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Enquête: Facs, le grand déraillement

Si tant de discours creux sur la race, le genre et les colonies résonnent aujourd’hui dans les amphithéâtres de sciences humaines, c’est probablement parce que l’habitude de délirer à tout propos avec autorité s’y est solidement implantée au fil des décennies.


Elle se nomme Rachele Borghi. Le 8 janvier 2021, elle a publié sur les blogs de Mediapart une longue tribune protestant contre l’organisation d’examens partiels par temps de Covid. Anecdotique sur le fond, son texte est remarquable sur la forme. Intégralement en écriture inclusive, il oublie souvent les accords élémentaires de grammaire et multiplie les fautes grossières ; « les étudiant.e.s se sentent méprisé et intimidé », « plusieurs étudiant.e.s ont été fiché », « épistémologies guérillères » pour « guerrières », etc. Ce serait amusant, sans plus, si Rachele Borghi n’était pas maître de conférences en géographie à Paris-Sorbonne (Paris IV). Ses travaux sont difficiles à résumer. Partie du thème de la ville genrée faite pour les hommes, en particulier au Maghreb, elle a dérivé vers l’analyse du potentiel subversif de la sexualité. Sa production est émaillée de phrases telles que : « Au sein du transféminisme, le post-porn a pour objectif d’atteindre et de perturber les mécanismes de domination, y compris les mécanismes de la domination post-coloniale »… Ceux qui veulent se rassurer peuvent se dire qu’il n’y a rien de bien nouveau. Dans les années 1950, déjà, le psychanalyste Wilhelm Reich entendait remplacer les centrales thermiques par des accumulateurs captant l’énergie abondante et gratuite des orgasmes planétaires qu’il avait baptisée l’orgone. La différence préoccupante entre les deux époques est que Reich a rapidement été mis au ban de la communauté des chercheurs, alors que Rachele Borghi est clairement dans l’air du temps. Cela en dit moins sur ses mérites que sur l’état des sciences humaines. Si tant de discours creux sur la race, le genre et les colonies résonnent aujourd’hui dans les amphithéâtres, c’est probablement parce que l’habitude de délirer avec autorité s’y est solidement implantée au fil des décennies.

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La genèse du phénomène est complexe. Est-ce à cause des Mythologies de Roland Barthes ? À considérer que tout peut être objet d’études, en vient-on fatalement à étudier n’importe quoi ? Les historiens des idées répondront peut-être un jour. En attendant, le résultat est sous nos yeux. L’écart traditionnel entre les sciences humaines et les sciences dures (maths, physique, biologie, etc.) est devenu un gouffre. L’astrophysique, la génétique et les neurosciences avancent à pas de géant depuis vingt ans : détection des ondes gravitationnelles en 2016, première photo d’un trou noir en 2019, diffusion des anticorps monoclonaux, renouveau complet de la paléoanthropologie permis par les études d’ADN, etc.

Les sciences humaines, de leur côté, ne font pas du sur-place, elles s’écroulent de l’intérieur. Le phénomène est quantifiable en psychologie, discipline frontalière entre sciences humaines et sciences tout court. C’est la fameuse « crise de reproductibilité ». En 2015, Science a publié une étude associant 270 chercheurs, visant à reproduire 100 expériences psy fondamentales. À peine plus d’un tiers (36 %) des réplications a confirmé les résultats originaux. Or, les professionnels n’en ont tiré aucune conséquence. Invalidée par de multiples expériences, la théorie de la « mémoire traumatique » est en train de se diffuser en France, après avoir été invalidée aux États-Unis il y a vingt ans.

Canulars, cote d’alerte

Du côté des disciplines résolument non expérimentales, la facilité avec laquelle les publications spécialisées acceptent les canulars les plus énormes est déconcertante. Les chercheurs Sokal et Bricmont avaient montré la voie en 1996, piégeant la prétentieuse revue postmoderne américaine Social Text. Le texte qu’ils lui avaient envoyé prétendait appliquer à la politique et à la linguistique les avancées de la physique quantique. Les éditeurs s’étaient laissés abuser par un verbiage complexe, mais vide de sens. En 2018, une journaliste, un mathématicien et un philosophe (Pluckrose, Lindsay et Boghossian) sont allés infiniment plus loin. Ils ont réussi à faire publier sept articles d’une stupidité si grossière que l’expérience n’est plus hilarante, mais glaçante. Il était question de développer un culturisme inclusif pour obèse, d’expérimenter le port du plug anal pour soigner les homophobes, d’analyser la culture du viol chez les chiens dans les parcs et de dénoncer l’astronomie, science « intrinsèquement sexiste ». Constat effarant, ce denier article a été dépassé par la réalité. En 2019, trois chercheurs de l’université canadienne de Concordia se sont vu attribuer une bourse d’études de 163 000 dollars canadiens (96 000 euros au cours actuel), pour « décoloniser la lumière ». Comme l’explique le site decolonialisme.fr, il s’agit de « contribuer à l’écriture d’une nouvelle histoire de la lumière et des couleurs qui brisera l’hégémonie blanchiste et masculiniste » qui veut que le blanc soit lumière, et le noir, obscurité. « L’anus comme laboratoire de pratiques démocratiques » n’est pas davantage un canular. C’est un des thèmes de recherche de Rachele Borghi. Dans la Sorbonne d’aujourd’hui, il convient de ne pas en sourire.

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Les chercheurs James Lindsay, Helen Pluckrose et Peter Boghossian, auteurs du « canular Sokal au carré » © Mike Nayna

La réhabilitation du mouvement perpétuel, de la sorcellerie et du vaudou

On pourrait penser que ces délires sont réservés à des universitaires en poste, se livrant à leur lubie une fois installés dans quelque sinécure. Hélas, le mal est plus profond, comme en témoigne ce mémoire de master 2 en science politique, sur « l’impossible émergence de l’énergie libre au sein du système scientifique et capitaliste actuel », présenté en 2016 à l’université d’Auvergne, sous la direction du professeur Klaus-Gerd Giesen. En 104 pages, avec tous les dehors extérieurs du sérieux (plans, notes de bas de page foisonnantes, bibliographie), il réhabilite la machine à mouvement perpétuel. « Représentant une alternative véritable au système énergétique capitaliste », écrit l’étudiante, « l’énergie libre » dérange ! Les puissants la cachent, pour sauver les industries du pétrole et du nucléaire. Contrôlant les délivrances des brevets, ils ne reculent pas devant les pressions et les menaces.

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Causeur a vérifié que l’étudiante qui a brisé ce tabou n’avait pas été jetée dans un canal, les pieds coulés dans le ciment. Nous sommes heureux de vous annoncer qu’elle va bien. Aux dernières nouvelles, elle tenait une épicerie bio dans la montagne bourbonnaise. Nos sciences humaines, en revanche, vont très mal. Selon les données du système d’information sur la recherche et les études doctorales (Siredo), le taux d’abandon des thésards en histoire, littérature, sociologie, etc., frôle les 45 %, alors qu’il est négligeable en sciences dures. 90 % des thèses en sciences sont financées par un partenariat quelconque, contre un tiers seulement en sciences humaines (en rangeant parmi ces dernières le droit et l’économie !). Parce que les financeurs sont bassement utilitaires ? Ou parce que nombre de thèses d’anthropologie, de sociologie ou de littérature décoloniale n’ont strictement aucun intérêt ? Le doyen de l’UFR lettres et philosophie de Bourgogne, Henri Garric (qui a qualifié Causeur de « torchon raciste et sexiste » fin 2019) s’est spécialisé dans l’étude des messages politiques dans Pif le chien. Il a organisé un colloque international sur ce sujet, toujours en 2019.

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En 2017, l’université de Nancy a examiné une thèse de 676 pages sur la géobiologie (« Géobiologie, fengshui et démarche environnementale dans l’habitat »). Un seul mot suffisait : foutaises. L’auteur admet d’ailleurs dès l’introduction que les livres qui traitent de géobiologie « sont souvent classés au rayon ésotérisme des librairies, à côté des ouvrages de sorcellerie ». Il y a bien entendu mille choses à raconter sur le vécu des géobiologues, ce qui permet de ne jamais dire ouvertement qu’ils délirent gentiment. Sous couvert de neutralité, d’ouverture d’esprit et de refus des jugements de valeur, de nombreux mémoires et thèses en viennent ainsi à légitimer l’obscurantisme. La prestigieuse université de Lausanne examine en 2019 le mémoire de Master de A. P. prenant pour argent comptant l’influence bénéfique de la musique sur les plantes, elle cite avec déférence Joël Sterheimer, alias Évariste, chanteur des années 1960 prétendant remplacer les phytosanitaires par de la pop ou du classique. Déclinaison musulmane de l’exorcisme, la roqya est un champ d’exploration de plus en plus fréquenté par les sociologues, ethnologues et anthropologues. Tous se font un devoir de suspendre leur jugement, jusqu’à la petite phrase qui réhabilite en douce la bêtise et les superstitions : « La maladie chronique prend une autre dimension à la lumière d’autres soins non conventionnels tels que la rouqya. Un mal réinterprété et pris en charge dans une pluralité thérapeutique met en évidence les limites, voire l’impuissance de la médecine » conventionnelle. Signé F. Z. C., université de Provence, thèse sur la roqya soutenue en 2007.

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Si l’enquête sur l’islamo-gauchisme à l’université que Frédérique Vidal a demandée voit le jour, tout porte à croire qu’elle exhumera des travaux lamentables et des doctorats complaisamment accordés sur la base de thèses indigentes, mais pas plus que dans d’autres champs des sciences humaines et sociales. La seule bonne nouvelle, c’est qu’en dix ans, le nombre de personnes inscrites en thèse dans ces disciplines a reculé de près de 25 %.

Union européenne: quand Macron brade le siège de la France au Conseil de Sécurité de l’ONU

Une tribune libre de Jérôme Rivière et Thierry Mariani, députés européens.


La série Baron Noir l’avait mis en scène, mais le président français donne corps aux imaginations les plus débordantes des scénaristes de la brillante série politique française : le partage du siège de la France au Conseil de Sécurité de l’ONU apparaît comme une fin logique à la marche en avant des textes votés à Bruxelles. La chimère de la souveraineté européenne, malgré l’échec totale des institutions de Bruxelles à gérer la crise du Coronavirus, ne semble pas avoir quitté l’esprit des macronistes présents à Bruxelles, et de leurs amis et alliés des Républicains.

Encore une perte de souveraineté

Le Parlement européen, par le biais de la commission des Affaires étrangères, vient de présenter un rapport sur la 76ème session de l’Assemblée générale des Nations-Unies, au sein de laquelle il entend faire de l’Union européenne un acteur à part entière. Le rapport, rédigé par une élue socialiste, a été voté par les députés européens du PPE (au sein duquel siègent les élus LR français), de Renew Europe (dont sont membres les macronistes, emmenés par l’ex-Ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau), des Verts, et du groupe Left (auquel est rattachée la France Insoumise).

Ce rapport entend donner à l’Union européenne un rôle essentiel dans les relations internationales, en tant qu’« acteur global ». À Bruxelles, ces mots ont un sens : il s’agit en fait ici de conférer à l’Union européenne une fonction d’acteur exclusif. En conséquence de quoi, les diplomaties nationales des pays membres doivent, à terme, baisser pavillon devant des représentants non élus, acquis à la cause atlantiste, et ne représentant aucunement les peuples européens, aux intérêts diplomatiques pourtant parfois opposés. Les promoteurs du rapport entendent en effet confier à l’Union européenne en tant que telle un siège de membre permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.

Emmanuel Macron, le déconstructeur

Une fois de plus, lorsqu’il est question, de son propre aveu, de déconstruire ce qu’est notre pays, Emmanuel Macron et ses relais au sein du Parlement européen font part d’un activisme pour le moins étonnant tout en s’entendant parfaitement pour accélérer l’écroulement des murs porteurs de la France.

Avec le Brexit permettant à la Grande-Bretagne de conserver désormais toutes ses prérogatives en termes d’autonomie diplomatique et de souveraineté, c’est par conséquent le siège de membre permanent de la France, doté de surcroit du droit de veto, qui est dans le viseur de Bruxelles. Emmanuel Macron a déjà fait, si l’on peut dire, la moitié du travail dans ce sens : par le traité d’Aix-la-Chapelle, la France s’est liée depuis 2019, en termes de choix internationaux, au seul bon vouloir de l’Allemagne. Pour reprendre les termes de Margaret Thatcher, « l’Allemagne a désormais obtenu en temps de paix ce qu’elle n’avait pu imposer par la guerre ».

L’Union européenne à la botte de l’Allemagne

Aujourd’hui, l’Union européenne apparaît de plus en plus pour ce qu’elle est : le cheval de Troie d’une Allemagne qui rêve de réinstaller sa puissance et de dicter ses quatre volontés aux peuples européens. Elle en contrôle d’ailleurs l’ensemble de ses organes : la Commission qu’elle préside, le Parlement européen quant à ses structures, la BCE par son seul pouvoir décisionnaire, et le Conseil par le mécanisme du vote à la majorité qualifiée. Avec la prise du siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, l’Allemagne, utilisant la matrice de l’Union européenne, effacerait 75 ans de notre diplomatie souveraine, imposée par les sacrifices des Français et la volonté du général de Gaulle, avec le concours actif du Président de la République Emmanuel Macron.

Qui prouve ainsi que ce n’est pas seulement notre histoire qu’il entend déconstruire, mais tout simplement le statut international de la France, et sa crédibilité dans le concert des Nations.

Salomon, vous êtes noir?

Je ne marcherai plus dans les plaintes des offensés professionnels qui se sentent humiliés par la vue d’un comédien grimé en noir. Je ne peux pas croire que mes compatriotes noirs soient incapables d’apprécier l’humour, le second degré et l’autodérision.


Plus ils braillent et moins j’y crois. Plus ils nous accusent de leur manquer de respect et plus le mot sonne faux et creux, comme en banlieue ou comme dans un film de mafieux. Au début, comme tout le monde, je suis tombé des nues, mais j’y ai cru. J’ai pensé que puisqu’ils se disaient offensés, c’est qu’il devait y avoir offense. La première fois, ça venait des États-Unis. Dans mon souvenir, un type avait mis un sombrero pour une soirée déguisée sur un campus et avait essuyé les reproches de Mexicains qui se disaient insultés, ou en tout cas de ces universitaires bas de gamme qui impressionnent les ploucs à coups de concepts fumeux, ces imbéciles diplômés qui se gargarisent de leur jargon, ceux qui voient mieux que les autres ce qui se cache derrière les apparences, en l’occurrence du suprématisme blanc derrière des blagues et de l’oppression coloniale derrière la liberté de jouer avec les caricatures ou les clichés. On ne rigole pas avec les identités ! Ah bon ? Même dans le monde libre ? Et depuis quand ? Depuis l’arrivée du woke qui renoue avec la grande tradition du maccarthysme, mais par la gauche. On a tous été sidérés, mais il faut bien se rendre à l’évidence, quand on peut perdre son travail pour un mot de travers prononcé il y a vingt ans, c’est que l’Amérique s’est mise à la mode du procès stalinien.

La brigade de la bien-pensance

Et puis c’est arrivé en France. Et à mes compatriotes noirs qui semblent croire qu’ils vivent à Paris ou à Marly-Gomont comme en Alabama en 1960, j’ai accordé le bénéfice du doute. Quand Antoine Griezmann s’est grimé pour une fête costumée en basketteur noir, je me suis dit que tout le monde peut se tromper et se sentir offensé, même les nouveaux inquisiteurs de la nouvelle religion qu’est l’antiracisme woke, qui veut dire éveillé, comme si avant eux et leurs lumières, nous vivions endormis dans l’obscurité, voire dans l’obscurantisme; j’ai pensé qu’il fallait être compréhensif avec ces esclaves imaginaires victimes de leurs fantasmes de ségrégation et de domination, et conciliant avec ces Noirs professionnels qui prennent les discriminations ressenties pour des discriminations réelles et forcément raciales. J’ai voulu les croire sincères dans leur procès contre le footballeur, plus désarmant de candeur qu’armé de mauvaises intentions, qui porte l’innocence sur sa figure, même noircie.

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Ensuite il y a eu la pièce d’Eschyle et ils ont remis ça en mode offensé et offensif quand les nouveaux SA du totalitarisme qui vient si on ne le tue pas dans l’œuf, les brigades et les ligues de défense noire africaine et de lutte contre la négrophobie sont venues en force bousculer des comédiens et interrompre le spectacle. J’ai commencé à avoir des doutes sur la réalité de leurs sentiments et des interrogations sur la possibilité de leurs ressentiments quand on leur a expliqué poliment et patiemment, et qu’ils n’ont pas compris ou ont fait semblant de ne pas comprendre que ce qu’ils prenaient pour des blackfaces, ces caricatures humiliantes de Noirs qui remontaient au XIXe siècle, n’en étaient pas. « Des masques grecs ! » leur a-t-on répété sur tous les tons et comme ils ne voulaient rien savoir, rien de ce que le monde occidental avait été sans eux et avant eux, depuis l’Antiquité jusqu’à l’immigration massive de la fin du XXe siècle, je me suis demandé s’ils étaient malhonnêtes ou malcomprenants.

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Mais avec la troisième tentative d’intimidation autour de cette image fascinante de Gérard Darmon, qui illumine l’actualité d’une vérité réjouissante en nous montrant que la couleur n’est rien d’autre que la surface des choses, j’ai perdu confiance. Cette photo qui nous montre surtout qu’en Othello, l’acteur est un Maure plus vrai que nature, que la personnalité d’un homme et le talent de sa composition peuvent presque nous faire oublier sa race, et que l’on finirait presque, en le regardant bien, par oublier que dans la vie, Darmon est blanc, comme on avait presque fini par oublier, à l’époque où la race n’était pas un sujet et encore moins une obsession, à l’époque si française d’avant l’antiracisme, à l’époque de l’a-racisme, que Yannick Noah était à moitié noir. C’est donc avec cette dernière exigence de repentance et d’excuses que j’ai perdu foi en la bonne foi, la bonne volonté et les bonnes intentions des militants de la différence d’abord.

L’importance du second degré

Avec cette dernière offensive du woke – dernière à l’heure où nous mettons sous presse –, j’ai définitivement cessé d’y croire. Je n’ai pas réussi et pas voulu me résoudre à cette idée mauvaise que mes compatriotes noirs dans leur ensemble puissent être aussi bouchés et aussi mal embouchés que les activistes complexés de l’appropriation culturelle. Je ne peux pas et ne veux pas croire que les Français noirs qui travaillent, élèvent des enfants, s’épanouissent dans des passions joyeuses, qui ont des amis et des amants dont, en bons daltoniens, ils ne voient plus les couleurs, soient des handicapés du second degré. Je ne veux pas croire que ces Français normaux puissent manquer de distance, d’humour et d’intelligence, parce que ceux que je connais, et certains que je ne connais pas non plus, n’en manquent pas, parce que derrière le chanteur Kamini ou le champion de boxe Patrice Quarteron, il y a des milliers de citoyens français noirs adultes. Je ne veux pas, parce que croire que les Noirs de France seraient plus cons et plus susceptibles que moi qui rit de bon cœur quand je revois de Funès en Rabbi Jacob, voilà ce qui serait condescendant, voilà ce qui serait raciste.

« Le Monde » s’inquiète: CNews s’est transformée en « machine infernale »

Dans un article du Monde, analysant le succès de CNews, la chaîne d’information est accusée de banaliser l’extrême droite en ressassant ses thèmes de prédilection. Mais ces thématiques ne sont pas propres à l’extrême droite. Ce sont même des soucis et des inquiétudes partagés par le plus grand nombre.

Ce sous-titre ne se veut pas provocateur. Quand Le Monde écrit que « CNews banalise l’extrême droite » à partir d’une approche partiale des débats de cette chaîne, de ses animateurs et de ses chroniqueurs, il me semble en effet rendre un hommage paradoxal à ce qu’il prétend dénoncer. Voyant l’extrême droite où elle n’est pas, il élargit ainsi paradoxalement une influence qui n’en avait pas besoin.

Pour être au moins à trois reprises sur CNews, chaque semaine, une fois avec Clélie Mathias et deux fois avec Pascal Praud, je peux témoigner que ce qui nourrit les échanges se rapporte en effet notamment à « insécurité, délinquance, islam, identité » mais aborde aussi beaucoup d’autres thèmes.

Une chaîne qui répond aux inquiétudes du plus grand nombre

Le tour de passe-passe du quotidien et de la rédactrice de l’article est de qualifier ces quatre sujets de « thématiques de l’extrême droite » comme si cette dernière en était la créatrice, la dépositaire, la propriétaire exclusive sans qu’elles relèvent d’un sentiment collectif, d’une inquiétude et de préoccupations partagées par beaucoup.

À lire aussi, du même auteur: Tribune des militaires: on s’attarde sur l’écume des choses!

En réalité, ce n’est pas l’extrême droite qui est venue irriguer ou gangrener certains esprits de CNews mais ces derniers qui animés par une vision conservatrice de la société et de l’État ont naturellement réfléchi et débattu sur des problématiques dont il aurait été surprenant qu’elles ne rejoignent pas, par leur nature populaire et générale, les obsessions de l’extrémisme de droite comme les dénis de l’extrémisme de gauche.

S’en tenir à une perception qui interdirait à tout ce qui n’est pas d’extrême droite de traiter de ce que l’extrême droite a adopté pour terreau essentiel, reviendrait à priver CNews, tous ceux qui participent, au fil de la journée, à sa réflexion collective sur un mode passionné ou serein, les téléspectateurs qui la regardent et la suivent de plus en plus, de ce qui, chez les citoyens, est prioritaire.

À lire aussi: Police, justice: même combat!

Il y a évidemment des représentants du RN, comme ceux d’autres partis, qui sont invités sur CNews mais il est de la plus élémentaire malhonnêteté, alors que rien ne laisse apparaître une quelconque inféodation partisane au RN, de laisser croire l’inverse. Comme si ne pas voter pour le RN était un motif de discrédit supplémentaire et révélait de basses arrière-pensées. Derrière cette pression subtile, il y a l’envie perverse de contraindre à des justifications qui n’ont pas lieu d’être.

L’inquisition du Monde

Il faut rappeler qu’être conservateur n’est pas une tare et que cette disposition d’esprit ne constitue pas CNews et ceux qui s’y expriment comme des séides du RN. Qu’on mette en parallèle la substance de la pensée et des analyses conservatrices et le flou impressionnant du RN, et il sera facile de constater leur différence.

On pourrait d’ailleurs s’étonner que dans l’espace républicain il soit quasiment obligatoire de devoir se défendre d’appartenir à une mouvance qui, à ce que je sache, n’est pas interdite et draine un si grand nombre d’électeurs que des ministres en oublient leur mission principale pour se vouer à la chasse à Marine Le Pen.

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Certes CNews pourrait être flatté de se voir consacrer par Le Monde – ce n’est pas la première fois – une attention, une inquisition qui révèlent pour le moins son importance, son impact et son intolérable et inexplicable succès, pour ses contempteurs.

Les raisons du succès de CNews

La clé du mystère est peut-être dans cette critique qui, contre son gré, va à l’essentiel : « avec sa parole prétendument décomplexée, ses clashs et ses commentaires à l’emporte-pièce, CNews ne cesse de gagner du terrain ». Il y a de la liberté, de la spontanéité, de la contradiction (trop vite qualifiée de « clashs » !), du simplisme sûrement (d’où est-il absent à tout coup médiatiquement ?), en tout cas une volonté de ne pas faire preuve d’une pudeur de chaisière face au réel, aux angoisses du peuple, aux drames du quotidien, sans jamais tomber dans la condescendance confortable du surplomb.

S’il était admissible de donner un conseil de lecteur compulsif du Monde au Monde, je lui suggérerais d’opérer une révision sur CNews et de ne plus colporter de tels poncifs, qui lui font sans doute plaisir mais sont aussi éloignés de la vérité de cette chaîne que possible. Le pluralisme n’existe pas pour qui a décidé de le présumer absent.

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Ce serait enfin une expérience digne d’intérêt pour ce quotidien à la fois irremplaçable et partial de se pencher sur d’autres médias. Par exemple France Inter, une matière formidable: un progressisme mondain, des préjugés à foison, un réel à épurer, des intelligences plus donneuses de leçons que de vérités…

Sans doute Le Monde refusera-t-il ma recommandation.

Mais qu’il prenne garde au fait qu’en accusant faussement CNews de banaliser l’extrême droite, il banalise celle-ci…

Le Mur des cons

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Cette autre guerre pour laquelle nous n’avons pas trouvé le vaccin

Nous ne sommes plus assignés à résidence mais un autre combat nous attend…


Depuis plus d’un an, médecins généralistes, infectiologues et bactériologues ont envahi les plateaux de télévision. Au nom de la lutte contre la Covid, à coup de sentences dramatiques et de prédictions apocalyptiques, nos guérisseurs – enfin nombre d’entre eux – ont crié au loup et réclamé l’assignation de tous à résidence. L’histoire est connue : contre les petits couvre-feux décrétés par l’Élysée, la poursuite du moyenâgeux confinement.

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Un temps aux ordres, Emmanuel Macron a finalement repris la barre pour renvoyer ces « enfermistes » – selon le néologisme à la mode – dans leur pénates, c’est-à-dire à l’hôpital. Il n’empêche que la petite musique fait encore effet. Qui de mieux que nos vénérables blouses blanches bardées de diplômes pour conduire la guerre contre le virus ? Quoi de plus efficace que de confier les clefs du camion aux hommes d’expérience, qui passent leur temps les mains dans le cambouis ? N’est-il pas logique de faire confiance à ceux qui savent, postés en première ligne ? Transposons une seconde le raisonnement.

La grande muette muselée

Alors que la France vit au rythme du meurtre de ses policiers, des menaces contre ses enseignants, des embuscades quotidiennes contre ses forces de l’ordre dans des quartiers noyautés par l’islamisme, un médecin-chef pointe le bout de son nez : l’armée. Non pas pour réclamer les pleins pouvoirs mais confirmer le diagnostic de sécession, connu de tous mais contesté par quelques aveugles. Et cette fois, nul accueil respectueux, nulle dévotion laudative venue d’en haut. La grande muette est payée pour se taire, les militaires doivent garder bouche close. Anonymes ou à visages découverts. Quand c’est la guerre, la vraie, qui débarque, les hommes habitués à combattre la maladie sont condamnés au silence.

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Évidemment, tous les prétextes sont bons. Certains font mine d’y voir le spectre du putsch, érigeant nos militaires « factieux » en nostalgiques du coup de force. D’autres occultent les dispositions constitutionnelles, confondant l’état de siège, décrété en Conseil des ministres, avec la dictature pure et simple. D’autres encore chassent l’air du temps d’un revers de main, persuadés que le refrain de l’onctueuse diversité, couplé au vivre-ensemble, suffira à recouvrir la tonalité mortifère de l’époque. Mais tous ont en commun de faire comme si le cancer n’était pas là, depuis longtemps, rongeant peu à peu chacun des organes du corps social.

Les militaires diagnostiquent les problèmes

De l’Education nationale à la Justice, en passant par les universités et les partis politiques, la pétrification et les accommodements nourrissent l’affection qui attaque la chair jusqu’au squelette. La France se désagrège, prise en sandwich entre les obscurantistes new age, qui prennent Napoléon pour Hitler et confondraient Jésus avec l’Antéchrist, et les amoureux transis pour tous les prétendus dominés, qui rêvent d’abattre la stèle de Jeanne d’Arc pour remplacer la pucelle de Domrémy par la nouvelle icône racisée Assa Traoré. Les libérateurs d’hier sont supplantés par les colons du jour.

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Que l’armée sonne la charge, c’est à première vue stupéfiant. En quelques jours, l’antimilitarisme a disparu. L’esprit 68, que d’aucuns voulaient liquider, s’est évaporé comme par magie. Les sondages révèlent un peuple aussi soucieux de la faillite de l’État que confiante à l’égard de ses forces armées. Mais le plus frappant, c’est la cécité du gouvernement face à l’évidence : les militaires ne se sont pas dressés en qualité de décideurs, mais de diagnostiqueurs, rompus à l’art de l’hostilité. En officialisant la catastrophe, ils ont tiré la sonnette d’alarme. Reste à espérer que nos dirigeants finissent par entendre leurs officiers comme ils se sont inclinés devant le Conseil scientifique. Car la guerre annoncée par les képis est d’un autre calibre. Qu’un vaccin ne suffira pas à endiguer.

Police, justice: même combat!

Une tribune libre de Jean-Paul Garraud


L’actuel ministre de la Justice a été copieusement hué, hier, lors de la manifestation policière devant le Palais-Bourbon.

C’est là l’inévitable sanction d’une image identifiée de longue date à la cause des criminels, fruit de tout un parcours et de postures insupportables pour ceux qui, eux, se battent pour la cause du respect des lois et du maintien de l’ordre public, au péril de leur vie, dans des conditions matérielles souvent indignes. Ces policiers qui sont exposés à l’agressivité d’une partie de la population, aux yeux de qui ils font même parfois aujourd’hui figure d’ennemis, dans la guerre civile larvée qui est menée à notre pays et à son État sur plusieurs parties de notre territoire.

Avec lui, et, bien entendu, au-delà de sa contingente personne, c’est l’institution judiciaire qui a été prise comme bouc émissaire des incompréhensions et frustrations des manifestants.

À cet égard, en se pavanant au milieu d’eux, le ministre de l’Intérieur, au mépris de la dignité de sa fonction et de la plus élémentaire solidarité gouvernementale, est venu accréditer les procès faits à la Justice, jetant de l’huile sur le feu et contribuant ainsi, de manière irresponsable, à la dégradation des relations entre des institutions qui sont des piliers essentiels de la République et doivent œuvrer ensemble dans la plus étroite complémentarité.

Certes, de la harangue d’Oswald Baudot (« soyez pour le voleur contre la police »…) au « mur des cons », des magistrats, dans un militantisme soixante-huitard dévoyé, ont puissamment et durablement altéré l’image du corps judiciaire auprès de ces auxiliaires de la loi pénale.

Certes, l’évolution contemporaine du droit répressif, sous la pression de l’idéologie anti-pénale et anti-carcérale, dans le sens de l’évanescence des peines et de la multiplication des embûches procédurales, n’a pu manquer de démobiliser et démoraliser ceux qui sont les premiers acteurs de la répression sur le terrain. C’est là une lourde responsabilité des gouvernants, de toutes couleurs, et, présentement, d’un gouvernement qui, pendant que se déroulait la manifestation de ce jour est en train de faire voter un texte qui, à côté de quelques « gadgets » rajoutés en catastrophe pour essayer de calmer la colère, va amplifier l’incertitude des peines et, compliquer encore plus le travail des enquêteurs (délais imposés, contradictoire introduit, surprotection des confrères de Me Dupond-Moretti etc.) : on n’est pas plus cynique et hypocrite !

Mais, nos amis policiers doivent comprendre que toute la magistrature, très loin de là, n’est pas dans cet état d’esprit, et que, nombre de ses membres partagent les mêmes attentes : celle du rétablissement de la confiance entre les partenaires d’une même mission au service de la sécurité publique ; celle d’une révolution, juridique et matérielle, dans les outils de travail à cette fin.

Oui, la procédure pénale doit être débarrassée de toutes les entraves à son efficacité qui l’ont ankylosée au fil du temps. Oui, le divorce entre peines encourues, peines prononcées et peines exécutées doit être massivement réduit. Oui, les agressions, de toute nature, envers les dépositaires de l’autorité publique doivent être implacablement poursuivies et réprimées, avec, notamment, de vraies peines planchers, une perpétuité réelle, et, une procédure de flagrance en matière criminelle. Oui, Police et Justice peuvent et doivent mener le même combat : c’est une exigence de salut public !


Manifestation inédite ce 19 mai des forces de l’ordre devant l’Assemblée nationale

Le problème de la police, c’est la justice ?
« Le problème de la police, c’est la justice » a déclaré un syndicaliste à la tribune du rassemblement ce mercredi. 

35 000 policiers, selon les syndicats, étaient réunis à Paris devant le Palais Bourbon mercredi, malgré la pluie, pour interpeller le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. Ils réclamaient une sévérité pénale accrue contre les agresseurs de forces de l’ordre. Inédite conception de la séparation des pouvoirs, le ministre de l’Intérieur lui-même s’était joint aux fonctionnaires présents devant d’Assemblée nationale !

Mais est-ce alors vraiment un match Darmanin-Moretti, Intérieur contre Justice qui s’est joué sur les pavés humides de la capitale ? Le ministre de l’Intérieur a profité de cette apparition pour discuter avec plusieurs policiers sur place. « Il faut nous aider, le métier est très difficile, on a besoin de vous, il faut qu’on soit protégés […] On part au boulot et on ne sait pas comment on va rentrer, dans quel état… », lui a dit l’un d’eux, très ému. Avec à ses côtés le préfet de police de Paris Didier Lallement, Gérald Darmanin a déclaré : « je suis venu soutenir tous les policiers, comme tous les Français ». La maire de Paris, Anne Hidalgo est également venue. Plus on est de fous…

La Justice tempère, Marine Le Pen se donne le beau rôle

« Un des problèmes soulevés par les policiers est l’automatisation des peines, car le juge doit pouvoir décider de la gravité des faits et de la sanction selon les circonstances. C’est également la confiance dans la justice pénale qui est mise à mal » a dit Emmanuelle Masson, porte-parole du ministère de la Justice sur le plateau de BFM TV. « La justice, c’est aussi trancher des litiges, donc il y aura toujours des gens mécontents et des critiques sur les sanctions retenues » a ensuite argumenté la communicante. 

« Il faut de la protection, il faut de la fermeté et il faut que l’on ne puisse plus toucher à un policier sans que les conséquences pénales soient extrêmement dures. Le message qui doit être lancé aux délinquants et aux criminels : si vous touchez à un policier, vous risquez de rester de longues années en prison. Je suis navrée de dire à ceux qui nous gouvernent que la fermeté dans ce domaine, ça marche » a déclaré Marine Le Pen à la presse alors qu’elle était en déplacement à Bordeaux où elle a visité un commissariat. 

La principale revendication déjà écartée par l’exécutif

Après les derniers évènements sanglants et les émeutes urbaines des derniers jours, Claude Simonetti de l’Unité SGP Police FO Vaucluse et proche d’Éric Masson attend « des réponses » de la justice et du gouvernement pour éviter que des policiers ne continuent à mourir. Dans la famille du brigadier tué à Avignon le 5 mai dernier, le père, le frère et la sœur sont également policiers ! Des Marseillaises ont retenti. 

La principale revendication des manifestants était la mise en place de peines planchers pour les voyous qui s’en prennent aux policiers. Toutefois, hier matin sur France inter, Gérald Darmanin a affirmé qu’il n’en était pas question. Le ministre a précisé que les peines planchers de l’époque Sarkozy n’ont en réalité jamais marché. Selon lui, les peines planchers n’étaient appliquées qu’en cas de récidive, les magistrats pouvaient y déroger, et 30% seulement étaient en réalité appliquées. Au micro de la radio publique, il a ajouté : “qu’il faille améliorer la réponse pénale, oui, et c’est pour ça qu’on augmente de 10% le budget de la justice, mais les peines minimales, ça ne marche pas.” Darmanin est donc allé soutenir les policiers sur le terrain, mais ces derniers peuvent avoir le sentiment que l’on tourne un peu en rond. La rédaction.


Lyon: la rénovation du Musée des Tissus, un crime de lèse-patrimoine?

Le musée des Tissus et des Arts décoratifs est un lieu historique qui cristallise les passions depuis que Laurent Wauquiez est à la tête d’Auvergne Rhône-Alpes…


Menacé de fermeture, c’est in extrémis que le musée des Tissus et des Arts décoratifs a été acquis pour un euro symbolique par le Conseil régional, après de longues et difficiles négociations avec la Chambre de Commerce et d’industrie, la mairie et l’État en 2017. Récemment, l’ancien ministre sarkozyste a décidé d’entamer des travaux de rénovation des Hôtels particuliers Villeroy et de Lacroix-Laval, qui abritent les innombrables collections d’étoffes du musée, et de confier la conduite des travaux à Rudy Ricciotti. Une initiative qui a mis en colère l’association « Préservation du Quartier du Musée des tissus » qui s’interroge sur les zones d’ombre dans l’attribution du projet au célèbre architecte et un assaut sur le patrimoine local.

Le projet ne fait vraiment pas des heureux dans le quartier du 34 rue de la Charité. L’association pointe du doigt un projet pharaonique qui propose des « architectures tranchées, disruptives, faites de béton, de ciment et de verre, loin du savoir-faire local ». « De l’architecture transposable, sans racines « qui fait fi de la qualité de vie environnementale actuelle » précise-t-elle. « Rien n’interdisait, la mise en valeur des hôtels particuliers avec des jardins et des murs végétalisés en limite de propriété. Les extensions pouvant être envisagées en sous-sol ou externalisées comme beaucoup de musées dont le Louvre » ajoute l’association. La mairie écologiste de Lyon, elle-même, s’est opposée à ces rénovations jugées trop coûteuses et a refusé de participer aux frais. Les membres et sympathisants de cette association s’interrogent également sur le montant de l’appel d’offres présenté par le Conseil régional, initialement de 35 millions, qui a subitement doublé en un mois après que Rudy Ricciotti ait été choisi « par un jury composé d’experts dont nous ne savons même pas d’où ils viennent et qui sont-ils ». L’association souligne que ni « la population lyonnaise ni les voisins immédiats n’ont été consultés sur un projet annoncé en plein période de crise ». « On se demande en quoi il est une priorité actuellement alors qu’une situation économique catastrophique se profile une fois la pandémie terminée, quand bien même des fonds auraient été alloués par Bruxelles ou l’Unesco » renchérit l’association.

Un « manque de sobriété qui n’a rien à voir avec ce que l’on trouve dans le quartier d’Ainay » regrette Maxime Dehan, jeune historien local, passionné de patrimoine, qui espère que Stéphane Bern voudra bien « leur apporter un soutien de la manière dont il le souhaite face à quelque chose qui est en rupture avec l’existant et qui défigure complètement le quartier ». Le monsieur patrimoine d’Emmanuel Macron, qui a passé de nombreuses années dans la capitale des Gaules, et Bernard Pivot, étaient déjà intervenus pour empêcher la fermeture du Musée. Avec succès. « Ce projet ressemble plus à une belle opération immobilière qu’à une véritable œuvre de restauration et de mise en valeur patrimoniales » s’agace Maxime Dehan qui a mis en ligne une pétition, baptisée « Conservons la cour du Musée des Tissus et des Arts Décoratifs dans son écrin d’origine ! » et qui a déjà recueilli 760 signatures. Un début modeste mais qui ne stoppera pas cette association de faire entendre sa voix et de tenter de mettre un terme à ce crime de lèse-patrimoine.

Non à une constituante

Il est fréquent d’entendre aujourd’hui demander la réunion d’une constituante. Ce slogan avait il y a quelque temps déteint chez les Gilets jaunes à la recherche de projets, et il poursuit son chemin à son rythme.


Dans le chaos ambiant, on comprend qu’il signifie le désir d’une rupture radicale et d’un retour à une vraie démocratie. Nous croyons pourtant que cette revendication débouche sur une impasse.

Les raisons pour la récuser sont nombreuses

D’abord l’histoire : en France les constituantes n’ont jamais conduit qu’à des échecs. Les Etats généraux s’érigèrent en Assemblée constituante dès le 17 juin 1789. Après deux ans pleins de travaux, il en sortit une monarchie constitutionnelle, dominée par une « Assemblée législative » qui ne dura que neuf mois. La Convention nationale (1792-1795) était, elle aussi, formellement une constituante, celle de la Première République : il en sortit le Directoire, rarement tenu pour une réussite et qui ne dura que cinq ans. La Constituante de 1848 déboucha sur un régime présidentiel à l’américaine dont on sait à quoi il aboutit. Les deux constituantes de 1945 et 1946 conduisirent à la IVe République qui tint à peine douze ans.

Les deux seuls régimes durables de la France contemporaine : la IIIe et la Ve République n’émanèrent ni l’un ni l’autre d’une constituante : le premier dura 70 ans, l’autre dure depuis déjà 62 ans. Les lois constitutionnelles de 1875 étaient un expédient provisoire, la Constitution de 1958 émana d’abord de la volonté d’un homme.

À l’étranger, les constitutions de la République de Weimar (« la plus démocratique du monde », disait-on) et celle de la IIe République espagnole émanèrent elles aussi de constituantes. Qui en ignore le destin fatal ?

À lire aussi, du même auteur: L’Allemagne bourreau de l’Europe de Bruxelles? Ne nous emballons pas!

À la rigueur peut-on tenir la Convention de Philadelphie de 1787, qui aboutit à la Constitution des États-Unis pour une constituante qui a réussi ; elle tenait cependant plus d’une réunion d’ambassadeurs que d’une assemblée élue.  

Une constitution vaut d’abord pour son ancienneté

Mais ce qui fait la réussite de la constitution américaine, c’est moins sa perfection (elle révèle aujourd’hui de graves défauts) que sa patine. Une constitution vaut d’abord par son ancienneté. Longtemps on tint pour une malédiction de la France de changer sans cesse de régime (quinze au total depuis 1789). Le Ve République a paru nous guérir de cette fatalité. Il serait fort imprudent de nous y ramener. La nouvelle constitution aurait des défauts qui en appelleraient une autre et ainsi de suite. Vouloir revenir à l’instabilité serait manquer à la vertu de prudence, la plus nécessaire aux constituants depuis le vieux Solon.

La constitution actuelle offre mieux qu’aucune autre les moyens de redresser le pays

Autre raison de se méfier : dans la plupart des cas à commencer par celui de 1789, il existait avant la réunion de l’assemblée constituante ou au moins pendant, un noyau de personnalités, ouvert ou occulte, sachant à peu près où ils voulaient en venir. Ceux qui revendiquent bruyamment la réunion d’une constituante ont-ils aujourd’hui la moindre idée du genre de régime qu’ils veulent instituer ? Il ne semble pas.

Comment ne pas soupçonner dès lors les promoteurs d’un nouveau régime de vouloir revenir à la IVe République ? Dans le tableau de Mendeleïev des constitutions possibles, il n’y en a pas beaucoup en France : soit un régime semi-présidentiel comme aujourd’hui (qui est en réalité plus présidentiel que celui des Etats-Unis), qui évite, pour le meilleur et pour le pire, tout blocage du processus décisionnel, soit un régime comme les IIIe et IVe Républiques, centré sur un président du conseil des ministres ou un premier ministre, surveillés de près par les assemblées. Il ne serait d’ailleurs pas nécessaire de changer de constitution pour en arriver là : en passant d’un scrutin majoritaire à un scrutin proportionnel, on n’en serait pas loin. Ce serait le régime des centres, unis contre le «populisme» c’est-à-dire du statu quo national et international. C’est ce que réclame étourdiment Marine Le Pen qui, élue, serait avec un tel système une présidente réduite à l’impuissance.

On dira : mais vous voyez où nous mène le régime actuel : la déliquescence de l’État, le chômage de masse, la baisse du pouvoir d’achat, la lourdeur des impôts, le déclin de l’Éducation nationale, les injustices d’un système social obèse, les inégalités croissantes, des mouvements de population hors de contrôle, bref tout ce dont se plaignaient légitimement les Gilets jaunes – et d’autres !

Pour que ce constat, tout à fait justifié aboutisse à l’idée d’une constituante, il faudrait qu’on nous dise avec précision, comment tel ou tel article de la constitution actuelle a conduit à ces dérives.

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Il est vrai qu’au fil des temps nous nous sommes éloignés de la constitution initiale de la Ve République, version 1958, amendée 1962. L’instauration du quinquennat par exemple a profondément dénaturé les institutions, aboutissant à un affaiblissement du Parlement. La primauté du droit européen n’était pas non plus prévue, avec son ampleur actuelle, dans la constitution primitive.

Le droit est vicié par l’idéologie

Mais les textes sont-ils essentiels ? Le général de Gaulle a révélé son grand secret dans des confidences faites à Alain Peyrefitte : si les hommes sont mauvais, leur action sera mauvaise quelles que soient les institutions. S’ils sont bons, il ne faut pas que, le jour venu, ils se trouvent empêchés de bien faire par des institutions qui leur lieraient les mains. Il est clair que nous sommes dans le premier cas de figure, ce qui fait que la réunion d’une constituante n’y changerait rien.

La vérité, c’est que les réalités juridiques sont aujourd’hui largement vidées de leur sens par des facteurs extraconstitutionnels. Le plus important est l’idéologie. Du temps de l’Union soviétique, la constitution avait établi un régime démocratique, fédéral, décentralisé : quel sens cela avait-il dès lors que le parti communiste contrôlait tout par derrière ? Nous n’en sommes pas encore là mais quel sens a encore la démocratie face à une presse unanime pour soutenir les candidats et partis de l’oligarchie et du politiquement correct ? L’idéologie est comme une rouille qui ronge et dénature les édifices juridiques les mieux construits ; or l’idéologie aujourd’hui est partout. Elle est inséparable de la puissance écrasante des instances internationales, pas seulement européennes, qui vident de leur substance les pouvoirs nationaux.

Est-ce le sens de la revendication d’une constituante : rappeler la souveraineté éminente du peuple français ? Ce serait un détour bien compliqué et bien aléatoire. On ne sait quel en serait le résultat : souvenons-nous de 1945-46 où on voulait, dans l’euphorie de la Libération, tout changer : on revint de fait à la IIIe République, en pire.

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Non, la constitution actuelle offre mieux qu’aucune autre les moyens de redresser le pays. À condition qu’elle ne soit pas dénaturée comme elle l’a été par les réformes de Giscard, de Chirac et de Sarkozy (Mitterrand eut la sagesse de ne pas toucher à un régime qu’il avait autrefois qualifié de «coup d’État permanent»). Cette constitution est peut-être la pire de toutes quand la république est en de mauvaises mains, mais plus qu’aucune autre, elle peut, si un bon président vient à être élu, lui permette de redresser rapidement le pays. Est-ce possible ? Ne désespérons pas du suffrage universel : les exemples des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Italie sont là pour nous en rappeler la puissance. Pour le donner le jour venu à un bon président toutes ses chances, nous ne proposons qu’un seul changement : abroger toutes les révisions qui ont été faites depuis 1962.

Beau temps pour les reptiles

Confinement et animaux font bon ménage


Confinement et animaux font bon ménage. Pour l’année 2020, la Société protectrice des animaux (SPA) a enregistré près de 38 000 adoptions d’animaux pour un taux de retour – historiquement bas – de 3,8 %. Le bonheur des bêtes ne s’arrête pas là : les abandons de chiens ont chuté de plus de 20 % en 2020, une tendance notamment due à la baisse des départs en vacances d’été.

Dans un sondage réalisé en mars 2021 auprès de 1 039 personnes, 84 % des détenteurs d’animaux domestiques affirment que leur bête les aide à « supporter les restrictions liées au Covid-19 », un argument que Tintin aurait sans doute fait sien s’il avait été assigné à résidence avec Milou. Mais face au grand enfermement, les jappements des fox-terriers ou les prouesses des bergers allemands suffisent-ils toujours ? Les heureux élus ne sont pas forcément ceux que l’on croit. En 2020, les recherches sur internet pour se procurer des NAC (nouveaux animaux de compagnie) ont explosé.

Si les amateurs de petits mammifères tels que hamsters, cochons d’Inde, furets ou même rats se bousculent sur la Toile, quelques clics permettent de se procurer aussi couleuvres, grenouilles, caméléons, iguanes ou autres compagnons tropicaux. Un engouement compulsif avant de réaliser qu’on a plus de choses à dire à un chien qu’à un lézard ? Dans un communiqué publié sur son site fin janvier, la SPA a dénoncé « une inquiétante augmentation de 16 % des abandons de NAC », qu’elle attribue à « l’achat impulsif de ces espèces en animalerie ou sur internet lors du premier confinement, abandonnés comme de vulgaires objets de consommation quelques mois plus tard ».

Adoptée le 29 janvier par l’Assemblée nationale, la loi contre les abandons des animaux domestiques prévoit notamment d’encadrer la vente en ligne des animaux de compagnie. Pour les théoriciens d’un grand complot ourdi par des êtres reptiliens, nul besoin désormais de fantasmes : les reptiles sont déjà parmi nous et ce sont nos meilleurs amis.

La Fontaine ou l’esprit français

Jean de La Fontaine fêtera cet été ses 400 ans et La Pléiade nous offre, à cette occasion, une belle réédition des Fables. Replongeons dans l’œuvre magistrale de cet homme doué pour le bonheur qui sut faire de la poésie une école de la précision et de la juste fantaisie.


Y a-t-il des écrivains heureux ? En ces temps d’enfermements vétilleux, de vie au ralenti, de sensations amoindries, de tristesse généralisée et d’impossibilité à jouir du présent, à aimer le passé et à espérer dans l’avenir, la question prend une acuité nouvelle. Rassurez-vous, La Fontaine est là et avec lui tous les remèdes aux manques que nous venons d’énumérer.

Jean de La Fontaine est un classique, comme on dit. La preuve, il est 14e dans le palmarès des noms donnés à des établissements scolaires, de la maternelle au lycée. Chez les écrivains, il n’est devancé que par Prévert, Victor Hugo et Saint-Exupéry. Un classique qu’on étudie en classe et qui a appartenu à la formidable génération des années 1660 avec Pascal, Molière, Racine, Retz, La Rochefoucauld, Madame de Sévigné ou Madame de La Fayette sans oublier Boileau ou Bossuet. Mais aucun d’entre eux n’a donné son nom à autant d’écoles que La Fontaine. On retrouve ainsi cette vieille image du poète des Fables destinées d’abord aux enfants. Et ce, dès l’origine, puisqu’elles sont dédiées à Monseigneur le Dauphin, le fils du roi. Est-ce suffisant pour faire de La Fontaine un écrivain heureux parce que fidèle à l’esprit d’enfance, comme il l’écrit dans « Le Pouvoir des fables », une « fable sur les fables » autant qu’un art poétique :

« Si Peau d’Âne m’était conté,
J’y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on, je le crois ; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant. »

On connaît peu de choses de sa vie

Toutefois, cela n’épuise pas la question, comme on s’en apercevra en lisant ce tirage spécial des Fables illustrées par Grandville que publie « La Pléiade ». Il est vrai que c’est son anniversaire, à La Fontaine. Il a 400 ans cette année. Il est né en juillet 1621 à Château-Thierry, aux portes de la Champagne. Le 7 ou le 8, on n’en est pas très sûr. Il y a d’ailleurs beaucoup d’incertitudes sur la biographie de notre homme. Ce n’est pas qu’il était particulièrement secret, c’est qu’on ne savait jamais où le trouver. On sait peu de choses de sa vie, sinon par les anas, ces recueils d’anecdotes et de bons mots sur les célébrités dont son époque était friande. Les anas ressemblaient davantage à la presse people d’aujourd’hui qu’à la Vie des hommes illustres.

Quelques faits avérés tout de même : son père est maître des Eaux et Forêts, charge dont il héritera. Ce n’est pas très rentable, mais ça laisse du temps libre. Le bonheur passe aussi par une certaine disponibilité à laquelle La Fontaine tient plus que tout : « Ne point errer est au-dessus de mes forces », écrit-il dans son Discours à Madame de la Sablière, une de ses protectrices. Famille en voie d’anoblissement, études au collège de sa ville natale puis, semble-t-il, à Paris. On le destine à la théologie, d’où son entrée à l’Oratoire. Il montre peu de goût pour la vocation ecclésiastique. On le marie. Il montre peu de goût pour sa femme, ce qui est réciproque. À l’Oratoire, il préfère la compagnie des écrivains, vivants ou morts. Il lit les auteurs de l’Antiquité, mais aussi les auteurs italiens plus ou moins licencieux. Les premiers lui serviront pour ses Fables, les seconds pour ses Contes qui doivent beaucoup à Boccace. De sa femme, il se sépare sans drame. Il s’en expliquera, ce séducteur paisible, cet inconstant amusé, dans un de ses Contes, « Le Pâté d’anguille » : « Même beauté, tant soit exquise / Rassasie et soûle à la fin. / Il me faut d’un et d’autre pain : / Diversité, c’est ma devise. » Autre secret du bonheur : préférer l’amour-goût, comme dira plus tard Stendhal, à l’amour-passion, qui est le fils de la tragédie comme le montre si bien Racine.

La Fontaine a cinq ans, en 1626, quand un héros de roman, le jeune d’Artagnan vu par Dumas, entre à Meung-sur-Loire, dernière étape avant Paris et sa rencontre avec les mousquetaires du roi. Ce héros si français n’est au bout du compte guère plus fictif que notre La Fontaine, ou tout aussi légendaire. Mais il faut se souvenir de l’étymologie de légende : pas seulement ce qui est inventé, mais ce qui doit être lu.

« Jean de La Fontaine implorant la grâce du roi Louis XIV après qu’il a pris la défense de Nicolas Fouquet ». Gravure tirée du livre « Les Alcôves des reines », de Jules Beaujoint, 1879 © The Holbarn Archive/Leemage

Si on se permet ce rapprochement, entre un héros de roman et un héros du roman national, c’est qu’on oublie souvent qu’il y a deux XVIIe siècle, celui de Louis XIII et celui de Louis XIV. D’Artagnan est un héros du siècle de Louis XIII comme le Rodrigue de Corneille. Ils ont existé, sans aucun doute, mais allez savoir au juste l’exactitude historique de tout cela. Quelle importance, au fond ? Pour les théologiens contemporains de La Fontaine, peu importe que le Saint-Suaire de Turin soit vrai ou faux. Ce qui compte, ce sont les générations de croyants qui se succèdent et donnent sa réalité spirituelle au miracle. Pascal explique ça très bien : « Les miracles sont plus importants que vous ne le pensez. Ils ont servi de fondation. »

La Fontaine est un homme des deux XVIIe siècle

Est donc vrai ce qui fonde durablement une esthétique, une religion ou une nation. Et si La Fontaine est un des héros du roman national depuis la IIIe République, c’est en raison de la morale apparente qu’il invente, pas de sa biographie : être économe comme la fourmi, éviter la flatterie des menteurs intéressés, ne pas tenir pour quantité négligeable celui qui est plus petit que soi, avoir de véritables amis. Que La Fontaine ait été volage, intrigant à l’occasion, avide d’honneurs – il reniera ses Contes licencieux pour entrer à l’Académie française – n’empêchera pas des générations d’écoliers en sarrau noir et aux oreilles décollées de se souvenir des Fables toute leur vie, et notamment dans les tranchées de 14.

Le siècle de Louis XIII, celui où naît La Fontaine, est encore travaillé par les guerres de Religion, puis par la Fronde. Le goût est à l’héroïsme des romans de chevalerie, les mœurs sont rudes. Les grandes dames ne sont pas des Précieuses et la carte du Tendre n’est en fait qu’un territoire sillonné par des hommes en armes, des intrigantes de génie, comme la duchesse de Chevreuse ou les bergers mythologiques de l’Astrée d’Honoré d’Urfé, un des livres préférés de La Fontaine qui le dévore en cachette pendant ses études et en deviendra dans sa vieillesse le librettiste, pour une adaptation en opéra qui ne connaîtra aucun succès. Le siècle de Louis XIII est violent, aventureux, insoumis, paillard, naïf, on rit et on boit beaucoup. On trouve Rabelais et les sonnets libertins de l’Arétin dans les fontes des cavaliers et les ruelles des marquises. La France est encore cette jeune fille de grand chemin décoiffée, une « Perrette court vêtue » qui tire des plans sur la comète, accorte et imprudente.

Le siècle de Louis XIV est au contraire celui de l’ordre. Colbert, qui n’aimait guère La Fontaine, y veille. On l’appellera le Grand Siècle. Il va fixer la grammaire en même temps que les règles de la monarchie absolue. Il fait la synthèse entre l’efflorescence baroque et la rigueur classique, qui trouvera son accomplissement somptueux avec le château de Versailles – beaucoup plus qu’un château, le symbole de toute une civilisation. La Fontaine est un écrivain de ce Grand Siècle, mais aussi l’enfant d’une époque plus fantasque où tout était moins domestiqué, la nature, l’imaginaire, les codes amoureux. Une époque où les animaux parlaient, où les métamorphoses étaient courantes, comme cette chatte d’une de ses fables devenue femme, mais qui redevient chatte dès qu’elle voit des souris. Chez La Fontaine, on ne joue pas avec la nature humaine aussi facilement qu’on pourrait le penser. Il vaut mieux faire avec que vouloir à tout prix créer un homme nouveau : regardez ce qui arrive à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf… Antitotalitaire et universel à la fois, notre fabuliste : c’était l’avis de Pierre Boutang dans un livre trop oublié, La Fontaine politique.

Mêlé à l’affaire Fouquet

La Fontaine est tout entier entre deux époques, deux mondes, dans sa vie comme dans son œuvre. Il ne sera reçu à Versailles qu’une seule fois, pour présenter son premier livre des Fables. À vrai dire, il essaie alors de se refaire une virginité. Il a été découvert par Fouquet, le munificent surintendant du roi, le magicien des Finances, le créateur de Vaux-le-Vicomte, celui qui avant Louis XIV s’entoure des grands noms des arts et des lettres. Cela lui coûtera cher. On pourra lire cette histoire dans un joli livre de Morand, Fouquet ou le Soleil offusqué. Louis XIV fait arrêter et juger ce ministre trop brillant qui incarnait une politique de la dépense et du prestige. Louis XIV la reprend à son compte, y ajoutant la rigueur des Colbert et des Louvois. La Fontaine défendra Fouquet qui l’avait pensionné. Mais point trop n’en faut. Les hommes heureux n’ont pas le goût du martyre, ce fanatisme qu’on retourne contre soi. Inutile de tenter d’argumenter comme le fait l’agneau avec le loup puisque la raison du plus fort est toujours la meilleure.

On ne trouve pas de désespoir chez La Fontaine. On l’appelle même « le bonhomme La Fontaine ». On le dit distrait alors que chacune de ses fables prouve un don d’observation hors du commun. Les romantiques, mal compris, donneront une image vaporeuse de la poésie alors qu’elle est une école de la précision, un œil absolu et c’est ce qui fait de la fable, au-delà de sa fraîcheur lustrale ou de son ironie, une science exacte. La Fontaine le dit clairement dans sa préface : « Et comme par la définition du point, de la ligne, de la surface, et par d’autres principes très familiers, nous parvenons à des connaissances qui mesurent enfin le ciel et la terre ; de même aussi, par les raisonnements et conséquences que l’on peut tirer de ces fables, on se forme et le jugement et les mœurs, on se rend capable de grandes choses. » Ces grandes choses, La Fontaine se garde bien de les préciser, ce serait s’enfermer dans la vulgarité d’un message comme n’importe quel triste romancier à thèse du XXe siècle.

La Fontaine, écrivain libre

Encore une fois, il tient trop à sa liberté et il connaît les deux façons de donner le change à son époque : la retraite et la surexposition. La Fontaine oscille entre les deux, en permanence : il participe aux débats du moment, mais il revient le plus souvent possible à Château-Thierry, pour retrouver la nature sous prétexte d’exercer sa fonction. Il sait respirer, c’est aussi un des secrets du bonheur. La question du souffle, du rythme est très importante. On voit tout de suite qu’il s’y connaissait à la manière dont il utilise le vers dans ses Fables. Il alterne le court et le long, le rejet et l’enjambement, la coupe et la métrique acrobatique, l’harmonie imitative et, à l’occasion, la clarté sereine d’un alexandrin qu’il dégage du sublime pour lui donner une magie intime et évidente : « Le long d’un clair ruisseau buvait une colombe. »

Nous reste désormais la joyeuse perspective d’un texte inépuisable, insaisissable. Bien sûr qu’il peut être lu par les enfants, même si les Fables encore étudiées au collège se font de plus en plus rares et sont tristement réduites à ce qu’on appelle en langage pédagogique leur « fonction argumentative ». On montre que La Fontaine sait « confronter les points de vue », que « La Mort et le Bûcheron », « La Cigale et la Fourmi » discutent comme deux débatteurs et « cherchent à convaincre ». On oublie juste que cette poésie refuse l’abstraction, qu’elle est toute de visions, d’odeurs, de sensations, de bruissements et que c’est pour cela qu’elle est si naturellement accessible à l’enfance et à ce qui reste d’enfance en nous. Quant à vouloir dégager une morale clairement définie, c’est très loin d’être évident.

Rousseau avait bien compris cette ambiguïté fondamentale de La Fontaine au point de l’estimer nocive pour les enfants dans son Émile où il veut dessiner une pédagogie nouvelle : « Suivez les enfants apprenant leurs fables, et vous verrez que, quand ils sont en état d’en faire l’application, ils en font presque toujours une contraire à l’intention de l’auteur, et qu’au lieu de s’observer sur le défaut dont on les veut guérir ou préserver, ils penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des défauts des autres. » Eh oui, c’est plus amusant d’être le renard que le corbeau, le lion que le moucheron sauf quand le moucheron rend fou le lion. On comprend ce qui agace Rousseau : ce n’est pas La Fontaine qui inspirera les futurs signataires d’un contrat social…

Cela tombe bien, La Fontaine n’en voulait pas et nous ne sommes plus certains, nous-mêmes, d’en vouloir. « Nous forcer à être libres », comme l’écrivait Rousseau dans un insoutenable paradoxe, c’est d’abord nous forcer. Sachons plutôt, comme La Fontaine, malgré les guerres, les épidémies, les sociétés verrouillées par des ordres injustes, les querelles religieuses et les puritanismes toujours aux aguets, traverser la vie avec son intelligence du bonheur et son aptitude à tout contourner, à tout retourner, même la tristesse :

J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu’au sombre plaisir d’un coeur mélancolique.

Jean de La Fontaine, Fables (éd. Jean-Pierre Collinet, gravures et dessins de Grandville), « La Pléiade », Gallimard, 2021.

Enquête: Facs, le grand déraillement

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Rachele Borghi, maître de conférence en géographie sociale et culturelle à l'université Paris IV et "pornactiviste" académicienne ©D.R.

Si tant de discours creux sur la race, le genre et les colonies résonnent aujourd’hui dans les amphithéâtres de sciences humaines, c’est probablement parce que l’habitude de délirer à tout propos avec autorité s’y est solidement implantée au fil des décennies.


Elle se nomme Rachele Borghi. Le 8 janvier 2021, elle a publié sur les blogs de Mediapart une longue tribune protestant contre l’organisation d’examens partiels par temps de Covid. Anecdotique sur le fond, son texte est remarquable sur la forme. Intégralement en écriture inclusive, il oublie souvent les accords élémentaires de grammaire et multiplie les fautes grossières ; « les étudiant.e.s se sentent méprisé et intimidé », « plusieurs étudiant.e.s ont été fiché », « épistémologies guérillères » pour « guerrières », etc. Ce serait amusant, sans plus, si Rachele Borghi n’était pas maître de conférences en géographie à Paris-Sorbonne (Paris IV). Ses travaux sont difficiles à résumer. Partie du thème de la ville genrée faite pour les hommes, en particulier au Maghreb, elle a dérivé vers l’analyse du potentiel subversif de la sexualité. Sa production est émaillée de phrases telles que : « Au sein du transféminisme, le post-porn a pour objectif d’atteindre et de perturber les mécanismes de domination, y compris les mécanismes de la domination post-coloniale »… Ceux qui veulent se rassurer peuvent se dire qu’il n’y a rien de bien nouveau. Dans les années 1950, déjà, le psychanalyste Wilhelm Reich entendait remplacer les centrales thermiques par des accumulateurs captant l’énergie abondante et gratuite des orgasmes planétaires qu’il avait baptisée l’orgone. La différence préoccupante entre les deux époques est que Reich a rapidement été mis au ban de la communauté des chercheurs, alors que Rachele Borghi est clairement dans l’air du temps. Cela en dit moins sur ses mérites que sur l’état des sciences humaines. Si tant de discours creux sur la race, le genre et les colonies résonnent aujourd’hui dans les amphithéâtres, c’est probablement parce que l’habitude de délirer avec autorité s’y est solidement implantée au fil des décennies.

À lire aussi: L’Université d’Oxford va-t-elle bannir la «musique blanche et colonialiste»?

La genèse du phénomène est complexe. Est-ce à cause des Mythologies de Roland Barthes ? À considérer que tout peut être objet d’études, en vient-on fatalement à étudier n’importe quoi ? Les historiens des idées répondront peut-être un jour. En attendant, le résultat est sous nos yeux. L’écart traditionnel entre les sciences humaines et les sciences dures (maths, physique, biologie, etc.) est devenu un gouffre. L’astrophysique, la génétique et les neurosciences avancent à pas de géant depuis vingt ans : détection des ondes gravitationnelles en 2016, première photo d’un trou noir en 2019, diffusion des anticorps monoclonaux, renouveau complet de la paléoanthropologie permis par les études d’ADN, etc.

Les sciences humaines, de leur côté, ne font pas du sur-place, elles s’écroulent de l’intérieur. Le phénomène est quantifiable en psychologie, discipline frontalière entre sciences humaines et sciences tout court. C’est la fameuse « crise de reproductibilité ». En 2015, Science a publié une étude associant 270 chercheurs, visant à reproduire 100 expériences psy fondamentales. À peine plus d’un tiers (36 %) des réplications a confirmé les résultats originaux. Or, les professionnels n’en ont tiré aucune conséquence. Invalidée par de multiples expériences, la théorie de la « mémoire traumatique » est en train de se diffuser en France, après avoir été invalidée aux États-Unis il y a vingt ans.

Canulars, cote d’alerte

Du côté des disciplines résolument non expérimentales, la facilité avec laquelle les publications spécialisées acceptent les canulars les plus énormes est déconcertante. Les chercheurs Sokal et Bricmont avaient montré la voie en 1996, piégeant la prétentieuse revue postmoderne américaine Social Text. Le texte qu’ils lui avaient envoyé prétendait appliquer à la politique et à la linguistique les avancées de la physique quantique. Les éditeurs s’étaient laissés abuser par un verbiage complexe, mais vide de sens. En 2018, une journaliste, un mathématicien et un philosophe (Pluckrose, Lindsay et Boghossian) sont allés infiniment plus loin. Ils ont réussi à faire publier sept articles d’une stupidité si grossière que l’expérience n’est plus hilarante, mais glaçante. Il était question de développer un culturisme inclusif pour obèse, d’expérimenter le port du plug anal pour soigner les homophobes, d’analyser la culture du viol chez les chiens dans les parcs et de dénoncer l’astronomie, science « intrinsèquement sexiste ». Constat effarant, ce denier article a été dépassé par la réalité. En 2019, trois chercheurs de l’université canadienne de Concordia se sont vu attribuer une bourse d’études de 163 000 dollars canadiens (96 000 euros au cours actuel), pour « décoloniser la lumière ». Comme l’explique le site decolonialisme.fr, il s’agit de « contribuer à l’écriture d’une nouvelle histoire de la lumière et des couleurs qui brisera l’hégémonie blanchiste et masculiniste » qui veut que le blanc soit lumière, et le noir, obscurité. « L’anus comme laboratoire de pratiques démocratiques » n’est pas davantage un canular. C’est un des thèmes de recherche de Rachele Borghi. Dans la Sorbonne d’aujourd’hui, il convient de ne pas en sourire.

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Les chercheurs James Lindsay, Helen Pluckrose et Peter Boghossian, auteurs du « canular Sokal au carré » © Mike Nayna

La réhabilitation du mouvement perpétuel, de la sorcellerie et du vaudou

On pourrait penser que ces délires sont réservés à des universitaires en poste, se livrant à leur lubie une fois installés dans quelque sinécure. Hélas, le mal est plus profond, comme en témoigne ce mémoire de master 2 en science politique, sur « l’impossible émergence de l’énergie libre au sein du système scientifique et capitaliste actuel », présenté en 2016 à l’université d’Auvergne, sous la direction du professeur Klaus-Gerd Giesen. En 104 pages, avec tous les dehors extérieurs du sérieux (plans, notes de bas de page foisonnantes, bibliographie), il réhabilite la machine à mouvement perpétuel. « Représentant une alternative véritable au système énergétique capitaliste », écrit l’étudiante, « l’énergie libre » dérange ! Les puissants la cachent, pour sauver les industries du pétrole et du nucléaire. Contrôlant les délivrances des brevets, ils ne reculent pas devant les pressions et les menaces.

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Causeur a vérifié que l’étudiante qui a brisé ce tabou n’avait pas été jetée dans un canal, les pieds coulés dans le ciment. Nous sommes heureux de vous annoncer qu’elle va bien. Aux dernières nouvelles, elle tenait une épicerie bio dans la montagne bourbonnaise. Nos sciences humaines, en revanche, vont très mal. Selon les données du système d’information sur la recherche et les études doctorales (Siredo), le taux d’abandon des thésards en histoire, littérature, sociologie, etc., frôle les 45 %, alors qu’il est négligeable en sciences dures. 90 % des thèses en sciences sont financées par un partenariat quelconque, contre un tiers seulement en sciences humaines (en rangeant parmi ces dernières le droit et l’économie !). Parce que les financeurs sont bassement utilitaires ? Ou parce que nombre de thèses d’anthropologie, de sociologie ou de littérature décoloniale n’ont strictement aucun intérêt ? Le doyen de l’UFR lettres et philosophie de Bourgogne, Henri Garric (qui a qualifié Causeur de « torchon raciste et sexiste » fin 2019) s’est spécialisé dans l’étude des messages politiques dans Pif le chien. Il a organisé un colloque international sur ce sujet, toujours en 2019.

À lire aussi, le sommaire de notre numéro de mai: Causeur: la France résiste au woke

En 2017, l’université de Nancy a examiné une thèse de 676 pages sur la géobiologie (« Géobiologie, fengshui et démarche environnementale dans l’habitat »). Un seul mot suffisait : foutaises. L’auteur admet d’ailleurs dès l’introduction que les livres qui traitent de géobiologie « sont souvent classés au rayon ésotérisme des librairies, à côté des ouvrages de sorcellerie ». Il y a bien entendu mille choses à raconter sur le vécu des géobiologues, ce qui permet de ne jamais dire ouvertement qu’ils délirent gentiment. Sous couvert de neutralité, d’ouverture d’esprit et de refus des jugements de valeur, de nombreux mémoires et thèses en viennent ainsi à légitimer l’obscurantisme. La prestigieuse université de Lausanne examine en 2019 le mémoire de Master de A. P. prenant pour argent comptant l’influence bénéfique de la musique sur les plantes, elle cite avec déférence Joël Sterheimer, alias Évariste, chanteur des années 1960 prétendant remplacer les phytosanitaires par de la pop ou du classique. Déclinaison musulmane de l’exorcisme, la roqya est un champ d’exploration de plus en plus fréquenté par les sociologues, ethnologues et anthropologues. Tous se font un devoir de suspendre leur jugement, jusqu’à la petite phrase qui réhabilite en douce la bêtise et les superstitions : « La maladie chronique prend une autre dimension à la lumière d’autres soins non conventionnels tels que la rouqya. Un mal réinterprété et pris en charge dans une pluralité thérapeutique met en évidence les limites, voire l’impuissance de la médecine » conventionnelle. Signé F. Z. C., université de Provence, thèse sur la roqya soutenue en 2007.

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Si l’enquête sur l’islamo-gauchisme à l’université que Frédérique Vidal a demandée voit le jour, tout porte à croire qu’elle exhumera des travaux lamentables et des doctorats complaisamment accordés sur la base de thèses indigentes, mais pas plus que dans d’autres champs des sciences humaines et sociales. La seule bonne nouvelle, c’est qu’en dix ans, le nombre de personnes inscrites en thèse dans ces disciplines a reculé de près de 25 %.

Union européenne: quand Macron brade le siège de la France au Conseil de Sécurité de l’ONU

À gauche, la chancelière allemande Angela Merkel s'adresse à la presse après une visioconférence sur la réponse européenne au terrorisme, Berlin, novembre 2020 © Andreas Gora/Action Press/SIPA Numéro de reportage: 00990554_000035 À droite, le président Emmanuel Macron lors d'une visioconférence sur les relations Chine-UE, Fort de Brégançon, décembre 2020 © Sebastien Nogier/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22526169_000003

Une tribune libre de Jérôme Rivière et Thierry Mariani, députés européens.


La série Baron Noir l’avait mis en scène, mais le président français donne corps aux imaginations les plus débordantes des scénaristes de la brillante série politique française : le partage du siège de la France au Conseil de Sécurité de l’ONU apparaît comme une fin logique à la marche en avant des textes votés à Bruxelles. La chimère de la souveraineté européenne, malgré l’échec totale des institutions de Bruxelles à gérer la crise du Coronavirus, ne semble pas avoir quitté l’esprit des macronistes présents à Bruxelles, et de leurs amis et alliés des Républicains.

Encore une perte de souveraineté

Le Parlement européen, par le biais de la commission des Affaires étrangères, vient de présenter un rapport sur la 76ème session de l’Assemblée générale des Nations-Unies, au sein de laquelle il entend faire de l’Union européenne un acteur à part entière. Le rapport, rédigé par une élue socialiste, a été voté par les députés européens du PPE (au sein duquel siègent les élus LR français), de Renew Europe (dont sont membres les macronistes, emmenés par l’ex-Ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau), des Verts, et du groupe Left (auquel est rattachée la France Insoumise).

Ce rapport entend donner à l’Union européenne un rôle essentiel dans les relations internationales, en tant qu’« acteur global ». À Bruxelles, ces mots ont un sens : il s’agit en fait ici de conférer à l’Union européenne une fonction d’acteur exclusif. En conséquence de quoi, les diplomaties nationales des pays membres doivent, à terme, baisser pavillon devant des représentants non élus, acquis à la cause atlantiste, et ne représentant aucunement les peuples européens, aux intérêts diplomatiques pourtant parfois opposés. Les promoteurs du rapport entendent en effet confier à l’Union européenne en tant que telle un siège de membre permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.

Emmanuel Macron, le déconstructeur

Une fois de plus, lorsqu’il est question, de son propre aveu, de déconstruire ce qu’est notre pays, Emmanuel Macron et ses relais au sein du Parlement européen font part d’un activisme pour le moins étonnant tout en s’entendant parfaitement pour accélérer l’écroulement des murs porteurs de la France.

Avec le Brexit permettant à la Grande-Bretagne de conserver désormais toutes ses prérogatives en termes d’autonomie diplomatique et de souveraineté, c’est par conséquent le siège de membre permanent de la France, doté de surcroit du droit de veto, qui est dans le viseur de Bruxelles. Emmanuel Macron a déjà fait, si l’on peut dire, la moitié du travail dans ce sens : par le traité d’Aix-la-Chapelle, la France s’est liée depuis 2019, en termes de choix internationaux, au seul bon vouloir de l’Allemagne. Pour reprendre les termes de Margaret Thatcher, « l’Allemagne a désormais obtenu en temps de paix ce qu’elle n’avait pu imposer par la guerre ».

L’Union européenne à la botte de l’Allemagne

Aujourd’hui, l’Union européenne apparaît de plus en plus pour ce qu’elle est : le cheval de Troie d’une Allemagne qui rêve de réinstaller sa puissance et de dicter ses quatre volontés aux peuples européens. Elle en contrôle d’ailleurs l’ensemble de ses organes : la Commission qu’elle préside, le Parlement européen quant à ses structures, la BCE par son seul pouvoir décisionnaire, et le Conseil par le mécanisme du vote à la majorité qualifiée. Avec la prise du siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, l’Allemagne, utilisant la matrice de l’Union européenne, effacerait 75 ans de notre diplomatie souveraine, imposée par les sacrifices des Français et la volonté du général de Gaulle, avec le concours actif du Président de la République Emmanuel Macron.

Qui prouve ainsi que ce n’est pas seulement notre histoire qu’il entend déconstruire, mais tout simplement le statut international de la France, et sa crédibilité dans le concert des Nations.

Salomon, vous êtes noir?

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Mukhammedzhan Kasymov, décoré du titre d'artiste du peuple de l'Union soviétique, joue "Othello" de William Shakespeare, au théâtre de Stalinabad (aujourd'hui Douchanbé), capitale du Tadjikistan, 1955 © Vasily Noskov / Sputnik via AFP

Je ne marcherai plus dans les plaintes des offensés professionnels qui se sentent humiliés par la vue d’un comédien grimé en noir. Je ne peux pas croire que mes compatriotes noirs soient incapables d’apprécier l’humour, le second degré et l’autodérision.


Plus ils braillent et moins j’y crois. Plus ils nous accusent de leur manquer de respect et plus le mot sonne faux et creux, comme en banlieue ou comme dans un film de mafieux. Au début, comme tout le monde, je suis tombé des nues, mais j’y ai cru. J’ai pensé que puisqu’ils se disaient offensés, c’est qu’il devait y avoir offense. La première fois, ça venait des États-Unis. Dans mon souvenir, un type avait mis un sombrero pour une soirée déguisée sur un campus et avait essuyé les reproches de Mexicains qui se disaient insultés, ou en tout cas de ces universitaires bas de gamme qui impressionnent les ploucs à coups de concepts fumeux, ces imbéciles diplômés qui se gargarisent de leur jargon, ceux qui voient mieux que les autres ce qui se cache derrière les apparences, en l’occurrence du suprématisme blanc derrière des blagues et de l’oppression coloniale derrière la liberté de jouer avec les caricatures ou les clichés. On ne rigole pas avec les identités ! Ah bon ? Même dans le monde libre ? Et depuis quand ? Depuis l’arrivée du woke qui renoue avec la grande tradition du maccarthysme, mais par la gauche. On a tous été sidérés, mais il faut bien se rendre à l’évidence, quand on peut perdre son travail pour un mot de travers prononcé il y a vingt ans, c’est que l’Amérique s’est mise à la mode du procès stalinien.

La brigade de la bien-pensance

Et puis c’est arrivé en France. Et à mes compatriotes noirs qui semblent croire qu’ils vivent à Paris ou à Marly-Gomont comme en Alabama en 1960, j’ai accordé le bénéfice du doute. Quand Antoine Griezmann s’est grimé pour une fête costumée en basketteur noir, je me suis dit que tout le monde peut se tromper et se sentir offensé, même les nouveaux inquisiteurs de la nouvelle religion qu’est l’antiracisme woke, qui veut dire éveillé, comme si avant eux et leurs lumières, nous vivions endormis dans l’obscurité, voire dans l’obscurantisme; j’ai pensé qu’il fallait être compréhensif avec ces esclaves imaginaires victimes de leurs fantasmes de ségrégation et de domination, et conciliant avec ces Noirs professionnels qui prennent les discriminations ressenties pour des discriminations réelles et forcément raciales. J’ai voulu les croire sincères dans leur procès contre le footballeur, plus désarmant de candeur qu’armé de mauvaises intentions, qui porte l’innocence sur sa figure, même noircie.

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Ensuite il y a eu la pièce d’Eschyle et ils ont remis ça en mode offensé et offensif quand les nouveaux SA du totalitarisme qui vient si on ne le tue pas dans l’œuf, les brigades et les ligues de défense noire africaine et de lutte contre la négrophobie sont venues en force bousculer des comédiens et interrompre le spectacle. J’ai commencé à avoir des doutes sur la réalité de leurs sentiments et des interrogations sur la possibilité de leurs ressentiments quand on leur a expliqué poliment et patiemment, et qu’ils n’ont pas compris ou ont fait semblant de ne pas comprendre que ce qu’ils prenaient pour des blackfaces, ces caricatures humiliantes de Noirs qui remontaient au XIXe siècle, n’en étaient pas. « Des masques grecs ! » leur a-t-on répété sur tous les tons et comme ils ne voulaient rien savoir, rien de ce que le monde occidental avait été sans eux et avant eux, depuis l’Antiquité jusqu’à l’immigration massive de la fin du XXe siècle, je me suis demandé s’ils étaient malhonnêtes ou malcomprenants.

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Mais avec la troisième tentative d’intimidation autour de cette image fascinante de Gérard Darmon, qui illumine l’actualité d’une vérité réjouissante en nous montrant que la couleur n’est rien d’autre que la surface des choses, j’ai perdu confiance. Cette photo qui nous montre surtout qu’en Othello, l’acteur est un Maure plus vrai que nature, que la personnalité d’un homme et le talent de sa composition peuvent presque nous faire oublier sa race, et que l’on finirait presque, en le regardant bien, par oublier que dans la vie, Darmon est blanc, comme on avait presque fini par oublier, à l’époque où la race n’était pas un sujet et encore moins une obsession, à l’époque si française d’avant l’antiracisme, à l’époque de l’a-racisme, que Yannick Noah était à moitié noir. C’est donc avec cette dernière exigence de repentance et d’excuses que j’ai perdu foi en la bonne foi, la bonne volonté et les bonnes intentions des militants de la différence d’abord.

L’importance du second degré

Avec cette dernière offensive du woke – dernière à l’heure où nous mettons sous presse –, j’ai définitivement cessé d’y croire. Je n’ai pas réussi et pas voulu me résoudre à cette idée mauvaise que mes compatriotes noirs dans leur ensemble puissent être aussi bouchés et aussi mal embouchés que les activistes complexés de l’appropriation culturelle. Je ne peux pas et ne veux pas croire que les Français noirs qui travaillent, élèvent des enfants, s’épanouissent dans des passions joyeuses, qui ont des amis et des amants dont, en bons daltoniens, ils ne voient plus les couleurs, soient des handicapés du second degré. Je ne veux pas croire que ces Français normaux puissent manquer de distance, d’humour et d’intelligence, parce que ceux que je connais, et certains que je ne connais pas non plus, n’en manquent pas, parce que derrière le chanteur Kamini ou le champion de boxe Patrice Quarteron, il y a des milliers de citoyens français noirs adultes. Je ne veux pas, parce que croire que les Noirs de France seraient plus cons et plus susceptibles que moi qui rit de bon cœur quand je revois de Funès en Rabbi Jacob, voilà ce qui serait condescendant, voilà ce qui serait raciste.

« Le Monde » s’inquiète: CNews s’est transformée en « machine infernale »

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Image d'illustration / micro perche de la chaine d'info continu francaise CNEWS © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage: 00828031_000001

Dans un article du Monde, analysant le succès de CNews, la chaîne d’information est accusée de banaliser l’extrême droite en ressassant ses thèmes de prédilection. Mais ces thématiques ne sont pas propres à l’extrême droite. Ce sont même des soucis et des inquiétudes partagés par le plus grand nombre.

Ce sous-titre ne se veut pas provocateur. Quand Le Monde écrit que « CNews banalise l’extrême droite » à partir d’une approche partiale des débats de cette chaîne, de ses animateurs et de ses chroniqueurs, il me semble en effet rendre un hommage paradoxal à ce qu’il prétend dénoncer. Voyant l’extrême droite où elle n’est pas, il élargit ainsi paradoxalement une influence qui n’en avait pas besoin.

Pour être au moins à trois reprises sur CNews, chaque semaine, une fois avec Clélie Mathias et deux fois avec Pascal Praud, je peux témoigner que ce qui nourrit les échanges se rapporte en effet notamment à « insécurité, délinquance, islam, identité » mais aborde aussi beaucoup d’autres thèmes.

Une chaîne qui répond aux inquiétudes du plus grand nombre

Le tour de passe-passe du quotidien et de la rédactrice de l’article est de qualifier ces quatre sujets de « thématiques de l’extrême droite » comme si cette dernière en était la créatrice, la dépositaire, la propriétaire exclusive sans qu’elles relèvent d’un sentiment collectif, d’une inquiétude et de préoccupations partagées par beaucoup.

À lire aussi, du même auteur: Tribune des militaires: on s’attarde sur l’écume des choses!

En réalité, ce n’est pas l’extrême droite qui est venue irriguer ou gangrener certains esprits de CNews mais ces derniers qui animés par une vision conservatrice de la société et de l’État ont naturellement réfléchi et débattu sur des problématiques dont il aurait été surprenant qu’elles ne rejoignent pas, par leur nature populaire et générale, les obsessions de l’extrémisme de droite comme les dénis de l’extrémisme de gauche.

S’en tenir à une perception qui interdirait à tout ce qui n’est pas d’extrême droite de traiter de ce que l’extrême droite a adopté pour terreau essentiel, reviendrait à priver CNews, tous ceux qui participent, au fil de la journée, à sa réflexion collective sur un mode passionné ou serein, les téléspectateurs qui la regardent et la suivent de plus en plus, de ce qui, chez les citoyens, est prioritaire.

À lire aussi: Police, justice: même combat!

Il y a évidemment des représentants du RN, comme ceux d’autres partis, qui sont invités sur CNews mais il est de la plus élémentaire malhonnêteté, alors que rien ne laisse apparaître une quelconque inféodation partisane au RN, de laisser croire l’inverse. Comme si ne pas voter pour le RN était un motif de discrédit supplémentaire et révélait de basses arrière-pensées. Derrière cette pression subtile, il y a l’envie perverse de contraindre à des justifications qui n’ont pas lieu d’être.

L’inquisition du Monde

Il faut rappeler qu’être conservateur n’est pas une tare et que cette disposition d’esprit ne constitue pas CNews et ceux qui s’y expriment comme des séides du RN. Qu’on mette en parallèle la substance de la pensée et des analyses conservatrices et le flou impressionnant du RN, et il sera facile de constater leur différence.

On pourrait d’ailleurs s’étonner que dans l’espace républicain il soit quasiment obligatoire de devoir se défendre d’appartenir à une mouvance qui, à ce que je sache, n’est pas interdite et draine un si grand nombre d’électeurs que des ministres en oublient leur mission principale pour se vouer à la chasse à Marine Le Pen.

À lire aussi, du même auteur: Mort d’Éric Masson: la police française n’est plus confrontée à une criminalité usuelle

Certes CNews pourrait être flatté de se voir consacrer par Le Monde – ce n’est pas la première fois – une attention, une inquisition qui révèlent pour le moins son importance, son impact et son intolérable et inexplicable succès, pour ses contempteurs.

Les raisons du succès de CNews

La clé du mystère est peut-être dans cette critique qui, contre son gré, va à l’essentiel : « avec sa parole prétendument décomplexée, ses clashs et ses commentaires à l’emporte-pièce, CNews ne cesse de gagner du terrain ». Il y a de la liberté, de la spontanéité, de la contradiction (trop vite qualifiée de « clashs » !), du simplisme sûrement (d’où est-il absent à tout coup médiatiquement ?), en tout cas une volonté de ne pas faire preuve d’une pudeur de chaisière face au réel, aux angoisses du peuple, aux drames du quotidien, sans jamais tomber dans la condescendance confortable du surplomb.

S’il était admissible de donner un conseil de lecteur compulsif du Monde au Monde, je lui suggérerais d’opérer une révision sur CNews et de ne plus colporter de tels poncifs, qui lui font sans doute plaisir mais sont aussi éloignés de la vérité de cette chaîne que possible. Le pluralisme n’existe pas pour qui a décidé de le présumer absent.

À lire aussi: CNEWS est assurément une chaîne diabolique: sur quel bûcher va-t-on la brûler?

Ce serait enfin une expérience digne d’intérêt pour ce quotidien à la fois irremplaçable et partial de se pencher sur d’autres médias. Par exemple France Inter, une matière formidable: un progressisme mondain, des préjugés à foison, un réel à épurer, des intelligences plus donneuses de leçons que de vérités…

Sans doute Le Monde refusera-t-il ma recommandation.

Mais qu’il prenne garde au fait qu’en accusant faussement CNews de banaliser l’extrême droite, il banalise celle-ci…

Le Mur des cons

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Cette autre guerre pour laquelle nous n’avons pas trouvé le vaccin

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Nous ne sommes plus assignés à résidence mais un autre combat nous attend…


Depuis plus d’un an, médecins généralistes, infectiologues et bactériologues ont envahi les plateaux de télévision. Au nom de la lutte contre la Covid, à coup de sentences dramatiques et de prédictions apocalyptiques, nos guérisseurs – enfin nombre d’entre eux – ont crié au loup et réclamé l’assignation de tous à résidence. L’histoire est connue : contre les petits couvre-feux décrétés par l’Élysée, la poursuite du moyenâgeux confinement.

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Un temps aux ordres, Emmanuel Macron a finalement repris la barre pour renvoyer ces « enfermistes » – selon le néologisme à la mode – dans leur pénates, c’est-à-dire à l’hôpital. Il n’empêche que la petite musique fait encore effet. Qui de mieux que nos vénérables blouses blanches bardées de diplômes pour conduire la guerre contre le virus ? Quoi de plus efficace que de confier les clefs du camion aux hommes d’expérience, qui passent leur temps les mains dans le cambouis ? N’est-il pas logique de faire confiance à ceux qui savent, postés en première ligne ? Transposons une seconde le raisonnement.

La grande muette muselée

Alors que la France vit au rythme du meurtre de ses policiers, des menaces contre ses enseignants, des embuscades quotidiennes contre ses forces de l’ordre dans des quartiers noyautés par l’islamisme, un médecin-chef pointe le bout de son nez : l’armée. Non pas pour réclamer les pleins pouvoirs mais confirmer le diagnostic de sécession, connu de tous mais contesté par quelques aveugles. Et cette fois, nul accueil respectueux, nulle dévotion laudative venue d’en haut. La grande muette est payée pour se taire, les militaires doivent garder bouche close. Anonymes ou à visages découverts. Quand c’est la guerre, la vraie, qui débarque, les hommes habitués à combattre la maladie sont condamnés au silence.

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Évidemment, tous les prétextes sont bons. Certains font mine d’y voir le spectre du putsch, érigeant nos militaires « factieux » en nostalgiques du coup de force. D’autres occultent les dispositions constitutionnelles, confondant l’état de siège, décrété en Conseil des ministres, avec la dictature pure et simple. D’autres encore chassent l’air du temps d’un revers de main, persuadés que le refrain de l’onctueuse diversité, couplé au vivre-ensemble, suffira à recouvrir la tonalité mortifère de l’époque. Mais tous ont en commun de faire comme si le cancer n’était pas là, depuis longtemps, rongeant peu à peu chacun des organes du corps social.

Les militaires diagnostiquent les problèmes

De l’Education nationale à la Justice, en passant par les universités et les partis politiques, la pétrification et les accommodements nourrissent l’affection qui attaque la chair jusqu’au squelette. La France se désagrège, prise en sandwich entre les obscurantistes new age, qui prennent Napoléon pour Hitler et confondraient Jésus avec l’Antéchrist, et les amoureux transis pour tous les prétendus dominés, qui rêvent d’abattre la stèle de Jeanne d’Arc pour remplacer la pucelle de Domrémy par la nouvelle icône racisée Assa Traoré. Les libérateurs d’hier sont supplantés par les colons du jour.

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Que l’armée sonne la charge, c’est à première vue stupéfiant. En quelques jours, l’antimilitarisme a disparu. L’esprit 68, que d’aucuns voulaient liquider, s’est évaporé comme par magie. Les sondages révèlent un peuple aussi soucieux de la faillite de l’État que confiante à l’égard de ses forces armées. Mais le plus frappant, c’est la cécité du gouvernement face à l’évidence : les militaires ne se sont pas dressés en qualité de décideurs, mais de diagnostiqueurs, rompus à l’art de l’hostilité. En officialisant la catastrophe, ils ont tiré la sonnette d’alarme. Reste à espérer que nos dirigeants finissent par entendre leurs officiers comme ils se sont inclinés devant le Conseil scientifique. Car la guerre annoncée par les képis est d’un autre calibre. Qu’un vaccin ne suffira pas à endiguer.

Police, justice: même combat!

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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin le 19 mai. Des milliers de policiers manifestaient devant l'Assemblée nationale et dénonçaient le laxisme de l'institution judiciaire © Gabrielle CEZARD/SIPA. Numéro de reportage : 01020007_000004

Une tribune libre de Jean-Paul Garraud


L’actuel ministre de la Justice a été copieusement hué, hier, lors de la manifestation policière devant le Palais-Bourbon.

C’est là l’inévitable sanction d’une image identifiée de longue date à la cause des criminels, fruit de tout un parcours et de postures insupportables pour ceux qui, eux, se battent pour la cause du respect des lois et du maintien de l’ordre public, au péril de leur vie, dans des conditions matérielles souvent indignes. Ces policiers qui sont exposés à l’agressivité d’une partie de la population, aux yeux de qui ils font même parfois aujourd’hui figure d’ennemis, dans la guerre civile larvée qui est menée à notre pays et à son État sur plusieurs parties de notre territoire.

Avec lui, et, bien entendu, au-delà de sa contingente personne, c’est l’institution judiciaire qui a été prise comme bouc émissaire des incompréhensions et frustrations des manifestants.

À cet égard, en se pavanant au milieu d’eux, le ministre de l’Intérieur, au mépris de la dignité de sa fonction et de la plus élémentaire solidarité gouvernementale, est venu accréditer les procès faits à la Justice, jetant de l’huile sur le feu et contribuant ainsi, de manière irresponsable, à la dégradation des relations entre des institutions qui sont des piliers essentiels de la République et doivent œuvrer ensemble dans la plus étroite complémentarité.

Certes, de la harangue d’Oswald Baudot (« soyez pour le voleur contre la police »…) au « mur des cons », des magistrats, dans un militantisme soixante-huitard dévoyé, ont puissamment et durablement altéré l’image du corps judiciaire auprès de ces auxiliaires de la loi pénale.

Certes, l’évolution contemporaine du droit répressif, sous la pression de l’idéologie anti-pénale et anti-carcérale, dans le sens de l’évanescence des peines et de la multiplication des embûches procédurales, n’a pu manquer de démobiliser et démoraliser ceux qui sont les premiers acteurs de la répression sur le terrain. C’est là une lourde responsabilité des gouvernants, de toutes couleurs, et, présentement, d’un gouvernement qui, pendant que se déroulait la manifestation de ce jour est en train de faire voter un texte qui, à côté de quelques « gadgets » rajoutés en catastrophe pour essayer de calmer la colère, va amplifier l’incertitude des peines et, compliquer encore plus le travail des enquêteurs (délais imposés, contradictoire introduit, surprotection des confrères de Me Dupond-Moretti etc.) : on n’est pas plus cynique et hypocrite !

Mais, nos amis policiers doivent comprendre que toute la magistrature, très loin de là, n’est pas dans cet état d’esprit, et que, nombre de ses membres partagent les mêmes attentes : celle du rétablissement de la confiance entre les partenaires d’une même mission au service de la sécurité publique ; celle d’une révolution, juridique et matérielle, dans les outils de travail à cette fin.

Oui, la procédure pénale doit être débarrassée de toutes les entraves à son efficacité qui l’ont ankylosée au fil du temps. Oui, le divorce entre peines encourues, peines prononcées et peines exécutées doit être massivement réduit. Oui, les agressions, de toute nature, envers les dépositaires de l’autorité publique doivent être implacablement poursuivies et réprimées, avec, notamment, de vraies peines planchers, une perpétuité réelle, et, une procédure de flagrance en matière criminelle. Oui, Police et Justice peuvent et doivent mener le même combat : c’est une exigence de salut public !


Manifestation inédite ce 19 mai des forces de l’ordre devant l’Assemblée nationale

Le problème de la police, c’est la justice ?
« Le problème de la police, c’est la justice » a déclaré un syndicaliste à la tribune du rassemblement ce mercredi. 

35 000 policiers, selon les syndicats, étaient réunis à Paris devant le Palais Bourbon mercredi, malgré la pluie, pour interpeller le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. Ils réclamaient une sévérité pénale accrue contre les agresseurs de forces de l’ordre. Inédite conception de la séparation des pouvoirs, le ministre de l’Intérieur lui-même s’était joint aux fonctionnaires présents devant d’Assemblée nationale !

Mais est-ce alors vraiment un match Darmanin-Moretti, Intérieur contre Justice qui s’est joué sur les pavés humides de la capitale ? Le ministre de l’Intérieur a profité de cette apparition pour discuter avec plusieurs policiers sur place. « Il faut nous aider, le métier est très difficile, on a besoin de vous, il faut qu’on soit protégés […] On part au boulot et on ne sait pas comment on va rentrer, dans quel état… », lui a dit l’un d’eux, très ému. Avec à ses côtés le préfet de police de Paris Didier Lallement, Gérald Darmanin a déclaré : « je suis venu soutenir tous les policiers, comme tous les Français ». La maire de Paris, Anne Hidalgo est également venue. Plus on est de fous…

La Justice tempère, Marine Le Pen se donne le beau rôle

« Un des problèmes soulevés par les policiers est l’automatisation des peines, car le juge doit pouvoir décider de la gravité des faits et de la sanction selon les circonstances. C’est également la confiance dans la justice pénale qui est mise à mal » a dit Emmanuelle Masson, porte-parole du ministère de la Justice sur le plateau de BFM TV. « La justice, c’est aussi trancher des litiges, donc il y aura toujours des gens mécontents et des critiques sur les sanctions retenues » a ensuite argumenté la communicante. 

« Il faut de la protection, il faut de la fermeté et il faut que l’on ne puisse plus toucher à un policier sans que les conséquences pénales soient extrêmement dures. Le message qui doit être lancé aux délinquants et aux criminels : si vous touchez à un policier, vous risquez de rester de longues années en prison. Je suis navrée de dire à ceux qui nous gouvernent que la fermeté dans ce domaine, ça marche » a déclaré Marine Le Pen à la presse alors qu’elle était en déplacement à Bordeaux où elle a visité un commissariat. 

La principale revendication déjà écartée par l’exécutif

Après les derniers évènements sanglants et les émeutes urbaines des derniers jours, Claude Simonetti de l’Unité SGP Police FO Vaucluse et proche d’Éric Masson attend « des réponses » de la justice et du gouvernement pour éviter que des policiers ne continuent à mourir. Dans la famille du brigadier tué à Avignon le 5 mai dernier, le père, le frère et la sœur sont également policiers ! Des Marseillaises ont retenti. 

La principale revendication des manifestants était la mise en place de peines planchers pour les voyous qui s’en prennent aux policiers. Toutefois, hier matin sur France inter, Gérald Darmanin a affirmé qu’il n’en était pas question. Le ministre a précisé que les peines planchers de l’époque Sarkozy n’ont en réalité jamais marché. Selon lui, les peines planchers n’étaient appliquées qu’en cas de récidive, les magistrats pouvaient y déroger, et 30% seulement étaient en réalité appliquées. Au micro de la radio publique, il a ajouté : “qu’il faille améliorer la réponse pénale, oui, et c’est pour ça qu’on augmente de 10% le budget de la justice, mais les peines minimales, ça ne marche pas.” Darmanin est donc allé soutenir les policiers sur le terrain, mais ces derniers peuvent avoir le sentiment que l’on tourne un peu en rond. La rédaction.


Lyon: la rénovation du Musée des Tissus, un crime de lèse-patrimoine?

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Musée des Tissus et des Arts décoratifs, Laurent WAUQUIEZ accueille Stephane BERN et Bernard PIVOT, Lyon, Mars 2019 © Bony/SIPA Numéro de reportage : 00898223_000007

Le musée des Tissus et des Arts décoratifs est un lieu historique qui cristallise les passions depuis que Laurent Wauquiez est à la tête d’Auvergne Rhône-Alpes…


Menacé de fermeture, c’est in extrémis que le musée des Tissus et des Arts décoratifs a été acquis pour un euro symbolique par le Conseil régional, après de longues et difficiles négociations avec la Chambre de Commerce et d’industrie, la mairie et l’État en 2017. Récemment, l’ancien ministre sarkozyste a décidé d’entamer des travaux de rénovation des Hôtels particuliers Villeroy et de Lacroix-Laval, qui abritent les innombrables collections d’étoffes du musée, et de confier la conduite des travaux à Rudy Ricciotti. Une initiative qui a mis en colère l’association « Préservation du Quartier du Musée des tissus » qui s’interroge sur les zones d’ombre dans l’attribution du projet au célèbre architecte et un assaut sur le patrimoine local.

Le projet ne fait vraiment pas des heureux dans le quartier du 34 rue de la Charité. L’association pointe du doigt un projet pharaonique qui propose des « architectures tranchées, disruptives, faites de béton, de ciment et de verre, loin du savoir-faire local ». « De l’architecture transposable, sans racines « qui fait fi de la qualité de vie environnementale actuelle » précise-t-elle. « Rien n’interdisait, la mise en valeur des hôtels particuliers avec des jardins et des murs végétalisés en limite de propriété. Les extensions pouvant être envisagées en sous-sol ou externalisées comme beaucoup de musées dont le Louvre » ajoute l’association. La mairie écologiste de Lyon, elle-même, s’est opposée à ces rénovations jugées trop coûteuses et a refusé de participer aux frais. Les membres et sympathisants de cette association s’interrogent également sur le montant de l’appel d’offres présenté par le Conseil régional, initialement de 35 millions, qui a subitement doublé en un mois après que Rudy Ricciotti ait été choisi « par un jury composé d’experts dont nous ne savons même pas d’où ils viennent et qui sont-ils ». L’association souligne que ni « la population lyonnaise ni les voisins immédiats n’ont été consultés sur un projet annoncé en plein période de crise ». « On se demande en quoi il est une priorité actuellement alors qu’une situation économique catastrophique se profile une fois la pandémie terminée, quand bien même des fonds auraient été alloués par Bruxelles ou l’Unesco » renchérit l’association.

Un « manque de sobriété qui n’a rien à voir avec ce que l’on trouve dans le quartier d’Ainay » regrette Maxime Dehan, jeune historien local, passionné de patrimoine, qui espère que Stéphane Bern voudra bien « leur apporter un soutien de la manière dont il le souhaite face à quelque chose qui est en rupture avec l’existant et qui défigure complètement le quartier ». Le monsieur patrimoine d’Emmanuel Macron, qui a passé de nombreuses années dans la capitale des Gaules, et Bernard Pivot, étaient déjà intervenus pour empêcher la fermeture du Musée. Avec succès. « Ce projet ressemble plus à une belle opération immobilière qu’à une véritable œuvre de restauration et de mise en valeur patrimoniales » s’agace Maxime Dehan qui a mis en ligne une pétition, baptisée « Conservons la cour du Musée des Tissus et des Arts Décoratifs dans son écrin d’origine ! » et qui a déjà recueilli 760 signatures. Un début modeste mais qui ne stoppera pas cette association de faire entendre sa voix et de tenter de mettre un terme à ce crime de lèse-patrimoine.

Non à une constituante

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Acte 19 des Gilets jaunes, à Paris, 23 mars 2019 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage : 00900394_000010

Il est fréquent d’entendre aujourd’hui demander la réunion d’une constituante. Ce slogan avait il y a quelque temps déteint chez les Gilets jaunes à la recherche de projets, et il poursuit son chemin à son rythme.


Dans le chaos ambiant, on comprend qu’il signifie le désir d’une rupture radicale et d’un retour à une vraie démocratie. Nous croyons pourtant que cette revendication débouche sur une impasse.

Les raisons pour la récuser sont nombreuses

D’abord l’histoire : en France les constituantes n’ont jamais conduit qu’à des échecs. Les Etats généraux s’érigèrent en Assemblée constituante dès le 17 juin 1789. Après deux ans pleins de travaux, il en sortit une monarchie constitutionnelle, dominée par une « Assemblée législative » qui ne dura que neuf mois. La Convention nationale (1792-1795) était, elle aussi, formellement une constituante, celle de la Première République : il en sortit le Directoire, rarement tenu pour une réussite et qui ne dura que cinq ans. La Constituante de 1848 déboucha sur un régime présidentiel à l’américaine dont on sait à quoi il aboutit. Les deux constituantes de 1945 et 1946 conduisirent à la IVe République qui tint à peine douze ans.

Les deux seuls régimes durables de la France contemporaine : la IIIe et la Ve République n’émanèrent ni l’un ni l’autre d’une constituante : le premier dura 70 ans, l’autre dure depuis déjà 62 ans. Les lois constitutionnelles de 1875 étaient un expédient provisoire, la Constitution de 1958 émana d’abord de la volonté d’un homme.

À l’étranger, les constitutions de la République de Weimar (« la plus démocratique du monde », disait-on) et celle de la IIe République espagnole émanèrent elles aussi de constituantes. Qui en ignore le destin fatal ?

À lire aussi, du même auteur: L’Allemagne bourreau de l’Europe de Bruxelles? Ne nous emballons pas!

À la rigueur peut-on tenir la Convention de Philadelphie de 1787, qui aboutit à la Constitution des États-Unis pour une constituante qui a réussi ; elle tenait cependant plus d’une réunion d’ambassadeurs que d’une assemblée élue.  

Une constitution vaut d’abord pour son ancienneté

Mais ce qui fait la réussite de la constitution américaine, c’est moins sa perfection (elle révèle aujourd’hui de graves défauts) que sa patine. Une constitution vaut d’abord par son ancienneté. Longtemps on tint pour une malédiction de la France de changer sans cesse de régime (quinze au total depuis 1789). Le Ve République a paru nous guérir de cette fatalité. Il serait fort imprudent de nous y ramener. La nouvelle constitution aurait des défauts qui en appelleraient une autre et ainsi de suite. Vouloir revenir à l’instabilité serait manquer à la vertu de prudence, la plus nécessaire aux constituants depuis le vieux Solon.

La constitution actuelle offre mieux qu’aucune autre les moyens de redresser le pays

Autre raison de se méfier : dans la plupart des cas à commencer par celui de 1789, il existait avant la réunion de l’assemblée constituante ou au moins pendant, un noyau de personnalités, ouvert ou occulte, sachant à peu près où ils voulaient en venir. Ceux qui revendiquent bruyamment la réunion d’une constituante ont-ils aujourd’hui la moindre idée du genre de régime qu’ils veulent instituer ? Il ne semble pas.

Comment ne pas soupçonner dès lors les promoteurs d’un nouveau régime de vouloir revenir à la IVe République ? Dans le tableau de Mendeleïev des constitutions possibles, il n’y en a pas beaucoup en France : soit un régime semi-présidentiel comme aujourd’hui (qui est en réalité plus présidentiel que celui des Etats-Unis), qui évite, pour le meilleur et pour le pire, tout blocage du processus décisionnel, soit un régime comme les IIIe et IVe Républiques, centré sur un président du conseil des ministres ou un premier ministre, surveillés de près par les assemblées. Il ne serait d’ailleurs pas nécessaire de changer de constitution pour en arriver là : en passant d’un scrutin majoritaire à un scrutin proportionnel, on n’en serait pas loin. Ce serait le régime des centres, unis contre le «populisme» c’est-à-dire du statu quo national et international. C’est ce que réclame étourdiment Marine Le Pen qui, élue, serait avec un tel système une présidente réduite à l’impuissance.

On dira : mais vous voyez où nous mène le régime actuel : la déliquescence de l’État, le chômage de masse, la baisse du pouvoir d’achat, la lourdeur des impôts, le déclin de l’Éducation nationale, les injustices d’un système social obèse, les inégalités croissantes, des mouvements de population hors de contrôle, bref tout ce dont se plaignaient légitimement les Gilets jaunes – et d’autres !

Pour que ce constat, tout à fait justifié aboutisse à l’idée d’une constituante, il faudrait qu’on nous dise avec précision, comment tel ou tel article de la constitution actuelle a conduit à ces dérives.

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Il est vrai qu’au fil des temps nous nous sommes éloignés de la constitution initiale de la Ve République, version 1958, amendée 1962. L’instauration du quinquennat par exemple a profondément dénaturé les institutions, aboutissant à un affaiblissement du Parlement. La primauté du droit européen n’était pas non plus prévue, avec son ampleur actuelle, dans la constitution primitive.

Le droit est vicié par l’idéologie

Mais les textes sont-ils essentiels ? Le général de Gaulle a révélé son grand secret dans des confidences faites à Alain Peyrefitte : si les hommes sont mauvais, leur action sera mauvaise quelles que soient les institutions. S’ils sont bons, il ne faut pas que, le jour venu, ils se trouvent empêchés de bien faire par des institutions qui leur lieraient les mains. Il est clair que nous sommes dans le premier cas de figure, ce qui fait que la réunion d’une constituante n’y changerait rien.

La vérité, c’est que les réalités juridiques sont aujourd’hui largement vidées de leur sens par des facteurs extraconstitutionnels. Le plus important est l’idéologie. Du temps de l’Union soviétique, la constitution avait établi un régime démocratique, fédéral, décentralisé : quel sens cela avait-il dès lors que le parti communiste contrôlait tout par derrière ? Nous n’en sommes pas encore là mais quel sens a encore la démocratie face à une presse unanime pour soutenir les candidats et partis de l’oligarchie et du politiquement correct ? L’idéologie est comme une rouille qui ronge et dénature les édifices juridiques les mieux construits ; or l’idéologie aujourd’hui est partout. Elle est inséparable de la puissance écrasante des instances internationales, pas seulement européennes, qui vident de leur substance les pouvoirs nationaux.

Est-ce le sens de la revendication d’une constituante : rappeler la souveraineté éminente du peuple français ? Ce serait un détour bien compliqué et bien aléatoire. On ne sait quel en serait le résultat : souvenons-nous de 1945-46 où on voulait, dans l’euphorie de la Libération, tout changer : on revint de fait à la IIIe République, en pire.

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Non, la constitution actuelle offre mieux qu’aucune autre les moyens de redresser le pays. À condition qu’elle ne soit pas dénaturée comme elle l’a été par les réformes de Giscard, de Chirac et de Sarkozy (Mitterrand eut la sagesse de ne pas toucher à un régime qu’il avait autrefois qualifié de «coup d’État permanent»). Cette constitution est peut-être la pire de toutes quand la république est en de mauvaises mains, mais plus qu’aucune autre, elle peut, si un bon président vient à être élu, lui permette de redresser rapidement le pays. Est-ce possible ? Ne désespérons pas du suffrage universel : les exemples des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Italie sont là pour nous en rappeler la puissance. Pour le donner le jour venu à un bon président toutes ses chances, nous ne proposons qu’un seul changement : abroger toutes les révisions qui ont été faites depuis 1962.

Beau temps pour les reptiles

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© D.R.

Confinement et animaux font bon ménage


Confinement et animaux font bon ménage. Pour l’année 2020, la Société protectrice des animaux (SPA) a enregistré près de 38 000 adoptions d’animaux pour un taux de retour – historiquement bas – de 3,8 %. Le bonheur des bêtes ne s’arrête pas là : les abandons de chiens ont chuté de plus de 20 % en 2020, une tendance notamment due à la baisse des départs en vacances d’été.

Dans un sondage réalisé en mars 2021 auprès de 1 039 personnes, 84 % des détenteurs d’animaux domestiques affirment que leur bête les aide à « supporter les restrictions liées au Covid-19 », un argument que Tintin aurait sans doute fait sien s’il avait été assigné à résidence avec Milou. Mais face au grand enfermement, les jappements des fox-terriers ou les prouesses des bergers allemands suffisent-ils toujours ? Les heureux élus ne sont pas forcément ceux que l’on croit. En 2020, les recherches sur internet pour se procurer des NAC (nouveaux animaux de compagnie) ont explosé.

Si les amateurs de petits mammifères tels que hamsters, cochons d’Inde, furets ou même rats se bousculent sur la Toile, quelques clics permettent de se procurer aussi couleuvres, grenouilles, caméléons, iguanes ou autres compagnons tropicaux. Un engouement compulsif avant de réaliser qu’on a plus de choses à dire à un chien qu’à un lézard ? Dans un communiqué publié sur son site fin janvier, la SPA a dénoncé « une inquiétante augmentation de 16 % des abandons de NAC », qu’elle attribue à « l’achat impulsif de ces espèces en animalerie ou sur internet lors du premier confinement, abandonnés comme de vulgaires objets de consommation quelques mois plus tard ».

Adoptée le 29 janvier par l’Assemblée nationale, la loi contre les abandons des animaux domestiques prévoit notamment d’encadrer la vente en ligne des animaux de compagnie. Pour les théoriciens d’un grand complot ourdi par des êtres reptiliens, nul besoin désormais de fantasmes : les reptiles sont déjà parmi nous et ce sont nos meilleurs amis.

La Fontaine ou l’esprit français

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"Jean de La Fontaine", Hyacinthe Rigaud, 1690 © Aisa/Leemage

Jean de La Fontaine fêtera cet été ses 400 ans et La Pléiade nous offre, à cette occasion, une belle réédition des Fables. Replongeons dans l’œuvre magistrale de cet homme doué pour le bonheur qui sut faire de la poésie une école de la précision et de la juste fantaisie.


Y a-t-il des écrivains heureux ? En ces temps d’enfermements vétilleux, de vie au ralenti, de sensations amoindries, de tristesse généralisée et d’impossibilité à jouir du présent, à aimer le passé et à espérer dans l’avenir, la question prend une acuité nouvelle. Rassurez-vous, La Fontaine est là et avec lui tous les remèdes aux manques que nous venons d’énumérer.

Jean de La Fontaine est un classique, comme on dit. La preuve, il est 14e dans le palmarès des noms donnés à des établissements scolaires, de la maternelle au lycée. Chez les écrivains, il n’est devancé que par Prévert, Victor Hugo et Saint-Exupéry. Un classique qu’on étudie en classe et qui a appartenu à la formidable génération des années 1660 avec Pascal, Molière, Racine, Retz, La Rochefoucauld, Madame de Sévigné ou Madame de La Fayette sans oublier Boileau ou Bossuet. Mais aucun d’entre eux n’a donné son nom à autant d’écoles que La Fontaine. On retrouve ainsi cette vieille image du poète des Fables destinées d’abord aux enfants. Et ce, dès l’origine, puisqu’elles sont dédiées à Monseigneur le Dauphin, le fils du roi. Est-ce suffisant pour faire de La Fontaine un écrivain heureux parce que fidèle à l’esprit d’enfance, comme il l’écrit dans « Le Pouvoir des fables », une « fable sur les fables » autant qu’un art poétique :

« Si Peau d’Âne m’était conté,
J’y prendrais un plaisir extrême.
Le monde est vieux, dit-on, je le crois ; cependant
Il le faut amuser encor comme un enfant. »

On connaît peu de choses de sa vie

Toutefois, cela n’épuise pas la question, comme on s’en apercevra en lisant ce tirage spécial des Fables illustrées par Grandville que publie « La Pléiade ». Il est vrai que c’est son anniversaire, à La Fontaine. Il a 400 ans cette année. Il est né en juillet 1621 à Château-Thierry, aux portes de la Champagne. Le 7 ou le 8, on n’en est pas très sûr. Il y a d’ailleurs beaucoup d’incertitudes sur la biographie de notre homme. Ce n’est pas qu’il était particulièrement secret, c’est qu’on ne savait jamais où le trouver. On sait peu de choses de sa vie, sinon par les anas, ces recueils d’anecdotes et de bons mots sur les célébrités dont son époque était friande. Les anas ressemblaient davantage à la presse people d’aujourd’hui qu’à la Vie des hommes illustres.

Quelques faits avérés tout de même : son père est maître des Eaux et Forêts, charge dont il héritera. Ce n’est pas très rentable, mais ça laisse du temps libre. Le bonheur passe aussi par une certaine disponibilité à laquelle La Fontaine tient plus que tout : « Ne point errer est au-dessus de mes forces », écrit-il dans son Discours à Madame de la Sablière, une de ses protectrices. Famille en voie d’anoblissement, études au collège de sa ville natale puis, semble-t-il, à Paris. On le destine à la théologie, d’où son entrée à l’Oratoire. Il montre peu de goût pour la vocation ecclésiastique. On le marie. Il montre peu de goût pour sa femme, ce qui est réciproque. À l’Oratoire, il préfère la compagnie des écrivains, vivants ou morts. Il lit les auteurs de l’Antiquité, mais aussi les auteurs italiens plus ou moins licencieux. Les premiers lui serviront pour ses Fables, les seconds pour ses Contes qui doivent beaucoup à Boccace. De sa femme, il se sépare sans drame. Il s’en expliquera, ce séducteur paisible, cet inconstant amusé, dans un de ses Contes, « Le Pâté d’anguille » : « Même beauté, tant soit exquise / Rassasie et soûle à la fin. / Il me faut d’un et d’autre pain : / Diversité, c’est ma devise. » Autre secret du bonheur : préférer l’amour-goût, comme dira plus tard Stendhal, à l’amour-passion, qui est le fils de la tragédie comme le montre si bien Racine.

La Fontaine a cinq ans, en 1626, quand un héros de roman, le jeune d’Artagnan vu par Dumas, entre à Meung-sur-Loire, dernière étape avant Paris et sa rencontre avec les mousquetaires du roi. Ce héros si français n’est au bout du compte guère plus fictif que notre La Fontaine, ou tout aussi légendaire. Mais il faut se souvenir de l’étymologie de légende : pas seulement ce qui est inventé, mais ce qui doit être lu.

« Jean de La Fontaine implorant la grâce du roi Louis XIV après qu’il a pris la défense de Nicolas Fouquet ». Gravure tirée du livre « Les Alcôves des reines », de Jules Beaujoint, 1879 © The Holbarn Archive/Leemage

Si on se permet ce rapprochement, entre un héros de roman et un héros du roman national, c’est qu’on oublie souvent qu’il y a deux XVIIe siècle, celui de Louis XIII et celui de Louis XIV. D’Artagnan est un héros du siècle de Louis XIII comme le Rodrigue de Corneille. Ils ont existé, sans aucun doute, mais allez savoir au juste l’exactitude historique de tout cela. Quelle importance, au fond ? Pour les théologiens contemporains de La Fontaine, peu importe que le Saint-Suaire de Turin soit vrai ou faux. Ce qui compte, ce sont les générations de croyants qui se succèdent et donnent sa réalité spirituelle au miracle. Pascal explique ça très bien : « Les miracles sont plus importants que vous ne le pensez. Ils ont servi de fondation. »

La Fontaine est un homme des deux XVIIe siècle

Est donc vrai ce qui fonde durablement une esthétique, une religion ou une nation. Et si La Fontaine est un des héros du roman national depuis la IIIe République, c’est en raison de la morale apparente qu’il invente, pas de sa biographie : être économe comme la fourmi, éviter la flatterie des menteurs intéressés, ne pas tenir pour quantité négligeable celui qui est plus petit que soi, avoir de véritables amis. Que La Fontaine ait été volage, intrigant à l’occasion, avide d’honneurs – il reniera ses Contes licencieux pour entrer à l’Académie française – n’empêchera pas des générations d’écoliers en sarrau noir et aux oreilles décollées de se souvenir des Fables toute leur vie, et notamment dans les tranchées de 14.

Le siècle de Louis XIII, celui où naît La Fontaine, est encore travaillé par les guerres de Religion, puis par la Fronde. Le goût est à l’héroïsme des romans de chevalerie, les mœurs sont rudes. Les grandes dames ne sont pas des Précieuses et la carte du Tendre n’est en fait qu’un territoire sillonné par des hommes en armes, des intrigantes de génie, comme la duchesse de Chevreuse ou les bergers mythologiques de l’Astrée d’Honoré d’Urfé, un des livres préférés de La Fontaine qui le dévore en cachette pendant ses études et en deviendra dans sa vieillesse le librettiste, pour une adaptation en opéra qui ne connaîtra aucun succès. Le siècle de Louis XIII est violent, aventureux, insoumis, paillard, naïf, on rit et on boit beaucoup. On trouve Rabelais et les sonnets libertins de l’Arétin dans les fontes des cavaliers et les ruelles des marquises. La France est encore cette jeune fille de grand chemin décoiffée, une « Perrette court vêtue » qui tire des plans sur la comète, accorte et imprudente.

Le siècle de Louis XIV est au contraire celui de l’ordre. Colbert, qui n’aimait guère La Fontaine, y veille. On l’appellera le Grand Siècle. Il va fixer la grammaire en même temps que les règles de la monarchie absolue. Il fait la synthèse entre l’efflorescence baroque et la rigueur classique, qui trouvera son accomplissement somptueux avec le château de Versailles – beaucoup plus qu’un château, le symbole de toute une civilisation. La Fontaine est un écrivain de ce Grand Siècle, mais aussi l’enfant d’une époque plus fantasque où tout était moins domestiqué, la nature, l’imaginaire, les codes amoureux. Une époque où les animaux parlaient, où les métamorphoses étaient courantes, comme cette chatte d’une de ses fables devenue femme, mais qui redevient chatte dès qu’elle voit des souris. Chez La Fontaine, on ne joue pas avec la nature humaine aussi facilement qu’on pourrait le penser. Il vaut mieux faire avec que vouloir à tout prix créer un homme nouveau : regardez ce qui arrive à la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf… Antitotalitaire et universel à la fois, notre fabuliste : c’était l’avis de Pierre Boutang dans un livre trop oublié, La Fontaine politique.

Mêlé à l’affaire Fouquet

La Fontaine est tout entier entre deux époques, deux mondes, dans sa vie comme dans son œuvre. Il ne sera reçu à Versailles qu’une seule fois, pour présenter son premier livre des Fables. À vrai dire, il essaie alors de se refaire une virginité. Il a été découvert par Fouquet, le munificent surintendant du roi, le magicien des Finances, le créateur de Vaux-le-Vicomte, celui qui avant Louis XIV s’entoure des grands noms des arts et des lettres. Cela lui coûtera cher. On pourra lire cette histoire dans un joli livre de Morand, Fouquet ou le Soleil offusqué. Louis XIV fait arrêter et juger ce ministre trop brillant qui incarnait une politique de la dépense et du prestige. Louis XIV la reprend à son compte, y ajoutant la rigueur des Colbert et des Louvois. La Fontaine défendra Fouquet qui l’avait pensionné. Mais point trop n’en faut. Les hommes heureux n’ont pas le goût du martyre, ce fanatisme qu’on retourne contre soi. Inutile de tenter d’argumenter comme le fait l’agneau avec le loup puisque la raison du plus fort est toujours la meilleure.

On ne trouve pas de désespoir chez La Fontaine. On l’appelle même « le bonhomme La Fontaine ». On le dit distrait alors que chacune de ses fables prouve un don d’observation hors du commun. Les romantiques, mal compris, donneront une image vaporeuse de la poésie alors qu’elle est une école de la précision, un œil absolu et c’est ce qui fait de la fable, au-delà de sa fraîcheur lustrale ou de son ironie, une science exacte. La Fontaine le dit clairement dans sa préface : « Et comme par la définition du point, de la ligne, de la surface, et par d’autres principes très familiers, nous parvenons à des connaissances qui mesurent enfin le ciel et la terre ; de même aussi, par les raisonnements et conséquences que l’on peut tirer de ces fables, on se forme et le jugement et les mœurs, on se rend capable de grandes choses. » Ces grandes choses, La Fontaine se garde bien de les préciser, ce serait s’enfermer dans la vulgarité d’un message comme n’importe quel triste romancier à thèse du XXe siècle.

La Fontaine, écrivain libre

Encore une fois, il tient trop à sa liberté et il connaît les deux façons de donner le change à son époque : la retraite et la surexposition. La Fontaine oscille entre les deux, en permanence : il participe aux débats du moment, mais il revient le plus souvent possible à Château-Thierry, pour retrouver la nature sous prétexte d’exercer sa fonction. Il sait respirer, c’est aussi un des secrets du bonheur. La question du souffle, du rythme est très importante. On voit tout de suite qu’il s’y connaissait à la manière dont il utilise le vers dans ses Fables. Il alterne le court et le long, le rejet et l’enjambement, la coupe et la métrique acrobatique, l’harmonie imitative et, à l’occasion, la clarté sereine d’un alexandrin qu’il dégage du sublime pour lui donner une magie intime et évidente : « Le long d’un clair ruisseau buvait une colombe. »

Nous reste désormais la joyeuse perspective d’un texte inépuisable, insaisissable. Bien sûr qu’il peut être lu par les enfants, même si les Fables encore étudiées au collège se font de plus en plus rares et sont tristement réduites à ce qu’on appelle en langage pédagogique leur « fonction argumentative ». On montre que La Fontaine sait « confronter les points de vue », que « La Mort et le Bûcheron », « La Cigale et la Fourmi » discutent comme deux débatteurs et « cherchent à convaincre ». On oublie juste que cette poésie refuse l’abstraction, qu’elle est toute de visions, d’odeurs, de sensations, de bruissements et que c’est pour cela qu’elle est si naturellement accessible à l’enfance et à ce qui reste d’enfance en nous. Quant à vouloir dégager une morale clairement définie, c’est très loin d’être évident.

Rousseau avait bien compris cette ambiguïté fondamentale de La Fontaine au point de l’estimer nocive pour les enfants dans son Émile où il veut dessiner une pédagogie nouvelle : « Suivez les enfants apprenant leurs fables, et vous verrez que, quand ils sont en état d’en faire l’application, ils en font presque toujours une contraire à l’intention de l’auteur, et qu’au lieu de s’observer sur le défaut dont on les veut guérir ou préserver, ils penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des défauts des autres. » Eh oui, c’est plus amusant d’être le renard que le corbeau, le lion que le moucheron sauf quand le moucheron rend fou le lion. On comprend ce qui agace Rousseau : ce n’est pas La Fontaine qui inspirera les futurs signataires d’un contrat social…

Cela tombe bien, La Fontaine n’en voulait pas et nous ne sommes plus certains, nous-mêmes, d’en vouloir. « Nous forcer à être libres », comme l’écrivait Rousseau dans un insoutenable paradoxe, c’est d’abord nous forcer. Sachons plutôt, comme La Fontaine, malgré les guerres, les épidémies, les sociétés verrouillées par des ordres injustes, les querelles religieuses et les puritanismes toujours aux aguets, traverser la vie avec son intelligence du bonheur et son aptitude à tout contourner, à tout retourner, même la tristesse :

J’aime le jeu, l’amour, les livres, la musique,
La ville et la campagne, enfin tout ; il n’est rien
Qui ne me soit souverain bien,
Jusqu’au sombre plaisir d’un coeur mélancolique.

Jean de La Fontaine, Fables (éd. Jean-Pierre Collinet, gravures et dessins de Grandville), « La Pléiade », Gallimard, 2021.