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Harlequin, une histoire de blonde?

Il manquait une rubrique scientifique dans Causeur. Peggy Sastre vient combler cette lacune. À vous les labos!


« Steve s’engouffra dans sa Ferrari rouge. Il était amoureux de Cindy, la belle Cindy, la sulfureuse. Mais Steve quittait Cindy et il démarra sur les chapeaux de roue tandis que Cindy gonfla sa magnifique poitrine… » Si le style des romans Harlequin est aussi célèbre que souvent tourné en dérision (les plus cultivés auront reconnu « La lecture », sketch culte de Dany Boon qui célébrait ce « champion de l’amour » au début des années 1990), la littérature à l’eau de rose peut se targuer d’un tel succès populaire qu’il est possible d’en tirer quelques enseignements sur notre monde. En passe d’être publiée dans la prestigieuse revue Evolutionary Behavioral Sciences, une étude se penche ainsi sur les couvertures de 498 romans Harlequin publiés dans sa collection originelle – la « blanche », dédiée à la « romance » pur sucre – entre 1953 et 2014, et ce afin d’explorer les interactions entre les stratégies sexuelles féminines, issues du fond des âges, et l’évolution des normes socioculturelles.

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Il en ressort que les images choisies au fil du temps par l’éditeur de bluettes illustrent parfaitement l’articulation subtile qui peut se jouer entre la tradition (les contraintes reproductives, façonnées par la biologie, des femelles humaines) et la modernité (de mœurs et de conventions sociales par définition relativement plus souples, mais aussi arbitraires). En d’autres termes, les préférences amoureuses des femmes sont restées stables durant ce gros demi-siècle nonobstant le fait que la société ait gagné en permissivité dans ses représentations de la sexualité au sens large.

Jouer sur les clichés

Le travail des Canadiennes Maryanne L. Fisher et Tami Meredith, respectivement psychologue et informaticienne, s’inscrit dans le cadre de l’« analyse littéraire darwinienne ». Ce champ académique né dans les années 1990 part du principe (à tomber à la renverse) que les textes de fiction ont de quoi nous renseigner sur la nature humaine en général et, en particulier, sur nos motivations et nos émotions les plus basiques, et donc universelles. Fisher et Meredith n’en sont d’ailleurs pas à leur coup d’essai. Leurs travaux antérieurs montrent que les trames, les titres et les personnages des romans Harlequin collent parfaitement avec des mécanismes évolutifs décortiqués dans des productions de l’esprit humain autrement moins fleuries, à savoir la froide littérature scientifique. En l’espèce, les femmes s’orientent plutôt vers des hommes susceptibles de leur apporter un soutien matériel, que ce soit par leur gros compte en banque ou par des caractéristiques associées à l’acquisition de ressources. Ainsi, les femmes ont tendance à désirer des hommes plus riches, plus âgés (ayant eu le temps d’accumuler des ressources), ambitieux et travailleurs (susceptibles d’en accumuler à l’avenir) et qui ne rechignent pas à l’engagement (pour qu’ils ne se dispersent pas aux quatre vents et entre plusieurs lits). Quant aux traits physiques (taille, musculature, cheveux brillants, etc.), on peut y voir autant d’indicateurs de santé et d’une capacité à protéger maman et sa progéniture.

Les couvertures, une machinerie comportementale

Leur récente analyse des couvertures enfonce le clou. Là où d’indécrottables romantiques verraient le souffle de la passion dans les yeux embrumés et les corps aussi parfaits qu’esthétiquement disposés, Fisher et Meredith nous parlent « recherche fructueuse de partenaire » et postulent que, les romans Harlequin étant en très grande majorité achetés et lus par des femmes, cette imagerie révèle avant tout une machinerie comportementale, motivationnelle et cognitive issue des préférences féminines reproductives citées précédemment.

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Mais ce n’est pas tout, comme le révèle la grande mutation des couvertures Harlequin intervenue dans les années 1980. À cette époque, les couvertures passent d’un modèle faisant la part belle aux couples en posture sage, si ce n’est stricte, à des représentations de personnages dévoilant toujours plus de peau – les décolletés s’approfondissent, les hommes tombent la chemise et bandent leurs pectoraux, il n’est pas rare que les héros et les héroïnes s’affichent en maillot de bain, etc. Les couvertures des années 1980 marquent en particulier l’apogée d’un érotisme soft, montrant typiquement un couple peu vêtu et passionnément entrelacé sur des draps froissés et autres mises en scène riches en sous-entendus. Cependant, ces codes esthétiques étaient l’œuvre d’hommes, et notamment de l’artiste italien Pino Daeni, auteur de plus de 3 000 couvertures pour Harlequin et consorts, et célèbre pour sa collaboration avec le mannequin Fabio. Au cours de sa carrière, le fameux Fabio apparaîtra sur pas moins de 466 couvertures, tous muscles et autres traits virils saillants (exemple : sa mâchoire carrée), en compagnie de femmes elles aussi en petite tenue. Sauf que, comme le font remarquer Fisher et Meredith, il y a fort à parier que cette sexualisation a été moins encouragée par les lectrices que par… les chauffeurs-livreurs de l’éditeur qui, à cette époque, devaient aussi se charger de la mise en rayon des ouvrages dans les points de vente. Et parce qu’ils préféraient les couvertures « sexy », ils avaient dès lors tendance à les disposer à des endroits bien en vue, générant ainsi davantage de ventes et incitant donc Harlequin à fabriquer toujours plus de livres sur ce modèle. Ce qui change dans les années 2000, à l’heure où l’éditeur, comme d’autres marques à travers le monde, en vient à davantage tendre l’oreille au « retour » de ses lectrices qui lui disent préférer les paysages et les natures mortes à la lascivité… et des héros en phase avec leurs choix reproductifs : beaux, forts et transpirant le sens de l’honneur, signe, si ce n’est gage, de fidélité.

Des romans avant-gardistes

En définitive, l’analyse de Fisher et Meredith conclut que les changements les plus significatifs observés sur les couvertures Harlequin traduisent un gain de tolérance de la société nord-américaine face aux effusions affectives en public – les couples se rapprochent sur les images, car ils peuvent davantage se rapprocher dans la vraie vie. Avec un détail intéressant : les chercheuses notent que l’imagerie des couvertures Harlequin est même un tantinet en avance sur son temps. Par exemple, on y trouve des femmes médecins avant que l’émancipation professionnelle féminine soit pleinement tolérée, ou des femmes baroudeuses avant que l’indépendance féminine coule de source.

Toutefois, aussi passionnante soit-elle, cette étude souffre d’une grosse limite. N’ayant pas pu accéder aux chiffres de vente des ouvrages, les chercheuses ont donc été incapables de déterminer le succès relatif des différentes couvertures analysées… ce qui aurait donné un indice de taille sur les préférences sexuelles des lectrices.

Référence : tinyurl.com/AllodeRose

1941-1945: Ouzbékistan terre d’accueil

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Durant toute la Seconde Guerre mondiale, l’Ouzbékistan, une des RSS a accueilli de nombreux enfants évacués des zones de guerre.


Le 8 mai, peu avant minuit, la seconde capitulation allemande est signée à Karlhorst, en banlieue sud-est de Berlin; Staline a été mécontent de la première, signée la veille au QG d’Eisenhower à Reims. La capitulation devait entrer en vigueur le 8 mai à 23h01, soit le 9 mai à 1h01 à Moscou. Cette raison technique explique pourquoi la victoire sur l’Allemagne est célébrée en Russie (et certaines des anciennes Républiques soviétiques) le 9 mai, 24 heures après les anciens alliés occidentaux. Mais au-delà de ce prétexte technique il y avait là quelque chose d’annonciateur : unie dans la guerre, l’Alliance avec l’URSS n’a pas résisté à la victoire. Deux dates, deux célébrations et, bien sûr, deux réponses à la grande question : la Seconde Guerre mondiale a-t-elle été gagnée à l’Est ou l’Ouest ? Si on raisonne en nombre des morts, la question « qui a le plus souffert » est vite résolue : l’Armée rouge a perdu en juin 1941 et mai 1945  près de 10 000 000 de soldats (morts et disparus), les Américains 400 000 et le Commonwealth (RU, Australie, Nouvelle-Zélande) presque 500 000. À ces pertes militaires, il faut ajouter celles subies par les civils (13 000 000 de citoyens de l’URSS ont péri), bilan extrêmement lourd, auquel s’ajoute la destruction massive des infrastructures. Il est donc certain que l’essentiel de la Heer (l’armée de terre allemande) a été piégée à l’Est, usant ses hommes et ses moyens contre une résistance soviétique qui a surpris Berlin d’abord, mais aussi Londres et Washington.

Un effort de guerre colossal des deux côtés

Mais quand on entre dans une discussion plus militaire – dans le sens large du terme – le bilan est plus complexe. D’abord, le Royaume-Uni a tenu bon entre mai 1940 et juin 1941, créant ainsi les conditions d’un deuxième front (même limité). Ensuite, l’aide massive fournie par les États-Unis – au détriment d’autres alliés et d’autres fronts avec les conséquences de cette priorisation – a permis à l’Armée rouge de pallier des insuffisances et défaillances critiques, notamment en ce qui concerne les transports et les carburants.

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Ainsi, même si l’on parle de nouveau d’une guerre froide et que l’on célèbre la victoire sur l’Allemagne nazie en deux dates différentes, il est de plus en plus évident que la guerre a été gagnée par un effort colossal fourni par l’ensemble des armées et pays alliés. Il est donc important que des publications en français concernant la guerre à l’Est (et pas uniquement sur Stalingrad) soient de plus en plus disponibles, grâce notamment à Jean Lopez. Mais il convient aussi d’attirer l’attention sur l’expérience des non-militaires et des territoires éloignés des champs de bataille. Les drames humains étaient moins spectaculaires qu’un corps-à-corps dans les décombres d’Octobre rouge, mais si on veut comprendre l’étonnante résilience de l’URSS, du système stalinien, mais aussi des populations, il faut s’intéresser à ce qui s’est passé ailleurs, en Ouzbékistan par exemple.

L’Ouzbékistan, un pays éprouvé

Comme partout ailleurs en Union soviétique, le choc allemand se heurte à des institutions et des sociétés éprouvées par une longue décennie dévastatrice sous la main de fer de l’État stalinien. L’Ouzbékistan ne fait pas exception. Pendant les grandes purges, les élites politiques locales – accusées de nationalisme séparatiste – sont décimées et remplacées par des personnes venues de Russie. Quand la guerre éclate, l’Ouzbékistan (ainsi que d’autres régions d’Asie centrale) accueille en quelques mois de nombreuses usines et installations industrielles évacuées en catastrophe des régions européennes avant qu’elles ne tombent entre les mains des Allemands. Avec les machines arrivent aussi des trains entiers de Russes et d’Européens, ouvriers, ingénieurs et fonctionnaires et leurs familles. Les Ouzbeks d’origine vivant essentiellement dans les régions agricoles du pays – surtout quand Staline décida de transformer le pays en champ de coton. Plus tard, d’autres Russes et non ouzbeks s’y sont installés, notamment des réfugiés – dont de nombreux Juifs – des orphelins et enfants séparés de leurs parents. Ainsi, les quelque six millions d’Ouzbeks ont accueilli presque un million de nouveaux arrivants, dont 400 000 enfants souvent seuls.      

La générosité des Ouzbeks

En Ouzbékistan, durant ces années difficiles de la guerre (rappelons que plusieurs centaines de milliers d’Ouzbeks étaient sous le drapeau de l’URSS et que plus de 538 000 d’entre eux sont morts), les habitants – souvent des femmes, des adolescents et des vieux – se sont montrés d’une générosité et d’une bienveillance remarquable, malgré le dénuement et le manque de nourriture. 

Dès octobre 1941, les autorités locales ont créé le « Bureau Central » chargé de la gestion de l’évacuation des enfants et de leur accueil. En décembre de la même année, des commissions (au niveau national, municipal voire au niveau équivalent de l’arrondissement) ont été mises en place pour trouver hébergements et familles d’accueil pour les enfants évacués. Mais ce qui est important à signaler est qu’au-delà de l’effort de la République socialiste soviétique (RSS) et du parti communiste local, les Ouzbeks se sont mobilisés, se montrant particulièrement généreux avec les enfants séparés de leurs parents, que de nombreuses familles ont accueilli et élevé pendant les années de guerre.   

Entre novembre 1941 et octobre 1942, 15 649 enfants ont été accueillis par des familles ouzbeks, dans différentes zones d’évacuation. Jusqu’en février 1942, 92 415 enfants ont rejoint la région de Fergana et ont été placés à Fergana, Margilane, Kokand ou dans les autres villes et villages de la vallée. Ce fut notamment le cas du jeune Marek Halter, dont la famille qui a fui la Pologne et le destin des Juifs de ce pays, ont trouvé refuge justement dans la ville de Kokand.  

De nombreuses familles d’accueil pour pallier le manque d’orphelinats

Le défi était de taille, car au début de la guerre l’Ouzbékistan ne disposait que de 40 foyers pour enfants et orphelinats, vite saturés. Dans la seule année 1942, 20 000 enfants se sont ajoutés aux 214 orphelins ouzbeks qui y vivaient au début de l’été 1941. Peu à peu, le réseau des orphelinats, des écoles maternelles et autres structures d’accueil s’est densifié. Ce n’est pas sans rappeler l’élan populaire qui, en 1940, accompagna l’évacuation de Londres bombardé, un comité d’action a lancé en janvier 1942, face aux arrivages incessants de l’Ouest, un appel solennel à ce « qu’aucun enfant qui arrive en Ouzbékistan ne devait être laissé sans lit ni chaleur maternelle ». En quelques jours, 643 familles se sont portées volontaires pour accueillir des enfants évacués de 69 villes soviétiques. En septembre 1942, ces mêmes familles ont accueilli 303 enfants orphelins de plus.

On trouve dans les archives que les familles Muazzam Juraeva et Dilbar Ashhurhodzhaeva de Boukhara ont à eux seuls accueilli huit enfants chacune. La famille Nefedova, de la région de Fergana, en a accueilli cinq et dans neuf fermes collectives de la région de Yangiyyl, ce sont 169 enfants qui ont trouvé refuge. Au début de la guerre, Shaakhmed Shamakhmudov et son épouse Bahri Akramova ont adopté 15 enfants orphelins et évacués à Tachkent puis trois autres enfants après la guerre. Ces enfants étaient Russes (Volodia, Khabiba et Shukhrat), Juifs (Yuldash, Ergash), tatars (Rakif, Rakhmatulla), Moldaves (Kholida), kazakhs (Halima), Ukrainiens (Hamidulla), etc. Les Shamakhmudov n’avaient pas d’enfants, mais alors que Shaakhmed avait 53 ans et sa femme 40 ans, ils allèrent à la gare où arrivaient les enfants évacués pour en accueillir plusieurs. Fyodor Kulchnovsky, un Juif Ukrainien évacué vers Tachkent, a pris le nom de Shamakhmudov et après avoir reçu une formation de contremaître dans les mines, il retrouva, 45 ans plus tard, son arrière-grand-mère âgée de 104 ans ! Olga Timonina, une Moldave, dernière des enfants adoptés est restée vivre à Tachkent et a pris le nom de Kholida Shamakhmudova. Après la guerre, certains enfants sont repartis dans leur patrie alors que d’autres sont restés en Ouzbékistan. Entre 1945 et 1947, 78 enfants installés à Fergana ont été adoptés par des familles ouzbèkes.

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Le 9 mai 2018, à l’occasion de la commémoration de la victoire sur l’Allemagne nazie, Shavkat Mirzyoev, président de la République d’Ouzbékistan, a inauguré un monument en l’honneur de la famille Shaakhmed Shomakhmudov érigé dans le lieu où elle habitait.

Si on veut comprendre comment l’URSS a pu tenir, il faut chercher aussi ses petites histoires qui se cachent derrière les grandes victoires et les films et les romans qui les racontent et célèbrent.

Une femme qui s’en va

Dans son nouveau livre, Les Héroïques, Paulina Dalmayer entremêle l’histoire de la Pologne et celle de sa narratrice Wanda, qui est sur le point de mourir. Un brillant aller-retour entre le passé et le présent.


Pourquoi la lecture des Héroïques de Paulina Dalmayer laisse-t-elle à ce point une sensation de joie, une joie assez paradoxale, alors que son sujet, au premier abord, est passablement noir ? Le roman raconte les deniers jours de Wanda, une Polonaise née en 1946 atteinte d’un cancer généralisé. Wanda a d’autant plus de mal à en ignorer l’issue fatale qu’elle est professeur de médecine : elle analyse, avec une rigueur presque amusée, les symptômes qui la conduisent à sa fin prochaine comme si sa propre mort avait un aspect intellectuellement satisfaisant, parce qu’elle est conforme à ce qu’en disent les livres de médecine. Pour Wanda, son agonie est d’abord une leçon de choses qui lui inspirent des images qui vont droit au but : « Mes métastases me tiennent en laisse, chaque jour plus courte. »

Double-jeu dans la Pologne communiste

Paulina Dalmayer se révèle un écrivain capable de mettre en scène des personnages qui ne se mentent pas à eux-mêmes, bien que dans la Pologne communiste, ils excellent dans l’art de mentir au système. Ces accommodements raisonnables avec le régime n’empêchent pas la lucidité. C’est ce décalage, plutôt que ce double-jeu, qui fait que Wanda et ceux qui l’entourent ou l’ont entourée semblent avoir un coup d’avance sur le temps, possédés par une sorte de folie précise et d’ironie grave. Son mari, Edward, autrefois journaliste dans la presse du Parti, est devenu un député européen social-libéral. C’est un séducteur charmant que ses infidélités passées n’empêchent pas d’entourer Wanda d’attentions, avec une complicité qui est l’apanage des vieux couples qui ont toujours préféré la camaraderie amoureuse aux ravages de la passion.

Une histoire tragique mais pas sombre

C’est aussi cette distance polie avec l’existence, les sentiments, les idéologies, qui permet à Wanda d’entremêler, sur un ton presque allègre, son histoire et celle, pour le moins tragique, de la Pologne. Elle le fait par d’incessants allers-retours entre le présent et le passé, par des coq-à-l’âne qui sont le vrai mode d’apparition des souvenirs, et non dans une artificielle chronologie : si on dit qu’au moment de mourir, l’existence tout entière repasse comme un film, Paulina Dalmayer montre bien que ce film n’a pas le temps de passer au montage.

Deux destins liés

Wanda et Edward ont été des baby-boomers à la sauce polonaise pratiquant la contre-culture pour mieux respirer dans une société étriquée. Il est question du Théâtre-Laboratoire de Grotowski, où Wanda joue le temps de finir ses études de pédiatrie, aussi bien que des Rolling Stones. Wanda, elle venait de loin. Elle s’en veut de consulter un vieux carton de photos qui racontent la Pologne de ses parents, celle des années 1950, la famille aisée, originaire de Lvov, ville qui a appartenu à tous les États de la région, le déclassement imposé à ses parents dans une usine à betteraves mais aussi, plus tard, sa liaison avec Karl, un de ses étudiants et puis ses propres enfants, surtout la fantasque et tragique Gabriela qui vit désormais en France. Au bout du compte, une seule question tourmente encore Wanda : les formalités pour mourir sont-elles plus compliquées que pour aller en Inde ? À moins qu’il ne s’agisse du même voyage…

Histoire d’une femme qui est certaine de mourir, histoire d’un pays qui n’a jamais été certain de sa propre existence, Les Héroïques révèle aussi, avec Paulina Dalmayer, un grand écrivain polonais de langue française.

Paulina Dalmayer, Les Héroïques, Grasset, 2021.

Les raisons du succès victimaire

Pour expier sa culpabilité originelle, l’Occident met sur pied Big Mother, une société atomisée et maternante, qui consacre le règne de la victime. Mais pourquoi nos sociétés, tout particulièrement, incitent-elles les individus à verser dans ce tropisme victimaire?


On ne me contestera pas, j’espère, que la compétition victimaire batte aujourd’hui son plein, comme je l’exposais dans un article précédent. L’état de victime, situation conçue par les Anciens comme conjoncturelle et réversible, a été élevée par notre époque au rang de qualité inaliénablement attachée à un individu, et transmissible à ses enfants. Sénèque pouvait écrire : « il faut bien comprendre à présent que l’on peut commettre une injustice à mon égard sans que pour autant je la subisse » ; notre post-modernité, elle, a découplé le statut de victime, et l’expérience personnelle d’un tort. Au philosophe stoïcien, elle oppose ainsi une nouvelle maxime, toute inverse de la sienne : « il faut bien comprendre à présent que je peux subir une injustice sans que pour autant on en ait commise à mon égard ».

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Cette description, cependant, laissait en suspens une question fondamentale pour notre problème : pourquoi nos sociétés – et celles-ci précisément -, en sont-elles venues à ce renversement vertigineux ? Autrement dit, pourquoi nos sociétés – et celles-ci précisément – font-elles si bon accueil aux professions de foi autorisant à se proclamer victime sans avoir subi personnellement aucun tort ?

L’Occident moderne aux prises avec un Surmoi chrétien devenu fou

C’est d’abord que, contrairement à ce que d’aucuns avaient pu espérer, le déclin de la croyance chrétienne en Occident ne s’est pas traduit par une diminution du sentiment de culpabilité ; au contraire, je trouve qu’il n’a jamais été aussi ardent. Mais plus encore, il a pris une dimension civilisationnelle inédite. Son point d’application a pour ainsi dire migré des terminaisons individuelles au centre névralgique qui les irrigue toutes. 

Or, en la matière, ce qui est vrai des atomes l’est encore des molécules ; et les civilisations, comme chacun des êtres qui les constituent, ont elles aussi leur gendarme intérieur. Car telle peut en définitive se résumer la situation de notre Occident moderne : il est aux prises avec un Surmoi chrétien devenu fou. Ce censeur implacable nourrit chez lui une culpabilité dévorante ; aucune hauteur morale à laquelle il est humainement concevable de s’élever ne peut en effet, aux yeux de ce persécuteur intérieur, compenser le poids des crimes qu’il perpétra par le passé.

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Voilà l’origine des envies christiques dont l’Occident est saisi ; il médite lui aussi de finir sur une croix. L’impossibilité d’expier dans le présent lui suggère d’y parvenir dans la mort, en s’immolant pour racheter ses inamendables péchés. L’Europe, tout particulièrement, a des velléités sacrificielles ; plus qu’elle-même, c’est l’humanité toute entière qu’elle voudrait sauver, et aucun holocauste ne lui semble trop cher payé pour cela. Aussi, même si elle ne nourrit au fond d’elle-même guère d’illusions sur certains des « malheureux » qu’elle accueille et entretient, leur charge satisfait son besoin de punition, et la rapproche du destin pascal qu’elle songe de plus en plus à épouser, pour finir comme l’agneau civilisationnel qu’elle est devenue. 

Un pour tous, tous victimes

Cette première motivation, toutefois, n’explique pas la « démocratisation » de l’aspiration victimaire. Pourquoi, en effet, nos sociétés assistent-elles les victimocrates dans leurs efforts ? Pourquoi incitent-elles chacun à verser dans ce tropisme victimaire ?

De cette prison censément affranchissante, n’espérez pas sortir, on vous y renverra sans faute!

La réponse, je crois, est à chercher du côté de Tocqueville, et des formes nouvelles de despotisme doux qu’il envisageait, dès 1840. Nous assistons aujourd’hui à l’avènement des sociétés amniotiques et maternantes qu’il concevait alors comme une dérive possible des régimes démocratiques, dans le second tome de son maître-ouvrage. Or, ces tyrannies de la bienveillance, placées sous le signe marial de ce qu’on désigne outre-Atlantique comme le care, c’est-à-dire le soin, ou mieux encore, le souci, exigent un nombre croissant de souffrants à veiller. Aussi, à défaut qu’il y en ait suffisamment de réels, sont-elles conduites à en agréer et à en fabriquer de nouveaux, voire de fictifs, à mesure que les alités manquent.

L’anti-stoïcisme des victimocrates coïncide donc tout à fait avec ce versant du programme moderne consistant à nous décharger des douleurs et des peines attachées à la vie. A cet égard, le renversement de la proposition sénéquienne – il faut bien comprendre à présent que je peux subir une injustice sans que pour autant on en ait commise à mon égard – lui ouvre des possibilités d’extension et d’approfondissement fantastiques. Non seulement en effet chacun peut devenir victime – puisque le verrou de l’expérience personnelle d’un tort est levé – ; mais il n’y a plus même besoin de bourreaux. Déjà, à l’horizon, se profile l’ère à venir des victimes sans coupables ; alors, même dans les cas où ceux-ci existeront et seront arrêtés, il finira immanquablement par s’avérer qu’ils étaient eux-mêmes antérieurement victimes, avant que de devenir bourreaux. Le passé, jouant un rôle analogue au premier moteur immobile d’Aristote, constituera l’indispensable cause originelle du Mal, comme il commence déjà à l’être ; et le penchant humanitaire de l’époque pourra se déployer dans toute la plénitude qui est la sienne.

L’utile paravent du sociétal

Ceci ne signifie pas, cependant, que toutes les victimes se valent ; leur prix, en effet, tient d’abord dans leur capacité à exciter la culpabilité de l’homme blanc, et à faire vibrer chez lui cette corde singulièrement surdéveloppée. La souffrance desdites minorités, à cet égard, recouvre pour l’Occident un charme tout particulier.

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L’idéologie victimaire, à ce titre, est un formidable tour de passe-passe par lequel des privilégiés, parce qu’ils ont la bonne couleur de peau ou le bon sexe – je pense en particulier à toutes ces célébrités issues du monde du spectacle –, peuvent se prétendre les grands opprimés des temps modernes, en lieu et place des véritables ; supercherie que ne permettait pas l’ancienne fétichisation du prolétariat, remplacé donc par des catégories offrant plus de souplesse. C’est un progressisme qu’il reste toujours aussi valorisant d’embrasser, mais dont l’adoption ne coûte par ailleurs plus rien : la promotion cosmétique d’élites issues des « minorités » ne grève aucun profit ; les hausses de salaires et le paiement de ses impôts, si. On notera ainsi que les entreprises les plus en pointe sur le sujet sociétal sont celles qui s’acquittent le moins de leurs obligations sociales (en particulier fiscales), que la logique établirait pourtant premières dans la hiérarchie de leurs devoirs.

Aissa Maiga s’est illustrée en comptant les Noirs dans l’assistance des César 2020, créant le malaise © JP PARIENTE/SIPA Numéro de reportage: 00947527_000008

Une diversité de carte postale

C’est que le vrai génie de l’époque, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, est celui du marketing. Les mérites d’un produit importent moins pour le vendre, que l’image de lui qu’on parvient à véhiculer. Et l’art publicitaire a atteint en la matière des sommets. Aussi, secondé de leur science, c’était un jeu d’enfants que d’imposer, pour ne prendre que cet exemple, une nouvelle définition de la diversité. Suivant la doxa victimaire, elle s’entend désormais comme mesure de la variété des couleurs de peau, « genres », religions, et orientations sexuelles représentés – quand ces deux dernières catégories peuvent l’être -. Elle est absolument muette sur l’uniformité idéologique qu’une telle définition autorise ; et pour cause, elle s’en accompagne presque immanquablement. Le superficiel y est maître, et l’écorce y fait tout.

Jamais encore on n’avait pu détecter aussi infailliblement l’entrisme idéologique en vigueur dans un milieu qu’en y entendant résonner l’hymne vibrant à cette nouvelle diversité de théâtre, toute en décors peints et en papier mâché. Son éloge toujours plus mécanique et toujours plus bruyant résonne ainsi à mes oreilles comme la tentative désespérément incantatoire d’exorciser une homogénéité sans cesse plus absolue. Mais il faut reconnaître qu’elle n’est pas sans accointances avec l’époque, et son goût des voyages prétendument dépaysants : après tout, l’humanité en bermudas (Philippe Muray) méritait bien cette diversité de carte postale !

L’antiracisme, un lifting des anciennes thèses racistes

L’enfermement dans la race – mais on pourrait remplacer par « genre », religion, orientation sexuelle – constitue désormais le mode libératoire de l’idéologie antiraciste et de ces succédanés. De cette prison censément affranchissante, n’espérez pas sortir ; on vous y renverra sans faute. Blanc, vous n’avez le choix qu’entre l’ethnocentrisme, et l’appropriation culturelle ; Noir, qu’entre les Black Studies et le statut de vendu, voire de traître à la race. Théâtre et cinéma, qu’on aurait pu rêver en sanctuaires préservés de ces évolutions, sont à leur avant-garde : un nain doit être interprété par un nain, une transsexuelle par une transsexuelle ; toute autre possibilité suscite immanquablement des scandales. « Que Dreyfus est capable de trahir, je le déduis de sa race« , écrivait Barrès en 1904. Nous en sommes revenus là, et précisément par ceux qui se prétendent les représentants de la pensée adverse.

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De même qu’aujourd’hui la diversité, sous l’apparence trompeuse d’un vocable identique, désigne tout autre chose que la variété dans les manières de sentir, de penser et d’agir qu’elle signifiait autrefois, l’antiracisme contemporain n’a plus rien à voir avec ce que put être la mystique dreyfusiste. Au contraire, il est temps de comprendre à présent qu’il ne consiste plus qu’en un relooking des vieilles thèses barrésiennes, à peine liftées, tout juste fardées. Parvenant au terme de sa fable – Les animaux malades de la peste -, La Fontaine concluait : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir [innocent ou coupable] ». Nos militants antiracistes en ont réécrit le texte ; et on peut lire à présent : « Selon que vous serez blanc ou noir / Les jugements de cour vous rendront puissant ou misérable [bourreau ou victime] ».

Le Chifoumi d’Emmanorwell Macron

Tuer des policiers dans des commissariats est un signe grave de délitement, d’affaissement, de décomposition de notre pays. C’est aussi une stratégie démontrant que nous, simples citoyens, ne pouvons plus être protégés par l’Etat qui a renoncé à cette mission régalienne. La police ne pouvant plus faire respecter les lois de la République, la justice protégeant les racailles qui parviennent parfois à se retrouver devant un tribunal, il est évident que pour le péquin moyen vivant dans un quartier sensible où les caïds font la loi et les barbus policent les comportements, il ne lui reste qu’à raser les murs, choisir ses horaires de sorties ou déménager. Afficher les noms des policiers, leurs adresses,  les pister, les tuer, est une stratégie qui ressemble aux actes du FIS et du GIA algérien qui égorgeaient des policiers et des militaires à leurs domiciles ou dans les commissariats afin de démontrer à la population qu’elle était abandonnée. Cette façon de faire ira crescendo, elle est le résultat d’une dynamique structurelle jamais remise en question.

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Le Petit Remplacement de Montpellier

On pouvait prévoir au moment où on apprenait l’égorgement de Stéphanie, agent administratif dans un commissariat, que les médias utiliseraient des euphémismes pour minimiser la barbarie de l’acte. Il était tout autant prévisible que la normalité et la tranquillité de l’égorgeur nous serait imposées par ces mêmes médias. On devinait sans prendre de risque que Libération chercherait à minimiser l’acte et trouverait une cause externe ayant joué sur l’état psychique du tueur. Ce fut chose faite, avec « l’assaillant n’allait pas bien » ! Stéphanie et sa famille ne comptent pas, on court chercher les pleurnicheries de la famille du tueur. On humanise un criminel et on invisibilise la victime, on méprise la douleur de ses proches, on se moque des Français. Si Jamel Gorchène avait survécu à son escapade meurtrière, nul doute que le billet d’excuse « déséquilibré » aurait été validé par l’ensemble de nos échotiers. On le sait, en France nous avons les meilleurs experts psychiatres au monde capables de faire des diagnostics dans le quart d’heure qui suit un acte djihadiste, même quand le tueur a été abattu. Le capitaine Marleau peut aller se rhabiller.

En appelant à déconstruire notre histoire sur CBS, Emmanorwell Macron se place en chef de file incontesté du mouvement woke français. S’il est hostile à Mélenchon, ce n’est qu’en tant que rival ! En réalité, les deux sont objectivement complémentaires

Je conseille ce titre lors du prochain égorgement à l’éditorialiste de Libération : « La victime a succombé à une trachéite après avoir croisé un dépressif subissant l’islamophobie ambiante ».  Jamel Gorchène a adressé une fin de non-recevoir aux élucubrations criminelles de La France Insoumise. Stéphanie était désarmée.

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Notre jeûneur en désespoir alimentaire, vivait à Rambouillet où les Pierre et les Stéphanie existent encore contrairement au quartier de Montpellier visité par Emmanorwell Macron il y a peu de temps. Celui-ci restait silencieux et bienveillant face à une « maman voilée »,  une mater dolorosa qui en appelait au vivre ensemble et désirait que ses enfants puissent connaître un petit garçon se prénommant Pierre. Le Petit Remplacement local avait eu lieu, il fallait bien l’admettre, alors on réclamait de la mixité sociale alors que cette dame aurait pu donner ce prénom à un de ses fils. L’épisode de la mère voilée fut une merveille perverse de communication politique car en filigrane, ce qui en est ressorti dans les rédactions de télé était orwellien ! Voilà une bonne maman voilée qui s’inquiète pour l’avenir de ses enfants et est ouverte à la mixité en voulant des « Pierre » dans son quartier et dans l’école de ses enfants. C’est aussi une façon vipérine de souligner que les « Gaulois » refusent de côtoyer la diversité et de réussir la « mixité », que les musulmans orthodoxes sont des multiculturalistes avertis ouverts à la grande cohabitation ethnique et culturelle, et que les « Blancs » racistes la refusent. Il est impératif de rappeler que le voile islamique est un morceau de charia qui indique qu’un homme non musulman est impur et ne peut prétendre épouser une musulmane et avoir des enfants avec elle, c’est dire le niveau de délabrement psychologique et idéologique des gauchistes qui défendent l’apartheid religieux au nom de la liberté qu’ils retournent contre la liberté. Et tout cela au nom du métissage…

La diversité, vous dites ?

Puis notre petit timonier du multiculturalisme, Emmanorwell Macron dans un sens du timing exceptionnel, délivrait une interview ahurissante sur CBS où il se posait en chef de file des décoloniaux en promettant de déconstruire l’Histoire « raciste » de la France. L’islamo-gauchisme ne touche pas que nos universités, il se trouve même au-delà de l’oreille droite de Mélenchon. Emmanorwell Macron joue à chifoumi, avec Pierre, Chiffon et Couteau, et Pierre perd toujours.

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Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre égorgeur du ramadan. Stéphanie a eu le malheur d’avoir eu sa visite, il aurait pu rencontrer un Pierre! Il sera difficile de convoquer le manque de mixité sociale à Rambouillet, à moins que plus de voilées, de djellabarbes et de choufs auraient calmé les ardeurs dépressives de notre assaillant en perdition. Recréer le quartier de la maman voilée de Montpellier sera certainement la solution, entre Pierre et le loup solitaire, le sacrifice est vite fait. Tous ces chroniqueurs et politiques qui soliloquent sur les plateaux de télé en se gargarisant de qualificatifs élogieux à l’intention de la maman voilée qui serait formidable car elle veut du vivre ensemble, vivent-ils dans un quartier où les voilées sont majoritaires, où les choufs tiennent les murs en crachant violemment au sol quand vous les croisez, où les caïds tiennent l’économie parallèle, où les djellabarbes triturant leurs chapelets, devisent tout en claquant bruyamment du Inch ´Allah pour ponctuer leurs phrases ? Ont-ils envie de voir leurs filles se faire traiter de putes ou revenir voilées car assimilées à la culture locale? Lorsque des habitants d’un quartier sensible, des journalistes ou des politiques, expliquent que c’est le manque de mixité qui est la raison de la violence et de la délinquance, ils utilisent un mot pour remplacer une autre réalité. Eux qui prônent le tout diversité, c’est à dire l’omniprésence des personnes d’origine subsaharienne ou maghrébine, admettent implicitement que ces populations sont sources de violences, de délinquance et d’islamisme lorsqu’elles sont ultra majoritaires ou majoritaires. Le manque de mixité, c’est le manque de Pierre, de Stéphanie ou de Samuel… C’est-à-dire le manque de Blancs de culture judéo-chrétienne… Afin de tirer vers le bas le niveau de violences ?

Chimère tiers-mondiste monstrueuse

Dans le Pas de Calais, les plus pauvres ne sont pas les personnes issues de l’immigration mais les Chtis, travailleurs précaires ou au chômage. Ils n’organisent pas des mariages tapageurs avec voitures de luxe, de véritables fantasias, et n’ont pas des résidences secondaires au bled. Ils sont plus pauvres mais apportent cette « mixité sociale » en étant moins représentés dans les phénomènes de violences et de délinquance en bandes. Emmanorwell Macron, en allant faire acte de contrition face à la mère patrie progressiste, a clairement choisi le camp décolonial. Cet homme est un nouveau pied rouge, en mode libéral, il chasse sur les terres de Mélenchon. Le premier est Docteur Honoris Causa de l’université d’Evergreen, le second est un nostalgique d’une chimère tiers-mondiste monstrueuse. L’Elysée est dorénavant un territoire perdu de la nation, la gauche est devenue un cluster idéologique dangereux. L’islamo-gauchisme a aussi cette vertu extraordinaire de pouvoir nous rendre coupables des actes de nos ancêtres tout en refusant aux « racisés » de se sentir responsables des actes de leurs enfants. En appelant à déconstruire notre histoire sur CBS, Emmanorwell Macron se place en chef de file incontesté du mouvement woke français.

Le président Macron en entretien sur la chaîne américaine CBS, 18 avril 2021. Capture d’écran.

S’il est hostile à Mélenchon, ce n’est qu’en tant que rival ! En réalité, les deux sont objectivement complémentaires mais ils font mine de l’ignorer. Le premier fournissant les armées révolutionnaires tiers-mondistes, et une société déconstruite au second qui n’en demande pas tant. Ce sera à la fois cocasse et cruel de voir la tribu des républicains laïques de gauche appeler à faire barrage avec Macron en 2022 tout en dénonçant les mouvements indigénistes, Mélenchon et les islamistes.

Macronie: la lutte des places

Si Karl Marx était des nôtres, il ne jugerait pas incompatible la lutte des places avec la lutte des classes, la première étant un dérivé minime de la seconde. Dans les deux cas, au fond, c’est une affaire de pouvoir…


C’est un thème vieux comme le monde mais j’ai fait partie des quelques naïfs qui en 2017, à cause de la fraîcheur apparente du président et de son caractère atypique, jugeaient crédible sa promesse d’un nouveau monde, au moins sur le plan de la morale publique. Ce n’est pas le cas, avec en plus une arrogance et un cynisme affichés.

Combinaisons roublardes

Il y a toujours eu un mantra obligatoire pour tous les présidents de la Ve République, à l’exception de Charles de Gaulle et de François Hollande : on ne pense qu’à travailler au service des Français, pas du tout à la réélection. Charles de Gaulle a démontré qu’il tenait moins au pouvoir qu’au peuple et François Hollande, sans être contraint ni forcé, a décidé, en le regrettant par la suite, de ne pas se représenter. Ce n’est pas si fréquent ! Emmanuel Macron, lui, nous a offert à plusieurs reprises un discours de devoir et de sacrifice mais en réalité on n’a jamais vu un président s’abandonner si tôt avant l’échéance à tant de combinaisons politiciennes et roublardes pour mettre toutes les chances de son côté. Qu’on songe aux régions PACA, Hauts-de-France par exemple et à l’investissement du président et de son Premier ministre, qui donne le vertige tant il néglige l’essentiel pour ne se consacrer qu’à l’écume ambitieuse : en même temps, un hommage au policier assassiné par un malfaiteur à Avignon et l’obsession de jeux partisans qui indignent d’autant plus que la situation de la France appellerait une concentration absolue de nos gouvernants.

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Je l’ai dit, cela n’a pas commencé avec Emmanuel Macron mais il a poussé ce processus délétère jusqu’à un point inimaginable en République : la lutte des (et pour les) places. On pourrait gloser à l’infini sur la multitude de ces ambitions qui dans notre histoire politique ont pris un tour si différent selon la personnalité des aspirants au pouvoir et de leur rapport au temps. Nicolas Sarkozy n’a jamais dissimulé son impatience et, en 2007 comme en 2012, il n’a jamais pris les citoyens pour des imbéciles en simulant un désintérêt qui n’aurait pas été plausible. En revanche, il a su tenir ses soutiens et ses affidés par l’octroi de places que leurs mérites ne justifiaient pas forcément et qu’ils ont trop souvent perçues comme la liberté de n’agir que sous leur seul contrôle, donc à l’abri de tout. Avec ce paradoxe qu’il a partagé avec François Hollande d’avoir fait nommer, en violation d’engagements explicites ou implicites, des ministres aussi peu armés pour la fonction que par exemple Sibeth Ndiaye pour être porte-parole sous Macron. André Vallini en sait aussi quelque chose, comme il aurait été un bon garde des Sceaux, il n’a pourtant jamais été appelé !

Et la lutte des classes?

Dans ce domaine également, Emmanuel Macron est incomparable. Il est incontestablement le pire DRH de la Ve République pour tous les niveaux, celui des mauvais coups et des manœuvres comme celui des occupations élevées. Quand on ne choisit que pour soi, on choisit mal ! La lutte des places, pour l’appétence suprême, ne relève pas nécessairement d’une agitation frénétique et constante. François Mitterrand a su, avec une patience d’ange roué et calculateur, attendre trois fois son heure comme Jacques Chirac. Était-ce bien nécessaire, en tout cas pour le second qui est honoré de manière surabondante à proportion de son immobilisme chaleureux et sympathique ? Je voudrais rendre hommage, sans aucune dérision, à ceux qui reviennent inlassablement dans la lice présidentielle en ayant la certitude au fond d’eux – le caractère péremptoire de leur optimisme en étant la preuve paradoxale – qu’ils demeureront dans le meilleur des cas à peine au-dessus de 5%. Nicolas Dupont-Aignan est un parfait exemple de ces convictions qui acceptent de faire comme si elles avaient une chance de devenir majoritaires. Je n’en serais pas capable : c’est héroïque… A rebours, il y a, comme Jean-Luc Mélenchon, des persévérants par certitude d’être irremplaçables : ils se déclarent nécessaires pour échapper au risque de ne plus être à la longue perçus comme tels !

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La lutte des places, sous Emmanuel Macron, s’ajoute à la lutte des classes : les Gilets jaunes d’hier, s’ils avaient été dogmatiques, l’auraient perçu et s’ils reviennent demain, ils affineront leur demande de démocratie. Loin des clivages dont rêve Emmanuel Macron – mondialistes contre nationaux, progressistes contre conservateurs -, ils se battront au nom du seul qui vaille socialement : il oppose ceux qui ont à ceux qui n’ont pas. Non pas que j’aie la moindre fibre révolutionnaire, mais il y a un tel degré de réalisme cynique, en ces temps, derrière l’affichage de valeurs « pour faire bien », qu’on peut se donner le droit à un extrémisme indigné et pacifique. Emmanuel Macron a créé un nouveau monde, oui, mais pas le bon.

Mon homme politique préféré

Une fois de plus, mon agenda du moi a été bouleversé à la dernière minute. J’avais accumulé les notations sur l’actu, du moins sur l’essentiel : le changement de nom de l’ENA, le report d’une semaine des scrutins territoriaux, la hausse du taux de THC dans le cannabis, la mystérieuse disparition du prince Philip…

Mais voilà que paraît la toute première biographie de Marie-France Garaud, mon idole de jeunesse ! Tant pis pour l’ENA et le THC… Je n’ai pas résisté.


BASILE, COLLEUR D’AFFICHES

Je suis un fan de toujours de Marie-France. Peu de gens le savent, mais en 1981 j’ai même voté – et collé ! – pour elle, adhérant du même coup à un club très sélect, qui au bout du compte n’aura accueilli que 1,3 % des électeurs français. À comparer avec la démagogie d’un Michel Debré, qui dans le même scrutin décrocha les 1,7 % à force de saillies populistes.

Donc je me suis rué sur La Conseillère, d’Olivier Faye (Fayard). Tout bien considéré, je n’étais peut-être pas le client idéal. En ma qualité d’admirateur, je savais déjà par cœur l’essentiel de ce que l’auteur raconte, à part les trucs à vérifier. Assez en tout cas pour garder mon idée d’elle, et m’en faire une de lui.

UN REGARD WOKE

L’auteur est aussi journaliste mondain. Originaire de l’extrême droite – plus précisément, du service extrême droite de la rédaction du Monde –, Olivier Faye a été promu l’an passé responsable de toutes les droites.

Pour lui, Marie-France et son comparse Pierre Juillet incarnent précisément ce passage : des « gaullo-pompidoliens » certes, mais profondément enracinés dans leur patrie charnelle. De quoi inquiéter un démocrate sincère comme l’auteur.

Une droite « présentable », mais camouflant mal dans les plis du drapeau ses pulsions autoritaires. C’est même ça, comprend-on, l’actu du livre : Garaud préfigurait l’inquiétante nébuleuse réaco-souveraino-facho qui constitue aujourd’hui, paraît-il, un « danger pour nos libertés ».

Trêve de plaisanteries ! Durant les années Pompidou, Juillet et Garaud sont les proches conseillers du président – lestés néanmoins dans cette tâche par Édouard Balladur.

Le « duo infernal » est universellement craint et haï, comme de juste. Marie-France, en particulier, s’est taillé une réputation de tueuse florentine, même et surtout auprès des femmes : « Elle est terrifiante ! » confiera l’indomptable Françoise Giroud.

Quant au Canard, il l’a rebaptisée « Garaud-gorille » ce qui, m’est avis, ne rend compte qu’en partie de sa personnalité.

Quarante ans après, on a encore vu des bouffées de cette haine, notamment sur les réseaux sociaux, lorsqu’en juin dernier Marie-France Garaud a disparu une nuit au volant de sa voiture, avant d’être retrouvée le lendemain matin.

La dame, aujourd’hui âgée de 87 ans, souffre d’une maladie de type Alzheimer. Au lieu de la plaindre, ou de jeter le manteau de Noé, on s’acharne sur elle misérablement, jusqu’à déplorer qu’elle ait été retrouvée…

Quand je serai président, j’interdirai l’anonymat sur les réseaux. Et si ce n’est pas possible, j’interdirai les réseaux. Pour Le Monde, on verra après.

« Garraud-gorille » : demandez le programme ! © D.R.

UN CHEVAL NOMMÉ CHIRAC

Pour préparer l’avenir, c’est-à-dire un après-Pompidou qui s’approche dangereusement, notre « couple maléfique » a sélectionné, au milieu du cheptel politicien, un fringant poulain qui, convenablement dressé par leurs soins, ne devrait pas manquer de gagner les grandes courses à venir, sous leurs couleurs bien sûr.

Ce qu’ils découvriront, mais un peu tard, c’est que le gentil poulain est devenu en quelques saisons une bête politique, prête le cas échéant à piétiner ses « idées », et dans la foulée, ses propres éleveurs.

L’acte final de ce drame se joue en deux ans. 1977, c’est l’année du triomphe pour Juillet et Garaud. Ils portent littéralement Chirac à la mairie de Paris, et deviennent aussi sec ses gourous, voire ses totems d’immunité.

À l’époque, l’implacable Marie-France appelle maternellement « Mon poussin » celui qui l’écrasera. Couvert par « le Grand Jacques » de compliments et de chaleureuses embrassades, Juillet commente l’épisode d’un mot admirable : « C’est bien la première fois qu’un cheval remercie son jockey ! »

Hélas, nos mentors en sont encore à se moquer de leur pupille quand ils feraient mieux de s’en méfier. Chirac a été dressé pour gagner ; progressivement, au nom de cette juste cause, il va s’émanciper de toute autre obligation. Il court avec des œillères, et qu’importe la casaque ! Seule compte la victoire pour ce cheval devenu son propre jockey, espèce de centaure à l’envers.

DU CAPITOLE À LA ROCHE TARPÉIENNE

Deux ans plus tard, avec les européennes de 1979, c’est la disgrâce subite pour le couple qu’on croyait tout-puissant. La ligne souverainiste qu’ils ont imposée à Chirac ne dépasse pas les 16 % – deux points derrière sa copine Simone Veil. C’en est trop ! Entre Chanel(s), Jacques a choisi. Désormais, plus europhile que lui, tu mourras !

En politicien responsable, il estime que ce revers électoral justifie un retournement de veste en souplesse. Et pour commencer, il faut bien en finir avec les responsables du désastre, ces galeux d’où venait tout son mal.

Chirac leur a sûrement dit leur fait, en leur donnant congé : « Pourquoi vous m’avez fait dénoncer le « parti de l’étranger » ? J’ai l’air d’un facho, moi, maintenant… » C’est vrai quoi, le patriotisme c’est bien, mais faut savoir s’arrêter.

Bref, il les a virés comme des malpropres, et pas de regrets ! C’était une double erreur de casting. Tant qu’ils lui ont fait monter des marches, puis des étages, « les diaboliques » ont eu la pleine confiance de Chirac. Mais au premier échec, il a commencé à douter de leurs idées.

Plus étonnant est l’aveuglement persistant de Marie-France et Pierre, cette trop longue fascination pour « leur » bébé transhumain.

Péché d’orgueil, sans doute ! Ils n’ont pas voulu voir que leur créature leur échappait, comme celle de Frankenstein (dans Mary Shelley, pas dans Frankenstein contre Godzilla).

À DADA SUR MON BIDET

Sur le reniement de Jacques, Marie-France aura ce mot délectable qui fait aussi office d’aveu : « Je croyais que Jacques Chirac était du marbre dont on fait les statues. En réalité, il est de la faïence dont on fait les bidets. »

En écho à la blague de Juillet deux ans plus tôt, on observe une nette dégradation de l’image de Chirac, ici renvoyé directement du règne animal au règne minéral, sans passer par la case végétale.

Pour sauver la France, ils avaient choisi un bidet… On se demande pour qui c’est le plus flatteur. La faute de Chirac : avoir tout sacrifié pour avoir le pouvoir pour le pouvoir – et le garder. La faute de Juillet et Garaud : Chirac.

Mais il leur sera beaucoup pardonné, parce qu’ils croyaient en quelque chose de plus grand qu’eux (la France, en l’occurrence).Surtout, ils étaient gens d’esprit. À ce propos, une petite dernière de Marie-France pour la route ? « Mitterrand a détruit la Ve République par orgueil, Valéry Giscard d’Estaing par vanité et Jacques Chirac par inadvertance. » Va savoir si, depuis, ça s’est arrangé.

Tant qu’il y aura des DVD

Les calendes grecques étant désormais le nouveau calendrier républicain, il faut continuer d’aller au cinéma chez soi, ce qui est contre nature. Dans ces conditions, autant ne voir que le meilleur.


Pour mémoire

Souvenirs perdus, de Christian-Jaque, coffret Blu-ray et DVD, édité par Coin de Mire

Louis Vonelly et Suzy Delaire dans Souvenirs perdus, de Christian-Jaque © Coin de Mire

L’air de rien, sans y toucher, parution après parution, l’éditeur Coin de Mire est en train de réhabiliter des pans entiers du cinéma français, des années 1950, 1960 et 1970 notamment. Avec de superbes coffrets qui sont comme des boîtes à trésor dont les joyaux, outre les films, sont les photos et des dossiers de presse de l’époque, sans compter les « réclames » et autres « Actualités » qui constituent les bonus de chaque édition. De la dernière salve, on retiendra entre autres ce film méconnu de Christian-Jaque, Souvenirs perdus. Sorti un an avant le délicieux Fanfan la Tulipe avec Gérard Philipe (et qui soit dit en passant revient au même moment dans cette épatante collection), il raconte quatre contes (« Une statuette d’Osiris », « Un violon », « Une écharpe de fourrure » et « Une couronne mortuaire »), soit le parcours haut en couleur de quatre objets perdus de la rue des Morillons, lieu du repentir des têtes en l’air de la capitale. L’idée originale est venue de Jacques Companeez, mais d’autres fées de l’écriture se sont ensuite penchées sur le berceau en question et pas n’importe lesquelles : Henri Jeanson, les frères Prévert et Pierre Véry. Ces quatre-là ont écrit les scénarios et les dialogues d’un ensemble qui se tient d’autant mieux que c’est Henri Jeanson et sa verve caustique qui, dans un commentaire lu par Robert Rocca, fait le lien entre eux. C’est donc tour à tour étincelant, virevoltant, méchant, nostalgique, drôle, mélancolique, acide… Le tout écrit avec un brio qui fait qu’on aurait envie de noter chaque réplique pour les replacer en douce dans les conversations confinées, sans citer sa source évidemment. « Être un peu heureux, c’est déjà beaucoup » se disent ainsi Edwige Feuillère et Pierre Brasseur. Parce que de fait la virtuosité de la distribution est inversement proportionnelle à la honteuse réputation de tâcheron qu’a eu trop souvent Christian-Jaque au cours de sa belle carrière : la Nouvelle Vague n’a pas fait que du bien. Alors, oui, on se délecte de retrouver ici, tenez-vous bien, outre le brillant duo susnommé, Suzy Delair, François Périer, Danièle Delorme, Gérard Philipe, Bernard Blier et Yves Montand. Pour ne s’en tenir qu’aux premiers rôles, les seconds constituant comme toujours dans le cinéma français de l’époque tout un petit monde de gueules et de caractères aussi connus que savoureux. On y reconnaît même Maurice Dorléac à qui le cinéma mondial doit pour moitié et Françoise Dorléac et Catherine Deneuve.

Affiche du film Souvenirs perdus, Christian-Jacque © Coin de Mire

Et parce que Christian-Jaque est un artisan délicat, il soigne autant sa photographie due à Christian Matras (qui travailla notamment avec Gance, Ophuls, Cocteau et Duvivier) que ses décors conçus par Robert Gys, collaborateur, par exemple, de René Clair. Enfin, il confie au génial Kosma le soin d’écrire non pas une, mais quatre partitions musicales qui colorent l’ambiance de chaque sketch, ici amère, là onirique, ailleurs dramatique et pour finir franchement comique. Sans compter une chanson parfaite évidemment interprétée par Montand (lequel, devant choisir entre la prison et une leçon de musique, répond sans détour : « Entre deux violons, on peut choisir le moindre ! ») Décidément, Souvenirs perdus n’est pas le film mineur qu’on s’est longtemps plu à décrire. Par paresse sans doute. Il est au contraire comme la quintessence des qualités de Christian-Jaque qui cultive à merveille et pour notre plus grand plaisir son « aimable cynisme », comme l’écrivit un jour André Bazin. Qui pourrait lui reprocher de raconter des histoires bien écrites et jouées par des acteurs impeccables ? Personne. À part bien entendu quelques tristes figures qui estiment peut-être que la création ne saurait être confondue avec l’art de la récréation. Retour à la case départ : l’éditeur Coin de Mire fait une fois de plus œuvre utile et réhabilite définitivement l’un de ces cinéastes que Bertrand Tavernier, qui nous manque tant déjà, aurait qualifié de « formidable et épatant ».


Pour rien

De sang-froid, de Richard Brooks, coffret Blu-ray et DVD, édité par Wild Side Video

Scott Wilson dans De sang froid, Richard Brook © Wild Side

Le rouleau compresseur que fut en son temps le livre de Truman Capote, De sang-froid, n’a pas empêché le cinéaste américain Richard Brooks d’en faire un film absolument saisissant, à la fois adaptation fidèle, autonome et singulière. Avec un noir et blanc assumé comme tel et contre la volonté même des studios qui auraient voulu des couleurs clinquantes et un duo de stars hors de propos, ce film s’avère tout simplement être l’un des plus grands polars du cinéma hollywoodien. Tourné sur les lieux mêmes du véritable fait divers, il ne fait aucune concession et tient sa petite musique de l’horreur humaine ordinaire jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la pendaison finale et son petit bruit sec. Sans oublier la bande originale, composée par le génial Quincy Jones, qui est de toute beauté. Cette édition prend toute la mesure du film avec un livret très conséquent écrit par Philippe Garnier et magnifiquement illustré, ainsi que des bonus remarquables signés Patrick Brion et Stéphane Lerouge. Un modèle du genre.


Pour voir

Le Gang Anderson, de Sidney Lumet, blu-ray, édité par Sidonis

Sean Connery et Dyan Cannon dans Le gang Anderson, Sidney Lumet © Sidonis

Non, Lumet n’a pas fait que Douze hommes en colère et Un après-midi de chien, loin s’en faut. On n’en finit pas de redécouvrir la richesse d’une filmographie qui fait alterner des œuvres sombres et des pauses jubilatoires à l’instar de ce Gang Anderson mené tambour battant par un Sean Connery en très grande forme. Ce ne pourrait être d’ailleurs qu’un banal film de casse en forme de désastre absolu et c’est bien plus que cela. Avant même Coppola et sa fabuleux Conversation secrète, Lumet se livre à une radiographie des pratiques liberticides de la société de surveillance qui se mettait en place dans les années 1970 aux États-Unis. Pas une pièce, pas une rue sans une caméra posée par des services de police, officielle ou parallèle, un mari jaloux ou des services fiscaux ! Tout voir, tout savoir, tout contrôler : c’est bien cette tentation qui est au centre du film de Lumet. De quoi donner le vertige aux spectateurs tout en piégeant une bande de malfrats en forme d’enfants de chœur comparés aux surveillants permanents qui les entourent…

Delphine Horvilleur, l’action au filtre de la réflexion

Dans Vivre avec nos morts, la philosophe et rabbin s’interroge sur la pratique du judaïsme face à la mort.


Delphine Horvilleur a publié depuis 2013 plusieurs livres dans lesquels elle décrypte des questions très actuelles à partir de son métier de rabbin. Elle n’hésite pas à s’appuyer sur sa culture judaïque pour apporter, lorsque c’est possible, des réponses ou des débuts de réponses, avec une humilité que les religions monothéistes enseignent rarement à leurs adeptes. Elle recourt souvent à l’exégèse, c’est-à-dire qu’elle prend ses exemples dans les grands textes du judaïsme, qui l’ont formée, mais aussi dans la littérature laïque, conservant ainsi dans son propos un aspect vivant et immédiat qui séduit le lecteur. Dans ses Réflexions sur la question antisémite (Grasset, 2020), elle s’appuyait bien sûr sur des passages de la Bible, tout en interrogeant aussi certains textes de fiction de Sartre. Dans le livre qu’elle vient de publier, Vivre avec nos morts, elle vise à une même promptitude textuelle, qui éclaire d’une lumière pénétrante ce qu’on pourrait appeler sa pratique du judaïsme à propos de l’événement dérangeant de la mort.

Parcours atypique

Pour comprendre ce que recherche intimement Delphine Horvilleur, il faudrait revenir quelques instants sur son parcours atypique, qui mêle une propension certaine pour l’action à un besoin constant et essentiel de réflexion, en priorité celle que procure le judaïsme. Delphine Horvilleur est née dans les années 70 à Nancy, d’une famille pour partie originaire d’Europe centrale.

Que peut nous apporter une religion, dans une société sécularisée?

Ses grands-parents sont des rescapés des camps. À l’âge de 17 ans, elle part à Jérusalem étudier la médecine, exerce divers métiers (dont celui de mannequin), puis revient à Paris où elle suit des cours de journalisme au Celsa. Elle travaille ensuite à France 2, en poste à Jérusalem, puis à RCJ, où elle est correspondante à New-York. C’est là qu’elle entreprend une formation de rabbin, avec les plus grandes sommités américaines. Elle-même devient rabbin en 2008, membre de l’organisation juive libérale « Judaïsme en Mouvement ». Ces éléments biographiques montrent incontestablement une grande variété d’approches, avec comme point de convergence, au milieu de l’action, la qualité de la pensée.

Familles en deuil et travail du rabbin

Dans Vivre avec nos morts, Delphine Horvilleur aborde directement son travail de rabbin. Elle relate le deuil des familles, tous très différents, les demandes qui lui sont faites en vue des obsèques. On essaie toujours de mettre la mort à distance, y compris dans cette période de crise sanitaire que nous traversons. Le rabbin est là pour voir la disparition en face, et tenter de lui donner un sens ‒ redoutable mission ! Ainsi, à l’enterrement d’Elsa Cayat, la « psy » de Charlie Hebdo, Delphine Horvilleur est présentée aux assistants comme un « rabbin laïc » par la sœur de la défunte. C’est le prix, sans doute, pour faire intervenir, comme elle l’écrit, « les mots de la tradition juive que, moi, rabbin, j’avais la charge de porter ce jour-là ». Une autre fois, elle doit expliquer à un petit garçon où se trouve désormais son frère, prénommé Isaac, qui vient de mourir.

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Il lui faut lutter, admet-elle, contre « la vacuité des mots ». Elle racontera avec douceur à l’enfant la légende du sacrifice d’Isaac, dans la Bible, persuadée qu’au fond « personne ne sait parler de la mort ». Ou encore, aux obsèques de Simone Veil, quand l’hommage est rendu dans la cour des Invalides, et que les deux fils de l’ancienne ministre demandent à Delphine Horvilleur de réciter le kaddish en présence du Grand Rabbin de France ; « ils trouvaient important, note-t-elle, que la parole d’une femme puisse accompagner leur prière ».

Que peut aujourd’hui apporter une religion?

Delphine Horvilleur, dans ce livre, nous raconte bien d’autres histoires, souvent étonnantes, comme celle de cette très vieille femme juive new-yorkaise qui assiste, de son vivant, à ses propres funérailles. C’est l’occasion pour elle, au cours de ces récits, de distiller de nombreuses informations sur sa religion, sans se priver d’intercaler çà et là, entre un commentaire savoureux sur la Bible ou un autre, plus énigmatique, sur le Talmud, une bonne blague juive qui lui paraît particulièrement significative. Il reste qu’en effet, Delphine Horvilleur, si imprégnée de judaïsme soit-elle, ne pense pas que la foi représenterait une protection absolue, notamment contre la mort. Il persistera évidemment toujours du doute, de l’indicible, du mystère. Dans un chapitre où elle évoque, de manière très inspirée, la figure de Moïse, elle écrit de lui que « celui qui a vu Dieu face à face et ne peut certainement pas douter de son existence, cet homme-là est précisément celui qui refuse de mourir, et dont la peur de disparaître est la plus puissante ». Voilà qui semble l’interroger beaucoup, et on la comprend.

Tout au long de Vivre avec nos morts, Delphine Horvilleur ne pose au fond qu’une question : que peut nous apporter une religion, dans une société sécularisée, où les vieilles croyances de la Tradition sont la plupart du temps remisées au grenier ? Elle essaie d’y répondre, avec sincérité, avec cœur, en abordant, il faut le souligner à nouveau, le problème par son versant le plus dramatique, la mort. Entreprise courageuse, mais combien nécessaire, comme l’indique l’attitude anxieuse des vivants face à leurs chers disparus.

Avec Amos Oz

Delphine Horvilleur a par ailleurs préfacé une très belle conférence de l’écrivain israélien Amos Oz, Jésus et Judas, datant de 2017, qui paraît en même temps chez Grasset. Amos Oz y commente avec verve son roman Judas (2016). Il est selon moi toujours très enrichissant d’aborder la religion chrétienne par le côté juif, sinon judaïque, surtout lorsqu’on a affaire, comme avec Amos Oz, à un observateur aussi pointu, connaissant parfaitement les Évangiles. Delphine Horvilleur en profite donc pour écrire un court texte sous forme de lettre à ce romancier qu’elle aime et lit depuis toujours.

Elle est ici particulièrement touchée par le thème choisi, la traîtrise, avec le personnage emblématique de Judas. Amos Oz, comme avant lui Borges, tente de réhabiliter Judas. Une telle remise en perspective ne peut que parler à une femme rabbin comme Delphine Horvilleur, qui a souvent été l’objet de critiques sexistes ou autres. Elle écrit ceci, évoquant son propre anticonformisme : « Je serais ainsi traîtresse à la tradition, telle que certains la figent, en osant porter le titre de rabbin, illégitime pour mon sexe, en interrogeant les héritages et les interprétations pétrifiées. »

Ce que nous donne à entendre Delphine Horvilleur, en somme, sous la bienveillante protection du grand Amos Oz, c’est sans doute une véritable leçon, non de mort, mais de vie. Par les temps qui courent, c’est un luxe suprême.

Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts. Petit traité de consolation.Éd. Grasset.

Amos Oz, Jésus et Judas. Traduit de l’anglais par Sylvie Cohen. Préface de Delphine Horvilleur. Éd Grasset.

Dans “Le Point”, Sarkozy rejoint la croisade anti-woke

Dans son interview au Point publiée le 6 mai, l’ancien président aborde les sujets qui fâchent. Il y fustige cette repentance mémorielle qui finit par nous nuire.


Comme un écho à notre dossier du mois “La France résiste au woke” ! Dans Le Point, l’ancien président, l’œil toujours aiguisé sur le jeu politique, dit partager les craintes de nombre de ses compatriotes sur le déclassement de la France, que ce soit dans le concert des nations ou dans son identité même, rongée qu’elle est par des idées culpabilisatrices. 

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Crise de l’autorité

« Je sens une inquiétude monter quant à l’avenir de notre civilisation, à la place et au rôle de la France, au dérèglement profond de notre démocratie » déclare Sarkozy. Il s’agit selon lui d’une crise de l’autorité, et ce, à tous les niveaux. « Ce n’est pas, hélas, que l’autorité de l’État qui est mise à mal. C’est l’autorité tout court, dans les familles, à l’école, dans la société ». Pour dépasser cela et renouer avec la grandeur de la France, il s’agit en tout premier lieu de regarder notre histoire en face. Dans l’entretien qu’il a accordé sur dix pages à Jérôme Béglé et Sébastien Le Fol, Sarkozy apporte ainsi ses analyses sur la guerre d’Algérie, Napoléon, le Rwanda, la Libye, la Françafrique et, donc, la politique mémorielle du pays. 

Notre roman national peut-être outrancier, exagéré ou fantasmé, mais il est notre roman national. Cette haine de soi qui est l’apanage d’une repentance systématique fait beaucoup de mal à notre pays !

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Il invite les Français à renoncer au poison de la repentance. La France doit savoir reconnaître ses parts d’ombre, c’est le propre de toute grande nation, mais elle doit aussi savoir ne pas renier ce qui a fait et fait sa grandeur. Il en va de son art de vivre, de sa culture et de son rang parmi les nations. C’est pour cela que l’ancien chef de l’État entend bien refuser toute « repentance systématique » et rejette l’anachronisme dans les jugements historiques : « La crise que nous vivons n’est pas celle de l’Histoire, elle est celle de la transmission. On doit donc célébrer ce bicentenaire de la mort de Napoléon ». 

Un peu de mesure !

Assumons notre histoire ! « Il faut toujours accomplir un effort de mémoire », mais en gardant la mesure. « Le génocide rwandais et la colonisation en Algérie ne sont en aucun cas comparables. Je ne partage pas l’idée selon laquelle la colonisation serait un crime contre l’humanité ». Nicolas Sarkozy rappelle quelles furent ses positions sur le sujet, parfois là où on ne l’attendait pas, comme lorsqu’il reconnut la responsabilité de la France dans l’abandon des harkis, et parfois très claires, qualifiant la colonisation de l’Algérie comme une « faute ».

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Lecteur du Québécois Mathieu Bock-Coté, dont la Révolution racialiste trône en bonne place sur le bureau, Sarkozy déplore la montée de communautarismes destructeurs pour la nation et son unité, il voit dans l’assimilation un antidote : « Chacun privilégie sa propre histoire et oublie qu’il est l’héritier d’une culture collective. Je n’ignore pas que tous les Français d’aujourd’hui ne sont pas les descendants de Clovis. Moi-même, je ne le suis pas. Il n’en reste pas moins que je suis né dans un pays dont c’était l’histoire. Je dois embrasser cette identité, la faire mienne pour que cette communauté m’accueille ». Sans cette culture commune, une nation ne peut avancer. « Une nation n’est pas simplement une population, une géographie : c’est aussi une communauté qui partage les mêmes enthousiasmes, les mêmes références, les mêmes souvenirs ». Alors que les discours décoloniaux gagnent l’université et sont relayés par les médias progressistes, il faut défendre le roman national. « Notre roman national peut-être outrancier, exagéré ou fantasmé, mais il est notre roman national. Cette haine de soi qui est l’apanage d’une repentance systématique fait beaucoup de mal à notre pays ». L’une des plus grosses menaces pesant sur l’unité nationale est l’introduction des luttes « de justice sociale », venant faire porter à l’Occident le poids éternel de fautes inexpiables. Pour Nicolas Sarkozy, « il faut en finir avec cette présentation fausse et folle selon laquelle le Blanc serait par définition raciste. Et qu’il devrait expier sur plusieurs générations (…) Quelle est la leçon du Rwanda ? Le racisme est un cancer à l’intérieur de l’homme, qu’il soit blanc ou noir ».

Pas de regrets sur l’intervention en Libye

Au sujet du génocide au Rwanda, pour l’ancien président, les erreurs de la France furent manifestes. Il reconnait qu’au plus haut de l’État, on s’est trompé drastiquement. Sarkozy parle d’aveuglement, aveuglement de François Mitterrand principalement. Cependant, Nicolas Sarkozy se refuse à parler de culpabilité ou de complicité : « j’ai toujours considéré que la France n’avait pas été complice de cette monstruosité. » Quant à la Françafrique, c’est selon Nicolas Sarkozy terminé. Il faut savoir créer des liens avec tous les acteurs importants d’Afrique, de quelque partie que ce soit. Il ne faut pas pour autant négliger la force de la francophonie, il faut plutôt la développer, dans toute sa modernité : « La francophonie aujourd’hui, c’est 300 millions de personnes dans le monde – contre 200 il y a à peine plus de dix ans. Jamais autant d’êtres humains ne se sont exprimés en français, grâce justement au dynamisme des pays africains ». La Françafrique, c’était en premier lieu les expéditions militaires. Si parer à un massacre ou empêcher un génocide justifie pleinement, pour Nicolas Sarkozy, une courte intervention, l’ancien président est beaucoup plus sceptique sur la légitimité d’opérations plus longues, comme au Sahel, prônant plutôt une responsabilisation et une coopération renforcée avec les partenaires locaux. Cependant, l’ex-chef de l’État assume pleinement sa guerre de Libye : « Le pays était dirigé par un dictateur sanguinaire qui a déclaré qu’il allait faire couler des rivières de sang à Benghazi. Il s’apprêtait à lancer ses chars et ses avions contre cette ville d’un million d’habitants ». Il préfère affronter les critiques politiciennes postérieures que les remords de n’avoir pas su empêcher un massacre.

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L’ancien président est enfin lucide sur les défis que posent nos relations avec l’Afrique, notamment du fait de la grande croissance démographique de cette dernière. « Nous devons prendre conscience que l’échec de l’Afrique sera le drame de l’Europe. Nos destins sont liés ». En effet, le déplacement massif de la population africaine vers l’Europe est prévisible. Pour l’éviter, la seule solution est d’investir massivement dans le développement africain, selon lui. « Car si la jeunesse africaine ne trouve pas de travail, si elle ne se voit pas d’avenir en Afrique, elle viendra le chercher en Europe. La crise migratoire n’est malheureusement pas derrière nous, mais devant nous ». Même si c’est la démographie qui fait l’histoire, le seul moyen dont dispose l’Europe pour compenser ce déséquilibre est de miser sur l’innovation. « Nous n’avons pas le choix. La quantité nous fait défaut. Elle ne pourra être compensée que par la qualité ». Si le discours tenu sur l’Afrique est un peu convenu, il est heureux de constater que le « retraité » a rejoint la petite cohorte de ceux qui veulent se libérer des boulets de la repentance et du wokisme, qui nous pourrissent !

Harlequin, une histoire de blonde?

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© D.R.

Il manquait une rubrique scientifique dans Causeur. Peggy Sastre vient combler cette lacune. À vous les labos!


« Steve s’engouffra dans sa Ferrari rouge. Il était amoureux de Cindy, la belle Cindy, la sulfureuse. Mais Steve quittait Cindy et il démarra sur les chapeaux de roue tandis que Cindy gonfla sa magnifique poitrine… » Si le style des romans Harlequin est aussi célèbre que souvent tourné en dérision (les plus cultivés auront reconnu « La lecture », sketch culte de Dany Boon qui célébrait ce « champion de l’amour » au début des années 1990), la littérature à l’eau de rose peut se targuer d’un tel succès populaire qu’il est possible d’en tirer quelques enseignements sur notre monde. En passe d’être publiée dans la prestigieuse revue Evolutionary Behavioral Sciences, une étude se penche ainsi sur les couvertures de 498 romans Harlequin publiés dans sa collection originelle – la « blanche », dédiée à la « romance » pur sucre – entre 1953 et 2014, et ce afin d’explorer les interactions entre les stratégies sexuelles féminines, issues du fond des âges, et l’évolution des normes socioculturelles.

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Il en ressort que les images choisies au fil du temps par l’éditeur de bluettes illustrent parfaitement l’articulation subtile qui peut se jouer entre la tradition (les contraintes reproductives, façonnées par la biologie, des femelles humaines) et la modernité (de mœurs et de conventions sociales par définition relativement plus souples, mais aussi arbitraires). En d’autres termes, les préférences amoureuses des femmes sont restées stables durant ce gros demi-siècle nonobstant le fait que la société ait gagné en permissivité dans ses représentations de la sexualité au sens large.

Jouer sur les clichés

Le travail des Canadiennes Maryanne L. Fisher et Tami Meredith, respectivement psychologue et informaticienne, s’inscrit dans le cadre de l’« analyse littéraire darwinienne ». Ce champ académique né dans les années 1990 part du principe (à tomber à la renverse) que les textes de fiction ont de quoi nous renseigner sur la nature humaine en général et, en particulier, sur nos motivations et nos émotions les plus basiques, et donc universelles. Fisher et Meredith n’en sont d’ailleurs pas à leur coup d’essai. Leurs travaux antérieurs montrent que les trames, les titres et les personnages des romans Harlequin collent parfaitement avec des mécanismes évolutifs décortiqués dans des productions de l’esprit humain autrement moins fleuries, à savoir la froide littérature scientifique. En l’espèce, les femmes s’orientent plutôt vers des hommes susceptibles de leur apporter un soutien matériel, que ce soit par leur gros compte en banque ou par des caractéristiques associées à l’acquisition de ressources. Ainsi, les femmes ont tendance à désirer des hommes plus riches, plus âgés (ayant eu le temps d’accumuler des ressources), ambitieux et travailleurs (susceptibles d’en accumuler à l’avenir) et qui ne rechignent pas à l’engagement (pour qu’ils ne se dispersent pas aux quatre vents et entre plusieurs lits). Quant aux traits physiques (taille, musculature, cheveux brillants, etc.), on peut y voir autant d’indicateurs de santé et d’une capacité à protéger maman et sa progéniture.

Les couvertures, une machinerie comportementale

Leur récente analyse des couvertures enfonce le clou. Là où d’indécrottables romantiques verraient le souffle de la passion dans les yeux embrumés et les corps aussi parfaits qu’esthétiquement disposés, Fisher et Meredith nous parlent « recherche fructueuse de partenaire » et postulent que, les romans Harlequin étant en très grande majorité achetés et lus par des femmes, cette imagerie révèle avant tout une machinerie comportementale, motivationnelle et cognitive issue des préférences féminines reproductives citées précédemment.

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Mais ce n’est pas tout, comme le révèle la grande mutation des couvertures Harlequin intervenue dans les années 1980. À cette époque, les couvertures passent d’un modèle faisant la part belle aux couples en posture sage, si ce n’est stricte, à des représentations de personnages dévoilant toujours plus de peau – les décolletés s’approfondissent, les hommes tombent la chemise et bandent leurs pectoraux, il n’est pas rare que les héros et les héroïnes s’affichent en maillot de bain, etc. Les couvertures des années 1980 marquent en particulier l’apogée d’un érotisme soft, montrant typiquement un couple peu vêtu et passionnément entrelacé sur des draps froissés et autres mises en scène riches en sous-entendus. Cependant, ces codes esthétiques étaient l’œuvre d’hommes, et notamment de l’artiste italien Pino Daeni, auteur de plus de 3 000 couvertures pour Harlequin et consorts, et célèbre pour sa collaboration avec le mannequin Fabio. Au cours de sa carrière, le fameux Fabio apparaîtra sur pas moins de 466 couvertures, tous muscles et autres traits virils saillants (exemple : sa mâchoire carrée), en compagnie de femmes elles aussi en petite tenue. Sauf que, comme le font remarquer Fisher et Meredith, il y a fort à parier que cette sexualisation a été moins encouragée par les lectrices que par… les chauffeurs-livreurs de l’éditeur qui, à cette époque, devaient aussi se charger de la mise en rayon des ouvrages dans les points de vente. Et parce qu’ils préféraient les couvertures « sexy », ils avaient dès lors tendance à les disposer à des endroits bien en vue, générant ainsi davantage de ventes et incitant donc Harlequin à fabriquer toujours plus de livres sur ce modèle. Ce qui change dans les années 2000, à l’heure où l’éditeur, comme d’autres marques à travers le monde, en vient à davantage tendre l’oreille au « retour » de ses lectrices qui lui disent préférer les paysages et les natures mortes à la lascivité… et des héros en phase avec leurs choix reproductifs : beaux, forts et transpirant le sens de l’honneur, signe, si ce n’est gage, de fidélité.

Des romans avant-gardistes

En définitive, l’analyse de Fisher et Meredith conclut que les changements les plus significatifs observés sur les couvertures Harlequin traduisent un gain de tolérance de la société nord-américaine face aux effusions affectives en public – les couples se rapprochent sur les images, car ils peuvent davantage se rapprocher dans la vraie vie. Avec un détail intéressant : les chercheuses notent que l’imagerie des couvertures Harlequin est même un tantinet en avance sur son temps. Par exemple, on y trouve des femmes médecins avant que l’émancipation professionnelle féminine soit pleinement tolérée, ou des femmes baroudeuses avant que l’indépendance féminine coule de source.

Toutefois, aussi passionnante soit-elle, cette étude souffre d’une grosse limite. N’ayant pas pu accéder aux chiffres de vente des ouvrages, les chercheuses ont donc été incapables de déterminer le succès relatif des différentes couvertures analysées… ce qui aurait donné un indice de taille sur les préférences sexuelles des lectrices.

Référence : tinyurl.com/AllodeRose

1941-1945: Ouzbékistan terre d’accueil

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Sculpture à Tachkent, Ouzbékistan © D.R.

Durant toute la Seconde Guerre mondiale, l’Ouzbékistan, une des RSS a accueilli de nombreux enfants évacués des zones de guerre.


Le 8 mai, peu avant minuit, la seconde capitulation allemande est signée à Karlhorst, en banlieue sud-est de Berlin; Staline a été mécontent de la première, signée la veille au QG d’Eisenhower à Reims. La capitulation devait entrer en vigueur le 8 mai à 23h01, soit le 9 mai à 1h01 à Moscou. Cette raison technique explique pourquoi la victoire sur l’Allemagne est célébrée en Russie (et certaines des anciennes Républiques soviétiques) le 9 mai, 24 heures après les anciens alliés occidentaux. Mais au-delà de ce prétexte technique il y avait là quelque chose d’annonciateur : unie dans la guerre, l’Alliance avec l’URSS n’a pas résisté à la victoire. Deux dates, deux célébrations et, bien sûr, deux réponses à la grande question : la Seconde Guerre mondiale a-t-elle été gagnée à l’Est ou l’Ouest ? Si on raisonne en nombre des morts, la question « qui a le plus souffert » est vite résolue : l’Armée rouge a perdu en juin 1941 et mai 1945  près de 10 000 000 de soldats (morts et disparus), les Américains 400 000 et le Commonwealth (RU, Australie, Nouvelle-Zélande) presque 500 000. À ces pertes militaires, il faut ajouter celles subies par les civils (13 000 000 de citoyens de l’URSS ont péri), bilan extrêmement lourd, auquel s’ajoute la destruction massive des infrastructures. Il est donc certain que l’essentiel de la Heer (l’armée de terre allemande) a été piégée à l’Est, usant ses hommes et ses moyens contre une résistance soviétique qui a surpris Berlin d’abord, mais aussi Londres et Washington.

Un effort de guerre colossal des deux côtés

Mais quand on entre dans une discussion plus militaire – dans le sens large du terme – le bilan est plus complexe. D’abord, le Royaume-Uni a tenu bon entre mai 1940 et juin 1941, créant ainsi les conditions d’un deuxième front (même limité). Ensuite, l’aide massive fournie par les États-Unis – au détriment d’autres alliés et d’autres fronts avec les conséquences de cette priorisation – a permis à l’Armée rouge de pallier des insuffisances et défaillances critiques, notamment en ce qui concerne les transports et les carburants.

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Ainsi, même si l’on parle de nouveau d’une guerre froide et que l’on célèbre la victoire sur l’Allemagne nazie en deux dates différentes, il est de plus en plus évident que la guerre a été gagnée par un effort colossal fourni par l’ensemble des armées et pays alliés. Il est donc important que des publications en français concernant la guerre à l’Est (et pas uniquement sur Stalingrad) soient de plus en plus disponibles, grâce notamment à Jean Lopez. Mais il convient aussi d’attirer l’attention sur l’expérience des non-militaires et des territoires éloignés des champs de bataille. Les drames humains étaient moins spectaculaires qu’un corps-à-corps dans les décombres d’Octobre rouge, mais si on veut comprendre l’étonnante résilience de l’URSS, du système stalinien, mais aussi des populations, il faut s’intéresser à ce qui s’est passé ailleurs, en Ouzbékistan par exemple.

L’Ouzbékistan, un pays éprouvé

Comme partout ailleurs en Union soviétique, le choc allemand se heurte à des institutions et des sociétés éprouvées par une longue décennie dévastatrice sous la main de fer de l’État stalinien. L’Ouzbékistan ne fait pas exception. Pendant les grandes purges, les élites politiques locales – accusées de nationalisme séparatiste – sont décimées et remplacées par des personnes venues de Russie. Quand la guerre éclate, l’Ouzbékistan (ainsi que d’autres régions d’Asie centrale) accueille en quelques mois de nombreuses usines et installations industrielles évacuées en catastrophe des régions européennes avant qu’elles ne tombent entre les mains des Allemands. Avec les machines arrivent aussi des trains entiers de Russes et d’Européens, ouvriers, ingénieurs et fonctionnaires et leurs familles. Les Ouzbeks d’origine vivant essentiellement dans les régions agricoles du pays – surtout quand Staline décida de transformer le pays en champ de coton. Plus tard, d’autres Russes et non ouzbeks s’y sont installés, notamment des réfugiés – dont de nombreux Juifs – des orphelins et enfants séparés de leurs parents. Ainsi, les quelque six millions d’Ouzbeks ont accueilli presque un million de nouveaux arrivants, dont 400 000 enfants souvent seuls.      

La générosité des Ouzbeks

En Ouzbékistan, durant ces années difficiles de la guerre (rappelons que plusieurs centaines de milliers d’Ouzbeks étaient sous le drapeau de l’URSS et que plus de 538 000 d’entre eux sont morts), les habitants – souvent des femmes, des adolescents et des vieux – se sont montrés d’une générosité et d’une bienveillance remarquable, malgré le dénuement et le manque de nourriture. 

Dès octobre 1941, les autorités locales ont créé le « Bureau Central » chargé de la gestion de l’évacuation des enfants et de leur accueil. En décembre de la même année, des commissions (au niveau national, municipal voire au niveau équivalent de l’arrondissement) ont été mises en place pour trouver hébergements et familles d’accueil pour les enfants évacués. Mais ce qui est important à signaler est qu’au-delà de l’effort de la République socialiste soviétique (RSS) et du parti communiste local, les Ouzbeks se sont mobilisés, se montrant particulièrement généreux avec les enfants séparés de leurs parents, que de nombreuses familles ont accueilli et élevé pendant les années de guerre.   

Entre novembre 1941 et octobre 1942, 15 649 enfants ont été accueillis par des familles ouzbeks, dans différentes zones d’évacuation. Jusqu’en février 1942, 92 415 enfants ont rejoint la région de Fergana et ont été placés à Fergana, Margilane, Kokand ou dans les autres villes et villages de la vallée. Ce fut notamment le cas du jeune Marek Halter, dont la famille qui a fui la Pologne et le destin des Juifs de ce pays, ont trouvé refuge justement dans la ville de Kokand.  

De nombreuses familles d’accueil pour pallier le manque d’orphelinats

Le défi était de taille, car au début de la guerre l’Ouzbékistan ne disposait que de 40 foyers pour enfants et orphelinats, vite saturés. Dans la seule année 1942, 20 000 enfants se sont ajoutés aux 214 orphelins ouzbeks qui y vivaient au début de l’été 1941. Peu à peu, le réseau des orphelinats, des écoles maternelles et autres structures d’accueil s’est densifié. Ce n’est pas sans rappeler l’élan populaire qui, en 1940, accompagna l’évacuation de Londres bombardé, un comité d’action a lancé en janvier 1942, face aux arrivages incessants de l’Ouest, un appel solennel à ce « qu’aucun enfant qui arrive en Ouzbékistan ne devait être laissé sans lit ni chaleur maternelle ». En quelques jours, 643 familles se sont portées volontaires pour accueillir des enfants évacués de 69 villes soviétiques. En septembre 1942, ces mêmes familles ont accueilli 303 enfants orphelins de plus.

On trouve dans les archives que les familles Muazzam Juraeva et Dilbar Ashhurhodzhaeva de Boukhara ont à eux seuls accueilli huit enfants chacune. La famille Nefedova, de la région de Fergana, en a accueilli cinq et dans neuf fermes collectives de la région de Yangiyyl, ce sont 169 enfants qui ont trouvé refuge. Au début de la guerre, Shaakhmed Shamakhmudov et son épouse Bahri Akramova ont adopté 15 enfants orphelins et évacués à Tachkent puis trois autres enfants après la guerre. Ces enfants étaient Russes (Volodia, Khabiba et Shukhrat), Juifs (Yuldash, Ergash), tatars (Rakif, Rakhmatulla), Moldaves (Kholida), kazakhs (Halima), Ukrainiens (Hamidulla), etc. Les Shamakhmudov n’avaient pas d’enfants, mais alors que Shaakhmed avait 53 ans et sa femme 40 ans, ils allèrent à la gare où arrivaient les enfants évacués pour en accueillir plusieurs. Fyodor Kulchnovsky, un Juif Ukrainien évacué vers Tachkent, a pris le nom de Shamakhmudov et après avoir reçu une formation de contremaître dans les mines, il retrouva, 45 ans plus tard, son arrière-grand-mère âgée de 104 ans ! Olga Timonina, une Moldave, dernière des enfants adoptés est restée vivre à Tachkent et a pris le nom de Kholida Shamakhmudova. Après la guerre, certains enfants sont repartis dans leur patrie alors que d’autres sont restés en Ouzbékistan. Entre 1945 et 1947, 78 enfants installés à Fergana ont été adoptés par des familles ouzbèkes.

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Le 9 mai 2018, à l’occasion de la commémoration de la victoire sur l’Allemagne nazie, Shavkat Mirzyoev, président de la République d’Ouzbékistan, a inauguré un monument en l’honneur de la famille Shaakhmed Shomakhmudov érigé dans le lieu où elle habitait.

Si on veut comprendre comment l’URSS a pu tenir, il faut chercher aussi ses petites histoires qui se cachent derrière les grandes victoires et les films et les romans qui les racontent et célèbrent.

Une femme qui s’en va

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Paulina Dalmayer © Jean-François PAGA/Opale via Lemmage

Dans son nouveau livre, Les Héroïques, Paulina Dalmayer entremêle l’histoire de la Pologne et celle de sa narratrice Wanda, qui est sur le point de mourir. Un brillant aller-retour entre le passé et le présent.


Pourquoi la lecture des Héroïques de Paulina Dalmayer laisse-t-elle à ce point une sensation de joie, une joie assez paradoxale, alors que son sujet, au premier abord, est passablement noir ? Le roman raconte les deniers jours de Wanda, une Polonaise née en 1946 atteinte d’un cancer généralisé. Wanda a d’autant plus de mal à en ignorer l’issue fatale qu’elle est professeur de médecine : elle analyse, avec une rigueur presque amusée, les symptômes qui la conduisent à sa fin prochaine comme si sa propre mort avait un aspect intellectuellement satisfaisant, parce qu’elle est conforme à ce qu’en disent les livres de médecine. Pour Wanda, son agonie est d’abord une leçon de choses qui lui inspirent des images qui vont droit au but : « Mes métastases me tiennent en laisse, chaque jour plus courte. »

Double-jeu dans la Pologne communiste

Paulina Dalmayer se révèle un écrivain capable de mettre en scène des personnages qui ne se mentent pas à eux-mêmes, bien que dans la Pologne communiste, ils excellent dans l’art de mentir au système. Ces accommodements raisonnables avec le régime n’empêchent pas la lucidité. C’est ce décalage, plutôt que ce double-jeu, qui fait que Wanda et ceux qui l’entourent ou l’ont entourée semblent avoir un coup d’avance sur le temps, possédés par une sorte de folie précise et d’ironie grave. Son mari, Edward, autrefois journaliste dans la presse du Parti, est devenu un député européen social-libéral. C’est un séducteur charmant que ses infidélités passées n’empêchent pas d’entourer Wanda d’attentions, avec une complicité qui est l’apanage des vieux couples qui ont toujours préféré la camaraderie amoureuse aux ravages de la passion.

Une histoire tragique mais pas sombre

C’est aussi cette distance polie avec l’existence, les sentiments, les idéologies, qui permet à Wanda d’entremêler, sur un ton presque allègre, son histoire et celle, pour le moins tragique, de la Pologne. Elle le fait par d’incessants allers-retours entre le présent et le passé, par des coq-à-l’âne qui sont le vrai mode d’apparition des souvenirs, et non dans une artificielle chronologie : si on dit qu’au moment de mourir, l’existence tout entière repasse comme un film, Paulina Dalmayer montre bien que ce film n’a pas le temps de passer au montage.

Deux destins liés

Wanda et Edward ont été des baby-boomers à la sauce polonaise pratiquant la contre-culture pour mieux respirer dans une société étriquée. Il est question du Théâtre-Laboratoire de Grotowski, où Wanda joue le temps de finir ses études de pédiatrie, aussi bien que des Rolling Stones. Wanda, elle venait de loin. Elle s’en veut de consulter un vieux carton de photos qui racontent la Pologne de ses parents, celle des années 1950, la famille aisée, originaire de Lvov, ville qui a appartenu à tous les États de la région, le déclassement imposé à ses parents dans une usine à betteraves mais aussi, plus tard, sa liaison avec Karl, un de ses étudiants et puis ses propres enfants, surtout la fantasque et tragique Gabriela qui vit désormais en France. Au bout du compte, une seule question tourmente encore Wanda : les formalités pour mourir sont-elles plus compliquées que pour aller en Inde ? À moins qu’il ne s’agisse du même voyage…

Histoire d’une femme qui est certaine de mourir, histoire d’un pays qui n’a jamais été certain de sa propre existence, Les Héroïques révèle aussi, avec Paulina Dalmayer, un grand écrivain polonais de langue française.

Paulina Dalmayer, Les Héroïques, Grasset, 2021.

Les raisons du succès victimaire

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L'acteur John Boyega lors d'une manifestation BLM après la mort de George Floyd, Hyde Park, Londres, UK, le 3 juin © David Parry/REX/SIPA, Shutterstock40769729_000005

Pour expier sa culpabilité originelle, l’Occident met sur pied Big Mother, une société atomisée et maternante, qui consacre le règne de la victime. Mais pourquoi nos sociétés, tout particulièrement, incitent-elles les individus à verser dans ce tropisme victimaire?


On ne me contestera pas, j’espère, que la compétition victimaire batte aujourd’hui son plein, comme je l’exposais dans un article précédent. L’état de victime, situation conçue par les Anciens comme conjoncturelle et réversible, a été élevée par notre époque au rang de qualité inaliénablement attachée à un individu, et transmissible à ses enfants. Sénèque pouvait écrire : « il faut bien comprendre à présent que l’on peut commettre une injustice à mon égard sans que pour autant je la subisse » ; notre post-modernité, elle, a découplé le statut de victime, et l’expérience personnelle d’un tort. Au philosophe stoïcien, elle oppose ainsi une nouvelle maxime, toute inverse de la sienne : « il faut bien comprendre à présent que je peux subir une injustice sans que pour autant on en ait commise à mon égard ».

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Cette description, cependant, laissait en suspens une question fondamentale pour notre problème : pourquoi nos sociétés – et celles-ci précisément -, en sont-elles venues à ce renversement vertigineux ? Autrement dit, pourquoi nos sociétés – et celles-ci précisément – font-elles si bon accueil aux professions de foi autorisant à se proclamer victime sans avoir subi personnellement aucun tort ?

L’Occident moderne aux prises avec un Surmoi chrétien devenu fou

C’est d’abord que, contrairement à ce que d’aucuns avaient pu espérer, le déclin de la croyance chrétienne en Occident ne s’est pas traduit par une diminution du sentiment de culpabilité ; au contraire, je trouve qu’il n’a jamais été aussi ardent. Mais plus encore, il a pris une dimension civilisationnelle inédite. Son point d’application a pour ainsi dire migré des terminaisons individuelles au centre névralgique qui les irrigue toutes. 

Or, en la matière, ce qui est vrai des atomes l’est encore des molécules ; et les civilisations, comme chacun des êtres qui les constituent, ont elles aussi leur gendarme intérieur. Car telle peut en définitive se résumer la situation de notre Occident moderne : il est aux prises avec un Surmoi chrétien devenu fou. Ce censeur implacable nourrit chez lui une culpabilité dévorante ; aucune hauteur morale à laquelle il est humainement concevable de s’élever ne peut en effet, aux yeux de ce persécuteur intérieur, compenser le poids des crimes qu’il perpétra par le passé.

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Voilà l’origine des envies christiques dont l’Occident est saisi ; il médite lui aussi de finir sur une croix. L’impossibilité d’expier dans le présent lui suggère d’y parvenir dans la mort, en s’immolant pour racheter ses inamendables péchés. L’Europe, tout particulièrement, a des velléités sacrificielles ; plus qu’elle-même, c’est l’humanité toute entière qu’elle voudrait sauver, et aucun holocauste ne lui semble trop cher payé pour cela. Aussi, même si elle ne nourrit au fond d’elle-même guère d’illusions sur certains des « malheureux » qu’elle accueille et entretient, leur charge satisfait son besoin de punition, et la rapproche du destin pascal qu’elle songe de plus en plus à épouser, pour finir comme l’agneau civilisationnel qu’elle est devenue. 

Un pour tous, tous victimes

Cette première motivation, toutefois, n’explique pas la « démocratisation » de l’aspiration victimaire. Pourquoi, en effet, nos sociétés assistent-elles les victimocrates dans leurs efforts ? Pourquoi incitent-elles chacun à verser dans ce tropisme victimaire ?

De cette prison censément affranchissante, n’espérez pas sortir, on vous y renverra sans faute!

La réponse, je crois, est à chercher du côté de Tocqueville, et des formes nouvelles de despotisme doux qu’il envisageait, dès 1840. Nous assistons aujourd’hui à l’avènement des sociétés amniotiques et maternantes qu’il concevait alors comme une dérive possible des régimes démocratiques, dans le second tome de son maître-ouvrage. Or, ces tyrannies de la bienveillance, placées sous le signe marial de ce qu’on désigne outre-Atlantique comme le care, c’est-à-dire le soin, ou mieux encore, le souci, exigent un nombre croissant de souffrants à veiller. Aussi, à défaut qu’il y en ait suffisamment de réels, sont-elles conduites à en agréer et à en fabriquer de nouveaux, voire de fictifs, à mesure que les alités manquent.

L’anti-stoïcisme des victimocrates coïncide donc tout à fait avec ce versant du programme moderne consistant à nous décharger des douleurs et des peines attachées à la vie. A cet égard, le renversement de la proposition sénéquienne – il faut bien comprendre à présent que je peux subir une injustice sans que pour autant on en ait commise à mon égard – lui ouvre des possibilités d’extension et d’approfondissement fantastiques. Non seulement en effet chacun peut devenir victime – puisque le verrou de l’expérience personnelle d’un tort est levé – ; mais il n’y a plus même besoin de bourreaux. Déjà, à l’horizon, se profile l’ère à venir des victimes sans coupables ; alors, même dans les cas où ceux-ci existeront et seront arrêtés, il finira immanquablement par s’avérer qu’ils étaient eux-mêmes antérieurement victimes, avant que de devenir bourreaux. Le passé, jouant un rôle analogue au premier moteur immobile d’Aristote, constituera l’indispensable cause originelle du Mal, comme il commence déjà à l’être ; et le penchant humanitaire de l’époque pourra se déployer dans toute la plénitude qui est la sienne.

L’utile paravent du sociétal

Ceci ne signifie pas, cependant, que toutes les victimes se valent ; leur prix, en effet, tient d’abord dans leur capacité à exciter la culpabilité de l’homme blanc, et à faire vibrer chez lui cette corde singulièrement surdéveloppée. La souffrance desdites minorités, à cet égard, recouvre pour l’Occident un charme tout particulier.

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L’idéologie victimaire, à ce titre, est un formidable tour de passe-passe par lequel des privilégiés, parce qu’ils ont la bonne couleur de peau ou le bon sexe – je pense en particulier à toutes ces célébrités issues du monde du spectacle –, peuvent se prétendre les grands opprimés des temps modernes, en lieu et place des véritables ; supercherie que ne permettait pas l’ancienne fétichisation du prolétariat, remplacé donc par des catégories offrant plus de souplesse. C’est un progressisme qu’il reste toujours aussi valorisant d’embrasser, mais dont l’adoption ne coûte par ailleurs plus rien : la promotion cosmétique d’élites issues des « minorités » ne grève aucun profit ; les hausses de salaires et le paiement de ses impôts, si. On notera ainsi que les entreprises les plus en pointe sur le sujet sociétal sont celles qui s’acquittent le moins de leurs obligations sociales (en particulier fiscales), que la logique établirait pourtant premières dans la hiérarchie de leurs devoirs.

Aissa Maiga s’est illustrée en comptant les Noirs dans l’assistance des César 2020, créant le malaise © JP PARIENTE/SIPA Numéro de reportage: 00947527_000008

Une diversité de carte postale

C’est que le vrai génie de l’époque, comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, est celui du marketing. Les mérites d’un produit importent moins pour le vendre, que l’image de lui qu’on parvient à véhiculer. Et l’art publicitaire a atteint en la matière des sommets. Aussi, secondé de leur science, c’était un jeu d’enfants que d’imposer, pour ne prendre que cet exemple, une nouvelle définition de la diversité. Suivant la doxa victimaire, elle s’entend désormais comme mesure de la variété des couleurs de peau, « genres », religions, et orientations sexuelles représentés – quand ces deux dernières catégories peuvent l’être -. Elle est absolument muette sur l’uniformité idéologique qu’une telle définition autorise ; et pour cause, elle s’en accompagne presque immanquablement. Le superficiel y est maître, et l’écorce y fait tout.

Jamais encore on n’avait pu détecter aussi infailliblement l’entrisme idéologique en vigueur dans un milieu qu’en y entendant résonner l’hymne vibrant à cette nouvelle diversité de théâtre, toute en décors peints et en papier mâché. Son éloge toujours plus mécanique et toujours plus bruyant résonne ainsi à mes oreilles comme la tentative désespérément incantatoire d’exorciser une homogénéité sans cesse plus absolue. Mais il faut reconnaître qu’elle n’est pas sans accointances avec l’époque, et son goût des voyages prétendument dépaysants : après tout, l’humanité en bermudas (Philippe Muray) méritait bien cette diversité de carte postale !

L’antiracisme, un lifting des anciennes thèses racistes

L’enfermement dans la race – mais on pourrait remplacer par « genre », religion, orientation sexuelle – constitue désormais le mode libératoire de l’idéologie antiraciste et de ces succédanés. De cette prison censément affranchissante, n’espérez pas sortir ; on vous y renverra sans faute. Blanc, vous n’avez le choix qu’entre l’ethnocentrisme, et l’appropriation culturelle ; Noir, qu’entre les Black Studies et le statut de vendu, voire de traître à la race. Théâtre et cinéma, qu’on aurait pu rêver en sanctuaires préservés de ces évolutions, sont à leur avant-garde : un nain doit être interprété par un nain, une transsexuelle par une transsexuelle ; toute autre possibilité suscite immanquablement des scandales. « Que Dreyfus est capable de trahir, je le déduis de sa race« , écrivait Barrès en 1904. Nous en sommes revenus là, et précisément par ceux qui se prétendent les représentants de la pensée adverse.

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De même qu’aujourd’hui la diversité, sous l’apparence trompeuse d’un vocable identique, désigne tout autre chose que la variété dans les manières de sentir, de penser et d’agir qu’elle signifiait autrefois, l’antiracisme contemporain n’a plus rien à voir avec ce que put être la mystique dreyfusiste. Au contraire, il est temps de comprendre à présent qu’il ne consiste plus qu’en un relooking des vieilles thèses barrésiennes, à peine liftées, tout juste fardées. Parvenant au terme de sa fable – Les animaux malades de la peste -, La Fontaine concluait : « Selon que vous serez puissant ou misérable / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir [innocent ou coupable] ». Nos militants antiracistes en ont réécrit le texte ; et on peut lire à présent : « Selon que vous serez blanc ou noir / Les jugements de cour vous rendront puissant ou misérable [bourreau ou victime] ».

Le Chifoumi d’Emmanorwell Macron

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Emmanuel Macron à Paris, 6 mai 2021 © Christophe Archambault/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22565171_000006

Tuer des policiers dans des commissariats est un signe grave de délitement, d’affaissement, de décomposition de notre pays. C’est aussi une stratégie démontrant que nous, simples citoyens, ne pouvons plus être protégés par l’Etat qui a renoncé à cette mission régalienne. La police ne pouvant plus faire respecter les lois de la République, la justice protégeant les racailles qui parviennent parfois à se retrouver devant un tribunal, il est évident que pour le péquin moyen vivant dans un quartier sensible où les caïds font la loi et les barbus policent les comportements, il ne lui reste qu’à raser les murs, choisir ses horaires de sorties ou déménager. Afficher les noms des policiers, leurs adresses,  les pister, les tuer, est une stratégie qui ressemble aux actes du FIS et du GIA algérien qui égorgeaient des policiers et des militaires à leurs domiciles ou dans les commissariats afin de démontrer à la population qu’elle était abandonnée. Cette façon de faire ira crescendo, elle est le résultat d’une dynamique structurelle jamais remise en question.

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Le Petit Remplacement de Montpellier

On pouvait prévoir au moment où on apprenait l’égorgement de Stéphanie, agent administratif dans un commissariat, que les médias utiliseraient des euphémismes pour minimiser la barbarie de l’acte. Il était tout autant prévisible que la normalité et la tranquillité de l’égorgeur nous serait imposées par ces mêmes médias. On devinait sans prendre de risque que Libération chercherait à minimiser l’acte et trouverait une cause externe ayant joué sur l’état psychique du tueur. Ce fut chose faite, avec « l’assaillant n’allait pas bien » ! Stéphanie et sa famille ne comptent pas, on court chercher les pleurnicheries de la famille du tueur. On humanise un criminel et on invisibilise la victime, on méprise la douleur de ses proches, on se moque des Français. Si Jamel Gorchène avait survécu à son escapade meurtrière, nul doute que le billet d’excuse « déséquilibré » aurait été validé par l’ensemble de nos échotiers. On le sait, en France nous avons les meilleurs experts psychiatres au monde capables de faire des diagnostics dans le quart d’heure qui suit un acte djihadiste, même quand le tueur a été abattu. Le capitaine Marleau peut aller se rhabiller.

En appelant à déconstruire notre histoire sur CBS, Emmanorwell Macron se place en chef de file incontesté du mouvement woke français. S’il est hostile à Mélenchon, ce n’est qu’en tant que rival ! En réalité, les deux sont objectivement complémentaires

Je conseille ce titre lors du prochain égorgement à l’éditorialiste de Libération : « La victime a succombé à une trachéite après avoir croisé un dépressif subissant l’islamophobie ambiante ».  Jamel Gorchène a adressé une fin de non-recevoir aux élucubrations criminelles de La France Insoumise. Stéphanie était désarmée.

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Notre jeûneur en désespoir alimentaire, vivait à Rambouillet où les Pierre et les Stéphanie existent encore contrairement au quartier de Montpellier visité par Emmanorwell Macron il y a peu de temps. Celui-ci restait silencieux et bienveillant face à une « maman voilée »,  une mater dolorosa qui en appelait au vivre ensemble et désirait que ses enfants puissent connaître un petit garçon se prénommant Pierre. Le Petit Remplacement local avait eu lieu, il fallait bien l’admettre, alors on réclamait de la mixité sociale alors que cette dame aurait pu donner ce prénom à un de ses fils. L’épisode de la mère voilée fut une merveille perverse de communication politique car en filigrane, ce qui en est ressorti dans les rédactions de télé était orwellien ! Voilà une bonne maman voilée qui s’inquiète pour l’avenir de ses enfants et est ouverte à la mixité en voulant des « Pierre » dans son quartier et dans l’école de ses enfants. C’est aussi une façon vipérine de souligner que les « Gaulois » refusent de côtoyer la diversité et de réussir la « mixité », que les musulmans orthodoxes sont des multiculturalistes avertis ouverts à la grande cohabitation ethnique et culturelle, et que les « Blancs » racistes la refusent. Il est impératif de rappeler que le voile islamique est un morceau de charia qui indique qu’un homme non musulman est impur et ne peut prétendre épouser une musulmane et avoir des enfants avec elle, c’est dire le niveau de délabrement psychologique et idéologique des gauchistes qui défendent l’apartheid religieux au nom de la liberté qu’ils retournent contre la liberté. Et tout cela au nom du métissage…

La diversité, vous dites ?

Puis notre petit timonier du multiculturalisme, Emmanorwell Macron dans un sens du timing exceptionnel, délivrait une interview ahurissante sur CBS où il se posait en chef de file des décoloniaux en promettant de déconstruire l’Histoire « raciste » de la France. L’islamo-gauchisme ne touche pas que nos universités, il se trouve même au-delà de l’oreille droite de Mélenchon. Emmanorwell Macron joue à chifoumi, avec Pierre, Chiffon et Couteau, et Pierre perd toujours.

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Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre égorgeur du ramadan. Stéphanie a eu le malheur d’avoir eu sa visite, il aurait pu rencontrer un Pierre! Il sera difficile de convoquer le manque de mixité sociale à Rambouillet, à moins que plus de voilées, de djellabarbes et de choufs auraient calmé les ardeurs dépressives de notre assaillant en perdition. Recréer le quartier de la maman voilée de Montpellier sera certainement la solution, entre Pierre et le loup solitaire, le sacrifice est vite fait. Tous ces chroniqueurs et politiques qui soliloquent sur les plateaux de télé en se gargarisant de qualificatifs élogieux à l’intention de la maman voilée qui serait formidable car elle veut du vivre ensemble, vivent-ils dans un quartier où les voilées sont majoritaires, où les choufs tiennent les murs en crachant violemment au sol quand vous les croisez, où les caïds tiennent l’économie parallèle, où les djellabarbes triturant leurs chapelets, devisent tout en claquant bruyamment du Inch ´Allah pour ponctuer leurs phrases ? Ont-ils envie de voir leurs filles se faire traiter de putes ou revenir voilées car assimilées à la culture locale? Lorsque des habitants d’un quartier sensible, des journalistes ou des politiques, expliquent que c’est le manque de mixité qui est la raison de la violence et de la délinquance, ils utilisent un mot pour remplacer une autre réalité. Eux qui prônent le tout diversité, c’est à dire l’omniprésence des personnes d’origine subsaharienne ou maghrébine, admettent implicitement que ces populations sont sources de violences, de délinquance et d’islamisme lorsqu’elles sont ultra majoritaires ou majoritaires. Le manque de mixité, c’est le manque de Pierre, de Stéphanie ou de Samuel… C’est-à-dire le manque de Blancs de culture judéo-chrétienne… Afin de tirer vers le bas le niveau de violences ?

Chimère tiers-mondiste monstrueuse

Dans le Pas de Calais, les plus pauvres ne sont pas les personnes issues de l’immigration mais les Chtis, travailleurs précaires ou au chômage. Ils n’organisent pas des mariages tapageurs avec voitures de luxe, de véritables fantasias, et n’ont pas des résidences secondaires au bled. Ils sont plus pauvres mais apportent cette « mixité sociale » en étant moins représentés dans les phénomènes de violences et de délinquance en bandes. Emmanorwell Macron, en allant faire acte de contrition face à la mère patrie progressiste, a clairement choisi le camp décolonial. Cet homme est un nouveau pied rouge, en mode libéral, il chasse sur les terres de Mélenchon. Le premier est Docteur Honoris Causa de l’université d’Evergreen, le second est un nostalgique d’une chimère tiers-mondiste monstrueuse. L’Elysée est dorénavant un territoire perdu de la nation, la gauche est devenue un cluster idéologique dangereux. L’islamo-gauchisme a aussi cette vertu extraordinaire de pouvoir nous rendre coupables des actes de nos ancêtres tout en refusant aux « racisés » de se sentir responsables des actes de leurs enfants. En appelant à déconstruire notre histoire sur CBS, Emmanorwell Macron se place en chef de file incontesté du mouvement woke français.

Le président Macron en entretien sur la chaîne américaine CBS, 18 avril 2021. Capture d’écran.

S’il est hostile à Mélenchon, ce n’est qu’en tant que rival ! En réalité, les deux sont objectivement complémentaires mais ils font mine de l’ignorer. Le premier fournissant les armées révolutionnaires tiers-mondistes, et une société déconstruite au second qui n’en demande pas tant. Ce sera à la fois cocasse et cruel de voir la tribu des républicains laïques de gauche appeler à faire barrage avec Macron en 2022 tout en dénonçant les mouvements indigénistes, Mélenchon et les islamistes.

Macronie: la lutte des places

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La maire de Nice Christian Estrosi, le président Macron et leurs épouses, Nice, 14 juillet 2017 © Laurent Cipriani/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22077935_000109

Si Karl Marx était des nôtres, il ne jugerait pas incompatible la lutte des places avec la lutte des classes, la première étant un dérivé minime de la seconde. Dans les deux cas, au fond, c’est une affaire de pouvoir…


C’est un thème vieux comme le monde mais j’ai fait partie des quelques naïfs qui en 2017, à cause de la fraîcheur apparente du président et de son caractère atypique, jugeaient crédible sa promesse d’un nouveau monde, au moins sur le plan de la morale publique. Ce n’est pas le cas, avec en plus une arrogance et un cynisme affichés.

Combinaisons roublardes

Il y a toujours eu un mantra obligatoire pour tous les présidents de la Ve République, à l’exception de Charles de Gaulle et de François Hollande : on ne pense qu’à travailler au service des Français, pas du tout à la réélection. Charles de Gaulle a démontré qu’il tenait moins au pouvoir qu’au peuple et François Hollande, sans être contraint ni forcé, a décidé, en le regrettant par la suite, de ne pas se représenter. Ce n’est pas si fréquent ! Emmanuel Macron, lui, nous a offert à plusieurs reprises un discours de devoir et de sacrifice mais en réalité on n’a jamais vu un président s’abandonner si tôt avant l’échéance à tant de combinaisons politiciennes et roublardes pour mettre toutes les chances de son côté. Qu’on songe aux régions PACA, Hauts-de-France par exemple et à l’investissement du président et de son Premier ministre, qui donne le vertige tant il néglige l’essentiel pour ne se consacrer qu’à l’écume ambitieuse : en même temps, un hommage au policier assassiné par un malfaiteur à Avignon et l’obsession de jeux partisans qui indignent d’autant plus que la situation de la France appellerait une concentration absolue de nos gouvernants.

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Je l’ai dit, cela n’a pas commencé avec Emmanuel Macron mais il a poussé ce processus délétère jusqu’à un point inimaginable en République : la lutte des (et pour les) places. On pourrait gloser à l’infini sur la multitude de ces ambitions qui dans notre histoire politique ont pris un tour si différent selon la personnalité des aspirants au pouvoir et de leur rapport au temps. Nicolas Sarkozy n’a jamais dissimulé son impatience et, en 2007 comme en 2012, il n’a jamais pris les citoyens pour des imbéciles en simulant un désintérêt qui n’aurait pas été plausible. En revanche, il a su tenir ses soutiens et ses affidés par l’octroi de places que leurs mérites ne justifiaient pas forcément et qu’ils ont trop souvent perçues comme la liberté de n’agir que sous leur seul contrôle, donc à l’abri de tout. Avec ce paradoxe qu’il a partagé avec François Hollande d’avoir fait nommer, en violation d’engagements explicites ou implicites, des ministres aussi peu armés pour la fonction que par exemple Sibeth Ndiaye pour être porte-parole sous Macron. André Vallini en sait aussi quelque chose, comme il aurait été un bon garde des Sceaux, il n’a pourtant jamais été appelé !

Et la lutte des classes?

Dans ce domaine également, Emmanuel Macron est incomparable. Il est incontestablement le pire DRH de la Ve République pour tous les niveaux, celui des mauvais coups et des manœuvres comme celui des occupations élevées. Quand on ne choisit que pour soi, on choisit mal ! La lutte des places, pour l’appétence suprême, ne relève pas nécessairement d’une agitation frénétique et constante. François Mitterrand a su, avec une patience d’ange roué et calculateur, attendre trois fois son heure comme Jacques Chirac. Était-ce bien nécessaire, en tout cas pour le second qui est honoré de manière surabondante à proportion de son immobilisme chaleureux et sympathique ? Je voudrais rendre hommage, sans aucune dérision, à ceux qui reviennent inlassablement dans la lice présidentielle en ayant la certitude au fond d’eux – le caractère péremptoire de leur optimisme en étant la preuve paradoxale – qu’ils demeureront dans le meilleur des cas à peine au-dessus de 5%. Nicolas Dupont-Aignan est un parfait exemple de ces convictions qui acceptent de faire comme si elles avaient une chance de devenir majoritaires. Je n’en serais pas capable : c’est héroïque… A rebours, il y a, comme Jean-Luc Mélenchon, des persévérants par certitude d’être irremplaçables : ils se déclarent nécessaires pour échapper au risque de ne plus être à la longue perçus comme tels !

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La lutte des places, sous Emmanuel Macron, s’ajoute à la lutte des classes : les Gilets jaunes d’hier, s’ils avaient été dogmatiques, l’auraient perçu et s’ils reviennent demain, ils affineront leur demande de démocratie. Loin des clivages dont rêve Emmanuel Macron – mondialistes contre nationaux, progressistes contre conservateurs -, ils se battront au nom du seul qui vaille socialement : il oppose ceux qui ont à ceux qui n’ont pas. Non pas que j’aie la moindre fibre révolutionnaire, mais il y a un tel degré de réalisme cynique, en ces temps, derrière l’affichage de valeurs « pour faire bien », qu’on peut se donner le droit à un extrémisme indigné et pacifique. Emmanuel Macron a créé un nouveau monde, oui, mais pas le bon.

Mon homme politique préféré

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"Garraud-gorille" : demandez le programme ! © D.R.

Une fois de plus, mon agenda du moi a été bouleversé à la dernière minute. J’avais accumulé les notations sur l’actu, du moins sur l’essentiel : le changement de nom de l’ENA, le report d’une semaine des scrutins territoriaux, la hausse du taux de THC dans le cannabis, la mystérieuse disparition du prince Philip…

Mais voilà que paraît la toute première biographie de Marie-France Garaud, mon idole de jeunesse ! Tant pis pour l’ENA et le THC… Je n’ai pas résisté.


BASILE, COLLEUR D’AFFICHES

Je suis un fan de toujours de Marie-France. Peu de gens le savent, mais en 1981 j’ai même voté – et collé ! – pour elle, adhérant du même coup à un club très sélect, qui au bout du compte n’aura accueilli que 1,3 % des électeurs français. À comparer avec la démagogie d’un Michel Debré, qui dans le même scrutin décrocha les 1,7 % à force de saillies populistes.

Donc je me suis rué sur La Conseillère, d’Olivier Faye (Fayard). Tout bien considéré, je n’étais peut-être pas le client idéal. En ma qualité d’admirateur, je savais déjà par cœur l’essentiel de ce que l’auteur raconte, à part les trucs à vérifier. Assez en tout cas pour garder mon idée d’elle, et m’en faire une de lui.

UN REGARD WOKE

L’auteur est aussi journaliste mondain. Originaire de l’extrême droite – plus précisément, du service extrême droite de la rédaction du Monde –, Olivier Faye a été promu l’an passé responsable de toutes les droites.

Pour lui, Marie-France et son comparse Pierre Juillet incarnent précisément ce passage : des « gaullo-pompidoliens » certes, mais profondément enracinés dans leur patrie charnelle. De quoi inquiéter un démocrate sincère comme l’auteur.

Une droite « présentable », mais camouflant mal dans les plis du drapeau ses pulsions autoritaires. C’est même ça, comprend-on, l’actu du livre : Garaud préfigurait l’inquiétante nébuleuse réaco-souveraino-facho qui constitue aujourd’hui, paraît-il, un « danger pour nos libertés ».

Trêve de plaisanteries ! Durant les années Pompidou, Juillet et Garaud sont les proches conseillers du président – lestés néanmoins dans cette tâche par Édouard Balladur.

Le « duo infernal » est universellement craint et haï, comme de juste. Marie-France, en particulier, s’est taillé une réputation de tueuse florentine, même et surtout auprès des femmes : « Elle est terrifiante ! » confiera l’indomptable Françoise Giroud.

Quant au Canard, il l’a rebaptisée « Garaud-gorille » ce qui, m’est avis, ne rend compte qu’en partie de sa personnalité.

Quarante ans après, on a encore vu des bouffées de cette haine, notamment sur les réseaux sociaux, lorsqu’en juin dernier Marie-France Garaud a disparu une nuit au volant de sa voiture, avant d’être retrouvée le lendemain matin.

La dame, aujourd’hui âgée de 87 ans, souffre d’une maladie de type Alzheimer. Au lieu de la plaindre, ou de jeter le manteau de Noé, on s’acharne sur elle misérablement, jusqu’à déplorer qu’elle ait été retrouvée…

Quand je serai président, j’interdirai l’anonymat sur les réseaux. Et si ce n’est pas possible, j’interdirai les réseaux. Pour Le Monde, on verra après.

« Garraud-gorille » : demandez le programme ! © D.R.

UN CHEVAL NOMMÉ CHIRAC

Pour préparer l’avenir, c’est-à-dire un après-Pompidou qui s’approche dangereusement, notre « couple maléfique » a sélectionné, au milieu du cheptel politicien, un fringant poulain qui, convenablement dressé par leurs soins, ne devrait pas manquer de gagner les grandes courses à venir, sous leurs couleurs bien sûr.

Ce qu’ils découvriront, mais un peu tard, c’est que le gentil poulain est devenu en quelques saisons une bête politique, prête le cas échéant à piétiner ses « idées », et dans la foulée, ses propres éleveurs.

L’acte final de ce drame se joue en deux ans. 1977, c’est l’année du triomphe pour Juillet et Garaud. Ils portent littéralement Chirac à la mairie de Paris, et deviennent aussi sec ses gourous, voire ses totems d’immunité.

À l’époque, l’implacable Marie-France appelle maternellement « Mon poussin » celui qui l’écrasera. Couvert par « le Grand Jacques » de compliments et de chaleureuses embrassades, Juillet commente l’épisode d’un mot admirable : « C’est bien la première fois qu’un cheval remercie son jockey ! »

Hélas, nos mentors en sont encore à se moquer de leur pupille quand ils feraient mieux de s’en méfier. Chirac a été dressé pour gagner ; progressivement, au nom de cette juste cause, il va s’émanciper de toute autre obligation. Il court avec des œillères, et qu’importe la casaque ! Seule compte la victoire pour ce cheval devenu son propre jockey, espèce de centaure à l’envers.

DU CAPITOLE À LA ROCHE TARPÉIENNE

Deux ans plus tard, avec les européennes de 1979, c’est la disgrâce subite pour le couple qu’on croyait tout-puissant. La ligne souverainiste qu’ils ont imposée à Chirac ne dépasse pas les 16 % – deux points derrière sa copine Simone Veil. C’en est trop ! Entre Chanel(s), Jacques a choisi. Désormais, plus europhile que lui, tu mourras !

En politicien responsable, il estime que ce revers électoral justifie un retournement de veste en souplesse. Et pour commencer, il faut bien en finir avec les responsables du désastre, ces galeux d’où venait tout son mal.

Chirac leur a sûrement dit leur fait, en leur donnant congé : « Pourquoi vous m’avez fait dénoncer le « parti de l’étranger » ? J’ai l’air d’un facho, moi, maintenant… » C’est vrai quoi, le patriotisme c’est bien, mais faut savoir s’arrêter.

Bref, il les a virés comme des malpropres, et pas de regrets ! C’était une double erreur de casting. Tant qu’ils lui ont fait monter des marches, puis des étages, « les diaboliques » ont eu la pleine confiance de Chirac. Mais au premier échec, il a commencé à douter de leurs idées.

Plus étonnant est l’aveuglement persistant de Marie-France et Pierre, cette trop longue fascination pour « leur » bébé transhumain.

Péché d’orgueil, sans doute ! Ils n’ont pas voulu voir que leur créature leur échappait, comme celle de Frankenstein (dans Mary Shelley, pas dans Frankenstein contre Godzilla).

À DADA SUR MON BIDET

Sur le reniement de Jacques, Marie-France aura ce mot délectable qui fait aussi office d’aveu : « Je croyais que Jacques Chirac était du marbre dont on fait les statues. En réalité, il est de la faïence dont on fait les bidets. »

En écho à la blague de Juillet deux ans plus tôt, on observe une nette dégradation de l’image de Chirac, ici renvoyé directement du règne animal au règne minéral, sans passer par la case végétale.

Pour sauver la France, ils avaient choisi un bidet… On se demande pour qui c’est le plus flatteur. La faute de Chirac : avoir tout sacrifié pour avoir le pouvoir pour le pouvoir – et le garder. La faute de Juillet et Garaud : Chirac.

Mais il leur sera beaucoup pardonné, parce qu’ils croyaient en quelque chose de plus grand qu’eux (la France, en l’occurrence).Surtout, ils étaient gens d’esprit. À ce propos, une petite dernière de Marie-France pour la route ? « Mitterrand a détruit la Ve République par orgueil, Valéry Giscard d’Estaing par vanité et Jacques Chirac par inadvertance. » Va savoir si, depuis, ça s’est arrangé.

Tant qu’il y aura des DVD

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Bernard Blier et Yves Montand dans Souvenirs perdus de Christian-Jacque © Coin de Mire

Les calendes grecques étant désormais le nouveau calendrier républicain, il faut continuer d’aller au cinéma chez soi, ce qui est contre nature. Dans ces conditions, autant ne voir que le meilleur.


Pour mémoire

Souvenirs perdus, de Christian-Jaque, coffret Blu-ray et DVD, édité par Coin de Mire

Louis Vonelly et Suzy Delaire dans Souvenirs perdus, de Christian-Jaque © Coin de Mire

L’air de rien, sans y toucher, parution après parution, l’éditeur Coin de Mire est en train de réhabiliter des pans entiers du cinéma français, des années 1950, 1960 et 1970 notamment. Avec de superbes coffrets qui sont comme des boîtes à trésor dont les joyaux, outre les films, sont les photos et des dossiers de presse de l’époque, sans compter les « réclames » et autres « Actualités » qui constituent les bonus de chaque édition. De la dernière salve, on retiendra entre autres ce film méconnu de Christian-Jaque, Souvenirs perdus. Sorti un an avant le délicieux Fanfan la Tulipe avec Gérard Philipe (et qui soit dit en passant revient au même moment dans cette épatante collection), il raconte quatre contes (« Une statuette d’Osiris », « Un violon », « Une écharpe de fourrure » et « Une couronne mortuaire »), soit le parcours haut en couleur de quatre objets perdus de la rue des Morillons, lieu du repentir des têtes en l’air de la capitale. L’idée originale est venue de Jacques Companeez, mais d’autres fées de l’écriture se sont ensuite penchées sur le berceau en question et pas n’importe lesquelles : Henri Jeanson, les frères Prévert et Pierre Véry. Ces quatre-là ont écrit les scénarios et les dialogues d’un ensemble qui se tient d’autant mieux que c’est Henri Jeanson et sa verve caustique qui, dans un commentaire lu par Robert Rocca, fait le lien entre eux. C’est donc tour à tour étincelant, virevoltant, méchant, nostalgique, drôle, mélancolique, acide… Le tout écrit avec un brio qui fait qu’on aurait envie de noter chaque réplique pour les replacer en douce dans les conversations confinées, sans citer sa source évidemment. « Être un peu heureux, c’est déjà beaucoup » se disent ainsi Edwige Feuillère et Pierre Brasseur. Parce que de fait la virtuosité de la distribution est inversement proportionnelle à la honteuse réputation de tâcheron qu’a eu trop souvent Christian-Jaque au cours de sa belle carrière : la Nouvelle Vague n’a pas fait que du bien. Alors, oui, on se délecte de retrouver ici, tenez-vous bien, outre le brillant duo susnommé, Suzy Delair, François Périer, Danièle Delorme, Gérard Philipe, Bernard Blier et Yves Montand. Pour ne s’en tenir qu’aux premiers rôles, les seconds constituant comme toujours dans le cinéma français de l’époque tout un petit monde de gueules et de caractères aussi connus que savoureux. On y reconnaît même Maurice Dorléac à qui le cinéma mondial doit pour moitié et Françoise Dorléac et Catherine Deneuve.

Affiche du film Souvenirs perdus, Christian-Jacque © Coin de Mire

Et parce que Christian-Jaque est un artisan délicat, il soigne autant sa photographie due à Christian Matras (qui travailla notamment avec Gance, Ophuls, Cocteau et Duvivier) que ses décors conçus par Robert Gys, collaborateur, par exemple, de René Clair. Enfin, il confie au génial Kosma le soin d’écrire non pas une, mais quatre partitions musicales qui colorent l’ambiance de chaque sketch, ici amère, là onirique, ailleurs dramatique et pour finir franchement comique. Sans compter une chanson parfaite évidemment interprétée par Montand (lequel, devant choisir entre la prison et une leçon de musique, répond sans détour : « Entre deux violons, on peut choisir le moindre ! ») Décidément, Souvenirs perdus n’est pas le film mineur qu’on s’est longtemps plu à décrire. Par paresse sans doute. Il est au contraire comme la quintessence des qualités de Christian-Jaque qui cultive à merveille et pour notre plus grand plaisir son « aimable cynisme », comme l’écrivit un jour André Bazin. Qui pourrait lui reprocher de raconter des histoires bien écrites et jouées par des acteurs impeccables ? Personne. À part bien entendu quelques tristes figures qui estiment peut-être que la création ne saurait être confondue avec l’art de la récréation. Retour à la case départ : l’éditeur Coin de Mire fait une fois de plus œuvre utile et réhabilite définitivement l’un de ces cinéastes que Bertrand Tavernier, qui nous manque tant déjà, aurait qualifié de « formidable et épatant ».


Pour rien

De sang-froid, de Richard Brooks, coffret Blu-ray et DVD, édité par Wild Side Video

Scott Wilson dans De sang froid, Richard Brook © Wild Side

Le rouleau compresseur que fut en son temps le livre de Truman Capote, De sang-froid, n’a pas empêché le cinéaste américain Richard Brooks d’en faire un film absolument saisissant, à la fois adaptation fidèle, autonome et singulière. Avec un noir et blanc assumé comme tel et contre la volonté même des studios qui auraient voulu des couleurs clinquantes et un duo de stars hors de propos, ce film s’avère tout simplement être l’un des plus grands polars du cinéma hollywoodien. Tourné sur les lieux mêmes du véritable fait divers, il ne fait aucune concession et tient sa petite musique de l’horreur humaine ordinaire jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la pendaison finale et son petit bruit sec. Sans oublier la bande originale, composée par le génial Quincy Jones, qui est de toute beauté. Cette édition prend toute la mesure du film avec un livret très conséquent écrit par Philippe Garnier et magnifiquement illustré, ainsi que des bonus remarquables signés Patrick Brion et Stéphane Lerouge. Un modèle du genre.


Pour voir

Le Gang Anderson, de Sidney Lumet, blu-ray, édité par Sidonis

Sean Connery et Dyan Cannon dans Le gang Anderson, Sidney Lumet © Sidonis

Non, Lumet n’a pas fait que Douze hommes en colère et Un après-midi de chien, loin s’en faut. On n’en finit pas de redécouvrir la richesse d’une filmographie qui fait alterner des œuvres sombres et des pauses jubilatoires à l’instar de ce Gang Anderson mené tambour battant par un Sean Connery en très grande forme. Ce ne pourrait être d’ailleurs qu’un banal film de casse en forme de désastre absolu et c’est bien plus que cela. Avant même Coppola et sa fabuleux Conversation secrète, Lumet se livre à une radiographie des pratiques liberticides de la société de surveillance qui se mettait en place dans les années 1970 aux États-Unis. Pas une pièce, pas une rue sans une caméra posée par des services de police, officielle ou parallèle, un mari jaloux ou des services fiscaux ! Tout voir, tout savoir, tout contrôler : c’est bien cette tentation qui est au centre du film de Lumet. De quoi donner le vertige aux spectateurs tout en piégeant une bande de malfrats en forme d’enfants de chœur comparés aux surveillants permanents qui les entourent…

Delphine Horvilleur, l’action au filtre de la réflexion

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Delphine Horvilleur © J F Paga

Dans Vivre avec nos morts, la philosophe et rabbin s’interroge sur la pratique du judaïsme face à la mort.


Delphine Horvilleur a publié depuis 2013 plusieurs livres dans lesquels elle décrypte des questions très actuelles à partir de son métier de rabbin. Elle n’hésite pas à s’appuyer sur sa culture judaïque pour apporter, lorsque c’est possible, des réponses ou des débuts de réponses, avec une humilité que les religions monothéistes enseignent rarement à leurs adeptes. Elle recourt souvent à l’exégèse, c’est-à-dire qu’elle prend ses exemples dans les grands textes du judaïsme, qui l’ont formée, mais aussi dans la littérature laïque, conservant ainsi dans son propos un aspect vivant et immédiat qui séduit le lecteur. Dans ses Réflexions sur la question antisémite (Grasset, 2020), elle s’appuyait bien sûr sur des passages de la Bible, tout en interrogeant aussi certains textes de fiction de Sartre. Dans le livre qu’elle vient de publier, Vivre avec nos morts, elle vise à une même promptitude textuelle, qui éclaire d’une lumière pénétrante ce qu’on pourrait appeler sa pratique du judaïsme à propos de l’événement dérangeant de la mort.

Parcours atypique

Pour comprendre ce que recherche intimement Delphine Horvilleur, il faudrait revenir quelques instants sur son parcours atypique, qui mêle une propension certaine pour l’action à un besoin constant et essentiel de réflexion, en priorité celle que procure le judaïsme. Delphine Horvilleur est née dans les années 70 à Nancy, d’une famille pour partie originaire d’Europe centrale.

Que peut nous apporter une religion, dans une société sécularisée?

Ses grands-parents sont des rescapés des camps. À l’âge de 17 ans, elle part à Jérusalem étudier la médecine, exerce divers métiers (dont celui de mannequin), puis revient à Paris où elle suit des cours de journalisme au Celsa. Elle travaille ensuite à France 2, en poste à Jérusalem, puis à RCJ, où elle est correspondante à New-York. C’est là qu’elle entreprend une formation de rabbin, avec les plus grandes sommités américaines. Elle-même devient rabbin en 2008, membre de l’organisation juive libérale « Judaïsme en Mouvement ». Ces éléments biographiques montrent incontestablement une grande variété d’approches, avec comme point de convergence, au milieu de l’action, la qualité de la pensée.

Familles en deuil et travail du rabbin

Dans Vivre avec nos morts, Delphine Horvilleur aborde directement son travail de rabbin. Elle relate le deuil des familles, tous très différents, les demandes qui lui sont faites en vue des obsèques. On essaie toujours de mettre la mort à distance, y compris dans cette période de crise sanitaire que nous traversons. Le rabbin est là pour voir la disparition en face, et tenter de lui donner un sens ‒ redoutable mission ! Ainsi, à l’enterrement d’Elsa Cayat, la « psy » de Charlie Hebdo, Delphine Horvilleur est présentée aux assistants comme un « rabbin laïc » par la sœur de la défunte. C’est le prix, sans doute, pour faire intervenir, comme elle l’écrit, « les mots de la tradition juive que, moi, rabbin, j’avais la charge de porter ce jour-là ». Une autre fois, elle doit expliquer à un petit garçon où se trouve désormais son frère, prénommé Isaac, qui vient de mourir.

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Il lui faut lutter, admet-elle, contre « la vacuité des mots ». Elle racontera avec douceur à l’enfant la légende du sacrifice d’Isaac, dans la Bible, persuadée qu’au fond « personne ne sait parler de la mort ». Ou encore, aux obsèques de Simone Veil, quand l’hommage est rendu dans la cour des Invalides, et que les deux fils de l’ancienne ministre demandent à Delphine Horvilleur de réciter le kaddish en présence du Grand Rabbin de France ; « ils trouvaient important, note-t-elle, que la parole d’une femme puisse accompagner leur prière ».

Que peut aujourd’hui apporter une religion?

Delphine Horvilleur, dans ce livre, nous raconte bien d’autres histoires, souvent étonnantes, comme celle de cette très vieille femme juive new-yorkaise qui assiste, de son vivant, à ses propres funérailles. C’est l’occasion pour elle, au cours de ces récits, de distiller de nombreuses informations sur sa religion, sans se priver d’intercaler çà et là, entre un commentaire savoureux sur la Bible ou un autre, plus énigmatique, sur le Talmud, une bonne blague juive qui lui paraît particulièrement significative. Il reste qu’en effet, Delphine Horvilleur, si imprégnée de judaïsme soit-elle, ne pense pas que la foi représenterait une protection absolue, notamment contre la mort. Il persistera évidemment toujours du doute, de l’indicible, du mystère. Dans un chapitre où elle évoque, de manière très inspirée, la figure de Moïse, elle écrit de lui que « celui qui a vu Dieu face à face et ne peut certainement pas douter de son existence, cet homme-là est précisément celui qui refuse de mourir, et dont la peur de disparaître est la plus puissante ». Voilà qui semble l’interroger beaucoup, et on la comprend.

Tout au long de Vivre avec nos morts, Delphine Horvilleur ne pose au fond qu’une question : que peut nous apporter une religion, dans une société sécularisée, où les vieilles croyances de la Tradition sont la plupart du temps remisées au grenier ? Elle essaie d’y répondre, avec sincérité, avec cœur, en abordant, il faut le souligner à nouveau, le problème par son versant le plus dramatique, la mort. Entreprise courageuse, mais combien nécessaire, comme l’indique l’attitude anxieuse des vivants face à leurs chers disparus.

Avec Amos Oz

Delphine Horvilleur a par ailleurs préfacé une très belle conférence de l’écrivain israélien Amos Oz, Jésus et Judas, datant de 2017, qui paraît en même temps chez Grasset. Amos Oz y commente avec verve son roman Judas (2016). Il est selon moi toujours très enrichissant d’aborder la religion chrétienne par le côté juif, sinon judaïque, surtout lorsqu’on a affaire, comme avec Amos Oz, à un observateur aussi pointu, connaissant parfaitement les Évangiles. Delphine Horvilleur en profite donc pour écrire un court texte sous forme de lettre à ce romancier qu’elle aime et lit depuis toujours.

Elle est ici particulièrement touchée par le thème choisi, la traîtrise, avec le personnage emblématique de Judas. Amos Oz, comme avant lui Borges, tente de réhabiliter Judas. Une telle remise en perspective ne peut que parler à une femme rabbin comme Delphine Horvilleur, qui a souvent été l’objet de critiques sexistes ou autres. Elle écrit ceci, évoquant son propre anticonformisme : « Je serais ainsi traîtresse à la tradition, telle que certains la figent, en osant porter le titre de rabbin, illégitime pour mon sexe, en interrogeant les héritages et les interprétations pétrifiées. »

Ce que nous donne à entendre Delphine Horvilleur, en somme, sous la bienveillante protection du grand Amos Oz, c’est sans doute une véritable leçon, non de mort, mais de vie. Par les temps qui courent, c’est un luxe suprême.

Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts. Petit traité de consolation.Éd. Grasset.

Amos Oz, Jésus et Judas. Traduit de l’anglais par Sylvie Cohen. Préface de Delphine Horvilleur. Éd Grasset.

Dans “Le Point”, Sarkozy rejoint la croisade anti-woke

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Nicolas Sarkozy entouré de Didier Lallement, d'Anne Hidalgo, d'Emmanuel Macron et de Jean Castex, lors de la cérémonie de la commémoration des 200 ans de la mort de Napoléon, à l'Académie française, le 5 mai 2021 à Paris © ELIOT BLONDET-POOL/SIPA, Numéro de reportage : 01017503_000026

Dans son interview au Point publiée le 6 mai, l’ancien président aborde les sujets qui fâchent. Il y fustige cette repentance mémorielle qui finit par nous nuire.


Comme un écho à notre dossier du mois “La France résiste au woke” ! Dans Le Point, l’ancien président, l’œil toujours aiguisé sur le jeu politique, dit partager les craintes de nombre de ses compatriotes sur le déclassement de la France, que ce soit dans le concert des nations ou dans son identité même, rongée qu’elle est par des idées culpabilisatrices. 

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Crise de l’autorité

« Je sens une inquiétude monter quant à l’avenir de notre civilisation, à la place et au rôle de la France, au dérèglement profond de notre démocratie » déclare Sarkozy. Il s’agit selon lui d’une crise de l’autorité, et ce, à tous les niveaux. « Ce n’est pas, hélas, que l’autorité de l’État qui est mise à mal. C’est l’autorité tout court, dans les familles, à l’école, dans la société ». Pour dépasser cela et renouer avec la grandeur de la France, il s’agit en tout premier lieu de regarder notre histoire en face. Dans l’entretien qu’il a accordé sur dix pages à Jérôme Béglé et Sébastien Le Fol, Sarkozy apporte ainsi ses analyses sur la guerre d’Algérie, Napoléon, le Rwanda, la Libye, la Françafrique et, donc, la politique mémorielle du pays. 

Notre roman national peut-être outrancier, exagéré ou fantasmé, mais il est notre roman national. Cette haine de soi qui est l’apanage d’une repentance systématique fait beaucoup de mal à notre pays !

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Il invite les Français à renoncer au poison de la repentance. La France doit savoir reconnaître ses parts d’ombre, c’est le propre de toute grande nation, mais elle doit aussi savoir ne pas renier ce qui a fait et fait sa grandeur. Il en va de son art de vivre, de sa culture et de son rang parmi les nations. C’est pour cela que l’ancien chef de l’État entend bien refuser toute « repentance systématique » et rejette l’anachronisme dans les jugements historiques : « La crise que nous vivons n’est pas celle de l’Histoire, elle est celle de la transmission. On doit donc célébrer ce bicentenaire de la mort de Napoléon ». 

Un peu de mesure !

Assumons notre histoire ! « Il faut toujours accomplir un effort de mémoire », mais en gardant la mesure. « Le génocide rwandais et la colonisation en Algérie ne sont en aucun cas comparables. Je ne partage pas l’idée selon laquelle la colonisation serait un crime contre l’humanité ». Nicolas Sarkozy rappelle quelles furent ses positions sur le sujet, parfois là où on ne l’attendait pas, comme lorsqu’il reconnut la responsabilité de la France dans l’abandon des harkis, et parfois très claires, qualifiant la colonisation de l’Algérie comme une « faute ».

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Lecteur du Québécois Mathieu Bock-Coté, dont la Révolution racialiste trône en bonne place sur le bureau, Sarkozy déplore la montée de communautarismes destructeurs pour la nation et son unité, il voit dans l’assimilation un antidote : « Chacun privilégie sa propre histoire et oublie qu’il est l’héritier d’une culture collective. Je n’ignore pas que tous les Français d’aujourd’hui ne sont pas les descendants de Clovis. Moi-même, je ne le suis pas. Il n’en reste pas moins que je suis né dans un pays dont c’était l’histoire. Je dois embrasser cette identité, la faire mienne pour que cette communauté m’accueille ». Sans cette culture commune, une nation ne peut avancer. « Une nation n’est pas simplement une population, une géographie : c’est aussi une communauté qui partage les mêmes enthousiasmes, les mêmes références, les mêmes souvenirs ». Alors que les discours décoloniaux gagnent l’université et sont relayés par les médias progressistes, il faut défendre le roman national. « Notre roman national peut-être outrancier, exagéré ou fantasmé, mais il est notre roman national. Cette haine de soi qui est l’apanage d’une repentance systématique fait beaucoup de mal à notre pays ». L’une des plus grosses menaces pesant sur l’unité nationale est l’introduction des luttes « de justice sociale », venant faire porter à l’Occident le poids éternel de fautes inexpiables. Pour Nicolas Sarkozy, « il faut en finir avec cette présentation fausse et folle selon laquelle le Blanc serait par définition raciste. Et qu’il devrait expier sur plusieurs générations (…) Quelle est la leçon du Rwanda ? Le racisme est un cancer à l’intérieur de l’homme, qu’il soit blanc ou noir ».

Pas de regrets sur l’intervention en Libye

Au sujet du génocide au Rwanda, pour l’ancien président, les erreurs de la France furent manifestes. Il reconnait qu’au plus haut de l’État, on s’est trompé drastiquement. Sarkozy parle d’aveuglement, aveuglement de François Mitterrand principalement. Cependant, Nicolas Sarkozy se refuse à parler de culpabilité ou de complicité : « j’ai toujours considéré que la France n’avait pas été complice de cette monstruosité. » Quant à la Françafrique, c’est selon Nicolas Sarkozy terminé. Il faut savoir créer des liens avec tous les acteurs importants d’Afrique, de quelque partie que ce soit. Il ne faut pas pour autant négliger la force de la francophonie, il faut plutôt la développer, dans toute sa modernité : « La francophonie aujourd’hui, c’est 300 millions de personnes dans le monde – contre 200 il y a à peine plus de dix ans. Jamais autant d’êtres humains ne se sont exprimés en français, grâce justement au dynamisme des pays africains ». La Françafrique, c’était en premier lieu les expéditions militaires. Si parer à un massacre ou empêcher un génocide justifie pleinement, pour Nicolas Sarkozy, une courte intervention, l’ancien président est beaucoup plus sceptique sur la légitimité d’opérations plus longues, comme au Sahel, prônant plutôt une responsabilisation et une coopération renforcée avec les partenaires locaux. Cependant, l’ex-chef de l’État assume pleinement sa guerre de Libye : « Le pays était dirigé par un dictateur sanguinaire qui a déclaré qu’il allait faire couler des rivières de sang à Benghazi. Il s’apprêtait à lancer ses chars et ses avions contre cette ville d’un million d’habitants ». Il préfère affronter les critiques politiciennes postérieures que les remords de n’avoir pas su empêcher un massacre.

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L’ancien président est enfin lucide sur les défis que posent nos relations avec l’Afrique, notamment du fait de la grande croissance démographique de cette dernière. « Nous devons prendre conscience que l’échec de l’Afrique sera le drame de l’Europe. Nos destins sont liés ». En effet, le déplacement massif de la population africaine vers l’Europe est prévisible. Pour l’éviter, la seule solution est d’investir massivement dans le développement africain, selon lui. « Car si la jeunesse africaine ne trouve pas de travail, si elle ne se voit pas d’avenir en Afrique, elle viendra le chercher en Europe. La crise migratoire n’est malheureusement pas derrière nous, mais devant nous ». Même si c’est la démographie qui fait l’histoire, le seul moyen dont dispose l’Europe pour compenser ce déséquilibre est de miser sur l’innovation. « Nous n’avons pas le choix. La quantité nous fait défaut. Elle ne pourra être compensée que par la qualité ». Si le discours tenu sur l’Afrique est un peu convenu, il est heureux de constater que le « retraité » a rejoint la petite cohorte de ceux qui veulent se libérer des boulets de la repentance et du wokisme, qui nous pourrissent !