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La droite est morte, vive la droite?

Deal implicite entre LR et LREM. C’est « Les Républicains En Marche »!


Le 4 mai 2021, la droite institutionnelle française est morte, absorbée par Emmanuel Macron.

L’UMP, née le 23 avril 2002 et rebaptisée Les Républicains le 30 mai 2015, n’aura pas tenu 20 ans ! En maintenant son soutien à Renaud Muselier, la direction des Républicains ne cache même plus sa stratégie pour 2022 : devenir le « flotteur droit » d’Emmanuel Macron. Le sigle LREM prend enfin tout son sens – était-ce l’objectif d’Emmanuel Macron dès le début ? –  Les Républicains En Marche.

Les Républicains apporteront leurs élus locaux à une Macronie qui en manque cruellement. Les élus locaux, eux, s’assurent de leur réélection avec une étiquette centriste élargie…

Dans un premier temps, Christian Jacob a bien tenté de réagir verbalement à l’accord annoncé dimanche entre LREM et LR en PACA, pour faire croire à ses adhérents que les Républicains étaient toujours un parti d’opposition à Emmanuel Macron. Mais la commedia dell’arte n’a pas duré plus de deux jours. Mardi 4 mai, la Commission Nationale d’Investiture a « apporté son soutien à Renaud Muselier », avec pour seule condition de n’inclure aucun parlementaire ou ministre LREM sur sa liste. Ce qui autorise donc à offrir de nombreuses places sur la liste LR à des élus locaux LREM. Montrant pour sa part le peu de cas qu’il faisait de ces conditions, Renaud Muselier précisait mercredi matin qu’il ne refuserait pas Sophie Cluzel sur sa liste si cette dernière démissionnait de son poste de ministre d’Emmanuel Macron.

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Un deal implicite

Le seul tort de Renaud Muselier aura été de rendre visible trop tôt le rapprochement en cours entre le parti Les Républicains et Emmanuel Macron. Trop tôt, car dans certaines régions, dans certains cantons, Les Républicains ont encore besoin de faire croire aux électeurs qu’ils représentent une alternative à Emmanuel Macron. Mais dans les faits, le rapprochement ne fait que s’accélérer depuis 2017, où une partie des LR faisait campagne pour Emmanuel Macron et contre François Fillon. Aux Européennes de 2019, la plupart des cadres des Républicains n’avait fait que très timidement campagne pour la liste menée par François-Xavier Bellamy. Aux municipales de 2020, de très nombreux maires avaient rangé leur étiquette LR et négocié un soutien ou une investiture LREM. Aujourd’hui, aux départementales, des élus LREM sont investis par Les Républicains au détriment des élus LR dans plusieurs cantons, avec la bénédiction de Christian Jacob. Les candidats UDI – parti soutenant officiellement Emmanuel Macron, rappelons-le  – représentent presque la moitié des investitures communes LR-UDI dans les Hauts-de-Seine, les Yvelines ou l’Essonne. Là encore, avec la bénédiction de Christian Jacob. Ce dernier espère que ces accords électoraux locaux passeront inaperçus sur le plan national. Il est vrai que les élections départementales n’ont jamais passionné les rédactions parisiennes…

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Derrière les postures médiatiques, la stratégie – voulue ou subie ? – de la Direction actuelle des Républicains est donc bel et bien de faire des Républicains l’aile droite de la coalition gouvernementale à venir d’Emmanuel Macron. Le « deal » avec Emmanuel Macron est d’ailleurs limpide : les Républicains apporteront leurs élus locaux – maires, présidents de départements, présidents de régions – à une Macronie qui en manque cruellement. Les élus locaux, eux, s’assurent de leur réélection avec une étiquette centriste élargie et sans concurrence à droite, Les Républicains ayant disparu. Pour parachever le tout, Emmanuel Macron apportera en 2022 aux (anciens) Républicains des investitures aux législatives sans lesquelles les députés actuels n’ont aucune chance de se faire réélire, l’étiquette LR étant trop démonétisée sur le plan national. Les plus hauts cadres des Républicains se rêvent sans doute ministres, et pourront ainsi enfin cesser de regretter de ne pas avoir rejoint plus tôt leurs camarades Le Maire et Darmanin. Comment leur en vouloir, quand la rumeur court que Nicolas Sarkozy, toujours aussi peu désireux de voir un autre homme de droite lui succéder, aurait négocié un soutien à Emmanuel Macron pour la prochaine présidentielle contre la promesse de faire entrer François Baroin à Matignon en 2022 ?

Recomposition française

Saluons Emmanuel Macron qui aura réussi en à peine cinq ans à recomposer le paysage politique français : un parti centriste élargi avec pour seuls opposants d’un côté une gauche radicale désunie (LFI, Les Verts, quelques socialistes égarés) et de l’autre un Rassemblement National sans alliés, condamné à échouer éternellement au second tour de la présidentielle.

Et la droite dans tout cela ? L’absorption en cours des Républicains par Emmanuel Macron est à la fois une triste nouvelle et porteuse d’espoir. Triste, car on ne peut se réjouir de voir disparaître le parti qui aurait pu, avec Nicolas Sarkozy en 2007, enrayer le déclin français. Porteuse d’espoir car la disparition des Républicains comme parti de droite laisse la porte ouverte à la création d’un vrai parti de droite – où les dirigeants seront enfin en accord avec leurs adhérents – pour proposer une alternative crédible à Emmanuel Macron. Les présidentielles 2022 seront-elles l’occasion de voir naître ce parti ? À suivre…

Élections régionales: la droite festoie à Madrid

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La large victoire de la droite à la région de Madrid est un échec pour le gouvernement central. Pablo Iglesias (Podemos) a annoncé se retirer de la vie politique et le centre a perdu l’ensemble de ses élus. On annonce déjà un destin national à Isabel Díaz Ayuso, la présidente de la communauté de la capitale dont la politique libérale-conservatrice plait manifestement aux Madrilènes…


Un contexte houleux

Après l’échec de deux motions de censure régionales contre le Parti populaire (PP, droite conservatrice) dans la région de Murcie[1] et en Castille-et-León[2], le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, social-démocratie) et toute la gauche espagnole en général espéraient pouvoir se rattraper en ce mardi 4 mai 2021 lors des élections régionales madrilènes. Organisé de manière anticipée à la suite de la dissolution du Parlement local par la présidente sortante, Isabel Díaz Ayuso (PP), le scrutin n’était en réalité qu’une conséquence de l’instabilité politique chronique qui touche l’Espagne depuis 2014-2015. Il était également le fruit de la méfiance de plus en plus grande entre les populares et leurs alliés de Citoyens (Cs, centre libéral).

L’objectif était donc, pour le président du gouvernement national Pedro Sánchez et ses alliés, de priver la droite du « joyau de la couronne », c’est-à-dire de la communauté autonome espagnole la plus riche et la plus dynamique du pays[3]. La Communauté de Madrid est, depuis 1995, le laboratoire des politiques libérales du Parti populaire, en particulier sous l’impulsion de l’ancienne présidente régionale Esperanza Aguirre (2003-2012) et de ses successeurs[4]. Pourtant, le scrutin d’il y a deux ans a été difficile pour la formation, minée par des scandales de corruption à répétition. Elle n’est en effet arrivée qu’en deuxième position dans l’autonomie avec 30 sièges sur 132, tandis que les socialistes faisaient la course en tête avec 37 élus[5].

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Une femme et une campagne

La tête de liste des populares, la jeune Díaz Ayuso (elle est née en 1978), semblait avoir été choisie pour perdre le scrutin et permettre d’assurer une transition passant par une cure d’opposition durant quatre ans. Fustigée pour ses déclarations-choc durant la campagne, elle était pourtant devenue locataire de la Maison royale du Courrier (siège de la présidence régionale, sur la Puerta del Sol) en 2019 grâce à un accord avec Citoyens et la droite « radicale » de Vox.

La discrète responsable politique s’est taillée en deux ans une réputation à l’ampleur nationale, notamment dans le cadre de la gestion de la pandémie de coronavirus, devenant ainsi l’ennemie à abattre pour toute la gauche. Son slogan de campagne, « Socialisme ou liberté » (auquel a rapidement répondu la devise « Fascisme ou liberté », inventée par la gauche « radicale ») témoignait dès le mois de mars dernier du ton général de la campagne. Cette dernière, marquée par une crispation inédite en Espagne, a vu se succéder les menaces de mort anonymes envoyées à plusieurs candidats (dont Isabel Díaz Ayuso elle-même[6]) et les jets de pierres de la part de militants « antifascistes » contre les participants et organisateurs d’une réunion publique de Vox dans un quartier populaire du sud de Madrid[7]. La polarisation du scrutin, tout à fait extrême, faisant donc s’affronter deux modèles de société apparemment irréconciliables, qui se taxaient mutuellement de « stalinisme » et de « nazisme ».

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Malgré la très grande popularité de la présidente sortante, qui avait notamment à son actif l’incroyable affection des hôteliers et restaurateurs de la région (auxquels elle avait permis de rester ouverts depuis juin 2020, en dépit de la situation sanitaire[8]), le combat semblait inégal. La gauche a en effet utilisé tous les moyens à sa disposition, entraînant bon nombre d’institutions normalement neutres (comme la Garde civile[9]) dans une campagne agressive, sale et interminable.

Le séisme du Parti populaire

Ladite campagne a néanmoins buté sur l’incroyable phénomène d’ayusomanía qui s’est développé depuis un an environ. Transformée en icône pop et en symbole même de la capitale, celle que ses partisans surnomment volontiers « Lady Madrid » était applaudie et acclamée partout durant ses déplacements dans la ville et en banlieue. Son visage était placardé dans de nombreuses vitrines de restaurants et de bars en remerciement pour sa politique d’ouverture, son nom était donné à des plats, des produits dérivés à son effigie pouvaient être achetés en ligne et elle apparaissait même sur l’étiquette d’une nouvelle marque de bière. Érigée en symbole de la « résistance » face au gouvernement de coalition qui dirige l’Espagne depuis janvier 2020, Isabel Díaz Ayuso a profité de cet essor dans l’opinion pour pratiquer un véritable « populisme d’État ». Bien qu’au pouvoir, elle n’a en effet eu de cesse que de vitupérer contre des élites (de gauche) « déconnectées » du peuple et de…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

[1] Hermida, Xosé, « Fracasa la moción de censura de PSOE y Ciudadanos en Murcia », El País, 18 mars 2021.

[2] « El PSOE presenta una moción de censura en Castilla y León », El País, 10 mars 2021.

[3] Klein, Nicolas, « L’émergence silencieuse de Madrid », Conflits, janvier-février 2020, n° 25, page 24, et Magallón, Eduardo, « El sorpasso de Madrid a Cataluña como locomotora económica en gráficos », La Vanguardia, 28 juillet 2020

[4] Klein, Nicolas, « Madrid fait le choix de la liberté économique », Conflits, 9 janvier 2020.

[5] Les résultats officiels du scrutin sont consultables à cette adresse : https://resultados.elpais.com/elecciones/2019/autonomicas/12/index.html

[6] Navarro, Mayka, « «Estás muerta», las amenazas e insultos de la carta a Ayuso », La Vanguardia, 28 avril 2021.

[7] Nieto Jurado, Jesús, « Radicales de izquierda lanzan piedras a Abascal y Monasterio en su mitin de Vallecas », ABC, 8 avril 2021.

[8] Klein, Nicolas, « Madrid : mais comment font ces drôles d’Ibères ? », Causeur, 18 mars 2021.

[9] Campo, Susana et Esteban, Rocío, « La directora de la Guardia Civil que hace campaña por el PSOE cobra más de 120.000 euros anuales », La Razón, 27 avril 2021.

Napoléon Ier, une commémoration exaltée!

Une cérémonie haute en couleurs dans laquelle s’est glissé Frederic de Natal. De son côté, Emmanuel Macron a parlé d’une « commémoration éclairée » lors d’un discours à l’Institut.


C’est le personnage le plus connu après Jésus-Christ. Le 5 mai 1821, loin de ce peuple français « qu’il a tant aimé », s’éteignait un des héros de notre panthéon national. Tour à tour Général, Premier consul puis Empereur des Français, Napoléon Bonaparte a laissé derrière lui un legs qui continue de fasciner encore des générations d’Européens depuis deux siècles. Reposant dans un tombeau de quartzite rouge, au cœur même de l’Hôtel national des Invalides, la République française a décidé de commémorer la mémoire du « Petit caporal », mais sans le célébrer pour autant.

Un héritage dans lequel nous vivons

Napoléon Bonaparte a connu un destin unique. Un nom qui résonne avec celui des plus belles heures de notre histoire. Arcole, les Pyramides, Marengo, Austerlitz, Iéna, Eyau, Friedland… autant de batailles remportées par l’homme du 18 brumaire et qui aura marqué de son empreinte la première moitié du XIXᵉ siècle. Lycées, Banque de France, Légion d’honneur, les égouts, le Code civil, les préfets et même la numérotation pair-impair des rues, Napoléon Bonaparte a été aussi bien un talentueux militaire, dont les tactiques de guerre sont encore enseignées, qu’un réformateur de génie. Un héritage avec lequel nous vivons tous les jours, parfois sans même le savoir. 

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Lorsque survient sa première abdication en 1814, l’Aigle le ressent comme un déchirement national et ne pense qu’à son retour. L’épisode des cent jours achèvera de créer une légende qui se poursuit aujourd’hui, ancrée dans notre subconscient national. De sa défaite à Waterloo, il garde une amertume qu’il aura tout le loisir de ruminer à Sainte-Hélène où il sera envoyé en exil. Un petit caillou au large des côtes de l’Afrique du Sud, sous bonne garde de Britanniques trop zélés et heureux de s’être enfin débarrassé de « l’ogre corse » qui va écrire ici le dernier chapitre de sa vie.

Un instant solennel

« Vive l’empereur, vive la Nation ! » Les cris raisonnent en ce mercredi 5 mai 2021 dans l’Hôtel national des Invalides où les nostalgiques de l’Empire se sont rassemblés pour saluer cette figure historique. L’instant est solennel devant l’imposante structure où repose le fils de Charles Bonaparte et de Letizia Ramolino, « Madame mère ». Des gerbes de fleurs ont été disposées autour du tombeau pris d’assaut par les journalistes et la télévision. Sous le dôme des Invalides et le regard des grands noms de l’Empire, celui de Bonaparte en César étouffe de sa présence tous les participants. Venu accompagner de son épouse, le prince Murat, descendant du maréchal éponyme confie volontiers « son émotion » en descendant les marches qui les conduisent tous deux vers le lieu de repos éternel de Napoléon. Escorté par les élèves de l’école de Saint-Cyr, revêtus de leurs uniformes rouges et bleus, au passage de ces héritiers de l’empire, le salut est de rigueur. Dans l’armée française, on n’a pas oublié les fameuses charges épiques de Murat contre l’ennemi qui forcent l’admiration. Le temps d’une cérémonie, la France a renoué avec les fastes de l’Empire défunt, avec ses costumes chamarrés, dans un lieu emblématique où l’horloge du temps semble s’être arrêtée. 

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Venu de Londres où il réside, le prince Jean-Christophe Napoléon fait face à l’Histoire. Le prétendant au trône impérial de France (lire notre portrait), entouré d’officiers militaires, s’incline légèrement alors que retentit les premières notes d’une marche militaire. La cérémonie se veut loin de toutes les polémiques qui entourent ce bicentenaire et qui ont mis dans l’embarras le palais de l’Élysée. Dans une interview parue dans le magazine Point de Vue, le prince est revenu sur le sujet-phare qui a empoisonné ces festivités fermées au public et qui ont crispé comme divisé les Français. L’arrière petit-neveu de l’Aigle a volontiers reconnu que le rétablissement de l’esclavage avait été une faute, mais que l’Empereur l’avait réparée en le faisant interdire lors de son retour de l’ile d’Elbe en 1815. « Il est toujours délicat de juger une action ou une personne morte il y a deux siècles avec les critères et valeurs du XXIème siècle » se risque-t-il à rappeler.

Macron: “Nous avons tous en nous une part de Napoléon”

Si cette cérémonie manquait singulièrement d’éloges républicains, difficile d’ignorer la présence remarquée du maire de Nice et ancien ministre Christian Estrosi, comme celle de Valérie Pécresse. Très à l’aise avec le comte de Paris, la présidente de la Région île de France était tout sourire en face du Chef de la Maison royale de France. Un Jean d’Orléans venu en représentant de son ancêtre, Louis-Philippe Ier, le dernier roi des Français qui avait organisé le retour des restes de Napoléon Ier en France en 1840. Du monde politique au gotha en passant par celui de l’armée de Terre, la cour d’honneur des Invalides vibrait à l’unisson de la fanfare déployée pour l’occasion. Un regret, l’absence du président de la République, Emmanuel Macron, qui avait décidé de commémorer seul ce bicentenaire, loin des objectifs des photographes. Lors de son discours prononcé à l’Institut de France, le chef de l’État a pourtant affirmé qu’il « assumait tout » de cet « être complexe », prenant bien soin de préciser que la République reconnaissante de l’œuvre de Napoléon s’inscrivait dans un geste de « commémoration exaltée ».

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« De l’Empire nous avons renoncé au pire et de l’empereur nous avons gardé le meilleur. Son ultime intuition fut de vouloir combler le vide laissé par le roi le 21 janvier » n’a pas hésité à déclarer Emmanuel Macron. Napoléon Bonaparte ? Simplement une aventure palpitante ressassée à foison dont on ne se lasse jamais de découvrir les multiples facettes et qui reste malgré toutes controverses, une fierté nationale pour chaque Français.

Du lesbianisme radical au “Meilleur des Mondes”, il n’y a qu’un pas

Pour les militantes les plus radicales de la “cause” lesbienne, l’homosexualité est avant tout abordée d’un point de vue politique, et pas du point de vue du désir. La déconstruction en cours du masculin accouchera-t-elle d’un monde inquiétant, où la sexualité telle que nous la connaissons aura disparu?


Dans Le Monde du 25 avril, est paru un article intitulé « La “joie” et le “soulagement” des féministes qui se “découvrent” lesbiennes. » Il y est question de femmes que leur « cheminement féministe » a conduit tout droit dans les bras de Sappho, de femmes qui ont « pris leur distance avec la domination hétérosexuelle » et ont fini sous la même couette que les précédentes, et de femmes qui voient « le lesbianisme comme une réponse politique au modèle pesant de l’hétérosexualité » et qui attendent leur tour dans le boudoir d’Alice Coffin qui se réjouit que « de plus en plus de jeunes femmes assument leur lesbianisme. »

Un combat contre l’hétéronormativité

Il semblerait que de plus en plus de femmes souffrent avec les hommes et ont décidé de virer leur cuti. Alice Coffin promet l’eldorado lesbien à ces femmes déboussolées qui se demandent si « l’hétéronormativité n’a pas tué leur créativité amoureuse. » Dans les dernières manifestations lesbiennes, des panneaux de recrutement sont brandis : « Libérez-vous du mâle, devenez lesbienne ! » ou « Engagez-vous dans le Gouinistan », accompagnés d’un argument de poids : « Mieux vaut une paire de mères qu’un père de merde. » Par conséquent, ces militants réclament la PMA au nom d’un droit à la procréation (ou droit-créance) qui augure le droit à avoir un enfant de la part des homosexuels. La GPA sera donc l’étape suivante en France, mais existe déjà ailleurs. Certaines cliniques spécialisées américaines ou ukrainiennes permettent de choisir le sexe et les caractéristiques physiques du futur enfant et préfigurent la Salle de Fécondation et le Centre d’Incubation imaginés par Huxley. L’utérus artificiel permettant l’ectogenèse est déjà dans les tuyaux et les chercheurs prévoient une application possible dans la seconde moitié du XXIe siècle.

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Vendredi dernier, Ovidie était l’invitée des Matins de Guillaume Erner sur France Culture. Cette spécialiste livre régulièrement les résultats de ses travaux sur les fluctuations de la fesse : « De nombreuses militantes rencontrent des difficultés à jouir en regardant le monde par le prisme de la domination masculine. Les femmes se posent la question de la provenance de leurs fantasmes, souvent issus du carcan patriarcal » (Télérama, 13 avril). Elle dit avoir rencontré des femmes qui sont dans « une forme de déconstruction » et qui ne veulent plus avoir de « sexualité pénétrative » ou « relationner avec les hommes. » Adepte des théories fumeuses autour du genre, elle considère que la sexualité relève d’une construction sociale et qu’il y a « des hommes aussi qui veulent se sortir de ses injonctions-là, de l’hétéronormativité », mais qu’on ne leur apprend pas à sortir « des règles de l’hétérosexualité » (sic). Elle est prête à donner des cours. D’ailleurs elle en donne. Cette dame fait des interventions dans les lycées et auprès des étudiants. Les lieux de transmission des savoirs que devraient être nos lycées laissent pénétrer dans leurs enceintes à peu près tout et n’importe quoi. Après les interventions de Lilian Thuram et Rokhaya Diallo sur le “racisme systémique”, voici celles d’Ovidie sur l’hétéronormativité à déconstruire et la pénétration à corriger. On s’étonnera après ça que nos adolescents vont de plus en plus mal.

Le processus mortifère de la non-binarité

Complètement perdus à force d’écouter les inepties décrites ci-dessus, de plus en plus de jeunes gens veulent “transitionner”. Des enfants, soutenus par des parents faiblards du bulbe et avides de passer à la télé, changent de “genre” à six ou sept ans, et certains, avec la complaisance de psychologues et de médecins faustiens, débutent des traitements irréversibles pour changer de sexe bien avant leur majorité. Tout aussi inquiétant, une proportion de plus en plus importante d’adolescents se dit non-binaire ou gender-fluid. Nous ne sommes qu’au début d’un processus mortifère qui se répand partout – Éducation nationale, universités, Sciences Po, associations néo-féministes, etc. – et qui participe à la construction d’un être humain nouveau, sans liens d’aucune sorte, fluide, intersexe, transformable, indéterminé et objet de toutes les expérimentations idéologiques présentes et à venir, même les plus dangereuses, même les plus inhumaines.

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La biologie étant, selon eux, une discipline “viriliste” et “patriarcale” (Judith Butler), les théoriciens du genre remettent en cause la perception naturelle des corps sexués et créent des abstractions censées troubler cette réalité qui ne leur convient pas. Les plus enragés de ces théoriciens se sont avérés être d’abord des lesbiennes radicales américaines, ennemies féroces de l’hétérosexualité. De Foucault, elles ont retenu l’idée de micro-pouvoirs détenus par les hommes hétérosexuels et imprégnant la société jusqu’à instituer une norme ; de Derrida, le concept de déconstruction qui postule que le réel n’existant pas en dehors du discours tenu sur lui par les dominants, il faut le déconstruire; de Barthes, l’idée d’un évanouissement du Phallus, ce « produit de l’oppression sociale, de la mauvaise histoire des hommes. » (1) Pour les lesbiennes radicales, toutes les règles naturelles ou symboliques doivent être abolies.

Le meilleur ou le pire des mondes ?

Alliés des causes LGBTQI+ ou néo-féministes, les moins fanatiques des homosexuels, des lesbiennes et des féministes militant pour de « nouveaux droits à » n’imaginent pas qu’eux-mêmes seront emportés par ce raz de marée détruisant toutes les limites (biologiques, symboliques, culturelles, etc.) et préparant le terrain transhumaniste de l’homme augmenté, monitoré de sa conception à sa disparition. Ce monde sans les tourments d’Eros et de Thanatos est décrit ainsi dans le livre de Huxley : « À présent nous avons l’État mondial. […] Les gens sont heureux ; ils obtiennent ce qu’ils veulent. […] Ils sont dans une sereine ignorance de la passion et de la mort ; ils ne sont encombrés de nuls pères ni mères ; ils n’ont pas d’épouses, pas d’enfants, pas d’amants, au sujet desquels ils pourraient éprouver des émotions violentes ; ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils doivent. »

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Sexualité hygiénique, procréation en laboratoire, pharmacopée pour contrecarrer les rares moments de tristesse et de doute (donc de lucidité), contrôle social total jusqu’à la fin (euthanasie librement consentie), éradication de l’histoire (inutile au bonheur) et des livres (trop vieux), nous n’avons jamais été aussi près de voir concrètement se réaliser une partie de l’œuvre de Huxley qu’on qualifierait aujourd’hui de dystopique. D’ailleurs, quinze ans seulement après la sortie de son livre, l’auteur écrira dans la nouvelle préface de l’édition de 1946 : « À cette époque (1931) je l’avais lancée (cette utopie/dystopie) à six cents ans dans l’avenir. Aujourd’hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s’être abattue sur nous dans le délai d’un siècle. »

(1) Cette citation est tirée de Roland Barthes par Roland Barthes (Le Seuil, coll. Les écrivains de toujours). « La sexualité est un produit de l’oppression sociale, de la mauvaise histoire des hommes : un effet de civilisation, en somme. Dès lors, il se pourrait que la sexualité, notre sexualité, fût exemptée, périmée, annulée : évanoui le Phallus ! » Notre sexualité est bien entendu, pour Barthes, la sexualité “phallocentrique”, supposée être dominante et oppressive.

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Pris en otage par les islamistes, Alexandre Goodarzy témoigne

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Le 26 mars 2020, quatre membres de l’association SOS Chrétiens d’Orient étaient libérés après avoir été pris en otage pendant 66 jours près de Bagdad. Dans Guerrier de la paix, Alexandre Goodarzy raconte sa captivité.


20 janvier 2020. Bagdad. Une sirène retentit. Un puissant véhicule blanc vient de dépasser le petit taxi qui transporte Alexandre Goodarzy et ses collègues de SOS Chrétiens d’Orient. Devant eux, le véhicule qui les précède pile. Une autre voiture semblable à la première vient se coller à l’arrière. Plusieurs hommes en cagoules, armes automatiques en main, jaillissent. Ils crient pour faire sortir de leur voiture les membres de l’ONG française, qui viennent d’atterrir à Bagdad et qui les prennent d’abord pour des policiers irakiens.

Un prof français de 37 ans capturé

Accusés par leurs mystérieux ravisseurs d’être des espions à la solde des Américains, les quatre prisonniers ont subi des tortures psychologiques terribles pendant deux mois et demi de détention. « Ils laissent systématiquement la lumière allumée, diffusent le Coran à fond, torturent des gens dans les chambres à côté, ils font tout pour que l’on ne puisse pas dormir. »

Alexandre Goodarzy devant la Grande Mosquée d’Alep © SOS Chrétiens d’Orient

Guerrier de la paix est sorti le 24 mars. Alexandre Goodarzy, professeur d’histoire-géographie de 37 ans, y raconte les principales étapes de sa captivité et revient sur son engagement au sein de SOS Chrétiens d’Orient, association qu’il a rejointe en 2014 comme simple volontaire. Depuis longtemps, Goodarzy est séduit par la Syrie, qu’il a visité plusieurs fois : “J’avais aimé le pays, les gens, cette bonté naturelle et cette façon de vivre qui ne se discute pas”. À Cholet, en France, le professorat l’ennuie: “L’ambiance générale en France me minait. Rien de grand, rien de beau, rien de puissant n’arrivait dans le pays”. Devenu chef de mission en Syrie, il y a déjà passé cinq ans entre zones de guerre et gouvernementales lorsqu’il est enlevé. Cette expérience confère au livre une analyse fine et détaillée des enjeux politiques de cette région en guerre, où les Chrétiens d’Orient sont une minorité martyre qui tente de survivre, parmi bien d’autres populations malheureuses.

Un récit à la gloire de SOS Chrétiens d’Orient

Créée en 2013, SOS Chrétiens d’Orient compte aujourd’hui une soixantaine de salariés et a envoyé plus de 2 000 volontaires en mission dans les pays du Moyen-Orient. Enlevés par un groupe de miliciens chiites, les trois Français ainsi qu’un Irakien de l’organisation ont fait face à des conditions insalubres : « un hangar puant, crasseux et humide ». Cet enlèvement est bien sûr une épreuve, mais aussi le temps d’un approfondissement de la vie intérieure de ces hommes, qui n’ont jamais fait mystère de leur foi. Les conditions exactes de leur libération ne sont pas connues. La France avait retiré quelques jours plus tôt ses troupes d’Irak, notamment en raison de la pandémie de coronavirus. Pendant toute sa détention, Alexandre Goodarzy a surtout peur que ses ravisseurs ne découvrent son identité franco-iranienne et ne le vendent à Téhéran.

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Quand on lui demande aujourd’hui pourquoi il a choisi le titre « Guerrier de la paix » pour nous raconter son histoire, il explique qu’il faut « prendre des risques pour ce que l’on croit ». En lisant son témoignage, le lecteur est plongé au cœur du quotidien de quatre captifs, dans leur petit local de six mètres carrés. Au fil des pages, on découvre donc aussi le long et passionnant cheminement d’un homme, qui, depuis sa Vendée natale jusqu’à ses missions humanitaires au Moyen-Orient, s’engage. Un livre poignant glorifiant les actions courageuses de l’association SOS Chrétiens d’Orient.

Guerrier de la paix, Alexandre Goodarzy, éditions du Rocher, 2021, 17 euros, 336 pages

Guerrier de la paix

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2022: sans alliance des droites, pas de victoire possible !

Les tentatives d’union de la droite – ou plutôt des droites – ne manquent pas. Après « Oz’ ta droite » de Robert Ménard en 2016, la Convention de la droite en 2019, les droites sauront-elles s’unir en en 2022? Après tout, LR et LREM parviennent bien à s’entendre de leur côté. Une analyse de notre contributeur Pierre Cretin.


Une alliance entre la droite de LR et le RN serait irrésistible

Soyons clairs, pour que les choses changent vraiment, il va falloir s’attaquer aux problèmes de sécurité, d’autorité, de justice, d’identité, de séparatisme et d’immigration qui minent la France. Ce besoin de retour d’un régalien fort, c’est ce qui caractérise la droite.

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Dans le paysage politique, il n’est guère que deux partis importants qui peuvent prétendre représenter ce projet de retour en force du régalien, et fédérer cette majorité de citoyens qui souhaitent cette reprise en main par la France de son destin.

Vers un nouvel échec?

On sait bien que le Rassemblement national porte ces idées, mais qu’il souffre encore (un peu) d’une image de droite extrême, soigneusement entretenue par ses opposants. De plus, il n’a pas d’expérience de gouvernement, et Marine Le Pen n’a pas réussi à imposer une image totalement crédible. Les Républicains, dont toute une composante est pour une droite forte, bénéficie d’une crédibilité rassurante en termes de gouvernance, mais souffre justement de n’avoir pas su affronter ces problèmes aujourd’hui urgents lorsqu’il était au pouvoir. Seule une union de ces deux forces peut ouvrir la voie à un gouvernement de droite, chacun apportant au projet ses points de force et de crédibilité, dans une dynamique qui pourrait être irrésistible. Dans le cas contraire l’échec est certain.

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En effet, même si Marine Le Pen accédait à la magistrature suprême, ce qui est possible, elle se trouverait immédiatement face à une impasse. Il lui faudrait une majorité à l’Assemblée nationale et, sans une union préalable avec les Républicains dans le cadre d’un projet commun, il est certain que cette Chambre sera « introuvable ». Notre système électoral n’ayant pas été réformé d’ici là pour installer la proportionnelle (on comprend bien pourquoi), l’Assemblée n’aura pas de majorité. Ce qui rendra nécessaires des alliances pour créer une majorité de gouvernement qui, quelle qu’elle soit, ne pourra jamais mettre en œuvre une politique de véritable changement.

L’union fait la force

À un an de la présidentielle, il faut donc que la droite soit consciente que, sans une union et un projet commun, il n’y a aucune chance pour qu’elle puisse mettre en œuvre ce retour en force sur le régalien tellement souhaité. Marine Le Pen élue ne pourrait pas gouverner, et nous aurions une cohabitation stérile entre une présidente impuissante et un gouvernement divisé.

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Évidemment une telle union, basée sur une plateforme commune, entraînerait des cris d’orfraie et des démissions théâtrales dans ces deux partis, mais cela importe peu. Il faut simplement que la droite décide si elle veut vraiment changer les choses. Cette union doit-elle être portée par Marine Le Pen ? Doit-elle au contraire être menée par un leader crédible de LR ? Par une personnalité tierce et fédératrice ? Faut-il faire du premier tour une primaire dont le vainqueur deviendrait ipso facto le leader commun au second tour (ce qui n’est pas sans risque), c’est une réflexion à mener. Mais ce qui est sûr, c’est que croire qu’il est possible de se passer de cette union, urgente, des vraies droites, c’est partir la fleur au fusil vers une défaite garantie.

Former nos enfants à la résistance

Les faits divers de violence et les tueries s’accentuent jusqu’à devenir monnaie courante. Faut-il s’habituer à de tels gestes? Comment résister à la montée de l’insécurité?


Depuis des dizaines d’années, les tueries arbitraires s’enchaînent encore et encore. Leur ritualité leur confère aux yeux de certains le statut de sacrifice, et, auprès des autres, celui de fatalité. La banalité des assassins, la trivialité des procédures atténuent nos indignations, estompent notre exaspération. Assassinat après assassinat, on oublie qu’ils mettent en cause ce qui fait notre humanité: « le propre de l’Homme c’est d’épargner la ou le plus vulnérable, parce que sa vulnérabilité est sa plus juste protection » (1).

L’épuisement des forces de l’ordre

À chaque meurtre, on dénonce le manque de moyens pour nous défendre contre la violence du terrorisme et pour protéger notre jeunesse contre les marchands de mort qui rodent sur internet. On réclame à grands cris l’augmentation les forces de police et de gendarmerie, plus de portiques à l’entrée des écoles, une vigilance plus ferme sur les réseaux sociaux et enfin le renforcement de notre effort de guerre extérieure. Mais peut-on raisonnablement penser que toutes ces  mesures – certes nécessaires – nous garantiront la victoire finale ?

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Qu’adviendra-t-il, en effet, lorsque nous aurons épuisé nos forces et nos moyens contre des barbares pour lesquels le temps et la vie n’ont pas la même valeur que pour nous ? Qu’adviendra-t-il lorsque notre dernière bombe aura été larguée sur l’avant-dernier djihadiste. À long terme, le risque c’est que nos armées s’épuisent à devoir couvrir trop de fronts, que la traque policière se perde dans un dédale de réseaux de soutiens inavoués et enfin que les médiocres actions de « déradicalisation » en viennent à  confondre analyse sociologique et complaisance idéologique.

Des élites qui planent loin des réalités

Après chaque attentat, la basse-cour politique continue de répéter, dans un caquètement pitoyable : « c’est inacceptable, c’est inacceptable ! ». Nos responsables rivalisent de formules ridicules, « pondues » par des plumitifs à bout de mots, dans le confort des cabinets ministériels : « c’est un crachat à la figure de la République », « Nous ne lâcherons pas un pouce de terrain ! », « Nous ne permettrons pas aux barbares de nous terroriser ! ». Indignation et rodomontades, promesses vaines et menaces sans effets, sont les seules réponses d’une classe politique qui ne voit pas plus loin que le bout de son mandat.

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Tous, quelles que soient leurs appartenances partisanes, sont incapables de comprendre que seule la résistance intellectuelle de nos enfants pourra faire barrage à la barbarie. Comment s’en étonner alors que, depuis des années leur absence d’ambition et d’exigence en matière d’éducation et de culture ont offert en sacrifice, sur l’autel du Web, à de dangereux manipulateurs, les mots imprécis, les mémoires vides et le dégoût de soi d’une partie de notre jeunesse? Aujourd’hui, il ne suffira pas d’emprisonner les manipulateurs, tout comme il est vain de tenter de bâillonner internet. Car ils arriveront en rangs de plus en plus serrés, ces salauds qui proposeront à ceux qui n’ont jamais eu de point d’appui, de mépriser, de harceler, de tuer pour se sentir vivants les policiers aujourd’hui, les juifs hier, les noirs demain, et puis les femmes et les homos et… les Arabes ; c’est-à-dire tout ce qui est différent et vulnérable.

Apprivoiser la terreur ultime de la disparition

Si des jeunes Français tombent si facilement dans les pièges grossiers qui leur sont tendus, c’est parce qu’ils sont vulnérables et crédules. Et s’ils le sont, c’est tout simplement parce que l’école de la République que l’on a tant négligée et les familles que l’on a tant bousculées ont oublié que leurs missions conjointes étaient de faire des enfants de ce pays des résistants intellectuels. Ils sont ainsi devenus incapables de dire non et d’expliquer leur refus, incapables de dénoncer les incohérences et les faux-semblants d’un discours, incapables de distinguer l’élévation spirituelle de l’enfermement sectaire. C’est ainsi qu’ils sont devenus de plus en plus « faibles d’esprit » face aux mensonges imbéciles et aux promesses vénéneuses. Des jeunes à la conscience vacillante, sans repères culturels ni historiques et sans armes intellectuelles ni linguistiques voient imposée à leur intelligence crédule la vision d’un monde définitivement divisé dans lequel des mots d’ordre sectaires disent ceux qui méritent de vivre et ceux qui doivent mourir. École et famille démobilisées se sont laissé voler le concept de « spiritualité » par de faux prophètes qui ont réduit cette élévation à un enfermement sectaire.

À quoi donc servirait-il de s’efforcer de léguer à ceux qui arrivent une planète « vivable » si leurs esprits, privés de mémoire collective, de langage maîtrisé et du désir de comprendre étaient condamnés à errer dans le silence glacial d’un désert culturel et spirituel?

Le vrai combat qu’elles doivent mener ensemble aujourd’hui c’est de séparer soigneusement le spirituel du rituel et les valeurs universelles des préceptes dogmatiques. Car « l’élévation spirituelle » porte l’espoir que partagent TOUS les hommes, quelles que soient leurs origines ou leurs confessions, d’apprivoiser la terreur ultime de la disparition. Elle est nourrie des différents récits fondateurs profanes ou sacrés qui tentent depuis toujours de donner du sens aux questions essentielles que les hommes n’ont cessé de se poser. Parents et maîtres d’école leur apprendront que ces superbes récits n’ont pas été écrits pour relater exactement l’Histoire et qu’en aucun cas ils ne doivent être utilisés pour édicter des règles de vie fondées sur des modèles archaïques. Ils découvriront que ces récits constituent le moyen le plus honorable qu’ont trouvé les hommes pour tenter de répondre aux inquiétudes fondamentales qui tous les taraudent.

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La compréhension de ces textes qui fondent l’humanité et les débats auxquels ils invitent, permettront ainsi de construire, à l’école et à la maison, une culture spirituelle et laïque, véritable force de dissuasion contre la soumission à l’obscurantisme et l’appel au meurtre. À quoi donc servirait-il de s’efforcer de léguer à ceux qui arrivent une planète « vivable » si leurs esprits, privés de mémoire collective, de langage maîtrisé et du désir de comprendre étaient condamnés à errer dans le silence glacial d’un désert culturel et spirituel ? Soumis au premier mot d’ordre, éblouis par le premier chatoiement, trompés par le moindre mirage ?

(1) Nous ne sommes pas des bonobos, Alain Bentolila, mars 2021

Vive l’Empereur!

Napoléon est mort il y a deux siècles. Marie-Hélène Verdier évoque les commémorations du jour – à ne surtout pas confondre avec une célébration ! – à travers les trois livres aperçus sur le bureau d’Emmanuel Macron, son lointain successeur présidant aux destinées de la France…


La France commémore le bicentenaire de la mort de Napoléon. Le jour de son intronisation, devant les Français, le président Macron avait mis en évidence sur une table, située derrière lui, trois livres: les Nourritures terrestres, le Rouge et le Noir, Les Mémoires de de Gaulle. Pourquoi ces choix ? Peut-on y voir des images complexes du corps du Roi ? Ambition ? Libertarisme ? Autorité ?

Napoléon, c’est le héros dont la mort laissa orpheline toute une génération: celle de 1830. Le héros du Rouge et le Noir (1830), Julien Sorel, a justement pour idole Napoléon, dont il dissimule le portrait sous son matelas. Julien, c’est le type même de l’ambitieux, intelligent, hypocrite, exalté. À la différence de Rastignac, Julien n’aura ni Paris ni Verrières mais la guillotine. Le titre de ce roman d’apprentissage qui a pour exergue « La vérité, l’âpre vérité. DANTON » évoque plutôt la pourpre impériale et le noir du malheur que l’église et les armes. Ou le jeu de la roulette donc du hasard. On aime ce livre pour son style un peu sec, les chapitres calibrés, la peinture stéréotypée d’une société, incapable d’accueillir les êtres d’exception, dans laquelle on ne se perd pas comme dans la jungle balzacienne. Julien, l’aiglon sans les serres, qui aime la mise en scène ?

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Les Nourritures terrestres (1897) fut un des livres culte de la génération 70. Difficile de ne pas aimer cet hymne à la vie qui exalte poétiquement l’éveil des sens. Nathanaël, dont le nom signifie « donné par le Seigneur » rejette l’aliénation de la famille, de l’héritage, du moralisme, de la religion. Qui ne connaît le fameux « Familles, je vous hais ! » ou encore : « Crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! Le plus irremplaçable des êtres ! » Ce qui n’empêchait pas un critique (1) de trouver que « cette jouissance minutieuse et appliquée, qui suppose des rentes, un patrimoine… était un livre de vieux ». Quant à André Gide, véritable icône de sa génération, il fleure à présent un certain air du temps. L’auteur de l’Immoraliste, du Voyage au Congo (1927) et du Voyage en URSS (1937) fut aussi le père d’une fille conçue grâce à l’altruisme d’une amie.

De Gaulle, c’est l’étalon de la grandeur, la référence incontournable de tout homme d’État. Dans Le fil de l’épée (1932), il donne une image décisive de la figure du chef, « homme de caractère et de prestige ». Homme de la grandeur et de l’autorité morale. 

Commémorer n’est pas célébrer. L’Élysée l’a bien précisé : il s’agit de « regarder en face cet être complexe » que fut Napoléon et de considérer son héritage. À la fois le guérisseur du grand corps malade de la France au sortir de la Révolution, le créateur des grands corps de l’État, des écoles, des préfectures, l’homme qui voulait « la grandeur de la France » mais aussi, pour ses ennemis, le père du Code Civil, le misogyne, l’esclavagiste, l’Ogre de l’Europe, l’ennemi de la République à venir et des « valeurs » de la République.

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L’œuvre de Pascal Couvert, Mémento Marengo, ce squelette du cheval préféré de Napoléon, suspendu au-dessus de son mausolée, est-il une « vanité » au sens artistique ? Un ange plastifié? Si la « vanité » est une méditation personnelle sur la mort, non une démythification d’autrui, nous dirons que cette œuvre « éphémère » est une vanité « revisitée » qui concourt à la « déconstruction » mémorielle de notre histoire qui fait fureur en ce moment. Aujourd’hui, le président déposera une gerbe aux Invalides. Quel courage, dit-on, de ne pas s’être dérobé à la commémoration de la mémoire d’un personnage si controversé. En effet ! La surprise serait qu’il criât : Vive l’Empereur !

(1) Jean Guéhenno NDLR

Charles de Gaulle : Mémoires

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Terrorisme: refuser de nommer

L’éditorial du dernier numéro de la revue amie Conflits. Le numéro 33 est consacré au terrorisme, cette « menace sans fin ». Disponible à la vente maintenant.


Depuis au moins les attentats de 2012 à Toulouse, le terrorisme s’est à nouveau invité dans les vies quotidiennes et dans les discours réguliers des hommes politiques. Il est entendu que « nous sommes en guerre » contre le terrorisme et que la nation tout entière doit être mobilisée contre celui-ci. Nous sommes en guerre certes, mais nous avons du mal à identifier et comprendre l’ennemi. Si le terrorisme est nommé, ceux qui l’utilisent et l’idéologie que celui-ci sert sont bien souvent oubliés. Parler du terrorisme semble être de plus en plus une façon bien commode et bien utile de ne pas parler d’autre chose, et surtout de ne pas évoquer l’essentiel. Or on ne peut pas être en guerre contre le terrorisme, car celui-ci n’est pas un adversaire, mais une technique. Le terrorisme est à la fois une arme de guerre et un curieux objet politique qui embarrasse tout autant qu’il sert les dirigeants.

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Unité nationale

Face au terrorisme, le peuple est invité à l’unanimisme. Il est appelé à l’unité nationale et à faire bloc derrière ses chefs d’État, comme s’il n’était plus possible de penser et de réfléchir sur les causes et les objectifs de celui-ci, ni sur la proportionnalité et l’opportunité des moyens employés pour le combattre. On peut bien décréter des journées nationales d’hommage aux victimes, dresser des statues, déposer des fleurs et illuminer la tour Eiffel en proclamant que « la haine ne passera pas », on voit mal comment ces attitudes permettent de lutter contre le véritable mal. L’acte terroriste est parfois l’idiot utile ou l’heureuse surprise qui permet à des chefs d’État sans gloire et sans panache de remonter dans l’opinion de leur peuple et d’invoquer une chimérique union nationale derrière eux. Quand il n’est pas tout simplement manipulé, sans vergogne pour les victimes, comme l’attentat de la rue Copernic (1980) habilement attribué dès l’origine à « l’extrême droite » et aux « néo-nazis » avec une enquête orientée et à charge. De fait, aucun des responsables ne fut trouvé, la piste partant aujourd’hui vers le Moyen-Orient.

Faire peur, faire perdre la raison

Le terrorisme tue peu. Là n’est pas son but puisque son objectif est de provoquer la sidération. Il s’agit moins de créer un climat de panique que de contraindre les gouvernements à céder sous l’effet de la peur. Charles Pasqua voulait certes renverser l’équation en « terrorisant les terroristes », ce qui n’est possible que par une action active des services de renseignement, de la police et de l’armée. Mais il reste difficile de faire comprendre à un peuple frileux et désinformé que cette lutte passe du côté de Bamako et de Palmyre, tout autant que de Trappes et de Clichy-sous-Bois, et que cela nécessite une ferme volonté politique autant que d’importants moyens financiers et humains. Dans un monde qui ne veut plus la guerre, le terrorisme est une incongruité contre laquelle on se refuse bien souvent à faire usage de la force. Fleurit alors l’idée, certes belle mais erronée, que c’est la pauvreté et l’ignorance qui engendrent le terrorisme. Il suffirait donc d’ouvrir des écoles et de saupoudrer des aides humanitaires pour assécher le terreau terroriste. Idée fausse, tant l’histoire démontre que le terrorisme, quand il est accompagné d’un projet révolutionnaire, est le fait de la classe aisée et cultivée, même si celle-ci peut se servir des bras armés des petites frappes perdues. Les fils de bourgeois d’Action directe et de Fraction armée rouge n’étaient pas vraiment des damnés de la terre, et les « jeunes » de banlieue, gavés des produits de divers trafics, ne sont pas particulièrement misérables.

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Moins de libertés et pas de sécurité

Face à l’équation terroriste, les populations, trop souvent, sont prêtes à renoncer à leurs libertés fondamentales avec l’espérance vaine que cela renforce leur sécurité. Bien utile terrorisme dont la lutte contre lui justifie des restrictions intolérables. Ainsi la liberté scolaire doit-elle passer à la trappe, la censure doit-elle être plus grande, les contrôles de plus en plus sophistiqués. Nos villes sont en train de devenir des prisons à ciel ouvert, avec force caméras de vidéosurveillance, contrôle facial, police municipale armée. Au lieu de s’attaquer aux origines du mal, le choix politique s’oriente trop souvent vers les suppressions des libertés. Qu’avons-nous à gagner si, pour lutter contre « le terrorisme », les politiques restreignent les libertés, sans pour autant améliorer la sécurité ?  

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Généraux: qui a vraiment peur du “puputsch”?

Certaines des formules un peu pompeuses de la tribune des généraux publiée le 21 avril ont été comprises comme une menace de putsch. Mais conspire-t-on vraiment sérieusement contre l’Etat en publiant un article de presse ? La crainte du coup de force n’est pas nouvelle, comme les menées burlesques de la troupe. Analyse.


Nous sommes le 21 avril 2021, soixante ans jour pour jour après qu’un cartel de généraux en retraite lance le fameux putsch d’Alger. « Pour que l’Algérie reste française », le général Salan, la soixantaine passée, entame alors une carrière politique plutôt tardive et surtout courte de trois ou quatre jours. À ce séditieux et à ses complices « aux méthodes expéditives et savoir-faire limité », le général de Gaulle avait opposé son refus en même temps que son mépris. Le message avait été bien reçu : dans le corps expéditionnaire, personne ne suivait l’insurrection, et Salan reçut pour solde de tout compte plusieurs années de taule et une peine de ridicule à perpétuité.

Par voie de presse, une vingtaine d’anciens généraux, retraités et radié pour l’un d’entre eux, appellent les « gouvernants » à impérativement faire preuve « de courage » et « d’honneur » pour sauver la patrie en danger. Le ton est martial. À défaut d’être lyrique, le langage est bourru. Les objectifs de la missive restent flous. En la lisant, on comprend grosso modo que la France fout le camp – ce dont nous nous doutions déjà avant de la lire. La troupe décrit aussi un risque de guerre civile et incrimine « un certain antiracisme ». Le propos confus peut sembler annoncer, redouter voire attendre le retour de la violence en politique. La date de publication a-t-elle été choisie au hasard ? C’est en tout cas un symbole.

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Extraites du texte, certaines phrases restent troublantes : « si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national ».

Une nouvelle technique du coup d’Etat ?

Les putschs sont des occasions. Des circonstances installent d’abord un climat, lequel distille des craintes et des rumeurs alors suivies de menaces… le plus souvent anonymes. Par nature, les conspirateurs avancent masqués. On renverse un régime en intriguant dans l’ombre ; plus rarement en publiant une tribune dans un journal. De la même manière qu’on ne recherche pas un tueur à gage en faisant passer une petite annonce par la presse.

En commentant le Discours sur la première décade de Tite-Live, Malaparte recyclait les observations de Machiavel sur la prise du pouvoir pour les adapter aux Etats modernes de l’entre-deux guerres. Son ouvrage, Technique du Coup d’Etat  trouve son modèle tactique d’insurrection chez Trotski ; lequel recommande l’exécution d’opérations de subversions militaires par une petite troupe de choc ciblant des objectifs stratégiques définis tels un chemin de fer, une centrale électrique ou un dépôt inflammable. Selon Troski, l’Etat pouvait être défié par 1000 hommes pour peu qu’ils soient déterminés, avisés et surtout discrets.

Le silence commande la prise du pouvoir. De deux choses l’une : ou bien, nos généraux, très bavards, ont mal lu Technique du coup d’Etat – et devraient alors le relire avec attention pour mieux s’y prendre la prochaine fois – ou bien ils ne préparent aucun coup d’Etat et ont, au mieux, le verbe haut ; confondant peut-être le 21 et le 1er avril. On peut penser que Marine le Pen a opté pour la seconde option en leur apportant son soutien. Jean-Luc Mélenchon et une partie de la gauche voient en cette missive une menace, parlant d’insurrection, demandant et obtenant une enquête ministérielle préfigurant des sanctions.

Si le coup de farce est possible

Pour exagérée, cette crainte n’est pas nouvelle. L’émeute du 6 février 1934[i] a été interprétée comme une tentative de coup d’État par la gauche. La réaction spontanée des bases socialistes et communistes – fraternisant le 1er mai 1934 – a guirlandé de légendes la formation du Front Populaire intervenue peu après. La République était-elle vraiment menacée ? Le Colonel de la Rocque répondait, lucide, à ceux qui voulaient le voir marcher sur l’Assemblée : « qu’est-ce que je ferais du Palais Bourbon ? » Ni l’armée ni l’appareil d’Etat n’auraient bien sûr suivi les émeutiers. Et les exemples allemands et italiens ne doivent pas prêter à confusion puisqu’ils suivaient plusieurs années, ou décennies, de guerre civile – situation absolument incomparable avec la France des années 1930.

Dans « Nous voulons les colonels » de Mario Monicelli (1973), le gouvernement italien, sous prétexte de lutter contre les tentatives de coup d’État fascistes menées par une pathétique bande de pieds nickelés, renforce son appareil juridique au point d’instaurer un pouvoir dictatorial et policier, réalisant ainsi le projet de ses adversaires ; à ceci près que ces derniers, défaits, végétaient au trou en regardant les démocrates faire. Le film s’inspirait aussi de la tentative (très courte) du Prince Broghese en 1970, vétéran de la décima MAS.

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Le 23 février 1981, l’Espagne terminait sa transition démocratique postfranquiste et quelques carabiniéros faisaient irruption dans le parlement pour l’interrompre. Coiffés avec des chapeaux espagnols, résidus folkloriques de la garde franquiste, les images d’archives leur donnent un air de marionnettes de Lyon. On les voit tirer en l’air. Le fusil fait un bruit de pétard. Les députés se carapatent à toute berzingue. Le coup d’Etat est maté en deux heures. Personne ni dans l’armée, ni dans l’administration, ni bien sûr dans la population, n’a soutenu le putsch. Le 6 janvier dernier, après l’émeute du Capitole, le monde entier a cru la démocratie américaine menacée parce qu’un homme déguisé en buffle s’était assis deux heures sur le siège de Nancy Pelosi.

Des partisans radicaux de Donald Trump, entrés dans le Capitole, s’adressent aux policiers le 6 janvier 2021 à Washington © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22528058_000027

Le fantasme du coup d’Etat est sans cesse recyclé – chez ceux qui l’attendent et plus encore chez ceux qui le redoutent. En démocratie, la politique ennuie. La plupart des conflits y sont résolus de manière pacifique. Le consensus ou le compromis l’emportent. Alors on aime encore se faire peur et se donner des frissons. Et la société reste enivrée de « gloire », « d’héroïsme », d’images d’Epinal et de poésie belliqueuse. Elle a souvent besoin d’émotions collectives. Et les piou piou sont sensibles au charisme martial.

De Brutus à Boulanger, les putschistes manquent rarement « de courage » et « de sens de l’honneur ». Leur sens politique, à l’inverse, égale tout juste celui des vers de terre. Leur réapparition périodique nous fait rejouer ces grandes dramaturgies historiques du fascisme et de l’antifascisme sans forcément convaincre – avec le soupçon déjà formulé par Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte d’une répétition farcesque de l’histoire. Si en 1961 pour s’opposer au putsch des généraux, le Général de Gaulle était apparu en uniforme militaire à la télévision – l’air souverain et le verbe haut – il confiait lucide à ses ministres : « ce qui est grave dans cette affaire, messieurs, c’est qu’elle n’est pas sérieuse ».

Témoin sérieux d’évènements plus graves, Malaparte cédait déjà à la métaphore théâtrale et à la dérision shakespearienne : “la fièvre de l’insurrection a tué le sommeil de la ville. Comme lady Macbeth, Pétrograd ne peut plus dormir. Ses nuits sont hantées par l’odeur du sang. ” Alors que les nôtres sont trop rarement réveillées par la peur du ridicule.


[i] Manifestation à l’appel des ligues nationalistes contre la corruption suite à l’affaire Stavisky qui avait éclaboussé certains députés radicaux. 

La droite est morte, vive la droite?

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Le Président des Républicains Christian Jacob, avril 2021 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01014213_000015

Deal implicite entre LR et LREM. C’est « Les Républicains En Marche »!


Le 4 mai 2021, la droite institutionnelle française est morte, absorbée par Emmanuel Macron.

L’UMP, née le 23 avril 2002 et rebaptisée Les Républicains le 30 mai 2015, n’aura pas tenu 20 ans ! En maintenant son soutien à Renaud Muselier, la direction des Républicains ne cache même plus sa stratégie pour 2022 : devenir le « flotteur droit » d’Emmanuel Macron. Le sigle LREM prend enfin tout son sens – était-ce l’objectif d’Emmanuel Macron dès le début ? –  Les Républicains En Marche.

Les Républicains apporteront leurs élus locaux à une Macronie qui en manque cruellement. Les élus locaux, eux, s’assurent de leur réélection avec une étiquette centriste élargie…

Dans un premier temps, Christian Jacob a bien tenté de réagir verbalement à l’accord annoncé dimanche entre LREM et LR en PACA, pour faire croire à ses adhérents que les Républicains étaient toujours un parti d’opposition à Emmanuel Macron. Mais la commedia dell’arte n’a pas duré plus de deux jours. Mardi 4 mai, la Commission Nationale d’Investiture a « apporté son soutien à Renaud Muselier », avec pour seule condition de n’inclure aucun parlementaire ou ministre LREM sur sa liste. Ce qui autorise donc à offrir de nombreuses places sur la liste LR à des élus locaux LREM. Montrant pour sa part le peu de cas qu’il faisait de ces conditions, Renaud Muselier précisait mercredi matin qu’il ne refuserait pas Sophie Cluzel sur sa liste si cette dernière démissionnait de son poste de ministre d’Emmanuel Macron.

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Un deal implicite

Le seul tort de Renaud Muselier aura été de rendre visible trop tôt le rapprochement en cours entre le parti Les Républicains et Emmanuel Macron. Trop tôt, car dans certaines régions, dans certains cantons, Les Républicains ont encore besoin de faire croire aux électeurs qu’ils représentent une alternative à Emmanuel Macron. Mais dans les faits, le rapprochement ne fait que s’accélérer depuis 2017, où une partie des LR faisait campagne pour Emmanuel Macron et contre François Fillon. Aux Européennes de 2019, la plupart des cadres des Républicains n’avait fait que très timidement campagne pour la liste menée par François-Xavier Bellamy. Aux municipales de 2020, de très nombreux maires avaient rangé leur étiquette LR et négocié un soutien ou une investiture LREM. Aujourd’hui, aux départementales, des élus LREM sont investis par Les Républicains au détriment des élus LR dans plusieurs cantons, avec la bénédiction de Christian Jacob. Les candidats UDI – parti soutenant officiellement Emmanuel Macron, rappelons-le  – représentent presque la moitié des investitures communes LR-UDI dans les Hauts-de-Seine, les Yvelines ou l’Essonne. Là encore, avec la bénédiction de Christian Jacob. Ce dernier espère que ces accords électoraux locaux passeront inaperçus sur le plan national. Il est vrai que les élections départementales n’ont jamais passionné les rédactions parisiennes…

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Derrière les postures médiatiques, la stratégie – voulue ou subie ? – de la Direction actuelle des Républicains est donc bel et bien de faire des Républicains l’aile droite de la coalition gouvernementale à venir d’Emmanuel Macron. Le « deal » avec Emmanuel Macron est d’ailleurs limpide : les Républicains apporteront leurs élus locaux – maires, présidents de départements, présidents de régions – à une Macronie qui en manque cruellement. Les élus locaux, eux, s’assurent de leur réélection avec une étiquette centriste élargie et sans concurrence à droite, Les Républicains ayant disparu. Pour parachever le tout, Emmanuel Macron apportera en 2022 aux (anciens) Républicains des investitures aux législatives sans lesquelles les députés actuels n’ont aucune chance de se faire réélire, l’étiquette LR étant trop démonétisée sur le plan national. Les plus hauts cadres des Républicains se rêvent sans doute ministres, et pourront ainsi enfin cesser de regretter de ne pas avoir rejoint plus tôt leurs camarades Le Maire et Darmanin. Comment leur en vouloir, quand la rumeur court que Nicolas Sarkozy, toujours aussi peu désireux de voir un autre homme de droite lui succéder, aurait négocié un soutien à Emmanuel Macron pour la prochaine présidentielle contre la promesse de faire entrer François Baroin à Matignon en 2022 ?

Recomposition française

Saluons Emmanuel Macron qui aura réussi en à peine cinq ans à recomposer le paysage politique français : un parti centriste élargi avec pour seuls opposants d’un côté une gauche radicale désunie (LFI, Les Verts, quelques socialistes égarés) et de l’autre un Rassemblement National sans alliés, condamné à échouer éternellement au second tour de la présidentielle.

Et la droite dans tout cela ? L’absorption en cours des Républicains par Emmanuel Macron est à la fois une triste nouvelle et porteuse d’espoir. Triste, car on ne peut se réjouir de voir disparaître le parti qui aurait pu, avec Nicolas Sarkozy en 2007, enrayer le déclin français. Porteuse d’espoir car la disparition des Républicains comme parti de droite laisse la porte ouverte à la création d’un vrai parti de droite – où les dirigeants seront enfin en accord avec leurs adhérents – pour proposer une alternative crédible à Emmanuel Macron. Les présidentielles 2022 seront-elles l’occasion de voir naître ce parti ? À suivre…

Élections régionales: la droite festoie à Madrid

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Le leader de Podemos, Pablo Iglesias, annonce se retirer de la vie politique, après la victoire de la droite aux élections régionales de Madrid, le 4 mai, Kiko Huesca (es-ES)/EFE/SIPA, 01017372_000001

La large victoire de la droite à la région de Madrid est un échec pour le gouvernement central. Pablo Iglesias (Podemos) a annoncé se retirer de la vie politique et le centre a perdu l’ensemble de ses élus. On annonce déjà un destin national à Isabel Díaz Ayuso, la présidente de la communauté de la capitale dont la politique libérale-conservatrice plait manifestement aux Madrilènes…


Un contexte houleux

Après l’échec de deux motions de censure régionales contre le Parti populaire (PP, droite conservatrice) dans la région de Murcie[1] et en Castille-et-León[2], le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE, social-démocratie) et toute la gauche espagnole en général espéraient pouvoir se rattraper en ce mardi 4 mai 2021 lors des élections régionales madrilènes. Organisé de manière anticipée à la suite de la dissolution du Parlement local par la présidente sortante, Isabel Díaz Ayuso (PP), le scrutin n’était en réalité qu’une conséquence de l’instabilité politique chronique qui touche l’Espagne depuis 2014-2015. Il était également le fruit de la méfiance de plus en plus grande entre les populares et leurs alliés de Citoyens (Cs, centre libéral).

L’objectif était donc, pour le président du gouvernement national Pedro Sánchez et ses alliés, de priver la droite du « joyau de la couronne », c’est-à-dire de la communauté autonome espagnole la plus riche et la plus dynamique du pays[3]. La Communauté de Madrid est, depuis 1995, le laboratoire des politiques libérales du Parti populaire, en particulier sous l’impulsion de l’ancienne présidente régionale Esperanza Aguirre (2003-2012) et de ses successeurs[4]. Pourtant, le scrutin d’il y a deux ans a été difficile pour la formation, minée par des scandales de corruption à répétition. Elle n’est en effet arrivée qu’en deuxième position dans l’autonomie avec 30 sièges sur 132, tandis que les socialistes faisaient la course en tête avec 37 élus[5].

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Une femme et une campagne

La tête de liste des populares, la jeune Díaz Ayuso (elle est née en 1978), semblait avoir été choisie pour perdre le scrutin et permettre d’assurer une transition passant par une cure d’opposition durant quatre ans. Fustigée pour ses déclarations-choc durant la campagne, elle était pourtant devenue locataire de la Maison royale du Courrier (siège de la présidence régionale, sur la Puerta del Sol) en 2019 grâce à un accord avec Citoyens et la droite « radicale » de Vox.

La discrète responsable politique s’est taillée en deux ans une réputation à l’ampleur nationale, notamment dans le cadre de la gestion de la pandémie de coronavirus, devenant ainsi l’ennemie à abattre pour toute la gauche. Son slogan de campagne, « Socialisme ou liberté » (auquel a rapidement répondu la devise « Fascisme ou liberté », inventée par la gauche « radicale ») témoignait dès le mois de mars dernier du ton général de la campagne. Cette dernière, marquée par une crispation inédite en Espagne, a vu se succéder les menaces de mort anonymes envoyées à plusieurs candidats (dont Isabel Díaz Ayuso elle-même[6]) et les jets de pierres de la part de militants « antifascistes » contre les participants et organisateurs d’une réunion publique de Vox dans un quartier populaire du sud de Madrid[7]. La polarisation du scrutin, tout à fait extrême, faisant donc s’affronter deux modèles de société apparemment irréconciliables, qui se taxaient mutuellement de « stalinisme » et de « nazisme ».

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Malgré la très grande popularité de la présidente sortante, qui avait notamment à son actif l’incroyable affection des hôteliers et restaurateurs de la région (auxquels elle avait permis de rester ouverts depuis juin 2020, en dépit de la situation sanitaire[8]), le combat semblait inégal. La gauche a en effet utilisé tous les moyens à sa disposition, entraînant bon nombre d’institutions normalement neutres (comme la Garde civile[9]) dans une campagne agressive, sale et interminable.

Le séisme du Parti populaire

Ladite campagne a néanmoins buté sur l’incroyable phénomène d’ayusomanía qui s’est développé depuis un an environ. Transformée en icône pop et en symbole même de la capitale, celle que ses partisans surnomment volontiers « Lady Madrid » était applaudie et acclamée partout durant ses déplacements dans la ville et en banlieue. Son visage était placardé dans de nombreuses vitrines de restaurants et de bars en remerciement pour sa politique d’ouverture, son nom était donné à des plats, des produits dérivés à son effigie pouvaient être achetés en ligne et elle apparaissait même sur l’étiquette d’une nouvelle marque de bière. Érigée en symbole de la « résistance » face au gouvernement de coalition qui dirige l’Espagne depuis janvier 2020, Isabel Díaz Ayuso a profité de cet essor dans l’opinion pour pratiquer un véritable « populisme d’État ». Bien qu’au pouvoir, elle n’a en effet eu de cesse que de vitupérer contre des élites (de gauche) « déconnectées » du peuple et de…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

[1] Hermida, Xosé, « Fracasa la moción de censura de PSOE y Ciudadanos en Murcia », El País, 18 mars 2021.

[2] « El PSOE presenta una moción de censura en Castilla y León », El País, 10 mars 2021.

[3] Klein, Nicolas, « L’émergence silencieuse de Madrid », Conflits, janvier-février 2020, n° 25, page 24, et Magallón, Eduardo, « El sorpasso de Madrid a Cataluña como locomotora económica en gráficos », La Vanguardia, 28 juillet 2020

[4] Klein, Nicolas, « Madrid fait le choix de la liberté économique », Conflits, 9 janvier 2020.

[5] Les résultats officiels du scrutin sont consultables à cette adresse : https://resultados.elpais.com/elecciones/2019/autonomicas/12/index.html

[6] Navarro, Mayka, « «Estás muerta», las amenazas e insultos de la carta a Ayuso », La Vanguardia, 28 avril 2021.

[7] Nieto Jurado, Jesús, « Radicales de izquierda lanzan piedras a Abascal y Monasterio en su mitin de Vallecas », ABC, 8 avril 2021.

[8] Klein, Nicolas, « Madrid : mais comment font ces drôles d’Ibères ? », Causeur, 18 mars 2021.

[9] Campo, Susana et Esteban, Rocío, « La directora de la Guardia Civil que hace campaña por el PSOE cobra más de 120.000 euros anuales », La Razón, 27 avril 2021.

Napoléon Ier, une commémoration exaltée!

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Emmanuel Macron et sa femme Brigitte aux Invalides, 5 mai 2021 © Christophe Petit Tesson/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22564866_000011

Une cérémonie haute en couleurs dans laquelle s’est glissé Frederic de Natal. De son côté, Emmanuel Macron a parlé d’une « commémoration éclairée » lors d’un discours à l’Institut.


C’est le personnage le plus connu après Jésus-Christ. Le 5 mai 1821, loin de ce peuple français « qu’il a tant aimé », s’éteignait un des héros de notre panthéon national. Tour à tour Général, Premier consul puis Empereur des Français, Napoléon Bonaparte a laissé derrière lui un legs qui continue de fasciner encore des générations d’Européens depuis deux siècles. Reposant dans un tombeau de quartzite rouge, au cœur même de l’Hôtel national des Invalides, la République française a décidé de commémorer la mémoire du « Petit caporal », mais sans le célébrer pour autant.

Un héritage dans lequel nous vivons

Napoléon Bonaparte a connu un destin unique. Un nom qui résonne avec celui des plus belles heures de notre histoire. Arcole, les Pyramides, Marengo, Austerlitz, Iéna, Eyau, Friedland… autant de batailles remportées par l’homme du 18 brumaire et qui aura marqué de son empreinte la première moitié du XIXᵉ siècle. Lycées, Banque de France, Légion d’honneur, les égouts, le Code civil, les préfets et même la numérotation pair-impair des rues, Napoléon Bonaparte a été aussi bien un talentueux militaire, dont les tactiques de guerre sont encore enseignées, qu’un réformateur de génie. Un héritage avec lequel nous vivons tous les jours, parfois sans même le savoir. 

A lire aussi, notre numéro spécial: Et si c’était lui? Notre dossier Napoléon

Lorsque survient sa première abdication en 1814, l’Aigle le ressent comme un déchirement national et ne pense qu’à son retour. L’épisode des cent jours achèvera de créer une légende qui se poursuit aujourd’hui, ancrée dans notre subconscient national. De sa défaite à Waterloo, il garde une amertume qu’il aura tout le loisir de ruminer à Sainte-Hélène où il sera envoyé en exil. Un petit caillou au large des côtes de l’Afrique du Sud, sous bonne garde de Britanniques trop zélés et heureux de s’être enfin débarrassé de « l’ogre corse » qui va écrire ici le dernier chapitre de sa vie.

Un instant solennel

« Vive l’empereur, vive la Nation ! » Les cris raisonnent en ce mercredi 5 mai 2021 dans l’Hôtel national des Invalides où les nostalgiques de l’Empire se sont rassemblés pour saluer cette figure historique. L’instant est solennel devant l’imposante structure où repose le fils de Charles Bonaparte et de Letizia Ramolino, « Madame mère ». Des gerbes de fleurs ont été disposées autour du tombeau pris d’assaut par les journalistes et la télévision. Sous le dôme des Invalides et le regard des grands noms de l’Empire, celui de Bonaparte en César étouffe de sa présence tous les participants. Venu accompagner de son épouse, le prince Murat, descendant du maréchal éponyme confie volontiers « son émotion » en descendant les marches qui les conduisent tous deux vers le lieu de repos éternel de Napoléon. Escorté par les élèves de l’école de Saint-Cyr, revêtus de leurs uniformes rouges et bleus, au passage de ces héritiers de l’empire, le salut est de rigueur. Dans l’armée française, on n’a pas oublié les fameuses charges épiques de Murat contre l’ennemi qui forcent l’admiration. Le temps d’une cérémonie, la France a renoué avec les fastes de l’Empire défunt, avec ses costumes chamarrés, dans un lieu emblématique où l’horloge du temps semble s’être arrêtée. 

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Venu de Londres où il réside, le prince Jean-Christophe Napoléon fait face à l’Histoire. Le prétendant au trône impérial de France (lire notre portrait), entouré d’officiers militaires, s’incline légèrement alors que retentit les premières notes d’une marche militaire. La cérémonie se veut loin de toutes les polémiques qui entourent ce bicentenaire et qui ont mis dans l’embarras le palais de l’Élysée. Dans une interview parue dans le magazine Point de Vue, le prince est revenu sur le sujet-phare qui a empoisonné ces festivités fermées au public et qui ont crispé comme divisé les Français. L’arrière petit-neveu de l’Aigle a volontiers reconnu que le rétablissement de l’esclavage avait été une faute, mais que l’Empereur l’avait réparée en le faisant interdire lors de son retour de l’ile d’Elbe en 1815. « Il est toujours délicat de juger une action ou une personne morte il y a deux siècles avec les critères et valeurs du XXIème siècle » se risque-t-il à rappeler.

Macron: “Nous avons tous en nous une part de Napoléon”

Si cette cérémonie manquait singulièrement d’éloges républicains, difficile d’ignorer la présence remarquée du maire de Nice et ancien ministre Christian Estrosi, comme celle de Valérie Pécresse. Très à l’aise avec le comte de Paris, la présidente de la Région île de France était tout sourire en face du Chef de la Maison royale de France. Un Jean d’Orléans venu en représentant de son ancêtre, Louis-Philippe Ier, le dernier roi des Français qui avait organisé le retour des restes de Napoléon Ier en France en 1840. Du monde politique au gotha en passant par celui de l’armée de Terre, la cour d’honneur des Invalides vibrait à l’unisson de la fanfare déployée pour l’occasion. Un regret, l’absence du président de la République, Emmanuel Macron, qui avait décidé de commémorer seul ce bicentenaire, loin des objectifs des photographes. Lors de son discours prononcé à l’Institut de France, le chef de l’État a pourtant affirmé qu’il « assumait tout » de cet « être complexe », prenant bien soin de préciser que la République reconnaissante de l’œuvre de Napoléon s’inscrivait dans un geste de « commémoration exaltée ».

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« De l’Empire nous avons renoncé au pire et de l’empereur nous avons gardé le meilleur. Son ultime intuition fut de vouloir combler le vide laissé par le roi le 21 janvier » n’a pas hésité à déclarer Emmanuel Macron. Napoléon Bonaparte ? Simplement une aventure palpitante ressassée à foison dont on ne se lasse jamais de découvrir les multiples facettes et qui reste malgré toutes controverses, une fierté nationale pour chaque Français.

Du lesbianisme radical au “Meilleur des Mondes”, il n’y a qu’un pas

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Alice Coffin, co-présidente de l'Association des journalistes LGBT (AJL), Paris, décembre 2019 © CHAUVEAU/SIPA Numéro de reportage : 00937532_000012

Pour les militantes les plus radicales de la “cause” lesbienne, l’homosexualité est avant tout abordée d’un point de vue politique, et pas du point de vue du désir. La déconstruction en cours du masculin accouchera-t-elle d’un monde inquiétant, où la sexualité telle que nous la connaissons aura disparu?


Dans Le Monde du 25 avril, est paru un article intitulé « La “joie” et le “soulagement” des féministes qui se “découvrent” lesbiennes. » Il y est question de femmes que leur « cheminement féministe » a conduit tout droit dans les bras de Sappho, de femmes qui ont « pris leur distance avec la domination hétérosexuelle » et ont fini sous la même couette que les précédentes, et de femmes qui voient « le lesbianisme comme une réponse politique au modèle pesant de l’hétérosexualité » et qui attendent leur tour dans le boudoir d’Alice Coffin qui se réjouit que « de plus en plus de jeunes femmes assument leur lesbianisme. »

Un combat contre l’hétéronormativité

Il semblerait que de plus en plus de femmes souffrent avec les hommes et ont décidé de virer leur cuti. Alice Coffin promet l’eldorado lesbien à ces femmes déboussolées qui se demandent si « l’hétéronormativité n’a pas tué leur créativité amoureuse. » Dans les dernières manifestations lesbiennes, des panneaux de recrutement sont brandis : « Libérez-vous du mâle, devenez lesbienne ! » ou « Engagez-vous dans le Gouinistan », accompagnés d’un argument de poids : « Mieux vaut une paire de mères qu’un père de merde. » Par conséquent, ces militants réclament la PMA au nom d’un droit à la procréation (ou droit-créance) qui augure le droit à avoir un enfant de la part des homosexuels. La GPA sera donc l’étape suivante en France, mais existe déjà ailleurs. Certaines cliniques spécialisées américaines ou ukrainiennes permettent de choisir le sexe et les caractéristiques physiques du futur enfant et préfigurent la Salle de Fécondation et le Centre d’Incubation imaginés par Huxley. L’utérus artificiel permettant l’ectogenèse est déjà dans les tuyaux et les chercheurs prévoient une application possible dans la seconde moitié du XXIe siècle.

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Vendredi dernier, Ovidie était l’invitée des Matins de Guillaume Erner sur France Culture. Cette spécialiste livre régulièrement les résultats de ses travaux sur les fluctuations de la fesse : « De nombreuses militantes rencontrent des difficultés à jouir en regardant le monde par le prisme de la domination masculine. Les femmes se posent la question de la provenance de leurs fantasmes, souvent issus du carcan patriarcal » (Télérama, 13 avril). Elle dit avoir rencontré des femmes qui sont dans « une forme de déconstruction » et qui ne veulent plus avoir de « sexualité pénétrative » ou « relationner avec les hommes. » Adepte des théories fumeuses autour du genre, elle considère que la sexualité relève d’une construction sociale et qu’il y a « des hommes aussi qui veulent se sortir de ses injonctions-là, de l’hétéronormativité », mais qu’on ne leur apprend pas à sortir « des règles de l’hétérosexualité » (sic). Elle est prête à donner des cours. D’ailleurs elle en donne. Cette dame fait des interventions dans les lycées et auprès des étudiants. Les lieux de transmission des savoirs que devraient être nos lycées laissent pénétrer dans leurs enceintes à peu près tout et n’importe quoi. Après les interventions de Lilian Thuram et Rokhaya Diallo sur le “racisme systémique”, voici celles d’Ovidie sur l’hétéronormativité à déconstruire et la pénétration à corriger. On s’étonnera après ça que nos adolescents vont de plus en plus mal.

Le processus mortifère de la non-binarité

Complètement perdus à force d’écouter les inepties décrites ci-dessus, de plus en plus de jeunes gens veulent “transitionner”. Des enfants, soutenus par des parents faiblards du bulbe et avides de passer à la télé, changent de “genre” à six ou sept ans, et certains, avec la complaisance de psychologues et de médecins faustiens, débutent des traitements irréversibles pour changer de sexe bien avant leur majorité. Tout aussi inquiétant, une proportion de plus en plus importante d’adolescents se dit non-binaire ou gender-fluid. Nous ne sommes qu’au début d’un processus mortifère qui se répand partout – Éducation nationale, universités, Sciences Po, associations néo-féministes, etc. – et qui participe à la construction d’un être humain nouveau, sans liens d’aucune sorte, fluide, intersexe, transformable, indéterminé et objet de toutes les expérimentations idéologiques présentes et à venir, même les plus dangereuses, même les plus inhumaines.

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La biologie étant, selon eux, une discipline “viriliste” et “patriarcale” (Judith Butler), les théoriciens du genre remettent en cause la perception naturelle des corps sexués et créent des abstractions censées troubler cette réalité qui ne leur convient pas. Les plus enragés de ces théoriciens se sont avérés être d’abord des lesbiennes radicales américaines, ennemies féroces de l’hétérosexualité. De Foucault, elles ont retenu l’idée de micro-pouvoirs détenus par les hommes hétérosexuels et imprégnant la société jusqu’à instituer une norme ; de Derrida, le concept de déconstruction qui postule que le réel n’existant pas en dehors du discours tenu sur lui par les dominants, il faut le déconstruire; de Barthes, l’idée d’un évanouissement du Phallus, ce « produit de l’oppression sociale, de la mauvaise histoire des hommes. » (1) Pour les lesbiennes radicales, toutes les règles naturelles ou symboliques doivent être abolies.

Le meilleur ou le pire des mondes ?

Alliés des causes LGBTQI+ ou néo-féministes, les moins fanatiques des homosexuels, des lesbiennes et des féministes militant pour de « nouveaux droits à » n’imaginent pas qu’eux-mêmes seront emportés par ce raz de marée détruisant toutes les limites (biologiques, symboliques, culturelles, etc.) et préparant le terrain transhumaniste de l’homme augmenté, monitoré de sa conception à sa disparition. Ce monde sans les tourments d’Eros et de Thanatos est décrit ainsi dans le livre de Huxley : « À présent nous avons l’État mondial. […] Les gens sont heureux ; ils obtiennent ce qu’ils veulent. […] Ils sont dans une sereine ignorance de la passion et de la mort ; ils ne sont encombrés de nuls pères ni mères ; ils n’ont pas d’épouses, pas d’enfants, pas d’amants, au sujet desquels ils pourraient éprouver des émotions violentes ; ils sont conditionnés de telle sorte que, pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils doivent. »

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Sexualité hygiénique, procréation en laboratoire, pharmacopée pour contrecarrer les rares moments de tristesse et de doute (donc de lucidité), contrôle social total jusqu’à la fin (euthanasie librement consentie), éradication de l’histoire (inutile au bonheur) et des livres (trop vieux), nous n’avons jamais été aussi près de voir concrètement se réaliser une partie de l’œuvre de Huxley qu’on qualifierait aujourd’hui de dystopique. D’ailleurs, quinze ans seulement après la sortie de son livre, l’auteur écrira dans la nouvelle préface de l’édition de 1946 : « À cette époque (1931) je l’avais lancée (cette utopie/dystopie) à six cents ans dans l’avenir. Aujourd’hui, il semble pratiquement possible que cette horreur puisse s’être abattue sur nous dans le délai d’un siècle. »

(1) Cette citation est tirée de Roland Barthes par Roland Barthes (Le Seuil, coll. Les écrivains de toujours). « La sexualité est un produit de l’oppression sociale, de la mauvaise histoire des hommes : un effet de civilisation, en somme. Dès lors, il se pourrait que la sexualité, notre sexualité, fût exemptée, périmée, annulée : évanoui le Phallus ! » Notre sexualité est bien entendu, pour Barthes, la sexualité “phallocentrique”, supposée être dominante et oppressive.

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Pris en otage par les islamistes, Alexandre Goodarzy témoigne

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Alexandre Goodarzy © SOS Chrétiens d'Orient

Le 26 mars 2020, quatre membres de l’association SOS Chrétiens d’Orient étaient libérés après avoir été pris en otage pendant 66 jours près de Bagdad. Dans Guerrier de la paix, Alexandre Goodarzy raconte sa captivité.


20 janvier 2020. Bagdad. Une sirène retentit. Un puissant véhicule blanc vient de dépasser le petit taxi qui transporte Alexandre Goodarzy et ses collègues de SOS Chrétiens d’Orient. Devant eux, le véhicule qui les précède pile. Une autre voiture semblable à la première vient se coller à l’arrière. Plusieurs hommes en cagoules, armes automatiques en main, jaillissent. Ils crient pour faire sortir de leur voiture les membres de l’ONG française, qui viennent d’atterrir à Bagdad et qui les prennent d’abord pour des policiers irakiens.

Un prof français de 37 ans capturé

Accusés par leurs mystérieux ravisseurs d’être des espions à la solde des Américains, les quatre prisonniers ont subi des tortures psychologiques terribles pendant deux mois et demi de détention. « Ils laissent systématiquement la lumière allumée, diffusent le Coran à fond, torturent des gens dans les chambres à côté, ils font tout pour que l’on ne puisse pas dormir. »

Alexandre Goodarzy devant la Grande Mosquée d’Alep © SOS Chrétiens d’Orient

Guerrier de la paix est sorti le 24 mars. Alexandre Goodarzy, professeur d’histoire-géographie de 37 ans, y raconte les principales étapes de sa captivité et revient sur son engagement au sein de SOS Chrétiens d’Orient, association qu’il a rejointe en 2014 comme simple volontaire. Depuis longtemps, Goodarzy est séduit par la Syrie, qu’il a visité plusieurs fois : “J’avais aimé le pays, les gens, cette bonté naturelle et cette façon de vivre qui ne se discute pas”. À Cholet, en France, le professorat l’ennuie: “L’ambiance générale en France me minait. Rien de grand, rien de beau, rien de puissant n’arrivait dans le pays”. Devenu chef de mission en Syrie, il y a déjà passé cinq ans entre zones de guerre et gouvernementales lorsqu’il est enlevé. Cette expérience confère au livre une analyse fine et détaillée des enjeux politiques de cette région en guerre, où les Chrétiens d’Orient sont une minorité martyre qui tente de survivre, parmi bien d’autres populations malheureuses.

Un récit à la gloire de SOS Chrétiens d’Orient

Créée en 2013, SOS Chrétiens d’Orient compte aujourd’hui une soixantaine de salariés et a envoyé plus de 2 000 volontaires en mission dans les pays du Moyen-Orient. Enlevés par un groupe de miliciens chiites, les trois Français ainsi qu’un Irakien de l’organisation ont fait face à des conditions insalubres : « un hangar puant, crasseux et humide ». Cet enlèvement est bien sûr une épreuve, mais aussi le temps d’un approfondissement de la vie intérieure de ces hommes, qui n’ont jamais fait mystère de leur foi. Les conditions exactes de leur libération ne sont pas connues. La France avait retiré quelques jours plus tôt ses troupes d’Irak, notamment en raison de la pandémie de coronavirus. Pendant toute sa détention, Alexandre Goodarzy a surtout peur que ses ravisseurs ne découvrent son identité franco-iranienne et ne le vendent à Téhéran.

À lire aussi : Terrorisme: un projet de loi mal pensé de plus

Quand on lui demande aujourd’hui pourquoi il a choisi le titre « Guerrier de la paix » pour nous raconter son histoire, il explique qu’il faut « prendre des risques pour ce que l’on croit ». En lisant son témoignage, le lecteur est plongé au cœur du quotidien de quatre captifs, dans leur petit local de six mètres carrés. Au fil des pages, on découvre donc aussi le long et passionnant cheminement d’un homme, qui, depuis sa Vendée natale jusqu’à ses missions humanitaires au Moyen-Orient, s’engage. Un livre poignant glorifiant les actions courageuses de l’association SOS Chrétiens d’Orient.

Guerrier de la paix, Alexandre Goodarzy, éditions du Rocher, 2021, 17 euros, 336 pages

Guerrier de la paix

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2022: sans alliance des droites, pas de victoire possible !

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À gauche : Marine Le Pen lors de la cérémonie du 1er mai 2021, Paris © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 01016785_000001 À droite : Christian Jacob lors d'une Convention de LR sur l'efficacité de l'action publique, Paris, 30 mars 2021 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01012270_000023

Les tentatives d’union de la droite – ou plutôt des droites – ne manquent pas. Après « Oz’ ta droite » de Robert Ménard en 2016, la Convention de la droite en 2019, les droites sauront-elles s’unir en en 2022? Après tout, LR et LREM parviennent bien à s’entendre de leur côté. Une analyse de notre contributeur Pierre Cretin.


Une alliance entre la droite de LR et le RN serait irrésistible

Soyons clairs, pour que les choses changent vraiment, il va falloir s’attaquer aux problèmes de sécurité, d’autorité, de justice, d’identité, de séparatisme et d’immigration qui minent la France. Ce besoin de retour d’un régalien fort, c’est ce qui caractérise la droite.

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Dans le paysage politique, il n’est guère que deux partis importants qui peuvent prétendre représenter ce projet de retour en force du régalien, et fédérer cette majorité de citoyens qui souhaitent cette reprise en main par la France de son destin.

Vers un nouvel échec?

On sait bien que le Rassemblement national porte ces idées, mais qu’il souffre encore (un peu) d’une image de droite extrême, soigneusement entretenue par ses opposants. De plus, il n’a pas d’expérience de gouvernement, et Marine Le Pen n’a pas réussi à imposer une image totalement crédible. Les Républicains, dont toute une composante est pour une droite forte, bénéficie d’une crédibilité rassurante en termes de gouvernance, mais souffre justement de n’avoir pas su affronter ces problèmes aujourd’hui urgents lorsqu’il était au pouvoir. Seule une union de ces deux forces peut ouvrir la voie à un gouvernement de droite, chacun apportant au projet ses points de force et de crédibilité, dans une dynamique qui pourrait être irrésistible. Dans le cas contraire l’échec est certain.

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En effet, même si Marine Le Pen accédait à la magistrature suprême, ce qui est possible, elle se trouverait immédiatement face à une impasse. Il lui faudrait une majorité à l’Assemblée nationale et, sans une union préalable avec les Républicains dans le cadre d’un projet commun, il est certain que cette Chambre sera « introuvable ». Notre système électoral n’ayant pas été réformé d’ici là pour installer la proportionnelle (on comprend bien pourquoi), l’Assemblée n’aura pas de majorité. Ce qui rendra nécessaires des alliances pour créer une majorité de gouvernement qui, quelle qu’elle soit, ne pourra jamais mettre en œuvre une politique de véritable changement.

L’union fait la force

À un an de la présidentielle, il faut donc que la droite soit consciente que, sans une union et un projet commun, il n’y a aucune chance pour qu’elle puisse mettre en œuvre ce retour en force sur le régalien tellement souhaité. Marine Le Pen élue ne pourrait pas gouverner, et nous aurions une cohabitation stérile entre une présidente impuissante et un gouvernement divisé.

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Évidemment une telle union, basée sur une plateforme commune, entraînerait des cris d’orfraie et des démissions théâtrales dans ces deux partis, mais cela importe peu. Il faut simplement que la droite décide si elle veut vraiment changer les choses. Cette union doit-elle être portée par Marine Le Pen ? Doit-elle au contraire être menée par un leader crédible de LR ? Par une personnalité tierce et fédératrice ? Faut-il faire du premier tour une primaire dont le vainqueur deviendrait ipso facto le leader commun au second tour (ce qui n’est pas sans risque), c’est une réflexion à mener. Mais ce qui est sûr, c’est que croire qu’il est possible de se passer de cette union, urgente, des vraies droites, c’est partir la fleur au fusil vers une défaite garantie.

Former nos enfants à la résistance

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Jean Castex récompense de la Légion d'honneur de façon posthume la policière Stéphanie Monfermé tuée à Rambouillet, 30 avril 2021, Rambouillet © Ludovic Marin/AP/SIPANuméro de reportage : AP22563286_000015

Les faits divers de violence et les tueries s’accentuent jusqu’à devenir monnaie courante. Faut-il s’habituer à de tels gestes? Comment résister à la montée de l’insécurité?


Depuis des dizaines d’années, les tueries arbitraires s’enchaînent encore et encore. Leur ritualité leur confère aux yeux de certains le statut de sacrifice, et, auprès des autres, celui de fatalité. La banalité des assassins, la trivialité des procédures atténuent nos indignations, estompent notre exaspération. Assassinat après assassinat, on oublie qu’ils mettent en cause ce qui fait notre humanité: « le propre de l’Homme c’est d’épargner la ou le plus vulnérable, parce que sa vulnérabilité est sa plus juste protection » (1).

L’épuisement des forces de l’ordre

À chaque meurtre, on dénonce le manque de moyens pour nous défendre contre la violence du terrorisme et pour protéger notre jeunesse contre les marchands de mort qui rodent sur internet. On réclame à grands cris l’augmentation les forces de police et de gendarmerie, plus de portiques à l’entrée des écoles, une vigilance plus ferme sur les réseaux sociaux et enfin le renforcement de notre effort de guerre extérieure. Mais peut-on raisonnablement penser que toutes ces  mesures – certes nécessaires – nous garantiront la victoire finale ?

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Qu’adviendra-t-il, en effet, lorsque nous aurons épuisé nos forces et nos moyens contre des barbares pour lesquels le temps et la vie n’ont pas la même valeur que pour nous ? Qu’adviendra-t-il lorsque notre dernière bombe aura été larguée sur l’avant-dernier djihadiste. À long terme, le risque c’est que nos armées s’épuisent à devoir couvrir trop de fronts, que la traque policière se perde dans un dédale de réseaux de soutiens inavoués et enfin que les médiocres actions de « déradicalisation » en viennent à  confondre analyse sociologique et complaisance idéologique.

Des élites qui planent loin des réalités

Après chaque attentat, la basse-cour politique continue de répéter, dans un caquètement pitoyable : « c’est inacceptable, c’est inacceptable ! ». Nos responsables rivalisent de formules ridicules, « pondues » par des plumitifs à bout de mots, dans le confort des cabinets ministériels : « c’est un crachat à la figure de la République », « Nous ne lâcherons pas un pouce de terrain ! », « Nous ne permettrons pas aux barbares de nous terroriser ! ». Indignation et rodomontades, promesses vaines et menaces sans effets, sont les seules réponses d’une classe politique qui ne voit pas plus loin que le bout de son mandat.

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Tous, quelles que soient leurs appartenances partisanes, sont incapables de comprendre que seule la résistance intellectuelle de nos enfants pourra faire barrage à la barbarie. Comment s’en étonner alors que, depuis des années leur absence d’ambition et d’exigence en matière d’éducation et de culture ont offert en sacrifice, sur l’autel du Web, à de dangereux manipulateurs, les mots imprécis, les mémoires vides et le dégoût de soi d’une partie de notre jeunesse? Aujourd’hui, il ne suffira pas d’emprisonner les manipulateurs, tout comme il est vain de tenter de bâillonner internet. Car ils arriveront en rangs de plus en plus serrés, ces salauds qui proposeront à ceux qui n’ont jamais eu de point d’appui, de mépriser, de harceler, de tuer pour se sentir vivants les policiers aujourd’hui, les juifs hier, les noirs demain, et puis les femmes et les homos et… les Arabes ; c’est-à-dire tout ce qui est différent et vulnérable.

Apprivoiser la terreur ultime de la disparition

Si des jeunes Français tombent si facilement dans les pièges grossiers qui leur sont tendus, c’est parce qu’ils sont vulnérables et crédules. Et s’ils le sont, c’est tout simplement parce que l’école de la République que l’on a tant négligée et les familles que l’on a tant bousculées ont oublié que leurs missions conjointes étaient de faire des enfants de ce pays des résistants intellectuels. Ils sont ainsi devenus incapables de dire non et d’expliquer leur refus, incapables de dénoncer les incohérences et les faux-semblants d’un discours, incapables de distinguer l’élévation spirituelle de l’enfermement sectaire. C’est ainsi qu’ils sont devenus de plus en plus « faibles d’esprit » face aux mensonges imbéciles et aux promesses vénéneuses. Des jeunes à la conscience vacillante, sans repères culturels ni historiques et sans armes intellectuelles ni linguistiques voient imposée à leur intelligence crédule la vision d’un monde définitivement divisé dans lequel des mots d’ordre sectaires disent ceux qui méritent de vivre et ceux qui doivent mourir. École et famille démobilisées se sont laissé voler le concept de « spiritualité » par de faux prophètes qui ont réduit cette élévation à un enfermement sectaire.

À quoi donc servirait-il de s’efforcer de léguer à ceux qui arrivent une planète « vivable » si leurs esprits, privés de mémoire collective, de langage maîtrisé et du désir de comprendre étaient condamnés à errer dans le silence glacial d’un désert culturel et spirituel?

Le vrai combat qu’elles doivent mener ensemble aujourd’hui c’est de séparer soigneusement le spirituel du rituel et les valeurs universelles des préceptes dogmatiques. Car « l’élévation spirituelle » porte l’espoir que partagent TOUS les hommes, quelles que soient leurs origines ou leurs confessions, d’apprivoiser la terreur ultime de la disparition. Elle est nourrie des différents récits fondateurs profanes ou sacrés qui tentent depuis toujours de donner du sens aux questions essentielles que les hommes n’ont cessé de se poser. Parents et maîtres d’école leur apprendront que ces superbes récits n’ont pas été écrits pour relater exactement l’Histoire et qu’en aucun cas ils ne doivent être utilisés pour édicter des règles de vie fondées sur des modèles archaïques. Ils découvriront que ces récits constituent le moyen le plus honorable qu’ont trouvé les hommes pour tenter de répondre aux inquiétudes fondamentales qui tous les taraudent.

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La compréhension de ces textes qui fondent l’humanité et les débats auxquels ils invitent, permettront ainsi de construire, à l’école et à la maison, une culture spirituelle et laïque, véritable force de dissuasion contre la soumission à l’obscurantisme et l’appel au meurtre. À quoi donc servirait-il de s’efforcer de léguer à ceux qui arrivent une planète « vivable » si leurs esprits, privés de mémoire collective, de langage maîtrisé et du désir de comprendre étaient condamnés à errer dans le silence glacial d’un désert culturel et spirituel ? Soumis au premier mot d’ordre, éblouis par le premier chatoiement, trompés par le moindre mirage ?

(1) Nous ne sommes pas des bonobos, Alain Bentolila, mars 2021

Le Verbe contre la barbarie- Nouvelle éd

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Vive l’Empereur!

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Portrait officiel du président de la République Emmanuel Macron, par Soazig de la Moissonnière, photographe de l'Elysée. D.R.

Napoléon est mort il y a deux siècles. Marie-Hélène Verdier évoque les commémorations du jour – à ne surtout pas confondre avec une célébration ! – à travers les trois livres aperçus sur le bureau d’Emmanuel Macron, son lointain successeur présidant aux destinées de la France…


La France commémore le bicentenaire de la mort de Napoléon. Le jour de son intronisation, devant les Français, le président Macron avait mis en évidence sur une table, située derrière lui, trois livres: les Nourritures terrestres, le Rouge et le Noir, Les Mémoires de de Gaulle. Pourquoi ces choix ? Peut-on y voir des images complexes du corps du Roi ? Ambition ? Libertarisme ? Autorité ?

Napoléon, c’est le héros dont la mort laissa orpheline toute une génération: celle de 1830. Le héros du Rouge et le Noir (1830), Julien Sorel, a justement pour idole Napoléon, dont il dissimule le portrait sous son matelas. Julien, c’est le type même de l’ambitieux, intelligent, hypocrite, exalté. À la différence de Rastignac, Julien n’aura ni Paris ni Verrières mais la guillotine. Le titre de ce roman d’apprentissage qui a pour exergue « La vérité, l’âpre vérité. DANTON » évoque plutôt la pourpre impériale et le noir du malheur que l’église et les armes. Ou le jeu de la roulette donc du hasard. On aime ce livre pour son style un peu sec, les chapitres calibrés, la peinture stéréotypée d’une société, incapable d’accueillir les êtres d’exception, dans laquelle on ne se perd pas comme dans la jungle balzacienne. Julien, l’aiglon sans les serres, qui aime la mise en scène ?

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Les Nourritures terrestres (1897) fut un des livres culte de la génération 70. Difficile de ne pas aimer cet hymne à la vie qui exalte poétiquement l’éveil des sens. Nathanaël, dont le nom signifie « donné par le Seigneur » rejette l’aliénation de la famille, de l’héritage, du moralisme, de la religion. Qui ne connaît le fameux « Familles, je vous hais ! » ou encore : « Crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! Le plus irremplaçable des êtres ! » Ce qui n’empêchait pas un critique (1) de trouver que « cette jouissance minutieuse et appliquée, qui suppose des rentes, un patrimoine… était un livre de vieux ». Quant à André Gide, véritable icône de sa génération, il fleure à présent un certain air du temps. L’auteur de l’Immoraliste, du Voyage au Congo (1927) et du Voyage en URSS (1937) fut aussi le père d’une fille conçue grâce à l’altruisme d’une amie.

De Gaulle, c’est l’étalon de la grandeur, la référence incontournable de tout homme d’État. Dans Le fil de l’épée (1932), il donne une image décisive de la figure du chef, « homme de caractère et de prestige ». Homme de la grandeur et de l’autorité morale. 

Commémorer n’est pas célébrer. L’Élysée l’a bien précisé : il s’agit de « regarder en face cet être complexe » que fut Napoléon et de considérer son héritage. À la fois le guérisseur du grand corps malade de la France au sortir de la Révolution, le créateur des grands corps de l’État, des écoles, des préfectures, l’homme qui voulait « la grandeur de la France » mais aussi, pour ses ennemis, le père du Code Civil, le misogyne, l’esclavagiste, l’Ogre de l’Europe, l’ennemi de la République à venir et des « valeurs » de la République.

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L’œuvre de Pascal Couvert, Mémento Marengo, ce squelette du cheval préféré de Napoléon, suspendu au-dessus de son mausolée, est-il une « vanité » au sens artistique ? Un ange plastifié? Si la « vanité » est une méditation personnelle sur la mort, non une démythification d’autrui, nous dirons que cette œuvre « éphémère » est une vanité « revisitée » qui concourt à la « déconstruction » mémorielle de notre histoire qui fait fureur en ce moment. Aujourd’hui, le président déposera une gerbe aux Invalides. Quel courage, dit-on, de ne pas s’être dérobé à la commémoration de la mémoire d’un personnage si controversé. En effet ! La surprise serait qu’il criât : Vive l’Empereur !

(1) Jean Guéhenno NDLR

Charles de Gaulle : Mémoires

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Terrorisme: refuser de nommer

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© Conflits

L’éditorial du dernier numéro de la revue amie Conflits. Le numéro 33 est consacré au terrorisme, cette « menace sans fin ». Disponible à la vente maintenant.


Depuis au moins les attentats de 2012 à Toulouse, le terrorisme s’est à nouveau invité dans les vies quotidiennes et dans les discours réguliers des hommes politiques. Il est entendu que « nous sommes en guerre » contre le terrorisme et que la nation tout entière doit être mobilisée contre celui-ci. Nous sommes en guerre certes, mais nous avons du mal à identifier et comprendre l’ennemi. Si le terrorisme est nommé, ceux qui l’utilisent et l’idéologie que celui-ci sert sont bien souvent oubliés. Parler du terrorisme semble être de plus en plus une façon bien commode et bien utile de ne pas parler d’autre chose, et surtout de ne pas évoquer l’essentiel. Or on ne peut pas être en guerre contre le terrorisme, car celui-ci n’est pas un adversaire, mais une technique. Le terrorisme est à la fois une arme de guerre et un curieux objet politique qui embarrasse tout autant qu’il sert les dirigeants.

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Unité nationale

Face au terrorisme, le peuple est invité à l’unanimisme. Il est appelé à l’unité nationale et à faire bloc derrière ses chefs d’État, comme s’il n’était plus possible de penser et de réfléchir sur les causes et les objectifs de celui-ci, ni sur la proportionnalité et l’opportunité des moyens employés pour le combattre. On peut bien décréter des journées nationales d’hommage aux victimes, dresser des statues, déposer des fleurs et illuminer la tour Eiffel en proclamant que « la haine ne passera pas », on voit mal comment ces attitudes permettent de lutter contre le véritable mal. L’acte terroriste est parfois l’idiot utile ou l’heureuse surprise qui permet à des chefs d’État sans gloire et sans panache de remonter dans l’opinion de leur peuple et d’invoquer une chimérique union nationale derrière eux. Quand il n’est pas tout simplement manipulé, sans vergogne pour les victimes, comme l’attentat de la rue Copernic (1980) habilement attribué dès l’origine à « l’extrême droite » et aux « néo-nazis » avec une enquête orientée et à charge. De fait, aucun des responsables ne fut trouvé, la piste partant aujourd’hui vers le Moyen-Orient.

Faire peur, faire perdre la raison

Le terrorisme tue peu. Là n’est pas son but puisque son objectif est de provoquer la sidération. Il s’agit moins de créer un climat de panique que de contraindre les gouvernements à céder sous l’effet de la peur. Charles Pasqua voulait certes renverser l’équation en « terrorisant les terroristes », ce qui n’est possible que par une action active des services de renseignement, de la police et de l’armée. Mais il reste difficile de faire comprendre à un peuple frileux et désinformé que cette lutte passe du côté de Bamako et de Palmyre, tout autant que de Trappes et de Clichy-sous-Bois, et que cela nécessite une ferme volonté politique autant que d’importants moyens financiers et humains. Dans un monde qui ne veut plus la guerre, le terrorisme est une incongruité contre laquelle on se refuse bien souvent à faire usage de la force. Fleurit alors l’idée, certes belle mais erronée, que c’est la pauvreté et l’ignorance qui engendrent le terrorisme. Il suffirait donc d’ouvrir des écoles et de saupoudrer des aides humanitaires pour assécher le terreau terroriste. Idée fausse, tant l’histoire démontre que le terrorisme, quand il est accompagné d’un projet révolutionnaire, est le fait de la classe aisée et cultivée, même si celle-ci peut se servir des bras armés des petites frappes perdues. Les fils de bourgeois d’Action directe et de Fraction armée rouge n’étaient pas vraiment des damnés de la terre, et les « jeunes » de banlieue, gavés des produits de divers trafics, ne sont pas particulièrement misérables.

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Moins de libertés et pas de sécurité

Face à l’équation terroriste, les populations, trop souvent, sont prêtes à renoncer à leurs libertés fondamentales avec l’espérance vaine que cela renforce leur sécurité. Bien utile terrorisme dont la lutte contre lui justifie des restrictions intolérables. Ainsi la liberté scolaire doit-elle passer à la trappe, la censure doit-elle être plus grande, les contrôles de plus en plus sophistiqués. Nos villes sont en train de devenir des prisons à ciel ouvert, avec force caméras de vidéosurveillance, contrôle facial, police municipale armée. Au lieu de s’attaquer aux origines du mal, le choix politique s’oriente trop souvent vers les suppressions des libertés. Qu’avons-nous à gagner si, pour lutter contre « le terrorisme », les politiques restreignent les libertés, sans pour autant améliorer la sécurité ?  

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Généraux: qui a vraiment peur du “puputsch”?

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Jean-Marie Le Pen observe Paris depuis sa résidence de St-Cloud © Image: capture d'écran YouTube.

Certaines des formules un peu pompeuses de la tribune des généraux publiée le 21 avril ont été comprises comme une menace de putsch. Mais conspire-t-on vraiment sérieusement contre l’Etat en publiant un article de presse ? La crainte du coup de force n’est pas nouvelle, comme les menées burlesques de la troupe. Analyse.


Nous sommes le 21 avril 2021, soixante ans jour pour jour après qu’un cartel de généraux en retraite lance le fameux putsch d’Alger. « Pour que l’Algérie reste française », le général Salan, la soixantaine passée, entame alors une carrière politique plutôt tardive et surtout courte de trois ou quatre jours. À ce séditieux et à ses complices « aux méthodes expéditives et savoir-faire limité », le général de Gaulle avait opposé son refus en même temps que son mépris. Le message avait été bien reçu : dans le corps expéditionnaire, personne ne suivait l’insurrection, et Salan reçut pour solde de tout compte plusieurs années de taule et une peine de ridicule à perpétuité.

Par voie de presse, une vingtaine d’anciens généraux, retraités et radié pour l’un d’entre eux, appellent les « gouvernants » à impérativement faire preuve « de courage » et « d’honneur » pour sauver la patrie en danger. Le ton est martial. À défaut d’être lyrique, le langage est bourru. Les objectifs de la missive restent flous. En la lisant, on comprend grosso modo que la France fout le camp – ce dont nous nous doutions déjà avant de la lire. La troupe décrit aussi un risque de guerre civile et incrimine « un certain antiracisme ». Le propos confus peut sembler annoncer, redouter voire attendre le retour de la violence en politique. La date de publication a-t-elle été choisie au hasard ? C’est en tout cas un symbole.

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Extraites du texte, certaines phrases restent troublantes : « si rien n’est entrepris, le laxisme continuera à se répandre inexorablement dans la société, provoquant au final une explosion et l’intervention de nos camarades d’active dans une mission périlleuse de protection de nos valeurs civilisationnelles et de sauvegarde de nos compatriotes sur le territoire national ».

Une nouvelle technique du coup d’Etat ?

Les putschs sont des occasions. Des circonstances installent d’abord un climat, lequel distille des craintes et des rumeurs alors suivies de menaces… le plus souvent anonymes. Par nature, les conspirateurs avancent masqués. On renverse un régime en intriguant dans l’ombre ; plus rarement en publiant une tribune dans un journal. De la même manière qu’on ne recherche pas un tueur à gage en faisant passer une petite annonce par la presse.

En commentant le Discours sur la première décade de Tite-Live, Malaparte recyclait les observations de Machiavel sur la prise du pouvoir pour les adapter aux Etats modernes de l’entre-deux guerres. Son ouvrage, Technique du Coup d’Etat  trouve son modèle tactique d’insurrection chez Trotski ; lequel recommande l’exécution d’opérations de subversions militaires par une petite troupe de choc ciblant des objectifs stratégiques définis tels un chemin de fer, une centrale électrique ou un dépôt inflammable. Selon Troski, l’Etat pouvait être défié par 1000 hommes pour peu qu’ils soient déterminés, avisés et surtout discrets.

Le silence commande la prise du pouvoir. De deux choses l’une : ou bien, nos généraux, très bavards, ont mal lu Technique du coup d’Etat – et devraient alors le relire avec attention pour mieux s’y prendre la prochaine fois – ou bien ils ne préparent aucun coup d’Etat et ont, au mieux, le verbe haut ; confondant peut-être le 21 et le 1er avril. On peut penser que Marine le Pen a opté pour la seconde option en leur apportant son soutien. Jean-Luc Mélenchon et une partie de la gauche voient en cette missive une menace, parlant d’insurrection, demandant et obtenant une enquête ministérielle préfigurant des sanctions.

Si le coup de farce est possible

Pour exagérée, cette crainte n’est pas nouvelle. L’émeute du 6 février 1934[i] a été interprétée comme une tentative de coup d’État par la gauche. La réaction spontanée des bases socialistes et communistes – fraternisant le 1er mai 1934 – a guirlandé de légendes la formation du Front Populaire intervenue peu après. La République était-elle vraiment menacée ? Le Colonel de la Rocque répondait, lucide, à ceux qui voulaient le voir marcher sur l’Assemblée : « qu’est-ce que je ferais du Palais Bourbon ? » Ni l’armée ni l’appareil d’Etat n’auraient bien sûr suivi les émeutiers. Et les exemples allemands et italiens ne doivent pas prêter à confusion puisqu’ils suivaient plusieurs années, ou décennies, de guerre civile – situation absolument incomparable avec la France des années 1930.

Dans « Nous voulons les colonels » de Mario Monicelli (1973), le gouvernement italien, sous prétexte de lutter contre les tentatives de coup d’État fascistes menées par une pathétique bande de pieds nickelés, renforce son appareil juridique au point d’instaurer un pouvoir dictatorial et policier, réalisant ainsi le projet de ses adversaires ; à ceci près que ces derniers, défaits, végétaient au trou en regardant les démocrates faire. Le film s’inspirait aussi de la tentative (très courte) du Prince Broghese en 1970, vétéran de la décima MAS.

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Le 23 février 1981, l’Espagne terminait sa transition démocratique postfranquiste et quelques carabiniéros faisaient irruption dans le parlement pour l’interrompre. Coiffés avec des chapeaux espagnols, résidus folkloriques de la garde franquiste, les images d’archives leur donnent un air de marionnettes de Lyon. On les voit tirer en l’air. Le fusil fait un bruit de pétard. Les députés se carapatent à toute berzingue. Le coup d’Etat est maté en deux heures. Personne ni dans l’armée, ni dans l’administration, ni bien sûr dans la population, n’a soutenu le putsch. Le 6 janvier dernier, après l’émeute du Capitole, le monde entier a cru la démocratie américaine menacée parce qu’un homme déguisé en buffle s’était assis deux heures sur le siège de Nancy Pelosi.

Des partisans radicaux de Donald Trump, entrés dans le Capitole, s’adressent aux policiers le 6 janvier 2021 à Washington © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22528058_000027

Le fantasme du coup d’Etat est sans cesse recyclé – chez ceux qui l’attendent et plus encore chez ceux qui le redoutent. En démocratie, la politique ennuie. La plupart des conflits y sont résolus de manière pacifique. Le consensus ou le compromis l’emportent. Alors on aime encore se faire peur et se donner des frissons. Et la société reste enivrée de « gloire », « d’héroïsme », d’images d’Epinal et de poésie belliqueuse. Elle a souvent besoin d’émotions collectives. Et les piou piou sont sensibles au charisme martial.

De Brutus à Boulanger, les putschistes manquent rarement « de courage » et « de sens de l’honneur ». Leur sens politique, à l’inverse, égale tout juste celui des vers de terre. Leur réapparition périodique nous fait rejouer ces grandes dramaturgies historiques du fascisme et de l’antifascisme sans forcément convaincre – avec le soupçon déjà formulé par Marx dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte d’une répétition farcesque de l’histoire. Si en 1961 pour s’opposer au putsch des généraux, le Général de Gaulle était apparu en uniforme militaire à la télévision – l’air souverain et le verbe haut – il confiait lucide à ses ministres : « ce qui est grave dans cette affaire, messieurs, c’est qu’elle n’est pas sérieuse ».

Témoin sérieux d’évènements plus graves, Malaparte cédait déjà à la métaphore théâtrale et à la dérision shakespearienne : “la fièvre de l’insurrection a tué le sommeil de la ville. Comme lady Macbeth, Pétrograd ne peut plus dormir. Ses nuits sont hantées par l’odeur du sang. ” Alors que les nôtres sont trop rarement réveillées par la peur du ridicule.


[i] Manifestation à l’appel des ligues nationalistes contre la corruption suite à l’affaire Stavisky qui avait éclaboussé certains députés radicaux.