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Le dollar est et restera longtemps le centre du monde

Les énormes dépenses publiques américaines sont critiquées de toutes parts. Beaucoup pensent que la compilation des plans Trump puis Biden de relance ne pourra, au-delà d’une dette jugée insupportable, que mettre en danger l’hégémonie du dollar dans le monde. Certains auteurs pensent même que la Chine va en profiter pour arrimer le yuan dans un statut de monnaie de réserve et que sa récente décision du passage à un yuan flottant irait dans ce sens[1]. D’autres pensent que l’on pourrait se diriger vers une dévaluation massive du dollar.[2]


Pour autant, nous tenterons ci-dessous de montrer que le dollar est et restera encore très longtemps la seule monnaie à être suffisamment liquide et à ne pas souffrir du risque de convertibilité c’est-à-dire de fuite vers une autre monnaie. Clairement l’émetteur de dollar – de fait un accord non écrit entre Trésor fédéral et FED sur la couverture de l’émission – restera le souverain à qui il ne pourra pas être demandé de compte. Cela ne fut pas toujours le cas, notamment lorsque avant le 15 août 1971 le dollar était convertible en métal précieux et que cette convertibilité devenait de plus en plus exigée par des Etats qui demandaient le remboursement de leurs avoirs dollarisés en or. En pratique, des États étrangers, dont la France du Général de Gaulle, se disaient tout aussi souverains que l’État fédéral américain, lequel devait se soumettre à une discipline monétaire sérieuse. Cela n’est plus le cas aujourd’hui et nous allons montrer que la souveraineté américaine est au-dessus de toutes les autres souverainetés et cela probablement pour fort longtemps encore.

Les États-Unis ne sont pas la Grèce

Tout d’abord il faut comprendre que l’énorme déficit du Trésor fédéral n’est pas danger mais pur cadeau fait à tous les acteurs qui vont en bénéficier. De façon très synthétique et en prenant la terminologie des comptables nationaux, les grands acteurs sont les « administrations publiques » (État fédéral), le secteur privé (« entreprises », « système financier » et « ménages ») et le « reste du monde » qui est un acteur greffé sur ceux  de l’ensemble national. Lorsque l’État fédéral décide de dépenser, il ordonne à la FED d’enclencher l’abondement des comptes des bénéficiaires (entreprises et ménages via le système bancaire). Cette dernière débite le compte du Trésor fédéral pour un même montant… que celui-ci soit à découvert ou non. Les bénéficiaires de la dépense publique sont le secteur privé dans ses composantes et bien sûr le reste du monde, le plus souvent par ricochet (importations nouvelles, dépenses militaires à l’étranger, exportation de capitaux vers le reste du monde, etc.).

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Ces mêmes bénéficiaires directs et indirects, nationaux ou étrangers, voient leurs comptes bancaires crédités en dollars. Ils peuvent bien sûr transformer ces dollars en bons du Trésor US sans aucun risque puisque la FED pourra en tant que prêteur en dernier ressort toujours assurer le paiement à l’échéance. De ce point de vue, la dette n’a aucun sens pour le Trésor américain. Ce n’est évidemment pas le cas pour nombre d’autres Etats qui ont pu ou ont dû s’endetter à partir de devises étrangères et qui ont adopté un taux de change fixe. Ce n’est pas non plus le cas d’autres États qui, tels ceux de la zone euro, ont abandonné toute souveraineté monétaire et ne peuvent plus individuellement bénéficier d’un financement illimité de la BCE. Le drame de la Grèce reste ici dans les esprits.

Les forces du dollar

Bien sûr les bénéficiaires nationaux et étrangers du déficit public américain peuvent transformer leurs nouvelles liquidités en dollars et acheter des devises étrangères. Le problème est toutefois qu’une partie essentielle du monde est fait d’espaces économiques excédentaires tels que l’immense Chine et l’Europe, voir le Japon et la Corée du sud. Cela signifie que le compte du reste du monde de ces espaces est déficitaire, ce qui correspond à un fort excédent financier pour les dits espaces. En termes simples, Chine et Europe, soit quelque 40% du PIB mondial, dépensent moins qu’ils ne gagnent, ce qui signifie que leurs devises ne sont pas abondantes sur le marché mondial.

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Le yuan est relativement rare car peu d’acteurs mondiaux sont en excédent sur la Chine et leurs comptes en yuans sont donc très limités. L’euro est relativement rare car peu d’acteurs sont en excédent sur la zone euro et leurs comptes en euros sont limités. Globalement, une réserve de valeur en dollars est bien plus intéressante qu’une réserve de valeur en yuans ou en euro dont la liquidité est beaucoup plus faible qu’un dollar très abondant en raison du déficit américain. Et, précisément, cette liquidité aussi synonyme de sécurité, fait que les monnaies chinoise et européennes sont moins souveraines que la devise américaine.

Forces centripètes et centrifuges

Une grande partie du monde s’étire ainsi entre zones très  excédentaires (Chine, Japon, Corée du Sud, Europe, États pétroliers) et une zone très déficitaire (États-Unis). Bien sûr, il existe d’autres espaces (Amérique Latine, Afrique, etc.) qui eux sont en difficulté. Très simplement ils ont quelque peine à rassembler les moyens nécessaires aux importations dont ils ont le plus grand besoin (denrées alimentaires surtout, mais aussi, pétrole, médicaments, technologies, sans bien sûr oublier un service de la dette qui, pour certains pays africains, va mobiliser jusqu’à 50% du budget public[3]). Si donc les zones précitées étaient toutes excédentaires, en particulier commercialement excédentaires, cela signifierait qu’Amérique Latine, Afrique, etc. connaîtraient les plus grandes difficultés à exporter et donc à disposer des ressources importées dont ils ont les plus grands besoins. De ce point de vue l’énormité du déficit américain constitue un ballon d’oxygène pour ces continents et pays. Un ballon d’oxygène américain qui viendra s’ajouter à l’abandon par le G20  du service de la dette pour 73 pays en difficulté[4].

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La conclusion est simple : parce que les monnaies des zones excédentaires sont animées par des forces plus centripètes que centrifuges, les devises correspondantes ne peuvent devenir aisément monnaie de réserve. A l’inverse, parce que les USA connaissent un déficit public gigantesque et que ce déficit nourrit le compte du reste du monde, le dollar est animé de forces plus centrifuges que centripètes et devient spontanément la monnaie ultime.

Le dollar n’a pas dit son dernier mot…

La Chine, notamment avec ses routes de la soie, effectue de gigantesques prêts en yuans auprès de nombreux pays. L’augmentation de la liquidité en yuans correspondante est pourtant éphémère et les pays bénéficiaires sont invités à importer depuis la Chine et au-delà à rembourser les prêts. Là encore les forces centripètes l’emportent. Il est donc très difficile de créer une zone yuan pouvant à terme concurrencer le dollar. Une solution plus efficace pour la Chine serait d’utiliser ses immenses avoirs en dollars pour acquérir des entreprises américaines. Il s’agirait alors d’un véritable paiement, les USA voyant leur déficit se transformer en perte de patrimoine. Bien évidemment, les USA utiliseraient tous les moyens de leur souveraineté pour réduire à peu de chose cette perte de substance. De fait la concurrence du yuan – ou de toute autre monnaie – au regard du dollar serait la transformation du système productif chinois avec désormais un déficit durable et important permettant aux forces centrifuges de l’emporter sur les forces centripètes. On en est très loin et longtemps encore la Chine devra connaître un excédent extérieur compensant la faiblesse de la consommation interne.

La mort du dollar est régulièrement annoncée. Il n’a pourtant jamais été aussi hégémonique et il le sera encore fort longtemps.

[1] C’est le cas de Kenneth Rogoff (cf les Echos du 33 avril 2021)

[2] C’est le point de vue de Nicolas Baverez (cf les Echos du 28 avril 2021)

[3] C’est le cas du Ghana aujourd’hui.

[4] Décision des pays du G20 d’Avril 2020, et décision de peu d’effet par peur d’abaissement de note entrainant une fuite de capitaux

À 14 ans, que faisait Gabriel dehors la nuit?

Dans la nuit du 25 mai 2020, à Bondy, Gabriel, âgé de 14 ans, tente de voler un scooter avant d’être interpellé. En avril 2021, une information judiciaire est ouverte pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ». L’analyse de Philippe Bilger.


L’adolescent dénonce des violences policières. Il a été gravement blessé à l’œil, avec un traumatisme crânien et trois dents cassées. Si la résistance de Gabriel a sans doute existé, elle pèse peu par rapport à ce qu’il a subi et qui dépasse les bornes de la force légitime. Je relève qu’on ne peut plus soutenir que la Justice, à Bobigny ou ailleurs, est inactive à l’égard des fonctionnaires accusés d’avoir perpétré des violences illégitimes. Il me semble même que parfois on souhaiterait la même réactivité et efficacité pour défendre la police et poursuivre ceux qui s’en prennent à elle.

Une police dangereuse pour les jeunes ?

Une fois ce constat fait, j’ai été scandalisé d’entendre les soutiens de Gabriel évoquer la police comme « un danger pour les jeunes ». Ils continuent évidemment à violer la présomption d’innocence des gendarmes dans l’affaire d’Adama Traoré. En particulier l’ancien footballeur Vikash Dhorasoo qui s’est illustré par une déclaration honteuse. Même RT France qui faisait le reportage s’est cru autoriser à « dénoncer une autre victime des violences policières », ce qui montre à quel point les précisions du réel et des procédures judiciaires sont noyées trop souvent dans un opprobre hémiplégique et approximatif. Je ne cesse d’ailleurs d’être agacé par les avocats des gendarmes qui, à force de se taire, semblent ne plus exister face à Me Yassine Bouzrou omniprésent pour la famille Traoré.

Gabrielbondy
© D.R.

Quid de la responsabilité des parents ?

Pour en revenir à Gabriel, j’avoue être surpris par la bonne conscience de son père qui se campe seulement en pourfendeur de la police en remerciant tous ceux qui ont partagé son émotion, sans s’interroger une seconde sur lui-même et sa responsabilité : laisser Gabriel en pleine nuit, à 14 ans, libre d’accomplir une infraction. Avant les violences policières, il y a pour le moins cette grave incurie éducative et familiale. J’entends bien qu’on ne parvient jamais à tenir la balance parfaitement égale entre les forces de l’ordre et leurs quelques transgressions, et les délinquants et leurs nombreuses atteintes à la police. Mais pour ma part j’ai toujours essayé ; et je n’ai jamais abandonné un bout de la chaîne pour ne me consacrer qu’à l’autre. Contrairement à l’idéologie gauchiste qui sacrifie allègrement une cause (celle du soutien de la police) au bénéfice exclusif de l’autre (celle de sa permanente mise en cause) au point même qu’on peut considérer que les fonctionnaires de police sont présumés coupables et que de l’autre côté il n’y a ni délinquants ni criminels.

Les indignations sélectives, ça suffit !

Ces indignations sélectives sont insupportables qui délibérément refusent l’honnêteté, intentent des procès expéditifs, n’ont qu’une cible et se facilitent l’existence morale et intellectuelle en écartant de leur champ tout ce qui devrait les contraindre à une opinion juste et équilibrée, à la mise en parallèle de l’exceptionnel avec le fréquent, du légitime avec l’illicite, de l’indécence avec la dignité.

Une société qui ne sait pas – ou ne veut pas – départager le bon grain de l’ivraie, est impuissante à éradiquer le mal et à punir ceux qui détruisent le bien, est mûre pour le désastre. D’abord à petit feu puis à grandes enjambées destructrices.

Feu! Chatterton: des jeunes gens littéraires

Avec une élégance érudite très French Touch, le groupe Feu ! Chatterton donne un dernier album, Palais d’argile, où il est question de poètes anglais, du bluetooth et du monde d’après


Cette semaine, j’ai abandonné mon obsession des vieilles chanteuses et des rockers anglais des années soixante, pour l’écoute compulsive du groupe français Feu ! Chatterton et de son dernier album Palais d’argile paru le 12 mars. Ce groupe composé d’élégants trentenaires parisiens érudits et de bonne famille, au nom éminemment littéraire (hommage au poète Thomas Chatterton), fait figure d’OVNI dans la scène musicale française. Apparus en 2011, ils peuvent déjà s’enorgueillir d’un disque d’or pour leur premier album : Ici le jour (a tout enseveli) et de deux nominations aux Victoires de la musique. Tant que le talent et le succès se rencontreront, il y aura toujours de l’espoir.

Le quintet avait prévu un spectacle aux Bouffes du Nord qui a été annulé pour cause de fin du monde. Alors ils ont écrit un album pour l’enterrer, ce monde, et restent dubitatifs au sujet du nouveau, « qui tarde à apparaître », selon la fameuse citation de Gramsci. Bien sûr, nous avons droit à la tarte à la crème de l’horreur du « tout connecté », mais de façon subtile et humoristique, car nul ne peut y échapper. Ainsi dans le single Un monde nouveau,  aux chaudes tonalités électro : « Un monde nouveau, on en rêvait tous, mais que savions nous faire de nos mains ? Presque rien. Attraper le bluetooth ». Constat désenchanté, mais sans amertume. 

La voix de velours d’Arthur Teboul

Cet album, mis en scène par Arnaud Rebotini, un des papes de la French Touch est surprenant. Sorte d’album concept, composé comme un opéra, il dure plus d’une heure, les chansons sont longues et possèdent de multiples lectures. Le tout donne une impression de raffinement littéraire, servi par la voix de velours du chanteur Arthur Teboul, sorte de compromis entre Michel Delpech agrémenté par un vibrato à la Barbara qui n’aurait pas renié certaines chansons. 

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Ils sont également ancrés dans la tradition de la chanson française exigeante, avec des textes fouillés et littéraires. Il y a une reprise de Prévert et Kosma, Compagnons, qui fut chantée par Montand, mais ils l’ont cependant magnifiée à l’aide de rythmes à la fois syncopés et sensuels, motif que l’on retrouve quasiment dans toutes les chansons.

Un groupe antimoderne?

Réacs, disent certains chroniqueurs musicaux sans finesse. Non. Ce sont plutôt, comme Joseph de Maistre, ou plus proche de nous et plus pertinent : Pasolini, des antimodernes. Ainsi que les décrit Antoine Compagnon dans son ouvrage Les antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes : « Qui sont les antimodernes ? Non pas les conservateurs, les académiques, les frileux, les pompiers, les réactionnaires, mais des modernes malgré eux, à contre courant, à leur corps défendant, ceux qui avancent en regardant dans le rétroviseur ». 

Feu ! Chatterton, est un groupe ancré dans le réel et dans la modernité mais ils sont tout simplement lucides. Dans leur chanson la plus politisée, Ecran Total, ils dressent un constat du bordel ambiant, de la situation quasi insurrectionnelle de notre société : « La ville est à cran, d’arrêt visage pâle, c’est le carnaval, mais où sont les enfants ? Ah que le cœur me fend, je me souviens mal du monde d’avant ». Constat d’impuissance donc, mais avec des relents de révolte cependant : « Je les mettrai pas tes putains de lunettes spéciales ! ». Ce vers métaphorique est, à mon sens, un des plus forts de l’album. Le morceau se termine en une sorte de brouhaha, le chanteur crie le texte, la musique prend le dessus sur des rythmes dance et rock’n’roll aux guitares saturées. Comme un avant goût de révolution.

Un îlot de fraîcheur

Comme toujours lorsqu’il n’y a plus d’espoir, il ne reste qu’à se tourner vers la poésie. Un des sommets du disque est le morceau Avant qu’il n’y ait le monde, adaptation d’un poème de Yeats magnifiquement traduit par Yves Bonnefoy : « Si je fais mes cils charbonneux et mes yeux de pluie de lumière, et mes lèvres plus écarlates, demandant à tous les miroirs si tout est comme je veux. Nulle vanité. Je recherche le visage qui fut le mien. »  La quinqua que je suis, fut bien sûr sensible à ce magnifique texte sur la jeunesse enfuie, cependant cela peut être également compris comme une métaphore de l’ancien monde englouti, que l’on recherche, que l’on essaie de recréer en grimant notre époque de nostalgie. 

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Un îlot de fraîcheur, de repos du guerrier, s’esquisse à travers la chanson Panthère, court morceau d’une minute à peine à la guitare sèche : « Tu sommeilles sur le grand lit de la chambre où l’on vit. Une noire panthère repose sur le mur. ».

Je suis sortie de cette écoute complètement sous le charme de Feu ! Chatterton, plus persuadée que jamais que seul l’Art pourra nous sauver du marasme. Merci donc à ce quintet de jeunes gens « plus modernes que n’importe quel moderne » comme l’écrit Pasolini dans son poème Je suis une force du passé.

Feu ! Chatterton, Palais d’argile (Barclay)

Avenir de l’Europe: Bruxelles mise sur l’Afrique!

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Une tribune libre de Nicolas Bay, député français au Parlement européen (RN)


Le XIXème siècle avait assuré au monde que l’Europe, ses découvertes scientifiques, ses inventions, sa civilisation, allaient devenir, de gré ou de force, l’avenir de l’Afrique. En 2021, a contrario, l’Union européenne affirme que l’Afrique serait l’avenir de l’Europe. Dans un rapport paru en ce début d’année, intitulé « une nouvelle stratégie UE-Afrique – un partenariat pour un développement durable et inclusif », la commission Développement du Parlement européen présidée par une députée LREM proclame l’absolue « nécessité » d’unir étroitement notre continent à l’Afrique.

Cette « nécessité » reposerait sur une prétendue « proximité géographique ». Or, s’il est vrai que Bruxelles est à 1 600 km d’Alger, elle est tout de même séparée par 9 800 km de Johannesburg. Or, Moscou, désigné à mots couverts dans ce même rapport comme une des capitales du Mal avec Pékin, n’est qu’à 2 200 km de Bruxelles. L’argument de la géographie est à l’évidence un mauvais prétexte.

L’idée d’un vrai « partenariat », c’est-à-dire équilibré, ne résiste pas davantage à l’analyse. En effet, le rapport prévient d’entrée de jeu que « loin de vouloir promouvoir une idée européenne du partenariat, c’est bien la vision africaine qui a été le fil conducteur des consultations (…) les intérêts et priorités de l’Afrique doivent jouer un rôle central dans la refondation de notre relation ». Si ces « intérêts » et « priorités » sont « centraux » dans la relation, c’est donc que les intérêts et les priorités de l’Europe deviennent secondaires voire nuls. Et il ne faut pas chercher longtemps pour en trouver des exemples dans le rapport.

Un néo-colonialisme inconscient

Ainsi, celui-ci préconise qu’en cas de litige sur des investissements entre des États africains et des entreprises ou des États européens, ces derniers renoncent à porter plainte ou s’engagent à mettre un terme aux procédures déjà lancées.

Dans le domaine agricole, le rapport plaide pour « le droit à la souveraineté alimentaire » de l’Afrique. Mais voilà… le continent est massivement dépendant des exportations alimentaires européennes. Les subventions aux paysans de notre continent sont donc dénoncées comme faisant une concurrence dangereuse aux paysans africains. Comment y remédier ? En arrêtant la mondialisation ? Non, il faut —  prière de ne pas rire — encourager entre autres : « les échanges de connaissances et de bonnes pratiques entre les agriculteurs européens et africains, en particulier les contacts entre les jeunes agriculteurs, les femmes et les représentants des communautés rurales autour des méthodes de production durables et de la protection de la biodiversité ». Pendant ce temps, les Émirats arabes, la Chine, l’Inde et bien d’autres achètent des millions d’hectares de terres, notamment au Cameroun.

Le grand paradoxe de ce rapport qui prône la préférence africaine est qu’il décline tout au long des pages un corpus politique et philosophique progressiste typiquement occidental, celui de l’inclusivité, du multilatéralisme, des droits de l’Homme vus par Bruxelles, etc. Un néo-colonialisme inconscient, reposant sur l’absolue certitude de la supériorité morale du système européen sur tous les autres. Dans un style différent, Jules Ferry et ses « races supérieures » suivaient le même cap. À ceci près que la IIIème République voulait faire des Africains des Européens, et non l’inverse.

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Le résultat de cette schizophrénie risque d’être dramatique pour l’Europe. Le rapport ne tergiverse pas avec l’intérêt de l’Afrique : les Européens doivent se préparer à payer comme ils n’ont jamais payé car « le succès du partenariat dépendra des enveloppes financières qui lui seront consacrées; (il faut) une action de soutien massif en faveur de l’Afrique ».

Bien naturellement, l’Europe doit accepter des « transferts de technologies » et autres « partages d’expériences » afin de se faire pardonner « le changement climatique » dont « l’Afrique n’est pas à l’origine (…) et est une des premières victimes ».

Donc aides massives en argent, en capitaux, en nature, mais également indemnités à verser au nom de la colonisation. En effet, il faut « permettre aux deux continents de recenser les legs des régimes coloniaux dans les relations actuelles et de négocier des mesures appropriées pour y remédier ». Rappel : l’UE et ses États membres versent 20 milliards d’aide à l’Afrique par an, soit 400 milliards depuis le début du siècle. L’équivalent d’environ deux ans et demi du budget de l’Union, mais il va falloir payer pour « Tintin au Congo » ou pour « Il est minuit, docteur Schweitzer ».

Un revenu de base vraiment… universel!

L’immigration ?  Le rapport est clair comme un matin de printemps dans le port de Lampedusa : « la réussite du partenariat passera par un renforcement substantiel des possibilités de mobilité ». Et pour ceux qui n’auraient pas compris que le raz-de-marée est obligatoire, le texte avertit qu’il conviendra de « défendre le principe de non-refoulement » car « la migration constitue un instrument de développement durable ».

Enfin, l’Union « devrait permettre de participer au processus décisionnel en favorisant des structures garantissant la participation aux affaires sociales et politiques de groupes issus de la diaspora » africaine dans le cadre du partenariat. Et afin que cette diaspora se sente tout à fait à l’aise pour jouer son rôle central, il conviendrait que « les pays de l’Union européenne et d’Afrique s’attellent à réduire le coût de l’envoi de fonds (vers l’Afrique) à moins de 3 % ».

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Les rédacteurs et signataires de ce rapport connaissent-ils vraiment l’Afrique, hors des ambassades et palais présidentiels ? On peut en douter. Ainsi, le rapport croit pouvoir possible de promouvoir en Afrique une « éducation sexuelle » dans le but de « transformer les normes de genre préjudiciables ». Bon courage ! Dans un autre genre, les jeunes européens, notamment les jeunes entrepreneurs, devraient pouvoir faire des stages en Afrique afin « de la comprendre » mais aussi afin de se former « aux processus d’intégration respectifs ». Sans oublier, bien sûr, l’indispensable « plan vert » commun avec l’Afrique dont l’un des éléments serait « une stratégie de la ferme à la table » (sic) !  Enfin, sommet du document dont on peut se demander s’il a été écrit par des fous ou si, au fond, tout cela ne serait pas une immense plaisanterie, la commission préconise à terme la distribution en Afrique comme en Europe d’un… revenu de base universel !

Perdus dans cet océan de délires, surnagent les débris d’une pensée géopolitique. En choisissant de s’unir avec un continent encore largement sous-développé, le moins connecté du monde au réseau électrique, le moins alphabétisé, le plus pauvre, aux gouvernements souvent corrompus, aux nations de bric et de broc, l’Union européenne imagine faire pièce à la Chine et à la Russie. C’est écrit en toutes lettres dans le rapport : faire de la « nouvelle route de la soie » qui passe par l’Afrique, une impasse. La Chine et la Russie sont accusées de ne songer qu’à leurs intérêts. Crime absolu dans le monde multilatéral, pacifié et post-politique de l’UE prônant à tour de bras les valeurs de l’inclusivité et des nouvelles normes sociales, de genre, industrielles, commerciales, environnementales, etc.

En outre, s’appuyer sur l’Afrique pour se fabriquer un avenir au motif que ce continent connaît une « forte croissance démographique qui devrait se poursuivre au cours des prochaines décennies » alors que nous, Européens, ne faisons presque plus d’enfants, heurte la raison la plus élémentaire.

Ce choix idéologique et caricatural d’une certaine vision de l’Afrique est celui de Bruxelles et ne respecte d’ailleurs pas le continent africain puisqu’il consiste avant tout à vouloir y plaquer notre vision occidentale comme si elle était universelle, exportable et adaptable à toutes les civilisations. C’est finalement, encore et toujours, le choix de l’Europe de l’impuissance et de la repentance, de la sortie de l’histoire. Ce n’est pas le nôtre.

On a lu ça dans « Libération »: «la Fête du travail [est] héritée de Pétain» !

L’article de Libération a été publié le 2 mai, au lendemain donc des défilés syndicaux. Toute la rédaction du journal avait été mobilisée pour en rendre compte. Les journalistes couraient d’un Martinez à un manifestant et d’un manifestant à l’autre.


Et ils s’employèrent à gonfler les chiffres : il y avait 100 000 manifestants dans toute la France. Emportés par leur fougue révolutionnaire, ils en virent beaucoup plus. De cette expédition, ils rentrèrent exténués. Et pour profiter d’un repos bien mérité, ils confièrent les rennes du journal à un stagiaire, frais émoulu d’une école de journalisme dont on connaît le niveau. Il eut l’idée – on ne peut plus originale – de parler du 1er mai de Marine Le Pen.

La patronne du Rassemblement national, fidèle en cela à son père, s’était rendue, comme le veut la tradition lepéniste, à la statue de Jeanne d’Arc pour y déposer une gerbe. Un événement qui valait à coup sûr un article fouillé.

Pour le résumer, il disait que le programme de Marine Le Pen, c’était le « Travail, Famille, Patrie » de Pétain. Il y avait du Vichy à chaque ligne. Et soudainement, Vichy surgit là où on ne l’attendait pas. « La Fête du travail [est] héritée de Pétain » écrivit le stagiaire qui avait dû se renseigner sur Wikipédia.

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Effectivement, le 1er mai fut décrété jour férié par Belin, ministre du Travail du Maréchal. Une initiative totalement démagogique, heureusement bien oubliée depuis. Sauf par la frange la plus extrême de la droite la plus extrême. Il est pour le moins surprenant qu’un journal progressiste et bien sous tous rapports s’en fasse l’écho. L’article eut-il été publié la veille du 1er mai qu’il aurait rendu fous de rage les manifestants qui défilaient avec des drapeaux rouges. On savait que Libération était un journal en perdition. Mais on lui doit toutefois de nous avoir appris que le 1er mai fait partie des heures les plus sombres de notre histoire…

Un Bonaparte banquier au service de la France

Faites connaissance avec Jean-Christophe Napoléon, un géant de 1m98


Installée dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides, la main dans le corset, revêtue de sa célèbre redingote grise et bicorne sur la tête, la statue de Napoléon Ier jette toujours son ombre tutélaire sur la France. À la veille des commémorations du bicentenaire de sa mort prévues le 5 mai prochain, les nostalgiques du Premier empire et autres passionnés se préparent à honorer une figure de l’Histoire de France qui a laissé de profondes marques dans notre subconscient national. Parmi les invités officiels qui seront présents au sein de cette prestigieuse institution, le prince Jean-Christophe Napoléon, prétendant à la couronne impériale de France qui incarne à la fois l’héritage du Premier et du Second empire.

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Image d’illustration Nicolas HIPPERT / Unsplash

Diplômé de HEC et de Harvard

Il cousine avec toutes les familles du Gotha européen et porte « un patronyme d’avenir » qui renvoie les Français aux plus belles pages de leur « roman national ». Banquier travaillant à la City de Londres, à 34 ans, le prince Jean-Christophe Napoléon est l’actuel héritier de deux empires qui ont transformé le paysage social, économique, militaire et administratif de la France tout au long du XIXème siècle. Ses rares interviews provoquent des émois parmi les nostalgiques de cette formidable épopée, des milliers de bonapartistes convaincus et passionnés, prêts à revêtir les uniformes des grognards de l’Empereur pour réaliser un nouveau « 18 Brumaire ». Diplômé de l’école de commerce HEC de Paris et de l’Université de Harvard, ce géant d’un mètre 98 entend assumer les devoirs de mémoire qui sont les siens, n’exclut pas de « mouiller sa chemise dans le respect des institutions actuelles » si le destin devait frapper à sa porte demain et explique « qu’il a choisi de faire carrière dans le monde des affaires » car « c’est le meilleur moyen de faire ses preuves ».

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« J’ai toujours été fier de porter ce nom. Mais sans vivre dans l’illusion ni dans le passé : je veux être un homme de mon temps » affirmait-il encore récemment au journal Corse Matin. Jean-Christophe Napoléon est un électron libre qui se tient loin des mouvements qui se revendiquent du bonapartisme. Une idéologie qui n’a pas disparu du paysage politique français, qui se décline de gauche comme à droite et dont on n’hésite pas à affubler les présidents de la Vème république dès lors qu’ils montrent un peu d’autoritarisme. Récemment, le journaliste et historien Jean-Christophe Buisson n’a pas hésité à déclarer qu’il y a plus de «  Bonaparte en Emmanuel Macron que de Napoléon ». Qu’ils soient impérialistes ou républicains, les bonapartistes entendent continuer à donner de la voix et souhaitent convaincre leurs compatriotes qu’ils sont désormais une alternative politique crédible. Durant l’Entre-deux-guerres, « l’Appel au Peuple » a eu ses élus à l’Assemblée nationale et ses grands ténors. Un parti qui pourrait renaître de ses cendres sous peu et créer la surprise.

Quelle histoire !

Des bonapartistes, on en retrouve aussi en Corse, lieu de naissance du «  Petit caporal ». Une mouvance qui a fait la pluie et le beau temps sur l’île de beauté durant des décennies, toujours proche de la droite républicaine à qui elle a donné quelques députés.

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Une influence qui a même permis au général de Gaulle de réussir son putsch à Alger en 1958. Même si certains officiers auraient préféré le prince Louis Napoléon, autre résistant et grand-père de Jean-Christophe, en lieu et place de l’homme de « l’Appel du 18 juin »… Libéral et européen convaincu, le prince Napoléon a soutenu Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2007, et reconnait un intérêt pour le président actuel. Tout le contraire de son père, Charles Bonaparte, ancien maire-adjoint d’Ajaccio, qui a renoncé à ses titres et qui a donné sa voix aux socialistes. Lors d’une interview accordée au magazine Point de vue, il y a trois ans, Jean-Christophe avait esquissé un début de programme politique « compétitif et attractif » qui permettait selon lui de ne pas tomber dans le « piège de la démagogie ni céder aux tentations protectionnistes et isolationnistes ». Un mariage en octobre 2019 avec une descendante des empereurs d’Autriche qui avait fait la joie des médias et un communiqué sur la pandémie de Covid-19, depuis plus rien. Le prince se fait discret et désespère ses partisans qui ne savent plus quoi penser de leur Napoléon VII, potentiel « Empereur de la République française ». « Je ne prétends à rien si ce n’est servir la France » rétorque sobrement le prince Jean-Christophe Napoléon qui reste persuadé que « l’héritage Bonaparte est plus actuel et bénéfique que l’héritage royaliste, car directement lié au début de la démocratie et à l’histoire de la république en France ». Quel prince ! Un prince détenteur d’un legs qui continue de se conjuguer au passé comme au présent. Se déclarerait-il disponible si les Français le souhaitaient ?

Fatiha Agag-Boudjahlat excédée par les jérémiades des enfants d’immigrés

Paru aux éditions du Cerf, Les Nostalgériades Nostalgie, Algérie, Jérémiades (2021) de Fatiha-Agag-Boudjahlat est un essai qui se lit presque comme un roman, émaillé d’éléments autobiographiques. Le ton y est très personnel, presque intime.


Néologisme formé de la contraction de « nostalgie », « Algérie » et « jérémiades », le titre de l’ouvrage annonce déjà la couleur ; sans fard et avec beaucoup de courage, l’auteure part de ses expériences et de son vécu pour explorer les questions des identités et de l’assimilation ; soi et les Autres lorsque l’on vient d’ailleurs. Elle y épingle aussi l’hypocrisie des néo-féministes, la condescendance de certains cercles antiracistes, et pointe magistralement leurs paradoxes et incohérences.

Vérités dérangeantes

Dans cet essai, s’élève une voix issue de la diversité, mais celle-ci est singulière, loin de tout pathos, discordante, elle ne colle pas au narratif victimaire des antiracistes :

« Je suis « racisée ». Je suis maghrébine et musulmane. J’ai connu la misère. J’ai grandi avec sept frères. L’un d’entre eux a fait 14 ans de prison en trois condamnations. […] Nous avons dépendu des années des Restos du cœur (j’en ai gardé une tendresse proustienne pour le Corned Beef), le Secours Catholique nous a habillés des années durant. J’appartiens au milieu populaire immigré dont ces bons bwanas prétendent se faire les hérauts et œuvrer à lui donner une visibilité médiatique. Une histoire de traumas comme ils les aiment, dont je tire un destin différent de celui qu’ils attendent. »

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L’auteure évoque des « vérités dérangeantes » pour une certaine bien-pensance, loin d’incriminer un quelconque « racisme structurel », elle explique que la misère vécue fut « orchestrée » par les choix mêmes de ses parents :

«  Nous n’avions pas, avec les aides reçues, à être aussi pauvres, nous n’aurions pas dû souffrir autant, profitant à l’occasion de la maraude de mon père ou de mes frères. La priorité de mes parents était la construction d’une grande maison au bled, pas notre confort ici. Nous n’avons jamais touché nos bourses, tout ce qui n’était pas englouti par les strictes nécessités de la vie allait au bled. » Ces prises de positions dérangent, aussi bien une frange de la bien-pensance, que certaines personnes appartenant à la communauté d’origine. L’essayiste est souvent prise à partie, voire insultée sur les réseaux sociaux : « C’est bien parce que je ne pense pas comme eux exigent que je pense, c’est parce que je ne reste pas à la place qu’ils m’assignent, je suis humiliée, disqualifiée, effacée » écrit-elle.

Montrer patte blanche « non-blanchie »

L’essai aborde également les différentes problématiques liées à l’intégration. Selon l’auteur, outre le fait que le pays d’origine soit fantasmé tel un Éden perdu, si une partie de la population issue de l’immigration maghrébine a du mal à « se dire française », cela est notamment dû à une forme de « dette tacite » envers le pays d’origine, un héritage transgénérationnel qui empêche toute une génération de s’enraciner dans le pays d’adoption. L’essayiste évoque la notion d’enfants grandissant hors-sol, le pays d’accueil étant considéré comme « une zone de transit », la France comme une sorte de « purgatoire » qu’on finira par quitter tôt ou tard. À ce titre, la non intégration est un gage de loyauté envers la communauté d’origine, une injonction à « montrer patte blanche non-blanchie. »

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En tant qu’enseignante d’histoire-géo, Fatiha Boudjahlat fait l’amer constat que le système éducatif participe et entretient cet état de fait : « Il y a aussi cet immense vide dans l’enseignement : on n’apprend pas à aimer la France […] Les mêmes qui sortent le drapeau palestinien dans n’importe quelle manifestation accusent l’État d’endoctrinement parce qu’il a eu l’audace de faire voter l’installation d’un drapeau français dans chaque classe. »

Retour en force du religieux

L’auteure soulève également la question du regain religieux auprès des nouvelles générations, la qualifiant « d’orthodoxie vaniteuse ». Cette ré-islamisation nourrit leur narcissisme comme élément identitaire, et creuse un fossé avec les anciennes générations, jugées islamiquement non conformes.

Le voile est selon l’essayiste, « un rappel constant à l’orthodoxie », celle-ci se retrouve également dans la « dimension performative du langage », à l’intérieur de la communauté ; la formule de salut islamique salamu alyekoum a peu à peu supplanté sbah el khir, le bonjour laïc. L’essai n’épargne pas non plus les néo-féministes donc, l’auteure égratigne leur propension à s’accommoder, voire à défendre le voile, Fatiha Boudjahlat dénonce les deux poids deux mesures dont celles-ci font preuve : « ces occidentales refusent aux orientales les standards d’égalité et de dignité qu’elles exigent pour elles.»

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L’essayiste pointe le ridicule de traquer « les inégalités grammaticales » tout en fermant les yeux sur le patriarcat arabo-musulman, celui qui consacre la toute-puissance du père sur ses enfants. Selon elle, ce relativisme culturel est « un piège à connes » qui frôle l’orientalisme condescendant : « Au nom de quoi ce qu’elles refusent pour elles et leurs filles serait bon pour moi, et celles qui me ressemblent ? Qui m’institue comme une Autre irréductible ? Qui fait alors de moi une bonne sauvage, dont il faut préserver la différence culturelle irréductible ? »

Elle rappelle comment ce relativisme culturel peut s’avérer contre-productif, voire dangereux pour les femmes issues de la diversité : « C’est en son nom, et au nom de cette émotion condescendante, la tolérance, dans laquelle les bourgeoises racialistes aiment à se lover, que des intellectuels de gauche, femmes et hommes, ont signé en 1989 un appel à dépénaliser l’excision en France. »

Cet essai, par sa singularité et son ton, est une ode à la liberté : liberté de penser en dehors des cadres rigides de la prédestination, liberté de refuser la place où l’on veut vous assigner à cause de votre couleur de peau ou votre patronyme.

Les Républicains en Marche: enfin la grande clarification

Le paysage politique français est en mutation depuis 2015. La montée en puissance du RN, son ancrage durable dans l’électorat, couplés à l’apparition d’Emmanuel Macron, auront eu raison des clivages anciens et des partis politiques dits « classiques ».


Après avoir assisté en direct à la disparition du PS issu du Congrès d’Épinay, mort écartelé entre son centre et son aile gauche, allons-nous être les témoins de la fin des Républicains eux-mêmes héritiers de la synthèse voulue lors de la création de l’UMP?

Ce qui se produit en ce moment en région PACA est historique pour la vie politique française. Président LR de la région, ayant repris le fauteuil gagné par Christian Estrosi en 2015 contre Marion Maréchal-Le Pen, le Marseillais Renaud Muselier tente le tout pour le tout, probablement effrayé par la candidature de Thierry Mariani soutenue par le Rassemblement national. C’est fait : la liste Muselier composée de membre des Républicains a trouvé un accord direct avec Jean Castex et Emmanuel Macron. Il y aura donc, dès le premier tour, une liste des « Républicains en Marche » en région PACA. De quoi avaliser l’idée voulant qu’Emmanuel Macron ait été, en 2017, l’auteur d’un « 18 Brumaire du centrisme », attirant à lui la majorité des cadres de l’appareil Républicains.

Faire barrage au RN, comme toujours

Il est étonnant que les caciques des Républicains, ou les proches parents comme Xavier Bertrand, feignent être étonnés de ces petits arrangements provençaux entre amis. Étaient-ils absents quand des personnalités comme Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu ou Franck Riester prêtaient allégeance à Emmanuel Macron dans l’espoir – assouvi – d’obtenir de grands ministères ? Que faisaient Christian Jacob, qui a retiré l’investiture LR à Renaud Muselier, quand son parti et lui-même appelaient à voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle ? En un sens, les ralliés au macronisme – plus si triomphant que ça – sont les plus cohérents des cadres des Républicains. Ils ont compris que l’échiquier les obligeaient à déplacer leurs pions, à changer de stratégie pour ne pas être broyés entre deux colosses.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire cette déclaration assez comique d’Aurélien Pradié sur Twitter : « En Occitanie, nous montrerons l’exemple. Je l’ai dit depuis le premier jour, je le tiendrai jusqu’au dernier. Aucune alliance opportuniste. Aucune courte-échelle, ni aux macronistes qui ont abîmé la France ni aux énergumènes RN. Le courage est là ». Quel courage ? La position d’Aurélien Pradié est elle aussi purement conjoncturelle. La configuration politique en Occitanie est, en effet, très différente de celle que connaît aujourd’hui PACA. Monsieur Pradié n’a donc aucun intérêt à s’allier avec… Vincent Terrail-Novès, élu LR au Conseil Régional qui mène la liste En Marche. Pas si facile à comprendre. Ajoutez à ça que Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et soutien d’Aurélien Pradié, a salué la décision prise par Renaud Muselier.

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Cette situation en apparence complexe est d’une simplicité biblique pour peu qu’on connaisse, même vaguement, la psyché profonde du politicien moyen. Le choix de Renaud Muselier, pour des candidats opposés au Rassemblement national comme Xavier Bertrand, ou inexistants entre le Rassemblement national et les socialistes comme Aurélien Pradié, est une occasion idéale pour cette droite molle qui n’en a plus que l’appellation du ministère de l’Intérieur de se racheter à peu de frais un peu de consistance vis-à-vis de militants orphelins, qui comprennent enfin que l’état-major parisien des Républicains fait toujours la courte-échelle à Macron et à la gauche quand le Rassemblement national est en position de l’emporter.

La droite ne peut plus mépriser son électorat

Ces gens ont tout à gagner à ce que le « théâtre de l’antifascisme » mis en scène par François Mitterrand perdure. Qu’Emmanuel Macron soit le cyborg des usines World Company pour nous vendre un gloubi-boulga progressiste qui n’est que la continuation du Parti Socialiste d’avant, à peine teinté de quelques postures droitières destinées à appâter le chaland, n’est pas leur problème. Leur objectif est très clair: essayer de conserver un petit pré-carré politique, une place au chaud.

La clarification totale de la vie politique apparue en PACA est une opportunité rare pour que la classe politique soit, enfin, représentative de l’opinion générale du corps électoral. Ne nous y trompons pas, la France fait face à des défis existentiels dont elle pourrait ne jamais se remettre. Nous avons besoin d’un électrochoc salutaire.

Les Républicains se fracturent ? Profitons-en pour faire naître une droite qui n’a pas honte de l’être, nécessairement associée au Rassemblement national. La droite ne peut plus se permettre le luxe de mépriser un tiers de la population française. Une droite qui aura gardé de la droite le goût de notre civilisation, de la rigueur et de l’ordre… sans s’abandonner à l’idéologie globaliste et au mépris social.

Régionales en Sud PACA: quitte ou double?

Le chef du parti, Christian Jacob vient d’annoncer le retrait de l’investiture LR au président sortant de la région Renaud Muselier. Dès lors, qui sera au début de l’été le prochain président de la région Sud (jadis PACA), à Marseille? S’il est particulièrement difficile de répondre ce matin à cette question, il est en revanche plus que probable que ces élections seront une répétition générale de la présidentielle, un an plus tard. Analyse.


Récapitulons. En décembre 2015, les listes emmenées par Christian Estrosi, au titre de LR, parviennent au deuxième tour à l’emporter sur celles se réclamant de Marion Maréchal, candidate FN. Christian Estrosi est alors élu président de région, et remet ses fonctions de maire de Nice à son premier adjoint.

Marion Maréchal à 42% en 2015

Malgré un score défavorable à l’issue du premier tour (26% contre 42% à Marion Maréchal), cette victoire de Christian Estrosi a été le fruit d’une campagne acharnée de l’ancien ministre, conjuguée à sa capacité de rassembler dans la semaine qui a précédé le second tour. La gauche va, non pas seulement se désister, mais se sacrifier en se retirant, alors qu’elle détenait la région. Christophe Castaner y gagne quelques galons.

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Lors de la campagne présidentielle de 2017, à quelques encablures du premier tour, Christian Estrosi reçoit ostensiblement le candidat Emmanuel Macron à l’Hôtel de région de Marseille. Les frictions entre le maire de Nice et le candidat LR François Fillon ont été nombreuses, et cet épisode marque un peu plus encore leur éloignement. Une fois élu président de la République, Emmanuel Macron n’oublie pas le geste d’Estrosi. Le compagnonnage politique a pour conséquence de suspendre les velléités locales d’une liste de La République en Marche à Nice contre le maire sortant, qui est réélu pour un troisième mandat. Entre temps, Renaud Muselier a succédé à la présidence de région à Estrosi, qui décide de retrouver la mairie de Nice. Traumatisée par l’attentat, la ville a besoin d’un leadership fort. Et c’est peut-être çà – le fait que Muselier n’a pas été élu en 2015, qui est au fond de la crise actuelle.

Estrosi roulerait pour Macron ?

Éric Ciotti, vigilant gardien du temple LR, renonce ensuite à affronter aux municipales Estrosi – dont il a été l’attaché parlementaire, le directeur de cabinet, le premier adjoint à la ville et le successeur à la présidence du Conseil général des Alpes-Maritimes. Il soupçonne son ancien mentor de « rouler » pour Macron aux prochaines présidentielles, ce qu’Estrosi vient de confirmer en proposant de passer un pacte de raison avec le chef de l’Etat pour 2022. La relation, tendue, s’apaise néanmoins entre eux pendant la crise du Covid et le temps de faire face ensemble aux effets de la catastrophe naturelle qui a frappé la région à l’automne. Et sans doute le soutien d’Estrosi à la candidature de François-Xavier Bellamy aux européennes l’année dernière a contribué aussi à cet apaisement. La relation est à nouveau dégradée à l’approche des élections régionales, encore en raison de la perspective des présidentielles.

Fin de semaine dernière, la situation a été passablement compliquée. Les sondages donnent en tête les listes RN conduites par Thierry Mariani, ancien du RPR et de l’UMP, qui n’appartient pas formellement au RN. Face à lui, le président de région Muselier a obtenu l’investiture de LR, alors que ce mouvement ne compte en aucune manière autoriser une alliance, au premier tour des régionales, avec LREM.

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Troisième acteur de ce psychodrame, la secrétaire d’Etat Sophie Cluzel a décidé, avec l’aval du mouvement présidentiel, de présenter une liste LREM. Assurée, dans ce contexte, face au risque d’une victoire du RN, que le Premier ministre, chef de la majorité, autoriserait le retrait de cette liste et une fusion, dès le premier tour, avec les listes conduites par le président sortant Renaud Muselier. Les Républicains réagissent immédiatement en retirant l’investiture de ce dernier.

David Lisnard ajoute à la cacophonie

Le maire LR de Cannes, David Lisnard, accompagné de quelques élus locaux et parlementaires du parti en région, ira-t-il, comme il l’évoque, jusqu’à établir et présenter une liste concurrente de celle de Renaud Muselier, qu’il présente comme étant celle de LREM ?

Quoi qu’il décide, la question est de savoir qui porterait la responsabilité d’une défaite face au RN, alors que les sondages donnent Renaud Muselier vainqueur si, et seulement si, une fusion est opérée dès le départ avec la liste Cluzel. Or c’est précisément ce que refuse, réfute et condamne LR par la voie de son président Christian Jacob.

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Thierry Mariani, non encarté RN, préfigure-t-il une Marine Le Pen candidate à la présidence de la République quittant les responsabilités au sein de son parti pour rassembler largement ?

L’alliance du sortant LR avec LREM annonce-t-elle des déchirements durables à droite, dont les responsables nationaux sont désireux de voir le chef de l’Etat battu en mai 2022, sans avoir encore trouvé de candidat susceptible de l’emporter ?

Ou bien assistons-nous à une grande redistribution des cartes qui aboutirait à une nouvelle formation portant la candidature d’Emmanuel Macron, et réunissant des parties entières de LREM et de LR ? Serait-ce une nouvelle version de la phrase du prince de Lampedusa, dans Le Guépard : « Il faut que tout change, pour que rien ne change » ? Pas sûr. La chute des anciennes grandes formations politiques et la montée des alliances expriment au contraire la difficile adaptation de l’offre politique à la mutation profonde de notre sociologie politique, c’est-à-dire à « la demande ». Ainsi quoi qu’il arrive dans le sud de la France, oui, ce sont bien les présidentielles de 2022 qui sont en jeu et peut-être aussi les compositions des gouvernements Macron à venir avant et après cette échéance…

Pitié pour la langue!

Faire de notre langue, en la prétendant viciée, le théâtre de combats idéologiques, ouvre des abîmes qui ne sont pas que de perplexité.


L’égalité homme-femme n’a rien à voir dans cette galère. Tant de femmes ont fait de la langue française le véhicule de leur émancipation et de leur identité singulière qu’il est étrange et insultant pour elles d’y voir siéger la persistance d’une domination masculine sournoise.

Que le masculin serve grammaticalement à fusionner, dans un genre « neutre », le genre humain relève du même usage que l’emploi du mot « homme » – qui réfère à homo sapiens, sans considération de sexe,  tout en désignant par ailleurs l’humain de sexe mâle.

Cette convention n’aliène en aucun cas la femme dans une sous humanité inféodée à l’ordre masculin. Un tel fantasme hystérise la langue qui est, tout au contraire, le siège de la raison.

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À l’inverse, on peut voir dans la langue telle qu’elle existe un hommage à une forme d’ubiquité féminine. D’une certaine manière, la femme peut habiter le féminin et l’humanité générique. Elle peut dire : « je suis heureuse d’être avec vous ce soir, et nous sommes, tous, très heureux, je crois, d’être ensemble ». La langue propose ainsi des équilibres subtils qui tiennent plus de l’équité que de l’égalité bête et méchante.

Il serait tout autant absurde de torturer ces noms épicènes qui n’ont pas de masculin (sentinelle, vedette, victime…), au motif qu’il faut féminiser ceux qui n’ont pas de féminin.

Les prémisses d’un saccage en règle ?

« J’ai toujours honoré ceux qui défendent la grammaire et la logique. On se rend compte cinquante ans après qu’ils ont conjuré de grands périls », écrivit Proust, ignorant à quel point sa phrase deviendrait prophétique.

Si la langue doit devenir le siège de toutes les luttes sociales, nous vivons là les prémisses d’un saccage en règle. Pourquoi, en effet, s’arrêter en si bon chemin. Que faire pour les non-genrés ou transgenres ? Ne méritent-ils pas un « non-genre » à eux, gravé dans la langue, piétinés qu’ils sont par cette foutue-vieillotte-poussiéreuse langue française ?

Et pourquoi ne pas aller plus loin dans la dénonciation des inégalités qui sourdent dans la langue : l’homme, c’est l’humain ; femme, étymologiquement, renvoie à l’allaitement et à l’enfantement. D’un côté, donc, les hommes captent l’essence du genre humain dans leur dénomination, de l’autre, les femmes sont réduites par ce signifiant à une fonction maternelle. Changeons toutes ces appellations d’un autre âge puisque la mode est au vocabulaire « ethnicisé », « genré », purifié.

Jusqu’où faudra-t-il aller dans le saccage de la beauté formelle de notre langue ? 

Une approche réductrice de la langue

L’écriture inclusive ressemble à l’enlaidissement des paysages, quand ils sont oubliés derrière les usages que nous faisons de nos espaces.

Cette approche purement fonctionnelle de la langue, en écho à des revendications sociales, l’appauvrit terriblement. Elle s’inscrit, d’une certaine façon, dans la culture du sms et dans la promotion implicite d’un globish mondialisé (la langue anglaise, où le genre n’est pas marqué dans les articles et les participes passés, simplifie le « problème »).

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Il est cocasse que des dictées d’écriture inclusive soient désormais organisées, au moment où le niveau de maîtrise de la langue n’a jamais été aussi piteux. Peu importe les fautes, pourvu que le dogme inclusif soit respecté.

La langue est le siège de l’immémorial. Elle constitue une forme de sacré, c’est-à-dire de transcendance. Elle a à voir avec la Loi et la filiation des savoirs. Elle exprime un principe d’autorité qui s’impose à tous et par lequel nous apprenons à faire société. Elle unifie, elle rallie, elle ouvre. Elle ne divise pas.

Laissons le mot de la fin au sage Jean-François Revel, qui fut aussi le mari de la pétillante Claude Sarraute : « La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire. Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes. »

Le dollar est et restera longtemps le centre du monde

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Façade de la Réserve Fédérale (Fed), Washington, mai 2020 © Graeme Sloan/Sipa USA/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30218316_000003

Les énormes dépenses publiques américaines sont critiquées de toutes parts. Beaucoup pensent que la compilation des plans Trump puis Biden de relance ne pourra, au-delà d’une dette jugée insupportable, que mettre en danger l’hégémonie du dollar dans le monde. Certains auteurs pensent même que la Chine va en profiter pour arrimer le yuan dans un statut de monnaie de réserve et que sa récente décision du passage à un yuan flottant irait dans ce sens[1]. D’autres pensent que l’on pourrait se diriger vers une dévaluation massive du dollar.[2]


Pour autant, nous tenterons ci-dessous de montrer que le dollar est et restera encore très longtemps la seule monnaie à être suffisamment liquide et à ne pas souffrir du risque de convertibilité c’est-à-dire de fuite vers une autre monnaie. Clairement l’émetteur de dollar – de fait un accord non écrit entre Trésor fédéral et FED sur la couverture de l’émission – restera le souverain à qui il ne pourra pas être demandé de compte. Cela ne fut pas toujours le cas, notamment lorsque avant le 15 août 1971 le dollar était convertible en métal précieux et que cette convertibilité devenait de plus en plus exigée par des Etats qui demandaient le remboursement de leurs avoirs dollarisés en or. En pratique, des États étrangers, dont la France du Général de Gaulle, se disaient tout aussi souverains que l’État fédéral américain, lequel devait se soumettre à une discipline monétaire sérieuse. Cela n’est plus le cas aujourd’hui et nous allons montrer que la souveraineté américaine est au-dessus de toutes les autres souverainetés et cela probablement pour fort longtemps encore.

Les États-Unis ne sont pas la Grèce

Tout d’abord il faut comprendre que l’énorme déficit du Trésor fédéral n’est pas danger mais pur cadeau fait à tous les acteurs qui vont en bénéficier. De façon très synthétique et en prenant la terminologie des comptables nationaux, les grands acteurs sont les « administrations publiques » (État fédéral), le secteur privé (« entreprises », « système financier » et « ménages ») et le « reste du monde » qui est un acteur greffé sur ceux  de l’ensemble national. Lorsque l’État fédéral décide de dépenser, il ordonne à la FED d’enclencher l’abondement des comptes des bénéficiaires (entreprises et ménages via le système bancaire). Cette dernière débite le compte du Trésor fédéral pour un même montant… que celui-ci soit à découvert ou non. Les bénéficiaires de la dépense publique sont le secteur privé dans ses composantes et bien sûr le reste du monde, le plus souvent par ricochet (importations nouvelles, dépenses militaires à l’étranger, exportation de capitaux vers le reste du monde, etc.).

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Ces mêmes bénéficiaires directs et indirects, nationaux ou étrangers, voient leurs comptes bancaires crédités en dollars. Ils peuvent bien sûr transformer ces dollars en bons du Trésor US sans aucun risque puisque la FED pourra en tant que prêteur en dernier ressort toujours assurer le paiement à l’échéance. De ce point de vue, la dette n’a aucun sens pour le Trésor américain. Ce n’est évidemment pas le cas pour nombre d’autres Etats qui ont pu ou ont dû s’endetter à partir de devises étrangères et qui ont adopté un taux de change fixe. Ce n’est pas non plus le cas d’autres États qui, tels ceux de la zone euro, ont abandonné toute souveraineté monétaire et ne peuvent plus individuellement bénéficier d’un financement illimité de la BCE. Le drame de la Grèce reste ici dans les esprits.

Les forces du dollar

Bien sûr les bénéficiaires nationaux et étrangers du déficit public américain peuvent transformer leurs nouvelles liquidités en dollars et acheter des devises étrangères. Le problème est toutefois qu’une partie essentielle du monde est fait d’espaces économiques excédentaires tels que l’immense Chine et l’Europe, voir le Japon et la Corée du sud. Cela signifie que le compte du reste du monde de ces espaces est déficitaire, ce qui correspond à un fort excédent financier pour les dits espaces. En termes simples, Chine et Europe, soit quelque 40% du PIB mondial, dépensent moins qu’ils ne gagnent, ce qui signifie que leurs devises ne sont pas abondantes sur le marché mondial.

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Le yuan est relativement rare car peu d’acteurs mondiaux sont en excédent sur la Chine et leurs comptes en yuans sont donc très limités. L’euro est relativement rare car peu d’acteurs sont en excédent sur la zone euro et leurs comptes en euros sont limités. Globalement, une réserve de valeur en dollars est bien plus intéressante qu’une réserve de valeur en yuans ou en euro dont la liquidité est beaucoup plus faible qu’un dollar très abondant en raison du déficit américain. Et, précisément, cette liquidité aussi synonyme de sécurité, fait que les monnaies chinoise et européennes sont moins souveraines que la devise américaine.

Forces centripètes et centrifuges

Une grande partie du monde s’étire ainsi entre zones très  excédentaires (Chine, Japon, Corée du Sud, Europe, États pétroliers) et une zone très déficitaire (États-Unis). Bien sûr, il existe d’autres espaces (Amérique Latine, Afrique, etc.) qui eux sont en difficulté. Très simplement ils ont quelque peine à rassembler les moyens nécessaires aux importations dont ils ont le plus grand besoin (denrées alimentaires surtout, mais aussi, pétrole, médicaments, technologies, sans bien sûr oublier un service de la dette qui, pour certains pays africains, va mobiliser jusqu’à 50% du budget public[3]). Si donc les zones précitées étaient toutes excédentaires, en particulier commercialement excédentaires, cela signifierait qu’Amérique Latine, Afrique, etc. connaîtraient les plus grandes difficultés à exporter et donc à disposer des ressources importées dont ils ont les plus grands besoins. De ce point de vue l’énormité du déficit américain constitue un ballon d’oxygène pour ces continents et pays. Un ballon d’oxygène américain qui viendra s’ajouter à l’abandon par le G20  du service de la dette pour 73 pays en difficulté[4].

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La conclusion est simple : parce que les monnaies des zones excédentaires sont animées par des forces plus centripètes que centrifuges, les devises correspondantes ne peuvent devenir aisément monnaie de réserve. A l’inverse, parce que les USA connaissent un déficit public gigantesque et que ce déficit nourrit le compte du reste du monde, le dollar est animé de forces plus centrifuges que centripètes et devient spontanément la monnaie ultime.

Le dollar n’a pas dit son dernier mot…

La Chine, notamment avec ses routes de la soie, effectue de gigantesques prêts en yuans auprès de nombreux pays. L’augmentation de la liquidité en yuans correspondante est pourtant éphémère et les pays bénéficiaires sont invités à importer depuis la Chine et au-delà à rembourser les prêts. Là encore les forces centripètes l’emportent. Il est donc très difficile de créer une zone yuan pouvant à terme concurrencer le dollar. Une solution plus efficace pour la Chine serait d’utiliser ses immenses avoirs en dollars pour acquérir des entreprises américaines. Il s’agirait alors d’un véritable paiement, les USA voyant leur déficit se transformer en perte de patrimoine. Bien évidemment, les USA utiliseraient tous les moyens de leur souveraineté pour réduire à peu de chose cette perte de substance. De fait la concurrence du yuan – ou de toute autre monnaie – au regard du dollar serait la transformation du système productif chinois avec désormais un déficit durable et important permettant aux forces centrifuges de l’emporter sur les forces centripètes. On en est très loin et longtemps encore la Chine devra connaître un excédent extérieur compensant la faiblesse de la consommation interne.

La mort du dollar est régulièrement annoncée. Il n’a pourtant jamais été aussi hégémonique et il le sera encore fort longtemps.

[1] C’est le cas de Kenneth Rogoff (cf les Echos du 33 avril 2021)

[2] C’est le point de vue de Nicolas Baverez (cf les Echos du 28 avril 2021)

[3] C’est le cas du Ghana aujourd’hui.

[4] Décision des pays du G20 d’Avril 2020, et décision de peu d’effet par peur d’abaissement de note entrainant une fuite de capitaux

À 14 ans, que faisait Gabriel dehors la nuit?

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Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Dans la nuit du 25 mai 2020, à Bondy, Gabriel, âgé de 14 ans, tente de voler un scooter avant d’être interpellé. En avril 2021, une information judiciaire est ouverte pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ». L’analyse de Philippe Bilger.


L’adolescent dénonce des violences policières. Il a été gravement blessé à l’œil, avec un traumatisme crânien et trois dents cassées. Si la résistance de Gabriel a sans doute existé, elle pèse peu par rapport à ce qu’il a subi et qui dépasse les bornes de la force légitime. Je relève qu’on ne peut plus soutenir que la Justice, à Bobigny ou ailleurs, est inactive à l’égard des fonctionnaires accusés d’avoir perpétré des violences illégitimes. Il me semble même que parfois on souhaiterait la même réactivité et efficacité pour défendre la police et poursuivre ceux qui s’en prennent à elle.

Une police dangereuse pour les jeunes ?

Une fois ce constat fait, j’ai été scandalisé d’entendre les soutiens de Gabriel évoquer la police comme « un danger pour les jeunes ». Ils continuent évidemment à violer la présomption d’innocence des gendarmes dans l’affaire d’Adama Traoré. En particulier l’ancien footballeur Vikash Dhorasoo qui s’est illustré par une déclaration honteuse. Même RT France qui faisait le reportage s’est cru autoriser à « dénoncer une autre victime des violences policières », ce qui montre à quel point les précisions du réel et des procédures judiciaires sont noyées trop souvent dans un opprobre hémiplégique et approximatif. Je ne cesse d’ailleurs d’être agacé par les avocats des gendarmes qui, à force de se taire, semblent ne plus exister face à Me Yassine Bouzrou omniprésent pour la famille Traoré.

Gabrielbondy
© D.R.

Quid de la responsabilité des parents ?

Pour en revenir à Gabriel, j’avoue être surpris par la bonne conscience de son père qui se campe seulement en pourfendeur de la police en remerciant tous ceux qui ont partagé son émotion, sans s’interroger une seconde sur lui-même et sa responsabilité : laisser Gabriel en pleine nuit, à 14 ans, libre d’accomplir une infraction. Avant les violences policières, il y a pour le moins cette grave incurie éducative et familiale. J’entends bien qu’on ne parvient jamais à tenir la balance parfaitement égale entre les forces de l’ordre et leurs quelques transgressions, et les délinquants et leurs nombreuses atteintes à la police. Mais pour ma part j’ai toujours essayé ; et je n’ai jamais abandonné un bout de la chaîne pour ne me consacrer qu’à l’autre. Contrairement à l’idéologie gauchiste qui sacrifie allègrement une cause (celle du soutien de la police) au bénéfice exclusif de l’autre (celle de sa permanente mise en cause) au point même qu’on peut considérer que les fonctionnaires de police sont présumés coupables et que de l’autre côté il n’y a ni délinquants ni criminels.

Les indignations sélectives, ça suffit !

Ces indignations sélectives sont insupportables qui délibérément refusent l’honnêteté, intentent des procès expéditifs, n’ont qu’une cible et se facilitent l’existence morale et intellectuelle en écartant de leur champ tout ce qui devrait les contraindre à une opinion juste et équilibrée, à la mise en parallèle de l’exceptionnel avec le fréquent, du légitime avec l’illicite, de l’indécence avec la dignité.

Une société qui ne sait pas – ou ne veut pas – départager le bon grain de l’ivraie, est impuissante à éradiquer le mal et à punir ceux qui détruisent le bien, est mûre pour le désastre. D’abord à petit feu puis à grandes enjambées destructrices.

Feu! Chatterton: des jeunes gens littéraires

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Le groupe Feu! Chatterton recevant le Grand Prix Francis Lemarque de la SACEM, 2016 © SADAKA EDMOND/SIPA Numéro de reportage : 00784164_000050

Avec une élégance érudite très French Touch, le groupe Feu ! Chatterton donne un dernier album, Palais d’argile, où il est question de poètes anglais, du bluetooth et du monde d’après


Cette semaine, j’ai abandonné mon obsession des vieilles chanteuses et des rockers anglais des années soixante, pour l’écoute compulsive du groupe français Feu ! Chatterton et de son dernier album Palais d’argile paru le 12 mars. Ce groupe composé d’élégants trentenaires parisiens érudits et de bonne famille, au nom éminemment littéraire (hommage au poète Thomas Chatterton), fait figure d’OVNI dans la scène musicale française. Apparus en 2011, ils peuvent déjà s’enorgueillir d’un disque d’or pour leur premier album : Ici le jour (a tout enseveli) et de deux nominations aux Victoires de la musique. Tant que le talent et le succès se rencontreront, il y aura toujours de l’espoir.

Le quintet avait prévu un spectacle aux Bouffes du Nord qui a été annulé pour cause de fin du monde. Alors ils ont écrit un album pour l’enterrer, ce monde, et restent dubitatifs au sujet du nouveau, « qui tarde à apparaître », selon la fameuse citation de Gramsci. Bien sûr, nous avons droit à la tarte à la crème de l’horreur du « tout connecté », mais de façon subtile et humoristique, car nul ne peut y échapper. Ainsi dans le single Un monde nouveau,  aux chaudes tonalités électro : « Un monde nouveau, on en rêvait tous, mais que savions nous faire de nos mains ? Presque rien. Attraper le bluetooth ». Constat désenchanté, mais sans amertume. 

La voix de velours d’Arthur Teboul

Cet album, mis en scène par Arnaud Rebotini, un des papes de la French Touch est surprenant. Sorte d’album concept, composé comme un opéra, il dure plus d’une heure, les chansons sont longues et possèdent de multiples lectures. Le tout donne une impression de raffinement littéraire, servi par la voix de velours du chanteur Arthur Teboul, sorte de compromis entre Michel Delpech agrémenté par un vibrato à la Barbara qui n’aurait pas renié certaines chansons. 

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Ils sont également ancrés dans la tradition de la chanson française exigeante, avec des textes fouillés et littéraires. Il y a une reprise de Prévert et Kosma, Compagnons, qui fut chantée par Montand, mais ils l’ont cependant magnifiée à l’aide de rythmes à la fois syncopés et sensuels, motif que l’on retrouve quasiment dans toutes les chansons.

Un groupe antimoderne?

Réacs, disent certains chroniqueurs musicaux sans finesse. Non. Ce sont plutôt, comme Joseph de Maistre, ou plus proche de nous et plus pertinent : Pasolini, des antimodernes. Ainsi que les décrit Antoine Compagnon dans son ouvrage Les antimodernes, de Joseph de Maistre à Roland Barthes : « Qui sont les antimodernes ? Non pas les conservateurs, les académiques, les frileux, les pompiers, les réactionnaires, mais des modernes malgré eux, à contre courant, à leur corps défendant, ceux qui avancent en regardant dans le rétroviseur ». 

Feu ! Chatterton, est un groupe ancré dans le réel et dans la modernité mais ils sont tout simplement lucides. Dans leur chanson la plus politisée, Ecran Total, ils dressent un constat du bordel ambiant, de la situation quasi insurrectionnelle de notre société : « La ville est à cran, d’arrêt visage pâle, c’est le carnaval, mais où sont les enfants ? Ah que le cœur me fend, je me souviens mal du monde d’avant ». Constat d’impuissance donc, mais avec des relents de révolte cependant : « Je les mettrai pas tes putains de lunettes spéciales ! ». Ce vers métaphorique est, à mon sens, un des plus forts de l’album. Le morceau se termine en une sorte de brouhaha, le chanteur crie le texte, la musique prend le dessus sur des rythmes dance et rock’n’roll aux guitares saturées. Comme un avant goût de révolution.

Un îlot de fraîcheur

Comme toujours lorsqu’il n’y a plus d’espoir, il ne reste qu’à se tourner vers la poésie. Un des sommets du disque est le morceau Avant qu’il n’y ait le monde, adaptation d’un poème de Yeats magnifiquement traduit par Yves Bonnefoy : « Si je fais mes cils charbonneux et mes yeux de pluie de lumière, et mes lèvres plus écarlates, demandant à tous les miroirs si tout est comme je veux. Nulle vanité. Je recherche le visage qui fut le mien. »  La quinqua que je suis, fut bien sûr sensible à ce magnifique texte sur la jeunesse enfuie, cependant cela peut être également compris comme une métaphore de l’ancien monde englouti, que l’on recherche, que l’on essaie de recréer en grimant notre époque de nostalgie. 

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Un îlot de fraîcheur, de repos du guerrier, s’esquisse à travers la chanson Panthère, court morceau d’une minute à peine à la guitare sèche : « Tu sommeilles sur le grand lit de la chambre où l’on vit. Une noire panthère repose sur le mur. ».

Je suis sortie de cette écoute complètement sous le charme de Feu ! Chatterton, plus persuadée que jamais que seul l’Art pourra nous sauver du marasme. Merci donc à ce quintet de jeunes gens « plus modernes que n’importe quel moderne » comme l’écrit Pasolini dans son poème Je suis une force du passé.

Feu ! Chatterton, Palais d’argile (Barclay)

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Avenir de l’Europe: Bruxelles mise sur l’Afrique!

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La députée européenne Chrysoula Zacharopoulou (LREM) a les plus hautes ambitions pour le partenariat UE-Afrique... © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00908691_000032

Une tribune libre de Nicolas Bay, député français au Parlement européen (RN)


Le XIXème siècle avait assuré au monde que l’Europe, ses découvertes scientifiques, ses inventions, sa civilisation, allaient devenir, de gré ou de force, l’avenir de l’Afrique. En 2021, a contrario, l’Union européenne affirme que l’Afrique serait l’avenir de l’Europe. Dans un rapport paru en ce début d’année, intitulé « une nouvelle stratégie UE-Afrique – un partenariat pour un développement durable et inclusif », la commission Développement du Parlement européen présidée par une députée LREM proclame l’absolue « nécessité » d’unir étroitement notre continent à l’Afrique.

Cette « nécessité » reposerait sur une prétendue « proximité géographique ». Or, s’il est vrai que Bruxelles est à 1 600 km d’Alger, elle est tout de même séparée par 9 800 km de Johannesburg. Or, Moscou, désigné à mots couverts dans ce même rapport comme une des capitales du Mal avec Pékin, n’est qu’à 2 200 km de Bruxelles. L’argument de la géographie est à l’évidence un mauvais prétexte.

L’idée d’un vrai « partenariat », c’est-à-dire équilibré, ne résiste pas davantage à l’analyse. En effet, le rapport prévient d’entrée de jeu que « loin de vouloir promouvoir une idée européenne du partenariat, c’est bien la vision africaine qui a été le fil conducteur des consultations (…) les intérêts et priorités de l’Afrique doivent jouer un rôle central dans la refondation de notre relation ». Si ces « intérêts » et « priorités » sont « centraux » dans la relation, c’est donc que les intérêts et les priorités de l’Europe deviennent secondaires voire nuls. Et il ne faut pas chercher longtemps pour en trouver des exemples dans le rapport.

Un néo-colonialisme inconscient

Ainsi, celui-ci préconise qu’en cas de litige sur des investissements entre des États africains et des entreprises ou des États européens, ces derniers renoncent à porter plainte ou s’engagent à mettre un terme aux procédures déjà lancées.

Dans le domaine agricole, le rapport plaide pour « le droit à la souveraineté alimentaire » de l’Afrique. Mais voilà… le continent est massivement dépendant des exportations alimentaires européennes. Les subventions aux paysans de notre continent sont donc dénoncées comme faisant une concurrence dangereuse aux paysans africains. Comment y remédier ? En arrêtant la mondialisation ? Non, il faut —  prière de ne pas rire — encourager entre autres : « les échanges de connaissances et de bonnes pratiques entre les agriculteurs européens et africains, en particulier les contacts entre les jeunes agriculteurs, les femmes et les représentants des communautés rurales autour des méthodes de production durables et de la protection de la biodiversité ». Pendant ce temps, les Émirats arabes, la Chine, l’Inde et bien d’autres achètent des millions d’hectares de terres, notamment au Cameroun.

Le grand paradoxe de ce rapport qui prône la préférence africaine est qu’il décline tout au long des pages un corpus politique et philosophique progressiste typiquement occidental, celui de l’inclusivité, du multilatéralisme, des droits de l’Homme vus par Bruxelles, etc. Un néo-colonialisme inconscient, reposant sur l’absolue certitude de la supériorité morale du système européen sur tous les autres. Dans un style différent, Jules Ferry et ses « races supérieures » suivaient le même cap. À ceci près que la IIIème République voulait faire des Africains des Européens, et non l’inverse.

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Le résultat de cette schizophrénie risque d’être dramatique pour l’Europe. Le rapport ne tergiverse pas avec l’intérêt de l’Afrique : les Européens doivent se préparer à payer comme ils n’ont jamais payé car « le succès du partenariat dépendra des enveloppes financières qui lui seront consacrées; (il faut) une action de soutien massif en faveur de l’Afrique ».

Bien naturellement, l’Europe doit accepter des « transferts de technologies » et autres « partages d’expériences » afin de se faire pardonner « le changement climatique » dont « l’Afrique n’est pas à l’origine (…) et est une des premières victimes ».

Donc aides massives en argent, en capitaux, en nature, mais également indemnités à verser au nom de la colonisation. En effet, il faut « permettre aux deux continents de recenser les legs des régimes coloniaux dans les relations actuelles et de négocier des mesures appropriées pour y remédier ». Rappel : l’UE et ses États membres versent 20 milliards d’aide à l’Afrique par an, soit 400 milliards depuis le début du siècle. L’équivalent d’environ deux ans et demi du budget de l’Union, mais il va falloir payer pour « Tintin au Congo » ou pour « Il est minuit, docteur Schweitzer ».

Un revenu de base vraiment… universel!

L’immigration ?  Le rapport est clair comme un matin de printemps dans le port de Lampedusa : « la réussite du partenariat passera par un renforcement substantiel des possibilités de mobilité ». Et pour ceux qui n’auraient pas compris que le raz-de-marée est obligatoire, le texte avertit qu’il conviendra de « défendre le principe de non-refoulement » car « la migration constitue un instrument de développement durable ».

Enfin, l’Union « devrait permettre de participer au processus décisionnel en favorisant des structures garantissant la participation aux affaires sociales et politiques de groupes issus de la diaspora » africaine dans le cadre du partenariat. Et afin que cette diaspora se sente tout à fait à l’aise pour jouer son rôle central, il conviendrait que « les pays de l’Union européenne et d’Afrique s’attellent à réduire le coût de l’envoi de fonds (vers l’Afrique) à moins de 3 % ».

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Les rédacteurs et signataires de ce rapport connaissent-ils vraiment l’Afrique, hors des ambassades et palais présidentiels ? On peut en douter. Ainsi, le rapport croit pouvoir possible de promouvoir en Afrique une « éducation sexuelle » dans le but de « transformer les normes de genre préjudiciables ». Bon courage ! Dans un autre genre, les jeunes européens, notamment les jeunes entrepreneurs, devraient pouvoir faire des stages en Afrique afin « de la comprendre » mais aussi afin de se former « aux processus d’intégration respectifs ». Sans oublier, bien sûr, l’indispensable « plan vert » commun avec l’Afrique dont l’un des éléments serait « une stratégie de la ferme à la table » (sic) !  Enfin, sommet du document dont on peut se demander s’il a été écrit par des fous ou si, au fond, tout cela ne serait pas une immense plaisanterie, la commission préconise à terme la distribution en Afrique comme en Europe d’un… revenu de base universel !

Perdus dans cet océan de délires, surnagent les débris d’une pensée géopolitique. En choisissant de s’unir avec un continent encore largement sous-développé, le moins connecté du monde au réseau électrique, le moins alphabétisé, le plus pauvre, aux gouvernements souvent corrompus, aux nations de bric et de broc, l’Union européenne imagine faire pièce à la Chine et à la Russie. C’est écrit en toutes lettres dans le rapport : faire de la « nouvelle route de la soie » qui passe par l’Afrique, une impasse. La Chine et la Russie sont accusées de ne songer qu’à leurs intérêts. Crime absolu dans le monde multilatéral, pacifié et post-politique de l’UE prônant à tour de bras les valeurs de l’inclusivité et des nouvelles normes sociales, de genre, industrielles, commerciales, environnementales, etc.

En outre, s’appuyer sur l’Afrique pour se fabriquer un avenir au motif que ce continent connaît une « forte croissance démographique qui devrait se poursuivre au cours des prochaines décennies » alors que nous, Européens, ne faisons presque plus d’enfants, heurte la raison la plus élémentaire.

Ce choix idéologique et caricatural d’une certaine vision de l’Afrique est celui de Bruxelles et ne respecte d’ailleurs pas le continent africain puisqu’il consiste avant tout à vouloir y plaquer notre vision occidentale comme si elle était universelle, exportable et adaptable à toutes les civilisations. C’est finalement, encore et toujours, le choix de l’Europe de l’impuissance et de la repentance, de la sortie de l’histoire. Ce n’est pas le nôtre.

On a lu ça dans « Libération »: «la Fête du travail [est] héritée de Pétain» !

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Des milliers de personnes ont manifesté, ce samedi, lors du 1er mai, date importante pour les mouvements sociaux et organisations syndicales. Des heurts on éclaté et des affrontements ont eu lieu avec les forces de l'ordre. © Gabrielle CEZARD/SIPA Numéro de reportage : 01016850_000029

L’article de Libération a été publié le 2 mai, au lendemain donc des défilés syndicaux. Toute la rédaction du journal avait été mobilisée pour en rendre compte. Les journalistes couraient d’un Martinez à un manifestant et d’un manifestant à l’autre.


Et ils s’employèrent à gonfler les chiffres : il y avait 100 000 manifestants dans toute la France. Emportés par leur fougue révolutionnaire, ils en virent beaucoup plus. De cette expédition, ils rentrèrent exténués. Et pour profiter d’un repos bien mérité, ils confièrent les rennes du journal à un stagiaire, frais émoulu d’une école de journalisme dont on connaît le niveau. Il eut l’idée – on ne peut plus originale – de parler du 1er mai de Marine Le Pen.

La patronne du Rassemblement national, fidèle en cela à son père, s’était rendue, comme le veut la tradition lepéniste, à la statue de Jeanne d’Arc pour y déposer une gerbe. Un événement qui valait à coup sûr un article fouillé.

Pour le résumer, il disait que le programme de Marine Le Pen, c’était le « Travail, Famille, Patrie » de Pétain. Il y avait du Vichy à chaque ligne. Et soudainement, Vichy surgit là où on ne l’attendait pas. « La Fête du travail [est] héritée de Pétain » écrivit le stagiaire qui avait dû se renseigner sur Wikipédia.

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Effectivement, le 1er mai fut décrété jour férié par Belin, ministre du Travail du Maréchal. Une initiative totalement démagogique, heureusement bien oubliée depuis. Sauf par la frange la plus extrême de la droite la plus extrême. Il est pour le moins surprenant qu’un journal progressiste et bien sous tous rapports s’en fasse l’écho. L’article eut-il été publié la veille du 1er mai qu’il aurait rendu fous de rage les manifestants qui défilaient avec des drapeaux rouges. On savait que Libération était un journal en perdition. Mais on lui doit toutefois de nous avoir appris que le 1er mai fait partie des heures les plus sombres de notre histoire…

Un Bonaparte banquier au service de la France

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© Frederic de Natal / Kévin Guillot

Faites connaissance avec Jean-Christophe Napoléon, un géant de 1m98


Installée dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides, la main dans le corset, revêtue de sa célèbre redingote grise et bicorne sur la tête, la statue de Napoléon Ier jette toujours son ombre tutélaire sur la France. À la veille des commémorations du bicentenaire de sa mort prévues le 5 mai prochain, les nostalgiques du Premier empire et autres passionnés se préparent à honorer une figure de l’Histoire de France qui a laissé de profondes marques dans notre subconscient national. Parmi les invités officiels qui seront présents au sein de cette prestigieuse institution, le prince Jean-Christophe Napoléon, prétendant à la couronne impériale de France qui incarne à la fois l’héritage du Premier et du Second empire.

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Image d’illustration Nicolas HIPPERT / Unsplash

Diplômé de HEC et de Harvard

Il cousine avec toutes les familles du Gotha européen et porte « un patronyme d’avenir » qui renvoie les Français aux plus belles pages de leur « roman national ». Banquier travaillant à la City de Londres, à 34 ans, le prince Jean-Christophe Napoléon est l’actuel héritier de deux empires qui ont transformé le paysage social, économique, militaire et administratif de la France tout au long du XIXème siècle. Ses rares interviews provoquent des émois parmi les nostalgiques de cette formidable épopée, des milliers de bonapartistes convaincus et passionnés, prêts à revêtir les uniformes des grognards de l’Empereur pour réaliser un nouveau « 18 Brumaire ». Diplômé de l’école de commerce HEC de Paris et de l’Université de Harvard, ce géant d’un mètre 98 entend assumer les devoirs de mémoire qui sont les siens, n’exclut pas de « mouiller sa chemise dans le respect des institutions actuelles » si le destin devait frapper à sa porte demain et explique « qu’il a choisi de faire carrière dans le monde des affaires » car « c’est le meilleur moyen de faire ses preuves ».

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« J’ai toujours été fier de porter ce nom. Mais sans vivre dans l’illusion ni dans le passé : je veux être un homme de mon temps » affirmait-il encore récemment au journal Corse Matin. Jean-Christophe Napoléon est un électron libre qui se tient loin des mouvements qui se revendiquent du bonapartisme. Une idéologie qui n’a pas disparu du paysage politique français, qui se décline de gauche comme à droite et dont on n’hésite pas à affubler les présidents de la Vème république dès lors qu’ils montrent un peu d’autoritarisme. Récemment, le journaliste et historien Jean-Christophe Buisson n’a pas hésité à déclarer qu’il y a plus de «  Bonaparte en Emmanuel Macron que de Napoléon ». Qu’ils soient impérialistes ou républicains, les bonapartistes entendent continuer à donner de la voix et souhaitent convaincre leurs compatriotes qu’ils sont désormais une alternative politique crédible. Durant l’Entre-deux-guerres, « l’Appel au Peuple » a eu ses élus à l’Assemblée nationale et ses grands ténors. Un parti qui pourrait renaître de ses cendres sous peu et créer la surprise.

Quelle histoire !

Des bonapartistes, on en retrouve aussi en Corse, lieu de naissance du «  Petit caporal ». Une mouvance qui a fait la pluie et le beau temps sur l’île de beauté durant des décennies, toujours proche de la droite républicaine à qui elle a donné quelques députés.

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Une influence qui a même permis au général de Gaulle de réussir son putsch à Alger en 1958. Même si certains officiers auraient préféré le prince Louis Napoléon, autre résistant et grand-père de Jean-Christophe, en lieu et place de l’homme de « l’Appel du 18 juin »… Libéral et européen convaincu, le prince Napoléon a soutenu Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle de 2007, et reconnait un intérêt pour le président actuel. Tout le contraire de son père, Charles Bonaparte, ancien maire-adjoint d’Ajaccio, qui a renoncé à ses titres et qui a donné sa voix aux socialistes. Lors d’une interview accordée au magazine Point de vue, il y a trois ans, Jean-Christophe avait esquissé un début de programme politique « compétitif et attractif » qui permettait selon lui de ne pas tomber dans le « piège de la démagogie ni céder aux tentations protectionnistes et isolationnistes ». Un mariage en octobre 2019 avec une descendante des empereurs d’Autriche qui avait fait la joie des médias et un communiqué sur la pandémie de Covid-19, depuis plus rien. Le prince se fait discret et désespère ses partisans qui ne savent plus quoi penser de leur Napoléon VII, potentiel « Empereur de la République française ». « Je ne prétends à rien si ce n’est servir la France » rétorque sobrement le prince Jean-Christophe Napoléon qui reste persuadé que « l’héritage Bonaparte est plus actuel et bénéfique que l’héritage royaliste, car directement lié au début de la démocratie et à l’histoire de la république en France ». Quel prince ! Un prince détenteur d’un legs qui continue de se conjuguer au passé comme au présent. Se déclarerait-il disponible si les Français le souhaitaient ?

Fatiha Agag-Boudjahlat excédée par les jérémiades des enfants d’immigrés

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Fatiha Agag-boudjahlat publie "Les Nostalgériades - Nostalgie, Algérie, Jérémiades" Photo: D.R.

Paru aux éditions du Cerf, Les Nostalgériades Nostalgie, Algérie, Jérémiades (2021) de Fatiha-Agag-Boudjahlat est un essai qui se lit presque comme un roman, émaillé d’éléments autobiographiques. Le ton y est très personnel, presque intime.


Néologisme formé de la contraction de « nostalgie », « Algérie » et « jérémiades », le titre de l’ouvrage annonce déjà la couleur ; sans fard et avec beaucoup de courage, l’auteure part de ses expériences et de son vécu pour explorer les questions des identités et de l’assimilation ; soi et les Autres lorsque l’on vient d’ailleurs. Elle y épingle aussi l’hypocrisie des néo-féministes, la condescendance de certains cercles antiracistes, et pointe magistralement leurs paradoxes et incohérences.

Vérités dérangeantes

Dans cet essai, s’élève une voix issue de la diversité, mais celle-ci est singulière, loin de tout pathos, discordante, elle ne colle pas au narratif victimaire des antiracistes :

« Je suis « racisée ». Je suis maghrébine et musulmane. J’ai connu la misère. J’ai grandi avec sept frères. L’un d’entre eux a fait 14 ans de prison en trois condamnations. […] Nous avons dépendu des années des Restos du cœur (j’en ai gardé une tendresse proustienne pour le Corned Beef), le Secours Catholique nous a habillés des années durant. J’appartiens au milieu populaire immigré dont ces bons bwanas prétendent se faire les hérauts et œuvrer à lui donner une visibilité médiatique. Une histoire de traumas comme ils les aiment, dont je tire un destin différent de celui qu’ils attendent. »

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L’auteure évoque des « vérités dérangeantes » pour une certaine bien-pensance, loin d’incriminer un quelconque « racisme structurel », elle explique que la misère vécue fut « orchestrée » par les choix mêmes de ses parents :

«  Nous n’avions pas, avec les aides reçues, à être aussi pauvres, nous n’aurions pas dû souffrir autant, profitant à l’occasion de la maraude de mon père ou de mes frères. La priorité de mes parents était la construction d’une grande maison au bled, pas notre confort ici. Nous n’avons jamais touché nos bourses, tout ce qui n’était pas englouti par les strictes nécessités de la vie allait au bled. » Ces prises de positions dérangent, aussi bien une frange de la bien-pensance, que certaines personnes appartenant à la communauté d’origine. L’essayiste est souvent prise à partie, voire insultée sur les réseaux sociaux : « C’est bien parce que je ne pense pas comme eux exigent que je pense, c’est parce que je ne reste pas à la place qu’ils m’assignent, je suis humiliée, disqualifiée, effacée » écrit-elle.

Montrer patte blanche « non-blanchie »

L’essai aborde également les différentes problématiques liées à l’intégration. Selon l’auteur, outre le fait que le pays d’origine soit fantasmé tel un Éden perdu, si une partie de la population issue de l’immigration maghrébine a du mal à « se dire française », cela est notamment dû à une forme de « dette tacite » envers le pays d’origine, un héritage transgénérationnel qui empêche toute une génération de s’enraciner dans le pays d’adoption. L’essayiste évoque la notion d’enfants grandissant hors-sol, le pays d’accueil étant considéré comme « une zone de transit », la France comme une sorte de « purgatoire » qu’on finira par quitter tôt ou tard. À ce titre, la non intégration est un gage de loyauté envers la communauté d’origine, une injonction à « montrer patte blanche non-blanchie. »

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En tant qu’enseignante d’histoire-géo, Fatiha Boudjahlat fait l’amer constat que le système éducatif participe et entretient cet état de fait : « Il y a aussi cet immense vide dans l’enseignement : on n’apprend pas à aimer la France […] Les mêmes qui sortent le drapeau palestinien dans n’importe quelle manifestation accusent l’État d’endoctrinement parce qu’il a eu l’audace de faire voter l’installation d’un drapeau français dans chaque classe. »

Retour en force du religieux

L’auteure soulève également la question du regain religieux auprès des nouvelles générations, la qualifiant « d’orthodoxie vaniteuse ». Cette ré-islamisation nourrit leur narcissisme comme élément identitaire, et creuse un fossé avec les anciennes générations, jugées islamiquement non conformes.

Le voile est selon l’essayiste, « un rappel constant à l’orthodoxie », celle-ci se retrouve également dans la « dimension performative du langage », à l’intérieur de la communauté ; la formule de salut islamique salamu alyekoum a peu à peu supplanté sbah el khir, le bonjour laïc. L’essai n’épargne pas non plus les néo-féministes donc, l’auteure égratigne leur propension à s’accommoder, voire à défendre le voile, Fatiha Boudjahlat dénonce les deux poids deux mesures dont celles-ci font preuve : « ces occidentales refusent aux orientales les standards d’égalité et de dignité qu’elles exigent pour elles.»

Relire notre entretien de 2019: “Les femmes sont les cibles, les agents et les meilleurs vecteurs de l’entrisme islamiste”

L’essayiste pointe le ridicule de traquer « les inégalités grammaticales » tout en fermant les yeux sur le patriarcat arabo-musulman, celui qui consacre la toute-puissance du père sur ses enfants. Selon elle, ce relativisme culturel est « un piège à connes » qui frôle l’orientalisme condescendant : « Au nom de quoi ce qu’elles refusent pour elles et leurs filles serait bon pour moi, et celles qui me ressemblent ? Qui m’institue comme une Autre irréductible ? Qui fait alors de moi une bonne sauvage, dont il faut préserver la différence culturelle irréductible ? »

Elle rappelle comment ce relativisme culturel peut s’avérer contre-productif, voire dangereux pour les femmes issues de la diversité : « C’est en son nom, et au nom de cette émotion condescendante, la tolérance, dans laquelle les bourgeoises racialistes aiment à se lover, que des intellectuels de gauche, femmes et hommes, ont signé en 1989 un appel à dépénaliser l’excision en France. »

Cet essai, par sa singularité et son ton, est une ode à la liberté : liberté de penser en dehors des cadres rigides de la prédestination, liberté de refuser la place où l’on veut vous assigner à cause de votre couleur de peau ou votre patronyme.

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Les Républicains en Marche: enfin la grande clarification

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Renaud Muselier membre des Républicains (LR) et Président de la région Sud (PACA) pose dans divers lieux de Marseille, 3 avril 2021 © Alain ROBERT/SIPA Numéro de reportage : 01012970_000086

Le paysage politique français est en mutation depuis 2015. La montée en puissance du RN, son ancrage durable dans l’électorat, couplés à l’apparition d’Emmanuel Macron, auront eu raison des clivages anciens et des partis politiques dits « classiques ».


Après avoir assisté en direct à la disparition du PS issu du Congrès d’Épinay, mort écartelé entre son centre et son aile gauche, allons-nous être les témoins de la fin des Républicains eux-mêmes héritiers de la synthèse voulue lors de la création de l’UMP?

Ce qui se produit en ce moment en région PACA est historique pour la vie politique française. Président LR de la région, ayant repris le fauteuil gagné par Christian Estrosi en 2015 contre Marion Maréchal-Le Pen, le Marseillais Renaud Muselier tente le tout pour le tout, probablement effrayé par la candidature de Thierry Mariani soutenue par le Rassemblement national. C’est fait : la liste Muselier composée de membre des Républicains a trouvé un accord direct avec Jean Castex et Emmanuel Macron. Il y aura donc, dès le premier tour, une liste des « Républicains en Marche » en région PACA. De quoi avaliser l’idée voulant qu’Emmanuel Macron ait été, en 2017, l’auteur d’un « 18 Brumaire du centrisme », attirant à lui la majorité des cadres de l’appareil Républicains.

Faire barrage au RN, comme toujours

Il est étonnant que les caciques des Républicains, ou les proches parents comme Xavier Bertrand, feignent être étonnés de ces petits arrangements provençaux entre amis. Étaient-ils absents quand des personnalités comme Édouard Philippe, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu ou Franck Riester prêtaient allégeance à Emmanuel Macron dans l’espoir – assouvi – d’obtenir de grands ministères ? Que faisaient Christian Jacob, qui a retiré l’investiture LR à Renaud Muselier, quand son parti et lui-même appelaient à voter Emmanuel Macron contre Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle ? En un sens, les ralliés au macronisme – plus si triomphant que ça – sont les plus cohérents des cadres des Républicains. Ils ont compris que l’échiquier les obligeaient à déplacer leurs pions, à changer de stratégie pour ne pas être broyés entre deux colosses.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire cette déclaration assez comique d’Aurélien Pradié sur Twitter : « En Occitanie, nous montrerons l’exemple. Je l’ai dit depuis le premier jour, je le tiendrai jusqu’au dernier. Aucune alliance opportuniste. Aucune courte-échelle, ni aux macronistes qui ont abîmé la France ni aux énergumènes RN. Le courage est là ». Quel courage ? La position d’Aurélien Pradié est elle aussi purement conjoncturelle. La configuration politique en Occitanie est, en effet, très différente de celle que connaît aujourd’hui PACA. Monsieur Pradié n’a donc aucun intérêt à s’allier avec… Vincent Terrail-Novès, élu LR au Conseil Régional qui mène la liste En Marche. Pas si facile à comprendre. Ajoutez à ça que Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et soutien d’Aurélien Pradié, a salué la décision prise par Renaud Muselier.

À lire aussi : Régionales en Sud PACA: quitte ou double?

Cette situation en apparence complexe est d’une simplicité biblique pour peu qu’on connaisse, même vaguement, la psyché profonde du politicien moyen. Le choix de Renaud Muselier, pour des candidats opposés au Rassemblement national comme Xavier Bertrand, ou inexistants entre le Rassemblement national et les socialistes comme Aurélien Pradié, est une occasion idéale pour cette droite molle qui n’en a plus que l’appellation du ministère de l’Intérieur de se racheter à peu de frais un peu de consistance vis-à-vis de militants orphelins, qui comprennent enfin que l’état-major parisien des Républicains fait toujours la courte-échelle à Macron et à la gauche quand le Rassemblement national est en position de l’emporter.

La droite ne peut plus mépriser son électorat

Ces gens ont tout à gagner à ce que le « théâtre de l’antifascisme » mis en scène par François Mitterrand perdure. Qu’Emmanuel Macron soit le cyborg des usines World Company pour nous vendre un gloubi-boulga progressiste qui n’est que la continuation du Parti Socialiste d’avant, à peine teinté de quelques postures droitières destinées à appâter le chaland, n’est pas leur problème. Leur objectif est très clair: essayer de conserver un petit pré-carré politique, une place au chaud.

La clarification totale de la vie politique apparue en PACA est une opportunité rare pour que la classe politique soit, enfin, représentative de l’opinion générale du corps électoral. Ne nous y trompons pas, la France fait face à des défis existentiels dont elle pourrait ne jamais se remettre. Nous avons besoin d’un électrochoc salutaire.

Les Républicains se fracturent ? Profitons-en pour faire naître une droite qui n’a pas honte de l’être, nécessairement associée au Rassemblement national. La droite ne peut plus se permettre le luxe de mépriser un tiers de la population française. Une droite qui aura gardé de la droite le goût de notre civilisation, de la rigueur et de l’ordre… sans s’abandonner à l’idéologie globaliste et au mépris social.

Régionales en Sud PACA: quitte ou double?

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Renaud Muselier dans son bureau à Marseille, le 3 avril 2021 © Alain ROBERT/SIPA Numéro de reportage : 01012970_000013

Le chef du parti, Christian Jacob vient d’annoncer le retrait de l’investiture LR au président sortant de la région Renaud Muselier. Dès lors, qui sera au début de l’été le prochain président de la région Sud (jadis PACA), à Marseille? S’il est particulièrement difficile de répondre ce matin à cette question, il est en revanche plus que probable que ces élections seront une répétition générale de la présidentielle, un an plus tard. Analyse.


Récapitulons. En décembre 2015, les listes emmenées par Christian Estrosi, au titre de LR, parviennent au deuxième tour à l’emporter sur celles se réclamant de Marion Maréchal, candidate FN. Christian Estrosi est alors élu président de région, et remet ses fonctions de maire de Nice à son premier adjoint.

Marion Maréchal à 42% en 2015

Malgré un score défavorable à l’issue du premier tour (26% contre 42% à Marion Maréchal), cette victoire de Christian Estrosi a été le fruit d’une campagne acharnée de l’ancien ministre, conjuguée à sa capacité de rassembler dans la semaine qui a précédé le second tour. La gauche va, non pas seulement se désister, mais se sacrifier en se retirant, alors qu’elle détenait la région. Christophe Castaner y gagne quelques galons.

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Lors de la campagne présidentielle de 2017, à quelques encablures du premier tour, Christian Estrosi reçoit ostensiblement le candidat Emmanuel Macron à l’Hôtel de région de Marseille. Les frictions entre le maire de Nice et le candidat LR François Fillon ont été nombreuses, et cet épisode marque un peu plus encore leur éloignement. Une fois élu président de la République, Emmanuel Macron n’oublie pas le geste d’Estrosi. Le compagnonnage politique a pour conséquence de suspendre les velléités locales d’une liste de La République en Marche à Nice contre le maire sortant, qui est réélu pour un troisième mandat. Entre temps, Renaud Muselier a succédé à la présidence de région à Estrosi, qui décide de retrouver la mairie de Nice. Traumatisée par l’attentat, la ville a besoin d’un leadership fort. Et c’est peut-être çà – le fait que Muselier n’a pas été élu en 2015, qui est au fond de la crise actuelle.

Estrosi roulerait pour Macron ?

Éric Ciotti, vigilant gardien du temple LR, renonce ensuite à affronter aux municipales Estrosi – dont il a été l’attaché parlementaire, le directeur de cabinet, le premier adjoint à la ville et le successeur à la présidence du Conseil général des Alpes-Maritimes. Il soupçonne son ancien mentor de « rouler » pour Macron aux prochaines présidentielles, ce qu’Estrosi vient de confirmer en proposant de passer un pacte de raison avec le chef de l’Etat pour 2022. La relation, tendue, s’apaise néanmoins entre eux pendant la crise du Covid et le temps de faire face ensemble aux effets de la catastrophe naturelle qui a frappé la région à l’automne. Et sans doute le soutien d’Estrosi à la candidature de François-Xavier Bellamy aux européennes l’année dernière a contribué aussi à cet apaisement. La relation est à nouveau dégradée à l’approche des élections régionales, encore en raison de la perspective des présidentielles.

Fin de semaine dernière, la situation a été passablement compliquée. Les sondages donnent en tête les listes RN conduites par Thierry Mariani, ancien du RPR et de l’UMP, qui n’appartient pas formellement au RN. Face à lui, le président de région Muselier a obtenu l’investiture de LR, alors que ce mouvement ne compte en aucune manière autoriser une alliance, au premier tour des régionales, avec LREM.

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Troisième acteur de ce psychodrame, la secrétaire d’Etat Sophie Cluzel a décidé, avec l’aval du mouvement présidentiel, de présenter une liste LREM. Assurée, dans ce contexte, face au risque d’une victoire du RN, que le Premier ministre, chef de la majorité, autoriserait le retrait de cette liste et une fusion, dès le premier tour, avec les listes conduites par le président sortant Renaud Muselier. Les Républicains réagissent immédiatement en retirant l’investiture de ce dernier.

David Lisnard ajoute à la cacophonie

Le maire LR de Cannes, David Lisnard, accompagné de quelques élus locaux et parlementaires du parti en région, ira-t-il, comme il l’évoque, jusqu’à établir et présenter une liste concurrente de celle de Renaud Muselier, qu’il présente comme étant celle de LREM ?

Quoi qu’il décide, la question est de savoir qui porterait la responsabilité d’une défaite face au RN, alors que les sondages donnent Renaud Muselier vainqueur si, et seulement si, une fusion est opérée dès le départ avec la liste Cluzel. Or c’est précisément ce que refuse, réfute et condamne LR par la voie de son président Christian Jacob.

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Thierry Mariani, non encarté RN, préfigure-t-il une Marine Le Pen candidate à la présidence de la République quittant les responsabilités au sein de son parti pour rassembler largement ?

L’alliance du sortant LR avec LREM annonce-t-elle des déchirements durables à droite, dont les responsables nationaux sont désireux de voir le chef de l’Etat battu en mai 2022, sans avoir encore trouvé de candidat susceptible de l’emporter ?

Ou bien assistons-nous à une grande redistribution des cartes qui aboutirait à une nouvelle formation portant la candidature d’Emmanuel Macron, et réunissant des parties entières de LREM et de LR ? Serait-ce une nouvelle version de la phrase du prince de Lampedusa, dans Le Guépard : « Il faut que tout change, pour que rien ne change » ? Pas sûr. La chute des anciennes grandes formations politiques et la montée des alliances expriment au contraire la difficile adaptation de l’offre politique à la mutation profonde de notre sociologie politique, c’est-à-dire à « la demande ». Ainsi quoi qu’il arrive dans le sud de la France, oui, ce sont bien les présidentielles de 2022 qui sont en jeu et peut-être aussi les compositions des gouvernements Macron à venir avant et après cette échéance…

Pitié pour la langue!

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© A. Paviot - Causeur.fr

Faire de notre langue, en la prétendant viciée, le théâtre de combats idéologiques, ouvre des abîmes qui ne sont pas que de perplexité.


L’égalité homme-femme n’a rien à voir dans cette galère. Tant de femmes ont fait de la langue française le véhicule de leur émancipation et de leur identité singulière qu’il est étrange et insultant pour elles d’y voir siéger la persistance d’une domination masculine sournoise.

Que le masculin serve grammaticalement à fusionner, dans un genre « neutre », le genre humain relève du même usage que l’emploi du mot « homme » – qui réfère à homo sapiens, sans considération de sexe,  tout en désignant par ailleurs l’humain de sexe mâle.

Cette convention n’aliène en aucun cas la femme dans une sous humanité inféodée à l’ordre masculin. Un tel fantasme hystérise la langue qui est, tout au contraire, le siège de la raison.

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À l’inverse, on peut voir dans la langue telle qu’elle existe un hommage à une forme d’ubiquité féminine. D’une certaine manière, la femme peut habiter le féminin et l’humanité générique. Elle peut dire : « je suis heureuse d’être avec vous ce soir, et nous sommes, tous, très heureux, je crois, d’être ensemble ». La langue propose ainsi des équilibres subtils qui tiennent plus de l’équité que de l’égalité bête et méchante.

Il serait tout autant absurde de torturer ces noms épicènes qui n’ont pas de masculin (sentinelle, vedette, victime…), au motif qu’il faut féminiser ceux qui n’ont pas de féminin.

Les prémisses d’un saccage en règle ?

« J’ai toujours honoré ceux qui défendent la grammaire et la logique. On se rend compte cinquante ans après qu’ils ont conjuré de grands périls », écrivit Proust, ignorant à quel point sa phrase deviendrait prophétique.

Si la langue doit devenir le siège de toutes les luttes sociales, nous vivons là les prémisses d’un saccage en règle. Pourquoi, en effet, s’arrêter en si bon chemin. Que faire pour les non-genrés ou transgenres ? Ne méritent-ils pas un « non-genre » à eux, gravé dans la langue, piétinés qu’ils sont par cette foutue-vieillotte-poussiéreuse langue française ?

Et pourquoi ne pas aller plus loin dans la dénonciation des inégalités qui sourdent dans la langue : l’homme, c’est l’humain ; femme, étymologiquement, renvoie à l’allaitement et à l’enfantement. D’un côté, donc, les hommes captent l’essence du genre humain dans leur dénomination, de l’autre, les femmes sont réduites par ce signifiant à une fonction maternelle. Changeons toutes ces appellations d’un autre âge puisque la mode est au vocabulaire « ethnicisé », « genré », purifié.

Jusqu’où faudra-t-il aller dans le saccage de la beauté formelle de notre langue ? 

Une approche réductrice de la langue

L’écriture inclusive ressemble à l’enlaidissement des paysages, quand ils sont oubliés derrière les usages que nous faisons de nos espaces.

Cette approche purement fonctionnelle de la langue, en écho à des revendications sociales, l’appauvrit terriblement. Elle s’inscrit, d’une certaine façon, dans la culture du sms et dans la promotion implicite d’un globish mondialisé (la langue anglaise, où le genre n’est pas marqué dans les articles et les participes passés, simplifie le « problème »).

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Il est cocasse que des dictées d’écriture inclusive soient désormais organisées, au moment où le niveau de maîtrise de la langue n’a jamais été aussi piteux. Peu importe les fautes, pourvu que le dogme inclusif soit respecté.

La langue est le siège de l’immémorial. Elle constitue une forme de sacré, c’est-à-dire de transcendance. Elle a à voir avec la Loi et la filiation des savoirs. Elle exprime un principe d’autorité qui s’impose à tous et par lequel nous apprenons à faire société. Elle unifie, elle rallie, elle ouvre. Elle ne divise pas.

Laissons le mot de la fin au sage Jean-François Revel, qui fut aussi le mari de la pétillante Claude Sarraute : « La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire. Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes. »

La mer est un poème à la mer

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