– Un policier qui tue un délinquant noir c’est plus grave qu’un islamiste qui tue volontairement une vieille dame ou des enfants juifs ?

– Évidemment que non, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit !

– Mais alors pourquoi dans un cas il ne faut surtout pas faire l’Amsterdam et la stérilisation et dans l’autre cas, on peut… ?

– L’amalgame et la stigmatisation ! Écoute Sophie, il vaut mieux qu’on parle d’autre chose, hein.

– Oh non, tu vas encore me parler de Formule 1, pfuuuhhh….

– Et pourquoi pas, c’est cool la Formule 1 non ?!

– Il y a ton pilote préféré, Lewis Hamilton, qui vient de déclarer que la Formule 1 est dominée par les Blancs.

– Il a raison, il faut que ça change, le monde doit évoluer et combattre ce type d’injustice.

– Il faudrait donc aussi que le basket et la course à pied ne soient plus dominés par les Noirs ou encore qu’il y ait moins de Noirs en équipe de France de football ?

– Euh… il faut que tu comprennes. Historiquement, les Noirs ont été victimes de l’esclavage et aussi, tout comme nos amis arabes, de la colonisation et du coup…

– Il n’y a que les Noirs qui ont été victimes de l’esclavage et de la colonisation ?

– Non. Mais lors des derniers siècles, ce sont eux qui…

– Ma maîtresse, elle nous a dit que Charles Martel avait arrêté les Arabes à Poitiers en 732 et que l’Espagne avait été colonisée par les musulmans pendant huit siècles…

– Sophie, tu m’enquiquines, va te laver les dents !

– C’est déjà fait papa.

– Tu as téléphoné à mémé pour lui fêter son anniversaire ?

– Mais papa… mémé est morte.

– Ah oui, c’est vrai.

– Papa, j’ai une dernière question.

– Mouais…

– A la télé, ils nous ont montré les images de l’agonie de l’homme tué par le policier. Mais pour l’attentat du Bataclan, on ne nous a pas montrés les images de la vidéosurveillance…

– Parce que les images de l’attentat étaient particulièrement choquantes et qu’il ne faut pas faire de la pub aux terroristes.

– Mais là aussi les images sont choquantes et on fait de la pub aux racistes !

– Ce n’est pas pareil. On montre aux gens les méfaits du racisme.

– Et pourquoi à la télé ou dans les journaux, ils ont souvent montré la photo du petit Syrien mort sur la plage et jamais la photo des enfants juifs assassinés dans l’école, à Toulouse ?

– Bon Sophie…

– Au fait papa, c’est quoi la différence entre un raciste et un antiraciste ? Parce que dans les deux cas, ils ne voient que la couleur de la peau des gens au lieu de voir les gens eux-mêmes, non ?

– Tu ne peux pas comparer. Dans un cas, c’est une horreur, dans l’autre ça part d’un bon sentiment.

– Un peu comme la différence entre le communisme et le fascisme ? Dans un cas, ça part d’un bon sentiment, dans l’autre c’est une horreur, mais dans les deux cas ça ne donne rien de très bon…

– Écoute, ça commence à bien faire Sophie, va au lit maintenant !

– Mais… il n’est que 19h28.

– Je ne veux pas le savoir. Bonne nuit !

– Papa, je peux écouter la radio au moins. Parce que je vais mettre du temps à m’endormir là…

– Oui, mais uniquement Radio France alors.

– Une fois, je suis tombé par hasard sur France Culture. Je n’ai pas compris grand-chose, mais j’ai entendu un vieux monsieur qui a dit : un Arabe qui incendie une école, c’est une révolte, un Blanc c’est du fascisme.

– Euh… tu n’as qu’à lire Tintin alors. Mais pas Tintin au Congo hein !

– De toute façon tu l’as jeté à la poubelle.

– Allez, bonne nuit ma puce.

– Au fait papa. Doit-on dire un Noir on un homme de couleur ? Parce que tout ceci n’est pas clair. *

* Serge Gainsbourg

Heurts à la fin de la manifestation au Palais de justice de Paris

Hier soir, dans le quartier de la Porte de Clichy, la manifestation parisienne (non autorisée) s’est terminée par des affrontements entre forces de l’ordre et certains délinquants ayant répondu à l’appel du collectif “Justice pour Adama Traoré”. 

Parmi les 20 000 personnes présentes, on signale aussi la présence de deux personnages bien connus de nos lecteurs: la chanteuse Camélia Jordana et le cinéaste Ladj Ly. 

La première avait récemment brillé en déclarant à la télévision que “des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue […] se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau” par la police française. Le second a connu un important succès avec son film “Les Misérables” qui dénonce les violences policières, après avoir caché au public un lourd passé judiciaire (condamnation à de la prison pour complicité d’enlèvement et séquestration, dans le cadre d’une obscure affaire d’expédition punitive). On ne doute pas que s’il était encore de ce monde, Martin Luther King bénirait malgré tout ses deux successeurs. Mais peut-être suggérerait-il aussi à la chanteuse d’éviter de faire sa promotion sur une mort tragique, et au réalisateur de commencer par faire amende honorable quant à son passé, avant que de ne faire des reproches à son prochain…

La rédaction

Après les mandarins de la santé, voici les mandarins de l’économie


Au moment où s’annonce une crise économique aiguë à la suite d’une épouvantable crise sanitaire, de nombreuses questions se posent sur la capacité de l’État à y faire face. Vite, un comité Théodule !


La maladie française des comités Théodule et des commissions machin chose continue de faire des ravages. Après les deux comités de « médecins » puis d’« experts » médicaux, le « conseil scientifique » et le « comité analyse recherche et expertise » (CARE) qu’il avait constitués à l’Élysée, Emmanuel Macron vient de créer un comité d’économistes cette fois, composé de 26 membres, lequel vient s’ajouter au comité économique de Bruno Le Maire et ses 22 membres en place depuis le début de la crise du coronavirus. Mais pour Macron, face à Le Maire, l’honneur est sauf : c’est lui qui a la plus grosse équipe et qui mène au score 26 à 22 !

Après le temps du médical qui touche à sa fin, même si l’on n’a pas encore trouvé le vaccin miracle contre le coronavirus, voici venu le temps de l’économie. Après les mandarins scientifiques, voici maintenant les mandarins économiques. Macron voulait « réparer » le France mais, depuis son élection, il n’a fait que l’enfoncer un peu plus dans ses erreurs et ses travers. Résultat : l’état lamentable du pays, usé jusqu’à l’os par les grèves de 2017, les gilets jaunes de l’hiver 2018-2019 et les grèves dures de l’an dernier (réforme des retraites), un pays déjà à moitié ruiné par ses dépenses excessives et ses dettes, et donc dans l’incapacité de supporter, après trois mois d’horreurs médicales et de traumatisme profond, un effondrement économique tel qu’on n’en avait jamais connu.

Incroyables énarques qui veulent refaire le monde depuis leurs tours d’ivoire de l’Élysée et de Bercy sur le dos des entrepreneurs, seuls en mesure de créer les richesses dont tous les pays du monde ont besoin pour faire fonctionner leur économie

L’enfer du secteur privé

Le président français a donc décidé de prendre le taureau par les cornes et de chercher autour de lui les meilleurs conseils pour remettre en marche le moteur économique de la France, mais pas seulement. N’écoutant que son courage et son ambition, en tant qu’homme d’État qui voit loin, le regard fixé sur la ligne bleue de l’horizon, il veut proposer des réflexions et des réformes « avec des perspectives pas seulement françaises mais aussi européennes et internationales ». C’est ainsi que cette nouvelle commission d’économistes travaillera principalement sur trois grands thèmes : le climat, les inégalités et la démographie, dans le but de « rendre les politiques économiques plus efficaces ».

A lire aussi: L’économie de la santé existe, le coronavirus l’a rencontrée

Mais alors, que devient la France dans tout cela, une maison très ancienne dont il faudrait d’urgence consolider les fondations complètement moisies, réformer tous les étages de bas en haut et refaire la toiture qui fuit de partout ? Chaque chose en son temps, semble nous dire le président. « Il s’agit d’une réflexion plus large que celle d’un simple plan de relance », d’après l’Élysée. Ah bon ! Alors, si la France n’a besoin que d’un « simple plan de relance », les choses ne vont peut-être pas si mal, après tout ? Qui peut croire ce genre de balivernes alors que tout le secteur privé vit actuellement un enfer dans un tunnel dont il ne voit pas le bout ?

Quelques millions de commerçants et d’indépendants, d’artisans, d’entrepreneurs et de professions libérales, employant des millions de salariés, se demandent s’ils seront encore économiquement vivants en fin d’année, et les hauts fonctionnaires qui nous gouvernent depuis plus de quarante ans et qui conseillent l’actuel président n’ont rien de mieux à nous proposer qu’une commission supplémentaire qui va travailler sur le climat, les inégalités et la démographie ? Parfois, on croit rêver…

Des keynésiens convaincus et obtus

Alors, cette commission ? Voyons voir… Les deux animateurs et rapporteurs seront deux Français, Jean Tirole, Nobel d’économie en 2014, et Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI. Ils devront rendre leur rapport à la fin de l’année, c’est-à-dire, assez curieusement, après que les décisions de relance les plus urgentes aux niveaux français et européens auront été prises. Cette commission Tirole-Blanchard comporte huit Français, huit Européens et huit Américains, ce qui fait sérieux. On y trouve d’abord des prix Nobel, Peter Diamond et Paul Krugman en plus de Jean Tirole, des pointures américaines, Nicholas Stern, ancien vice-président de la Banque mondiale, et Laura Tyson, ancienne conseillère économique de Bill Clinton. Et bien sûr des Français, Philippe Aghion, professeur au Collège de France et ancien conseiller de Hollande puis de Macron, Daniel Cohen, professeur à Normale Sup et conseiller de Martine Aubry puis de Hollande, Jean Pisani-Ferry qui, lui, a murmuré à l’oreille de Dominique Strauss-Kahn, Lionel Jospin et François Hollande, puis a coécrit le programme économique d’Emmanuel Macron, ces derniers positionnés dans la grande tradition socialiste des keynésiens convaincus et obtus.

A lire aussi: Hélicoptère monétaire: gare à l’atterrissage!

S’ajoutent à cet aréopage quelques Françaises remarquables telles que Laurence Boone, ex-conseillère économique de Hollande, actuellement chef économiste de l’OCDE, ou Stefanie Stantchova, qui est titulaire d’une chaire d’économie à Harvard, l’ENA américain. En revanche, ce sera sans Esther Duflo, lauréate du dernier Nobel d’économie, qui se consacre à l’étude de la pauvreté dans le monde et qui réclame un peu trop vivement la remise en route de l’ISF. Au total, donc, 26 économistes de classe internationale qui vont plancher sur le climat, les inégalités et la démographie. Après tout, pourquoi pas ? On ne voit toujours pas l’intérêt, mais on n’a pas la même longue-vue que le président et ça ne peut pas être pire que les mandarins précédents qui avaient doctement préconisé du Doliprane dès l’apparition des premiers symptômes de la maladie…

Un match avec Sarkozy?

Dans un genre voisin, Nicolas Sarkozy avait eu l’idée déjà de créer en 2008 une commission de distingués économistes, intitulée « commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social » et composée de 17 membres et 8 rapporteurs dont 5 Nobel, soit 25 membres. Là également pour Macron l’honneur est sauf : il mène 26 à 25 ! En pleine crise mondiale, cette commission dite commission Stiglitz, du nom de son président Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, avait rendu son rapport en septembre 2009, un remarquable rapport paraît-il, bien rangé depuis dans une armoire des Archives nationales, auquel aucune suite n’a jamais été donnée comme pour des centaines d’autres rapports du même tonneau.

A lire ensuite: La technocratie, les médecins et les politiques

Il y en a un qui doit plutôt rire sous cape en ce moment, c’est Bruno Le Maire. Lui qui était déjà ministre en 2009 (Agriculture) et qui déclarait dernièrement vouloir « réinventer le capitalisme », a monté sa commission d’économistes à Bercy depuis de nombreuses semaines. Avec ses 22 membres qu’il consulte chaque semaine, il a réuni une brochette de spécialistes dans laquelle on retrouve d’ailleurs quelques membres de la commission Tirole-Blanchard, comme Laurence Boone, Jean Pisani-Ferry, Philippe Aghion ou Daniel Cohen. Bruno Le Maire, qui voit très loin, presqu’aussi loin que Macron comme il sied à un collaborateur zélé, n’a pas hésité à déclarer récemment : « Nous avons une occasion unique de repenser le modèle économique français. […] Pour la première fois depuis des décennies, parce que notre économie est à l’arrêt, nous pouvons et nous devons réfléchir à ce à quoi sert notre économie… »

Pas un seul « expert » du privé!

Incroyables énarques qui veulent refaire le monde depuis leurs tours d’ivoire de l’Élysée et de Bercy sur le dos des entrepreneurs, seuls en mesure de créer les richesses dont tous les pays du monde ont besoin pour faire fonctionner leur économie. Or, dans ces prestigieuses commissions de Macron et de Le Maire, on ne trouve pas un seul conseiller, pas un seul « expert » qui connaisse la pratique économique, qui ait travaillé dans une entreprise le temps de se rendre compte des vrais problèmes de l’économie française, a fortiori qui ait dirigé une PME familiale, une ETI ou une multinationale cotée en Bourse. Pas un seul ! Mais ils veulent donner de la consistance à leurs rêves utopistes tout en donnant des leçons de gestion aux entrepreneurs français qui sont les plus suradministrés et les plus taxés du monde. Hélas, trois fois hélas, il n’y a pas et il n’y aura jamais de vaccin contre l’incompétence, l’arrogance et la démagogie.

Économie du bien commun: Édition augmentée

Price: ---

0 used & new available from

Obamagate…

0

Les accusations d’ingérence russe portées contre Donald Trump se sont révélées fausses et volontairement manipulées. Un autre dossier agite le monde américain: celui de l’implication supposée de Barack Obama et de Joe Biden dans la déstabilisation de l’administration Trump. De nombreux documents déclassifiés permettent de mieux comprendre le déroulé des opérations, sans qu’il soit possible, au vu des éléments aujourd’hui certains, de distinguer encore clairement les responsabilités des uns et des autres.


La question de « l’Obamagate » (ainsi nommée par ses adversaires) secoue l’Amérique à six mois des élections présidentielles. Pour essayer de faire le point sur ces accusations complexes et ces imbroglios juridiques et médiatiques, nous publions un texte de Michael Hickman, docteur en philosophie politique et professeur à la University of Mary qui fait le point sur ce dossier et montre ce qui est certain et ce qui relève du complotisme et de l’imagination.

Les accusations persistantes de malversations portées par des responsables de l’administration Obama contre la campagne et la présidence de Trump n’ont jamais été traitées sérieusement dans la presse « grand public », malgré les preuves de plus en plus nombreuses. Cette situation est en partie due au fait que les médias américains sont largement contrôlés par les alliés des démocrates. Elle est également due à la complexité et à l’obscurité des questions sous-jacentes. Même les Américains éduqués et informés ont du mal à saisir le cadre juridique, les subtilités institutionnelles et la dynamique politique en jeu.

Récemment, cependant, en baptisant l’ensemble de ces méfaits « Obamagate », Donald Trump a porté la question à un niveau personnel, avec pour effet que les enjeux sont si élevés qu’au moins l’accusation de méfaits est entrée dans le débat public. Les opposants au président rejettent généralement l’Obamagate comme une simple « théorie de conspiration », destinée à rallier sa base pour les prochaines élections et peut-être à détourner l’attention de ce qui, selon eux, est une gestion incompétente de la crise du Covid-19. Pourtant, les preuves des méfaits de l’administration Obama, qui s’accélèrent du fait de la déclassification des documents et des nombreuses enquêtes, rendent ces dénégations moins crédibles, voire plus véhémentes. Il en résulte une sorte de fracture dans la politique américaine où les hommes politiques et de nombreux citoyens vivent dans des « réalités politiques » de plus en plus éloignées.

Cet article tentera d’éclairer le phénomène de l’Obamagate en expliquant le contexte dans lequel il doit être compris, ainsi qu’un bref résumé de ses principales composantes. De nombreuses accusations d’actes répréhensibles qui relèvent de l’Obamagate ont un fondement probatoire mais sont contestées ou font l’objet de diverses interprétations. Dans ce qui suit, j’ai tenté de n’inclure que des faits bien établis et des déductions directes, en évitant de nombreuses possibilités réelles qui restent cependant trop spéculatives pour le moment.

De quoi s’agit-il ?

Pour commencer, le suffixe « gate » remonte au scandale qui a entouré le cambriolage du siège du Comité national démocrate dans l’hôtel Watergate en 1972, qui a entraîné la démission et la disparition politique du président Richard Nixon. Aujourd’hui, il est facilement rattaché à la révélation de tout type de méfaits politiques de haut niveau. L’ajout astucieux de « gate » à toute accusation est un outil rhétorique puissant qui donne une aura de conspiration, de scandale et de malversation. Sa force polémique, cependant, a diminué ces derniers temps en raison de son utilisation intensive[tooltips content= »En France aussi ce suffixe a été utilisé puisqu’on a parlé de « Fillongate » dans une sorte de mimétisme avec la vie politique américaine. NDLR »](1)[/tooltips].

Le terme « Obamagate » désigne l’ensemble des actions des responsables de l’administration Obama dans le cadre desquelles l’appareil américain de renseignement et d’application de la loi a été utilisé pour destituer ou paralyser le président dûment élu Donald J. Trump. Sans contredire cette caractérisation, il est néanmoins nécessaire de soulever d’emblée certains points afin d’éviter toute simplification excessive.

Premièrement, il est important de réaliser qu’il n’y a pas d’identification absolue entre les individus impliqués dans l’Obamagate et le Parti Démocrate. Une alliance d’un acteur particulier avec l’administration Obama pourrait simplement découler de l’existence d’un ennemi commun partagé : l’outsider politique Donald Trump. Par exemple, au centre de nombreuses actions de l’Obamagate se trouve le républicain de longue date Jim Comey, directeur du FBI jusqu’en mai 2017. De tels cas ne devraient cependant pas être surprenants, étant donné l’animosité parfois hystérique envers Trump de la part de nombreux républicains « de l’establishment » qui avaient comme devise « jamais de Trump ». Donald Trump entretient ainsi de très mauvais rapports avec les anciens présidents Bush, rapports qui sont parfois plus mauvais qu’avec des figures démocrates[tooltips content= »Baker, Peter. “Without Saying ‘Trump,’ Bush and Obama Deliver Implicit Rebukes.” The New York Times, October 19, 2017. https://www.nytimes.com/2017/10/19/us/politics/george-bush-trump.html »](2)[/tooltips].

Deuxièmement, il faut garder à l’esprit que la corruption signifiée par le terme « Obamagate » implique une série d’incidents plus ou moins interconnectés qui n’ont parfois pour seul but que d’endommager ou de supprimer Trump. Même si l’on peut dire qu’ils englobent un seul objectif, il serait trompeur de penser qu’ils se déroulent selon une logique juridique ou institutionnelle stricte.  Au contraire, l’Obamagate a évolué et a répondu à la progression des événements et a été réalisé avec différents niveaux de coordination par de multiples acteurs au sein de diverses institutions. Cette coopération quelque peu ad hoc des acteurs et des institutions est la réalité désignée par les termes « l’État profond » et « le marais ».

Enfin, le terme Obamagate peut être quelque peu inapproprié étant donné que l’implication personnelle du président Obama lui-même dans les méfaits reste floue. Bien sûr, il est toujours possible que des preuves fassent surface montrant que l’ancien président a lui-même ordonné des activités illégales ou abusives. Pour l’instant, cependant, les preuves indiquent qu’il est probable qu’Obama était…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Black Lives Matter: un conformisme comme un autre?

0

En nous émouvant tous en chœur du cas du malheureux George Floyd sur nos réseaux sociaux, nous importons des thèses racialistes dont la France n’a que faire, et nous faisons la courte échelle à l’extrême-gauche américaine.


La tendance qu’a notre génération à sauter sur l’idée à la mode du moment est inquiétante.

Le meurtre de George Floyd est évidemment immonde et il faut que justice soit faite. N’empêche qu’il y a trois jours, nous ne savions pas placer Minneapolis sur une carte et attendions tranquillement la réouverture des boites de nuit parisiennes. D’un coup, nous sommes devenus des militants anti-racistes, obsédés par l’idée de justice sociale, d’égalité raciale, de « privilège blanc ». Parce que nous sommes véritablement émus ou parce que nous ne savons pas penser autrement qu’avec la meute ? Le racisme, c’est mal, le meurtre, c’est mal, nos abonnés Instagram le savent sûrement déjà. Lorsque nous relayons ces publications, nous mettons nos cerveaux sur pause, sommes envahis par un profond sentiment de narcissisme (c’est notre grandeur d’âme qui nous émeut, plus que la mort de Floyd), et abandonnons tout esprit critique.

C’est une constante dans l’Histoire, les mouvements les plus totalitaires et les plus violents se sont toujours abrités derrière des belles idées, et gagnent du terrain grâce aux idiots utiles qui les soutiennent

« Black Lives Matter ». Évidemment que black lives matter, que le racisme est intolérable, que le bourreau de George Floyd doit être puni. Sauf que Black Lives Matter, c’est aussi un slogan politique de l’extrême gauche américaine, une gauche qui cherche à nous ramener des années en arrière en racialisant le débat, en réduisant chacun à sa couleur de peau, en faisant de notre « race » une identité – ce contre quoi les vrais anti-racistes se sont battus pendant des décennies. Partager des publications où les non-blancs sont appelés les « racisés », ce n’est pas forcément un progrès. Enivré par l’idée de notre supériorité morale, nous perdons tout souci de cohérence idéologique. L’injonction à ne pas généraliser après un attentat islamiste devient le devoir de généraliser lorsqu’il s’agit du meurtre commis par un blanc. Nous essentialisons les blancs (forcément racistes) et les noirs (forcément victimes). Bref, par conformisme, nous nous faisons les idiots utiles de l’extrême gauche américaine, nous importons en France leurs délires identitaires, nous n’œuvrons pas du tout contre le racisme, au contraire.

Nous participons aussi à l’édification d’un récit trompeur sur la réalité du racisme aux États-Unis. En 2019, pour 10 000 blancs désarmés arrêtés pour crime violent, 4 étaient tués. Pour 10 000 noirs, 3 étaient tués. Le racisme existe et doit être combattu, mais ces chiffres montrent qu’on est loin de l’Amérique complètement raciste dont nos publications Instagram donnent l’impression. En encourageant l’idée que nous vivons dans des sociétés où le racisme est omniprésent, nous alimentons un ressentiment non-légitime qui ne fera qu’accentuer les tensions entre communautés et le mal-être de ceux que nous croyons défendre.

Quand les réseaux sociaux ne relaient plus que les injonctions idéologiques…

Le plus inquiétant, c’est que ces mécanismes de conformisme sont les mêmes quelle que soit la cause. Qu’il s’agisse d’ordonner à nos amis de rester chez eux, de s’émouvoir sur les feux de forêt en Australie, ou de soutenir la liberté d’expression, les phénomènes de mode ébranlent notre esprit critique. Mais c’est une constante dans l’Histoire, les mouvements les plus totalitaires et les plus violents se sont toujours abrités derrière des belles idées, et gagnent du terrain grâce aux idiots utiles qui les soutiennent davantage par conformisme que par proximité idéologique. Évidemment, l’anti-conformisme aveugle est un conformisme comme un autre. Veillons simplement à garder un esprit critique, à ne pas relayer aveuglément tout ce qui contient les termes égalité, écologie, justice sociale ou anti-racisme. Assurons-nous aussi que notre émotion provient réellement de ce que nous dénonçons, plutôt que de la prise de conscience de notre supériorité morale, de notre certitude d’appartenir au camp du bien.

Football: le plaisir de ne pas copier le modèle allemand


Il est un domaine au moins où la France n’aura pas suivi l’Allemagne: le sport professionnel, et particulièrement le football. Il n’est pas prévu que la Ligue 1 reprenne avant la rentrée de septembre, n’en déplaise aux affairistes du sport.


En effet, Edouard Philippe a annoncé la fin des saisons professionnelles 2019-2020 de sport à l’Assemblée Nationale le 28 avril dernier, enterrant ainsi les derniers espoirs de certains dirigeants du foot français de terminer coûte que coûte la saison en cours. Mais, alors que certains championnats européens songent à reprendre mi-juin ou fin juin, et que la puissante ligue allemande a déjà redémarré dès le 16 mai, la polémique repart de plus belle en France depuis le discours du Premier ministre à Matignon jeudi 28 mai. Puisque les entraînements collectifs peuvent reprendre dès le 02 juin, et le jeu dès le 22, pourquoi alors ne pas terminer la dizaine de journées de Ligue 1 et Ligue 2 ? Pourquoi, une fois de plus, ne pas copier le modèle allemand ? Pour plusieurs raisons, que je vais tenter humblement de développer.

D’abord, il n’y a pas que le sport pro dans la vie, et encore moins le seul dieu-football.

Rappelons qu’en avril dernier, nous étions encore en plein pic de l’épidémie, et encore très loin de l’ouverture des restaurants, théâtres, universités et j’en passe. Il était alors impossible, ne serait-ce que par décence, d’autoriser les sportifs à rejouer quand, jusqu’à aujourd’hui encore, une simple visite à l’hôpital d’un proche est interdite, ou que les enfants ne sont pas encore retournés totalement sur les bancs de l’école. La somme de sacrifices, petits et grands, que consentent même malgré eux les Français est telle qu’il semble politiquement plus que délicat d’autoriser dans le même temps des milliardaires à taper dans un ballon.

Il n’y en a que pour les footballeurs!

D’ailleurs, cette décence, il semble que le handball, le rugby ou encore le basket-ball en fassent preuve, car, même s’ils n’en pensent probablement pas moins et sont tout autant, voire plus, en difficulté financière que leurs cousins du foot, qui entend-on dans les médias se plaindre encore et encore ? Le foot. Est-ce que les clubs des autres disciplines sont mieux gérés ? Plus civiques ? Le rugby aura ainsi vu la fin du championnat sans finale et sans son mythique bouclier de Brennus, une première depuis la Guerre. En appellent-ils tous les jours aux ministres, aux députés, aux sénateurs et à l’opinion publique pour autant ? Et reprendre le foot, mais à quel rythme ? A quelle cadence ? Quels risques de blessures ?  Après une coupure plus longue encore que les vacances d’été, il faut pour des athlètes de haut niveau une longue période de reprise, d’autant qu’il faudrait enchaîner derrière par la nouvelle saison qui sera ponctuée par l’euro et les JO… soit jusqu’à 14 ou 15 mois d’affilée.

A lire aussi: « The English Game »: football et lutte des classes

Il faut toutefois noter que tout le foot français n’est certes pas sur la même longueur d’ondes et que le président de la FFF Noël Le Graët aura pris acte, lui, de la fin de saison. Ce sont surtout certains dirigeants de clubs et des médias comme L’Equipe ou RMC qui souhaitent cela. Au mépris d’autres acteurs essentiels du foot, à savoir les joueurs et les supporters.

Le football coûte que coûte serait une honte

Le jeu, qui appartient aux footballeurs, et bien des clubs et leurs supporters, sont en effet contre la reprise du championnat, fût-ce à huis-clos, nous en reparlerons. L’écrasante majorité des joueurs pros, via leur syndicat, s’est élevée devant les risques sanitaires, la cadence infernale qui se profilerait avec les risques de blessures multipliés en cas de reprise du championnat.

Les supporters, vaches à lait des dirigeants, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord sont eux aussi vent debout contre toute idée de reprise de la saison.

Ainsi, ils plaident dans le Monde qu’« il n’est pas envisageable que le football reprenne prématurément. Il n’est pas envisageable qu’il reprenne à huis clos. Il reprendra en temps voulu, quand les conditions sanitaires et sociales seront réunies. Le football “coûte que coûte” est un football de honte, qui n’aura aucun lendemain. »

En outre, les contrats ont tous une date anniversaire au 30/06, comment pourraient-ils faire juridiquement pour retenir, acheter ou vendre des joueurs dès le 1er juillet si les championnats ne sont pas terminés ? Là aussi, ils ne peuvent passer outre l’avis de leurs joueurs. Bien d’autres arguments peuvent encore être mis en avant, à commencer par l’absurdité du huis-clos. Comment peut-on imaginer une finale de Coupe de France de foot ou de championnat de rugby au Stade de France sans spectateurs ? Ou, peut-être pire encore, avec seulement 5 000 personnes maximum dans l’enceinte ? La province ne « monterait » plus à Paris pour faire la fête ? De quel droit priver des millions de supporters des Verts, par exemple, de l’espoir de remporter enfin le trophée qui leur manque devant le « peuple vert » ? Ce que les Bretons de Rennes ont pu faire l’an passé et que d’autres feront l’année prochaine serait interdit aux stéphanois…

Amateurs, femmes ou millionnaires: on porte tous le même maillot !

D’ailleurs, il est tout à fait probable qu’un autre argument ait joué contre le foot français et l’espoir éventuel de finir la saison à huis-clos : le maintien de l’ordre. Le fameux match retour de Ligue des Champions entre le PSG et le Borussia Dortmund aura, de mon point de vue, scellé le sort des matches à huis-clos en France. Souvenez-vous de ces milliers de supporters tout autour de l’enceinte du Parc des Princes pour accompagner les bus et chanter pendant tout le match à l’extérieur du stade. Résultat ? Pour un match sans spectateurs, il faut mobiliser autant de CRS que pour un match à guichets fermés. Ne nous y trompons pas, les fins de saisons sont autant de matches à gros enjeux, les supporters de tous les clubs de L1 comme de L2, encouragés par le précédant du PSG et la magnifique communion ce soir-là entre joueurs et fans, auraient agi exactement de la même façon pour aider leurs joueurs à se maintenir, à se qualifier, à battre un rival historique, etc.

A lire aussi: Du confinement pour qu’on nous foot la paix

Une autre raison de bon sens n’est pas non plus reprise par les habituels commentateurs de foot. Toutes les saisons amateurs se sont arrêtées, toutes. Pas un club de village du pays ne reprendra avant septembre maintenant. Chaque sport étant constitué de façon pyramidale, pourquoi donc l’AS Bondy ne pourrait pas rejouer quand le Paris Saint-Germain le pourrait ? Autrement dit, Mbappé enfant serait privé de sa passion, mais pas adulte ? Puisque toutes les divisions sont arrêtées, il serait inégalitaire et illogique de ne pas faire de même pour les clubs professionnels.

Enfin, il est assez ironique de constater qu’au pays du Mondial féminin de 2019, personne ne songe au foot féminin. On a beau jeu d’évoquer la reprise prochaine en Angleterre ou en Espagne, mais pourquoi donc nos amis anglais et espagnols ont arrêté définitivement le foot féminin mais se battent, eux aussi contre l’avis de leurs supporters et de leurs joueurs, pour la reprise des championnats masculins… La santé des femmes est-elle plus précieuse que celle des hommes ?

Le rayon bleu


Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne.


Pas d’Avignon, pas d’Orange, pas de Vieilles Charrues, plus un billet à déchirer. Je vais faire comme vous, regarder des films. Pas de salles non plus. Vais les regarder à la maison, dans mon home cinéma.

De la supériorité du matériel

Le home cinéma, c’est un projecteur, un mur, du son. Deux options : matériel ou dématériel. Ces jours-ci et pour longtemps, la star c’est le dématériel, la plate-forme sur décodeur, en général du méchant bizness, mais quelquefois des films chouettes et des séries futées. Sinon, le matériel : DVD ou Blu-ray. Le matériel a ses avantages. D’abord quand vous l’avez, vous l’avez. Vous regardez ce qui vous plaît quand ça vous plaît sans dépendre des algorithmes. Pas de Mickey ou de Netflic en tapinois pour contrôler vos « pratiques ». Et puis surtout, le matériel s’adresse au cinéphile. Pour Maman, j’ai raté le trône ou Les zombies font du ski, l’immatériel suffit. Pour Andreï Roublev et La Nuit américaine, je conseille le matériel.

Seulement voilà. Sur un écran de télé, Blu-ray ou DVD peu importe. Aucune différence. Tandis que, sur le mur, le DVD ressemble à un pâté mal cuit. Même le noir et blanc dégouline. Le home cinéma de deux mètres sur trois, c’est Blu-ray ou rien. Et là j’ai du mal à suivre le raisonnement des éditeurs. Qui achète des Blu-ray ? Les gens qui aiment le cinéma. Ceux qui se délassent devant Les Tuche s’en cognent de la belle image profonde, et la dernière fois qu’un accro à Batman a « acheté » un film, c’était avant sa naissance. Marvel se sirote sur tablette ou smartphone, c’est scientifiquement prouvé. D’ailleurs, comptons. Le marché matériel s’effondre. Entre 2018 et 2019 : moins 18 %. Mais le DVD, support de qualité inférieure à n’importe quelle diffusion sur TF1, a perdu 15 % de clients au dernier trimestre 2019, alors que pendant ce temps-là, le Blu-ray ne baissait que de 8 %. Moitié moins de perte. Preuve que les cinéphiles sont meilleurs clients que les batmaniaques. Qu’ils en veulent encore, du noir et blanc bien défini, du technicolor bien encodé.

A lire également, du même auteur : Le monde de la culture ne passera pas l’été

Or, je cherche et qu’est-ce que je trouve ? La Reine des neiges, Joker, C’est quoi cette mamie ?!, Galaxy Quest… Qui va acheter ces trucs déjà usés par tous les bouquets télé ? Dans mon salon, je voudrais voir The Player, Un Mariage et Short Cuts de Robert Altman, aucun disponible en Blu-ray, ou alors importés, pas dans la bonne zone, sans VF, sans sous-titres. Peeping Tom, le chef-d’œuvre de Michael Powell ? Existe pas. The Shop de Lubitsch, Angel Face de Preminger, les meilleurs Visconti, Pasolini, Fellini, non plus. DVD crados, oui. Blu-ray sérieux, non. Confinée avec les gosses, je débusque sur la Toile une magnifique « Jules Verne Collection » : coffret de sept classiques américains… en allemand pour les Allemands.

Les films français, n’en parlons pas. Fanfan la Tulipe, En cas de malheur, Si Versailles m’était conté, Coup de torchon, la base basique grand public : que du vieux DVD pour télé à pixels. Costa-Gavras a droit à une intégrale en deux coffrets, miracle. Mais Cayatte ? Mais Duvivier ? Mais Delannoy ? Mais Grangier ? (Pathé a sorti son Désordre et la Nuit, celui-là ne le loupez pas). À la mort de Brialy je m’étais dit : ils vont enfin nous rendre Églantine, ce délice, et le dernier rôle de Valentine Tessier. Jamais ! Tu m’étonnes qu’ils ne vendent plus de galettes. Ils empilent leurs blockbusters que personne ne cherche puisqu’ils sont partout, en se foutant du brave client. Et pas un cinoche d’ouvert. Misère.

Les écolos, ces romantiques indécrottables

0
Bertrand Alliot

Bertrand Alliot publie Une histoire naturelle de l’homme aux Éditions de l’Artilleur. En observateur naturaliste, l’auteur se penche sur l’écologie et se demande quel est le sens profond du « discours écologique » qui nous assourdit dans la société contemporaine.


C’est en naturaliste que l’auteur contemple cette nature dont on fait si grand cas en ce moment (pas seulement les écolos de tout poil, mais bien des récents confinés rêvant d’un bout de jardin). Et donc, il devrait se réjouir de cet engouement de plus en plus manifeste pour les oiseaux, la faune et la flore, les arbres (ne prône-t-on pas la câlinothérapie avec des accolades et des embrassades d’écorces ?). Eh bien non. Bertrand Alliot, qui possède quelques compétences sur le sujet (ingénieur en recherche sur l’environnement, enseignant universitaire, administrateur de la Ligue de protection des oiseaux, entre autres), manifeste une ironie courtoise à l’égard des prophéties catastrophiques en vogue sur le dérèglement climatique, la biodiversité, les espèces en danger, le « monde d’après », y compris dans la bouche de péronnelles ou dans celle d’Hubert Reeves, scientifique adulé des médias (Le Point du 28 mai 2020).

A lire aussi: Marc Jeanson & Charlotte Fauve

Le déséquilibre, dans l’ordre des choses

Aura-t-il soutenu un jour, devant un collègue universitaire, qu’il s’intéresse à « l’homme », que lui reviennent en mémoire les sarcasmes du Diafoirus de distributeur de café balayant d’un revers de la main ses naïvetés, l’admonestant : « Il s’agit d’une catégorie trop générale. Ceux qui en usent ne sont pas pris au sérieux et se couvrent de ridicule. Il faut parler avec précision du “personnel politique”, de l’“usager”, de “l’agriculteur” ou de “l’ouvrier”. » Il faut dire que les sciences humaines, comme la grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, aspirent à passer du statut de sciences « molles » à celui, prestigieux, de sciences « dures ». « Eh bien, rétorque aujourd’hui l’auteur, cette grenouille, il est temps de la faire éclater ! Il faut renouer avec une certaine forme de simplicité car, à propos de l’homme, les réponses aux questions que l’on se pose doivent venir aisément. Voici donc d’abord pourquoi il s’agit de revenir à l’histoire naturelle… »

Oui, pourquoi ? Parce que « l’homme entend dans le lointain gronder un orage. L’histoire naturelle annonce son retour : le héros de l’histoire est placé devant son destin d’espèce ». Pour cela, dans un exercice jubilatoire de « gai savoir » et de « généalogie » digne de Nietzsche, Alliot s’en remet à l’histoire. Celle des espèces, dont l’homme fait évidemment partie, autant que celle des animaux vénérés des écolos contemporains. Toutefois, « pas plus que les hommes, les animaux ne respectent leur milieu de vie. Ils se contentent de vivre, et c’est bien assez comme ça ». On voudrait croire que l’équilibre règne dans la nature, équilibre que l’homme serait venu rompre. « Or, ce qui est prégnant dans la nature n’est pas l’équilibre, mais le déséquilibre. » Eh oui, les animaux saccagent leur environnement immédiat comme des pétroliers, et les plus gros bouffent les plus petits à l’instar des capitalistes…

A lire aussi, Bruno Durieux: « Les écologistes sont les enfants ingrats de la prospérité »

C’est qu’encroûté dans son confort – si débilitant pour son âme éthérée –, l’homme a oublié ce qu’il a fallu d’efforts et de labeurs à ses ancêtres paysans, accourus dans la ville bien moins épuisante, pour assurer à leurs descendants ces aménités qui maintenant les étouffent. Du coup, la nostalgie des grands espaces et des verts pâturages poussent le citadin en pantacourt et Birkenstock à montrer son museau dans les campagnes, à l’abri de résidences peignées et léchées, afin de humer le bon air et de contempler la nature nourricière.

Illusion, ricane le naturaliste qui sait de quoi il parle, parce que lui regarde la nature avec ses yeux, l’écoute avec ses oreilles, la respire à pleines narines. Selon l’auteur, « le regret du paradis perdu ou de l’âge d’or peut être considéré comme un regret du temps de l’ignorance. C’est l’accession à la vie contemplative qui permet à l’homme de voir et de savoir puis enfin de regretter le temps de l’ignorance ». En somme, l’homme ressemble plutôt à l’ours qui ne se délecte pas de baies sauvages dans la forêt car « il est plus souvent en train de se nourrir sur des tas d’ordures parce que l’accès à la nourriture y est plus facile. Je crains qu’il en soit de même pour l’homme. Il y a l’image d’Épinal de l’habitant de l’histoire, et il y a l’image plus conforme de l’habitant de l’histoire naturelle ».

Le BNB remplacera-t-il le PNB ?

Afin de remédier à ce vague à l’âme de l’homme des villes revenu des aventures idéologiques épuisées du siècle, l’écologie s’offre à lui dans sa pureté virginale. L’écolo 2.0 pourrait voir en le poète Ronsard un mentor moins revêche que Greta Thunberg : assistant à l’abattage d’arbres en forêt de Gastines, le poète supplie le bûcheron : « Arrête un peu le bras, ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force / des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ? » Disons que les pionniers de l’écologie sont « des poètes indignés ne parvenant pas à devenir philosophes », quand ceux de l’Antiquité ne se prenaient pas pour des redresseurs de torts mais pour des défricheurs de l’esprit. Ou encore, horresco referens, Barrès s’exclamant : « Combien de fois, au hasard d’une heureuse et profonde journée, n’avons-nous pas rencontré la lisière d’un bois, un sommet, une source, une simple prairie, qui nous commandaient de faire taire nos pensées et d’écouter plus profond que notre cœur ! Silence ! Les dieux sont ici. » Cette expérience de l’indicible beauté est naturellement celle du naturaliste. Elle fut sans aucun doute celle de pionniers tels John Muir, le père du Yosemite Park, Henry Thoreau, Aldo Leopold, Arne Naess, figures tutélaires de l’écologie. Mais, du moins, reconnaissaient-ils « l’inutilité des vieilles pierres » célébrée comme « celle des paysages, des petites fleurs et des petits oiseaux ». Las, aujourd’hui, notre monde est désenchanté. Est venu le temps des tromblons de la morale : « La beauté est du côté du bien, la laideur du mal », persifle l’auteur à l’encontre des écolos.

A lire aussi: Greta ne sauvera pas la Terre mais votre âme

Retrouver la « pureté » de la terre (on n’ose ajouter « qui, elle, ne ment pas » …). Un écrivain « régionaliste », Émile Guillaumin, qui faillit avoir le Goncourt pour son La Vie d’un simple, en 1904, a su se tenir « à mi-distance entre son étable et sa bibliothèque ». Mais « les seuls qui l’écoutent d’une oreille attentive et qui sont marqués par ses idées et ses écrits sont des intellectuels qui, pour la plupart, vivent à Paris ! Mais, pas un de ceux-là, bien sûr, ne fit jamais honneur à la bêche ! ». Depuis, les engouements ont-ils beaucoup évolué ?

Sur un point, c’est le cas : les consciences tourmentées, nourries de sagesses exotiques et de répulsion à l’égard de « nos racines judéo-chrétiennes », ont inventé un nouveau concept, le BNB (Bonheur national brut) pour balayer les miasmes capitalistes du PNB. Et donc nous voici mis en demeure de « chevaucher un vélo, trier [nos] déchets, prendre des douches plutôt que des bains », etc. Et « marcher et parfois “danser pour le climat” ».

Au bout de cet essai riche, nourri, parfois mordant, et toujours argumenté, Bertrand Alliot balaie nos illusions rédemptrices. Il s’en tient même – ultime nasarde – à la bonne vielle thèse de Gaston Bouthoul : la pression démographique est la véritable cause des guerres de l’humanité comme régulatrices du trop-plein d’hommes sur la planète. L’auteur, qui la redoute, préfère cette thèse « parce qu’elle rompt avec le romantisme ordinaire ».

Les écolos, nos derniers romantiques indécrottables ?

Les «antiracistes» traitent un policier noir de vendu

0
Paris le 2 juin 2020 © Yann Castanier / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Lors des évènements houleux de la soirée d’hier autour du Palais de Justice de Paris, notre chroniqueuse a été particulièrement choquée par une image.


Hier à Paris, malgré l’ombre du Covid-19 qui plane encore et l’interdiction de la préfecture, s’est tenue devant le tribunal de Paris, une manifestation de soutien pour Adama Traore, mort lors d’une interpellation à Beaumont-sur-Oise le 24 juillet 2016. Depuis, ses soutiens n’ont eu de cesse de faire passer sa mort pour une bavure policière, sa sœur Assa Traore, la Angela Davis du Val d’Oise, en tête.

Mais en ce 2 juin 2020, quatre ans après, ressuscitée par l’assassinat de Georges Floyd par un policier à Minneapolis le 25 mai dernier, cette affaire prend une dimension nouvelle. L’intention est claire : faire d’Adama le Georges Floyd français.

Les discours séditieux relayés par les médias progressistes

Cette manifestation, largement médiatisée, a réuni 20 000 participants, parmi lesquels des personnalités médiatiques issues de la diversité dont la désormais incontournable Camélia Jordana, Leïla Bekhti ou Aïssa Maïga. Celle-ci s’est d’ailleurs fendue d’un discours belliqueux où elle appelle les membres de sa communauté à « ne pas laisser la France tranquille ». Discours relayé par les medias progressistes, béats d’admiration. Pour le reste ce fut la routine : échauffourées et  lacrimos, – aux cris de « tout le monde déteste la police ».

Cependant nous avons atteint le point culminant de cette manifestation dans un petit incident filmé dans une vidéo qui a circulé ce matin sur les réseaux sociaux : des manifestants, bloqués par un cordon de policiers scandent « Vendu ! » à l’un d’entre eux. Ce policier est noir.

Le regard à la fois triste et apeuré de cet homme m’a bouleversée et mon sang n’a fait qu’un tour.

Ceux qui se sont livrés à ce lynchage verbal sont des décérébrés (je pense que c’est vraiment le mot qui convient), et ils sont assurément plus racistes que Trump, puisque tout le monde nous dit que Trump est raciste ce dont je ne suis finalement pas sûre. En effet, ils assignent ceux qu’ils appellent les « racisés » à résidence, il faut qu’ils correspondent aux clichés bien pratiques de dealers d’herbe, de sans-papiers où d’agitateurs comme Assa Traoré ou Rokhaya Diallo.

En cela ils sont plus racistes que Zemmour, puisqu’il parait qu’il est raciste, ce dont je ne suis finalement pas sûre.

Genou à terre

Mutins de Panurge selon l’expression consacrée, incapables de penser autre chose que la soupe post marxiste et tiédasse que nous servent les media progressistes, à base d’antiracisme dévoyé et de féminisme infantilisant.

Ce phénomène a été très bien analysé par Samuel Fitoussi, rédacteur de l’excellent site La gazette de l’étudiant : « Le plus inquiétant, c’est que ces mécanismes de conformisme sont les mêmes quelle que soit la cause. Qu’il s’agisse d’ordonner à nos amis de rester chez eux, de s’émouvoir face aux feux de forêts en Australie ou de soutenir la liberté d’expression, les phénomènes de mode ébranlent notre esprit critique. Mais c’est une constante dans l’Histoire, les mouvements les plus totalitaires et les plus violents se sont toujours abrités derrière de belles idées ».

L’enfer qui nous attend probablement est pavé de bonnes intentions. Pour le moment, devant le regard triste de ce policier, j’ai envie moi aussi de mettre un genou à terre.

La cuisine russe nourrit la gastronomie française depuis deux siècles

0
A Menton, Jérôme Rigaud, ancien chef cuisinier au Kremlin, propose dans son délicieux bistrot des plats russes traditionnels comme le koulibiliac aux épinards, destiné aux repas de fête. ©D.R.

A la fois populaire et aristocratique, la cuisine russe influence notre gastronomie depuis deux siècles. De Menton à Paris, certaines tables perpétuent cette symbiose en revisitant bortsch, pelmenis, caviar d’aubergines et bœuf Stroganoff.


« Je n’aime pas ce bien-pensant vers lequel on avance. Partout, on entend que le bien, c’est nous et que le mal c’est l’autre. Avant c’était Castro, aujourd’hui, c’est Poutine, tout ce qui n’est pas aseptisé. Comme c’est triste. Et comme c’est dangereux », écrit Gérard Depardieu dans son beau petit livre, Monstre.

La réprobation de tout ce qui vient de la Russie chrétienne et anti-occidentale de Poutine ne peut pourtant faire oublier l’apport culturel essentiel de la Russie à la France depuis deux siècles. Tous Français d’origine russe, la comtesse de Ségur, Sacha Guitry, Romain Gary, Joseph Kessel, Maurice Druon, Henri Troyat, Marc Chagall, Chaïm Soutine, Jacques Tati, Lily Laskine, Haroun Tazieff, Laurent Terzieff, Jean Ferrat, Serge Gainsbourg, Michel Polnareff, Marina Vlady, Roger Vadim, Pierre Tchernia, Robert Hossein, Léon Zitrone, Yves Mourousi, Alexandre Adler, Andreï Makine, les frères Bogdanoff… ont chacun contribué au rayonnement de notre pays.

À l’heure de la « cuisine monde », alors que la cuisine russe n’intéresse plus personne, il est bon de rappeler l’influence qu’elle a exercée sur la cuisine française et qu’elle peut constituer à une alimentation plus saine et plus conviviale.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Cette génération qui twitte au restaurant

Une découverte gastronomique

Souvenons-nous ! Après Waterloo, les cuisiniers français les plus renommés étaient partis en Russie pour diriger les cuisines impériales et celles de l’aristocratie russe. Le plus célèbre d’entre eux, Antonin Carême (1784-1833), surnommé le « cuisinier des rois et le roi des cuisiniers », fut ainsi recruté par le tsar Alexandre Ier. D’autres à sa suite ouvrirent des restaurants à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Partis en ambassadeurs de la haute cuisine française, qui était en train de s’ériger en système, avec ses codes, ses recettes et ses techniques, ces chefs n’éprouvèrent au début que peu d’estime pour la cuisine russe, que l’ogre Alexandre Dumas n’hésite pas à tourner en dérision dans son Grand Dictionnaire de cuisine, en évoquant « la cuisine d’Ivan le Terrible ou la cuisine terrible d’Ivan »

Peu à peu, toutefois, ils s’adaptent au goût de leurs employeurs, russifient leurs recettes, découvrent des produits et des mets. Mais ce qui les fascine le plus, et qu’ils vont immédiatement rapatrier en France, après leur séjour, c’est… le service à la russe ! Ce service dit « à l’assiette » représentait en effet une innovation majeure dans le domaine culinaire. Le « service à la française », qui s’était jusqu’alors imposé sur les grandes tables européennes depuis Louis XIV, consistait à disposer harmonieusement au centre de la table (face au roi) un ensemble de mets, ce qui était très peu pratique et très frustrant pour les convives situés aux extrémités de la table… Le service à la russe, lui, offrait l’avantage de servir les plats individuellement, les uns après les autres, encore chauds, par des majordomes ou sur un guéridon : il est aujourd’hui le standard universel dans les restaurants !

À partir de 1860, Alphonse Petit, chef des cuisines du comte Panine, rédige un ouvrage intitulé La Gastronomie en Russie pour aider ses collègues français à pratiquer leur art en Russie. Il espère que l’essor des chemins de fer russes lui permettra de disposer des produits qui lui manquent. Il décrit aussi avec soin les plats russes dont il imagine qu’on pourrait les franciser afin de les rendre acceptables pour nos palais délicats…

Une fusion gastronomique réussie

Ce sera bientôt chose faite à Paris, avec le grand chef Urbain Dubois (1818-1901) qui recense et célèbre les mets russes appelés à devenir des piliers de la cuisine française, comme le caviar sauvage (disparu de nos jours, hélas…) qu’il présente comme un produit très sain, qu’il convient de servir avec des cuillères en ivoire sur de tendres blinis tièdes. Mais aussi l’agneau pascal au beurre, le blanc-manger à la russe, le bortsch, la carpe à la russe, le kacha, les zakouskis et le bœuf « à la Stroganoff » (inventé par un cuisinier français, André Dupont, quand il était au service du comte Alexandre Grigorievitch Stroganov).

Ainsi assiste-t-on entre nos deux pays à un véritable processus de transformation et d’acculturation des recettes et des plats. Les cuisiniers français étaient partis en Russie avec une certaine arrogance, convaincus d’apporter aux Cosaques mangeurs de soupe aux choux le summum du raffinement culinaire (ainsi que Tolstoï nous le raconte avec férocité au début d’Anna Karénine). De retour en France plusieurs années après, ils font connaître les joyaux de la cuisine russe populaire et aristocratique au Tout-Paris…

Dans la France de la IIIe République, la russomania est à son paroxysme : Jules Verne publie Michel Strogoff (1876), on célèbre l’alliance franco-russe pour faire la nique à Guillaume II (1892), on va au théâtre du Châtelet applaudir les Ballets russes (1909). Manger russe est devenu un snobisme : on réclame à corps et à cris des anguilles fumées, des petits pâtés d’esturgeon, de la salade russe (la fameuse macédoine de légumes à la mayonnaise) et du koulibiac au saumon ! On adopte les filets de volaille « à la Kiev », les légumes « à la Demidoff », la poularde « à la Neva », le veau « à la Orloff » et le pigeon « à la Pojarski »… Côté desserts, Sarah Bernhardt ne jure plus que par la purée de marrons « à la Nesselrode » (avec de la crème anglaise vanillée, parfumée au marasquin et terminée avec de la crème fouettée et des raisins secs). Dans À la recherche du temps perdu, la mère Verdurin régale ses hôtes de « charlotte à la russe » et de fraises « à la Romanoff » (macérées au curaçao, dressées en coupe et recouvertes de crème chantilly). À partir des années 1930, les plats russes se sont tellement intégrés au paysage gastronomique français qu’ils représentent 25 % des plats d’origine étrangère dans les livres de cuisine les plus populaires, comme l’immortel Véritable cuisine de famille de Tante Marie…

Il est tout de même étrange et même fâcheux que cette synergie civilisationnelle réussie soit si peu connue.

Entre Kremlin et côte d’Azur

À Menton, le chef Jérôme Rigaud (né en 1975) a créé l’an dernier l’un des meilleurs bistrots de la Côte d’Azur : JR Bistronomie. Ce brillant cuisinier, formé par Joël Robuchon et Michel Troigros, y propose des plats russes traditionnels qu’il prépare avec beaucoup de soin et d’élégance, comme le bortsch, le bœuf Stroganoff et un koulibiac d’anthologie qu’il faut déguster avec un vin blanc sec et intense du Bellet, le vignoble de Nice tout proche. Le koulibiac, que les Français d’origine russe mettent un point d’honneur à fabriquer chaque année lors des grandes occasions, est un délicieux pâté chaud, fait avec une pâte briochée, farcie au saumon frais, aux champignons, au kacha (gruau de sarrasin), à l’oignon, aux œufs durs, à l’aneth, le tout parfumé au bouillon de légumes, et nourri au beurre fondu, avec une pointe de citron.

Pour soigner la gueule de bois les Russes servent du thé noir infusé dans du lait bouillant, avec du beurre et du sel

Jérôme Rigaud est un cas. En 2004, il part vivre en Russie, où il apprend le russe et rencontre sa femme, Tatiana… En 2008, il est recruté par le Kremlin pour diriger les banquets présidés par Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine. Toujours soumis au secret d’État, il ne peut nous dire ce qu’aiment manger et boire ses prestigieux employeurs, si ce n’est que Medvedev aime plutôt le poisson aigre-doux, et Poutine la viande… « Des docteurs de l’armée testaient tous mes produits en laboratoire. Quand ils m’avaient donné l’autorisation, je faisais la mise en place de la table du président, dans une cuisine séparée, sous le regard d’un médecin et d’un militaire. » Jusqu’en 2012, il confectionnera plusieurs dizaines de banquets pour 1 500 ou 2 000 personnes.

Toute une culture

Sur le sujet, il est intarissable : « La Russie est un pays froid. Sa cuisine tient au corps… Ce que j’aime, c’est sa dimension humaine et conviviale. Les Russes restent des heures à table, plus longtemps que les Français, on est vraiment dans le partage ! J’adore les soupes russes, servies à chaque repas, et qui font souvent office de plat principal : elles sont riches et savoureuses avec du bouillon, des boulettes, des pâtes et du poisson. On boit la vodka au début, et on enchaîne sur la bière et le vin. J’aime les pelminis, qui sont des raviolis typiquement russes nappés de crèmes acidulées, et les pirojkis qui sont des petits chaussons pliés d’une certaine façon, farcis aux légumes, à la viande ou au saumon. Les Russes ont gardé en mémoire les souvenirs des famines du XXe siècle, c’est pourquoi ils ne jettent jamais le pain : qu’il soit blanc ou noir, le pain est sacré. L’après-midi, on sert le thé avec des pirojkis très légers farcis aux champignons, au saumon ou à la pomme de terre. La vie sans thé est impossible : c’est l’occasion d’évoquer le sens de la vie, la datcha et le chant du rossignol, comme dans les pièces de Tchekhov. Pour soigner la gueule de bois, on sert le thé à la kalmouk, du thé noir infusé dans du lait bouillant, avec du beurre et du sel. Mais comme dit le proverbe : “Le thé, c’est pas comme la vodka, on ne peut pas en boire beaucoup !”… Pour moi, les chefs russes actuels ont atteint un niveau technique remarquable : s’ils venaient en France, ils auraient une ou deux étoiles Michelin sans difficulté. » Il s’agit donc de savoir justement pourquoi ils ne viennent pas et pourquoi on doit se contenter à leur place d’adresses folkloriques plutôt moyennes… La cuisine russe reste à découvrir !

Pirojkis farcis au chou et aux anchois, par le moine cuisinier Frère Jean, grand expert de la cuisine russe, dans son monastère des Cévennes (Skite Sainte Foy) où tout le gratin de la culture va se confiner volontairement et dont le partage des repas est une expérience mémorable... © Frère Jean
Pirojkis farcis au chou et aux anchois, par le moine cuisinier Frère Jean, grand expert de la cuisine russe, dans son monastère des Cévennes (Skite Sainte Foy) où tout le gratin de la culture va se confiner volontairement et dont le partage des repas est une expérience mémorable…
© Frère Jean

En attendant, je vous recommande La Cantine des tsars, près des Halles, à Paris. Elisa Petrossian, sa fondatrice, est une Arménienne de Russie qui s’est spécialisée dans les pelmenis : « C’est le plat le plus populaire de toute la Russie ! Ces raviolis proviennent de Sibérie où on les fabrique depuis le xiie siècle. Pour faire des bons pelmenis, j’ai dû tester des dizaines de farines de blé françaises, la plupart étaient infectes ! J’ai fini par en trouver une merveilleuse, produite par un fermier, Rémy Seingier, à Lumigny, en Seine-et-Marne. Mes pelmenis sont farcis à la viande de porc. Même chose : j’ai passé des mois à chercher un bon porc, et je l’ai trouvé, chez un petit éleveur, Jean-Luc Fisher, à Marles-en-Brie. » Le problème de La Cantine des tsars, c’est que les gens s’y sentent tellement bien qu’ils y restent trois heures, alors que le concept était de faire une cantine rapide… « Je ne peux pas les mettre dehors tout de même ! » Ici, pour 20 euros sans les boissons, on peut très bien manger en prenant une entrée, un plat et un dessert. Le caviar d’aubergine et le bortsch sont succulents. Les pelmenis sont fabriqués chaque jour, comme en Sibérie, à la main. « Sauf qu’en Russie, on les aime avec beaucoup de bouillon, d’où l’usage de la cuillère. » À l’apéritif, Elise propose un verre de kvass, qui est une boisson sans alcool à base de pain noir fermenté, mais rien ne vaut une bonne vodka glacée Tsarskaya de Saint-Pétersbourg ! Au mur trône le portrait de Nicolas II. Des chants populaires des années 1960 sont diffusés en permanence. Au dessert, la patronne propose un fromage blanc de campagne à la confiture de framboises maison et un medovik, un gâteau au miel et aux noix. Une bonne cantine pour tous les jours.

JR Bistronomie

11, rue Trenca, 06500 Menton

Tél. : 04 93 18 14 51

La Cantine des tsars

21, rue du Roule, 75001 Paris

Tél. : 09 82 44 48 48
Pour faire leurs courses, les Russes d’Île-de-France vont à l’épicerie Datcha, à Nogent-sur-Marne, qui leur offre toutes les merveilles de la vieille Russie.

48, rue Paul-Bert, 94130 Nogent-sur-Marne

Tél. : 07 53 06 02 46

Manifestation des sans-papiers: veut-on nier le peuple?

0
Des milliers de personnes ont manifesté pour la régularisation des sans-papiers malgré l'interdiction, le 30 mai 2020 à Paris © SEVGI/SIPA Numéro de reportage: 00964825_000016

On a laissé des migrants illégaux manifester en plein Paris par milliers, malgré l’interdiction.


Samedi 30 mai, des milliers de sans-papiers ont défilé dans les rues de Paris pour demander leur régularisation. Non ! Cette formulation trop pudique est un mensonge. Il faut dire les choses autrement.

Samedi 30 mai, une foule étrangère présente au mépris de nos lois sur notre sol a organisé une démonstration de force dans notre capitale pour imposer ses exigences à la République, contre la volonté du peuple souverain – car nous savons tous qu’un référendum qui demanderait s’il faut les expulser ou les régulariser aboutirait à leur expulsion. Avec la complicité des associations habituelles, mais aussi des pouvoirs publics qui ont laissé faire, alors même que pour les Français les rassemblements de plus de 10 personnes sont toujours interdits. Passivité coupable !

Nos émeutes raciales à nous

Où étaient donc les rodomontades du préfet Lallement ? À quoi peut bien penser le gouvernement, alors qu’il donne de notre pays une telle image de pusillanimité et de faiblesse ? Tous les jours, nous voyons tourner en boucle sur les réseaux des images des États-Unis en flammes à cause des violences raciales, produit de l’instrumentalisation d’une réalité beaucoup plus complexe qu’on ne veut bien le dire, et preuve de l’échec absolu du multiculturalisme. Tous les jours, nous entendons des semeurs de haine tenter d’importer ici les mêmes conflits, en niant les plus élémentaires réalités historiques : alors qu’aux États-Unis les Noirs n’ont véritablement pu exercer le droit de vote qu’à partir de 1965, à cette date en France le deuxième personnage de l’État était Noir, et nous avions, nous, un député Noir dès 1793. La pression migratoire n’a jamais été aussi forte, faut-il rappeler les foules envoyées il y a quelques semaines par Erdogan prendre d’assaut les frontières de la Grèce ? Faut-il rappeler les milliards d’euros versés par la France à des étrangers au titre de multiples aides, alors qu’elle endette jusqu’à nos petits-enfants pour tenter de relancer l’économie, qu’elle manque d’argent pour les hôpitaux, pour les écoles, pour les infrastructures, pour ses propres citoyens – et je précise, au cas où certains ne le comprendraient pas d’eux-mêmes, pour ses propres citoyens quelles que soient leurs origines.

A lire aussi: Le monde (en noir et blanc) de Sophie

Voilà le terrible contexte dans lequel le gouvernement a choisi de laisser se dérouler cette manifestation, pourtant officiellement interdite. Il fallait apaiser les tensions, me dira-t-on. Terreur de la bavure, de l’impact d’images de policiers employant la force. Mauvaise excuse ! Une telle démonstration de faiblesse ne saurait être une solution. Elle ne peut qu’inciter toujours plus de migrants à venir s’imposer en France, et persuader un peu plus les Français qu’ils ne peuvent pas compter sur les pouvoirs publics pour défendre l’un de leurs droits les plus fondamentaux, pourtant réaffirmé dans tous les traités internationaux : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Régulariser avec discernement

Voudrait-on nier jusqu’à l’existence d’un peuple français disposant de droits, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. Cela revient à nier la France, réduite à un simple territoire, et cela revient à nier la démocratie et la République, puisqu’elles reposent sur l’affirmation fondamentale et fondatrice que le peuple est souverain, ce qui suppose un peuple.

Est-ce à dire que ce peuple serait figé, immuable, incapable d’accueillir en son sein des gens qui n’y seraient pas nés ? Bien sûr que non ! Mais, souverain, il accueille par sa propre volonté, et non parce qu’on le lui impose. Il accueille et il évolue, mais il ne s’efface pas. Cela veut dire n’accueillir que ceux qui veulent authentiquement faire partie de lui, et certainement pas ceux qui voudraient s’imposer comme des rivaux, voire des ennemis, sur son propre sol. N’accueillir que ceux qui respectent ses lois, sa culture, son histoire, et cet indéfinissable quelque chose que l’on appelle son art de vivre. Il y a assez d’exemples de nos concitoyens d’origine étrangère qui démontrent leur amour de la France et qui font la fierté de notre Nation pour que l’on sache que c’est possible ! Et il y a hélas assez d’exemples de ceux qui crachent ouvertement sur la France et menacent ses principes les plus fondamentaux pour que l’on sache que ce n’est pas systématique, et que le discernement est un devoir.

Bien sûr, le sujet des sans-papiers et plus généralement de l’immigration est complexe. Bien sûr, derrière les généralités il y a des situations humaines parfois dramatiques. Mais il y en a aussi chez les Français qui subissent les conséquences de cette immigration. Il y en a aussi chez tous ceux qui sont nés étrangers mais vivent légalement dans notre pays, et le respectent assez pour se plier à ses règles. Je pense en particulier aux demandeurs d’asile qui ont l’honnêteté de se faire connaître, et patientent alors qu’ils subissent l’angoisse d’une attente interminable due à des délais administratifs indécents. Mais de ceux-là, on parle beaucoup moins.

La France n’appartient pas à tout le monde

Redisons donc simplement des choses simples : dans leur écrasante majorité, les migrants ne sont pas des réfugiés, et ni le droit ni l’éthique ne nous interdisent de faire la différence. Il y aurait un égoïsme inhumain à refuser de partager ce qui reste de notre prospérité, mais il serait suicidaire de prétendre prendre à notre charge toute la misère du monde. Enfin, ce serait une incroyable arrogance de traiter d’autres peuples comme des enfants incapables de se prendre en main dans les pays qui sont les leurs. Pays où ils ont un droit absolu à la liberté et à la dignité de la souveraineté, mais aussi un devoir absolu d’en assumer les responsabilités.

A lire aussi, du même auteur: Crise de l’autorité, un péril inquiétant

N’oublions pas non plus une particularité française, qu’il serait d’ailleurs grand temps de repenser : le droit du sol fait que ce n’est pas seulement sur ce que nous avons que ces migrants exigent des droits, mais sur notre citoyenneté, donc sur le choix de ce que nous deviendrons, sur les libertés dont bénéficieront – ou non – nos enfants.

Douglas Murray le résume par une question fondamentale : pourquoi l’Europe serait-elle le seul endroit au monde qui appartiendrait à tout le monde ? Et j’ajoute : pourquoi l’Europe serait-elle réduite à n’être qu’un endroit, qu’un lieu, dont les citoyens seraient relégués au rang de simples résidents, au mépris de sa civilisation, des peuples qui l’ont faite, et au mépris de ceux qui veulent loyalement se joindre à eux dans l’amour de cette civilisation et qui la voient aujourd’hui se déliter ?

Face à ces enjeux fondamentaux, le gouvernement a fait le choix d’une fracassante démonstration d’impuissance. Faible avec les forts, fort avec les faibles, la devise du lâche. De quoi pousser tous ceux qui aiment la France à perdre confiance en l’état de droit, donc tôt ou tard à « reprendre les choses en main » hors de tout cadre institutionnel. Et nous savons tous ce que cela signifie, et les risques terribles que cela comporte.

L'étrange suicide de l'Europe: Immigration, identité, Islam

Price: ---

0 used & new available from

Le monde (en noir et blanc) de Sophie

0
Paris, le 3 juin © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage: 00965232_000013

L’antiracisme, c’était mieux avant! Ou du moins, c’était plus facile à expliquer. Dans les émeutes américaines (Black Lives Matter) comme dans la manifestation parisienne d’hier (“Justice pour Adama”), nous observons un antiracisme dévoyé qui entend substituer a l’universalité du message antiraciste des rapports de domination entre groupes raciaux qu’il faudrait inverser…


– Dis-moi Papa…

– Oui ma puce.

– Tu as vu ce que le policier a fait à l’homme noir aux États-Unis ?

– Oui, c’est abject.

– Il paraît que la police là-bas est raciste ?

– Il y a en effet un racisme systémique aux Etats-Unis.

– Papa, ça veut dire quoi cystite ?

– Systémique pas cystite ! Cela signifie qu’il y a un racisme endémique au sein de la pol… euh, bon, ça veut dire qu’il y a un vrai problème de racisme dans la police américaine si tu préfères.

– Mais papa, il paraît qu’il y a deux fois plus de Blancs que de Noirs tués chaque année par les policiers aux Etats-Unis.

– Tu ne peux pas comparer. Il n’y a que 13 % d’Afro-Américains aux Etats-Unis contre 63 % de Blancs non hispaniques. C’est mathématique, les Blancs sont en proportion presque cinq fois plus nombreux là-bas. 

– C’est compliqué le racisme papa, il faut sortir sa calculatrice.

– Il faut lutter contre le racisme tu sais, c’est le mal absolu. On a massacré des millions de gens dans notre histoire à cause du racisme.

– Il paraît aussi que là-bas, en 2018, il y a deux fois plus de Noirs qui ont tué des Blancs que de Blancs qui ont tué des Noirs. Cela veut dire que les Noirs sont deux fois plus méchants, ou deux fois plus racistes que les Blancs ?

– Cela n’a rien à voir…

– Mais là aussi c’est mathématique pourtant papa !

– Non… mais… euh… d’abord, ou est-ce que tu as entendu ça ?

– C’est une journaliste américaine, Candace Owens, qui l’a dit…

– Elle est blanche ?

– Non, noire.

– Ah… Tu as fait tes devoirs sinon ?

– Oui papa. Tu as vu les images des émeutes aux Etats-Unis, ou encore à la télé l’autre soir en France, pour Adama Traoré, ça fait peur. Les gens, ils sont très violents…

– Oui, ce n’est pas bien du tout. Mais tu sais, il faut le comprendre aussi, les Noirs et pas seulement eux d’ailleurs ont été extrêmement choqués par ce qui s’est passé. Ils ne supportent plus le racisme dans la police.

– Cela veut dire qu’après chaque attentat islamiste chez nous, tu comprendrais si les gens s’en prenaient aux mosquées et…

– Surtout pas ! Il ne faut pas faire l’amalgame et stigmatiser toute la population musulmane, qui n’a rien à voir avec ça.

– Je ne comprends pas.

– Qu’est ce que tu ne comprends pas ?

– Quand un policier blanc tue un Noir, tu me dis qu’il y a du racisme dans la police et quand un musulman tue des gens en criant « Allah akbar », tu me dis à chaque fois que ça n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire l’anagramme et synthétiser les musulmans.

– Il ne faut pas faire l’amalgame et stigmatiser je t’ai dit. Mais là encore, ce n’est pas comparable. La police a le monopole de la violence légitime, elle se doit d’être irréprochable. C’est extrêmement grave ce qui s’est produit à Minneapolis…

– Un policier qui tue un délinquant noir c’est plus grave qu’un islamiste qui tue volontairement une vieille dame ou des enfants juifs ?

– Évidemment que non, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit !

– Mais alors pourquoi dans un cas il ne faut surtout pas faire l’Amsterdam et la stérilisation et dans l’autre cas, on peut… ?

– L’amalgame et la stigmatisation ! Écoute Sophie, il vaut mieux qu’on parle d’autre chose, hein.

– Oh non, tu vas encore me parler de Formule 1, pfuuuhhh….

– Et pourquoi pas, c’est cool la Formule 1 non ?!

– Il y a ton pilote préféré, Lewis Hamilton, qui vient de déclarer que la Formule 1 est dominée par les Blancs.

– Il a raison, il faut que ça change, le monde doit évoluer et combattre ce type d’injustice.

– Il faudrait donc aussi que le basket et la course à pied ne soient plus dominés par les Noirs ou encore qu’il y ait moins de Noirs en équipe de France de football ?

– Euh… il faut que tu comprennes. Historiquement, les Noirs ont été victimes de l’esclavage et aussi, tout comme nos amis arabes, de la colonisation et du coup…

– Il n’y a que les Noirs qui ont été victimes de l’esclavage et de la colonisation ?

– Non. Mais lors des derniers siècles, ce sont eux qui…

– Ma maîtresse, elle nous a dit que Charles Martel avait arrêté les Arabes à Poitiers en 732 et que l’Espagne avait été colonisée par les musulmans pendant huit siècles…

– Sophie, tu m’enquiquines, va te laver les dents !

– C’est déjà fait papa.

– Tu as téléphoné à mémé pour lui fêter son anniversaire ?

– Mais papa… mémé est morte.

– Ah oui, c’est vrai.

– Papa, j’ai une dernière question.

– Mouais…

– A la télé, ils nous ont montré les images de l’agonie de l’homme tué par le policier. Mais pour l’attentat du Bataclan, on ne nous a pas montrés les images de la vidéosurveillance…

– Parce que les images de l’attentat étaient particulièrement choquantes et qu’il ne faut pas faire de la pub aux terroristes.

– Mais là aussi les images sont choquantes et on fait de la pub aux racistes !

– Ce n’est pas pareil. On montre aux gens les méfaits du racisme.

– Et pourquoi à la télé ou dans les journaux, ils ont souvent montré la photo du petit Syrien mort sur la plage et jamais la photo des enfants juifs assassinés dans l’école, à Toulouse ?

– Bon Sophie…

– Au fait papa, c’est quoi la différence entre un raciste et un antiraciste ? Parce que dans les deux cas, ils ne voient que la couleur de la peau des gens au lieu de voir les gens eux-mêmes, non ?

– Tu ne peux pas comparer. Dans un cas, c’est une horreur, dans l’autre ça part d’un bon sentiment.

– Un peu comme la différence entre le communisme et le fascisme ? Dans un cas, ça part d’un bon sentiment, dans l’autre c’est une horreur, mais dans les deux cas ça ne donne rien de très bon…

– Écoute, ça commence à bien faire Sophie, va au lit maintenant !

– Mais… il n’est que 19h28.

– Je ne veux pas le savoir. Bonne nuit !

– Papa, je peux écouter la radio au moins. Parce que je vais mettre du temps à m’endormir là…

– Oui, mais uniquement Radio France alors.

– Une fois, je suis tombé par hasard sur France Culture. Je n’ai pas compris grand-chose, mais j’ai entendu un vieux monsieur qui a dit : un Arabe qui incendie une école, c’est une révolte, un Blanc c’est du fascisme.

– Euh… tu n’as qu’à lire Tintin alors. Mais pas Tintin au Congo hein !

– De toute façon tu l’as jeté à la poubelle.

– Allez, bonne nuit ma puce.

– Au fait papa. Doit-on dire un Noir on un homme de couleur ? Parce que tout ceci n’est pas clair. *

* Serge Gainsbourg

Heurts à la fin de la manifestation au Palais de justice de Paris

Hier soir, dans le quartier de la Porte de Clichy, la manifestation parisienne (non autorisée) s’est terminée par des affrontements entre forces de l’ordre et certains délinquants ayant répondu à l’appel du collectif “Justice pour Adama Traoré”. 

Parmi les 20 000 personnes présentes, on signale aussi la présence de deux personnages bien connus de nos lecteurs: la chanteuse Camélia Jordana et le cinéaste Ladj Ly. 

La première avait récemment brillé en déclarant à la télévision que “des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue […] se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau” par la police française. Le second a connu un important succès avec son film “Les Misérables” qui dénonce les violences policières, après avoir caché au public un lourd passé judiciaire (condamnation à de la prison pour complicité d’enlèvement et séquestration, dans le cadre d’une obscure affaire d’expédition punitive). On ne doute pas que s’il était encore de ce monde, Martin Luther King bénirait malgré tout ses deux successeurs. Mais peut-être suggérerait-il aussi à la chanteuse d’éviter de faire sa promotion sur une mort tragique, et au réalisateur de commencer par faire amende honorable quant à son passé, avant que de ne faire des reproches à son prochain…

La rédaction

Après les mandarins de la santé, voici les mandarins de l’économie

0
Le prix Nobel d'économie Jean Tirole © ERIC DESSONS/JDD/SIPA Numéro de reportage: 00865058_000016

Au moment où s’annonce une crise économique aiguë à la suite d’une épouvantable crise sanitaire, de nombreuses questions se posent sur la capacité de l’État à y faire face. Vite, un comité Théodule !


La maladie française des comités Théodule et des commissions machin chose continue de faire des ravages. Après les deux comités de « médecins » puis d’« experts » médicaux, le « conseil scientifique » et le « comité analyse recherche et expertise » (CARE) qu’il avait constitués à l’Élysée, Emmanuel Macron vient de créer un comité d’économistes cette fois, composé de 26 membres, lequel vient s’ajouter au comité économique de Bruno Le Maire et ses 22 membres en place depuis le début de la crise du coronavirus. Mais pour Macron, face à Le Maire, l’honneur est sauf : c’est lui qui a la plus grosse équipe et qui mène au score 26 à 22 !

Après le temps du médical qui touche à sa fin, même si l’on n’a pas encore trouvé le vaccin miracle contre le coronavirus, voici venu le temps de l’économie. Après les mandarins scientifiques, voici maintenant les mandarins économiques. Macron voulait « réparer » le France mais, depuis son élection, il n’a fait que l’enfoncer un peu plus dans ses erreurs et ses travers. Résultat : l’état lamentable du pays, usé jusqu’à l’os par les grèves de 2017, les gilets jaunes de l’hiver 2018-2019 et les grèves dures de l’an dernier (réforme des retraites), un pays déjà à moitié ruiné par ses dépenses excessives et ses dettes, et donc dans l’incapacité de supporter, après trois mois d’horreurs médicales et de traumatisme profond, un effondrement économique tel qu’on n’en avait jamais connu.

Incroyables énarques qui veulent refaire le monde depuis leurs tours d’ivoire de l’Élysée et de Bercy sur le dos des entrepreneurs, seuls en mesure de créer les richesses dont tous les pays du monde ont besoin pour faire fonctionner leur économie

L’enfer du secteur privé

Le président français a donc décidé de prendre le taureau par les cornes et de chercher autour de lui les meilleurs conseils pour remettre en marche le moteur économique de la France, mais pas seulement. N’écoutant que son courage et son ambition, en tant qu’homme d’État qui voit loin, le regard fixé sur la ligne bleue de l’horizon, il veut proposer des réflexions et des réformes « avec des perspectives pas seulement françaises mais aussi européennes et internationales ». C’est ainsi que cette nouvelle commission d’économistes travaillera principalement sur trois grands thèmes : le climat, les inégalités et la démographie, dans le but de « rendre les politiques économiques plus efficaces ».

A lire aussi: L’économie de la santé existe, le coronavirus l’a rencontrée

Mais alors, que devient la France dans tout cela, une maison très ancienne dont il faudrait d’urgence consolider les fondations complètement moisies, réformer tous les étages de bas en haut et refaire la toiture qui fuit de partout ? Chaque chose en son temps, semble nous dire le président. « Il s’agit d’une réflexion plus large que celle d’un simple plan de relance », d’après l’Élysée. Ah bon ! Alors, si la France n’a besoin que d’un « simple plan de relance », les choses ne vont peut-être pas si mal, après tout ? Qui peut croire ce genre de balivernes alors que tout le secteur privé vit actuellement un enfer dans un tunnel dont il ne voit pas le bout ?

Quelques millions de commerçants et d’indépendants, d’artisans, d’entrepreneurs et de professions libérales, employant des millions de salariés, se demandent s’ils seront encore économiquement vivants en fin d’année, et les hauts fonctionnaires qui nous gouvernent depuis plus de quarante ans et qui conseillent l’actuel président n’ont rien de mieux à nous proposer qu’une commission supplémentaire qui va travailler sur le climat, les inégalités et la démographie ? Parfois, on croit rêver…

Des keynésiens convaincus et obtus

Alors, cette commission ? Voyons voir… Les deux animateurs et rapporteurs seront deux Français, Jean Tirole, Nobel d’économie en 2014, et Olivier Blanchard, ancien chef économiste du FMI. Ils devront rendre leur rapport à la fin de l’année, c’est-à-dire, assez curieusement, après que les décisions de relance les plus urgentes aux niveaux français et européens auront été prises. Cette commission Tirole-Blanchard comporte huit Français, huit Européens et huit Américains, ce qui fait sérieux. On y trouve d’abord des prix Nobel, Peter Diamond et Paul Krugman en plus de Jean Tirole, des pointures américaines, Nicholas Stern, ancien vice-président de la Banque mondiale, et Laura Tyson, ancienne conseillère économique de Bill Clinton. Et bien sûr des Français, Philippe Aghion, professeur au Collège de France et ancien conseiller de Hollande puis de Macron, Daniel Cohen, professeur à Normale Sup et conseiller de Martine Aubry puis de Hollande, Jean Pisani-Ferry qui, lui, a murmuré à l’oreille de Dominique Strauss-Kahn, Lionel Jospin et François Hollande, puis a coécrit le programme économique d’Emmanuel Macron, ces derniers positionnés dans la grande tradition socialiste des keynésiens convaincus et obtus.

A lire aussi: Hélicoptère monétaire: gare à l’atterrissage!

S’ajoutent à cet aréopage quelques Françaises remarquables telles que Laurence Boone, ex-conseillère économique de Hollande, actuellement chef économiste de l’OCDE, ou Stefanie Stantchova, qui est titulaire d’une chaire d’économie à Harvard, l’ENA américain. En revanche, ce sera sans Esther Duflo, lauréate du dernier Nobel d’économie, qui se consacre à l’étude de la pauvreté dans le monde et qui réclame un peu trop vivement la remise en route de l’ISF. Au total, donc, 26 économistes de classe internationale qui vont plancher sur le climat, les inégalités et la démographie. Après tout, pourquoi pas ? On ne voit toujours pas l’intérêt, mais on n’a pas la même longue-vue que le président et ça ne peut pas être pire que les mandarins précédents qui avaient doctement préconisé du Doliprane dès l’apparition des premiers symptômes de la maladie…

Un match avec Sarkozy?

Dans un genre voisin, Nicolas Sarkozy avait eu l’idée déjà de créer en 2008 une commission de distingués économistes, intitulée « commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social » et composée de 17 membres et 8 rapporteurs dont 5 Nobel, soit 25 membres. Là également pour Macron l’honneur est sauf : il mène 26 à 25 ! En pleine crise mondiale, cette commission dite commission Stiglitz, du nom de son président Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, avait rendu son rapport en septembre 2009, un remarquable rapport paraît-il, bien rangé depuis dans une armoire des Archives nationales, auquel aucune suite n’a jamais été donnée comme pour des centaines d’autres rapports du même tonneau.

A lire ensuite: La technocratie, les médecins et les politiques

Il y en a un qui doit plutôt rire sous cape en ce moment, c’est Bruno Le Maire. Lui qui était déjà ministre en 2009 (Agriculture) et qui déclarait dernièrement vouloir « réinventer le capitalisme », a monté sa commission d’économistes à Bercy depuis de nombreuses semaines. Avec ses 22 membres qu’il consulte chaque semaine, il a réuni une brochette de spécialistes dans laquelle on retrouve d’ailleurs quelques membres de la commission Tirole-Blanchard, comme Laurence Boone, Jean Pisani-Ferry, Philippe Aghion ou Daniel Cohen. Bruno Le Maire, qui voit très loin, presqu’aussi loin que Macron comme il sied à un collaborateur zélé, n’a pas hésité à déclarer récemment : « Nous avons une occasion unique de repenser le modèle économique français. […] Pour la première fois depuis des décennies, parce que notre économie est à l’arrêt, nous pouvons et nous devons réfléchir à ce à quoi sert notre économie… »

Pas un seul « expert » du privé!

Incroyables énarques qui veulent refaire le monde depuis leurs tours d’ivoire de l’Élysée et de Bercy sur le dos des entrepreneurs, seuls en mesure de créer les richesses dont tous les pays du monde ont besoin pour faire fonctionner leur économie. Or, dans ces prestigieuses commissions de Macron et de Le Maire, on ne trouve pas un seul conseiller, pas un seul « expert » qui connaisse la pratique économique, qui ait travaillé dans une entreprise le temps de se rendre compte des vrais problèmes de l’économie française, a fortiori qui ait dirigé une PME familiale, une ETI ou une multinationale cotée en Bourse. Pas un seul ! Mais ils veulent donner de la consistance à leurs rêves utopistes tout en donnant des leçons de gestion aux entrepreneurs français qui sont les plus suradministrés et les plus taxés du monde. Hélas, trois fois hélas, il n’y a pas et il n’y aura jamais de vaccin contre l’incompétence, l’arrogance et la démagogie.

Économie du bien commun: Édition augmentée

Price: ---

0 used & new available from

Obamagate…

0
Barack Obama en 2018 © Jason DeCrow/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22284530_000001

Les accusations d’ingérence russe portées contre Donald Trump se sont révélées fausses et volontairement manipulées. Un autre dossier agite le monde américain: celui de l’implication supposée de Barack Obama et de Joe Biden dans la déstabilisation de l’administration Trump. De nombreux documents déclassifiés permettent de mieux comprendre le déroulé des opérations, sans qu’il soit possible, au vu des éléments aujourd’hui certains, de distinguer encore clairement les responsabilités des uns et des autres.


La question de « l’Obamagate » (ainsi nommée par ses adversaires) secoue l’Amérique à six mois des élections présidentielles. Pour essayer de faire le point sur ces accusations complexes et ces imbroglios juridiques et médiatiques, nous publions un texte de Michael Hickman, docteur en philosophie politique et professeur à la University of Mary qui fait le point sur ce dossier et montre ce qui est certain et ce qui relève du complotisme et de l’imagination.

Les accusations persistantes de malversations portées par des responsables de l’administration Obama contre la campagne et la présidence de Trump n’ont jamais été traitées sérieusement dans la presse « grand public », malgré les preuves de plus en plus nombreuses. Cette situation est en partie due au fait que les médias américains sont largement contrôlés par les alliés des démocrates. Elle est également due à la complexité et à l’obscurité des questions sous-jacentes. Même les Américains éduqués et informés ont du mal à saisir le cadre juridique, les subtilités institutionnelles et la dynamique politique en jeu.

Récemment, cependant, en baptisant l’ensemble de ces méfaits « Obamagate », Donald Trump a porté la question à un niveau personnel, avec pour effet que les enjeux sont si élevés qu’au moins l’accusation de méfaits est entrée dans le débat public. Les opposants au président rejettent généralement l’Obamagate comme une simple « théorie de conspiration », destinée à rallier sa base pour les prochaines élections et peut-être à détourner l’attention de ce qui, selon eux, est une gestion incompétente de la crise du Covid-19. Pourtant, les preuves des méfaits de l’administration Obama, qui s’accélèrent du fait de la déclassification des documents et des nombreuses enquêtes, rendent ces dénégations moins crédibles, voire plus véhémentes. Il en résulte une sorte de fracture dans la politique américaine où les hommes politiques et de nombreux citoyens vivent dans des « réalités politiques » de plus en plus éloignées.

Cet article tentera d’éclairer le phénomène de l’Obamagate en expliquant le contexte dans lequel il doit être compris, ainsi qu’un bref résumé de ses principales composantes. De nombreuses accusations d’actes répréhensibles qui relèvent de l’Obamagate ont un fondement probatoire mais sont contestées ou font l’objet de diverses interprétations. Dans ce qui suit, j’ai tenté de n’inclure que des faits bien établis et des déductions directes, en évitant de nombreuses possibilités réelles qui restent cependant trop spéculatives pour le moment.

De quoi s’agit-il ?

Pour commencer, le suffixe « gate » remonte au scandale qui a entouré le cambriolage du siège du Comité national démocrate dans l’hôtel Watergate en 1972, qui a entraîné la démission et la disparition politique du président Richard Nixon. Aujourd’hui, il est facilement rattaché à la révélation de tout type de méfaits politiques de haut niveau. L’ajout astucieux de « gate » à toute accusation est un outil rhétorique puissant qui donne une aura de conspiration, de scandale et de malversation. Sa force polémique, cependant, a diminué ces derniers temps en raison de son utilisation intensive[tooltips content= »En France aussi ce suffixe a été utilisé puisqu’on a parlé de « Fillongate » dans une sorte de mimétisme avec la vie politique américaine. NDLR »](1)[/tooltips].

Le terme « Obamagate » désigne l’ensemble des actions des responsables de l’administration Obama dans le cadre desquelles l’appareil américain de renseignement et d’application de la loi a été utilisé pour destituer ou paralyser le président dûment élu Donald J. Trump. Sans contredire cette caractérisation, il est néanmoins nécessaire de soulever d’emblée certains points afin d’éviter toute simplification excessive.

Premièrement, il est important de réaliser qu’il n’y a pas d’identification absolue entre les individus impliqués dans l’Obamagate et le Parti Démocrate. Une alliance d’un acteur particulier avec l’administration Obama pourrait simplement découler de l’existence d’un ennemi commun partagé : l’outsider politique Donald Trump. Par exemple, au centre de nombreuses actions de l’Obamagate se trouve le républicain de longue date Jim Comey, directeur du FBI jusqu’en mai 2017. De tels cas ne devraient cependant pas être surprenants, étant donné l’animosité parfois hystérique envers Trump de la part de nombreux républicains « de l’establishment » qui avaient comme devise « jamais de Trump ». Donald Trump entretient ainsi de très mauvais rapports avec les anciens présidents Bush, rapports qui sont parfois plus mauvais qu’avec des figures démocrates[tooltips content= »Baker, Peter. “Without Saying ‘Trump,’ Bush and Obama Deliver Implicit Rebukes.” The New York Times, October 19, 2017. https://www.nytimes.com/2017/10/19/us/politics/george-bush-trump.html »](2)[/tooltips].

Deuxièmement, il faut garder à l’esprit que la corruption signifiée par le terme « Obamagate » implique une série d’incidents plus ou moins interconnectés qui n’ont parfois pour seul but que d’endommager ou de supprimer Trump. Même si l’on peut dire qu’ils englobent un seul objectif, il serait trompeur de penser qu’ils se déroulent selon une logique juridique ou institutionnelle stricte.  Au contraire, l’Obamagate a évolué et a répondu à la progression des événements et a été réalisé avec différents niveaux de coordination par de multiples acteurs au sein de diverses institutions. Cette coopération quelque peu ad hoc des acteurs et des institutions est la réalité désignée par les termes « l’État profond » et « le marais ».

Enfin, le terme Obamagate peut être quelque peu inapproprié étant donné que l’implication personnelle du président Obama lui-même dans les méfaits reste floue. Bien sûr, il est toujours possible que des preuves fassent surface montrant que l’ancien président a lui-même ordonné des activités illégales ou abusives. Pour l’instant, cependant, les preuves indiquent qu’il est probable qu’Obama était…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Black Lives Matter: un conformisme comme un autre?

0
La Maison Blanche sous étroite surveillance alors que des émeutes raciales secouent l'Amérique, le 1 juin 2020 © Alex Brandon/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22460216_000001

En nous émouvant tous en chœur du cas du malheureux George Floyd sur nos réseaux sociaux, nous importons des thèses racialistes dont la France n’a que faire, et nous faisons la courte échelle à l’extrême-gauche américaine.


La tendance qu’a notre génération à sauter sur l’idée à la mode du moment est inquiétante.

Le meurtre de George Floyd est évidemment immonde et il faut que justice soit faite. N’empêche qu’il y a trois jours, nous ne savions pas placer Minneapolis sur une carte et attendions tranquillement la réouverture des boites de nuit parisiennes. D’un coup, nous sommes devenus des militants anti-racistes, obsédés par l’idée de justice sociale, d’égalité raciale, de « privilège blanc ». Parce que nous sommes véritablement émus ou parce que nous ne savons pas penser autrement qu’avec la meute ? Le racisme, c’est mal, le meurtre, c’est mal, nos abonnés Instagram le savent sûrement déjà. Lorsque nous relayons ces publications, nous mettons nos cerveaux sur pause, sommes envahis par un profond sentiment de narcissisme (c’est notre grandeur d’âme qui nous émeut, plus que la mort de Floyd), et abandonnons tout esprit critique.

C’est une constante dans l’Histoire, les mouvements les plus totalitaires et les plus violents se sont toujours abrités derrière des belles idées, et gagnent du terrain grâce aux idiots utiles qui les soutiennent

« Black Lives Matter ». Évidemment que black lives matter, que le racisme est intolérable, que le bourreau de George Floyd doit être puni. Sauf que Black Lives Matter, c’est aussi un slogan politique de l’extrême gauche américaine, une gauche qui cherche à nous ramener des années en arrière en racialisant le débat, en réduisant chacun à sa couleur de peau, en faisant de notre « race » une identité – ce contre quoi les vrais anti-racistes se sont battus pendant des décennies. Partager des publications où les non-blancs sont appelés les « racisés », ce n’est pas forcément un progrès. Enivré par l’idée de notre supériorité morale, nous perdons tout souci de cohérence idéologique. L’injonction à ne pas généraliser après un attentat islamiste devient le devoir de généraliser lorsqu’il s’agit du meurtre commis par un blanc. Nous essentialisons les blancs (forcément racistes) et les noirs (forcément victimes). Bref, par conformisme, nous nous faisons les idiots utiles de l’extrême gauche américaine, nous importons en France leurs délires identitaires, nous n’œuvrons pas du tout contre le racisme, au contraire.

Nous participons aussi à l’édification d’un récit trompeur sur la réalité du racisme aux États-Unis. En 2019, pour 10 000 blancs désarmés arrêtés pour crime violent, 4 étaient tués. Pour 10 000 noirs, 3 étaient tués. Le racisme existe et doit être combattu, mais ces chiffres montrent qu’on est loin de l’Amérique complètement raciste dont nos publications Instagram donnent l’impression. En encourageant l’idée que nous vivons dans des sociétés où le racisme est omniprésent, nous alimentons un ressentiment non-légitime qui ne fera qu’accentuer les tensions entre communautés et le mal-être de ceux que nous croyons défendre.

Quand les réseaux sociaux ne relaient plus que les injonctions idéologiques…

Le plus inquiétant, c’est que ces mécanismes de conformisme sont les mêmes quelle que soit la cause. Qu’il s’agisse d’ordonner à nos amis de rester chez eux, de s’émouvoir sur les feux de forêt en Australie, ou de soutenir la liberté d’expression, les phénomènes de mode ébranlent notre esprit critique. Mais c’est une constante dans l’Histoire, les mouvements les plus totalitaires et les plus violents se sont toujours abrités derrière des belles idées, et gagnent du terrain grâce aux idiots utiles qui les soutiennent davantage par conformisme que par proximité idéologique. Évidemment, l’anti-conformisme aveugle est un conformisme comme un autre. Veillons simplement à garder un esprit critique, à ne pas relayer aveuglément tout ce qui contient les termes égalité, écologie, justice sociale ou anti-racisme. Assurons-nous aussi que notre émotion provient réellement de ce que nous dénonçons, plutôt que de la prise de conscience de notre supériorité morale, de notre certitude d’appartenir au camp du bien.

Football: le plaisir de ne pas copier le modèle allemand

0
Noël Le Graët et Didier Deschamps, en juin 2019 © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22343388_000006

Il est un domaine au moins où la France n’aura pas suivi l’Allemagne: le sport professionnel, et particulièrement le football. Il n’est pas prévu que la Ligue 1 reprenne avant la rentrée de septembre, n’en déplaise aux affairistes du sport.


En effet, Edouard Philippe a annoncé la fin des saisons professionnelles 2019-2020 de sport à l’Assemblée Nationale le 28 avril dernier, enterrant ainsi les derniers espoirs de certains dirigeants du foot français de terminer coûte que coûte la saison en cours. Mais, alors que certains championnats européens songent à reprendre mi-juin ou fin juin, et que la puissante ligue allemande a déjà redémarré dès le 16 mai, la polémique repart de plus belle en France depuis le discours du Premier ministre à Matignon jeudi 28 mai. Puisque les entraînements collectifs peuvent reprendre dès le 02 juin, et le jeu dès le 22, pourquoi alors ne pas terminer la dizaine de journées de Ligue 1 et Ligue 2 ? Pourquoi, une fois de plus, ne pas copier le modèle allemand ? Pour plusieurs raisons, que je vais tenter humblement de développer.

D’abord, il n’y a pas que le sport pro dans la vie, et encore moins le seul dieu-football.

Rappelons qu’en avril dernier, nous étions encore en plein pic de l’épidémie, et encore très loin de l’ouverture des restaurants, théâtres, universités et j’en passe. Il était alors impossible, ne serait-ce que par décence, d’autoriser les sportifs à rejouer quand, jusqu’à aujourd’hui encore, une simple visite à l’hôpital d’un proche est interdite, ou que les enfants ne sont pas encore retournés totalement sur les bancs de l’école. La somme de sacrifices, petits et grands, que consentent même malgré eux les Français est telle qu’il semble politiquement plus que délicat d’autoriser dans le même temps des milliardaires à taper dans un ballon.

Il n’y en a que pour les footballeurs!

D’ailleurs, cette décence, il semble que le handball, le rugby ou encore le basket-ball en fassent preuve, car, même s’ils n’en pensent probablement pas moins et sont tout autant, voire plus, en difficulté financière que leurs cousins du foot, qui entend-on dans les médias se plaindre encore et encore ? Le foot. Est-ce que les clubs des autres disciplines sont mieux gérés ? Plus civiques ? Le rugby aura ainsi vu la fin du championnat sans finale et sans son mythique bouclier de Brennus, une première depuis la Guerre. En appellent-ils tous les jours aux ministres, aux députés, aux sénateurs et à l’opinion publique pour autant ? Et reprendre le foot, mais à quel rythme ? A quelle cadence ? Quels risques de blessures ?  Après une coupure plus longue encore que les vacances d’été, il faut pour des athlètes de haut niveau une longue période de reprise, d’autant qu’il faudrait enchaîner derrière par la nouvelle saison qui sera ponctuée par l’euro et les JO… soit jusqu’à 14 ou 15 mois d’affilée.

A lire aussi: « The English Game »: football et lutte des classes

Il faut toutefois noter que tout le foot français n’est certes pas sur la même longueur d’ondes et que le président de la FFF Noël Le Graët aura pris acte, lui, de la fin de saison. Ce sont surtout certains dirigeants de clubs et des médias comme L’Equipe ou RMC qui souhaitent cela. Au mépris d’autres acteurs essentiels du foot, à savoir les joueurs et les supporters.

Le football coûte que coûte serait une honte

Le jeu, qui appartient aux footballeurs, et bien des clubs et leurs supporters, sont en effet contre la reprise du championnat, fût-ce à huis-clos, nous en reparlerons. L’écrasante majorité des joueurs pros, via leur syndicat, s’est élevée devant les risques sanitaires, la cadence infernale qui se profilerait avec les risques de blessures multipliés en cas de reprise du championnat.

Les supporters, vaches à lait des dirigeants, contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord sont eux aussi vent debout contre toute idée de reprise de la saison.

Ainsi, ils plaident dans le Monde qu’« il n’est pas envisageable que le football reprenne prématurément. Il n’est pas envisageable qu’il reprenne à huis clos. Il reprendra en temps voulu, quand les conditions sanitaires et sociales seront réunies. Le football “coûte que coûte” est un football de honte, qui n’aura aucun lendemain. »

En outre, les contrats ont tous une date anniversaire au 30/06, comment pourraient-ils faire juridiquement pour retenir, acheter ou vendre des joueurs dès le 1er juillet si les championnats ne sont pas terminés ? Là aussi, ils ne peuvent passer outre l’avis de leurs joueurs. Bien d’autres arguments peuvent encore être mis en avant, à commencer par l’absurdité du huis-clos. Comment peut-on imaginer une finale de Coupe de France de foot ou de championnat de rugby au Stade de France sans spectateurs ? Ou, peut-être pire encore, avec seulement 5 000 personnes maximum dans l’enceinte ? La province ne « monterait » plus à Paris pour faire la fête ? De quel droit priver des millions de supporters des Verts, par exemple, de l’espoir de remporter enfin le trophée qui leur manque devant le « peuple vert » ? Ce que les Bretons de Rennes ont pu faire l’an passé et que d’autres feront l’année prochaine serait interdit aux stéphanois…

Amateurs, femmes ou millionnaires: on porte tous le même maillot !

D’ailleurs, il est tout à fait probable qu’un autre argument ait joué contre le foot français et l’espoir éventuel de finir la saison à huis-clos : le maintien de l’ordre. Le fameux match retour de Ligue des Champions entre le PSG et le Borussia Dortmund aura, de mon point de vue, scellé le sort des matches à huis-clos en France. Souvenez-vous de ces milliers de supporters tout autour de l’enceinte du Parc des Princes pour accompagner les bus et chanter pendant tout le match à l’extérieur du stade. Résultat ? Pour un match sans spectateurs, il faut mobiliser autant de CRS que pour un match à guichets fermés. Ne nous y trompons pas, les fins de saisons sont autant de matches à gros enjeux, les supporters de tous les clubs de L1 comme de L2, encouragés par le précédant du PSG et la magnifique communion ce soir-là entre joueurs et fans, auraient agi exactement de la même façon pour aider leurs joueurs à se maintenir, à se qualifier, à battre un rival historique, etc.

A lire aussi: Du confinement pour qu’on nous foot la paix

Une autre raison de bon sens n’est pas non plus reprise par les habituels commentateurs de foot. Toutes les saisons amateurs se sont arrêtées, toutes. Pas un club de village du pays ne reprendra avant septembre maintenant. Chaque sport étant constitué de façon pyramidale, pourquoi donc l’AS Bondy ne pourrait pas rejouer quand le Paris Saint-Germain le pourrait ? Autrement dit, Mbappé enfant serait privé de sa passion, mais pas adulte ? Puisque toutes les divisions sont arrêtées, il serait inégalitaire et illogique de ne pas faire de même pour les clubs professionnels.

Enfin, il est assez ironique de constater qu’au pays du Mondial féminin de 2019, personne ne songe au foot féminin. On a beau jeu d’évoquer la reprise prochaine en Angleterre ou en Espagne, mais pourquoi donc nos amis anglais et espagnols ont arrêté définitivement le foot féminin mais se battent, eux aussi contre l’avis de leurs supporters et de leurs joueurs, pour la reprise des championnats masculins… La santé des femmes est-elle plus précieuse que celle des hommes ?

Le rayon bleu

0
© Soleil

Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne.


Pas d’Avignon, pas d’Orange, pas de Vieilles Charrues, plus un billet à déchirer. Je vais faire comme vous, regarder des films. Pas de salles non plus. Vais les regarder à la maison, dans mon home cinéma.

De la supériorité du matériel

Le home cinéma, c’est un projecteur, un mur, du son. Deux options : matériel ou dématériel. Ces jours-ci et pour longtemps, la star c’est le dématériel, la plate-forme sur décodeur, en général du méchant bizness, mais quelquefois des films chouettes et des séries futées. Sinon, le matériel : DVD ou Blu-ray. Le matériel a ses avantages. D’abord quand vous l’avez, vous l’avez. Vous regardez ce qui vous plaît quand ça vous plaît sans dépendre des algorithmes. Pas de Mickey ou de Netflic en tapinois pour contrôler vos « pratiques ». Et puis surtout, le matériel s’adresse au cinéphile. Pour Maman, j’ai raté le trône ou Les zombies font du ski, l’immatériel suffit. Pour Andreï Roublev et La Nuit américaine, je conseille le matériel.

Seulement voilà. Sur un écran de télé, Blu-ray ou DVD peu importe. Aucune différence. Tandis que, sur le mur, le DVD ressemble à un pâté mal cuit. Même le noir et blanc dégouline. Le home cinéma de deux mètres sur trois, c’est Blu-ray ou rien. Et là j’ai du mal à suivre le raisonnement des éditeurs. Qui achète des Blu-ray ? Les gens qui aiment le cinéma. Ceux qui se délassent devant Les Tuche s’en cognent de la belle image profonde, et la dernière fois qu’un accro à Batman a « acheté » un film, c’était avant sa naissance. Marvel se sirote sur tablette ou smartphone, c’est scientifiquement prouvé. D’ailleurs, comptons. Le marché matériel s’effondre. Entre 2018 et 2019 : moins 18 %. Mais le DVD, support de qualité inférieure à n’importe quelle diffusion sur TF1, a perdu 15 % de clients au dernier trimestre 2019, alors que pendant ce temps-là, le Blu-ray ne baissait que de 8 %. Moitié moins de perte. Preuve que les cinéphiles sont meilleurs clients que les batmaniaques. Qu’ils en veulent encore, du noir et blanc bien défini, du technicolor bien encodé.

A lire également, du même auteur : Le monde de la culture ne passera pas l’été

Or, je cherche et qu’est-ce que je trouve ? La Reine des neiges, Joker, C’est quoi cette mamie ?!, Galaxy Quest… Qui va acheter ces trucs déjà usés par tous les bouquets télé ? Dans mon salon, je voudrais voir The Player, Un Mariage et Short Cuts de Robert Altman, aucun disponible en Blu-ray, ou alors importés, pas dans la bonne zone, sans VF, sans sous-titres. Peeping Tom, le chef-d’œuvre de Michael Powell ? Existe pas. The Shop de Lubitsch, Angel Face de Preminger, les meilleurs Visconti, Pasolini, Fellini, non plus. DVD crados, oui. Blu-ray sérieux, non. Confinée avec les gosses, je débusque sur la Toile une magnifique « Jules Verne Collection » : coffret de sept classiques américains… en allemand pour les Allemands.

Les films français, n’en parlons pas. Fanfan la Tulipe, En cas de malheur, Si Versailles m’était conté, Coup de torchon, la base basique grand public : que du vieux DVD pour télé à pixels. Costa-Gavras a droit à une intégrale en deux coffrets, miracle. Mais Cayatte ? Mais Duvivier ? Mais Delannoy ? Mais Grangier ? (Pathé a sorti son Désordre et la Nuit, celui-là ne le loupez pas). À la mort de Brialy je m’étais dit : ils vont enfin nous rendre Églantine, ce délice, et le dernier rôle de Valentine Tessier. Jamais ! Tu m’étonnes qu’ils ne vendent plus de galettes. Ils empilent leurs blockbusters que personne ne cherche puisqu’ils sont partout, en se foutant du brave client. Et pas un cinoche d’ouvert. Misère.