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Les pieds nickelés américains en Ukraine

Aux États-Unis, l’Ukrainegate, fouillis incompréhensible de mensonges, rumeurs et faits décontextualisés repris par des médias déboussolés, devait atteindre Joe Biden à travers son fils Hunter. Lequel n’est peut-être pas très clean, mais Rudolf Giuliani, missionné par le clan Trump et épaulé par une bande de bras cassés, a été incapable de le prouver.


Le 11 janvier 2021, neuf jours avant l’investiture de Joe Biden et cinq jours après l’attaque contre le Capitole, Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor et l’un des rares responsables de l’administration Trump à avoir servi pendant l’intégralité du mandat présidentiel, a annoncé des sanctions contre sept anciens et actuels responsables ukrainiens qui, selon lui, étaient associés à « un réseau d’influence étrangère lié à la Russie ». Selon ce fidèle parmi les fidèles de Donald Trump, « les campagnes de désinformation russes visant les citoyens américains constituent une menace pour notre démocratie. […] Les États-Unis continueront à défendre agressivement l’intégrité de nos systèmes et processus électoraux. » Cette annonce met fin à un chapitre sordide et surréaliste de l’histoire politique américaine, le dernier acte du scandale de l’« Ukrainegate » qui a déclenché le premier procès en destitution de Donald Trump.

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Les propos on ne peut plus clairs de Mnuchin sont également une réprimande à l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, avocat et confident de Donald Trump. Répondant avec un dévouement zélé à l’insistance de l’ancien président, Giuliani s’est lancé dans une quête frénétique de ce que l’on appelle en russe des « kompromat », autrement dit, des renseignements compromettants sur les activités ukrainiennes de Hunter, le fils tourmenté de Joe Biden. Dans son communiqué, le département du Trésor (de l’administration Trump) a en effet souligné que, pour discréditer le candidat démocrate, Giuliani avait « fomenté directement ou indirectement, parrainé, dissimulé ou autrement encouragé une ingérence étrangère cherchant à subvertir l’élection présidentielle américaine de 2020 ». La main gauche a dénoncé la main droite quelques jours à peine avant le départ définitif de Donald Trump vers Mar-a-Lago. Cet imbroglio met en lumière la lutte des autorités ukrainiennes contre la corruption des élites, mais aussi la tendance actuelle des milieux politiques américains à adopter des pratiques dignes d’un régime bananier.

Hunter Biden, boulet politique de Joe ?

Pourtant, en 2019, à plus d’un an des élections présidentielles, les activités ukrainiennes de Hunter Biden semblaient constituer, aux yeux de Trump, l’arme parfaite pour atteindre deux objectifs politiques : impliquer son ennemi, Barack Obama (à travers son vice-président), et les démocrates en général dans une affaire de corruption et liquider la carrière politique de celui qui deviendra son rival, « Sleepy Joe » (Biden ne s’est imposé dans les primaires démocrates qu’à la fin du printemps 2020).

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Résumons l’affaire : en 2014, après la révolution de Maïdan et la destitution du président prorusse, Viktor Ianoukovytch, l’administration Obama fait tout son possible pour appuyer le nouveau gouvernement d’Arseni Iatseniouk dans ses tentatives pour instaurer un véritable régime démocratique et se libérer de l’hégémonie russe. C’est Joe Biden, alors vice-président, qui est chargé de mener à bien ce programme car le secrétaire d’État, John Kerry, qui a remplacé Hillary Clinton début 2013, est alors occupé par la gestion de la crise syrienne, les négociations entre Israéliens et Palestiniens et le dossier nucléaire iranien. Une des conditions imposées par les Américains est que l’Ukraine élimine la corruption endémique qui sape aussi bien son économie que ses efforts pour devenir un État de droit et une démocratie libérale. Depuis 2012, le bureau du procureur général à Kiev enquêtait sur Mykola Zlochevsky, propriétaire d’un important groupe dans le secteur de l’énergie, Burisma Holdings, soupçonné de corruption et de fraude fiscale. Des accusations d’autant plus graves que Zlochevsky était un ex-ministre de l’écologie ! Or, au mois d’avril 2014, à l’époque même où Joe Biden est censé mettre la pression sur le gouvernement ukrainien pour poursuivre sa campagne anticorruption, son fils, Hunter, rejoint le conseil d’administration de… Burisma Holdings. Une bonne planque rémunérée quelque 50 000 dollars par mois.

Rencontre entre le président américain Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky au siège des Nations unies, 24 septembre 2019 © The White House/Wikimedia Commons

Que Joe Biden permette à son fils de bénéficier d’un tel contrat révèle une erreur de jugement monumentale. En effet, il est plus que probable que le jeune Biden, un homme fragile avec une vie personnelle très compliquée, cherchait à tirer profit de son nom de famille. L’intéressé l’a confirmé dans un entretien accordé début avril 2021 à la BBC à l’occasion de la sortie de son autobiographie, Beautiful Things. « Je pense, avouait-il, qu’ils ont vu que pour eux, mon nom valait de l’or. » D’ailleurs, il a le profil typique de cette catégorie aujourd’hui grandissante d’héritiers nantis et décadents appartenant à des familles de politiciens démocrates comme républicains. Avec un instinct aussi sûr que machiavélique, Trump a compris que Hunter représentait une bombe à retardement pour la campagne électorale des démocrates, puis de son père. On comprend que le citoyen états-unien lambda éprouve de la rancœur en voyant son pays transformé en une version moderne de la Rome impériale tardive, avec une classe de bons à rien avides de plaisirs qui exploitent leur nom de famille pour s’enrichir dans des pays lointains comme l’Ukraine. (D’ailleurs et sans lien avec l’affaire ukrainienne, le tabloïd britannique The Daily Mail a publié le 11 avril des photos de Hunter Biden, nu ou en compagnie de prostituées, avec ce qui ressemble à de la drogue dans le plan). Pour autant, Biden père est-il pris en flagrant délit de conflit d’intérêts, comme Trump voulait le faire croire ?

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En 2015, un nouveau procureur, Viktor Chokine, est nommé à Kiev avec la mission de redoubler de zèle dans les enquêtes pour corruption, dont celle sur Zlochevsky. Le mot de « zèle » est le moins apte à décrire cet homme qui a consacré plus de temps à siroter des boissons fraîches dans des banyas qu’à réformer le système judiciaire ukrainien. La seule fois où je l’ai rencontré, fugitivement, dans un hôtel à Kiev, il m’a fait l’impression d’un homme excessivement détendu. Tant qu’il restait procureur, Burisma Holdings ne craignait rien. Hunter Biden non plus. C’est pourtant l’inaction de Chokine sur ce dossier, comme sur bien d’autres, qui pousse Joe Biden, fin 2015, à exiger le limogeage du procureur, conformément à la politique commune de son pays et de l’UE. C’est chose faite par le Parlement ukrainien en mars 2016. Le futur tombeur de Trump n’a donc nullement cherché à protéger Burisma, et par ricochet son fils, des poursuites. Mais Donald Trump va s’employer à faire accroire le contraire.

Les colporteurs de kompromat

C’est ainsi que Giuliani, lancé à la poursuite d’un hypothétique scandale de corruption estampillé Joe Biden, constitue un réseau d’intermédiaires louches et véreux censés lui fournir des renseignements compromettants susceptibles d’être ensuite fourgués aux médias américains. Ce faisant, Giuliani – qui ignorait tout de l’Ukraine et de ses milieux politiques –a créé un véritable marché noir pour les kompromat. Toute une foule d’hommes de main politiques – maîtres-espions liés à la Russie, députés corrompus, anciens procureurs déshonorés… – s’est empressée de répondre à l’appel, chacun cherchant son intérêt particulier. Un ancien diplomate et intermédiaire professionnel, Andrii Telizhenko, a joué le facteur entre eux et Giuliani. Trop heureux d’entrer dans les bonnes grâces de l’ancien maire de New York, de plus en plus obsessionnel et rancunier, ces individus sans scrupules alimentaient son appétit vorace avec un cocktail d’informations véridiques, de faits falsifiés ou spéculatifs et d’allégations invérifiables. J’ai moi-même été appelé à témoigner dans une enquête officielle aux États-Unis après que Telizhenko m’a proposé des pots-de-vin pour que j’entreprenne une opération illégale de lobbying pour les intérêts russes en Ukraine auprès du Sénat américain.

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Dans le dispositif monté par Giuliani, un autre acteur clé est Andrii Derkach, un parlementaire ukrainien connu comme prorusse et un authentique disciple de Machiavel. Fils du chef des services de renseignement ukrainiens dans les années 1990, il a été formé à l’académie du KGB à Moscou. Il est lié aux quatre entreprises médiatiques qui ont transmis à la presse américaine le fouillis inextricable de mensonges, de rumeurs et de faits réels décontextualisés supposé répondre à la commande de Trump. Il fait partie des parlementaires sanctionnés par le Trésor américain le 11 janvier avec Telizhenko, le parlementaire Oleksandr Dubinsky, l’ancien législateur et play-boy international, Oleksandr Onyshchenko, aujourd’hui en cavale ; et l’ancien procureur Konstantin Kulyk. Ils sont loin d’incarner l’avant-garde de la démocratie en Ukraine.

L’ingérence, une nouvelle norme ?

Quoique fondé en partie sur des faits réels, l’Ukrainegate, tout comme son grand frère, le Russiagate, révèle les pratiques scandaleuses, non seulement des politiciens américains, mais aussi des médias traditionnels. Ces derniers ont fait preuve d’un sectarisme et d’un manque de professionnalisme affligeants. Les journalistes ont rivalisé à qui mieux mieux pour déformer les faits de base, méconnaître les véritables motivations des différents acteurs et brouiller l’ordre chronologique des événements. Ils ont exhibé leur ignorance totale face aux réalités politiques en Ukraine, mettant dans le même sac des individus qui appartenaient souvent à des factions concurrentes et hostiles. Certes, les affaires de Hunter Biden représentaient une bonne occasion pour noircir la réputation de Joe. Mais autant en 2016, l’entourage de Trump avait eu la main heureuse avec les e-mails de Hillary, autant en 2020 il a été malhabile. L’ingérence russe dans les élections américaines en 2016 se réduisait à un projet de déstabilisation relativement simple dont le but était de créer un maximum de chaos pour un budget minimal. Mais le programme de 2020 visant à exploiter les affaires ukrainiennes de Hunter Biden pour détruire son père a été, selon l’agent d’un service de renseignements occidental, « une opération de désinformation beaucoup trop compliquée et extrêmement confuse qui ne pouvait qu’échouer ».

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Qu’elles soient l’œuvre de services de renseignement étrangers ou organisées de connivence avec des politiciens locaux, ces opérations d’ingérence dans des élections occidentales sont appelées à se multiplier, grâce notamment aux médias sociaux qui court-circuitent le filtrage exercé par les médias traditionnels. Difficile de résister à la tentation de peser sur le résultat des urnes pour un investissement modique. De plus, la polarisation partisane exacerbée aux États-Unis oblige les gouvernements étrangers à choisir leur camp, mettant en péril les bonnes relations entre États. La présidence Trump n’a fait qu’exacerber des tendances préexistantes et exposer au grand jour une problématique qui couvait depuis longtemps. Il est tragique, et peut-être ironique, qu’au moment où l’Ukraine tente de stabiliser sa démocratie, elle soit instrumentalisée pour miner le système démocratique américain.

Israël-Palestine: cette Shoah qui ne passe toujours pas

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Lors de la Deuxième Intifada, déjà, notre maître à tous en journalisme, Françoise Giroud, écrivait dans Le Monde (1) : « Avec une rapidité remarquable, dès la première pierre de la seconde Intifada, un retournement s’est produit, saisissant (…) Enfin ! On a le droit de dire du mal des Juifs ! À Paris, les personnes de bon goût ne comptent que les morts palestiniens. Quand on arrive aux autres, on ne sait plus compter. D’ailleurs, ce sont des goujats… Les fils d’un peuple supplicié devraient savoir se tenir à table, je veux dire à la guerre, et prendre les coups sans les rendre, c’est à peu près ce qu’ici et là on entend et on lit (…) »

Qu’est-ce qui a changé depuis 20 ans ? Mis à part le soutien et la solidarité de quelques pays européens pour l’État hébreu (dont l’Autriche), ou l’une ou l’autre tribune courageuse, le constat de Françoise Giroud reste totalement d’actualité. 

Accumulant les roquettes ces derniers mois, le Hamas a bombardé sans sommation Israël, sous le prétexte d’échauffourées à Jérusalem, et chacun appelle Israël à la « retenue ». Imaginons que Paris et Lyon soient bombardés depuis la Suisse par une organisation inscrite par l’Union européenne, sur la liste des organisations terroristes… Qu’ordonnerait Emmanuel Macron à l’armée française ? De rester dans les casernes ? Que dirait Jean-Luc Mélenchon ? Appellerait-il à ce que cessent les « exactions » de l’armée française ? 

Les Israéliens vivent en ce moment terrés dans leurs abris, à demi protégés par un très coûteux « dôme de fer » sans lequel on déplorerait des centaines voire des milliers de morts israéliens.

Le Hamas, « branche palestinienne » des Frères musulmans (2) et stipendié par l’Iran, vise en priorité les civils ; Israël, au contraire, prévient les populations avant de bombarder des cibles militaires mélangées, à dessein, par le Hamas au milieu de sa propre population. 

Avec le Jihad islamique, le Hamas contrôle, via un coup d’État, d’une main de fer cet étroit territoire deux fois comme Marseille. Il avait promis de nouvelles élections transparentes en 2019 mais elles n’ont jamais eu lieu. 

Israël s’est retiré de Gaza en 2005. Ariel Sharon, Premier ministre à l’époque, a ordonné à l’armée israélienne de déplacer par la force les « colons juifs » qui vivaient là, au risque d’être comparé par ces irréductibles à un nazi. 

Depuis 2005, le Hamas aurait eu mille fois le loisir de gérer Gaza en bon père de famille, en paix avec Israël et l’Égypte. Il aurait pu transformer Gaza, avec les aides reçues de l’UE, des États-Unis et du monde arabe, en une sorte de Singapour du Proche-Orient, avec banques, start-ups et hôtels de luxe. Dans cette hypothèse, aucun blocus, ni du fait d’Israël, ni du fait de l’Égypte, n’aurait jamais eu lieu. 

Les Accords « Abraham » signés par les Émirats arabes Unis, Bahreïn, d’une part et Israël, d’autre part, sous l’égide de Donald Trump, démontrent que la paix entre Arabes et Israéliens est possible. La paix entre l’Égypte et Israël, signée en échange du retrait du Sinaï (trois fois la superficie d’Israël), est solide. 

Au lieu de cela, le Hamas préfère la lutte armée car signer la paix signifierait pour ce groupe islamiste mortifère de type mafieux, la disparition politique. Le mouvement terroriste sait que la guerre contre Israël ne peut être gagnée, mais il légitimise son pouvoir par la violence, prenant en otage sa propre population. En bombardant Israël, il savait que son peuple subirait des contre-mesures. Il n’en a cure. La souffrance actuelle des Gazaouis est la responsabilité du Hamas, pas d’Israël.

Quant à l’Europe, traumatisée par la Deuxième Guerre mondiale, elle est littéralement obsédée par le conflit israélo-palestinien pourtant de basse intensité par rapport à de nombreux conflits en Afrique.  Car notre continent y voit le moyen de se laver de sa culpabilité par rapport à l’Holocauste. Tant que l’ancien opprimé (le Juif supplicié à Birkenau transmuté en Israélien armé et fier de l’être) domine le nouvel opprimé (l’Arabe palestinien sans État), on peut, sans vergogne, rajeunir le vieil antisémitisme chrétien (« Les Juifs ont tué le Christ ») puis racial, devenu un délit pénal, sous des apparences, plus socialement acceptables, d’antisionisme. Avantage insigne des Palestiniens, par rapport aux Ouïghours ou aux Rohingyas… 

Car soyons intellectuellement honnêtes : si Israël était un pays arabe, l’Europe se soucierait comme d’une guigne des Palestiniens. 

Quant aux quelques contempteurs d’Israël sincèrement empathiques envers le peuple palestinien (il y en a), le clientélisme aura tôt fait de les conforter dans leur manichéisme : la cause palestinienne rapporte dix fois plus d’électeurs (et de lecteurs…) que la défense des intérêts Israël, la France comptant quelque 7 millions d’Arabes pour seulement 600 000 Juifs…

(1) « Cette Shoah qui ne passe pas », Françoise Giroud, Le Monde du 13 juin 2002

(2) Ses fondateurs, Sheikh Ahmed Yassin, Abdel Aziz al-Rantissi et Mohammed Taha, sont tous les trois issus des Frères musulmans.

Biélorussie: Loukachenko fait d’une pierre deux coups

L’interception du vol de Ryanair entre Athènes et Vilnius qui transportait un opposant au régime, suivie de l’arrestation de ce dernier ainsi que de sa compagne, a entraîné de nombreuses réactions des dirigeants européens, qui devraient selon toute vraisemblance prendre des sanctions contre Minsk. Mais n’était-ce pas là un des objectifs poursuivis par le président Loukachenko ?


Il devrait en tout cas être gagnant sur deux tableaux. D’une part en portant un coup à son opposition, à commencer par celle réfugiée à l’étranger, et d’autre part en soudant autour de lui la part de la population biélorusse qui le soutient, grâce aux réactions occidentales.

Un opposant majeur arrêté

L’opposant en question, Roman Protassevitch, a fait des études de journalisme en Biélorussie, et avait été renvoyé de l’université à cause de son activisme contre le régime. Il a ensuite exercé son métier en dehors de son pays d’origine, où il avait été arrêté en 2017 à cause d’une participation supposée à un rassemblement non autorisé. Des informations selon lesquelles il aurait des sympathies pour des groupuscules d’extrême droite circulent sur Internet, il aurait notamment fait partie du service de presse de l’organisation du « Bataillon d’Azov ». Toutefois, le fait que ces informations soient datées de l’automne 2020, lorsqu’il a commencé à faire l’objet d’un mandat d’arrêt, rend probable l’hypothèse qu’elles soient fabriquées ou exagérées.

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Mais c’est le fait qu’il soit le co-fondateur de Nexta, un média qui a joué un rôle important dans les manifestations qui ont eu lieu en 2020 contre le président Loukachenko, qui est à l’origine de son arrestation spectaculaire. Il s’agit d’une chaîne YouTube, désormais diffusée via Telegram, et qui compte 1,2 million d’abonnés à l’heure actuelle.

La base arrière de l’opposition visée

Par ailleurs, Roman Protassevitch vivait entre la Pologne et la Lituanie. C’est également dans ce dernier pays que Svetlana Tikhanovskaïa, la candidate de l’opposition à la présidentielle de 2020, a trouvé refuge. Ces deux États accueillent en effet depuis les années 2000 des opposants au régime biélorusse. Du reste, en plus d’être proches géographiquement de la Biélorussie, ils ont un lien historique fort avec ce pays, puisque le territoire de cette dernière a longtemps fait partie du royaume de Pologne-Lituanie, situation que l’on a partiellement retrouvée lors de la résurrection de la Pologne en 1919.

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Varsovie cherche clairement à influer le cours des choses de l’autre côté de la ligne Curzon, où vivent encore 400 000 Polonais. Des médias libres à destination de la population biélorusse opèrent également depuis la Pologne, comme la chaîne de télé Bielsat, ou encore la Radio européenne pour la Biélorussie, pour laquelle a travaillé Protassevitch.

Des sanctions à l’impact limité

Cet incident va entraîner un nouveau train de sanctions pour la Biélorussie, qui s’ajouteront à celles déjà prises suite à l’élection présidentielle de 2020. À l’époque, 88 personnes dont le président Loukachenko, avaient été interdites de voyage dans l’Union européenne. Outre les mesures visant des personnalités liées au régime, les secteurs de la chimie et de l’énergie pourraient être visés, ainsi que…

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Witold Pilecki: un héros inoubliable

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Ce Polonais, assassiné le 25 mai 1948 par le régime communiste, a joué un rôle essentiel dans la résistance contre un autre régime totalitaire, celui de l’envahisseur nazi. Il a été parmi les premiers à alerter les alliés et le monde sur l’existence et l’horreur de la « Solution finale. »


Le courage a-t-il des limites ? Chez certains hommes, la réponse est tout simplement : non. Le 25 mai, ceux qui ont le souci de commémorer l’héroïsme ont rendu hommage à Witold Pilecki, l’officier et résistant polonais qui a combattu le nazisme et le communisme et qui a été torturé successivement par les bourreaux de ces deux régimes barbares. Interné volontairement à Auschwitz, il a réussi à communiquer au monde extérieur les premières informations sur les horreurs de ce dispositif concentrationnaire et sur l’extermination méthodique des juifs.

Né en 1901 dans l’empire des Tsars, descendant de la noblesse terrienne polonaise, Pilecki prend part à la guerre patriotique des Polonais contre l’Union soviétique entre 1919 et 1921 et est décoré pour son courage. En 1939, il est de nouveau mobilisé comme capitaine de cavalerie dans le combat contre l’invasion de son pays par les nazis. Après la défaite, il participe à la création du premier mouvement de résistance clandestin. En 1940, il se porte volontaire pour infiltrer le camp d’Auschwitz afin de se renseigner sur ce qui se passe à l’intérieur et d’y créer un mouvement de résistance. Le 19 septembre, il se laisse arrêter sous un faux nom et, avec d’autres détenus, est torturé pendant deux jours avant d’être envoyé au camp de concentration où il est assujetti au dur régime de travaux forcés et de sévices. Une fois à l’intérieur, il réussit à organiser un réseau pour l’entraide des prisonniers et la collecte de renseignements. Ceux-ci sont transmis petit à petit au monde extérieur, notamment à travers des évasions de détenus polonais et l’usage d’une radio clandestine. Pilecki décide de s’évader lui-même en avril 1943 et, une fois en liberté, rédige un rapport plus complet contenant des informations précises sur la « Solution finale. » Tragiquement, l’accueil initial réservé à ces rapports par les alliés à Londres est marqué par l’incrédulité.

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Promu capitaine de cavalerie par les autorités polonaises en exil, il rejoint la résistance à Varsovie et participe à la grande insurrection dans cette ville d’août à octobre 1944. Lorsqu’elle est enfin matée, il est envoyé en Allemagne comme prisonnier de guerre. A la libération du camp où il est interné, il est affecté aux forces polonaises libres en Italie et rédige un mémoire personnel sur ses expériences à Auschwitz. En décembre, il retourne à Varsovie pour le compte du gouvernement polonais en exil à Londres afin de recueillir des informations sur l’occupation soviétique de la Pologne. Ignorant des ordres le rappelant à Londres, il prolonge son séjour afin de réunir des documents et des preuves sur les atrocités commises en Pologne par l’armée soviétique entre 1939 et 1941, ainsi que la persécution des opposants au nouveau régime soviétique. Il est arrêté en mai 1947 et de nouveau torturé, cette fois par des communistes.

Selon lui, en matière de tortionnaires, les rouges étaient encore plus sauvages que les bruns. Lui qui a consacré tant d’efforts à recueillir des informations, n’en divulgue aucune sur son réseau de contacts. Après un simulacre de procès, il est exécuté lâchement d’une balle dans la nuque. Sous le régime communiste, il est considéré comme un traître. Sa mémoire n’est pas entretenue ; on ne sait même pas où son corps a été enterré. Finalement, il est réhabilité en 1990. En 2008, il reçoit à titre posthume la plus haute décoration que l’État polonais puisse décerner et, en 2013, il est promu colonel. L’humanité lui doit encore bien des commémorations.

On touche le fond: des bougies à senteur vaginale !

Une plainte a été déposée contre Goop, la société créée par l’actrice Gwyneth Paltrow.


Les produits dérivés font la fortune de ceux qui les produisent. Les maillots à l’effigie de Neymar rapportent beaucoup au PSG. Les Nike signées par de célèbres basketteurs remplissent les caisses de cette firme mondialement connue. Il y a une exception à cette règle : Macron commercialise un produit dérivé du nom de LREM et ne fait pas recette…

L’actrice Gwyneth Paltrow s’est lancée à son tour dans cette lucrative activité. Le nom de sa marque : Goop. Goop n’a qu’un seul produit dérivé : les bougies. Pas n’importe quelles bougies : les bougies à senteur vaginale ! Elles sont coûteuses : 75 dollars pièce. Mais ce prix est justifié car il s’agit d’un grand cru. Sur les boîtes de bougies vendues par Gwyneth Paltrow figure en effet l’inscription suivante : « This smells like my vagina ». Garantie AOC.

Il y a des imbéciles et des idiotes pour acheter ça. Ne riez pas grassement. Car il faut y voir un signe, parmi tant d’autres, de l’absolue décadence de la civilisation américaine. Gwyneth Paltrow et ses bougies illustrent cet abaissement volontaire.

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L’actrice américaine a parfaitement intégré le fonctionnement du système capitaliste : tout se vend, tout s’achète. Quand il y a une demande vient aussitôt l’offre. Mais souvent, car le capitalisme est très souple, on crée l’offre pour faire naître la demande. C’est ainsi que les bougies à senteur vaginale connaissent un incontestable succès. Les produits de Gwyneth Paltrow seraient restés ignorés de nous si un accident de parcours n’avait pas suscité la curiosité des médias.

Un client de l’actrice a failli être gravement blessé à cause de ces bougies. Il en avait acheté un paquet. Il en a allumé une. Et, boum, elle a explosé. Meurtri et déçu, il a réclamé pour lui, et pour toutes les autres victimes, 5 millions de dollars à Gwyneth Paltrow. Il s’agit là d’une « class action » parfaitement reconnue aux États-Unis. Si elle est condamnée, l’actrice devra vendre beaucoup de bougies pour payer l’amende.

Ça en fait des orgasmes en perspective. Mais peut-être que l’ingénieuse Gwyneth Paltrow s’en tirera en faisant figurer sur ses paquets de bougies la mention « Attention, orgasmes explosifs ! ». Et avec l’argent qu’elle en retirera, elle pourra s’acheter des bougies à senteur de sperme…

Quarante ans de « Quoi qu’il en coûte »

En dépit des signaux adressés à destination de Bruxelles, la distribution massive d’argent public ne s’arrêtera pas avant mai 2022. Tradition nationale, la gestion dispendieuse coïncide désormais avec l’intérêt bien compris du futur candidat Emmanuel Macron.


Bruno Le Maire, entouré des meilleurs experts de Bercy, a pris un engagement qui fera date pour tous les Français, notamment ceux sensibles à l’humour : la France, promet le ministre, va arrêter la course au surendettement autour de, disons (en gros, hein)… 2030 – soit tout de même trois ans après la fin du deuxième mandat de l’« ultralibéral » Emmanuel Macron. Un éclat de rire bienvenu dans la grisaille pandémique, que l’on doit à un rapport de Jean Arthuis remis mi-mars au gouvernement. Ce travail d’ampleur servira non seulement à caler un meuble à Matignon, mais éclairera les générations futures sur la malice de tous les Buster Keaton de la haute fonction publique.

L’objectif affiché par Bercy n’en demeure pas moins, hélas, de refermer la parenthèse enchantée du « quoi qu’il en coûte », une trêve ouverte en Europe à l’occasion de la crise du Covid, mais effective en France depuis un peu plus longtemps – mai 1981, quarante ans tout de même, ça file ! Quelles qu’aient pu être en effet les intentions des successeurs de François Mitterrand, tous ont laissé au suivant toujours plus de dettes, de déficits, de dispositifs sociaux aussi généreux que financés à crédit. Deux axiomes, partagés par toute la classe politique, résument la doctrine budgétaire hexagonale. Primo, on ne réforme pas en période de crise – ce serait trop brutal (méthode Sarkozy reprise par Macron). Deuxio, quand ça va un peu moins mal, on ne réforme pas non plus, puisque précisément (couillon) ça va mieux – approche jospino-chiraquienne. Ce socle théorique robuste, affiné à la marge par tous les partis – les différentes oppositions se contentant de déplorer que l’on n’en fît jamais assez –, obtient régulièrement l’assentiment de Français hostiles à toute logique comptable. Ouverts au compromis, certains électeurs se révèlent toutefois favorables à des économies, à condition qu’elles ne les concernent sous aucun prétexte. Dans l’ensemble, écœurés par les salaires des traders (mais pas par ceux des footballeurs), ils ont intégré qu’aux séismes économiques de 2008 et 2020, les puissants ont répondu par l’injection de milliards par milliers – preuve à leurs yeux que, d’un point de vue doctrinal, du pognon, il y en a. Conscients du poids de la France au sein de la zone euro et du chantage récurrent que le too big to fail gaulois fait peser sur elle, ils ont donné à leurs représentants un mandat clair : que rien ne change jamais vraiment. Et ça marche.

La gabegie est partie intégrante du contrat social français

La gabegie constitue en effet une des valeurs sacrées de la République, placée sous le haut patronage du Conseil national de la Résistance, dont le programme « Les Jours heureux » offre une ombre tutélaire et interventionniste inattaquable. Le modèle social français repose ainsi sur un triptyque simple : dépenser, claquer, flamber. À gauche, l’impéritie s’est révélée constitutive de son ADN, aucun souci de ce côté-là. On se souvient de l’hystérie provoquée par le débat sur l’identité nationale, un questionnement auquel certains avaient répondu « l’identité française, c’est la sécurité sociale », autrement dit, un coffre-fort (dé)garni en libre-service. Les électeurs n’ont au demeurant porté la droite au pouvoir que pour lui confier leur sécurité. Ils lui ont en revanche toujours interdit concrètement de mener à bien une quelconque réelle politique d’« austérité » – terme à connotation désastreuse qu’un communicant inspiré aurait pu travestir en « rebond » ou « sauvetage ». Entre « Les Jours heureux » et l’« austérité », le match est plié d’avance.

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Les tenants de quatre décennies de « quoi qu’il en coûte » ne manqueront pas de souligner l’éclatant succès de leur constance dépensière. Au chômage de masse près (un détail), la France ne s’est pas écroulée et fait encore partie de la zone euro – une monnaie forte distribuée, entre autres, à hauteur de 17 milliards à nos Gilets jaunes. Une politique du chéquier ouvert, plébiscitée par les millions de fonctionnaires, employés publics, retraités, chômeurs, allocataires divers (ainsi que leurs proches), bataillons synonymes de gros ennuis pour tout gouvernement trop téméraire. Il y a d’ailleurs toujours une élection à gagner, surtout depuis l’instauration du quinquennat. Voilà trente ans que la France promet à ses voisins européens de revenir (vaguement) dans les clous et qu’elle n’y parvient pas, car elle ne le peut, ni surtout ne le veut. Depuis le 21 avril 2002, bonus appréciable, menacer nos partenaires de voir arriver un ou une Le Pen à l’Élysée suffit généralement à calmer tout ce petit monde à Bruxelles.

Les Français se soucient des déficits comme de leur premier masque

Sans surprise donc, les Français partagent ce sentiment d’innocuité apparente des déficits et de la gestion calamiteuse des deniers publics. Accoutumés à des taux de chômage honteux, sacrifice auquel la gauche consent au prétexte qu’elle ne veut pas de « petits boulots » (tout en se faisant livrer des sushis par les esclaves de Deliveroo), la France erre, insensible aux dilapidations endémiques. Les ravages du poison apparaissent pourtant dès qu’une comparaison internationale livre son verdict (PIB par habitant, croissance, classement PISA, etc.), mais ils sont ignorés ou traités comme des fake news. Moment de vérité ultime manqué, la Bérézina du Covid n’a pas réussi à ébranler l’édifice bureaucratique de la santé publique. Bien au contraire, la crise sanitaire figure le triomphe de l’approche budgétaire tricolore. Du FMI à la BCE en passant par la Fed, tous pressent les États d’investir, de dépenser, de s’endetter, « à la Française » en somme. Même les Teutons participent à la fête, alors qu’on ne les y voyait jamais.

L’incontestable expertise française a alors éclaté aux yeux du monde. Elle a su s’appuyer sur une administration toute à sa joie de revenir à ses fondamentaux, synthèse parfaite de deux rois, Crésus et Ubu. Nos ronds-de-cuir ont sans peine trouvé les dizaines de milliards nécessaires à la fermeture des coiffeurs, des librairies ou des merceries (hauts lieux de contamination). Mais pas les 500 millions que les Britanniques ont, eux, mis sur la table de Valneva, biotech nantaise qui aurait développé un vaccin contre le Covid (si l’on en croit la perfide Albion). Là, nous marquerons une pause pour plaindre nos amis anglais d’avoir suivi ce demi-fou de Boris Johnson dans sa fuite du paradis européen. Bref, dopés au principe de précaution, des Courteline 2.0 ont mis en place des aides à destination de chacun des martyrs, non du Covid, mais de la politique anti-Covid. Ainsi, pour évaluer les séquelles post-traumatiques du confinement, un ado peut dorénavant consulter gratuitement un psy. Ante Covid, on cherchait des victimes à indemniser. Désormais on crée dans le même mouvement et la victime et l’alloc’. Dire qu’il y a des salauds pour décrire le système comme inefficace !

Pour tous les drogués de la dépense publique, le shoot du Covid restera un trip dont ils se souviendront longtemps, et on voit mal comment les convaincre de la nécessité de refermer les vannes de l’argent magique. Ce n’est pas au moment où le monde entier se pique que le vieux toxico à béret va décrocher. Surtout à un an d’une élection majeure (couillon).

Le spectre de l’inflation hante Berlin et Bruxelles

Malheureusement pour lui, dans des contrées frontalières où équilibrer un budget n’est pas d’emblée perçu comme une menée fasciste, on commence à s’inquiéter des conséquences de ce déluge de milliards d’euros ou de dollars déversés sur l’économie. Quelque chose qui pourrait ressembler à une incontrôlable hausse des prix. Conséquence mystérieuse de la mondialisation, l’inflation a en effet disparu de nos vies quotidiennes, une absence lisible dans les taux d’intérêt historiquement bas qui en sont le pendant. L’inflation pointe cependant son nez (son cap, sa péninsule) au moment de se loger. La hausse spectaculaire de l’immobilier illustre parfaitement la mécanique des bulles spéculatives, intimement liées aux taux dérisoires auxquels les États s’endettent. C’est parce que laisser son argent à la Caisse d’Épargne ne rapporte rien que tous les milliards du monde servent à acquérir des actifs « réels » : immobilier, actions, Porsche, montres de collection, etc. On peut ainsi gagner 20 000 euros en cinq ans en se donnant la peine de conduire une 911 le week-end. Toutes les familles solvables (et même celles qui ne le sont pas vraiment) peuvent trouver une banque pour acheter un appartement. Et comme toutes les familles solvables en cherchent un (ou plusieurs pour les plus riches), les prix montent, à la satisfaction des propriétaires. Entre les détenteurs de patrimoine et les autres, les inégalités se creusent à vitesse grand V par la magie de taux insignifiants.

Des taux bas favorables aux déficits français comme à la hausse des inégalités

Pour les États les moins endettés, l’avenir passe par une hausse des taux, car elle permettrait de dégonfler les bulles qui se créent partout (pierre, Bourse, bitcoins, œuvres d’art…) en limitant la hausse des inégalités. Elle devrait dans tous les cas intervenir au moindre signe d’emballement des prix à la consommation, un risque désormais réel, pris très au sérieux par l’Allemagne. Que les hedge funds voient cette hypothétique hausse du coût de l’argent d’un mauvais œil, on s’en doute. Mais les actionnaires savent que leurs meilleurs alliés demeurent les États impécunieux, au premier rang desquels on trouve la France. Pour le champion d’Europe de la dette (c’est nous qu’on emprunte le plus, cocorico !), une augmentation brutale des taux tiendrait lieu de nouvelle catastrophe. Savoureux paradoxe, tous ceux qui hurlent à la moindre menace de rigueur budgétaire militent de facto pour les taux zéro et ainsi, à leur insu, pour le creusement des inégalités.

Des pays mieux gérés que le nôtre (il y en aurait) disposent néanmoins d’un moyen efficace de réduire ces inégalités : la hausse des impôts, ce que vient de décider Joe Biden. Hélas, cette souplesse n’est pas de mise chez le champion du monde des prélèvements et de la dépense publique (portée par la grâce de la décroissance covidienne au chiffre soviétique de 65 % du PIB en 2020), où l’augmentation de la fiscalité ne fait pas encore l’unanimité. Comme une espèce de pudeur, surtout, encore une fois, à un an d’une élection majeure (couillon).

À lire aussi : Déficits: le déni français

Qu’on se rassure donc, la sortie de Bruno Le Maire sur la maîtrise de nos déficits n’avait d’autre but que de dispenser la bonne parole à nos amis européens – une parole dont ils ont appris à connaître l’absence totale de valeur. Au Haut Conseil des finances (un machin dont j’aimerais voir les bureaux), on a d’ailleurs jugé ses hypothèses « optimistes » et ses futures économies « non documentées ». Ouf ! Il ne manquerait plus qu’elles le soient. Car il ne faudrait pas non plus que Bruno s’emballe trop sur cette thématique. Le recentrage de Marine Le Pen n’ira pas jusqu’à lui faire jouer les mères la rigueur durant la campagne à venir. Son ignorance en matière économique ne rivalise certes pas avec celle de François Mitterrand. Cependant, les conseillers d’Emmanuel Macron n’ont peut-être pas tous oublié que cela n’avait nullement handicapé l’élection de l’homme de Jarnac. En avril 1980[1], il n’était crédité que de 39 % face à Giscard. Marine Le Pen s’affiche à 45 % – six points de plus…

De là à imaginer que les tombereaux de milliards déversés sur le pays n’ont peut-être pas pour objectif unique des investissements vertueux dans la recherche, les universités ou la transition écologique, il n’y a qu’un pas. À douze mois d’une élection compliquée, notre sémillant président paraît prêt à mettre 17 milliards supplémentaires pour que les Gilets jaunes s’abstiennent de reprendre possession des ronds-points. Sans doute apprendrons-nous un jour qu’il les a déjà budgétés.

Notre ministre serait mieux inspiré – mais on s’agite en coulisses – de négocier une annulation partielle de notre dette, celle détenue par la BCE. Ce simple jeu d’écritures ou un autre du même tonneau (des Danaïdes) s’avérera inéluctable pour toute l’Europe du Sud, France incluse. Car du Finistère au Péloponnèse, secret de polichinelle, on ne la remboursera jamais. Après l’argent magique, la comptabilité façon Houdini – seul espoir à court terme de sauver l’euro, Macron… et le toxico à béret.


[1]. Sondage IFOP (re)paru dans Le Figaro du 20 avril 2021.

Les soldats coloniaux: des héros oui, mais aussi des salauds !

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Le maire socialiste de Marseille Benoît Payan a décidé de retirer le patronyme du conquérant de l’Algérie d’une école.


Bugeaud salaud. Oui, certes. Puisqu’il fut le colonisateur de l’Algérie, brûlant villages et enfumant femmes et enfants réfugiés dans des grottes.

Alors zigouillons le nom de Bugeaud de l’école de Marseille ou de son avenue à Paris. 

Et place aux noms des héroïques soldats coloniaux, puisqu’à l’heure de la cancel culture et de la déconstruction de l’histoire, la bien pensance en est à faire d’eux des héros ayant libéré la “France Blanche” qui les a honteusement occultés et que la liste du comité Blanchard et les gesticulations indigénistes le réclament à grands cris. Enfin, avant de tomber trop vite dans le panneau, regardons-y de plus près quand même. Retour sur une histoire qui déplaira aux décoloniaux.

A lire aussi: Faut–il en finir avec le Rapport Stora?

Si le courage au combat des soldats coloniaux n’est pas mis en doute et mérite indéniablement un réel hommage, il y a quand même une face cachée : les milliers d’assassinats, d’exécutions et de viols à foison de jeunes filles, femmes, d’adolescents, hommes et même de… curés perpétrés par les unités principalement marocaines lors de la campagne d’Italie entre 1943 et 1944. 

Un ouvrage d’Emiliano Ciotti publié en 2018, Le Marocchinate, chronique d’un viol collectif, et un long article publié dans la Stampa en 2017, La vérité cachée des Marocains, pillage et viol des troupes françaises dans la moitié de l’Italie, en donnent le détail. Et ça fait froid dans le dos. 

Ils violent hommes, femmes, enfants et sodomisent le curé

Plus de 7 000 Italiens et Italiennes ont été violés par les goumiers marocains: « Ces viols, plus tard connus en Italie sous le nom de Marocchinate, étaient contre les femmes, les enfants et les hommes, y compris certains prêtres ! », raconte le maire d’Esperia au Sud de Rome. Dans sa ville, 700 femmes sur 2 500 habitants ont été violées et certaines en sont mortes. Les premiers kidnappings de jeunes femmes italiennes par des Marocains commencent en Sicile. Ils « les considéraient comme leur butin de guerre et les emmenaient en ricanant et en les traitant de tous les noms, comme des prostituées’’. (Article: «Marocchinate : Les goumiers violeurs en Italie» sur le blog Piedsnoirs aujourd’hui). Selon un témoignage recueilli par le professeur Bruno D’Epiro (Source : « Le marocchinate – « Stuprate le Italiane » ), le curé d’Esperia chercha en vain à sauver trois femmes des violences des Marocains “il fut attaché, sodomisé toute la nuit et mourut des suites de ces violences”. 

Des milliers de femmes tombent enceintes : le seul orphelinat de Veroli dans le Latium a accueilli après la guerre environ 400 enfants nés de ces unions forcées. Beaucoup de femmes ont été expulsées de leurs communautés à cause des préjugés de l’époque, répudiées. Certaines ont fini par se suicider ou par émigrer vers d’autres régions. 

Autre témoignage glaçant du livre de Ciotti: « la fille de Valentina, ils l’ont tuée. Elle avait 17 ans, elle était très belle et elle a été violée par 40 soldats. Quand sa mère s’est interposée, ils lui ont coupé la langue et l’ont obligée à regarder…”. Alors des héros, ça ?

Le Pape Pie XII en appelle au général De Gaulle

L’écrivain Norman Lewis, officier britannique, a raconté les événements dans un livre (Naples 44, Paris, Phébus, coll.. « Libretto », 1996) : « 28 mai, les troupes coloniales françaises se déchaînent de nouveau… toutes les femmes de Patricia, Pofi, Isoletta, Supino ou Morolo ont été violées. À Lenola, c’est cinquante femmes qui ont été violées ; comme elles n’étaient pas assez nombreuses, des enfants et même des vieillards y sont passés… les Marocains ont l’habitude de s’attaquer à deux à la même femme, l’un la pénétrant normalement, l’autre la sodomisant… À Castro dei Volsci, les médecins ont dû soigner trois cents personnes, toutes violées, et à Ceccano les Britanniques ont été contraints d’ériger un camp de fortune pour protéger les Italiennes… »

Alerté de toutes parts par différentes unités alliées qui révèlent que des femmes et des jeunes filles, des adolescents et des enfants sont violés dans la rue, des prisonniers sodomisés et des notables castrés, il fallut que le haut commandement anglo-américain intervienne auprès du général Juin, commandant du corps expéditionnaire français pour que cessent ces exactions. 

A lire aussi: Liste noire

Même le Pape Pie XII alerté s’en plaignit auprès du Général de Gaulle. Ceci entraina de nombreuses exécutions de goumiers marocains par l’armée française. Les mêmes sauvageries se répèteront lors de la prise de Freudenstadt, en Allemagne, en avril 1945, quand au moins six cents femmes furent violées dont une partie par des goumiers.

L’Italie ne pardonne pas. La France ne s’excuse pas

En 1947 la France a indemnisé l’Italie pour plus de 1500 de ces exactions ce qui était loin du compte (Estimées à 12 000 en 1950 par l’Unione Donne Italiane (Union des femmes italiennes ) mais constituait déjà une reconnaissance officielle. En 2004, le président de la République italienne a déclaré à cet égard à Cassino: « Personne ne pourra jamais pardonner la violence infligée aux femmes, aux enfants, aux personnes âgées dans Esperia et dans de nombreux autres villages ». Une stèle de bronze rappelant le souvenir du viol des femmes des communes de Monti Aurunci, Ausoni et Lepini a été inaugurée en 2006 à Campodimele par la vice-présidente de la Chambre des députés d’Italie. Ces abominations qui ont laissé une cicatrice profonde dans la mémoire collective des Italiens peuvent expliquer le fait que par la suite l’on n’ait pas forcément eu envie de glorifier certains de ces sauvages. Des libérateurs chez nous. Des violeurs et des assassins chez nos cousins italiens.

On comprend que « Indigènes », le film culte des décoloniaux, qui avait tant ému le président Chirac en 2006 et fut largement soutenu par le Maroc, ait passé sous silence « les exploits » de ces troupes bestiales, préférant s’attarder sur les discriminations exercées à leur endroit par l’État-Major français. Alors si l’on débaptise les Bugeaud et autres coupables d’exactions lors des guerres coloniales, l’on veillera aussi à rayer du paysage les unités coloniales dont la sauvagerie exercée sur de pauvres civils a aussi entaché le drapeau français à tout jamais. 

Sommes-nous en démocratie ou en dictature? Le ni-ni de Polony

Pour la directrice de Marianne, la démocratie française est dangereusement en panne. La faute à qui ? À une Ve République à bout de souffle, à un système économique tout-puissant et à une école qui ne fabrique plus de citoyens. Dans ce paysage, il faut renouer avec le souverainisme sans quitter l’UE.


Le président qui s’annonçait jupitérien n’a pas du tout aimé qu’avec les confinements et les couvre-feux, les mots « dictature sanitaire » deviennent les éléments de langage de ses oppositions et de l’ensemble des médias. « Qu’ils y aillent en dictature, s’est-il emporté publiquement, ils verront la différence avec notre démocratie ! »

En dictature ou en démocratie, progressistes ou réactionnaires, ouverts à la mondialisation ou repliés sur notre identité, pour Emmanuel Macron comme pour Michel Onfray quand il discute avec Juan Branco, certaines questions ne doivent être posées qu’en noir et blanc. Dans son dernier essai, Sommes-nous encore en démocratie ?, Natacha Polony introduit un peu de nuances dans ce monde de brutes viriles et démontre en finesse la possibilité d’un « en même temps ».

En revenant sur les péripéties de l’élection présidentielle ou la crise des Gilets jaunes, la journaliste décrit une démocratie abîmée, dégradée, empêchée. En cent pages, on visite les coulisses du désastre, on trouve des clefs pour déverrouiller ce qu’elle définit comme le « système », et on découvre des pistes pour une reprise en mains populaires du destin français par la restauration d’une légitime démocratie.

Sommes-nous encore en démocratie ?

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Sommes-nous encore en démocratie ? demandez-vous en titre. La réponse se trouve un peu dans la question. Mais parleriez-vous de totalitarisme soft ? Et allez-vous jusqu’à dire, comme Onfray, qu’on nous a volé l’élection ?
J’essaie d’être très mesurée – certains diraient trop –, nuancée et de nommer exactement les choses, mais j’assume l’emploi de l’expression « totalitarisme soft ». La démocratie est contournée, voire abîmée. Le pouvoir a instrumentalisé la crise sanitaire pour s’affirmer de plus en plus liberticide, autoritaire et antidémocratique. Cependant, le terme « dictature sanitaire » me semble véhiculer un imaginaire violent, un réflexe de pensée qui me gêne. Je ne dirais pas qu’on nous a volé l’élection. Pendant longtemps, la fausse alternance entre partis de gouvernement de droite et de gauche a permis de maintenir le système, mais la montée du Front national perturbe le jeu. En 2017, après l’élimination de Juppé lors de la primaire, Macron, sous couvert de fausses ruptures, est devenu le candidat de la continuité du système.

Mais qu’est-ce que ce système ?
J’ai défini ce terme, ainsi que de nombreux autres, dans mon livre Changer la vie, dictionnaire qui vise à clarifier un certain nombre de concepts pour alimenter le débat démocratique. J’entends par « système » l’ensemble des structures économiques et politiques qui, en contournant ou instrumentalisant les outils démocratiques, imposent comme des évidences ou des lois économiques les choix qui maintiennent les profits des plus riches (les 0,1 % qui sont les grands gagnants de la dérégulation et du libre-échange) en leur permettant d’échapper à l’impôt et d’affaiblir les États, et ruinent les classes populaires et les classes moyennes des pays occidentaux.

Reprendriez-vous les termes de Zemmour qui impute la défaite de François Fillon à un putsch médiatico-judiciaire ?
J’ai assez peu de tendresse pour quelqu’un qui, se sachant l’objet d’une enquête du Canard enchaîné, accepte des costumes gratuits. Mais derrière cela, il y a le fait qu’on essaie d’empêcher à tout prix les changements. Quand Fillon prône un rapprochement avec la Russie, il est immédiatement qualifié d’ami de Poutine. Pour nos élites, que l’on puisse se détacher d’une ligne profondément atlantiste n’est pas envisageable. C’est révélateur de la façon dont on cherche à contrôler le choix des candidats.

Ce sont les aléas de la vie politique. Tous les candidats font campagne et si les électeurs ne retiennent pas les candidats « hors système » ou souverainistes, en quoi est-ce un problème de démocratie ?
Le problème, c’est que la démocratie est empêchée de fonctionner. Cela ne tient pas seulement à des visées politiques, mais aux structures du système économique qui empêchent que la volonté des citoyens se manifeste. Les flux de capitaux ou le libre-échange s’imposent aux citoyens, comme s’ils obéissaient à des lois universelles, alors que ce sont des choix politiques. En France, c’est 1983 et le basculement de Mitterrand, l’ouverture de la fameuse parenthèse qui ne s’est jamais refermée. Mais ce choix n’a jamais été voté. Souvenez-vous également de Chirac qui nomme Juppé Premier ministre après avoir fait toute sa campagne sur la fracture sociale avec Philippe Séguin. Séguin lui-même aurait fait ce commentaire : « Moi comme Premier ministre, Helmut Kohl n’aurait jamais accepté. » Cette formule résume l’abandon de notre souveraineté depuis quarante ans.

Mais cet abandon de souveraineté est l’œuvre de responsables politiques qui sont, depuis quarante ans, élus et réélus. C’est donc par la volonté du peuple souverain que la France a renoncé à sa souveraineté. N’est-ce pas simplement l’aventure souverainiste qui fait peur ?
Une part du vote contestataire captée par le Front national, sans jamais faire une majorité, ne trouve donc pas de débouché politique. On abandonne tous les concepts fondamentaux à l’extrême droite, on renvoie les candidats partisans de plus de souveraineté au RN (« vous faites le jeu du RN »), et ceux qui paraissent moins bien placés que Marine Le Pen n’ont aucune chance. Si vous pensez que votre candidat part perdant, vous n’irez pas voter pour lui. Ensuite, il y a une ambivalence chez beaucoup de gens : ils voudraient le changement, mais ils en ont peur. Par exemple, les propositions de Frexit me semblent vouées à l’échec, la France ayant peut-être plus à perdre qu’à gagner. On peut, sans rupture radicale, renouer avec le souverainisme, dans le cadre d’un rapport de forces. Il s’agit de sortir du mythe du couple franco-allemand et de la France bonne élève de l’UE, et de faire comme l’Allemagne, c’est-à-dire un peu de souverainisme. Mais je ne crois pas qu’une majorité de Français veuille quitter l’UE.

Pour vous, les Gilets jaunes sont le symptôme d’une démocratie empêchée. Pourtant, leurs revendications correspondent point par point au programme du RN. Doit-on y voir le symptôme d’un système grippé ou un défilé de mauvais perdants ?
Ces gens se mobilisent sur une crise fiscale qui se transforme immédiatement en aspiration démocratique. Les premières semaines, ils sont soutenus par 80 % des Français et encore par 50 % de l’opinion en janvier 2021, c’est-à-dire après les violences. Pour beaucoup, ce mouvement portait une part de légitimité. Aussi, je ne sais pas si leurs revendications correspondaient un peu ou beaucoup au programme du RN, en tout cas elles n’étaient ni délirantes ni contradictoires. Ils réclamaient la maîtrise de leur destin, demandaient que la France puisse mener sa politique, définir ce que doit être le bien commun et arbitrer en faveur des plus faibles contre les plus forts. Ce n’était pas exactement le programme du RN, car les Gilets jaunes exprimaient leur attachement au statut de réfugié. En tout cas, ce qui était caractéristique, c’était le retour de la question citoyenne.

Alors la démocratie, c’est la rue ? Élections piège à cons ?
L’absence de perspective politique est dangereuse. C’est ce qui crée de la colère. Sans alternative possible, certains se détournent, c’est l’abstention, d’autres s’insurgent par le vote, d’autres encore le font dans la rue, comme les Gilets jaunes. C’est cela qui peut surgir si la Ve République continue de figer le champ politique. L’impossibilité du surgissement d’un candidat qui remettrait en cause le dogme du libre-échange, la division internationale du travail, le contournement de la volonté démocratique par des instances supranationales s’explique par une conjonction de facteurs : la force de blocage des institutions, la puissance d’un système médiatique endogame, etc. Aucun candidat ne peut surgir d’en dehors des clous aujourd’hui. Produit de la haute administration, Macron était le candidat du système, favorisé et financé.

Manifestation des Gilets jaunes sur les Champs-Élysées, 16 février 2019 © Éric Feferberg / AFP

À vous lire, il y a un autre problème : l’électeur. Autre danger pour la démocratie, l’École échoue à fabriquer des citoyens.
Cela m’inquiète terriblement. La démocratie nécessite des individus doués de libre arbitre, autonomes et responsables. Si ma voix vaut celle d’un autre, c’est parce que nous sommes tous doués de raison ; d’où l’importance du combat pour l’héritage des Lumières contre les mouvements fondés sur l’expression d’une subjectivité toute-puissante. C’est pour cela que l’École où l’on enseigne la raison universelle est fondamentale. Dans une démocratie républicaine, si on peut dire, l’École est indispensable pour forger une communauté politique. Aujourd’hui, tout est fait pour effacer la raison, la soumettre aux pulsions, parce que le consumérisme est fondé sur cela. L’évolution numérique aggrave le phénomène. Les réseaux sociaux auraient pu être un instrument d’émancipation, ils sont un lieu d’expression dégueulasse où les pulsions agressives et violentes se libèrent. Dans le pseudonymat, on est irresponsable. Tout cela fragilise énormément l’espace public, donc la démocratie. Il est temps de s’en inquiéter, car la démocratie est mortelle.

Les multinationales imposent le règne de l’émotion pour vendre ? Chère Natacha, pas vous, pas ça !
Si, très précisément. Dans une époque où le neuromarketing manipule les individus en utilisant les sciences cognitives pour vendre, je ne pense pas qu’il soit excessif d’analyser le rôle de l’émotion dans le consumérisme.

Ne tombez-vous pas dans une manie révolutionnaire qui consiste à penser que tous les citoyens veulent participer ? Je vois beaucoup de gens qui s’abstiennent parce qu’ils ne comprennent rien à rien et qu’ils veulent faire autre chose le jour du vote. Où est le problème ?
« Nous sommes les seuls à penser qu’un homme ne se préoccupant pas de politique mérite de passer non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile » : c’est le discours aux morts de Périclès. Ils ne participent pas, la politique se fait sans eux, puis ils réalisent qu’ils ont été floués. Ils se retrouvent avec une désindustrialisation massive, des territoires désertifiés. Sans forcer les gens à voter, il faut créer des habitudes, des relais dans la vie locale qui est le premier lieu d’exercice de la démocratie. La votation suisse, par exemple, donne aux citoyens la maîtrise de sujets comme la souveraineté alimentaire ou les ventes d’armes. En France, les communautés de communes sont un instrument de confiscation démocratique délirant.

Avec l’immigration, la population change et la culture aussi. Des sondages nous disent que 50 % des jeunes ne comprennent pas le blasphème ou l’interdiction du voile à l’école…
C’est tout le problème, d’où l’importance de l’École. Si les fondements de la République n’ont pas été transmis, le peuple n’est plus une communauté politique. Le processus d’intégration est essentiel et il faut le remettre en route. Cela prendra vingt ans. J’entends par là l’intégration des jeunes générations, pas seulement des immigrés, à la civilisation qui leur préexiste. Sur la question du blasphème, les journalistes devraient préciser que ce mot n’est pas le bon, le blasphème n’existe pas en France, car c’est un concept religieux qui ne concerne pas les non-croyants. J’ai le droit de dire que Dieu est un con, car il n’est pas reconnu officiellement par les lois de la République. Face au soft power venu des États-Unis et ses attaques contre notre laïcité, il y a un combat culturel à mener dans les écoles, par la formation des maîtres. Mais, les INSPE sont totalement décentralisés, on y fait ce qu’on veut. L’académie de Créteil organise des colloques sur l’intersectionnalité et le racisme d’État.

Vous accusez l’École. Mais le problème aujourd’hui, n’est-ce pas plutôt l’élève, en tout cas celui qui n’en veut pas, de votre raison et de votre communauté politique, parce qu’il en a d’autres ?
Le problème, c’est qu’on leur laisse le choix.

Peut-on encore le faire là où le prof est seul, face à une classe d’élèves rétifs, voire hostiles ? Ne faut-il pas aussi agir sur l’immigration ?
Un pays est légitime à imposer sa culture. Mon précédent livre posait la question de l’identité nationale. J’essayais de définir ce qui ne se négocie pas ; par exemple, la mixité hommes/femmes dans l’espace public. Il n’est pas acceptable qu’il y ait dans certaines banlieues des femmes totalement voilées et même des petites filles. Mais c’est la puissance publique qui est légitime pour l’interdire. Il est vrai que depuis quarante ans, on laisse les enseignants seuls dans leur classe, seuls contre trente. Or le prof doit se sentir soutenu par une hiérarchie capable de dire aux parents mécontents qu’ils peuvent aller voir ailleurs. Il faudrait aussi arrêter de mettre les mêmes populations immigrées aux mêmes endroits.

À Trappes, s’il y a « ghetto islamique », ce n’est pas parce qu’on a « parqué » des musulmans, c’est parce que les autres sont partis.
Il faut limiter l’immigration, la contrôler, donner du travail, notamment dans les métiers de bouche, industriels, etc. Quand j’ai été prof, il me semblait que pour tous les élèves enfants d’immigrés, mon rôle était de transmettre le seul héritage qu’ils auraient, c’est-à-dire Ronsard, Hugo, etc. Les professeurs auraient moins de mal à faire cela s’ils avaient l’impression que les politiques les soutiennent.

On paie quarante ou cinquante ans de connerie. Si on avait traité réellement cela et empêché le départ des classes moyennes et populaires, si on avait fait en sorte d’éviter la communautarisation, tout serait plus simple aujourd’hui. On peut considérer que c’est foutu, mais on n’a pas le choix : il faut s’y mettre. Maintenant.

Natacha Polony, Sommes-nous encore en démocratie ?, L’Observatoire, 2021.

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Panique à gauche?

Un appel à manifester “pour les libertés, contre les idées d’extrême-droite” est lancé pour le 12 juin.


La gauche, inquiète pour son avenir politique, vient de lancer l’ «appel du 12 juin pour les libertés et contre les idées d’extrême droite ». Sorte de manifeste appelant à une « grande journée nationale de manifestation et de mobilisations qui se déclinera localement », c’est surtout le signe d’une certaine inquiétude de la gauche quant à son avenir politique.

Oui, le besoin de sécurité et de justice effective, la quête d’identité, le désir de fierté nationale, l’envie d’une France respectée par tous, le découragement devant le laxisme face à la montée des périls de la délinquance, des revendications identitaires, à la pression des migrations qui ont totalement dévoyé la notion sacrée de l’asile, oui ces légitimes revendications trouvent un écho toujours plus large aujourd’hui. Pour dire les choses simplement, la balance de l’opinion française semble bien pencher de plus en plus à droite.

Que pèsera la gauche dans les urnes ?

Comme nous sommes entrés en période électorale, régionales et départementales, mais surtout présidentielles et législatives l’an prochain, la gauche (et elle a raison) s’inquiète de plus en plus quant à son avenir politique. Aussi, fidèle à ses bonnes vieilles méthodes, sans aucun complexe quant à la crédibilité de son discours, voilà qu’elle nous refait le coup classique du danger quasiment fasciste qui planerait sur la France. Le mot n’est pas encore prononcé, mais cela ne saurait tarder.

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La gauche veut donc mobiliser les troupes. Pour ce faire, face au danger réel de disparition politique, il faut vite inventer un danger bien plus grand qui menacerait notre cher et beau pays. Pour donner vie à ce danger imaginaire, la gauche s’imagine qu’il suffit de puiser dans le vieux coffre aux marionnettes censées effrayer les électeurs. Ce coffre à malices, vermoulu à force d’avoir trop servi, s’appelle « extrême droite ». À l’intérieur voici toutes les figures du mal qu’il faut agiter dans l’espoir de convaincre : voici le hideux racisme, accompagné de son compère le sexisme ; voici la belle liberté qui sera attaquée par l’affreuse bande des lois liberticides, menée par un ministre de l’Intérieur supposément autoritaire et accompagné par la furie des violences policières. Et n’oublions pas enfin, au fond du coffre, le fameux « climat de haine »…

Tous ensembleuh hé !

Et pour donner corps à tout cela, pour concrétiser la mobilisation, pour lancer un premier baroud qui ne soit pas un baroud d’honneur, il faut bien sûr être créatif… tiens, une bonne vieille manif, voilà qui nous changera un peu. Manif contre qui, contre quoi pourraient se demander certains. La réponse est dans le paragraphe précédent. D’autres encore pourraient demander : mais quel est le but de guerre ? Que veut-on obtenir ? N’est-ce pas un peu flou ce mouvement ? Mais non voyons, c’est marqué clairement à la fin de l’appel : 

« Cette journée fait partie des initiatives unitaires qui se multiplient. D’ores et déjà, nos organisations syndicales, politiques, associations, collectifs, signataires de l’appel, ont décidé de co-construire ce combat dans la durée. »

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Tout ce mouvement contre un danger imaginaire pourrait faire penser aux combats d’un certain gentilhomme de la Manche. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Don Quichotte était vraiment persuadé que les moulins à vent contre lesquels il se battait étaient de réels géants. La gauche française, elle, au contraire, « co-construit » (comme elle dit si bien) des moulins à vent en voulant nous faire croire que ce sont de dangereux géants ! Malheureusement pour elle le temps est sans doute révolu où pareille illusion pouvait encore fonctionner.

Évaluation de la gestion de la crise Covid-19: un rapport édulcoré et convenu

Le Suisse Didier Pittet a remis mardi 18 mai à Emmanuel Macron une évaluation complaisante des « forces » et « faiblesses » de la France face à la crise sanitaire. Analyse.


Au décours de la première épidémie de Covid-19 du printemps 2020 et la série de ratés sur la gestion française de la crise, le chef de l’État a nommé le 25 juin 2020 le médecin Suisse Didier Pittet pour rédiger un rapport sur la qualité de la réponse des pouvoirs publics, considérant les aspects sanitaires, économiques et sociaux. Le rapport final est rendu public en mai 2021.

On peut en tout premier lieu se demander pourquoi confier une mission gouvernementale française à un médecin étranger exerçant à l’extérieur du territoire, donc nécessairement moins au fait des arcanes du système de santé français, alors que toutes les compétences scientifiques existent en France. Didier Pitet exerce comme médecin chef du service de prévention et contrôle de l’infection aux hôpitaux universitaires de Genève. Il est connu pour avoir recommandé l’utilisation d’une solution hydroalcoolique à l’hôpital afin d’éviter les infections dites nosocomiales, c’est-à-dire contractées à l’intérieur de l’hôpital. Sa compétence est bien réelle dans le domaine particulier de l’hygiène hospitalière, mais celui-ci n’a strictement rien à voir avec le domaine du contrôle des épidémies en population générale et de l’évaluation des mesures de santé publique contre les pandémies. Confier à un spécialiste en hygiène hospitalière une mission sur l’évaluation de la gestion de la crise sanitaire est aussi logique que de confier en Juin 1944 à un spécialiste du nettoyage des casernes la responsabilité d’évaluer la stratégie militaire du débarquement de Normandie !

On pourrait s’attendre à ce que l’expertise spécifique nécessaire à la mission soit apportée par les coauteurs du rapport. Cela n’est malheureusement pas le cas. Un chat appelant un chat, le seul médecin en santé publique co-auteur du rapport est aussi un expert en… hygiène hospitalière. Les trois autres co-auteurs sont une économiste de l’OCDE, un énarque président de la Cour des comptes, et une médecin chercheur en sciences sociales.

Il faut admettre qu’il est difficile pour le grand public de comprendre les subtilités des spécialités et sous-spécialités médicales et scientifiques. Les médias s’y perdent allègrement depuis le début de la crise sanitaire en présentant des « épidémiologistes » comme d’hypothétiques spécialistes des « épidémies ». Pourtant l’étymologie commune du grec demos (peuple) ne fait pas le synonyme. L’épidémiologie est l’étude de la répartition et des facteurs de risque des maladies. La très grande majorité des épidémiologistes occidentaux interviennent sur l’étude des maladies chroniques et très peu sont compétents dans l’étude des épidémies pour la bonne raison qu’elles sont rares sous nos latitudes. À plus fortes raisons, les virologues, immunologues, réanimateurs, modélisateurs ou urgentistes ne sont pas non plus des spécialistes des épidémies. Malgré leurs bonnes volontés à se rendre disponible dans les médias, interroger ces spécialistes sur les mesures de santé publique contre les épidémies revient à demander à un psychiatre comment opérer une prostate. Les pouvoirs publics ont coutume depuis le début de la crise de s’entourer de scientifiques qui ne sont pas des experts en épidémie : le « Conseil Scientifique » institué par le chef d’État ne comprend en effet aucun spécialiste en dynamique des épidémies, ni en évaluation des mesures de santé publique contre les épidémies, ni en coronavirus… 

Ce manque d’expérience et d’expertise spécifique est favorable aux lieux communs, comparaisons superficielles et aux confusions. C’est ainsi notamment que les auteurs du rapport cautionnent allègrement les messages du gouvernement en confondant l’effet de la pandémie elle-même et l’effet des mauvaises mesures prises contre la pandémie, ce qui n’est pas la même chose.  C’est comme si on refusait de distinguer les effets d’une maladie avec les effets secondaires des traitements supposés soigner la maladie. La mission prétend pourtant s’être appuyée sur des travaux scientifiques en épidémiologie, économie et sociologie complétée par l’audition de 200 personnalités du monde de la santé, du monde économique, de la sphère sociale, publique, internationale et d’experts des sciences humaines et sociales. Malheureusement le peu de références du rapport ne permet pas de savoir sur quels travaux scientifiques ce rapport s’est appuyé, ni qui sont les 200 personnalités interrogées et ce qu’il est ressorti de ces entretiens. La méthodologie de réalisation de la mission n’est pas floue, elle est inexistante. 

Elle semble être uniquement destinée à soutenir la communication de l’Élysée puisque la conclusion de ce rapport peut se résumer par les quatre points suivants :

  • Le niveau de préparation à la crise était insuffisant (sous-entendu à cause principalement des gouvernements précédents…)
  • Le premier choc de la pandémie expliquerait et justifierait la brutalité des réponses du pouvoir public contre les libertés individuelles (sous-entendu le gouvernement a été efficace contre le premier choc…).
  • Les autorités sanitaires auraient su tirer les enseignements de leur expérience pour améliorer le pilotage, en particulier grâce à des mesures proportionnelles de confinement et la préservation du tissu économique et social (sous-entendu la générosité du gouvernement a permis de préserver la nation…)
  • L’engagement et la mobilisation des « acteurs » aurait été remarquable (sous-entendu le gouvernement a acquis la pleine confiance des « soignants » et des institutions…)

Aboutir à ces messages impose d’avoir simplifié de façon biaisée la réalité en réalisant nécessairement de grossières impasses pour colporter des dogmes masqués sous des critiques bienveillantes. À titre d’exemple, le confinement total, mesure inédite dans l’histoire de la lutte contre les épidémies, est présentée par les auteurs comme ayant permis de réduire considérablement la circulation du virus, sans aucune discussion ni références sur la controverse scientifique internationale à propos de ce point précis. Pourtant, des travaux scientifiques de plus en plus nombreux établissent que le confinement généralisé est une mesure inutile et dangereuse car favorisant entre autres les contaminations au foyer. Ces études ont purement et simplement été ignorées. Cela a l’avantage de ne pas avoir à formuler de critiques sur l’absence de justification scientifique à propos des nombreuses privations de liberté imposées à la population sous couvert d’État d’urgence, comme l’interdiction de la population au printemps 2020 de se promener en plein air sur une plage, en montagne ou en campagne (soit à l’air libre où il n’y aucun risque de contamination). De la même façon, aucune critique sur la fermeture administrative de nombreux lieux sans justifications scientifiques ne sont formulées : restaurants, théâtres, musées, pistes de ski… Le rapport se cantonne à évoquer les conséquences sociétales et psychologiques négatives du confinement, mais astucieusement sans le remettre en question puisqu’il décrète sans discussion que la mesure aurait été efficace grâce un raccourci rhétorique manipulatoire « cause-effet » de phénomènes concomitants. Peu au fait de l’évolution naturelle des épidémies, les auteurs méconnaissent qu’une épidémie à virus respiratoire a sa dynamique propre, indépendamment des mesures de protection prises. Cette dynamique est liée entre autres à la saisonnalité, ainsi qu’à de nombreux cofacteurs inconnus qui font que l’épidémie peut disparaître définitivement (ou non) comme elle est apparue.

Enfin, 40 propositions tombées du ciel sont formulées en fin de rapport sans explications. Ils constituent une liste de lieux communs, vœux pieux et banalités médico-administratives, notamment :

Développer des collaborations diverses, Engager un processus de travail continu, Renforcer l’appareil statistique de mesure, Accroitre la place de la santé publique, Renforcer la légitimité de Santé publique France, Créer auprès du Directeur Général de la Santé une fonction de délégué pour la prévention et le risque infectieux, Mettre en place un plan de renforcement des ARS au niveau départemental, Renforcer l’effort de réduction des facteurs de risque (obésité, alcoolisme, tabagisme, sédentarité…), Améliorer le dispositif de prise en charge des personnes âgées, Renforcer les capacités françaises en matière de modélisation, Poursuivre la démarche d’évaluation de l’impact de la crise sur la santé mentale des populations, Mener une étude sur la trajectoire des entreprises en difficultés…

Malgré son ambition de traiter les conséquences de la crise, les questions les plus importantes sont toujours sans réponses :

  • La proclamation de l’État d’urgence permettant la concentration de tous les pouvoirs était-elle justifiée ?
  • Comment vont être financés les 424 milliards d’Euros de coûts de la crise sur trois années ?
  • Pourquoi ne pas avoir investi une petite partie de ces sommes dans l’amélioration du système de santé afin de le rendre plus efficace à mieux assumer les futures pandémies ? Le chef de l’État avait bien expliqué en avril 2018 à des professionnels de santé dénonçant la crise des hôpitaux qu’il « n’y avait pas d’argent magique… ». D’où viennent alors la pluie de milliards dépensés pour compenser les mesures administratives de blocage de la société ?

À l’évidence, ce rapport est une compilation convenue destinée à ne pas blesser son commanditaire, malgré des critiques superficielles et quelques comparaisons internationales dignes du niveau d’un mémoire d’élève infirmière.

Les pieds nickelés américains en Ukraine

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Hunter Biden lors d'une réunion du Programme alimentaire mondial des Nations unies, Washington D.C., 12 avril 2016 © Teresa Kroeger/Getty Images via AFP

Aux États-Unis, l’Ukrainegate, fouillis incompréhensible de mensonges, rumeurs et faits décontextualisés repris par des médias déboussolés, devait atteindre Joe Biden à travers son fils Hunter. Lequel n’est peut-être pas très clean, mais Rudolf Giuliani, missionné par le clan Trump et épaulé par une bande de bras cassés, a été incapable de le prouver.


Le 11 janvier 2021, neuf jours avant l’investiture de Joe Biden et cinq jours après l’attaque contre le Capitole, Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor et l’un des rares responsables de l’administration Trump à avoir servi pendant l’intégralité du mandat présidentiel, a annoncé des sanctions contre sept anciens et actuels responsables ukrainiens qui, selon lui, étaient associés à « un réseau d’influence étrangère lié à la Russie ». Selon ce fidèle parmi les fidèles de Donald Trump, « les campagnes de désinformation russes visant les citoyens américains constituent une menace pour notre démocratie. […] Les États-Unis continueront à défendre agressivement l’intégrité de nos systèmes et processus électoraux. » Cette annonce met fin à un chapitre sordide et surréaliste de l’histoire politique américaine, le dernier acte du scandale de l’« Ukrainegate » qui a déclenché le premier procès en destitution de Donald Trump.

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Les propos on ne peut plus clairs de Mnuchin sont également une réprimande à l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, avocat et confident de Donald Trump. Répondant avec un dévouement zélé à l’insistance de l’ancien président, Giuliani s’est lancé dans une quête frénétique de ce que l’on appelle en russe des « kompromat », autrement dit, des renseignements compromettants sur les activités ukrainiennes de Hunter, le fils tourmenté de Joe Biden. Dans son communiqué, le département du Trésor (de l’administration Trump) a en effet souligné que, pour discréditer le candidat démocrate, Giuliani avait « fomenté directement ou indirectement, parrainé, dissimulé ou autrement encouragé une ingérence étrangère cherchant à subvertir l’élection présidentielle américaine de 2020 ». La main gauche a dénoncé la main droite quelques jours à peine avant le départ définitif de Donald Trump vers Mar-a-Lago. Cet imbroglio met en lumière la lutte des autorités ukrainiennes contre la corruption des élites, mais aussi la tendance actuelle des milieux politiques américains à adopter des pratiques dignes d’un régime bananier.

Hunter Biden, boulet politique de Joe ?

Pourtant, en 2019, à plus d’un an des élections présidentielles, les activités ukrainiennes de Hunter Biden semblaient constituer, aux yeux de Trump, l’arme parfaite pour atteindre deux objectifs politiques : impliquer son ennemi, Barack Obama (à travers son vice-président), et les démocrates en général dans une affaire de corruption et liquider la carrière politique de celui qui deviendra son rival, « Sleepy Joe » (Biden ne s’est imposé dans les primaires démocrates qu’à la fin du printemps 2020).

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Résumons l’affaire : en 2014, après la révolution de Maïdan et la destitution du président prorusse, Viktor Ianoukovytch, l’administration Obama fait tout son possible pour appuyer le nouveau gouvernement d’Arseni Iatseniouk dans ses tentatives pour instaurer un véritable régime démocratique et se libérer de l’hégémonie russe. C’est Joe Biden, alors vice-président, qui est chargé de mener à bien ce programme car le secrétaire d’État, John Kerry, qui a remplacé Hillary Clinton début 2013, est alors occupé par la gestion de la crise syrienne, les négociations entre Israéliens et Palestiniens et le dossier nucléaire iranien. Une des conditions imposées par les Américains est que l’Ukraine élimine la corruption endémique qui sape aussi bien son économie que ses efforts pour devenir un État de droit et une démocratie libérale. Depuis 2012, le bureau du procureur général à Kiev enquêtait sur Mykola Zlochevsky, propriétaire d’un important groupe dans le secteur de l’énergie, Burisma Holdings, soupçonné de corruption et de fraude fiscale. Des accusations d’autant plus graves que Zlochevsky était un ex-ministre de l’écologie ! Or, au mois d’avril 2014, à l’époque même où Joe Biden est censé mettre la pression sur le gouvernement ukrainien pour poursuivre sa campagne anticorruption, son fils, Hunter, rejoint le conseil d’administration de… Burisma Holdings. Une bonne planque rémunérée quelque 50 000 dollars par mois.

Rencontre entre le président américain Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky au siège des Nations unies, 24 septembre 2019 © The White House/Wikimedia Commons

Que Joe Biden permette à son fils de bénéficier d’un tel contrat révèle une erreur de jugement monumentale. En effet, il est plus que probable que le jeune Biden, un homme fragile avec une vie personnelle très compliquée, cherchait à tirer profit de son nom de famille. L’intéressé l’a confirmé dans un entretien accordé début avril 2021 à la BBC à l’occasion de la sortie de son autobiographie, Beautiful Things. « Je pense, avouait-il, qu’ils ont vu que pour eux, mon nom valait de l’or. » D’ailleurs, il a le profil typique de cette catégorie aujourd’hui grandissante d’héritiers nantis et décadents appartenant à des familles de politiciens démocrates comme républicains. Avec un instinct aussi sûr que machiavélique, Trump a compris que Hunter représentait une bombe à retardement pour la campagne électorale des démocrates, puis de son père. On comprend que le citoyen états-unien lambda éprouve de la rancœur en voyant son pays transformé en une version moderne de la Rome impériale tardive, avec une classe de bons à rien avides de plaisirs qui exploitent leur nom de famille pour s’enrichir dans des pays lointains comme l’Ukraine. (D’ailleurs et sans lien avec l’affaire ukrainienne, le tabloïd britannique The Daily Mail a publié le 11 avril des photos de Hunter Biden, nu ou en compagnie de prostituées, avec ce qui ressemble à de la drogue dans le plan). Pour autant, Biden père est-il pris en flagrant délit de conflit d’intérêts, comme Trump voulait le faire croire ?

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En 2015, un nouveau procureur, Viktor Chokine, est nommé à Kiev avec la mission de redoubler de zèle dans les enquêtes pour corruption, dont celle sur Zlochevsky. Le mot de « zèle » est le moins apte à décrire cet homme qui a consacré plus de temps à siroter des boissons fraîches dans des banyas qu’à réformer le système judiciaire ukrainien. La seule fois où je l’ai rencontré, fugitivement, dans un hôtel à Kiev, il m’a fait l’impression d’un homme excessivement détendu. Tant qu’il restait procureur, Burisma Holdings ne craignait rien. Hunter Biden non plus. C’est pourtant l’inaction de Chokine sur ce dossier, comme sur bien d’autres, qui pousse Joe Biden, fin 2015, à exiger le limogeage du procureur, conformément à la politique commune de son pays et de l’UE. C’est chose faite par le Parlement ukrainien en mars 2016. Le futur tombeur de Trump n’a donc nullement cherché à protéger Burisma, et par ricochet son fils, des poursuites. Mais Donald Trump va s’employer à faire accroire le contraire.

Les colporteurs de kompromat

C’est ainsi que Giuliani, lancé à la poursuite d’un hypothétique scandale de corruption estampillé Joe Biden, constitue un réseau d’intermédiaires louches et véreux censés lui fournir des renseignements compromettants susceptibles d’être ensuite fourgués aux médias américains. Ce faisant, Giuliani – qui ignorait tout de l’Ukraine et de ses milieux politiques –a créé un véritable marché noir pour les kompromat. Toute une foule d’hommes de main politiques – maîtres-espions liés à la Russie, députés corrompus, anciens procureurs déshonorés… – s’est empressée de répondre à l’appel, chacun cherchant son intérêt particulier. Un ancien diplomate et intermédiaire professionnel, Andrii Telizhenko, a joué le facteur entre eux et Giuliani. Trop heureux d’entrer dans les bonnes grâces de l’ancien maire de New York, de plus en plus obsessionnel et rancunier, ces individus sans scrupules alimentaient son appétit vorace avec un cocktail d’informations véridiques, de faits falsifiés ou spéculatifs et d’allégations invérifiables. J’ai moi-même été appelé à témoigner dans une enquête officielle aux États-Unis après que Telizhenko m’a proposé des pots-de-vin pour que j’entreprenne une opération illégale de lobbying pour les intérêts russes en Ukraine auprès du Sénat américain.

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Dans le dispositif monté par Giuliani, un autre acteur clé est Andrii Derkach, un parlementaire ukrainien connu comme prorusse et un authentique disciple de Machiavel. Fils du chef des services de renseignement ukrainiens dans les années 1990, il a été formé à l’académie du KGB à Moscou. Il est lié aux quatre entreprises médiatiques qui ont transmis à la presse américaine le fouillis inextricable de mensonges, de rumeurs et de faits réels décontextualisés supposé répondre à la commande de Trump. Il fait partie des parlementaires sanctionnés par le Trésor américain le 11 janvier avec Telizhenko, le parlementaire Oleksandr Dubinsky, l’ancien législateur et play-boy international, Oleksandr Onyshchenko, aujourd’hui en cavale ; et l’ancien procureur Konstantin Kulyk. Ils sont loin d’incarner l’avant-garde de la démocratie en Ukraine.

L’ingérence, une nouvelle norme ?

Quoique fondé en partie sur des faits réels, l’Ukrainegate, tout comme son grand frère, le Russiagate, révèle les pratiques scandaleuses, non seulement des politiciens américains, mais aussi des médias traditionnels. Ces derniers ont fait preuve d’un sectarisme et d’un manque de professionnalisme affligeants. Les journalistes ont rivalisé à qui mieux mieux pour déformer les faits de base, méconnaître les véritables motivations des différents acteurs et brouiller l’ordre chronologique des événements. Ils ont exhibé leur ignorance totale face aux réalités politiques en Ukraine, mettant dans le même sac des individus qui appartenaient souvent à des factions concurrentes et hostiles. Certes, les affaires de Hunter Biden représentaient une bonne occasion pour noircir la réputation de Joe. Mais autant en 2016, l’entourage de Trump avait eu la main heureuse avec les e-mails de Hillary, autant en 2020 il a été malhabile. L’ingérence russe dans les élections américaines en 2016 se réduisait à un projet de déstabilisation relativement simple dont le but était de créer un maximum de chaos pour un budget minimal. Mais le programme de 2020 visant à exploiter les affaires ukrainiennes de Hunter Biden pour détruire son père a été, selon l’agent d’un service de renseignements occidental, « une opération de désinformation beaucoup trop compliquée et extrêmement confuse qui ne pouvait qu’échouer ».

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Qu’elles soient l’œuvre de services de renseignement étrangers ou organisées de connivence avec des politiciens locaux, ces opérations d’ingérence dans des élections occidentales sont appelées à se multiplier, grâce notamment aux médias sociaux qui court-circuitent le filtrage exercé par les médias traditionnels. Difficile de résister à la tentation de peser sur le résultat des urnes pour un investissement modique. De plus, la polarisation partisane exacerbée aux États-Unis oblige les gouvernements étrangers à choisir leur camp, mettant en péril les bonnes relations entre États. La présidence Trump n’a fait qu’exacerber des tendances préexistantes et exposer au grand jour une problématique qui couvait depuis longtemps. Il est tragique, et peut-être ironique, qu’au moment où l’Ukraine tente de stabiliser sa démocratie, elle soit instrumentalisée pour miner le système démocratique américain.

Israël-Palestine: cette Shoah qui ne passe toujours pas

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Roquettes tirées sur Israël depuis Gaza, 11 mai 2021 © Mahmoud Al-Hende \ apaima/SIPA Numéro de reportage : 01018601_000003

Lors de la Deuxième Intifada, déjà, notre maître à tous en journalisme, Françoise Giroud, écrivait dans Le Monde (1) : « Avec une rapidité remarquable, dès la première pierre de la seconde Intifada, un retournement s’est produit, saisissant (…) Enfin ! On a le droit de dire du mal des Juifs ! À Paris, les personnes de bon goût ne comptent que les morts palestiniens. Quand on arrive aux autres, on ne sait plus compter. D’ailleurs, ce sont des goujats… Les fils d’un peuple supplicié devraient savoir se tenir à table, je veux dire à la guerre, et prendre les coups sans les rendre, c’est à peu près ce qu’ici et là on entend et on lit (…) »

Qu’est-ce qui a changé depuis 20 ans ? Mis à part le soutien et la solidarité de quelques pays européens pour l’État hébreu (dont l’Autriche), ou l’une ou l’autre tribune courageuse, le constat de Françoise Giroud reste totalement d’actualité. 

Accumulant les roquettes ces derniers mois, le Hamas a bombardé sans sommation Israël, sous le prétexte d’échauffourées à Jérusalem, et chacun appelle Israël à la « retenue ». Imaginons que Paris et Lyon soient bombardés depuis la Suisse par une organisation inscrite par l’Union européenne, sur la liste des organisations terroristes… Qu’ordonnerait Emmanuel Macron à l’armée française ? De rester dans les casernes ? Que dirait Jean-Luc Mélenchon ? Appellerait-il à ce que cessent les « exactions » de l’armée française ? 

Les Israéliens vivent en ce moment terrés dans leurs abris, à demi protégés par un très coûteux « dôme de fer » sans lequel on déplorerait des centaines voire des milliers de morts israéliens.

Le Hamas, « branche palestinienne » des Frères musulmans (2) et stipendié par l’Iran, vise en priorité les civils ; Israël, au contraire, prévient les populations avant de bombarder des cibles militaires mélangées, à dessein, par le Hamas au milieu de sa propre population. 

Avec le Jihad islamique, le Hamas contrôle, via un coup d’État, d’une main de fer cet étroit territoire deux fois comme Marseille. Il avait promis de nouvelles élections transparentes en 2019 mais elles n’ont jamais eu lieu. 

Israël s’est retiré de Gaza en 2005. Ariel Sharon, Premier ministre à l’époque, a ordonné à l’armée israélienne de déplacer par la force les « colons juifs » qui vivaient là, au risque d’être comparé par ces irréductibles à un nazi. 

Depuis 2005, le Hamas aurait eu mille fois le loisir de gérer Gaza en bon père de famille, en paix avec Israël et l’Égypte. Il aurait pu transformer Gaza, avec les aides reçues de l’UE, des États-Unis et du monde arabe, en une sorte de Singapour du Proche-Orient, avec banques, start-ups et hôtels de luxe. Dans cette hypothèse, aucun blocus, ni du fait d’Israël, ni du fait de l’Égypte, n’aurait jamais eu lieu. 

Les Accords « Abraham » signés par les Émirats arabes Unis, Bahreïn, d’une part et Israël, d’autre part, sous l’égide de Donald Trump, démontrent que la paix entre Arabes et Israéliens est possible. La paix entre l’Égypte et Israël, signée en échange du retrait du Sinaï (trois fois la superficie d’Israël), est solide. 

Au lieu de cela, le Hamas préfère la lutte armée car signer la paix signifierait pour ce groupe islamiste mortifère de type mafieux, la disparition politique. Le mouvement terroriste sait que la guerre contre Israël ne peut être gagnée, mais il légitimise son pouvoir par la violence, prenant en otage sa propre population. En bombardant Israël, il savait que son peuple subirait des contre-mesures. Il n’en a cure. La souffrance actuelle des Gazaouis est la responsabilité du Hamas, pas d’Israël.

Quant à l’Europe, traumatisée par la Deuxième Guerre mondiale, elle est littéralement obsédée par le conflit israélo-palestinien pourtant de basse intensité par rapport à de nombreux conflits en Afrique.  Car notre continent y voit le moyen de se laver de sa culpabilité par rapport à l’Holocauste. Tant que l’ancien opprimé (le Juif supplicié à Birkenau transmuté en Israélien armé et fier de l’être) domine le nouvel opprimé (l’Arabe palestinien sans État), on peut, sans vergogne, rajeunir le vieil antisémitisme chrétien (« Les Juifs ont tué le Christ ») puis racial, devenu un délit pénal, sous des apparences, plus socialement acceptables, d’antisionisme. Avantage insigne des Palestiniens, par rapport aux Ouïghours ou aux Rohingyas… 

Car soyons intellectuellement honnêtes : si Israël était un pays arabe, l’Europe se soucierait comme d’une guigne des Palestiniens. 

Quant aux quelques contempteurs d’Israël sincèrement empathiques envers le peuple palestinien (il y en a), le clientélisme aura tôt fait de les conforter dans leur manichéisme : la cause palestinienne rapporte dix fois plus d’électeurs (et de lecteurs…) que la défense des intérêts Israël, la France comptant quelque 7 millions d’Arabes pour seulement 600 000 Juifs…

Sur la nouvelle question juive

Prix: 9,50 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 9,50 €

(1) « Cette Shoah qui ne passe pas », Françoise Giroud, Le Monde du 13 juin 2002

(2) Ses fondateurs, Sheikh Ahmed Yassin, Abdel Aziz al-Rantissi et Mohammed Taha, sont tous les trois issus des Frères musulmans.

Biélorussie: Loukachenko fait d’une pierre deux coups

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Le président biélorusse Alexandre Loukachenko, lors d'une visite officielle en Serbie, au palais de Belgrade, le mardi 3/12/2019 © OKSANA SKENDZIC/SIPA Numéro de reportage : 00935412_000066

L’interception du vol de Ryanair entre Athènes et Vilnius qui transportait un opposant au régime, suivie de l’arrestation de ce dernier ainsi que de sa compagne, a entraîné de nombreuses réactions des dirigeants européens, qui devraient selon toute vraisemblance prendre des sanctions contre Minsk. Mais n’était-ce pas là un des objectifs poursuivis par le président Loukachenko ?


Il devrait en tout cas être gagnant sur deux tableaux. D’une part en portant un coup à son opposition, à commencer par celle réfugiée à l’étranger, et d’autre part en soudant autour de lui la part de la population biélorusse qui le soutient, grâce aux réactions occidentales.

Un opposant majeur arrêté

L’opposant en question, Roman Protassevitch, a fait des études de journalisme en Biélorussie, et avait été renvoyé de l’université à cause de son activisme contre le régime. Il a ensuite exercé son métier en dehors de son pays d’origine, où il avait été arrêté en 2017 à cause d’une participation supposée à un rassemblement non autorisé. Des informations selon lesquelles il aurait des sympathies pour des groupuscules d’extrême droite circulent sur Internet, il aurait notamment fait partie du service de presse de l’organisation du « Bataillon d’Azov ». Toutefois, le fait que ces informations soient datées de l’automne 2020, lorsqu’il a commencé à faire l’objet d’un mandat d’arrêt, rend probable l’hypothèse qu’elles soient fabriquées ou exagérées.

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Mais c’est le fait qu’il soit le co-fondateur de Nexta, un média qui a joué un rôle important dans les manifestations qui ont eu lieu en 2020 contre le président Loukachenko, qui est à l’origine de son arrestation spectaculaire. Il s’agit d’une chaîne YouTube, désormais diffusée via Telegram, et qui compte 1,2 million d’abonnés à l’heure actuelle.

La base arrière de l’opposition visée

Par ailleurs, Roman Protassevitch vivait entre la Pologne et la Lituanie. C’est également dans ce dernier pays que Svetlana Tikhanovskaïa, la candidate de l’opposition à la présidentielle de 2020, a trouvé refuge. Ces deux États accueillent en effet depuis les années 2000 des opposants au régime biélorusse. Du reste, en plus d’être proches géographiquement de la Biélorussie, ils ont un lien historique fort avec ce pays, puisque le territoire de cette dernière a longtemps fait partie du royaume de Pologne-Lituanie, situation que l’on a partiellement retrouvée lors de la résurrection de la Pologne en 1919.

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Varsovie cherche clairement à influer le cours des choses de l’autre côté de la ligne Curzon, où vivent encore 400 000 Polonais. Des médias libres à destination de la population biélorusse opèrent également depuis la Pologne, comme la chaîne de télé Bielsat, ou encore la Radio européenne pour la Biélorussie, pour laquelle a travaillé Protassevitch.

Des sanctions à l’impact limité

Cet incident va entraîner un nouveau train de sanctions pour la Biélorussie, qui s’ajouteront à celles déjà prises suite à l’élection présidentielle de 2020. À l’époque, 88 personnes dont le président Loukachenko, avaient été interdites de voyage dans l’Union européenne. Outre les mesures visant des personnalités liées au régime, les secteurs de la chimie et de l’énergie pourraient être visés, ainsi que…

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Witold Pilecki: un héros inoubliable

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Sur cette photo de 1940 fournie par l'Institut de la mémoire nationale, on voit Witold Pilecki en tant que détenu du camp d'extermination d'Auschwitz © Anonymous/AP/SIPA Numéro de reportage : AP21286388_000010

Ce Polonais, assassiné le 25 mai 1948 par le régime communiste, a joué un rôle essentiel dans la résistance contre un autre régime totalitaire, celui de l’envahisseur nazi. Il a été parmi les premiers à alerter les alliés et le monde sur l’existence et l’horreur de la « Solution finale. »


Le courage a-t-il des limites ? Chez certains hommes, la réponse est tout simplement : non. Le 25 mai, ceux qui ont le souci de commémorer l’héroïsme ont rendu hommage à Witold Pilecki, l’officier et résistant polonais qui a combattu le nazisme et le communisme et qui a été torturé successivement par les bourreaux de ces deux régimes barbares. Interné volontairement à Auschwitz, il a réussi à communiquer au monde extérieur les premières informations sur les horreurs de ce dispositif concentrationnaire et sur l’extermination méthodique des juifs.

Né en 1901 dans l’empire des Tsars, descendant de la noblesse terrienne polonaise, Pilecki prend part à la guerre patriotique des Polonais contre l’Union soviétique entre 1919 et 1921 et est décoré pour son courage. En 1939, il est de nouveau mobilisé comme capitaine de cavalerie dans le combat contre l’invasion de son pays par les nazis. Après la défaite, il participe à la création du premier mouvement de résistance clandestin. En 1940, il se porte volontaire pour infiltrer le camp d’Auschwitz afin de se renseigner sur ce qui se passe à l’intérieur et d’y créer un mouvement de résistance. Le 19 septembre, il se laisse arrêter sous un faux nom et, avec d’autres détenus, est torturé pendant deux jours avant d’être envoyé au camp de concentration où il est assujetti au dur régime de travaux forcés et de sévices. Une fois à l’intérieur, il réussit à organiser un réseau pour l’entraide des prisonniers et la collecte de renseignements. Ceux-ci sont transmis petit à petit au monde extérieur, notamment à travers des évasions de détenus polonais et l’usage d’une radio clandestine. Pilecki décide de s’évader lui-même en avril 1943 et, une fois en liberté, rédige un rapport plus complet contenant des informations précises sur la « Solution finale. » Tragiquement, l’accueil initial réservé à ces rapports par les alliés à Londres est marqué par l’incrédulité.

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Promu capitaine de cavalerie par les autorités polonaises en exil, il rejoint la résistance à Varsovie et participe à la grande insurrection dans cette ville d’août à octobre 1944. Lorsqu’elle est enfin matée, il est envoyé en Allemagne comme prisonnier de guerre. A la libération du camp où il est interné, il est affecté aux forces polonaises libres en Italie et rédige un mémoire personnel sur ses expériences à Auschwitz. En décembre, il retourne à Varsovie pour le compte du gouvernement polonais en exil à Londres afin de recueillir des informations sur l’occupation soviétique de la Pologne. Ignorant des ordres le rappelant à Londres, il prolonge son séjour afin de réunir des documents et des preuves sur les atrocités commises en Pologne par l’armée soviétique entre 1939 et 1941, ainsi que la persécution des opposants au nouveau régime soviétique. Il est arrêté en mai 1947 et de nouveau torturé, cette fois par des communistes.

Selon lui, en matière de tortionnaires, les rouges étaient encore plus sauvages que les bruns. Lui qui a consacré tant d’efforts à recueillir des informations, n’en divulgue aucune sur son réseau de contacts. Après un simulacre de procès, il est exécuté lâchement d’une balle dans la nuque. Sous le régime communiste, il est considéré comme un traître. Sa mémoire n’est pas entretenue ; on ne sait même pas où son corps a été enterré. Finalement, il est réhabilité en 1990. En 2008, il reçoit à titre posthume la plus haute décoration que l’État polonais puisse décerner et, en 2013, il est promu colonel. L’humanité lui doit encore bien des commémorations.

On touche le fond: des bougies à senteur vaginale !

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Gwyneth Paltrow, fondatrice et directrice de la société Goop lors d'un colloque pendant l'Advertising Week, New York, Septembre 2019 © Andrew Schwartz/SIPA Numéro de reportage : 00925440_000010

Une plainte a été déposée contre Goop, la société créée par l’actrice Gwyneth Paltrow.


Les produits dérivés font la fortune de ceux qui les produisent. Les maillots à l’effigie de Neymar rapportent beaucoup au PSG. Les Nike signées par de célèbres basketteurs remplissent les caisses de cette firme mondialement connue. Il y a une exception à cette règle : Macron commercialise un produit dérivé du nom de LREM et ne fait pas recette…

L’actrice Gwyneth Paltrow s’est lancée à son tour dans cette lucrative activité. Le nom de sa marque : Goop. Goop n’a qu’un seul produit dérivé : les bougies. Pas n’importe quelles bougies : les bougies à senteur vaginale ! Elles sont coûteuses : 75 dollars pièce. Mais ce prix est justifié car il s’agit d’un grand cru. Sur les boîtes de bougies vendues par Gwyneth Paltrow figure en effet l’inscription suivante : « This smells like my vagina ». Garantie AOC.

Il y a des imbéciles et des idiotes pour acheter ça. Ne riez pas grassement. Car il faut y voir un signe, parmi tant d’autres, de l’absolue décadence de la civilisation américaine. Gwyneth Paltrow et ses bougies illustrent cet abaissement volontaire.

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L’actrice américaine a parfaitement intégré le fonctionnement du système capitaliste : tout se vend, tout s’achète. Quand il y a une demande vient aussitôt l’offre. Mais souvent, car le capitalisme est très souple, on crée l’offre pour faire naître la demande. C’est ainsi que les bougies à senteur vaginale connaissent un incontestable succès. Les produits de Gwyneth Paltrow seraient restés ignorés de nous si un accident de parcours n’avait pas suscité la curiosité des médias.

Un client de l’actrice a failli être gravement blessé à cause de ces bougies. Il en avait acheté un paquet. Il en a allumé une. Et, boum, elle a explosé. Meurtri et déçu, il a réclamé pour lui, et pour toutes les autres victimes, 5 millions de dollars à Gwyneth Paltrow. Il s’agit là d’une « class action » parfaitement reconnue aux États-Unis. Si elle est condamnée, l’actrice devra vendre beaucoup de bougies pour payer l’amende.

Ça en fait des orgasmes en perspective. Mais peut-être que l’ingénieuse Gwyneth Paltrow s’en tirera en faisant figurer sur ses paquets de bougies la mention « Attention, orgasmes explosifs ! ». Et avec l’argent qu’elle en retirera, elle pourra s’acheter des bougies à senteur de sperme…

Quarante ans de « Quoi qu’il en coûte »

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Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, lors d'une visite sur le site d'ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, près de Marseille, 26 mars 2021 © Christophe SIMON / AFP

En dépit des signaux adressés à destination de Bruxelles, la distribution massive d’argent public ne s’arrêtera pas avant mai 2022. Tradition nationale, la gestion dispendieuse coïncide désormais avec l’intérêt bien compris du futur candidat Emmanuel Macron.


Bruno Le Maire, entouré des meilleurs experts de Bercy, a pris un engagement qui fera date pour tous les Français, notamment ceux sensibles à l’humour : la France, promet le ministre, va arrêter la course au surendettement autour de, disons (en gros, hein)… 2030 – soit tout de même trois ans après la fin du deuxième mandat de l’« ultralibéral » Emmanuel Macron. Un éclat de rire bienvenu dans la grisaille pandémique, que l’on doit à un rapport de Jean Arthuis remis mi-mars au gouvernement. Ce travail d’ampleur servira non seulement à caler un meuble à Matignon, mais éclairera les générations futures sur la malice de tous les Buster Keaton de la haute fonction publique.

L’objectif affiché par Bercy n’en demeure pas moins, hélas, de refermer la parenthèse enchantée du « quoi qu’il en coûte », une trêve ouverte en Europe à l’occasion de la crise du Covid, mais effective en France depuis un peu plus longtemps – mai 1981, quarante ans tout de même, ça file ! Quelles qu’aient pu être en effet les intentions des successeurs de François Mitterrand, tous ont laissé au suivant toujours plus de dettes, de déficits, de dispositifs sociaux aussi généreux que financés à crédit. Deux axiomes, partagés par toute la classe politique, résument la doctrine budgétaire hexagonale. Primo, on ne réforme pas en période de crise – ce serait trop brutal (méthode Sarkozy reprise par Macron). Deuxio, quand ça va un peu moins mal, on ne réforme pas non plus, puisque précisément (couillon) ça va mieux – approche jospino-chiraquienne. Ce socle théorique robuste, affiné à la marge par tous les partis – les différentes oppositions se contentant de déplorer que l’on n’en fît jamais assez –, obtient régulièrement l’assentiment de Français hostiles à toute logique comptable. Ouverts au compromis, certains électeurs se révèlent toutefois favorables à des économies, à condition qu’elles ne les concernent sous aucun prétexte. Dans l’ensemble, écœurés par les salaires des traders (mais pas par ceux des footballeurs), ils ont intégré qu’aux séismes économiques de 2008 et 2020, les puissants ont répondu par l’injection de milliards par milliers – preuve à leurs yeux que, d’un point de vue doctrinal, du pognon, il y en a. Conscients du poids de la France au sein de la zone euro et du chantage récurrent que le too big to fail gaulois fait peser sur elle, ils ont donné à leurs représentants un mandat clair : que rien ne change jamais vraiment. Et ça marche.

La gabegie est partie intégrante du contrat social français

La gabegie constitue en effet une des valeurs sacrées de la République, placée sous le haut patronage du Conseil national de la Résistance, dont le programme « Les Jours heureux » offre une ombre tutélaire et interventionniste inattaquable. Le modèle social français repose ainsi sur un triptyque simple : dépenser, claquer, flamber. À gauche, l’impéritie s’est révélée constitutive de son ADN, aucun souci de ce côté-là. On se souvient de l’hystérie provoquée par le débat sur l’identité nationale, un questionnement auquel certains avaient répondu « l’identité française, c’est la sécurité sociale », autrement dit, un coffre-fort (dé)garni en libre-service. Les électeurs n’ont au demeurant porté la droite au pouvoir que pour lui confier leur sécurité. Ils lui ont en revanche toujours interdit concrètement de mener à bien une quelconque réelle politique d’« austérité » – terme à connotation désastreuse qu’un communicant inspiré aurait pu travestir en « rebond » ou « sauvetage ». Entre « Les Jours heureux » et l’« austérité », le match est plié d’avance.

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Les tenants de quatre décennies de « quoi qu’il en coûte » ne manqueront pas de souligner l’éclatant succès de leur constance dépensière. Au chômage de masse près (un détail), la France ne s’est pas écroulée et fait encore partie de la zone euro – une monnaie forte distribuée, entre autres, à hauteur de 17 milliards à nos Gilets jaunes. Une politique du chéquier ouvert, plébiscitée par les millions de fonctionnaires, employés publics, retraités, chômeurs, allocataires divers (ainsi que leurs proches), bataillons synonymes de gros ennuis pour tout gouvernement trop téméraire. Il y a d’ailleurs toujours une élection à gagner, surtout depuis l’instauration du quinquennat. Voilà trente ans que la France promet à ses voisins européens de revenir (vaguement) dans les clous et qu’elle n’y parvient pas, car elle ne le peut, ni surtout ne le veut. Depuis le 21 avril 2002, bonus appréciable, menacer nos partenaires de voir arriver un ou une Le Pen à l’Élysée suffit généralement à calmer tout ce petit monde à Bruxelles.

Les Français se soucient des déficits comme de leur premier masque

Sans surprise donc, les Français partagent ce sentiment d’innocuité apparente des déficits et de la gestion calamiteuse des deniers publics. Accoutumés à des taux de chômage honteux, sacrifice auquel la gauche consent au prétexte qu’elle ne veut pas de « petits boulots » (tout en se faisant livrer des sushis par les esclaves de Deliveroo), la France erre, insensible aux dilapidations endémiques. Les ravages du poison apparaissent pourtant dès qu’une comparaison internationale livre son verdict (PIB par habitant, croissance, classement PISA, etc.), mais ils sont ignorés ou traités comme des fake news. Moment de vérité ultime manqué, la Bérézina du Covid n’a pas réussi à ébranler l’édifice bureaucratique de la santé publique. Bien au contraire, la crise sanitaire figure le triomphe de l’approche budgétaire tricolore. Du FMI à la BCE en passant par la Fed, tous pressent les États d’investir, de dépenser, de s’endetter, « à la Française » en somme. Même les Teutons participent à la fête, alors qu’on ne les y voyait jamais.

L’incontestable expertise française a alors éclaté aux yeux du monde. Elle a su s’appuyer sur une administration toute à sa joie de revenir à ses fondamentaux, synthèse parfaite de deux rois, Crésus et Ubu. Nos ronds-de-cuir ont sans peine trouvé les dizaines de milliards nécessaires à la fermeture des coiffeurs, des librairies ou des merceries (hauts lieux de contamination). Mais pas les 500 millions que les Britanniques ont, eux, mis sur la table de Valneva, biotech nantaise qui aurait développé un vaccin contre le Covid (si l’on en croit la perfide Albion). Là, nous marquerons une pause pour plaindre nos amis anglais d’avoir suivi ce demi-fou de Boris Johnson dans sa fuite du paradis européen. Bref, dopés au principe de précaution, des Courteline 2.0 ont mis en place des aides à destination de chacun des martyrs, non du Covid, mais de la politique anti-Covid. Ainsi, pour évaluer les séquelles post-traumatiques du confinement, un ado peut dorénavant consulter gratuitement un psy. Ante Covid, on cherchait des victimes à indemniser. Désormais on crée dans le même mouvement et la victime et l’alloc’. Dire qu’il y a des salauds pour décrire le système comme inefficace !

Pour tous les drogués de la dépense publique, le shoot du Covid restera un trip dont ils se souviendront longtemps, et on voit mal comment les convaincre de la nécessité de refermer les vannes de l’argent magique. Ce n’est pas au moment où le monde entier se pique que le vieux toxico à béret va décrocher. Surtout à un an d’une élection majeure (couillon).

Le spectre de l’inflation hante Berlin et Bruxelles

Malheureusement pour lui, dans des contrées frontalières où équilibrer un budget n’est pas d’emblée perçu comme une menée fasciste, on commence à s’inquiéter des conséquences de ce déluge de milliards d’euros ou de dollars déversés sur l’économie. Quelque chose qui pourrait ressembler à une incontrôlable hausse des prix. Conséquence mystérieuse de la mondialisation, l’inflation a en effet disparu de nos vies quotidiennes, une absence lisible dans les taux d’intérêt historiquement bas qui en sont le pendant. L’inflation pointe cependant son nez (son cap, sa péninsule) au moment de se loger. La hausse spectaculaire de l’immobilier illustre parfaitement la mécanique des bulles spéculatives, intimement liées aux taux dérisoires auxquels les États s’endettent. C’est parce que laisser son argent à la Caisse d’Épargne ne rapporte rien que tous les milliards du monde servent à acquérir des actifs « réels » : immobilier, actions, Porsche, montres de collection, etc. On peut ainsi gagner 20 000 euros en cinq ans en se donnant la peine de conduire une 911 le week-end. Toutes les familles solvables (et même celles qui ne le sont pas vraiment) peuvent trouver une banque pour acheter un appartement. Et comme toutes les familles solvables en cherchent un (ou plusieurs pour les plus riches), les prix montent, à la satisfaction des propriétaires. Entre les détenteurs de patrimoine et les autres, les inégalités se creusent à vitesse grand V par la magie de taux insignifiants.

Des taux bas favorables aux déficits français comme à la hausse des inégalités

Pour les États les moins endettés, l’avenir passe par une hausse des taux, car elle permettrait de dégonfler les bulles qui se créent partout (pierre, Bourse, bitcoins, œuvres d’art…) en limitant la hausse des inégalités. Elle devrait dans tous les cas intervenir au moindre signe d’emballement des prix à la consommation, un risque désormais réel, pris très au sérieux par l’Allemagne. Que les hedge funds voient cette hypothétique hausse du coût de l’argent d’un mauvais œil, on s’en doute. Mais les actionnaires savent que leurs meilleurs alliés demeurent les États impécunieux, au premier rang desquels on trouve la France. Pour le champion d’Europe de la dette (c’est nous qu’on emprunte le plus, cocorico !), une augmentation brutale des taux tiendrait lieu de nouvelle catastrophe. Savoureux paradoxe, tous ceux qui hurlent à la moindre menace de rigueur budgétaire militent de facto pour les taux zéro et ainsi, à leur insu, pour le creusement des inégalités.

Des pays mieux gérés que le nôtre (il y en aurait) disposent néanmoins d’un moyen efficace de réduire ces inégalités : la hausse des impôts, ce que vient de décider Joe Biden. Hélas, cette souplesse n’est pas de mise chez le champion du monde des prélèvements et de la dépense publique (portée par la grâce de la décroissance covidienne au chiffre soviétique de 65 % du PIB en 2020), où l’augmentation de la fiscalité ne fait pas encore l’unanimité. Comme une espèce de pudeur, surtout, encore une fois, à un an d’une élection majeure (couillon).

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Qu’on se rassure donc, la sortie de Bruno Le Maire sur la maîtrise de nos déficits n’avait d’autre but que de dispenser la bonne parole à nos amis européens – une parole dont ils ont appris à connaître l’absence totale de valeur. Au Haut Conseil des finances (un machin dont j’aimerais voir les bureaux), on a d’ailleurs jugé ses hypothèses « optimistes » et ses futures économies « non documentées ». Ouf ! Il ne manquerait plus qu’elles le soient. Car il ne faudrait pas non plus que Bruno s’emballe trop sur cette thématique. Le recentrage de Marine Le Pen n’ira pas jusqu’à lui faire jouer les mères la rigueur durant la campagne à venir. Son ignorance en matière économique ne rivalise certes pas avec celle de François Mitterrand. Cependant, les conseillers d’Emmanuel Macron n’ont peut-être pas tous oublié que cela n’avait nullement handicapé l’élection de l’homme de Jarnac. En avril 1980[1], il n’était crédité que de 39 % face à Giscard. Marine Le Pen s’affiche à 45 % – six points de plus…

De là à imaginer que les tombereaux de milliards déversés sur le pays n’ont peut-être pas pour objectif unique des investissements vertueux dans la recherche, les universités ou la transition écologique, il n’y a qu’un pas. À douze mois d’une élection compliquée, notre sémillant président paraît prêt à mettre 17 milliards supplémentaires pour que les Gilets jaunes s’abstiennent de reprendre possession des ronds-points. Sans doute apprendrons-nous un jour qu’il les a déjà budgétés.

Notre ministre serait mieux inspiré – mais on s’agite en coulisses – de négocier une annulation partielle de notre dette, celle détenue par la BCE. Ce simple jeu d’écritures ou un autre du même tonneau (des Danaïdes) s’avérera inéluctable pour toute l’Europe du Sud, France incluse. Car du Finistère au Péloponnèse, secret de polichinelle, on ne la remboursera jamais. Après l’argent magique, la comptabilité façon Houdini – seul espoir à court terme de sauver l’euro, Macron… et le toxico à béret.


[1]. Sondage IFOP (re)paru dans Le Figaro du 20 avril 2021.

Les soldats coloniaux: des héros oui, mais aussi des salauds !

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Sophia Loren et Eleonora Brown dans "La Ciociara" (1960) de Vittorio De Sica © RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Le maire socialiste de Marseille Benoît Payan a décidé de retirer le patronyme du conquérant de l’Algérie d’une école.


Bugeaud salaud. Oui, certes. Puisqu’il fut le colonisateur de l’Algérie, brûlant villages et enfumant femmes et enfants réfugiés dans des grottes.

Alors zigouillons le nom de Bugeaud de l’école de Marseille ou de son avenue à Paris. 

Et place aux noms des héroïques soldats coloniaux, puisqu’à l’heure de la cancel culture et de la déconstruction de l’histoire, la bien pensance en est à faire d’eux des héros ayant libéré la “France Blanche” qui les a honteusement occultés et que la liste du comité Blanchard et les gesticulations indigénistes le réclament à grands cris. Enfin, avant de tomber trop vite dans le panneau, regardons-y de plus près quand même. Retour sur une histoire qui déplaira aux décoloniaux.

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Si le courage au combat des soldats coloniaux n’est pas mis en doute et mérite indéniablement un réel hommage, il y a quand même une face cachée : les milliers d’assassinats, d’exécutions et de viols à foison de jeunes filles, femmes, d’adolescents, hommes et même de… curés perpétrés par les unités principalement marocaines lors de la campagne d’Italie entre 1943 et 1944. 

Un ouvrage d’Emiliano Ciotti publié en 2018, Le Marocchinate, chronique d’un viol collectif, et un long article publié dans la Stampa en 2017, La vérité cachée des Marocains, pillage et viol des troupes françaises dans la moitié de l’Italie, en donnent le détail. Et ça fait froid dans le dos. 

Ils violent hommes, femmes, enfants et sodomisent le curé

Plus de 7 000 Italiens et Italiennes ont été violés par les goumiers marocains: « Ces viols, plus tard connus en Italie sous le nom de Marocchinate, étaient contre les femmes, les enfants et les hommes, y compris certains prêtres ! », raconte le maire d’Esperia au Sud de Rome. Dans sa ville, 700 femmes sur 2 500 habitants ont été violées et certaines en sont mortes. Les premiers kidnappings de jeunes femmes italiennes par des Marocains commencent en Sicile. Ils « les considéraient comme leur butin de guerre et les emmenaient en ricanant et en les traitant de tous les noms, comme des prostituées’’. (Article: «Marocchinate : Les goumiers violeurs en Italie» sur le blog Piedsnoirs aujourd’hui). Selon un témoignage recueilli par le professeur Bruno D’Epiro (Source : « Le marocchinate – « Stuprate le Italiane » ), le curé d’Esperia chercha en vain à sauver trois femmes des violences des Marocains “il fut attaché, sodomisé toute la nuit et mourut des suites de ces violences”. 

Des milliers de femmes tombent enceintes : le seul orphelinat de Veroli dans le Latium a accueilli après la guerre environ 400 enfants nés de ces unions forcées. Beaucoup de femmes ont été expulsées de leurs communautés à cause des préjugés de l’époque, répudiées. Certaines ont fini par se suicider ou par émigrer vers d’autres régions. 

Autre témoignage glaçant du livre de Ciotti: « la fille de Valentina, ils l’ont tuée. Elle avait 17 ans, elle était très belle et elle a été violée par 40 soldats. Quand sa mère s’est interposée, ils lui ont coupé la langue et l’ont obligée à regarder…”. Alors des héros, ça ?

Le Pape Pie XII en appelle au général De Gaulle

L’écrivain Norman Lewis, officier britannique, a raconté les événements dans un livre (Naples 44, Paris, Phébus, coll.. « Libretto », 1996) : « 28 mai, les troupes coloniales françaises se déchaînent de nouveau… toutes les femmes de Patricia, Pofi, Isoletta, Supino ou Morolo ont été violées. À Lenola, c’est cinquante femmes qui ont été violées ; comme elles n’étaient pas assez nombreuses, des enfants et même des vieillards y sont passés… les Marocains ont l’habitude de s’attaquer à deux à la même femme, l’un la pénétrant normalement, l’autre la sodomisant… À Castro dei Volsci, les médecins ont dû soigner trois cents personnes, toutes violées, et à Ceccano les Britanniques ont été contraints d’ériger un camp de fortune pour protéger les Italiennes… »

Alerté de toutes parts par différentes unités alliées qui révèlent que des femmes et des jeunes filles, des adolescents et des enfants sont violés dans la rue, des prisonniers sodomisés et des notables castrés, il fallut que le haut commandement anglo-américain intervienne auprès du général Juin, commandant du corps expéditionnaire français pour que cessent ces exactions. 

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Même le Pape Pie XII alerté s’en plaignit auprès du Général de Gaulle. Ceci entraina de nombreuses exécutions de goumiers marocains par l’armée française. Les mêmes sauvageries se répèteront lors de la prise de Freudenstadt, en Allemagne, en avril 1945, quand au moins six cents femmes furent violées dont une partie par des goumiers.

L’Italie ne pardonne pas. La France ne s’excuse pas

En 1947 la France a indemnisé l’Italie pour plus de 1500 de ces exactions ce qui était loin du compte (Estimées à 12 000 en 1950 par l’Unione Donne Italiane (Union des femmes italiennes ) mais constituait déjà une reconnaissance officielle. En 2004, le président de la République italienne a déclaré à cet égard à Cassino: « Personne ne pourra jamais pardonner la violence infligée aux femmes, aux enfants, aux personnes âgées dans Esperia et dans de nombreux autres villages ». Une stèle de bronze rappelant le souvenir du viol des femmes des communes de Monti Aurunci, Ausoni et Lepini a été inaugurée en 2006 à Campodimele par la vice-présidente de la Chambre des députés d’Italie. Ces abominations qui ont laissé une cicatrice profonde dans la mémoire collective des Italiens peuvent expliquer le fait que par la suite l’on n’ait pas forcément eu envie de glorifier certains de ces sauvages. Des libérateurs chez nous. Des violeurs et des assassins chez nos cousins italiens.

On comprend que « Indigènes », le film culte des décoloniaux, qui avait tant ému le président Chirac en 2006 et fut largement soutenu par le Maroc, ait passé sous silence « les exploits » de ces troupes bestiales, préférant s’attarder sur les discriminations exercées à leur endroit par l’État-Major français. Alors si l’on débaptise les Bugeaud et autres coupables d’exactions lors des guerres coloniales, l’on veillera aussi à rayer du paysage les unités coloniales dont la sauvagerie exercée sur de pauvres civils a aussi entaché le drapeau français à tout jamais. 

Sommes-nous en démocratie ou en dictature? Le ni-ni de Polony

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Natacha Polony © Hannah Assouline

Pour la directrice de Marianne, la démocratie française est dangereusement en panne. La faute à qui ? À une Ve République à bout de souffle, à un système économique tout-puissant et à une école qui ne fabrique plus de citoyens. Dans ce paysage, il faut renouer avec le souverainisme sans quitter l’UE.


Le président qui s’annonçait jupitérien n’a pas du tout aimé qu’avec les confinements et les couvre-feux, les mots « dictature sanitaire » deviennent les éléments de langage de ses oppositions et de l’ensemble des médias. « Qu’ils y aillent en dictature, s’est-il emporté publiquement, ils verront la différence avec notre démocratie ! »

En dictature ou en démocratie, progressistes ou réactionnaires, ouverts à la mondialisation ou repliés sur notre identité, pour Emmanuel Macron comme pour Michel Onfray quand il discute avec Juan Branco, certaines questions ne doivent être posées qu’en noir et blanc. Dans son dernier essai, Sommes-nous encore en démocratie ?, Natacha Polony introduit un peu de nuances dans ce monde de brutes viriles et démontre en finesse la possibilité d’un « en même temps ».

En revenant sur les péripéties de l’élection présidentielle ou la crise des Gilets jaunes, la journaliste décrit une démocratie abîmée, dégradée, empêchée. En cent pages, on visite les coulisses du désastre, on trouve des clefs pour déverrouiller ce qu’elle définit comme le « système », et on découvre des pistes pour une reprise en mains populaires du destin français par la restauration d’une légitime démocratie.

Sommes-nous encore en démocratie ?

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Sommes-nous encore en démocratie ? demandez-vous en titre. La réponse se trouve un peu dans la question. Mais parleriez-vous de totalitarisme soft ? Et allez-vous jusqu’à dire, comme Onfray, qu’on nous a volé l’élection ?
J’essaie d’être très mesurée – certains diraient trop –, nuancée et de nommer exactement les choses, mais j’assume l’emploi de l’expression « totalitarisme soft ». La démocratie est contournée, voire abîmée. Le pouvoir a instrumentalisé la crise sanitaire pour s’affirmer de plus en plus liberticide, autoritaire et antidémocratique. Cependant, le terme « dictature sanitaire » me semble véhiculer un imaginaire violent, un réflexe de pensée qui me gêne. Je ne dirais pas qu’on nous a volé l’élection. Pendant longtemps, la fausse alternance entre partis de gouvernement de droite et de gauche a permis de maintenir le système, mais la montée du Front national perturbe le jeu. En 2017, après l’élimination de Juppé lors de la primaire, Macron, sous couvert de fausses ruptures, est devenu le candidat de la continuité du système.

Mais qu’est-ce que ce système ?
J’ai défini ce terme, ainsi que de nombreux autres, dans mon livre Changer la vie, dictionnaire qui vise à clarifier un certain nombre de concepts pour alimenter le débat démocratique. J’entends par « système » l’ensemble des structures économiques et politiques qui, en contournant ou instrumentalisant les outils démocratiques, imposent comme des évidences ou des lois économiques les choix qui maintiennent les profits des plus riches (les 0,1 % qui sont les grands gagnants de la dérégulation et du libre-échange) en leur permettant d’échapper à l’impôt et d’affaiblir les États, et ruinent les classes populaires et les classes moyennes des pays occidentaux.

Reprendriez-vous les termes de Zemmour qui impute la défaite de François Fillon à un putsch médiatico-judiciaire ?
J’ai assez peu de tendresse pour quelqu’un qui, se sachant l’objet d’une enquête du Canard enchaîné, accepte des costumes gratuits. Mais derrière cela, il y a le fait qu’on essaie d’empêcher à tout prix les changements. Quand Fillon prône un rapprochement avec la Russie, il est immédiatement qualifié d’ami de Poutine. Pour nos élites, que l’on puisse se détacher d’une ligne profondément atlantiste n’est pas envisageable. C’est révélateur de la façon dont on cherche à contrôler le choix des candidats.

Ce sont les aléas de la vie politique. Tous les candidats font campagne et si les électeurs ne retiennent pas les candidats « hors système » ou souverainistes, en quoi est-ce un problème de démocratie ?
Le problème, c’est que la démocratie est empêchée de fonctionner. Cela ne tient pas seulement à des visées politiques, mais aux structures du système économique qui empêchent que la volonté des citoyens se manifeste. Les flux de capitaux ou le libre-échange s’imposent aux citoyens, comme s’ils obéissaient à des lois universelles, alors que ce sont des choix politiques. En France, c’est 1983 et le basculement de Mitterrand, l’ouverture de la fameuse parenthèse qui ne s’est jamais refermée. Mais ce choix n’a jamais été voté. Souvenez-vous également de Chirac qui nomme Juppé Premier ministre après avoir fait toute sa campagne sur la fracture sociale avec Philippe Séguin. Séguin lui-même aurait fait ce commentaire : « Moi comme Premier ministre, Helmut Kohl n’aurait jamais accepté. » Cette formule résume l’abandon de notre souveraineté depuis quarante ans.

Mais cet abandon de souveraineté est l’œuvre de responsables politiques qui sont, depuis quarante ans, élus et réélus. C’est donc par la volonté du peuple souverain que la France a renoncé à sa souveraineté. N’est-ce pas simplement l’aventure souverainiste qui fait peur ?
Une part du vote contestataire captée par le Front national, sans jamais faire une majorité, ne trouve donc pas de débouché politique. On abandonne tous les concepts fondamentaux à l’extrême droite, on renvoie les candidats partisans de plus de souveraineté au RN (« vous faites le jeu du RN »), et ceux qui paraissent moins bien placés que Marine Le Pen n’ont aucune chance. Si vous pensez que votre candidat part perdant, vous n’irez pas voter pour lui. Ensuite, il y a une ambivalence chez beaucoup de gens : ils voudraient le changement, mais ils en ont peur. Par exemple, les propositions de Frexit me semblent vouées à l’échec, la France ayant peut-être plus à perdre qu’à gagner. On peut, sans rupture radicale, renouer avec le souverainisme, dans le cadre d’un rapport de forces. Il s’agit de sortir du mythe du couple franco-allemand et de la France bonne élève de l’UE, et de faire comme l’Allemagne, c’est-à-dire un peu de souverainisme. Mais je ne crois pas qu’une majorité de Français veuille quitter l’UE.

Pour vous, les Gilets jaunes sont le symptôme d’une démocratie empêchée. Pourtant, leurs revendications correspondent point par point au programme du RN. Doit-on y voir le symptôme d’un système grippé ou un défilé de mauvais perdants ?
Ces gens se mobilisent sur une crise fiscale qui se transforme immédiatement en aspiration démocratique. Les premières semaines, ils sont soutenus par 80 % des Français et encore par 50 % de l’opinion en janvier 2021, c’est-à-dire après les violences. Pour beaucoup, ce mouvement portait une part de légitimité. Aussi, je ne sais pas si leurs revendications correspondaient un peu ou beaucoup au programme du RN, en tout cas elles n’étaient ni délirantes ni contradictoires. Ils réclamaient la maîtrise de leur destin, demandaient que la France puisse mener sa politique, définir ce que doit être le bien commun et arbitrer en faveur des plus faibles contre les plus forts. Ce n’était pas exactement le programme du RN, car les Gilets jaunes exprimaient leur attachement au statut de réfugié. En tout cas, ce qui était caractéristique, c’était le retour de la question citoyenne.

Alors la démocratie, c’est la rue ? Élections piège à cons ?
L’absence de perspective politique est dangereuse. C’est ce qui crée de la colère. Sans alternative possible, certains se détournent, c’est l’abstention, d’autres s’insurgent par le vote, d’autres encore le font dans la rue, comme les Gilets jaunes. C’est cela qui peut surgir si la Ve République continue de figer le champ politique. L’impossibilité du surgissement d’un candidat qui remettrait en cause le dogme du libre-échange, la division internationale du travail, le contournement de la volonté démocratique par des instances supranationales s’explique par une conjonction de facteurs : la force de blocage des institutions, la puissance d’un système médiatique endogame, etc. Aucun candidat ne peut surgir d’en dehors des clous aujourd’hui. Produit de la haute administration, Macron était le candidat du système, favorisé et financé.

Manifestation des Gilets jaunes sur les Champs-Élysées, 16 février 2019 © Éric Feferberg / AFP

À vous lire, il y a un autre problème : l’électeur. Autre danger pour la démocratie, l’École échoue à fabriquer des citoyens.
Cela m’inquiète terriblement. La démocratie nécessite des individus doués de libre arbitre, autonomes et responsables. Si ma voix vaut celle d’un autre, c’est parce que nous sommes tous doués de raison ; d’où l’importance du combat pour l’héritage des Lumières contre les mouvements fondés sur l’expression d’une subjectivité toute-puissante. C’est pour cela que l’École où l’on enseigne la raison universelle est fondamentale. Dans une démocratie républicaine, si on peut dire, l’École est indispensable pour forger une communauté politique. Aujourd’hui, tout est fait pour effacer la raison, la soumettre aux pulsions, parce que le consumérisme est fondé sur cela. L’évolution numérique aggrave le phénomène. Les réseaux sociaux auraient pu être un instrument d’émancipation, ils sont un lieu d’expression dégueulasse où les pulsions agressives et violentes se libèrent. Dans le pseudonymat, on est irresponsable. Tout cela fragilise énormément l’espace public, donc la démocratie. Il est temps de s’en inquiéter, car la démocratie est mortelle.

Les multinationales imposent le règne de l’émotion pour vendre ? Chère Natacha, pas vous, pas ça !
Si, très précisément. Dans une époque où le neuromarketing manipule les individus en utilisant les sciences cognitives pour vendre, je ne pense pas qu’il soit excessif d’analyser le rôle de l’émotion dans le consumérisme.

Ne tombez-vous pas dans une manie révolutionnaire qui consiste à penser que tous les citoyens veulent participer ? Je vois beaucoup de gens qui s’abstiennent parce qu’ils ne comprennent rien à rien et qu’ils veulent faire autre chose le jour du vote. Où est le problème ?
« Nous sommes les seuls à penser qu’un homme ne se préoccupant pas de politique mérite de passer non pour un citoyen paisible, mais pour un citoyen inutile » : c’est le discours aux morts de Périclès. Ils ne participent pas, la politique se fait sans eux, puis ils réalisent qu’ils ont été floués. Ils se retrouvent avec une désindustrialisation massive, des territoires désertifiés. Sans forcer les gens à voter, il faut créer des habitudes, des relais dans la vie locale qui est le premier lieu d’exercice de la démocratie. La votation suisse, par exemple, donne aux citoyens la maîtrise de sujets comme la souveraineté alimentaire ou les ventes d’armes. En France, les communautés de communes sont un instrument de confiscation démocratique délirant.

Avec l’immigration, la population change et la culture aussi. Des sondages nous disent que 50 % des jeunes ne comprennent pas le blasphème ou l’interdiction du voile à l’école…
C’est tout le problème, d’où l’importance de l’École. Si les fondements de la République n’ont pas été transmis, le peuple n’est plus une communauté politique. Le processus d’intégration est essentiel et il faut le remettre en route. Cela prendra vingt ans. J’entends par là l’intégration des jeunes générations, pas seulement des immigrés, à la civilisation qui leur préexiste. Sur la question du blasphème, les journalistes devraient préciser que ce mot n’est pas le bon, le blasphème n’existe pas en France, car c’est un concept religieux qui ne concerne pas les non-croyants. J’ai le droit de dire que Dieu est un con, car il n’est pas reconnu officiellement par les lois de la République. Face au soft power venu des États-Unis et ses attaques contre notre laïcité, il y a un combat culturel à mener dans les écoles, par la formation des maîtres. Mais, les INSPE sont totalement décentralisés, on y fait ce qu’on veut. L’académie de Créteil organise des colloques sur l’intersectionnalité et le racisme d’État.

Vous accusez l’École. Mais le problème aujourd’hui, n’est-ce pas plutôt l’élève, en tout cas celui qui n’en veut pas, de votre raison et de votre communauté politique, parce qu’il en a d’autres ?
Le problème, c’est qu’on leur laisse le choix.

Peut-on encore le faire là où le prof est seul, face à une classe d’élèves rétifs, voire hostiles ? Ne faut-il pas aussi agir sur l’immigration ?
Un pays est légitime à imposer sa culture. Mon précédent livre posait la question de l’identité nationale. J’essayais de définir ce qui ne se négocie pas ; par exemple, la mixité hommes/femmes dans l’espace public. Il n’est pas acceptable qu’il y ait dans certaines banlieues des femmes totalement voilées et même des petites filles. Mais c’est la puissance publique qui est légitime pour l’interdire. Il est vrai que depuis quarante ans, on laisse les enseignants seuls dans leur classe, seuls contre trente. Or le prof doit se sentir soutenu par une hiérarchie capable de dire aux parents mécontents qu’ils peuvent aller voir ailleurs. Il faudrait aussi arrêter de mettre les mêmes populations immigrées aux mêmes endroits.

À Trappes, s’il y a « ghetto islamique », ce n’est pas parce qu’on a « parqué » des musulmans, c’est parce que les autres sont partis.
Il faut limiter l’immigration, la contrôler, donner du travail, notamment dans les métiers de bouche, industriels, etc. Quand j’ai été prof, il me semblait que pour tous les élèves enfants d’immigrés, mon rôle était de transmettre le seul héritage qu’ils auraient, c’est-à-dire Ronsard, Hugo, etc. Les professeurs auraient moins de mal à faire cela s’ils avaient l’impression que les politiques les soutiennent.

On paie quarante ou cinquante ans de connerie. Si on avait traité réellement cela et empêché le départ des classes moyennes et populaires, si on avait fait en sorte d’éviter la communautarisation, tout serait plus simple aujourd’hui. On peut considérer que c’est foutu, mais on n’a pas le choix : il faut s’y mettre. Maintenant.

Natacha Polony, Sommes-nous encore en démocratie ?, L’Observatoire, 2021.

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Panique à gauche?

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Audrey Pulvar, ancienne journaliste, adjointe à la maire de Paris et tête de liste pour les élections régionales de juin 2021, lors d'une conférence de presse, 11 mai 2021 © Jacques Witt/SIPA Numéro de reportage : 01018438_000024

Un appel à manifester “pour les libertés, contre les idées d’extrême-droite” est lancé pour le 12 juin.


La gauche, inquiète pour son avenir politique, vient de lancer l’ «appel du 12 juin pour les libertés et contre les idées d’extrême droite ». Sorte de manifeste appelant à une « grande journée nationale de manifestation et de mobilisations qui se déclinera localement », c’est surtout le signe d’une certaine inquiétude de la gauche quant à son avenir politique.

Oui, le besoin de sécurité et de justice effective, la quête d’identité, le désir de fierté nationale, l’envie d’une France respectée par tous, le découragement devant le laxisme face à la montée des périls de la délinquance, des revendications identitaires, à la pression des migrations qui ont totalement dévoyé la notion sacrée de l’asile, oui ces légitimes revendications trouvent un écho toujours plus large aujourd’hui. Pour dire les choses simplement, la balance de l’opinion française semble bien pencher de plus en plus à droite.

Que pèsera la gauche dans les urnes ?

Comme nous sommes entrés en période électorale, régionales et départementales, mais surtout présidentielles et législatives l’an prochain, la gauche (et elle a raison) s’inquiète de plus en plus quant à son avenir politique. Aussi, fidèle à ses bonnes vieilles méthodes, sans aucun complexe quant à la crédibilité de son discours, voilà qu’elle nous refait le coup classique du danger quasiment fasciste qui planerait sur la France. Le mot n’est pas encore prononcé, mais cela ne saurait tarder.

À lire aussi : Pourquoi la gauche est-elle en si piteux état ?

La gauche veut donc mobiliser les troupes. Pour ce faire, face au danger réel de disparition politique, il faut vite inventer un danger bien plus grand qui menacerait notre cher et beau pays. Pour donner vie à ce danger imaginaire, la gauche s’imagine qu’il suffit de puiser dans le vieux coffre aux marionnettes censées effrayer les électeurs. Ce coffre à malices, vermoulu à force d’avoir trop servi, s’appelle « extrême droite ». À l’intérieur voici toutes les figures du mal qu’il faut agiter dans l’espoir de convaincre : voici le hideux racisme, accompagné de son compère le sexisme ; voici la belle liberté qui sera attaquée par l’affreuse bande des lois liberticides, menée par un ministre de l’Intérieur supposément autoritaire et accompagné par la furie des violences policières. Et n’oublions pas enfin, au fond du coffre, le fameux « climat de haine »…

Tous ensembleuh hé !

Et pour donner corps à tout cela, pour concrétiser la mobilisation, pour lancer un premier baroud qui ne soit pas un baroud d’honneur, il faut bien sûr être créatif… tiens, une bonne vieille manif, voilà qui nous changera un peu. Manif contre qui, contre quoi pourraient se demander certains. La réponse est dans le paragraphe précédent. D’autres encore pourraient demander : mais quel est le but de guerre ? Que veut-on obtenir ? N’est-ce pas un peu flou ce mouvement ? Mais non voyons, c’est marqué clairement à la fin de l’appel : 

« Cette journée fait partie des initiatives unitaires qui se multiplient. D’ores et déjà, nos organisations syndicales, politiques, associations, collectifs, signataires de l’appel, ont décidé de co-construire ce combat dans la durée. »

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Tout ce mouvement contre un danger imaginaire pourrait faire penser aux combats d’un certain gentilhomme de la Manche. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Don Quichotte était vraiment persuadé que les moulins à vent contre lesquels il se battait étaient de réels géants. La gauche française, elle, au contraire, « co-construit » (comme elle dit si bien) des moulins à vent en voulant nous faire croire que ce sont de dangereux géants ! Malheureusement pour elle le temps est sans doute révolu où pareille illusion pouvait encore fonctionner.

Évaluation de la gestion de la crise Covid-19: un rapport édulcoré et convenu

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Didier Pittet, 2006 © MARTIAL TREZZINI/AP/SIPA Numéro de reportage : AP20510859_000002

Le Suisse Didier Pittet a remis mardi 18 mai à Emmanuel Macron une évaluation complaisante des « forces » et « faiblesses » de la France face à la crise sanitaire. Analyse.


Au décours de la première épidémie de Covid-19 du printemps 2020 et la série de ratés sur la gestion française de la crise, le chef de l’État a nommé le 25 juin 2020 le médecin Suisse Didier Pittet pour rédiger un rapport sur la qualité de la réponse des pouvoirs publics, considérant les aspects sanitaires, économiques et sociaux. Le rapport final est rendu public en mai 2021.

On peut en tout premier lieu se demander pourquoi confier une mission gouvernementale française à un médecin étranger exerçant à l’extérieur du territoire, donc nécessairement moins au fait des arcanes du système de santé français, alors que toutes les compétences scientifiques existent en France. Didier Pitet exerce comme médecin chef du service de prévention et contrôle de l’infection aux hôpitaux universitaires de Genève. Il est connu pour avoir recommandé l’utilisation d’une solution hydroalcoolique à l’hôpital afin d’éviter les infections dites nosocomiales, c’est-à-dire contractées à l’intérieur de l’hôpital. Sa compétence est bien réelle dans le domaine particulier de l’hygiène hospitalière, mais celui-ci n’a strictement rien à voir avec le domaine du contrôle des épidémies en population générale et de l’évaluation des mesures de santé publique contre les pandémies. Confier à un spécialiste en hygiène hospitalière une mission sur l’évaluation de la gestion de la crise sanitaire est aussi logique que de confier en Juin 1944 à un spécialiste du nettoyage des casernes la responsabilité d’évaluer la stratégie militaire du débarquement de Normandie !

On pourrait s’attendre à ce que l’expertise spécifique nécessaire à la mission soit apportée par les coauteurs du rapport. Cela n’est malheureusement pas le cas. Un chat appelant un chat, le seul médecin en santé publique co-auteur du rapport est aussi un expert en… hygiène hospitalière. Les trois autres co-auteurs sont une économiste de l’OCDE, un énarque président de la Cour des comptes, et une médecin chercheur en sciences sociales.

Il faut admettre qu’il est difficile pour le grand public de comprendre les subtilités des spécialités et sous-spécialités médicales et scientifiques. Les médias s’y perdent allègrement depuis le début de la crise sanitaire en présentant des « épidémiologistes » comme d’hypothétiques spécialistes des « épidémies ». Pourtant l’étymologie commune du grec demos (peuple) ne fait pas le synonyme. L’épidémiologie est l’étude de la répartition et des facteurs de risque des maladies. La très grande majorité des épidémiologistes occidentaux interviennent sur l’étude des maladies chroniques et très peu sont compétents dans l’étude des épidémies pour la bonne raison qu’elles sont rares sous nos latitudes. À plus fortes raisons, les virologues, immunologues, réanimateurs, modélisateurs ou urgentistes ne sont pas non plus des spécialistes des épidémies. Malgré leurs bonnes volontés à se rendre disponible dans les médias, interroger ces spécialistes sur les mesures de santé publique contre les épidémies revient à demander à un psychiatre comment opérer une prostate. Les pouvoirs publics ont coutume depuis le début de la crise de s’entourer de scientifiques qui ne sont pas des experts en épidémie : le « Conseil Scientifique » institué par le chef d’État ne comprend en effet aucun spécialiste en dynamique des épidémies, ni en évaluation des mesures de santé publique contre les épidémies, ni en coronavirus… 

Ce manque d’expérience et d’expertise spécifique est favorable aux lieux communs, comparaisons superficielles et aux confusions. C’est ainsi notamment que les auteurs du rapport cautionnent allègrement les messages du gouvernement en confondant l’effet de la pandémie elle-même et l’effet des mauvaises mesures prises contre la pandémie, ce qui n’est pas la même chose.  C’est comme si on refusait de distinguer les effets d’une maladie avec les effets secondaires des traitements supposés soigner la maladie. La mission prétend pourtant s’être appuyée sur des travaux scientifiques en épidémiologie, économie et sociologie complétée par l’audition de 200 personnalités du monde de la santé, du monde économique, de la sphère sociale, publique, internationale et d’experts des sciences humaines et sociales. Malheureusement le peu de références du rapport ne permet pas de savoir sur quels travaux scientifiques ce rapport s’est appuyé, ni qui sont les 200 personnalités interrogées et ce qu’il est ressorti de ces entretiens. La méthodologie de réalisation de la mission n’est pas floue, elle est inexistante. 

Elle semble être uniquement destinée à soutenir la communication de l’Élysée puisque la conclusion de ce rapport peut se résumer par les quatre points suivants :

  • Le niveau de préparation à la crise était insuffisant (sous-entendu à cause principalement des gouvernements précédents…)
  • Le premier choc de la pandémie expliquerait et justifierait la brutalité des réponses du pouvoir public contre les libertés individuelles (sous-entendu le gouvernement a été efficace contre le premier choc…).
  • Les autorités sanitaires auraient su tirer les enseignements de leur expérience pour améliorer le pilotage, en particulier grâce à des mesures proportionnelles de confinement et la préservation du tissu économique et social (sous-entendu la générosité du gouvernement a permis de préserver la nation…)
  • L’engagement et la mobilisation des « acteurs » aurait été remarquable (sous-entendu le gouvernement a acquis la pleine confiance des « soignants » et des institutions…)

Aboutir à ces messages impose d’avoir simplifié de façon biaisée la réalité en réalisant nécessairement de grossières impasses pour colporter des dogmes masqués sous des critiques bienveillantes. À titre d’exemple, le confinement total, mesure inédite dans l’histoire de la lutte contre les épidémies, est présentée par les auteurs comme ayant permis de réduire considérablement la circulation du virus, sans aucune discussion ni références sur la controverse scientifique internationale à propos de ce point précis. Pourtant, des travaux scientifiques de plus en plus nombreux établissent que le confinement généralisé est une mesure inutile et dangereuse car favorisant entre autres les contaminations au foyer. Ces études ont purement et simplement été ignorées. Cela a l’avantage de ne pas avoir à formuler de critiques sur l’absence de justification scientifique à propos des nombreuses privations de liberté imposées à la population sous couvert d’État d’urgence, comme l’interdiction de la population au printemps 2020 de se promener en plein air sur une plage, en montagne ou en campagne (soit à l’air libre où il n’y aucun risque de contamination). De la même façon, aucune critique sur la fermeture administrative de nombreux lieux sans justifications scientifiques ne sont formulées : restaurants, théâtres, musées, pistes de ski… Le rapport se cantonne à évoquer les conséquences sociétales et psychologiques négatives du confinement, mais astucieusement sans le remettre en question puisqu’il décrète sans discussion que la mesure aurait été efficace grâce un raccourci rhétorique manipulatoire « cause-effet » de phénomènes concomitants. Peu au fait de l’évolution naturelle des épidémies, les auteurs méconnaissent qu’une épidémie à virus respiratoire a sa dynamique propre, indépendamment des mesures de protection prises. Cette dynamique est liée entre autres à la saisonnalité, ainsi qu’à de nombreux cofacteurs inconnus qui font que l’épidémie peut disparaître définitivement (ou non) comme elle est apparue.

Enfin, 40 propositions tombées du ciel sont formulées en fin de rapport sans explications. Ils constituent une liste de lieux communs, vœux pieux et banalités médico-administratives, notamment :

Développer des collaborations diverses, Engager un processus de travail continu, Renforcer l’appareil statistique de mesure, Accroitre la place de la santé publique, Renforcer la légitimité de Santé publique France, Créer auprès du Directeur Général de la Santé une fonction de délégué pour la prévention et le risque infectieux, Mettre en place un plan de renforcement des ARS au niveau départemental, Renforcer l’effort de réduction des facteurs de risque (obésité, alcoolisme, tabagisme, sédentarité…), Améliorer le dispositif de prise en charge des personnes âgées, Renforcer les capacités françaises en matière de modélisation, Poursuivre la démarche d’évaluation de l’impact de la crise sur la santé mentale des populations, Mener une étude sur la trajectoire des entreprises en difficultés…

Malgré son ambition de traiter les conséquences de la crise, les questions les plus importantes sont toujours sans réponses :

  • La proclamation de l’État d’urgence permettant la concentration de tous les pouvoirs était-elle justifiée ?
  • Comment vont être financés les 424 milliards d’Euros de coûts de la crise sur trois années ?
  • Pourquoi ne pas avoir investi une petite partie de ces sommes dans l’amélioration du système de santé afin de le rendre plus efficace à mieux assumer les futures pandémies ? Le chef de l’État avait bien expliqué en avril 2018 à des professionnels de santé dénonçant la crise des hôpitaux qu’il « n’y avait pas d’argent magique… ». D’où viennent alors la pluie de milliards dépensés pour compenser les mesures administratives de blocage de la société ?

À l’évidence, ce rapport est une compilation convenue destinée à ne pas blesser son commanditaire, malgré des critiques superficielles et quelques comparaisons internationales dignes du niveau d’un mémoire d’élève infirmière.