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Dans “Le Point”, Sarkozy rejoint la croisade anti-woke

Sarkozy, la France et son passé

Dans “Le Point”, Sarkozy rejoint la croisade anti-woke
Nicolas Sarkozy entouré de Didier Lallement, d'Anne Hidalgo, d'Emmanuel Macron et de Jean Castex, lors de la cérémonie de la commémoration des 200 ans de la mort de Napoléon, à l'Académie française, le 5 mai 2021 à Paris © ELIOT BLONDET-POOL/SIPA, Numéro de reportage : 01017503_000026

Dans son interview au Point publiée le 6 mai, l’ancien président aborde les sujets qui fâchent. Il y fustige cette repentance mémorielle qui finit par nous nuire.


Comme un écho à notre dossier du mois “La France résiste au woke” ! Dans Le Point, l’ancien président, l’œil toujours aiguisé sur le jeu politique, dit partager les craintes de nombre de ses compatriotes sur le déclassement de la France, que ce soit dans le concert des nations ou dans son identité même, rongée qu’elle est par des idées culpabilisatrices. 

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Crise de l’autorité

« Je sens une inquiétude monter quant à l’avenir de notre civilisation, à la place et au rôle de la France, au dérèglement profond de notre démocratie » déclare Sarkozy. Il s’agit selon lui d’une crise de l’autorité, et ce, à tous les niveaux. « Ce n’est pas, hélas, que l’autorité de l’État qui est mise à mal. C’est l’autorité tout court, dans les familles, à l’école, dans la société ». Pour dépasser cela et renouer avec la grandeur de la France, il s’agit en tout premier lieu de regarder notre histoire en face. Dans l’entretien qu’il a accordé sur dix pages à Jérôme Béglé et Sébastien Le Fol, Sarkozy apporte ainsi ses analyses sur la guerre d’Algérie, Napoléon, le Rwanda, la Libye, la Françafrique et, donc, la politique mémorielle du pays. 

Notre roman national peut-être outrancier, exagéré ou fantasmé, mais il est notre roman national. Cette haine de soi qui est l’apanage d’une repentance systématique fait beaucoup de mal à notre pays !

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Il invite les Français à renoncer au poison de la repentance. La France doit savoir reconnaître ses parts d’ombre, c’est le propre de toute grande nation, mais elle doit aussi savoir ne pas renier ce qui a fait et fait sa grandeur. Il en va de son art de vivre, de sa culture et de son rang parmi les nations. C’est pour cela que l’ancien chef de l’État entend bien refuser toute « repentance systématique » et rejette l’anachronisme dans les jugements historiques : « La crise que nous vivons n’est pas celle de l’Histoire, elle est celle de la transmission. On doit donc célébrer ce bicentenaire de la mort de Napoléon »

Un peu de mesure !

Assumons notre histoire ! « Il faut toujours accomplir un effort de mémoire », mais en gardant la mesure. « Le génocide rwandais et la colonisation en Algérie ne sont en aucun cas comparables. Je ne partage pas l’idée selon laquelle la colonisation serait un crime contre l’humanité ». Nicolas Sarkozy rappelle quelles furent ses positions sur le sujet, parfois là où on ne l’attendait pas, comme lorsqu’il reconnut la responsabilité de la France dans l’abandon des harkis, et parfois très claires, qualifiant la colonisation de l’Algérie comme une « faute ».

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Lecteur du Québécois Mathieu Bock-Coté, dont la Révolution racialiste trône en bonne place sur le bureau, Sarkozy déplore la montée de communautarismes destructeurs pour la nation et son unité, il voit dans l’assimilation un antidote : « Chacun privilégie sa propre histoire et oublie qu’il est l’héritier d’une culture collective. Je n’ignore pas que tous les Français d’aujourd’hui ne sont pas les descendants de Clovis. Moi-même, je ne le suis pas. Il n’en reste pas moins que je suis né dans un pays dont c’était l’histoire. Je dois embrasser cette identité, la faire mienne pour que cette communauté m’accueille ». Sans cette culture commune, une nation ne peut avancer. « Une nation n’est pas simplement une population, une géographie : c’est aussi une communauté qui partage les mêmes enthousiasmes, les mêmes références, les mêmes souvenirs ». Alors que les discours décoloniaux gagnent l’université et sont relayés par les médias progressistes, il faut défendre le roman national. « Notre roman national peut-être outrancier, exagéré ou fantasmé, mais il est notre roman national. Cette haine de soi qui est l’apanage d’une repentance systématique fait beaucoup de mal à notre pays ». L’une des plus grosses menaces pesant sur l’unité nationale est l’introduction des luttes « de justice sociale », venant faire porter à l’Occident le poids éternel de fautes inexpiables. Pour Nicolas Sarkozy, « il faut en finir avec cette présentation fausse et folle selon laquelle le Blanc serait par définition raciste. Et qu’il devrait expier sur plusieurs générations (…) Quelle est la leçon du Rwanda ? Le racisme est un cancer à l’intérieur de l’homme, qu’il soit blanc ou noir ».

Pas de regrets sur l’intervention en Libye

Au sujet du génocide au Rwanda, pour l’ancien président, les erreurs de la France furent manifestes. Il reconnait qu’au plus haut de l’État, on s’est trompé drastiquement. Sarkozy parle d’aveuglement, aveuglement de François Mitterrand principalement. Cependant, Nicolas Sarkozy se refuse à parler de culpabilité ou de complicité : « j’ai toujours considéré que la France n’avait pas été complice de cette monstruosité. » Quant à la Françafrique, c’est selon Nicolas Sarkozy terminé. Il faut savoir créer des liens avec tous les acteurs importants d’Afrique, de quelque partie que ce soit. Il ne faut pas pour autant négliger la force de la francophonie, il faut plutôt la développer, dans toute sa modernité : « La francophonie aujourd’hui, c’est 300 millions de personnes dans le monde – contre 200 il y a à peine plus de dix ans. Jamais autant d’êtres humains ne se sont exprimés en français, grâce justement au dynamisme des pays africains ». La Françafrique, c’était en premier lieu les expéditions militaires. Si parer à un massacre ou empêcher un génocide justifie pleinement, pour Nicolas Sarkozy, une courte intervention, l’ancien président est beaucoup plus sceptique sur la légitimité d’opérations plus longues, comme au Sahel, prônant plutôt une responsabilisation et une coopération renforcée avec les partenaires locaux. Cependant, l’ex-chef de l’État assume pleinement sa guerre de Libye : « Le pays était dirigé par un dictateur sanguinaire qui a déclaré qu’il allait faire couler des rivières de sang à Benghazi. Il s’apprêtait à lancer ses chars et ses avions contre cette ville d’un million d’habitants ». Il préfère affronter les critiques politiciennes postérieures que les remords de n’avoir pas su empêcher un massacre.

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L’ancien président est enfin lucide sur les défis que posent nos relations avec l’Afrique, notamment du fait de la grande croissance démographique de cette dernière. « Nous devons prendre conscience que l’échec de l’Afrique sera le drame de l’Europe. Nos destins sont liés ». En effet, le déplacement massif de la population africaine vers l’Europe est prévisible. Pour l’éviter, la seule solution est d’investir massivement dans le développement africain, selon lui. « Car si la jeunesse africaine ne trouve pas de travail, si elle ne se voit pas d’avenir en Afrique, elle viendra le chercher en Europe. La crise migratoire n’est malheureusement pas derrière nous, mais devant nous ». Même si c’est la démographie qui fait l’histoire, le seul moyen dont dispose l’Europe pour compenser ce déséquilibre est de miser sur l’innovation. « Nous n’avons pas le choix. La quantité nous fait défaut. Elle ne pourra être compensée que par la qualité ». Si le discours tenu sur l’Afrique est un peu convenu, il est heureux de constater que le “retraité” a rejoint la petite cohorte de ceux qui veulent se libérer des boulets de la repentance et du wokisme, qui nous pourrissent !

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est historien.

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