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Cette autre guerre pour laquelle nous n’avons pas trouvé le vaccin

Cette autre guerre pour laquelle nous n’avons pas trouvé le vaccin
Le président Macron et son Premier ministre prennent un café en terrasse à Paris, le 19 mai 2021 © GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Nous ne sommes plus assignés à résidence mais un autre combat nous attend…


Depuis plus d’un an, médecins généralistes, infectiologues et bactériologues ont envahi les plateaux de télévision. Au nom de la lutte contre la Covid, à coup de sentences dramatiques et de prédictions apocalyptiques, nos guérisseurs – enfin nombre d’entre eux – ont crié au loup et réclamé l’assignation de tous à résidence. L’histoire est connue : contre les petits couvre-feux décrétés par l’Élysée, la poursuite du moyenâgeux confinement.

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Un temps aux ordres, Emmanuel Macron a finalement repris la barre pour renvoyer ces “enfermistes” – selon le néologisme à la mode – dans leur pénates, c’est-à-dire à l’hôpital. Il n’empêche que la petite musique fait encore effet. Qui de mieux que nos vénérables blouses blanches bardées de diplômes pour conduire la guerre contre le virus ? Quoi de plus efficace que de confier les clefs du camion aux hommes d’expérience, qui passent leur temps les mains dans le cambouis ? N’est-il pas logique de faire confiance à ceux qui savent, postés en première ligne ? Transposons une seconde le raisonnement.

La grande muette muselée

Alors que la France vit au rythme du meurtre de ses policiers, des menaces contre ses enseignants, des embuscades quotidiennes contre ses forces de l’ordre dans des quartiers noyautés par l’islamisme, un médecin-chef pointe le bout de son nez : l’armée. Non pas pour réclamer les pleins pouvoirs mais confirmer le diagnostic de sécession, connu de tous mais contesté par quelques aveugles. Et cette fois, nul accueil respectueux, nulle dévotion laudative venue d’en haut. La grande muette est payée pour se taire, les militaires doivent garder bouche close. Anonymes ou à visages découverts. Quand c’est la guerre, la vraie, qui débarque, les hommes habitués à combattre la maladie sont condamnés au silence.

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Évidemment, tous les prétextes sont bons. Certains font mine d’y voir le spectre du putsch, érigeant nos militaires “factieux” en nostalgiques du coup de force. D’autres occultent les dispositions constitutionnelles, confondant l’état de siège, décrété en Conseil des ministres, avec la dictature pure et simple. D’autres encore chassent l’air du temps d’un revers de main, persuadés que le refrain de l’onctueuse diversité, couplé au vivre-ensemble, suffira à recouvrir la tonalité mortifère de l’époque. Mais tous ont en commun de faire comme si le cancer n’était pas là, depuis longtemps, rongeant peu à peu chacun des organes du corps social.

Les militaires diagnostiquent les problèmes

De l’Education nationale à la Justice, en passant par les universités et les partis politiques, la pétrification et les accommodements nourrissent l’affection qui attaque la chair jusqu’au squelette. La France se désagrège, prise en sandwich entre les obscurantistes new age, qui prennent Napoléon pour Hitler et confondraient Jésus avec l’Antéchrist, et les amoureux transis pour tous les prétendus dominés, qui rêvent d’abattre la stèle de Jeanne d’Arc pour remplacer la pucelle de Domrémy par la nouvelle icône racisée Assa Traoré. Les libérateurs d’hier sont supplantés par les colons du jour.

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Que l’armée sonne la charge, c’est à première vue stupéfiant. En quelques jours, l’antimilitarisme a disparu. L’esprit 68, que d’aucuns voulaient liquider, s’est évaporé comme par magie. Les sondages révèlent un peuple aussi soucieux de la faillite de l’État que confiante à l’égard de ses forces armées. Mais le plus frappant, c’est la cécité du gouvernement face à l’évidence : les militaires ne se sont pas dressés en qualité de décideurs, mais de diagnostiqueurs, rompus à l’art de l’hostilité. En officialisant la catastrophe, ils ont tiré la sonnette d’alarme. Reste à espérer que nos dirigeants finissent par entendre leurs officiers comme ils se sont inclinés devant le Conseil scientifique. Car la guerre annoncée par les képis est d’un autre calibre. Qu’un vaccin ne suffira pas à endiguer.


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Ghislain Benhessa est docteur en droit public et titulaire d'un master en philosophie. Il est avocat et enseignant à la faculté de droit de l'Université de Strasbourg. Il est l'auteur de « L’État de droit à l’épreuve du terrorisme » (Editions de l’Archipel, janvier 2017)

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