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Benoît Hamon, invité permanent de la radio publique

Benoît Hamon, invité permanent de la radio publique
Benoît Hamon en 2019 © Mathieu Pattier/SIPA Numéro de reportage : 00909259_000013

Il l’annonce solennellement: il ne débattra jamais avec Éric Zemmour.


Surnommé Requiem dans certains milieux pour avoir jeté la dernière et très légère pelletée de bulletins de vote sur la tombe du PS, le conseiller régional Benoît Hamon se présente sur la liste de Julien Bayou pour les prochaines élections régionales. Il bénéficie d’un traitement de faveur sur la radio publique : quatre invitations sur France Info et France Inter en un peu plus d’un mois, un record. Les deux tiers de ses interventions sont apocalyptiques : « La France s’apprête à revêtir son costume sombre » qu’elle « a déjà revêtu dans le passé. » « Un costume de malheur », ajoutera-t-il en sortant sa patte de lapin et son fer à cheval sur France Info, le 16 avril. Le lendemain, sur France Inter, après avoir ciré les tresses de Greta Thunberg et les pompes des écologistes français qui, « au pire, ont le droit de préférer les vélos aux avions » (sic), Benoît Hamon dira s’être difficilement remis des déclarations du ministre de l’Éducation nationale à propos de l’Unef et lâchera ce qu’il croit être encore une bombe et qui n’est plus qu’un pétard mouillé : « Quand on entre dans ce jeu-là, on entre dans le jeu de… l’extrême-droite. »

Ce lundi 24 mai, il était l’invité du Grand Entretien sur France Inter. L’homme qui n’a pas hésité à déclarer que « Greta Thunberg est le génie européen » a compris qu’il ne servait à rien de “complexifier” les choses et revient avec un programme de plus en plus simple tenant en trois points : 1) instaurer le revenu universel ; 2) empêcher le retour du fascisme ; 3) ne pas débattre sur C News avec Zemmour. 

La société de rêve de Benoît Hamon

La grande idée de Hamon reste celle de l’instauration d’un revenu universel. En plus de ce revenu, reprenant les thèses de Thomas Piketty, il préconise un “capital d’émancipation” consistant en le versement d’une somme de trois cents euros dès la naissance, répartie comme suit : deux cents euros pour les parents, cent euro sur un compte dont l’enfant deviendra le bénéficiaire à sa majorité. Hormis le fait que les entreprises les plus rapaces n’attendent que ça pour augmenter les prix de leurs produits et pour expliquer à leurs salariés pour quelles raisons leurs salaires ne seront pas augmentés pendant un bon bout de temps, on voit par là que Benoît Hamon est synchrone avec la conception des technocrates européens qui se sont faits à l’idée d’une prochaine société divisée inégalement en deux, d’un côté celle qui travaillera pour « l’économie immatérielle » ou « capitalisme cognitif » (20 % de la population environ) et, de l’autre côté, celle des corvéables à merci peu rétribués et des chômeurs qu’il faudra occuper et nourrir, même chichement, pour avoir la paix sociale (le reste). Le peu qui reste des liens traditionnels d’entraide familiale, amicale ou générationnelle sera définitivement détruit par une prise en charge financière exclusivement étatique, froide et comptable. L’État désiré par Benoît Hamon est ce “monstre froid” qui vous prend égalitairement dans ses bras dès le berceau, qui vous nourrit et vous distrait égalitairement tout au long de votre vie, qui vous accompagne égalitairement jusqu’à votre égalitaire euthanasie. La place manque pour développer les autres effets délétères de cette fausse bonne idée : la fin programmée de la liberté individuelle, les surenchères électoralistes et les appels d’air migratoires, entre autres.

La deuxième idée de Hamon n’est pas nouvelle. Elle prend aujourd’hui une ampleur inédite du fait que de plus en plus d’anciens électeurs de gauche, trahis par elle, ne votent plus ou votent RN. Plus soulagesien que jamais, Benoît Hamon noircit le tableau : il ne prendra pas « une seconde le risque que [ses] enfants connaissent le fascisme dans ce pays » car « la tradition du fascisme en France (sic) et en Europe est une tradition qui n’est pas une tradition cool. » (sic) Benoît Hamon est licencié d’histoire. Il doit donc savoir de quoi il parle quand il parle d’une « tradition du fascisme en France. » Il est bien le seul. De plus, il perçoit dans la société française une « diabolisation de la gauche et des écologistes » (sic), et redoute une « hégémonie culturelle des idées conservatrices, de la détestation de la gauche, de la préférence pour les discriminations, de la haine pour l’égalité. » (sic, sic et resic). D’où son troisième point : C News et Zemmour.

Hamon préfère débattre avec Lilian Thuram et Ali Rabeh

Comme tous les hommes de gauche, Benoît Hamon est pour le débat d’idées. Il suffit que les idées développées lors du débat soient les siennes pour que le débat soit dit démocratique et pluraliste. Si les idées déployées lors de ce débat pluraliste ne sont pas celles de la gauche en général et de Hamon en particulier, elles seront alors systématiquement dites « ultra-conservatrices, discriminatoires, islamophobes, parfois racistes. » Une grande partie des radios et télévisions publiques étant acquise à l’idée du débat selon Hamon, ce dernier continuera de débattre avec lui-même sur France Inter. Par contre, il ne débattra pas avec Zemmour sur C News, car Zemmour énonce des « contre-vérités historiques » régulièrement dénoncées. Hamon préfère débattre sur sa chaîne de TV numérique SENSTV avec des invités triés sur le volet, des interlocuteurs un peu plus nuancés et intelligents que Zemmour. Ainsi, il a disserté avec le philosophe à crampons Lilian Thuram sur « la difficulté pour les Blancs de politiser leur couleur » ; débattu avec la géniale Alice Coffin qui a livré « une réflexion passionnante sur le patriarcat et sur les voies et moyens de se libérer de cette emprise » ; échangé avec Ali Rabeh sur la « machine médiatique » qui a amplifié l’affaire Didier Lemaire dans le seul but de disqualifier le gentil maire de Trappes.

Il est quand même regrettable que Benoît Hamon refuse de débattre avec Éric Zemmour sur C News. 

La chaîne, qui approche régulièrement les 800 000 téléspectateurs à l’heure de Face à l’info, aurait sûrement atteint le million. Benoît Hamon rate là l’occasion de faire étalage de ses connaissances historiques, de son intelligence politique et de son art oratoire, et d’écrabouiller Zemmour (intellectuellement, bien entendu) devant un large public. Mais bon, tout est encore possible car, comme dit l’adage, il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis…


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Amateur de livres et de musique. Auteur de Lettre sur les chauves (éditions Ovadia, juin 2021) et de Les Gobeurs (éditions Ovadia, juin 2021).

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