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De David Jones à David Bowie

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Un documentaire de Francis Whately retrace la vie et l’œuvre de Bowie, du petit gars à l’accent cockney jusqu’à l’icône  extraterrestre de la pop.


Arte est toujours « the place to be » pour regarder un bon documentaire sur les légendes du rock’n’roll. Après Brian Jones, c’est de Bowie qu’il s’agit. Depuis le 30 avril dernier David avant Bowie de Francis Whately est disponible en replay pour le plus grand plaisir des nombreux fans. Parlons-en des fans, toujours à l’affût de la moindre erreur, toujours aptes à dénicher, ce qui pour eux serait une trahison, ou un anachronisme, ou un crime de lèse-Bowie. Quand un personnage entre à ce point dans la légende, dans l’imaginaire collectif, il devient sacré. Et comme chacun sait, on ne touche pas au sacré. Je demande donc par avance aux lecteurs de me pardonner si ma vision du Thin White Duke / Ziggy / Major Tom ne correspond pas à la leur. Nous le vénérons chacun à notre façon.

Construction d’un mythe

À travers ce documentaire, Whately a voulu retracer le long parcours de David Jones pour devenir Bowie. Comment le petit cockney (les anglophones auront peut-être remarqué que Bowie n’a jamais perdu son fort accent de prolo londonien) né à Brixton est devenu cette star mi inaccessible mi familière. Et cela lui prit du temps. Onze longues années, pendant lesquelles David s’est éparpillé, tour à tour Mods et disciple du mime Marceau, pour s’unifier enfin, de la même manière que l’on assemble un puzzle, et construire le mythe Bowie.

Le réalisateur essaie donc de reconstituer ce puzzle, voire de lui donner un sens. Pour cela il a réuni un nombre impressionnant d’images d’archives, de témoignages d’anciens musiciens compagnons de galère, de camarades de classe, d’anciennes petites amies, de membres de la famille.

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Et nous comprenons qu’il s’agit de l’histoire finalement banale d’un jeune banlieusard, plus doué que les autres, qui cherche à s’extraire de la douce morosité de la brique rouge sous fond de ciel gris de Bromley, une lointaine banlieue du sud de Londres. Avec une seule obsession : devenir célèbre. Pour, entre autres raisons, celle, banale également, d’attirer l’attention de sa mère, une femme revêche qui ne parlait jamais.

Bowie, l’extra-terrestre

Whately, comme un écho à cette personnalité morcelée fait, au début du film, se télescoper les images : lumières clignotantes de Soho, clichés de David enfant dans sa morne banlieue, de David au parfait look Mod’s dans ses nombreux premiers groupes, le tout panaché d’images de concert du flamboyant Bowie. Avec de très courts extraits de chansons, certainement pas choisis au hasard, ainsi Five Years du mythique et merveilleux album Ziggy Stardust and the rise ans fall of the spiders from Mars : « Never thought I needed so many people / A girl of my age went off her head ». Oui Bowie a eu besoin de tant de gens pour s’accomplir et tant de filles ont perdu la tête pour lui, « Être amoureuse de Bowie, c’est dire adieu à sa santé mentale », dira sa première petite amie.

Cependant, à partir de Space Oddity, en 1969, qui lui fit finalement atteindre la célébrité – le compte à rebours du début de la chanson résonne comme autant de marches à gravir – la narration se fait plus linéaire, jusqu’à l’apothéose de Ziggy, son incarnation la plus emblématique.

On a souvent parlé des multiples influences de Bowie, de son talent pour se trouver au bon endroit au bon moment, on l’a même accusé de plagiat. A l’image de Gainsbourg, avec qui il partage la lente ascension vers la célébrité, Bowie est un fan sincère. Il rend hommage, comme il le fit avec le Velvet Underground, la genèse de la pop torturée et magnifiée. On dit qu’il fut le premier en Angleterre à posséder l’album à la banane, et ne cessa de clamer son admiration pour cet autre génie qu’était Lou Reed. Et il cherche. Partout. Dans la littérature, dans le cinéma, dans le théâtre. Ainsi, pour Space Oddity, il s’inspira de 2001 l’Odyssée de l’espace de Kubrick, car il s’est toujours senti comme un extraterrestre, qui s’incarnera des années plus tard en ce Major Tom, sorte de synthèse de David Jones et de David Bowie « My mother said do get thinks done//You’d better not mess with Major Tom ». On ne saura jamais si Madame Jones fut finalement satisfaite de son fils.

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Comme son alter ego, il a longtemps erré et s’est quelquefois perdu, en essayant  par exemple de singer Anthony Newley, sorte de Brel britannique ou encore de s’improviser mime. Il était ridicule, diront ses amis.

L’apogée de 1973

Comme au théâtre, l’ascension de Bowie s’accomplira à mon sens en trois actes. Le concert à l’Ile de Wright  en 1970, où Bowie apparaît dans la brume à cinq heures du matin, devant un public clairsemé mais fasciné. C’est l’homme venu d’ailleurs. Puis sa rencontre avec le producteur mythique Tony Visconti, qui fut le premier sans doute à l’apprivoiser, et surtout avec le guitariste Mick Ronson qui fit, avec son son de guitare un peu discordant et très maîtrisé, de l’album Ziggy Srardust une sorte d’épopée. Enfin Angie, qui deviendra son épouse, le poussa dans des retranchements vestimentaires et esthétiques. Et Ziggy apparut enfin. A son apogée lors du concert au Hammersmith Odeon à Londres en 73. Concert que j’ai regardé tant de fois qu’il fait presque partie de mon ADN. Concert de la mort annoncée de Ziggy. Rock’n’roll suicide.

La nuit du 10 janvier 2016, date de sa mort, des centaines de Londoniens se sont rassemblés, bougies ou briquets allumés, devant sa maison de Brixton pour chanter Starman. Autant de petites étoiles pour accompagner David Jones au firmament.

David avant Bowie de Francis Wathely, (Arte.tv)

Manifestation des policiers, la fin du politiquement correct?

Nicolas Lévine était présent à la manifestation des policiers du 19 mai 2021. Il nous livre ses impressions sur ce rassemblement.


J’ai beau, depuis l’enfance, essayer, et même m’améliorer en vieillissant, je n’arrive pas à être en retard. C’est dingue. Même quand je devrais l’être, quand je pars trop tard, quand j’ai des choses à faire en chemin, je trouve toujours le moyen d’arriver au mieux pile à l’heure. C’est très embêtant, surtout en France où la coutume veut qu’on se fasse attendre afin de donner l’impression qu’on a une trop riche vie sociale et/ou professionnelle, qu’on ne donne pas trop d’importance à celui – et encore plus à celle, quand on est un homme – qu’on rejoint. C’est une marque de légèreté, l’inexactitude, et c’est très bien vu par cet étrange peuple français.

Un rassemblement républicain

Voyez mercredi, à Paris. Je me rendais à la manifestation organisée par les syndicats de policiers. Il fallait y être à une heure de l’après-midi. Eh bien, malgré le bureau et cent petites choses à faire dans la journée, j’arrivais devant l’Assemblée à une heure moins le quart. Cette fois, du reste, mon excessive ponctualité s’avérait utile ; sans elle, je n’aurais pas pu me placer tout près de la grande tribune où, durant une heure, des responsables syndicaux allaient dire hélas moins la colère que le désespoir des forces de l’ordre. Car il y avait du monde, beaucoup de monde, dès avant le début de la manifestation, sur le Quai d’Orsay. De la Concorde, où j’étais descendu, à ce dernier, pour accéder à la foule, des cordons de policiers obligeaient à faire le tour du Palais Bourbon, en passant donc par la place du même nom ; sur celle-ci, alors que le ciel mentait sur ses desseins, on pouvait voir, groupés, une soixantaine de députés, leurs assistants et des journalistes. Les époux Ménard, Julien Aubert, et surtout des tas d’autres que Wikipédia aura oubliés avant la fin de leur mandat, se préparaient donc, de toute évidence, à venir assister à la manifestation. À l’instar, bien entendu, du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Philippe de Villiers disait de Nicolas Sarkozy qu’il n’avait pas de « colonne vertébrale idéologique ». Darmanin singe en tout, et surpasse même, l’ancien président.

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Immédiatement, donc, ce qui frappait était le nombre. Une foule déjà compacte remplissait le Quai sur trois cents mètres. Venu seul, je laissais traîner une oreille indiscrète en m’approchant, avec l’expérience d’un amoureux des boîtes de nuit, du grand écran où plusieurs clips allaient être diffusés. Des petites grappes de policiers s’échappaient d’imparables banalités sur les collègues, la famille, le dernier week-end. Les « citoyens », conviés eux aussi à la manifestation, étaient surtout composés de fringants retraités. À treize heures précises, le patron de l’intersyndicale lançait les hostilités. C’était parti pour une heure, précise aussi, de laïus, de clips, de témoignages et de brefs « coucous » proférés par des vedettes. En introduction, le patron de l’intersyndicale avait bien pris garde de dire que ce rassemblement était « républicain ». Et la première vidéo diffusée, beaucoup trop longue, était raccord avec cet adjectif. En effet, pour illustrer la violence à laquelle les policiers font face de nos jours, ladite vidéo s’attardait presque intégralement sur… les Gilets jaunes. Et lorsque la célèbre séquence dite du boxeur passa, à ma gauche, un gaillard ne put retenir un vibrant : « Mais regarde-moi cet enc… ! » La violence des banlieues, elle, était réduite à un feu d’artifice horizontal de trois secondes. Enfin, raccord, cette fois, avec l’époque, le court métrage s’achevait sur l’image d’une bougie.

La justice vilipendée

Trois responsables syndicaux, si ma mémoire est bonne, prirent la parole. Le deuxième, celui d’Alliance, fut le meilleur. Lui, il accusa : « Le problème de la police, dit-il, c’est la justice » – sentence dont, depuis mercredi, la gauche ne se remet pas, qui l’encourage, bien sûr, à comparer cette manifestation très sage au 6 février 34. Il fit huer l’incroyable Éric Dupond-Moretti, avocat millionnaire, homme de conviction qui défendait un pédophile le lundi et la victime d’un pédophile le lendemain, dont la reconversion dans le théâtre n’a surpris personne et doit même expliquer en partie pourquoi Emmanuel Macron, lui-même comédien dans l’âme, l’a nommé Place Vendôme, et qui tente, comme le premier Daniel Vaillant venu, de nous refaire le coup du « sentiment d’insécurité » au moment où, du moins quand on n’est pas électeur LREM, bourgeois de naissance ou, comme lui, parvenu, il n’est plus possible de sortir de chez soi sans redouter une balayette pour une clope refusée, une main aux fesses pour une jupe trop courte, un égorgement pour une caricature de Mahomet dessinée pourtant par des personnes qui détestent la France à peu près autant que ceux qui égorgent. Trois fois, dont une digne des pires cauchemars bretons, la pluie vint contrarier le raout. J’en profitais, je le confesse, pour me réfugier sous le parapluie de deux très jolies flics – d’ailleurs, je dois dire que les jolies filles ne manquent pas, visiblement, dans la police.

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N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon et la gauche honnête en général, ce moment n’avait rien de « séditieux ». Au contraire, outre l’épithète « républicain » répété comme un mantra, les intervenants déploraient bien plus qu’ils n’excitaient ; et comme revendications, ils n’avaient en vérité que celle d’un retour des « peines planchers » – que la magistrature refusa d’appliquer quand elles existaient, entre 2007 et 2014, du fait du techniquement commode et idéologiquement sacré, pour cette même magistrature, principe de l’individualisation de la peine. Gérard Lanvin et Vincent Moscato vinrent saluer la foule ; le patron de l’intersyndicale précisa que « plusieurs artistes », quoique sympathisants de la cause, n’avaient pas osé venir s’afficher à la tribune. Pour tout dire, on s’ennuyait un peu. Mon ennui fut brisé quand un mouvement bizarre, propre aux manifestations, annonça le passage, pas loin, d’Éric Zemmour. Et lorsqu’un rappeur, un certain Karim, vint livrer une stupéfiante ode tout à la fois à l’ordre et à la diversité. J’étais déçu, à présent. Jusqu’au poignant témoignage d’un jeune gardien de la paix de Saint-Denis, qui avait été poignardé sur un marché de la ville, et, plus encore, jusqu’à ces deux magnifiques Marseillaise plus murmurées que chantées par ces 35 000 personnes qui, c’est certain, aiment leur pays, et n’en peuvent plus de la brutalisation, chaque jour plus insupportable, de la société française, mais qui n’osent toujours pas, en tout cas pas publiquement, dire clairement quelle en est la principale – et de très loin – source.

Là est bien le problème, à mes yeux. Éric Zemmour expliquait justement, le soir même dans Face à l’Info qu’il avait l’impression que les digues du politiquement correct était en train de craquer. À en juger par la manifestation en question, moi, j’en doute.

Don DeLillo, prophète de la chute du monde

Dans son dernier roman, le maître de la littérature américaine imagine les conséquences d’une planète confrontée à des écrans devenus noirs. Anticipation, mais surtout méditation sur la nature du regard que nous posons sur le réel.


Les romans de Don DeLillo ont toujours jeté un regard pessimiste sur notre société occidentale. Depuis quelques années, l’auteur américain a, pour ainsi dire, amplifié le trait, en faisant de la mort le véritable enjeu de notre postmodernité. Dans Zero K, en 2017, il prenait pour thème le transhumanisme et la cryogénisation. Aujourd’hui paraît le non moins inquiétant Silence, roman extrêmement bref, mais d’une intensité stupéfiante. DeLillo imagine une soudaine panne d’électricité, qui rend tous les écrans noirs, et entraîne un dérèglement général de l’humanité. En 1943, l’écrivain français René Barjavel avait imaginé une telle dystopie, dans son roman Ravage. Don DeLillo va plus loin, s’il était possible, et radicalise le désastre technologique en  en décrivant les répercussions immédiates à l’intérieur même de l’être humain.

Dans un futur proche

Tout commence dans l’avion qui ramène de leurs vacances à Paris un couple de New-Yorkais, Jim Kripps et Tessa Berens. Celle-ci est poète, et passe son temps à écrire dans de petits carnets tout ce qui lui arrive. Elle est obsédée par la mémoire, et symbolise sans doute pour DeLillo la figure de l’écrivain, celui qui rend témoignage. Malgré la panne qui survient en plein vol, juste avant l’arrivée à Newark, dans la banlieue de New York, et un atterrissage forcé, Jim et Tessa réussissent à rejoindre l’appartement de leurs amis Max Stenner et Diane Lucas, avec qui ils avaient rendez-vous pour assister, à la télévision, à un match de football américain, le « Super Bowl LVI de l’an 2022 ». Don DeLillo place ainsi l’action de son roman dans un futur proche. Un autre personnage est également présent, Martin Dekker, ancien élève de Diane, obsédé par l’œuvre d’Einstein, dont il cite des phrases de manière compulsive. Martin représente en quelque sorte la conscience culturelle de la civilisation, face au présent qui se fissure. Dans quelle mesure est-il aussi le porte-parole de DeLillo ? Difficile à dire.

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Les écrans, donc, deviennent noirs, avec des conséquences en chaîne qui « dézinguent notre technologie », comme le dit Diane. Mais pas seulement. Le dérèglement général a une influence mortifère sur la psychologie de tous. Les comportements se troublent, comme si les individus sombraient dans une « fausse normalité ». Manifestement, c’est cela qui intéresse le plus Don DeLillo, cette situation d’errance vers la folie : « Les gens commencent à réapparaître dans les rues, avec précaution d’abord, puis avec un sentiment de libération, les voici qui marchent, regardent, s’interrogent, des hommes, des femmes, un groupe d’adolescents ici et là, tous s’escortant les uns les autres à travers l’insomnie collective de ce moment inconcevable. » Don DeLillo excelle à caractériser ces variations d’humeurs face à la catastrophe irréversible.

Une vision de l’apocalypse

Je l’ai dit, Le Silence est un court roman, d’une centaine de pages. Mais chaque mot est pesé, chaque phrase est chargée jusqu’à ras bord de sens. Le roman est construit comme une pièce de théâtre, ce qui lui confère une solennité dérangeante. Les personnages s’expriment en des monologues, dont certains sont intégrés sans guillemets dans le corps du texte. Don DeLillo a, selon moi, écrit ici sa vision de l’apocalypse. Les références religieuses, d’ailleurs, abondent. On sait que DeLillo a été marqué par son éducation catholique. Il met dans la bouche de Martin une citation d’Einstein sur Jésus : « Je suis juif mais je suis fasciné par la figure lumineuse du Nazaréen. » Invoquer Jésus permet aux personnages d’exorciser la fin du monde qu’ils sont en train de vivre.

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Don DeLillo a toujours accordé une importance essentielle au langage, et à sa logique interne.  L’action du Silence avance grâce aux différents discours des protagonistes, surtout ceux de Diane et de Martin (Martin qui finit par se prendre pour Einstein). C’est comme s’il y avait, pour DeLillo, un logos à percer à jour, qui pourrait ouvrir sur une révélation. Pour le moment, son personnage de Martin interroge le langage, un peu à la manière de Wittgenstein : « Et que voient les gens qui marchent dans les rues quand ils se regardent ? Est-ce la même chose que ce que je vois moi ? Toutes nos existences, tous ces regards. Ces gens qui regardent. Mais qui voient quoi ? » Plus loin, Martin évoque de manière caractéristique le « pur langage ». Il y a aussi cette scène, au début, où, alors que les écrans sont fermés, des « bribes de dialogue » s’en échappent. D’où cela peut-il provenir ? « Ce n’est pas du langage terrien, dit Diane. C’est de l’extraterrestre. » 

La survie de l’homme

Incontestablement, et ce n’est pas nouveau chez lui, Don DeLillo a voulu ajouter une portée métaphysique à son roman. Je suis sûr, par exemple, que Le Silence est le genre de roman qu’un esprit sophistiqué comme Stanley Kubrick, réalisateur notamment de 2001, aurait beaucoup apprécié. Dans un de ses précédents romans, Point Oméga, une telle recherche vers une éventuelle réalité suprasensible était envisagée, à travers en particulier le concept de Teilhard de Chardin qui donne son titre au roman. Avec Le Silence, il me semble que DeLillo franchit une nouvelle étape. Tout son travail d’écrivain, depuis ses premiers livres comme Libra ou Mao II, en acquiert une cohérence globale assez nette, tournée vers la question de la survie spirituelle de l’homme. Le mot « survie » apparaît une seule fois, dans Le Silence, dans un moment d’intimité amoureuse au cours duquel Jim et Tessa échangent un regard : « Ce regard contenait la journée, leur survie et la profondeur de leur lien. » 

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Et puis, comment ne pas penser ici au philosophe Jacques Derrida, dont le principal essai sur Maurice Blanchot s’intitulait « Survivre » ? Tout ceci me semble lié, non certes sans quelques ambiguïtés. Mais je vois très bien Don DeLillo se rapprocher de cette pensée de la survie, à laquelle il confère un élan neuf, du fait peut-être de sa sensibilité religieuse sous-jacente. Le grand mérite de cette pensée, que Derrida nommait « la déconstruction », restera, je le crois, son affinité très étroite avec la chose littéraire. Un romancier, d’une manière ou d’une autre, ne saurait y être complètement indifférent.

Le Silence, œuvre sombre et complexe, est une sorte de livre testamentaire de Don DeLillo, dans lequel il a mis la quintessence de son art romanesque. Après l’avoir lu dans l’excellente traduction française de Sabrina Duncan, j’ai éprouvé l’envie de pousser l’expérience encore plus loin. Après tout, pour Don DeLillo, les mots qu’il tape sur sa petite machine à écrire Olympia ont une importance esthétique capitale, comme il le déclare souvent dans ses interviews. 

J’ai donc décidé d’acquérir la version originale du livre, pour me rapprocher quelque peu de sa source. Je me suis rendu à ma librairie habituelle, où une jeune libraire m’a proposé deux éditions : celle, américaine, de Simon & Schuster, ou celle, anglaise, de Picador. J’ai choisi la première, la plus « authentique » des deux, j’imagine, puisque DeLillo habite à New York. La couverture en est rigide, m’a prévenu la jeune fille, et il m’en coûtera environ dix-huit euros, avec un délai d’attente d’une dizaine de jours. Tout cela me paraissait parfait, et je me faisais déjà une joie de découvrir la savoureuse et véridique prose de Don DeLlilo. J’ai enfin demandé à la jeune libraire si elle avait déjà voyagé aux USA. Elle m’a répondu que non, elle n’était jamais allée là-bas.

Don DeLillo, Le Silence. Traduit de l’américain par Sabrina Duncan. Éd. Actes Sud. 

François Augiéras, fils de la lumière

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Écrivain français aussi important que méconnu, François Augiéras est l’objet d’un numéro spécial de la revue Raskar Kapac. Entretien avec Maxime Dalle, le maître d’œuvre de ce dossier.


Gilles Brochard. Maxime Dalle, vous êtes un mousquetaire et le fer de lance d’une revue anti-conformiste qui met en avant des esprits libres, des écrivains ou des aventuriers en dehors des modes. Est-ce une ultime provocation de célébrer aujourd’hui François Augiéras, ce « fils de la lumière », comme vous le faites dans ce numéro hors-série de Raskar Kapac ?

Maxime Dalle. Si par « provocation », l’on entend « appel à inciter », alors oui, ce numéro est une provocation à découvrir l’œuvre d’Augiéras. Ce qui rend scandaleuse l’œuvre de ce périgourdin mystique, c’est sa dimension rimbaldienne. Augiéras est imprenable. Dans notre dossier, Christiane Rancé l’évoque à merveille : « Augiéras est archaïsant avec une volonté de destruction sauvage. Il n’est pas non plus récupérable par la gauche puisqu’il n’est ni un idéologue ni un petit-bourgeois ; son horizon est d’ailleurs plus proche du paganisme que du socialisme, sans qu’il n’ait rien d’un fasciste, car Augiéras ne se serait accommodé d’aucun ordre. Son homosexualité, enfin, est tellement transgressive qu’elle ne peut être brandie en exemple par quiconque. » Mais il règne toujours autour de cet antimoderne préhistorique, une odeur de soufre parce qu’Augiéras a refusé de vivre comme un Occidental repu. C’était un errant, un visionnaire qui souhaitait créer une nouvelle civilisation cosmique.

Quelle place tient-il aujourd’hui dans la littérature française et au-delà ? Est-il un réprouvé, un mystique sensuel ou un sage incompris, sans cesse à la recherche de l’homme nouveau ?

Augiéras demeure « un phare souterrain » pour reprendre les mots de Jean Chalon, son exécuteur testamentaire. Il n’est pas connu du grand public. Découvrir Augiéras, c’est se plonger dans sa grotte de Domme où il vécut jusqu’à la fin de sa courte vie. C’est aussi pérégriner avec lui sur le Mont Athos où il se cherche un destin d’anachorète profane, c’est marcher sur le sable du Sahara pour contempler un ciel étoilé… Augiéras est comme un cierge que l’on se passe en relais, de main en main. À sa suite se dégage une tribu de disciples bigarrés. Notre numéro de Raskar Kapac réunit quatorze plumes et pinceaux hétéroclites. L’on y trouve aussi bien le peintre catalan Miquel Barceló que Paul Placet, meilleur ami d’Augiéras, ou encore l’écrivain Stéphane Barsacq. Ce qui nous réunit tous, c’est la prose sublime de cet artiste exalté, son goût désintéressé pour la contemplation solitaire du monde.

Augiéras, druide troglodyte 

Gilles Sebhan compare Augiéras  à Tony Duvert dans leur complicité avec la nature. Était-il une sorte de dieu Pan ou un écologiste avant la lettre, toujours fasciné par les grottes et les cours d’eau, communiant avec les éléments, entre paganisme et aspiration vers le ciel ?

Augiéras est un païen mystique. Dans notre grand entretien avec Paul Placet, l’on essaie de saisir la spiritualité singulière de cet homme. Augiéras était un méditatif. Il observait avec désir la nature sensuelle qui l’entourait : la caverne et sa roche, l’eau frémissante de la Vézère. Il a pris le temps de regarder l’herbe pousser. Augiéras a passé sa vie à communiquer avec ce qu’il appelle « la lumière primordiale ». Il y a du druide chez Augiéras sous sa barbe d’ermite inspiré. Dans le Voyage des morts, il écrit cette très belle phrase: « Pieds nus sur le sable, athée, je n’étais pas sans âme. J’avais trop souffert de l’indifférence des hommes à la beauté du monde pour n’aimer pas la prière. » Augiéras avait une âme de prophète.

Que faire aujourd’hui pour inciter la nouvelle génération à se pencher sur une œuvre en décalage avec notre époque, mais qui compose avec une littérature inclassable, rompant avec toute idéologie et qui tente de faire la synthèse entre la libération des corps et l’imaginaire comme source de la grâce ?

Il faut lire toute son œuvre qui est dorénavant disponible dans Les Cahiers rouges de Grasset et aux éditions de Minuit. Pourquoi ne pas commencer par son dernier manuscrit, son récit le plus fougueux et le plus radical, Domme ou l’essai d’occupation ?

Derrière son intemporalité, Augiéras est un écrivain d’avant-garde. Il s’adresse aux cœurs sensibles, à ceux qui ne veulent pas perdre leur vie à la gagner, à tous ceux qui souhaitent emprunter les lignes de crête et « les réseaux asociaux » pour reprendre la formule de Sylvain Tesson. Toute une partie de la jeunesse rêve de grands horizons, d’aventures existentielles, alors je me dis qu’Augiéras peut être un roc sur lequel on s’appuie pour échapper à l’esprit de lourdeur, au slogan publicitaire, à la vacuité contemporaine et oser la vie philosophique.

Le dernier Raskar Kapac consacré à François Augiéras est à commander sur le site de la revue : www.raskarkapac.com

Prends les bitcoins et tire-toi

Les dangers du télétravail ne manquent pas. Parmi eux, le piratage de comptes Twitter pour réclamer des dons…


Au cours de l’été 2020, un ado américain a détourné une centaine de comptes Twitter de grandes célébrités.

Les comptes de Barack Obama, Joe Biden, Kim Kardashian, Bill Gates, Jeff Bezos ainsi que les comptes institutionnels d’Apple et Uber ont publié un message appelant à faire des « dons » en bitcoins. Certains médias ont nommé l’opération « le casse numérique du siècle ». Et quelques semaines plus tard, lorsqu’il s’est avéré que le responsable était un adolescent de Floride, l’auteur du « hack » a été qualifié de pirate informatique de génie.

Un récent documentaire produit par le New York Times (« L’ado qui a piraté Twitter ») raconte une histoire plus banale d’un crime presque à l’ancienne, avec en arrièrefond le passage des grandes entreprises au télétravail. Loin d’être de petits Zuckerberg, Graham Clark, 17 ans, et ses copains pirates ont tout simplement repéré des employés de Twitter, une mission pas très difficile. Ensuite – et c’est un peu plus compliqué –, ils ont trouvé leurs numéros de téléphone. Enfin ils les ont appelés, en se faisant passer pour un employé du support technique de l’entreprise. Prétextant un dysfonctionnement du système de connexion à distance, ils ont demandé à leur interlocuteur de se connecter via un autre système, le temps que le bug soit résolu. Dès que l’employé de Twitter en télétravail a entré son nom d’utilisateur et son mot de passe, Clark et ses camarades détenaient les clés de la maison.

Ce n’est pas parce que l’écosystème informatique et les réseaux sociaux sont des environnements technologiques très sophistiqués qu’ils ne sont vulnérables qu’à des attaques très sophistiquées. La bande à Clark n’était pas composée de geeks passant leur vie devant un écran, mais de petits voyous traditionnels, un simple gang de rue. Sauf que, nés au XXIe siècle, ils ont pris pour cible Twitter plutôt qu’un commerçant du quartier.

Enfin, ce braquage démontre que le télétravail, accueilli il y a un an comme une forme d’émancipation, présente aussi des désavantages dont les véritables coûts restent inconnus. Quand la facture arrivera, elle risquera de gâcher un peu l’ambiance.

Chili: une nouvelle Constitution pour éviter la révolution!

Le Chili est entré dans un long processus électoral pour réviser la constitution de 1980. Cette réforme cherche à mettre un terme à la crise politique effective depuis 2019. Le gouvernement veut sortir de la crise par le droit afin d’éviter des dérapages révolutionnaires qui nuiraient à la puissance économique du pays. 


Les 155 personnes élues ce week-end par les Chiliens feront partie d’une « convention constituante » (c’est le terme précis employé, « convención constituyente » en castillan) pour rédiger une nouvelle constitution qui remplacera celle de 1980, adoptée sous le régime d’Augusto Pinochet (1973-1990). Il ne s’agit donc pas d’une réécriture mais de l’élaboration d’un nouveau texte. Cette convention est formée d’un nombre égal d’hommes et de femmes et prévoit des places réservées pour les peuples autochtones.    

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Pour comprendre le vote de ce week-end, il faut rappeler que depuis octobre 2019 le Chili est témoin d’une grave crise sociale et politique. Afin de « canaliser » la contestation populaire, la classe politique a convoqué un référendum dans le but de savoir si la population voulait une nouvelle constitution. Ce référendum a eu lieu le 25 octobre 2020 et le résultat a été à 80 % en faveur d’une nouvelle constitution rédigée par un organe spécialement mandaté pour cela : la convention constituante. 

La poursuite du processus légal 

Le week-end du 15 et 16 mai 2021 a été la date finalement retenue pour les élections des membres de cette convention. L’élection s’est déroulée dans le calme sur deux jours en raison de la crise sanitaire. Le calendrier a été modifié à plusieurs reprises à cause de la pandémie. Ce sont surtout des candidats indépendants et de gauche (non affiliés à des partis traditionnels de la gauche qui a gouverné pendant vingt ans au Chili) qui ont été élus. Les partis traditionnels, de droite comme de gauche, sont les grands perdants de ce processus. 

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Le taux de participation a été bas : 41 %. Il aurait été préférable d’avoir un taux supérieur à 50 % pour donner plus de légitimité à un processus d’une si grande importance. 

La convention constituante siégera à partir de juillet 2021. Le pays lui a confié la mission d’adopter une nouvelle constitution dans un délai de neuf mois (prorogeable de trois mois si besoin). La nouvelle constitution doit être adoptée par…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

Méfions nous toujours des utopistes coercitifs

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À la chute du régime soviétique, le célèbre dissident Vladimir Boukovsky, ayant eu accès aux archives secrètes du parti, écrivit le fameux Jugement à Moscou, en tirant les leçons du communisme. Le portrait qu’il en tire, cependant, correspond parfaitement à notre époque, où le wokisme n’est que la poursuite de cette grande utopie coercitive.


Vladimir Boukovsky fut un des plus célèbres dissidents soviétiques. Il fut, pendant plus de dix années, hébergé au Goulag comme dans les hôpitaux psychiatriques où, dans sa grande bonté, la patrie des prolétaires rééduquait ses opposants. Échangé en 1976 contre un chef communiste chilien, il se rendit à Moscou en 1991, dernière année du soviétisme, et accéda aux archives les plus secrètes du régime. Il en résulta un livre passionnant, et glaçant, sur les méthodes du PCUS, sur la naïveté des opinions occidentales « de gauche » face aux savantes manipulations du politburo, sur la servilité des partis communistes occidentaux (et notamment du PCF) et sur la longue passivité des gouvernements de l’ouest. Une magistrale démonstration du machiavélisme soviétique dont la propagande, qui savait habilement se faire relayer par les intellectuels et les artistes occidentaux, idiots utiles de cette idéologie, a tellement formaté les esprits qu’elle produit encore ses effets aujourd’hui. Tout le substrat idéologique d’une grande partie de la gauche s’appuie sur le verbiage de cette époque destiné à diaboliser tout ce qui n’était pas communiste : « capitalisme, impérialisme, colonialisme, bellicisme ». Ces concepts diffusés en continu par l’URSS qui se présentait au contraire comme agent de paix soutenant la quête de libération des peuples (palestiniens, vietnamiens, cubains…) restent aujourd’hui opérants pour beaucoup. 

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Un constat actuel

Mais ce qui a le plus retenu mon attention, en relisant ce livre, titré Jugement à Moscou, indispensable à qui veut comprendre une des plus gigantesques arnaques intellectuelles du siècle passé, c’est son diagnostic final sur l’état du monde. Ce constat, écrit au milieu des années 90, et c’est vraiment troublant, décrit  véritablement ce que nous vivons aujourd’hui :

« C’est parce qu’ils ont toujours eu du mal à accepter la nature humaine que les utopistes n’ont jamais pu réaliser leurs rêves sans violence et que leurs résultats sont toujours l’exact contraire de leurs objectifs proclamés. Ils s’appuient sur l’idée fausse et déshumanisante que l’homme est infiniment malléable et que, sous réserve de lui donner les conditions sociales appropriées, il est perfectible, c’est-à-dire modifiable dans le sens que l’on veut… » Nos modernes apôtres de la cancel culture ne sont-ils pas animés par cette absurde conviction que l’on peut et que l’on doit formater l’espèce humaine pour l’orienter dans le bon sens, comme ceux que Boukovsky appelle dans son livre les « utopistes coercitifs » ?

« Même l’économie mondiale n’est pas libre aujourd’hui du concept utopiste de redistribution des richesses entre les pas dits riches et les pays dits pauvres… comme si notre expérience du demi-siècle passé ne nous avait pas appris que des injections massives de fonds occidentaux dans le tiers monde n’avaient fait qu’y développer une énorme bureaucratie corrompue. Des milliards de dollars et un demi-siècle plus tard pouvons-nous nommer un seul pays que ces injections aient contribué à développer ?…Dans le même temps, dans le monde occidental lui-même, le concept utopiste d’état providence s’est réalisé… Mais la vraie catastrophe, selon de nombreux experts, c’est l’effet destructeur qu’a cette assistance sur la famille. L’augmentation spectaculaire des grossesses chez les adolescentes, et des familles sans père, phénomène directement imputable à la politique d’assistance de ces trente dernières années, est indirectement responsable de l’explosion actuelle de la délinquance juvénile, de la culture de la drogue, et de la croissance rapide d’un quart monde assisté… Si l’on ajoute deux victimes de plus longue date de l’expérience utopiste : un système d’éducation pratiquement détruit, l’accent étant mis sur le jeu et le plaisir plutôt que sur l’étude et la discipline, et un système judiciaire dans lequel les procédures et les détails techniques on cassé plus que préservé la justice, le tableau qui se dégage est proprement apocalyptique. » 

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La France, championne du monde d’un assistanat qui s’étend par ailleurs à tous ceux qui franchissent, illégalement ou non, ses frontières, n’est-elle pas aujourd’hui exemplaire de cet utopisme délirant, avec en récompense de ses bonnes œuvres des banlieues qui flambent chaque nuit ? Comme le souligne le brave Boukovsky : « Notre contrat social n’a pas de sens. De quoi l’état moderne vous protège-t-il ? Des criminels ? Même pas. Aujourd’hui, si vous vous faites agresser ou cambrioler, vous priez Dieu pour que vos agresseurs ne se fassent pas prendre. Car, s’ils le sont, le contribuable que vous êtes va être obligé de se saigner aux quatre veines pour payer une procédure judiciaire longue et inutile, au terme de laquelle les criminels ont des chances de rentrer chez eux ».

Le wokisme, fils du communisme

Dans tout cet épilogue, Boukovsky décrit en détail ce qui allait devenir le mouvement « woke ». Mais là où c’est particulièrement intéressant, et que la lecture de son livre éclaire parfaitement, c’est de voir combien l’utopie coercitive d’aujourd’hui est simplement la poursuite de celle du communisme : « Mais aussi fou que ce meilleur des mondes puisse être, ceux qui le créent ne sont pas des malades mentaux. Pourquoi ont-ils un tel pouvoir sur nous qu’ils peuvent nous obliger à vivre dans le monde de l’absurde ? Si ces foules sont peut-être encore constituées de ceux-là même qui défilaient pour le désarmement unilatéral au début des années 80, où est le nouveau Politburo qui les guide à présent ? Car ne nous y méprenons pas, nous vivons une nouvelle guerre froide, avec une nouvelle race d’utopistes coercitifs qui s’efforcent de modifier notre culture, de contrôler notre comportement, et à la fin des fins nos pensées… Seule la novlangue est neuve aujourd’hui : « diversité culturelle », « politiquement correct », « droits à la procréation ». Nous sommes actuellement les témoins d’une attaque massive contre les fondements mêmes de notre civilisation, présentée ouvertement comme une culture d’ « européens blancs morts » qui, si elle réussit, nous replongera au Moyen-Âge. Voire pis, à cette époque au moins Shakespeare était libre d’écrire et de monter ses pièces. Aujourd’hui, la plupart de ses travaux seraient interdits pour non-conformité politique, Othello serait raciste, La Mégère Apprivoisée sexiste, et Roméo et Juliette –pour citer les termes d’une prof britannique très progressiste qui a refusé d’emmener ses jeunes élèves à une représentation- se verrait qualifier de spectacle éhontément hétérosexuel.

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Malheureusement nous n’avons pas su saisir l’occasion inespérée qu’a été la mort du communisme : nous n’en avons pas éliminé les tenants, nous n’avons pas dénoncé leurs crimes, nous n’avons pas jeté le discrédit sur leurs rêves et, surtout, nous n’avons pas appris à résister à leur peste moderne. Mais même si nous parvenons à être verts, bleus et daltoniens, nous n’arriverons pas à acheter la paix, parce que ces gens-là ne se soucient pas plus de leurs « minorités » que les communistes ne se souciaient des prolétaires. Elles ne sont que des véhicules pour atteindre le pouvoir ultime de dicter, contrôler, détruire notre être, décrit dans certains textes obscurs sous le nom d’ »âme humaine ».

La leçon ratée

Pour Boukovsky, en étant incapables de tirer les leçons de la catastrophe communiste, nous faisons que cette tragédie n’a pas plus de sens qu’un gigantesque séisme naturel qui aurait fait des centaines de millions de morts. Dure leçon mais qui invite à se méfier des utopistes coercitifs. Jugement à Moscou est un livre d’histoire passionnant sur les méthodes cyniques des gouvernements successifs de l’URSS, qui lui ont permis de mener par le bout du nez les utopistes occidentaux comme leurs gouvernements, leur instillant habilement un sentiment de culpabilité qui reste un des ressorts majeurs du mouvement progressiste. C’est aussi un livre pour comprendre notre présent, car il semble que rien n’ait vraiment changé.

Le livre, édité en 1995 chez Robert Laffont, ne semble plus être édité, mais on peut le trouver en occasion, y compris en livre de poche, sur les grands sites de vente par internet.

François Bayrou: haut-commissaire aux réfugiés

La révolution bolchévique a échoué ? C’est parce qu’elle n’a pas poussé la logique bolchévique suffisamment loin. En substance, c’est un peu ce que François Bayrou affirme sur les politiques d’immigration made in France.


Le haut-commissaire au plan s’est transformé en haut-commissaire aux réfugiés dont l’inspiration pioche autant dans les principes onusiens que dans ceux du FMI, comme on pouvait malheureusement le prévoir. « L’apport des migrations peut aider à améliorer le rapport actifs-retraités, et donc la capacité de financement de nos systèmes sociaux », a notamment avancé le Béarnais. En une phrase, l’homme qui murmurait à l’oreille d’Emmanuel Macron, a rappelé quarante ans de désastre politique national, voire européen. Le discours voulant qu’il soit impossible pour nous autres, pauvres Européens et particulièrement Français, de financer nos retraites sans un apport massif de populations immigrées venues le plus souvent d’Afrique et du Maghreb a servi de justification à la radicale transformation que subit présentement le pays. Il a été appliqué à la lettre depuis des décennies, pour un résultat désormais bien connu. Un désastre social, civilisationnel et même économique.

L’immigration de peuplement mènera à un remplacement de population

François Bayrou est un no border qui souhaite importer un peu plus de misère en France, militant pour une immigration de peuplement qui amènera à terme à un remplacement de population. Il le dit explicitement, ne prend même plus la peine d’en faire mystère. Sommes-nous prêts à payer ce coût pour préserver un modèle social défaillant, profondément vicié, ne profitant plus qu’à un petit nombre ? Contrairement à ce qui est communément admis dans les cercles de socialistes retraités, l’immigration de travail se limite aujourd’hui à quelques secteurs bien précis, souvent saisonniers, tel que l’agriculture. Pour que les Français reprennent les chemins de ces métiers, il faut que les entreprises puissent correctement payer leurs salariés et ne soient plus étouffées par une fiscalité délirante.

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Nous sommes des champions du monde de l’immigration et de l’impôt. De fait, nous avons intériorisé notre infériorité, notre incapacité à exister autrement qu’avec un Etat obèse entretenant une part substantielle de la population. En France, le travail ne rapporte pas. Dans des pans entiers du territoire, l’activité économique n’est pas rentable, survivant grâce aux subventions et aides de toutes sortes. Notre modèle social est un artifice, une chimère qui s’est décomposée aux yeux du monde à l’occasion de la pandémie de coronavirus. L’immigration ne le préservera pas : elle l’a rendu caduc. Les statistiques données par France Stratégie montrent que dans toutes les grandes métropoles françaises près de 40% des enfants de 0 à 18 ans sont immigrés ou enfants d’immigrés extra-européens.

La majorité des Français refuse plus d’immigration

Croire que nous pourrons absorber des vagues supplémentaires alors qu’il a été si difficile d’intégrer les précédentes générations d’immigrés est un vœu pieux. C’est même une hypothèse criminelle qui détruirait le maigre espoir que peut encore nourrir la France d’être une nation souveraine héritière d’un passé millénaire. L’opinion publique ne s’y trompe pas, 69% des Français interrogés par CSA ayant répondu par la négative dans un sondage leur demandant si « favoriser l’immigration » était nécessaire pour « assurer l’avenir démographique de la France ». Ils savent qu’il faut d’abord retenir les candidats à l’émigration bien de chez nous, forces vives qui s’exportent en Asie ou en Amérique du Nord pour fuir la tiers-mondisation en cours. Encourager la démographie française passe par permettre à nos concitoyens d’élever leurs enfants dans un pays en sécurité et prospère.

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Avec François Bayrou, nous aurons un futur mais pas d’avenir. Que l’on justifie l’immigration par une obsession pour l’épiderme, à l’image de Mélenchon qui semble jouir en envisageant une France « créolisée » devant un parterre de vieillards ruinés par la mondialisation dans le bassin minier aveyronnais, ou qu’on la justifie pour prolonger les courbes des Trente Glorieuses qui ne sont plus qu’un lointain souvenir, on se trompe et on trahit son peuple. Il n’est pas même obligatoire d’évoquer les terroristes issus de l’immigration, les clandestins régularisés, l’impossibilité de prononcer des interdictions de séjour, la circulaire Valls qui a ouvert la France aux quatre vents, la population carcérale, le poids de l’immigration dans la CAF, ou encore le fait qu’il y ait près de 100 nationalités différentes dans le département de la Seine-Saint-Denis : il suffit d’avoir des yeux en état de marche.

La langue d’Audiard, ma Patrie!

Michel Audiard, dernier recours avant liquidation totale de la maison France


Quand tout déraille, quand tout débloque, quand même la météo se met à chanceler, le citoyen du mois de mai se tourne, une fois encore, vers les moralistes du passé. Les bibliothèques font office de déambulateurs, elles servent à avancer cahin-caha dans une mondialisation boueuse. Ça patine grave en ce moment ! Que cherche-t-on exactement dans les rayons du savoir ? Moins une raison d’espérer un avenir radieux, nous n’avons plus ces illusions bêtes en tête (Mitterrand est passé par là) que la confirmation d’un système vérolé, paralysé et absurde, signe de notre impuissance. On se repaît de nos faiblesses, on théorise notre constat d’échec, à la veillée. Qu’est-ce que le malheur tient chaud les soirs de COVID et de couvre-feu. Ce délitement général a fini par nous définir et cerner notre identité pusillanime. Notre déclin en marche n’est ni une surprise, ni une malédiction, seulement la fin d’un long voyage. Nous arrivons au terminus des prétentieux. En France, les révolutions finissent en thèses et ouvrages reliés pleine fleur. Toujours cette fâcheuse manie des professions intellectuelles et des marins de vouloir faire des phrases alors que notre défense a été percée. Donnez-leur des livres et des débats, vous aurez la paix sociale ! À vrai dire, nous sommes fatigués du cirque de ces dernières années et, pourtant le côté farce de notre vie politique avait quelque chose d’assez jouissif et comique. Mais là, nous n’avons plus la force d’en rire et encore moins de nous insurger. Alors, face au mur, par habitude et désœuvrement, on se réfugie dans la pensée des grands anciens. À la source de la dialectique des fous. Facilité honteuse, évitement de la réalité, aveuglement bourgeois, me direz-vous ? Réflexe de survie, fatigue morale et peur du combat, je vous répondrai. 

Parmi ces philosophes du désespoir censés nous faire passer l’amère pilule de notre déclassement sanitaire, sécuritaire, économique et éducatif, une figure m’est apparue. Éclatante d’amertume et de gaudriole. Solaire et vénéneuse. Poujado-réactionnaire et anarcho-poétique. L’icône de Denfert ! Le p’tit cycliste du XIVème à casquette qui troqua, un jour, les pinces à vélo en gants de pécari pour conduire sa Ferrari ! Le Lion n’en revenait pas, il avait vu ce gamin pouilleux du quartier, végéter avec sa clique de traîne-savates. Comment imaginer alors qu’il symboliserait désormais l’excellence française ? Merveilleux exemple de la méritocratie et de l’ascenseur social façon TGV. Seulement muni d’un certif’, il gagna sa vie en changeant les mots en liquidités. Un miracle comme il s’en produit rarement dans l’Histoire de l’écrit et aussi un guide pour tous les plumitifs précaires. Nous savions qu’au royaume des mots, il existait un type pas très grand, pas très franc du collier, secret et atrocement doué, capable de braquer la caisse des éditeurs et des producteurs. Chapeau l’artiste ! Nous avons fêté l’anniversaire de Michel Audiard (1920-1985) à la mi-mai, il y a donc seulement quelques jours. Son centenaire fut célébré en 2020, même si la pandémie a gâché un peu l’événement. Il a manqué un livre sortant des sentiers battus du pinardier marrant et du misogyne goguenard non repentant. Chaque année, sans discontinuité, depuis maintenant des décennies, ses mots se ramassent à la pelle. Dialoguiste devenu tête de gondole sur le marché de la vanne, Audiard sert à vendre tout et n’importe quoi. Il suffit d’afficher sur la jaquette d’un DVD, le bandeau d’un livre ou à la Une des magazines, sa trogne pincée et sa cigarette consumée, pour que la machine à souvenirs s’enclenche. Vieil orgue de barbarie qui n’en finit pas de geindre la mélopée des fortifs, du zinc et des siphons, de l’Occup’et du cinéma à papa, des cuites normandes aux casses de la Riviera, d’une suite de l’Hôtel de la Trémoille à Dourdan-plage, de Simonin en arpète de la préparation de texte à Gabin, le dabe en personne. L’image d’Épinal figée dans le kir et la naphtaline, rognons à la moutarde et p’tit salé aux lentilles a tendance à m’agacer. La caricature me dérange, me débecte même. C’est la rançon de la gloire, il y a une part de vérité dans ce folklore mis en scène par lui-même mais on passe à côté, me semble-t-il, de l’essentiel. Résumer Audiard aux nappes à carreaux, au « Gai Paris » et aux maquereaux qui sortent des tirades du Littré est une mythologie pour feignasses. Car, de tout ce matériel littéraire comme disent les universitaires, demeure une langue. Perfide et ensorceleuse. Subsiste une rythmique de la mouise. Le désenchantement lui colle à la peau. Un héritage court de Villon à Céline, de Valery aux Pieds nickelés. Audiard se suspend en équilibre instable au-dessus du vide. Si le fond est noir, le cœur meurtri, presque inguérissable, la misanthropie suintante, la mauvaise foi à la boutonnière, il ne s’effondre pas. Bravache et mordante, sa prose oscille entre le suicide permanent et le sursaut comique, salvateur, ne surtout pas s’enkyster dans une pose sérieuse comme tous les autres. Le chemin est chaotique. 

Même dans ses textes les plus intimes « La nuit, le jour et toutes les autres nuits », la formule érotico-poissarde vient dégoupiller l’atmosphère asphyxiante. Audiard travaillait à la limite de l’implosion ce qui donnait une force désespérée à ses cris étouffés. Pour mieux appréhender ce phénomène, vient de sortir aux éditions mare & martin, un ouvrage érudit Les lois de Michel Audiard sous-titré « Liberté, Fraternité, Égalité » de Fabrice Defferrard qui enseigne le droit à l’université de Reims. L’angle d’attaque est très original, un plongeon dans la France juridique et judiciaire d’Audiard où les notions d’ordre et de désordre, de liberté et d’argent, de République et de corps constitués sont abordées à l’aune de son œuvre cinématographique. « Vouloir parler couramment « l’Audiard » exigerait de son candidat l’assimilation d’un très riche vocabulaire et de nombreuses expressions, l’apprentissage d’un rythme, d’un certain phrasé et, bien entendu, une culture générale aussi vaste que bigarrée » écrit très justement l’auteur. Cette langue-là est ce qui reste quand tout s’effondre autour de nous.

Les lois de Michel Audiard – Liberté, Fraternité, Égalité de Fabrice Defferrard – mare & martin – Droit & Cinéma

Un lieutenant-colonel de la Force spatiale a été licencié après avoir critiqué Black Lives Matter, il devient le troisième auteur à succès d’Amazon!

Matthew Lohmeier pense que des thèses marxistes menacent l’armée américaine. Ses révélations explosives lui ont coûté sa place.


On ne le répétera jamais assez : « Go woke, go broke ! »*. C’est le slogan qui résume le mieux l’histoire du lieutenant-colonel Matthew Lohmeier. Le 14 mai, ce haut gradé de l’armée spatiale américaine a été licencié par son supérieur le général Stephen Whiting pour avoir violé son obligation de réserve. Selon le porte-parole de la force spatiale américaine, « cette décision est basée sur les commentaires publics du lieutenant-colonel Lohmeier dans un podcast ». Une enquête aurait été lancée dans le but de déterminer si ces commentaires constituent une infraction à la neutralité politique d’un fonctionnaire de l’armée. Une semaine avant cela, Lohmeier était l’invité du podcast Information Operation pour faire la promotion de son livre auto-édité Irresistible Revolution: Marxism’s Goal of Conquest & the Unmaking of the American Military**. 

La politique de Lloyd Austin dans le viseur

Dans cet essai, l’auteur explore l’impact du néo-marxisme et la manière dont le « mouvement Black Lives Matter, l’antiracisme, la postmodernité et le politiquement correct» affectent la sécurité nationale des États-Unis. Interrogé par Military.com, Lohmeier, qui a déclaré avoir notifié ses supérieurs ainsi que les avocats de l’armée de la parution de son livre, maintient que son intention n’a jamais été de s’engager dans une politique partisane mais de livrer, bien au contraire, une critique « d’une idéologie politique particulière (le marxisme) » dans l’espoir que le « ministère de la Défense puisse redevenir politiquement non partisan à l’avenir, comme il l’a fait honorablement tout au long de l’histoire ». Mais pourquoi le marxisme ? À l’occasion de son apparition dans ce podcast qui lui a coûté sa carrière, le diplômé de l’Air Force Academy s’est montré sceptique vis-à-vis d’un « programme de diversité et d’inclusion » mis en place le 2 février par le secrétaire à la Défense Lloyd Austin et faisant suite aux émeutes au Capitole du 6 janvier. Son objectif ? « Evaluer en 60 jours l’extrémisme au sein de l’armée ». Le porte parole du Pentagone John Kirby déclarera le 30 mars, soit à mi-chemin de la fin de l’évaluation, qu’il «y avait malheureusement des membres d’active qui participaient et épousaient ces croyances radicales » mais que le Pentagone n’en connait «  ni l’étendue ni la profondeur ».

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Lohmeier, qui a été mis à contribution pour former ses troupes contre l’extrémisme, raconte dans le podcast que ses supérieurs lui ont mis entre les mains un livret de 70 pages qui s’ouvrait sur le récit de l’émeute du Capitole et comprenait des exemples de « nationalistes blancs et d’un terroriste islamiste qui ont été arrêtés à un moment donné au cours de la dernière décennie, punis et expulsés de l’armée ».  Le programme comprend également la lecture de l’essai d’Ijeoma Oluo « So You Want to Talk About Race »*** , dans lequel les États-Unis sont qualifiés de «nation suprémaciste blanche».

L’armée américaine gangrenée par l’idéologie diversitaire ?

Lohmeier décrit l’environnement de travail au sein de l’armée comme « hyperpolitisé » et où « les initiatives de diversité et d’inclusion sont constamment mises en avant».

Il se montre très dur envers Kirby, le porte-parole du département de la Défense, qui aurait déclaré que l’armée avait «trop de pilotes blancs» alors qu’elle en manque tout court, selon lui. Cette affirmation a été niée par le Kirby, quand bien même l’armée de l’air a effectivement validé « un nouveau plan pour construire un corps de pilotes plus diversifié d’ici 2030 dans une profession qui reste dominée par les hommes blancs ». Mais Lohmeier n’en reste pas là et ajoute que les conservateurs parmi les militaires américains qui osent exprimer leurs opinions sont dépeints comme des «extrémistes». « Ce qui se passe dans l’armée américaine en ce moment, c’est que si vous êtes un conservateur et exprimez vos idées, alors vous êtes classé dans la catégorie de personnes qualifiées d’extrémistes. Mais si vous êtes aligné avec la gauche, vous êtes encouragé à devenir un activiste et à vous exprimer sur les réseaux sociaux parce que c’est bien vu ! », a-t-il dit.

Si la directive 1344.10 du ministère de la Défense américain interdit effectivement au personnel actif de se livrer à des activités politiques partisanes, les membres du personnel sont toutefois autorisés à exprimer leurs opinions personnelles sur les candidats et les questions politiques lorsqu’ils ne portent pas l’uniforme. Mais il n’est pas dit que Lohmeier souhaite contester la décision prise à son encontre par l’armée car depuis qu’il a été relevé de ses fonctions, son essai est numéro trois sur la liste des best-sellers d’Amazon et il est décrit comme un « lanceur d’alerte » par médias et politiques conservateurs qui considèrent que l’armée est la ligne rouge à ne pas franchir pour les « woke » !

  • * « Devenez woke et vous serez ruiné ! »
  • ** L’irrésistible révolution : Le but de la conquête marxiste et la destruction de l’armée américaine.
  • *** « Donc vous voulez parler de race »

De David Jones à David Bowie

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Le chanteur David Bowie, 1973 © R BAMBER/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: REX40412294_000004

Un documentaire de Francis Whately retrace la vie et l’œuvre de Bowie, du petit gars à l’accent cockney jusqu’à l’icône  extraterrestre de la pop.


Arte est toujours « the place to be » pour regarder un bon documentaire sur les légendes du rock’n’roll. Après Brian Jones, c’est de Bowie qu’il s’agit. Depuis le 30 avril dernier David avant Bowie de Francis Whately est disponible en replay pour le plus grand plaisir des nombreux fans. Parlons-en des fans, toujours à l’affût de la moindre erreur, toujours aptes à dénicher, ce qui pour eux serait une trahison, ou un anachronisme, ou un crime de lèse-Bowie. Quand un personnage entre à ce point dans la légende, dans l’imaginaire collectif, il devient sacré. Et comme chacun sait, on ne touche pas au sacré. Je demande donc par avance aux lecteurs de me pardonner si ma vision du Thin White Duke / Ziggy / Major Tom ne correspond pas à la leur. Nous le vénérons chacun à notre façon.

Construction d’un mythe

À travers ce documentaire, Whately a voulu retracer le long parcours de David Jones pour devenir Bowie. Comment le petit cockney (les anglophones auront peut-être remarqué que Bowie n’a jamais perdu son fort accent de prolo londonien) né à Brixton est devenu cette star mi inaccessible mi familière. Et cela lui prit du temps. Onze longues années, pendant lesquelles David s’est éparpillé, tour à tour Mods et disciple du mime Marceau, pour s’unifier enfin, de la même manière que l’on assemble un puzzle, et construire le mythe Bowie.

Le réalisateur essaie donc de reconstituer ce puzzle, voire de lui donner un sens. Pour cela il a réuni un nombre impressionnant d’images d’archives, de témoignages d’anciens musiciens compagnons de galère, de camarades de classe, d’anciennes petites amies, de membres de la famille.

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Et nous comprenons qu’il s’agit de l’histoire finalement banale d’un jeune banlieusard, plus doué que les autres, qui cherche à s’extraire de la douce morosité de la brique rouge sous fond de ciel gris de Bromley, une lointaine banlieue du sud de Londres. Avec une seule obsession : devenir célèbre. Pour, entre autres raisons, celle, banale également, d’attirer l’attention de sa mère, une femme revêche qui ne parlait jamais.

Bowie, l’extra-terrestre

Whately, comme un écho à cette personnalité morcelée fait, au début du film, se télescoper les images : lumières clignotantes de Soho, clichés de David enfant dans sa morne banlieue, de David au parfait look Mod’s dans ses nombreux premiers groupes, le tout panaché d’images de concert du flamboyant Bowie. Avec de très courts extraits de chansons, certainement pas choisis au hasard, ainsi Five Years du mythique et merveilleux album Ziggy Stardust and the rise ans fall of the spiders from Mars : « Never thought I needed so many people / A girl of my age went off her head ». Oui Bowie a eu besoin de tant de gens pour s’accomplir et tant de filles ont perdu la tête pour lui, « Être amoureuse de Bowie, c’est dire adieu à sa santé mentale », dira sa première petite amie.

Cependant, à partir de Space Oddity, en 1969, qui lui fit finalement atteindre la célébrité – le compte à rebours du début de la chanson résonne comme autant de marches à gravir – la narration se fait plus linéaire, jusqu’à l’apothéose de Ziggy, son incarnation la plus emblématique.

On a souvent parlé des multiples influences de Bowie, de son talent pour se trouver au bon endroit au bon moment, on l’a même accusé de plagiat. A l’image de Gainsbourg, avec qui il partage la lente ascension vers la célébrité, Bowie est un fan sincère. Il rend hommage, comme il le fit avec le Velvet Underground, la genèse de la pop torturée et magnifiée. On dit qu’il fut le premier en Angleterre à posséder l’album à la banane, et ne cessa de clamer son admiration pour cet autre génie qu’était Lou Reed. Et il cherche. Partout. Dans la littérature, dans le cinéma, dans le théâtre. Ainsi, pour Space Oddity, il s’inspira de 2001 l’Odyssée de l’espace de Kubrick, car il s’est toujours senti comme un extraterrestre, qui s’incarnera des années plus tard en ce Major Tom, sorte de synthèse de David Jones et de David Bowie « My mother said do get thinks done//You’d better not mess with Major Tom ». On ne saura jamais si Madame Jones fut finalement satisfaite de son fils.

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Comme son alter ego, il a longtemps erré et s’est quelquefois perdu, en essayant  par exemple de singer Anthony Newley, sorte de Brel britannique ou encore de s’improviser mime. Il était ridicule, diront ses amis.

L’apogée de 1973

Comme au théâtre, l’ascension de Bowie s’accomplira à mon sens en trois actes. Le concert à l’Ile de Wright  en 1970, où Bowie apparaît dans la brume à cinq heures du matin, devant un public clairsemé mais fasciné. C’est l’homme venu d’ailleurs. Puis sa rencontre avec le producteur mythique Tony Visconti, qui fut le premier sans doute à l’apprivoiser, et surtout avec le guitariste Mick Ronson qui fit, avec son son de guitare un peu discordant et très maîtrisé, de l’album Ziggy Srardust une sorte d’épopée. Enfin Angie, qui deviendra son épouse, le poussa dans des retranchements vestimentaires et esthétiques. Et Ziggy apparut enfin. A son apogée lors du concert au Hammersmith Odeon à Londres en 73. Concert que j’ai regardé tant de fois qu’il fait presque partie de mon ADN. Concert de la mort annoncée de Ziggy. Rock’n’roll suicide.

La nuit du 10 janvier 2016, date de sa mort, des centaines de Londoniens se sont rassemblés, bougies ou briquets allumés, devant sa maison de Brixton pour chanter Starman. Autant de petites étoiles pour accompagner David Jones au firmament.

David avant Bowie de Francis Wathely, (Arte.tv)

Manifestation des policiers, la fin du politiquement correct?

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Manifestation des policiers le 19 mai 2021 devant l'Assemblée nationale.Les policiers réclament plus de moyens et plus de sévérité contre leurs agresseurs ©ROMUALD MEIGNEUX/SIPANuméro de reportage : 01020059_000003

Nicolas Lévine était présent à la manifestation des policiers du 19 mai 2021. Il nous livre ses impressions sur ce rassemblement.


J’ai beau, depuis l’enfance, essayer, et même m’améliorer en vieillissant, je n’arrive pas à être en retard. C’est dingue. Même quand je devrais l’être, quand je pars trop tard, quand j’ai des choses à faire en chemin, je trouve toujours le moyen d’arriver au mieux pile à l’heure. C’est très embêtant, surtout en France où la coutume veut qu’on se fasse attendre afin de donner l’impression qu’on a une trop riche vie sociale et/ou professionnelle, qu’on ne donne pas trop d’importance à celui – et encore plus à celle, quand on est un homme – qu’on rejoint. C’est une marque de légèreté, l’inexactitude, et c’est très bien vu par cet étrange peuple français.

Un rassemblement républicain

Voyez mercredi, à Paris. Je me rendais à la manifestation organisée par les syndicats de policiers. Il fallait y être à une heure de l’après-midi. Eh bien, malgré le bureau et cent petites choses à faire dans la journée, j’arrivais devant l’Assemblée à une heure moins le quart. Cette fois, du reste, mon excessive ponctualité s’avérait utile ; sans elle, je n’aurais pas pu me placer tout près de la grande tribune où, durant une heure, des responsables syndicaux allaient dire hélas moins la colère que le désespoir des forces de l’ordre. Car il y avait du monde, beaucoup de monde, dès avant le début de la manifestation, sur le Quai d’Orsay. De la Concorde, où j’étais descendu, à ce dernier, pour accéder à la foule, des cordons de policiers obligeaient à faire le tour du Palais Bourbon, en passant donc par la place du même nom ; sur celle-ci, alors que le ciel mentait sur ses desseins, on pouvait voir, groupés, une soixantaine de députés, leurs assistants et des journalistes. Les époux Ménard, Julien Aubert, et surtout des tas d’autres que Wikipédia aura oubliés avant la fin de leur mandat, se préparaient donc, de toute évidence, à venir assister à la manifestation. À l’instar, bien entendu, du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. Philippe de Villiers disait de Nicolas Sarkozy qu’il n’avait pas de « colonne vertébrale idéologique ». Darmanin singe en tout, et surpasse même, l’ancien président.

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Immédiatement, donc, ce qui frappait était le nombre. Une foule déjà compacte remplissait le Quai sur trois cents mètres. Venu seul, je laissais traîner une oreille indiscrète en m’approchant, avec l’expérience d’un amoureux des boîtes de nuit, du grand écran où plusieurs clips allaient être diffusés. Des petites grappes de policiers s’échappaient d’imparables banalités sur les collègues, la famille, le dernier week-end. Les « citoyens », conviés eux aussi à la manifestation, étaient surtout composés de fringants retraités. À treize heures précises, le patron de l’intersyndicale lançait les hostilités. C’était parti pour une heure, précise aussi, de laïus, de clips, de témoignages et de brefs « coucous » proférés par des vedettes. En introduction, le patron de l’intersyndicale avait bien pris garde de dire que ce rassemblement était « républicain ». Et la première vidéo diffusée, beaucoup trop longue, était raccord avec cet adjectif. En effet, pour illustrer la violence à laquelle les policiers font face de nos jours, ladite vidéo s’attardait presque intégralement sur… les Gilets jaunes. Et lorsque la célèbre séquence dite du boxeur passa, à ma gauche, un gaillard ne put retenir un vibrant : « Mais regarde-moi cet enc… ! » La violence des banlieues, elle, était réduite à un feu d’artifice horizontal de trois secondes. Enfin, raccord, cette fois, avec l’époque, le court métrage s’achevait sur l’image d’une bougie.

La justice vilipendée

Trois responsables syndicaux, si ma mémoire est bonne, prirent la parole. Le deuxième, celui d’Alliance, fut le meilleur. Lui, il accusa : « Le problème de la police, dit-il, c’est la justice » – sentence dont, depuis mercredi, la gauche ne se remet pas, qui l’encourage, bien sûr, à comparer cette manifestation très sage au 6 février 34. Il fit huer l’incroyable Éric Dupond-Moretti, avocat millionnaire, homme de conviction qui défendait un pédophile le lundi et la victime d’un pédophile le lendemain, dont la reconversion dans le théâtre n’a surpris personne et doit même expliquer en partie pourquoi Emmanuel Macron, lui-même comédien dans l’âme, l’a nommé Place Vendôme, et qui tente, comme le premier Daniel Vaillant venu, de nous refaire le coup du « sentiment d’insécurité » au moment où, du moins quand on n’est pas électeur LREM, bourgeois de naissance ou, comme lui, parvenu, il n’est plus possible de sortir de chez soi sans redouter une balayette pour une clope refusée, une main aux fesses pour une jupe trop courte, un égorgement pour une caricature de Mahomet dessinée pourtant par des personnes qui détestent la France à peu près autant que ceux qui égorgent. Trois fois, dont une digne des pires cauchemars bretons, la pluie vint contrarier le raout. J’en profitais, je le confesse, pour me réfugier sous le parapluie de deux très jolies flics – d’ailleurs, je dois dire que les jolies filles ne manquent pas, visiblement, dans la police.

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N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon et la gauche honnête en général, ce moment n’avait rien de « séditieux ». Au contraire, outre l’épithète « républicain » répété comme un mantra, les intervenants déploraient bien plus qu’ils n’excitaient ; et comme revendications, ils n’avaient en vérité que celle d’un retour des « peines planchers » – que la magistrature refusa d’appliquer quand elles existaient, entre 2007 et 2014, du fait du techniquement commode et idéologiquement sacré, pour cette même magistrature, principe de l’individualisation de la peine. Gérard Lanvin et Vincent Moscato vinrent saluer la foule ; le patron de l’intersyndicale précisa que « plusieurs artistes », quoique sympathisants de la cause, n’avaient pas osé venir s’afficher à la tribune. Pour tout dire, on s’ennuyait un peu. Mon ennui fut brisé quand un mouvement bizarre, propre aux manifestations, annonça le passage, pas loin, d’Éric Zemmour. Et lorsqu’un rappeur, un certain Karim, vint livrer une stupéfiante ode tout à la fois à l’ordre et à la diversité. J’étais déçu, à présent. Jusqu’au poignant témoignage d’un jeune gardien de la paix de Saint-Denis, qui avait été poignardé sur un marché de la ville, et, plus encore, jusqu’à ces deux magnifiques Marseillaise plus murmurées que chantées par ces 35 000 personnes qui, c’est certain, aiment leur pays, et n’en peuvent plus de la brutalisation, chaque jour plus insupportable, de la société française, mais qui n’osent toujours pas, en tout cas pas publiquement, dire clairement quelle en est la principale – et de très loin – source.

Là est bien le problème, à mes yeux. Éric Zemmour expliquait justement, le soir même dans Face à l’Info qu’il avait l’impression que les digues du politiquement correct était en train de craquer. À en juger par la manifestation en question, moi, j’en doute.

Don DeLillo, prophète de la chute du monde

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L'auteur Don DeLillo au festival international de la littérature, à Rome, en Italie, le 18/04/2011 © AGF s.r.l. / Rex Featur/REX/SIPA Numéro de reportage : REX40193795_000005

Dans son dernier roman, le maître de la littérature américaine imagine les conséquences d’une planète confrontée à des écrans devenus noirs. Anticipation, mais surtout méditation sur la nature du regard que nous posons sur le réel.


Les romans de Don DeLillo ont toujours jeté un regard pessimiste sur notre société occidentale. Depuis quelques années, l’auteur américain a, pour ainsi dire, amplifié le trait, en faisant de la mort le véritable enjeu de notre postmodernité. Dans Zero K, en 2017, il prenait pour thème le transhumanisme et la cryogénisation. Aujourd’hui paraît le non moins inquiétant Silence, roman extrêmement bref, mais d’une intensité stupéfiante. DeLillo imagine une soudaine panne d’électricité, qui rend tous les écrans noirs, et entraîne un dérèglement général de l’humanité. En 1943, l’écrivain français René Barjavel avait imaginé une telle dystopie, dans son roman Ravage. Don DeLillo va plus loin, s’il était possible, et radicalise le désastre technologique en  en décrivant les répercussions immédiates à l’intérieur même de l’être humain.

Dans un futur proche

Tout commence dans l’avion qui ramène de leurs vacances à Paris un couple de New-Yorkais, Jim Kripps et Tessa Berens. Celle-ci est poète, et passe son temps à écrire dans de petits carnets tout ce qui lui arrive. Elle est obsédée par la mémoire, et symbolise sans doute pour DeLillo la figure de l’écrivain, celui qui rend témoignage. Malgré la panne qui survient en plein vol, juste avant l’arrivée à Newark, dans la banlieue de New York, et un atterrissage forcé, Jim et Tessa réussissent à rejoindre l’appartement de leurs amis Max Stenner et Diane Lucas, avec qui ils avaient rendez-vous pour assister, à la télévision, à un match de football américain, le « Super Bowl LVI de l’an 2022 ». Don DeLillo place ainsi l’action de son roman dans un futur proche. Un autre personnage est également présent, Martin Dekker, ancien élève de Diane, obsédé par l’œuvre d’Einstein, dont il cite des phrases de manière compulsive. Martin représente en quelque sorte la conscience culturelle de la civilisation, face au présent qui se fissure. Dans quelle mesure est-il aussi le porte-parole de DeLillo ? Difficile à dire.

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Les écrans, donc, deviennent noirs, avec des conséquences en chaîne qui « dézinguent notre technologie », comme le dit Diane. Mais pas seulement. Le dérèglement général a une influence mortifère sur la psychologie de tous. Les comportements se troublent, comme si les individus sombraient dans une « fausse normalité ». Manifestement, c’est cela qui intéresse le plus Don DeLillo, cette situation d’errance vers la folie : « Les gens commencent à réapparaître dans les rues, avec précaution d’abord, puis avec un sentiment de libération, les voici qui marchent, regardent, s’interrogent, des hommes, des femmes, un groupe d’adolescents ici et là, tous s’escortant les uns les autres à travers l’insomnie collective de ce moment inconcevable. » Don DeLillo excelle à caractériser ces variations d’humeurs face à la catastrophe irréversible.

Une vision de l’apocalypse

Je l’ai dit, Le Silence est un court roman, d’une centaine de pages. Mais chaque mot est pesé, chaque phrase est chargée jusqu’à ras bord de sens. Le roman est construit comme une pièce de théâtre, ce qui lui confère une solennité dérangeante. Les personnages s’expriment en des monologues, dont certains sont intégrés sans guillemets dans le corps du texte. Don DeLillo a, selon moi, écrit ici sa vision de l’apocalypse. Les références religieuses, d’ailleurs, abondent. On sait que DeLillo a été marqué par son éducation catholique. Il met dans la bouche de Martin une citation d’Einstein sur Jésus : « Je suis juif mais je suis fasciné par la figure lumineuse du Nazaréen. » Invoquer Jésus permet aux personnages d’exorciser la fin du monde qu’ils sont en train de vivre.

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Don DeLillo a toujours accordé une importance essentielle au langage, et à sa logique interne.  L’action du Silence avance grâce aux différents discours des protagonistes, surtout ceux de Diane et de Martin (Martin qui finit par se prendre pour Einstein). C’est comme s’il y avait, pour DeLillo, un logos à percer à jour, qui pourrait ouvrir sur une révélation. Pour le moment, son personnage de Martin interroge le langage, un peu à la manière de Wittgenstein : « Et que voient les gens qui marchent dans les rues quand ils se regardent ? Est-ce la même chose que ce que je vois moi ? Toutes nos existences, tous ces regards. Ces gens qui regardent. Mais qui voient quoi ? » Plus loin, Martin évoque de manière caractéristique le « pur langage ». Il y a aussi cette scène, au début, où, alors que les écrans sont fermés, des « bribes de dialogue » s’en échappent. D’où cela peut-il provenir ? « Ce n’est pas du langage terrien, dit Diane. C’est de l’extraterrestre. » 

La survie de l’homme

Incontestablement, et ce n’est pas nouveau chez lui, Don DeLillo a voulu ajouter une portée métaphysique à son roman. Je suis sûr, par exemple, que Le Silence est le genre de roman qu’un esprit sophistiqué comme Stanley Kubrick, réalisateur notamment de 2001, aurait beaucoup apprécié. Dans un de ses précédents romans, Point Oméga, une telle recherche vers une éventuelle réalité suprasensible était envisagée, à travers en particulier le concept de Teilhard de Chardin qui donne son titre au roman. Avec Le Silence, il me semble que DeLillo franchit une nouvelle étape. Tout son travail d’écrivain, depuis ses premiers livres comme Libra ou Mao II, en acquiert une cohérence globale assez nette, tournée vers la question de la survie spirituelle de l’homme. Le mot « survie » apparaît une seule fois, dans Le Silence, dans un moment d’intimité amoureuse au cours duquel Jim et Tessa échangent un regard : « Ce regard contenait la journée, leur survie et la profondeur de leur lien. » 

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Et puis, comment ne pas penser ici au philosophe Jacques Derrida, dont le principal essai sur Maurice Blanchot s’intitulait « Survivre » ? Tout ceci me semble lié, non certes sans quelques ambiguïtés. Mais je vois très bien Don DeLillo se rapprocher de cette pensée de la survie, à laquelle il confère un élan neuf, du fait peut-être de sa sensibilité religieuse sous-jacente. Le grand mérite de cette pensée, que Derrida nommait « la déconstruction », restera, je le crois, son affinité très étroite avec la chose littéraire. Un romancier, d’une manière ou d’une autre, ne saurait y être complètement indifférent.

Le Silence, œuvre sombre et complexe, est une sorte de livre testamentaire de Don DeLillo, dans lequel il a mis la quintessence de son art romanesque. Après l’avoir lu dans l’excellente traduction française de Sabrina Duncan, j’ai éprouvé l’envie de pousser l’expérience encore plus loin. Après tout, pour Don DeLillo, les mots qu’il tape sur sa petite machine à écrire Olympia ont une importance esthétique capitale, comme il le déclare souvent dans ses interviews. 

J’ai donc décidé d’acquérir la version originale du livre, pour me rapprocher quelque peu de sa source. Je me suis rendu à ma librairie habituelle, où une jeune libraire m’a proposé deux éditions : celle, américaine, de Simon & Schuster, ou celle, anglaise, de Picador. J’ai choisi la première, la plus « authentique » des deux, j’imagine, puisque DeLillo habite à New York. La couverture en est rigide, m’a prévenu la jeune fille, et il m’en coûtera environ dix-huit euros, avec un délai d’attente d’une dizaine de jours. Tout cela me paraissait parfait, et je me faisais déjà une joie de découvrir la savoureuse et véridique prose de Don DeLlilo. J’ai enfin demandé à la jeune libraire si elle avait déjà voyagé aux USA. Elle m’a répondu que non, elle n’était jamais allée là-bas.

Don DeLillo, Le Silence. Traduit de l’américain par Sabrina Duncan. Éd. Actes Sud. 

François Augiéras, fils de la lumière

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Raskar Kapac

Écrivain français aussi important que méconnu, François Augiéras est l’objet d’un numéro spécial de la revue Raskar Kapac. Entretien avec Maxime Dalle, le maître d’œuvre de ce dossier.


Gilles Brochard. Maxime Dalle, vous êtes un mousquetaire et le fer de lance d’une revue anti-conformiste qui met en avant des esprits libres, des écrivains ou des aventuriers en dehors des modes. Est-ce une ultime provocation de célébrer aujourd’hui François Augiéras, ce « fils de la lumière », comme vous le faites dans ce numéro hors-série de Raskar Kapac ?

Maxime Dalle. Si par « provocation », l’on entend « appel à inciter », alors oui, ce numéro est une provocation à découvrir l’œuvre d’Augiéras. Ce qui rend scandaleuse l’œuvre de ce périgourdin mystique, c’est sa dimension rimbaldienne. Augiéras est imprenable. Dans notre dossier, Christiane Rancé l’évoque à merveille : « Augiéras est archaïsant avec une volonté de destruction sauvage. Il n’est pas non plus récupérable par la gauche puisqu’il n’est ni un idéologue ni un petit-bourgeois ; son horizon est d’ailleurs plus proche du paganisme que du socialisme, sans qu’il n’ait rien d’un fasciste, car Augiéras ne se serait accommodé d’aucun ordre. Son homosexualité, enfin, est tellement transgressive qu’elle ne peut être brandie en exemple par quiconque. » Mais il règne toujours autour de cet antimoderne préhistorique, une odeur de soufre parce qu’Augiéras a refusé de vivre comme un Occidental repu. C’était un errant, un visionnaire qui souhaitait créer une nouvelle civilisation cosmique.

Quelle place tient-il aujourd’hui dans la littérature française et au-delà ? Est-il un réprouvé, un mystique sensuel ou un sage incompris, sans cesse à la recherche de l’homme nouveau ?

Augiéras demeure « un phare souterrain » pour reprendre les mots de Jean Chalon, son exécuteur testamentaire. Il n’est pas connu du grand public. Découvrir Augiéras, c’est se plonger dans sa grotte de Domme où il vécut jusqu’à la fin de sa courte vie. C’est aussi pérégriner avec lui sur le Mont Athos où il se cherche un destin d’anachorète profane, c’est marcher sur le sable du Sahara pour contempler un ciel étoilé… Augiéras est comme un cierge que l’on se passe en relais, de main en main. À sa suite se dégage une tribu de disciples bigarrés. Notre numéro de Raskar Kapac réunit quatorze plumes et pinceaux hétéroclites. L’on y trouve aussi bien le peintre catalan Miquel Barceló que Paul Placet, meilleur ami d’Augiéras, ou encore l’écrivain Stéphane Barsacq. Ce qui nous réunit tous, c’est la prose sublime de cet artiste exalté, son goût désintéressé pour la contemplation solitaire du monde.

Augiéras, druide troglodyte 

Gilles Sebhan compare Augiéras  à Tony Duvert dans leur complicité avec la nature. Était-il une sorte de dieu Pan ou un écologiste avant la lettre, toujours fasciné par les grottes et les cours d’eau, communiant avec les éléments, entre paganisme et aspiration vers le ciel ?

Augiéras est un païen mystique. Dans notre grand entretien avec Paul Placet, l’on essaie de saisir la spiritualité singulière de cet homme. Augiéras était un méditatif. Il observait avec désir la nature sensuelle qui l’entourait : la caverne et sa roche, l’eau frémissante de la Vézère. Il a pris le temps de regarder l’herbe pousser. Augiéras a passé sa vie à communiquer avec ce qu’il appelle « la lumière primordiale ». Il y a du druide chez Augiéras sous sa barbe d’ermite inspiré. Dans le Voyage des morts, il écrit cette très belle phrase: « Pieds nus sur le sable, athée, je n’étais pas sans âme. J’avais trop souffert de l’indifférence des hommes à la beauté du monde pour n’aimer pas la prière. » Augiéras avait une âme de prophète.

Que faire aujourd’hui pour inciter la nouvelle génération à se pencher sur une œuvre en décalage avec notre époque, mais qui compose avec une littérature inclassable, rompant avec toute idéologie et qui tente de faire la synthèse entre la libération des corps et l’imaginaire comme source de la grâce ?

Il faut lire toute son œuvre qui est dorénavant disponible dans Les Cahiers rouges de Grasset et aux éditions de Minuit. Pourquoi ne pas commencer par son dernier manuscrit, son récit le plus fougueux et le plus radical, Domme ou l’essai d’occupation ?

Derrière son intemporalité, Augiéras est un écrivain d’avant-garde. Il s’adresse aux cœurs sensibles, à ceux qui ne veulent pas perdre leur vie à la gagner, à tous ceux qui souhaitent emprunter les lignes de crête et « les réseaux asociaux » pour reprendre la formule de Sylvain Tesson. Toute une partie de la jeunesse rêve de grands horizons, d’aventures existentielles, alors je me dis qu’Augiéras peut être un roc sur lequel on s’appuie pour échapper à l’esprit de lourdeur, au slogan publicitaire, à la vacuité contemporaine et oser la vie philosophique.

Le dernier Raskar Kapac consacré à François Augiéras est à commander sur le site de la revue : www.raskarkapac.com

Prends les bitcoins et tire-toi

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Graham Clark, responsable du piratage de plusieurs comptes Twitter de personnalités © D.R.

Les dangers du télétravail ne manquent pas. Parmi eux, le piratage de comptes Twitter pour réclamer des dons…


Au cours de l’été 2020, un ado américain a détourné une centaine de comptes Twitter de grandes célébrités.

Les comptes de Barack Obama, Joe Biden, Kim Kardashian, Bill Gates, Jeff Bezos ainsi que les comptes institutionnels d’Apple et Uber ont publié un message appelant à faire des « dons » en bitcoins. Certains médias ont nommé l’opération « le casse numérique du siècle ». Et quelques semaines plus tard, lorsqu’il s’est avéré que le responsable était un adolescent de Floride, l’auteur du « hack » a été qualifié de pirate informatique de génie.

Un récent documentaire produit par le New York Times (« L’ado qui a piraté Twitter ») raconte une histoire plus banale d’un crime presque à l’ancienne, avec en arrièrefond le passage des grandes entreprises au télétravail. Loin d’être de petits Zuckerberg, Graham Clark, 17 ans, et ses copains pirates ont tout simplement repéré des employés de Twitter, une mission pas très difficile. Ensuite – et c’est un peu plus compliqué –, ils ont trouvé leurs numéros de téléphone. Enfin ils les ont appelés, en se faisant passer pour un employé du support technique de l’entreprise. Prétextant un dysfonctionnement du système de connexion à distance, ils ont demandé à leur interlocuteur de se connecter via un autre système, le temps que le bug soit résolu. Dès que l’employé de Twitter en télétravail a entré son nom d’utilisateur et son mot de passe, Clark et ses camarades détenaient les clés de la maison.

Ce n’est pas parce que l’écosystème informatique et les réseaux sociaux sont des environnements technologiques très sophistiqués qu’ils ne sont vulnérables qu’à des attaques très sophistiquées. La bande à Clark n’était pas composée de geeks passant leur vie devant un écran, mais de petits voyous traditionnels, un simple gang de rue. Sauf que, nés au XXIe siècle, ils ont pris pour cible Twitter plutôt qu’un commerçant du quartier.

Enfin, ce braquage démontre que le télétravail, accueilli il y a un an comme une forme d’émancipation, présente aussi des désavantages dont les véritables coûts restent inconnus. Quand la facture arrivera, elle risquera de gâcher un peu l’ambiance.

Chili: une nouvelle Constitution pour éviter la révolution!

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Le Président du Chili, Sebastian Pinera pendant une conférence de presse, Santiago, Chili, 27 avril 2021 © Esteban Felix/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22562405_000004

Le Chili est entré dans un long processus électoral pour réviser la constitution de 1980. Cette réforme cherche à mettre un terme à la crise politique effective depuis 2019. Le gouvernement veut sortir de la crise par le droit afin d’éviter des dérapages révolutionnaires qui nuiraient à la puissance économique du pays. 


Les 155 personnes élues ce week-end par les Chiliens feront partie d’une « convention constituante » (c’est le terme précis employé, « convención constituyente » en castillan) pour rédiger une nouvelle constitution qui remplacera celle de 1980, adoptée sous le régime d’Augusto Pinochet (1973-1990). Il ne s’agit donc pas d’une réécriture mais de l’élaboration d’un nouveau texte. Cette convention est formée d’un nombre égal d’hommes et de femmes et prévoit des places réservées pour les peuples autochtones.    

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Pour comprendre le vote de ce week-end, il faut rappeler que depuis octobre 2019 le Chili est témoin d’une grave crise sociale et politique. Afin de « canaliser » la contestation populaire, la classe politique a convoqué un référendum dans le but de savoir si la population voulait une nouvelle constitution. Ce référendum a eu lieu le 25 octobre 2020 et le résultat a été à 80 % en faveur d’une nouvelle constitution rédigée par un organe spécialement mandaté pour cela : la convention constituante. 

La poursuite du processus légal 

Le week-end du 15 et 16 mai 2021 a été la date finalement retenue pour les élections des membres de cette convention. L’élection s’est déroulée dans le calme sur deux jours en raison de la crise sanitaire. Le calendrier a été modifié à plusieurs reprises à cause de la pandémie. Ce sont surtout des candidats indépendants et de gauche (non affiliés à des partis traditionnels de la gauche qui a gouverné pendant vingt ans au Chili) qui ont été élus. Les partis traditionnels, de droite comme de gauche, sont les grands perdants de ce processus. 

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Le taux de participation a été bas : 41 %. Il aurait été préférable d’avoir un taux supérieur à 50 % pour donner plus de légitimité à un processus d’une si grande importance. 

La convention constituante siégera à partir de juillet 2021. Le pays lui a confié la mission d’adopter une nouvelle constitution dans un délai de neuf mois (prorogeable de trois mois si besoin). La nouvelle constitution doit être adoptée par…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de Conflits <<<

Méfions nous toujours des utopistes coercitifs

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La statue de Winston Churchill, sur Parliament Square à Londres, vandalisée par des militants antiracistes, 3 juin 2020. © Manuel Balce Ceneta/AP/SIPA

À la chute du régime soviétique, le célèbre dissident Vladimir Boukovsky, ayant eu accès aux archives secrètes du parti, écrivit le fameux Jugement à Moscou, en tirant les leçons du communisme. Le portrait qu’il en tire, cependant, correspond parfaitement à notre époque, où le wokisme n’est que la poursuite de cette grande utopie coercitive.


Vladimir Boukovsky fut un des plus célèbres dissidents soviétiques. Il fut, pendant plus de dix années, hébergé au Goulag comme dans les hôpitaux psychiatriques où, dans sa grande bonté, la patrie des prolétaires rééduquait ses opposants. Échangé en 1976 contre un chef communiste chilien, il se rendit à Moscou en 1991, dernière année du soviétisme, et accéda aux archives les plus secrètes du régime. Il en résulta un livre passionnant, et glaçant, sur les méthodes du PCUS, sur la naïveté des opinions occidentales « de gauche » face aux savantes manipulations du politburo, sur la servilité des partis communistes occidentaux (et notamment du PCF) et sur la longue passivité des gouvernements de l’ouest. Une magistrale démonstration du machiavélisme soviétique dont la propagande, qui savait habilement se faire relayer par les intellectuels et les artistes occidentaux, idiots utiles de cette idéologie, a tellement formaté les esprits qu’elle produit encore ses effets aujourd’hui. Tout le substrat idéologique d’une grande partie de la gauche s’appuie sur le verbiage de cette époque destiné à diaboliser tout ce qui n’était pas communiste : « capitalisme, impérialisme, colonialisme, bellicisme ». Ces concepts diffusés en continu par l’URSS qui se présentait au contraire comme agent de paix soutenant la quête de libération des peuples (palestiniens, vietnamiens, cubains…) restent aujourd’hui opérants pour beaucoup. 

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Un constat actuel

Mais ce qui a le plus retenu mon attention, en relisant ce livre, titré Jugement à Moscou, indispensable à qui veut comprendre une des plus gigantesques arnaques intellectuelles du siècle passé, c’est son diagnostic final sur l’état du monde. Ce constat, écrit au milieu des années 90, et c’est vraiment troublant, décrit  véritablement ce que nous vivons aujourd’hui :

« C’est parce qu’ils ont toujours eu du mal à accepter la nature humaine que les utopistes n’ont jamais pu réaliser leurs rêves sans violence et que leurs résultats sont toujours l’exact contraire de leurs objectifs proclamés. Ils s’appuient sur l’idée fausse et déshumanisante que l’homme est infiniment malléable et que, sous réserve de lui donner les conditions sociales appropriées, il est perfectible, c’est-à-dire modifiable dans le sens que l’on veut… » Nos modernes apôtres de la cancel culture ne sont-ils pas animés par cette absurde conviction que l’on peut et que l’on doit formater l’espèce humaine pour l’orienter dans le bon sens, comme ceux que Boukovsky appelle dans son livre les « utopistes coercitifs » ?

« Même l’économie mondiale n’est pas libre aujourd’hui du concept utopiste de redistribution des richesses entre les pas dits riches et les pays dits pauvres… comme si notre expérience du demi-siècle passé ne nous avait pas appris que des injections massives de fonds occidentaux dans le tiers monde n’avaient fait qu’y développer une énorme bureaucratie corrompue. Des milliards de dollars et un demi-siècle plus tard pouvons-nous nommer un seul pays que ces injections aient contribué à développer ?…Dans le même temps, dans le monde occidental lui-même, le concept utopiste d’état providence s’est réalisé… Mais la vraie catastrophe, selon de nombreux experts, c’est l’effet destructeur qu’a cette assistance sur la famille. L’augmentation spectaculaire des grossesses chez les adolescentes, et des familles sans père, phénomène directement imputable à la politique d’assistance de ces trente dernières années, est indirectement responsable de l’explosion actuelle de la délinquance juvénile, de la culture de la drogue, et de la croissance rapide d’un quart monde assisté… Si l’on ajoute deux victimes de plus longue date de l’expérience utopiste : un système d’éducation pratiquement détruit, l’accent étant mis sur le jeu et le plaisir plutôt que sur l’étude et la discipline, et un système judiciaire dans lequel les procédures et les détails techniques on cassé plus que préservé la justice, le tableau qui se dégage est proprement apocalyptique. » 

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La France, championne du monde d’un assistanat qui s’étend par ailleurs à tous ceux qui franchissent, illégalement ou non, ses frontières, n’est-elle pas aujourd’hui exemplaire de cet utopisme délirant, avec en récompense de ses bonnes œuvres des banlieues qui flambent chaque nuit ? Comme le souligne le brave Boukovsky : « Notre contrat social n’a pas de sens. De quoi l’état moderne vous protège-t-il ? Des criminels ? Même pas. Aujourd’hui, si vous vous faites agresser ou cambrioler, vous priez Dieu pour que vos agresseurs ne se fassent pas prendre. Car, s’ils le sont, le contribuable que vous êtes va être obligé de se saigner aux quatre veines pour payer une procédure judiciaire longue et inutile, au terme de laquelle les criminels ont des chances de rentrer chez eux ».

Le wokisme, fils du communisme

Dans tout cet épilogue, Boukovsky décrit en détail ce qui allait devenir le mouvement « woke ». Mais là où c’est particulièrement intéressant, et que la lecture de son livre éclaire parfaitement, c’est de voir combien l’utopie coercitive d’aujourd’hui est simplement la poursuite de celle du communisme : « Mais aussi fou que ce meilleur des mondes puisse être, ceux qui le créent ne sont pas des malades mentaux. Pourquoi ont-ils un tel pouvoir sur nous qu’ils peuvent nous obliger à vivre dans le monde de l’absurde ? Si ces foules sont peut-être encore constituées de ceux-là même qui défilaient pour le désarmement unilatéral au début des années 80, où est le nouveau Politburo qui les guide à présent ? Car ne nous y méprenons pas, nous vivons une nouvelle guerre froide, avec une nouvelle race d’utopistes coercitifs qui s’efforcent de modifier notre culture, de contrôler notre comportement, et à la fin des fins nos pensées… Seule la novlangue est neuve aujourd’hui : « diversité culturelle », « politiquement correct », « droits à la procréation ». Nous sommes actuellement les témoins d’une attaque massive contre les fondements mêmes de notre civilisation, présentée ouvertement comme une culture d’ « européens blancs morts » qui, si elle réussit, nous replongera au Moyen-Âge. Voire pis, à cette époque au moins Shakespeare était libre d’écrire et de monter ses pièces. Aujourd’hui, la plupart de ses travaux seraient interdits pour non-conformité politique, Othello serait raciste, La Mégère Apprivoisée sexiste, et Roméo et Juliette –pour citer les termes d’une prof britannique très progressiste qui a refusé d’emmener ses jeunes élèves à une représentation- se verrait qualifier de spectacle éhontément hétérosexuel.

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Malheureusement nous n’avons pas su saisir l’occasion inespérée qu’a été la mort du communisme : nous n’en avons pas éliminé les tenants, nous n’avons pas dénoncé leurs crimes, nous n’avons pas jeté le discrédit sur leurs rêves et, surtout, nous n’avons pas appris à résister à leur peste moderne. Mais même si nous parvenons à être verts, bleus et daltoniens, nous n’arriverons pas à acheter la paix, parce que ces gens-là ne se soucient pas plus de leurs « minorités » que les communistes ne se souciaient des prolétaires. Elles ne sont que des véhicules pour atteindre le pouvoir ultime de dicter, contrôler, détruire notre être, décrit dans certains textes obscurs sous le nom d’ »âme humaine ».

La leçon ratée

Pour Boukovsky, en étant incapables de tirer les leçons de la catastrophe communiste, nous faisons que cette tragédie n’a pas plus de sens qu’un gigantesque séisme naturel qui aurait fait des centaines de millions de morts. Dure leçon mais qui invite à se méfier des utopistes coercitifs. Jugement à Moscou est un livre d’histoire passionnant sur les méthodes cyniques des gouvernements successifs de l’URSS, qui lui ont permis de mener par le bout du nez les utopistes occidentaux comme leurs gouvernements, leur instillant habilement un sentiment de culpabilité qui reste un des ressorts majeurs du mouvement progressiste. C’est aussi un livre pour comprendre notre présent, car il semble que rien n’ait vraiment changé.

Le livre, édité en 1995 chez Robert Laffont, ne semble plus être édité, mais on peut le trouver en occasion, y compris en livre de poche, sur les grands sites de vente par internet.

François Bayrou: haut-commissaire aux réfugiés

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Francois Bayrou, Haut-Commissaire au plan, présente son programme au CESE, Paris, le 22/09/2020 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 00982472_000045

La révolution bolchévique a échoué ? C’est parce qu’elle n’a pas poussé la logique bolchévique suffisamment loin. En substance, c’est un peu ce que François Bayrou affirme sur les politiques d’immigration made in France.


Le haut-commissaire au plan s’est transformé en haut-commissaire aux réfugiés dont l’inspiration pioche autant dans les principes onusiens que dans ceux du FMI, comme on pouvait malheureusement le prévoir. « L’apport des migrations peut aider à améliorer le rapport actifs-retraités, et donc la capacité de financement de nos systèmes sociaux », a notamment avancé le Béarnais. En une phrase, l’homme qui murmurait à l’oreille d’Emmanuel Macron, a rappelé quarante ans de désastre politique national, voire européen. Le discours voulant qu’il soit impossible pour nous autres, pauvres Européens et particulièrement Français, de financer nos retraites sans un apport massif de populations immigrées venues le plus souvent d’Afrique et du Maghreb a servi de justification à la radicale transformation que subit présentement le pays. Il a été appliqué à la lettre depuis des décennies, pour un résultat désormais bien connu. Un désastre social, civilisationnel et même économique.

L’immigration de peuplement mènera à un remplacement de population

François Bayrou est un no border qui souhaite importer un peu plus de misère en France, militant pour une immigration de peuplement qui amènera à terme à un remplacement de population. Il le dit explicitement, ne prend même plus la peine d’en faire mystère. Sommes-nous prêts à payer ce coût pour préserver un modèle social défaillant, profondément vicié, ne profitant plus qu’à un petit nombre ? Contrairement à ce qui est communément admis dans les cercles de socialistes retraités, l’immigration de travail se limite aujourd’hui à quelques secteurs bien précis, souvent saisonniers, tel que l’agriculture. Pour que les Français reprennent les chemins de ces métiers, il faut que les entreprises puissent correctement payer leurs salariés et ne soient plus étouffées par une fiscalité délirante.

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Nous sommes des champions du monde de l’immigration et de l’impôt. De fait, nous avons intériorisé notre infériorité, notre incapacité à exister autrement qu’avec un Etat obèse entretenant une part substantielle de la population. En France, le travail ne rapporte pas. Dans des pans entiers du territoire, l’activité économique n’est pas rentable, survivant grâce aux subventions et aides de toutes sortes. Notre modèle social est un artifice, une chimère qui s’est décomposée aux yeux du monde à l’occasion de la pandémie de coronavirus. L’immigration ne le préservera pas : elle l’a rendu caduc. Les statistiques données par France Stratégie montrent que dans toutes les grandes métropoles françaises près de 40% des enfants de 0 à 18 ans sont immigrés ou enfants d’immigrés extra-européens.

La majorité des Français refuse plus d’immigration

Croire que nous pourrons absorber des vagues supplémentaires alors qu’il a été si difficile d’intégrer les précédentes générations d’immigrés est un vœu pieux. C’est même une hypothèse criminelle qui détruirait le maigre espoir que peut encore nourrir la France d’être une nation souveraine héritière d’un passé millénaire. L’opinion publique ne s’y trompe pas, 69% des Français interrogés par CSA ayant répondu par la négative dans un sondage leur demandant si « favoriser l’immigration » était nécessaire pour « assurer l’avenir démographique de la France ». Ils savent qu’il faut d’abord retenir les candidats à l’émigration bien de chez nous, forces vives qui s’exportent en Asie ou en Amérique du Nord pour fuir la tiers-mondisation en cours. Encourager la démographie française passe par permettre à nos concitoyens d’élever leurs enfants dans un pays en sécurité et prospère.

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Avec François Bayrou, nous aurons un futur mais pas d’avenir. Que l’on justifie l’immigration par une obsession pour l’épiderme, à l’image de Mélenchon qui semble jouir en envisageant une France « créolisée » devant un parterre de vieillards ruinés par la mondialisation dans le bassin minier aveyronnais, ou qu’on la justifie pour prolonger les courbes des Trente Glorieuses qui ne sont plus qu’un lointain souvenir, on se trompe et on trahit son peuple. Il n’est pas même obligatoire d’évoquer les terroristes issus de l’immigration, les clandestins régularisés, l’impossibilité de prononcer des interdictions de séjour, la circulaire Valls qui a ouvert la France aux quatre vents, la population carcérale, le poids de l’immigration dans la CAF, ou encore le fait qu’il y ait près de 100 nationalités différentes dans le département de la Seine-Saint-Denis : il suffit d’avoir des yeux en état de marche.

La langue d’Audiard, ma Patrie!

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Michel Audiard, dernier recours avant liquidation totale de la maison France


Quand tout déraille, quand tout débloque, quand même la météo se met à chanceler, le citoyen du mois de mai se tourne, une fois encore, vers les moralistes du passé. Les bibliothèques font office de déambulateurs, elles servent à avancer cahin-caha dans une mondialisation boueuse. Ça patine grave en ce moment ! Que cherche-t-on exactement dans les rayons du savoir ? Moins une raison d’espérer un avenir radieux, nous n’avons plus ces illusions bêtes en tête (Mitterrand est passé par là) que la confirmation d’un système vérolé, paralysé et absurde, signe de notre impuissance. On se repaît de nos faiblesses, on théorise notre constat d’échec, à la veillée. Qu’est-ce que le malheur tient chaud les soirs de COVID et de couvre-feu. Ce délitement général a fini par nous définir et cerner notre identité pusillanime. Notre déclin en marche n’est ni une surprise, ni une malédiction, seulement la fin d’un long voyage. Nous arrivons au terminus des prétentieux. En France, les révolutions finissent en thèses et ouvrages reliés pleine fleur. Toujours cette fâcheuse manie des professions intellectuelles et des marins de vouloir faire des phrases alors que notre défense a été percée. Donnez-leur des livres et des débats, vous aurez la paix sociale ! À vrai dire, nous sommes fatigués du cirque de ces dernières années et, pourtant le côté farce de notre vie politique avait quelque chose d’assez jouissif et comique. Mais là, nous n’avons plus la force d’en rire et encore moins de nous insurger. Alors, face au mur, par habitude et désœuvrement, on se réfugie dans la pensée des grands anciens. À la source de la dialectique des fous. Facilité honteuse, évitement de la réalité, aveuglement bourgeois, me direz-vous ? Réflexe de survie, fatigue morale et peur du combat, je vous répondrai. 

Parmi ces philosophes du désespoir censés nous faire passer l’amère pilule de notre déclassement sanitaire, sécuritaire, économique et éducatif, une figure m’est apparue. Éclatante d’amertume et de gaudriole. Solaire et vénéneuse. Poujado-réactionnaire et anarcho-poétique. L’icône de Denfert ! Le p’tit cycliste du XIVème à casquette qui troqua, un jour, les pinces à vélo en gants de pécari pour conduire sa Ferrari ! Le Lion n’en revenait pas, il avait vu ce gamin pouilleux du quartier, végéter avec sa clique de traîne-savates. Comment imaginer alors qu’il symboliserait désormais l’excellence française ? Merveilleux exemple de la méritocratie et de l’ascenseur social façon TGV. Seulement muni d’un certif’, il gagna sa vie en changeant les mots en liquidités. Un miracle comme il s’en produit rarement dans l’Histoire de l’écrit et aussi un guide pour tous les plumitifs précaires. Nous savions qu’au royaume des mots, il existait un type pas très grand, pas très franc du collier, secret et atrocement doué, capable de braquer la caisse des éditeurs et des producteurs. Chapeau l’artiste ! Nous avons fêté l’anniversaire de Michel Audiard (1920-1985) à la mi-mai, il y a donc seulement quelques jours. Son centenaire fut célébré en 2020, même si la pandémie a gâché un peu l’événement. Il a manqué un livre sortant des sentiers battus du pinardier marrant et du misogyne goguenard non repentant. Chaque année, sans discontinuité, depuis maintenant des décennies, ses mots se ramassent à la pelle. Dialoguiste devenu tête de gondole sur le marché de la vanne, Audiard sert à vendre tout et n’importe quoi. Il suffit d’afficher sur la jaquette d’un DVD, le bandeau d’un livre ou à la Une des magazines, sa trogne pincée et sa cigarette consumée, pour que la machine à souvenirs s’enclenche. Vieil orgue de barbarie qui n’en finit pas de geindre la mélopée des fortifs, du zinc et des siphons, de l’Occup’et du cinéma à papa, des cuites normandes aux casses de la Riviera, d’une suite de l’Hôtel de la Trémoille à Dourdan-plage, de Simonin en arpète de la préparation de texte à Gabin, le dabe en personne. L’image d’Épinal figée dans le kir et la naphtaline, rognons à la moutarde et p’tit salé aux lentilles a tendance à m’agacer. La caricature me dérange, me débecte même. C’est la rançon de la gloire, il y a une part de vérité dans ce folklore mis en scène par lui-même mais on passe à côté, me semble-t-il, de l’essentiel. Résumer Audiard aux nappes à carreaux, au « Gai Paris » et aux maquereaux qui sortent des tirades du Littré est une mythologie pour feignasses. Car, de tout ce matériel littéraire comme disent les universitaires, demeure une langue. Perfide et ensorceleuse. Subsiste une rythmique de la mouise. Le désenchantement lui colle à la peau. Un héritage court de Villon à Céline, de Valery aux Pieds nickelés. Audiard se suspend en équilibre instable au-dessus du vide. Si le fond est noir, le cœur meurtri, presque inguérissable, la misanthropie suintante, la mauvaise foi à la boutonnière, il ne s’effondre pas. Bravache et mordante, sa prose oscille entre le suicide permanent et le sursaut comique, salvateur, ne surtout pas s’enkyster dans une pose sérieuse comme tous les autres. Le chemin est chaotique. 

Même dans ses textes les plus intimes « La nuit, le jour et toutes les autres nuits », la formule érotico-poissarde vient dégoupiller l’atmosphère asphyxiante. Audiard travaillait à la limite de l’implosion ce qui donnait une force désespérée à ses cris étouffés. Pour mieux appréhender ce phénomène, vient de sortir aux éditions mare & martin, un ouvrage érudit Les lois de Michel Audiard sous-titré « Liberté, Fraternité, Égalité » de Fabrice Defferrard qui enseigne le droit à l’université de Reims. L’angle d’attaque est très original, un plongeon dans la France juridique et judiciaire d’Audiard où les notions d’ordre et de désordre, de liberté et d’argent, de République et de corps constitués sont abordées à l’aune de son œuvre cinématographique. « Vouloir parler couramment « l’Audiard » exigerait de son candidat l’assimilation d’un très riche vocabulaire et de nombreuses expressions, l’apprentissage d’un rythme, d’un certain phrasé et, bien entendu, une culture générale aussi vaste que bigarrée » écrit très justement l’auteur. Cette langue-là est ce qui reste quand tout s’effondre autour de nous.

Les lois de Michel Audiard – Liberté, Fraternité, Égalité de Fabrice Defferrard – mare & martin – Droit & Cinéma

Un lieutenant-colonel de la Force spatiale a été licencié après avoir critiqué Black Lives Matter, il devient le troisième auteur à succès d’Amazon!

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Matthew Lohmeier témoigne sur Fox News. Image: capture d'écran YouTube.

Matthew Lohmeier pense que des thèses marxistes menacent l’armée américaine. Ses révélations explosives lui ont coûté sa place.


On ne le répétera jamais assez : « Go woke, go broke ! »*. C’est le slogan qui résume le mieux l’histoire du lieutenant-colonel Matthew Lohmeier. Le 14 mai, ce haut gradé de l’armée spatiale américaine a été licencié par son supérieur le général Stephen Whiting pour avoir violé son obligation de réserve. Selon le porte-parole de la force spatiale américaine, « cette décision est basée sur les commentaires publics du lieutenant-colonel Lohmeier dans un podcast ». Une enquête aurait été lancée dans le but de déterminer si ces commentaires constituent une infraction à la neutralité politique d’un fonctionnaire de l’armée. Une semaine avant cela, Lohmeier était l’invité du podcast Information Operation pour faire la promotion de son livre auto-édité Irresistible Revolution: Marxism’s Goal of Conquest & the Unmaking of the American Military**. 

La politique de Lloyd Austin dans le viseur

Dans cet essai, l’auteur explore l’impact du néo-marxisme et la manière dont le « mouvement Black Lives Matter, l’antiracisme, la postmodernité et le politiquement correct» affectent la sécurité nationale des États-Unis. Interrogé par Military.com, Lohmeier, qui a déclaré avoir notifié ses supérieurs ainsi que les avocats de l’armée de la parution de son livre, maintient que son intention n’a jamais été de s’engager dans une politique partisane mais de livrer, bien au contraire, une critique « d’une idéologie politique particulière (le marxisme) » dans l’espoir que le « ministère de la Défense puisse redevenir politiquement non partisan à l’avenir, comme il l’a fait honorablement tout au long de l’histoire ». Mais pourquoi le marxisme ? À l’occasion de son apparition dans ce podcast qui lui a coûté sa carrière, le diplômé de l’Air Force Academy s’est montré sceptique vis-à-vis d’un « programme de diversité et d’inclusion » mis en place le 2 février par le secrétaire à la Défense Lloyd Austin et faisant suite aux émeutes au Capitole du 6 janvier. Son objectif ? « Evaluer en 60 jours l’extrémisme au sein de l’armée ». Le porte parole du Pentagone John Kirby déclarera le 30 mars, soit à mi-chemin de la fin de l’évaluation, qu’il «y avait malheureusement des membres d’active qui participaient et épousaient ces croyances radicales » mais que le Pentagone n’en connait «  ni l’étendue ni la profondeur ».

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Lohmeier, qui a été mis à contribution pour former ses troupes contre l’extrémisme, raconte dans le podcast que ses supérieurs lui ont mis entre les mains un livret de 70 pages qui s’ouvrait sur le récit de l’émeute du Capitole et comprenait des exemples de « nationalistes blancs et d’un terroriste islamiste qui ont été arrêtés à un moment donné au cours de la dernière décennie, punis et expulsés de l’armée ».  Le programme comprend également la lecture de l’essai d’Ijeoma Oluo « So You Want to Talk About Race »*** , dans lequel les États-Unis sont qualifiés de «nation suprémaciste blanche».

L’armée américaine gangrenée par l’idéologie diversitaire ?

Lohmeier décrit l’environnement de travail au sein de l’armée comme « hyperpolitisé » et où « les initiatives de diversité et d’inclusion sont constamment mises en avant».

Il se montre très dur envers Kirby, le porte-parole du département de la Défense, qui aurait déclaré que l’armée avait «trop de pilotes blancs» alors qu’elle en manque tout court, selon lui. Cette affirmation a été niée par le Kirby, quand bien même l’armée de l’air a effectivement validé « un nouveau plan pour construire un corps de pilotes plus diversifié d’ici 2030 dans une profession qui reste dominée par les hommes blancs ». Mais Lohmeier n’en reste pas là et ajoute que les conservateurs parmi les militaires américains qui osent exprimer leurs opinions sont dépeints comme des «extrémistes». « Ce qui se passe dans l’armée américaine en ce moment, c’est que si vous êtes un conservateur et exprimez vos idées, alors vous êtes classé dans la catégorie de personnes qualifiées d’extrémistes. Mais si vous êtes aligné avec la gauche, vous êtes encouragé à devenir un activiste et à vous exprimer sur les réseaux sociaux parce que c’est bien vu ! », a-t-il dit.

Si la directive 1344.10 du ministère de la Défense américain interdit effectivement au personnel actif de se livrer à des activités politiques partisanes, les membres du personnel sont toutefois autorisés à exprimer leurs opinions personnelles sur les candidats et les questions politiques lorsqu’ils ne portent pas l’uniforme. Mais il n’est pas dit que Lohmeier souhaite contester la décision prise à son encontre par l’armée car depuis qu’il a été relevé de ses fonctions, son essai est numéro trois sur la liste des best-sellers d’Amazon et il est décrit comme un « lanceur d’alerte » par médias et politiques conservateurs qui considèrent que l’armée est la ligne rouge à ne pas franchir pour les « woke » !

  • * « Devenez woke et vous serez ruiné ! »
  • ** L’irrésistible révolution : Le but de la conquête marxiste et la destruction de l’armée américaine.
  • *** « Donc vous voulez parler de race »