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Hong Kong, les parapluies changent d’île

Pour tenter de fuir le régime chinois, les Hongkongais déposent environ 3000 demandes hebdomadaires de visas auprès du gouvernement britannique.


35 000 Hongkongais ont déjà rejoint le Royaume-Uni. Ce sont des BNO (British national overseas, « nationaux
d’outre-mer »), un statut créé par l’accord sino-britannique de 1984 préparant la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997. L’accord instaurait aussi le principe « un pays, deux systèmes », garantissant à Hong Kong son autonomie politique et juridique jusqu’en 2047.

Mais l’atmosphère change sous la présidence chinoise de Xi Jinping. En 2014, la révolution des parapluies à Hong Kong ne parvient pas à freiner l’impérialisme chinois et, depuis, la situation s’envenime. Les manifestations de 2019 ont déclenché une préoccupante reprise en main. Le mois dernier, 42 militants prodémocratie écopaient de peines de prison de huit à dix-huit mois. La réforme électorale « patriotique » votée le 11 mars à l’Assemblée populaire de Pékin (2 895 voix pour, 0 voix contre) interdisait déjà tout avenir politique aux dissidents de Hong Kong où la répression sévit depuis l’adoption de la loi de sécurité nationale du 30 juin 2020.

À mesure que l’avenir de Hong Kong se précise, l’exode progresse, le Royaume-Uni ayant ouvert ses frontières aux 5,4 millions de Hongkongais BNO (70 % de la population totale). Pour 300 euros, ils obtiennent un visa de cinq ans à l’issue duquel ils peuvent demander la nationalité. Le gouvernement britannique reçoit 3 000 demandes hebdomadaires et s’attend à accueillir 500 000 Hongkongais en 2021 et jusqu’à un million en cinq ans. Une émigration industrieuse qui devrait booster l’économie, comme ce fut le cas avec les 600 000 Polonais venus s’installer après l’adhésion de leur pays à l’UE. Pour stopper l’hémorragie, les Chinois menacent de geler les retraites des fuyards. En Angleterre, les Cassandre craignent que quelque espion à la solde de Xi Jinping se glisse parmi les migrants.

Les Hongkongais expriment leur reconnaissance dans la presse britannique. Attendons cet été, lorsque les plus audacieux goûteront les délices d’une mer à 15 degrés en songeant à la mer de Chine.

L’armada post-Brexit rentre au port bredouille

Le contrôle de la Normandie est un conflit millénaire qui oppose la France et la couronne d’Angleterre. La pêche en est le dernier vestige. Après une rencontre infructueuse avec les autorités de l’île de Jersey hier, les pêcheurs français sont finalement rentrés sur le continent.


Jeudi, 3 heures du matin, les pêcheurs français prennent la mer au large de Granville, dans la  Manche. A bord, des Granvillais bien sûr et quelques Malouins ou Cherbourgeois. Ils se dirigent vers Jersey. Dans le viseur : une décision unilatérale du gouvernement jersiais qui entend délivrer des autorisations préalables à la pêche dans ses eaux assorties de restrictions pour les navires français. Il s’agirait de limites dans le temps. Ces durées de présence dans les eaux jersiaises contreviennent aux précédents accords, créant une incompréhension nouvelle qui s’ajoute à la lassitude devant l’empilement de mesures arbitraires et imprévisibles de l’interminable négociation du Brexit.

Electricité de France 

Toutes affaires cessantes, le gouvernement français avait menacé en réaction de couper l’alimentation en électricité de l’île (totalement dépendante d’un câble sous-marin), et Boris Johnson avait dépêché deux vaisseaux de la Royal Navy. Funérailles du prince Philip d’un côté, bicentenaire de celles de Napoléon de l’autre, les passions nationales sont à chaud… Sur place, des badauds protestent. Depuis l’Elizabeth Castle, où les touristes peuvent fréquemment voir des red coats relever la garde ou faire actionner le canon, un homme en uniforme hanovrien menace l’ennemi héréditaire avec un mousquet !

« Il faudrait tenter un rapprochement mais pour l’heure, c’est plutôt l’affrontement qui l’emporte. Les pêcheurs ont été en contact à St Hélier avec les autorités jersiaises : ils n’ont pas trouvé de terrain d’entente » détaille Jean-Marc Julienne, conseiller départemental et figure politique granvillaise qui se plaint aussi de ce que les règles de l’art diplomatique n’aient pas été respectées. « Les contacts qui ont été pris en direct par les autorités de Jersey ne sont pas validés : tous les dossiers doivent remonter de Jersey à Londres, puis  à Bruxelles, puis de Bruxelles à Paris, avant de pouvoir valider quoi que soit ». Les noms d’oiseaux ont pour l’instant remplacé les procédures diplomatiques… et l’absence d’accord ou de proposition satisfaisante venue du gouvernement de Jersey a plutôt irrité les pêcheurs.

Un conflit symbolique

Toujours selon l’élu, dans les ports normands, l’émotion est forte: le monde de la pêche est un monde respecté de tous, à Granville comme à Saint-Malo. Dans ces villes portuaires, le poids symbolique et identitaire des professionnels de la mer demeure très important, quand bien même les effectifs de pêcheurs ne sont pas aussi importants. Comme souvent, les réseaux sociaux ne sont pas en reste. Français et Anglais se trollent sec sur la toile. « Have the French surrendered yet ? » attaque un Anglais sur Twitter. « Have the British run away again ? » lui répond un compte appréciant Bonaparte (sous-entendu : comme lors de l’évacuation de Calais en 1940 NLDR…). Avant internet, c’étaient les œuvres qui informaient le peuple. Twitter ressort la tapisserie de Bayeux à travers laquelle les petites gens de Normandie ont appris la geste de Guillaume le Conquérant :

De l’autre côté de la Manche, Macron garde une réputation de tête brulée : une humiliation en plus pour lui peut-on ont pourtant tout pour s’entendre. Derniers restes de Normandie indépendante, les îles de lire en commentaires des médias anglophones où la menace de couper le courant électrique de l’ile a été mal vécue. Jersiais et Normands ont pourtant tout pour s’entendre. Derniers restes de Normandie indépendante, les îles de Guernesey et de Jersey sont rattachées à la couronne d’Angleterre par union dynastique. Elizabeth II y règne en tant que Duchesse de Normandie. 

« La population jersiaise est pour beaucoup composée d’habitants de la Manche ; on les appelle les cousins » assure Jean-Marc Julienne. Le parler normand y est d’ailleurs langue officielle. Sophie Leroy, directrice de l’armement de Cherbourg, nous assure : « il y a une bonne entente entre les pêcheurs jersiais et normands. Sur place, certains bateaux de Jersey ont même aidé au blocus de leur port ». Et sur place, certains ostréiculteurs sont scandalisés par la position de leur propre pays qui les empêche d’exporter des huîtres sur le continent. 

Ce blocus spectaculaire est donc surtout symbolique. La plupart des bateaux sont repartis à Granville à 16 heures, sans exclure toutefois d’y retourner si aucune solution n’est trouvée. Certains commentateurs malicieux offrent une issue diplomatique de secours : rappelant aux Normands de Jersey et aux Normands du continent le souvenir un peu folklorique de leur véritable ennemi héréditaire, ils affirment que Jersey est normand et qu’il ne devrait y avoir de restrictions que pour les pêcheurs bretons !

Les embrassades de Zemmour, une galéjade?

L’élue aixoise Gaëlle Lenfant a accusé Éric Zemmour de l’avoir embrassée de force il y a quinze ans, environ, lors d’une université d’été du PS à La Rochelle. Mediapart en a fait ses gros titres. L’analyse de Philippe Bilger.


Ce sous-titre m’est venu immédiatement et même s’il n’est pas délicat de faire un tel jeu de mots avec le nom de la personne à laquelle je vais consacrer ce billet, j’assume tant il correspond au fond.

Sur le cours Mirabeau coule la peine

Gaëlle Lenfant, conseillère municipale d’opposition à Aix-en-Provence, « bibliothécaire, féministe, socialiste », a publié le 24 avril un post Facebook dénonçant Éric Zemmour qui l’aurait en 2005, lors de l’université d’été socialiste à La Rochelle, « embrassée de force » après l’avoir attrapée par le cou et lui avoir dit : « cette robe te va très bien, tu sais ». Saisie, tétanisée, elle s’était enfuie. C’est la vue d’une grande pancarte « Zemmour 2022 », cours Mirabeau à Aix, qui aurait déclenché sa réaction et sa révélation, plus de quinze ans après l’épisode incriminé. Elle a résumé brutalement sa position à Mediapart le 2 mai en déclarant : « J’étais là, Eric Zemmour s’est servi ». En 2005, Gaëlle Lenfant était responsable notamment des droits des femmes au PS. Elle avait 34 ans. Je voudrais échapper à toute dérision d’autant plus que Gaëlle Lenfant semble avoir parlé immédiatement de cet incident à quelques proches, dont celui qui était alors son mari. On a le droit tout de même de s’interroger sinon sur son existence – même si Éric Zemmour n’en a pas le moindre souvenir – du moins sur son impact aujourd’hui.

Une affaire sortie d’un fond de tiroir

Je parviens mal à croire, au regard de cette psychologie féminine déjà « progressiste » en 2005, qu’il lui ait fallu la bagatelle de 15 ans pour livrer cet inexprimable secret dont le traumatisme serait encore très vif et brûlant en 2021. Je doute que cette affiche représentant Zemmour pour la prochaine échéance présidentielle ait été le ressort fondamental, si tardivement, de sa dénonciation du comportement de celui-ci en 2005. Je pourrais d’ailleurs discuter de sa gravité – si on me le permet – et je me demande si ce qui n’était pas apparu répréhensible à Gaëlle Lenfant, en 2005, n’est pas devenu, dans le climat actuel et avec le féminisme militant, une odieuse et intolérable attitude.

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L’argumentation développant que « pour les plaintes en viol il y avait un nombre de classements sans suite hallucinant » était déjà absurde en 2005 et l’est devenue bien davantage au fil des années suivantes sans que Gaëlle Lenfant ait mis pourtant fin à son abstention avant le mois d’avril 2021. Sans possibilité de poursuite pour ce qui n’aurait été, au pire, qu’une agression sexuelle. Qualification devenue banale au point que, je l’ai constaté, même les gestes de pure amabilité, innocemment tactiles, sont frappés d’une suspicion immédiate. Le quotidien, si on n’y prend pas garde, est susceptible de se muer en enfer dans les rapports entre hommes et femmes.

Une croisade anti-Zemmour?

Je sais que Gaëlle Lenfant s’est défendue de toute partialité au sujet de cette « résurrection » mais comment s’interdire de constater une étrangeté ? Elle se « réveille » le 24 avril, puis le 29 avril Mediapart rapporte les dénonciations de quelques femmes contre le même Zemmour pour « des baisers forcés, des gestes et propos à connotation sexuelle » à des dates qui ne sont pas d’une actualité immédiate. Puis le 2 mai, Mediapart se consacre exclusivement à Gaëlle Lenfant et à sa mise en cause de l’essayiste.

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Comment qualifier ce processus autrement que de concert douteux mêlant plusieurs voix éprouvant soudain le besoin de révéler ensemble, et dans le même laps, les turpitudes supposées de Zemmour ? Une concordance bizarre ! J’ai mauvais esprit mais il est plus que probable qu’on a l’intention, si Zemmour est candidat et en dépit du fait qu’il ne serait pas au second tour, de lui en faire baver avant, pour lui proposer un avant-goût de ce qu’il aura à subir. Mais, à force d’en endurer, il est devenu un professionnel des avanies, un résistant à tout crin !

Djihadisme: qui tire les ficelles?

Dans son dernier ouvrage À qui profite le djihad? (Éditions du Cerf, mars 2021), le criminologue Xavier Raufer nous renseigne sur les notions de « terrorisme d’État » et de « stratégie indirecte ».


Dans son enquête, Xavier Raufer cite beaucoup de noms liés au terrorisme. Il a eu l’occasion de rencontrer des djihadistes et leurs proches, en particulier dans la famille Ben Laden. Ce livre explique lucidement et sans tabou le fonctionnement et les motivations qui se cachent derrière les attentats liés au djihadisme. Selon lui, l’ingérence des pays occidentaux au Moyen-Orient est vouée à l’échec car ils ne comprennent rien à cet univers lointain. Souvent, ils y créent plus de dégâts qu’autre chose. Iran, Liban, Irak, Syrie : le Moyen-Orient est le théâtre de conflits incessants depuis près de 100 ans et les Occidentaux n’y sont pas pour rien… Nous autres occidentaux, nous n’avons pas les codes de l’Orient. « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples » écrivait déjà de Gaulle dans ses Mémoires de guerre en 1941 alors qu’il était en route pour Le Caire ! Le journaliste et politologue franco-libanais Antoine Sfeir a écrit un essai en 2006 – Vers l’Orient compliqué[1] – pour tenter de répondre à la question de l’échec des interventions des pays de l’Ouest en Orient. Son livre se concentrait alors sur les raisons de la présence américaine au Moyen-Orient. Xavier Raufer, lui, s’intéresse plus particulièrement à la présence des djihadistes dans les pays de l’axe chiite et au terrorisme d’État.

Fin connaisseur de cet « Orient compliqué », Xavier Raufer nous explique tous les soubassements géopolitiques qui ont permis l’émergence de l’État islamique dans la région. Il indique comment se font ces guerres propres au Moyen-Orient, leur lot de trahisons habituelles : ainsi, face au djihadisme, une analyse adaptée et une stratégie indirecte sont nécessaires. Pour vaincre cet ennemi, il nous faut comprendre comment les djihadistes raisonnent : « l’ennemi (pour l’instant) de mon ennemi (actuel) est mon ami (temporaire). » Et bien évidemment, il n’y a pas de terrorisme sans un État derrière (Arabie Saoudite, Iran…). Derrière chaque attentat perpétré en Occident il y a donc souvent un État du Moyen-Orient qui tire les ficelles ou qui est plus ou moins complice des djihadistes. Le terrorisme d’État existe, et il faut ne pas oublier de le considérer lorsqu’un attentat est commis sur notre sol.

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Dans le dernier numéro de la revue de géopolitique Conflits (mai-juin 2021), Xavier Raufer estime ainsi que l’attentat du Bataclan du 13 novembre 2015 et celui de Bruxelles en 2016 représentent « un enchaînement d’opérations bien trop complexe pour avoir germé dans le seul esprit de voyous alcooliques, drogués et hypnotisés par le radotage de litanies coraniques » ! En conversation avec Charles Gave et Jean-Baptiste Noé, Raufer enfonce le clou (voir notre vidéo plus bas) : « il n’est pas possible de monter une opération de commando lourde et durable sans un réseau logistique de soutien »… Il y rappelle que dans le cadre des attentats du 11 septembre 2001, aucune personne du comité de soutien n’a été arrêtée. Ce groupe de logistique était implanté dans l’ambassade de l’Arabie saoudite, ce qui figure pourtant dans un rapport du Congrès – longtemps classifié – qui livre en détail l’attentat de cette année zéro de la “guerre contre le terrorisme”. On y trouve par exemple le nom de Mussaed Ahmed al-Jarrah, leader du réseau logistique du 11 septembre, qui n’était autre que le chef de cabinet du prince de la famille al-Saoud, ambassadeur de l’Arabie Saoudite à Washington ! Les médias européens n’ont jamais dévoilé cette révélation embarrassante, regrette Raufer…

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L’essayiste précise également que l’État islamique ne date pas de 2014. Il existait déjà depuis trente ans sous divers noms : Jund al-Sham (les soldats du Levant), Jamaat al-Tawhid Wal-Jihad (association monothéiste et guerre sainte), Al-Qaida en Mésopotamie, État islamique en Irak et au Levant pour devenir enfin l’État islamique (aussi appelé Daesh). Raufer affirme et démontre que l’État islamique n’était au départ ni une banale cellule terroriste, ni une simple guérilla, ni une rébellion, mais bien une armée de mercenaires au service des États de la région. Dans le dernier numéro de Causeur, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin expose ses analyses sur ces sujets. Agissements passés des islamistes, dangers présents au Moyen-Orient et menaces futures, À qui profite le djihad ? dresse le tableau complet de ces périls. Le livre parvient à décoder ce que nous ne savons pas pour prendre de court le terrorisme, plutôt que de se concentrer sur ce que nous connaissons déjà. Un livre à se procurer pour comprendre les enjeux et la géopolitique du terrorisme.

Xavier Raufer À qui profite le djihad ? Éditions du Cerf.


[1] Vers l’Orient compliqué, Stéphane Sfeir, 2006, Grasset.

Avoir de l’entrejambe

Au pays de l’égalité femmes-hommes, le « manspreading » est dénoncé par les néoféministes. Mais ne serait-il pas plutôt un remède au manque de virilité de notre époque?


Pour de sombres histoires d’égalité hommes/femmes dont j’ai fini par m’accommoder raisonnablement, j’emmène parfois mon fils au parc. Assis sur un banc, je surveille le gosse d’un œil en matant les MILF de l’autre mais discrètement, à la dérobée, pour ne pas embarrasser d’éventuelles néoféministes pour qui le sentiment d’être un objet de désir est une expérience traumatisante.

Ainsi, je tue le temps en louchant, ravi de vivre au pays des femmes belles, libres, bien roulées et durablement désirables, et plein de compassion pour ceux de mes compatriotes que l’emprise communautaire et l’endogamie mettent au régime cacher ou hallal bien emballé, voire hermétiquement scellé, dans une ville où les mets les plus raffinés et les plus parfumés leur passent sous
le nez.

Couilles-en-éventaillothérapie

Comme l’a écrit Diderot, la vie est courte, mais les journées sont longues, surtout celles passées à garder des enfants, et surtout quand on préfère crever plutôt qu’entamer une conversation avec un papa poussette mal rasé, mal fagoté et un tantinet féminisé. Du coup, mâle solitaire et mal à l’aise, je m’ennuie un peu.

Enfin je m’ennuyais. Aujourd’hui, c’est différent. Des chercheurs dont je n’ai pas retenu les noms dans je ne sais plus quelle université (je ne suis pas Peggy Sastre) ont découvert que le « manspreading » (l’étalement masculin) qui consiste pour un homme à se tenir assis les jambes écartées dans un espace public, augmentait le taux de testostérone et diminuait le stress.

J’ai reçu la nouvelle comme étant la meilleure de l’année. À présent au parc, je ne perds plus mon temps. Comme d’autres vont à la piscine avec une ordonnance de balnéothérapie, je pratique sur mon banc mes séances de couilles-en-éventaillothérapie. Ce n’est pas remboursé par la Sécu mais les scientifiques ne se trompent pas : penser que je deviens plus mec parmi les femmes de
tous les genres, ça me détend.

Causeur: la France résiste au woke

Découvrez le sommaire de notre numéro de mai


Comme à d’autres moments critiques de son histoire, la France résiste ! A quoi ? A cette culture woke qui déferle sur nous en cherchant à saper les fondements de la société occidentale. Pour Elisabeth Lévy, il y a de bonnes raisons d’espérer que ce nouveau totalitarisme se cassera les dents sur l’esprit français. Certes, le salut ne viendra pas des hautes sphères de l’État, car Emmanuel Macron reste tiraillé entre le refus de déboulonner nos statues et la volonté de « déconstruire » notre histoire. Face à ceux qui voudraient nous diviser en racisés et racistes, le secret de notre résistance tient d’abord, explique notre directrice de rédaction, à « la supériorité d’un modèle français que les militants rejettent précisément parce qu’il se fiche de leurs origines. » A part le modèle républicain, Mathieu Bock-Côté voit un esprit de résistance dans l’art de vivre français, dans la sociabilité et la qualité du lien humain qui restent imperméables aux pires excès de la cancel culture. C’est justement son mariage d’amour avec la culture française que la franco-tunisienne Sonia Mabrouk raconte à Gil Mihaely. L’auteur d’Insoumission française, dont le portrait figure sur notre couverture,réprouve l’esprit woke comme un « mélange d’autodénigrement, de servitude et de rancœur » servant de « poison mortel qui coule dans les veines du pays. »

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Pour résister, il faut identifier ses points faibles et préparer la contre-attaque. Philippe Pichot dénonce la Loi Taubira qui, en taisant les traites africaines et musulmanes, stigmatise les seuls Européens pour communautariser la mémoire de l’esclavage. Erwan Seznec révèle le grand déraillement qui ébranle l’université française : si tant de dingueries sur la race et le genre ont cours dans les amphithéâtres, c’est parce que l’habitude de délirer avec autorité s’y est implantée au fil du temps. Répondant aux offensés professionnels qui se prétendent humiliés par la vue d’un comédien grimé en noir, Cyril Bennasar affirme qu’il ne peut pas croire que ses compatriotes noirs soient incapables d’apprécier l’humour, le second degré et l’autodérision. Nous pouvons tous renforcer notre propre esprit de résistance en lisant La Révolution racialiste, de Mathieu Bock-Côté, qualifiée par Elisabeth Lévy de « véritable manuel de guérilla à l’usage des universalistes », et en nous inspirant du courage d’Andy Ngo, le journaliste américain, présenté ici par moi-même, qui a enquêté sur les soi-disant « antifas », ces émeutiers organisés qui traduisent les théories du genre et de la race en actes de violence.

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Côté actu, Gérald Darmanin, se confiant à Elisabeth Lévy et à Gil Mihaely, affirme que l’islam est compatible avec la République, mais reconnaît que l’islamisme et l’immigration illégale sont un frein à l’intégration des musulmans en France. Parmi les mesures phares de la loi « séparatisme » que porte le ministre de l’Intérieur figure le retour discret de la double peine. Pour Natacha Polony, interviewée par Cyril Bennasar, le système démocratique français est actuellement tombé en panne. La directrice de Marianne, auteur de Sommes-nous encore en démocratie ?, voit la seule solution dans un recours à plus de souverainisme. Qu’en est-il justement de la dette souveraine à l’ère de la crise sanitaire ? Stéphane Germain explique que la distribution massive d’argent public ne s’arrêtera pas avant mai 2022, car cette gestion dispendieuse sert trop bien les intérêts du futur candidat, Emmanuel Macron. L’expert-psychiatre, Paul Bensussan, analyse l’affaire Sarah Halimi, en rappelant que, si le meurtrier était fou au moment des faits, il n’en est pas moins coupable d’un crime antisémite. François Bonardel et Paul Thibaud se penchent chacun sur la proposition de loi sur « la fin de vie » : est-il réellement possible de conjuguer liberté et dignité dans notre utopie individualiste ? Le sociologue Tarik Yildiz mène l’enquête sur une possible ingérence turque dans la politique française, tandis que Vladislav Davidzon raconte une ingérence américaine dans la politique ukrainienne destinée à influencer… les élections américaines.

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Selon le musicien américain Frank Zappa, il y a trop de livres et trop peu de temps pour les lire. Nous en avons donc lu pour vous. Frédéric Ferney a lu l’autobiographie de Barak Obama, on y trouvant du charme à condition de ne pas en être dupe, tandis que Basile de Koch a lu la première biographie de Marie-France Garaud, l’idole de sa jeunesse qu’il trouve toujours irrésistible. Jérôme Leroy salue une belle réédition des Fables de La Fontaine, publiée dans la collection Pléiade, pour fêter les 400 ans du poète. Nous ne sommes pas des bonobos ! C’est non seulement une évidence, mais aussi le titre du nouveau livre de l’éminent linguiste, Alain Bentolila, qui nous explique en quoi le langage humain est incomparablement plus ambitieux que la communication animale. Pour la musique, Sophie Bachat salue deux chanteuses légendaires, la Française au nom anglais, Sheila, et l’Anglaise au nom français, Marianne Faithfull. Deux icones des années 60 mais pas que. La preuve ? Elles sortent chacune un nouvel album. Combinant littérature et art de la table, Emmanuel Tresmontant nous rappelle combien Simenon, le créateur de Maigret, était un ardent défenseur de la culture française dont le haut lieu est le bistrot – cette même culture qui, pour Bock-Côté, incarne l’esprit de résistance. Dès la réouverture des terrasses, on va tous prendre le maquis…

Tête de Pierre et tête d’Arabe

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy


Le 7 juin 2009, alors que Manuel Valls serre des mains dans les rues d’Évry, il se fait pincer par la patrouille. Oubliant le micro-cravate dont l’a équipé une chaîne de télévision, le député-maire lâche entre les dents à son dir’ cab : « Tu me mets quelques Blancs… Enfin, quelques White, quelques Blancos ! » (comprendre : pour la photo). Toute la gauche se bouche vertueusement le nez, les journalistes exultent : on vous l’avait dit que ce type était de droite.

En 2016, pour avoir affirmé qu’il y a dans certaines classes de sa ville 90 % d’élèves musulmans et que c’est un problème, Robert Ménard a droit au traitement grand luxe : heures les plus sombres, fichage ethnique et procès qui ira jusqu’à sa relaxe définitive en 2019.

À peu près à la même époque, en 2015, des mères d’origine marocaine de Montpellier se plaignent qu’il n’y ait pas de blonds dans la classe de leur fils. Libération s’enthousiasme et espère que le gouvernement va enfin s’attaquer à la « ghettoïsation scolaire ».

Les ravis de la crèche multiculti

Ça ne doit pas donner des résultats fameux, car six ans plus tard, le 19 avril dernier, c’est encore à Montpellier que Naïma Amadou interpelle le président : son fils, explique-t-elle, lui a demandé si le prénom Pierre existait vraiment ou si c’était seulement dans les livres. Cette fois encore, les ravis de la crèche multiculti rivalisent dans l’empathie pour cette dame et dans la sévérité pour ces politiques qui ont « parqué ces populations ». Il ne vient pas à l’idée du président de demander à Naïma pourquoi elle n’a pas appelé son fils Pierre, d’ailleurs il ne lui vient pas d’idée du tout, il reste coi.

Toutefois, de nombreux commentateurs envisagent ouvertement que la tenue strictement islamique de Naïma, comme celle de nombreuses mères de son quartier, contredise son désir d’intégration. On sait grâce à Christophe Guilluy pourquoi les prolos old school (comme dirait Onfray) ont quitté les banlieues pour l’intermonde appelé France périphérique. Ce qui a changé, c’est qu’on peut le dire sans se faire trop insulter.

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Des Blancos de Valls au Pierre de Naïma en passant par les élèves de Ménard et les blonds de Montpellier, le constat est identique : certains quartiers où l’immigration musulmane est majoritaire ne ressemblent plus vraiment à la France. Au point que même les habitants se plaignent de cet entre-soi qui prive leurs gosses de tout contact avec la culture majoritaire.

Or, Valls et Ménard ont reçu des flots d’invectives et Naïma des encouragements apitoyés. Ce deux poids, deux mesures ne tient pas seulement à la tête du client. Pour avoir le droit de voir ce que l’on voit, il ne suffit pas d’appartenir par naissance à un groupe victimisé, encore faut-il tenir le discours qui sied à une victime. Comme nos policiers ou militaires d’origine subsaharienne ou maghrébine, Sonia Mabrouk est accusée par les bons esprits de faire « la Française ».

Certains ont même le droit de compter. Alors, comme les Shadoks pompaient, ils comptent, inlassablement : les femmes, les Arabes, les Noirs, les handicapés, dans les conseils d’administration, les émissions de télé, les films, les prix Goncourt. Nul ne le leur reproche, pour peu qu’ils parviennent à la seule conclusion acceptable : il n’y en a pas assez. Inversement, si on compte les discriminations, les agressions sexuelles ou les bavures policières, il faut découvrir qu’il y en a toujours plus.

Le scandale « tête d’Arabe »

Mais c’est le scandale collatéral dont a accouché « l’affaire Pierre » par le truchement de votre servante qui montre que l’antiracisme peut devenir fou et rendre fou. Sur le plateau de Sonia Mabrouk à CNews, j’ai remarqué que les quartiers sans Pierre étaient aussi ceux où on pouvait se faire enquiquiner si on mangeait pendant le ramadan, même quand « on n’avait pas une tête d’Arabe », puis répondu en substance à Sonia Mabrouk (quoique avec moins d’assurance que je l’aurais voulu) que oui, elle aussi avait une « tête d’Arabe » – ravissante au demeurant. Expression peut-être un brin désinvolte, mais purement descriptive et évidemment dénuée de toute connotation péjorative. Deux jours plus tard, j’apprends que je suis en « TT » (« TrendingTopics ») sur Twitter, ce qui veut dire que je fais causer et pas en bien. La meilleure protection contre les raids numériques c’est encore de les ignorer.

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Cependant, les cris de chochottes offensées parviennent finalement à mes oreilles. Que des gens qui s’appellent « frère » ou « cousin » sur la seule base d’une ressemblance physique jouent les indignés parce qu’on remarque cette ressemblance ne me trouble guère. Pour autant, cette micro-polémique illustre l’aporie sur laquelle butent les chantres de la diversité. D’un côté, ils brandissent leurs différences comme des étendards et réclament pour elles de la visibilité – d’ailleurs, ils se définissent comme des minorités visibles. De l’autre, quand on voit ces différences, ils hurlent à l’agression raciste. Voyez-nous sans nous voir. Cette injonction contradictoire prouve par l’absurde la supériorité d’un modèle français que les militants rejettent précisément parce qu’il se fiche de leurs origines, qu’elles se voient ou pas à leur tête. Seulement, quand on se définit comme « racisé », on ne peut pas se passer de racistes. Au besoin, on en invente.

Dans la famille Agag-Boudjahlat, je demande le frère…

Kamel Agag-Boudjahlat a été très éphémèrement candidat RN aux élections. Récit.


Désigné le 30 avril tête de liste pour le Rassemblement national dans le territoire de Belfort, Kamel Agag-Boudjahlat retire sa candidature trois jours plus tard.

La désignation avait fait parler d’elle : comme l’habitant du quartier de la Petite Hollande à Montbéliard le reconnaît lui-même, la « prise » était intéressante pour un parti en quête permanente de dédiabolisation, tout comme son expérience auprès de la jeunesse des quartiers difficiles était un réel atout. Mais elle avait aussi entraîné bon nombre de réactions indignées et tout un lot d’attaques et de menaces contre sa famille. Face à ces dernières, le candidat déclarait tenir bon, quoique difficilement, comptant sur le soutien plein et entier de Julien Odoul, chef de file de la région qui l’avait imposé.

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Après l’annonce de son désistement, c’est un tout autre son de cloche. Déclarant ne plus pouvoir supporter les menaces, tout comme l’incompréhension de nombre de ses proches ne s’expliquant pas son engagement, le chess-boxeur [nouveau sport hybride, mélangeant échecs et boxe anglaise ! NDLR] dit avoir voulu « infiltrer » le RN. Soucieux de poursuivre son combat en faveur des quartiers sensibles, un siège de conseiller régional lui avait paru confortable, et les sondages favorables au RN lui désignèrent la meilleure opportunité à saisir. L’idée était de « tomber » le masque une fois élu, et d’œuvrer alors comme représentant des quartiers prioritaires.

Une trahison ?

Être nommé tête de liste fut aisé : « il suffisait de parler de violences et d’insécurité », bien que la désignation par les instances supérieures de ce nouvel encarté sur foi de sa bonne mine irrita quelque peu les militants historiques. Il ôta cependant le masque plus vite que prévu, assortissant son coup de théâtre d’un appel à voter contre le RN et de l’annonce de la préparation d’un livre sur l’expérience.

La direction du parti de droite nationale, préfère, elle, dénoncer plutôt la campagne de harcèlement dont il fit l’objet, preuve, selon Julien Odoul, qu’aujourd’hui un Français d’origine maghrébine n’était pas libre de se présenter comme il l’entendait.

Les campagnes de harcèlement, c’est aussi le quotidien d’une autre Agag-Boudjahlat, célèbre, sœur ainée du précédent, enseignante, militante et essayiste : Fatiha Agag-Boudjahlat. Elle est en pleine promotion de son dernier ouvrage, les Nostalgériades (voir notre recension). Celle-ci, a récemment témoigné sur la violence des attaques qu’elle subissait, notamment de la part de Taha Bouhafs, qui, à l’annonce de la candidature de son frère n’avait pas manqué d’y voir une preuve de son prétendu extrémisme. L’essayiste défend son frère, dont elle se dit très proche et admiratrice du travail, dit qu’il y a une grande diversité d’opinions dans leur nombreuse fratrie et réaffirme son attachement à la liberté individuelle. Après l’annonce du retrait politique de ce dernier, elle n’a pas souhaité commenter davantage, quand Causeur la sollicite. Elle dit voir dans cet épisode un coup médiatique de Julien Odoul, et avoir tenté de dissuader son frère de rejoindre le RN, consciente de la violence qui en découlerait.

L’Éthiopie déclenchera-t-elle la guerre de l’eau?

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L’Éthiopie, où prennent leurs sources de nombreux fleuves, exploite son avantage naturel pour déstabiliser les équilibres stratégiques dans la région de la Corne d’Afrique et du bassin du Nil.


Alors que l’Éthiopie tient toujours à poursuivre son projet du grand barrage de la Renaissance en commençant juillet prochain la seconde phase de remplissage du réservoir, l’Égypte met en garde Addis Abeba contre la prise de mesures unilatérales. Le Caire appelle également la communauté internationale et notamment les États-Unis à intervenir afin de désamorcer cette crise qui pourrait déclencher une guerre dans la région.

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La crise s’est cristallisée en avril 2011 lorsqu’Addis Abeba prit unilatéralement la décision d’utiliser l’eau du Nil bleu pour remplir le mégabarrage hydroélectrique. L’Éthiopie annonçait vouloir produire de l’électricité alors qu’elle ne cherchait par là qu’à changer les règles du jeu et transformer l’eau du Nil en marchandise comme les autres. Or, le Nil, étant l’unique source d’eau en Égypte, est l’artère vitale des Égyptiens. C’est aux bords du Nil que l’Égyptien a établi sa civilisation depuis voilà sept mille ans. Il a creusé les ruisseaux, érigé les barrages et les ponts et a conduit l’eau du Nil jusqu’à l’intérieur des temples. L’Égypte a fondé ses projets de développement de son agriculture, son industrie et son commerce en tablant sur son quota de l’eau du Nil qui atteignait 55.5 milliards mètres cubes par an. Ce quota a été défini par l’accord sur le partage des eaux du Nil de 1959 et restait depuis inchangé malgré  une croissance démographique très forte portant la population égyptienne à quelques 105 millions contre 30 millions d’âmes au moment de la ratification de l’accord. Ainsi ce quota équivaut aujourd’hui 500 mètres cubes par an et par tête d’habitant, une quantité qui représente 50% du « seuil de pauvreté hydrique » fixé par la Banque Mondiale.

Barrage de la Renaissance © Adwa Pictures / AFP.

Des négociations permanentes

L’Ethiopie en revanche est très riche en eau : des précipitations d’un milliard de mètres-cubes par an, plus de 12 fleuves en sus du Nil bleu, de Sobat et d’Atbara sans oublier l’exploitation de plus de six barrages pour la production de l’électricité et pour l’agriculture.

Les négociations en cours actuellement entre l’Égypte, le Soudan et l’Ethiopie portent principalement sur le remplissage et le fonctionnement du barrage en vertu de la déclaration de principes signée par les trois parties en 2015. Or l’Ethiopie ne cesse de tenter d’entrainer les pourparlers sur d’autres terrains comme les anciennes conventions de 1929 et 1959 qui organisent la coopération entre les pays du bassin du Nil et l’utilisation des eaux du Nil et dont l’Ethiopie ne fut pas partie contractante. En outre, elle passe expressément sous silence la convention des frontières de 1902 qui l’engage à ne créer aucune œuvre au bord du Nil bleu ou dans la région controversée de Shangoul cédée par le Soudan (qui dépendait alors du gouvernement égyptien) en vertu de condition d’interdire sur l’intégralité de son territoire installations ou barrages qui nuiraient aux intérêts du Soudan. Rejetant des conventions qui ne l’engagent nullement et reniant les obligations que lui en imposent d’autres, l’Ethiopie confirme sa position discordante et contradictoire.

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Alors que le besoin de production d’électricité, argument mis en avant par Addis-Abeba, est discutable, l’Ethiopie tente d’accélérer le remplissage de son réservoir (de 14 à 74 milliards m3). Cette insistance sur le rythme – l’Egypte avait déjà accepté que le réservoir soit rempli dans une durée de 10-12 ans)  laisse planer les doutes sur les véritables intentions des Ethiopiens.

De plus, l’Éthiopie ne cesse d’invoquer « l’utilisation équitable des eaux du Nil », sauf qu’aucun rapport n’existe entre le partage des eaux dont parle Addis-Abeba et les négociations autour du dossier concret du barrage. Curieusement l’Éthiopie ne l’évoqua que l’année dernière pendant les négociations tenues sous les auspices de l’Union africaine. La déclaration de principes signée par les diverses parties en 2015 ne porte pas sur ce sujet. Bien au contraire, au cœur de cette déclaration se trouve le principe selon lequel les pays de l’aval ne seront pas lésés par ceux qui se trouvent en amont.

Des visées expansionnistes?

L’Ethiopie essaie tout simplement de faire croire – et accepter – qu’elle est propriétaire des eaux de tous les fleuves qui prennent leur source dans le plateau éthiopien. Pire encore, l’Ethiopie essaie de faire de ces eaux une arme économique et stratégique pour mettre à genou et appauvrir l’intégralité de la région. Autrement dit, l’Ethiopie exploite cet avantage naturel pour déstabiliser les équilibres stratégiques dans la région de la Corne d’ Afrique et du bassin du Nil. Elle tente aussi de s’imposer comme puissance hégémonique régionale et peut être suspectée de visées expansionnistes dans les territoires du Soudan et d’autres pays limitrophes. On ne peut pas exclure non plus une volonté de reprendre la main sur l’Erythrée et l’accès à la mer rouge (l’Ethiopie est un pays enclavé sans accès à la mer).

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C’est pourquoi l’Éthiopie refuse catégoriquement tout accord contraignant portant sur la gestion hydraulique du barrage : Addis-Abeba cherche à avoir les mains libres pour mettre en exécution sa grande stratégie dont chaque étape de cette crise en dévoile davantage.  Néanmoins, l’Éthiopie est tout à fait consciente que toute violation de l’accord de principes signé entre toutes les parties en 2015 l’exposera à de graves conséquences : l’Égypte se verra  alors en droit de prendre les mesures qu’elle juge pertinentes, y compris l’usage de la force et la déclaration de guerre, afin de préserver son quota des eaux du Nil. C’est pourquoi, il incombe à la communauté internationale et notamment les pays européens et les États-Unis d’intervenir rapidement, d’arrêter le remplissage du barrage et de parrainer de sérieuses négociations qui feraient entendre la voix de la raison à l’Éthiopie avant qu’il ne soit trop tard.

Drame d’Avignon: la France forte avec les faibles, faible avec les forts

Le meurtre par balle d’un policier d’Avignon près d’un point de deal mercredi doit nous inspirer, à tous, compassion et colère.


Compassion évidente envers ce policier tué – vraisemblablement par un dealer – alors qu’il intervenait sur un lieu de trafics bien connu. Envers sa famille, ses amis, tous ses proches. Envers ses collègues de terrain, envers une institution maltraitée, éprouvée, souvent vilipendée, mais qui même si elle a sa part de responsabilité n’en reste pas moins massivement inspirée par un authentique souci du bien commun et un véritable dévouement. Et colère. Colère envers une frange de la population qui a fait collectivement le choix de la délinquance, envers une magistrature indigne, envers les politiques de tous bords, envers de nombreux médias, envers la hiérarchie des forces de sécurité qui n’est pas à la hauteur de l’époque.

Bien sûr, il vaut mieux chercher des solutions que des coupables. Il n’empêche : savoir comment on en est arrivé là est important, et il n’est plus tolérable que ceux à cause de qui notre pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans la sauvagerie échappent à leurs responsabilités.

Compassion pour les uns, indifférence pour les autres

Il y a toute cette frange de la population qui a, collectivement, fait le choix de la délinquance. Trafics, économie souterraine, loi de silence, vision romantique du truand et exaltation du caïd, attachement à une culture où la brutalité est la norme et où l’idée même d’intérêt général fait hausser les épaules en ricanant. Oui, les habitants des zones de non-droit sont les premières victimes de ces bandes contre lesquelles l’État ne les protège pas, mais beaucoup sont aussi responsables de l’éducation qu’ils donnent – ou trop souvent qu’ils ne donnent pas – à leurs enfants. On sait les remarquables travaux du docteur Maurice Berger sur le sujet, sur le rôle crucial de l’environnement culturel et familial.

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Il y a cette magistrature gangrénée par l’idéologie du juge Baudot, pleine de compassion envers les criminels mais d’indifférence envers les victimes et d’hostilité envers les forces de l’ordre, cette magistrature accrochée à son privilège d’indépendance, qui se croît propriétaire du pouvoir judiciaire alors qu’elle n’en est que délégataire car en France la souveraineté, dont le pouvoir judiciaire est une composante, n’appartient qu’au peuple. Une corporation dont seule la légitimité est d’avoir réussi un concours professionnel, mais qui utilise l’autorité qui lui est confiée au mépris de la volonté générale et du bien commun, pour servir une vision idéologique et une obsession pour la forme au détriment du fond.

Culture de l’excuse

Il y a ces politiques, de tous bords, sans doute les premiers coupables. À gauche on retrouve l’idéologie, la culture de l’excuse, la négation du libre-arbitre qui conduit à affirmer que tout délinquant ne serait que le produit mécanique de conditions socio-économiques – quel terrible mépris envers ces centaines de milliers de gens qui malgré la pauvreté sont honnêtes et droits ! On trouve l’obsession pour la « réinsertion » et les « peines alternatives » qui conduit à faire mille fois plus pour les criminels que pour les honnêtes gens, et à faire prendre tous les risques aux seconds pour flatter son orgueil et se draper de vertu en se montrant compatissant envers les premiers. Taubira, Belloubet, Dupond-Moretti : tout est dit.

Et à droite ! Sarkozy a promis le karcher, mais n’a fait que de l’affichage et de la communication. Les gouvernements successifs n’ont jamais eu le courage d’affronter l’idéologisation de la magistrature, ni de faire adopter des lois à la hauteur de la situation et des enjeux, ni de mettre fin à l’inflation formaliste perpétuelle de la procédure pénale, de plus en plus chronophage pour les forces de l’ordre au détriment de la présence sur le terrain. Pire encore, au lieu d’assumer de dire le réel, la droite a laissé la gauche – dans ce domaine comme dans tant d’autres – imposer un magistère moral absurde, elle s’est pliée à cette arrogance de l’adversaire. Oui, la plus grande faute politique et morale de la droite est celle-ci : avoir permis à la gauche de fixer les limites de ce que l’on a le droit de dire, des questions que l’on a le droit de poser, des constats que l’on a le droit de faire.

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Et n’oublions pas, droite ou gauche, la faute qui consiste à avoir instrumentalisé les forces de l’ordre contre le peuple, faute dont Emmanuel Macron et sa majorité ont été les parangons pendant la crise des gilets jaunes, « en même temps » qu’ils montraient une indulgence coupable envers les casseurs ou des mouvements ouvertement haineux comme les manifestations de la famille Traoré. « Fort avec les faibles, faible avec les forts » : et on s’étonne ensuite qu’il y ait des catastrophes ? Que l’habitude de l’impunité pousse à aller toujours plus loin ?

Il y a ces médias, eux aussi massivement acquis à cette idéologie du « politiquement correct », eux aussi coupables d’avoir laissé le déni du réel s’investir d’une autorité morale et d’un pouvoir de censure dramatiques, eux aussi responsables d’avoir diffusé la méfiance systématique (quand ce n’est pas la haine) envers les forces de l’ordre, et une vision romantique idéalisée de la délinquance. Non, les criminels qui frappent aujourd’hui en France ne sont pas des Jean Valjean, ce sont des Thénardiers ! Les médias aussi ont du sang sur les mains. Et il y a les forces de l’ordre elles-mêmes. J’hésite à écrire ces lignes alors qu’elles sont en deuil, mais hélas ! Dans la police elle-même, il y a une hiérarchie trop soucieuse de se faire bien voir, trop adepte du « pas de vagues », trop éloignée du terrain. Une hiérarchie qui a laissé la « voie publique » être le parent pauvre des commissariats, et regarde passivement s’accumuler les missions « innovantes » au détriment du travail de fond, laborieux mais indispensable. Des organisations syndicales très soucieuses de mesures catégorielles et de rythmes horaires – avoir toujours plus en faisant toujours moins – mais très peu soucieuses d’efficacité opérationnelle, et de capacité à monter en puissance pour renforcer un équipage pris à partie. Malgré la valeur des hommes et des femmes qui servent sous l’uniforme, le constat est terrible : la police a abandonné des secteurs entiers du territoire, et là où elle « tient » encore c’est uniquement grâce au travail désormais incontournable des polices municipales.

Vers le règne des caïds et des milices

Dans la gendarmerie, certes le statut militaire est une garantie et un gage de capacité de réaction à l’urgence, mais pourquoi tant d’années de silence face à des dérives que chacun constate et connaît ? Pourquoi Bertrand Soubelet a-t-il été pratiquement le seul à oser dire ce que tout le monde sait ? Pourquoi une absolutisation du devoir de réserve au détriment du devoir d’alerter le peuple souverain sur la situation réelle de la France ? Alors que l’institution bénéficie – à juste titre – de la confiance de la grande majorité des citoyens et des élus, pourquoi ne pas dire ouvertement l’incapacité de la police à tenir le terrain qui lui est confié, et l’incurie désastreuse de la réponse pénale ? Et je ne parle pas des associations professionnelles (car si les militaires ne peuvent pas se syndiquer, ils disposent désormais d’un droit d’association) que l’on aimerait beaucoup plus offensives et beaucoup plus déterminées à se faire entendre.

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Le choix est simple. Nous pouvons continuer à nous payer de mots, exprimer notre tristesse et notre indignation, « condamner fermement », et laisser le pays glisser encore et encore vers le délitement. Laisser l’État démissionner toujours plus de ses responsabilités régaliennes pour se transformer en fermier général, et nous pousser vers le règne des caïds et des milices. Exactions des pillards et des bandes au détriment des plus faibles, groupes d’auto-défense pour ceux qui parviendront à s’organiser et à s’équiper, sécurité privée surarmée au seul bénéfice des plus fortunés, et ce sera l’ère des seigneurs de la guerre. La fragmentation de la France en multiples féodalités, ou l’avènement d’une dictature fanatique qui saura unifier les bandes les plus brutales et gouverner par la peur – c’est le rêve des islamistes – ou encore la prise de pouvoir par une oligarchie s’appuyant sur une supériorité technologique écrasante pour imposer sa volonté aux masses. Ou un héros, qui parviendra à fédérer les forces de l’ordre, les armées et le peuple pour refonder la France…  mais il serait bien imprudent d’attendre passivement l’émergence improbable d’un nouveau Napoléon, ou l’apparition miraculeuse d’une nouvelle Jeanne d’Arc.

Mais nous pouvons aussi reconquérir le territoire dès maintenant, sans attendre le chaos total ni l’homme providentiel. Construire des prisons, et les remplir. Rappeler à tous que dans « violence légitime » il y a « violence », et que les forces de l’ordre ont le droit et même le devoir d’en faire usage. Refonder totalement la chaîne pénale pour que le formalisme cesse d’être plus important que le fond, pour les peines soient véritablement dissuasives (par l’enfermement et en frappant au porte-feuille) et pour qu’elles soient effectives et douloureuses dès le premier fait, au lieu d’attendre qu’un jeune ait fait de la délinquance son mode de vie avant de se préoccuper enfin de le sanctionner. Oser, partout où il le faudra, proclamer l’état de siège. Et confronter enfin les magistrats aux conséquences de leurs décisions, obliger le pouvoir politique à trouver le courage de contraindre l’autorité judiciaire à rendre des comptes au seul souverain légitime de la France : le peuple français.

Hong Kong, les parapluies changent d’île

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Hongkongais avec un passeport britannique © Vernon Yuen/NurPhoto/AFP

Pour tenter de fuir le régime chinois, les Hongkongais déposent environ 3000 demandes hebdomadaires de visas auprès du gouvernement britannique.


35 000 Hongkongais ont déjà rejoint le Royaume-Uni. Ce sont des BNO (British national overseas, « nationaux
d’outre-mer »), un statut créé par l’accord sino-britannique de 1984 préparant la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997. L’accord instaurait aussi le principe « un pays, deux systèmes », garantissant à Hong Kong son autonomie politique et juridique jusqu’en 2047.

Mais l’atmosphère change sous la présidence chinoise de Xi Jinping. En 2014, la révolution des parapluies à Hong Kong ne parvient pas à freiner l’impérialisme chinois et, depuis, la situation s’envenime. Les manifestations de 2019 ont déclenché une préoccupante reprise en main. Le mois dernier, 42 militants prodémocratie écopaient de peines de prison de huit à dix-huit mois. La réforme électorale « patriotique » votée le 11 mars à l’Assemblée populaire de Pékin (2 895 voix pour, 0 voix contre) interdisait déjà tout avenir politique aux dissidents de Hong Kong où la répression sévit depuis l’adoption de la loi de sécurité nationale du 30 juin 2020.

À mesure que l’avenir de Hong Kong se précise, l’exode progresse, le Royaume-Uni ayant ouvert ses frontières aux 5,4 millions de Hongkongais BNO (70 % de la population totale). Pour 300 euros, ils obtiennent un visa de cinq ans à l’issue duquel ils peuvent demander la nationalité. Le gouvernement britannique reçoit 3 000 demandes hebdomadaires et s’attend à accueillir 500 000 Hongkongais en 2021 et jusqu’à un million en cinq ans. Une émigration industrieuse qui devrait booster l’économie, comme ce fut le cas avec les 600 000 Polonais venus s’installer après l’adhésion de leur pays à l’UE. Pour stopper l’hémorragie, les Chinois menacent de geler les retraites des fuyards. En Angleterre, les Cassandre craignent que quelque espion à la solde de Xi Jinping se glisse parmi les migrants.

Les Hongkongais expriment leur reconnaissance dans la presse britannique. Attendons cet été, lorsque les plus audacieux goûteront les délices d’une mer à 15 degrés en songeant à la mer de Chine.

L’armada post-Brexit rentre au port bredouille

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Des pêcheurs manifestent à Jersey, 6 mai 2021 © Oliver Pinel/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22565178_000010

Le contrôle de la Normandie est un conflit millénaire qui oppose la France et la couronne d’Angleterre. La pêche en est le dernier vestige. Après une rencontre infructueuse avec les autorités de l’île de Jersey hier, les pêcheurs français sont finalement rentrés sur le continent.


Jeudi, 3 heures du matin, les pêcheurs français prennent la mer au large de Granville, dans la  Manche. A bord, des Granvillais bien sûr et quelques Malouins ou Cherbourgeois. Ils se dirigent vers Jersey. Dans le viseur : une décision unilatérale du gouvernement jersiais qui entend délivrer des autorisations préalables à la pêche dans ses eaux assorties de restrictions pour les navires français. Il s’agirait de limites dans le temps. Ces durées de présence dans les eaux jersiaises contreviennent aux précédents accords, créant une incompréhension nouvelle qui s’ajoute à la lassitude devant l’empilement de mesures arbitraires et imprévisibles de l’interminable négociation du Brexit.

Electricité de France 

Toutes affaires cessantes, le gouvernement français avait menacé en réaction de couper l’alimentation en électricité de l’île (totalement dépendante d’un câble sous-marin), et Boris Johnson avait dépêché deux vaisseaux de la Royal Navy. Funérailles du prince Philip d’un côté, bicentenaire de celles de Napoléon de l’autre, les passions nationales sont à chaud… Sur place, des badauds protestent. Depuis l’Elizabeth Castle, où les touristes peuvent fréquemment voir des red coats relever la garde ou faire actionner le canon, un homme en uniforme hanovrien menace l’ennemi héréditaire avec un mousquet !

« Il faudrait tenter un rapprochement mais pour l’heure, c’est plutôt l’affrontement qui l’emporte. Les pêcheurs ont été en contact à St Hélier avec les autorités jersiaises : ils n’ont pas trouvé de terrain d’entente » détaille Jean-Marc Julienne, conseiller départemental et figure politique granvillaise qui se plaint aussi de ce que les règles de l’art diplomatique n’aient pas été respectées. « Les contacts qui ont été pris en direct par les autorités de Jersey ne sont pas validés : tous les dossiers doivent remonter de Jersey à Londres, puis  à Bruxelles, puis de Bruxelles à Paris, avant de pouvoir valider quoi que soit ». Les noms d’oiseaux ont pour l’instant remplacé les procédures diplomatiques… et l’absence d’accord ou de proposition satisfaisante venue du gouvernement de Jersey a plutôt irrité les pêcheurs.

Un conflit symbolique

Toujours selon l’élu, dans les ports normands, l’émotion est forte: le monde de la pêche est un monde respecté de tous, à Granville comme à Saint-Malo. Dans ces villes portuaires, le poids symbolique et identitaire des professionnels de la mer demeure très important, quand bien même les effectifs de pêcheurs ne sont pas aussi importants. Comme souvent, les réseaux sociaux ne sont pas en reste. Français et Anglais se trollent sec sur la toile. « Have the French surrendered yet ? » attaque un Anglais sur Twitter. « Have the British run away again ? » lui répond un compte appréciant Bonaparte (sous-entendu : comme lors de l’évacuation de Calais en 1940 NLDR…). Avant internet, c’étaient les œuvres qui informaient le peuple. Twitter ressort la tapisserie de Bayeux à travers laquelle les petites gens de Normandie ont appris la geste de Guillaume le Conquérant :

De l’autre côté de la Manche, Macron garde une réputation de tête brulée : une humiliation en plus pour lui peut-on ont pourtant tout pour s’entendre. Derniers restes de Normandie indépendante, les îles de lire en commentaires des médias anglophones où la menace de couper le courant électrique de l’ile a été mal vécue. Jersiais et Normands ont pourtant tout pour s’entendre. Derniers restes de Normandie indépendante, les îles de Guernesey et de Jersey sont rattachées à la couronne d’Angleterre par union dynastique. Elizabeth II y règne en tant que Duchesse de Normandie. 

« La population jersiaise est pour beaucoup composée d’habitants de la Manche ; on les appelle les cousins » assure Jean-Marc Julienne. Le parler normand y est d’ailleurs langue officielle. Sophie Leroy, directrice de l’armement de Cherbourg, nous assure : « il y a une bonne entente entre les pêcheurs jersiais et normands. Sur place, certains bateaux de Jersey ont même aidé au blocus de leur port ». Et sur place, certains ostréiculteurs sont scandalisés par la position de leur propre pays qui les empêche d’exporter des huîtres sur le continent. 

Ce blocus spectaculaire est donc surtout symbolique. La plupart des bateaux sont repartis à Granville à 16 heures, sans exclure toutefois d’y retourner si aucune solution n’est trouvée. Certains commentateurs malicieux offrent une issue diplomatique de secours : rappelant aux Normands de Jersey et aux Normands du continent le souvenir un peu folklorique de leur véritable ennemi héréditaire, ils affirment que Jersey est normand et qu’il ne devrait y avoir de restrictions que pour les pêcheurs bretons !

Les embrassades de Zemmour, une galéjade?

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Eric Zemmour © Arnaud Meyer

L’élue aixoise Gaëlle Lenfant a accusé Éric Zemmour de l’avoir embrassée de force il y a quinze ans, environ, lors d’une université d’été du PS à La Rochelle. Mediapart en a fait ses gros titres. L’analyse de Philippe Bilger.


Ce sous-titre m’est venu immédiatement et même s’il n’est pas délicat de faire un tel jeu de mots avec le nom de la personne à laquelle je vais consacrer ce billet, j’assume tant il correspond au fond.

Sur le cours Mirabeau coule la peine

Gaëlle Lenfant, conseillère municipale d’opposition à Aix-en-Provence, « bibliothécaire, féministe, socialiste », a publié le 24 avril un post Facebook dénonçant Éric Zemmour qui l’aurait en 2005, lors de l’université d’été socialiste à La Rochelle, « embrassée de force » après l’avoir attrapée par le cou et lui avoir dit : « cette robe te va très bien, tu sais ». Saisie, tétanisée, elle s’était enfuie. C’est la vue d’une grande pancarte « Zemmour 2022 », cours Mirabeau à Aix, qui aurait déclenché sa réaction et sa révélation, plus de quinze ans après l’épisode incriminé. Elle a résumé brutalement sa position à Mediapart le 2 mai en déclarant : « J’étais là, Eric Zemmour s’est servi ». En 2005, Gaëlle Lenfant était responsable notamment des droits des femmes au PS. Elle avait 34 ans. Je voudrais échapper à toute dérision d’autant plus que Gaëlle Lenfant semble avoir parlé immédiatement de cet incident à quelques proches, dont celui qui était alors son mari. On a le droit tout de même de s’interroger sinon sur son existence – même si Éric Zemmour n’en a pas le moindre souvenir – du moins sur son impact aujourd’hui.

Une affaire sortie d’un fond de tiroir

Je parviens mal à croire, au regard de cette psychologie féminine déjà « progressiste » en 2005, qu’il lui ait fallu la bagatelle de 15 ans pour livrer cet inexprimable secret dont le traumatisme serait encore très vif et brûlant en 2021. Je doute que cette affiche représentant Zemmour pour la prochaine échéance présidentielle ait été le ressort fondamental, si tardivement, de sa dénonciation du comportement de celui-ci en 2005. Je pourrais d’ailleurs discuter de sa gravité – si on me le permet – et je me demande si ce qui n’était pas apparu répréhensible à Gaëlle Lenfant, en 2005, n’est pas devenu, dans le climat actuel et avec le féminisme militant, une odieuse et intolérable attitude.

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L’argumentation développant que « pour les plaintes en viol il y avait un nombre de classements sans suite hallucinant » était déjà absurde en 2005 et l’est devenue bien davantage au fil des années suivantes sans que Gaëlle Lenfant ait mis pourtant fin à son abstention avant le mois d’avril 2021. Sans possibilité de poursuite pour ce qui n’aurait été, au pire, qu’une agression sexuelle. Qualification devenue banale au point que, je l’ai constaté, même les gestes de pure amabilité, innocemment tactiles, sont frappés d’une suspicion immédiate. Le quotidien, si on n’y prend pas garde, est susceptible de se muer en enfer dans les rapports entre hommes et femmes.

Une croisade anti-Zemmour?

Je sais que Gaëlle Lenfant s’est défendue de toute partialité au sujet de cette « résurrection » mais comment s’interdire de constater une étrangeté ? Elle se « réveille » le 24 avril, puis le 29 avril Mediapart rapporte les dénonciations de quelques femmes contre le même Zemmour pour « des baisers forcés, des gestes et propos à connotation sexuelle » à des dates qui ne sont pas d’une actualité immédiate. Puis le 2 mai, Mediapart se consacre exclusivement à Gaëlle Lenfant et à sa mise en cause de l’essayiste.

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Comment qualifier ce processus autrement que de concert douteux mêlant plusieurs voix éprouvant soudain le besoin de révéler ensemble, et dans le même laps, les turpitudes supposées de Zemmour ? Une concordance bizarre ! J’ai mauvais esprit mais il est plus que probable qu’on a l’intention, si Zemmour est candidat et en dépit du fait qu’il ne serait pas au second tour, de lui en faire baver avant, pour lui proposer un avant-goût de ce qu’il aura à subir. Mais, à force d’en endurer, il est devenu un professionnel des avanies, un résistant à tout crin !

Djihadisme: qui tire les ficelles?

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Xavier Raufer © D.R.

Dans son dernier ouvrage À qui profite le djihad? (Éditions du Cerf, mars 2021), le criminologue Xavier Raufer nous renseigne sur les notions de « terrorisme d’État » et de « stratégie indirecte ».


Dans son enquête, Xavier Raufer cite beaucoup de noms liés au terrorisme. Il a eu l’occasion de rencontrer des djihadistes et leurs proches, en particulier dans la famille Ben Laden. Ce livre explique lucidement et sans tabou le fonctionnement et les motivations qui se cachent derrière les attentats liés au djihadisme. Selon lui, l’ingérence des pays occidentaux au Moyen-Orient est vouée à l’échec car ils ne comprennent rien à cet univers lointain. Souvent, ils y créent plus de dégâts qu’autre chose. Iran, Liban, Irak, Syrie : le Moyen-Orient est le théâtre de conflits incessants depuis près de 100 ans et les Occidentaux n’y sont pas pour rien… Nous autres occidentaux, nous n’avons pas les codes de l’Orient. « Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples » écrivait déjà de Gaulle dans ses Mémoires de guerre en 1941 alors qu’il était en route pour Le Caire ! Le journaliste et politologue franco-libanais Antoine Sfeir a écrit un essai en 2006 – Vers l’Orient compliqué[1] – pour tenter de répondre à la question de l’échec des interventions des pays de l’Ouest en Orient. Son livre se concentrait alors sur les raisons de la présence américaine au Moyen-Orient. Xavier Raufer, lui, s’intéresse plus particulièrement à la présence des djihadistes dans les pays de l’axe chiite et au terrorisme d’État.

Fin connaisseur de cet « Orient compliqué », Xavier Raufer nous explique tous les soubassements géopolitiques qui ont permis l’émergence de l’État islamique dans la région. Il indique comment se font ces guerres propres au Moyen-Orient, leur lot de trahisons habituelles : ainsi, face au djihadisme, une analyse adaptée et une stratégie indirecte sont nécessaires. Pour vaincre cet ennemi, il nous faut comprendre comment les djihadistes raisonnent : « l’ennemi (pour l’instant) de mon ennemi (actuel) est mon ami (temporaire). » Et bien évidemment, il n’y a pas de terrorisme sans un État derrière (Arabie Saoudite, Iran…). Derrière chaque attentat perpétré en Occident il y a donc souvent un État du Moyen-Orient qui tire les ficelles ou qui est plus ou moins complice des djihadistes. Le terrorisme d’État existe, et il faut ne pas oublier de le considérer lorsqu’un attentat est commis sur notre sol.

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Dans le dernier numéro de la revue de géopolitique Conflits (mai-juin 2021), Xavier Raufer estime ainsi que l’attentat du Bataclan du 13 novembre 2015 et celui de Bruxelles en 2016 représentent « un enchaînement d’opérations bien trop complexe pour avoir germé dans le seul esprit de voyous alcooliques, drogués et hypnotisés par le radotage de litanies coraniques » ! En conversation avec Charles Gave et Jean-Baptiste Noé, Raufer enfonce le clou (voir notre vidéo plus bas) : « il n’est pas possible de monter une opération de commando lourde et durable sans un réseau logistique de soutien »… Il y rappelle que dans le cadre des attentats du 11 septembre 2001, aucune personne du comité de soutien n’a été arrêtée. Ce groupe de logistique était implanté dans l’ambassade de l’Arabie saoudite, ce qui figure pourtant dans un rapport du Congrès – longtemps classifié – qui livre en détail l’attentat de cette année zéro de la “guerre contre le terrorisme”. On y trouve par exemple le nom de Mussaed Ahmed al-Jarrah, leader du réseau logistique du 11 septembre, qui n’était autre que le chef de cabinet du prince de la famille al-Saoud, ambassadeur de l’Arabie Saoudite à Washington ! Les médias européens n’ont jamais dévoilé cette révélation embarrassante, regrette Raufer…

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L’essayiste précise également que l’État islamique ne date pas de 2014. Il existait déjà depuis trente ans sous divers noms : Jund al-Sham (les soldats du Levant), Jamaat al-Tawhid Wal-Jihad (association monothéiste et guerre sainte), Al-Qaida en Mésopotamie, État islamique en Irak et au Levant pour devenir enfin l’État islamique (aussi appelé Daesh). Raufer affirme et démontre que l’État islamique n’était au départ ni une banale cellule terroriste, ni une simple guérilla, ni une rébellion, mais bien une armée de mercenaires au service des États de la région. Dans le dernier numéro de Causeur, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin expose ses analyses sur ces sujets. Agissements passés des islamistes, dangers présents au Moyen-Orient et menaces futures, À qui profite le djihad ? dresse le tableau complet de ces périls. Le livre parvient à décoder ce que nous ne savons pas pour prendre de court le terrorisme, plutôt que de se concentrer sur ce que nous connaissons déjà. Un livre à se procurer pour comprendre les enjeux et la géopolitique du terrorisme.

Xavier Raufer À qui profite le djihad ? Éditions du Cerf.


[1] Vers l’Orient compliqué, Stéphane Sfeir, 2006, Grasset.

Avoir de l’entrejambe

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Exemple de manspreading dans les transports © D.R.

Au pays de l’égalité femmes-hommes, le « manspreading » est dénoncé par les néoféministes. Mais ne serait-il pas plutôt un remède au manque de virilité de notre époque?


Pour de sombres histoires d’égalité hommes/femmes dont j’ai fini par m’accommoder raisonnablement, j’emmène parfois mon fils au parc. Assis sur un banc, je surveille le gosse d’un œil en matant les MILF de l’autre mais discrètement, à la dérobée, pour ne pas embarrasser d’éventuelles néoféministes pour qui le sentiment d’être un objet de désir est une expérience traumatisante.

Ainsi, je tue le temps en louchant, ravi de vivre au pays des femmes belles, libres, bien roulées et durablement désirables, et plein de compassion pour ceux de mes compatriotes que l’emprise communautaire et l’endogamie mettent au régime cacher ou hallal bien emballé, voire hermétiquement scellé, dans une ville où les mets les plus raffinés et les plus parfumés leur passent sous
le nez.

Couilles-en-éventaillothérapie

Comme l’a écrit Diderot, la vie est courte, mais les journées sont longues, surtout celles passées à garder des enfants, et surtout quand on préfère crever plutôt qu’entamer une conversation avec un papa poussette mal rasé, mal fagoté et un tantinet féminisé. Du coup, mâle solitaire et mal à l’aise, je m’ennuie un peu.

Enfin je m’ennuyais. Aujourd’hui, c’est différent. Des chercheurs dont je n’ai pas retenu les noms dans je ne sais plus quelle université (je ne suis pas Peggy Sastre) ont découvert que le « manspreading » (l’étalement masculin) qui consiste pour un homme à se tenir assis les jambes écartées dans un espace public, augmentait le taux de testostérone et diminuait le stress.

J’ai reçu la nouvelle comme étant la meilleure de l’année. À présent au parc, je ne perds plus mon temps. Comme d’autres vont à la piscine avec une ordonnance de balnéothérapie, je pratique sur mon banc mes séances de couilles-en-éventaillothérapie. Ce n’est pas remboursé par la Sécu mais les scientifiques ne se trompent pas : penser que je deviens plus mec parmi les femmes de
tous les genres, ça me détend.

Causeur: la France résiste au woke

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© Causeur

Découvrez le sommaire de notre numéro de mai


Comme à d’autres moments critiques de son histoire, la France résiste ! A quoi ? A cette culture woke qui déferle sur nous en cherchant à saper les fondements de la société occidentale. Pour Elisabeth Lévy, il y a de bonnes raisons d’espérer que ce nouveau totalitarisme se cassera les dents sur l’esprit français. Certes, le salut ne viendra pas des hautes sphères de l’État, car Emmanuel Macron reste tiraillé entre le refus de déboulonner nos statues et la volonté de « déconstruire » notre histoire. Face à ceux qui voudraient nous diviser en racisés et racistes, le secret de notre résistance tient d’abord, explique notre directrice de rédaction, à « la supériorité d’un modèle français que les militants rejettent précisément parce qu’il se fiche de leurs origines. » A part le modèle républicain, Mathieu Bock-Côté voit un esprit de résistance dans l’art de vivre français, dans la sociabilité et la qualité du lien humain qui restent imperméables aux pires excès de la cancel culture. C’est justement son mariage d’amour avec la culture française que la franco-tunisienne Sonia Mabrouk raconte à Gil Mihaely. L’auteur d’Insoumission française, dont le portrait figure sur notre couverture,réprouve l’esprit woke comme un « mélange d’autodénigrement, de servitude et de rancœur » servant de « poison mortel qui coule dans les veines du pays. »

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Pour résister, il faut identifier ses points faibles et préparer la contre-attaque. Philippe Pichot dénonce la Loi Taubira qui, en taisant les traites africaines et musulmanes, stigmatise les seuls Européens pour communautariser la mémoire de l’esclavage. Erwan Seznec révèle le grand déraillement qui ébranle l’université française : si tant de dingueries sur la race et le genre ont cours dans les amphithéâtres, c’est parce que l’habitude de délirer avec autorité s’y est implantée au fil du temps. Répondant aux offensés professionnels qui se prétendent humiliés par la vue d’un comédien grimé en noir, Cyril Bennasar affirme qu’il ne peut pas croire que ses compatriotes noirs soient incapables d’apprécier l’humour, le second degré et l’autodérision. Nous pouvons tous renforcer notre propre esprit de résistance en lisant La Révolution racialiste, de Mathieu Bock-Côté, qualifiée par Elisabeth Lévy de « véritable manuel de guérilla à l’usage des universalistes », et en nous inspirant du courage d’Andy Ngo, le journaliste américain, présenté ici par moi-même, qui a enquêté sur les soi-disant « antifas », ces émeutiers organisés qui traduisent les théories du genre et de la race en actes de violence.

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Côté actu, Gérald Darmanin, se confiant à Elisabeth Lévy et à Gil Mihaely, affirme que l’islam est compatible avec la République, mais reconnaît que l’islamisme et l’immigration illégale sont un frein à l’intégration des musulmans en France. Parmi les mesures phares de la loi « séparatisme » que porte le ministre de l’Intérieur figure le retour discret de la double peine. Pour Natacha Polony, interviewée par Cyril Bennasar, le système démocratique français est actuellement tombé en panne. La directrice de Marianne, auteur de Sommes-nous encore en démocratie ?, voit la seule solution dans un recours à plus de souverainisme. Qu’en est-il justement de la dette souveraine à l’ère de la crise sanitaire ? Stéphane Germain explique que la distribution massive d’argent public ne s’arrêtera pas avant mai 2022, car cette gestion dispendieuse sert trop bien les intérêts du futur candidat, Emmanuel Macron. L’expert-psychiatre, Paul Bensussan, analyse l’affaire Sarah Halimi, en rappelant que, si le meurtrier était fou au moment des faits, il n’en est pas moins coupable d’un crime antisémite. François Bonardel et Paul Thibaud se penchent chacun sur la proposition de loi sur « la fin de vie » : est-il réellement possible de conjuguer liberté et dignité dans notre utopie individualiste ? Le sociologue Tarik Yildiz mène l’enquête sur une possible ingérence turque dans la politique française, tandis que Vladislav Davidzon raconte une ingérence américaine dans la politique ukrainienne destinée à influencer… les élections américaines.

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Selon le musicien américain Frank Zappa, il y a trop de livres et trop peu de temps pour les lire. Nous en avons donc lu pour vous. Frédéric Ferney a lu l’autobiographie de Barak Obama, on y trouvant du charme à condition de ne pas en être dupe, tandis que Basile de Koch a lu la première biographie de Marie-France Garaud, l’idole de sa jeunesse qu’il trouve toujours irrésistible. Jérôme Leroy salue une belle réédition des Fables de La Fontaine, publiée dans la collection Pléiade, pour fêter les 400 ans du poète. Nous ne sommes pas des bonobos ! C’est non seulement une évidence, mais aussi le titre du nouveau livre de l’éminent linguiste, Alain Bentolila, qui nous explique en quoi le langage humain est incomparablement plus ambitieux que la communication animale. Pour la musique, Sophie Bachat salue deux chanteuses légendaires, la Française au nom anglais, Sheila, et l’Anglaise au nom français, Marianne Faithfull. Deux icones des années 60 mais pas que. La preuve ? Elles sortent chacune un nouvel album. Combinant littérature et art de la table, Emmanuel Tresmontant nous rappelle combien Simenon, le créateur de Maigret, était un ardent défenseur de la culture française dont le haut lieu est le bistrot – cette même culture qui, pour Bock-Côté, incarne l’esprit de résistance. Dès la réouverture des terrasses, on va tous prendre le maquis…

Tête de Pierre et tête d’Arabe

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La journaliste Elisabeth Lévy © Pierre Olivier

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy


Le 7 juin 2009, alors que Manuel Valls serre des mains dans les rues d’Évry, il se fait pincer par la patrouille. Oubliant le micro-cravate dont l’a équipé une chaîne de télévision, le député-maire lâche entre les dents à son dir’ cab : « Tu me mets quelques Blancs… Enfin, quelques White, quelques Blancos ! » (comprendre : pour la photo). Toute la gauche se bouche vertueusement le nez, les journalistes exultent : on vous l’avait dit que ce type était de droite.

En 2016, pour avoir affirmé qu’il y a dans certaines classes de sa ville 90 % d’élèves musulmans et que c’est un problème, Robert Ménard a droit au traitement grand luxe : heures les plus sombres, fichage ethnique et procès qui ira jusqu’à sa relaxe définitive en 2019.

À peu près à la même époque, en 2015, des mères d’origine marocaine de Montpellier se plaignent qu’il n’y ait pas de blonds dans la classe de leur fils. Libération s’enthousiasme et espère que le gouvernement va enfin s’attaquer à la « ghettoïsation scolaire ».

Les ravis de la crèche multiculti

Ça ne doit pas donner des résultats fameux, car six ans plus tard, le 19 avril dernier, c’est encore à Montpellier que Naïma Amadou interpelle le président : son fils, explique-t-elle, lui a demandé si le prénom Pierre existait vraiment ou si c’était seulement dans les livres. Cette fois encore, les ravis de la crèche multiculti rivalisent dans l’empathie pour cette dame et dans la sévérité pour ces politiques qui ont « parqué ces populations ». Il ne vient pas à l’idée du président de demander à Naïma pourquoi elle n’a pas appelé son fils Pierre, d’ailleurs il ne lui vient pas d’idée du tout, il reste coi.

Toutefois, de nombreux commentateurs envisagent ouvertement que la tenue strictement islamique de Naïma, comme celle de nombreuses mères de son quartier, contredise son désir d’intégration. On sait grâce à Christophe Guilluy pourquoi les prolos old school (comme dirait Onfray) ont quitté les banlieues pour l’intermonde appelé France périphérique. Ce qui a changé, c’est qu’on peut le dire sans se faire trop insulter.

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Des Blancos de Valls au Pierre de Naïma en passant par les élèves de Ménard et les blonds de Montpellier, le constat est identique : certains quartiers où l’immigration musulmane est majoritaire ne ressemblent plus vraiment à la France. Au point que même les habitants se plaignent de cet entre-soi qui prive leurs gosses de tout contact avec la culture majoritaire.

Or, Valls et Ménard ont reçu des flots d’invectives et Naïma des encouragements apitoyés. Ce deux poids, deux mesures ne tient pas seulement à la tête du client. Pour avoir le droit de voir ce que l’on voit, il ne suffit pas d’appartenir par naissance à un groupe victimisé, encore faut-il tenir le discours qui sied à une victime. Comme nos policiers ou militaires d’origine subsaharienne ou maghrébine, Sonia Mabrouk est accusée par les bons esprits de faire « la Française ».

Certains ont même le droit de compter. Alors, comme les Shadoks pompaient, ils comptent, inlassablement : les femmes, les Arabes, les Noirs, les handicapés, dans les conseils d’administration, les émissions de télé, les films, les prix Goncourt. Nul ne le leur reproche, pour peu qu’ils parviennent à la seule conclusion acceptable : il n’y en a pas assez. Inversement, si on compte les discriminations, les agressions sexuelles ou les bavures policières, il faut découvrir qu’il y en a toujours plus.

Le scandale « tête d’Arabe »

Mais c’est le scandale collatéral dont a accouché « l’affaire Pierre » par le truchement de votre servante qui montre que l’antiracisme peut devenir fou et rendre fou. Sur le plateau de Sonia Mabrouk à CNews, j’ai remarqué que les quartiers sans Pierre étaient aussi ceux où on pouvait se faire enquiquiner si on mangeait pendant le ramadan, même quand « on n’avait pas une tête d’Arabe », puis répondu en substance à Sonia Mabrouk (quoique avec moins d’assurance que je l’aurais voulu) que oui, elle aussi avait une « tête d’Arabe » – ravissante au demeurant. Expression peut-être un brin désinvolte, mais purement descriptive et évidemment dénuée de toute connotation péjorative. Deux jours plus tard, j’apprends que je suis en « TT » (« TrendingTopics ») sur Twitter, ce qui veut dire que je fais causer et pas en bien. La meilleure protection contre les raids numériques c’est encore de les ignorer.

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Cependant, les cris de chochottes offensées parviennent finalement à mes oreilles. Que des gens qui s’appellent « frère » ou « cousin » sur la seule base d’une ressemblance physique jouent les indignés parce qu’on remarque cette ressemblance ne me trouble guère. Pour autant, cette micro-polémique illustre l’aporie sur laquelle butent les chantres de la diversité. D’un côté, ils brandissent leurs différences comme des étendards et réclament pour elles de la visibilité – d’ailleurs, ils se définissent comme des minorités visibles. De l’autre, quand on voit ces différences, ils hurlent à l’agression raciste. Voyez-nous sans nous voir. Cette injonction contradictoire prouve par l’absurde la supériorité d’un modèle français que les militants rejettent précisément parce qu’il se fiche de leurs origines, qu’elles se voient ou pas à leur tête. Seulement, quand on se définit comme « racisé », on ne peut pas se passer de racistes. Au besoin, on en invente.

Dans la famille Agag-Boudjahlat, je demande le frère…

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Kamel Agag-Boudjahlat, © capture d'écran France Bourgogne-Franche-Comté

Kamel Agag-Boudjahlat a été très éphémèrement candidat RN aux élections. Récit.


Désigné le 30 avril tête de liste pour le Rassemblement national dans le territoire de Belfort, Kamel Agag-Boudjahlat retire sa candidature trois jours plus tard.

La désignation avait fait parler d’elle : comme l’habitant du quartier de la Petite Hollande à Montbéliard le reconnaît lui-même, la « prise » était intéressante pour un parti en quête permanente de dédiabolisation, tout comme son expérience auprès de la jeunesse des quartiers difficiles était un réel atout. Mais elle avait aussi entraîné bon nombre de réactions indignées et tout un lot d’attaques et de menaces contre sa famille. Face à ces dernières, le candidat déclarait tenir bon, quoique difficilement, comptant sur le soutien plein et entier de Julien Odoul, chef de file de la région qui l’avait imposé.

À lire aussi, entretien avec Fatiha Agag-Boudjahlat: “Mon frère salafiste et mon frère témoin de Jéhovah considèrent l’homosexualité comme une abomination”

Après l’annonce de son désistement, c’est un tout autre son de cloche. Déclarant ne plus pouvoir supporter les menaces, tout comme l’incompréhension de nombre de ses proches ne s’expliquant pas son engagement, le chess-boxeur [nouveau sport hybride, mélangeant échecs et boxe anglaise ! NDLR] dit avoir voulu « infiltrer » le RN. Soucieux de poursuivre son combat en faveur des quartiers sensibles, un siège de conseiller régional lui avait paru confortable, et les sondages favorables au RN lui désignèrent la meilleure opportunité à saisir. L’idée était de « tomber » le masque une fois élu, et d’œuvrer alors comme représentant des quartiers prioritaires.

Une trahison ?

Être nommé tête de liste fut aisé : « il suffisait de parler de violences et d’insécurité », bien que la désignation par les instances supérieures de ce nouvel encarté sur foi de sa bonne mine irrita quelque peu les militants historiques. Il ôta cependant le masque plus vite que prévu, assortissant son coup de théâtre d’un appel à voter contre le RN et de l’annonce de la préparation d’un livre sur l’expérience.

La direction du parti de droite nationale, préfère, elle, dénoncer plutôt la campagne de harcèlement dont il fit l’objet, preuve, selon Julien Odoul, qu’aujourd’hui un Français d’origine maghrébine n’était pas libre de se présenter comme il l’entendait.

Les campagnes de harcèlement, c’est aussi le quotidien d’une autre Agag-Boudjahlat, célèbre, sœur ainée du précédent, enseignante, militante et essayiste : Fatiha Agag-Boudjahlat. Elle est en pleine promotion de son dernier ouvrage, les Nostalgériades (voir notre recension). Celle-ci, a récemment témoigné sur la violence des attaques qu’elle subissait, notamment de la part de Taha Bouhafs, qui, à l’annonce de la candidature de son frère n’avait pas manqué d’y voir une preuve de son prétendu extrémisme. L’essayiste défend son frère, dont elle se dit très proche et admiratrice du travail, dit qu’il y a une grande diversité d’opinions dans leur nombreuse fratrie et réaffirme son attachement à la liberté individuelle. Après l’annonce du retrait politique de ce dernier, elle n’a pas souhaité commenter davantage, quand Causeur la sollicite. Elle dit voir dans cet épisode un coup médiatique de Julien Odoul, et avoir tenté de dissuader son frère de rejoindre le RN, consciente de la violence qui en découlerait.

L’Éthiopie déclenchera-t-elle la guerre de l’eau?

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Abdelrahim Ali, député égyptien et président du CEMO (centre des études du Moyen-Orient) à Paris.

L’Éthiopie, où prennent leurs sources de nombreux fleuves, exploite son avantage naturel pour déstabiliser les équilibres stratégiques dans la région de la Corne d’Afrique et du bassin du Nil.


Alors que l’Éthiopie tient toujours à poursuivre son projet du grand barrage de la Renaissance en commençant juillet prochain la seconde phase de remplissage du réservoir, l’Égypte met en garde Addis Abeba contre la prise de mesures unilatérales. Le Caire appelle également la communauté internationale et notamment les États-Unis à intervenir afin de désamorcer cette crise qui pourrait déclencher une guerre dans la région.

A lire aussi, l’analyse de Gil Mihaely: Égypte et Éthiopie : jeu à somme Nil ?

La crise s’est cristallisée en avril 2011 lorsqu’Addis Abeba prit unilatéralement la décision d’utiliser l’eau du Nil bleu pour remplir le mégabarrage hydroélectrique. L’Éthiopie annonçait vouloir produire de l’électricité alors qu’elle ne cherchait par là qu’à changer les règles du jeu et transformer l’eau du Nil en marchandise comme les autres. Or, le Nil, étant l’unique source d’eau en Égypte, est l’artère vitale des Égyptiens. C’est aux bords du Nil que l’Égyptien a établi sa civilisation depuis voilà sept mille ans. Il a creusé les ruisseaux, érigé les barrages et les ponts et a conduit l’eau du Nil jusqu’à l’intérieur des temples. L’Égypte a fondé ses projets de développement de son agriculture, son industrie et son commerce en tablant sur son quota de l’eau du Nil qui atteignait 55.5 milliards mètres cubes par an. Ce quota a été défini par l’accord sur le partage des eaux du Nil de 1959 et restait depuis inchangé malgré  une croissance démographique très forte portant la population égyptienne à quelques 105 millions contre 30 millions d’âmes au moment de la ratification de l’accord. Ainsi ce quota équivaut aujourd’hui 500 mètres cubes par an et par tête d’habitant, une quantité qui représente 50% du « seuil de pauvreté hydrique » fixé par la Banque Mondiale.

Barrage de la Renaissance © Adwa Pictures / AFP.

Des négociations permanentes

L’Ethiopie en revanche est très riche en eau : des précipitations d’un milliard de mètres-cubes par an, plus de 12 fleuves en sus du Nil bleu, de Sobat et d’Atbara sans oublier l’exploitation de plus de six barrages pour la production de l’électricité et pour l’agriculture.

Les négociations en cours actuellement entre l’Égypte, le Soudan et l’Ethiopie portent principalement sur le remplissage et le fonctionnement du barrage en vertu de la déclaration de principes signée par les trois parties en 2015. Or l’Ethiopie ne cesse de tenter d’entrainer les pourparlers sur d’autres terrains comme les anciennes conventions de 1929 et 1959 qui organisent la coopération entre les pays du bassin du Nil et l’utilisation des eaux du Nil et dont l’Ethiopie ne fut pas partie contractante. En outre, elle passe expressément sous silence la convention des frontières de 1902 qui l’engage à ne créer aucune œuvre au bord du Nil bleu ou dans la région controversée de Shangoul cédée par le Soudan (qui dépendait alors du gouvernement égyptien) en vertu de condition d’interdire sur l’intégralité de son territoire installations ou barrages qui nuiraient aux intérêts du Soudan. Rejetant des conventions qui ne l’engagent nullement et reniant les obligations que lui en imposent d’autres, l’Ethiopie confirme sa position discordante et contradictoire.

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Alors que le besoin de production d’électricité, argument mis en avant par Addis-Abeba, est discutable, l’Ethiopie tente d’accélérer le remplissage de son réservoir (de 14 à 74 milliards m3). Cette insistance sur le rythme – l’Egypte avait déjà accepté que le réservoir soit rempli dans une durée de 10-12 ans)  laisse planer les doutes sur les véritables intentions des Ethiopiens.

De plus, l’Éthiopie ne cesse d’invoquer « l’utilisation équitable des eaux du Nil », sauf qu’aucun rapport n’existe entre le partage des eaux dont parle Addis-Abeba et les négociations autour du dossier concret du barrage. Curieusement l’Éthiopie ne l’évoqua que l’année dernière pendant les négociations tenues sous les auspices de l’Union africaine. La déclaration de principes signée par les diverses parties en 2015 ne porte pas sur ce sujet. Bien au contraire, au cœur de cette déclaration se trouve le principe selon lequel les pays de l’aval ne seront pas lésés par ceux qui se trouvent en amont.

Des visées expansionnistes?

L’Ethiopie essaie tout simplement de faire croire – et accepter – qu’elle est propriétaire des eaux de tous les fleuves qui prennent leur source dans le plateau éthiopien. Pire encore, l’Ethiopie essaie de faire de ces eaux une arme économique et stratégique pour mettre à genou et appauvrir l’intégralité de la région. Autrement dit, l’Ethiopie exploite cet avantage naturel pour déstabiliser les équilibres stratégiques dans la région de la Corne d’ Afrique et du bassin du Nil. Elle tente aussi de s’imposer comme puissance hégémonique régionale et peut être suspectée de visées expansionnistes dans les territoires du Soudan et d’autres pays limitrophes. On ne peut pas exclure non plus une volonté de reprendre la main sur l’Erythrée et l’accès à la mer rouge (l’Ethiopie est un pays enclavé sans accès à la mer).

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C’est pourquoi l’Éthiopie refuse catégoriquement tout accord contraignant portant sur la gestion hydraulique du barrage : Addis-Abeba cherche à avoir les mains libres pour mettre en exécution sa grande stratégie dont chaque étape de cette crise en dévoile davantage.  Néanmoins, l’Éthiopie est tout à fait consciente que toute violation de l’accord de principes signé entre toutes les parties en 2015 l’exposera à de graves conséquences : l’Égypte se verra  alors en droit de prendre les mesures qu’elle juge pertinentes, y compris l’usage de la force et la déclaration de guerre, afin de préserver son quota des eaux du Nil. C’est pourquoi, il incombe à la communauté internationale et notamment les pays européens et les États-Unis d’intervenir rapidement, d’arrêter le remplissage du barrage et de parrainer de sérieuses négociations qui feraient entendre la voix de la raison à l’Éthiopie avant qu’il ne soit trop tard.

Drame d’Avignon: la France forte avec les faibles, faible avec les forts

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Un policier sécurise les lieux du crime, Avignon, 5 mai 2021 © CLEMENT MAHOUDEAU / AFP.

Le meurtre par balle d’un policier d’Avignon près d’un point de deal mercredi doit nous inspirer, à tous, compassion et colère.


Compassion évidente envers ce policier tué – vraisemblablement par un dealer – alors qu’il intervenait sur un lieu de trafics bien connu. Envers sa famille, ses amis, tous ses proches. Envers ses collègues de terrain, envers une institution maltraitée, éprouvée, souvent vilipendée, mais qui même si elle a sa part de responsabilité n’en reste pas moins massivement inspirée par un authentique souci du bien commun et un véritable dévouement. Et colère. Colère envers une frange de la population qui a fait collectivement le choix de la délinquance, envers une magistrature indigne, envers les politiques de tous bords, envers de nombreux médias, envers la hiérarchie des forces de sécurité qui n’est pas à la hauteur de l’époque.

Bien sûr, il vaut mieux chercher des solutions que des coupables. Il n’empêche : savoir comment on en est arrivé là est important, et il n’est plus tolérable que ceux à cause de qui notre pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans la sauvagerie échappent à leurs responsabilités.

Compassion pour les uns, indifférence pour les autres

Il y a toute cette frange de la population qui a, collectivement, fait le choix de la délinquance. Trafics, économie souterraine, loi de silence, vision romantique du truand et exaltation du caïd, attachement à une culture où la brutalité est la norme et où l’idée même d’intérêt général fait hausser les épaules en ricanant. Oui, les habitants des zones de non-droit sont les premières victimes de ces bandes contre lesquelles l’État ne les protège pas, mais beaucoup sont aussi responsables de l’éducation qu’ils donnent – ou trop souvent qu’ils ne donnent pas – à leurs enfants. On sait les remarquables travaux du docteur Maurice Berger sur le sujet, sur le rôle crucial de l’environnement culturel et familial.

À lire aussi, Maurice Berger: Remettre la honte à sa juste place

Il y a cette magistrature gangrénée par l’idéologie du juge Baudot, pleine de compassion envers les criminels mais d’indifférence envers les victimes et d’hostilité envers les forces de l’ordre, cette magistrature accrochée à son privilège d’indépendance, qui se croît propriétaire du pouvoir judiciaire alors qu’elle n’en est que délégataire car en France la souveraineté, dont le pouvoir judiciaire est une composante, n’appartient qu’au peuple. Une corporation dont seule la légitimité est d’avoir réussi un concours professionnel, mais qui utilise l’autorité qui lui est confiée au mépris de la volonté générale et du bien commun, pour servir une vision idéologique et une obsession pour la forme au détriment du fond.

Culture de l’excuse

Il y a ces politiques, de tous bords, sans doute les premiers coupables. À gauche on retrouve l’idéologie, la culture de l’excuse, la négation du libre-arbitre qui conduit à affirmer que tout délinquant ne serait que le produit mécanique de conditions socio-économiques – quel terrible mépris envers ces centaines de milliers de gens qui malgré la pauvreté sont honnêtes et droits ! On trouve l’obsession pour la « réinsertion » et les « peines alternatives » qui conduit à faire mille fois plus pour les criminels que pour les honnêtes gens, et à faire prendre tous les risques aux seconds pour flatter son orgueil et se draper de vertu en se montrant compatissant envers les premiers. Taubira, Belloubet, Dupond-Moretti : tout est dit.

Et à droite ! Sarkozy a promis le karcher, mais n’a fait que de l’affichage et de la communication. Les gouvernements successifs n’ont jamais eu le courage d’affronter l’idéologisation de la magistrature, ni de faire adopter des lois à la hauteur de la situation et des enjeux, ni de mettre fin à l’inflation formaliste perpétuelle de la procédure pénale, de plus en plus chronophage pour les forces de l’ordre au détriment de la présence sur le terrain. Pire encore, au lieu d’assumer de dire le réel, la droite a laissé la gauche – dans ce domaine comme dans tant d’autres – imposer un magistère moral absurde, elle s’est pliée à cette arrogance de l’adversaire. Oui, la plus grande faute politique et morale de la droite est celle-ci : avoir permis à la gauche de fixer les limites de ce que l’on a le droit de dire, des questions que l’on a le droit de poser, des constats que l’on a le droit de faire.

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Et n’oublions pas, droite ou gauche, la faute qui consiste à avoir instrumentalisé les forces de l’ordre contre le peuple, faute dont Emmanuel Macron et sa majorité ont été les parangons pendant la crise des gilets jaunes, « en même temps » qu’ils montraient une indulgence coupable envers les casseurs ou des mouvements ouvertement haineux comme les manifestations de la famille Traoré. « Fort avec les faibles, faible avec les forts » : et on s’étonne ensuite qu’il y ait des catastrophes ? Que l’habitude de l’impunité pousse à aller toujours plus loin ?

Il y a ces médias, eux aussi massivement acquis à cette idéologie du « politiquement correct », eux aussi coupables d’avoir laissé le déni du réel s’investir d’une autorité morale et d’un pouvoir de censure dramatiques, eux aussi responsables d’avoir diffusé la méfiance systématique (quand ce n’est pas la haine) envers les forces de l’ordre, et une vision romantique idéalisée de la délinquance. Non, les criminels qui frappent aujourd’hui en France ne sont pas des Jean Valjean, ce sont des Thénardiers ! Les médias aussi ont du sang sur les mains. Et il y a les forces de l’ordre elles-mêmes. J’hésite à écrire ces lignes alors qu’elles sont en deuil, mais hélas ! Dans la police elle-même, il y a une hiérarchie trop soucieuse de se faire bien voir, trop adepte du « pas de vagues », trop éloignée du terrain. Une hiérarchie qui a laissé la « voie publique » être le parent pauvre des commissariats, et regarde passivement s’accumuler les missions « innovantes » au détriment du travail de fond, laborieux mais indispensable. Des organisations syndicales très soucieuses de mesures catégorielles et de rythmes horaires – avoir toujours plus en faisant toujours moins – mais très peu soucieuses d’efficacité opérationnelle, et de capacité à monter en puissance pour renforcer un équipage pris à partie. Malgré la valeur des hommes et des femmes qui servent sous l’uniforme, le constat est terrible : la police a abandonné des secteurs entiers du territoire, et là où elle « tient » encore c’est uniquement grâce au travail désormais incontournable des polices municipales.

Vers le règne des caïds et des milices

Dans la gendarmerie, certes le statut militaire est une garantie et un gage de capacité de réaction à l’urgence, mais pourquoi tant d’années de silence face à des dérives que chacun constate et connaît ? Pourquoi Bertrand Soubelet a-t-il été pratiquement le seul à oser dire ce que tout le monde sait ? Pourquoi une absolutisation du devoir de réserve au détriment du devoir d’alerter le peuple souverain sur la situation réelle de la France ? Alors que l’institution bénéficie – à juste titre – de la confiance de la grande majorité des citoyens et des élus, pourquoi ne pas dire ouvertement l’incapacité de la police à tenir le terrain qui lui est confié, et l’incurie désastreuse de la réponse pénale ? Et je ne parle pas des associations professionnelles (car si les militaires ne peuvent pas se syndiquer, ils disposent désormais d’un droit d’association) que l’on aimerait beaucoup plus offensives et beaucoup plus déterminées à se faire entendre.

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Le choix est simple. Nous pouvons continuer à nous payer de mots, exprimer notre tristesse et notre indignation, « condamner fermement », et laisser le pays glisser encore et encore vers le délitement. Laisser l’État démissionner toujours plus de ses responsabilités régaliennes pour se transformer en fermier général, et nous pousser vers le règne des caïds et des milices. Exactions des pillards et des bandes au détriment des plus faibles, groupes d’auto-défense pour ceux qui parviendront à s’organiser et à s’équiper, sécurité privée surarmée au seul bénéfice des plus fortunés, et ce sera l’ère des seigneurs de la guerre. La fragmentation de la France en multiples féodalités, ou l’avènement d’une dictature fanatique qui saura unifier les bandes les plus brutales et gouverner par la peur – c’est le rêve des islamistes – ou encore la prise de pouvoir par une oligarchie s’appuyant sur une supériorité technologique écrasante pour imposer sa volonté aux masses. Ou un héros, qui parviendra à fédérer les forces de l’ordre, les armées et le peuple pour refonder la France…  mais il serait bien imprudent d’attendre passivement l’émergence improbable d’un nouveau Napoléon, ou l’apparition miraculeuse d’une nouvelle Jeanne d’Arc.

Mais nous pouvons aussi reconquérir le territoire dès maintenant, sans attendre le chaos total ni l’homme providentiel. Construire des prisons, et les remplir. Rappeler à tous que dans « violence légitime » il y a « violence », et que les forces de l’ordre ont le droit et même le devoir d’en faire usage. Refonder totalement la chaîne pénale pour que le formalisme cesse d’être plus important que le fond, pour les peines soient véritablement dissuasives (par l’enfermement et en frappant au porte-feuille) et pour qu’elles soient effectives et douloureuses dès le premier fait, au lieu d’attendre qu’un jeune ait fait de la délinquance son mode de vie avant de se préoccuper enfin de le sanctionner. Oser, partout où il le faudra, proclamer l’état de siège. Et confronter enfin les magistrats aux conséquences de leurs décisions, obliger le pouvoir politique à trouver le courage de contraindre l’autorité judiciaire à rendre des comptes au seul souverain légitime de la France : le peuple français.