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Xavier Gorce: de moins en moins de Monde pour rire

Xavier Gorce: de moins en moins de Monde pour rire
L'immeuble du journal le Monde à Paris © RICCARDO MILANI / HANS LUCAS

Depuis hier, un dessin de presse fait grand bruit… Au micro de Sud Radio, la directrice de la rédaction de Causeur Elisabeth Lévy a donné son avis.


Ce dessin a été publié par Le Monde, durant quelques heures seulement, dans sa newsletter, avant d’être retiré. Il s’agit d’un dessin de Xavier Gorce présentant deux pingouins, ses personnages traditionnels. L’un dit à l’autre: Si j’ai été abusée par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ?

Sitôt publiée, la caricature a suscité une flopée de réactions outragées. On se moque des victimes de l’inceste! On fait l’amalgame entre l’inceste et les LGBT! Transphobie! Et voilà ce dessinateur très bien-pensant accusé d’être d’extrême droite.

Qu’un dessin énerve des gens, ce n’est pas une grande affaire

Un dessin qui énerve une flopée de gens s’estimant outragés, on a déjà vu ça. On pourrait donc penser qu’il n’y a pas d’affaire. Mais non. 

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L’affaire, c’est que Le Monde l’a donc retiré avec une piteuse autocritique de la directrice de la rédaction. Elle écrit: « ce dessin n’aurait pas dû être publié. Il peut être lu comme une relativisation de la gravité des faits d’inceste, en des termes déplacés vis-à-vis des victimes et des personnes transgenres. » Et elle nous rappelle ensuite les états de service du quotidien dans la lutte contre l’inceste et les discriminations… Au lieu d’invoquer la liberté d’expression, de dire “on est Charlie” et qu’on a bien le droit de se moquer de tout, le quotidien de référence s’est couché devant la meute. Pourtant, comme l’a tweeté Gilles Clavreul, si un dessin de presse n’est pas discutable, c’est sans doute qu’il n’a que peu d’intérêt.

Une époque faussement subversive

Notre époque prétend aimer la subversion, la transgression, la provocation. Mais elle déploie en toute occasion un terrifiant esprit de sérieux et de censure qui veut interdire le second degré et l’humour noir. Nous en voulons pour preuves deux exemples récents de blagues à scandale. En présentant ses vœux sur Twitter, et en faisant dire à Xavier Dupont de Ligonnès “et la famille surtout”, la comédienne Frédérique Bel s’est attirée les foudres des utilisateurs du réseau social.

belDe son côté, dans ses propres vœux, Elie Seimoun se moquait des communautés susceptibles en leur présentant par anticipation des excuses, en prévision de futures blagues qu’il pourrait bien faire en 2021. Non seulement ce message lui a valu un torrent de boue, mais le réseau Instagram a carrément retiré la vidéo!

Rire de l’inceste, vous n’y pensez pas!

On nous rétorquera que dans le cas de Xavier Gorce, il ne faudrait pas plaisanter sur un sujet aussi grave que l’inceste. Au contraire: c’est même recommandé.

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N’oublions pas le rôle cathartique, conjuratoire et libérateur du rire. Par exemple, il y a énormément de blagues juives sur les camps de concentration. Du reste, le malheureux Xavier Gorce, qui a depuis quitté Le Monde, est victime d’un malentendu, car son dessin voulait se moquer d’Alain Finkielkraut. Si cela avait été précisé en légende, par exemple au-dessus de son dessin, tout le monde aurait applaudi !

En réalité, nous devons renverser la formule célèbre de Desproges «on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde».  À l’époque des réseaux sociaux, on rit avec n’importe qui mais seulement de certains sujets. Au hasard: Marine Le Pen, l’extrême droite, les réacs, bref, toutes les cibles quotidiennes de France Inter. Alors si l’on rit de vous, ce n’est pas forcément une mauvaise nouvelle, c’est la preuve que ça gratouille. Et faire rire ses contemporains relève de la salubrité publique.

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Cette chronique a initialement été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez le regard libre d’Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio, à 8h15.


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