Une quête, un exode, une guerre sans merci – un naufrage planétaire. Sommes-nous avant ou après la Catastrophe ? Le roman de Jérôme Leroy semble prédire ce qui fut pour mieux se remémorer ce qui nous attend… dans l’ombre d’Homère.


Ça commence par un Oradour – un massacre de villageois sous un ciel bleu et or. Ça finit avec le bruit du vent dans les arbres et le nom murmuré d’un poète disparu : Adrien Vivonne(1).

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Oui, bien sûr que la douceur existe puisque soudain elle n’est plus là, on s’en souvient seulement et ça fait un peu mal – par je ne sais quelle diablerie, la douceur et la douleur ne se séparent que d’une lettre. On le sait depuis Charles d’Orléans qui écrivait des ballades dans sa prison anglaise avec de l’encre et des larmes.

Je soupçonne Leroy de le savoir d’instinct, je l’envie.

Je le dis d’emblée, j’aime beaucoup Jérôme Leroy, oui je sais, c’est un collaborateur de ce journal, mais je l’aimais avant.

On n’habite jamais que le pays que l’on quitte

Avant quoi ? Avant, après, ça se touche. On n’habite jamais que le pays que l’on quitte, comme Ulysse. C’est peut-être cela le sujet de ce livre. Un roman homérique ? Oui, d’une certaine façon. Une quête, un exode, un périple. Une guerre atroce, totale, sans merci, façon lutte finale, avec des drones, des cyberattaques et des miliciens – une Iliade planétaire ! Et puis la brise de l’aube, la mer violette caressée par le meltem, le vent des Cyclades – le petit port d’Ermoúpoli dans l’île de Syros, ça vous dit ? Et les sortilèges du lac de Vassivière dans le Limousin. Et ce n’est pas une surprise, un « Grand Typhon » sur Paris outragé, Paris crotté, Paris vaincu – auprès de quoi la débâcle de juin 1940 ressemble à une escapade.

Au-delà de ces motifs épars qu’il s’ingénie à recoudre avec soin, Leroy nous fait vivre la crainte, le retour des âges et des dieux d’avant – d’avant le sac de Troie, d’avant l’Histoire, d’avant la tyrannie des « Dingues ». Le temps d’avant – qui préfigure le temps d’après ou qui s’en souvient déjà. Le temps qui dort, le temps qui rêve – et il y a une île, un volcan, une chevelure dans son rêve.

Leroy traite le temps comme une matière, une couleur, un décor qui rêve à notre place

Qui a enfanté le Minotaure ? Est-ce Éole ou Apollon qui soulève les nappes et les jupes des filles ?… Une chose est sûre : il y a « une porte au fond du jardi

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Janvier 2021 – Causeur #86

Article extrait du Magazine Causeur

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