Home Monde Racisme au Royaume-Uni: le rapport infernal

Racisme au Royaume-Uni: le rapport infernal

La fabrique de racistes, un roman-feuilleton contemporain (1/3)

Racisme au Royaume-Uni: le rapport infernal
Tony Sewell (photo) a été nommé président de la Commission sur les disparités raciales et ethniques, chargée d'examiner les disparités raciales au Royaume-Uni. © ITV/REX/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40771817_000015

 


1ère Partie. Où nous découvrons que rien ne fait rager les militants antiracistes comme la découverte que la société devient moins raciste…


Pour les militants antiracistes autoproclamés, leur légitimité, leur existence même, est fondée sur une supposée omniprésence du racisme dans les sociétés occidentales. Leur machine à dénonciations, qui tourne à temps plein pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche, doit être constamment approvisionnée en preuves et témoignages de racisme. Que faire quand cet approvisionnement devient inadéquat ? Ce dilemme a été mis en relief par un rapport officiel sur le racisme publié au Royaume Uni le 31 mars. 

Les cancres de la classe: les Blancs

C’est en juillet 2020, suite aux manifestations et émeutes Black Lives Matter, que Boris Johnson crée une Commission on Race and Ethnic Disparities chargée d’étudier la question de la race et des écarts économiques et autres entre les différents groupes ethniques (« ethnic disparities »). Des dix membres de cette commission – pédagogues, scientifiques, entrepreneurs… – neuf appartiennent à des minorités ethniques. Ou, pour le dire plus crument, il n’y a qu’un seul Blanc. Outre sa composition plus qu’inclusive, cette commission, afin de mener à bien son étude, a pu profiter d’une base de données exceptionnelle compilant un nombre impressionnant de statistiques ethniques catégorisées de toutes les façons possibles. C’est dire que les analyses apportées par la Commission ne sont pas fondées sur des appréciations subjectives. 

A lire aussi, du même auteur: Gad Saad: porter Darwin sur les épaules

Après plus de six mois de travail, les conclusions du rapport sont claires. Certes, le racisme existe dans la société britannique, et la Commission recommande 24 actions concrètes pour lutter contre les préjugés. Mais le terme de racisme « institutionnel », appelé aussi « systémique », ce racisme qui empêche des groupes spécifiques entiers de progresser sur le plan socioéconomique, ne peut plus décrire le Royaume Uni au niveau national. D’ailleurs, l’acronyme « BAME », qui veut dire « Black and minority ethnic », devrait être abandonné, car les différentes minorités ethniques – noirs caribéens, noirs africains, indiens, pakistanais, chinois, roms… – ne peuvent pas être regroupées dans une seule et même catégorie puisqu’elles connaissent des sorts très divergents. Si on les compare les unes aux autres, les résultats sont très variés et les Blancs sont loin d’être systématiquement favorisés. Par exemple, en moyenne, les Britanniques indiens ont des salaires 16% au-dessus de ceux des Blancs, tandis que les Britanniques pakistanais ont des salaires 16% au-dessous de ceux des Blancs. Les Britanniques chinois sont généralement les mieux payés de tout le monde. Le taux d’exclusion scolaire des enfants noirs d’origine caribéenne est plus élevé que celui des Blancs, mais celui des Noirs d’origine africaine est au même niveau. De telles variations démentent la notion d’un racisme systémique inhérente à la culture britannique. Le rapport montre que la majorité des problèmes d’écart scolaire ou économique ne peut pas être expliquée par la discrimination raciale, les inégalités relevant surtout de facteurs géographiques, culturels, religieux ou familiaux. Par conséquent, la solution ne consiste pas tout simplement à lutter contre une telle discrimination. 

A lire aussi, Nesrine Briki et Célina Barahona: Retour sur le Pépitagate

Sans surprise, le rapport a déclenché des réactions plus qu’indignées de la part des professionnels du militantisme anti-racial. Certains sont dans le déni pur et simple, de la syndicaliste qui qualifie le rapport d’« immoral » au leader de l’opposition travailliste, Sir Keir Starmer, qui le trouve « décevant. » Lui qui, l’année dernière, s’est fait photographier dans son bureau en position agenouillée, a basé sa stratégie politique sur la réalité d’un prétendu « racisme institutionnel. » Avec la publication du rapport, le sol se dérobe sous ses pieds. D’autres s’adonnent à des hyperboles indignées, de la porte-parole travailliste sur les questions d’égalité qui accuse les rapporteurs de « glorifier la traite des esclaves » à l’activiste qui se scandalise de la publication d’un tel document à l’heure où « nous nous trouvons au milieu d’une pandémie mondiale de Covid-19 et de racisme anti-noir, d’afriphobie. » La plupart des critiques se concentrent sur la question du racisme « institutionnel » en insistant qu’il existe bel et bien pour de vrai. Sauf qu’ils n’ont pas lu le rapport – ou pas très attentivement – puisque celui-ci ne nie pas l’existence du racisme institutionnel. Selon lui, certaines institutions font preuve de racisme, mais aucune discrimination systématique ne fonctionne au niveau national et n’explique les différents écarts au niveau de l’éducation ou de l’emploi. 

C’est vrai parce que je le crois

Voilà le grand problème pour ceux qui tablent depuis longtemps sur une forme de racisme généralisée comme explication unique de tous les maux de la société. La Commission est entrée dans la complexité des choses en faisant appel à la dure réalité des statistiques, approche que même de soi-disant spécialistes n’arrivent pas à accepter. Le professeur Kalwant Bhopal, directrice du Centre sur la race et l’éducation à l’université de Birmingham, a exprimé tout simplement son refus de voir des données montrant que, aujourd’hui, les minorités ethniques s’en sortent mieux dans le système d’éducation britannique que les Blancs. La catégorie la moins favorisée sur le plan scolaire est celle des garçons blancs de milieux modestes. Une des catégories qui réussit le mieux actuellement est celle des immigrés récents d’origine africaine. Dans la revue de tendance conservatrice, The Spectator, James Tooley, président de cette même université de Birmingham, pointe le fait que les mêmes statistiques utilisées par le rapport sont citées dans le livre récent de Mme Bhopal, dont le titre prévisible, White Privilege, est tout un programme[tooltips content=”https://www.spectator.co.uk/article/when-white-privilege-doesn-t-count”](1)[/tooltips]. C’est justement ce programme et ses ressorts idéologiques qui empêchent l’auteur de tirer les conclusions qui sautent aux yeux mais qui sont en contradiction avec son récit de discrimination systémique. Dans son livre, l’éminente universitaire fait grand cas du fait qu’elle est elle-même l’enfant d’immigrés indiens, sans voir apparemment que son propre parcours qui passe par Harvard et les collèges les plus prestigieux de l’université de Londres – King’s et University – est aux antipodes du tableau sombre qu’elle ne cesse de brosser. Quand les statistiques ne vont pas dans le sens de l’argument des antiracistes, il leur suffit de les ignorer. Il incombait peut-être inévitablement à un membre du clergé d’incarner cette volonté de ne croire que ce que l’on veut croire. L’évêque de Douvres, une femme noire née en Jamaïque – encore une preuve vivante que le Royaume Uni est plus raciste que jamais – insiste que « le vécu » des gens « raconte une autre histoire que celle proposée par ce rapport. » Le ressenti subjectif doit nécessairement primer sur l’objectivité des données. Le vieil adage, « credo quia absurdum » (je crois parce que c’est absurde), sort de son domaine propre, celui de la théologie, pour entrer dans celui des sciences sociales où il nourrit les délires idéologiques.  

A lire aussi, Martin Pimentel: Liste noire

Depuis la publication du rapport, les médias traditionnels se sont montrés plus favorables à ses critiques, dont l’aveuglement n’a d’égal que l’acharnement, qu’à ses auteurs. Sur les médias dits « sociaux », ceux-ci se sont fait traiter des pires insultes, se trouvant comparés à Judas ou Joseph Goebbels. La grossièreté la plus fréquente est celle de « coon », l’équivalent du mot tabou en n****, qui a la particularité d’être réservée aux Noirs considérés par les antiracistes comme des traîtres. La violence de ces invectives – qui caractérise également les insultes des vrais racistes à l’égard des militants antiracistes – est finalement moins inquiétante que le refus obstiné d’accepter les réalités mises en lumière par le rapport. On pourrait être tenté de croire que la vérité finira par triompher, mais ce serait bien hâtif. Les militants en question ont des solutions bien rodées pour relever ce type de défis. Car il est possible, en temps de pénurie, de fabriquer des racistes à la demande, afin de continuer la lutte héroïque pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche… 

À suivre – 2e Partie : La Bande des pédagogues. Où nous découvrirons que de faux scientifiques, en faisant subir aux enfants un lavage de cerveau, les transforment en racistes démoniaques…

White privilege: The myth of a post-racial society

Price: 16,98 €

10 used & new available from 13,52 €


Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Previous article Mike Adams: quand la “cancel culture” pousse au suicide
Next article Tintin au pays des ayants droit
est directeur adjoint de la rédaction de Causeur.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération