En nous émouvant tous en chœur du cas du malheureux George Floyd sur nos réseaux sociaux, nous importons des thèses racialistes dont la France n’a que faire, et nous faisons la courte échelle à l’extrême-gauche américaine.


La tendance qu’a notre génération à sauter sur l’idée à la mode du moment est inquiétante.

Le meurtre de George Floyd est évidemment immonde et il faut que justice soit faite. N’empêche qu’il y a trois jours, nous ne savions pas placer Minneapolis sur une carte et attendions tranquillement la réouverture des boites de nuit parisiennes. D’un coup, nous sommes devenus des militants anti-racistes, obsédés par l’idée de justice sociale, d’égalité raciale, de « privilège blanc ». Parce que nous sommes véritablement émus ou parce que nous ne savons pas penser autrement qu’avec la meute ? Le racisme, c’est mal, le meurtre, c’est mal, nos abonnés Instagram le savent sûrement déjà. Lorsque nous relayons ces publications, nous mettons nos cerveaux sur pause, sommes envahis par un profond sentiment de narcissisme (c’est notre grandeur d’âme qui nous émeut, plus que la mort de Floyd), et abandonnons tout esprit critique.

C’est une constante dans l’Histoire, les mouvements les plus totalitaires et les plus violents se sont toujours abrités derrière des belles idées, et gagnent du terrain grâce aux idiots utiles qui les soutiennent

« Black Lives Matter ». Évidemment que black lives matter, que le racisme est intolérable, que le bourreau de George Floyd doit être puni. Sauf que Black Lives Matter, c’est aussi un slogan politique de l’extrême gauche américaine, une gauche qui cherche à nous ramener des années en arrière en racialisant le débat, en réduisant chacun à sa couleur de peau, en faisant de notre « race » une identité – ce contre quoi les vrais anti-racistes se sont battus pendant des décennies. Partager des publications où les non-blancs sont appelés les « racisés », ce n’est pas forcément un progrès. Enivré par l’idée de notre supériorité morale, nous perdons tout souci de cohérence idéologique. L’injonction à ne pas généraliser après un attentat islamiste devient le devoir de généraliser lorsqu’il s’agit du meurtre commis par un blanc. Nous essentialisons les blancs (forcément racistes) et les noirs (forcément victimes). Bref, par conformisme, nous nous faisons les idiots utiles de l’extrême gauche américaine, nous importons en France leurs délires identitaires, nous n’œuvrons pas du tout contre le racisme, au contraire.

Nous participons aussi à l’édification d’un récit trompeur sur la réalité du racisme aux États-Unis. En 2019, pour 10 000 blancs désarmés arrêtés pour crime violent, 4 étaient tués. Pour 10 000 noirs, 3 étaient tués. Le racisme existe et doit être combattu, mais ces chiffres montrent qu’on est loin de l’Amérique complètement raciste dont nos publications Instagram donnent l’impression. En encourageant l’idée que nous vivons dans des sociétés où le racisme est omniprésent, nous alimentons un ressentiment non-légitime qui ne fera qu’accentuer les tensions entre communautés et le mal-être de ceux que nous croyons défendre.

Quand les réseaux sociaux ne relaient plus que les injonctions idéologiques…

Le plus inquiétant, c’est que ces mécanismes de conformisme sont les mêmes quelle que soit la cause. Qu’il s’agisse d’ordonner à nos amis de rester chez eux, de s’émouvoir sur les feux de forêt en Australie, ou de soutenir la liberté d’expression, les phénomènes de mode ébranlent notre esprit critique. Mais c’est une constante dans l’Histoire, les mouvements les plus totalitaires et les plus violents se sont toujours abrités derrière des belles idées, et gagnent du terrain grâce aux idiots utiles qui les soutiennent davantage par conformisme que par proximité idéologique. Évidemment, l’anti-conformisme aveugle est un conformisme comme un autre. Veillons simplement à garder un esprit critique, à ne pas relayer aveuglément tout ce qui contient les termes égalité, écologie, justice sociale ou anti-racisme. Assurons-nous aussi que notre émotion provient réellement de ce que nous dénonçons, plutôt que de la prise de conscience de notre supériorité morale, de notre certitude d’appartenir au camp du bien.

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