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Une alliance Collomb-Les Républicains nécessaire pour Lyon


C’est une annonce qui a fait office de séisme dans le milieu politique lyonnais et qui a ébranlé les marcheurs. Gérard Collomb, soutien de la première heure de Macron, a fait une alliance avec les Républicains pour les élections municipales et métropolitaines de Lyon pour contrer la montée en puissance écologiste. La Gauche répond en faisant bloc derrière le candidat des Verts (EELV): Bruno Bernard.


Bien que déplorée par une partie des soutiens de Gérard Collomb, par les marcheurs nationaux ou simplement moquée par ses adversaires, cette alliance est à mon sens le moindre mal contre la montée des écologistes et de leurs alliés. J’entends bien que de nombreuses personnes n’apprécient pas vraiment, voire pas du tout, la «droite Wauquiez» pour des raisons parfaitement compréhensibles. Ils ont peur de la retrouver à travers François-Noël Buffet, le candidat LR-Collomb pour la métropole. Si ces craintes sont audibles, condamner d’office cette alliance pour cela semble bien léger. Le candidat reste un aguerri de la politique et connait bien le territoire de la métropole en tant qu’ancien maire d’Oullins, nul doute qu’il aura sa propre voix en cas d’élection. Quand bien même cette « droite Wauquiez » se retrouverait à la métropole de Lyon, ne serait-il pas bien plus « simple » de limiter voir de combattre cette droite qui a toujours assumé ses prises de position que de lutter contre des écologistes, qui en dehors du domaine écologique n’assument plus grand-chose.

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Nous ne pouvons pas non plus reprocher à cette alliance une « magouille politique pour garder le pouvoir » comme j’ai pu l’entendre puisque Gérard Collomb laisse sa place. Alors certes, on peut toujours dire que c’est une façon de garder une parcelle de pouvoir à la mairie de Lyon en cas de victoire grâce à son « poulain », l’ancien gymnaste Yann Cucherat, candidat pour la mairie centrale, mais cela reste quand même une sacrée évolution pour quelqu’un qui a régné depuis presque 20 ans sur Lyon. Les mauvaises langues rajouteraient que c’est une façon de conserver le pouvoir dans son 9e arrondissement puisque Gérard Collomb devrait rester tête de liste pour cet arrondissement, mais c’est un argument qui ne tient pas vraiment quand on connait les pouvoirs réels d’un maire d’arrondissement… Bref, cette décision surprenante et pour le moins honorable de Gérard Collomb nous montre bien que la situation est particulière, grave même, pour la ville et la métropole de Lyon.

Constat logique pour qui connaît un petit peu les écologistes. D’un point de vue national, ils ont des élus jamais désavoués et plus que douteux, au hasard, Esther Benbassa ou Michèle Rivasi. La première, sénatrice EELV, est une grande amie des indigénistes et décoloniaux qui n’hésite pas à participer en tant qu’élu de la République à « la manifestation contre l’islamophobie » de novembre dernier ou à publier ou signer des tribunes comme « Le voile, n’est pas plus aliénant que la minijupe ». Michèle Rivasi, quant à elle, est députée européenne et fut la numéro 2 de la liste Europe Écologie-Les Verts pour les élections européennes 2019 et est accessoirement une antivax notoire. Sur le plan des idées, EELV reste profondément antiprogrès et/ou antihumaniste voire carrément obscurantiste comme nous pouvons le voir dans le domaine énergétique ou agricole.

D’un point de vue plus local, Grenoble est l’exemple parfait de la gestion catastrophique des verts et de son alliance avec l’extrême gauche. Ainsi, rappelez-vous, c’est à Grenoble que l’association « Alliance Citoyenne » peut se permettre de militer en faveur du burkini. La qualité de vie s’est à ce point dégradée que la ville n’a eu une évolution de population que de 0.07% depuis 2012 contre 2.75% pour son département l’Isère, qui n’est pas forcément le département le plus attractif. Cette faible évolution de la population explique, en partie, les raisons des larges scores de son maire écolo Eric Piolle. Son électorat est chouchouté et donc reste quand l’autre partie de la population tente de fuir. Un constat que l’on peut confirmer par le prix moyen du m2 de l’immobilier grenoblois qui a plongé de 3.1% en 2018.

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Cette alliance écolo-gauche voire avec l’extrême gauche, n’est pas propre à Lyon ou Grenoble. Il faut dire que certaines idées issues des études postcoloniales ont trouvé écho dans ces différents camps politiques et permettent un rapprochement idéologique facilité. Nous pourrions citer le cas de Rennes où il y a eu une alliance EELV-PS pour le second tour des municipales. La maire PS, Nathalie Appéré, est connue pour avoir fait preuve de complaisance envers les islamistes en permettant, entre autres, le port du burkini à Rennes, mesure ayant reçu le plein soutien de la section locale d’EELV.

La décision de Gérard Collomb de s’allier avec la droite semble donc être avant tout motivée par la volonté de « protéger sa ville » de ce désastre. Même si l’alliance Collomb-LR n’est pas sur le papier suffisante pour remporter les élections face à un front écologiste-gauche, elle aura au moins le mérite de montrer que des politiques sont prêts à mettre de côté leur différence, quitte à se sacrifier, pour un objectif commun. Doit-on y voir ici un nouveau type de front politique commun mis en place par les élus locaux et en dehors de toute logique partisane ?

Manifestation des migrants: une provocation qui en dit long

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Plus de 5000 clandestins ont défilé samedi dans Paris, malgré l’interdiction de la préfecture et les risques sanitaires. La manifestation n’a pas été réprimée. Un tel laxisme démontre que le gouvernement n’entend pas infléchir une politique migratoire folle, selon Yves Mamou.


La répression est un marqueur des politiques publiques, c’est souvent un très bon révélateur. Quand les matraques s’abattent sur une population donnée, que les lances à eau de la police la refoulent, le pouvoir politique fait savoir qu’elle n’est pas « dans le même camp » qu’elle. Comme l’a dit un jour le préfet de police Lallement à une dame en gilet jaune.

Le 30 mai, plus 200 organisations gauchistes et antiracistes ont organisé librement, sans aucune répression policière, une manifestation de quelques milliers de sans-papiers, au mépris de l’interdiction faite à cette manifestation de se former et au mépris de l’interdiction sanitaire de se regrouper au-delà de dix personnes. C’est la démonstration terrible que le pouvoir politique considère les sans-papiers comme “dans son camp”.

Les LBD sont restés rangés

Comme toutes les manifestations de sans-papiers, celle-ci était une provocation gauchiste et indigéniste. Ses organisateurs ont voulu montrer que les règles communes ne s’appliquent pas aux étrangers entrés illégalement dans le pays, et que ces étrangers en situation illégale ont des droits supérieurs à ceux des citoyens qui résident légalement dans le pays. Et la provocation a réussi, puisque le pouvoir politique a laissé faire, sans quasiment intervenir. 

La non-répression de cette manifestation illégale n’a pas trente-six interprétations ! Pour le gouvernement, la mondialisation heureuse avec son corollaire de liberté totale pour les flux migratoires continue et va continuer. En d’autres termes, le gouvernement n’a pas tiré les leçons de la pandémie. 

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N’a-t-il pas remarqué qu’à la première alerte, tous les Européens en goguette dans un autre pays que le leur sont rentrés dare-dare à la maison? N’a-t-il pas remarqué que les frontières ont été rétablies dès que la pandémie a menacé ? Surtout, le gouvernement ne veut-il décidément pas voir qu’il existe aujourd’hui une catégorie d’étrangers, originaires d’Afrique sub-saharienne et du Maghreb principalement, mais aussi d’Asie et du Moyen Orient, qui eux, n’entendent pas du tout rentrer à la maison? Pour eux, les frontières restent ouvertes et ils manifestent à Paris pour exiger logement, papiers, gel hydroalcoolique et masques… le tout au frais du contribuable local, naturellement. Et aucune grenade lacrymogène, ni aucun tir de LBD ne leur ont fait savoir que les temps avaient changé.  

Cités sensibles, clandestins: ne surtout pas contrarier

Pour le gouvernement, les migrants continuent d’être traités comme les habitants des cités hors de contrôle : il ne faut surtout pas les contrarier. Ces citoyens-là jouissent d’un statut à part. Ils peuvent continuer de se rassembler comme bon leur semble, organiser des rodéos sur la place publique ou régler à coups de barre de fer leurs conflits ethniques comme cela s’est passé récemment à la gare de Lyon. On peut aussi rappeler que des immigrés étaient déjà rentrés en force au Panthéon pour accuser la France de colonialisme ou de racisme, et que d’autres ont carrément profané la basilique de Saint-Denis pour réclamer des papiers ou un logement. Toujours pas de PV, pas de réprimande, pas de coups de matraque, ni tirs de LBD. 

En refusant de sévir, le pouvoir rappelle à la population française dite « de souche » qu’elle a un coût salarial élevé, que les délocalisations en Chine pourraient continuer et que l’immigration sans frein a pour but de faire baisser les coûts de tous les emplois qu’on ne peut décidément pas délocaliser (sécurité, BTP, santé…). Et si cette population-là proteste d’être concurrencée sur son territoire par une main d’œuvre étrangère trop nombreuse, si elle manifeste comme l’ont fait les gilets jaunes en leur temps, alors là cela pourrait être à coups de LBD dans l’œil qu’elle serait sommée de rentrer dans le rang !

Bonjour la souveraineté vantée par Macron!

Le laxisme avec lequel cette petite manifestation d’immigrés sans-papiers a été traitée est préoccupante. Emmanuel Macron parle de « rebâtir notre souveraineté » économique, il projette de « produire en France », mais cette stratégie de recentrement national peut-elle s’effectuer avec une main d’œuvre mercenaire, déqualifiée, sous payée et qui n’adhère à aucune des valeurs d’une nation souveraine ? 

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Face à un changement rapide de l’environnement extérieur, face à une Chine qui a aujourd’hui laissé tomber le masque et entend imposer son leadership par la menace et peut-être demain par la force ; face à l’islamisme qui gangrène des zones entières du pays et attente à l’identité comme à la cohésion du territoire, le pouvoir politique semble toujours tétanisé. 

Il parle de « reconquête » mais soutient toujours la même politique d’affaissement du national qu’auparavant : élargissement continu de l’Union européenne (Albanie et Macédoine du Nord dernièrement, et pourquoi pas la Turquie un jour prochain?), multiplication des traités de libre-échange avec des pays comme le Vietnam et donc importation continue d’une main d’œuvre non européenne intéressée par les avantages de notre système social mais pas toujours préoccupée de s’inscrire dans le projet français. Jamais le contraste entre les paroles et les actes des politiques n’a été aussi grand.

Le grand abandon: Les élites françaises et l'islamisme

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Pierre Moscovici va à la Cour des comptes…

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Le socialiste, ancien commissaire européen et ancien ministre de l’Économie de Hollande, prend la suite de Didier Migaud. Il aura tout loisir de critiquer ses petits camarades qui lui succèdent aux destinées économiques de l’hexagone. Une promotion méritée.


En ce dimanche de Pentecôte, alors que des familles innocentes se retrouvaient pour la première fois depuis des mois devant un barbecue, les portables se sont mis à vibrer entre la merguez et la côtelette. Une alerte – de l’appli du Figaro, s’agissant de votre serviteur – leur apprenait la nouvell : Emmanuel Macron proposait à Pierre Moscovici de prendre la tête de la prestigieuse Cour des Comptes.

Le peuple n’attendait que ça

On imagine les vivats dans tous les foyers ayant reçu la nouvelle. Bravant la distanciation physique, et toutes les mesures barrière, des chenilles ont été improvisées autour des tables. En Corse, des concerts polyphoniques ont résonné pour rendre hommage à Moscovici qui a épousé l’une des enfants de l’Ile de Beauté. Dans le pays de Montbéliard, sa terre d’élection, un embouteillage géant de Peugeot bigarrées a bloqué toute l’agglomération. Parfois des hommes faisaient hurler des cornes de brume, assis sur le toit de leur véhicule. On a même vu des femmes tomber le soutien-gorge du côté du Parc des miches. L’une d’elle avait écrit « Love Mosco » au rouge à lèvres sur sa poitrine généreuse. Rue Cambon, là où siège la Cour des comptes, créée par l’Empereur en 1807, de jeunes énarques fraichement émoulues ont fait le déplacement dominical afin de décrocher le portrait de Philippe Séguin dont elles avaient orné leur bureau, pour le remplacer par celui du nouveau guide spirituel. Partout en France, et même à Bruxelles et à Athènes, des petites gens sont venues se rassembler sur les places de leurs villes, de leurs villages, afin de communier autour de cette bonne nouvelle.

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Le lecteur l’aura compris. Le paragraphe qui précède est une fiction. Toute ressemblance avec des événements, existants ou ayant existé etc. En fait, Pierre Moscovici n’a jamais vraiment passionné les foules. Il se dit même que les foules répriment un bâillement lorsqu’il passe à la télévision. Les moins indifférents soulignent sa ressemblance avec Alain Juppé, dont il partage la calvitie et la sûreté d’être supérieur à son prochain. En beaucoup moins travailleur, certes – rendons justice à l’ancien maire de Bordeaux sur ce plan. Comme Juppé, il n’a pas un gramme d’humour sur lui. L’an dernier, nous avions osé une blague sur le réseau Twitter. La rumeur publique faisait état de sa volonté de mener la liste socialiste aux européennes. Nous avions alors évoqué l’idée qu’il était ainsi missionné par la Commission européenne pour faire passer le PS dans la limite des 3%. Il n’a pas aimé et a cru bon de manifester auprès de moi sa profonde désapprobation.

Capture d'écran twitter
Capture d’écran twitter

Pas toujours là pour soutenir Sochaux

En nommant Pierre Moscovici à la Cour des comptes, Emmanuel Macron a-t-il souhaité montrer le peu de considération qu’il avait à la fois pour la Cour et pour l’ancien commissaire européen ? On peut légitimement se poser la question. Quelle trace laisse en effet l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande dans l’histoire politique française ? Il n’a jamais roulé qu’à l’arrière de véhicules conduits par un chauffeur. Retournons un instant du côté de Montbéliard dont il a cherché, en vain et à deux reprises, de prendre la mairie. S’il a pu diriger la communauté d’agglomération, c’est en se cachant à la troisième place d’une liste à Valentigney, comptant ainsi sur le basculement à gauche de la cité montbéliardaise, obtenue par un camarade qui avait réussi là où il s’était cassé les dents. Quant à ses performances aux législatives, elles n’épatent pas davantage. Dans une circonscription taillée sur mesure pour la gauche, celle de Huguette Bouchardeau, il a réussi à perdre à deux reprises (1993, 2002) la gagnant trois fois (1997, 2007, 2012).

Il aurait bien voulu aussi prendre la Franche-Comté aux régionales. Il n’y est jamais parvenu. Que Dieu en soit remercié ici. Cette Franche-Comté qu’il a laissé tomber comme une vieille chaussette lorsqu’il se décida à guigner le poste ô combien rémunérateur de commissaire à Bruxelles. Cet été 2014, alors que les élus socialistes du Pas-de-Calais exerçaient une pression amicale sur François Hollande afin qu’il favorise le RC Lens, que les instances financières du football jugeaient inaptes à la Ligue 1, on aurait souhaité que son ancien ministre et directeur de campagne exerce la même pression en faveur du FC Sochaux. Il fut aux abonnés absents.

Mon dernier billet

Pierre Moscovici va donc présider la Cour des comptes. Il aura son moment de gloire chaque année en critiquant vertement ses successeurs à Bercy, dispensant ses leçons, lui qui a tant réussi au poste de ministre de l’Économie. Il faut quand même une certaine dose de cynisme et le cœur bien accroché pour nommer un tel oiseau à ce poste. Après cette nomination, Emmanuel Macron devrait avoir interdiction d’employer une seule fois le mot « méritocratie ».

A lire ensuite, Yves Jego: «Arrêtons de consommer des jeans qui font dix mille kilomètres!»

Pierre Moscovici fut aussi un anti-héros parfait de mon premier roman. Être un héros romanesque – même anti – une seule fois dans sa vie, fut un titre de gloire inespéré dont il ne manifesta pourtant pas la moindre reconnaissance. Le hasard veut également qu’il soit l’objet de mon dernier papier dans les colonnes de Causeur.fr. Je ne les quitterai pas sans remercier tous les fidèles lecteurs qui m’ont lu pendant plus de onze années. Je ne les quitterai pas sans remercier les rédacteurs en chef web à qui je soumettais mes papiers : Daoud, Pascal, Gérald, Kévin et Martin. Je ne les quitterai pas sans remercier celui qui m’avait proposé d’y entrer, François Miclo. Sans remercier, last but not least, Gil Mihaely et Elisabeth Lévy.

Bonne continuation Causeur ! Surtout si vous n’êtes pas d’accord !

Intermittents: le modèle des fonds d’entreprises va-t-il s’imposer?

Le 6 mai dernier, après s’être vu reprocher de les avoir oubliés, Emmanuel Macron a annoncé une série de mesures en faveur des intermittents. Pas tout à fait un plan Marshall, assez tout de même pour rassurer en partie le monde du spectacle. Cruel dans l’ensemble, le confinement a néanmoins eu un double mérite : mettre en évidence la détresse parfois extrême des intermittents autant que leur importance dans un monde en quête d’édification culturelle. S’il est apparu qu’il ne serait pas sage de les abandonner à leur sort, il est aussi apparu que l’Etat n’était pas le seul à pouvoir leur venir en aide : entreprises publiques et privées de l’audiovisuel ont lancé des fonds, dont la portée économique, politique et symbolique mérite d’être étudiée.

« Année blanche » 

Le 6 mai, Emmanuel Macron annonçait, lors d’une visioconférence, que « les droits des artistes et techniciens intermittents seront prolongés d’une année au-delà des 6 mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée ». Autrement dit, grâce à cette « année blanche », les droits à l’assurance chômage des salariés du spectacle courront jusqu’à fin aout 2021. Cette annonce était la principale demande des collectifs « Année noire » ou « Culture en danger », et a été accueillie avec soulagement par les premiers concernés.

Le soulagement ne concerne en revanche pas le système d’assurance-chômage, sur lequel le régime des intermittents, structurellement déficitaire, pèse déjà en temps normal à hauteur d’environ 1 milliard d’euros par an. Un déficit qui s’explique par la nature même de ce système, reposant sur un principe de solidarité entre travailleurs et demandeurs d’emploi : les employés jouissant d’un CDI paient pour les autres, CDD, intérimaires et intermittents, travaillant de façon discontinue. CQFD.

Loin d’être spontanée, l’annonce de Macron intervient après une levée de boucliers de la part de nombreux acteurs culturels, et ne saurait donc être envisagée autrement que sous l’angle de l’opportunisme. L’exécutif se devait de réagir, d’autant que le confinement, s’il a révélé l’extrême précarité de nombre d’intermittents, a aussi mis en évidence leur importance. Dans un premier temps par défaut (ou par le vide), en plongeant dans le silence nos vies habituées à l’ébullition : tout lieu favorisant la proximité entre individus pouvant contribuer à la propagation du virus, il est devenu inconcevable de maintenir les festivals et les concerts, de laisser ouvert les musées, les galeries, les théâtres et les salles de cinéma. De la même façon, les tournages de films ou séries télévisées ont été interrompus.

Dans un second temps parce que le monde de la culture a su se réinventer et continuer de nous enchanter, l’offre culturelle s’adapter. Dès le début du confinement, les acteurs culturels se sont illustrés par des démarches désintéressées, de nombreuses initiatives sont apparues pour fournir un large choix d’œuvres (lives musicaux depuis des salons, films et livres mis à disposition gratuitement, etc.) comme pour répondre à un besoin vital. Une démarche salvatrice. Nous nous sommes tournés vers l’art pour supporter la situation, pour surmonter l’ennui et l’angoisse : en témoigne l’importante consommation de livres, de films, de séries et de musique ces dernières semaines.

Derrière cette offre culturelle renouvelée, des « petites mains » ayant souffert des mesures de distanciation sociale liées à la pandémie, et en souffrant toujours. Comment évaluer l’étendue des pertes liées à la crise sans savoir quand serait le retour à la normale, la date à laquelle les lieux de culture pourront de nouveau accueillir des spectateurs ? Comment faire en sorte que les artistes et techniciens qui en vivent puissent tenir jusqu’à ce que leur activité reprenne ? Si l’exécutif a répondu tard et de façon parfois un peu évasive à ces questions, d’autres acteurs ont pris le relai.

Les entreprises du secteur à la rescousse

Dès le début de la crise, de grosses entreprises publiques, comme France Télévisions, ou des plateformes privées comme Netflix et Facebook ont très rapidement prévu des mécanismes de soutien pour venir en aide aux intermittents du spectacle qui subissaient l’arrêt des tournages. Déjà financeur de 50% de la création audiovisuelle tricolore, France Télévisions a ainsi décidé d’augmenter de 20 millions d’euros son budget dédié à cette activité pour le passer de 420 à 440 millions d’euros. Delphine Ernotte, la présidente du groupe, s’est par ailleurs engagée à raccourcir les délais de paiement, et à passer des conventions pour continuer les développements. France Télévisions, enfin, toujours selon Delphine Ernotte, négocie actuellement avec les partenaires sociaux un « système de fonds abondé tant par l’entreprise que par les salariés de façon à ce qu’il y ait un élan de solidarité. L’entreprise France Télévisions, mais aussi les salariés à travers le don de RTT, contribuent à alimenter ce fonds de soutien aux intermittents. »

De fonds, il en est également question chez Netflix, qui a annoncé aux premières semaines du confinement le déblocage d’une enveloppe de 100 millions de dollars, dont 85 millions sont destinés aux équipes travaillant sur les productions Netflix en France et dans le monde, tandis que les 15 restants, dont un million pour la France, reviennent à des fonds d’urgence visant à soutenir l’industrie audiovisuelle et cinématographique dans son ensemble. Même son de cloche pour l’Adami, organisme de gestion collective des droits des artistes-interprètes ayant aussi mis en place un fonds de soutien en faveur de ces derniers.

Ces initiatives ne se substitueront pas à l’assurance-chômage, qui continuera d’indemniser les intermittents, et c’est heureux, entre deux contrats, comme elle le fait pour les CDD et les intérimaires dans des proportions bien supérieures. Elles pourront en revanche soulager cette dernière, tout en apportant une aide précieuse, pourquoi pas, aux salariés du spectacle n’ayant, de peu, pas réalisé assez d’heures pour prétendre au statut d’intermittent (il faut avoir travaillé 507 heures sur 12 mois pour cela). Le mécanisme des fonds de soutien émanant d’entreprises de l’audiovisuel est intéressant puisqu’il transfère aux professionnels du secteur une partie de la responsabilité de l’Etat, entreprises dont on peut imaginer qu’elles sont davantage au fait des besoins réels des salariés qu’elles emploient, et donc plus à même de calibrer leurs aides.

Si le dispositif de don de RTT mis en place par France Télévisions a vocation à rester exceptionnel, il a ceci d’intéressant qu’il confère aux salariés de l’audiovisuel les mieux lotis le soin d’aider les salariés du même secteur les plus précaires, évitant ainsi à un segment du public se sentant peu concerné par la situation des intermittents de mettre la main à la poche.  Enfin, et c’est peut-être le plus notable, la patronne de France Télévisions, en proposant de raccourcir les délais de paiement et en injectant 20 millions supplémentaires dans la création audiovisuelle, offre aux intermittents de la visibilité et, partant, une certaine sérénité d’esprit. Sans doute ce qui leur manque le plus en ce moment.

Petite suite misogyne: Camilla Paglia, Cioran et Caraco

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Petite suite misogyne (2/2)


Une enquête sociologique menée dans les bars des campus américains confirme ce que je ne me lasse pas d’observer : le comportement odieux des filles. Je doute d’ailleurs qu’elles en aient conscience. La liste est longue des griefs qui leur sont adressés par le personnel (y compris féminin). Citons-en quelques-uns :

  • les filles ne laissent pas de pourboire 
  • les filles se plaignent de tout
  • les filles commandent des boissons exotiques comme les daiquiris à la banane, les Gold Cadillac, les Pink Ladies dont la préparation complique la tâche des barmen
  • les filles paient séparément et n’hésitent pas à donner à la serveuse des billets de cinq, dix et vingt dollars pour payer une consommation qui coûte rarement plus de deux dollars 
  • les filles importunent sans arrêt la serveuse pour qu’elle vienne nettoyer la table
  • les filles modifient la commande qu’elles viennent de passer…

Mieux vaut ne pas en tirer de conclusions : ce serait se condamner à une vie monacale. 

***

Dans l’histoire de la philosophie, rares sont les penseurs qui n’ont pas abouti à des conclusions similaires. Plus jeune, je pensais qu’un Schopenhauer ou un Weininger – deux références pour moi – exagéraient. J’aimais trouver des qualités à ces petits animaux chronophages. J’y ai renoncé. 

>>> Relire la première partie de la petite suite misogyne <<<

On me fera remarquer qu’il y a des exceptions : Dorothy Parker ou Louise Brooks par exemple. Je le concède d’autant plus volontiers que leurs propos sur les femmes sont encore plus acerbes que les miens. Vous ne me croyez pas ? Alors juste ce poème de Dorothy Parker, elle qui avait choisi pour épitaphe « Pardon pour la poussière. ». Après avoir proclamé qu’elle hait les femmes – «  elles me portent sur les nerfs » – et dézingué les Femmes d’Intérieur (ce sont les pires), elle écrit :

« Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles,
Les Pelotes de Nerfs…
Elles ne ressemblent pas aux autres et ne se privent pas
de vous le rappeler.
Il y a toujours quelqu’un pour froisser leurs sentiments,
Tout les blesse… très profondément,
Elles ont toujours la larme à l’œil…
Les conventions les étouffent :
Elles n’ont qu’une seule idée : partir….
Loin de Tout !
Et moi je prie le Ciel : oui, qu’elles foutent le camp ! »

Louise Brooks, son amie, n’était pas en reste, elle qui déclarait qu’il fallait vraiment avoir une vocation de pute pour aspirer à faire du cinéma. Elle parlait d’expérience, elle qui lisait Schopenhauer entre deux tournages et qui souscrivait au mot de Kokoshka : « Assassin, espoir des femmes ». D’ailleurs, dans Lulu de Pabst, elle meurt poignardée par Jack l’Éventreur, une nuit de Noël. Le plus beau cadeau que la vie pouvait lui offrir.

***

Plutôt que d’argumenter – quelle perte de temps – , je conseillerais volontiers à mes détracteurs de se plonger dans Cioran ou dans Caraco. À rebours de ce qu’affirme le sens commun, c’est l’absence de sensibilité des femmes qui leur apparaît comme leur caractéristique la plus saillante. Il faut des années pour le remarquer et encore plus pour s’en convaincre. Cioran ne disait-il pas que si les femmes avaient une once de sensibilité, elles avorteraient en lisant le journal. Louise Brooks se qualifiait de Broosksie la Stérile et en était d’autant plus fière qu’elle n’a j’aimais eu recours dans sa vie dissipée à des capotes. Je n’ai jamais aimé que des filles stériles, anorexiques si possible. Les autres, je les incitais à avorter. Aussi puis-je me vanter aujourd’hui, au terme de ma vie, d’avoir commis tous les crimes, sauf celui d’être père (cela vous rappelle sans doute quelque chose).

***

Une féministe américaine d’une lucidité exceptionnelle, Camille Paglia bien sûr, observe que beaucoup de comportements criminels des hommes contre les femmes, et particulièrement les viols, sont reliés à la figure maternelle qui prend chez eux la forme d’une fixation obsessionnelle. Se joue là une sorte de théâtre sexuel, provoqué par la peur de se faire réabsorber par la mère. Derrière les crimes sexuels se profile presque toujours l’ombre de la mère.

***

Que le film d’Alfred Hitchcock : Psychose (1960) ait pu subjuguer à ce point l’imagination populaire ne relève pas du hasard. La domination vampirique de la psyché du fils par la figure maternelle y tient la place centrale. Je l’ai vécu avec ma mère, sans devenir pour autant un violeur. Mais je comprends ceux qui n’ont pas su résister à cet affront final à la féminité. 

D’autant plus qu’il faut bien l’admettre, les femmes possèdent le plus grand pouvoir. Elles en sont d’autant moins conscientes que ce pouvoir leur est rapidement retiré. Peut-être le pressentent-elles. Et c’est ce qui donne à certains hommes l’envie de les protéger, même si en fin de compte la plupart s’en détournent, troquant leurs femmes vieillissantes, à la cinquantaine, pour des créatures plus jeunes et plus décoratives. On ne leur reprochera pas plus qu’on ne reprochera à la nature d’être injuste. Mais en échangeant une femme de quarante ans contre deux de vingt, selon la formule classique, ils prennent inévitablement le risque d’avoir dans leur lit une cinglée, une pute ou une paumée. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

À dix ans, je me demandais en observant les amies de ma mère pourquoi, à quelques exceptions près, les femmes contrairement aux hommes vieillissaient si mal. C’était une énigme pour moi. J’étais arrivé à la conclusion que c’était parce qu’elles étaient intrinsèquement mauvaises. On pense parfois d’étranges choses quand on est encore un enfant.

Confession d'un gentil garçon

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Onfray et Zemmour, face-à-face ou côte à côte?

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Les deux intellectuels étaient réunis vendredi dernier, à 19 heures, dans l’émission “Face-à-face” sur la chaîne CNews. Dans une optique souverainiste, droite et gauche pourraient-elles se réunir? Macron a bien fait l’union des “mondialistes”, lui. Analyse.


Il est loin le temps où Onfray, agacé, quittait le plateau de Zemmour (et Naulleau)! 

Désormais leurs face-à-face (il y a en eu plusieurs) sont des côte à côte qui suscitent la hargne d’une meute politico-médiatique affolée de perdre son rang et ses prébendes : islamo-gauchistes (selon le mot inventif de Pierre André Taguieff), verts, euro-mondialistes ou financiaristes. Parfois le tout ensemble comme chez Daniel Cohn-Bendit, rentier d’un demi siècle de fausse révolution, fausse écologie, fausse gauche, fausse Europe. 

Ce 29 mai 2020, Onfray et Zemmour se sont à nouveau rencontrés sur C-News, sous la remarquable houlette de Christine Kelly, pour constater leur accord sur ce qui leur est fondamental en politique et en économie, mais ils ont continué à mettre un peu de coquetterie à souligner leurs minimes divergences. Dire que ce dialogue a atteint des sommets intellectuels serait exagéré, mais il a permis de donner un début de corps doctrinal à une alternative politique et économique plus que jamais indispensable.

Populiste n’est plus un gros mot

En cette période étrange de post-confinement et, sans nul doute, d’avant crise économique et sociale gravissime, les deux hommes s’intéressent l’un à l’autre (mêmes origines modestes, même non-conformisme, même harcèlement par la meute, et même succès d’audience). L’un et l’autre ne craignent pas de se dire populistes. Plus encore, et avec un peu d’étonnement, ils se découvrent des constats et des vœux identiques pour l’avenir de la France. Un avenir dé-mondialisé, dé-bruxellisé, dé-financiarisé. On passera rapidement sur les divergences entre le Normand, athée revendiqué, et le juif pied-noir affirmant le rôle majeur du catholicisme dans l’identité française. Il semblerait d’ailleurs qu’ils confondent tous deux spiritualité transcendante, christianisme et Église. Mais ce serait un autre débat, hors du sujet auquel les ramenait sans cesse Madame Kelly. Ce qui importe vraiment, et ce que tous deux défendent, c’est ce que nous sommes, l’Occident helléno-chrétien, notre incomparable civilisation confrontée aux graves menaces de dissolution qui pèsent sur elle. Et pèsent d’abord sur ses piliers majeurs : l’amour du prochain, la liberté (individuelle, et collective), la nation, le personnalisme maniériste[tooltips content= »Le personnalisme d’Emmanuel Mounier recherche une troisième voie entre droite et gauche en prônant avant tout le respect et l’accomplissement de la personne dans sa nation »](1)[/tooltips], la common decency orwellienne, la justice rawlsienne[tooltips content= »Dans sa théorie de la justice, John Rawls insiste sur le droit pour tous à la liberté et à l’égalité des chances, particulièrement pour les plus défavorisés. »](2)[/tooltips]. Ces menaces ont été identifiées de concert par les deux protagonistes. La première menace vient d’une certaine gauche : des « idées chrétiennes devenues folles » (permissivité pénale, migrationisme masochiste, genrisme, etc). Cette gauche dénaturée a même renié le cœur de son propre héritage doctrinal : les souverainetés populaires et nationales. La seconde menace vient d’une certaine droite ultralibérale, qui, elle aussi, s’efforce de briser la nation car, consubstantielle de la démocratie, elle dérange les machinations du business mondial : celui qui essaie de maximiser le profit et de minimiser le  »rendement social » défendu par Maurice Allais.

Soif d’idéal

Les deux essayistes sont d’accord pour alerter sur la Chine qui prospère de nos délocalisations, quand ces dernières nous ruinent ; la Chine qui nous assujettit, et qui pollue l’Afrique. La grande bourgeoisie droite/gauche et ses hommes de paille (y compris des hommes politiques) ont trouvé un intérêt personnel à ces trahisons de l’intérêt national et font tout pour laisser la nation dans un coma artificiel : les aides sociales, le matraquage publicitaire, l’hyper-consommation, les télé-réalités… Comme le chante si justement Alain Souchon :  »Oh le mal qu’on peut nous faire… » Tant Onfray que Zemmour pensent qu’il faut mieux protéger le consommateur, éduquer le peuple, lui donner un pouvoir d’achat suffisant pour qu’il puisse acheter de la qualité[tooltips content= »(cf H.Temple et alii, Droit de la consommation, 2020 n°21 et s.) »](3)[/tooltips].

Onfray et Zemmour s’accordent à dénoncer le rôle de Bruxelles dans ce grand désordre moral, politique, démocratique, économique, social, démographique et culturel. Zemmour insiste sur le désastre de l’immigration et Onfray, discret sur ce terrain, ne démentit pas non plus. Les deux s’accordent aussi à dénoncer la fraude omniprésente et l’injustice, qu’elle soit judiciaire, sociale ou fiscale. Ils reconnaissent enfin que le clivage droite/gauche est dépassé par un autre opposition entre les souverainistes des deux rives d’une part et les complices ou les serfs volontaires de la haute bourgeoisie financière et internationale d’autre part.

Désirs d’avenir

La vraie question qui se pose, désormais, est de savoir si cette tentative de réunir les souverainistes de deux rives échouera encore, après celles de Séguin et Chevènement dans les années 1980. Où si (mais de quelle façon ?), émergera enfin une alternative politique au niveau des graves échéances qui nous menacent, et digne de notre nation.

Si les débatteurs sont d’accord pour l’essentiel du constat et de ses causes, un sujet les divise néanmoins quand s’esquissent ces perspectives. Zemmour veut un état national, fort et centralisé ; Onfray, lui, idéalise le fonctionnement démocratique de la Suisse et souhaite une organisation plus girondine. De quoi créer, au sein de cette majorité d’idées souverainistes qui semble naître sous nos yeux, deux courants?

Que deviennent les terroristes de Daech?

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Alors qu’il était enfin affaibli, de nombreux signes montrent que le califat est de retour. Dans sa dernière communication, les islamistes se réjouissent de voir leurs ennemis affectés par le coronavirus. L’analyse de Gil Mihaely.


Daech est-il de retour ? Un peu plus d’un an après la chute des derniers bastions du « califat » et six mois après la mort de son calife Abou Bakr al-Baghdadi, l’État islamique (EI) montre de plus en plus de signes de vie.

Le 28 mai dernier, dans un enregistrement de 39 minutes diffusé sur ses chaînes Telegram, l’EI a menacé le Qatar en raison de sa participation à la lutte contre les djihadistes. « Pas un jour nous n’avons oublié que la base Al-Oudeid, construite par les tyrans du Qatar pour accueillir l’armée américaine, était et reste toujours le commandement de la campagne menée par les Croisés », déclare Abou Hamza El Qourachi, le porte-parole de l’EI, accusant également Doha « d’avoir financé des factions en Syrie et en Irak engagées contre les djihadistes ». Ce message vocal évoque aussi le coronavirus, un châtiment divin contre « les tyrans du monde » ennemis du califat. Enfin, il fait allusion aux « sommes importantes [dépensées] dans des tentatives désespérées pour sauver [les] économies laminées par la fièvre de l’épidémie » et conclut que nombre de ses ennemis « se retrouvent au bord de la faillite ». Les « Daechologues » ont vite fait remarquer qu’au-delà de son contenu, les silences du message sont également intéressants. En effet, très virulent contre le Qatar à cause de la présence d’une base militaire américaine, le porte-parole de l’EI ne dit mot sur les Émirats Arabes Unis (EAU) dont la base aérienne Al Dhafra abrite des unités américaines (et françaises). L’Arabie saoudite est épargnée et la Turquie s’en sort aussi à peu de frais. Difficile aussi de ne pas relever la date de la diffusion du message de l’EI, pendant le troisième anniversaire du déclenchement de la crise du Golfe qui s’est noué fin mai début juin 2017, aboutissant à une rupture de relations diplomatiques entre le Qatar d’un côté, l’Arabie Saoudite, les EAU, Bahreïn et Égypte de l’autre. Étrange coïncidence difficile à interpréter. Cependant, ce message de propagande doit être compris dans un contexte plus large : l’EI est en train de revenir sur le devant de la scène. Et pas que par voie de presse.  

Le coronavirus apporte un nouveau souffle à l’EI

Au cours des deux derniers mois, quand la moitié de la planète était à l’arrêt, l’EI semble avoir retrouvé un nouveau souffle, menant notamment une série d’attaques de grande envergure en Syrie et en l’Irak. Des attentats revendiqués par l’EI ont également été commis en Égypte, en Afrique, en Afghanistan, au Yémen et aux Maldives. Au Mozambique, le gouvernement soupçonne que des membres de l’organisation djihadiste auraient perpétré un massacre fin avril.  Pire encore, la recrudescence d’activité terroristes s’accompagne de témoignages suggérant que le groupe a une plus grande visibilité ces derniers mois dans les villages et les périphéries des villes d’Irak et de Syrie. 

A lire ensuite, Geoffroy Géraud-Legros: Covid-19, le temps des charlatans

Le modus operandi de certains attentats laisse croire que les groupes djihadistes sur le terrain ont accès à des renseignements sur les mouvements de troupes et les cibles qu’ils cherchent à attaquer. Cela signifie que certains groupes de l’EI ont survécu à la déroute du printemps 2019 et ne sont plus en fuite. Ils se réorganisent et retissent des réseaux d’informateurs et de soutien logistique ainsi que d’autres éléments permettant de se doter de l’infrastructure nécessaire pour passer à l’action terroriste. 

Les conséquences des annonces de Trump?

L’une des raisons principales du retour en force de l’EI est la diminution de la pression militaire qu’exerçait la coalition dirigée par les États-Unis. Cette pression n’avait cessé de croître depuis la reprise de Mossoul en 2017 et de Raqqa en 2018. Des opérations systématiques visaient à nettoyer des territoires entiers (villages abandonnés, zones montagneuses et désertiques) pour assurer que les djihadistes chassés des grands centres urbains ne trouvent pas le répit nécessaire à leur réorganisation. 

Cette pression constante a été notamment affaiblie par les atermoiements des États-Unis qui ont amené leurs alliés locaux – notamment les forces kurdes – à se tourner vers Moscou et Damas. Quand ils ont compris ne plus pouvoir compter sur Washington, les Kurdes ont dû trouver des alliés de circonstance pour empêcher la Turquie de s’imposer dans des zones qu’ils considèrent comme vitales pour leur survie en tant que peuple autonome. Le fait que les États-Unis soient revenus sur leur retrait annoncé n’a pas suffi à rétablir la confiance. En a résulté une forte diminution des capacités opérationnelles de la coalition occidentale dans cette région couvrant à peu près un tiers de la Syrie, territoire précédemment contrôlé par l’EI. 

Le chiendent s’enracine

En Irak, le contexte est également moins favorable à la lutte contre l’EI. Les protestations dans le centre et le sud du pays ont contraint le gouvernement à la démission, conduisant à une stagnation politique qui a duré jusqu’à début mai lorsque les partis politiques se sont mis d’accord sur un nouveau Premier ministre, Mustafa al-Kadhimi. Parallèlement, les échanges de tirs entre Washington et les mandataires de Téhéran, aboutissant à l’assassinat du général iranien Qassem Suleimani et du chef de la milice chiite Abu Mahdi al-Muhandis, ont diminué la portée et l’efficacité de la pression exercées sur l’EI.

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C’est dans ce contexte que la récente série d’opérations djihadistes s’est déclenchée. La première attaque a eu lieu le 9 avril près de Palmyre contre les forces syriennes. Il s’agissait d’une embuscade tendue aux forces du régime syrien suivi d’un combat qui a duré quelques heures. Plus tard en avril, l’EI a mené trois attaques dont une contre le QG de la direction du contre-terrorisme et du renseignement à Kirkouk. Ces opérations, plus complexes que des massacres aléatoires, témoignent des capacités opérationnelles importantes. Et les menaces contre le Qatar pourraient indiquer que pour accompagner son regain d’opérations violentes, l’EI a adopté une stratégie de communication offensive. L’objectif est de remettre Daech à l’ordre du jour des médias et des décideurs dans la région. Mais pas uniquement. 

Ce retour assez rapide de l’EI suggère que l’organisation a pu s’enraciner profondément dans ces territoires à cheval entre la Syrie et l’Irak. Comme une plante désertique brulée par le soleil et asséchée par les vents, l’EI semble avoir la capacité de ressusciter et refleurir dès qu’une pluie passagère rend l’environnement moins hostile. 

Il semblerait donc que l’EI ne soit pas mort sous les coups de la coalition, qu’il s’installe dans la clandestinité dont il a été accoutumé dans sa période pré-califat et qu’il ait retrouvé un élan opérationnel et très probablement une nouvelle stratégie et une forme de direction. Il aura suffi de quelques mois de relâchement de la pression exercée par ses ennemis pour retrouver une capacité de nuisance certaine. Et puisque rien n’indique que les conditions d’un effort coordonné et soutenu de lutte contre l’EI soient réunies, il faut craindre qu’un élément de plus du monde d’avant parasite le monde d’après : l’EI va rester avec nous encore un certain temps.

Le Conseil d’État valide la télé-IVG


Saisi par des associations opposées à l’allongement du délai de l’IVG pendant la crise sanitaire, le Conseil d’État leur a donné tort.


L’IVG est un droit qu’il ne nous appartient pas de remettre en question. Mais c’est aussi une responsabilité. Responsabilité de la décision pour le couple concerné, responsabilité de la prescription qui la rend possible pour le médecin. D’où l’existence de la clause de conscience pour les praticiens. Le caractère sensible et très particulier de cet acte médical a justifié l’intervention du législateur, qui a strictement encadré la procédure dans le code de la santé publique, rendant notamment obligatoire le passage dans un établissement de santé au-delà de la 5ème semaine de grossesse. 

Mais pendant l’état d’urgence sanitaire, le ministre des Solidarités et de la Santé a édicté des mesures extraordinaires permettant de s’affranchir de cette obligation jusqu’à la 7ème semaine, et, plus encore, de permettre la prescription des médicaments nécessaires à l’IVG à domicile dans le cadre d’une simple téléconsultation.

Le Conseil d’État valide la décision gouvernementale exceptionnelle

Saisi en référé par les associations « Alliance Vita », « Juristes pour l’enfance » et « Pharmac’éthique », le Conseil d’État a refusé le 22 mai 2020, de suspendre cette décision ministérielle. Cette solution n’avait pourtant rien d’évident, d’autant plus qu’en référé, le doute sérieux sur la légalité d’une décision suffit au juge pour ordonner la suspension de la mesure, et non pas la preuve définitive de l’illégalité.

L’allongement du délai possible de l’IVG médicamenteuse n’est guère surprenant, la loi autorisant déjà l’IVG jusqu’à 12 semaines dans certaines conditions.

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Mais la validation par le Conseil d’État des conditions extraordinaires dans lesquelles celle-ci peut être pratiquée à domicile, y compris pour les mineures, est beaucoup plus étonnante, puisque la Haute juridiction a considéré que le recours à la téléconsultation était légal et suffisant.

Le passage obligatoire à l’hôpital n’est pourtant pas une fantaisie juridique, mais une précaution prise par le législateur afin de sensibiliser les femmes enceintes aux conséquences de l’IVG à un stade avancé, s’assurer de leur consentement réel à la mesure et la pratiquer dans de pleines conditions de sécurité sanitaire.

Or il est à craindre que la télémédecine n’offre pas les mêmes garanties : comment s’assurer de la datation exacte de la grossesse en téléconsultation ? du consentement réel de la patiente, notamment mineure, à distance ? de la parfaite sécurité de la patiente à distance en cas de complications ?

Un précédent sur lequel on ne pourra pas revenir?

La lecture de la décision rendue par le Conseil d’État est par ailleurs déroutante, qui considère que l’IVG par téléconsultation serait « de nature à contribuer à la diminution de la circulation du Covid-19 », une corrélation difficilement compréhensible.

La nécessité de faciliter le recours à l’IVG à domicile au prétexte de l’état d’urgence sanitaire est en outre loin d’être évidente, alors même qu’un des sept motifs de déplacement dérogatoire édicté par le gouvernement pendant le confinement était précisément la nécessité de se rendre à l’hôpital.

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Il est à craindre que cet assouplissement des règles de l’IVG à domicile validé par le Conseil d’État ne crée un précédent, et que l’exception temporaire devienne la nouvelle norme.

La technique a été un outil indéniable pendant la triste période que nous avons connue, notamment pour le télétravail et pour éviter les déplacements inutiles. En médecine, la téléconsultation est un atout intéressant appelé à se développer pour de nombreuses pathologies. Mais il faut se garder de tous les excès et sa généralisation n’est pas forcément souhaitable. En particulier, l’IVG est un acte médical sensible, qui nécessite de faire preuve d’humanité et d’écoute. La froideur d’un échange par écrans interposés ne remplacera jamais l’échange humain chaleureux et compréhensif, ce que redoutait déjà Stanislaw Jerzy Lec en 1964 « La technique atteindra un tel niveau de perfection que l’homme pourra se passer de lui-même ».

Hommes, femmes, virus, mode d’emploi


Une infection peut encourager plusieurs comportements dangereux chez son hôte, visant à favoriser sa propre transmission. Par ailleurs, pandémie rime souvent avec un retour en force des idées et des « valeurs » conservatrices traditionnelles qui semblent mieux prémunir contre les risques de transmission


[Avertissement : récence de la pandémie oblige, toutes les études détaillées dans ce numéro sont des articles en prépublication qui ne sont pas passées sous les fourches caudines de la validation par les pairs. Leurs conclusions doivent, encore plus que d’habitude, être considérées comme parcellaires et provisoires.]

Un ennemi invisible et manipulateur

Telle est la recette d’un bon film de zombies : un mal aussi mystérieux que virulent émerge dans la population, les humains infectés perdent tout sens commun et passent le plus clair de leur temps à traquer leurs congénères pour les contaminer (avec ou sans caddie de supermarché). Sauf qu’il ne s’agit pas seulement d’un trope du cinéma de genre confortablement captif des frontières de la fiction. Comme le rappelle une étude en passe d’être publiée dans la revue Medical Hypotheses – dédiée, comme son nom l’indique, aux hypothèses médicales en attente de données –, l’évolution a transformé bien des pathogènes en pirates de nos faits et gestes, et rien ne dit que le SARS-CoV-2 fasse exception à cette règle. En d’autres termes, non seulement le nouveau coronavirus tue, met les économies à genoux et nous prive de nos libertés les plus élémentaires, mais il se pourrait bien qu’en se nichant au cœur de nos cellules pour y trouver ce qui lui manque pour persévérer dans l’existence, cet « ennemi invisible » fasse de nous ses marionnettes. Le travail de l’équipe de Steven M. Platek, professeur de psychologie et spécialiste de neurosciences évolutionnaires au Georgia Gwinnett College (États-Unis), porte sur un phénomène aujourd’hui bien connu des épidémiologistes : la manipulation de l’hôte. Soit le processus par lequel un pathogène modifie le comportement et/ou la physiologie de l’organisme qu’il infecte afin d’augmenter son propre taux de reproduction – le fameux R0. Un cas d’école est celui du virus de la rage colonisant à la fois le système nerveux central et la bave de la bestiole infectée. Elle devient aussi peu craintive qu’hyperagressive, mord à gogo et, ainsi, le virus va joyeusement perpétuer ses gènes ailleurs. Idem pour la toxoplasmose qui rend intrépides les rongeurs et augmente par la même occasion leurs chances de finir dans les intestins de félins, véritable lupanar pour le parasite. D’autres pathogènes sont encore plus pervers. Par exemple, le nématomorphe Spinochordodes tellinii, microscopique à sa naissance et long de plusieurs centimètres à maturité, pousse les sauterelles qu’il squatte à se « suicider » par grands sauts dans des mares où elles se noient. Pourquoi ? Parce que c’est dans l’eau que les vers rencontrent leurs partenaires sexuels. Avec le Covid-19, que pourrait-il se passer de similaire ? Entre autres, s’il manipule son monde comme le fait la grippe, sa période d’incubation asymptomatique pourrait s’accompagner d’un pic d’extraversion incitant des malades qui ne savent ni ne montrent qu’ils le sont à aller se frotter à leurs semblables. Et c’est là qu’on se dit qu’entre les images de ces bars surpeuplés à la veille du confinement et un film de Romero, la frontière est mince.

Référence : tinyurl.com/EmpriseVirale

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Stéréotypes antiseptiques

Si la cervelle de Simone de Beauvoir a pu pondre beaucoup de conneries, elle avait vu juste en lui faisant écrire qu’il « suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». En optant pour une focale un peu moins gynocentrée, le fait est que les politiques libérales ont tendance à s’épanouir dans les sociétés riches, sûres et en bonne santé, quand la misère, la violence et les risques épidémiques tiennent plutôt de l’écosystème favorable au conservatisme. La crise sanitaire du Covid-19 charrie-t-elle déjà son lot d’inflexions « réacs » ? Selon des données rassemblées par Daniel L. Rosenfeld et A. Janet Tomiyama, psychologues à l’UCLA, la réponse est : « Ça en a tout l’air. » Dans un « preprint » – soit une étude qui n’a pas encore passé les fourches caudines de la validation par les pairs –, ils consignent les résultats de leur enquête menée auprès de 695 personnes (54 % de femmes, 46 % d’hommes) âgées de 18 à 88 ans et interrogées en deux vagues. La première, avant la flambée épidémique aux États-Unis, soit fin janvier, et la seconde en plein dedans, du 19 mars au 2 avril. Les participants devaient à la fois avouer leur orientation idéologique – sur une échelle de 1 (très libéral) à 7 (très conservateur) – et répondre à plusieurs questions censées mesurer leur degré d’adhésion à des « normes de genre traditionnelles ». Par exemple, sur une échelle de 1 (désaccord complet) à 7 (accord complet), ils devaient dire ce que leur inspirait une phrase comme « par rapport aux femmes, les hommes prennent davantage de risques » ou « par rapport aux hommes, les femmes sont plus hygiéniques ». Il en ressort que plus le Covid-19 s’est défoulé, plus la non-binarité a refoulé et la conception traditionnelle des deux sexes a avancé. Une observation cohérente avec un tas d’autres travaux montrant que la charge pathogénique d’une région – soit le risque d’y choper une sale maladie infectieuse – est positivement corrélée au degré de conservatisme de sa population. Notamment parce que bien des valeurs conservatrices relèvent d’un arsenal immunitaire comportemental et aident les individus à ne pas (trop) fréquenter des miasmes inconnus. En revanche, selon Rosenfeld et Tomiyama, la pandémie ne semble pas annoncer un retour de bâton idéologique. Pour le moment ?

Référence : tinyurl.com/SexismeViral

Accusé, touchez-vous

Les émotions ont-elles leur gestuelle attitrée ? Selon l’équipe de Bridget M. Waller, professeur de psychologie évolutionnaire à l’université de Portsmouth (Royaume-Uni), la réponse est oui. Travaillant sur la culpabilité, elle montre que cette émotion universellement ressentie lorsqu’un individu a l’impression d’avoir transgressé une norme sociale se traduit par des froncements de sourcils et des tripotages de cou. La chose n’aurait rien à voir avec des envies pas très catholiques de pendaison, mais avec la sélection naturelle, qui aurait favorisé de tels signaux non verbaux parce qu’ils indiquent à nos congénères toute l’ampleur de notre componction et les incitent à ne pas nous taper dessus. Autant dire que si un virus respiratoire arrive à pirater le bouzin et nous fait nous toucher le visage encore plus souvent qu’à l’accoutumée, on est mal barrés.

Référence : tinyurl.com/CouDuCoupable

A la recherche de la quatrième catégorie…

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Petite suite misogyne (1/2)


Je n’ai jamais eu le choix dans ma vie qu’entre des cinglées, des putes et des paumées. S’il existe une quatrième catégorie, j’adorerais qu’on m’en présente un spécimen avant ma mort. Ce serait une expérience inédite, mais dont je doute qu’elle se produise. Je vous tiendrai au courant.

Le plus troublant pour moi est le rapport sinueux qu’elles entretiennent avec la vérité. Elles se dénudent plus volontiers que d’admettre leurs manigances pour arriver à leur fin. Quand on les prend la main dans le sac, elles répondent : « Ce n’est pas de ma faute. » Ce n’est jamais de leur faute.

***

Les folles ont une propension à l’anorexie et à se couper les veines, comme si elles cherchaient à se prouver qu’elles existent. Les putes, elles, aspirent l’argent en même temps que le sperme. Leur rêve secret est de dépouiller l’homme, voire de le châtrer. Elles usent de leur sexe comme d’une matraque.

Les paumées ne savent jamais où elles en sont. Alors, elles cherchent un Maître. Les psys qui sont le plus souvent des charlatans, s’y intéressent de très près. Surtout quand la vie ne les a pas encore défraîchies. Souvent dépressives, faute de quelques gouttes de narcissisme, elles se réfugient sous leur couette. La procrastination est leur refuge. Elles se dépeignent souvent comme des « bipolaires » et en tirent une certaine satisfaction, la seule sans doute que la vie leur offrira.

***

Le plus troublant quand on a passé des années à les observer, c’est qu’à première vue elles donnent toutes une impression de parfaite normalité : elles se coulent dans le moule social avec une habileté confondante. On leur donnerait le bon Dieu sans confession. D’ailleurs certains hommes s’y laissent prendre et leur font même des enfants : c’est une assurance-vie pour elles et une garantie de moralité. Elles exigent une égalité des droits et adoptent volontiers le statut de victimes. D’ailleurs, aucune victime ne les laisse indifférentes. Il arrive même que ce soit touchant, quand ce n’est pas ridicule.

En revanche, elles se haïssent toutes entre elles. Leur méfiance instinctive s’exerce en priorité face aux femmes, car nul ne connaît mieux les femmes que la femme. Et c’est pourquoi elles sont à chacune leur pire ennemi, surtout quand elles se font des compliments et des mamours. Ces quelques propos peuvent sembler légèrement misogynes… voire indéfendables. Ils le sont hélas !

Confession d'un gentil garçon

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Une alliance Collomb-Les Républicains nécessaire pour Lyon

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Gérard Collomb et Yann Cucherat (LR) visitent le marché des quais de Saône, 5 mai 2020. © KONRAD K./SIPA/2005051207

C’est une annonce qui a fait office de séisme dans le milieu politique lyonnais et qui a ébranlé les marcheurs. Gérard Collomb, soutien de la première heure de Macron, a fait une alliance avec les Républicains pour les élections municipales et métropolitaines de Lyon pour contrer la montée en puissance écologiste. La Gauche répond en faisant bloc derrière le candidat des Verts (EELV): Bruno Bernard.


Bien que déplorée par une partie des soutiens de Gérard Collomb, par les marcheurs nationaux ou simplement moquée par ses adversaires, cette alliance est à mon sens le moindre mal contre la montée des écologistes et de leurs alliés. J’entends bien que de nombreuses personnes n’apprécient pas vraiment, voire pas du tout, la «droite Wauquiez» pour des raisons parfaitement compréhensibles. Ils ont peur de la retrouver à travers François-Noël Buffet, le candidat LR-Collomb pour la métropole. Si ces craintes sont audibles, condamner d’office cette alliance pour cela semble bien léger. Le candidat reste un aguerri de la politique et connait bien le territoire de la métropole en tant qu’ancien maire d’Oullins, nul doute qu’il aura sa propre voix en cas d’élection. Quand bien même cette « droite Wauquiez » se retrouverait à la métropole de Lyon, ne serait-il pas bien plus « simple » de limiter voir de combattre cette droite qui a toujours assumé ses prises de position que de lutter contre des écologistes, qui en dehors du domaine écologique n’assument plus grand-chose.

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Nous ne pouvons pas non plus reprocher à cette alliance une « magouille politique pour garder le pouvoir » comme j’ai pu l’entendre puisque Gérard Collomb laisse sa place. Alors certes, on peut toujours dire que c’est une façon de garder une parcelle de pouvoir à la mairie de Lyon en cas de victoire grâce à son « poulain », l’ancien gymnaste Yann Cucherat, candidat pour la mairie centrale, mais cela reste quand même une sacrée évolution pour quelqu’un qui a régné depuis presque 20 ans sur Lyon. Les mauvaises langues rajouteraient que c’est une façon de conserver le pouvoir dans son 9e arrondissement puisque Gérard Collomb devrait rester tête de liste pour cet arrondissement, mais c’est un argument qui ne tient pas vraiment quand on connait les pouvoirs réels d’un maire d’arrondissement… Bref, cette décision surprenante et pour le moins honorable de Gérard Collomb nous montre bien que la situation est particulière, grave même, pour la ville et la métropole de Lyon.

Constat logique pour qui connaît un petit peu les écologistes. D’un point de vue national, ils ont des élus jamais désavoués et plus que douteux, au hasard, Esther Benbassa ou Michèle Rivasi. La première, sénatrice EELV, est une grande amie des indigénistes et décoloniaux qui n’hésite pas à participer en tant qu’élu de la République à « la manifestation contre l’islamophobie » de novembre dernier ou à publier ou signer des tribunes comme « Le voile, n’est pas plus aliénant que la minijupe ». Michèle Rivasi, quant à elle, est députée européenne et fut la numéro 2 de la liste Europe Écologie-Les Verts pour les élections européennes 2019 et est accessoirement une antivax notoire. Sur le plan des idées, EELV reste profondément antiprogrès et/ou antihumaniste voire carrément obscurantiste comme nous pouvons le voir dans le domaine énergétique ou agricole.

D’un point de vue plus local, Grenoble est l’exemple parfait de la gestion catastrophique des verts et de son alliance avec l’extrême gauche. Ainsi, rappelez-vous, c’est à Grenoble que l’association « Alliance Citoyenne » peut se permettre de militer en faveur du burkini. La qualité de vie s’est à ce point dégradée que la ville n’a eu une évolution de population que de 0.07% depuis 2012 contre 2.75% pour son département l’Isère, qui n’est pas forcément le département le plus attractif. Cette faible évolution de la population explique, en partie, les raisons des larges scores de son maire écolo Eric Piolle. Son électorat est chouchouté et donc reste quand l’autre partie de la population tente de fuir. Un constat que l’on peut confirmer par le prix moyen du m2 de l’immobilier grenoblois qui a plongé de 3.1% en 2018.

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Cette alliance écolo-gauche voire avec l’extrême gauche, n’est pas propre à Lyon ou Grenoble. Il faut dire que certaines idées issues des études postcoloniales ont trouvé écho dans ces différents camps politiques et permettent un rapprochement idéologique facilité. Nous pourrions citer le cas de Rennes où il y a eu une alliance EELV-PS pour le second tour des municipales. La maire PS, Nathalie Appéré, est connue pour avoir fait preuve de complaisance envers les islamistes en permettant, entre autres, le port du burkini à Rennes, mesure ayant reçu le plein soutien de la section locale d’EELV.

La décision de Gérard Collomb de s’allier avec la droite semble donc être avant tout motivée par la volonté de « protéger sa ville » de ce désastre. Même si l’alliance Collomb-LR n’est pas sur le papier suffisante pour remporter les élections face à un front écologiste-gauche, elle aura au moins le mérite de montrer que des politiques sont prêts à mettre de côté leur différence, quitte à se sacrifier, pour un objectif commun. Doit-on y voir ici un nouveau type de front politique commun mis en place par les élus locaux et en dehors de toute logique partisane ?

Manifestation des migrants: une provocation qui en dit long

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"Marche des solidarités" pour la régularisation d'immigrés illégaux le 30 mai 2020 © SEVGI/SIPA Numéro de reportage: 00964825_000028

Plus de 5000 clandestins ont défilé samedi dans Paris, malgré l’interdiction de la préfecture et les risques sanitaires. La manifestation n’a pas été réprimée. Un tel laxisme démontre que le gouvernement n’entend pas infléchir une politique migratoire folle, selon Yves Mamou.


La répression est un marqueur des politiques publiques, c’est souvent un très bon révélateur. Quand les matraques s’abattent sur une population donnée, que les lances à eau de la police la refoulent, le pouvoir politique fait savoir qu’elle n’est pas « dans le même camp » qu’elle. Comme l’a dit un jour le préfet de police Lallement à une dame en gilet jaune.

Le 30 mai, plus 200 organisations gauchistes et antiracistes ont organisé librement, sans aucune répression policière, une manifestation de quelques milliers de sans-papiers, au mépris de l’interdiction faite à cette manifestation de se former et au mépris de l’interdiction sanitaire de se regrouper au-delà de dix personnes. C’est la démonstration terrible que le pouvoir politique considère les sans-papiers comme “dans son camp”.

Les LBD sont restés rangés

Comme toutes les manifestations de sans-papiers, celle-ci était une provocation gauchiste et indigéniste. Ses organisateurs ont voulu montrer que les règles communes ne s’appliquent pas aux étrangers entrés illégalement dans le pays, et que ces étrangers en situation illégale ont des droits supérieurs à ceux des citoyens qui résident légalement dans le pays. Et la provocation a réussi, puisque le pouvoir politique a laissé faire, sans quasiment intervenir. 

La non-répression de cette manifestation illégale n’a pas trente-six interprétations ! Pour le gouvernement, la mondialisation heureuse avec son corollaire de liberté totale pour les flux migratoires continue et va continuer. En d’autres termes, le gouvernement n’a pas tiré les leçons de la pandémie. 

A lire aussi, du même auteur: Emmanuel Macron, un maniaque du “devoir de mémoire”

N’a-t-il pas remarqué qu’à la première alerte, tous les Européens en goguette dans un autre pays que le leur sont rentrés dare-dare à la maison? N’a-t-il pas remarqué que les frontières ont été rétablies dès que la pandémie a menacé ? Surtout, le gouvernement ne veut-il décidément pas voir qu’il existe aujourd’hui une catégorie d’étrangers, originaires d’Afrique sub-saharienne et du Maghreb principalement, mais aussi d’Asie et du Moyen Orient, qui eux, n’entendent pas du tout rentrer à la maison? Pour eux, les frontières restent ouvertes et ils manifestent à Paris pour exiger logement, papiers, gel hydroalcoolique et masques… le tout au frais du contribuable local, naturellement. Et aucune grenade lacrymogène, ni aucun tir de LBD ne leur ont fait savoir que les temps avaient changé.  

Cités sensibles, clandestins: ne surtout pas contrarier

Pour le gouvernement, les migrants continuent d’être traités comme les habitants des cités hors de contrôle : il ne faut surtout pas les contrarier. Ces citoyens-là jouissent d’un statut à part. Ils peuvent continuer de se rassembler comme bon leur semble, organiser des rodéos sur la place publique ou régler à coups de barre de fer leurs conflits ethniques comme cela s’est passé récemment à la gare de Lyon. On peut aussi rappeler que des immigrés étaient déjà rentrés en force au Panthéon pour accuser la France de colonialisme ou de racisme, et que d’autres ont carrément profané la basilique de Saint-Denis pour réclamer des papiers ou un logement. Toujours pas de PV, pas de réprimande, pas de coups de matraque, ni tirs de LBD. 

En refusant de sévir, le pouvoir rappelle à la population française dite « de souche » qu’elle a un coût salarial élevé, que les délocalisations en Chine pourraient continuer et que l’immigration sans frein a pour but de faire baisser les coûts de tous les emplois qu’on ne peut décidément pas délocaliser (sécurité, BTP, santé…). Et si cette population-là proteste d’être concurrencée sur son territoire par une main d’œuvre étrangère trop nombreuse, si elle manifeste comme l’ont fait les gilets jaunes en leur temps, alors là cela pourrait être à coups de LBD dans l’œil qu’elle serait sommée de rentrer dans le rang !

Bonjour la souveraineté vantée par Macron!

Le laxisme avec lequel cette petite manifestation d’immigrés sans-papiers a été traitée est préoccupante. Emmanuel Macron parle de « rebâtir notre souveraineté » économique, il projette de « produire en France », mais cette stratégie de recentrement national peut-elle s’effectuer avec une main d’œuvre mercenaire, déqualifiée, sous payée et qui n’adhère à aucune des valeurs d’une nation souveraine ? 

A lire aussi: Reconquête républicaine: le poids des mots, le choc de la photo

Face à un changement rapide de l’environnement extérieur, face à une Chine qui a aujourd’hui laissé tomber le masque et entend imposer son leadership par la menace et peut-être demain par la force ; face à l’islamisme qui gangrène des zones entières du pays et attente à l’identité comme à la cohésion du territoire, le pouvoir politique semble toujours tétanisé. 

Il parle de « reconquête » mais soutient toujours la même politique d’affaissement du national qu’auparavant : élargissement continu de l’Union européenne (Albanie et Macédoine du Nord dernièrement, et pourquoi pas la Turquie un jour prochain?), multiplication des traités de libre-échange avec des pays comme le Vietnam et donc importation continue d’une main d’œuvre non européenne intéressée par les avantages de notre système social mais pas toujours préoccupée de s’inscrire dans le projet français. Jamais le contraste entre les paroles et les actes des politiques n’a été aussi grand.

Le grand abandon: Les élites françaises et l'islamisme

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Pierre Moscovici va à la Cour des comptes…

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Pierre Moscovici © Alessandra Tarantino/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22401905_000001

Le socialiste, ancien commissaire européen et ancien ministre de l’Économie de Hollande, prend la suite de Didier Migaud. Il aura tout loisir de critiquer ses petits camarades qui lui succèdent aux destinées économiques de l’hexagone. Une promotion méritée.


En ce dimanche de Pentecôte, alors que des familles innocentes se retrouvaient pour la première fois depuis des mois devant un barbecue, les portables se sont mis à vibrer entre la merguez et la côtelette. Une alerte – de l’appli du Figaro, s’agissant de votre serviteur – leur apprenait la nouvell : Emmanuel Macron proposait à Pierre Moscovici de prendre la tête de la prestigieuse Cour des Comptes.

Le peuple n’attendait que ça

On imagine les vivats dans tous les foyers ayant reçu la nouvelle. Bravant la distanciation physique, et toutes les mesures barrière, des chenilles ont été improvisées autour des tables. En Corse, des concerts polyphoniques ont résonné pour rendre hommage à Moscovici qui a épousé l’une des enfants de l’Ile de Beauté. Dans le pays de Montbéliard, sa terre d’élection, un embouteillage géant de Peugeot bigarrées a bloqué toute l’agglomération. Parfois des hommes faisaient hurler des cornes de brume, assis sur le toit de leur véhicule. On a même vu des femmes tomber le soutien-gorge du côté du Parc des miches. L’une d’elle avait écrit « Love Mosco » au rouge à lèvres sur sa poitrine généreuse. Rue Cambon, là où siège la Cour des comptes, créée par l’Empereur en 1807, de jeunes énarques fraichement émoulues ont fait le déplacement dominical afin de décrocher le portrait de Philippe Séguin dont elles avaient orné leur bureau, pour le remplacer par celui du nouveau guide spirituel. Partout en France, et même à Bruxelles et à Athènes, des petites gens sont venues se rassembler sur les places de leurs villes, de leurs villages, afin de communier autour de cette bonne nouvelle.

A lire aussi Patrick Mandon: Des nuages au-dessus du royaume

Le lecteur l’aura compris. Le paragraphe qui précède est une fiction. Toute ressemblance avec des événements, existants ou ayant existé etc. En fait, Pierre Moscovici n’a jamais vraiment passionné les foules. Il se dit même que les foules répriment un bâillement lorsqu’il passe à la télévision. Les moins indifférents soulignent sa ressemblance avec Alain Juppé, dont il partage la calvitie et la sûreté d’être supérieur à son prochain. En beaucoup moins travailleur, certes – rendons justice à l’ancien maire de Bordeaux sur ce plan. Comme Juppé, il n’a pas un gramme d’humour sur lui. L’an dernier, nous avions osé une blague sur le réseau Twitter. La rumeur publique faisait état de sa volonté de mener la liste socialiste aux européennes. Nous avions alors évoqué l’idée qu’il était ainsi missionné par la Commission européenne pour faire passer le PS dans la limite des 3%. Il n’a pas aimé et a cru bon de manifester auprès de moi sa profonde désapprobation.

Capture d'écran twitter
Capture d’écran twitter

Pas toujours là pour soutenir Sochaux

En nommant Pierre Moscovici à la Cour des comptes, Emmanuel Macron a-t-il souhaité montrer le peu de considération qu’il avait à la fois pour la Cour et pour l’ancien commissaire européen ? On peut légitimement se poser la question. Quelle trace laisse en effet l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande dans l’histoire politique française ? Il n’a jamais roulé qu’à l’arrière de véhicules conduits par un chauffeur. Retournons un instant du côté de Montbéliard dont il a cherché, en vain et à deux reprises, de prendre la mairie. S’il a pu diriger la communauté d’agglomération, c’est en se cachant à la troisième place d’une liste à Valentigney, comptant ainsi sur le basculement à gauche de la cité montbéliardaise, obtenue par un camarade qui avait réussi là où il s’était cassé les dents. Quant à ses performances aux législatives, elles n’épatent pas davantage. Dans une circonscription taillée sur mesure pour la gauche, celle de Huguette Bouchardeau, il a réussi à perdre à deux reprises (1993, 2002) la gagnant trois fois (1997, 2007, 2012).

Il aurait bien voulu aussi prendre la Franche-Comté aux régionales. Il n’y est jamais parvenu. Que Dieu en soit remercié ici. Cette Franche-Comté qu’il a laissé tomber comme une vieille chaussette lorsqu’il se décida à guigner le poste ô combien rémunérateur de commissaire à Bruxelles. Cet été 2014, alors que les élus socialistes du Pas-de-Calais exerçaient une pression amicale sur François Hollande afin qu’il favorise le RC Lens, que les instances financières du football jugeaient inaptes à la Ligue 1, on aurait souhaité que son ancien ministre et directeur de campagne exerce la même pression en faveur du FC Sochaux. Il fut aux abonnés absents.

Mon dernier billet

Pierre Moscovici va donc présider la Cour des comptes. Il aura son moment de gloire chaque année en critiquant vertement ses successeurs à Bercy, dispensant ses leçons, lui qui a tant réussi au poste de ministre de l’Économie. Il faut quand même une certaine dose de cynisme et le cœur bien accroché pour nommer un tel oiseau à ce poste. Après cette nomination, Emmanuel Macron devrait avoir interdiction d’employer une seule fois le mot « méritocratie ».

A lire ensuite, Yves Jego: «Arrêtons de consommer des jeans qui font dix mille kilomètres!»

Pierre Moscovici fut aussi un anti-héros parfait de mon premier roman. Être un héros romanesque – même anti – une seule fois dans sa vie, fut un titre de gloire inespéré dont il ne manifesta pourtant pas la moindre reconnaissance. Le hasard veut également qu’il soit l’objet de mon dernier papier dans les colonnes de Causeur.fr. Je ne les quitterai pas sans remercier tous les fidèles lecteurs qui m’ont lu pendant plus de onze années. Je ne les quitterai pas sans remercier les rédacteurs en chef web à qui je soumettais mes papiers : Daoud, Pascal, Gérald, Kévin et Martin. Je ne les quitterai pas sans remercier celui qui m’avait proposé d’y entrer, François Miclo. Sans remercier, last but not least, Gil Mihaely et Elisabeth Lévy.

Bonne continuation Causeur ! Surtout si vous n’êtes pas d’accord !

Intermittents: le modèle des fonds d’entreprises va-t-il s’imposer?

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Gilles Pellisson et Delphine Ernotte, les dirigeants de TF1 et France Télévisions en 2019 © Auteurs: LAURENT VU/SIPA Numéro de reportage: 00923577_000006

Le 6 mai dernier, après s’être vu reprocher de les avoir oubliés, Emmanuel Macron a annoncé une série de mesures en faveur des intermittents. Pas tout à fait un plan Marshall, assez tout de même pour rassurer en partie le monde du spectacle. Cruel dans l’ensemble, le confinement a néanmoins eu un double mérite : mettre en évidence la détresse parfois extrême des intermittents autant que leur importance dans un monde en quête d’édification culturelle. S’il est apparu qu’il ne serait pas sage de les abandonner à leur sort, il est aussi apparu que l’Etat n’était pas le seul à pouvoir leur venir en aide : entreprises publiques et privées de l’audiovisuel ont lancé des fonds, dont la portée économique, politique et symbolique mérite d’être étudiée.

« Année blanche » 

Le 6 mai, Emmanuel Macron annonçait, lors d’une visioconférence, que « les droits des artistes et techniciens intermittents seront prolongés d’une année au-delà des 6 mois où leur activité aura été impossible ou très dégradée ». Autrement dit, grâce à cette « année blanche », les droits à l’assurance chômage des salariés du spectacle courront jusqu’à fin aout 2021. Cette annonce était la principale demande des collectifs « Année noire » ou « Culture en danger », et a été accueillie avec soulagement par les premiers concernés.

Le soulagement ne concerne en revanche pas le système d’assurance-chômage, sur lequel le régime des intermittents, structurellement déficitaire, pèse déjà en temps normal à hauteur d’environ 1 milliard d’euros par an. Un déficit qui s’explique par la nature même de ce système, reposant sur un principe de solidarité entre travailleurs et demandeurs d’emploi : les employés jouissant d’un CDI paient pour les autres, CDD, intérimaires et intermittents, travaillant de façon discontinue. CQFD.

Loin d’être spontanée, l’annonce de Macron intervient après une levée de boucliers de la part de nombreux acteurs culturels, et ne saurait donc être envisagée autrement que sous l’angle de l’opportunisme. L’exécutif se devait de réagir, d’autant que le confinement, s’il a révélé l’extrême précarité de nombre d’intermittents, a aussi mis en évidence leur importance. Dans un premier temps par défaut (ou par le vide), en plongeant dans le silence nos vies habituées à l’ébullition : tout lieu favorisant la proximité entre individus pouvant contribuer à la propagation du virus, il est devenu inconcevable de maintenir les festivals et les concerts, de laisser ouvert les musées, les galeries, les théâtres et les salles de cinéma. De la même façon, les tournages de films ou séries télévisées ont été interrompus.

Dans un second temps parce que le monde de la culture a su se réinventer et continuer de nous enchanter, l’offre culturelle s’adapter. Dès le début du confinement, les acteurs culturels se sont illustrés par des démarches désintéressées, de nombreuses initiatives sont apparues pour fournir un large choix d’œuvres (lives musicaux depuis des salons, films et livres mis à disposition gratuitement, etc.) comme pour répondre à un besoin vital. Une démarche salvatrice. Nous nous sommes tournés vers l’art pour supporter la situation, pour surmonter l’ennui et l’angoisse : en témoigne l’importante consommation de livres, de films, de séries et de musique ces dernières semaines.

Derrière cette offre culturelle renouvelée, des « petites mains » ayant souffert des mesures de distanciation sociale liées à la pandémie, et en souffrant toujours. Comment évaluer l’étendue des pertes liées à la crise sans savoir quand serait le retour à la normale, la date à laquelle les lieux de culture pourront de nouveau accueillir des spectateurs ? Comment faire en sorte que les artistes et techniciens qui en vivent puissent tenir jusqu’à ce que leur activité reprenne ? Si l’exécutif a répondu tard et de façon parfois un peu évasive à ces questions, d’autres acteurs ont pris le relai.

Les entreprises du secteur à la rescousse

Dès le début de la crise, de grosses entreprises publiques, comme France Télévisions, ou des plateformes privées comme Netflix et Facebook ont très rapidement prévu des mécanismes de soutien pour venir en aide aux intermittents du spectacle qui subissaient l’arrêt des tournages. Déjà financeur de 50% de la création audiovisuelle tricolore, France Télévisions a ainsi décidé d’augmenter de 20 millions d’euros son budget dédié à cette activité pour le passer de 420 à 440 millions d’euros. Delphine Ernotte, la présidente du groupe, s’est par ailleurs engagée à raccourcir les délais de paiement, et à passer des conventions pour continuer les développements. France Télévisions, enfin, toujours selon Delphine Ernotte, négocie actuellement avec les partenaires sociaux un « système de fonds abondé tant par l’entreprise que par les salariés de façon à ce qu’il y ait un élan de solidarité. L’entreprise France Télévisions, mais aussi les salariés à travers le don de RTT, contribuent à alimenter ce fonds de soutien aux intermittents. »

De fonds, il en est également question chez Netflix, qui a annoncé aux premières semaines du confinement le déblocage d’une enveloppe de 100 millions de dollars, dont 85 millions sont destinés aux équipes travaillant sur les productions Netflix en France et dans le monde, tandis que les 15 restants, dont un million pour la France, reviennent à des fonds d’urgence visant à soutenir l’industrie audiovisuelle et cinématographique dans son ensemble. Même son de cloche pour l’Adami, organisme de gestion collective des droits des artistes-interprètes ayant aussi mis en place un fonds de soutien en faveur de ces derniers.

Ces initiatives ne se substitueront pas à l’assurance-chômage, qui continuera d’indemniser les intermittents, et c’est heureux, entre deux contrats, comme elle le fait pour les CDD et les intérimaires dans des proportions bien supérieures. Elles pourront en revanche soulager cette dernière, tout en apportant une aide précieuse, pourquoi pas, aux salariés du spectacle n’ayant, de peu, pas réalisé assez d’heures pour prétendre au statut d’intermittent (il faut avoir travaillé 507 heures sur 12 mois pour cela). Le mécanisme des fonds de soutien émanant d’entreprises de l’audiovisuel est intéressant puisqu’il transfère aux professionnels du secteur une partie de la responsabilité de l’Etat, entreprises dont on peut imaginer qu’elles sont davantage au fait des besoins réels des salariés qu’elles emploient, et donc plus à même de calibrer leurs aides.

Si le dispositif de don de RTT mis en place par France Télévisions a vocation à rester exceptionnel, il a ceci d’intéressant qu’il confère aux salariés de l’audiovisuel les mieux lotis le soin d’aider les salariés du même secteur les plus précaires, évitant ainsi à un segment du public se sentant peu concerné par la situation des intermittents de mettre la main à la poche.  Enfin, et c’est peut-être le plus notable, la patronne de France Télévisions, en proposant de raccourcir les délais de paiement et en injectant 20 millions supplémentaires dans la création audiovisuelle, offre aux intermittents de la visibilité et, partant, une certaine sérénité d’esprit. Sans doute ce qui leur manque le plus en ce moment.

Petite suite misogyne: Camilla Paglia, Cioran et Caraco

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Image d'illustration Unsplash

Petite suite misogyne (2/2)


Une enquête sociologique menée dans les bars des campus américains confirme ce que je ne me lasse pas d’observer : le comportement odieux des filles. Je doute d’ailleurs qu’elles en aient conscience. La liste est longue des griefs qui leur sont adressés par le personnel (y compris féminin). Citons-en quelques-uns :

  • les filles ne laissent pas de pourboire 
  • les filles se plaignent de tout
  • les filles commandent des boissons exotiques comme les daiquiris à la banane, les Gold Cadillac, les Pink Ladies dont la préparation complique la tâche des barmen
  • les filles paient séparément et n’hésitent pas à donner à la serveuse des billets de cinq, dix et vingt dollars pour payer une consommation qui coûte rarement plus de deux dollars 
  • les filles importunent sans arrêt la serveuse pour qu’elle vienne nettoyer la table
  • les filles modifient la commande qu’elles viennent de passer…

Mieux vaut ne pas en tirer de conclusions : ce serait se condamner à une vie monacale. 

***

Dans l’histoire de la philosophie, rares sont les penseurs qui n’ont pas abouti à des conclusions similaires. Plus jeune, je pensais qu’un Schopenhauer ou un Weininger – deux références pour moi – exagéraient. J’aimais trouver des qualités à ces petits animaux chronophages. J’y ai renoncé. 

>>> Relire la première partie de la petite suite misogyne <<<

On me fera remarquer qu’il y a des exceptions : Dorothy Parker ou Louise Brooks par exemple. Je le concède d’autant plus volontiers que leurs propos sur les femmes sont encore plus acerbes que les miens. Vous ne me croyez pas ? Alors juste ce poème de Dorothy Parker, elle qui avait choisi pour épitaphe « Pardon pour la poussière. ». Après avoir proclamé qu’elle hait les femmes – «  elles me portent sur les nerfs » – et dézingué les Femmes d’Intérieur (ce sont les pires), elle écrit :

« Et puis il y a les Petites Fleurs Sensibles,
Les Pelotes de Nerfs…
Elles ne ressemblent pas aux autres et ne se privent pas
de vous le rappeler.
Il y a toujours quelqu’un pour froisser leurs sentiments,
Tout les blesse… très profondément,
Elles ont toujours la larme à l’œil…
Les conventions les étouffent :
Elles n’ont qu’une seule idée : partir….
Loin de Tout !
Et moi je prie le Ciel : oui, qu’elles foutent le camp ! »

Louise Brooks, son amie, n’était pas en reste, elle qui déclarait qu’il fallait vraiment avoir une vocation de pute pour aspirer à faire du cinéma. Elle parlait d’expérience, elle qui lisait Schopenhauer entre deux tournages et qui souscrivait au mot de Kokoshka : « Assassin, espoir des femmes ». D’ailleurs, dans Lulu de Pabst, elle meurt poignardée par Jack l’Éventreur, une nuit de Noël. Le plus beau cadeau que la vie pouvait lui offrir.

***

Plutôt que d’argumenter – quelle perte de temps – , je conseillerais volontiers à mes détracteurs de se plonger dans Cioran ou dans Caraco. À rebours de ce qu’affirme le sens commun, c’est l’absence de sensibilité des femmes qui leur apparaît comme leur caractéristique la plus saillante. Il faut des années pour le remarquer et encore plus pour s’en convaincre. Cioran ne disait-il pas que si les femmes avaient une once de sensibilité, elles avorteraient en lisant le journal. Louise Brooks se qualifiait de Broosksie la Stérile et en était d’autant plus fière qu’elle n’a j’aimais eu recours dans sa vie dissipée à des capotes. Je n’ai jamais aimé que des filles stériles, anorexiques si possible. Les autres, je les incitais à avorter. Aussi puis-je me vanter aujourd’hui, au terme de ma vie, d’avoir commis tous les crimes, sauf celui d’être père (cela vous rappelle sans doute quelque chose).

***

Une féministe américaine d’une lucidité exceptionnelle, Camille Paglia bien sûr, observe que beaucoup de comportements criminels des hommes contre les femmes, et particulièrement les viols, sont reliés à la figure maternelle qui prend chez eux la forme d’une fixation obsessionnelle. Se joue là une sorte de théâtre sexuel, provoqué par la peur de se faire réabsorber par la mère. Derrière les crimes sexuels se profile presque toujours l’ombre de la mère.

***

Que le film d’Alfred Hitchcock : Psychose (1960) ait pu subjuguer à ce point l’imagination populaire ne relève pas du hasard. La domination vampirique de la psyché du fils par la figure maternelle y tient la place centrale. Je l’ai vécu avec ma mère, sans devenir pour autant un violeur. Mais je comprends ceux qui n’ont pas su résister à cet affront final à la féminité. 

D’autant plus qu’il faut bien l’admettre, les femmes possèdent le plus grand pouvoir. Elles en sont d’autant moins conscientes que ce pouvoir leur est rapidement retiré. Peut-être le pressentent-elles. Et c’est ce qui donne à certains hommes l’envie de les protéger, même si en fin de compte la plupart s’en détournent, troquant leurs femmes vieillissantes, à la cinquantaine, pour des créatures plus jeunes et plus décoratives. On ne leur reprochera pas plus qu’on ne reprochera à la nature d’être injuste. Mais en échangeant une femme de quarante ans contre deux de vingt, selon la formule classique, ils prennent inévitablement le risque d’avoir dans leur lit une cinglée, une pute ou une paumée. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

À dix ans, je me demandais en observant les amies de ma mère pourquoi, à quelques exceptions près, les femmes contrairement aux hommes vieillissaient si mal. C’était une énigme pour moi. J’étais arrivé à la conclusion que c’était parce qu’elles étaient intrinsèquement mauvaises. On pense parfois d’étranges choses quand on est encore un enfant.

Confession d'un gentil garçon

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Onfray et Zemmour, face-à-face ou côte à côte?

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Capture d'écran Cnews

Les deux intellectuels étaient réunis vendredi dernier, à 19 heures, dans l’émission “Face-à-face” sur la chaîne CNews. Dans une optique souverainiste, droite et gauche pourraient-elles se réunir? Macron a bien fait l’union des “mondialistes”, lui. Analyse.


Il est loin le temps où Onfray, agacé, quittait le plateau de Zemmour (et Naulleau)! 

Désormais leurs face-à-face (il y a en eu plusieurs) sont des côte à côte qui suscitent la hargne d’une meute politico-médiatique affolée de perdre son rang et ses prébendes : islamo-gauchistes (selon le mot inventif de Pierre André Taguieff), verts, euro-mondialistes ou financiaristes. Parfois le tout ensemble comme chez Daniel Cohn-Bendit, rentier d’un demi siècle de fausse révolution, fausse écologie, fausse gauche, fausse Europe. 

Ce 29 mai 2020, Onfray et Zemmour se sont à nouveau rencontrés sur C-News, sous la remarquable houlette de Christine Kelly, pour constater leur accord sur ce qui leur est fondamental en politique et en économie, mais ils ont continué à mettre un peu de coquetterie à souligner leurs minimes divergences. Dire que ce dialogue a atteint des sommets intellectuels serait exagéré, mais il a permis de donner un début de corps doctrinal à une alternative politique et économique plus que jamais indispensable.

Populiste n’est plus un gros mot

En cette période étrange de post-confinement et, sans nul doute, d’avant crise économique et sociale gravissime, les deux hommes s’intéressent l’un à l’autre (mêmes origines modestes, même non-conformisme, même harcèlement par la meute, et même succès d’audience). L’un et l’autre ne craignent pas de se dire populistes. Plus encore, et avec un peu d’étonnement, ils se découvrent des constats et des vœux identiques pour l’avenir de la France. Un avenir dé-mondialisé, dé-bruxellisé, dé-financiarisé. On passera rapidement sur les divergences entre le Normand, athée revendiqué, et le juif pied-noir affirmant le rôle majeur du catholicisme dans l’identité française. Il semblerait d’ailleurs qu’ils confondent tous deux spiritualité transcendante, christianisme et Église. Mais ce serait un autre débat, hors du sujet auquel les ramenait sans cesse Madame Kelly. Ce qui importe vraiment, et ce que tous deux défendent, c’est ce que nous sommes, l’Occident helléno-chrétien, notre incomparable civilisation confrontée aux graves menaces de dissolution qui pèsent sur elle. Et pèsent d’abord sur ses piliers majeurs : l’amour du prochain, la liberté (individuelle, et collective), la nation, le personnalisme maniériste[tooltips content= »Le personnalisme d’Emmanuel Mounier recherche une troisième voie entre droite et gauche en prônant avant tout le respect et l’accomplissement de la personne dans sa nation »](1)[/tooltips], la common decency orwellienne, la justice rawlsienne[tooltips content= »Dans sa théorie de la justice, John Rawls insiste sur le droit pour tous à la liberté et à l’égalité des chances, particulièrement pour les plus défavorisés. »](2)[/tooltips]. Ces menaces ont été identifiées de concert par les deux protagonistes. La première menace vient d’une certaine gauche : des « idées chrétiennes devenues folles » (permissivité pénale, migrationisme masochiste, genrisme, etc). Cette gauche dénaturée a même renié le cœur de son propre héritage doctrinal : les souverainetés populaires et nationales. La seconde menace vient d’une certaine droite ultralibérale, qui, elle aussi, s’efforce de briser la nation car, consubstantielle de la démocratie, elle dérange les machinations du business mondial : celui qui essaie de maximiser le profit et de minimiser le  »rendement social » défendu par Maurice Allais.

Soif d’idéal

Les deux essayistes sont d’accord pour alerter sur la Chine qui prospère de nos délocalisations, quand ces dernières nous ruinent ; la Chine qui nous assujettit, et qui pollue l’Afrique. La grande bourgeoisie droite/gauche et ses hommes de paille (y compris des hommes politiques) ont trouvé un intérêt personnel à ces trahisons de l’intérêt national et font tout pour laisser la nation dans un coma artificiel : les aides sociales, le matraquage publicitaire, l’hyper-consommation, les télé-réalités… Comme le chante si justement Alain Souchon :  »Oh le mal qu’on peut nous faire… » Tant Onfray que Zemmour pensent qu’il faut mieux protéger le consommateur, éduquer le peuple, lui donner un pouvoir d’achat suffisant pour qu’il puisse acheter de la qualité[tooltips content= »(cf H.Temple et alii, Droit de la consommation, 2020 n°21 et s.) »](3)[/tooltips].

Onfray et Zemmour s’accordent à dénoncer le rôle de Bruxelles dans ce grand désordre moral, politique, démocratique, économique, social, démographique et culturel. Zemmour insiste sur le désastre de l’immigration et Onfray, discret sur ce terrain, ne démentit pas non plus. Les deux s’accordent aussi à dénoncer la fraude omniprésente et l’injustice, qu’elle soit judiciaire, sociale ou fiscale. Ils reconnaissent enfin que le clivage droite/gauche est dépassé par un autre opposition entre les souverainistes des deux rives d’une part et les complices ou les serfs volontaires de la haute bourgeoisie financière et internationale d’autre part.

Désirs d’avenir

La vraie question qui se pose, désormais, est de savoir si cette tentative de réunir les souverainistes de deux rives échouera encore, après celles de Séguin et Chevènement dans les années 1980. Où si (mais de quelle façon ?), émergera enfin une alternative politique au niveau des graves échéances qui nous menacent, et digne de notre nation.

Si les débatteurs sont d’accord pour l’essentiel du constat et de ses causes, un sujet les divise néanmoins quand s’esquissent ces perspectives. Zemmour veut un état national, fort et centralisé ; Onfray, lui, idéalise le fonctionnement démocratique de la Suisse et souhaite une organisation plus girondine. De quoi créer, au sein de cette majorité d’idées souverainistes qui semble naître sous nos yeux, deux courants?

Que deviennent les terroristes de Daech?

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Archive. Des combattants de l'Etat islamique et leurs familles, capturés par les forces syriennes démocratiques près de Baghouz en mars 2019 © LAURENCE GEAI/SIPA Numéro de reportage: 00919431_000155

Alors qu’il était enfin affaibli, de nombreux signes montrent que le califat est de retour. Dans sa dernière communication, les islamistes se réjouissent de voir leurs ennemis affectés par le coronavirus. L’analyse de Gil Mihaely.


Daech est-il de retour ? Un peu plus d’un an après la chute des derniers bastions du « califat » et six mois après la mort de son calife Abou Bakr al-Baghdadi, l’État islamique (EI) montre de plus en plus de signes de vie.

Le 28 mai dernier, dans un enregistrement de 39 minutes diffusé sur ses chaînes Telegram, l’EI a menacé le Qatar en raison de sa participation à la lutte contre les djihadistes. « Pas un jour nous n’avons oublié que la base Al-Oudeid, construite par les tyrans du Qatar pour accueillir l’armée américaine, était et reste toujours le commandement de la campagne menée par les Croisés », déclare Abou Hamza El Qourachi, le porte-parole de l’EI, accusant également Doha « d’avoir financé des factions en Syrie et en Irak engagées contre les djihadistes ». Ce message vocal évoque aussi le coronavirus, un châtiment divin contre « les tyrans du monde » ennemis du califat. Enfin, il fait allusion aux « sommes importantes [dépensées] dans des tentatives désespérées pour sauver [les] économies laminées par la fièvre de l’épidémie » et conclut que nombre de ses ennemis « se retrouvent au bord de la faillite ». Les « Daechologues » ont vite fait remarquer qu’au-delà de son contenu, les silences du message sont également intéressants. En effet, très virulent contre le Qatar à cause de la présence d’une base militaire américaine, le porte-parole de l’EI ne dit mot sur les Émirats Arabes Unis (EAU) dont la base aérienne Al Dhafra abrite des unités américaines (et françaises). L’Arabie saoudite est épargnée et la Turquie s’en sort aussi à peu de frais. Difficile aussi de ne pas relever la date de la diffusion du message de l’EI, pendant le troisième anniversaire du déclenchement de la crise du Golfe qui s’est noué fin mai début juin 2017, aboutissant à une rupture de relations diplomatiques entre le Qatar d’un côté, l’Arabie Saoudite, les EAU, Bahreïn et Égypte de l’autre. Étrange coïncidence difficile à interpréter. Cependant, ce message de propagande doit être compris dans un contexte plus large : l’EI est en train de revenir sur le devant de la scène. Et pas que par voie de presse.  

Le coronavirus apporte un nouveau souffle à l’EI

Au cours des deux derniers mois, quand la moitié de la planète était à l’arrêt, l’EI semble avoir retrouvé un nouveau souffle, menant notamment une série d’attaques de grande envergure en Syrie et en l’Irak. Des attentats revendiqués par l’EI ont également été commis en Égypte, en Afrique, en Afghanistan, au Yémen et aux Maldives. Au Mozambique, le gouvernement soupçonne que des membres de l’organisation djihadiste auraient perpétré un massacre fin avril.  Pire encore, la recrudescence d’activité terroristes s’accompagne de témoignages suggérant que le groupe a une plus grande visibilité ces derniers mois dans les villages et les périphéries des villes d’Irak et de Syrie. 

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Le modus operandi de certains attentats laisse croire que les groupes djihadistes sur le terrain ont accès à des renseignements sur les mouvements de troupes et les cibles qu’ils cherchent à attaquer. Cela signifie que certains groupes de l’EI ont survécu à la déroute du printemps 2019 et ne sont plus en fuite. Ils se réorganisent et retissent des réseaux d’informateurs et de soutien logistique ainsi que d’autres éléments permettant de se doter de l’infrastructure nécessaire pour passer à l’action terroriste. 

Les conséquences des annonces de Trump?

L’une des raisons principales du retour en force de l’EI est la diminution de la pression militaire qu’exerçait la coalition dirigée par les États-Unis. Cette pression n’avait cessé de croître depuis la reprise de Mossoul en 2017 et de Raqqa en 2018. Des opérations systématiques visaient à nettoyer des territoires entiers (villages abandonnés, zones montagneuses et désertiques) pour assurer que les djihadistes chassés des grands centres urbains ne trouvent pas le répit nécessaire à leur réorganisation. 

Cette pression constante a été notamment affaiblie par les atermoiements des États-Unis qui ont amené leurs alliés locaux – notamment les forces kurdes – à se tourner vers Moscou et Damas. Quand ils ont compris ne plus pouvoir compter sur Washington, les Kurdes ont dû trouver des alliés de circonstance pour empêcher la Turquie de s’imposer dans des zones qu’ils considèrent comme vitales pour leur survie en tant que peuple autonome. Le fait que les États-Unis soient revenus sur leur retrait annoncé n’a pas suffi à rétablir la confiance. En a résulté une forte diminution des capacités opérationnelles de la coalition occidentale dans cette région couvrant à peu près un tiers de la Syrie, territoire précédemment contrôlé par l’EI. 

Le chiendent s’enracine

En Irak, le contexte est également moins favorable à la lutte contre l’EI. Les protestations dans le centre et le sud du pays ont contraint le gouvernement à la démission, conduisant à une stagnation politique qui a duré jusqu’à début mai lorsque les partis politiques se sont mis d’accord sur un nouveau Premier ministre, Mustafa al-Kadhimi. Parallèlement, les échanges de tirs entre Washington et les mandataires de Téhéran, aboutissant à l’assassinat du général iranien Qassem Suleimani et du chef de la milice chiite Abu Mahdi al-Muhandis, ont diminué la portée et l’efficacité de la pression exercées sur l’EI.

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C’est dans ce contexte que la récente série d’opérations djihadistes s’est déclenchée. La première attaque a eu lieu le 9 avril près de Palmyre contre les forces syriennes. Il s’agissait d’une embuscade tendue aux forces du régime syrien suivi d’un combat qui a duré quelques heures. Plus tard en avril, l’EI a mené trois attaques dont une contre le QG de la direction du contre-terrorisme et du renseignement à Kirkouk. Ces opérations, plus complexes que des massacres aléatoires, témoignent des capacités opérationnelles importantes. Et les menaces contre le Qatar pourraient indiquer que pour accompagner son regain d’opérations violentes, l’EI a adopté une stratégie de communication offensive. L’objectif est de remettre Daech à l’ordre du jour des médias et des décideurs dans la région. Mais pas uniquement. 

Ce retour assez rapide de l’EI suggère que l’organisation a pu s’enraciner profondément dans ces territoires à cheval entre la Syrie et l’Irak. Comme une plante désertique brulée par le soleil et asséchée par les vents, l’EI semble avoir la capacité de ressusciter et refleurir dès qu’une pluie passagère rend l’environnement moins hostile. 

Il semblerait donc que l’EI ne soit pas mort sous les coups de la coalition, qu’il s’installe dans la clandestinité dont il a été accoutumé dans sa période pré-califat et qu’il ait retrouvé un élan opérationnel et très probablement une nouvelle stratégie et une forme de direction. Il aura suffi de quelques mois de relâchement de la pression exercée par ses ennemis pour retrouver une capacité de nuisance certaine. Et puisque rien n’indique que les conditions d’un effort coordonné et soutenu de lutte contre l’EI soient réunies, il faut craindre qu’un élément de plus du monde d’avant parasite le monde d’après : l’EI va rester avec nous encore un certain temps.

Le Conseil d’État valide la télé-IVG

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Le Ministre de la Santé Olivier Véran en déplacement à Dijon le 29 mai © JC Tardivon/SIPA Numéro de reportage: 00964680_000016

Saisi par des associations opposées à l’allongement du délai de l’IVG pendant la crise sanitaire, le Conseil d’État leur a donné tort.


L’IVG est un droit qu’il ne nous appartient pas de remettre en question. Mais c’est aussi une responsabilité. Responsabilité de la décision pour le couple concerné, responsabilité de la prescription qui la rend possible pour le médecin. D’où l’existence de la clause de conscience pour les praticiens. Le caractère sensible et très particulier de cet acte médical a justifié l’intervention du législateur, qui a strictement encadré la procédure dans le code de la santé publique, rendant notamment obligatoire le passage dans un établissement de santé au-delà de la 5ème semaine de grossesse. 

Mais pendant l’état d’urgence sanitaire, le ministre des Solidarités et de la Santé a édicté des mesures extraordinaires permettant de s’affranchir de cette obligation jusqu’à la 7ème semaine, et, plus encore, de permettre la prescription des médicaments nécessaires à l’IVG à domicile dans le cadre d’une simple téléconsultation.

Le Conseil d’État valide la décision gouvernementale exceptionnelle

Saisi en référé par les associations « Alliance Vita », « Juristes pour l’enfance » et « Pharmac’éthique », le Conseil d’État a refusé le 22 mai 2020, de suspendre cette décision ministérielle. Cette solution n’avait pourtant rien d’évident, d’autant plus qu’en référé, le doute sérieux sur la légalité d’une décision suffit au juge pour ordonner la suspension de la mesure, et non pas la preuve définitive de l’illégalité.

L’allongement du délai possible de l’IVG médicamenteuse n’est guère surprenant, la loi autorisant déjà l’IVG jusqu’à 12 semaines dans certaines conditions.

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Mais la validation par le Conseil d’État des conditions extraordinaires dans lesquelles celle-ci peut être pratiquée à domicile, y compris pour les mineures, est beaucoup plus étonnante, puisque la Haute juridiction a considéré que le recours à la téléconsultation était légal et suffisant.

Le passage obligatoire à l’hôpital n’est pourtant pas une fantaisie juridique, mais une précaution prise par le législateur afin de sensibiliser les femmes enceintes aux conséquences de l’IVG à un stade avancé, s’assurer de leur consentement réel à la mesure et la pratiquer dans de pleines conditions de sécurité sanitaire.

Or il est à craindre que la télémédecine n’offre pas les mêmes garanties : comment s’assurer de la datation exacte de la grossesse en téléconsultation ? du consentement réel de la patiente, notamment mineure, à distance ? de la parfaite sécurité de la patiente à distance en cas de complications ?

Un précédent sur lequel on ne pourra pas revenir?

La lecture de la décision rendue par le Conseil d’État est par ailleurs déroutante, qui considère que l’IVG par téléconsultation serait « de nature à contribuer à la diminution de la circulation du Covid-19 », une corrélation difficilement compréhensible.

La nécessité de faciliter le recours à l’IVG à domicile au prétexte de l’état d’urgence sanitaire est en outre loin d’être évidente, alors même qu’un des sept motifs de déplacement dérogatoire édicté par le gouvernement pendant le confinement était précisément la nécessité de se rendre à l’hôpital.

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Il est à craindre que cet assouplissement des règles de l’IVG à domicile validé par le Conseil d’État ne crée un précédent, et que l’exception temporaire devienne la nouvelle norme.

La technique a été un outil indéniable pendant la triste période que nous avons connue, notamment pour le télétravail et pour éviter les déplacements inutiles. En médecine, la téléconsultation est un atout intéressant appelé à se développer pour de nombreuses pathologies. Mais il faut se garder de tous les excès et sa généralisation n’est pas forcément souhaitable. En particulier, l’IVG est un acte médical sensible, qui nécessite de faire preuve d’humanité et d’écoute. La froideur d’un échange par écrans interposés ne remplacera jamais l’échange humain chaleureux et compréhensif, ce que redoutait déjà Stanislaw Jerzy Lec en 1964 « La technique atteindra un tel niveau de perfection que l’homme pourra se passer de lui-même ».

Hommes, femmes, virus, mode d’emploi

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©Patricia Huchot-Boissier / Hans Lucas / AFP

Une infection peut encourager plusieurs comportements dangereux chez son hôte, visant à favoriser sa propre transmission. Par ailleurs, pandémie rime souvent avec un retour en force des idées et des « valeurs » conservatrices traditionnelles qui semblent mieux prémunir contre les risques de transmission


[Avertissement : récence de la pandémie oblige, toutes les études détaillées dans ce numéro sont des articles en prépublication qui ne sont pas passées sous les fourches caudines de la validation par les pairs. Leurs conclusions doivent, encore plus que d’habitude, être considérées comme parcellaires et provisoires.]

Un ennemi invisible et manipulateur

Telle est la recette d’un bon film de zombies : un mal aussi mystérieux que virulent émerge dans la population, les humains infectés perdent tout sens commun et passent le plus clair de leur temps à traquer leurs congénères pour les contaminer (avec ou sans caddie de supermarché). Sauf qu’il ne s’agit pas seulement d’un trope du cinéma de genre confortablement captif des frontières de la fiction. Comme le rappelle une étude en passe d’être publiée dans la revue Medical Hypotheses – dédiée, comme son nom l’indique, aux hypothèses médicales en attente de données –, l’évolution a transformé bien des pathogènes en pirates de nos faits et gestes, et rien ne dit que le SARS-CoV-2 fasse exception à cette règle. En d’autres termes, non seulement le nouveau coronavirus tue, met les économies à genoux et nous prive de nos libertés les plus élémentaires, mais il se pourrait bien qu’en se nichant au cœur de nos cellules pour y trouver ce qui lui manque pour persévérer dans l’existence, cet « ennemi invisible » fasse de nous ses marionnettes. Le travail de l’équipe de Steven M. Platek, professeur de psychologie et spécialiste de neurosciences évolutionnaires au Georgia Gwinnett College (États-Unis), porte sur un phénomène aujourd’hui bien connu des épidémiologistes : la manipulation de l’hôte. Soit le processus par lequel un pathogène modifie le comportement et/ou la physiologie de l’organisme qu’il infecte afin d’augmenter son propre taux de reproduction – le fameux R0. Un cas d’école est celui du virus de la rage colonisant à la fois le système nerveux central et la bave de la bestiole infectée. Elle devient aussi peu craintive qu’hyperagressive, mord à gogo et, ainsi, le virus va joyeusement perpétuer ses gènes ailleurs. Idem pour la toxoplasmose qui rend intrépides les rongeurs et augmente par la même occasion leurs chances de finir dans les intestins de félins, véritable lupanar pour le parasite. D’autres pathogènes sont encore plus pervers. Par exemple, le nématomorphe Spinochordodes tellinii, microscopique à sa naissance et long de plusieurs centimètres à maturité, pousse les sauterelles qu’il squatte à se « suicider » par grands sauts dans des mares où elles se noient. Pourquoi ? Parce que c’est dans l’eau que les vers rencontrent leurs partenaires sexuels. Avec le Covid-19, que pourrait-il se passer de similaire ? Entre autres, s’il manipule son monde comme le fait la grippe, sa période d’incubation asymptomatique pourrait s’accompagner d’un pic d’extraversion incitant des malades qui ne savent ni ne montrent qu’ils le sont à aller se frotter à leurs semblables. Et c’est là qu’on se dit qu’entre les images de ces bars surpeuplés à la veille du confinement et un film de Romero, la frontière est mince.

Référence : tinyurl.com/EmpriseVirale

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Stéréotypes antiseptiques

Si la cervelle de Simone de Beauvoir a pu pondre beaucoup de conneries, elle avait vu juste en lui faisant écrire qu’il « suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». En optant pour une focale un peu moins gynocentrée, le fait est que les politiques libérales ont tendance à s’épanouir dans les sociétés riches, sûres et en bonne santé, quand la misère, la violence et les risques épidémiques tiennent plutôt de l’écosystème favorable au conservatisme. La crise sanitaire du Covid-19 charrie-t-elle déjà son lot d’inflexions « réacs » ? Selon des données rassemblées par Daniel L. Rosenfeld et A. Janet Tomiyama, psychologues à l’UCLA, la réponse est : « Ça en a tout l’air. » Dans un « preprint » – soit une étude qui n’a pas encore passé les fourches caudines de la validation par les pairs –, ils consignent les résultats de leur enquête menée auprès de 695 personnes (54 % de femmes, 46 % d’hommes) âgées de 18 à 88 ans et interrogées en deux vagues. La première, avant la flambée épidémique aux États-Unis, soit fin janvier, et la seconde en plein dedans, du 19 mars au 2 avril. Les participants devaient à la fois avouer leur orientation idéologique – sur une échelle de 1 (très libéral) à 7 (très conservateur) – et répondre à plusieurs questions censées mesurer leur degré d’adhésion à des « normes de genre traditionnelles ». Par exemple, sur une échelle de 1 (désaccord complet) à 7 (accord complet), ils devaient dire ce que leur inspirait une phrase comme « par rapport aux femmes, les hommes prennent davantage de risques » ou « par rapport aux hommes, les femmes sont plus hygiéniques ». Il en ressort que plus le Covid-19 s’est défoulé, plus la non-binarité a refoulé et la conception traditionnelle des deux sexes a avancé. Une observation cohérente avec un tas d’autres travaux montrant que la charge pathogénique d’une région – soit le risque d’y choper une sale maladie infectieuse – est positivement corrélée au degré de conservatisme de sa population. Notamment parce que bien des valeurs conservatrices relèvent d’un arsenal immunitaire comportemental et aident les individus à ne pas (trop) fréquenter des miasmes inconnus. En revanche, selon Rosenfeld et Tomiyama, la pandémie ne semble pas annoncer un retour de bâton idéologique. Pour le moment ?

Référence : tinyurl.com/SexismeViral

Accusé, touchez-vous

Les émotions ont-elles leur gestuelle attitrée ? Selon l’équipe de Bridget M. Waller, professeur de psychologie évolutionnaire à l’université de Portsmouth (Royaume-Uni), la réponse est oui. Travaillant sur la culpabilité, elle montre que cette émotion universellement ressentie lorsqu’un individu a l’impression d’avoir transgressé une norme sociale se traduit par des froncements de sourcils et des tripotages de cou. La chose n’aurait rien à voir avec des envies pas très catholiques de pendaison, mais avec la sélection naturelle, qui aurait favorisé de tels signaux non verbaux parce qu’ils indiquent à nos congénères toute l’ampleur de notre componction et les incitent à ne pas nous taper dessus. Autant dire que si un virus respiratoire arrive à pirater le bouzin et nous fait nous toucher le visage encore plus souvent qu’à l’accoutumée, on est mal barrés.

Référence : tinyurl.com/CouDuCoupable

A la recherche de la quatrième catégorie…

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Image d'illustration / Unsplash

Petite suite misogyne (1/2)


Je n’ai jamais eu le choix dans ma vie qu’entre des cinglées, des putes et des paumées. S’il existe une quatrième catégorie, j’adorerais qu’on m’en présente un spécimen avant ma mort. Ce serait une expérience inédite, mais dont je doute qu’elle se produise. Je vous tiendrai au courant.

Le plus troublant pour moi est le rapport sinueux qu’elles entretiennent avec la vérité. Elles se dénudent plus volontiers que d’admettre leurs manigances pour arriver à leur fin. Quand on les prend la main dans le sac, elles répondent : « Ce n’est pas de ma faute. » Ce n’est jamais de leur faute.

***

Les folles ont une propension à l’anorexie et à se couper les veines, comme si elles cherchaient à se prouver qu’elles existent. Les putes, elles, aspirent l’argent en même temps que le sperme. Leur rêve secret est de dépouiller l’homme, voire de le châtrer. Elles usent de leur sexe comme d’une matraque.

Les paumées ne savent jamais où elles en sont. Alors, elles cherchent un Maître. Les psys qui sont le plus souvent des charlatans, s’y intéressent de très près. Surtout quand la vie ne les a pas encore défraîchies. Souvent dépressives, faute de quelques gouttes de narcissisme, elles se réfugient sous leur couette. La procrastination est leur refuge. Elles se dépeignent souvent comme des « bipolaires » et en tirent une certaine satisfaction, la seule sans doute que la vie leur offrira.

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Le plus troublant quand on a passé des années à les observer, c’est qu’à première vue elles donnent toutes une impression de parfaite normalité : elles se coulent dans le moule social avec une habileté confondante. On leur donnerait le bon Dieu sans confession. D’ailleurs certains hommes s’y laissent prendre et leur font même des enfants : c’est une assurance-vie pour elles et une garantie de moralité. Elles exigent une égalité des droits et adoptent volontiers le statut de victimes. D’ailleurs, aucune victime ne les laisse indifférentes. Il arrive même que ce soit touchant, quand ce n’est pas ridicule.

En revanche, elles se haïssent toutes entre elles. Leur méfiance instinctive s’exerce en priorité face aux femmes, car nul ne connaît mieux les femmes que la femme. Et c’est pourquoi elles sont à chacune leur pire ennemi, surtout quand elles se font des compliments et des mamours. Ces quelques propos peuvent sembler légèrement misogynes… voire indéfendables. Ils le sont hélas !

Confession d'un gentil garçon

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