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Vive l’Empereur!

Vive l’Empereur!
Portrait officiel du président de la République Emmanuel Macron, par Soazig de la Moissonnière, photographe de l'Elysée. D.R.

Napoléon est mort il y a deux siècles. Marie-Hélène Verdier évoque les commémorations du jour – à ne surtout pas confondre avec une célébration ! – à travers les trois livres aperçus sur le bureau d’Emmanuel Macron, son lointain successeur présidant aux destinées de la France…


La France commémore le bicentenaire de la mort de Napoléon. Le jour de son intronisation, devant les Français, le président Macron avait mis en évidence sur une table, située derrière lui, trois livres: les Nourritures terrestres, le Rouge et le Noir, Les Mémoires de de Gaulle. Pourquoi ces choix ? Peut-on y voir des images complexes du corps du Roi ? Ambition ? Libertarisme ? Autorité ?

Napoléon, c’est le héros dont la mort laissa orpheline toute une génération: celle de 1830. Le héros du Rouge et le Noir (1830), Julien Sorel, a justement pour idole Napoléon, dont il dissimule le portrait sous son matelas. Julien, c’est le type même de l’ambitieux, intelligent, hypocrite, exalté. À la différence de Rastignac, Julien n’aura ni Paris ni Verrières mais la guillotine. Le titre de ce roman d’apprentissage qui a pour exergue « La vérité, l’âpre vérité. DANTON » évoque plutôt la pourpre impériale et le noir du malheur que l’église et les armes. Ou le jeu de la roulette donc du hasard. On aime ce livre pour son style un peu sec, les chapitres calibrés, la peinture stéréotypée d’une société, incapable d’accueillir les êtres d’exception, dans laquelle on ne se perd pas comme dans la jungle balzacienne. Julien, l’aiglon sans les serres, qui aime la mise en scène ?

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Les Nourritures terrestres (1897) fut un des livres culte de la génération 70. Difficile de ne pas aimer cet hymne à la vie qui exalte poétiquement l’éveil des sens. Nathanaël, dont le nom signifie « donné par le Seigneur » rejette l’aliénation de la famille, de l’héritage, du moralisme, de la religion. Qui ne connaît le fameux « Familles, je vous hais ! » ou encore : « Crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah ! Le plus irremplaçable des êtres ! » Ce qui n’empêchait pas un critique (1) de trouver que « cette jouissance minutieuse et appliquée, qui suppose des rentes, un patrimoine… était un livre de vieux ». Quant à André Gide, véritable icône de sa génération, il fleure à présent un certain air du temps. L’auteur de l’Immoraliste, du Voyage au Congo (1927) et du Voyage en URSS (1937) fut aussi le père d’une fille conçue grâce à l’altruisme d’une amie.

De Gaulle, c’est l’étalon de la grandeur, la référence incontournable de tout homme d’État. Dans Le fil de l’épée (1932), il donne une image décisive de la figure du chef, « homme de caractère et de prestige ». Homme de la grandeur et de l’autorité morale. 

Commémorer n’est pas célébrer. L’Élysée l’a bien précisé : il s’agit de « regarder en face cet être complexe » que fut Napoléon et de considérer son héritage. À la fois le guérisseur du grand corps malade de la France au sortir de la Révolution, le créateur des grands corps de l’État, des écoles, des préfectures, l’homme qui voulait « la grandeur de la France » mais aussi, pour ses ennemis, le père du Code Civil, le misogyne, l’esclavagiste, l’Ogre de l’Europe, l’ennemi de la République à venir et des « valeurs » de la République.

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L’œuvre de Pascal Couvert, Mémento Marengo, ce squelette du cheval préféré de Napoléon, suspendu au-dessus de son mausolée, est-il une « vanité » au sens artistique ? Un ange plastifié? Si la « vanité » est une méditation personnelle sur la mort, non une démythification d’autrui, nous dirons que cette œuvre « éphémère » est une vanité « revisitée » qui concourt à la « déconstruction » mémorielle de notre histoire qui fait fureur en ce moment. Aujourd’hui, le président déposera une gerbe aux Invalides. Quel courage, dit-on, de ne pas s’être dérobé à la commémoration de la mémoire d’un personnage si controversé. En effet ! La surprise serait qu’il criât : Vive l’Empereur !

(1) Jean Guéhenno NDLR

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Marie-Hélène Verdier est agrégée de Lettres classiques et a enseigné au lycée Louis-le-Grand, à Paris. Poète, écrivain et chroniqueuse, elle est l'auteur de l'essai "La guerre au français" publié au Cerf.

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