L’évêché alerte les fidèles catholiques contre un certain « Père Laurent ». L’homme a déjà été aperçu par le passé dans Secret Story, l’émission de télé-poubelle de TF1
Quinqua méditerranéen au sourire hâbleur, Laurent Lenne s’est fait remarquer en 2008 dans Secret Story 2 sur TF1. Cette immersion dans les télés des foyers des Français lui a valu un duo avec le chanteur de variété écolo Francis Lalanne. Il y a neuf ans, Laurent Lenne poussa la chansonnette torse nu en chemise blanche dans un clip fraîchement intitulé « En pleine face ». Tel un Apollon entouré de ses muses sur la Côte d’Azur, il y prônait l’amour libre et l’usage du latex tout en narrant sa rencontre avec le Christ.
Quand il ne fredonne pas ses airs en bonne compagnie, Laurent Lenne prêche la bonne parole dans La Chapelle de l’unité de la Seyne-sur-mer (Var). Troquant alors sa chemise ouverte pour la soutane et le calice, « Père Laurent » y célèbre l’eucharistie le dimanche et les jours de semaine. La page internet Laseyne.info souligne que « les religieux de la Chapelle ont rejoint l’ordre apostolique et souverain des hospitaliers de Saint Jean dont le révérend père Georges de Saint Hirst est le prieur et l’évêque » -lequel est versé dans l’exorcisme et autres « guérisons des malades de l’âme », auxquelles il a consacré un ouvrage.
« Monseigneur Dominique Rey tient à alerter les fidèles et familles vivant un deuil afin d’éviter toute confusion. Au sein du crématorium de La Seyne-sur-Mer, un certain « Père Laurent », officierait actuellement et présiderait des célébrations d’obsèques. S’il se dit évêque ou prêtre, il n’est pas membre du clergé de l’Église catholique romaine et n’est pas reconnu par cette dernière. » Communiqué du Diocèse
« Si je meurs, je veux que ce soit lui »
Délaissant jambes bronzées et plages de sable fin, « Père Laurent » a célébré des offices funéraires au crématorium de la Seyne-sur-Mer courant décembre. « Je ne peux qu’en faire l’éloge », a assuré un homme en deuil dans les colonnes de Var Matin. « Si je meurs, je veux que ce soit lui », a abondé un autre apôtre.
« Vers la fin 2020, nous avons eu écho de ces offices, affirme à Causeur Yves-Marie Sévillia, directeur de cabinet de Monseigneur Rey, évêque de Toulon. Quand certaines familles demandent un office religieux, elles sont redirigées vers cette personne. Elles pensent qu’il s’agit d’un prêtre et qu’elles ont affaire à un office religieux catholique ». Or, si le site de l’Église apostolique et œcuménique de « Père Laurent » présente ce dernier comme son « évêque et président » et se présente elle-même comme une « Église catholique et apostolique », elle n’a aucun rapport avec Saint-Pierre.
Le diocèse de Fréjus-Toulon alerte la population
« Il y a des personnes de la communion Saint Lazare, notre association, composée de personnes mandatées par l’évêque pour représenter l’Église et accompagner les familles endeuillées. Les entreprises funéraires sont au courant qu’elle existe et qu’elle est officiellement la représentante de l’Église auprès des familles. Ce Laurent Lenne qui officie au crématorium y est présenté comme un prêtre catholique, ce qu’il n’est pas », commente sobrement Yves-Marie Sévillia. Dans cette optique de mise au point, le diocèse de Fréjus-Toulon a publié un communiqué sur son site où il « souhaite aviser la population catholique du Var concernant des célébrations potentiellement trompeuses ».
Contactée sur son téléphone portable, l’ancienne star de télé réalité n’a pas décroché. Il n’est pourtant guère introverti: en 1992, il fit campagne pour les régionales en PACA en compagnie de Bernard Tapie. En 2010, il annonça sa candidature pour les présidentielles après qu’un SDF lui demanda de prendre une douche dans son église. En 2019, il bénit le QG de campagne de Serge Daninos, candidat de « la droite constructiviste » aux municipales de La Seyne-sur-Mer. Endossant la casquette d’imitateur, il imita aussi un certain Nicolas Sarkozy il y a cinq ans.
Curé par vocation ou opportuniste ayant trouvé, tels maints pasteurs évangéliques de Rio, un bon filon pour réussir? En 2013, dans un entretien à Public, « Père Laurent » assura avoir su qu’il voulait devenir prêtre dès l’âge de…. sept ans (!) Il ajoutait aussi projeter d’être curé de paroisse quand il aurait 50 ans, étant alors en guerre contre « l‘église catholique et sa position rétrograde sur le mariage pour tous ». Maintenant qu’il en a 52, qu’en est-il? Pas de clip en latin sur le site de son église mais une paroisse « inclusive », dont les « clercs sont engagés […] pour les communautés LGBT, pour la protection des animaux ». Si Saint François d’Assise fut le saint ami des bêtes, le Pape François n’a pas encore l’intention de défiler au côté des « communautés LGBT ». Laurent Lenne devra sans doute attendre un peu avant d’intégrer Rome.
L’auteur du Grand Remplacement et de tweets cinglants est poursuivi pour injure raciale par des associatifs qui n’ont jamais lu ses livres. Selon lui, s’il est un proscrit, c’est pour voir et dire que le changement démographique détruit la culture et la civilisation des Européens d’Europe. Entretien (1/2)
Causeur. Le 25 novembre, vous avez comparu au Tribunal de Paris pour « injure publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion » pour le tweet suivant – que vous appelez « tweet banquise » : « Une boîte de préservatifs offerte en Afrique, c’est trois noyés en moins en Méditerranée, cent mille euros d’économies pour la CAF, deux cellules de prison libérées et trois cm de banquise préservée ». Vous cherchez les ennuis ? Le regrettez-vous ?
Renaud Camus. Oh, pas du tout ! Absolument pas. Le regretter serait me reconnaître coupable. Or il s’agit d’une plaisanterie tout à fait innocente, où n’entre pas, faut-il le dire, la moindre haine, ni même la moindre animosité, et qui est tout juste un peu caricaturale par endroits : mais le président de la République n’a-t-il pas déclaré récemment que la caricature était un des droits immarcescibles de notre tradition nationale ? Ce n’est pas ce tweet qui est jugé, c’est lui, malgré son insignifiance, ou à cause d’elle, qui juge ses juges, les officines de délation qui le poursuivent, et l’état désolant de la liberté d’expression dans notre pays aujourd’hui, en plein Grand Remplacement.
Bien sûr, vous mettez les rieurs de votre côté mais, outre le fait qu’il y en a de moins en moins, je peux vous expliquer ce qui peut être soupçonné de racisme : tous les Africains seraient de futurs délinquants…
Voilà bien le délire antiraciste, et ses généralisations accusatoires abusives. Ce malheureux tweet ne dit absolument pas ni n’implique le moins du monde que tous les Africains seraient de futurs délinquants. Il énumère certains des avantages qu’il y aurait à une décroissance démographique, africaine en l’occurrence, certes, mais dans mon esprit générale, je l’ai très souvent exprimé d’autre part. Que maintenant il y ait des Africains parmi les incarcérés à tort ou à raison (ce n’est pas moi qui parle de « délinquants »), ce n’est absolument pas douteux, et on peut en dire autant de n’importe quel fragment de la communauté humaine.
Vous revoici donc en procès, après votre condamnation en 2014. Dans la France de 2020, vous considérez-vous comme un dissident ?
Comme un dissident, certainement : un marginal, un exclu, un banni, un paria. Mais après tout c’est une situation qui a quelques avantages, puisque je pourrai dire, comme le Maître de Santiago, « je n’ai participé en rien aux affaires des Indes ». Moi, en ma qualité d’exclu, je ne suis en rien mêlé à la colonisation et à l’occupation de notre pays et de notre continent, au changement de peuple et de civilisation, au génocide par substitution, à ce que j’appelle le génocide à l’homme, c’est-à-dire au moyen de l’homme, sous l’homme, sous la masse humaine en mouvement, par submersion migratoire, comme on a dit génocide au gaz,génocide par balles ou génocide à la machette. Songez : je n’ai jamais été invité à « On n’est pas couché » ou « Chez Hanouna », comme je crois qu’on dit – on se sent tout de même plus propre…
Renaud Camus ne regrette pas le tweet banquise: « Ce serait me reconnaître coupable »
Ah vous recommencez ! Ne croyez-vous pas que le terme génocide, même par substitution, est inadapté quand on pense aux génocides réels du xxe siècle ? Un génocide suppose une entreprise consciente, volontaire d’extermination d’une population. Le changement démographique n’est pas l’extermination des Européens de souche.
Le changement démographique n’est pas l’extermination des Européens de souche, encore qu’il commence à y avoir beaucoup d’attentats, de massacres, d’égorgements et de décapitations. Le changement démographique est la destruction de la culture et de la civilisation des Européens d’Europe, comme ont été presque détruites celles des Juifs d’Europe, et notamment le Shtetl. L’expression de génocide par substitution est due à Aimé Césaire, qui l’appliquait, lui, à l’afflux exagéré, selon lui, des métropolitains dans les Antilles françaises. Elle me semble autrement plus adéquate pour désigner l’actuelle submersion migratoire en Europe, ardemment encouragée par tous les pouvoirs. « Un génocide suppose une entreprise consciente, volontaire », dites-vous : il suffit d’un acquiescement, et surtout d’un acquiescement enthousiaste et d’une participation à son exécution. On parle couramment du génocide des Indiens d’Amérique, je doute si quiconque en a jamais pris la décision. Tocqueville le montre admirablement : il a été accompli avec beaucoup de gentillesse et de bonne conscience dans les intentions, et beaucoup de cruauté dans la réalisation. Je n’ai pour ma part jamais fait allusion au moindre complot, ce qui serait un terme bien dérisoire pour désigner l’ensemble des forces mécaniques et même machiniques mises en œuvre par la première, la deuxième et la troisième révolution industrielle. Le monde du taylorisme fordien, ce que j’appelle le remplacisme global, les industries de l’homme exigent la production de la Matière Humaine Indifférenciée (MHI), sans races, sans sexes et maintenant même sans « genres » (voir la langue et le vêtement). Si crime il y a c’est de souscrire, consciemment ou pas, à cette monstruosité : l’écrabouillement de l’espèce, liquéfiée, comme le montre Zygmunt Bauman, pour les bidons du bidonville global.
En tout cas, vos condamnations ne semblent pas vous affecter, c’est à se demander si vous n’avez pas une sorte de coquetterie de proscrit…
La justice française et la répression en général, qui d’ailleurs est bien loin de se limiter à la « justice » – il faudrait nommer aussi les journalistes, les éditeurs, les libraires… –, ne m’empêchent en rien de développer mes idées dans ma tête, ni même dans mes écrits. En revanche, elles les empêchent peut-être un peu de se répandre dans le monde, ça oui : ainsi lorsque Amazon, mon dernier refuge éditorial, décide de retirer de la vente Le Grand Remplacement, le livre, puis de fermer tout à fait mon compte (avant de revenir sur ces deux décisions, semble-t-il : mais enfin on sent bien qu’on est suspendu au fil de l’arbitraire le plus complet, qui peut être tranché à n’importe quel moment).
Il est vrai que vos détracteurs ne vont pas jusqu’à lire vos livres. S’ils vous attaquent, c’est parce que vous tweettez…
Les officines de délation qui me poursuivent ne les lisent absolument pas, en effet, la preuve éclatante en a été donnée à l’audience même. Cela dit, si je ne devais compter que sur mes livres, qui sont publiés à compte d’auteur, et ne sont pas présents dans les librairies, je n’aurais que très peu de chances d’avoir la moindre influence sur le cours des choses. Je suis obligé d’avoir recours à tous les instruments qui se présentent, fussent-ils, comme au judo, les forces mêmes de l’adversaire : Twitter, Facebook, Amazon – c’est ce que j’appelle « chevaucher le dragon ».
Cependant, aussi graves soient vos crimes, on peut lire, notamment sur les réseaux, des choses bien plus outrancières, sans que les associations s’en émeuvent. Leur intérêt pour vous est-il un hommage de la vertu au vice… ?
Non, qu’allez-vous chercher là, des rappeurs disent gentiment qu’il faut pendre tous les bébés blancs, ou niquer la France : c’est tout de même moins agressif que de se soucier de la banquise ou qu’offrir une boîte de capotes anglaises ! Et puis je ne peux pas prétendre au même statut artistique que M. Nick Conrad. Cela dit, parmi les évidences éclatantes qui sont pour nous la nudité de l’empereur, comme dans le conte d’Andersen, il en est peu de plus manifeste que le « deux poids, deux mesures » judiciaire au profit de l’occupant. Ce que j’appelle la « préférence occupante » est une des preuves les plus aveuglantes du caractère « systémique », pour parler comme on parle, du génocide par substitution.
Pour votre gouverne, si j’en crois mon cher Muray, dans le conte d’Andersen, il n’est pas question d’un roi ni d’un empereur, mais d’un grand-duc, raison pour laquelle Muray parlait du « coup du grand-duc »… Cependant, quand vous parlez d’« occupants », vous oubliez que beaucoup sont français et le sont devenus tout à fait légalement. Ils bénéficient donc des mêmes droits que vous et moi, y compris celui d’avoir leur conception de l’identité française.
Je vous remercie de votre souci de ma gouverne, comme vous dites, et en effet, dans la première traduction du conte d’Andersen, parue en France en 1867, il est bien question d’un grand-duc, car, sous Napoléon III, on ne pouvait pas parler d’un empereur de façon aussi cavalière. D’autres traductions disent roi : le roi est nu. Mais le texte original et son titre même portent bien le mot Kejser, c’est-à-dire Kaiser, césar, tsar, empereur : « Kejserens nye klæder ».
Ensuite, vous entrez dans le cœur de la fiction, celle qui est constitutive du négationnisme de masse, qui peut très bien avoir reçu en effet le sceau de la légalité. Dans les empires coloniaux, l’Inde est anglaise, les Indiens sont sujets de la reine d’Angleterre, reine ou impératrice des Indes. C’est ce genre de fictions intolérables, imposées par la force, la conquête ou la trahison que tous les mouvements anticolonialistes et tous les rassemblements de lutte pour la libération de pays occupés ont dénoncées et combattues au cours des âges. Il est d’autant plus facile de le faire, dans notre cas, que beaucoup de nos actuels occupants assument de plus en plus explicitement n’être français que de papier, parlent des indigènes comme d’étrangers et les appellent des Français, ce qui montre bien qu’eux-mêmes ne se considèrent pas comme tels, et assument en termes on ne peut plus clairs désormais leur mission de conquête ou de conversion, d’imposition de leurs usages et traditions, de mise à disposition pour eux-mêmes de droits égaux ou supérieurs à ceux des indigènes colonisés. Les conquérants, quand bien même ils n’ont dû leur conquête qu’à la complaisance active d’intérêts tiers, ont toujours estimé avoir des droits sur leurs conquêtes, et entretenu leur conception de son identité. Les Français pensaient que l’Algérie était un ensemble de trois départements français. C’est aussi le droit et le devoir des indigènes livrés et conquis d’opposer au colonisateur une conception différente, plus solide, moins purement conventionnelle, moins fictive : « cratylienne », en somme.
Alors qu’il faudrait mettre les dealers hors d’état de nuire par tous les moyens, la ville de Nîmes en est tristement réduite à mettre une clôture anti-intrusion de trois mètres de haut autour de l’école Georges Bruguier. En juin 2020, un jeune de 21 ans est mort d’une balle perdue dans ce secteur « difficile » de la ville.
Calfeutrés dans leurs casemates et leurs bunkers, les soldats français s’empiffraient de camembert arrosé de gros rouge. Et pour tuer le temps, ils jouaient à la belote, regardant à la jumelle l’ennemi allemand dont les troupes écrasaient la Pologne. Nos soldats ne bougeaient pas. On appela ça la « drôle de guerre ». Puis quand en mai 40 les blindés allemands se mirent en marche, la ligne Maginot succomba, inutile et impuissante.
Une clôture anti-intrusion installée pour se protéger des dealers
L’école Georges Bruguier est située dans le quartier du Chemin-Bas d’Avignon de Nîmes. Ce quartier, selon le vocable officiel, est une zone de sécurité prioritaire. Zone d’insécurité élémentaire serait plus juste. Un point de deal se retrouve à 50 mètres de l’école. Et de ce quartier, les dealers sont les maîtres.
L’autre jour, deux d’entre eux, cagoulés, ont fait irruption dans l’établissement scolaire, terrorisant élèves et enseignants. De temps en temps, on peut entendre des coups de feu de l’école. Et, il y a peu, un jeune homme a été tué par une balle perdue.
Les parents s’indignent et protestent. Le maire de la ville a donc décidé de bâtir une ligne Maginot autour de l’école. Une clôture haute de trois mètres de haut, destinée à empêcher l’intrusion des dealers, et à stopper, selon le maire de Nîmes, « les balles perdues ».
Drôle de guerre
Des policiers ont été placés en renfort autour de l’école et la ville envisage de racheter deux garages qui sont voisins de l’école et où les dealers se livrent paisiblement à leur trafic. Elle prévoit de les démolir. Peut-on appeler ça autrement qu’une drôle de guerre ?
Ce ne sont pas les garages qu’il faut détruire mais ceux qui sont à l’intérieur, en les arrêtant et en leur trouvant un domicile en prison. La police connait les noms des dealers, leur profil, leur adresse ! Les arrêter ? On hésite de crainte d’une émeute, signant ainsi l’abdication totale de l’Etat de droit.
La ligne Maginot autour de l’école ne servira strictement à rien. Il ne faut pas se barricader en tremblant. Il faut au contraire – c’est a priori le travail de la police – aller chercher les dealers là où ils se trouvent. « Jusque dans les chiottes » comme dirait Poutine. Si nous n’allons pas chez eux ce sont eux qui viendront chez nous. N’oublions pas mai 40.
Cette vidéo de décembre 2020 témoigne du climat de violence alarmant de ce quartier
Vidéo impressionnante d’une nouvelle fusillade à #Nîmes au quartier du Chemin Bas d’Avignon.
Une enquête est ouverte pour une tentative de meurtre survenue ce dimanche. Un homme a été blessé par arme à feu, un individu a été interpellé par la #police pic.twitter.com/AzxaKmdeNW
— Officiers et Commissaires de police (@PoliceSCSI) December 13, 2020
Accepter la République et ses lois écrites fait de vous un citoyen. Mais apprendre les codes non écrits d’un peuple et y adhérer transforme les citoyens en membres d’une nation et en héritiers de plein droit du passé du peuple qu’ils rejoignent.
L’idée d’assimilation n’a pas bonne presse dans une époque qui valorise par-dessus tout le droit de chacun à suivre sa propre voie et, s’il est migrant, à cultiver ce qui le relie à sa société d’origine. Le sens même de la notion est mis en question dans des sociétés marquées par une grande diversité de choix de vie. Auxquels de ses membres, objecte-t-on, faudrait-il ressembler pour être déclaré « assimilé » ? En réalité, cette objection fait bon marché du fait que la diversité d’une société n’est pas infinie.
Trois manières de prendre place dans une société d’accueil
L’existence d’institutions communes, de lois communes, souvent d’une langue commune, d’éléments de mémoire largement partagés au sein d’une communauté nationale (la Révolution française, la guerre de Sécession), fait qu’en dépit de sa diversité interne, chaque société a quelque chose d’unique. Ainsi, selon les pays, l’encadrement des conduites de chacun est assuré d’une manière particulière, que ce soit par un pouvoir fort comme en Chine, par la pression sociale comme au Japon, ou par la loi comme en Europe occidentale. Les modalités permettant à des groupes qui vivent différemment de coexister de manière relativement pacifique divergent selon les sociétés : dans certains cas, comme aux États-Unis, les groupes vivent largement dans des lieux distincts ; dans les sociétés de castes, les rapports entre groupes sont minutieusement codifiés. L’existence d’une identité commune joue un rôle important quand il s’agit pour une nation d’agir en corps, comme en guerre. Tout ce patrimoine peut donner l’impression d’aller de soi pour ceux qui l’ont reçu en héritage dès leur plus jeune âge, mais peut paraître étrange à ceux qui viennent d’ailleurs.
Pour les nouveaux venus, trois grandes manières de prendre place là où ils jettent l’ancre sont possibles.
Une attitude courante consiste à se soumettre aux lois du pays d’accueil tout en continuant autant que possible, dans les domaines que ces lois ne régissent pas, à maintenir les traditions de sa société d’origine au sein d’une diaspora. Les liens avec cette société, notamment ses médias, restent privilégiés, l’endogamie est forte ainsi que la sociabilité intracommunautaire. On a alors une simple intégration.
Une attitude plus offensive consiste à tenter d’imposer au pays d’accueil la loi qui prévaut dans son lieu d’origine. Il s’agit de s’appuyer sur l’acquisition des droits du citoyen pour agir en ce sens. Pensons par exemple à la pancarte, brandie au cours d’une manifestation : « Française musulmane voilée. Si je vous dérange je vous invite à quitté [sic] mon pays. » Dans ce propos « mon pays » ne veut pas dire le pays dont je reçois l’héritage avec gratitude, mais celui qui m’appartient comme si je l’avais conquis.
L’assimilation se situe aux antipodes de cette perspective conquérante. Il s’agit, au-delà du seul respect des lois de la société d’accueil, de devenir un membre ordinaire de celle-ci, se voulant pleinement héritier de son histoire, adoptant ses mœurs, y trouvant un conjoint et des amis en même temps qu’une identité. Jean Daniel a évoqué cette démarche, qui a été celle de sa famille : « Avec les avantages d’une citoyenneté, les nouveaux Français recevaient l’honneur d’une appartenance. […] Ils ne se demandaient pas ce que le pays leur devait, mais ce qu’ils devaient au pays. Et ce qu’ils devaient était simple : un partage de souvenirs et de projets ; une profonde adhésion aux valeurs de la société qui les accueillait ; un respect scrupuleux des valeurs, des rites et des usages de cette société.[tooltips content= »Jean Daniel, « Barrage contre le communautarisme », Le Nouvel Observateur, 19-25 décembre 2002. »](1)[/tooltips] »
Des difficultés très inégales selon les pays et les populations accueillies
Une telle assimilation n’est pas seulement une question de volonté, mais de difficulté objective, qui tient à la fois aux exigences de la société d’accueil et au chemin que doivent accomplir les nouveaux venus pour y répondre.
Selon les pays, les conditions à remplir pour être regardé comme un membre ordinaire de la société sont très diverses. Ainsi, il paraît impossible d’être considéré comme un vrai Japonais si l’on n’est pas d’ascendance japonaise ; on trouve au Japon des Coréens toujours identifiés comme tels alors que leur famille vit dans le pays depuis des générations. À l’inverse, aux États-Unis, le respect de la loi, du drapeau, de l’hymne national suffit pour être considéré comme un « vrai Américain » ; diverses communautés d’origine revendiquant chacune leur propre héritage, et entre lesquelles les liens de solidarité sont relativement ténus, y coexistent, même si officiellement le principe « égaux, mais séparés » n’est plus en vigueur. On se rapproche du cas des empires où coexistent une pluralité de nations et où on a moins une assimilation à l’empire dans son ensemble qu’à une des communautés qui le composent.
En France l’idée d’assimilation est source de malaise du fait qu’elle confronte aux contradictions intimes de la société française prise entre l’image officielle qu’elle donne d’elle-même et la réalité de son fonctionnement social. Officiellement, l’appartenance à la nation est marquée par une stricte distinction entre espace public et sphère privée : « Au privé la libre expression des différences, au public l’assimilation à l’ordre politique et juridique de la citoyenneté. Au privé l’affirmation libre des identités et des références particulières grâce auxquelles l’homme donne librement un sens à son existence […], au public l’unité-égalité-universalité de la citoyenneté de l’individu.[tooltips content= »Dominique Schnapper, La Relation à l’Autre : au cœur de la pensée sociologique, Paris, Gallimard, 1998, p. 186. »](2)[/tooltips] » Dans cette logique, il n’est pas question d’assimilation et la constitution de diasporas au sein de l’espace privé est parfaitement admissible. Mais en pratique, la société française regorge de lois non écrites, souvent beaucoup plus respectées que ne le sont celles de la République. Ainsi, une certaine discrétion dans l’affichage des convictions politiques et religieuses est exigée comme un élément essentiel de la paix sociale. Ce qui « ne se fait pas » tient une grande place dans les rapports sociaux, y compris ceux qui relèvent de la sphère publique. La manière dont chacun est traité dans cette sphère, qu’il s’agisse du monde du travail, des rapports entre locataires et bailleurs ou même des rapports avec l’administration, dépend largement de la façon dont il respecte non seulement les lois, mais aussi les mœurs, de son degré d’assimilation. Or il n’est pas évident pour ceux qui viennent d’ailleurs de saisir la subtilité de ces codes que chacun apprend dans sa famille, sans qu’ils soient affichés nulle part, et qu’il est même offensant de rappeler à quelqu’un qui ne les respecte pas de lui-même. Cet écart entre l’officiel et l’officieux conduit nombre de ceux qui subissent des réactions de rejet, du fait de leur manque d’assimilation, à les ressentir comme discriminatoires, alors que les mêmes manières d’être susciteraient des réactions analogues, voire plus vives (car ils ne peuvent avoir l’excuse de mal connaître les codes sociaux) envers ceux qui sont là depuis des lustres[tooltips content= »Philippe d’Iribarne, Les Immigrés de la République, Seuil, 2010. »](3)[/tooltips].
Par ailleurs, dans un contexte donné, la difficulté à s’assimiler pour celui qui le souhaite dépend beaucoup du chemin qu’il a à parcourir, en fonction de l’étendue qui sépare les normes de vie auxquelles il est attaché, ses évidences familières, de celles qui prévalent dans la société qui l’accueille.
Un point épineux concerne la façon de vivre une double allégeance, à un pays et à une religion. De manière générale, il existe deux grandes manières de résoudre cette équation. La première consiste à faire allégeance à une entité d’ordre supérieur qui transcende la religion et la patrie. Victor Klemperer, juif allemand dit « assimilé », écrit ainsi dans son célèbre ouvrage sur la langue du IIIe Reich : « La véritable mission que ce Dieu a assignée à son peuple [le peuple Juif] est justement de n’être pas un peuple, de n’être attaché à aucune barrière spatiale, à aucune barrière physique, de servir, sans racine, la seule idée. » En se référant aux mêmes valeurs supérieures, en tant que juif et en tant qu’Allemand, il s’affirmait sans contradiction totalement l’un et l’autre. L’autre approche consiste à séparer les domaines de l’existence qui relèvent de la religion (la vie privée) de ceux qui relèvent d’un monde profane (l’organisation de la cité), séparant ainsi deux objets d’allégeance qui n’entrent pas en concurrence.
Dans la rencontre entre le monde musulman et l’Occident, ces deux approches font difficulté, raison pour laquelle l’assimilation des musulmans est tout sauf évidente. L’appel à des valeurs auxquelles il serait possible d’adhérer simultanément en tant que musulman et en tant qu’Occidental, dans une allégeance qui transcenderait deux allégeances partielles, ne paraît guère possible pour des musulmans conséquents. La liberté de conscience, qui est au cœur des civilisations européennes, n’est pas acceptée dans l’islam. Ainsi il n’est pas question pour celui-ci d’admettre le droit de le quitter pour une autre religion. De plus, le refus musulman de l’égalité entre hommes et femmes a un caractère d’autant plus sacré que le Coran l’érige en norme, notamment pour affirmer qu’un homme vaut deux femmes en matière d’héritage (Cor IV 11). Quant à la distinction entre une sphère profane, où il convient de se conformer aux usages de la société environnante, et une sphère religieuse, elle est également problématique, tant l’islam est dès l’origine un mouvement politico-religieux. Dès lors que les préceptes religieux régissent des domaines tels que la nourriture et le vêtement, on voit mal comment un musulman conséquent pourrait accepter les normes profanes dans ces domaines.
Cette difficulté à être simultanément en harmonie avec les orientations du monde occidental et avec celles de l’islam est à la source de profondes fractures parmi les Français musulmans. Une partie significative d’entre eux (environ 15 %[tooltips content= »Hakim El Karoui, L’islam, une religion française, « Le Débat », Gallimard, 2018, p. 26. »](4)[/tooltips]) privilégie une perspective d’assimilation, mais quitte l’islam, ou du moins se contente de quelques pratiques qui ne concernent que leur vie privée. D’autres, au contraire, privilégient l’islam et rejettent la société française, dans une perspective conquérante ou au moins de diaspora. Ainsi, dans un sondage parmi les musulmans de France réalisé en août 2020 à l’occasion du procès de Charlie Hebdo, ils ont été interrogés sur la proposition « L’islam est incompatible avec les valeurs de la société française ». Près d’un tiers (29 %) a répondu par l’affirmative (36 % chez les hommes, 23 % chez les femmes), mais cette proportion s’élève à 45 % chez les moins de 25 ans. De même, 56 % des musulmans, contre 5 % de la population générale, approuventla proposition « Une femme doit obéir à son mari »[tooltips content= »Hakim El Karoui, « Un islam français est possible », rapport de l’Institut Montaigne, septembre 2016, p. 45. »](5)[/tooltips]. On comprend mieux que ceux qui cherchent à être à la fois de bons musulmans et de bons Occidentaux peinent à y parvenir.
À ces difficultés structurelles de l’assimilation, il faut ajouter une dimension sociale. En France, parmi les immigrés originaires de l’ex-empire colonial, certains, issus de famille qui appartiennent, dans leur pays d’origine, à la bourgeoisie intellectuelle ou aux milieux d’affaires, possèdent déjà toute une familiarité avec des habitus français. Il n’en va pas de même pour ceux qui sont issus de milieux modestes ou ruraux. Certains, parce qu’ils ont une farouche volonté d’assimilation, y parviennent, sinon pour eux pour leurs enfants. Beaucoup pourrait être fait pour les y aider en leur permettant de mieux décrypter les exigences de leur société d’accueil.
Sans cesse paraissent des études, y compris d’acteurs institutionnels comme l’ADEME, assurant à l’opinion qu’à échéance, toute l’électricité dont les consommateurs auront besoin sera fournie, avec l’appoint de l’hydroélectricité, par les électricités renouvelables intermittentes (ElRi), électricités éolienne et solaire photovoltaïque, permettant ainsi d’éliminer les combustibles fossiles et le nucléaire. Ainsi, Contexte vient de « révéler » l’existence d’une étude encore non publique du Gestionnaire du Réseau de Transport d’Electricité (RTE), selon laquelle un mix électrique fondé sur des parts très élevées d’énergies renouvelables est techniquement possible.
Vent et soleil sont intermittents
Les énergies du vent et de soleil sont certes renouvelables, mais leurs puissances sont très variables. Il n’y a pas de soleil la nuit, peu par temps nuageux et beaucoup moins en hiver qu’en été. Le vent est parfois très violent, et peut être très faible à l’échelle de la journée et parfois d’une semaine ou plus, à l’échelle de toute l’Europe. On dit qu’elles sont intermittentes. Il en est de même des électricités qu’on en tire avec les éoliennes et les panneaux solaires. Ces électricités sont non-pilotables, car leurs puissances sont indépendantes de la volonté humaine. Elles sont pour l’essentiel inutilisables parce qu’elles sont inadaptées aux besoins des consommateurs.
Le 8 janvier à 14 heures, l’Europe est passée très près d’un black-out
Deux méthodes sont cependant possibles pour rendre utilisables ces ElRi : 1- leur couplage avec des centrales dites pilotables pouvant faire varier leur puissance à la demande, en France essentiellement les centrales nucléaires et hydroélectriques, en Allemagne les centrales à charbon et de plus en plus à gaz. Ces centrales font varier leur puissance en contrepoint de celles des ElRi, pour que le mix électrique en résultant s’ajuste en permanence aux besoins des consommateurs ; 2- leur couplage avec des systèmes de stockage-déstockage de l’électricité produite permettant de faire en permanence cet ajustement, avec cependant une perte des quantités d’électricité stockées variant suivant les types de stockage. Dans les deux cas le prix du mix électrique est considérablement augmenté, puisqu’il faut coupler deux systèmes, l’un non-pilotable et l’autre pilotable, pour produire la même quantité d’électricité[tooltips content= »France-Stratégie, 2022 : Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ? Note d’analyse n°99. »](1)[/tooltips].
Les systèmes de stockage-déstockage actuels n’ont ni les capacités, ni les puissances nécessaires pour permettre d’alimenter un pays comme le nôtre avec uniquement des ElRi, loin s’en faut. Ce sont donc les centrales pilotables qui pour l’essentiel sont utilisées. Ce qui impose des limites aux proportions d’ElRi pouvant être mises sur les réseaux, sous peine de déstabiliser les systèmes en provoquant des black-outs. Plus sera augmentée la puissance totale des ElRi et diminuée celle des centrales pilotables, ce qui est la politique actuelle en France et en Europe, plus augmentera ce risque de black-out comme vient de le rappeler France-Stratégie qui s’en inquiète[tooltips content= »Sapy, G., 2021: La sécurité d’alimentation en électricité du pays en danger. Etude pour Sauvons le climat. https://www.sauvonsleclimat.org/fr/presentation/etudes-scientifiques/4154-la-securite-d-alimentation-en-electricite-du-pays-en-danger »](2)[/tooltips]. Le 8 janvier à 14 heures, l’Europe est d’ailleurs passée très près d’un black-out, qui n’a pu être évité qu’en procédant à des « effacements » autoritaires de la consommation d’entreprises « électro-intensives ».
9000 éoliennes déjà installées
Toutes ces études favorables à un mix électrique avec des parts élevées d’énergies renouvelables font donc le pari que l’on trouvera une méthode de stockage-déstockage permettant de se substituer aux centrales pilotables, et prétendent même qu’on l’a déjà trouvée. C’est le power-to-power (P2P), qui passe par la production d’hydrogène électrolytique avec les ElRi, hydrogène que l’on pourra réutiliser à la demande à l’aide de turbines à hydrogène ou de piles à combustibles pour produire de l’électricité. C’est en principe techniquement possible. Il existe des pilotes expérimentaux, mais pas de filière industrielle.
Cependant le rendement électrique du P2P n’est que de l’ordre de 25 à 30%. En 2020, la quantité d’électricité fournie par l’éolien a été d’environ 9% de la consommation française, avec 9000 éoliennes installées. Il faudrait donc avec le P2P en installer 3 à 4 fois plus de puissance rien que pour assurer ces 9%. Et si l’éolien devait assurer 100% de la consommation française, il faudrait en installer de 30 à 40 fois plus, c’est-à-dire submerger tout notre espace rural et ses habitants avec des éoliennes géantes. La question de l’accès à la quantité de matériaux nécessaires aux filières des ElRi, environ 10 fois plus que le nucléaire par KWh produit pour l’éolien, 15 fois plus pour le solaire PV, n’est pas abordée par les auteurs de ces études. Tout comme celle du coût considérable de la restructuration et du renforcement du réseau électrique nécessaires à leur développement. Elles sont rarement assorties d’études de la viabilité financière, et quand c’est le cas, elles font le pari que les conditions économiques et financières seront les mêmes à échéance de 30 ans que maintenant.
Jeu hasardeux
Ces considérations terre à terre n’intéressent visiblement pas les auteurs de ces études. Elles ont certes leur utilité pour explorer le champ des possibles, mais il est trop facile d’en faire varier les paramètres et d’en ignorer d’autres pour aboutir au résultat que l’on veut obtenir.
Les publier à la va-vite avant d’avoir fait l’objet d’une vérification attentive de tous les aspects et de toutes les contraintes par des spécialistes autres que leurs concepteurs, ce qui a jusqu’à présent été toujours le cas, est un acte politique et non scientifique. Il serait étonnant qu’il en soit autrement de l’étude signalée par Contexte.
Il est imprudent de jouer ainsi aux dés la politique énergétique de la France.
Une quête, un exode, une guerre sans merci – un naufrage planétaire. Sommes-nous avant ou après la Catastrophe ? Le roman de Jérôme Leroy semble prédire ce qui fut pour mieux se remémorer ce qui nous attend… dans l’ombre d’Homère.
Ça commence par un Oradour – un massacre de villageois sous un ciel bleu et or. Ça finit avec le bruit du vent dans les arbres et le nom murmuré d’un poète disparu : Adrien Vivonne[tooltips content= »Auteur supposé d’un roman introuvable, Danser dans les ruines en évitant les balles, publié chez un éditeur non moins introuvable, Les Grandes Largeurs, en 1995. Et d’un chef-d’œuvre inconnu intitulé : Mille Visages. Il aurait disparu en 2008. »](1)[/tooltips].
Oui, bien sûr que la douceur existe puisque soudain elle n’est plus là, on s’en souvient seulement et ça fait un peu mal – par je ne sais quelle diablerie, la douceur et la douleur ne se séparent que d’une lettre. On le sait depuis Charles d’Orléans qui écrivait des ballades dans sa prison anglaise avec de l’encre et des larmes.
Je soupçonne Leroy de le savoir d’instinct, je l’envie.
Je le dis d’emblée, j’aime beaucoup Jérôme Leroy, oui je sais, c’est un collaborateur de ce journal, mais je l’aimais avant.
On n’habite jamais que le pays que l’on quitte
Avant quoi ? Avant, après, ça se touche. On n’habite jamais que le pays que l’on quitte, comme Ulysse. C’est peut-être cela le sujet de ce livre. Un roman homérique ? Oui, d’une certaine façon. Une quête, un exode, un périple. Une guerre atroce, totale, sans merci, façon lutte finale, avec des drones, des cyberattaques et des miliciens – une Iliade planétaire ! Et puis la brise de l’aube, la mer violette caressée par le meltem, le vent des Cyclades – le petit port d’Ermoúpoli dans l’île de Syros, ça vous dit ? Et les sortilèges du lac de Vassivière dans le Limousin. Et ce n’est pas une surprise, un « Grand Typhon » sur Paris outragé, Paris crotté, Paris vaincu – auprès de quoi la débâcle de juin 1940 ressemble à une escapade.
Au-delà de ces motifs épars qu’il s’ingénie à recoudre avec soin, Leroy nous fait vivre la crainte, le retour des âges et des dieux d’avant – d’avant le sac de Troie, d’avant l’Histoire, d’avant la tyrannie des « Dingues ». Le temps d’avant – qui préfigure le temps d’après ou qui s’en souvient déjà. Le temps qui dort, le temps qui rêve – et il y a une île, un volcan, une chevelure dans son rêve.
Leroy traite le temps comme une matière, une couleur, un décor qui rêve à notre place
Qui a enfanté le Minotaure ? Est-ce Éole ou Apollon qui soulève les nappes et les jupes des filles ?… Une chose est sûre : il y a « une porte au fond du jardin », et elle ouvre sur un éternel été – grec ! Ce n’est pas un hasard si l’un des personnages ici s’appelle « Odysseus » – sans Homère, le « Grand Aveugle », saurions-nous ce qu’est un rivage ?
Car Leroy traite le temps comme une matière, une couleur, un décor qui rêve à notre place – de « l’immémorial », dirait Quignard. Que demander d’autre à un écrivain ?
Car Leroy est un millénariste à rebours – le Messie, ce n’est pas demain la veille, camarades, il pleut, il pleut bergère, oh ! on a perdu Clara Zetkin ! adieu Lénine ! adieu Thorez ! pleurez enfants, vous n’avez plus de pères, mais mieux vaut en rire. Je résume bien sûr.
Leroy parle la langue des naufrages avec un accent tragique
Le théâtre veut des « machines » ; le roman exige des « paysages ». Des villes mortes, hantées, crépusculaires, encore mieux ! Avant nous, qui sommes nés en province et qui habitons Paris, disons, entre le boulevard Raspail et le carrefour de l’Odéon, il y avait déjà sur terre des mouches, des crocodiles et des rats ; après nous, il y en aura encore. Ce n’est pas si difficile d’être prémonitoire, il suffit de raconter le pire puisqu’il est déjà là.
Leroy parle la langue des naufrages avec un accent tragique, mais au sens solaire des Grecs en s’interdisant la pitié. Il appartient à la catégorie des guetteurs mélancoliques pour qui la littérature est une requête primitive à la fois nécessaire et désespérée. Leur ancêtre, c’est Cassandre. Les oncles de la famille sont Marcel Aymé ou Simenon, toujours en maraude à l’orée du fantastique, avec un penchant pour l’allégorie. Avec un désir de vacance – un vide, une attente, une note d’oubli qu’ils pincent comme une corde. Avec des lueurs d’outre-monde – de mornes résurgences des sixties, des nuances exactes de brume un soir d’automne dans la banlieue sud de Rouen, des frayeurs inexpliquées. Avec je ne sais quoi de néfaste qui rôde et qui n’interdit pas l’idée du bonheur – enfui.
Ce qu’on serait tenté d’appeler du « fantastique social » – l’expression est de Mac Orlan, je crois – en songeant peut-être à l’Argentin Cortazar, l’auteur de Marelle, ou à l’Albanais Kadaré – ce petit-fils d’Homère revisité par Gogol. Car Leroy n’écrit pas tout seul, des ombres l’escortent. Et un remords, un revenant nommé Vivonne – « oui, comme le poète ». Sauf que sa langue et ses personnages, quoique classiques, sont absolument vivants, contemporains, comme le marrane est juif sous son baptême.
Ai-je dit pourquoi j’aimais Jérôme Leroy ?
Parce qu’il ne récrit pas Le Grand Meaulnes.
Parce que son œil est un détecteur de fumée.
Un auteur qui modifie la sensibilité du lecteur de façon indolore
Parce qu’il a l’art de jouir en se mordant les doigts, comme Amy Winehouse ou comme ce chenapan de saint Augustin – il y a des anges et des murmures, mais aussi de l’ivresse dans le repentir.
Parce qu’il est de ces auteurs qui modifient la sensibilité du lecteur de façon indolore, comme une goutte de poison qui s’insinue par l’oreille et qui entre dans le cœur.
Et enfin parce qu’il décrit par charité ou par dépit amoureux, allez savoir, des vices qui ne sont pas les siens, des turpitudes qu’il n’a pas commises et qui sont vraies – et qui sont un peu les nôtres.
Depuis hier, un dessin de presse fait grand bruit… Au micro de Sud Radio, la directrice de la rédaction de Causeur Elisabeth Lévy a donné son avis.
Ce dessin a été publié par Le Monde, durant quelques heures seulement, dans sa newsletter, avant d’être retiré. Il s’agit d’un dessin de Xavier Gorce présentant deux pingouins, ses personnages traditionnels. L’un dit à l’autre: « Si j’ai été abusée par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ?«
Sitôt publiée, la caricature a suscité une flopée de réactions outragées. On se moque des victimes de l’inceste! On fait l’amalgame entre l’inceste et les LGBT! Transphobie! Et voilà ce dessinateur très bien-pensant accusé d’être d’extrême droite.
Qu’un dessin énerve des gens, ce n’est pas une grande affaire
Un dessin qui énerve une flopée de gens s’estimant outragés, on a déjà vu ça. On pourrait donc penser qu’il n’y a pas d’affaire. Mais non.
L’affaire, c’est que Le Monde l’a donc retiré avec une piteuse autocritique de la directrice de la rédaction. Elle écrit: « ce dessin n’aurait pas dû être publié. Il peut être lu comme une relativisation de la gravité des faits d’inceste, en des termes déplacés vis-à-vis des victimes et des personnes transgenres. » Et elle nous rappelle ensuite les états de service du quotidien dans la lutte contre l’inceste et les discriminations… Au lieu d’invoquer la liberté d’expression, de dire “on est Charlie” et qu’on a bien le droit de se moquer de tout, le quotidien de référence s’est couché devant la meute. Pourtant, comme l’a tweeté Gilles Clavreul, si un dessin de presse n’est pas discutable, c’est sans doute qu’il n’a que peu d’intérêt.
Une époque faussement subversive
Notre époque prétend aimer la subversion, la transgression, la provocation. Mais elle déploie en toute occasion un terrifiant esprit de sérieux et de censure qui veut interdire le second degré et l’humour noir. Nous en voulons pour preuves deux exemples récents de blagues à scandale. En présentant ses vœux sur Twitter, et en faisant dire à Xavier Dupont de Ligonnès “et la famille surtout”, la comédienne Frédérique Bel s’est attirée les foudres des utilisateurs du réseau social.
De son côté, dans ses propres vœux, Elie Seimoun se moquait des communautés susceptibles en leur présentant par anticipation des excuses, en prévision de futures blagues qu’il pourrait bien faire en 2021. Non seulement ce message lui a valu un torrent de boue, mais le réseau Instagram a carrément retiré la vidéo!
Pour cette année 2021 je présente mes excuses par avance pour mes futurs dérapages , comme ça c’est fait . Désolé pic.twitter.com/BwHGQLXREt
On nous rétorquera que dans le cas de Xavier Gorce, il ne faudrait pas plaisanter sur un sujet aussi grave que l’inceste. Au contraire:c’est même recommandé.
N’oublions pas le rôle cathartique, conjuratoire et libérateur du rire. Par exemple, il y a énormément de blagues juives sur les camps de concentration. Du reste, le malheureux Xavier Gorce, qui a depuis quitté Le Monde, est victime d’un malentendu, car son dessin voulait se moquer d’Alain Finkielkraut. Si cela avait été précisé en légende, par exemple au-dessus de son dessin, tout le monde aurait applaudi !
En réalité, nous devons renverser la formule célèbre de Desproges «on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde». À l’époque des réseaux sociaux, on rit avec n’importe qui mais seulement de certains sujets. Au hasard: Marine Le Pen, l’extrême droite, les réacs, bref, toutes les cibles quotidiennes de France Inter. Alors si l’on rit de vous, ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, c’est la preuve que ça gratouille. Et faire rire ses contemporains relève de la salubrité publique.
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Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio, à 8h15.
En Namibie, ancienne colonie allemande, un élu porte le tristement célèbre nom d’Adolf Hitler. Mais rassurez-vous, il n’a rien à voir avec le nazisme!
Une élection locale en Namibie a récemment attiré l’attention des médias. Dans la circonscription d’Ompundja, un candidat nommé Adolf Hitler Uunona a été élu conseiller municipal après avoir remporté 85 % des voix. Dans un pays qui a été une colonie allemande entre 1884 et 1915, marquée par un régime de ségrégation raciale jusqu’à son indépendance en 1990, l’histoire laisse songeur, d’autant que le principal intéressé est tout ce qu’il y a de plus africain.
Au Bild, qui lui demandait s’il connaissait la portée dramatique de son nom, le quinquagénaire a répondu : « Enfant, je l’ai vu comme quelque chose de tout à fait normal », précisant que son père ne devait pas savoir qui était ce personnage lorsqu’il lui a donné son nom. « C’est en grandissant que j’ai réalisé que cet homme voulait conquérir le monde entier et tuer des millions de juifs », a renchéri cet élu de la SWAPO, le parti au pouvoir. Avant de préciser qu’il n’a « rien à voir avec le nazisme » et qu’il « n’entend pas s’emparer par la force de sa région ».
Accepterait-il de changer de nom ? n’hésite pas à lui demander le journaliste du Bild. « Pour quoi faire ? Il figure déjà sur tous les documents officiels », répond Hitler, un brin agacé avant de se demander ce qu’une telle modification pourrait apporter de plus au développement local de la Namibie. Un pays qui a payé le prix de la colonisation par le sang de près de 85 000 autochtones massacrés par les Prussiens.
Si Berlin a offert à la Namibie 10 millions d’euros à titre de réparation, le gouvernement de Windhoek n’a guère goûté à l’humour noir des Teutons et a préféré refuser cette aumône
Radio France lance un plan pour encore plus de « diversité »
À l’instar de Delphine Ernotte qui préconise l’éviction des hommes blancs de plus de cinquante ans à la télévision publique et qui a pour « fil rouge de [son] prochain mandat la diversité » afin que les personnes « perçues comme non blanches » (sic) soient mieux représentées, Sibyle Veil veut « poser des actes forts sans attendre ».
Soutenue par le Comité diversité et la Délégation à l’égalité des chances et à la lutte contre les discriminations de Radio France, Sibyle Veil, la PDG de Radio France, lance un programme ambitieux appelé Égalité 360°.
Le ver progressiste ronge la Maison ronde
L’Amérique, via ses réseaux de Young leaders et ses idiots utiles (et intéressés) biberonnés à toutes les causes déconstructivistes, racialistes, LGBTistes ou décolonialistes, a introduit le ver progressiste et diversitaire dans les universités françaises, en premier lieu Sciences Po, dont est issue Mme Veil.
À Sciences Po Paris, une liste de livres « anti-racistes » était récemment proposée aux étudiants. Parmi ces ouvrages, Fragilité blanche, de Robin DiAngelo, sociologue qui explique que tous les noirs sont victimes de racisme et que tous les blancs sont racistes, d’une manière ou d’une autre. Ou, de Reni Eddo-Lodge, Pourquoi je ne parle plus de la race aux gens de couleur blanche. Ou encore, de Layla F. Saad, Moi et la supériorité blanche. Ces thèses “racialistes”, comme celles sur le “genre” ou le “décolonialisme”, semblent réjouir de nombreux étudiants de Sciences Po qui prennent en marche le train du Progrès et du Bien conduit par leurs aînés, dont Mme Veil, et qui s’y sentent parfaitement à l’aise.
C’est aussi que les plus malins d’entre eux ont compris que leur “engagement” diversitaire, égalitaire, radicalement féministe ou racialement anti-raciste est devenu un excellent moyen d’obtenir des postes politiques ou médiatiques gratifiants, par le jeu des relations militantes et idéologiques.
Sinistre comptabilité
En attendant ces prochaines recrues acquises aux nouvelles causes identitaires, on fait les comptes à Radio France. Combien d’hommes et de femmes ? Combien de personnes issues de la « diversité » ? Combien de personnes « en situation de handicap » ? Combien de salariés « formés et sensibilisés » à « la lutte contre les agissements sexistes et la discrimination » ?
Une fois cette sinistre comptabilité terminée, Radio France et sa présidente vont rétablir la balance en donnant « une nouvelle impulsion ». On va inclure « toutes et tous ». Il y aura de « la diversité partout ». On libérera « la parole, partout, à tous les niveaux. »
Radio France 93, un Grand Bond en avant radiophonique
En un mot « Égalité 360° irriguera l’ensemble des activités de Radio France. ». On peine à imaginer la chaleureuse solidarité et la joie de vivre (ensemble) qui émaneront de ce Grand Bond en avant radiophonique.
Pour diversifier jusque dans les moindres recoins de la Maison ronde, les instigateurs de ce projet font la « promotion du triple CV : un homme / une femme / un « pari » avec un profil atypique » (sic). On lancera en 2021 une « Radio France 93, une unité de production multimédia en Seine-Saint-Denis dédiée aux moins de 30 ans » – bizarrement, il n’est apparemment pas prévu de Radio France 58 (Nièvre) dédiée aux plus de soixante ans. Les écoles de journalisme seront sensibilisées pour recruter « des étudiants sous critères sociaux, ainsi que des personnes en situation de handicap. » Toutes ces actions seront pilotées, mesurées, et corrigées si nécessaires.
Envoyez vos CV!
Le candidat mâle, blanc et/ou “socialement favorisé”, « valide », prêt à traiter tous les sujets, peut d’ores et déjà aller voir ailleurs s’il y est. Il est évident qu’une solide culture générale, une utilisation de la langue française évitant les codes de la novlangue politique et journalistique, une véritable curiosité pour les « autres », individus ou pays, en dehors du cadre victimaire et discriminatoire, ne seront non seulement pas nécessaires mais pourraient constituer des motifs sérieux de refus d’embauche à Radio France.
S’il persiste toutefois dans son envie de faire carrière à Radio France, nous conseillons au journaliste en herbe d’écouter régulièrement la radio publique. Il apprendra ainsi comment éviter de parler de certains sujets ou faits divers qui ne vont pas le sens du « vivre-ensemble » ; ou comment concocter une revue de presse en ne citant que certains journaux, et en n’en citant jamais certains autres. Il pourra y entendre un chroniqueur politique considérer que la fermeture définitive du compte Twitter du président des États-Unis est « une bonne chose pour la démocratie ». Il découvrira, en écoutant les humoristes, qu’on peut bien rire en gardant le petit doigt sur la couture du pantalon progressiste. Il appréciera les dénonciations au CSA des chroniques médias ou les appels à la mort médiatique de certains éditorialistes de la « fachosphère ». Il entendra, sur France Culture, des footballeurs reconvertis combattre le racisme, des actrices en activité combattre le patriarcat, ou Edgar Morin « résister à la prose de la vie pour trouver la poésie de sa propre vie ». Bref, il entendra à longueur de journée la propagande bien-pensante et arrogante de l’Empire du Bien dont Philippe Muray pensait qu’il est urgent de le saboter.
Primes diversité
La diversité c’est le progrès, dit en substance Mme Veil.
Comme leurs confrères de France Télévisions, les rédacteurs en chef de Radio France seront-ils incités financièrement à parler davantage de la « diversité » et de « l’Europe » ? Si oui, le journaliste homaisien a de beaux jours devant lui. À l’instar du pigiste du Fanal de Rouen, il pense que « le Progrès, ma parole d’honneur, marche à pas de tortue ! » Avec Égalité 360°, le voilà promis à une bien belle accélération.
Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.
« Que tout meure avec moi, non, que tout reste après moi. Non, que tout meure. Non que tout reste. Non, que tout meure, que tout reste, que tout meure. » Ainsi parle Béranger Ier dans Le roi se meurt de Ionesco. Entre déni et indécision, Béranger Ier refuse sa fin et surtout de quitter le pouvoir. Il y a du Béranger chez Trump dans la manière de refuser contre toute logique la mort, certes symbolique, que représente sa défaite, comme en témoignent de nombreux tweets : « J’AI GAGNÉ CETTE ÉLECTION, DE LOIN ! » le 7 novembre (en majuscules) ou encore « ON VA GAGNER ! » le 11 novembre (toujours en majuscules.)
Après tout, n’avait-il pas surmonté l’épreuve du coronavirus dont il a dit : « Être infecté par la Covid-19 était une bénédiction de Dieu », révélant une conception du souverain proche de Bossuet, dans sa Politique tirée de l’Écriture sainte : « Aussi Dieu a-t-il mis dans les princes quelque chose de divin. »
La volonté d’exercer le pouvoir jusqu’à la fin se retrouve dans un autre roi de théâtre, le Père Ubu. Cette comparaison ne juge en aucun cas la politique du président battu, c’est à d’autres de s’en charger, mais plutôt des comportements familiers au vieux lecteur d’Alfred Jarry qu’est votre serviteur. Jarry est un des premiers à montrer ce que Pasolini appellera, à propos de son film Salo, « l’anarchisme du pouvoir » et Trump en a donné des exemples récents qui transforment sa défaite en acte III d’Ubu Roi quand celui-ci envoie à la trappe les nobles, les financiers et à la fin les magistrats eux-mêmes :
« Les magistrats : Nous nous refusons à juger dans des conditions pareilles. / Père Ubu : À la trappe les magistrats ! (Ils se débattent en vain.) /Mère Ubu : Eh ! que fais-tu, Père Ubu ? Qui rendra maintenant la justice ? / Père Ubu : Tiens ! moi. Tu verras comme ça marchera bien. »
Trump limoge ainsi son ministre de la Défense le 9 novembre, c’est-à-dire après l’élection perdue. Le désaveu de son ministre de la Justice, William Barr, après la déroute judiciaire de Giulani, ne l’arrête pas. On a même vu, dans une surenchère typiquement ubuesque, un avocat de Trump demander implicitement l’exécution de Chris Krebs, le responsable des élections limogé par Trump. « Quiconque pense que l’élection s’est bien passée, comme cet idiot de Krebs […] devrait être arrêté et écartelé. Sorti à l’aube et abattu », a ainsi déclaré, tout en douceur, Joseph di Genova qui aurait aussi bien pu entonner La Chanson du décervelage, l’hymne préféré du Père Ubu :
« Nous allions voir le décervelage
[…] Ru’ d’l’Échaudé, passer un bon moment.
“Voyez, voyez la machin’ tourner,
“Voyez, voyez la cervell’ sauter,
[Chœurs :] “Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !” »
L’évêché alerte les fidèles catholiques contre un certain « Père Laurent ». L’homme a déjà été aperçu par le passé dans Secret Story, l’émission de télé-poubelle de TF1
Quinqua méditerranéen au sourire hâbleur, Laurent Lenne s’est fait remarquer en 2008 dans Secret Story 2 sur TF1. Cette immersion dans les télés des foyers des Français lui a valu un duo avec le chanteur de variété écolo Francis Lalanne. Il y a neuf ans, Laurent Lenne poussa la chansonnette torse nu en chemise blanche dans un clip fraîchement intitulé « En pleine face ». Tel un Apollon entouré de ses muses sur la Côte d’Azur, il y prônait l’amour libre et l’usage du latex tout en narrant sa rencontre avec le Christ.
Quand il ne fredonne pas ses airs en bonne compagnie, Laurent Lenne prêche la bonne parole dans La Chapelle de l’unité de la Seyne-sur-mer (Var). Troquant alors sa chemise ouverte pour la soutane et le calice, « Père Laurent » y célèbre l’eucharistie le dimanche et les jours de semaine. La page internet Laseyne.info souligne que « les religieux de la Chapelle ont rejoint l’ordre apostolique et souverain des hospitaliers de Saint Jean dont le révérend père Georges de Saint Hirst est le prieur et l’évêque » -lequel est versé dans l’exorcisme et autres « guérisons des malades de l’âme », auxquelles il a consacré un ouvrage.
« Monseigneur Dominique Rey tient à alerter les fidèles et familles vivant un deuil afin d’éviter toute confusion. Au sein du crématorium de La Seyne-sur-Mer, un certain « Père Laurent », officierait actuellement et présiderait des célébrations d’obsèques. S’il se dit évêque ou prêtre, il n’est pas membre du clergé de l’Église catholique romaine et n’est pas reconnu par cette dernière. » Communiqué du Diocèse
« Si je meurs, je veux que ce soit lui »
Délaissant jambes bronzées et plages de sable fin, « Père Laurent » a célébré des offices funéraires au crématorium de la Seyne-sur-Mer courant décembre. « Je ne peux qu’en faire l’éloge », a assuré un homme en deuil dans les colonnes de Var Matin. « Si je meurs, je veux que ce soit lui », a abondé un autre apôtre.
« Vers la fin 2020, nous avons eu écho de ces offices, affirme à Causeur Yves-Marie Sévillia, directeur de cabinet de Monseigneur Rey, évêque de Toulon. Quand certaines familles demandent un office religieux, elles sont redirigées vers cette personne. Elles pensent qu’il s’agit d’un prêtre et qu’elles ont affaire à un office religieux catholique ». Or, si le site de l’Église apostolique et œcuménique de « Père Laurent » présente ce dernier comme son « évêque et président » et se présente elle-même comme une « Église catholique et apostolique », elle n’a aucun rapport avec Saint-Pierre.
Le diocèse de Fréjus-Toulon alerte la population
« Il y a des personnes de la communion Saint Lazare, notre association, composée de personnes mandatées par l’évêque pour représenter l’Église et accompagner les familles endeuillées. Les entreprises funéraires sont au courant qu’elle existe et qu’elle est officiellement la représentante de l’Église auprès des familles. Ce Laurent Lenne qui officie au crématorium y est présenté comme un prêtre catholique, ce qu’il n’est pas », commente sobrement Yves-Marie Sévillia. Dans cette optique de mise au point, le diocèse de Fréjus-Toulon a publié un communiqué sur son site où il « souhaite aviser la population catholique du Var concernant des célébrations potentiellement trompeuses ».
Contactée sur son téléphone portable, l’ancienne star de télé réalité n’a pas décroché. Il n’est pourtant guère introverti: en 1992, il fit campagne pour les régionales en PACA en compagnie de Bernard Tapie. En 2010, il annonça sa candidature pour les présidentielles après qu’un SDF lui demanda de prendre une douche dans son église. En 2019, il bénit le QG de campagne de Serge Daninos, candidat de « la droite constructiviste » aux municipales de La Seyne-sur-Mer. Endossant la casquette d’imitateur, il imita aussi un certain Nicolas Sarkozy il y a cinq ans.
Curé par vocation ou opportuniste ayant trouvé, tels maints pasteurs évangéliques de Rio, un bon filon pour réussir? En 2013, dans un entretien à Public, « Père Laurent » assura avoir su qu’il voulait devenir prêtre dès l’âge de…. sept ans (!) Il ajoutait aussi projeter d’être curé de paroisse quand il aurait 50 ans, étant alors en guerre contre « l‘église catholique et sa position rétrograde sur le mariage pour tous ». Maintenant qu’il en a 52, qu’en est-il? Pas de clip en latin sur le site de son église mais une paroisse « inclusive », dont les « clercs sont engagés […] pour les communautés LGBT, pour la protection des animaux ». Si Saint François d’Assise fut le saint ami des bêtes, le Pape François n’a pas encore l’intention de défiler au côté des « communautés LGBT ». Laurent Lenne devra sans doute attendre un peu avant d’intégrer Rome.
L’auteur du Grand Remplacement et de tweets cinglants est poursuivi pour injure raciale par des associatifs qui n’ont jamais lu ses livres. Selon lui, s’il est un proscrit, c’est pour voir et dire que le changement démographique détruit la culture et la civilisation des Européens d’Europe. Entretien (1/2)
Causeur. Le 25 novembre, vous avez comparu au Tribunal de Paris pour « injure publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion » pour le tweet suivant – que vous appelez « tweet banquise » : « Une boîte de préservatifs offerte en Afrique, c’est trois noyés en moins en Méditerranée, cent mille euros d’économies pour la CAF, deux cellules de prison libérées et trois cm de banquise préservée ». Vous cherchez les ennuis ? Le regrettez-vous ?
Renaud Camus. Oh, pas du tout ! Absolument pas. Le regretter serait me reconnaître coupable. Or il s’agit d’une plaisanterie tout à fait innocente, où n’entre pas, faut-il le dire, la moindre haine, ni même la moindre animosité, et qui est tout juste un peu caricaturale par endroits : mais le président de la République n’a-t-il pas déclaré récemment que la caricature était un des droits immarcescibles de notre tradition nationale ? Ce n’est pas ce tweet qui est jugé, c’est lui, malgré son insignifiance, ou à cause d’elle, qui juge ses juges, les officines de délation qui le poursuivent, et l’état désolant de la liberté d’expression dans notre pays aujourd’hui, en plein Grand Remplacement.
Bien sûr, vous mettez les rieurs de votre côté mais, outre le fait qu’il y en a de moins en moins, je peux vous expliquer ce qui peut être soupçonné de racisme : tous les Africains seraient de futurs délinquants…
Voilà bien le délire antiraciste, et ses généralisations accusatoires abusives. Ce malheureux tweet ne dit absolument pas ni n’implique le moins du monde que tous les Africains seraient de futurs délinquants. Il énumère certains des avantages qu’il y aurait à une décroissance démographique, africaine en l’occurrence, certes, mais dans mon esprit générale, je l’ai très souvent exprimé d’autre part. Que maintenant il y ait des Africains parmi les incarcérés à tort ou à raison (ce n’est pas moi qui parle de « délinquants »), ce n’est absolument pas douteux, et on peut en dire autant de n’importe quel fragment de la communauté humaine.
Vous revoici donc en procès, après votre condamnation en 2014. Dans la France de 2020, vous considérez-vous comme un dissident ?
Comme un dissident, certainement : un marginal, un exclu, un banni, un paria. Mais après tout c’est une situation qui a quelques avantages, puisque je pourrai dire, comme le Maître de Santiago, « je n’ai participé en rien aux affaires des Indes ». Moi, en ma qualité d’exclu, je ne suis en rien mêlé à la colonisation et à l’occupation de notre pays et de notre continent, au changement de peuple et de civilisation, au génocide par substitution, à ce que j’appelle le génocide à l’homme, c’est-à-dire au moyen de l’homme, sous l’homme, sous la masse humaine en mouvement, par submersion migratoire, comme on a dit génocide au gaz,génocide par balles ou génocide à la machette. Songez : je n’ai jamais été invité à « On n’est pas couché » ou « Chez Hanouna », comme je crois qu’on dit – on se sent tout de même plus propre…
Renaud Camus ne regrette pas le tweet banquise: « Ce serait me reconnaître coupable »
Ah vous recommencez ! Ne croyez-vous pas que le terme génocide, même par substitution, est inadapté quand on pense aux génocides réels du xxe siècle ? Un génocide suppose une entreprise consciente, volontaire d’extermination d’une population. Le changement démographique n’est pas l’extermination des Européens de souche.
Le changement démographique n’est pas l’extermination des Européens de souche, encore qu’il commence à y avoir beaucoup d’attentats, de massacres, d’égorgements et de décapitations. Le changement démographique est la destruction de la culture et de la civilisation des Européens d’Europe, comme ont été presque détruites celles des Juifs d’Europe, et notamment le Shtetl. L’expression de génocide par substitution est due à Aimé Césaire, qui l’appliquait, lui, à l’afflux exagéré, selon lui, des métropolitains dans les Antilles françaises. Elle me semble autrement plus adéquate pour désigner l’actuelle submersion migratoire en Europe, ardemment encouragée par tous les pouvoirs. « Un génocide suppose une entreprise consciente, volontaire », dites-vous : il suffit d’un acquiescement, et surtout d’un acquiescement enthousiaste et d’une participation à son exécution. On parle couramment du génocide des Indiens d’Amérique, je doute si quiconque en a jamais pris la décision. Tocqueville le montre admirablement : il a été accompli avec beaucoup de gentillesse et de bonne conscience dans les intentions, et beaucoup de cruauté dans la réalisation. Je n’ai pour ma part jamais fait allusion au moindre complot, ce qui serait un terme bien dérisoire pour désigner l’ensemble des forces mécaniques et même machiniques mises en œuvre par la première, la deuxième et la troisième révolution industrielle. Le monde du taylorisme fordien, ce que j’appelle le remplacisme global, les industries de l’homme exigent la production de la Matière Humaine Indifférenciée (MHI), sans races, sans sexes et maintenant même sans « genres » (voir la langue et le vêtement). Si crime il y a c’est de souscrire, consciemment ou pas, à cette monstruosité : l’écrabouillement de l’espèce, liquéfiée, comme le montre Zygmunt Bauman, pour les bidons du bidonville global.
En tout cas, vos condamnations ne semblent pas vous affecter, c’est à se demander si vous n’avez pas une sorte de coquetterie de proscrit…
La justice française et la répression en général, qui d’ailleurs est bien loin de se limiter à la « justice » – il faudrait nommer aussi les journalistes, les éditeurs, les libraires… –, ne m’empêchent en rien de développer mes idées dans ma tête, ni même dans mes écrits. En revanche, elles les empêchent peut-être un peu de se répandre dans le monde, ça oui : ainsi lorsque Amazon, mon dernier refuge éditorial, décide de retirer de la vente Le Grand Remplacement, le livre, puis de fermer tout à fait mon compte (avant de revenir sur ces deux décisions, semble-t-il : mais enfin on sent bien qu’on est suspendu au fil de l’arbitraire le plus complet, qui peut être tranché à n’importe quel moment).
Il est vrai que vos détracteurs ne vont pas jusqu’à lire vos livres. S’ils vous attaquent, c’est parce que vous tweettez…
Les officines de délation qui me poursuivent ne les lisent absolument pas, en effet, la preuve éclatante en a été donnée à l’audience même. Cela dit, si je ne devais compter que sur mes livres, qui sont publiés à compte d’auteur, et ne sont pas présents dans les librairies, je n’aurais que très peu de chances d’avoir la moindre influence sur le cours des choses. Je suis obligé d’avoir recours à tous les instruments qui se présentent, fussent-ils, comme au judo, les forces mêmes de l’adversaire : Twitter, Facebook, Amazon – c’est ce que j’appelle « chevaucher le dragon ».
Cependant, aussi graves soient vos crimes, on peut lire, notamment sur les réseaux, des choses bien plus outrancières, sans que les associations s’en émeuvent. Leur intérêt pour vous est-il un hommage de la vertu au vice… ?
Non, qu’allez-vous chercher là, des rappeurs disent gentiment qu’il faut pendre tous les bébés blancs, ou niquer la France : c’est tout de même moins agressif que de se soucier de la banquise ou qu’offrir une boîte de capotes anglaises ! Et puis je ne peux pas prétendre au même statut artistique que M. Nick Conrad. Cela dit, parmi les évidences éclatantes qui sont pour nous la nudité de l’empereur, comme dans le conte d’Andersen, il en est peu de plus manifeste que le « deux poids, deux mesures » judiciaire au profit de l’occupant. Ce que j’appelle la « préférence occupante » est une des preuves les plus aveuglantes du caractère « systémique », pour parler comme on parle, du génocide par substitution.
Pour votre gouverne, si j’en crois mon cher Muray, dans le conte d’Andersen, il n’est pas question d’un roi ni d’un empereur, mais d’un grand-duc, raison pour laquelle Muray parlait du « coup du grand-duc »… Cependant, quand vous parlez d’« occupants », vous oubliez que beaucoup sont français et le sont devenus tout à fait légalement. Ils bénéficient donc des mêmes droits que vous et moi, y compris celui d’avoir leur conception de l’identité française.
Je vous remercie de votre souci de ma gouverne, comme vous dites, et en effet, dans la première traduction du conte d’Andersen, parue en France en 1867, il est bien question d’un grand-duc, car, sous Napoléon III, on ne pouvait pas parler d’un empereur de façon aussi cavalière. D’autres traductions disent roi : le roi est nu. Mais le texte original et son titre même portent bien le mot Kejser, c’est-à-dire Kaiser, césar, tsar, empereur : « Kejserens nye klæder ».
Ensuite, vous entrez dans le cœur de la fiction, celle qui est constitutive du négationnisme de masse, qui peut très bien avoir reçu en effet le sceau de la légalité. Dans les empires coloniaux, l’Inde est anglaise, les Indiens sont sujets de la reine d’Angleterre, reine ou impératrice des Indes. C’est ce genre de fictions intolérables, imposées par la force, la conquête ou la trahison que tous les mouvements anticolonialistes et tous les rassemblements de lutte pour la libération de pays occupés ont dénoncées et combattues au cours des âges. Il est d’autant plus facile de le faire, dans notre cas, que beaucoup de nos actuels occupants assument de plus en plus explicitement n’être français que de papier, parlent des indigènes comme d’étrangers et les appellent des Français, ce qui montre bien qu’eux-mêmes ne se considèrent pas comme tels, et assument en termes on ne peut plus clairs désormais leur mission de conquête ou de conversion, d’imposition de leurs usages et traditions, de mise à disposition pour eux-mêmes de droits égaux ou supérieurs à ceux des indigènes colonisés. Les conquérants, quand bien même ils n’ont dû leur conquête qu’à la complaisance active d’intérêts tiers, ont toujours estimé avoir des droits sur leurs conquêtes, et entretenu leur conception de son identité. Les Français pensaient que l’Algérie était un ensemble de trois départements français. C’est aussi le droit et le devoir des indigènes livrés et conquis d’opposer au colonisateur une conception différente, plus solide, moins purement conventionnelle, moins fictive : « cratylienne », en somme.
Alors qu’il faudrait mettre les dealers hors d’état de nuire par tous les moyens, la ville de Nîmes en est tristement réduite à mettre une clôture anti-intrusion de trois mètres de haut autour de l’école Georges Bruguier. En juin 2020, un jeune de 21 ans est mort d’une balle perdue dans ce secteur « difficile » de la ville.
Calfeutrés dans leurs casemates et leurs bunkers, les soldats français s’empiffraient de camembert arrosé de gros rouge. Et pour tuer le temps, ils jouaient à la belote, regardant à la jumelle l’ennemi allemand dont les troupes écrasaient la Pologne. Nos soldats ne bougeaient pas. On appela ça la « drôle de guerre ». Puis quand en mai 40 les blindés allemands se mirent en marche, la ligne Maginot succomba, inutile et impuissante.
Une clôture anti-intrusion installée pour se protéger des dealers
L’école Georges Bruguier est située dans le quartier du Chemin-Bas d’Avignon de Nîmes. Ce quartier, selon le vocable officiel, est une zone de sécurité prioritaire. Zone d’insécurité élémentaire serait plus juste. Un point de deal se retrouve à 50 mètres de l’école. Et de ce quartier, les dealers sont les maîtres.
L’autre jour, deux d’entre eux, cagoulés, ont fait irruption dans l’établissement scolaire, terrorisant élèves et enseignants. De temps en temps, on peut entendre des coups de feu de l’école. Et, il y a peu, un jeune homme a été tué par une balle perdue.
Les parents s’indignent et protestent. Le maire de la ville a donc décidé de bâtir une ligne Maginot autour de l’école. Une clôture haute de trois mètres de haut, destinée à empêcher l’intrusion des dealers, et à stopper, selon le maire de Nîmes, « les balles perdues ».
Drôle de guerre
Des policiers ont été placés en renfort autour de l’école et la ville envisage de racheter deux garages qui sont voisins de l’école et où les dealers se livrent paisiblement à leur trafic. Elle prévoit de les démolir. Peut-on appeler ça autrement qu’une drôle de guerre ?
Ce ne sont pas les garages qu’il faut détruire mais ceux qui sont à l’intérieur, en les arrêtant et en leur trouvant un domicile en prison. La police connait les noms des dealers, leur profil, leur adresse ! Les arrêter ? On hésite de crainte d’une émeute, signant ainsi l’abdication totale de l’Etat de droit.
La ligne Maginot autour de l’école ne servira strictement à rien. Il ne faut pas se barricader en tremblant. Il faut au contraire – c’est a priori le travail de la police – aller chercher les dealers là où ils se trouvent. « Jusque dans les chiottes » comme dirait Poutine. Si nous n’allons pas chez eux ce sont eux qui viendront chez nous. N’oublions pas mai 40.
Cette vidéo de décembre 2020 témoigne du climat de violence alarmant de ce quartier
Vidéo impressionnante d’une nouvelle fusillade à #Nîmes au quartier du Chemin Bas d’Avignon.
Une enquête est ouverte pour une tentative de meurtre survenue ce dimanche. Un homme a été blessé par arme à feu, un individu a été interpellé par la #police pic.twitter.com/AzxaKmdeNW
— Officiers et Commissaires de police (@PoliceSCSI) December 13, 2020
Accepter la République et ses lois écrites fait de vous un citoyen. Mais apprendre les codes non écrits d’un peuple et y adhérer transforme les citoyens en membres d’une nation et en héritiers de plein droit du passé du peuple qu’ils rejoignent.
L’idée d’assimilation n’a pas bonne presse dans une époque qui valorise par-dessus tout le droit de chacun à suivre sa propre voie et, s’il est migrant, à cultiver ce qui le relie à sa société d’origine. Le sens même de la notion est mis en question dans des sociétés marquées par une grande diversité de choix de vie. Auxquels de ses membres, objecte-t-on, faudrait-il ressembler pour être déclaré « assimilé » ? En réalité, cette objection fait bon marché du fait que la diversité d’une société n’est pas infinie.
Trois manières de prendre place dans une société d’accueil
L’existence d’institutions communes, de lois communes, souvent d’une langue commune, d’éléments de mémoire largement partagés au sein d’une communauté nationale (la Révolution française, la guerre de Sécession), fait qu’en dépit de sa diversité interne, chaque société a quelque chose d’unique. Ainsi, selon les pays, l’encadrement des conduites de chacun est assuré d’une manière particulière, que ce soit par un pouvoir fort comme en Chine, par la pression sociale comme au Japon, ou par la loi comme en Europe occidentale. Les modalités permettant à des groupes qui vivent différemment de coexister de manière relativement pacifique divergent selon les sociétés : dans certains cas, comme aux États-Unis, les groupes vivent largement dans des lieux distincts ; dans les sociétés de castes, les rapports entre groupes sont minutieusement codifiés. L’existence d’une identité commune joue un rôle important quand il s’agit pour une nation d’agir en corps, comme en guerre. Tout ce patrimoine peut donner l’impression d’aller de soi pour ceux qui l’ont reçu en héritage dès leur plus jeune âge, mais peut paraître étrange à ceux qui viennent d’ailleurs.
Pour les nouveaux venus, trois grandes manières de prendre place là où ils jettent l’ancre sont possibles.
Une attitude courante consiste à se soumettre aux lois du pays d’accueil tout en continuant autant que possible, dans les domaines que ces lois ne régissent pas, à maintenir les traditions de sa société d’origine au sein d’une diaspora. Les liens avec cette société, notamment ses médias, restent privilégiés, l’endogamie est forte ainsi que la sociabilité intracommunautaire. On a alors une simple intégration.
Une attitude plus offensive consiste à tenter d’imposer au pays d’accueil la loi qui prévaut dans son lieu d’origine. Il s’agit de s’appuyer sur l’acquisition des droits du citoyen pour agir en ce sens. Pensons par exemple à la pancarte, brandie au cours d’une manifestation : « Française musulmane voilée. Si je vous dérange je vous invite à quitté [sic] mon pays. » Dans ce propos « mon pays » ne veut pas dire le pays dont je reçois l’héritage avec gratitude, mais celui qui m’appartient comme si je l’avais conquis.
L’assimilation se situe aux antipodes de cette perspective conquérante. Il s’agit, au-delà du seul respect des lois de la société d’accueil, de devenir un membre ordinaire de celle-ci, se voulant pleinement héritier de son histoire, adoptant ses mœurs, y trouvant un conjoint et des amis en même temps qu’une identité. Jean Daniel a évoqué cette démarche, qui a été celle de sa famille : « Avec les avantages d’une citoyenneté, les nouveaux Français recevaient l’honneur d’une appartenance. […] Ils ne se demandaient pas ce que le pays leur devait, mais ce qu’ils devaient au pays. Et ce qu’ils devaient était simple : un partage de souvenirs et de projets ; une profonde adhésion aux valeurs de la société qui les accueillait ; un respect scrupuleux des valeurs, des rites et des usages de cette société.[tooltips content= »Jean Daniel, « Barrage contre le communautarisme », Le Nouvel Observateur, 19-25 décembre 2002. »](1)[/tooltips] »
Des difficultés très inégales selon les pays et les populations accueillies
Une telle assimilation n’est pas seulement une question de volonté, mais de difficulté objective, qui tient à la fois aux exigences de la société d’accueil et au chemin que doivent accomplir les nouveaux venus pour y répondre.
Selon les pays, les conditions à remplir pour être regardé comme un membre ordinaire de la société sont très diverses. Ainsi, il paraît impossible d’être considéré comme un vrai Japonais si l’on n’est pas d’ascendance japonaise ; on trouve au Japon des Coréens toujours identifiés comme tels alors que leur famille vit dans le pays depuis des générations. À l’inverse, aux États-Unis, le respect de la loi, du drapeau, de l’hymne national suffit pour être considéré comme un « vrai Américain » ; diverses communautés d’origine revendiquant chacune leur propre héritage, et entre lesquelles les liens de solidarité sont relativement ténus, y coexistent, même si officiellement le principe « égaux, mais séparés » n’est plus en vigueur. On se rapproche du cas des empires où coexistent une pluralité de nations et où on a moins une assimilation à l’empire dans son ensemble qu’à une des communautés qui le composent.
En France l’idée d’assimilation est source de malaise du fait qu’elle confronte aux contradictions intimes de la société française prise entre l’image officielle qu’elle donne d’elle-même et la réalité de son fonctionnement social. Officiellement, l’appartenance à la nation est marquée par une stricte distinction entre espace public et sphère privée : « Au privé la libre expression des différences, au public l’assimilation à l’ordre politique et juridique de la citoyenneté. Au privé l’affirmation libre des identités et des références particulières grâce auxquelles l’homme donne librement un sens à son existence […], au public l’unité-égalité-universalité de la citoyenneté de l’individu.[tooltips content= »Dominique Schnapper, La Relation à l’Autre : au cœur de la pensée sociologique, Paris, Gallimard, 1998, p. 186. »](2)[/tooltips] » Dans cette logique, il n’est pas question d’assimilation et la constitution de diasporas au sein de l’espace privé est parfaitement admissible. Mais en pratique, la société française regorge de lois non écrites, souvent beaucoup plus respectées que ne le sont celles de la République. Ainsi, une certaine discrétion dans l’affichage des convictions politiques et religieuses est exigée comme un élément essentiel de la paix sociale. Ce qui « ne se fait pas » tient une grande place dans les rapports sociaux, y compris ceux qui relèvent de la sphère publique. La manière dont chacun est traité dans cette sphère, qu’il s’agisse du monde du travail, des rapports entre locataires et bailleurs ou même des rapports avec l’administration, dépend largement de la façon dont il respecte non seulement les lois, mais aussi les mœurs, de son degré d’assimilation. Or il n’est pas évident pour ceux qui viennent d’ailleurs de saisir la subtilité de ces codes que chacun apprend dans sa famille, sans qu’ils soient affichés nulle part, et qu’il est même offensant de rappeler à quelqu’un qui ne les respecte pas de lui-même. Cet écart entre l’officiel et l’officieux conduit nombre de ceux qui subissent des réactions de rejet, du fait de leur manque d’assimilation, à les ressentir comme discriminatoires, alors que les mêmes manières d’être susciteraient des réactions analogues, voire plus vives (car ils ne peuvent avoir l’excuse de mal connaître les codes sociaux) envers ceux qui sont là depuis des lustres[tooltips content= »Philippe d’Iribarne, Les Immigrés de la République, Seuil, 2010. »](3)[/tooltips].
Par ailleurs, dans un contexte donné, la difficulté à s’assimiler pour celui qui le souhaite dépend beaucoup du chemin qu’il a à parcourir, en fonction de l’étendue qui sépare les normes de vie auxquelles il est attaché, ses évidences familières, de celles qui prévalent dans la société qui l’accueille.
Un point épineux concerne la façon de vivre une double allégeance, à un pays et à une religion. De manière générale, il existe deux grandes manières de résoudre cette équation. La première consiste à faire allégeance à une entité d’ordre supérieur qui transcende la religion et la patrie. Victor Klemperer, juif allemand dit « assimilé », écrit ainsi dans son célèbre ouvrage sur la langue du IIIe Reich : « La véritable mission que ce Dieu a assignée à son peuple [le peuple Juif] est justement de n’être pas un peuple, de n’être attaché à aucune barrière spatiale, à aucune barrière physique, de servir, sans racine, la seule idée. » En se référant aux mêmes valeurs supérieures, en tant que juif et en tant qu’Allemand, il s’affirmait sans contradiction totalement l’un et l’autre. L’autre approche consiste à séparer les domaines de l’existence qui relèvent de la religion (la vie privée) de ceux qui relèvent d’un monde profane (l’organisation de la cité), séparant ainsi deux objets d’allégeance qui n’entrent pas en concurrence.
Dans la rencontre entre le monde musulman et l’Occident, ces deux approches font difficulté, raison pour laquelle l’assimilation des musulmans est tout sauf évidente. L’appel à des valeurs auxquelles il serait possible d’adhérer simultanément en tant que musulman et en tant qu’Occidental, dans une allégeance qui transcenderait deux allégeances partielles, ne paraît guère possible pour des musulmans conséquents. La liberté de conscience, qui est au cœur des civilisations européennes, n’est pas acceptée dans l’islam. Ainsi il n’est pas question pour celui-ci d’admettre le droit de le quitter pour une autre religion. De plus, le refus musulman de l’égalité entre hommes et femmes a un caractère d’autant plus sacré que le Coran l’érige en norme, notamment pour affirmer qu’un homme vaut deux femmes en matière d’héritage (Cor IV 11). Quant à la distinction entre une sphère profane, où il convient de se conformer aux usages de la société environnante, et une sphère religieuse, elle est également problématique, tant l’islam est dès l’origine un mouvement politico-religieux. Dès lors que les préceptes religieux régissent des domaines tels que la nourriture et le vêtement, on voit mal comment un musulman conséquent pourrait accepter les normes profanes dans ces domaines.
Cette difficulté à être simultanément en harmonie avec les orientations du monde occidental et avec celles de l’islam est à la source de profondes fractures parmi les Français musulmans. Une partie significative d’entre eux (environ 15 %[tooltips content= »Hakim El Karoui, L’islam, une religion française, « Le Débat », Gallimard, 2018, p. 26. »](4)[/tooltips]) privilégie une perspective d’assimilation, mais quitte l’islam, ou du moins se contente de quelques pratiques qui ne concernent que leur vie privée. D’autres, au contraire, privilégient l’islam et rejettent la société française, dans une perspective conquérante ou au moins de diaspora. Ainsi, dans un sondage parmi les musulmans de France réalisé en août 2020 à l’occasion du procès de Charlie Hebdo, ils ont été interrogés sur la proposition « L’islam est incompatible avec les valeurs de la société française ». Près d’un tiers (29 %) a répondu par l’affirmative (36 % chez les hommes, 23 % chez les femmes), mais cette proportion s’élève à 45 % chez les moins de 25 ans. De même, 56 % des musulmans, contre 5 % de la population générale, approuventla proposition « Une femme doit obéir à son mari »[tooltips content= »Hakim El Karoui, « Un islam français est possible », rapport de l’Institut Montaigne, septembre 2016, p. 45. »](5)[/tooltips]. On comprend mieux que ceux qui cherchent à être à la fois de bons musulmans et de bons Occidentaux peinent à y parvenir.
À ces difficultés structurelles de l’assimilation, il faut ajouter une dimension sociale. En France, parmi les immigrés originaires de l’ex-empire colonial, certains, issus de famille qui appartiennent, dans leur pays d’origine, à la bourgeoisie intellectuelle ou aux milieux d’affaires, possèdent déjà toute une familiarité avec des habitus français. Il n’en va pas de même pour ceux qui sont issus de milieux modestes ou ruraux. Certains, parce qu’ils ont une farouche volonté d’assimilation, y parviennent, sinon pour eux pour leurs enfants. Beaucoup pourrait être fait pour les y aider en leur permettant de mieux décrypter les exigences de leur société d’accueil.
Sans cesse paraissent des études, y compris d’acteurs institutionnels comme l’ADEME, assurant à l’opinion qu’à échéance, toute l’électricité dont les consommateurs auront besoin sera fournie, avec l’appoint de l’hydroélectricité, par les électricités renouvelables intermittentes (ElRi), électricités éolienne et solaire photovoltaïque, permettant ainsi d’éliminer les combustibles fossiles et le nucléaire. Ainsi, Contexte vient de « révéler » l’existence d’une étude encore non publique du Gestionnaire du Réseau de Transport d’Electricité (RTE), selon laquelle un mix électrique fondé sur des parts très élevées d’énergies renouvelables est techniquement possible.
Vent et soleil sont intermittents
Les énergies du vent et de soleil sont certes renouvelables, mais leurs puissances sont très variables. Il n’y a pas de soleil la nuit, peu par temps nuageux et beaucoup moins en hiver qu’en été. Le vent est parfois très violent, et peut être très faible à l’échelle de la journée et parfois d’une semaine ou plus, à l’échelle de toute l’Europe. On dit qu’elles sont intermittentes. Il en est de même des électricités qu’on en tire avec les éoliennes et les panneaux solaires. Ces électricités sont non-pilotables, car leurs puissances sont indépendantes de la volonté humaine. Elles sont pour l’essentiel inutilisables parce qu’elles sont inadaptées aux besoins des consommateurs.
Le 8 janvier à 14 heures, l’Europe est passée très près d’un black-out
Deux méthodes sont cependant possibles pour rendre utilisables ces ElRi : 1- leur couplage avec des centrales dites pilotables pouvant faire varier leur puissance à la demande, en France essentiellement les centrales nucléaires et hydroélectriques, en Allemagne les centrales à charbon et de plus en plus à gaz. Ces centrales font varier leur puissance en contrepoint de celles des ElRi, pour que le mix électrique en résultant s’ajuste en permanence aux besoins des consommateurs ; 2- leur couplage avec des systèmes de stockage-déstockage de l’électricité produite permettant de faire en permanence cet ajustement, avec cependant une perte des quantités d’électricité stockées variant suivant les types de stockage. Dans les deux cas le prix du mix électrique est considérablement augmenté, puisqu’il faut coupler deux systèmes, l’un non-pilotable et l’autre pilotable, pour produire la même quantité d’électricité[tooltips content= »France-Stratégie, 2022 : Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ? Note d’analyse n°99. »](1)[/tooltips].
Les systèmes de stockage-déstockage actuels n’ont ni les capacités, ni les puissances nécessaires pour permettre d’alimenter un pays comme le nôtre avec uniquement des ElRi, loin s’en faut. Ce sont donc les centrales pilotables qui pour l’essentiel sont utilisées. Ce qui impose des limites aux proportions d’ElRi pouvant être mises sur les réseaux, sous peine de déstabiliser les systèmes en provoquant des black-outs. Plus sera augmentée la puissance totale des ElRi et diminuée celle des centrales pilotables, ce qui est la politique actuelle en France et en Europe, plus augmentera ce risque de black-out comme vient de le rappeler France-Stratégie qui s’en inquiète[tooltips content= »Sapy, G., 2021: La sécurité d’alimentation en électricité du pays en danger. Etude pour Sauvons le climat. https://www.sauvonsleclimat.org/fr/presentation/etudes-scientifiques/4154-la-securite-d-alimentation-en-electricite-du-pays-en-danger »](2)[/tooltips]. Le 8 janvier à 14 heures, l’Europe est d’ailleurs passée très près d’un black-out, qui n’a pu être évité qu’en procédant à des « effacements » autoritaires de la consommation d’entreprises « électro-intensives ».
9000 éoliennes déjà installées
Toutes ces études favorables à un mix électrique avec des parts élevées d’énergies renouvelables font donc le pari que l’on trouvera une méthode de stockage-déstockage permettant de se substituer aux centrales pilotables, et prétendent même qu’on l’a déjà trouvée. C’est le power-to-power (P2P), qui passe par la production d’hydrogène électrolytique avec les ElRi, hydrogène que l’on pourra réutiliser à la demande à l’aide de turbines à hydrogène ou de piles à combustibles pour produire de l’électricité. C’est en principe techniquement possible. Il existe des pilotes expérimentaux, mais pas de filière industrielle.
Cependant le rendement électrique du P2P n’est que de l’ordre de 25 à 30%. En 2020, la quantité d’électricité fournie par l’éolien a été d’environ 9% de la consommation française, avec 9000 éoliennes installées. Il faudrait donc avec le P2P en installer 3 à 4 fois plus de puissance rien que pour assurer ces 9%. Et si l’éolien devait assurer 100% de la consommation française, il faudrait en installer de 30 à 40 fois plus, c’est-à-dire submerger tout notre espace rural et ses habitants avec des éoliennes géantes. La question de l’accès à la quantité de matériaux nécessaires aux filières des ElRi, environ 10 fois plus que le nucléaire par KWh produit pour l’éolien, 15 fois plus pour le solaire PV, n’est pas abordée par les auteurs de ces études. Tout comme celle du coût considérable de la restructuration et du renforcement du réseau électrique nécessaires à leur développement. Elles sont rarement assorties d’études de la viabilité financière, et quand c’est le cas, elles font le pari que les conditions économiques et financières seront les mêmes à échéance de 30 ans que maintenant.
Jeu hasardeux
Ces considérations terre à terre n’intéressent visiblement pas les auteurs de ces études. Elles ont certes leur utilité pour explorer le champ des possibles, mais il est trop facile d’en faire varier les paramètres et d’en ignorer d’autres pour aboutir au résultat que l’on veut obtenir.
Les publier à la va-vite avant d’avoir fait l’objet d’une vérification attentive de tous les aspects et de toutes les contraintes par des spécialistes autres que leurs concepteurs, ce qui a jusqu’à présent été toujours le cas, est un acte politique et non scientifique. Il serait étonnant qu’il en soit autrement de l’étude signalée par Contexte.
Il est imprudent de jouer ainsi aux dés la politique énergétique de la France.
Une quête, un exode, une guerre sans merci – un naufrage planétaire. Sommes-nous avant ou après la Catastrophe ? Le roman de Jérôme Leroy semble prédire ce qui fut pour mieux se remémorer ce qui nous attend… dans l’ombre d’Homère.
Ça commence par un Oradour – un massacre de villageois sous un ciel bleu et or. Ça finit avec le bruit du vent dans les arbres et le nom murmuré d’un poète disparu : Adrien Vivonne[tooltips content= »Auteur supposé d’un roman introuvable, Danser dans les ruines en évitant les balles, publié chez un éditeur non moins introuvable, Les Grandes Largeurs, en 1995. Et d’un chef-d’œuvre inconnu intitulé : Mille Visages. Il aurait disparu en 2008. »](1)[/tooltips].
Oui, bien sûr que la douceur existe puisque soudain elle n’est plus là, on s’en souvient seulement et ça fait un peu mal – par je ne sais quelle diablerie, la douceur et la douleur ne se séparent que d’une lettre. On le sait depuis Charles d’Orléans qui écrivait des ballades dans sa prison anglaise avec de l’encre et des larmes.
Je soupçonne Leroy de le savoir d’instinct, je l’envie.
Je le dis d’emblée, j’aime beaucoup Jérôme Leroy, oui je sais, c’est un collaborateur de ce journal, mais je l’aimais avant.
On n’habite jamais que le pays que l’on quitte
Avant quoi ? Avant, après, ça se touche. On n’habite jamais que le pays que l’on quitte, comme Ulysse. C’est peut-être cela le sujet de ce livre. Un roman homérique ? Oui, d’une certaine façon. Une quête, un exode, un périple. Une guerre atroce, totale, sans merci, façon lutte finale, avec des drones, des cyberattaques et des miliciens – une Iliade planétaire ! Et puis la brise de l’aube, la mer violette caressée par le meltem, le vent des Cyclades – le petit port d’Ermoúpoli dans l’île de Syros, ça vous dit ? Et les sortilèges du lac de Vassivière dans le Limousin. Et ce n’est pas une surprise, un « Grand Typhon » sur Paris outragé, Paris crotté, Paris vaincu – auprès de quoi la débâcle de juin 1940 ressemble à une escapade.
Au-delà de ces motifs épars qu’il s’ingénie à recoudre avec soin, Leroy nous fait vivre la crainte, le retour des âges et des dieux d’avant – d’avant le sac de Troie, d’avant l’Histoire, d’avant la tyrannie des « Dingues ». Le temps d’avant – qui préfigure le temps d’après ou qui s’en souvient déjà. Le temps qui dort, le temps qui rêve – et il y a une île, un volcan, une chevelure dans son rêve.
Leroy traite le temps comme une matière, une couleur, un décor qui rêve à notre place
Qui a enfanté le Minotaure ? Est-ce Éole ou Apollon qui soulève les nappes et les jupes des filles ?… Une chose est sûre : il y a « une porte au fond du jardin », et elle ouvre sur un éternel été – grec ! Ce n’est pas un hasard si l’un des personnages ici s’appelle « Odysseus » – sans Homère, le « Grand Aveugle », saurions-nous ce qu’est un rivage ?
Car Leroy traite le temps comme une matière, une couleur, un décor qui rêve à notre place – de « l’immémorial », dirait Quignard. Que demander d’autre à un écrivain ?
Car Leroy est un millénariste à rebours – le Messie, ce n’est pas demain la veille, camarades, il pleut, il pleut bergère, oh ! on a perdu Clara Zetkin ! adieu Lénine ! adieu Thorez ! pleurez enfants, vous n’avez plus de pères, mais mieux vaut en rire. Je résume bien sûr.
Leroy parle la langue des naufrages avec un accent tragique
Le théâtre veut des « machines » ; le roman exige des « paysages ». Des villes mortes, hantées, crépusculaires, encore mieux ! Avant nous, qui sommes nés en province et qui habitons Paris, disons, entre le boulevard Raspail et le carrefour de l’Odéon, il y avait déjà sur terre des mouches, des crocodiles et des rats ; après nous, il y en aura encore. Ce n’est pas si difficile d’être prémonitoire, il suffit de raconter le pire puisqu’il est déjà là.
Leroy parle la langue des naufrages avec un accent tragique, mais au sens solaire des Grecs en s’interdisant la pitié. Il appartient à la catégorie des guetteurs mélancoliques pour qui la littérature est une requête primitive à la fois nécessaire et désespérée. Leur ancêtre, c’est Cassandre. Les oncles de la famille sont Marcel Aymé ou Simenon, toujours en maraude à l’orée du fantastique, avec un penchant pour l’allégorie. Avec un désir de vacance – un vide, une attente, une note d’oubli qu’ils pincent comme une corde. Avec des lueurs d’outre-monde – de mornes résurgences des sixties, des nuances exactes de brume un soir d’automne dans la banlieue sud de Rouen, des frayeurs inexpliquées. Avec je ne sais quoi de néfaste qui rôde et qui n’interdit pas l’idée du bonheur – enfui.
Ce qu’on serait tenté d’appeler du « fantastique social » – l’expression est de Mac Orlan, je crois – en songeant peut-être à l’Argentin Cortazar, l’auteur de Marelle, ou à l’Albanais Kadaré – ce petit-fils d’Homère revisité par Gogol. Car Leroy n’écrit pas tout seul, des ombres l’escortent. Et un remords, un revenant nommé Vivonne – « oui, comme le poète ». Sauf que sa langue et ses personnages, quoique classiques, sont absolument vivants, contemporains, comme le marrane est juif sous son baptême.
Ai-je dit pourquoi j’aimais Jérôme Leroy ?
Parce qu’il ne récrit pas Le Grand Meaulnes.
Parce que son œil est un détecteur de fumée.
Un auteur qui modifie la sensibilité du lecteur de façon indolore
Parce qu’il a l’art de jouir en se mordant les doigts, comme Amy Winehouse ou comme ce chenapan de saint Augustin – il y a des anges et des murmures, mais aussi de l’ivresse dans le repentir.
Parce qu’il est de ces auteurs qui modifient la sensibilité du lecteur de façon indolore, comme une goutte de poison qui s’insinue par l’oreille et qui entre dans le cœur.
Et enfin parce qu’il décrit par charité ou par dépit amoureux, allez savoir, des vices qui ne sont pas les siens, des turpitudes qu’il n’a pas commises et qui sont vraies – et qui sont un peu les nôtres.
Depuis hier, un dessin de presse fait grand bruit… Au micro de Sud Radio, la directrice de la rédaction de Causeur Elisabeth Lévy a donné son avis.
Ce dessin a été publié par Le Monde, durant quelques heures seulement, dans sa newsletter, avant d’être retiré. Il s’agit d’un dessin de Xavier Gorce présentant deux pingouins, ses personnages traditionnels. L’un dit à l’autre: « Si j’ai été abusée par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ?«
Sitôt publiée, la caricature a suscité une flopée de réactions outragées. On se moque des victimes de l’inceste! On fait l’amalgame entre l’inceste et les LGBT! Transphobie! Et voilà ce dessinateur très bien-pensant accusé d’être d’extrême droite.
Qu’un dessin énerve des gens, ce n’est pas une grande affaire
Un dessin qui énerve une flopée de gens s’estimant outragés, on a déjà vu ça. On pourrait donc penser qu’il n’y a pas d’affaire. Mais non.
L’affaire, c’est que Le Monde l’a donc retiré avec une piteuse autocritique de la directrice de la rédaction. Elle écrit: « ce dessin n’aurait pas dû être publié. Il peut être lu comme une relativisation de la gravité des faits d’inceste, en des termes déplacés vis-à-vis des victimes et des personnes transgenres. » Et elle nous rappelle ensuite les états de service du quotidien dans la lutte contre l’inceste et les discriminations… Au lieu d’invoquer la liberté d’expression, de dire “on est Charlie” et qu’on a bien le droit de se moquer de tout, le quotidien de référence s’est couché devant la meute. Pourtant, comme l’a tweeté Gilles Clavreul, si un dessin de presse n’est pas discutable, c’est sans doute qu’il n’a que peu d’intérêt.
Une époque faussement subversive
Notre époque prétend aimer la subversion, la transgression, la provocation. Mais elle déploie en toute occasion un terrifiant esprit de sérieux et de censure qui veut interdire le second degré et l’humour noir. Nous en voulons pour preuves deux exemples récents de blagues à scandale. En présentant ses vœux sur Twitter, et en faisant dire à Xavier Dupont de Ligonnès “et la famille surtout”, la comédienne Frédérique Bel s’est attirée les foudres des utilisateurs du réseau social.
De son côté, dans ses propres vœux, Elie Seimoun se moquait des communautés susceptibles en leur présentant par anticipation des excuses, en prévision de futures blagues qu’il pourrait bien faire en 2021. Non seulement ce message lui a valu un torrent de boue, mais le réseau Instagram a carrément retiré la vidéo!
Pour cette année 2021 je présente mes excuses par avance pour mes futurs dérapages , comme ça c’est fait . Désolé pic.twitter.com/BwHGQLXREt
On nous rétorquera que dans le cas de Xavier Gorce, il ne faudrait pas plaisanter sur un sujet aussi grave que l’inceste. Au contraire:c’est même recommandé.
N’oublions pas le rôle cathartique, conjuratoire et libérateur du rire. Par exemple, il y a énormément de blagues juives sur les camps de concentration. Du reste, le malheureux Xavier Gorce, qui a depuis quitté Le Monde, est victime d’un malentendu, car son dessin voulait se moquer d’Alain Finkielkraut. Si cela avait été précisé en légende, par exemple au-dessus de son dessin, tout le monde aurait applaudi !
En réalité, nous devons renverser la formule célèbre de Desproges «on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde». À l’époque des réseaux sociaux, on rit avec n’importe qui mais seulement de certains sujets. Au hasard: Marine Le Pen, l’extrême droite, les réacs, bref, toutes les cibles quotidiennes de France Inter. Alors si l’on rit de vous, ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, c’est la preuve que ça gratouille. Et faire rire ses contemporains relève de la salubrité publique.
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Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio, à 8h15.
En Namibie, ancienne colonie allemande, un élu porte le tristement célèbre nom d’Adolf Hitler. Mais rassurez-vous, il n’a rien à voir avec le nazisme!
Une élection locale en Namibie a récemment attiré l’attention des médias. Dans la circonscription d’Ompundja, un candidat nommé Adolf Hitler Uunona a été élu conseiller municipal après avoir remporté 85 % des voix. Dans un pays qui a été une colonie allemande entre 1884 et 1915, marquée par un régime de ségrégation raciale jusqu’à son indépendance en 1990, l’histoire laisse songeur, d’autant que le principal intéressé est tout ce qu’il y a de plus africain.
Au Bild, qui lui demandait s’il connaissait la portée dramatique de son nom, le quinquagénaire a répondu : « Enfant, je l’ai vu comme quelque chose de tout à fait normal », précisant que son père ne devait pas savoir qui était ce personnage lorsqu’il lui a donné son nom. « C’est en grandissant que j’ai réalisé que cet homme voulait conquérir le monde entier et tuer des millions de juifs », a renchéri cet élu de la SWAPO, le parti au pouvoir. Avant de préciser qu’il n’a « rien à voir avec le nazisme » et qu’il « n’entend pas s’emparer par la force de sa région ».
Accepterait-il de changer de nom ? n’hésite pas à lui demander le journaliste du Bild. « Pour quoi faire ? Il figure déjà sur tous les documents officiels », répond Hitler, un brin agacé avant de se demander ce qu’une telle modification pourrait apporter de plus au développement local de la Namibie. Un pays qui a payé le prix de la colonisation par le sang de près de 85 000 autochtones massacrés par les Prussiens.
Si Berlin a offert à la Namibie 10 millions d’euros à titre de réparation, le gouvernement de Windhoek n’a guère goûté à l’humour noir des Teutons et a préféré refuser cette aumône
Radio France lance un plan pour encore plus de « diversité »
À l’instar de Delphine Ernotte qui préconise l’éviction des hommes blancs de plus de cinquante ans à la télévision publique et qui a pour « fil rouge de [son] prochain mandat la diversité » afin que les personnes « perçues comme non blanches » (sic) soient mieux représentées, Sibyle Veil veut « poser des actes forts sans attendre ».
Soutenue par le Comité diversité et la Délégation à l’égalité des chances et à la lutte contre les discriminations de Radio France, Sibyle Veil, la PDG de Radio France, lance un programme ambitieux appelé Égalité 360°.
Le ver progressiste ronge la Maison ronde
L’Amérique, via ses réseaux de Young leaders et ses idiots utiles (et intéressés) biberonnés à toutes les causes déconstructivistes, racialistes, LGBTistes ou décolonialistes, a introduit le ver progressiste et diversitaire dans les universités françaises, en premier lieu Sciences Po, dont est issue Mme Veil.
À Sciences Po Paris, une liste de livres « anti-racistes » était récemment proposée aux étudiants. Parmi ces ouvrages, Fragilité blanche, de Robin DiAngelo, sociologue qui explique que tous les noirs sont victimes de racisme et que tous les blancs sont racistes, d’une manière ou d’une autre. Ou, de Reni Eddo-Lodge, Pourquoi je ne parle plus de la race aux gens de couleur blanche. Ou encore, de Layla F. Saad, Moi et la supériorité blanche. Ces thèses “racialistes”, comme celles sur le “genre” ou le “décolonialisme”, semblent réjouir de nombreux étudiants de Sciences Po qui prennent en marche le train du Progrès et du Bien conduit par leurs aînés, dont Mme Veil, et qui s’y sentent parfaitement à l’aise.
C’est aussi que les plus malins d’entre eux ont compris que leur “engagement” diversitaire, égalitaire, radicalement féministe ou racialement anti-raciste est devenu un excellent moyen d’obtenir des postes politiques ou médiatiques gratifiants, par le jeu des relations militantes et idéologiques.
Sinistre comptabilité
En attendant ces prochaines recrues acquises aux nouvelles causes identitaires, on fait les comptes à Radio France. Combien d’hommes et de femmes ? Combien de personnes issues de la « diversité » ? Combien de personnes « en situation de handicap » ? Combien de salariés « formés et sensibilisés » à « la lutte contre les agissements sexistes et la discrimination » ?
Une fois cette sinistre comptabilité terminée, Radio France et sa présidente vont rétablir la balance en donnant « une nouvelle impulsion ». On va inclure « toutes et tous ». Il y aura de « la diversité partout ». On libérera « la parole, partout, à tous les niveaux. »
Radio France 93, un Grand Bond en avant radiophonique
En un mot « Égalité 360° irriguera l’ensemble des activités de Radio France. ». On peine à imaginer la chaleureuse solidarité et la joie de vivre (ensemble) qui émaneront de ce Grand Bond en avant radiophonique.
Pour diversifier jusque dans les moindres recoins de la Maison ronde, les instigateurs de ce projet font la « promotion du triple CV : un homme / une femme / un « pari » avec un profil atypique » (sic). On lancera en 2021 une « Radio France 93, une unité de production multimédia en Seine-Saint-Denis dédiée aux moins de 30 ans » – bizarrement, il n’est apparemment pas prévu de Radio France 58 (Nièvre) dédiée aux plus de soixante ans. Les écoles de journalisme seront sensibilisées pour recruter « des étudiants sous critères sociaux, ainsi que des personnes en situation de handicap. » Toutes ces actions seront pilotées, mesurées, et corrigées si nécessaires.
Envoyez vos CV!
Le candidat mâle, blanc et/ou “socialement favorisé”, « valide », prêt à traiter tous les sujets, peut d’ores et déjà aller voir ailleurs s’il y est. Il est évident qu’une solide culture générale, une utilisation de la langue française évitant les codes de la novlangue politique et journalistique, une véritable curiosité pour les « autres », individus ou pays, en dehors du cadre victimaire et discriminatoire, ne seront non seulement pas nécessaires mais pourraient constituer des motifs sérieux de refus d’embauche à Radio France.
S’il persiste toutefois dans son envie de faire carrière à Radio France, nous conseillons au journaliste en herbe d’écouter régulièrement la radio publique. Il apprendra ainsi comment éviter de parler de certains sujets ou faits divers qui ne vont pas le sens du « vivre-ensemble » ; ou comment concocter une revue de presse en ne citant que certains journaux, et en n’en citant jamais certains autres. Il pourra y entendre un chroniqueur politique considérer que la fermeture définitive du compte Twitter du président des États-Unis est « une bonne chose pour la démocratie ». Il découvrira, en écoutant les humoristes, qu’on peut bien rire en gardant le petit doigt sur la couture du pantalon progressiste. Il appréciera les dénonciations au CSA des chroniques médias ou les appels à la mort médiatique de certains éditorialistes de la « fachosphère ». Il entendra, sur France Culture, des footballeurs reconvertis combattre le racisme, des actrices en activité combattre le patriarcat, ou Edgar Morin « résister à la prose de la vie pour trouver la poésie de sa propre vie ». Bref, il entendra à longueur de journée la propagande bien-pensante et arrogante de l’Empire du Bien dont Philippe Muray pensait qu’il est urgent de le saboter.
Primes diversité
La diversité c’est le progrès, dit en substance Mme Veil.
Comme leurs confrères de France Télévisions, les rédacteurs en chef de Radio France seront-ils incités financièrement à parler davantage de la « diversité » et de « l’Europe » ? Si oui, le journaliste homaisien a de beaux jours devant lui. À l’instar du pigiste du Fanal de Rouen, il pense que « le Progrès, ma parole d’honneur, marche à pas de tortue ! » Avec Égalité 360°, le voilà promis à une bien belle accélération.
Si la réalité dépasse parfois la fiction, c’est que la fiction précède souvent la réalité. La littérature prévoit l’avenir. Cette chronique le prouve.
« Que tout meure avec moi, non, que tout reste après moi. Non, que tout meure. Non que tout reste. Non, que tout meure, que tout reste, que tout meure. » Ainsi parle Béranger Ier dans Le roi se meurt de Ionesco. Entre déni et indécision, Béranger Ier refuse sa fin et surtout de quitter le pouvoir. Il y a du Béranger chez Trump dans la manière de refuser contre toute logique la mort, certes symbolique, que représente sa défaite, comme en témoignent de nombreux tweets : « J’AI GAGNÉ CETTE ÉLECTION, DE LOIN ! » le 7 novembre (en majuscules) ou encore « ON VA GAGNER ! » le 11 novembre (toujours en majuscules.)
Après tout, n’avait-il pas surmonté l’épreuve du coronavirus dont il a dit : « Être infecté par la Covid-19 était une bénédiction de Dieu », révélant une conception du souverain proche de Bossuet, dans sa Politique tirée de l’Écriture sainte : « Aussi Dieu a-t-il mis dans les princes quelque chose de divin. »
La volonté d’exercer le pouvoir jusqu’à la fin se retrouve dans un autre roi de théâtre, le Père Ubu. Cette comparaison ne juge en aucun cas la politique du président battu, c’est à d’autres de s’en charger, mais plutôt des comportements familiers au vieux lecteur d’Alfred Jarry qu’est votre serviteur. Jarry est un des premiers à montrer ce que Pasolini appellera, à propos de son film Salo, « l’anarchisme du pouvoir » et Trump en a donné des exemples récents qui transforment sa défaite en acte III d’Ubu Roi quand celui-ci envoie à la trappe les nobles, les financiers et à la fin les magistrats eux-mêmes :
« Les magistrats : Nous nous refusons à juger dans des conditions pareilles. / Père Ubu : À la trappe les magistrats ! (Ils se débattent en vain.) /Mère Ubu : Eh ! que fais-tu, Père Ubu ? Qui rendra maintenant la justice ? / Père Ubu : Tiens ! moi. Tu verras comme ça marchera bien. »
Trump limoge ainsi son ministre de la Défense le 9 novembre, c’est-à-dire après l’élection perdue. Le désaveu de son ministre de la Justice, William Barr, après la déroute judiciaire de Giulani, ne l’arrête pas. On a même vu, dans une surenchère typiquement ubuesque, un avocat de Trump demander implicitement l’exécution de Chris Krebs, le responsable des élections limogé par Trump. « Quiconque pense que l’élection s’est bien passée, comme cet idiot de Krebs […] devrait être arrêté et écartelé. Sorti à l’aube et abattu », a ainsi déclaré, tout en douceur, Joseph di Genova qui aurait aussi bien pu entonner La Chanson du décervelage, l’hymne préféré du Père Ubu :
« Nous allions voir le décervelage
[…] Ru’ d’l’Échaudé, passer un bon moment.
“Voyez, voyez la machin’ tourner,
“Voyez, voyez la cervell’ sauter,
[Chœurs :] “Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !” »