Les accusations d’ingérence russe portées contre Donald Trump se sont révélées fausses et volontairement manipulées. Un autre dossier agite le monde américain: celui de l’implication supposée de Barack Obama et de Joe Biden dans la déstabilisation de l’administration Trump. De nombreux documents déclassifiés permettent de mieux comprendre le déroulé des opérations, sans qu’il soit possible, au vu des éléments aujourd’hui certains, de distinguer encore clairement les responsabilités des uns et des autres.


La question de « l’Obamagate » (ainsi nommée par ses adversaires) secoue l’Amérique à six mois des élections présidentielles. Pour essayer de faire le point sur ces accusations complexes et ces imbroglios juridiques et médiatiques, nous publions un texte de Michael Hickman, docteur en philosophie politique et professeur à la University of Mary qui fait le point sur ce dossier et montre ce qui est certain et ce qui relève du complotisme et de l’imagination.

Les accusations persistantes de malversations portées par des responsables de l’administration Obama contre la campagne et la présidence de Trump n’ont jamais été traitées sérieusement dans la presse « grand public », malgré les preuves de plus en plus nombreuses. Cette situation est en partie due au fait que les médias américains sont largement contrôlés par les alliés des démocrates. Elle est également due à la complexité et à l’obscurité des questions sous-jacentes. Même les Américains éduqués et informés ont du mal à saisir le cadre juridique, les subtilités institutionnelles et la dynamique politique en jeu.

Récemment, cependant, en baptisant l’ensemble de ces méfaits « Obamagate », Donald Trump a porté la question à un niveau personnel, avec pour effet que les enjeux sont si élevés qu’au moins l’accusation de méfaits est entrée dans le débat public. Les opposants au président rejettent généralement l’Obamagate comme une simple « théorie de conspiration », destinée à rallier sa base pour les prochaines élections et peut-être à détourner l’attention de ce qui, selon eux, est une gestion incompétente de la crise du Covid-19. Pourtant, les preuves des méfaits de l’administration Obama, qui s’accélèrent du fait de la déclassification des documents et des nombreuses enquêtes, rendent ces dénégations moins crédibles, voire plus véhémentes. Il en résulte une sorte de fracture dans la politique américaine où les hommes politiques et de nombreux citoyens vivent dans des « réalités politiques » de plus en plus éloignées.

Cet article tentera d’éclairer le phénomène de l’Obamagate en expliquant le contexte dans lequel il doit être compris, ainsi qu’un bref résumé de ses principales composantes. De nombreuses accusations d’actes répréhensibles qui relèvent de l’Obamagate ont un fondement probatoire mais sont contestées ou font l’objet de diverses interprétations. Dans ce qui suit, j’ai tenté de n’inclure que des faits bien établis et des déductions directes, en évitant de nombreuses possibilités réelles qui restent cependant trop spéculatives pour le moment.

De quoi s’agit-il ?

Pour commencer, le suffixe « gate » remonte au scandale qui a entouré le cambriolage du siège du Comité national démocrate dans l’hôtel Watergate en 1972, qui a entraîné la démission et la disparition politique du président Richard Nixon. Aujourd’hui, il est facilement rattaché à la révélation de tout type de méfaits politiques de haut niveau. L’ajout astucieux de « gate » à toute accusation est un outil rhétorique puissant qui donne une aura de conspiration, de scandale et de malversation. Sa force polémique, cependant, a diminué ces derniers temps en raison de son utilisation intensive(1).

Le terme « Obamagate » désigne l’ensemble des actions des responsables de l’administration Obama dans le cadre desquelles l’appareil américain de renseignement et d’application de la loi a été utilisé pour destituer ou paralyser le président dûment élu Donald J. Trump. Sans contredire cette caractérisation, il est néanmoins nécessaire de soulever d’emblée certains points afin d’éviter toute simplification excessive.

Premièrement, il est important de réaliser qu’il n’y a pas d’identification absolue entre les individus impliqués dans l’Obamagate et le Parti Démocrate. Une alliance d’un acteur particulier avec l’administration Obama pourrait simplement découler de l’existence d’un ennemi commun partagé : l’outsider politique Donald Trump. Par exemple, au centre de nombreuses actions de l’Obamagate se trouve le républicain de longue date Jim Comey, directeur du FBI jusqu’en mai 2017. De tels cas ne devraient cependant pas être surprenants, étant donné l’animosité parfois hystérique envers Trump de la part de nombreux républicains « de l’establishment » qui avaient comme devise « jamais de Trump ». Donald Trump entretient ainsi de très mauvais rapports avec les anciens présidents Bush, rapports qui sont parfois plus mauvais qu’avec des figures démocrates(2).

Deuxièmement, il faut garder à l’esprit que la corruption signifiée par le terme « Obamagate » implique une série d’incidents plus ou moins interconnectés qui n’ont parfois pour seul but que d’endommager ou de supprimer Trump. Même si l’on peut dire qu’ils englobent un seul objectif, il serait trompeur de penser qu’ils se déroulent selon une logique juridique ou institutionnelle stricte.  Au contraire, l’Obamagate a évolué et a répondu à la progression des événements et a été réalisé avec différents niveaux de coordination par de multiples acteurs au sein de diverses institutions. Cette coopération quelque peu ad hoc des acteurs et des institutions est la réalité désignée par les termes « l’État profond » et « le marais ».

Enfin, le terme Obamagate peut être quelque peu inapproprié étant donné que l’implication personnelle du président Obama lui-même dans les méfaits reste floue. Bien sûr, il est toujours possible que des preuves fassent surface montrant que l’ancien président a lui-même ordonné des activités illégales ou abusives. Pour l’instant, cependant, les preuves indiquent qu’il est probable qu’Obama était…

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