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Le Madoff kazakh ou un martyr de la dissidence politique? Retour sur la mise en examen de Moukhtar Abliazov


Pour les uns, c’est un opposant victime de son activisme politique. Pour les autres, il est l’escroc du siècle qui aurait détourné des milliards de dollars lorsqu’il était à la tête de la BTA, la plus puissante banque du Kazakhstan. De quoi Moukhtar Abliazov est-il le nom ?


Une cavale, des imbroglios diplomatiques, des rebondissements politico-judiciaires…

« L’affaire Abliazov », du nom de cet ancien oligarque kazakh condamné par contumace dans son pays pour détournements de fonds et le meurtre d’un de ses associés, offre un scénario digne du Bureau des Légendes, la célèbre série d’espionnage de Canal +.

Un criminel économique hors norme?

Présenté comme « le principal opposant kazakh », l’homme de 57 ans venait à peine d’obtenir le statut de réfugié politique en France, où il vit depuis 2013, quand il a été arrêté en pleine rue à Paris, lundi 5 octobre dernier, et déféré deux jours plus tard devant un juge d’instruction. La plainte déposée en France en 2017 par le Kazakhstan, qui l’accuse de détournements de fonds au préjudice de la banque BTA, dont il était le PDG avant sa nationalisation en 2009, a donc abouti à sa mise en examen pour « abus de confiance aggravé » et « blanchiment aggravé ». Le code pénal français prévoit en effet qu’un tribunal peut juger un étranger dont l’extradition a été refusée pour des motifs politiques, pour un crime ou un délit commis hors de l’Hexagone.

A lire aussi: L’indépendance du Cap-Occidental, un fantasme?

Libéré sous contrôle judiciaire, Abliazov crie au complot et dénonce les « persécutions judiciaires » de son pays d’origine. Les autorités kazakhes lui reprochent quant à elles d’avoir détourné entre 2005 et 2009 la somme astronomique de 6,4 milliards de dollars vers des comptes offshore, notamment par des prêts sans garantie accordés par la BTA à des sociétés écrans dont il était le bénéficiaire. La version de la défense est connue : elle dit n’avoir rien volé, simplement subtilisé quelques avoirs pour déjouer la voracité du régime mis en place par l’ancien président de la République du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev, dont Moukhtar Abliazov serait devenu « le principal opposant ». Auréolé de son statut « d’ennemi public n°1 » du régime, l’homme d‘affaires ne manque pas de relais pour appuyer sa version des faits. Des ONG comme Amnesty international ont toujours milité contre son extradition à laquelle il a échappé de justesse en 2016. L’oligarque déchu, également accusé dans son pays d’avoir commandité le meurtre d’un de ses associés en 2004, ne ressemble pourtant guère à un chevalier blanc de la démocratie.

Un gigantesque système de détournement

Comme tant d’autres oligarques, Abliazov a fait fortune dans les années 90 en profitant du démantèlement économique de l’ex-empire soviétique. Businessman aux affaires florissantes, il est nommé en 1998 au poste du ministre de l’Énergie, du Commerce et de l’Industrie. Mais l’homme a de plus hautes ambitions. Il démissionne en 2001 et entre dans l’opposition en cofondant un parti politique, le Choix démocratique du Kazakhstan (DVK), appelant à des réformes politiques et condamnant « le népotisme croissant et la corruption » du régime. Après quelques démêlés judiciaires dans son pays et un détour par la Russie, il rentre triomphalement au Kazakhstan en 2005 : clément, Nazarbaïev lui offre la présidence de la BTA, première banque du pays. Mais les choses se gâtent avec la crise financière de 2008. En 2009, la banque est mise en faillite et nationalisée par l’État kazakh qui découvre le pot aux roses : un gigantesque système de détournement dans un but d’enrichissement personnel portant sur plus de 600 sociétés écrans disséminées au Luxembourg, aux Seychelles et aux îles Vierges britanniques. L’affaire est rendue publique en 2012 en Grande-Bretagne où Abliazov a obtenu l’asile politique. Saisie par la BTA, la justice civile anglaise le condamne au paiement d’un montant de 4 milliards de dollars américains de dommages et intérêts au profit de la banque kazakhe et à 22 mois de prison pour outrage, en raison de déclarations contradictoires, décision confirmée en 2013 par la Cour suprême de Grande-Bretagne.

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La justice française reprend la main

L’insaisissable « Madoff kazakh » ne purgera cependant pas sa peine. Il a déjà fui le Royaume-Uni pour la France où, après une traque rocambolesque, il est interpellé le 31 juillet 2013 dans une somptueuse villa de la Côte d’Azur. La suite est une longue bataille judiciaire, diplomatique et médiatique. Réclamée par la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan, son extradition est refusée à son pays d’origine par la France faute de convention entre Paris et Astana. La justice française donne alors la priorité à la Russie jusqu’à ce que le Conseil d’État, allant à l’encontre de toutes les décisions judiciaires rendues dans ce dossier, annule le décret d’extradition en 2016, estimant que cette dernière « a été demandée dans un but politique ». Les sages ont-ils été sensibles aux arguments des défenseurs d’Abliazov, largement relayés dans les médias occidentaux qui le dépeignent volontiers en « martyr de la dissidence kazakhe » ?

Quatre ans plus tard, les mesures de contrôle judiciaire prises à son encontre sur notre territoire montrent toutefois que la justice française considère que de graves soupçons de délits financiers existent bel et bien dans ce dossier. Soit, des milliards de dollars d’actifs possiblement volés par un homme que les autorités kazakhes accusent de fuir la justice de son pays en se forgeant une image de dissident politique.

Avis aux amateurs du Bureau des Légendes : « l’affaire Abliazov » n’a sans doute pas dit son dernier mot.

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Voyage dans la galaxie Mitterrand

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L’historien François Broche passe Les Mitterrandiens en revue dans un ouvrage captivant


Il faut bien admettre que le dernier Président de la Vᵉ République fut François Mitterrand. Sa stature pharaonique malgré sa taille modeste, sa brutalité byzantine, son goût des livres et du secret, sa parfaite connaissance de la province chardonnienne et de ses paysages désolés, son autorité naturelle comme si l’Élysée lui était dû et que nous étions ses sujets redevables à vie, son appétit pour les belles femmes et les oiseaux protégés, sa fidélité corrosive et ses manières de prince vénitien le plaçaient hors-catégorie, dans une galaxie à part.

Stratégie et talent

Après lui, nous n’avons connu que des ébauches, des personnages en pointillé n’incarnant pas totalement le rôle et la mission d’un Président élu au suffrage universel direct. Mitterrand, sur le modèle gaullien, a fait du romanesque, le squelette de son ascension politique. Il a écrit une fable, s’arrangeant avec la vérité et les faits, brusquant le réel, le tordant afin qu’il entre dans ses rêves d’adolescent.

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Les idées sont accessoires dans une démocratie, les débats trop ennuyeux, les journalistes idiots, les militants un mal nécessaire, l’argent un moyen comme un autre dans cette quête absolue du pouvoir, le seul être qui compte demeure l’électeur, cet anonyme dans la foule. C’est vers lui que l’énergie et la persuasion sont orientées, c’est pour lui que la stratégie et le talent se mettent en action. On lui raconte n’importe quoi et il le sait pertinemment. Une élection est un jeu de séduction, de dupes aussi, il faut être deux pour y participer.

Cet électeur réagit comme un lecteur d’Alexandre Dumas, il souhaite s’extraire de son état de citoyen, il veut croire lui aussi aux forces de l’esprit, à la beauté d’une épopée. Se rendre dans l’isoloir un dimanche pluvieux, c’est un moyen de transcender son existence, d’enjoliver un triste quotidien. Alors, cet électeur attend de l’exceptionnel, de l’inattendu, des mots qui blessent, de la dramaturgie, des enfants cachés, des zones d’ombre, des rebondissements, des échecs à la limite de l’infamie et des retours de flamme, de flambe même.

Libéral déguisé sous les oripeaux du socialo

Cet électeur en a marre des doublures en tissu synthétique et des remplaçants en carton-pâte, il a encore en tête le froissé de la soie sauvage à la sortie d’un conseil des ministres et le visage d’un aigle dans l’hémicycle, prêt à dépecer son adversaire. Un type qui impose par sa simple présence, le silence et le respect, la crainte et l’émotion gamine. Malgré un bilan plus que mitigé et une haine tenace des deux bords, on reproche encore aujourd’hui à Mitterrand d’avoir été le fossoyeur de la Gauche et de la souveraineté, l’allié objectif du Front National, le libéral déguisé sous les oripeaux du socialo, le démago de l’antiracisme, le droitard maquillé en progressiste, le démarcheur de la mondialisation ou le technocrate câblé, peu importe les appellations disgracieuses, car, même ses plus féroces détracteurs regardent cette vie politique folle, démarrée au stalag jusqu’à sa scénarisation au Panthéon comme une tapisserie du moyen-âge.

A lire ensuite: L’esprit du « Piéton » de Paris (Léon-Paul Fargue)

Chacun se dit que l’époque actuelle est bien terne, bien décevante, insipide et terrible, elle ne peut faire émerger que des premiers de la classe. Charles Pasqua regrettait que la classe politique qui n’a pas connu les affres et les émotions intenses de la guerre ne puisse rien comprendre à l’âme humaine. La nouvelle génération manque de repères, de toucher et de hargne, d’instinct et de flamboyance. Nous sommes à l’ère des ânonneurs officiels et non plus des meneurs au charme vénéneux. Pour se remémorer un tel destin qui nous semble déjà si lointain, Les Mitterrandiens viennent de paraître aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. François Broche, historien spécialiste de la France libre et du général de Gaulle, auteur notamment de L’Armée française sous l’Occupation (2002-2003) ou du Dictionnaire de la Collaboration (2014) nous fait voyager dans le temps. « Cinquante ans durant, il ne nous a jamais laissés indifférents. Quoi qu’on ait pensé de lui, cela ne pouvait que créer des liens que la mort ne pouvait rompre, ni même distendre » écrit-il dans son avant-propos.

Cartographie des miterrandiens

François Broche, par son don de la synthèse et la précision de son regard cartographie les Mitterrandiens, il y a les Charentais, les étudiants du 104 de la rue de Vaugirard, les prisonniers, les vichystes, les vichystes-résistants, les résistants, les hommes de la IVème, les journalistes, les femmes, les écrivains, les hommes de l’ombre et même les médecins. Par ses entrées multiples, on est fasciné par l’épaisseur du personnage Mitterrand qui a constitué des cercles étanches tout au long de sa carrière, sans jamais ne rien retrancher de son passé, sorte de mille-feuilles politico-sentimental abyssal. Sous la plume plaisante de François Broche, le monde d’avant prend forme, il se met à s’animer devant nos yeux, nous entendons résonner des noms sortis des douves de l’histoire tels que Claude Roy, Pierre de Bénouville, François Dalle, Georges Dayan, Paul Guimard ou François de Grossouvre. Et les 350 pages de ce solide ouvrage se lisent d’une seule traite.

Les Mitterrandiens de François Broche – éditions Pierre-Guillaume de Roux  

Je ne serai pas au rassemblement place de la République aujourd’hui

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Je ne serai pas au rassemblement place de la République aujourd’hui.

Je veux rendre hommage à Samuel Paty, son exécution horrible m’a bouleversée, mais je n’irai pas valser au bal des hypocrites et je ne défilerai pas à côté de ceux qui ne sont pas pour rien dans ce drame.

Déjà je ne serai jamais venue à un rassemblement « contre la haine » car c’est le nom visiblement donné au rassemblement par les organisateurs. Ras-le-bol de ces intitulés visant à éviter de dire ce qui vient de se passer pour le dissoudre dans le conceptuel. Si j’avais dû venir cela eut été pour rendre hommage à Samuel Paty et pour dénoncer les crimes de l’islamisme.

Mais surtout, quel cynisme chez les organisateurs. Ils appartiennent pour l’essentiel à la gauche qui a sombré dans l’islamo-gauchisme, celle qui dresse des procès à la France raciste et fait croire qu’il y aurait une « guerre » menée contre les musulmans alors que s’accumulent les cadavres des nôtres, tués par les islamistes.

Aujourd’hui j’attends des actes et des réponses. Et cela commence par le fait d’arrêter de négocier avec les islamistes

Je ne défilerai pas aux côtés de ceux qui tiennent la porte à l’idéologie des assassins. Je ne défilerai pas avec la FCPE qui a défendu le port du voile donc l’humiliation et l’infériorisation de la femme, alors même que ce signe est contraire à notre sociabilité et est un marqueur des islamistes. La multiplication des voiles étant une preuve de l’étendue de l’influence de l’islam politique. Je ne défilerai pas aux côtés de la LDH, acteur majeur de la légitimation en son temps de Tariq Ramadan. Je ne défilerai pas à côté de l’UNEF et de Maryam Pougetoux. Si tel qu’elle le syndicat s’est fait discret, la FIDL en est une émanation et nul doute qu’il sera présent. Je ne défilerai pas aux côtés de Mélenchon, traître à la République et à la laïcité. Et surtout je refuse de défiler auprès des syndicats enseignants. Ceux-là même qui par lâcheté ont laissé la situation dériver, qui tiennent des discours plus que complaisants à l’égard des dérives islamistes dans les établissements et qui sont les meilleurs alliés du pas de vague. Il suffit de regarder le communiqué de presse du SNESUP, qui jamais ne nomme l’idéologie à l’œuvre dans cette exécution pour comprendre que tous ces gens ne se rassemblent pas par prise de conscience mais pour s’acheter encore du temps pour vivre paupières cousues. Je défilerai encore moins aux côtés de SOS Racisme dont le discours victimaire et racialiste a contribué a légitimer la sauvagerie que nous constatons. Aujourd’hui tous viennent verser des larmes de crocodiles alors qu’ils sont comptables aussi de toute cette horreur.

Mais surtout j’en ai ras le bol des rassemblements, des fleurs, des couronnes, des bougies et des nounours. Je ne critique aucun de ceux qui défileront et lorsque l’on se sent impuissant, déposer une bougie, témoigner de sa solidarité, c’est déjà ça. C’est juste que personnellement j’ai dépassé ce stade.

A lire aussi, du même auteur: Décapité pour avoir montré un dessin

J’ai défilé le 11 janvier, j’y ai cru. Il ne s’est rien passé derrière. À l’époque nous étions unis ou nous croyions l’être. Nous ne le sommes plus et tous ces rassemblements et appel à l’union sonnent faux.

Manifestation du 11 janvier 2015 à Marseille. SIPA. 00701527_000044
Manifestation du 11 janvier 2015 à Marseille. SIPA. 00701527_000044

Aujourd’hui j’attends des actes et des réponses. Et cela commence par le fait d’arrêter de négocier avec les islamistes, que ce soit sur le terrain en mettant au même niveau, au sein de l’institution, un père radicalisé qui fait de la provocation et veut avancer ses pions intégristes et un professeur qui ne fait que son travail. Marre de cette école qui ne sait pas se faire respecter.

Je me moque que des Ministres pourrissent leur dimanche pour aller à un rassemblement. Je leur demande autre chose : j’attends des propositions du ministre pour que lâcheté et incompétence ne soient pas un accélérateur de carrière pour diriger un établissement et que l’on arrête d’estimer que l’on traite un problème en humiliant un professeur parce que les revendications amenées au nom de l’islam terrorisent les responsables. Marre aussi de voir Mila se cacher et ses agresseurs, eux, être accueillis à l’école de la République car nul ne se soucie de les sanctionner.

Marre aussi de toute cette hypocrisie qui fait que l’on cache le nombre de « oui mais… », notamment des élèves musulmans qui ne sont pas des islamistes. Ils trouvent juste la punition exagérée. Est-ce-que cela ne parle pas d’une éducation humaniste qui a échoué et d’un conditionnement qui, lui, a réussi? On fait quoi face à cette réalité d’un ensauvagement qui ne touche pas tout le monde et monte surtout dans une communauté particulière. Parce que cela n’a rien de génétique mais parle bien d’un travail politique effectué. Et ce genre de travail fonctionne qui déshumanise ce qui n’est pas vu comme appartenant à son clan. Il faut lire l’article du Figaro sur l’attitude de nombre de collégiens rencontrés devant le lieu du drame, il y a de quoi être choqué. Notamment par l’élève qui sans émotion aucune montre la photo de la tête coupée du professeur qu’elle a récupérée sur Twitter et mise sur son téléphone ou par ceux qui se marrent et esquissent des pas de danse.

Une marche ne résoudra rien de tout cela. Il ne manquerait même plus que le CCIF se joigne au cortège et nous aurions touché le fond de l’abjection. La seule réponse qui me paraitrait pertinente serait d’inonder la France pendant une semaine des caricatures de Charlie Hebdo. Sur tous les 4×3, les bus, les métros, dans les mairies, les CAF, les collèges, les lycées… L’effet doit être massif, visible, se voir partout jusque dans les coins les plus reculés. Allons à la reconquête visuelle de notre territoire avec la satire. Rendons hommage au courage de cet enseignant en nous faisant les héritiers et les continuateurs de son geste. Cela aurait plus de sens que ce rassemblement dont les organisateurs laissent pantois quand on ne se demande pas si l’on n’a pas atteint les sommets du cynisme et de la manipulation.

Silence coupable

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Les épices, une histoire bien relevée


L’épopée des épices se confond avec l’histoire de notre civilisation. Si elles sont devenues banales à notre époque, Roï Hendel, Israélien établi à Belleville, restaure leur magie, grâce à un travail de sourcing unique qui ravit le palais et stimule le moral.


En ces temps obscurs, il existe un moyen de lutter efficacement contre la mélancolie : la cuisine aux épices. Chez les personnes âgées, notamment, elle fait merveille, car le goût est chez elles le dernier sens encore vivace et actif, c’est pourquoi il est vital de leur donner de bonnes choses à manger (dans les EHPAD, la nourriture est généralement abjecte et contribue à leur faire perdre le goût de la vie). L’été dernier, j’ai découvert les épices de l’Israélien Roï Hendel, dont le laboratoire est situé dans le quartier de Belleville. Une révélation. Jamais de ma vie je n’avais senti cela ! Sa noix de muscade d’Indonésie embaume le pin et le miel et vous emporte dans des jungles inaccessibles ; sa cannelle sauvage du Sri Lanka est aussi délicate et profonde qu’un air de raga joué par Ravi Shankar ; son safran d’Iran, qu’il va chercher dans les montagnes proches de l’Afghanistan, est d’un rouge vif et délivre des notes de miel et de mandarine ; quant à son curry de Madras, qu’il prépare lui-même à partir de l’antique recette d’un maître yogi, c’est un nectar… En respirant ces merveilles, propres à zigouiller le premier coronavirus venu, j’ai compris pourquoi les hommes avaient risqué leur vie pour aller les chercher à l’autre bout du monde pendant des siècles et pourquoi Hollandais, Anglais et Français s’étaient fait la guerre pour détenir le monopole du poivre et du curcuma…

Roï Hendel rend aux épices leur noblesse perdue. En effet, l’histoire des épices, avant de sombrer dans la banalité de la consommation de masse, a structuré tout un pan de notre civilisation : n’est-ce pas en allant à leur recherche, via la route des Indes, que Christophe Colomb a découvert l’Amérique ?

Les épices (du latin species) proviennent d’écorces, de racines, de feuilles, de fleurs, de graines et de fruits tropicaux (mais aussi, parfois, de substances animales, comme le fameux garum, une sauce romaine à base de poisson comparable au nuoc-mâm vietnamien). Elles se distinguent par leur goût piquant (comme le poivre et la cannelle) et par leur parfum (comme la vanille et le safran).

Les épices sont bonnes pour le moral, notamment le safran contre la dépression

Dans l’Antiquité, elles étaient utilisées aussi bien dans la cuisine qu’en médecine, ainsi que dans les rites funéraires et religieux. Galien, père de la médecine, recommandait l’utilisation d’aloès, du poivre et du gingembre pour soigner toutes sortes de maux. Le cuisinier Apicius a laissé des recettes où le poivre et le cumin abondent. Originaires de Judée, de Syrie, d’Arabie, d’Éthiopie, du Yémen et d’Inde, les épices avaient aussi une grande valeur marchande et servaient de monnaie d’échange. Les Romains surtout en étaient fous. Toute l’année, des caravanes chargées d’épices arrivaient à Rome par la route de la soie (qui, à partir d’Antioche, en Syrie, traversait l’Euphrate et remontait vers le nord jusqu’à Samarkand avant de longer le Pamir). Les épices transitaient aussi par la mer. Les Romains, nous dit Tacite, brûlèrent des tonnes d’encens lors des funérailles de Poppée, la deuxième épouse de Néron, lequel faisait couler des ruisseaux de safran pendant ses fêtes.

Au Moyen Âge, on s’est pris d’amour pour le clou de girofle. Mais ce sont les croisés qui ont rapporté les épices d’Orient en même temps que le sucre de canne. Les cités-États d’Italie (Venise, Gênes, Amalfi et Pise) envoyaient des centaines de navires pour les acheminer en Méditerranée. Les épices étaient vendues en France dans les ports de Marseille et d’Aigues-Mortes. Cuisine et médecine ne faisaient qu’une, aussi les épices étaient-elles proposées chez les pharmaciens apothicaires. Rois et nobles manifestaient leur prestige en mettant du gingembre, du poivre, de la cannelle et du cumin à toutes les sauces… Au xive siècle, Taillevent, le premier de nos « grands chefs », décrit dans son livre Le Viandier une multitude de sauces où les épices jouent un rôle majeur, comme la célèbre « cameline », une sauce non bouillie à base de pain rôti, trempé dans du vin rouge, avec du vinaigre, de la cannelle, du gingembre…

Au xve siècle, l’Espagne et le Portugal se font la guerre pour contrôler la route des épices qui est censée mener en Inde… Le 4 mai 1493, en promulguant la bulle dite du « partage du monde », c’est le pape Alexandre VI qui obligera les deux royaumes à s’entendre en respectant une ligne de démarcation allant d’un pôle à l’autre : à l’Est, l’Afrique et les Indes reviennent au Portugal, à l’Ouest, l’Amérique revient à l’Espagne… (ce qui n’empêchera pas le Portugal de revendiquer le Brésil découvert par Cabral en 1500).

Camomille d'Iran. Photo: Hannah Assouline.
Camomille d’Iran. Photo: Hannah Assouline.
Cannelle sauvage. Photo: Hannah Assouline.
Cannelle sauvage. Photo: Hannah Assouline.

En 1497, Vasco de Gama franchit le cap de Bonne-Espérance et débarque sur la côte de Malabar (en Inde) où il chasse les marchands arabes qui y détenaient le monopole de la vente des épices. Les Portugais s’empareront dans la foulée des Moluques (en Indonésie) où ils mettront la main sur les arbres à girofle et à muscade…

On pourrait donc écrire l’histoire à partir de la guerre des épices. Les Hollandais, qui fondèrent la Compagnie des Indes, au xviie siècle, punissaient de mort quiconque volait des plants d’épices pour les apporter aux Français ou aux Anglais. Le botaniste français au nom prédestiné de Pierre Poivre (1719-1786) réussit pourtant à leur dérober des plants de poivriers qu’il planta et cultiva sur l’actuelle île Maurice. Rappelons aussi que, pendant tout l’Ancien Régime, le poivre était en France l’épice reine, car rare et cher : « cher comme poivre ! » disait-on. Depuis le Moyen Âge, il intervenait dans les procès, les plaideurs ayant pris l’habitude d’en faire cadeau au juge pour le soudoyer (comme le raconte Racine dans Les Plaideurs) : on parlait alors « des épices de chambre »…

Noix de muscade. Photo: Hannah Assouline.
Noix de muscade. Photo: Hannah Assouline.

Sur le plan culinaire, il faut noter qu’à cette époque, on ne distinguait pas les plats salés des plats sucrés et les épices, comme les herbes aromatiques, étaient employées massivement dans les ragoûts, les sauces, les soupes, les coulis. La cuisine française « moderne » n’a vu le jour qu’au xviiie siècle quand, dans les menus royaux, les sauces grasses ont remplacé les sauces aigres d’antan, que le sucré a été réservé aux desserts et que l’on a commencé à privilégier le goût naturel des produits qui, jusque-là, étaient noyés dans des sauces épicées… Voltaire, de ce point de vue, fut peut-être notre premier vrai gastronome. Dans sa correspondance gigantesque, quel plaisir de le voir fulminer contre les cuisiniers avides d’artifices et de pédanterie ! Ce faisant, n’annonçait-il pas avant tout le monde la devise de Paul Bocuse dans les années 1970 ? « Les produits doivent avoir le goût de ce qu’ils sont. »

« J’avoue, écrit Voltaire, que mon estomac ne s’accommode point de la nouvelle cuisine. Je ne puis souffrir un ris de veau qui nage dans une sauce salée. Je ne puis manger d’un hachis composé de dinde, de lièvre et de lapin qu’on veut me faire prendre pour une seule viande ; je n’aime ni le pigeon à la crapaudine, ni le pain qui n’a pas de croûte. Quant aux cuisiniers, je ne saurais supporter l’essence de jambon, ni l’excès de morilles, des champignons, du poivre et de la muscade avec lesquels ils déguisent des mets très sains par eux-mêmes. »

Dans la même veine, je me souviens d’un repas fait à Cancale en 2005, chez Olivier Roellinger, expert dans l’art d’utiliser les épices. En dégustant son fameux homard à la vanille, je me suis surpris à me demander où était passé le goût naturel du homard, tant la vanille et les épices étaient présentes…

Chez Roï Hendel, les épices ne sont pas là pour écraser ou dissimuler le goût des mets, mais pour les sublimer et leur apporter une nuance, une lumière. Son curcuma de Java, par exemple, incroyablement fruité, se marie merveilleusement avec de la semoule de couscous, à laquelle on ajoutera de l’aneth frais et de gros raisins de Corinthe bien dodus.

Roï est né à Tel-Aviv en 1986. Il y a passé son enfance au milieu des épices, car la ville est un vrai melting-pot culturel. À 21 ans, il vient à Paris pour apprendre la cuisine à l’école Ferrandi. Après avoir travaillé dans la restauration trois ans de suite, quinze heures par jour, il prend conscience que ce métier n’est pas fait pour lui : « Trop dur physiquement ! J’ai même éprouvé du dégoût pour la cuisine… »

Le jeune homme se recycle alors dans le consulting et aide des restaurants à retrouver la voie du succès. Un jour, il prend conscience que les épices que l’on trouve en France (même dans les épiceries dites de luxe) ne sont pas d’une qualité exceptionnelle et que la plupart des chefs ne savent pas bien les utiliser. Pendant un an, il voyage à la recherche des meilleures épices, visite 650 producteurs dans huit pays différents : « Un travail de sourcing intensif qui n’avait jamais été fait en France. » En 2017, il se lance et crée avec son assistant Cyril Muller la société Shira.

Qu’est-ce qui distingue ses épices ? « D’abord, je ne prends que des épices sauvages ou bio, récoltées dans l’année. De vieilles variétés botaniques qui n’ont jamais été clonées. Ensuite, je ne négocie pas avec les producteurs, je paye ce qu’ils demandent pour obtenir le meilleur et pour leur permettre de vivre correctement. Surtout, je choisis les épices pour leurs qualités organoleptiques, l’odeur et le goût. Je sens et je goûte sur place les épices fraîches. »

Photo: Hannah Assouline.
Photo: Hannah Assouline.

Pour qu’une épice embaume, il y a tout un processus de fermentation et de séchage. Par exemple, si la cardamome sèche au soleil, elle devient jaune, mais si elle sèche à l’ombre, elle devient verte : ce sont deux épices différentes !

Roï me confirme que les épices sont bonnes pour le moral, notamment le safran dont les principes actifs ont été reconnus scientifiquement efficaces contre la dépression. « Au Cachemire, j’ai trouvé un safran fabuleux. Les habitants laissent infuser ses pistils dans du lait pendant une nuit. Ils l’incorporent au riz ou aux légumes ensuite en fin de cuisson. »

Roï a ainsi sélectionné 120 épices différentes. C’est son complice Cyril Muller qui se charge de faire les mélanges, dans leur petit laboratoire du 20e arrondissement. On trouve chez eux des raretés, comme le sel d’Indonésie fumé dans une feuille de cocotier… Les chefs étoilés raffolent de leurs épices, comme Arnaud Lallement de L’Assiette champenoise, à Reims (trois étoiles Michelin). À Paris, Matthieu Carlin, le nouveau chef pâtissier de l’hôtel Crillon, utilise la rarissime cardamome noire du Népal fumée au feu de bois dans ses gâteaux au chocolat. Il adore aussi la baie d’andaliman de Sumatra : une baie sauvage orangée de la famille des agrumes au parfum de géranium, qu’il fait infuser dans ses coulis de fruits exotiques…

Plus simplement, pour relever vos œufs au plat, je vous recommande le paprika fort fumé de Murcia, en Espagne, une splendeur aux notes de tomate et de poivron qui brûle agréablement le palais…

L’insolente liberté de Paul Vecchiali

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Un soupçon d’amour est un splendide mélodrame qui est aussi un hommage à Douglas Sirk et à Racine. Une célèbre comédienne répète « Andromaque » de Racine, avec pour partenaire, son mari. Elle ressent un malaise profond à interpréter ce personnage et décide de fuir…


À l’exception de Philippe Garrel, Sébastien Lifschitz, Emmanuel Mouret et la bien trop méconnue Cheyenne Carron, la majeure partie des réalisateurs du cinéma français contemporains s’enfonce dans un cinéma ravagé par les sujets sociétaux bien-pensants.

affiche-soupcon-amourPaul Vecchiali, jeune cinéaste de 90 ans, continue lui de tourner et de prendre des risques. Pour lui, prendre des risques, c’est tout simplement décider que le cinéma, le théâtre, la littérature et la musique, en tant que tels, soient des sujets dans ses films.

31ème long métrage

Un soupçon d’amour est le 31ème long métrage du cinéaste, malgré des conditions de production toujours difficiles. Ce film très personnel et essentiel pour lui nous conte un drame cruel, l’histoire de Geneviève Garland (Marianne Basler), une célèbre comédienne de théâtre. Elle répète Andromaque de Racine avec son mari André (Jean-Philippe Puymartin) comme partenaire. Elle ressent un malaise profond à interpréter ce personnage et cède son rôle à son amie Isabelle (Fabienne Babe), maîtresse de son époux. Geneviève part alors avec son fils malade dans son village natal. Elle semble ainsi fuir des réalités difficiles à admettre.

Dès la première séquence du film, le ton est donné: au théâtre, Geneviève et André répètent. Les comédiens jouent avec beaucoup de sobriété. Très vite nous comprenons que dans la vie comme au théâtre, ils parlent dans une langue française de toute beauté, que ce soit celle de Racine ou celle de Paul Vecchiali, qui est aussi auteur du scénario et des dialogues. “Le cinéma sera théâtre ou ne sera pas” disait Jacques Rivette. Vecchiali à sa manière travaille cette question de la représentation qui taraudait tant le cinéaste de la nouvelle vague.

Contre le cinéma naturaliste

Ferme opposant au cinéma naturaliste, très en vogue dans le cinéma français contemporain, Vecchiali multiplie avec plaisir et générosité les références à des genres aussi différents que le théâtre ou la comédie musicale – superbe scène de danse et de chant, rappelant Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, exécutée par Geneviève et Isabelle sur une terrasse illuminée par le soleil. Mais aussi et surtout au mélodrame dans un hommage humble et subtil au maître du genre, Douglas Sirk à qui Un soupçon d’amour est dédié. Pour chaque scène, quel que soit le ton ou le genre, Vecchiali se confronte à la question cruciale de la représentation cinématographique, et y répond par un sens aigu de l’occupation de l’espace par ses comédiens, de la durée des scènes et du déroulement du temps.

Vecchiali privilégie une mise en scène austère et épurée. Une insolente liberté d’esprit lui permet des changements de ton abrupts, un montage sec, une écriture ténue et précise. Il joue aussi avec brio sur le phrasé du théâtre classique. Paul Vecchiali ne s’autorise guère de mouvements de caméra, ce qui rend encore plus beau le discret travelling avant, qui partant du salon de la maison, vient cadrer Geneviève et André sur la terrasse ensoleillée, lorsque cette dernière lui annonce son désir d’abandonner son rôle dans Andromaque et de retourner dans son village natal.

Sec et flamboyant

Un soupçon d’amour est un mélodrame acéré, sec et flamboyant grâce à la luminosité et à la beauté de la photographie de Philippe Bottiglione, à la musique sombre et éclatante de Roland Vincent, aux couleurs vives des tenues élégantes des comédiens, et au talent de ces derniers. Celui de Marianne Basler – muse du cinéaste présente dans six de ces films dont le superbe Rosa la rose, fille publique – , lumineuse et fragile elle porte la charge tragique du film, celui de Jean-Philippe Puymartin, royal en tendre et éternel amoureux, celui de Fabienne Babe, drôle, vive et impertinente ainsi que celui de tous les autrs acteurs comme Ferdinand Leclère qui joue le fils, Pierre Sénélas dans le rôle du metteur en scène ou Frédéric Pieretti dans celui du curé du village natal de l’héroïne…

Lorsque Un soupçon d’amour se termine, bouleversé par la tension dramatique de l’œuvre et la douloureuse révélation finale, le désir de revoir au plus vite ce film vif, profond, cruel, et tendre, vous emporte irrésistiblement.

Un soupçon d’amour de Paul Vecchiali (2020), encore dans quelques salles. 1h32.

Qui a tué Samuel Paty?

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Derrière le terroriste tchétchène Abdoulakh Anzorov, une armée d’inspirateurs et de complices…


Oh, bien sûr, on connaît le bras armé, celui qui a manié le couteau au nom d’Allah. On parle d’un Tchétchène de 18 ans. Que faisait-il en France ? Combien y en a-t-il d’autres comme lui, qui n’ont pas leur place ici, animés par la même idéologie ? Comme toujours on s’indignera, on s’offusquera, et il ne se passera rien. Au moins les forces de l’ordre ont-elles définitivement empêché celui-là de continuer à nuire.

On sait aussi la source du mal, cette ambition théocratique et totalitaire qui ronge l’islam depuis 14 siècles.

Mais il faut parler des autres coupables, inspirateurs et complices du crime. Complices volontaires ou involontaires, complices dont le degré d’implication, bien sûr, est variable, mais complices et coupables.

Coupable, l’immonde Brahim Chnina, dont Hala Oukili a dit tout ce qu’il fallait savoir. N’en déplaise à ceux qui préfèrent défendre les droits des criminels que ceux des victimes, sa peine doit servir d’exemple et de dissuasion, elle doit terrifier tous ceux qui seraient tentés de faire comme lui, et de jeter des innocents en pâture à la horde des barbares. Chaque jour qu’il passe en liberté est un crachat sur la tête décapitée de la victime.

Ces parents d’élèves dont on peut plaindre les enfants

Coupables, ces parents d’élèves qui ont hurlé avec lui parce qu’ils n’ont pas supporté qu’un professeur tente d’enseigner à leurs enfants que leur religion n’est pas au-dessus des lois. S’ils sont de nationalité étrangère, ils doivent être expulsés. Chaque jour qu’ils passent sur notre sol est un autre crachat sur la victime.

Coupable, la mosquée de Pantin qui a relayé la vidéo de Brahim Chnina. En tant qu’association, elle doit être dissoute. En tant que bâtiment, elle doit être rasée, ou mieux encore : abriter une exposition permanente de reproductions des caricatures du prophète de l’Islam. Chaque jour où elle continue à accueillir des prêches est encore un crachat.

A relire: Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

Coupable, cette hiérarchie de l’éducation nationale qui a été alertée, qui a été appelée au secours, et qui n’a pas fait ce qu’elle aurait dû faire. Coupables, ces syndicats ou ces collègues enseignants à la passivité criminelle. Coupables, ceux qui ont renseigné ceux qui voulaient s’en prendre à Samuel Paty. Chaque jour qu’ils passent avec le statut de fonctionnaire, de serviteur de l’État, est un crachat supplémentaire.

Coupables, ces idéologues et ces militants de la « lutte contre l’islamophobie », dont le seul but est de faire de la susceptibilité arrogante de l’islam une loi s’imposant à tous. Coupables, ceux qui sont « Charlie, mais… ». Coupable, ce CFCM dont le délégué général trouve que Mila « l’a bien cherché ». Coupable, cette université Al-Azhar qui déclare que la réédition des caricatures est « criminelle ». Coupables, ceux qui relayent leurs discours, ici et ailleurs. Coupables, ceux qui leur donnent une respectabilité, ceux qui les défendent, ceux qui osent encore affirmer qu’il ne faut pas heurter, qu’il ne faut pas vexer, qu’il ne faut pas blesser. Chaque micro qu’on leur tend est un crachat supplémentaire sur cette tête dont la blessure, elle, est réelle et sanglante, et nous montre qu’en France ce n’est pas « l’islamophobie » qui tue, mais la soi-disant « lutte contre l’islamophobie ».

Silence gêné, silence apeuré, silence complice ?

Coupable, la majorité silencieuse des musulmans de France, cette fameuse majorité silencieuse qui se retranche derrière le « padamalgam ». Au collège du Bois-d’Aulne, la « majorité silencieuse » a parlé : ce sont ces parents d’élèves et ces militants qui s’en sont pris à Samuel Paty. Ailleurs, c’est cette clameur qui s’est élevée parmi les responsables associatifs, les imams et leurs fidèles pour dénoncer les projets pourtant bien timides d’Emmanuel Macron pour lutter contre le « séparatisme », clameur qu’il faut comparer aux voix trop rares – courageuses mais si peu nombreuses – des musulmans qui disent #JeSuisCharlie, #JeSuisMila. Le silence des musulmans qui laissent faire est aussi un crachat.

A lire aussi, Erwan Seznec: Fatima Ouassak, dernier débat avant le fascisme

Coupable, aussi, la majorité silencieuse des Français qui ont su descendre dans la rue pour protester contre une limitation de vitesse et une hausse du prix de l’essence, mais qui ne réagissent pas lorsqu’une adolescente est menacée de viol et de mort parce qu’elle, au moins, a osé tenir tête à la susceptibilité délirante de tyrans en puissance. Qui ne réagissent pas lorsqu’on enseigne à leurs enfants qu’il faut renoncer à la vérité pour ne pas froisser les brutes. Qui à chaque attentat sont fiers de proclamer « vous n’aurez pas ma haine » et d’allumer des bougies. 

Coupables, ces élus qui depuis des décennies se payent de mots mais ne font rien d’efficace. Coupables, ces magistrats qui se rengorgent de grands principes en sacrifiant les victimes au nom de la défense scrupuleuse des droits des criminels. Coupables, ces juristes qui s’agrippent à la lettre de la loi parce qu’ils sont trop médiocres pour en servir l’esprit. Coupables, ces médias et ces faiseurs d’opinion qui jouissent de leur bonne conscience au mépris de la réalité. Leur hypocrisie et leur complaisance sont encore des crachats.

De nos jours seul l’islam pose de tels problèmes

Coupables, aussi, quelles que puissent être leurs bonnes intentions, ceux qui mettent dans le même sac toutes les religions, qui les unissent dans la même détestation ou au contraire dans la même indulgence, empêchant de voir qu’en France toutes les religions sont critiquées, insultées, caricaturées, mais que seul l’islam harcèle, menace et tue pour ça. Coupables, de même, ceux qui mettent toutes les identités sur le même plan, empêchant de distinguer entre les identités (et il y en a plusieurs) qui exaltent la liberté et la dignité humaine, et les identités (il y en a aussi plusieurs) qui piétinent la liberté et nient la dignité. Leur refus d’assumer que toutes les religions, toutes les cultures et toutes les identités ne se valent pas est un crachat sur un homme assassiné, parce qu’il avait justement tenté de transmettre le sens de la liberté patiemment mûri par une culture bien particulière, la nôtre.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: De la guerre et des moyens de la gagner

Coupables, ceux qui maintenant affirment leur solidarité avec tous les enseignants, en oubliant de distinguer entre ces professeurs admirables qui transmettent des merveilles à nos enfants, et les ignobles crapules qui laissent les fanatiques imposer leurs exigences à de jeunes esprits, voire soutiennent leur obscurantisme. Coupables, ceux qui veulent l’illusion réconfortante d’une unité factice plutôt que d’exiger le discernement, la justice et des sanctions implacables.

Coupables, ceux se donnent des airs de vertu en proclamant qu’ils sont Charlie et qu’ils sont horrifiés par cet énième attentat, mais se gardent bien de publier, partager, montrer à leur tour les dessins qui sont devenus le terrain sur lequel se livre l’une des batailles pour la liberté. Si, demain, tous ceux qui affirment défendre la France ou la République affichaient crânement ces caricatures à leurs fenêtres, sur leur lieu de travail, sur les réseaux sociaux, les islamistes auraient perdu.

Et coupables enfin, nous tous, coupables si aujourd’hui nous pleurons Samuel Paty, nous nous indignons, nous proclamons notre colère, mais que dans deux ou trois jours nous tournons la page, impatients de reprendre le cours normal de notre vie, impatients de faire comme si, après tout, la situation n’était pas si grave, impatients d’oublier que la barbarie tribale et l’islam théocratique totalitaire menacent notre peuple, notre patrie, notre civilisation.

Quand ils s’en sont pris aux blasphémateurs, je n’ai rien dit,
parce que je n’avais pas spécialement envie de blasphémer.
Quand ils s’en sont pris aux apostats, je n’ai rien dit,
parce que je n’avais pas besoin d’apostasier.
Quand ils s’en sont pris aux femmes ne portant pas le voile, je n’ai rien dit,
parce que ce n’était pas dans mon quartier.
Quand ils viendront s’en prendre à moi, restera-t-il quelqu’un pour me défendre ?

Les territoires conquis de l'islamisme

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Elisabeth Moreno compte diffuser la propagande LGBT à l’Education nationale

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Dans le cadre du plan national pour l’Égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+, un site internet consacré aux « LGBTphobies » sera destiné aux professeurs. Ce n’est pas tout: la ministre Elisabeth Moreno souhaite carrément la création d’un guide d’accueil des « élèves trans ». Si elle s’en défend, l’école devient un lieu de propagande de la théorie du genre…


Elisabeth Moreno occupe le poste à l’intitulé orwellien de Ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances. Elle a présenté dernièrement son plan national d’actions pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+. 

A lire ensuite: Alice Coffin, la femme barbante

À la lecture de ce plan, constatons d’abord que la novlangue des combats progressistes à la sauce butlérienne est aujourd’hui largement utilisée par nos élites. Il y est question de « société nouvelle, plus humaine et plus inclusive », de « rendre visibles les personnes LGBT+ », de ne plus « discriminer en fonction de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre », de lutter contre les « stéréotypes de genre » et les LGBTphobies « ancrées dans notre pays » (sic), ou encore de « personnes intersexes », etc.

Gageons qu’à la lecture du plan national de Mme Moreno, M. Blanquer demandera prochainement que chaque classe désigne au moins un « représentant anti-haine LGBT » 

Scoop : les médecins et gynécologues français seraient réputés pour leur irrespect vis-à-vis des lesbiennes et des femmes bisexuelles. Il est donc préconisé « d’offrir une prise en charge médicale – et notamment gynécologique – adaptée et respectueuse des lesbiennes et des femmes bisexuelles. » Nous attendons avec impatience la plaquette pédagogique qui explicitera les différences gynécologiques fondamentales de prise en charge entre les femmes hétéro, bi, lesbiennes ou non-binaires.

La grande entreprise de rééducation nationale

Parmi les quatre axes comptant « 42 actions et plus de 150 mesures concrètes » du plan, il convient de s’attarder sur l’axe Éducation nationale. 

Apprendre à nos enfants à lire, écrire et compter n’est plus à l’ordre du jour de la rue de Grenelle depuis longtemps. Les « apprenants » doivent devenir des citoyens modèles dressés à saluer les dernières « avancées » genrées, écologistes ou antiracistes déclinées par des ministres vertueux et des professeurs de « sciences de l’éducation » certains d’indiquer le seul « sens de l’histoire » qui vaille, le leur. Après s’être ému du discours de Greta Thunberg, M. Blanquer décida que chaque classe devait compter au moins un « éco-délégué ». Gageons qu’à la lecture du plan national de Mme Moreno, il demandera prochainement que chaque classe désigne au moins un « représentant anti-haine LGBT ».

A lire aussi: Pierre Palmade face au lobby LGBT

Avant cela, les professeurs vont avoir à leur disposition un site internet « pour lutter contre l’homophobie et la transphobie », les documentalistes des livres jeunesse montrant « la diversité des orientations sexuelles, des identités de genre et des familles » (sic), et chaque académie un observatoire de la haine LGBT+. De plus, « un guide d’accueil des élèves et des étudiants trans par l’ensemble du personnel va être élaboré. » La totale !

La fin des “documents administratifs genrés”

En 2013, lors du débat à l’Assemblée nationale sur le mariage pour tous, Mme Taubira s’était moqué des députés qui pensaient que les documents administratifs verraient un jour disparaître les mentions de « père » et de « mère ». « Je vous laisse à vos fantasmes », avait-elle déclaré en riant et en dénonçant « une campagne de panique des pseudo-suppressions des mots de père et de mère dans le code civil ou le livret de famille. » Le fantasme est pourtant devenu réalité dans certaines mairies. A son tour, Mme Moreno ne tient pas à ce que perdurent dans les établissements scolaires des « documents administratifs genrés » qui sont « une blessure pour les parents et pour l’enfant qui voit l’identité de sa famille niée. » (sic)

Qu’il faille lutter contre les discriminations, qui en douterait ? Mais des élèves ayant une connaissance de l’Histoire de France ou travaillant sérieusement les grands textes littéraires, politiques ou philosophiques seraient les plus à même de contrecarrer la bêtise homophobe ou raciste qui, dans ce pays, n’a quand même pas l’ampleur dramatique que lui prêtent tous les redresseurs de torts institutionnalisés.

L’école, qui devrait donner à chaque futur citoyen la possibilité de développer, chacun à sa hauteur et selon ses capacités, une nécessaire réflexion sur ces sujets d’importance réclamant lectures, analyses et subtilités intellectuelles, est devenue le fourre-tout des injonctions pseudo-humanistes ; elle dit aujourd’hui ce qu’il faut penser ; elle fait gober à nos enfants les thèses pré-mâchées des progressismes à la mode sociétale sans jamais les discuter. 

L’école se fourvoie

Les slogans lénifiants ont remplacé le travail et l’étude. L’école est devenue le lieu de la propagande progressiste.

A lire aussi: Les Anglais laissent tomber le T

Pour qui douterait du fourvoiement idéologique de l’Éducation nationale, je renvoie à l’excellent article de Corinne Berger dans le dernier numéro de Causeur (Fabrique du crétin, Mode d’emploi, page 38). Elle y montre, avec moult exemples, les choix idéologiques qui président à l’élaboration des manuels scolaires. Concernant le sujet qui nous concerne, le dernier manuel HLP de 1ère année (Histoire Littérature Philosophie) des éditions Hachette, dans un chapitre intitulé La hiérarchie des sexes en questions, cite un texte de 1963 de l’anthropologue américaine Margaret Mead (voir notre reproduction plus bas). Ce texte décrit trois tribus de Nouvelle-Guinée qui vivent différemment les relations hommes-femmes. C’est un texte descriptif, assez neutre, qui se conclut mollement sur la nécessité de ne pas voir appliquer systématiquement telle ou telle attitude à tel ou tel sexe. Bon. Là où cela devient intéressant, c’est lorsqu’on lit ce que les concepteurs de ce manuel appellent une « Question d’interprétation » : « Expliquez en quoi l’étude menée par Mead peut fonder la distinction contemporaine entre le sexe et le genre, en montrant comment cette étude pourrait être opposée à ceux qui la contestent. » Ceci n’est ni une question d’interprétation, ni une question tout court. Ceci est un tract politique qui dit ce qui est bien, et qui fournit des arguments pour une thèse prédéfinie. Ceci est de la propagande !

Benjamin Constant ou le goût du jeu

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Le billet du vaurien


Benjamin Constant a été un modèle pour moi. On a dit de lui qu’il était « le plus français de tous les Suisses ». On a dit la même chose de moi. Que je n’aie pas été à la hauteur de mon modèle, personne ne le contestera.

Il n’est pas donné à chacun d’écrire en trois semaines un chef-d’œuvre : Adolphe qui, comme Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, imprégnera des générations de jeunes lecteurs et donnera à leur vie sentimentale un tour qui n’est plus de mise aujourd’hui. Paradoxalement, Adolphe est un roman auquel Benjamin Constant qui en est à la fois l’auteur et le modèle, n’attachait que peu d’importance.

Cela ne lui donne que plus de valeur à mes yeux.

La politesse d’Athènes et la simplicité de Sparte

Benjamin Constant naît le 25 octobre 1767 à Lausanne, petite ville encore campagnarde de sept mille habitants, dont Voltaire qui s’en était épris, écrivait : « On y parle français, mais on y pense à l’anglaise ». Et encore : « On y joint la politesse d’Athènes à la simplicité de Sparte. » Peut-on rêver plus beau compliment ? Je doute que Lausanne le mérite encore, mais il en reste des traces. L’identité d’un lieu ou d’un être ne s’efface pas si facilement.

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Il n’est pas donné à tout le monde d’être orphelin : ce fut le cas de Benjamin Constant. Sa mère meurt peu après sa naissance et son père, le colonel Juste de Constant, le confie à de bien étranges précepteurs, dont le mieux inspiré lui enseignera à cinq ans déjà le grec, qu’il lui a présenté comme un langage secret à apprendre « par jeu ». Jamais d’ailleurs on ne fera appel en vain à son goût du jeu. Benjamin Constant, toute sa vie durant, jouera que ce soit en politique, en amour ou à la roulette, où il perdra des sommes considérables.

Son père me rappelle le mien : bien que distant – je n’ai jamais embrassé le mien -, il est fier de son fils : il en attend beaucoup. Il est vrai qu’à dix ans déjà, le petit Benjamin compose des opuscules, joue du clavecin et passe sa vie chez les demoiselles. Il va dans le monde et le juge : « Ils ont tous l’air de ne pas s’aimer beaucoup. » Et à quinze ans, il arrive à la même conclusion que moi encore adolescent : « Énigme du monde, j’ai peur qu’elle tienne en deux mots : propagation pour les espèces et douleur pour les individus. »

Si peu de mal et tant de plaisir

Son père, comme le mien d’ailleurs, lui donne quelques conseils pour ses entreprises de séduction- et elles seront multiples à commencer par Madame de Staël. Benjamin Constant est pénétré par la maxime des libertins que son père lui a enseignée: « Cela leur fait si peu de mal et à nous tant de plaisir! » Il a retenu également pour principe qu’un jeune homme doit éviter avec soin de faire ce qu’on nommait alors une folie, c’est-à-dire se marier. Et surtout pas avec une personne qui ne soit pas parfaitement son égale par la fortune, la naissance et les avantages extérieurs.

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Il sait que les femmes, enjeu de la vanité masculine, ont une destinée des plus courtes : à vingt ans, elles peuvent encore donner pendant quelque temps du plaisir, mais qu’après trente ans, écrit Constant, « que leur sert leur liberté, sinon à offrir ce dont personne ne veut ? » Il sait également que toute passion est une mise à mort, l’expérience nous enseignant que celui qui se donne le plus va au-devant des déboires les plus fâcheux : ce n’est jamais impunément qu’on sacrifie son amour propre à l’amour. Tel sera le thème d’ Adolphe que Sainte-Beuve, autre Lausannois d’adoption, qualifiera de « petit livre fin de siècle qui porte la marque de l’intelligence la plus aigüe et du dessèchement. »

Avenue Benjamin Constant

Benjamin Constant, un cœur sec ? Ce serait oublier que lui qui avait écrit dans sa jeunesse qu’il aspirait à avoir « les avantages d’un homme vivant noblement, c’est-à-dire utile ni à lui, ni aux autres », se rapproche du peuple, dénonce la traite des Noirs, lutte contre les privilégiés de son temps et défend inlassablement la liberté de la presse et le droit au suicide. Son libéralisme n’est pas une façade : il jaillit de loin. De la persécution des catholiques contre ses ancêtres protestants, des Vaudois subissant le joug des barons de Berne, de l’exil imposé par Napoléon à Madame de Staël, ainsi que de son bref passage dans les prisons de la Révolution. Sans doute tenait-il plus à son pamphlet contre Napoléon qu’à Adolphe. Lorsque paraît De l’esprit de conquête et de l’usurpation, réquisitoire décisif et prémonitoire contre toutes les formes de despotisme, Stendhal écrit : « Il est paru un chef-d’œuvre qui coûte 3 F. et 10 sous », ajoutant : « Certaines pages sont meilleures que Montesquieu. »

Lorsque je remonte l’avenue Benjamin Constant à Lausanne, je songe que j’aurais pu choisir pire comme modèle.

Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

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Si pour l’heure nous manquons d’informations complètes sur le terroriste islamiste à l’origine de l’attentat survenu devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine, nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’il n’est pas le seul coupable de ce crime, car Samuel Paty a été la victime d’une campagne massive, mensongère et haineuse au nom de la lutte contre « l’islamophobie », cette même lutte qui vise à instaurer le délit de blasphème pour l’islam en France.


Ce vendredi, Samuel Paty, 47 ans, professeur d’histoire-géographie au collège du Bois-d’Aulne a été égorgé à Conflans-Sainte-Honorine. L’assaillant est un homme de 18 ans né à Moscou qui aurait hurlé « allah akbar » avant d’assassiner sa victime. Il a été abattu par la police quelques rues plus loin du lieu du crime, à Éragny-sur-Oise, un couteau à la main.

Comment cet enseignant s’est-il retrouvé dans le viseur des islamistes ? 

C’est sur les réseaux sociaux que le lynchage aurait commencé…

À travers une vidéo publiée sur Facebook, le père d’une élève de 4ème, Brahim C., appelle tous les parents des camarades de sa fille à se mobiliser contre un enseignant d’histoire-géographie qui aurait montré pendant son cours « la photo d’un homme tout nu » pour le désigner comme étant le « prophète des musulmans ».

« Quel est le message qu’il a voulu passer à ces enfants ? Quelle est la haine ? Pourquoi cette haine ? » se demande Brahim C.. Il explique que lors de l’un de ses cours, l’enseignant aurait demandé aux élèves musulmans de lever la main puis de quitter la salle de classe. Sa fille de 13 ans aurait refusé de sortir et a été choquée suite à la diffusion de la fameuse « photo ». Toujours dans la même vidéo, le père explique que sa fille aurait été sanctionnée, exclue du cours pendant deux jours, car elle avait refusé de quitter la salle de classe à la demande du professeur.

A lire aussi, l’édito d’Elisabeth Lévy: Charlie Hebdo, combien de divisions?

« Si vous pensez comme moi que l’on doit dire STOP, ne touchez pas à nos enfants, envoyez-moi un Smessage au 06 XX XX XX XX », c’est la conclusion que le père adresse aux parents d’élèves des 4ème du collège… Il fait vœu d’une action collective contre ce professeur qu’il qualifie de « voyou qui doit aller s’éduquer lui même », un homme visiblement nuisible pour les élèves et qu’il soupçonne, toujours selon ses dires, d’agir de « cette façon » à l’école depuis des années.

Dans une autre vidéo, la fille de Brahim C. et élève de la victime prend la parole à son tour. Elle y relate sa version de l’incident qui l’a opposée à son enseignant. Avant qu’elle ne puisse s’exprimer, l’homme qui tient la caméra, Abdelhakim Sefrioui, un islamiste qui sévit sur le territoire français depuis les années 80, connu pour son soutien au Hamas et membre du Conseil des imams de France, déclare que « L’abject a encore eu lieu. Nous avons assisté cette semaine à la réponse d’un voyou, qui est enseignant, à cet appel du président de la République qui est un appel à haïr les musulmans, à combattre les musulmans, à stigmatiser les musulmans ». Interrogée par Sefrioui, la version de Zaina est légèrement différente de celle de son père:

« On était en train de faire un cours sur l’islam et le prof a dit aux musulmans de lever la main (…) et qu’il va montrer une image qui va peut-être choquer, que si on voulait, on pouvait sortir du cours » raconte-t-elle. La jeune fille ajoute que l’image en question était celle du « prophète Mahomet sans vêtements et que le professeur l’avait montrée comme ça ». Elle exprime son choc et insiste sur le fait que « même les élèves non-musulmans » avaient été à leur tour choqués à la vue de l’image. « Ils ne nous respectent pas, pour eux nous ne sommes pas leurs égaux alors que nous sommes des humains comme eux » dit-elle, indignée.

L’enseignant aurait fait savoir à cette élève qu’elle dérangeait son cours et l’aurait exclue parce qu’elle aurait « exprimé » son ressenti, qu’elle était offensée. « Pourquoi s’en prend-il à notre religion ? Je ne vais plus aller à son cours », témoigne cette élève qui considère que ces images n’avaient pas leur place dans un cours d’histoire-géographie, que l’intention du professeur était de cibler l’islam dans le but de « rabaisser les élèves musulmans » de sa classe.

Campagne diffamatoire 

Le professeur aurait donc laissé le choix à ses élèves et pris en compte leur sensibilité avant de procéder à la diffusion des images. Il avait anticipé l’émoi que cela aurait pu provoquer chez certains de ces élèves musulmans. Il n’a donc pas juste exclu des élèves de son cours en raison de leur confession.

Ce n’est pourtant pas ce que Brahim C. a diffusé à ses abonnés sur Facebook ni aux parents d’élèves. Il a multiplié les publications à charge contre Samuel P. osant même condamner l’enseignant pour délit de participation « à la marche de Charlie » ! « Vous aimez votre prophète » lance-t-il à ses abonnés, « Vous avez l’adresse et nom du professeur pour dire STOP »… « Soyons fiers de notre religion et de notre prophète » écrit-il dans un autre post avant d’inciter une nouvelle fois à « faire le minimum », à savoir, envoyer « un courrier au collège ou au CCIF [le controversé Collectif contre l’islamophobie en France NDLR] ou à l’inspection académique ou au ministre de l’Éducation ou au Président ».

« Il faut virer ce professeur d’histoire du collège ! ». Dans sa vidéo, le père, Brahim C., regrette de l’avoir d’abord décrit comme étant un « professeur », il préfère l’appeler le « voyou d’histoire ».

Tout au long de sa campagne de haine contre Samuel P., il omettra de dire à son audience que c’était dans le cadre d’un cours d’éducation civique dédié à la liberté expression que des caricatures ont été montrées aux élèves. Il n’est même pas fait mention de dessins d’ailleurs, mais « de la photo d’un homme tout nu » qui aurait été désigné comme étant « le prophète des musulmans » par l’enseignant…

Le récit laisse ainsi penser à un enseignant haineux qui voulait humilier des élèves en raison de leur foi et qui les a sanctionnés lorsqu’ils ont refusé de se laisser faire. Un enseignant qui pratique la discrimination et ne délivre pas le même enseignement à ses élèves selon qu’ils soient musulmans ou non. Un enseignant qui diffuse la photo d’un homme nu à des adolescents. Jamais il n’est question d’un enseignant qui montre à ses élèves les caricatures de Mahomet pour lesquelles des journalistes ont été tués par des terroristes islamistes. 

C’est une cabale qui est lancée contre Samuel P. Elle aurait commencé le 5 octobre 2020. Une vidéo après l’autre, un statut Facebook après l’autre, un tweet après l’autre, il aura suffi de onze jours pour que la cible soit dessinée sur son dos.

Plusieurs personnes ont relayé les vidéos de Brahim C et ses messages sur les réseaux sociaux, certains ont d’ailleurs déjà supprimé leur compte depuis l’attentat. Sous le hashtag #Prof_islamophobe, on pouvait retrouver des tweets de musulmans expliquant qu’ils avaient échangé avec le père et qu’il fallait soutenir ce dernier.

Messages sur Twitter (1/3)
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De même, la mosquée de Pantin, connue pour ses positions hostiles vis-à-vis de Charlie Hebdo, a relayé le récit mensonger de Brahim C. au sujet de l’enseignant Samuel P..

La mosquée de Pantin a relayé l'appel sur Facebook.
La mosquée de Pantin a relayé l’appel sur Facebook.

Le site d’information islamique Alnas.fr, a fait « disparaître » juste après l’annonce de l’attentat, un article à charge contre l’enseignant titré « France : un professeur d’histoire expulse les musulmans de sa classe pour montrer les caricatures ». L’article a été remplacé par un autre sous la même URL avec ce nouveau titre : « Yvelines : un homme décapité en pleine rue, il s’agit du professeur qui avait montré les caricatures du Prophète ».

L'article d'Alnas avant qu'il ne soit modifié.
L’article d’Alnas avant qu’il ne soit modifié.
Le même article modifié après l'attentat.
Le même article modifié après l’attentat.

Jihad judiciaire 

Bien qu’il se soit tourné vers le rectorat et qu’il ait saisi la justice pour diffamation, pendant une dizaine de jours, plusieurs actions relevant du « jihad judiciaire » et de l’intimidation auraient été lancées à l’encontre de l’enseignant Samuel P.: saisine de l’inspection académique de Versailles et dépôt de plainte auprès de la police pour « discrimination », prise de contact avec le CCIF et des associations de parents d’élèves. Tant d’acharnement uniquement parce qu’il a fait son devoir, celui d’un hussard noir du 21ème siècle conscient des menaces qui pèsent sur son pays engagé dans la lutte contre l’islamisme, pour la laïcité et pour la liberté d’expression.

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Si le CCIF, qui se vante d’être à la pointe du conseil juridique, avait été réellement été saisi, comment Brahim C. pouvait encore ignorer que la diffusion des caricatures de Charlie Hebdo dans une classe et à l’occasion d’un cours d’éducation civique était un droit fondamental et faisait partie des prérogatives d’un enseignant de la République ? Comment pouvait-il ignorer qu’inciter à lyncher un enseignant sur les réseaux sociaux, à l’appeler et à lui écrire à son domicile ou à son lieu de travail relevait du harcèlement moral, un délit puni par la loi ? 

Le terroriste islamiste n’est pas le seul coupable…

Plus globalement, quelle est la responsabilité des militants anti-islamophobie quand ils diabolisent des professeurs qui finissent égorgés dans la rue pour avoir fait leur devoir ? Quelle est la responsabilité de ces mêmes militants quand des élèves, des journalistes, des policiers sont diabolisés et finissent tués ou encore sous protection policière au nom de l’islam ?

Cette diabolisation menée par des fausses victimes ou en leurs noms a toujours pour point de départ un discours victimaire. Ce même discours que l’on entend dans la bouche de cette élève de 4ème, une jeune Française de 13 ans, c’est aussi celui que l’on entend et qu’on lit chaque jour dans la presse de gauche française, que des “sot-ciologues” répètent à longueur de journée dans les amphithéâtres des universités, sur les plateaux des télévisions, dans les QG des associations, dans les vidéos des médias du service public ou encore qatari et saoudien. Ces discours, les jeunes et moins jeunes les lisent, les partagent, les commentent chaque jour sur les réseaux sociaux, et ils sont toujours portés par des comptes certifiés de journalistes, éditorialistes, de professeurs, de politiques, d’élus, de militants de gauche, de prédicateurs islamistes, d’imams bobos, de militants indigénistes et d’islamo-activistes… Tous sont des séparatistes. Ceux-là même qui hurlent au « pas d’amalgame » tout en assimilant les musulmans aux islamistes, et la critique ou la moquerie de l’islam à la haine des musulmans. Quelle est la responsabilité des chantres de l’islamophobie quand ils provoquent un syndrome de persécution chez ceux qui sont prêts à traquer, harceler, menacer ou tuer au nom de la lutte contre leur délit imaginaire ?

Il a suffi d’un peu plus d’une semaine pour qu’un enseignant sans histoire d’un petit collège de banlieue apparaisse sur le tableau de chasse des islamistes. Rien ne lui aura été épargné : harcèlement, diffamation, incitation à la haine, diffusion de ses coordonnées pour finir gisant sur le sol, décapité, non loin du collège où il enseignait avec courage et honneur les valeurs républicaines et la France de Charlie. Combien d’autres suivront son chemin dans l’indifférence des rectorats, des élus, des préfets ? Combien d’autres comme lui suivront le même chemin et seront jetés en pâture aux fous d’Allah sur les réseaux sociaux, terrains dominés par la gauche complice des islamistes ? Combien d’autres le sont en ce moment même ?

De la guerre et des moyens de la gagner

On ne peut pas être « en même temps » à l’extérieur et à l’intérieur des métaphores. « C’est une guerre », a dit Emmanuel Macron à propos du coronavirus il y a quelques mois — et il a pris, quoi qu’on en pense, des décisions de guerre : restrictions à la liberté de circulation, ausweis, accoutrement de combat, couvre-feu. Ce n’étaient pas des décisions anodines. Ce fut son choix.

« C’est une guerre », dit-il encore du terrorisme islamique. En quoi il a raison, mais il faut là encore s’en donner les moyens. Des milliers de terroristes dangereux se sont infiltrés dans le pays. Il faut les repérer par tous les moyens, et s’en débarrasser, en les renvoyant là d’où ils viennent. Quelles que soient les conséquences potentielles. Des Tchétchènes posent des problèmes ? Renvoyons-les chez Poutine. Des Syriens sont dangereux ? Remettons-les à Assad. Des Afghans sont fanatisés ? Ils se feront moins remarquer à Kaboul. Et s’il existe des Ouïgours menaçants, Xi Jinping sait quoi en faire.
Et ceux qui sont Français ? Il y a des policiers, il y a des juges, il y a des prisons. Oui, mais le droit des gens…
Si nous sommes en guerre, il faut suspendre le droit. On ne peut pas être dedans et dehors. Demandez-vous comment l’armée française a gagné la bataille d’Alger. Et en très peu de temps — parce que frapper ne se fait pas avec des gants, ni au compte-gouttes.

A lire aussi: Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

Un parent d’élève s’est répandu sur la Toile en propos haineux qui étaient potentiellement des appels au meurtre — tout en se référant au CCIF, le Collectif Contre l’Islamophobie en France. Est-ce cette organisation qui lui paie l’avocat qui l’épaule nécessairement, à présent que le voici en garde à vue ? Sinon, qui ?

Quant aux responsabilités dans la mort de Samuel Paty…

J’aimerais déjà être sûr que certains, sur la foi de son prénom biblique, ne l’ont pas identifié comme juif — et je me fiche de savoir s’il l’était, je ne classe pas les gens en fonction de leur religion, moi. Tout ce que je sais, c’est qu’il était un enseignant d’expérience qui faisait bien son métier, et qui — l’information est absolument sûre — a été épaulé par la haute administration du Rectorat dès qu’a circulé la rumeur d’une plainte déposée contre lui par ce père de famille si chatouilleux. Samuel Paty suivait à la lettre le programme d’Éducation Morale et Civique.

Les responsabilités sont multiples et c’est aux enquêteurs de les démêler. Et même si l’on peut estimer que le chef d’établissement a ménagé la chèvre pédagogique et le chou parental, j’aimerais savoir si, conformément à ce qu’affirment diverses sources, certains de ses collègues se sont ligués contre lui — et auraient indiqué son adresse et ses heures de cours.
La police a tout intérêt à enquêter le plus vite possible. À saisir les portables et les ordinateurs de toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans ce crime. À les faire parler au plus tôt. Entre le président des parents d’élèves, d’une redoutable ambiguïté, et tel syndicat qui localement a pu ne pas se solidariser immédiatement avec notre malheureux collègue, le spectre est large.

J’espère — j’espère vraiment — qu’aucun enseignant n’a prêté son concours, même indirect, même involontaire, à cette boucherie. Dire « on ne pouvait savoir » n’est en rien une excuse, parce que depuis quelques années, nous savons, et nous devons prévoir. Et nous savons aussi que bien des pseudo-intellectuels, sous couvert de combat contre le racisme, ont fomenté dans ce pays une ambiance bien peu sereine. Eux aussi portent une bonne part de responsabilité.

A lire aussi: Mila: qui n’a dit mot consent

Allons plus haut. Les Territoires perdus de la République, c’était il y a vingt ans. Le rapport Obin remonte au passage de Fillon au ministère de l’Education — un rapport enterré que quelques enseignants motivés, dont j’étais, ont publié en 2006. 2006 ! Une autre ère. Combien d’alertes ont été sonnées — en vain ? Combien de Cassandres ont prévenu — en vain ? Combien de rapports ont été élaborés — pour des prunes ? Le dernier a été remis à Blanquer cette semaine. Le ministre, qui a marqué son intention de ne rien laisser passer, sera impuissant s’il n’a pas l’appareil d’État avec lui. Tenez, faisons-lui une suggestion, affichons les caricatures de Mahomet dans tous les établissements scolaires, affichons-les partout dans les rues. Si le ministre appuie la liberté de blâmer, alors je pourrai sans flagorner en faire un éloge flatteur.

Allons, autant s’y risquer nous-mêmes…

Dessin de Luz dans "Charlie Hebdo"
Dessin de Luz dans « Charlie Hebdo »

Enfin, soyons cyniques. Emmanuel Macron, qui n’est pas au mieux — ni son Premier ministre — dans l’opinion publique, et son parti encore plus bas, regagnerait la confiance de ses concitoyens s’il choisissait enfin de désambiguïser son discours et d’opter pour la guerre — puisqu’aussi bien elle a été déclarée de l’autre côté. La guerre qui est la continuation de la politique par d’autres moyens. « En même temps » fut le slogan de sa première campagne. « Écrasons l’infâme », comme disait Voltaire, pourrait être celui de sa seconde victoire.

Bien sûr que je ne mets pas…

>>> Lire la fin de l’article sur Bonnet d’âne, le blog de Jean-Paul Brighelli <<<

Le Madoff kazakh ou un martyr de la dissidence politique? Retour sur la mise en examen de Moukhtar Abliazov

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Entouré de ses avocats, Mukhtar Ablyazov sort de la prison de Fleury-Merogis le 9 décembre 2016 © MARTIN BUREAU / AFP.

Pour les uns, c’est un opposant victime de son activisme politique. Pour les autres, il est l’escroc du siècle qui aurait détourné des milliards de dollars lorsqu’il était à la tête de la BTA, la plus puissante banque du Kazakhstan. De quoi Moukhtar Abliazov est-il le nom ?


Une cavale, des imbroglios diplomatiques, des rebondissements politico-judiciaires…

« L’affaire Abliazov », du nom de cet ancien oligarque kazakh condamné par contumace dans son pays pour détournements de fonds et le meurtre d’un de ses associés, offre un scénario digne du Bureau des Légendes, la célèbre série d’espionnage de Canal +.

Un criminel économique hors norme?

Présenté comme « le principal opposant kazakh », l’homme de 57 ans venait à peine d’obtenir le statut de réfugié politique en France, où il vit depuis 2013, quand il a été arrêté en pleine rue à Paris, lundi 5 octobre dernier, et déféré deux jours plus tard devant un juge d’instruction. La plainte déposée en France en 2017 par le Kazakhstan, qui l’accuse de détournements de fonds au préjudice de la banque BTA, dont il était le PDG avant sa nationalisation en 2009, a donc abouti à sa mise en examen pour « abus de confiance aggravé » et « blanchiment aggravé ». Le code pénal français prévoit en effet qu’un tribunal peut juger un étranger dont l’extradition a été refusée pour des motifs politiques, pour un crime ou un délit commis hors de l’Hexagone.

A lire aussi: L’indépendance du Cap-Occidental, un fantasme?

Libéré sous contrôle judiciaire, Abliazov crie au complot et dénonce les « persécutions judiciaires » de son pays d’origine. Les autorités kazakhes lui reprochent quant à elles d’avoir détourné entre 2005 et 2009 la somme astronomique de 6,4 milliards de dollars vers des comptes offshore, notamment par des prêts sans garantie accordés par la BTA à des sociétés écrans dont il était le bénéficiaire. La version de la défense est connue : elle dit n’avoir rien volé, simplement subtilisé quelques avoirs pour déjouer la voracité du régime mis en place par l’ancien président de la République du Kazakhstan Noursoultan Nazarbaïev, dont Moukhtar Abliazov serait devenu « le principal opposant ». Auréolé de son statut « d’ennemi public n°1 » du régime, l’homme d‘affaires ne manque pas de relais pour appuyer sa version des faits. Des ONG comme Amnesty international ont toujours milité contre son extradition à laquelle il a échappé de justesse en 2016. L’oligarque déchu, également accusé dans son pays d’avoir commandité le meurtre d’un de ses associés en 2004, ne ressemble pourtant guère à un chevalier blanc de la démocratie.

Un gigantesque système de détournement

Comme tant d’autres oligarques, Abliazov a fait fortune dans les années 90 en profitant du démantèlement économique de l’ex-empire soviétique. Businessman aux affaires florissantes, il est nommé en 1998 au poste du ministre de l’Énergie, du Commerce et de l’Industrie. Mais l’homme a de plus hautes ambitions. Il démissionne en 2001 et entre dans l’opposition en cofondant un parti politique, le Choix démocratique du Kazakhstan (DVK), appelant à des réformes politiques et condamnant « le népotisme croissant et la corruption » du régime. Après quelques démêlés judiciaires dans son pays et un détour par la Russie, il rentre triomphalement au Kazakhstan en 2005 : clément, Nazarbaïev lui offre la présidence de la BTA, première banque du pays. Mais les choses se gâtent avec la crise financière de 2008. En 2009, la banque est mise en faillite et nationalisée par l’État kazakh qui découvre le pot aux roses : un gigantesque système de détournement dans un but d’enrichissement personnel portant sur plus de 600 sociétés écrans disséminées au Luxembourg, aux Seychelles et aux îles Vierges britanniques. L’affaire est rendue publique en 2012 en Grande-Bretagne où Abliazov a obtenu l’asile politique. Saisie par la BTA, la justice civile anglaise le condamne au paiement d’un montant de 4 milliards de dollars américains de dommages et intérêts au profit de la banque kazakhe et à 22 mois de prison pour outrage, en raison de déclarations contradictoires, décision confirmée en 2013 par la Cour suprême de Grande-Bretagne.

A lire ensuite: Les épices, une histoire bien relevée

La justice française reprend la main

L’insaisissable « Madoff kazakh » ne purgera cependant pas sa peine. Il a déjà fui le Royaume-Uni pour la France où, après une traque rocambolesque, il est interpellé le 31 juillet 2013 dans une somptueuse villa de la Côte d’Azur. La suite est une longue bataille judiciaire, diplomatique et médiatique. Réclamée par la Russie, l’Ukraine et le Kazakhstan, son extradition est refusée à son pays d’origine par la France faute de convention entre Paris et Astana. La justice française donne alors la priorité à la Russie jusqu’à ce que le Conseil d’État, allant à l’encontre de toutes les décisions judiciaires rendues dans ce dossier, annule le décret d’extradition en 2016, estimant que cette dernière « a été demandée dans un but politique ». Les sages ont-ils été sensibles aux arguments des défenseurs d’Abliazov, largement relayés dans les médias occidentaux qui le dépeignent volontiers en « martyr de la dissidence kazakhe » ?

Quatre ans plus tard, les mesures de contrôle judiciaire prises à son encontre sur notre territoire montrent toutefois que la justice française considère que de graves soupçons de délits financiers existent bel et bien dans ce dossier. Soit, des milliards de dollars d’actifs possiblement volés par un homme que les autorités kazakhes accusent de fuir la justice de son pays en se forgeant une image de dissident politique.

Avis aux amateurs du Bureau des Légendes : « l’affaire Abliazov » n’a sans doute pas dit son dernier mot.

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Voyage dans la galaxie Mitterrand

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Francois Mitterrand dans la Nièvre en 1993 © CHAM/SIPA Numéro de reportage: 00252160_000026.

L’historien François Broche passe Les Mitterrandiens en revue dans un ouvrage captivant


Il faut bien admettre que le dernier Président de la Vᵉ République fut François Mitterrand. Sa stature pharaonique malgré sa taille modeste, sa brutalité byzantine, son goût des livres et du secret, sa parfaite connaissance de la province chardonnienne et de ses paysages désolés, son autorité naturelle comme si l’Élysée lui était dû et que nous étions ses sujets redevables à vie, son appétit pour les belles femmes et les oiseaux protégés, sa fidélité corrosive et ses manières de prince vénitien le plaçaient hors-catégorie, dans une galaxie à part.

Stratégie et talent

Après lui, nous n’avons connu que des ébauches, des personnages en pointillé n’incarnant pas totalement le rôle et la mission d’un Président élu au suffrage universel direct. Mitterrand, sur le modèle gaullien, a fait du romanesque, le squelette de son ascension politique. Il a écrit une fable, s’arrangeant avec la vérité et les faits, brusquant le réel, le tordant afin qu’il entre dans ses rêves d’adolescent.

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Les idées sont accessoires dans une démocratie, les débats trop ennuyeux, les journalistes idiots, les militants un mal nécessaire, l’argent un moyen comme un autre dans cette quête absolue du pouvoir, le seul être qui compte demeure l’électeur, cet anonyme dans la foule. C’est vers lui que l’énergie et la persuasion sont orientées, c’est pour lui que la stratégie et le talent se mettent en action. On lui raconte n’importe quoi et il le sait pertinemment. Une élection est un jeu de séduction, de dupes aussi, il faut être deux pour y participer.

Cet électeur réagit comme un lecteur d’Alexandre Dumas, il souhaite s’extraire de son état de citoyen, il veut croire lui aussi aux forces de l’esprit, à la beauté d’une épopée. Se rendre dans l’isoloir un dimanche pluvieux, c’est un moyen de transcender son existence, d’enjoliver un triste quotidien. Alors, cet électeur attend de l’exceptionnel, de l’inattendu, des mots qui blessent, de la dramaturgie, des enfants cachés, des zones d’ombre, des rebondissements, des échecs à la limite de l’infamie et des retours de flamme, de flambe même.

Libéral déguisé sous les oripeaux du socialo

Cet électeur en a marre des doublures en tissu synthétique et des remplaçants en carton-pâte, il a encore en tête le froissé de la soie sauvage à la sortie d’un conseil des ministres et le visage d’un aigle dans l’hémicycle, prêt à dépecer son adversaire. Un type qui impose par sa simple présence, le silence et le respect, la crainte et l’émotion gamine. Malgré un bilan plus que mitigé et une haine tenace des deux bords, on reproche encore aujourd’hui à Mitterrand d’avoir été le fossoyeur de la Gauche et de la souveraineté, l’allié objectif du Front National, le libéral déguisé sous les oripeaux du socialo, le démago de l’antiracisme, le droitard maquillé en progressiste, le démarcheur de la mondialisation ou le technocrate câblé, peu importe les appellations disgracieuses, car, même ses plus féroces détracteurs regardent cette vie politique folle, démarrée au stalag jusqu’à sa scénarisation au Panthéon comme une tapisserie du moyen-âge.

A lire ensuite: L’esprit du « Piéton » de Paris (Léon-Paul Fargue)

Chacun se dit que l’époque actuelle est bien terne, bien décevante, insipide et terrible, elle ne peut faire émerger que des premiers de la classe. Charles Pasqua regrettait que la classe politique qui n’a pas connu les affres et les émotions intenses de la guerre ne puisse rien comprendre à l’âme humaine. La nouvelle génération manque de repères, de toucher et de hargne, d’instinct et de flamboyance. Nous sommes à l’ère des ânonneurs officiels et non plus des meneurs au charme vénéneux. Pour se remémorer un tel destin qui nous semble déjà si lointain, Les Mitterrandiens viennent de paraître aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. François Broche, historien spécialiste de la France libre et du général de Gaulle, auteur notamment de L’Armée française sous l’Occupation (2002-2003) ou du Dictionnaire de la Collaboration (2014) nous fait voyager dans le temps. « Cinquante ans durant, il ne nous a jamais laissés indifférents. Quoi qu’on ait pensé de lui, cela ne pouvait que créer des liens que la mort ne pouvait rompre, ni même distendre » écrit-il dans son avant-propos.

Cartographie des miterrandiens

François Broche, par son don de la synthèse et la précision de son regard cartographie les Mitterrandiens, il y a les Charentais, les étudiants du 104 de la rue de Vaugirard, les prisonniers, les vichystes, les vichystes-résistants, les résistants, les hommes de la IVème, les journalistes, les femmes, les écrivains, les hommes de l’ombre et même les médecins. Par ses entrées multiples, on est fasciné par l’épaisseur du personnage Mitterrand qui a constitué des cercles étanches tout au long de sa carrière, sans jamais ne rien retrancher de son passé, sorte de mille-feuilles politico-sentimental abyssal. Sous la plume plaisante de François Broche, le monde d’avant prend forme, il se met à s’animer devant nos yeux, nous entendons résonner des noms sortis des douves de l’histoire tels que Claude Roy, Pierre de Bénouville, François Dalle, Georges Dayan, Paul Guimard ou François de Grossouvre. Et les 350 pages de ce solide ouvrage se lisent d’une seule traite.

Les Mitterrandiens de François Broche – éditions Pierre-Guillaume de Roux  

Je ne serai pas au rassemblement place de la République aujourd’hui

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La militante laïque Céline Pina ©Hannah ASSOULINE

Je ne serai pas au rassemblement place de la République aujourd’hui.

Je veux rendre hommage à Samuel Paty, son exécution horrible m’a bouleversée, mais je n’irai pas valser au bal des hypocrites et je ne défilerai pas à côté de ceux qui ne sont pas pour rien dans ce drame.

Déjà je ne serai jamais venue à un rassemblement « contre la haine » car c’est le nom visiblement donné au rassemblement par les organisateurs. Ras-le-bol de ces intitulés visant à éviter de dire ce qui vient de se passer pour le dissoudre dans le conceptuel. Si j’avais dû venir cela eut été pour rendre hommage à Samuel Paty et pour dénoncer les crimes de l’islamisme.

Mais surtout, quel cynisme chez les organisateurs. Ils appartiennent pour l’essentiel à la gauche qui a sombré dans l’islamo-gauchisme, celle qui dresse des procès à la France raciste et fait croire qu’il y aurait une « guerre » menée contre les musulmans alors que s’accumulent les cadavres des nôtres, tués par les islamistes.

Aujourd’hui j’attends des actes et des réponses. Et cela commence par le fait d’arrêter de négocier avec les islamistes

Je ne défilerai pas aux côtés de ceux qui tiennent la porte à l’idéologie des assassins. Je ne défilerai pas avec la FCPE qui a défendu le port du voile donc l’humiliation et l’infériorisation de la femme, alors même que ce signe est contraire à notre sociabilité et est un marqueur des islamistes. La multiplication des voiles étant une preuve de l’étendue de l’influence de l’islam politique. Je ne défilerai pas aux côtés de la LDH, acteur majeur de la légitimation en son temps de Tariq Ramadan. Je ne défilerai pas à côté de l’UNEF et de Maryam Pougetoux. Si tel qu’elle le syndicat s’est fait discret, la FIDL en est une émanation et nul doute qu’il sera présent. Je ne défilerai pas aux côtés de Mélenchon, traître à la République et à la laïcité. Et surtout je refuse de défiler auprès des syndicats enseignants. Ceux-là même qui par lâcheté ont laissé la situation dériver, qui tiennent des discours plus que complaisants à l’égard des dérives islamistes dans les établissements et qui sont les meilleurs alliés du pas de vague. Il suffit de regarder le communiqué de presse du SNESUP, qui jamais ne nomme l’idéologie à l’œuvre dans cette exécution pour comprendre que tous ces gens ne se rassemblent pas par prise de conscience mais pour s’acheter encore du temps pour vivre paupières cousues. Je défilerai encore moins aux côtés de SOS Racisme dont le discours victimaire et racialiste a contribué a légitimer la sauvagerie que nous constatons. Aujourd’hui tous viennent verser des larmes de crocodiles alors qu’ils sont comptables aussi de toute cette horreur.

Mais surtout j’en ai ras le bol des rassemblements, des fleurs, des couronnes, des bougies et des nounours. Je ne critique aucun de ceux qui défileront et lorsque l’on se sent impuissant, déposer une bougie, témoigner de sa solidarité, c’est déjà ça. C’est juste que personnellement j’ai dépassé ce stade.

A lire aussi, du même auteur: Décapité pour avoir montré un dessin

J’ai défilé le 11 janvier, j’y ai cru. Il ne s’est rien passé derrière. À l’époque nous étions unis ou nous croyions l’être. Nous ne le sommes plus et tous ces rassemblements et appel à l’union sonnent faux.

Manifestation du 11 janvier 2015 à Marseille. SIPA. 00701527_000044
Manifestation du 11 janvier 2015 à Marseille. SIPA. 00701527_000044

Aujourd’hui j’attends des actes et des réponses. Et cela commence par le fait d’arrêter de négocier avec les islamistes, que ce soit sur le terrain en mettant au même niveau, au sein de l’institution, un père radicalisé qui fait de la provocation et veut avancer ses pions intégristes et un professeur qui ne fait que son travail. Marre de cette école qui ne sait pas se faire respecter.

Je me moque que des Ministres pourrissent leur dimanche pour aller à un rassemblement. Je leur demande autre chose : j’attends des propositions du ministre pour que lâcheté et incompétence ne soient pas un accélérateur de carrière pour diriger un établissement et que l’on arrête d’estimer que l’on traite un problème en humiliant un professeur parce que les revendications amenées au nom de l’islam terrorisent les responsables. Marre aussi de voir Mila se cacher et ses agresseurs, eux, être accueillis à l’école de la République car nul ne se soucie de les sanctionner.

Marre aussi de toute cette hypocrisie qui fait que l’on cache le nombre de « oui mais… », notamment des élèves musulmans qui ne sont pas des islamistes. Ils trouvent juste la punition exagérée. Est-ce-que cela ne parle pas d’une éducation humaniste qui a échoué et d’un conditionnement qui, lui, a réussi? On fait quoi face à cette réalité d’un ensauvagement qui ne touche pas tout le monde et monte surtout dans une communauté particulière. Parce que cela n’a rien de génétique mais parle bien d’un travail politique effectué. Et ce genre de travail fonctionne qui déshumanise ce qui n’est pas vu comme appartenant à son clan. Il faut lire l’article du Figaro sur l’attitude de nombre de collégiens rencontrés devant le lieu du drame, il y a de quoi être choqué. Notamment par l’élève qui sans émotion aucune montre la photo de la tête coupée du professeur qu’elle a récupérée sur Twitter et mise sur son téléphone ou par ceux qui se marrent et esquissent des pas de danse.

Une marche ne résoudra rien de tout cela. Il ne manquerait même plus que le CCIF se joigne au cortège et nous aurions touché le fond de l’abjection. La seule réponse qui me paraitrait pertinente serait d’inonder la France pendant une semaine des caricatures de Charlie Hebdo. Sur tous les 4×3, les bus, les métros, dans les mairies, les CAF, les collèges, les lycées… L’effet doit être massif, visible, se voir partout jusque dans les coins les plus reculés. Allons à la reconquête visuelle de notre territoire avec la satire. Rendons hommage au courage de cet enseignant en nous faisant les héritiers et les continuateurs de son geste. Cela aurait plus de sens que ce rassemblement dont les organisateurs laissent pantois quand on ne se demande pas si l’on n’a pas atteint les sommets du cynisme et de la manipulation.

Silence coupable

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Les épices, une histoire bien relevée

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Cofondateur de la société Shira, l'Israélien Roï Hendel a rendu aux épices leur noblesse perdue. Photo: Hannah Assouline.

L’épopée des épices se confond avec l’histoire de notre civilisation. Si elles sont devenues banales à notre époque, Roï Hendel, Israélien établi à Belleville, restaure leur magie, grâce à un travail de sourcing unique qui ravit le palais et stimule le moral.


En ces temps obscurs, il existe un moyen de lutter efficacement contre la mélancolie : la cuisine aux épices. Chez les personnes âgées, notamment, elle fait merveille, car le goût est chez elles le dernier sens encore vivace et actif, c’est pourquoi il est vital de leur donner de bonnes choses à manger (dans les EHPAD, la nourriture est généralement abjecte et contribue à leur faire perdre le goût de la vie). L’été dernier, j’ai découvert les épices de l’Israélien Roï Hendel, dont le laboratoire est situé dans le quartier de Belleville. Une révélation. Jamais de ma vie je n’avais senti cela ! Sa noix de muscade d’Indonésie embaume le pin et le miel et vous emporte dans des jungles inaccessibles ; sa cannelle sauvage du Sri Lanka est aussi délicate et profonde qu’un air de raga joué par Ravi Shankar ; son safran d’Iran, qu’il va chercher dans les montagnes proches de l’Afghanistan, est d’un rouge vif et délivre des notes de miel et de mandarine ; quant à son curry de Madras, qu’il prépare lui-même à partir de l’antique recette d’un maître yogi, c’est un nectar… En respirant ces merveilles, propres à zigouiller le premier coronavirus venu, j’ai compris pourquoi les hommes avaient risqué leur vie pour aller les chercher à l’autre bout du monde pendant des siècles et pourquoi Hollandais, Anglais et Français s’étaient fait la guerre pour détenir le monopole du poivre et du curcuma…

Roï Hendel rend aux épices leur noblesse perdue. En effet, l’histoire des épices, avant de sombrer dans la banalité de la consommation de masse, a structuré tout un pan de notre civilisation : n’est-ce pas en allant à leur recherche, via la route des Indes, que Christophe Colomb a découvert l’Amérique ?

Les épices (du latin species) proviennent d’écorces, de racines, de feuilles, de fleurs, de graines et de fruits tropicaux (mais aussi, parfois, de substances animales, comme le fameux garum, une sauce romaine à base de poisson comparable au nuoc-mâm vietnamien). Elles se distinguent par leur goût piquant (comme le poivre et la cannelle) et par leur parfum (comme la vanille et le safran).

Les épices sont bonnes pour le moral, notamment le safran contre la dépression

Dans l’Antiquité, elles étaient utilisées aussi bien dans la cuisine qu’en médecine, ainsi que dans les rites funéraires et religieux. Galien, père de la médecine, recommandait l’utilisation d’aloès, du poivre et du gingembre pour soigner toutes sortes de maux. Le cuisinier Apicius a laissé des recettes où le poivre et le cumin abondent. Originaires de Judée, de Syrie, d’Arabie, d’Éthiopie, du Yémen et d’Inde, les épices avaient aussi une grande valeur marchande et servaient de monnaie d’échange. Les Romains surtout en étaient fous. Toute l’année, des caravanes chargées d’épices arrivaient à Rome par la route de la soie (qui, à partir d’Antioche, en Syrie, traversait l’Euphrate et remontait vers le nord jusqu’à Samarkand avant de longer le Pamir). Les épices transitaient aussi par la mer. Les Romains, nous dit Tacite, brûlèrent des tonnes d’encens lors des funérailles de Poppée, la deuxième épouse de Néron, lequel faisait couler des ruisseaux de safran pendant ses fêtes.

Au Moyen Âge, on s’est pris d’amour pour le clou de girofle. Mais ce sont les croisés qui ont rapporté les épices d’Orient en même temps que le sucre de canne. Les cités-États d’Italie (Venise, Gênes, Amalfi et Pise) envoyaient des centaines de navires pour les acheminer en Méditerranée. Les épices étaient vendues en France dans les ports de Marseille et d’Aigues-Mortes. Cuisine et médecine ne faisaient qu’une, aussi les épices étaient-elles proposées chez les pharmaciens apothicaires. Rois et nobles manifestaient leur prestige en mettant du gingembre, du poivre, de la cannelle et du cumin à toutes les sauces… Au xive siècle, Taillevent, le premier de nos « grands chefs », décrit dans son livre Le Viandier une multitude de sauces où les épices jouent un rôle majeur, comme la célèbre « cameline », une sauce non bouillie à base de pain rôti, trempé dans du vin rouge, avec du vinaigre, de la cannelle, du gingembre…

Au xve siècle, l’Espagne et le Portugal se font la guerre pour contrôler la route des épices qui est censée mener en Inde… Le 4 mai 1493, en promulguant la bulle dite du « partage du monde », c’est le pape Alexandre VI qui obligera les deux royaumes à s’entendre en respectant une ligne de démarcation allant d’un pôle à l’autre : à l’Est, l’Afrique et les Indes reviennent au Portugal, à l’Ouest, l’Amérique revient à l’Espagne… (ce qui n’empêchera pas le Portugal de revendiquer le Brésil découvert par Cabral en 1500).

Camomille d'Iran. Photo: Hannah Assouline.
Camomille d’Iran. Photo: Hannah Assouline.
Cannelle sauvage. Photo: Hannah Assouline.
Cannelle sauvage. Photo: Hannah Assouline.

En 1497, Vasco de Gama franchit le cap de Bonne-Espérance et débarque sur la côte de Malabar (en Inde) où il chasse les marchands arabes qui y détenaient le monopole de la vente des épices. Les Portugais s’empareront dans la foulée des Moluques (en Indonésie) où ils mettront la main sur les arbres à girofle et à muscade…

On pourrait donc écrire l’histoire à partir de la guerre des épices. Les Hollandais, qui fondèrent la Compagnie des Indes, au xviie siècle, punissaient de mort quiconque volait des plants d’épices pour les apporter aux Français ou aux Anglais. Le botaniste français au nom prédestiné de Pierre Poivre (1719-1786) réussit pourtant à leur dérober des plants de poivriers qu’il planta et cultiva sur l’actuelle île Maurice. Rappelons aussi que, pendant tout l’Ancien Régime, le poivre était en France l’épice reine, car rare et cher : « cher comme poivre ! » disait-on. Depuis le Moyen Âge, il intervenait dans les procès, les plaideurs ayant pris l’habitude d’en faire cadeau au juge pour le soudoyer (comme le raconte Racine dans Les Plaideurs) : on parlait alors « des épices de chambre »…

Noix de muscade. Photo: Hannah Assouline.
Noix de muscade. Photo: Hannah Assouline.

Sur le plan culinaire, il faut noter qu’à cette époque, on ne distinguait pas les plats salés des plats sucrés et les épices, comme les herbes aromatiques, étaient employées massivement dans les ragoûts, les sauces, les soupes, les coulis. La cuisine française « moderne » n’a vu le jour qu’au xviiie siècle quand, dans les menus royaux, les sauces grasses ont remplacé les sauces aigres d’antan, que le sucré a été réservé aux desserts et que l’on a commencé à privilégier le goût naturel des produits qui, jusque-là, étaient noyés dans des sauces épicées… Voltaire, de ce point de vue, fut peut-être notre premier vrai gastronome. Dans sa correspondance gigantesque, quel plaisir de le voir fulminer contre les cuisiniers avides d’artifices et de pédanterie ! Ce faisant, n’annonçait-il pas avant tout le monde la devise de Paul Bocuse dans les années 1970 ? « Les produits doivent avoir le goût de ce qu’ils sont. »

« J’avoue, écrit Voltaire, que mon estomac ne s’accommode point de la nouvelle cuisine. Je ne puis souffrir un ris de veau qui nage dans une sauce salée. Je ne puis manger d’un hachis composé de dinde, de lièvre et de lapin qu’on veut me faire prendre pour une seule viande ; je n’aime ni le pigeon à la crapaudine, ni le pain qui n’a pas de croûte. Quant aux cuisiniers, je ne saurais supporter l’essence de jambon, ni l’excès de morilles, des champignons, du poivre et de la muscade avec lesquels ils déguisent des mets très sains par eux-mêmes. »

Dans la même veine, je me souviens d’un repas fait à Cancale en 2005, chez Olivier Roellinger, expert dans l’art d’utiliser les épices. En dégustant son fameux homard à la vanille, je me suis surpris à me demander où était passé le goût naturel du homard, tant la vanille et les épices étaient présentes…

Chez Roï Hendel, les épices ne sont pas là pour écraser ou dissimuler le goût des mets, mais pour les sublimer et leur apporter une nuance, une lumière. Son curcuma de Java, par exemple, incroyablement fruité, se marie merveilleusement avec de la semoule de couscous, à laquelle on ajoutera de l’aneth frais et de gros raisins de Corinthe bien dodus.

Roï est né à Tel-Aviv en 1986. Il y a passé son enfance au milieu des épices, car la ville est un vrai melting-pot culturel. À 21 ans, il vient à Paris pour apprendre la cuisine à l’école Ferrandi. Après avoir travaillé dans la restauration trois ans de suite, quinze heures par jour, il prend conscience que ce métier n’est pas fait pour lui : « Trop dur physiquement ! J’ai même éprouvé du dégoût pour la cuisine… »

Le jeune homme se recycle alors dans le consulting et aide des restaurants à retrouver la voie du succès. Un jour, il prend conscience que les épices que l’on trouve en France (même dans les épiceries dites de luxe) ne sont pas d’une qualité exceptionnelle et que la plupart des chefs ne savent pas bien les utiliser. Pendant un an, il voyage à la recherche des meilleures épices, visite 650 producteurs dans huit pays différents : « Un travail de sourcing intensif qui n’avait jamais été fait en France. » En 2017, il se lance et crée avec son assistant Cyril Muller la société Shira.

Qu’est-ce qui distingue ses épices ? « D’abord, je ne prends que des épices sauvages ou bio, récoltées dans l’année. De vieilles variétés botaniques qui n’ont jamais été clonées. Ensuite, je ne négocie pas avec les producteurs, je paye ce qu’ils demandent pour obtenir le meilleur et pour leur permettre de vivre correctement. Surtout, je choisis les épices pour leurs qualités organoleptiques, l’odeur et le goût. Je sens et je goûte sur place les épices fraîches. »

Photo: Hannah Assouline.
Photo: Hannah Assouline.

Pour qu’une épice embaume, il y a tout un processus de fermentation et de séchage. Par exemple, si la cardamome sèche au soleil, elle devient jaune, mais si elle sèche à l’ombre, elle devient verte : ce sont deux épices différentes !

Roï me confirme que les épices sont bonnes pour le moral, notamment le safran dont les principes actifs ont été reconnus scientifiquement efficaces contre la dépression. « Au Cachemire, j’ai trouvé un safran fabuleux. Les habitants laissent infuser ses pistils dans du lait pendant une nuit. Ils l’incorporent au riz ou aux légumes ensuite en fin de cuisson. »

Roï a ainsi sélectionné 120 épices différentes. C’est son complice Cyril Muller qui se charge de faire les mélanges, dans leur petit laboratoire du 20e arrondissement. On trouve chez eux des raretés, comme le sel d’Indonésie fumé dans une feuille de cocotier… Les chefs étoilés raffolent de leurs épices, comme Arnaud Lallement de L’Assiette champenoise, à Reims (trois étoiles Michelin). À Paris, Matthieu Carlin, le nouveau chef pâtissier de l’hôtel Crillon, utilise la rarissime cardamome noire du Népal fumée au feu de bois dans ses gâteaux au chocolat. Il adore aussi la baie d’andaliman de Sumatra : une baie sauvage orangée de la famille des agrumes au parfum de géranium, qu’il fait infuser dans ses coulis de fruits exotiques…

Plus simplement, pour relever vos œufs au plat, je vous recommande le paprika fort fumé de Murcia, en Espagne, une splendeur aux notes de tomate et de poivron qui brûle agréablement le palais…

L’insolente liberté de Paul Vecchiali

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Marianne Basler dans "Un soupçon d'amour" de Paul Vecchiali (2020). Photo: Epicentre FIlms

Un soupçon d’amour est un splendide mélodrame qui est aussi un hommage à Douglas Sirk et à Racine. Une célèbre comédienne répète « Andromaque » de Racine, avec pour partenaire, son mari. Elle ressent un malaise profond à interpréter ce personnage et décide de fuir…


À l’exception de Philippe Garrel, Sébastien Lifschitz, Emmanuel Mouret et la bien trop méconnue Cheyenne Carron, la majeure partie des réalisateurs du cinéma français contemporains s’enfonce dans un cinéma ravagé par les sujets sociétaux bien-pensants.

affiche-soupcon-amourPaul Vecchiali, jeune cinéaste de 90 ans, continue lui de tourner et de prendre des risques. Pour lui, prendre des risques, c’est tout simplement décider que le cinéma, le théâtre, la littérature et la musique, en tant que tels, soient des sujets dans ses films.

31ème long métrage

Un soupçon d’amour est le 31ème long métrage du cinéaste, malgré des conditions de production toujours difficiles. Ce film très personnel et essentiel pour lui nous conte un drame cruel, l’histoire de Geneviève Garland (Marianne Basler), une célèbre comédienne de théâtre. Elle répète Andromaque de Racine avec son mari André (Jean-Philippe Puymartin) comme partenaire. Elle ressent un malaise profond à interpréter ce personnage et cède son rôle à son amie Isabelle (Fabienne Babe), maîtresse de son époux. Geneviève part alors avec son fils malade dans son village natal. Elle semble ainsi fuir des réalités difficiles à admettre.

Dès la première séquence du film, le ton est donné: au théâtre, Geneviève et André répètent. Les comédiens jouent avec beaucoup de sobriété. Très vite nous comprenons que dans la vie comme au théâtre, ils parlent dans une langue française de toute beauté, que ce soit celle de Racine ou celle de Paul Vecchiali, qui est aussi auteur du scénario et des dialogues. “Le cinéma sera théâtre ou ne sera pas” disait Jacques Rivette. Vecchiali à sa manière travaille cette question de la représentation qui taraudait tant le cinéaste de la nouvelle vague.

Contre le cinéma naturaliste

Ferme opposant au cinéma naturaliste, très en vogue dans le cinéma français contemporain, Vecchiali multiplie avec plaisir et générosité les références à des genres aussi différents que le théâtre ou la comédie musicale – superbe scène de danse et de chant, rappelant Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy, exécutée par Geneviève et Isabelle sur une terrasse illuminée par le soleil. Mais aussi et surtout au mélodrame dans un hommage humble et subtil au maître du genre, Douglas Sirk à qui Un soupçon d’amour est dédié. Pour chaque scène, quel que soit le ton ou le genre, Vecchiali se confronte à la question cruciale de la représentation cinématographique, et y répond par un sens aigu de l’occupation de l’espace par ses comédiens, de la durée des scènes et du déroulement du temps.

Vecchiali privilégie une mise en scène austère et épurée. Une insolente liberté d’esprit lui permet des changements de ton abrupts, un montage sec, une écriture ténue et précise. Il joue aussi avec brio sur le phrasé du théâtre classique. Paul Vecchiali ne s’autorise guère de mouvements de caméra, ce qui rend encore plus beau le discret travelling avant, qui partant du salon de la maison, vient cadrer Geneviève et André sur la terrasse ensoleillée, lorsque cette dernière lui annonce son désir d’abandonner son rôle dans Andromaque et de retourner dans son village natal.

Sec et flamboyant

Un soupçon d’amour est un mélodrame acéré, sec et flamboyant grâce à la luminosité et à la beauté de la photographie de Philippe Bottiglione, à la musique sombre et éclatante de Roland Vincent, aux couleurs vives des tenues élégantes des comédiens, et au talent de ces derniers. Celui de Marianne Basler – muse du cinéaste présente dans six de ces films dont le superbe Rosa la rose, fille publique – , lumineuse et fragile elle porte la charge tragique du film, celui de Jean-Philippe Puymartin, royal en tendre et éternel amoureux, celui de Fabienne Babe, drôle, vive et impertinente ainsi que celui de tous les autrs acteurs comme Ferdinand Leclère qui joue le fils, Pierre Sénélas dans le rôle du metteur en scène ou Frédéric Pieretti dans celui du curé du village natal de l’héroïne…

Lorsque Un soupçon d’amour se termine, bouleversé par la tension dramatique de l’œuvre et la douloureuse révélation finale, le désir de revoir au plus vite ce film vif, profond, cruel, et tendre, vous emporte irrésistiblement.

Un soupçon d’amour de Paul Vecchiali (2020), encore dans quelques salles. 1h32.

Qui a tué Samuel Paty?

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Le 17 octobre 2020, rassemblement devant le collège du Bois d’Aulne à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), où Samuel Paty, assassiné vendredi, enseignait. © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22503760_000025

 


Derrière le terroriste tchétchène Abdoulakh Anzorov, une armée d’inspirateurs et de complices…


Oh, bien sûr, on connaît le bras armé, celui qui a manié le couteau au nom d’Allah. On parle d’un Tchétchène de 18 ans. Que faisait-il en France ? Combien y en a-t-il d’autres comme lui, qui n’ont pas leur place ici, animés par la même idéologie ? Comme toujours on s’indignera, on s’offusquera, et il ne se passera rien. Au moins les forces de l’ordre ont-elles définitivement empêché celui-là de continuer à nuire.

On sait aussi la source du mal, cette ambition théocratique et totalitaire qui ronge l’islam depuis 14 siècles.

Mais il faut parler des autres coupables, inspirateurs et complices du crime. Complices volontaires ou involontaires, complices dont le degré d’implication, bien sûr, est variable, mais complices et coupables.

Coupable, l’immonde Brahim Chnina, dont Hala Oukili a dit tout ce qu’il fallait savoir. N’en déplaise à ceux qui préfèrent défendre les droits des criminels que ceux des victimes, sa peine doit servir d’exemple et de dissuasion, elle doit terrifier tous ceux qui seraient tentés de faire comme lui, et de jeter des innocents en pâture à la horde des barbares. Chaque jour qu’il passe en liberté est un crachat sur la tête décapitée de la victime.

Ces parents d’élèves dont on peut plaindre les enfants

Coupables, ces parents d’élèves qui ont hurlé avec lui parce qu’ils n’ont pas supporté qu’un professeur tente d’enseigner à leurs enfants que leur religion n’est pas au-dessus des lois. S’ils sont de nationalité étrangère, ils doivent être expulsés. Chaque jour qu’ils passent sur notre sol est un autre crachat sur la victime.

Coupable, la mosquée de Pantin qui a relayé la vidéo de Brahim Chnina. En tant qu’association, elle doit être dissoute. En tant que bâtiment, elle doit être rasée, ou mieux encore : abriter une exposition permanente de reproductions des caricatures du prophète de l’Islam. Chaque jour où elle continue à accueillir des prêches est encore un crachat.

A relire: Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

Coupable, cette hiérarchie de l’éducation nationale qui a été alertée, qui a été appelée au secours, et qui n’a pas fait ce qu’elle aurait dû faire. Coupables, ces syndicats ou ces collègues enseignants à la passivité criminelle. Coupables, ceux qui ont renseigné ceux qui voulaient s’en prendre à Samuel Paty. Chaque jour qu’ils passent avec le statut de fonctionnaire, de serviteur de l’État, est un crachat supplémentaire.

Coupables, ces idéologues et ces militants de la « lutte contre l’islamophobie », dont le seul but est de faire de la susceptibilité arrogante de l’islam une loi s’imposant à tous. Coupables, ceux qui sont « Charlie, mais… ». Coupable, ce CFCM dont le délégué général trouve que Mila « l’a bien cherché ». Coupable, cette université Al-Azhar qui déclare que la réédition des caricatures est « criminelle ». Coupables, ceux qui relayent leurs discours, ici et ailleurs. Coupables, ceux qui leur donnent une respectabilité, ceux qui les défendent, ceux qui osent encore affirmer qu’il ne faut pas heurter, qu’il ne faut pas vexer, qu’il ne faut pas blesser. Chaque micro qu’on leur tend est un crachat supplémentaire sur cette tête dont la blessure, elle, est réelle et sanglante, et nous montre qu’en France ce n’est pas « l’islamophobie » qui tue, mais la soi-disant « lutte contre l’islamophobie ».

Silence gêné, silence apeuré, silence complice ?

Coupable, la majorité silencieuse des musulmans de France, cette fameuse majorité silencieuse qui se retranche derrière le « padamalgam ». Au collège du Bois-d’Aulne, la « majorité silencieuse » a parlé : ce sont ces parents d’élèves et ces militants qui s’en sont pris à Samuel Paty. Ailleurs, c’est cette clameur qui s’est élevée parmi les responsables associatifs, les imams et leurs fidèles pour dénoncer les projets pourtant bien timides d’Emmanuel Macron pour lutter contre le « séparatisme », clameur qu’il faut comparer aux voix trop rares – courageuses mais si peu nombreuses – des musulmans qui disent #JeSuisCharlie, #JeSuisMila. Le silence des musulmans qui laissent faire est aussi un crachat.

A lire aussi, Erwan Seznec: Fatima Ouassak, dernier débat avant le fascisme

Coupable, aussi, la majorité silencieuse des Français qui ont su descendre dans la rue pour protester contre une limitation de vitesse et une hausse du prix de l’essence, mais qui ne réagissent pas lorsqu’une adolescente est menacée de viol et de mort parce qu’elle, au moins, a osé tenir tête à la susceptibilité délirante de tyrans en puissance. Qui ne réagissent pas lorsqu’on enseigne à leurs enfants qu’il faut renoncer à la vérité pour ne pas froisser les brutes. Qui à chaque attentat sont fiers de proclamer « vous n’aurez pas ma haine » et d’allumer des bougies. 

Coupables, ces élus qui depuis des décennies se payent de mots mais ne font rien d’efficace. Coupables, ces magistrats qui se rengorgent de grands principes en sacrifiant les victimes au nom de la défense scrupuleuse des droits des criminels. Coupables, ces juristes qui s’agrippent à la lettre de la loi parce qu’ils sont trop médiocres pour en servir l’esprit. Coupables, ces médias et ces faiseurs d’opinion qui jouissent de leur bonne conscience au mépris de la réalité. Leur hypocrisie et leur complaisance sont encore des crachats.

De nos jours seul l’islam pose de tels problèmes

Coupables, aussi, quelles que puissent être leurs bonnes intentions, ceux qui mettent dans le même sac toutes les religions, qui les unissent dans la même détestation ou au contraire dans la même indulgence, empêchant de voir qu’en France toutes les religions sont critiquées, insultées, caricaturées, mais que seul l’islam harcèle, menace et tue pour ça. Coupables, de même, ceux qui mettent toutes les identités sur le même plan, empêchant de distinguer entre les identités (et il y en a plusieurs) qui exaltent la liberté et la dignité humaine, et les identités (il y en a aussi plusieurs) qui piétinent la liberté et nient la dignité. Leur refus d’assumer que toutes les religions, toutes les cultures et toutes les identités ne se valent pas est un crachat sur un homme assassiné, parce qu’il avait justement tenté de transmettre le sens de la liberté patiemment mûri par une culture bien particulière, la nôtre.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: De la guerre et des moyens de la gagner

Coupables, ceux qui maintenant affirment leur solidarité avec tous les enseignants, en oubliant de distinguer entre ces professeurs admirables qui transmettent des merveilles à nos enfants, et les ignobles crapules qui laissent les fanatiques imposer leurs exigences à de jeunes esprits, voire soutiennent leur obscurantisme. Coupables, ceux qui veulent l’illusion réconfortante d’une unité factice plutôt que d’exiger le discernement, la justice et des sanctions implacables.

Coupables, ceux se donnent des airs de vertu en proclamant qu’ils sont Charlie et qu’ils sont horrifiés par cet énième attentat, mais se gardent bien de publier, partager, montrer à leur tour les dessins qui sont devenus le terrain sur lequel se livre l’une des batailles pour la liberté. Si, demain, tous ceux qui affirment défendre la France ou la République affichaient crânement ces caricatures à leurs fenêtres, sur leur lieu de travail, sur les réseaux sociaux, les islamistes auraient perdu.

Et coupables enfin, nous tous, coupables si aujourd’hui nous pleurons Samuel Paty, nous nous indignons, nous proclamons notre colère, mais que dans deux ou trois jours nous tournons la page, impatients de reprendre le cours normal de notre vie, impatients de faire comme si, après tout, la situation n’était pas si grave, impatients d’oublier que la barbarie tribale et l’islam théocratique totalitaire menacent notre peuple, notre patrie, notre civilisation.

Quand ils s’en sont pris aux blasphémateurs, je n’ai rien dit,
parce que je n’avais pas spécialement envie de blasphémer.
Quand ils s’en sont pris aux apostats, je n’ai rien dit,
parce que je n’avais pas besoin d’apostasier.
Quand ils s’en sont pris aux femmes ne portant pas le voile, je n’ai rien dit,
parce que ce n’était pas dans mon quartier.
Quand ils viendront s’en prendre à moi, restera-t-il quelqu’un pour me défendre ?

Les territoires conquis de l'islamisme

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Osons l'autorité

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Elisabeth Moreno compte diffuser la propagande LGBT à l’Education nationale

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La ministre des Sports Roxana Maracineanu et la Ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances (ouf!) Elisabeth Moreno inaugurent une fédération sportive réservée aux homosexuels à Paris, le 13 septembre 2020 © SIPA / Numéro de reportage : 00981107_000028

Dans le cadre du plan national pour l’Égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+, un site internet consacré aux « LGBTphobies » sera destiné aux professeurs. Ce n’est pas tout: la ministre Elisabeth Moreno souhaite carrément la création d’un guide d’accueil des « élèves trans ». Si elle s’en défend, l’école devient un lieu de propagande de la théorie du genre…


Elisabeth Moreno occupe le poste à l’intitulé orwellien de Ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances. Elle a présenté dernièrement son plan national d’actions pour l’égalité des droits, contre la haine et les discriminations anti-LGBT+. 

A lire ensuite: Alice Coffin, la femme barbante

À la lecture de ce plan, constatons d’abord que la novlangue des combats progressistes à la sauce butlérienne est aujourd’hui largement utilisée par nos élites. Il y est question de « société nouvelle, plus humaine et plus inclusive », de « rendre visibles les personnes LGBT+ », de ne plus « discriminer en fonction de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre », de lutter contre les « stéréotypes de genre » et les LGBTphobies « ancrées dans notre pays » (sic), ou encore de « personnes intersexes », etc.

Gageons qu’à la lecture du plan national de Mme Moreno, M. Blanquer demandera prochainement que chaque classe désigne au moins un « représentant anti-haine LGBT » 

Scoop : les médecins et gynécologues français seraient réputés pour leur irrespect vis-à-vis des lesbiennes et des femmes bisexuelles. Il est donc préconisé « d’offrir une prise en charge médicale – et notamment gynécologique – adaptée et respectueuse des lesbiennes et des femmes bisexuelles. » Nous attendons avec impatience la plaquette pédagogique qui explicitera les différences gynécologiques fondamentales de prise en charge entre les femmes hétéro, bi, lesbiennes ou non-binaires.

La grande entreprise de rééducation nationale

Parmi les quatre axes comptant « 42 actions et plus de 150 mesures concrètes » du plan, il convient de s’attarder sur l’axe Éducation nationale. 

Apprendre à nos enfants à lire, écrire et compter n’est plus à l’ordre du jour de la rue de Grenelle depuis longtemps. Les « apprenants » doivent devenir des citoyens modèles dressés à saluer les dernières « avancées » genrées, écologistes ou antiracistes déclinées par des ministres vertueux et des professeurs de « sciences de l’éducation » certains d’indiquer le seul « sens de l’histoire » qui vaille, le leur. Après s’être ému du discours de Greta Thunberg, M. Blanquer décida que chaque classe devait compter au moins un « éco-délégué ». Gageons qu’à la lecture du plan national de Mme Moreno, il demandera prochainement que chaque classe désigne au moins un « représentant anti-haine LGBT ».

A lire aussi: Pierre Palmade face au lobby LGBT

Avant cela, les professeurs vont avoir à leur disposition un site internet « pour lutter contre l’homophobie et la transphobie », les documentalistes des livres jeunesse montrant « la diversité des orientations sexuelles, des identités de genre et des familles » (sic), et chaque académie un observatoire de la haine LGBT+. De plus, « un guide d’accueil des élèves et des étudiants trans par l’ensemble du personnel va être élaboré. » La totale !

La fin des “documents administratifs genrés”

En 2013, lors du débat à l’Assemblée nationale sur le mariage pour tous, Mme Taubira s’était moqué des députés qui pensaient que les documents administratifs verraient un jour disparaître les mentions de « père » et de « mère ». « Je vous laisse à vos fantasmes », avait-elle déclaré en riant et en dénonçant « une campagne de panique des pseudo-suppressions des mots de père et de mère dans le code civil ou le livret de famille. » Le fantasme est pourtant devenu réalité dans certaines mairies. A son tour, Mme Moreno ne tient pas à ce que perdurent dans les établissements scolaires des « documents administratifs genrés » qui sont « une blessure pour les parents et pour l’enfant qui voit l’identité de sa famille niée. » (sic)

Qu’il faille lutter contre les discriminations, qui en douterait ? Mais des élèves ayant une connaissance de l’Histoire de France ou travaillant sérieusement les grands textes littéraires, politiques ou philosophiques seraient les plus à même de contrecarrer la bêtise homophobe ou raciste qui, dans ce pays, n’a quand même pas l’ampleur dramatique que lui prêtent tous les redresseurs de torts institutionnalisés.

L’école, qui devrait donner à chaque futur citoyen la possibilité de développer, chacun à sa hauteur et selon ses capacités, une nécessaire réflexion sur ces sujets d’importance réclamant lectures, analyses et subtilités intellectuelles, est devenue le fourre-tout des injonctions pseudo-humanistes ; elle dit aujourd’hui ce qu’il faut penser ; elle fait gober à nos enfants les thèses pré-mâchées des progressismes à la mode sociétale sans jamais les discuter. 

L’école se fourvoie

Les slogans lénifiants ont remplacé le travail et l’étude. L’école est devenue le lieu de la propagande progressiste.

A lire aussi: Les Anglais laissent tomber le T

Pour qui douterait du fourvoiement idéologique de l’Éducation nationale, je renvoie à l’excellent article de Corinne Berger dans le dernier numéro de Causeur (Fabrique du crétin, Mode d’emploi, page 38). Elle y montre, avec moult exemples, les choix idéologiques qui président à l’élaboration des manuels scolaires. Concernant le sujet qui nous concerne, le dernier manuel HLP de 1ère année (Histoire Littérature Philosophie) des éditions Hachette, dans un chapitre intitulé La hiérarchie des sexes en questions, cite un texte de 1963 de l’anthropologue américaine Margaret Mead (voir notre reproduction plus bas). Ce texte décrit trois tribus de Nouvelle-Guinée qui vivent différemment les relations hommes-femmes. C’est un texte descriptif, assez neutre, qui se conclut mollement sur la nécessité de ne pas voir appliquer systématiquement telle ou telle attitude à tel ou tel sexe. Bon. Là où cela devient intéressant, c’est lorsqu’on lit ce que les concepteurs de ce manuel appellent une « Question d’interprétation » : « Expliquez en quoi l’étude menée par Mead peut fonder la distinction contemporaine entre le sexe et le genre, en montrant comment cette étude pourrait être opposée à ceux qui la contestent. » Ceci n’est ni une question d’interprétation, ni une question tout court. Ceci est un tract politique qui dit ce qui est bien, et qui fournit des arguments pour une thèse prédéfinie. Ceci est de la propagande !

Benjamin Constant ou le goût du jeu

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Benjamin Constant (1767-1830). Gravure de la fin du XIXeme / début du XXeme siècle. © ABECASIS/SIPA Numéro de reportage: 00541600_000004.

Le billet du vaurien


Benjamin Constant a été un modèle pour moi. On a dit de lui qu’il était « le plus français de tous les Suisses ». On a dit la même chose de moi. Que je n’aie pas été à la hauteur de mon modèle, personne ne le contestera.

Il n’est pas donné à chacun d’écrire en trois semaines un chef-d’œuvre : Adolphe qui, comme Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, imprégnera des générations de jeunes lecteurs et donnera à leur vie sentimentale un tour qui n’est plus de mise aujourd’hui. Paradoxalement, Adolphe est un roman auquel Benjamin Constant qui en est à la fois l’auteur et le modèle, n’attachait que peu d’importance.

Cela ne lui donne que plus de valeur à mes yeux.

La politesse d’Athènes et la simplicité de Sparte

Benjamin Constant naît le 25 octobre 1767 à Lausanne, petite ville encore campagnarde de sept mille habitants, dont Voltaire qui s’en était épris, écrivait : « On y parle français, mais on y pense à l’anglaise ». Et encore : « On y joint la politesse d’Athènes à la simplicité de Sparte. » Peut-on rêver plus beau compliment ? Je doute que Lausanne le mérite encore, mais il en reste des traces. L’identité d’un lieu ou d’un être ne s’efface pas si facilement.

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Il n’est pas donné à tout le monde d’être orphelin : ce fut le cas de Benjamin Constant. Sa mère meurt peu après sa naissance et son père, le colonel Juste de Constant, le confie à de bien étranges précepteurs, dont le mieux inspiré lui enseignera à cinq ans déjà le grec, qu’il lui a présenté comme un langage secret à apprendre « par jeu ». Jamais d’ailleurs on ne fera appel en vain à son goût du jeu. Benjamin Constant, toute sa vie durant, jouera que ce soit en politique, en amour ou à la roulette, où il perdra des sommes considérables.

Son père me rappelle le mien : bien que distant – je n’ai jamais embrassé le mien -, il est fier de son fils : il en attend beaucoup. Il est vrai qu’à dix ans déjà, le petit Benjamin compose des opuscules, joue du clavecin et passe sa vie chez les demoiselles. Il va dans le monde et le juge : « Ils ont tous l’air de ne pas s’aimer beaucoup. » Et à quinze ans, il arrive à la même conclusion que moi encore adolescent : « Énigme du monde, j’ai peur qu’elle tienne en deux mots : propagation pour les espèces et douleur pour les individus. »

Si peu de mal et tant de plaisir

Son père, comme le mien d’ailleurs, lui donne quelques conseils pour ses entreprises de séduction- et elles seront multiples à commencer par Madame de Staël. Benjamin Constant est pénétré par la maxime des libertins que son père lui a enseignée: « Cela leur fait si peu de mal et à nous tant de plaisir! » Il a retenu également pour principe qu’un jeune homme doit éviter avec soin de faire ce qu’on nommait alors une folie, c’est-à-dire se marier. Et surtout pas avec une personne qui ne soit pas parfaitement son égale par la fortune, la naissance et les avantages extérieurs.

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Il sait que les femmes, enjeu de la vanité masculine, ont une destinée des plus courtes : à vingt ans, elles peuvent encore donner pendant quelque temps du plaisir, mais qu’après trente ans, écrit Constant, « que leur sert leur liberté, sinon à offrir ce dont personne ne veut ? » Il sait également que toute passion est une mise à mort, l’expérience nous enseignant que celui qui se donne le plus va au-devant des déboires les plus fâcheux : ce n’est jamais impunément qu’on sacrifie son amour propre à l’amour. Tel sera le thème d’ Adolphe que Sainte-Beuve, autre Lausannois d’adoption, qualifiera de « petit livre fin de siècle qui porte la marque de l’intelligence la plus aigüe et du dessèchement. »

Avenue Benjamin Constant

Benjamin Constant, un cœur sec ? Ce serait oublier que lui qui avait écrit dans sa jeunesse qu’il aspirait à avoir « les avantages d’un homme vivant noblement, c’est-à-dire utile ni à lui, ni aux autres », se rapproche du peuple, dénonce la traite des Noirs, lutte contre les privilégiés de son temps et défend inlassablement la liberté de la presse et le droit au suicide. Son libéralisme n’est pas une façade : il jaillit de loin. De la persécution des catholiques contre ses ancêtres protestants, des Vaudois subissant le joug des barons de Berne, de l’exil imposé par Napoléon à Madame de Staël, ainsi que de son bref passage dans les prisons de la Révolution. Sans doute tenait-il plus à son pamphlet contre Napoléon qu’à Adolphe. Lorsque paraît De l’esprit de conquête et de l’usurpation, réquisitoire décisif et prémonitoire contre toutes les formes de despotisme, Stendhal écrit : « Il est paru un chef-d’œuvre qui coûte 3 F. et 10 sous », ajoutant : « Certaines pages sont meilleures que Montesquieu. »

Lorsque je remonte l’avenue Benjamin Constant à Lausanne, je songe que j’aurais pu choisir pire comme modèle.

Adolphe

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Samuel Paty, récit de la chasse à l’homme d’un hussard noir

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Les forces de l'ordre gardent le périmètre de sécurité autour du quartier où le terroriste a été abattu à Eragny (95), le 16 octobre 2020 © ABDULMONAM EASSA / AFP.

Si pour l’heure nous manquons d’informations complètes sur le terroriste islamiste à l’origine de l’attentat survenu devant le collège de Conflans-Sainte-Honorine, nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’il n’est pas le seul coupable de ce crime, car Samuel Paty a été la victime d’une campagne massive, mensongère et haineuse au nom de la lutte contre « l’islamophobie », cette même lutte qui vise à instaurer le délit de blasphème pour l’islam en France.


Ce vendredi, Samuel Paty, 47 ans, professeur d’histoire-géographie au collège du Bois-d’Aulne a été égorgé à Conflans-Sainte-Honorine. L’assaillant est un homme de 18 ans né à Moscou qui aurait hurlé « allah akbar » avant d’assassiner sa victime. Il a été abattu par la police quelques rues plus loin du lieu du crime, à Éragny-sur-Oise, un couteau à la main.

Comment cet enseignant s’est-il retrouvé dans le viseur des islamistes ? 

C’est sur les réseaux sociaux que le lynchage aurait commencé…

À travers une vidéo publiée sur Facebook, le père d’une élève de 4ème, Brahim C., appelle tous les parents des camarades de sa fille à se mobiliser contre un enseignant d’histoire-géographie qui aurait montré pendant son cours « la photo d’un homme tout nu » pour le désigner comme étant le « prophète des musulmans ».

« Quel est le message qu’il a voulu passer à ces enfants ? Quelle est la haine ? Pourquoi cette haine ? » se demande Brahim C.. Il explique que lors de l’un de ses cours, l’enseignant aurait demandé aux élèves musulmans de lever la main puis de quitter la salle de classe. Sa fille de 13 ans aurait refusé de sortir et a été choquée suite à la diffusion de la fameuse « photo ». Toujours dans la même vidéo, le père explique que sa fille aurait été sanctionnée, exclue du cours pendant deux jours, car elle avait refusé de quitter la salle de classe à la demande du professeur.

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« Si vous pensez comme moi que l’on doit dire STOP, ne touchez pas à nos enfants, envoyez-moi un Smessage au 06 XX XX XX XX », c’est la conclusion que le père adresse aux parents d’élèves des 4ème du collège… Il fait vœu d’une action collective contre ce professeur qu’il qualifie de « voyou qui doit aller s’éduquer lui même », un homme visiblement nuisible pour les élèves et qu’il soupçonne, toujours selon ses dires, d’agir de « cette façon » à l’école depuis des années.

Dans une autre vidéo, la fille de Brahim C. et élève de la victime prend la parole à son tour. Elle y relate sa version de l’incident qui l’a opposée à son enseignant. Avant qu’elle ne puisse s’exprimer, l’homme qui tient la caméra, Abdelhakim Sefrioui, un islamiste qui sévit sur le territoire français depuis les années 80, connu pour son soutien au Hamas et membre du Conseil des imams de France, déclare que « L’abject a encore eu lieu. Nous avons assisté cette semaine à la réponse d’un voyou, qui est enseignant, à cet appel du président de la République qui est un appel à haïr les musulmans, à combattre les musulmans, à stigmatiser les musulmans ». Interrogée par Sefrioui, la version de Zaina est légèrement différente de celle de son père:

« On était en train de faire un cours sur l’islam et le prof a dit aux musulmans de lever la main (…) et qu’il va montrer une image qui va peut-être choquer, que si on voulait, on pouvait sortir du cours » raconte-t-elle. La jeune fille ajoute que l’image en question était celle du « prophète Mahomet sans vêtements et que le professeur l’avait montrée comme ça ». Elle exprime son choc et insiste sur le fait que « même les élèves non-musulmans » avaient été à leur tour choqués à la vue de l’image. « Ils ne nous respectent pas, pour eux nous ne sommes pas leurs égaux alors que nous sommes des humains comme eux » dit-elle, indignée.

L’enseignant aurait fait savoir à cette élève qu’elle dérangeait son cours et l’aurait exclue parce qu’elle aurait « exprimé » son ressenti, qu’elle était offensée. « Pourquoi s’en prend-il à notre religion ? Je ne vais plus aller à son cours », témoigne cette élève qui considère que ces images n’avaient pas leur place dans un cours d’histoire-géographie, que l’intention du professeur était de cibler l’islam dans le but de « rabaisser les élèves musulmans » de sa classe.

Campagne diffamatoire 

Le professeur aurait donc laissé le choix à ses élèves et pris en compte leur sensibilité avant de procéder à la diffusion des images. Il avait anticipé l’émoi que cela aurait pu provoquer chez certains de ces élèves musulmans. Il n’a donc pas juste exclu des élèves de son cours en raison de leur confession.

Ce n’est pourtant pas ce que Brahim C. a diffusé à ses abonnés sur Facebook ni aux parents d’élèves. Il a multiplié les publications à charge contre Samuel P. osant même condamner l’enseignant pour délit de participation « à la marche de Charlie » ! « Vous aimez votre prophète » lance-t-il à ses abonnés, « Vous avez l’adresse et nom du professeur pour dire STOP »… « Soyons fiers de notre religion et de notre prophète » écrit-il dans un autre post avant d’inciter une nouvelle fois à « faire le minimum », à savoir, envoyer « un courrier au collège ou au CCIF [le controversé Collectif contre l’islamophobie en France NDLR] ou à l’inspection académique ou au ministre de l’Éducation ou au Président ».

« Il faut virer ce professeur d’histoire du collège ! ». Dans sa vidéo, le père, Brahim C., regrette de l’avoir d’abord décrit comme étant un « professeur », il préfère l’appeler le « voyou d’histoire ».

Tout au long de sa campagne de haine contre Samuel P., il omettra de dire à son audience que c’était dans le cadre d’un cours d’éducation civique dédié à la liberté expression que des caricatures ont été montrées aux élèves. Il n’est même pas fait mention de dessins d’ailleurs, mais « de la photo d’un homme tout nu » qui aurait été désigné comme étant « le prophète des musulmans » par l’enseignant…

Le récit laisse ainsi penser à un enseignant haineux qui voulait humilier des élèves en raison de leur foi et qui les a sanctionnés lorsqu’ils ont refusé de se laisser faire. Un enseignant qui pratique la discrimination et ne délivre pas le même enseignement à ses élèves selon qu’ils soient musulmans ou non. Un enseignant qui diffuse la photo d’un homme nu à des adolescents. Jamais il n’est question d’un enseignant qui montre à ses élèves les caricatures de Mahomet pour lesquelles des journalistes ont été tués par des terroristes islamistes. 

C’est une cabale qui est lancée contre Samuel P. Elle aurait commencé le 5 octobre 2020. Une vidéo après l’autre, un statut Facebook après l’autre, un tweet après l’autre, il aura suffi de onze jours pour que la cible soit dessinée sur son dos.

Plusieurs personnes ont relayé les vidéos de Brahim C et ses messages sur les réseaux sociaux, certains ont d’ailleurs déjà supprimé leur compte depuis l’attentat. Sous le hashtag #Prof_islamophobe, on pouvait retrouver des tweets de musulmans expliquant qu’ils avaient échangé avec le père et qu’il fallait soutenir ce dernier.

Messages sur Twitter (1/3)
Messages sur Twitter (1/3)
Messages sur Twitter (2/3)
Messages sur Twitter (2/3)
Messages sur Twitter (3/3)
Messages sur Twitter (3/3)
Message sur Facebook
Message sur Facebook

De même, la mosquée de Pantin, connue pour ses positions hostiles vis-à-vis de Charlie Hebdo, a relayé le récit mensonger de Brahim C. au sujet de l’enseignant Samuel P..

La mosquée de Pantin a relayé l'appel sur Facebook.
La mosquée de Pantin a relayé l’appel sur Facebook.

Le site d’information islamique Alnas.fr, a fait « disparaître » juste après l’annonce de l’attentat, un article à charge contre l’enseignant titré « France : un professeur d’histoire expulse les musulmans de sa classe pour montrer les caricatures ». L’article a été remplacé par un autre sous la même URL avec ce nouveau titre : « Yvelines : un homme décapité en pleine rue, il s’agit du professeur qui avait montré les caricatures du Prophète ».

L'article d'Alnas avant qu'il ne soit modifié.
L’article d’Alnas avant qu’il ne soit modifié.
Le même article modifié après l'attentat.
Le même article modifié après l’attentat.

Jihad judiciaire 

Bien qu’il se soit tourné vers le rectorat et qu’il ait saisi la justice pour diffamation, pendant une dizaine de jours, plusieurs actions relevant du « jihad judiciaire » et de l’intimidation auraient été lancées à l’encontre de l’enseignant Samuel P.: saisine de l’inspection académique de Versailles et dépôt de plainte auprès de la police pour « discrimination », prise de contact avec le CCIF et des associations de parents d’élèves. Tant d’acharnement uniquement parce qu’il a fait son devoir, celui d’un hussard noir du 21ème siècle conscient des menaces qui pèsent sur son pays engagé dans la lutte contre l’islamisme, pour la laïcité et pour la liberté d’expression.

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Si le CCIF, qui se vante d’être à la pointe du conseil juridique, avait été réellement été saisi, comment Brahim C. pouvait encore ignorer que la diffusion des caricatures de Charlie Hebdo dans une classe et à l’occasion d’un cours d’éducation civique était un droit fondamental et faisait partie des prérogatives d’un enseignant de la République ? Comment pouvait-il ignorer qu’inciter à lyncher un enseignant sur les réseaux sociaux, à l’appeler et à lui écrire à son domicile ou à son lieu de travail relevait du harcèlement moral, un délit puni par la loi ? 

Le terroriste islamiste n’est pas le seul coupable…

Plus globalement, quelle est la responsabilité des militants anti-islamophobie quand ils diabolisent des professeurs qui finissent égorgés dans la rue pour avoir fait leur devoir ? Quelle est la responsabilité de ces mêmes militants quand des élèves, des journalistes, des policiers sont diabolisés et finissent tués ou encore sous protection policière au nom de l’islam ?

Cette diabolisation menée par des fausses victimes ou en leurs noms a toujours pour point de départ un discours victimaire. Ce même discours que l’on entend dans la bouche de cette élève de 4ème, une jeune Française de 13 ans, c’est aussi celui que l’on entend et qu’on lit chaque jour dans la presse de gauche française, que des “sot-ciologues” répètent à longueur de journée dans les amphithéâtres des universités, sur les plateaux des télévisions, dans les QG des associations, dans les vidéos des médias du service public ou encore qatari et saoudien. Ces discours, les jeunes et moins jeunes les lisent, les partagent, les commentent chaque jour sur les réseaux sociaux, et ils sont toujours portés par des comptes certifiés de journalistes, éditorialistes, de professeurs, de politiques, d’élus, de militants de gauche, de prédicateurs islamistes, d’imams bobos, de militants indigénistes et d’islamo-activistes… Tous sont des séparatistes. Ceux-là même qui hurlent au « pas d’amalgame » tout en assimilant les musulmans aux islamistes, et la critique ou la moquerie de l’islam à la haine des musulmans. Quelle est la responsabilité des chantres de l’islamophobie quand ils provoquent un syndrome de persécution chez ceux qui sont prêts à traquer, harceler, menacer ou tuer au nom de la lutte contre leur délit imaginaire ?

Il a suffi d’un peu plus d’une semaine pour qu’un enseignant sans histoire d’un petit collège de banlieue apparaisse sur le tableau de chasse des islamistes. Rien ne lui aura été épargné : harcèlement, diffamation, incitation à la haine, diffusion de ses coordonnées pour finir gisant sur le sol, décapité, non loin du collège où il enseignait avec courage et honneur les valeurs républicaines et la France de Charlie. Combien d’autres suivront son chemin dans l’indifférence des rectorats, des élus, des préfets ? Combien d’autres comme lui suivront le même chemin et seront jetés en pâture aux fous d’Allah sur les réseaux sociaux, terrains dominés par la gauche complice des islamistes ? Combien d’autres le sont en ce moment même ?

De la guerre et des moyens de la gagner

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L'enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli © BALTEL/SIPA

On ne peut pas être « en même temps » à l’extérieur et à l’intérieur des métaphores. « C’est une guerre », a dit Emmanuel Macron à propos du coronavirus il y a quelques mois — et il a pris, quoi qu’on en pense, des décisions de guerre : restrictions à la liberté de circulation, ausweis, accoutrement de combat, couvre-feu. Ce n’étaient pas des décisions anodines. Ce fut son choix.

« C’est une guerre », dit-il encore du terrorisme islamique. En quoi il a raison, mais il faut là encore s’en donner les moyens. Des milliers de terroristes dangereux se sont infiltrés dans le pays. Il faut les repérer par tous les moyens, et s’en débarrasser, en les renvoyant là d’où ils viennent. Quelles que soient les conséquences potentielles. Des Tchétchènes posent des problèmes ? Renvoyons-les chez Poutine. Des Syriens sont dangereux ? Remettons-les à Assad. Des Afghans sont fanatisés ? Ils se feront moins remarquer à Kaboul. Et s’il existe des Ouïgours menaçants, Xi Jinping sait quoi en faire.
Et ceux qui sont Français ? Il y a des policiers, il y a des juges, il y a des prisons. Oui, mais le droit des gens…
Si nous sommes en guerre, il faut suspendre le droit. On ne peut pas être dedans et dehors. Demandez-vous comment l’armée française a gagné la bataille d’Alger. Et en très peu de temps — parce que frapper ne se fait pas avec des gants, ni au compte-gouttes.

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Un parent d’élève s’est répandu sur la Toile en propos haineux qui étaient potentiellement des appels au meurtre — tout en se référant au CCIF, le Collectif Contre l’Islamophobie en France. Est-ce cette organisation qui lui paie l’avocat qui l’épaule nécessairement, à présent que le voici en garde à vue ? Sinon, qui ?

Quant aux responsabilités dans la mort de Samuel Paty…

J’aimerais déjà être sûr que certains, sur la foi de son prénom biblique, ne l’ont pas identifié comme juif — et je me fiche de savoir s’il l’était, je ne classe pas les gens en fonction de leur religion, moi. Tout ce que je sais, c’est qu’il était un enseignant d’expérience qui faisait bien son métier, et qui — l’information est absolument sûre — a été épaulé par la haute administration du Rectorat dès qu’a circulé la rumeur d’une plainte déposée contre lui par ce père de famille si chatouilleux. Samuel Paty suivait à la lettre le programme d’Éducation Morale et Civique.

Les responsabilités sont multiples et c’est aux enquêteurs de les démêler. Et même si l’on peut estimer que le chef d’établissement a ménagé la chèvre pédagogique et le chou parental, j’aimerais savoir si, conformément à ce qu’affirment diverses sources, certains de ses collègues se sont ligués contre lui — et auraient indiqué son adresse et ses heures de cours.
La police a tout intérêt à enquêter le plus vite possible. À saisir les portables et les ordinateurs de toutes les personnes impliquées de près ou de loin dans ce crime. À les faire parler au plus tôt. Entre le président des parents d’élèves, d’une redoutable ambiguïté, et tel syndicat qui localement a pu ne pas se solidariser immédiatement avec notre malheureux collègue, le spectre est large.

J’espère — j’espère vraiment — qu’aucun enseignant n’a prêté son concours, même indirect, même involontaire, à cette boucherie. Dire « on ne pouvait savoir » n’est en rien une excuse, parce que depuis quelques années, nous savons, et nous devons prévoir. Et nous savons aussi que bien des pseudo-intellectuels, sous couvert de combat contre le racisme, ont fomenté dans ce pays une ambiance bien peu sereine. Eux aussi portent une bonne part de responsabilité.

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Allons plus haut. Les Territoires perdus de la République, c’était il y a vingt ans. Le rapport Obin remonte au passage de Fillon au ministère de l’Education — un rapport enterré que quelques enseignants motivés, dont j’étais, ont publié en 2006. 2006 ! Une autre ère. Combien d’alertes ont été sonnées — en vain ? Combien de Cassandres ont prévenu — en vain ? Combien de rapports ont été élaborés — pour des prunes ? Le dernier a été remis à Blanquer cette semaine. Le ministre, qui a marqué son intention de ne rien laisser passer, sera impuissant s’il n’a pas l’appareil d’État avec lui. Tenez, faisons-lui une suggestion, affichons les caricatures de Mahomet dans tous les établissements scolaires, affichons-les partout dans les rues. Si le ministre appuie la liberté de blâmer, alors je pourrai sans flagorner en faire un éloge flatteur.

Allons, autant s’y risquer nous-mêmes…

Dessin de Luz dans "Charlie Hebdo"
Dessin de Luz dans « Charlie Hebdo »

Enfin, soyons cyniques. Emmanuel Macron, qui n’est pas au mieux — ni son Premier ministre — dans l’opinion publique, et son parti encore plus bas, regagnerait la confiance de ses concitoyens s’il choisissait enfin de désambiguïser son discours et d’opter pour la guerre — puisqu’aussi bien elle a été déclarée de l’autre côté. La guerre qui est la continuation de la politique par d’autres moyens. « En même temps » fut le slogan de sa première campagne. « Écrasons l’infâme », comme disait Voltaire, pourrait être celui de sa seconde victoire.

Bien sûr que je ne mets pas…

>>> Lire la fin de l’article sur Bonnet d’âne, le blog de Jean-Paul Brighelli <<<