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Pour un débat dépassionné sur l’immigration

La France a longtemps été connue pour sa démographie dynamique. Mais des signes très préoccupants d’un dérèglement apparaissent ces dernières années, alerte le haut-commissaire au Plan François Bayrou. Les critiques lui ont reproché de vouloir ouvrir grand les vannes de l’immigration. Or le rapport ne dit pas vraiment cela.


En 1982, le président de la Chambre des représentants des Etats-Unis avait décrit la réforme des retraites comme l’équivalent politique du « troisième rail » des voies ferrées : celui auquel il ne faut surtout pas toucher du fait du risque d’électrocution. L’expression a depuis fait florès outre-Atlantique. La démographie a toujours été un sport de combat politique, mais l’immigration est trop longtemps restée le troisième rail du débat français. Il est cependant souhaitable que toute la classe politique s’en saisisse, car c’est une préoccupation importante des Français. La laisser de côté, c’est garantir qu’elle ne sera traitée que par les démagogues ou les incompétents à grands coups de « il n’y a qu’à » et autres « il faut qu’on ».

Notre natalité en berne

Le Haut-commissariat au Plan (HCP) a récemment produit un rapport (auquel l’auteur de ces lignes a contribué) sur l’avenir de la population française. Il part d’un constat simple : cet avenir n’est plus assuré. La population croît de moins en moins vite et l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,8. Dans l’un des scénarios construits par l’INSEE (basse fécondité, faible solde migratoire, baisse de l’espérance de vie), elle connaîtrait son maximum en 2040 avant de décroître. Et quand bien même on ne mesurerait plus, au 21ème siècle, « la grandeur des Rois au nombre de leurs sujets » (Vauban), un déclin démographique aurait nombre de conséquences politiques, économiques et culturelles négatives.

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Seulement voilà : il n’existe pas de remède miracle. Outre qu’elle n’a de vrais effets qu’à long terme, la politique familiale ne peut totalement compenser la tendance historique lourde de la réduction de la fécondité dans les pays modernes. Et si l’impact des mesures financières relatives à cette politique sur le taux de natalité est peu discutable, son ampleur exacte reste un sujet de débat. Quant à la politique migratoire, elle ne peut régler à elle seule – à supposer que ce fût souhaitable – le problème du renouvellement des générations. Comme l’avait démontré en 2000 (par l’absurde) le célèbre rapport de l’ONU Migrations de remplacement: s’agit-il d’une solution au déclin et au vieillissement des populations?, la France aurait eu « besoin » de 900 000 immigrants de plus chaque année pour conserver le même ratio actifs/inactifs en 2050 ! Lorsque le rapport du HCP dit « l’apport des migrations peut aider à améliorer le rapport actifs-retraités », les trois qualificatifs sont importants (« peut aider à améliorer »). Du point de vue strictement économique – salaires, emploi, comptes sociaux –, au niveau national, l’immigration n’est, sur le long terme, pas plus une solution miraculeuse qu’elle n’est d’ailleurs un vrai problème.

Un rapport beaucoup plus nuancé que les critiques qu’il reçoit

Ce que le Haut-commissariat propose, c’est d’adopter une démarche dépassionnée et holistique du sujet : il faut traiter simultanément de la politique familiale et de la politique

d’immigration pour définir l’avenir de la population française que nous voulons. Car les lois de la démographie sont incontournables : une nation croît ou décroît chaque année du fait de la combinaison de deux soldes, le solde naturel (naissances et décès) et le solde migratoire (entrées et sorties). D’où l’idée d’une « politique démographique » qui tienne compte de ces deux volets qui sont autant de leviers possibles, alors qu’ils sont généralement traités de manière séparée. L’histoire enseigne d’ailleurs que l’immigration n’est bien acceptée que lorsqu’un pays dispose d’une certaine vitalité démographique.

Loin de prôner une approche strictement comptable et encore plus loin de vouloir naïvement ouvrir les vannes de l’immigration, le rapport affirme noir sur blanc que : « la question migratoire est moins démographique ou économique que politique au sens large du terme », c’est-à-dire avec une dimension culturelle, voire identitaire, majeure. Suggérer comme il le fait que « la France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale » devrait dès lors être assez consensuel, sauf pour ceux qui prétendent que la fin de toute immigration serait LA solution. Au-delà des obstacles juridiques d’ordre interne et international qu’il faudrait abattre à cet effet – et ils seraient lourds – cela voudrait dire ne pas pouvoir satisfaire rapidement aux besoins des métiers en tension ; interdire aux conjoints de Français de mener une vie normale ; refuser d’accueillir des individus persécutés ; et renoncer à la contribution au rayonnement de la France que constitue l’accueil d’étudiants étrangers.

Les vraies questions restent : quelle immigration, d’où, comment et à quelle hauteur? Elles soulèvent des choix politiques aux conséquences lourdes, et qui ne pourront être évacués des prochaines échéances électorales.

En complément à la première lettre ouverte des militaires…

Une tribune du général François Gaubert


En tant que général signataire de la lettre ouverte dite des généraux – laquelle en fait est celle de plusieurs milliers d’anciens militaires de tous grades, ce qui en fait la valeur – je souhaiterais apporter un éclairage complémentaire mais essentiel au paragraphe évoquant « l’intervention de nos camarades d’active ».

Comme le procureur de la République de Paris vient de le souligner dans son avis de classement sans suite du signalement effectué par les députés du groupe La France Insoumise, il ne saurait être question d’une provocation à l’insurrection, comme l’a fantasmé M. Mélenchon et ont feint de le comprendre des responsables de la majorité, dans un contresens délibéré et insultant.

Ayant été confronté, comme nombre de signataires, à des situations de chaos exigeant l’emploi de la force, j’avais à cœur, après un constat partagé par une large majorité de Français, d’alerter solennellement le président de la République et les responsables politiques sur l’urgente nécessité d’anticiper sur la suite funeste des événements récents, aux fins expresses de leur éviter d’être un jour contraints à mettre en œuvre l’article 36 de notre Constitution.

Je constate, avec effarement, que l’argumentation qui va suivre n’est pas reprise dans les médias. Serait-elle contraire à la doxa ou serait-elle à ce point inepte que même nos contempteurs n’en profiteraient pas pour souligner le peu d’intelligence de généraux « en charentaises » ?

Cet article 36 qui traite de l’état de siège n’est pas caduc. Mis en œuvre sur décision du président de la République, par décret en Conseil des ministres contresigné par le Premier ministre, et prorogé si nécessaire au-delà de 12 jours par un vote du Parlement selon les modalités de l’article 131 du règlement de l’Assemblée nationale, il confère aux armées, transitoirement et sur des territoires délimités, les pouvoirs de police générale si des désordres civils, prenant la forme d’une insurrection armée, venaient à échapper au contrôle des forces de police et de gendarmerie, conduisant à un péril imminent.

Il faut noter que certaines des modalités pratiques de l’application de l’état de siège nous sont familières depuis 18 mois : couvre-feu, restriction des déplacements, limitation des rassemblements, laissez-passer… Il est vrai que nous sommes en guerre !

Par ailleurs, on doit garder en mémoire qu’en mai 1968, face aux désordres et à l’insurrection anarchiste, le général de Gaulle s’est rendu secrètement à Baden-Baden pour s’assurer de la fidélité de l’armée pour le cas où…

Ni obsolète, ni irréaliste, cette disposition constitutionnelle n’en est pas moins source d’inquiétude pour tout militaire d’active… et tout citoyen. En effet, comment les armées pourraient-elles faire mieux que les forces de police et de gendarmerie qui, elles, sont formées, entraînées et équipées pour les missions de maintien et de rétablissement de l’ordre ? Passé le moment de surprise, les émeutiers en tout genre testeraient le dispositif, les méthodes et la pugnacité des unités déployées. Sauf à sombrer à leur tour, les militaires, dans le cadre de la mission à eux confiée par le président de la République et le gouvernement, seraient contraints d’utiliser les modes d’action qu’ils ont mis en œuvre sur les théâtres d’opérations qu’ont connus de très nombreux signataires de tout grade de la lettre ouverte. La violence des armes, même légitime et maîtrisée, se traduirait par « des morts par centaines, voire par milliers ». Tel est le fond de notre pensée… et qui auraient à se salir les mains ? Une fois encore les militaires.

Le spectre de la guerre civile devrait hanter tous les responsables politiques comme il hante tous ceux qui ont vécu des situations où rôdait la mort.

J’ai signé, je persiste et resignerai, si besoin est, cet appel au sursaut patriote et au devoir stratégique de l’État.

Quand on n’a que l’humour

Non, la France ne veut pas « déconstruire son histoire ». Le pays de France Inter est aussi celui d’Astérix et de Joséphine Baker. Comment se résignerait-il à ce que la guerre des races et des sexes soit la forme ultime du vivre-ensemble ? Quelques raisons d’espérer que le nouveau totalitarisme se cassera les dents sur l’esprit français.


La France résiste : il est possible que notre titre traduise un brin d’autosuggestion, un vague espoir que cette prophétie sera autoréalisatrice. Après tout, il n’est pas interdit de voir le verre au quart plein. Certes, l’actualité oppose de nombreux démentis à cet optimisme. À tous les étages de la société, des publicistes, journalistes, élus et people en tout genre, en bref des « manipulateurs de symboles » dont parlait le sociologue et ancien ministre américain Robert Reich, se battent la coulpe, surveillent leur langage et s’agenouillent au propre et au figuré devant les nouvelles vaches sacrées que sont les minorités sanctifiées par la victimisation réelle et/ou fantasmée.

La France n’échappe pas à la pression woke

Des lubies de militants groupusculaires s’invitent à l’université où des opinions délirantes sont doctement étudiées, comme le relate Erwan Seznec. On apprend de Philippe Pichot que la « Fondation Ayrault[1] », sacrée gardienne de la mémoire de l’Esclavage, se comporte en procureur zélé de la France, érigée à mots à peine couverts en bastion d’une oppression inscrite dans les gènes des Blancs –également désignés comme « non-racisés ». Aux frais du contribuable. Ainsi a-t-on vu ressurgir la « race blanche », non chez les ploucs du sud des États-Unis, mais chez les antiracistes de nouvelle génération.

Mathieu Bock-Côté a raison, c’est bien à une entreprise révolutionnaire que nous avons affaire. Si aux États-Unis, elle a déjà basculé dans la Terreur, en France, l’issue du combat est hésitante. Or, son enjeu n’est rien de moins que la survie de nos vieilles cultures et au-delà, de la Raison comme cadre anthropologique de la Cité. Fondé sur l’exaltation des souffrances « ressenties » (ou de certaines d’entre elles), le catéchisme woke érige en lois morales les caprices minoritaires tout en déniant aux individus le droit de vivre et de penser librement.

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Dans l’empire totalitaire de ce nouveau progressisme, l’être humain, découpé en rondelles identitaires, assigné à vie au camp des victimes ou à celui des bourreaux, est voué à triompher ou à expier. Faut-il le préciser, les héritiers du monde ancien, avec son cadre anthropologique fondé sur la différence des sexes et ses imaginaires nationaux, seront traités en résidus de l’histoire, c’est-à-dire qu’ils seront rééduqués ou muselés. L’avenir radieux et inclusif exige exclusions et contritions, bannissements et censures.

Déconstuire l’histoire sans déboulonner de statues ?

On a cessé d’attendre le salut du président de la République, dont la volonté de tenir les deux bouts de la chaîne confine à la duplicité. Un jour, il proclame que la République ne déboulonnera aucune statue, le lendemain il déclare à CBS que la France doit « déconstruire son histoire ». Bref, entre le monarque gaullien et le Justin Trudeau français, on ne sait à quel Macron se vouer. Et on finit par ne croire aucun des deux.

Dans la vie, il n’y a pas que France Inter, France 2, Le Monde, L’Obs, Mediapart et Le Parisien, dernier arrivé dans la bande des coupeurs de têtes et traqueurs de déviants.

Il y a pourtant des raisons de penser que la vague woke refluera devant le village gaulois et sa détermination à persister dans son être. Au demeurant, même en Amérique du Nord, des intellectuels et des journalistes refusent de courber l’échine. Des écrivains noirs s’insurgent contre les procès intentés en leur nom. Cependant, on ne sait pas de quels ennuis et de quels torrents d’invectives ils paient leur audace. Jeremy Stubbs relate le cas d’Andy Ngo, contraint à l’exil par la violence antifa.

Les Français, irréductibles gaulois

Alors on se dit qu’il y a quelque chose d’irréductible au royaume de France. Tous les dissidents n’y ont pas été réduits au silence – et au chômage. L’une des explications est que, sur le front médiatique, le rapport de forces est moins désespéré que ne le laissent penser nos râleries répétées (et justifiées) contre les journalistes-prêcheurs. Dans la vie, il n’y a pas que France Inter, France 2, Le Monde, L’Obs, Mediapart et Le Parisien, dernier arrivé dans la bande des coupeurs de têtes et traqueurs de déviants. Face à cette indéniable force de frappe, largement financée par ma pomme (et la vôtre), ce qui est particulièrement irritant, ne se dressent pas seulement les méchants estampillés de Valeurs actuelles, L’Incorrect, Éléments, Boulevard Voltaire, sans oublier Causeur, et même Marianne, mais aussi des journaux dont la respectabilité n’est pas contestée. L’Express, Le Point, Le Figaro et beaucoup d’autres (sans parler de CNews) dénoncent régulièrement l’emprise islamo-gauchiste et la folie racialiste, féministe ou écologiste. La France n’est pas, loin s’en faut, épargnée par la pulsion de censure et d’effacement, mais on peut y survivre à une accusation de racisme ou de baisers volés, se remettre d’un lynchage numérique et même de plusieurs, la preuve par Zemmour et Finkielkraut. Bien sûr, il ne faut pas dépendre d’un employeur trop lâche, car certains se couchent au premier coup de vent numérique. Reste que, même sur les réseaux sociaux, les épurateurs trouvent à qui parler. De la scandaleuse éviction d’Alain Finkielkraut de LCI, on doit aussi retenir les protestations qu’elle a suscitées.

L’humour comme résistance au wokisme

Cette résistance s’enracine évidemment dans les tréfonds de la société. Cela tient peut-être, suggère Cyril Bennasar à la persistance de l’humour et du second degré, malgré la baisse du niveau et les progrès concomitants de l’esprit de sérieux. Comme l’observe encore Mathieu Bock-Côté, quelque chose dans l’esprit français se refuse à faire de la guerre des races et des sexes la forme ultime du vivre-ensemble. Notre tradition de nation politique, antérieure à « l’universalisme républicain », nous protège sans doute contre l’obsession raciale – s’il existe des Français de souche, il serait abusif de parler de « Français ethniques », comme on le ferait en anglais. D’autre part, la longue histoire du commerce entre les sexes nous immunise mieux que d’autres contre la chasse à l’homme lancée par les néo-féministes qui voient dans une amabilité galante la trace de la « culture du viol ».

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Dans son écrasante majorité, le peuple français n’est pas tombé dans le piège mortel tendu par une idéologie qui divise l’humanité en racistes et racisés. C’est que ce peuple n’est pas seulement constitué de « Français historiques », formulation que j’emprunte à Bock-Côté, mais aussi de tous ceux qui, à l’image de Sonia Mabrouk et de Gil Mihaely (voir leur dialogue), ont choisi de le devenir et de chérir les ancêtres qu’on leur offrait généreusement. Quand les indigénistes postulent l’existence d’une « culture blanche », établissant ainsi une frontière ethnique entre citoyens, des Français de toutes origines refusent avec constance de se définir par une couleur de peau tout en réclamant avec la même constance le droit de conserver leurs mœurs et leurs lois. D’après Sartre, l’antisémite crée le Juif. Le nouvel antiracisme a échoué à transformer les Français en « Blancs imaginaires ». Nous pouvons en être fiers.


[1]. La Fondation pour la mémoire de l’esclavage, dirigée par l’ancien Premier ministre de Hollande, porte-flingue en chef de Christiane Taubira. Erwan Seznec a déjà évoqué les manigances de cet organisme dans Causeur n° 87, février 2021.

Oui il faudrait (quoi qu’il en coûte à Israël) que naisse un Etat palestinien…

Le nouveau président américain Joe Biden l’affirme: la solution à deux Etats est « la seule réponse » possible au conflit israélo-palestinien


Il faudrait ? Le conditionnel s’impose évidemment !

Israël est toujours sorti victorieux de toutes les guerres que lui ont imposées les Arabes.. Une vérité que ne démentent pas les récents événements de Gaza. Il faudra en effet des années au Hamas pour reconstituer son arsenal militaire. S’il y parvient…

Mais il y a une guerre qu’Israël ne peut ni mener, ni gagner. 20% de la population de l’Etat hébreu est constituée d’Arabes israéliens. Leur natalité est plus forte que celle des Juifs. Et ils seront chaque année de plus en plus nombreux. Bien qu’ils soient plus heureux en Israël que dans certains pays arabes, il y a chez eux un violent sursaut identitaire.

Il s’agit là d’une bombe démographique. Les Arabes israéliens, bien que bénéficiant du bien-être israélien, savent qu’ils vivent dans un État juif. Et ils sont nombreux à penser que cela nie leur identité.

Seul un Etat palestinien pourrait esquisser une solution. Où ? En Cisjordanie et à Gaza. Et aussi avec un drapeau palestinien qui flotterait symboliquement sur l’Esplanade des Mosquées. Pour Gaza, séparée de la Cisjordanie, on prévoirait une route ex-territoriale. Les forces du Fatah pourraient l’emprunter pour ramener à la raison les fanatiques du Hamas.

Pour cela un De Gaulle israélien serait nécessaire. Mais l’époque de Ben Gourion et de Golda Meir est révolue. Il y a juste un Netanyahou prisonnier de sa droite et des partis religieux.

Il n’est pas interdit pour autant de rêver. Car tout cela était déjà inscrit dans les accords d’Oslo signés par Arafat. On connaît les objections – elles sont fortes – à cette solution.

Un Etat palestinien tiendrait sous le feu de ses canons des villes israéliennes distantes de quelques kilomètres seulement. Mais combattre une armée régulière est quand même plus facile que de se protéger des incursions terroristes. Et ça, Israël sait le faire..

Reste l’épineuse et douloureuse question des implantations juives en Cisjordanie. Quelques centaines de milliers de personnes. Il est évidemment très peu probable que les dirigeants palestiniens acceptent leur présence.

De Gaulle – rappelons-le – a fait rapatrier un million de Pieds-noirs en métropole en 1962. Bien sûr la surface et la population de la France ne sont en rien comparables avec celle du petit Israël. Pourtant c’est quand même ce qu’il faudrait faire.

Impossible ? Il est hélas possible que cela le soit. D’où la question : quid des Arabes israéliens ? Dans l’hypothèse d’un Etat palestinien, ils auraient le choix entre la nationalité du nouvel Etat et celle d’Israël. Ceux qui prendraient la nationalité palestinienne pourraient rester en Israël mais comme étrangers. Sans aucun des avantages dont ils jouissaient auparavant. Les autres, sans doute, les plus nombreux resteraient de loyaux citoyens israéliens.

A la longue, aucune autre solution n’est envisageable pour la survie  d’Israël. A la longue ? Quelques dizaines d’années sans doute. Israël aurait intérêt à ne pas trop tarder : la bombe démographique risque d’exploser. 

La traque de la dernière chance

Plus de 75 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, d’anciens nazis réfugiés sur le continent américain continuent d’être extradés vers l’Allemagne. C’est le cas de Friedrich Karl Berger.


Le 20 février, un vieillard de 95 ans, Friedrich Karl B., qui vivait dans le Tennessee depuis 1959, a été expulsé vers l’Allemagne par un tribunal américain. Le motif ? Sa participation, qu’il avait cachée, à la Shoah. En 1945, le marin de 19 ans est envoyé par les SS pour garder deux des nombreux camps du nord du pays, dont les prisonniers juifs, danois, polonais ou russes, détenus dans des conditions inhumaines et travaillant souvent jusqu’à la mort par épuisement, sont contraints de construire des fortifications.

À la fin de la guerre, ces camps sont évacués par des marches forcées qui ajoutent encore au bilan des morts. Aujourd’hui de retour en Allemagne, Friedrich Karl B. avoue avoir été garde de camp, mais nie avoir assisté à la maltraitance des prisonniers ou participé aux marches forcées. L’accusé refusant le 31 mars de se prêter à d’autres interrogatoires, les procureurs allemands sont obligés d’abandonner les poursuites, faute de preuves matérielles. Selon le média Deutsche Welle, depuis quarante ans, les États-Unis ont expulsé vers l’Allemagne 70 anciens nazis, dont la majorité n’a pu être condamnée.

Ces accusés terminent leur vie dans un Ehpad aux frais du contribuable. Selon une loi américaine de 1978, toute personne ayant participé aux persécutions nazies peut être extradée vers le pays où il a commis ses crimes. En revanche, pour condamner un tel accusé, le droit allemand a besoin de témoins et de preuves qui, après toutes ces années, font trop souvent défaut.

Aucune loi spécifique sur la participation à l’Holocauste n’a jamais été promulguée. Tout n’est pourtant pas perdu. L’année dernière, un ancien garde du camp de Stutthof, âgé de 93 ans, a été déclaré coupable de 5 230 chefs d’accusation de complicité de meurtre. Cette année, une ancienne secrétaire du même camp, 95 ans, a été mise en accusation ainsi qu’un homme de plus de 100 ans, inculpé de 3 518 chefs d’accusation. Pour rappeler au monde qu’il n’y a pas de prescription pour de tels crimes, il n’est jamais trop tard.

Macron, que d’la com’ ?

Un polytechnicien critiquant l’humour potache ? Quiconque connaît la tradition des gags du 14 juillet et la Khômiss vous dira que ce serait aussi incongru que McFly et Carlito à l’Elysée…. ça tombe bien !


Rendons d’abord à Nicolas ce qui est à Nicolas : on peut reprocher à Emmanuel Macron d’achever de désacraliser la fonction présidentielle alors qu’il avait affirmé vouloir lui rendre sa verticalité, mais il faut admettre qu’il ne fait que prolonger le mouvement. Avant lui, le président normal avait convaincu la France entière que si le chef de l’Etat n’est qu’une personne ordinaire, c’est que tout le monde peut être chef d’Etat et faire aussi bien, sinon mieux. Et on se souvient de Sarkozy et de son t-shirt du NYPD.

Au demeurant, on sait que les rois même les plus attachés au protocole ont longtemps eu un bouffon à leurs côtés, et s’il faut se demander si Macron n’en a pas fait trop, force est de reconnaître qu’on a vu pire. Il y a dans cette séquence avec McFly et Carlito un côté bon enfant qui manquait cruellement à la fameuse fête de la musique « brûlez cette maison », ou à cette photo terrible et pathétique d’un président de la République en sueur dans les bras d’un repris de justice faisant un éloquent doigt d’honneur. Et j’avoue trouver la (relative) décontraction d’Emmanuel Macron dans cette vidéo infiniment plus sympathique, et finalement bien plus respectueuse de sa fonction, que la grandiloquence hystérique d’un Mélenchon beuglant « ma personne est sacrée ».

Succession de clips publicitaires

Reste qu’il y a des contrastes signifiants, lorsqu’on compare le copinage souriant de Manu aux crises d’autoritarisme du président Macron. Le général De Villiers en a fait les frais, l’attitude récente du gouvernement face aux tribunes des militaires le confirme, et il ne faut pas oublier le mépris dont ont été abreuvés les Gilets jaunes, notamment ceux de la première heure, ceux qui exprimaient la souffrance et la colère du peuple, avant que le mouvement ne soit détruit de l’intérieur par l’extrême-gauche.

N’oublions pas non plus que chaque déplacement de ministre d’une certaine importance s’accompagne d’une débauche de moyens au service d’une obsession : qu’aucun manifestant ne puisse se retrouver à portée de caméra ou de micro des journalistes. Priorité perpétuellement donnée au récit des faits qui sera diffusé  plutôt qu’aux faits, à l’image des choses plutôt qu’aux choses elles-mêmes. Plaudite, acta est fabula ! mais là où Auguste se fit un devoir d’incarner un rôle surhumain et d’en assumer le poids pour qu’il devienne la réalité, Emmanuel Macron se contente de jouer devant les caméras. Là où le premier Empereur proclama avec fierté que d’une ville de brique il avait fait une capitale de marbre, Manu Ier se contente de carton-pâte pour dissimuler l’état réel du pays.

Le passage régulier de Manu au président Macron, et vice versa, pourrait évidemment correspondre à une logique de bon sens : n’y a-t-il pas, après tout, un temps pour tout ? Mais non, de toute évidence : ce n’est, hélas, qu’une succession de clips publicitaires, chacun visant un public particulier. En parfaite cohérence avec ces conseillers qui consacrent plus de temps et d’énergie à décider de l’emplacement d’une estrade pour un discours qu’à étudier le fond du dossier dont il sera question lors de ce discours – quiconque a vécu un voyage officiel ministériel ces quatre dernières années saura de quoi je parle.

Bien joué, au demeurant : je comprends que le président préfère que le prochain 14 juillet soit accompagné d’un coupage de cheveux en quatre sans importance sur la présence de McFly et Carlito dans un avion de la Patrouille de France, plutôt que de réflexions sur ce que les militaires qui vont défiler peuvent bien penser, au-delà des discours convenus de certains chefs acquis au pouvoir, de tribunes désormais bien connues.

Loin du débat d’idées

Tout le monde a compris que la campagne pour les élections présidentielles a commencé depuis déjà quelques mois. La vidéo de McFly et Carlito est donc un clip de campagne, sans doute pour Emmanuel Macron lui-même, à défaut pour le candidat qu’il choisira d’adouber. Certes, l’utilisation des moyens de l’État au profit d’un candidat est désormais totalement banale, mais doit-elle pour autant être considérée comme normale ? Une chose est sûre : ce mélange des genres ne bénéficie aucunement au débat d’idées. Mais d’ailleurs, est-il encore vraiment question de débat d’idées ?

Car enfin ! Lorsque Marlène Schiappa suggère Cyril Hanouna pour animer le débat de l’entre-deux-tours, on est au stade ultime de la politique-spectacle. Le buzz plutôt que la réflexion, le nombre de likes attendus plutôt que la compétence, la télé-réalité plutôt que la démocratie réelle : si l’objectif était de permettre au citoyen de faire un choix lucide dans les meilleures conditions possibles, la ministre proposerait Christine Kelly ou Sonia Mabrouk.

Que faut-il en comprendre ? Est-ce que LREM cible ainsi son public, ce qui serait révélateur d’une certaine orientation politique ? Même pas. Segmentation en slogans ciblés et contradictions permanentes : le « en même temps » n’est pas la volonté de dépasser les clivages, mais un vulgaire aveu marketing en phase avec la vision de la France comme d’un patchwork de parts de marché, France morcelée, communautarisée, multiculturelle. « Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse  », on connaît la chanson, c’est celle des Bleus version Youssoupha et elle est nettement moins sympathique que les quelques notes de Marseillaise métal d’Ultra Vomit. À part peut-être le projet d’américanisation à marche forcée de la société française et donc sa fragmentation, LREM n’a pas plus de convictions ni de colonne vertébrale idéologique que la division marketing d’une multinationale.

Tout le pays commence enfin à comprendre l’impérieuse urgence de réaffirmer les principes sur lesquels nous ne transigerons pas, d’exiger l’assimilation, de rétablir l’autorité, d’inspirer à nos enfants le désir non de la seule popularité mais plutôt de l’excellence. Tout le pays constate l’évidence d’un divorce total entre les forces de l’ordre et l’institution judiciaire, et on évoque de plus en plus et de plus en plus sérieusement un risque de guerre civile. Mais le « président probable candidat », lui, n’a qu’une seule priorité et qu’un seul message à faire passer : « McRon, votez comme vous êtes. »

On ne fait plus d’enfant, c’est la faute à Cioran!

Baisse de la natalité: Cioran au Taquet


La France s’est longtemps glorifiée d’avoir un taux de natalité largement supérieur à celui de ses voisins européens. On peut voir sur le site de l’Insee qu’en 2018, encore, on pouvait compter sur 1,88 enfant par femme, ce qui faisait de nous les champions de l’UE. À croire que l’on suivait les conseils de Zola, anti-malthusien convaincu dans son roman Fécondité (1899) où il montre les malheurs qui s’abattent sur les nations sans nouveau-nés en décrivant ainsi son projet : « Rendre esthétique la femme féconde, la femme qui nourrit, la femme qui a beaucoup d’enfants. Contre la virginité, la religion de la mort, et pour l’expansion de tous les germes. »

Mais, depuis l’épidémie, l’effondrement est irréfutable, comme s’en inquiète La Croix : « Le mois dernier, 1 860 bébés sont nés chaque jour, soit 5% de moins qu’en février 2020. S’agit-il d’un simple report des naissances, les couples remettant leur projet de bébé à l’après-crise, ou le début d’une tendance plus durable de réduction du nombre d’enfants souhaités ? »

La pandémie a bon dos. S’interroge-t-on suffisamment, par exemple, sur les lectures des jeunes couples ? N’aurait-on pas constaté, du côté des services d’Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de l’Enfance et des Familles, une hausse des achats de livres de Cioran, philosophe du désespoir et du nihilisme élégant, auteur d’un De l’inconvénient d’être né, livre qui devrait être interdit, ou « cancellé » comme on dit de nos jours, si l’on veut assurer la réussite du plan de relance ?

Cioran n’hésite pas en effet, tout au long de son œuvre à décourager les étreintes dont le but criminel est la procréation. Il constate ainsi, dans Le Mauvais Démiurge qui date de 1969 : « Ce n’est pas tant l’appétit de vivre qu’il s’agit de combattre que le goût de la “descendance”. Les parents, les géniteurs, sont des provocateurs ou des fous. » Avant d’ajouter plus loin, pour que les choses soient bien claires : « Les femmes enceintes seront un jour lapidées, l’instinct maternel proscrit, la stérilité acclamée. » En sommes-nous arrivés là, un demi-siècle et un virus plus tard ? Adrien Taquet tente de (se) rassurer dans La Vie : « La baisse sera peut-être moins importante en France qu’ailleurs. Il faut voir si les politiques sociales et familiales vont à nouveau jouer. »

On peut rester dubitatif tant le philosophe roumain qui écrit le français comme les moralistes du xviie siècle enfonce le clou avec cruauté : « Procréer, c’est aimer le fléau, c’est vouloir l’entretenir et l’augmenter. »

Bref, si on n’a plus d’enfants, c’est la faute à Cioran et si on n’est pas né, c’est la faute à Taquet.

Quand mon âme s’envole

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Les aphorismes du vaurien


Oui, la vieillesse est bel et bien un voyageur de nuit : la terre lui est cachée; elle ne découvre plus que le ciel. Et c’est souvent alors, écrivait Chateaubriand, que l’âme des hommes de génie s’envole avec un dernier chef-d’œuvre. Ont-ils conscience que leur flux vital a été tout entier absorbé par leur œuvre et que, pressés comme des citrons, l’idée d’un texte définitif ne relève plus que de la religion ou de la fatigue ? Et pourtant renoncer leur semblerait indigne. Ils se demandent parfois où va le vide qui les entraîne. Lao-Tseu répondrait : le vide va et et vient comme le vent. Parfois, nous disons au revoir à quelque chose ou à quelqu’un, mais nous ne savons plus à qui. Ces adieux sont notre chef-d’œuvre à nous qui ne sommes pas des génies, juste des silhouettes titubant dans le vent, pauvres débris d’humanité mûrs pour l’éternité.

Kenneth White me rappelait que Nietzsche ne disait jamais Nice, mais toujours Nizza, la forme italienne qu’il entendait autour de lui. « Nietzsche à Nizza » : la sonorité même de la chose suffisait à lui donner la sensation d’avoir enfin trouvé son lieu, le lieu parfait pour le thème principal de tous ces kilos de manuscrits qu’il coltinait toujours avec lui. 

Quand quelqu’un me demande où il conviendrait de voyager, je lui réponds toujours : en direction de votre peur. Rares sont ceux qui me prennent au sérieux. Plus rares encore ceux qui sont prêts à me suivre. Pourtant, je ne connais pas d’autre destination. Pour les rassurer sur mon état de santé mentale, je leur parle de Lao-Tseu qui partit un jour pour l’Ouest sur le dos d’un buffle aux yeux bleus. On ne l’a jamais revu. Ce fut son ultime chef-d’œuvre. 

Je ne suis qu’une vieille bête maladroite, disait ce poète zen dont le nom m’échappe. Il ajoutait qu’il ne comprenait pas comment pendant des décennies il s’était tiré d’affaire. « Et maintenant, pieds nus, je parcours le vide. Quel non-sens ! »

Que faire quand on a perdu son punch, temporairement ou définitivement ? Je suis d’accord avec Raymond Chandler : quand on ne peut plus lancer de bonnes balles, c’est son cœur qu’il faut lancer. Le champion lance toujours quelque chose. Il ne va quand même pas s’asseoir au vestiaire pour pleurer. 

La vie est comme nous l’avons trouvée, la mort aussi dit Lao-Tseu. Un poème d’adieu ? Pourquoi insister ? Il s’éloigna sur son buffle aux yeux bleus. Comme j’aurais aimé le suivre !

Chasseur de souvenirs

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Patrick Cloux célèbre la mémoire d’André Hardellet dans un Vieux Paris ressuscité


Il y a un mystère André Hardellet (1911-1974). Il suffit de rencontrer sa prose, peu importe la forme ; fiction, nouvelles, textes épars et volatiles, réflexions au bord d’une rivière ou dans le corsage d’une servante accorte ; peu importe aussi à quel âge on le rencontre, celui des bandaisons infernales ou d’une fin de vie alitée, pour être touché par son onde nostalgique. Hardellet, alchimiste du souvenir, polisseur du temps jadis, gardien des stations de métro fantômes, est l’écrivain des mondes enfouis et parallèles. 

André Hardellet, la mémoire des terrains vagues

Il vous guide dans un voyage où les lieux et l’horloge sont des notions abstraites, la réalité n’est plus qu’un masque interchangeable, vous vous dirigez alors, sous sa dictée détraquée, vers une société secrète qui s’émeut du fuselage d’une truite arc-en-ciel et d’un sein lourd au voile de satin. On est happé par ses échappées nocturnes, la banlieue se transforme sous sa baguette en royaume de l’imaginaire, un jardin d’apparence quelconque prend des allures de palais, les herbes folles fouettent toutes vos certitudes. 

Le terrain vague est la nouvelle page blanche sur laquelle élans du cœur et du corps viennent redresser les existences molles. Hardellet joue avec sa mémoire, il entrouvre les portes d’un ailleurs fantasmé et cependant jamais coupé de ses racines populaires. Voilà pourquoi on tombe en admiration devant cet écrivain trop discret pour susciter l’intérêt calculé des élites universitaires. Contrairement aux imposteurs qui encombrent les manuels, Hardellet, regard bienveillant et moustache tombante, ne s’est jamais agité dans les cénacles. 

Hardellet, notre Nerval

Il a traversé les lettres en petit père peinard, avec le zinc comme horizon, la chanson et l’accordéon en fond sonore et puis aussi les copains, Fallet, Simonin, Boudard, Nucéra, André Vers ou Robert Giraud, toute la clique des arpenteurs du pavé, les argotiers du Paris oublié. La physionomie d’Hardellet l’a assurément desservi dans le concert des égos. Il est passé inaperçu chez les beaux parleurs de la littérature. Il n’avait pas la gueule à colloquer sur les misères du monde et échafauder des concepts savants qui ébranlent seulement les gogos. Laissons ces malfaisants des lettres à leur ignorance crasse, ces arpettes ne savent ni lire, ni écrire, leurs leçons ne sont que des insultes au style et à l’émotion parlée. 

A lire aussi: Les Halles, souvenir d’un Paris non-bourgeois

Car nous sommes un certain nombre à considérer Hardellet comme l’un des écrivains majeurs du XXème siècle, certains d’entre nous n’hésitent pas à le rattacher à l’arbre généalogique des monstres sacrés qui relie Villon à Proust, Nerval à Morand. Il y a chez lui, tous les ferments d’une littérature décorsetée, ondoyante, aux reflets tantôt irisés, tantôt sombres, parfois au goût amer, vénérant les épidermes et toujours ensorcelante dans son mouvement claudicant et ses sonorités diffuses. Faire passer Hardellet pour un petit maître, c’est manquer cruellement de discernement et d’oreille musicale. 

Patrick Cloux perce le mystère Hardellet

Guy Darol fut l’un des premiers à défricher une œuvre pleine de malice et d’entrelacs, il est désormais suivi par Patrick Cloux, l’orpailleur des Halles dans un livre joliment titré « Chez Temporel » qui paraît aux éditions Le temps qu’il fait. Cloux, auteur entre autres d’Un vin de paille (2004) et Au grand comptoir des Halles (2018) chausse des bottes de sept lieues pour mieux suivre cet écrivain dans ses virées urbaines. Cette balade n’a rien de scolaire, elle est portée par une écriture à fleur de peau, à fleur de mots où l’érudition ne se hausse pas du col. Délicat entremetteur et fin connaisseur du Paris disparu, Cloux a le désir ardent de faire partager sa passion pour Hardellet, de célébrer le romancier et le poète, le surréaliste et le populiste, à sa juste valeur, de lui redonner son éclat d’antan. Approcher cette bête curieuse qui a cheminé en marge des radars médiatiques, sans la brusquer et sans la trahir est une gageure. Cloux réussit brillamment cet exercice dans une langue précise et énamourée. Mais d’abord, pourquoi l’aime-t-il tant l’architecte de La Cité Montgol (1952) et le parolier de Patachou ? « Il a rendu possibles et probantes des percées ordinaires. Il habita longtemps un Paris désormais défait, autrefois féérique, éclectique, surréaliste avant qu’on ne le sache, qu’on ne s’en gausse » écrit-il. 

Cloux perce le mystère Hardellet, par touches sensibles, il s’aventure sur le terrain des surréalistes, lance des passerelles du côté de chez Gracq, Proust ou Pirotte, se fait le chantre de la mélancolie banlieusarde ou de l’eau vive des campagnes. Il cerne l’art d’écriture, presque divinatoire, d’Hardellet par cette formule qui restera : « La moindre image, comme une allumette soufrée, prenait subitement feu, dès que frottée à des souvenirs ». Hardellet nous est désormais moins inconnu grâce au travail éclairant de Patrick Cloux. Dès les premières pages de « Lourdes, lentes… », Hardellet s’amusait de la rapidité de son esprit à divaguer : « Nous avons tous du génie dans la position horizontale et les yeux clos ». Mais lui seul transformait ses fulgurances, ses rêves, ses escapades en merveilles imprimées.

Chez Temporel – Célébration d’André Hardellet de Patrick Cloux – Le temps qu’il fait

Vert dur

Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne !


Le 28 juin 2020, nos élus Verts pas encore descendus de leur nuage ont dû faire un grand zoom écocitoyen pour fêter la victoire. Y’en a un à Lyon, à Bordeaux, à Strasbourg, à Poitiers, à Besançon ou à Annecy qui a demandé : qu’est-ce qu’on pourrait inventer ? Et l’autre a répondu : une par jour. Une quoi ? Une perle. C’est sain. C’est nature. Écosœur, écofrère, soyons ambitieux. Sauvons la planète. Enfilons les perles.

On a eu comme ça le tour de France ennemi du peuple, l’avion de plaisance ennemi du pôle, le bifteck ennemi de la cantine, la 5G amie du porno, le bateau à voile ennemi des étangs, et cetera, et cetera. Un jour une perle. Pari tenu.

À lire aussi: Léonore Moncond’huy, la maire EELV de Poitiers, trie les déchets et les rêves des enfants

Bourgeoise catho comme chacun sait, Bordeaux enfile ponctuellement selon le calendrier. À Noël, croisade sapinophobe contre les arbres morts. À Pâques, le mois dernier, trois affiches placardées dans toute la ville (sans couper d’arbre ?). Affiche orange : « La cuisine, c’est de la culture ? » Affiche pourpre : « Artiste, c’est un métier ? » Affiche rouge : « La culture, ça coûte trop cher ? » Communication participative qui « s’appuie sur une méthodologie rigoureuse construite sur un principe itératif tout au long du mandat ». « Habitant.e.s appelé.e.s à participer » au questionnaire en ligne, il vous reste jusqu’au 31 mai. Ah non, tiens. Ni coût ni cuisine. Le site debats.bordeaux.fr a changé de questions.

Un peu tard. Vous avez eu le temps de sentir l’effet sur la Toile comme sur les ondes. L’art et la cuisine, au cachot depuis plus d’un an, ont rugi assez fort. Aucun sens de l’humour, ces artistes qu’on sait pas si c’en sont.

Trop chère, la culture ? Et comment, Mam’ Végane ! Avec vos impôts en plus. (Note à l’adjoint municipal : en France, ce qu’on nomme culture emploie 670 000 personnes, pas toutes artistes, c’est peu de le dire. Donc coûte de l’argent [ton salaire compris, cher adjoint]. Mais rapporte 104,5 milliards d’euros directs ou induits, soit 3,2 % de la richesse nationale). Artiste, un métier ? Michel-Ange, Molière, Manet, Mnouchkine, Madonna, Mréjen professionnels ? Pourquoi pas Mozart tant que vous y êtes !

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Oh, j’allais oublier. Deux trucs avant de finir. 

1) En 2017, Jupiter a partagé la Terre : en haut les progressistes, en bas les populistes, admettant bien entendu nos doux Verts dans le progrès, et appelant un ex-candidat à la candidature, Nicolas H., dans son gouvernement. Or voilà que les plus progressistes parmi les progressistes, nos grands maires de la révolution écologique, copient leurs affiches sur les plus populistes parmi les populistes, grosso modo la culture « qui tape le portefeuille » vue par le FN époque Jean-Marie. Même langue, même vindicte. « Libérale et populiste » : voilà la culture verte au xxie siècle selon le maître du théâtre progressiste Joël Pommerat. Pro ou pop, le Vert ? On s’y perd.

2) Mi-mars, tandis que nos maires aujourd’huistes cancellent le bifteck et les arts, Prince Michael Jackson, fils aîné de feu Michael Jackson, est l’invité de Fox Soul, chaîne « live and interactive » destinée aux internautes « African American ». Question : « Qu’est-ce que vous écoutiez comme musique à la maison » ? Réponse : « On écoutait le top 10 à la radio, mais aussi beaucoup de musique classique, Mozart, Beethoven. » Beethoven ? Moue des cinq cancellistes médusés. « Et le morceau préféré de Michael Jackson ? » Le fils, joyeux, sans hésiter : « L’Adagio pour cordes de Samuel Barber. » Michael était décancelliste. À qui se fier ? Je vous le demande, Mam’ Végane.

Pour un débat dépassionné sur l’immigration

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Francois Bayrou, Haut-Commissaire au plan, presente son premier programme de travail, au Conseil economique, social et environnemental, septembre 2020 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 00982472_000046

La France a longtemps été connue pour sa démographie dynamique. Mais des signes très préoccupants d’un dérèglement apparaissent ces dernières années, alerte le haut-commissaire au Plan François Bayrou. Les critiques lui ont reproché de vouloir ouvrir grand les vannes de l’immigration. Or le rapport ne dit pas vraiment cela.


En 1982, le président de la Chambre des représentants des Etats-Unis avait décrit la réforme des retraites comme l’équivalent politique du « troisième rail » des voies ferrées : celui auquel il ne faut surtout pas toucher du fait du risque d’électrocution. L’expression a depuis fait florès outre-Atlantique. La démographie a toujours été un sport de combat politique, mais l’immigration est trop longtemps restée le troisième rail du débat français. Il est cependant souhaitable que toute la classe politique s’en saisisse, car c’est une préoccupation importante des Français. La laisser de côté, c’est garantir qu’elle ne sera traitée que par les démagogues ou les incompétents à grands coups de « il n’y a qu’à » et autres « il faut qu’on ».

Notre natalité en berne

Le Haut-commissariat au Plan (HCP) a récemment produit un rapport (auquel l’auteur de ces lignes a contribué) sur l’avenir de la population française. Il part d’un constat simple : cet avenir n’est plus assuré. La population croît de moins en moins vite et l’indicateur conjoncturel de fécondité est tombé à 1,8. Dans l’un des scénarios construits par l’INSEE (basse fécondité, faible solde migratoire, baisse de l’espérance de vie), elle connaîtrait son maximum en 2040 avant de décroître. Et quand bien même on ne mesurerait plus, au 21ème siècle, « la grandeur des Rois au nombre de leurs sujets » (Vauban), un déclin démographique aurait nombre de conséquences politiques, économiques et culturelles négatives.

A lire aussi, Gabriel Robin: François Bayrou: haut-commissaire aux réfugiés

Seulement voilà : il n’existe pas de remède miracle. Outre qu’elle n’a de vrais effets qu’à long terme, la politique familiale ne peut totalement compenser la tendance historique lourde de la réduction de la fécondité dans les pays modernes. Et si l’impact des mesures financières relatives à cette politique sur le taux de natalité est peu discutable, son ampleur exacte reste un sujet de débat. Quant à la politique migratoire, elle ne peut régler à elle seule – à supposer que ce fût souhaitable – le problème du renouvellement des générations. Comme l’avait démontré en 2000 (par l’absurde) le célèbre rapport de l’ONU Migrations de remplacement: s’agit-il d’une solution au déclin et au vieillissement des populations?, la France aurait eu « besoin » de 900 000 immigrants de plus chaque année pour conserver le même ratio actifs/inactifs en 2050 ! Lorsque le rapport du HCP dit « l’apport des migrations peut aider à améliorer le rapport actifs-retraités », les trois qualificatifs sont importants (« peut aider à améliorer »). Du point de vue strictement économique – salaires, emploi, comptes sociaux –, au niveau national, l’immigration n’est, sur le long terme, pas plus une solution miraculeuse qu’elle n’est d’ailleurs un vrai problème.

Un rapport beaucoup plus nuancé que les critiques qu’il reçoit

Ce que le Haut-commissariat propose, c’est d’adopter une démarche dépassionnée et holistique du sujet : il faut traiter simultanément de la politique familiale et de la politique

d’immigration pour définir l’avenir de la population française que nous voulons. Car les lois de la démographie sont incontournables : une nation croît ou décroît chaque année du fait de la combinaison de deux soldes, le solde naturel (naissances et décès) et le solde migratoire (entrées et sorties). D’où l’idée d’une « politique démographique » qui tienne compte de ces deux volets qui sont autant de leviers possibles, alors qu’ils sont généralement traités de manière séparée. L’histoire enseigne d’ailleurs que l’immigration n’est bien acceptée que lorsqu’un pays dispose d’une certaine vitalité démographique.

Loin de prôner une approche strictement comptable et encore plus loin de vouloir naïvement ouvrir les vannes de l’immigration, le rapport affirme noir sur blanc que : « la question migratoire est moins démographique ou économique que politique au sens large du terme », c’est-à-dire avec une dimension culturelle, voire identitaire, majeure. Suggérer comme il le fait que « la France devra jouer des deux leviers dans des proportions raisonnables qui garantissent le maintien de la cohésion nationale » devrait dès lors être assez consensuel, sauf pour ceux qui prétendent que la fin de toute immigration serait LA solution. Au-delà des obstacles juridiques d’ordre interne et international qu’il faudrait abattre à cet effet – et ils seraient lourds – cela voudrait dire ne pas pouvoir satisfaire rapidement aux besoins des métiers en tension ; interdire aux conjoints de Français de mener une vie normale ; refuser d’accueillir des individus persécutés ; et renoncer à la contribution au rayonnement de la France que constitue l’accueil d’étudiants étrangers.

Les vraies questions restent : quelle immigration, d’où, comment et à quelle hauteur? Elles soulèvent des choix politiques aux conséquences lourdes, et qui ne pourront être évacués des prochaines échéances électorales.

Le choc démographique

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En complément à la première lettre ouverte des militaires…

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François Gaubert. Image: Capture d'écran YouTube

Une tribune du général François Gaubert


En tant que général signataire de la lettre ouverte dite des généraux – laquelle en fait est celle de plusieurs milliers d’anciens militaires de tous grades, ce qui en fait la valeur – je souhaiterais apporter un éclairage complémentaire mais essentiel au paragraphe évoquant « l’intervention de nos camarades d’active ».

Comme le procureur de la République de Paris vient de le souligner dans son avis de classement sans suite du signalement effectué par les députés du groupe La France Insoumise, il ne saurait être question d’une provocation à l’insurrection, comme l’a fantasmé M. Mélenchon et ont feint de le comprendre des responsables de la majorité, dans un contresens délibéré et insultant.

Ayant été confronté, comme nombre de signataires, à des situations de chaos exigeant l’emploi de la force, j’avais à cœur, après un constat partagé par une large majorité de Français, d’alerter solennellement le président de la République et les responsables politiques sur l’urgente nécessité d’anticiper sur la suite funeste des événements récents, aux fins expresses de leur éviter d’être un jour contraints à mettre en œuvre l’article 36 de notre Constitution.

Je constate, avec effarement, que l’argumentation qui va suivre n’est pas reprise dans les médias. Serait-elle contraire à la doxa ou serait-elle à ce point inepte que même nos contempteurs n’en profiteraient pas pour souligner le peu d’intelligence de généraux « en charentaises » ?

Cet article 36 qui traite de l’état de siège n’est pas caduc. Mis en œuvre sur décision du président de la République, par décret en Conseil des ministres contresigné par le Premier ministre, et prorogé si nécessaire au-delà de 12 jours par un vote du Parlement selon les modalités de l’article 131 du règlement de l’Assemblée nationale, il confère aux armées, transitoirement et sur des territoires délimités, les pouvoirs de police générale si des désordres civils, prenant la forme d’une insurrection armée, venaient à échapper au contrôle des forces de police et de gendarmerie, conduisant à un péril imminent.

Il faut noter que certaines des modalités pratiques de l’application de l’état de siège nous sont familières depuis 18 mois : couvre-feu, restriction des déplacements, limitation des rassemblements, laissez-passer… Il est vrai que nous sommes en guerre !

Par ailleurs, on doit garder en mémoire qu’en mai 1968, face aux désordres et à l’insurrection anarchiste, le général de Gaulle s’est rendu secrètement à Baden-Baden pour s’assurer de la fidélité de l’armée pour le cas où…

Ni obsolète, ni irréaliste, cette disposition constitutionnelle n’en est pas moins source d’inquiétude pour tout militaire d’active… et tout citoyen. En effet, comment les armées pourraient-elles faire mieux que les forces de police et de gendarmerie qui, elles, sont formées, entraînées et équipées pour les missions de maintien et de rétablissement de l’ordre ? Passé le moment de surprise, les émeutiers en tout genre testeraient le dispositif, les méthodes et la pugnacité des unités déployées. Sauf à sombrer à leur tour, les militaires, dans le cadre de la mission à eux confiée par le président de la République et le gouvernement, seraient contraints d’utiliser les modes d’action qu’ils ont mis en œuvre sur les théâtres d’opérations qu’ont connus de très nombreux signataires de tout grade de la lettre ouverte. La violence des armes, même légitime et maîtrisée, se traduirait par « des morts par centaines, voire par milliers ». Tel est le fond de notre pensée… et qui auraient à se salir les mains ? Une fois encore les militaires.

Le spectre de la guerre civile devrait hanter tous les responsables politiques comme il hante tous ceux qui ont vécu des situations où rôdait la mort.

J’ai signé, je persiste et resignerai, si besoin est, cet appel au sursaut patriote et au devoir stratégique de l’État.

Quand on n’a que l’humour

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Conférence de presse d'Emmanuel Macron, lors de la 74ème session de l'Assemblée générale des Nations unies, New York, 24 septembre 2019 © LUDOVIC MARIN/AFP

Non, la France ne veut pas « déconstruire son histoire ». Le pays de France Inter est aussi celui d’Astérix et de Joséphine Baker. Comment se résignerait-il à ce que la guerre des races et des sexes soit la forme ultime du vivre-ensemble ? Quelques raisons d’espérer que le nouveau totalitarisme se cassera les dents sur l’esprit français.


La France résiste : il est possible que notre titre traduise un brin d’autosuggestion, un vague espoir que cette prophétie sera autoréalisatrice. Après tout, il n’est pas interdit de voir le verre au quart plein. Certes, l’actualité oppose de nombreux démentis à cet optimisme. À tous les étages de la société, des publicistes, journalistes, élus et people en tout genre, en bref des « manipulateurs de symboles » dont parlait le sociologue et ancien ministre américain Robert Reich, se battent la coulpe, surveillent leur langage et s’agenouillent au propre et au figuré devant les nouvelles vaches sacrées que sont les minorités sanctifiées par la victimisation réelle et/ou fantasmée.

La France n’échappe pas à la pression woke

Des lubies de militants groupusculaires s’invitent à l’université où des opinions délirantes sont doctement étudiées, comme le relate Erwan Seznec. On apprend de Philippe Pichot que la « Fondation Ayrault[1] », sacrée gardienne de la mémoire de l’Esclavage, se comporte en procureur zélé de la France, érigée à mots à peine couverts en bastion d’une oppression inscrite dans les gènes des Blancs –également désignés comme « non-racisés ». Aux frais du contribuable. Ainsi a-t-on vu ressurgir la « race blanche », non chez les ploucs du sud des États-Unis, mais chez les antiracistes de nouvelle génération.

Mathieu Bock-Côté a raison, c’est bien à une entreprise révolutionnaire que nous avons affaire. Si aux États-Unis, elle a déjà basculé dans la Terreur, en France, l’issue du combat est hésitante. Or, son enjeu n’est rien de moins que la survie de nos vieilles cultures et au-delà, de la Raison comme cadre anthropologique de la Cité. Fondé sur l’exaltation des souffrances « ressenties » (ou de certaines d’entre elles), le catéchisme woke érige en lois morales les caprices minoritaires tout en déniant aux individus le droit de vivre et de penser librement.

À lire aussi : Tête de Pierre et tête d’Arabe

Dans l’empire totalitaire de ce nouveau progressisme, l’être humain, découpé en rondelles identitaires, assigné à vie au camp des victimes ou à celui des bourreaux, est voué à triompher ou à expier. Faut-il le préciser, les héritiers du monde ancien, avec son cadre anthropologique fondé sur la différence des sexes et ses imaginaires nationaux, seront traités en résidus de l’histoire, c’est-à-dire qu’ils seront rééduqués ou muselés. L’avenir radieux et inclusif exige exclusions et contritions, bannissements et censures.

Déconstuire l’histoire sans déboulonner de statues ?

On a cessé d’attendre le salut du président de la République, dont la volonté de tenir les deux bouts de la chaîne confine à la duplicité. Un jour, il proclame que la République ne déboulonnera aucune statue, le lendemain il déclare à CBS que la France doit « déconstruire son histoire ». Bref, entre le monarque gaullien et le Justin Trudeau français, on ne sait à quel Macron se vouer. Et on finit par ne croire aucun des deux.

Dans la vie, il n’y a pas que France Inter, France 2, Le Monde, L’Obs, Mediapart et Le Parisien, dernier arrivé dans la bande des coupeurs de têtes et traqueurs de déviants.

Il y a pourtant des raisons de penser que la vague woke refluera devant le village gaulois et sa détermination à persister dans son être. Au demeurant, même en Amérique du Nord, des intellectuels et des journalistes refusent de courber l’échine. Des écrivains noirs s’insurgent contre les procès intentés en leur nom. Cependant, on ne sait pas de quels ennuis et de quels torrents d’invectives ils paient leur audace. Jeremy Stubbs relate le cas d’Andy Ngo, contraint à l’exil par la violence antifa.

Les Français, irréductibles gaulois

Alors on se dit qu’il y a quelque chose d’irréductible au royaume de France. Tous les dissidents n’y ont pas été réduits au silence – et au chômage. L’une des explications est que, sur le front médiatique, le rapport de forces est moins désespéré que ne le laissent penser nos râleries répétées (et justifiées) contre les journalistes-prêcheurs. Dans la vie, il n’y a pas que France Inter, France 2, Le Monde, L’Obs, Mediapart et Le Parisien, dernier arrivé dans la bande des coupeurs de têtes et traqueurs de déviants. Face à cette indéniable force de frappe, largement financée par ma pomme (et la vôtre), ce qui est particulièrement irritant, ne se dressent pas seulement les méchants estampillés de Valeurs actuelles, L’Incorrect, Éléments, Boulevard Voltaire, sans oublier Causeur, et même Marianne, mais aussi des journaux dont la respectabilité n’est pas contestée. L’Express, Le Point, Le Figaro et beaucoup d’autres (sans parler de CNews) dénoncent régulièrement l’emprise islamo-gauchiste et la folie racialiste, féministe ou écologiste. La France n’est pas, loin s’en faut, épargnée par la pulsion de censure et d’effacement, mais on peut y survivre à une accusation de racisme ou de baisers volés, se remettre d’un lynchage numérique et même de plusieurs, la preuve par Zemmour et Finkielkraut. Bien sûr, il ne faut pas dépendre d’un employeur trop lâche, car certains se couchent au premier coup de vent numérique. Reste que, même sur les réseaux sociaux, les épurateurs trouvent à qui parler. De la scandaleuse éviction d’Alain Finkielkraut de LCI, on doit aussi retenir les protestations qu’elle a suscitées.

L’humour comme résistance au wokisme

Cette résistance s’enracine évidemment dans les tréfonds de la société. Cela tient peut-être, suggère Cyril Bennasar à la persistance de l’humour et du second degré, malgré la baisse du niveau et les progrès concomitants de l’esprit de sérieux. Comme l’observe encore Mathieu Bock-Côté, quelque chose dans l’esprit français se refuse à faire de la guerre des races et des sexes la forme ultime du vivre-ensemble. Notre tradition de nation politique, antérieure à « l’universalisme républicain », nous protège sans doute contre l’obsession raciale – s’il existe des Français de souche, il serait abusif de parler de « Français ethniques », comme on le ferait en anglais. D’autre part, la longue histoire du commerce entre les sexes nous immunise mieux que d’autres contre la chasse à l’homme lancée par les néo-féministes qui voient dans une amabilité galante la trace de la « culture du viol ».

À lire aussi : Former nos enfants à la résistance

Dans son écrasante majorité, le peuple français n’est pas tombé dans le piège mortel tendu par une idéologie qui divise l’humanité en racistes et racisés. C’est que ce peuple n’est pas seulement constitué de « Français historiques », formulation que j’emprunte à Bock-Côté, mais aussi de tous ceux qui, à l’image de Sonia Mabrouk et de Gil Mihaely (voir leur dialogue), ont choisi de le devenir et de chérir les ancêtres qu’on leur offrait généreusement. Quand les indigénistes postulent l’existence d’une « culture blanche », établissant ainsi une frontière ethnique entre citoyens, des Français de toutes origines refusent avec constance de se définir par une couleur de peau tout en réclamant avec la même constance le droit de conserver leurs mœurs et leurs lois. D’après Sartre, l’antisémite crée le Juif. Le nouvel antiracisme a échoué à transformer les Français en « Blancs imaginaires ». Nous pouvons en être fiers.


[1]. La Fondation pour la mémoire de l’esclavage, dirigée par l’ancien Premier ministre de Hollande, porte-flingue en chef de Christiane Taubira. Erwan Seznec a déjà évoqué les manigances de cet organisme dans Causeur n° 87, février 2021.

Oui il faudrait (quoi qu’il en coûte à Israël) que naisse un Etat palestinien…

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Le 11 mai 2021, un habitant de Lod devant sa voiture vandalisée, Israël © Heidi levine/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22566502_000001

Le nouveau président américain Joe Biden l’affirme: la solution à deux Etats est « la seule réponse » possible au conflit israélo-palestinien


Il faudrait ? Le conditionnel s’impose évidemment !

Israël est toujours sorti victorieux de toutes les guerres que lui ont imposées les Arabes.. Une vérité que ne démentent pas les récents événements de Gaza. Il faudra en effet des années au Hamas pour reconstituer son arsenal militaire. S’il y parvient…

Mais il y a une guerre qu’Israël ne peut ni mener, ni gagner. 20% de la population de l’Etat hébreu est constituée d’Arabes israéliens. Leur natalité est plus forte que celle des Juifs. Et ils seront chaque année de plus en plus nombreux. Bien qu’ils soient plus heureux en Israël que dans certains pays arabes, il y a chez eux un violent sursaut identitaire.

Il s’agit là d’une bombe démographique. Les Arabes israéliens, bien que bénéficiant du bien-être israélien, savent qu’ils vivent dans un État juif. Et ils sont nombreux à penser que cela nie leur identité.

Seul un Etat palestinien pourrait esquisser une solution. Où ? En Cisjordanie et à Gaza. Et aussi avec un drapeau palestinien qui flotterait symboliquement sur l’Esplanade des Mosquées. Pour Gaza, séparée de la Cisjordanie, on prévoirait une route ex-territoriale. Les forces du Fatah pourraient l’emprunter pour ramener à la raison les fanatiques du Hamas.

Pour cela un De Gaulle israélien serait nécessaire. Mais l’époque de Ben Gourion et de Golda Meir est révolue. Il y a juste un Netanyahou prisonnier de sa droite et des partis religieux.

Il n’est pas interdit pour autant de rêver. Car tout cela était déjà inscrit dans les accords d’Oslo signés par Arafat. On connaît les objections – elles sont fortes – à cette solution.

Un Etat palestinien tiendrait sous le feu de ses canons des villes israéliennes distantes de quelques kilomètres seulement. Mais combattre une armée régulière est quand même plus facile que de se protéger des incursions terroristes. Et ça, Israël sait le faire..

Reste l’épineuse et douloureuse question des implantations juives en Cisjordanie. Quelques centaines de milliers de personnes. Il est évidemment très peu probable que les dirigeants palestiniens acceptent leur présence.

De Gaulle – rappelons-le – a fait rapatrier un million de Pieds-noirs en métropole en 1962. Bien sûr la surface et la population de la France ne sont en rien comparables avec celle du petit Israël. Pourtant c’est quand même ce qu’il faudrait faire.

Impossible ? Il est hélas possible que cela le soit. D’où la question : quid des Arabes israéliens ? Dans l’hypothèse d’un Etat palestinien, ils auraient le choix entre la nationalité du nouvel Etat et celle d’Israël. Ceux qui prendraient la nationalité palestinienne pourraient rester en Israël mais comme étrangers. Sans aucun des avantages dont ils jouissaient auparavant. Les autres, sans doute, les plus nombreux resteraient de loyaux citoyens israéliens.

A la longue, aucune autre solution n’est envisageable pour la survie  d’Israël. A la longue ? Quelques dizaines d’années sans doute. Israël aurait intérêt à ne pas trop tarder : la bombe démographique risque d’exploser. 

La traque de la dernière chance

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Friedrich Karl Berger, ancien nazi déporté en Allemagne © D.R.

Plus de 75 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, d’anciens nazis réfugiés sur le continent américain continuent d’être extradés vers l’Allemagne. C’est le cas de Friedrich Karl Berger.


Le 20 février, un vieillard de 95 ans, Friedrich Karl B., qui vivait dans le Tennessee depuis 1959, a été expulsé vers l’Allemagne par un tribunal américain. Le motif ? Sa participation, qu’il avait cachée, à la Shoah. En 1945, le marin de 19 ans est envoyé par les SS pour garder deux des nombreux camps du nord du pays, dont les prisonniers juifs, danois, polonais ou russes, détenus dans des conditions inhumaines et travaillant souvent jusqu’à la mort par épuisement, sont contraints de construire des fortifications.

À la fin de la guerre, ces camps sont évacués par des marches forcées qui ajoutent encore au bilan des morts. Aujourd’hui de retour en Allemagne, Friedrich Karl B. avoue avoir été garde de camp, mais nie avoir assisté à la maltraitance des prisonniers ou participé aux marches forcées. L’accusé refusant le 31 mars de se prêter à d’autres interrogatoires, les procureurs allemands sont obligés d’abandonner les poursuites, faute de preuves matérielles. Selon le média Deutsche Welle, depuis quarante ans, les États-Unis ont expulsé vers l’Allemagne 70 anciens nazis, dont la majorité n’a pu être condamnée.

Ces accusés terminent leur vie dans un Ehpad aux frais du contribuable. Selon une loi américaine de 1978, toute personne ayant participé aux persécutions nazies peut être extradée vers le pays où il a commis ses crimes. En revanche, pour condamner un tel accusé, le droit allemand a besoin de témoins et de preuves qui, après toutes ces années, font trop souvent défaut.

Aucune loi spécifique sur la participation à l’Holocauste n’a jamais été promulguée. Tout n’est pourtant pas perdu. L’année dernière, un ancien garde du camp de Stutthof, âgé de 93 ans, a été déclaré coupable de 5 230 chefs d’accusation de complicité de meurtre. Cette année, une ancienne secrétaire du même camp, 95 ans, a été mise en accusation ainsi qu’un homme de plus de 100 ans, inculpé de 3 518 chefs d’accusation. Pour rappeler au monde qu’il n’y a pas de prescription pour de tels crimes, il n’est jamais trop tard.

Macron, que d’la com’ ?

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Image: capture d'écran YouTube

Un polytechnicien critiquant l’humour potache ? Quiconque connaît la tradition des gags du 14 juillet et la Khômiss vous dira que ce serait aussi incongru que McFly et Carlito à l’Elysée…. ça tombe bien !


Rendons d’abord à Nicolas ce qui est à Nicolas : on peut reprocher à Emmanuel Macron d’achever de désacraliser la fonction présidentielle alors qu’il avait affirmé vouloir lui rendre sa verticalité, mais il faut admettre qu’il ne fait que prolonger le mouvement. Avant lui, le président normal avait convaincu la France entière que si le chef de l’Etat n’est qu’une personne ordinaire, c’est que tout le monde peut être chef d’Etat et faire aussi bien, sinon mieux. Et on se souvient de Sarkozy et de son t-shirt du NYPD.

Au demeurant, on sait que les rois même les plus attachés au protocole ont longtemps eu un bouffon à leurs côtés, et s’il faut se demander si Macron n’en a pas fait trop, force est de reconnaître qu’on a vu pire. Il y a dans cette séquence avec McFly et Carlito un côté bon enfant qui manquait cruellement à la fameuse fête de la musique « brûlez cette maison », ou à cette photo terrible et pathétique d’un président de la République en sueur dans les bras d’un repris de justice faisant un éloquent doigt d’honneur. Et j’avoue trouver la (relative) décontraction d’Emmanuel Macron dans cette vidéo infiniment plus sympathique, et finalement bien plus respectueuse de sa fonction, que la grandiloquence hystérique d’un Mélenchon beuglant « ma personne est sacrée ».

Succession de clips publicitaires

Reste qu’il y a des contrastes signifiants, lorsqu’on compare le copinage souriant de Manu aux crises d’autoritarisme du président Macron. Le général De Villiers en a fait les frais, l’attitude récente du gouvernement face aux tribunes des militaires le confirme, et il ne faut pas oublier le mépris dont ont été abreuvés les Gilets jaunes, notamment ceux de la première heure, ceux qui exprimaient la souffrance et la colère du peuple, avant que le mouvement ne soit détruit de l’intérieur par l’extrême-gauche.

N’oublions pas non plus que chaque déplacement de ministre d’une certaine importance s’accompagne d’une débauche de moyens au service d’une obsession : qu’aucun manifestant ne puisse se retrouver à portée de caméra ou de micro des journalistes. Priorité perpétuellement donnée au récit des faits qui sera diffusé  plutôt qu’aux faits, à l’image des choses plutôt qu’aux choses elles-mêmes. Plaudite, acta est fabula ! mais là où Auguste se fit un devoir d’incarner un rôle surhumain et d’en assumer le poids pour qu’il devienne la réalité, Emmanuel Macron se contente de jouer devant les caméras. Là où le premier Empereur proclama avec fierté que d’une ville de brique il avait fait une capitale de marbre, Manu Ier se contente de carton-pâte pour dissimuler l’état réel du pays.

Le passage régulier de Manu au président Macron, et vice versa, pourrait évidemment correspondre à une logique de bon sens : n’y a-t-il pas, après tout, un temps pour tout ? Mais non, de toute évidence : ce n’est, hélas, qu’une succession de clips publicitaires, chacun visant un public particulier. En parfaite cohérence avec ces conseillers qui consacrent plus de temps et d’énergie à décider de l’emplacement d’une estrade pour un discours qu’à étudier le fond du dossier dont il sera question lors de ce discours – quiconque a vécu un voyage officiel ministériel ces quatre dernières années saura de quoi je parle.

Bien joué, au demeurant : je comprends que le président préfère que le prochain 14 juillet soit accompagné d’un coupage de cheveux en quatre sans importance sur la présence de McFly et Carlito dans un avion de la Patrouille de France, plutôt que de réflexions sur ce que les militaires qui vont défiler peuvent bien penser, au-delà des discours convenus de certains chefs acquis au pouvoir, de tribunes désormais bien connues.

Loin du débat d’idées

Tout le monde a compris que la campagne pour les élections présidentielles a commencé depuis déjà quelques mois. La vidéo de McFly et Carlito est donc un clip de campagne, sans doute pour Emmanuel Macron lui-même, à défaut pour le candidat qu’il choisira d’adouber. Certes, l’utilisation des moyens de l’État au profit d’un candidat est désormais totalement banale, mais doit-elle pour autant être considérée comme normale ? Une chose est sûre : ce mélange des genres ne bénéficie aucunement au débat d’idées. Mais d’ailleurs, est-il encore vraiment question de débat d’idées ?

Car enfin ! Lorsque Marlène Schiappa suggère Cyril Hanouna pour animer le débat de l’entre-deux-tours, on est au stade ultime de la politique-spectacle. Le buzz plutôt que la réflexion, le nombre de likes attendus plutôt que la compétence, la télé-réalité plutôt que la démocratie réelle : si l’objectif était de permettre au citoyen de faire un choix lucide dans les meilleures conditions possibles, la ministre proposerait Christine Kelly ou Sonia Mabrouk.

Que faut-il en comprendre ? Est-ce que LREM cible ainsi son public, ce qui serait révélateur d’une certaine orientation politique ? Même pas. Segmentation en slogans ciblés et contradictions permanentes : le « en même temps » n’est pas la volonté de dépasser les clivages, mais un vulgaire aveu marketing en phase avec la vision de la France comme d’un patchwork de parts de marché, France morcelée, communautarisée, multiculturelle. « Il n’y a pas une culture française, il y a une culture en France et elle est diverse  », on connaît la chanson, c’est celle des Bleus version Youssoupha et elle est nettement moins sympathique que les quelques notes de Marseillaise métal d’Ultra Vomit. À part peut-être le projet d’américanisation à marche forcée de la société française et donc sa fragmentation, LREM n’a pas plus de convictions ni de colonne vertébrale idéologique que la division marketing d’une multinationale.

Tout le pays commence enfin à comprendre l’impérieuse urgence de réaffirmer les principes sur lesquels nous ne transigerons pas, d’exiger l’assimilation, de rétablir l’autorité, d’inspirer à nos enfants le désir non de la seule popularité mais plutôt de l’excellence. Tout le pays constate l’évidence d’un divorce total entre les forces de l’ordre et l’institution judiciaire, et on évoque de plus en plus et de plus en plus sérieusement un risque de guerre civile. Mais le « président probable candidat », lui, n’a qu’une seule priorité et qu’un seul message à faire passer : « McRon, votez comme vous êtes. »

On ne fait plus d’enfant, c’est la faute à Cioran!

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Adrien Taquet, Secrétaire d'État chargé de l'Enfance et des Familles © Christophe Ena/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22539105_000003

Baisse de la natalité: Cioran au Taquet


La France s’est longtemps glorifiée d’avoir un taux de natalité largement supérieur à celui de ses voisins européens. On peut voir sur le site de l’Insee qu’en 2018, encore, on pouvait compter sur 1,88 enfant par femme, ce qui faisait de nous les champions de l’UE. À croire que l’on suivait les conseils de Zola, anti-malthusien convaincu dans son roman Fécondité (1899) où il montre les malheurs qui s’abattent sur les nations sans nouveau-nés en décrivant ainsi son projet : « Rendre esthétique la femme féconde, la femme qui nourrit, la femme qui a beaucoup d’enfants. Contre la virginité, la religion de la mort, et pour l’expansion de tous les germes. »

Mais, depuis l’épidémie, l’effondrement est irréfutable, comme s’en inquiète La Croix : « Le mois dernier, 1 860 bébés sont nés chaque jour, soit 5% de moins qu’en février 2020. S’agit-il d’un simple report des naissances, les couples remettant leur projet de bébé à l’après-crise, ou le début d’une tendance plus durable de réduction du nombre d’enfants souhaités ? »

La pandémie a bon dos. S’interroge-t-on suffisamment, par exemple, sur les lectures des jeunes couples ? N’aurait-on pas constaté, du côté des services d’Adrien Taquet, secrétaire d’État en charge de l’Enfance et des Familles, une hausse des achats de livres de Cioran, philosophe du désespoir et du nihilisme élégant, auteur d’un De l’inconvénient d’être né, livre qui devrait être interdit, ou « cancellé » comme on dit de nos jours, si l’on veut assurer la réussite du plan de relance ?

Cioran n’hésite pas en effet, tout au long de son œuvre à décourager les étreintes dont le but criminel est la procréation. Il constate ainsi, dans Le Mauvais Démiurge qui date de 1969 : « Ce n’est pas tant l’appétit de vivre qu’il s’agit de combattre que le goût de la “descendance”. Les parents, les géniteurs, sont des provocateurs ou des fous. » Avant d’ajouter plus loin, pour que les choses soient bien claires : « Les femmes enceintes seront un jour lapidées, l’instinct maternel proscrit, la stérilité acclamée. » En sommes-nous arrivés là, un demi-siècle et un virus plus tard ? Adrien Taquet tente de (se) rassurer dans La Vie : « La baisse sera peut-être moins importante en France qu’ailleurs. Il faut voir si les politiques sociales et familiales vont à nouveau jouer. »

On peut rester dubitatif tant le philosophe roumain qui écrit le français comme les moralistes du xviie siècle enfonce le clou avec cruauté : « Procréer, c’est aimer le fléau, c’est vouloir l’entretenir et l’augmenter. »

Bref, si on n’a plus d’enfants, c’est la faute à Cioran et si on n’est pas né, c’est la faute à Taquet.

Quand mon âme s’envole

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Unsplash

Les aphorismes du vaurien


Oui, la vieillesse est bel et bien un voyageur de nuit : la terre lui est cachée; elle ne découvre plus que le ciel. Et c’est souvent alors, écrivait Chateaubriand, que l’âme des hommes de génie s’envole avec un dernier chef-d’œuvre. Ont-ils conscience que leur flux vital a été tout entier absorbé par leur œuvre et que, pressés comme des citrons, l’idée d’un texte définitif ne relève plus que de la religion ou de la fatigue ? Et pourtant renoncer leur semblerait indigne. Ils se demandent parfois où va le vide qui les entraîne. Lao-Tseu répondrait : le vide va et et vient comme le vent. Parfois, nous disons au revoir à quelque chose ou à quelqu’un, mais nous ne savons plus à qui. Ces adieux sont notre chef-d’œuvre à nous qui ne sommes pas des génies, juste des silhouettes titubant dans le vent, pauvres débris d’humanité mûrs pour l’éternité.

Kenneth White me rappelait que Nietzsche ne disait jamais Nice, mais toujours Nizza, la forme italienne qu’il entendait autour de lui. « Nietzsche à Nizza » : la sonorité même de la chose suffisait à lui donner la sensation d’avoir enfin trouvé son lieu, le lieu parfait pour le thème principal de tous ces kilos de manuscrits qu’il coltinait toujours avec lui. 

Quand quelqu’un me demande où il conviendrait de voyager, je lui réponds toujours : en direction de votre peur. Rares sont ceux qui me prennent au sérieux. Plus rares encore ceux qui sont prêts à me suivre. Pourtant, je ne connais pas d’autre destination. Pour les rassurer sur mon état de santé mentale, je leur parle de Lao-Tseu qui partit un jour pour l’Ouest sur le dos d’un buffle aux yeux bleus. On ne l’a jamais revu. Ce fut son ultime chef-d’œuvre. 

Je ne suis qu’une vieille bête maladroite, disait ce poète zen dont le nom m’échappe. Il ajoutait qu’il ne comprenait pas comment pendant des décennies il s’était tiré d’affaire. « Et maintenant, pieds nus, je parcours le vide. Quel non-sens ! »

Que faire quand on a perdu son punch, temporairement ou définitivement ? Je suis d’accord avec Raymond Chandler : quand on ne peut plus lancer de bonnes balles, c’est son cœur qu’il faut lancer. Le champion lance toujours quelque chose. Il ne va quand même pas s’asseoir au vestiaire pour pleurer. 

La vie est comme nous l’avons trouvée, la mort aussi dit Lao-Tseu. Un poème d’adieu ? Pourquoi insister ? Il s’éloigna sur son buffle aux yeux bleus. Comme j’aurais aimé le suivre !

Chasseur de souvenirs

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Patrick Cloux célèbre la mémoire d’André Hardellet dans un Vieux Paris ressuscité


Il y a un mystère André Hardellet (1911-1974). Il suffit de rencontrer sa prose, peu importe la forme ; fiction, nouvelles, textes épars et volatiles, réflexions au bord d’une rivière ou dans le corsage d’une servante accorte ; peu importe aussi à quel âge on le rencontre, celui des bandaisons infernales ou d’une fin de vie alitée, pour être touché par son onde nostalgique. Hardellet, alchimiste du souvenir, polisseur du temps jadis, gardien des stations de métro fantômes, est l’écrivain des mondes enfouis et parallèles. 

André Hardellet, la mémoire des terrains vagues

Il vous guide dans un voyage où les lieux et l’horloge sont des notions abstraites, la réalité n’est plus qu’un masque interchangeable, vous vous dirigez alors, sous sa dictée détraquée, vers une société secrète qui s’émeut du fuselage d’une truite arc-en-ciel et d’un sein lourd au voile de satin. On est happé par ses échappées nocturnes, la banlieue se transforme sous sa baguette en royaume de l’imaginaire, un jardin d’apparence quelconque prend des allures de palais, les herbes folles fouettent toutes vos certitudes. 

Le terrain vague est la nouvelle page blanche sur laquelle élans du cœur et du corps viennent redresser les existences molles. Hardellet joue avec sa mémoire, il entrouvre les portes d’un ailleurs fantasmé et cependant jamais coupé de ses racines populaires. Voilà pourquoi on tombe en admiration devant cet écrivain trop discret pour susciter l’intérêt calculé des élites universitaires. Contrairement aux imposteurs qui encombrent les manuels, Hardellet, regard bienveillant et moustache tombante, ne s’est jamais agité dans les cénacles. 

Hardellet, notre Nerval

Il a traversé les lettres en petit père peinard, avec le zinc comme horizon, la chanson et l’accordéon en fond sonore et puis aussi les copains, Fallet, Simonin, Boudard, Nucéra, André Vers ou Robert Giraud, toute la clique des arpenteurs du pavé, les argotiers du Paris oublié. La physionomie d’Hardellet l’a assurément desservi dans le concert des égos. Il est passé inaperçu chez les beaux parleurs de la littérature. Il n’avait pas la gueule à colloquer sur les misères du monde et échafauder des concepts savants qui ébranlent seulement les gogos. Laissons ces malfaisants des lettres à leur ignorance crasse, ces arpettes ne savent ni lire, ni écrire, leurs leçons ne sont que des insultes au style et à l’émotion parlée. 

A lire aussi: Les Halles, souvenir d’un Paris non-bourgeois

Car nous sommes un certain nombre à considérer Hardellet comme l’un des écrivains majeurs du XXème siècle, certains d’entre nous n’hésitent pas à le rattacher à l’arbre généalogique des monstres sacrés qui relie Villon à Proust, Nerval à Morand. Il y a chez lui, tous les ferments d’une littérature décorsetée, ondoyante, aux reflets tantôt irisés, tantôt sombres, parfois au goût amer, vénérant les épidermes et toujours ensorcelante dans son mouvement claudicant et ses sonorités diffuses. Faire passer Hardellet pour un petit maître, c’est manquer cruellement de discernement et d’oreille musicale. 

Patrick Cloux perce le mystère Hardellet

Guy Darol fut l’un des premiers à défricher une œuvre pleine de malice et d’entrelacs, il est désormais suivi par Patrick Cloux, l’orpailleur des Halles dans un livre joliment titré « Chez Temporel » qui paraît aux éditions Le temps qu’il fait. Cloux, auteur entre autres d’Un vin de paille (2004) et Au grand comptoir des Halles (2018) chausse des bottes de sept lieues pour mieux suivre cet écrivain dans ses virées urbaines. Cette balade n’a rien de scolaire, elle est portée par une écriture à fleur de peau, à fleur de mots où l’érudition ne se hausse pas du col. Délicat entremetteur et fin connaisseur du Paris disparu, Cloux a le désir ardent de faire partager sa passion pour Hardellet, de célébrer le romancier et le poète, le surréaliste et le populiste, à sa juste valeur, de lui redonner son éclat d’antan. Approcher cette bête curieuse qui a cheminé en marge des radars médiatiques, sans la brusquer et sans la trahir est une gageure. Cloux réussit brillamment cet exercice dans une langue précise et énamourée. Mais d’abord, pourquoi l’aime-t-il tant l’architecte de La Cité Montgol (1952) et le parolier de Patachou ? « Il a rendu possibles et probantes des percées ordinaires. Il habita longtemps un Paris désormais défait, autrefois féérique, éclectique, surréaliste avant qu’on ne le sache, qu’on ne s’en gausse » écrit-il. 

Cloux perce le mystère Hardellet, par touches sensibles, il s’aventure sur le terrain des surréalistes, lance des passerelles du côté de chez Gracq, Proust ou Pirotte, se fait le chantre de la mélancolie banlieusarde ou de l’eau vive des campagnes. Il cerne l’art d’écriture, presque divinatoire, d’Hardellet par cette formule qui restera : « La moindre image, comme une allumette soufrée, prenait subitement feu, dès que frottée à des souvenirs ». Hardellet nous est désormais moins inconnu grâce au travail éclairant de Patrick Cloux. Dès les premières pages de « Lourdes, lentes… », Hardellet s’amusait de la rapidité de son esprit à divaguer : « Nous avons tous du génie dans la position horizontale et les yeux clos ». Mais lui seul transformait ses fulgurances, ses rêves, ses escapades en merveilles imprimées.

Chez Temporel – Célébration d’André Hardellet de Patrick Cloux – Le temps qu’il fait

Vert dur

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© Soleil

Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne !


Le 28 juin 2020, nos élus Verts pas encore descendus de leur nuage ont dû faire un grand zoom écocitoyen pour fêter la victoire. Y’en a un à Lyon, à Bordeaux, à Strasbourg, à Poitiers, à Besançon ou à Annecy qui a demandé : qu’est-ce qu’on pourrait inventer ? Et l’autre a répondu : une par jour. Une quoi ? Une perle. C’est sain. C’est nature. Écosœur, écofrère, soyons ambitieux. Sauvons la planète. Enfilons les perles.

On a eu comme ça le tour de France ennemi du peuple, l’avion de plaisance ennemi du pôle, le bifteck ennemi de la cantine, la 5G amie du porno, le bateau à voile ennemi des étangs, et cetera, et cetera. Un jour une perle. Pari tenu.

À lire aussi: Léonore Moncond’huy, la maire EELV de Poitiers, trie les déchets et les rêves des enfants

Bourgeoise catho comme chacun sait, Bordeaux enfile ponctuellement selon le calendrier. À Noël, croisade sapinophobe contre les arbres morts. À Pâques, le mois dernier, trois affiches placardées dans toute la ville (sans couper d’arbre ?). Affiche orange : « La cuisine, c’est de la culture ? » Affiche pourpre : « Artiste, c’est un métier ? » Affiche rouge : « La culture, ça coûte trop cher ? » Communication participative qui « s’appuie sur une méthodologie rigoureuse construite sur un principe itératif tout au long du mandat ». « Habitant.e.s appelé.e.s à participer » au questionnaire en ligne, il vous reste jusqu’au 31 mai. Ah non, tiens. Ni coût ni cuisine. Le site debats.bordeaux.fr a changé de questions.

Un peu tard. Vous avez eu le temps de sentir l’effet sur la Toile comme sur les ondes. L’art et la cuisine, au cachot depuis plus d’un an, ont rugi assez fort. Aucun sens de l’humour, ces artistes qu’on sait pas si c’en sont.

Trop chère, la culture ? Et comment, Mam’ Végane ! Avec vos impôts en plus. (Note à l’adjoint municipal : en France, ce qu’on nomme culture emploie 670 000 personnes, pas toutes artistes, c’est peu de le dire. Donc coûte de l’argent [ton salaire compris, cher adjoint]. Mais rapporte 104,5 milliards d’euros directs ou induits, soit 3,2 % de la richesse nationale). Artiste, un métier ? Michel-Ange, Molière, Manet, Mnouchkine, Madonna, Mréjen professionnels ? Pourquoi pas Mozart tant que vous y êtes !

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Oh, j’allais oublier. Deux trucs avant de finir. 

1) En 2017, Jupiter a partagé la Terre : en haut les progressistes, en bas les populistes, admettant bien entendu nos doux Verts dans le progrès, et appelant un ex-candidat à la candidature, Nicolas H., dans son gouvernement. Or voilà que les plus progressistes parmi les progressistes, nos grands maires de la révolution écologique, copient leurs affiches sur les plus populistes parmi les populistes, grosso modo la culture « qui tape le portefeuille » vue par le FN époque Jean-Marie. Même langue, même vindicte. « Libérale et populiste » : voilà la culture verte au xxie siècle selon le maître du théâtre progressiste Joël Pommerat. Pro ou pop, le Vert ? On s’y perd.

2) Mi-mars, tandis que nos maires aujourd’huistes cancellent le bifteck et les arts, Prince Michael Jackson, fils aîné de feu Michael Jackson, est l’invité de Fox Soul, chaîne « live and interactive » destinée aux internautes « African American ». Question : « Qu’est-ce que vous écoutiez comme musique à la maison » ? Réponse : « On écoutait le top 10 à la radio, mais aussi beaucoup de musique classique, Mozart, Beethoven. » Beethoven ? Moue des cinq cancellistes médusés. « Et le morceau préféré de Michael Jackson ? » Le fils, joyeux, sans hésiter : « L’Adagio pour cordes de Samuel Barber. » Michael était décancelliste. À qui se fier ? Je vous le demande, Mam’ Végane.