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La droite est morte, vive la droite?

Un deal implicite à la veille des élections locales...

La droite est morte, vive la droite?
Le Président des Républicains Christian Jacob, avril 2021 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01014213_000015

Deal implicite entre LR et LREM. C’est “Les Républicains En Marche”!


Le 4 mai 2021, la droite institutionnelle française est morte, absorbée par Emmanuel Macron.

L’UMP, née le 23 avril 2002 et rebaptisée Les Républicains le 30 mai 2015, n’aura pas tenu 20 ans ! En maintenant son soutien à Renaud Muselier, la direction des Républicains ne cache même plus sa stratégie pour 2022 : devenir le « flotteur droit » d’Emmanuel Macron. Le sigle LREM prend enfin tout son sens – était-ce l’objectif d’Emmanuel Macron dès le début ? –  Les Républicains En Marche.

Les Républicains apporteront leurs élus locaux à une Macronie qui en manque cruellement. Les élus locaux, eux, s’assurent de leur réélection avec une étiquette centriste élargie

Dans un premier temps, Christian Jacob a bien tenté de réagir verbalement à l’accord annoncé dimanche entre LREM et LR en PACA, pour faire croire à ses adhérents que les Républicains étaient toujours un parti d’opposition à Emmanuel Macron. Mais la commedia dell’arte n’a pas duré plus de deux jours. Mardi 4 mai, la Commission Nationale d’Investiture a « apporté son soutien à Renaud Muselier », avec pour seule condition de n’inclure aucun parlementaire ou ministre LREM sur sa liste. Ce qui autorise donc à offrir de nombreuses places sur la liste LR à des élus locaux LREM. Montrant pour sa part le peu de cas qu’il faisait de ces conditions, Renaud Muselier précisait mercredi matin qu’il ne refuserait pas Sophie Cluzel sur sa liste si cette dernière démissionnait de son poste de ministre d’Emmanuel Macron.

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Un deal implicite

Le seul tort de Renaud Muselier aura été de rendre visible trop tôt le rapprochement en cours entre le parti Les Républicains et Emmanuel Macron. Trop tôt, car dans certaines régions, dans certains cantons, Les Républicains ont encore besoin de faire croire aux électeurs qu’ils représentent une alternative à Emmanuel Macron. Mais dans les faits, le rapprochement ne fait que s’accélérer depuis 2017, où une partie des LR faisait campagne pour Emmanuel Macron et contre François Fillon. Aux Européennes de 2019, la plupart des cadres des Républicains n’avait fait que très timidement campagne pour la liste menée par François-Xavier Bellamy. Aux municipales de 2020, de très nombreux maires avaient rangé leur étiquette LR et négocié un soutien ou une investiture LREM. Aujourd’hui, aux départementales, des élus LREM sont investis par Les Républicains au détriment des élus LR dans plusieurs cantons, avec la bénédiction de Christian Jacob. Les candidats UDI – parti soutenant officiellement Emmanuel Macron, rappelons-le  – représentent presque la moitié des investitures communes LR-UDI dans les Hauts-de-Seine, les Yvelines ou l’Essonne. Là encore, avec la bénédiction de Christian Jacob. Ce dernier espère que ces accords électoraux locaux passeront inaperçus sur le plan national. Il est vrai que les élections départementales n’ont jamais passionné les rédactions parisiennes…

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Derrière les postures médiatiques, la stratégie – voulue ou subie ? – de la Direction actuelle des Républicains est donc bel et bien de faire des Républicains l’aile droite de la coalition gouvernementale à venir d’Emmanuel Macron. Le « deal » avec Emmanuel Macron est d’ailleurs limpide : les Républicains apporteront leurs élus locaux – maires, présidents de départements, présidents de régions – à une Macronie qui en manque cruellement. Les élus locaux, eux, s’assurent de leur réélection avec une étiquette centriste élargie et sans concurrence à droite, Les Républicains ayant disparu. Pour parachever le tout, Emmanuel Macron apportera en 2022 aux (anciens) Républicains des investitures aux législatives sans lesquelles les députés actuels n’ont aucune chance de se faire réélire, l’étiquette LR étant trop démonétisée sur le plan national. Les plus hauts cadres des Républicains se rêvent sans doute ministres, et pourront ainsi enfin cesser de regretter de ne pas avoir rejoint plus tôt leurs camarades Le Maire et Darmanin. Comment leur en vouloir, quand la rumeur court que Nicolas Sarkozy, toujours aussi peu désireux de voir un autre homme de droite lui succéder, aurait négocié un soutien à Emmanuel Macron pour la prochaine présidentielle contre la promesse de faire entrer François Baroin à Matignon en 2022 ?

Recomposition française

Saluons Emmanuel Macron qui aura réussi en à peine cinq ans à recomposer le paysage politique français : un parti centriste élargi avec pour seuls opposants d’un côté une gauche radicale désunie (LFI, Les Verts, quelques socialistes égarés) et de l’autre un Rassemblement National sans alliés, condamné à échouer éternellement au second tour de la présidentielle.

Et la droite dans tout cela ? L’absorption en cours des Républicains par Emmanuel Macron est à la fois une triste nouvelle et porteuse d’espoir. Triste, car on ne peut se réjouir de voir disparaître le parti qui aurait pu, avec Nicolas Sarkozy en 2007, enrayer le déclin français. Porteuse d’espoir car la disparition des Républicains comme parti de droite laisse la porte ouverte à la création d’un vrai parti de droite – où les dirigeants seront enfin en accord avec leurs adhérents – pour proposer une alternative crédible à Emmanuel Macron. Les présidentielles 2022 seront-elles l’occasion de voir naître ce parti ? À suivre…


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Conseiller National LR, Conseiller municipal et communautaire de Sainte-Geneviève-des-Bois. Co-fondateur du collectif « Droite pour la France »

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