Dans nos sociétés occidentales en mal d’encadrement, l’écologisme de Greta Thunberg prend des allures de religion. L’arrivée de la Suédoise à couettes en voilier à New-York en est une nouvelle illustration.


Sommes-nous vraiment sortis de la religion ? Du temps des cathédrales à celui des réseaux sociaux, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, mais la distance qui sépare ces deux mondes est en train de s’effacer. Non seulement la religion est de retour via une certaine immigration, mais elle l’est aussi via l’écologisme radical, un mélange de science, d’animisme et de visions apocalyptiques. De nouvelles croyances sont nées dans des sociétés en mal d’encadrement.

L’écologisme comme religion politique

Ce retour du religieux à travers l’environnement s’explique surtout par l’état lamentable de nos sociétés sur le plan psychologique. Nombreux sont nos contemporains à chercher un sens à leur vie. Le libéralisme les a projetés dans le vide: plus rien ne semble les rattacher au moment présent. Les plus intrépides tirent leur épingle du jeu, mais les doux tempéraments veulent des ancrages, une manière de chasser l’angoisse née de l’incertitude. Dans ses romans, Michel Houellebecq a très bien dépeint cette sensation du gouffre.

C’est même à se demander si nos sociétés ne sont finalement pas plus ravagées que les écosystèmes…

Naissent alors toutes sortes de religions compensatoires, de nouveaux exutoires visant à faire oublier cet état de détresse. Certains se réfugient dans la drogue ou la pornographie, mais d’autres se lancent dans la religion de l’Autre (le multiculturalisme) ou de la Nature. Notre siècle est fait de misère psychologique, il est une lutte acharnée contre l’anxiété et la dépression. Le libéralisme a surestimé les capacités de l’Homme: seuls les plus forts sortent gagnants de son aventure. De récentes études montrent même que des enfants développent des idées suicidaires: les plus jeunes réclament aussi des repères.

Greta Thunberg, l’enfant-roi descendu de Suède

Dans ce contexte, surgit alors une figure comme Greta, véritable enfant-roi capable de redresser la barre de cette société maléfique. Comme sa génération, Greta ressent un profond malaise, mais il s’agit d’une inquiétude sainte –l’écoanxiété– que lui insuffle Gaïa. Greta porte une double cause: il s’agit de sauver la Terre et la psyché meurtrie de ses contemporains. L’Occident pourra guérir, mais le traitement sera pénible. Pour ce faire, il devra se départir de sa technologie. Pour restaurer la Création, l’Occident doit être sevré!

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Comme Siddhârta Gautama qui deviendra le Bouddha, Greta a très tôt montré des signes d’éveil, elle va jusqu’à manquer l’école pour continuer le chemin de son Illumination. Comme le jeune Jésus dans la Bible (Luc 2.41-52), elle n’hésite pas à enseigner aux adultes, dont le cœur s’est laissé corrompre par la société libérale. À douze ans, Jésus enseignait dans le Temple de Jérusalem, devant le regard ébahi des docteurs. À seize ans, Greta est l’élue qui voit le C02 à l’œil nu. Les «climatosceptiques» sont les Pharisiens de son temps.

Dans la religion prêchée par Greta, éteindre une lampe du salon équivaut à allumer un lampion à son effigie. «Tous les petits gestes comptent», aime-t-on répéter aux enfants à l’école. Au Québec, les barrages hydroélectriques font mourir des bancs de poissons: vous voici le héros de la faune aquatique. Le quotidien entier devient une petite croisade: de la moindre bouteille recyclée à la pelure de banane compostée. Pour être un bon croyant, inutile de se rendre à l’église, car votre logement est le centre même de la dévotion.

Le nouveau Missel des jours

Les écologistes ne sont au fond que les psychologues de notre époque déchue. La modernité a créé un grand vide que seules des religions compensatoires semblent être en mesure de combler. C’est même à se demander si nos sociétés ne sont finalement pas plus ravagées que les écosystèmes. En redonnant aux gens une raison de vivre, l’écologisme agit comme une thérapie collective. Greta sauvera votre âme avant la Terre, d’autant plus si 6 avions sont nécessaires pour qu’elle puisse traverser l’Atlantique en bateau.

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Ce retour édulcoré du sacré fait presque regretter la véritable époque du christianisme, laquelle incarnait au moins la grandeur de notre patrimoine. Car de cette religion, les nouveaux clercs n’ont repris que les défauts: la superstition et l’intolérance. Leurs croyances sont des ruines. Les nouveaux messies pratiquent une religion creuse qui n’a plus que la structure de l’ancienne. En ce sens, les écologistes radicaux ressemblent aux fanatiques de la Révolution française: ils empruntent certains traits du christianisme sans souvent même s’en apercevoir. Après le culte de la Déesse Raison, celui de la Déesse Mère.

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