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100 jours de Joe Biden : le président qui rassemble pour mieux diviser

La polarisation politique s'accentue aux Etats-Unis

100 jours de Joe Biden : le président qui rassemble pour mieux diviser
Le président Joe Biden s'adresse au Congrès lors d'une session conjointe, hémicycle du Capitole, Washington, 28 avril 2021 © Jim Watson/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22562844_000141

Considéré par la droite américaine comme le président le plus radicalement de gauche de l’histoire contemporaine, Joe Biden s’est adressé, après 100 jours à la Maison-Blanche, pour la première fois au Congrès. Son bilan est un mélange d’exubérance racialiste, de retour aux fondamentaux en politique étrangère, et de relance économique pseudo-keynésienne à la Roosevelt. Par de telles mesures, Joe Biden divise plus qu’il ne rassemble.


Joe Biden a démarré sa présidence avec une avalanche « d’ordres exécutifs », annulant au passage certains signés par son prédécesseur Donald Trump. Symbole fort, son premier ordre exécutif épouse la révolution racialiste woke qui l’a fait élire : le Advancing Racial Equity and Support for Underserved Communities Through the Federal Government, censé améliorer le sort des minorités « qui ont été systématiquement privées de la possibilité de participer pleinement aux aspects de la vie économique, sociale et civique ». Effets secondaires immédiats, le programme d’aide aux victimes du Covid-19 ira prioritairement aux patrons de PME noirs et son ministre de l’Éducation entend permettre aux athlètes universitaires transgenres mâles biologiques de prendre part aux compétitions féminines, au mépris du droit des femmes.

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Sitôt annoncé à la Maison-Blanche, Joe Biden, vu comme un « chic-type » par les candidats à l’immigration, a créé un appel d’air. Aux frontières sud des États-Unis se sont amassés des dizaines de milliers d’immigrés. Le goulet d’étranglement aux postes-frontières a aussitôt été mis, par la nouvelle administration, sur le compte de l’impéritie de l’administration précédente. Mais les buts limpides de Joe Biden encouragent les futurs migrants : le président démocrate a exprimé l’intention d’en légaliser des millions en deux temps d’ici 2024 et 2028. En espère-t-il autant d’électeurs supplémentaires?

Joe Biden, la lumière au bout du tunnel?

Les Démocrates comptent également, comme nous l’avons écrit ici, faire du vote par correspondance et du vote par procuration un droit universel pour les élections à venir. La gauche, aidée par une multitude de multinationales « progressistes », comme Delta Airlines, Coca-Cola ou encore la Ligue nationale de base-ball, voit dans le contrôle de l’identité des électeurs une tentative d’empêcher les minorités de voter pour les Démocrates. Car lors de l’élection présidentielle de 2020, moins il y eut de contrôles d’identité, plus il y eut d’irrégularités. Toute velléité de contrôler l’identité des électeurs (règle basique en Europe) est qualifiée de « raciste » par les sommités du Congrès comme le chef de la majorité du Sénat Chuck Schumer qui voit dans les 100 premiers jours de son président une lumière au bout du tunnel.

Dans le collimateur également : le dernier bastion conservateur, la Cour suprême, qui risque peut-être d’accueillir bientôt quatre Juges supplémentaires, tous démocrates, transformant la majorité 6/9 pour les Républicains en une majorité progressiste 7/13. Une revanche contre Donald Trump qui avait nommé à la hussarde la très chrétienne Amy Coney Barrett juste avant son départ. Même si la speaker de la Chambre, Nancy Pelosi n’est pas très enthousiaste, plusieurs députés ont déposé des projets de loi en ce sens. Joe Biden a créé, à nouveau via un ordre exécutif, une commission ad hoc qui envisage de « diluer » la haute Cour, le nombre neuf n’étant que coutumier. Selon les Républicains, ce serait une atteinte claire à la séparation des pouvoirs alors que la Cour suprême avait soigneusement évité de s’immiscer dans le processus électoral lors de la dernière présidentielle.

Une économie en mauvaise santé, hausse des taxes en vue?

Du point de vue intérieur, Joe Biden est comparé à Franklin Delano Roosevelt, puisqu’il a lancé d’abord un fonds d’aide aux victimes économiques du Covid-19 de 1 900 milliards de dollars sous forme d’une allocation sociale qui devrait booster… les importations chinoises. S’y ajoute un vaste programme de réinvestissement dans les infrastructures (routes, ponts, aéroports) de 2 000 milliards avec l’argent du contribuable sans oublier un plan d’aide aux familles de 1 800 milliards portant le total de la relance à 6.000 milliards de dollars alors que la dette publique américaine frôle les 23 000 milliards de dollars soit l’équivalent du PIB. La nouvelle école monétariste l’y encourage. Selon la conseillère du chef de file démocrate de la Commission budgétaire du Sénat Stephanie Kelton, la dette publique n’est plus qu’un artifice comptable pour la Réserve fédérale qui peut faire fonctionner la planche à billets verts autant qu’elle le souhaite du moment qu’elle maîtrise l’inflation. Dans l’intervalle, Biden devrait annoncer le passage de la taxation des 0,3% les plus riches de 20 à 39,6 % et une hausse de l’impôt sur les sociétés de 21% à 28%.

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En politique étrangère, si son ministre des Affaires étrangères, Anthony Blinken, descendant de survivants de l’Holocauste, est le parfait prototype du centriste multilatéraliste, Joe Biden est resté sur la même ligne ou presque que son prédécesseur relativement au régime communiste chinois. Un temps velléitaire contre la Russie à la manière de Barack Obama et d’Hillary Clinton qui, en 2016, semblaient vouloir relancer la Guerre  froide, Joe Biden s’est rapidement calmé, se souvenant sans doute de la capacité nucléaire résiduaire de l’ex-Union soviétique. Il ne franchira pas la « ligne rouge » fixée par Vladimir Poutine.

Certes, un récent sondage commandé par Fox News (peu encline à lui jeter des fleurs) révèle qu’une majorité d’électeurs (54%) approuve son bilan à 100 jours. C’est moins que les 62% de Barack Obama et plus que les 45% de Donald Trump il y a quatre ans. Toutefois, il y a un écart de 81 points d’approbation du président Biden entre les Démocrates (95%) et les Républicains (14%). C’est plus que la polarisation de 76 points pour l’ancien président Trump en avril 2017. 67% des sondés estiment Biden responsable de la dégradation de la situation aux frontières et 69% trouvent le climat économique « passable à mauvais. »

Dans le New York Times, Bret Stephens estime que le président démocrate est si outrageusement progressiste que les Républicains ne tarderont pas à récupérer Chambre et Sénat en 2022 et le Bureau ovale en 2024. Comparé par certains à Lénine (!), Joe Biden et son parti préfèrent en réalité subvertir l’État de droit en restant le plus souvent dans le cadre de la légalité.


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est écrivain, journaliste et romancier belge.

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