Nos confrères de Libération nous l’apprennent : proche de Benoît Hamon, Razzy Hammadi estime que son boss « sort renforcé du congrès », ce qui n’est certes pas contestable. Là où ça devient marrant, c’est quand le bouillant Secrétaire national du PS à la Riposte dit croire en « un effet obhamon » dans le parti. C’est pas pour critiquer Razzy Hammadi, dont les qualités politiques ne sont plus à démontrer, mais son avenir dans la pure communication politique semble assez compromis. « L’effet obhamon » : à Reims, le brainstorming du courant C a dû être aussi violent qu’une réunion de rédaction au Canard enchaîné…
C’est l’histoire de quinze jeunes filles
Nous avons tellement plus urgent à penser, n’est-ce pas ? Le PS par exemple et son congrès de Reims sans bulle ni onction, avec son goût pénible de champagne tiède et éventé. Ségolène qui, en bonne socialiste, fait la synthèse mais la synthèse d’elle-même, c’est-à-dire celle de Bernadette Soubirous et d’Eva Peron. Martine Aubry qui a rencontré un syndicaliste et a eu une révélation gaullienne sur sa vocation à sauver le parti. Ou Delanoë qui se défile en s’apercevant que ces ploucs de militants provinciaux ne travaillent pas tous dans la communication ou la culture et ont des soucis de fins de mois dans les zones commerciales de la France, ce pays si étrange qui commence après le périphérique.
Oui, tellement plus urgent : les gesticulations du pouvoir qui, aidé par une presse décidément bien policée avec les puissants et bien policière avec ses opposants, a décidé qu’un livre était une pièce à conviction, menaçait la République et que son inspirateur, soupçonné d’avoir arrêté quelques TGV en rase campagne, méritait la Bastille, l’estrapade, l’écartèlement, la baignoire. Au gnouf, l’ennemi intérieur. Le luddisme de ces jeunes gens ne les a pas empêchés de rendre vie à un village de Corrèze désertifié par les exigences modernes de l’économie. Nous préférons refuser de voir l’insurrection qui vient. Et dire que sans cette affaire des TGV, ce groupe mystérieux aurait fait un très bon reportage de Jean-Pierre Pernaud, dont la voix grasseyante se serait extasiée avec son onction habituelle sur « ces sympathiques jeunes gens qui ont rouvert l’épicerie café et donnent des cours du soir aux enfants, comme quoi les jeunes ne sont pas tous des brûleurs de bagnole. A demain même heure, à vous Romorantin, je vous rends l’antenne ».
Mais il se trouve qu’une horreur chimiquement pure, l’une de ces tâches de sang métaphysique, pour paraphraser Lautréamont, que toute l’eau de la mer ne pourra effacer s’est produite pendant ce temps-là. C’était mercredi 12 novembre, le matin. Quinze jeunes filles allaient à l’école. Elles avaient dix-sept ans. On peut imaginer les rires, les conversations, un certain bonheur d’être au monde qui n’appartient qu’à cet âge-là. « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », disait déjà Rimbaud. Connaissaient-elles Rimbaud ? On peut en douter : elles allaient à l’école en Afghanistan, dans la région de Kandahar. De même, leurs rires devaient être sérieusement étouffés, avec une burqa. Oui, elles allaient à l’école en burqa et les grillages devant les yeux prêtent assez difficilement aux confidences amoureuses comme à la compréhension des intuitions fulgurantes de Rimbaud : « …aux supplices par le silence des eaux et de l’air meurtriers ; aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux ».
On ne laissera jamais donc dire que dix-sept ans est le plus bel âge de la vie dans l’Afghanistan de 2008. Les agresseurs héroïques sont arrivés à moto, ils ont entouré les jeunes filles, ils leur ont ordonné de retirer leur burqa et ils les ont aspergées de vitriol avec des pistolets à eau. Les salauds ont parfois un sens de l’humour inconscient, le détail du pistolet à eau sent son goût de la plaisanterie horrible. Les barbus ont aussi leurs amusements. L’humour taliban. Le gag islamiste.
Les jeunes filles afghanes, défigurées ou non, sont scolarisées en Afghanistan à hauteur de 9 % dans le secondaire. C’est encore trop pour ces débiles autrefois suréquipés par les Américains pour lutter contre l’ogre soviétique. L’a-t-on glorifiée cette résistance afghane contre les vilains soldats russes. C’était la liberté éclairant le monde. Il y en avait des vibratos dans les voix un peu plus jeunes, un peu moins usées par les reniements répétés, des Kouchner, des BHL, des Glucksmann. Et quand Bush a décidé de bombarder massivement le pays, le nouveau philosophe comme l’intellectuel « néocons » promettaient que la guerre allait faire de l’Afghanistan un Etat moderne avec des routes, des écoles, des supermarchés, des jeunes filles qui lisent Rimbaud et pourquoi pas une Techno Parade à Kaboul. On allait venger le commandant Massoud, le Che Guevara des bonnes consciences éditorialisantes, assassiné le 10 septembre 2001. On avait juste tendance à oublier que Massoud, pas plus qu’Izetbegovic en Bosnie d’ailleurs n’étaient les chefs éclairés qu’on a bien voulu nous présenter. La différence entre un régime dirigé par Massoud et un régime purement Taliban, c’est que Massoud aurait laissé les jeunes filles vitriolées choisir la couleur de leur burqa avant d’aller à l’école. Comme dirait Rimbaud, toujours lui, dans cette histoire : « Il y a une horloge qui ne sonne pas. »
Quinze jeunes filles défigurées, c’est une métaphore assez monstrueuse et précise de la barbarie aujourd’hui, comme cette botte écrasant à l’infini un visage torturé dans le 1984 d’Orwell. Or, nous envoyons mourir là-bas de jeunes soldats sans diplômes, recrutés dans les forums d’orientation du lycéen et sommes incapables d’empêcher ce crime contre l’esprit et la beauté. Si notre mission était une réussite, ces garçons, à peine plus âgés que leurs victimes, ils les auraient invitées à sortir pour aller danser. Il y aurait eu des épisodes charmants et dérisoires. Un caporal aurait fait le coup de la panne avec son half-track. Elles auraient peut-être eu l’impression de vivre la même vie que leurs mères, à l’époque des Russes. Les vilains Russes qui étaient arrivés comme des impérialistes mais aussi comme des universalistes et qui ne vitriolaient pas les filles et chassaient, ces fanatiques équipés par l’oncle Sam, loin, très loin dans les montagnes.
Ce que n’ont jamais fait, à ma connaissance, les centaines de journalistes qui, depuis 2001, ont fait leur petit tour à Kaboul, c’est de demander à une femme d’une cinquantaine d’années quelle époque de sa vie elle regrettait – peut-être celle où elle pouvait se promener habillée comme elle le voulait, faire des études d’infirmière, conduire une voiture. Leur réponse leur aurait peut-être valu – comme elle risque de me valoir à moi – une volée de bois verts pour apologie des chars brejnéviens.
Il n’empêche : quinze jeunes filles vitriolées, et pas des Lolitas, des mutilées en burqa qui, lorsqu’elles la retireront, souffriront quand elles croiseront un miroir.
Laissons la conclusion à Rimbaud, notre envoyé spécial en Afghanistan : « J’ai vu l’enfer des femmes là-bas. »
Pourrir à Madrid
Santos Mirasierra, un supporter de l’Olympique de Marseille, est en prison depuis 7 semaines en Espagne. Sur la seule base de témoignages policiers, en l’absence notamment de toute image vidéo l’incriminant, il est accusé d’avoir jeté un fauteuil des tribunes en direction des forces de l’ordre le 1er octobre dernier lors du match de Ligue des Champions qui opposait l’Atletico Madrid à l’OM. Une petite affaire ? On dirait que oui. Sauf qu’il s’est trouvé un procureur madrilène pour requérir dans cette affaire huit ans d’emprisonnement : quatre pour « troubles à l’ordre public » et quatre pour « atteinte à l’autorité publique » ! Je ne sais bien sûr pas si le jeune Santos est, comme il l’affirme, innocent. Mais qu’un jeune Français risque une punition aussi inique pour une broutille devrait inquiéter un peu plus le Quai d’Orsay qui pour l’instant est d’une rare inefficacité. Il va sans dire qu’on attend toujours une réaction de la Ligue des Droits de l’Homme et des autres professionnels de l’indignation express. Il faut croire que faire de telles horreurs dans un stade, c’est rigoureusement indéfendable.
Pédé, vous avez dit pédé ?
Dies irae, dies illa ! Ce jour-là restera dans les mémoires comme l’un des plus catastrophiques du siècle. C’était le 12 novembre et la France se réveillait sonnée par la nouvelle : la Cour de Cassation venait de blanchir Christian Vanneste des accusations d’injures homophobes qui pesaient sur lui. Il y a quatre ans, le député de Tourcoing avait déclaré à l’Assemblée nationale que l’homosexualité était « inférieure » à l’hétérosexualité. Dès lors, le rôle de Premier homophobe de France lui avait été assigné – il faut dire que le poste était vacant depuis que Christine Boutin s’était refait une virginité sociétale en s’occupant de prisons et de HLM. Et patatras, voilà que des magistrats comme il faut déclarent que les propos homophobes du député homophobe n’étaient pas homophobes… On ne se méfie jamais assez des types qui s’habillent en robe.
À l’annonce de cette décision, la communauté gaie française a vivement réagi. Si des juges qui n’assistent même pas à la gay pride commencent à s’occuper de droit, on n’en a plus fini. Personnellement, j’étais ulcérée. Au nombre de mes amis, je compte beaucoup d’homosexuels, dont un couple qui habite dans le même immeuble que moi. Eh bien, jamais je n’oserais qualifier d’inférieurs ces deux garçons même si, dans la réalité qui place leur logement juste en dessous du mien, ils le sont.
J’ai cherché à réagir et à protester contre ce scandale judiciaire qui relègue l’affaire Dreyfus au rang des broutilles de l’histoire du droit. J’ai proposé à Elisabeth Lévy de venir à Paris, de me mettre à la colle avec elle et de prendre en charge l’achat des deux chemises à carreaux qui feraient de nous un couple de néo-goudous assez crédible. Elle a refusé, l’homophobesse ! Elle a prétexté un : « Tu sais Trudi, je t’aime bien, mais… », puis elle a raccroché. Ce fut comme une révélation.
« Tu sais, Trudi, je t’aime bien, mais… » Combien de fois ai-je entendu cette phrase, susurrée par l’un ou l’autre de ces types qui préféraient virer illico leur cuti plutôt que de sortir avec moi. Si je le voulais, j’aurais toutes les raisons du monde d’être homophobe et de me plaindre de ces mecs qui, non contents d’être des fashion victims, demandent à être considérés comme des history victims, des political victims ou des social victims. C’est que, de nos jours, la pédétude c’est pas rigolo : il faut savoir tirer une gueule définitive d’enterrement pour en être. Jamais les mœurs n’ont été aussi libérales et jamais les premiers bénéficiaires de cette heureuse libéralité n’auront été aussi coincés du cul et chatouilleux sur les propos tenus ici et là à leur encontre. Or, il y a un hic : lorsqu’une communauté existe socialement elle s’expose à la critique… Le risque principal de la visibilité c’est de pouvoir être pris pour cible. Et, comme la société française n’est pas encore devenue le royaume des Bisounours auquel pourtant elle aspire, on ne peut pas obliger tout le monde à être gay friendly. A ce compte, il faudrait peut-être souffler à la Haute autorité de lutte contre les discriminations d’interdire les albums de Ralf König : la vision caricaturale que mon compatriote illustrateur donne des gays apparaît en fin de compte beaucoup plus scandaleuse que les propos du député UMP…
W : une série Z
Il paraît qu’un imbécile s’est emparé de la première puissance de la planète. Entouré d’une poigné d’idiots et de cyniques, il a dirigé ce pays comme un gamin ivre qui vient de voler la voiture de sport de son père. Et tout ça, figurez-vous, pour gagner l’amour et l’estime de son père qui lui avait, semble-t-il, préféré son frère. On se dit que, même à la télévision française, on n’oserait pas utiliser un scénario aussi faible. Et pourtant, c’est l’histoire des Etats-Unis entre 2000 et 2008 telle que la raconte Oliver Stone. Et si l’argument est court, le film, malheureusement, est franchement longuet. Dans le genre, allez plutôt voir À l’est d’Eden d’Elia Kazan. En plus, il y a James Dean…
Admettons que Dobeuleyou, le vrai, peut concourir avec quelques chances de victoire pour l’oscar du pire président américain de l’histoire. Mais même pour les obamaniens et obamaniennes les plus convaincus – et peut-être plus encore pour eux – le ragoût mitonné par Stone sera un peu indigeste. Car enfin, à travers Bush, Oliver Stone traite de cons la moitié des Américains. Le président sortant a tout de même gagné deux élections, et si sa première victoire à l’arraché en 2000 était pour le moins contestable, l’élection de 2004, avec deux guerres en toile de fond, a été remportée avec une nette majorité.
Quid donc des 50 456 002 Américains qui ont voté pour lui en 2000, et des 62 040 610 qui l’ont fait, en connaissance de cause cette fois-ci, quatre ans plus tard ? Des débiles mentaux ? Des milliardaires espérant échapper aux impôts ? Ou peut-être une bande de pentecôtistes œuvrant pour le projet Armageddon ? Si l’on suit Stone, que faut-il penser de l’élection d’Obama, qui a recueilli seulement 3 millions de votes plus que l’abominable W en 2004 ?
Pour comprendre quelque chose à l’Amérique, j’irai jusqu’à dire que même Michael Moore est plus utile que cette caricature minable.
Sur la question, fort intéressante au demeurant, de ce qui pousse un homme à vouloir le pouvoir et à le conquérir, Stone ne nous apprend pas grand-chose. Sa psychologie à deux ronds mène à une impasse : à ma connaissance, tous les hommes mal-aimés par leur père ne deviennent pas des robots mus par le seul désir de gagner son amour. Ni président des Etats-Unis (comme papa). À l’extrême limite, on aimerait savoir pourquoi, dans le cas particulier des Bush, cette circonstance a engendré cette histoire-là.
Sur les ressorts intimes de George W. Bush, comme sur l’état d’esprit de ses électeurs, on n’apprendra rien. Nada. Il est vrai que Stone n’a pas dû avoir beaucoup de temps pour réfléchir. Le plan promo était inflexible. C’était le dernier moment pour exploiter le filon « Résistons au bushisme » juste avant que le personnage ne soit plus qu’un lame duck. Les professionnels français de l’anti-sarkozysme devraient en prendre de la graine.
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Soutien total aux travailleurs licencieux !
Qui a dit que la gauche se contrefoutait du sort des salariés ? Euh, moi, peut-être, et même à plusieurs reprises en cherchant bien. Eh bien, j’avais tort. L’excellent mensuel Têtu nous apprend qu’après la multiplication des fermetures administratives et des non-renouvellements d’autorisation d’ouverture de nuit à l’encontre de plusieurs bars gays du Marais, le PCF a décidé de se fâcher tout rouge. Ian Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris, a pris la tête d’un vaste rassemblement pour « que Paris conserve, pour les touristes et pour les Parisiens, son énergie de ville dynamique et festive ». Suite à la large mobilisation populaire qui a suivi cet appel, il semble que l’Etat hétérobourgeois ait fait machine arrière. Le Préfet a solennellement promis qu’il n’était pas question de « coiffer Paris d’un bonnet de nuit ». Mais la plus grande vigilance s’impose néanmoins, car, comme le souligne Ian Brossat, derrière le sociétal, il y a aussi le social : « La situation reste extrêmement préoccupante. Au Carré, rue du Temple, les effectifs passent de 23 à 7 salariés et les pertes en terme de chiffre d’affaires s’élèveraient à près de 40.000 euros par mois. Le Eagle, rue des Lombards, perd 60 % de son chiffre d’affaires quotidien et doit se séparer de 4 salariés. » Comment oserais-je encore prétendre, après ça, que le PCF n’est pas travailleur-friendly ?
Princesse Marie-Frat’

Dans la famille Ingres, on avait un pouvoir d’achat suffisamment élevé pour s’acheter des prénoms à n’en plus finir, mais quand il s’agissait d’acquérir du matériel de bonne qualité ou de payer des cours au petit dernier qui voulait faire peintre, il n’y avait plus personne. C’est ainsi que Jean Auguste Dominique Ingres devint le plus pitoyable artiste de sa génération (au point que beaucoup ont longtemps cru qu’il jouait du violon, pas qu’il faisait des tableaux). Quoiqu’il en soit, désargenté à cause de la politique mené par Napoléon III et sa femme Eugénie (une étrangère qui jouait de la guitare), Ingres accepta de faire le portrait de la princesse Marie-Fraternité. Vaguement apparentée à la famille royale hollandaise, cette Rémoise était la petite-nièce par alliance de Philippe Egalité. « C’est nous qu’on est la princesse » : c’est par cette légendaire sentence qu’elle fit son entrée à l’Académie française en 1864.
Reims : les leftblogs ne pétillent pas
Pour l’instant, l’opération drivée par Julien Dray qui consistait à inviter quelques « leftblogs » triés sur le volet (et visiblement garantis ségocompatibles) au congrès du PS ne fait pas d’étincelles. Interview s tranchantes comme du gras de jambon, du style « Jean-Louis Bianco, comment faites-vous pour être si intelligent ? » ; absence totale de potins croustillants ou d’échos de buvette ; diffusion de fausses rumeurs, toutes assez fortement orientées, du genre « Machin de la motion Aubry se rallie à Ségolène Royal » ou « la Motion Delanoë au bord de l’explosion ». Non seulement, on n’y croit pas une seconde, mais en plus, on s’ennuie autant qu’un délégué lambda… Un bon conseil, Juju, la prochaine fois, dans ton propre intérêt, invite plutôt Trudi Kohl…
Vive la Crise !
C’est assurément un coup dur pour tous ceux qui, comme votre serviteur, restaient prudents quant à la réalité de la crise, ou qui du moins doutaient de sa gravité, en l’absence tangible, par exemple, de guerre mondiale ou d’expansion brutale de la pandémie islamiste.
Baudrillardiens attardés, tenants de l’armchair marxism, et autres sceptiques ricaneurs nourris de Retz et de Monty Python, tous, nous en sommes pour nos frais : cette fois la crise, c’est du réel, pas du virtuel ! La preuve ? Nous apprenons que suite aux « dérèglements mondiaux » et dans une situation, donc, d’ »urgence absolue », le groupe « rock » Noir Désir, s’est décidé, pour la première fois depuis 2001 et les aléas qu’on sait, à sortir deux nouveaux titres.
D’après leur attaché de presse habituel, Stéphane Davet, du Monde, « La crise donne le signal du retour à Noir Désir ». Ce forcément chef d’œuvre, featuring Bertrand Cantat en personne, comprendra une version « punk » du Temps des Cerises ainsi que la chanson Gagnants-Perdants dont ces auteurs nous disent qu’elle « a été enregistrée en réaction au contexte actuel, politique et humain dans toute l’acceptation (sic) du terme. Impossible d’attendre pour la mettre à disposition ». En conséquence de quoi, elle est en téléchargement gratuit sur leur site. Les paroles de Gagnants-Perdants, écrites par Bertrand Cantat et non pas, comme je l’avais cru après une première lecture, par Francis Lalanne, sont avant tout, faut-il le dire, une dénonciation sans appel de la crise du capitalisme mondialisé, dont l’auteur n’hésite pas à dresser le constat de faillite :
« Il y a la chair à canon
Il y a la chair à spéculation
Il y a la chair à publicité
Y a tout ce que vous aimez
Vous et moi on le sait
Le spectacle est terminé ! »
Et qui c’est-y qui trinque quand que c’est la crise ? Toujours les mêmes, les petits, les sans-grade, les soutiers ! Sauf que ça va pas se passer comme ça. Gagnants-Perdants est aussi un appel à ne pas laisser faire, un cri primal de rébellion :
« Les dégâts, les excès
Ils vont vous les faire payer
Les cendres qui resteront
C’est pas eux qui les ramasseront
Mais les esclaves et les cons
Qui n’auront pas su dire non. »
Bien sûr, il y a prix à payer, il y a un risque à s’engager[1. Vous avez vu, à force de lire du Cantat, je me mets à en écrire.]. On notera d’ailleurs une allusion implicite aux dangers qu’Edvige fait peser sur nos libertés :
« Faut pas bouger une oreille
Toutes sortes de chiens nous surveillent
Pas un geste, une esquisse
Sinon on tourne la vis. »
Chacun l’aura compris, qu’on ne compte pas sur le « talentueux quatuor » pour se taire face la crise. Ils ont, sans hésiter, choisi leur camp, et ce n’est pas celui de l’UMP. Mais que la gauche institutionnelle ne se réjouisse pas trop vite devant cette prise de position, elle aussi en prend pour son grade, et notamment sa représentante la plus en vue, une ancienne députée des Deux-Sèvres, non ouvertement nommée dans l’opus, mais chacun aura reconnu qui est désigné dans cette subtile parabole cantatienne :
« Pimprenelle et Nicolas
Vous nous endormez comme ça
Le marchand de sable est passé
Nous on garde un œil éveillé. »
Les auditeurs les plus concernés pourront regretter cette critique un peu trop soft contre la gauche du Capital et se demander pourquoi Bertrand ne s’attaque pas plus violemment à cette femme-là. Cependant j’en suis certain, les fans de Noirdez ne s’arrêteront pas à d’aussi insignifiants détails. L’essentiel est là : Vive la Crise ! Noir Désir revient !
Quant aux esthètes dégénérés qui pensent que la Révolution ne se fera pas avec des vers de mirliton, que le rock’n’roll peut se passer de leçons de morale estampillées NPA et que les Noir Désir peuvent se carrer ici-bas leur plan promo maquillé en sollicitude pour le prolétariat, ceux-là hausseront les épaules et iront siffler une chanson des Ramones pour se changer les idées.
Dites-le vous bien : si Bertrand Cantat revient, c’est uniquement pour défendre la veuve et l’orphelin victime de la violence capitaliste. Cette chanson a été faite dans l’urgence, sans préméditation, donc. Gagnants-Perdants, ce n’est jamais qu’un énième drame compassionnel.
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Hammadi m’a dit…
Nos confrères de Libération nous l’apprennent : proche de Benoît Hamon, Razzy Hammadi estime que son boss « sort renforcé du congrès », ce qui n’est certes pas contestable. Là où ça devient marrant, c’est quand le bouillant Secrétaire national du PS à la Riposte dit croire en « un effet obhamon » dans le parti. C’est pas pour critiquer Razzy Hammadi, dont les qualités politiques ne sont plus à démontrer, mais son avenir dans la pure communication politique semble assez compromis. « L’effet obhamon » : à Reims, le brainstorming du courant C a dû être aussi violent qu’une réunion de rédaction au Canard enchaîné…
C’est l’histoire de quinze jeunes filles
Nous avons tellement plus urgent à penser, n’est-ce pas ? Le PS par exemple et son congrès de Reims sans bulle ni onction, avec son goût pénible de champagne tiède et éventé. Ségolène qui, en bonne socialiste, fait la synthèse mais la synthèse d’elle-même, c’est-à-dire celle de Bernadette Soubirous et d’Eva Peron. Martine Aubry qui a rencontré un syndicaliste et a eu une révélation gaullienne sur sa vocation à sauver le parti. Ou Delanoë qui se défile en s’apercevant que ces ploucs de militants provinciaux ne travaillent pas tous dans la communication ou la culture et ont des soucis de fins de mois dans les zones commerciales de la France, ce pays si étrange qui commence après le périphérique.
Oui, tellement plus urgent : les gesticulations du pouvoir qui, aidé par une presse décidément bien policée avec les puissants et bien policière avec ses opposants, a décidé qu’un livre était une pièce à conviction, menaçait la République et que son inspirateur, soupçonné d’avoir arrêté quelques TGV en rase campagne, méritait la Bastille, l’estrapade, l’écartèlement, la baignoire. Au gnouf, l’ennemi intérieur. Le luddisme de ces jeunes gens ne les a pas empêchés de rendre vie à un village de Corrèze désertifié par les exigences modernes de l’économie. Nous préférons refuser de voir l’insurrection qui vient. Et dire que sans cette affaire des TGV, ce groupe mystérieux aurait fait un très bon reportage de Jean-Pierre Pernaud, dont la voix grasseyante se serait extasiée avec son onction habituelle sur « ces sympathiques jeunes gens qui ont rouvert l’épicerie café et donnent des cours du soir aux enfants, comme quoi les jeunes ne sont pas tous des brûleurs de bagnole. A demain même heure, à vous Romorantin, je vous rends l’antenne ».
Mais il se trouve qu’une horreur chimiquement pure, l’une de ces tâches de sang métaphysique, pour paraphraser Lautréamont, que toute l’eau de la mer ne pourra effacer s’est produite pendant ce temps-là. C’était mercredi 12 novembre, le matin. Quinze jeunes filles allaient à l’école. Elles avaient dix-sept ans. On peut imaginer les rires, les conversations, un certain bonheur d’être au monde qui n’appartient qu’à cet âge-là. « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », disait déjà Rimbaud. Connaissaient-elles Rimbaud ? On peut en douter : elles allaient à l’école en Afghanistan, dans la région de Kandahar. De même, leurs rires devaient être sérieusement étouffés, avec une burqa. Oui, elles allaient à l’école en burqa et les grillages devant les yeux prêtent assez difficilement aux confidences amoureuses comme à la compréhension des intuitions fulgurantes de Rimbaud : « …aux supplices par le silence des eaux et de l’air meurtriers ; aux tortures qui rient, dans leur silence atrocement houleux ».
On ne laissera jamais donc dire que dix-sept ans est le plus bel âge de la vie dans l’Afghanistan de 2008. Les agresseurs héroïques sont arrivés à moto, ils ont entouré les jeunes filles, ils leur ont ordonné de retirer leur burqa et ils les ont aspergées de vitriol avec des pistolets à eau. Les salauds ont parfois un sens de l’humour inconscient, le détail du pistolet à eau sent son goût de la plaisanterie horrible. Les barbus ont aussi leurs amusements. L’humour taliban. Le gag islamiste.
Les jeunes filles afghanes, défigurées ou non, sont scolarisées en Afghanistan à hauteur de 9 % dans le secondaire. C’est encore trop pour ces débiles autrefois suréquipés par les Américains pour lutter contre l’ogre soviétique. L’a-t-on glorifiée cette résistance afghane contre les vilains soldats russes. C’était la liberté éclairant le monde. Il y en avait des vibratos dans les voix un peu plus jeunes, un peu moins usées par les reniements répétés, des Kouchner, des BHL, des Glucksmann. Et quand Bush a décidé de bombarder massivement le pays, le nouveau philosophe comme l’intellectuel « néocons » promettaient que la guerre allait faire de l’Afghanistan un Etat moderne avec des routes, des écoles, des supermarchés, des jeunes filles qui lisent Rimbaud et pourquoi pas une Techno Parade à Kaboul. On allait venger le commandant Massoud, le Che Guevara des bonnes consciences éditorialisantes, assassiné le 10 septembre 2001. On avait juste tendance à oublier que Massoud, pas plus qu’Izetbegovic en Bosnie d’ailleurs n’étaient les chefs éclairés qu’on a bien voulu nous présenter. La différence entre un régime dirigé par Massoud et un régime purement Taliban, c’est que Massoud aurait laissé les jeunes filles vitriolées choisir la couleur de leur burqa avant d’aller à l’école. Comme dirait Rimbaud, toujours lui, dans cette histoire : « Il y a une horloge qui ne sonne pas. »
Quinze jeunes filles défigurées, c’est une métaphore assez monstrueuse et précise de la barbarie aujourd’hui, comme cette botte écrasant à l’infini un visage torturé dans le 1984 d’Orwell. Or, nous envoyons mourir là-bas de jeunes soldats sans diplômes, recrutés dans les forums d’orientation du lycéen et sommes incapables d’empêcher ce crime contre l’esprit et la beauté. Si notre mission était une réussite, ces garçons, à peine plus âgés que leurs victimes, ils les auraient invitées à sortir pour aller danser. Il y aurait eu des épisodes charmants et dérisoires. Un caporal aurait fait le coup de la panne avec son half-track. Elles auraient peut-être eu l’impression de vivre la même vie que leurs mères, à l’époque des Russes. Les vilains Russes qui étaient arrivés comme des impérialistes mais aussi comme des universalistes et qui ne vitriolaient pas les filles et chassaient, ces fanatiques équipés par l’oncle Sam, loin, très loin dans les montagnes.
Ce que n’ont jamais fait, à ma connaissance, les centaines de journalistes qui, depuis 2001, ont fait leur petit tour à Kaboul, c’est de demander à une femme d’une cinquantaine d’années quelle époque de sa vie elle regrettait – peut-être celle où elle pouvait se promener habillée comme elle le voulait, faire des études d’infirmière, conduire une voiture. Leur réponse leur aurait peut-être valu – comme elle risque de me valoir à moi – une volée de bois verts pour apologie des chars brejnéviens.
Il n’empêche : quinze jeunes filles vitriolées, et pas des Lolitas, des mutilées en burqa qui, lorsqu’elles la retireront, souffriront quand elles croiseront un miroir.
Laissons la conclusion à Rimbaud, notre envoyé spécial en Afghanistan : « J’ai vu l’enfer des femmes là-bas. »
Pourrir à Madrid
Santos Mirasierra, un supporter de l’Olympique de Marseille, est en prison depuis 7 semaines en Espagne. Sur la seule base de témoignages policiers, en l’absence notamment de toute image vidéo l’incriminant, il est accusé d’avoir jeté un fauteuil des tribunes en direction des forces de l’ordre le 1er octobre dernier lors du match de Ligue des Champions qui opposait l’Atletico Madrid à l’OM. Une petite affaire ? On dirait que oui. Sauf qu’il s’est trouvé un procureur madrilène pour requérir dans cette affaire huit ans d’emprisonnement : quatre pour « troubles à l’ordre public » et quatre pour « atteinte à l’autorité publique » ! Je ne sais bien sûr pas si le jeune Santos est, comme il l’affirme, innocent. Mais qu’un jeune Français risque une punition aussi inique pour une broutille devrait inquiéter un peu plus le Quai d’Orsay qui pour l’instant est d’une rare inefficacité. Il va sans dire qu’on attend toujours une réaction de la Ligue des Droits de l’Homme et des autres professionnels de l’indignation express. Il faut croire que faire de telles horreurs dans un stade, c’est rigoureusement indéfendable.
Pédé, vous avez dit pédé ?
Dies irae, dies illa ! Ce jour-là restera dans les mémoires comme l’un des plus catastrophiques du siècle. C’était le 12 novembre et la France se réveillait sonnée par la nouvelle : la Cour de Cassation venait de blanchir Christian Vanneste des accusations d’injures homophobes qui pesaient sur lui. Il y a quatre ans, le député de Tourcoing avait déclaré à l’Assemblée nationale que l’homosexualité était « inférieure » à l’hétérosexualité. Dès lors, le rôle de Premier homophobe de France lui avait été assigné – il faut dire que le poste était vacant depuis que Christine Boutin s’était refait une virginité sociétale en s’occupant de prisons et de HLM. Et patatras, voilà que des magistrats comme il faut déclarent que les propos homophobes du député homophobe n’étaient pas homophobes… On ne se méfie jamais assez des types qui s’habillent en robe.
À l’annonce de cette décision, la communauté gaie française a vivement réagi. Si des juges qui n’assistent même pas à la gay pride commencent à s’occuper de droit, on n’en a plus fini. Personnellement, j’étais ulcérée. Au nombre de mes amis, je compte beaucoup d’homosexuels, dont un couple qui habite dans le même immeuble que moi. Eh bien, jamais je n’oserais qualifier d’inférieurs ces deux garçons même si, dans la réalité qui place leur logement juste en dessous du mien, ils le sont.
J’ai cherché à réagir et à protester contre ce scandale judiciaire qui relègue l’affaire Dreyfus au rang des broutilles de l’histoire du droit. J’ai proposé à Elisabeth Lévy de venir à Paris, de me mettre à la colle avec elle et de prendre en charge l’achat des deux chemises à carreaux qui feraient de nous un couple de néo-goudous assez crédible. Elle a refusé, l’homophobesse ! Elle a prétexté un : « Tu sais Trudi, je t’aime bien, mais… », puis elle a raccroché. Ce fut comme une révélation.
« Tu sais, Trudi, je t’aime bien, mais… » Combien de fois ai-je entendu cette phrase, susurrée par l’un ou l’autre de ces types qui préféraient virer illico leur cuti plutôt que de sortir avec moi. Si je le voulais, j’aurais toutes les raisons du monde d’être homophobe et de me plaindre de ces mecs qui, non contents d’être des fashion victims, demandent à être considérés comme des history victims, des political victims ou des social victims. C’est que, de nos jours, la pédétude c’est pas rigolo : il faut savoir tirer une gueule définitive d’enterrement pour en être. Jamais les mœurs n’ont été aussi libérales et jamais les premiers bénéficiaires de cette heureuse libéralité n’auront été aussi coincés du cul et chatouilleux sur les propos tenus ici et là à leur encontre. Or, il y a un hic : lorsqu’une communauté existe socialement elle s’expose à la critique… Le risque principal de la visibilité c’est de pouvoir être pris pour cible. Et, comme la société française n’est pas encore devenue le royaume des Bisounours auquel pourtant elle aspire, on ne peut pas obliger tout le monde à être gay friendly. A ce compte, il faudrait peut-être souffler à la Haute autorité de lutte contre les discriminations d’interdire les albums de Ralf König : la vision caricaturale que mon compatriote illustrateur donne des gays apparaît en fin de compte beaucoup plus scandaleuse que les propos du député UMP…
W : une série Z
Il paraît qu’un imbécile s’est emparé de la première puissance de la planète. Entouré d’une poigné d’idiots et de cyniques, il a dirigé ce pays comme un gamin ivre qui vient de voler la voiture de sport de son père. Et tout ça, figurez-vous, pour gagner l’amour et l’estime de son père qui lui avait, semble-t-il, préféré son frère. On se dit que, même à la télévision française, on n’oserait pas utiliser un scénario aussi faible. Et pourtant, c’est l’histoire des Etats-Unis entre 2000 et 2008 telle que la raconte Oliver Stone. Et si l’argument est court, le film, malheureusement, est franchement longuet. Dans le genre, allez plutôt voir À l’est d’Eden d’Elia Kazan. En plus, il y a James Dean…
Admettons que Dobeuleyou, le vrai, peut concourir avec quelques chances de victoire pour l’oscar du pire président américain de l’histoire. Mais même pour les obamaniens et obamaniennes les plus convaincus – et peut-être plus encore pour eux – le ragoût mitonné par Stone sera un peu indigeste. Car enfin, à travers Bush, Oliver Stone traite de cons la moitié des Américains. Le président sortant a tout de même gagné deux élections, et si sa première victoire à l’arraché en 2000 était pour le moins contestable, l’élection de 2004, avec deux guerres en toile de fond, a été remportée avec une nette majorité.
Quid donc des 50 456 002 Américains qui ont voté pour lui en 2000, et des 62 040 610 qui l’ont fait, en connaissance de cause cette fois-ci, quatre ans plus tard ? Des débiles mentaux ? Des milliardaires espérant échapper aux impôts ? Ou peut-être une bande de pentecôtistes œuvrant pour le projet Armageddon ? Si l’on suit Stone, que faut-il penser de l’élection d’Obama, qui a recueilli seulement 3 millions de votes plus que l’abominable W en 2004 ?
Pour comprendre quelque chose à l’Amérique, j’irai jusqu’à dire que même Michael Moore est plus utile que cette caricature minable.
Sur la question, fort intéressante au demeurant, de ce qui pousse un homme à vouloir le pouvoir et à le conquérir, Stone ne nous apprend pas grand-chose. Sa psychologie à deux ronds mène à une impasse : à ma connaissance, tous les hommes mal-aimés par leur père ne deviennent pas des robots mus par le seul désir de gagner son amour. Ni président des Etats-Unis (comme papa). À l’extrême limite, on aimerait savoir pourquoi, dans le cas particulier des Bush, cette circonstance a engendré cette histoire-là.
Sur les ressorts intimes de George W. Bush, comme sur l’état d’esprit de ses électeurs, on n’apprendra rien. Nada. Il est vrai que Stone n’a pas dû avoir beaucoup de temps pour réfléchir. Le plan promo était inflexible. C’était le dernier moment pour exploiter le filon « Résistons au bushisme » juste avant que le personnage ne soit plus qu’un lame duck. Les professionnels français de l’anti-sarkozysme devraient en prendre de la graine.
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Soutien total aux travailleurs licencieux !
Qui a dit que la gauche se contrefoutait du sort des salariés ? Euh, moi, peut-être, et même à plusieurs reprises en cherchant bien. Eh bien, j’avais tort. L’excellent mensuel Têtu nous apprend qu’après la multiplication des fermetures administratives et des non-renouvellements d’autorisation d’ouverture de nuit à l’encontre de plusieurs bars gays du Marais, le PCF a décidé de se fâcher tout rouge. Ian Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris, a pris la tête d’un vaste rassemblement pour « que Paris conserve, pour les touristes et pour les Parisiens, son énergie de ville dynamique et festive ». Suite à la large mobilisation populaire qui a suivi cet appel, il semble que l’Etat hétérobourgeois ait fait machine arrière. Le Préfet a solennellement promis qu’il n’était pas question de « coiffer Paris d’un bonnet de nuit ». Mais la plus grande vigilance s’impose néanmoins, car, comme le souligne Ian Brossat, derrière le sociétal, il y a aussi le social : « La situation reste extrêmement préoccupante. Au Carré, rue du Temple, les effectifs passent de 23 à 7 salariés et les pertes en terme de chiffre d’affaires s’élèveraient à près de 40.000 euros par mois. Le Eagle, rue des Lombards, perd 60 % de son chiffre d’affaires quotidien et doit se séparer de 4 salariés. » Comment oserais-je encore prétendre, après ça, que le PCF n’est pas travailleur-friendly ?
Princesse Marie-Frat’

Dans la famille Ingres, on avait un pouvoir d’achat suffisamment élevé pour s’acheter des prénoms à n’en plus finir, mais quand il s’agissait d’acquérir du matériel de bonne qualité ou de payer des cours au petit dernier qui voulait faire peintre, il n’y avait plus personne. C’est ainsi que Jean Auguste Dominique Ingres devint le plus pitoyable artiste de sa génération (au point que beaucoup ont longtemps cru qu’il jouait du violon, pas qu’il faisait des tableaux). Quoiqu’il en soit, désargenté à cause de la politique mené par Napoléon III et sa femme Eugénie (une étrangère qui jouait de la guitare), Ingres accepta de faire le portrait de la princesse Marie-Fraternité. Vaguement apparentée à la famille royale hollandaise, cette Rémoise était la petite-nièce par alliance de Philippe Egalité. « C’est nous qu’on est la princesse » : c’est par cette légendaire sentence qu’elle fit son entrée à l’Académie française en 1864.
Reims : les leftblogs ne pétillent pas
Pour l’instant, l’opération drivée par Julien Dray qui consistait à inviter quelques « leftblogs » triés sur le volet (et visiblement garantis ségocompatibles) au congrès du PS ne fait pas d’étincelles. Interview s tranchantes comme du gras de jambon, du style « Jean-Louis Bianco, comment faites-vous pour être si intelligent ? » ; absence totale de potins croustillants ou d’échos de buvette ; diffusion de fausses rumeurs, toutes assez fortement orientées, du genre « Machin de la motion Aubry se rallie à Ségolène Royal » ou « la Motion Delanoë au bord de l’explosion ». Non seulement, on n’y croit pas une seconde, mais en plus, on s’ennuie autant qu’un délégué lambda… Un bon conseil, Juju, la prochaine fois, dans ton propre intérêt, invite plutôt Trudi Kohl…
Vive la Crise !
C’est assurément un coup dur pour tous ceux qui, comme votre serviteur, restaient prudents quant à la réalité de la crise, ou qui du moins doutaient de sa gravité, en l’absence tangible, par exemple, de guerre mondiale ou d’expansion brutale de la pandémie islamiste.
Baudrillardiens attardés, tenants de l’armchair marxism, et autres sceptiques ricaneurs nourris de Retz et de Monty Python, tous, nous en sommes pour nos frais : cette fois la crise, c’est du réel, pas du virtuel ! La preuve ? Nous apprenons que suite aux « dérèglements mondiaux » et dans une situation, donc, d’ »urgence absolue », le groupe « rock » Noir Désir, s’est décidé, pour la première fois depuis 2001 et les aléas qu’on sait, à sortir deux nouveaux titres.
D’après leur attaché de presse habituel, Stéphane Davet, du Monde, « La crise donne le signal du retour à Noir Désir ». Ce forcément chef d’œuvre, featuring Bertrand Cantat en personne, comprendra une version « punk » du Temps des Cerises ainsi que la chanson Gagnants-Perdants dont ces auteurs nous disent qu’elle « a été enregistrée en réaction au contexte actuel, politique et humain dans toute l’acceptation (sic) du terme. Impossible d’attendre pour la mettre à disposition ». En conséquence de quoi, elle est en téléchargement gratuit sur leur site. Les paroles de Gagnants-Perdants, écrites par Bertrand Cantat et non pas, comme je l’avais cru après une première lecture, par Francis Lalanne, sont avant tout, faut-il le dire, une dénonciation sans appel de la crise du capitalisme mondialisé, dont l’auteur n’hésite pas à dresser le constat de faillite :
« Il y a la chair à canon
Il y a la chair à spéculation
Il y a la chair à publicité
Y a tout ce que vous aimez
Vous et moi on le sait
Le spectacle est terminé ! »
Et qui c’est-y qui trinque quand que c’est la crise ? Toujours les mêmes, les petits, les sans-grade, les soutiers ! Sauf que ça va pas se passer comme ça. Gagnants-Perdants est aussi un appel à ne pas laisser faire, un cri primal de rébellion :
« Les dégâts, les excès
Ils vont vous les faire payer
Les cendres qui resteront
C’est pas eux qui les ramasseront
Mais les esclaves et les cons
Qui n’auront pas su dire non. »
Bien sûr, il y a prix à payer, il y a un risque à s’engager[1. Vous avez vu, à force de lire du Cantat, je me mets à en écrire.]. On notera d’ailleurs une allusion implicite aux dangers qu’Edvige fait peser sur nos libertés :
« Faut pas bouger une oreille
Toutes sortes de chiens nous surveillent
Pas un geste, une esquisse
Sinon on tourne la vis. »
Chacun l’aura compris, qu’on ne compte pas sur le « talentueux quatuor » pour se taire face la crise. Ils ont, sans hésiter, choisi leur camp, et ce n’est pas celui de l’UMP. Mais que la gauche institutionnelle ne se réjouisse pas trop vite devant cette prise de position, elle aussi en prend pour son grade, et notamment sa représentante la plus en vue, une ancienne députée des Deux-Sèvres, non ouvertement nommée dans l’opus, mais chacun aura reconnu qui est désigné dans cette subtile parabole cantatienne :
« Pimprenelle et Nicolas
Vous nous endormez comme ça
Le marchand de sable est passé
Nous on garde un œil éveillé. »
Les auditeurs les plus concernés pourront regretter cette critique un peu trop soft contre la gauche du Capital et se demander pourquoi Bertrand ne s’attaque pas plus violemment à cette femme-là. Cependant j’en suis certain, les fans de Noirdez ne s’arrêteront pas à d’aussi insignifiants détails. L’essentiel est là : Vive la Crise ! Noir Désir revient !
Quant aux esthètes dégénérés qui pensent que la Révolution ne se fera pas avec des vers de mirliton, que le rock’n’roll peut se passer de leçons de morale estampillées NPA et que les Noir Désir peuvent se carrer ici-bas leur plan promo maquillé en sollicitude pour le prolétariat, ceux-là hausseront les épaules et iront siffler une chanson des Ramones pour se changer les idées.
Dites-le vous bien : si Bertrand Cantat revient, c’est uniquement pour défendre la veuve et l’orphelin victime de la violence capitaliste. Cette chanson a été faite dans l’urgence, sans préméditation, donc. Gagnants-Perdants, ce n’est jamais qu’un énième drame compassionnel.
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