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La France perd ses facultés?


Dans le monde universitaire on continue de brandir la liberté académique et les combats pour l’émancipation, plutôt que de dénoncer les dérives de la pensée indigéniste, racialiste et « décoloniale ». 


Le 22 octobre, Jean-Michel Blanquer déclare sur Europe 1 que l’islamo-gauchisme « fait des ravages à l’université ». Suscitant dès le lendemain une réaction de vierge outragée de la Conférence des présidents d’université qui fait part de son émotion et jure ses grands dieux que « non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme » et qu’elles ne « sauraient être tenues pour complices du terrorisme ». Tous les universitaires ne partagent pas ce point de vue irénique : le 31 octobre, paraît dans Le Monde le « manifeste des cent », qui compte aujourd’hui 250 signataires parmi lesquels figurent nos plus grands intellectuels : Marcel Gauchet, Pierre Nora, Gilles Kepel et bien d’autres. Ils dénoncent « les idéologies indigéniste, racialiste et “décoloniale” » qui nourrissent, selon eux « une haine des “Blancs” et de la France » et évoquent « un militantisme parfois violent » qui « s’en prend à ceux qui osent encore braver la doxa antioccidentale et le prêchi-prêcha multiculturaliste ». Ils demandent donc « des mesures de détection des dérives islamistes ».

Réplique des adeptes de l’accommodement

Le 4 novembre, les adeptes de l’accommodement répliquent, toujours dans Le Monde, par une tribune qui récolte environ 2 000 signatures, ce qui laisse penser que le rapport de forces est plutôt favorable à cette tendance. Brandissant la liberté académique, et leur constant combat pour l’émancipation (mais de qui et de quoi ?), ils reprochent à leurs collègues de faire « appel à la police de la pensée » et de pratiquer la censure. Sauf que ce ne sont pas les gauchistes qui sont interdits de parole dans certaines facs, mais Alain Finkielkraut, Mohamed Sifaoui, Philippe Val, Sylviane Agacinski ou encore le linguiste Jean Szlamowicz, coupable d’écrire dans « ce torchon raciste et sexiste qu’est Causeur ». En clair, le camp du déni persiste… et signe.

Quant à la ministre de l’Enseignement supérieur, elle ignore avec détermination ce qui se passe dans nos facs.

« Le cave se rebiffe » de Gilles Grangier, mieux que les Tontons


En attendant la réouverture des salles de cinéma, on peut toujours étancher sa soif de cinéma avec des DVD et Blu-ray: les éditeurs en profitent pour exhumer quelques pépites. Aujourd’hui Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier, une pépite du cinéma français où tout sonne juste.


À l’origine de ce film de Gilles Grangier, le roman homonyme d’Albert Simonin issu de la trilogie dite de « Max le Menteur » publiée dans les années 1950 et dont les deux autres volets donneront naissance eux aussi à des films : Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et Les Tontons flingueurs de Georges Lautner. Si Becker joue sans modération et avec brio la carte du polar très noir, Grangier, imité ensuite par un Lautner qui lui en sera toujours reconnaissant, s’éloigne très nettement du roman initial pour inventer un genre à lui tout seul : le vrai-faux polar déconnant à souhait. Certes, Simonin et Grangier ont participé à l’écriture de l’adaptation, mais c’est essentiellement Audiard qui est ici à la manœuvre, et seul même aux dialogues. Le moindre second couteau est ainsi susceptible d’incarner un prototype de crétin qui fera date (dans le cas présent, c’est Éric dit « le Gigolpince ») et de prononcer des répliques d’anthologie. C’est que l’histoire n’a réellement aucune importance : côté scénario, tout est dans le titre, ou presque. Ce qui compte ici c’est le plaisir simple et brut d’entendre et de voir des cabots de génie proférer des âneries admirables, parfois perles de chauffeurs de taxi parisiens recyclées par un styliste talentueux, la plupart du temps inventions débridées d’un athlète du dialogue en forme de combat de boxe. Michel Audiard est en effet au centre de ce film, comme de tant d’autres, exceptés peut-être ceux qu’il a réalisés lui-même qui, paradoxalement, tiennent beaucoup moins bien la route.

À lire aussi: Audiard, bateleur de mots

Or donc, il faudrait citer l’intégralité de la distribution du Cave se rebiffe, Jean Gabin en tête. Grangier se paye le luxe de ne faire apparaître sa vedette absolue qu’au bout de vingt minutes durant lesquelles on peut savourer à loisir la ronde des premiers ou seconds couteaux incarnés par Bernard Blier, Frank Villard, Antoine Balpétré, Françoise Rosay, Martine Carol et Ginette Leclerc. Ça fuse de toutes parts : « L’Honnêteté, ça se paye », « Dans un ménage, quand l’homme ne ramène pas un certain volume d’oseille, l’autorité devient, ni plus, ni moins, que d’la tyrannie… », ou encore « Les bénéfices ça se divise, la réclusion ça s’additionne ». Et ce n’est là qu’un petit échantillon représentatif de ce qu’Audiard parvient à mettre dans la bouche de ces messieurs-dames. Les mets royaux revenant au « Dab », c’est-à-dire à Gabin qui à propos du fameux « Gigolpince » lance à Rosay cette réplique immortelle : « Celui-là c’est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres ! » On s’en voudrait de ne pas citer enfin le cave dont il est question : Maurice Biraud qui trouvait là un rôle à la mesure de son talent. Il est impeccable dans le rôle du prolo graveur aux mains d’or, effectuant avec Gabin un pas de deux jubilatoire.

Pochette du film "Le cave se rebiffe".©Gaumont
Pochette du film « Le cave se rebiffe ».©Gaumont

Un classique qui ne vieillit pas

Ce film a soixante ans et pas une ride, contrairement à la plupart des comédies françaises actuelles qui sont comme des petites vieilles se régalant de sujets sociaux avec une bienveillance dégoûtante. Le cave se rebiffe ne se prend jamais au sérieux et ne méprise jamais son spectateur, autre différence essentielle. Et puis, c’est une nouvelle occasion de réhabiliter encore et toujours Gilles Grangier. Auteur de Mémoires intitulées Passé la Loire, c’est l’aventure, Grangier fut un artisan plus que digne du cinéma français dit commercial. En dépit de cette étiquette, il a su donner à Gabin parmi ses plus beaux rôles de la seconde moitié de sa carrière (Le Désordre et la Nuit en tête, mais aussi Le rouge est mis, Gas-oil, Le Sang à la tête, Maigret voit rouge, Sous le signe du taureau). Et c’est un peintre habile de ce peuple derrière lequel nombre de ses petits confrères réalisateurs couraient sans jamais pouvoir le saisir véritablement. Chez Grangier, tout sonne juste, même dans un ironique vrai-faux polar comme Le cave se rebiffe.

Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier. En Blu-ray, édité par Gaumont.

Le Cave se rebiffe

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Passe la loire, c'est l'aventure : 50 ans de cinema

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Le Congrès de Tours: la gauche française sous influence marxiste

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Nous allons célébrer, du 25 au 30 décembre prochain, le centième anniversaire du 18e Congrès de la section française de  l’Internationale ouvrière, c’est-à-dire la SFIO, qui eut lieu à Tours en décembre 1920. Ce Congrès est d’une grande importance dans l’histoire politique française car c’est au cours de celui-ci que la gauche française s’est officiellement convertie au marxisme-léninisme, modifiant ainsi sa structure intellectuelle. Les conséquences s’en font encore sentir aujourd’hui.


Cinq mois plus tôt, en juillet, le deuxième Congrès de l’Internationale communiste avait fixé une liste de 21 conditions à l’adhésion d’une « Troisième Internationale » créée par Lénine en 1919. En décembre, lors de ce Congrès de Tours, la gauche française éclate en morceaux. Les trois quarts des militants socialistes acceptent l’essentiel des conditions de Moscou et, dès lors, adhèrent à la Troisième Internationale et fondent la SFIC (Section française de l’Internationale communiste), ancêtre de l’actuel Parti communiste français. Les Pacifistes de Paul Faure et les socialistes de la SFIO conduits par Léon Blum les refusent, une fracture toujours visible aujourd’hui qui rend la gauche française particulièrement archaïque.

Gauche révolutionnaire contre gauche réformiste

Ce fossé partisan entre la gauche révolutionnaire et la gauche réformiste creusé par le Congrès de Tours connaissait déjà un précédent syndical tout aussi désolant. Les syndicats avaient été interdits par la Révolution française avec la loi Le Chapelier de 1791. Il fallut attendre 1864 pour que le député libéral de la Seine, Émile Ollivier, fasse voter une loi supprimant celle de Le Chapelier et autorisant le droit de grève. Puis, le 21 mars 1884, un autre député libéral, Pierre Waldeck-Rousseau, fit voter une loi qui légalisa définitivement les syndicats.

Délégués du Parti socialiste lors du Congrès de Tours, 25 décembre 1920. © AFP
Délégués du Parti socialiste lors du Congrès de Tours, 25 décembre 1920. © AFP

Malgré ce parrainage des libéraux, le syndicalisme français, dès sa renaissance, voit rouge. La première Fédération nationale d’affiliés aux bourses du travail est fondée en 1895. Elle s’appelle la CGT (Confédération Générale du Travail) et prône la lutte des classes et le communisme révolutionnaire. Cette tendance se confirme lors du 9e Congrès de la CGT à Amiens, en 1906, qui se clôt par le vote d’une charte adoptée par 830 voix sur 839 approuvant une double assignation au syndicalisme révolutionnaire : « la défense immédiate et quotidienne des travailleurs et la lutte pour une transformation de la société » passant par « l’expropriation capitaliste » et « la grève générale ». Cette Charte d’Amiens va devenir la référence d’un syndicalisme français non seulement politique, mais aussi communiste. La CGT en reste, aujourd’hui encore, l’acteur principal.

La promesse de l’utopie

L’utopie communiste, sa promesse d’un avenir meilleur, ses « lendemains qui chantent », la société sans classe, vont marquer pour longtemps la culture et les discours de la gauche française, politique ou syndicale. Et celle-ci, jusqu’à présent, n’a toujours trouvé ni remède ni vaccin pour refonder son unité associée à une identité démocratique et moderne.

Deux exemples auraient dû l’inspirer. Le premier est celui du Parti social-démocrate allemand (SPD) qui adopte à une très large majorité de ses membres, en novembre 1959, le « Programme de Bad Godesberg ». Celui-ci abandonne toute référence au marxisme, reconnait « la libre concurrence et la libre initiative de l’entrepreneur », adoptant ainsi  l’économie de marché et renonçant à toute idée de nationalisation. Le parti se déclare lié à la population allemande tout entière, et non plus seulement aux travailleurs et à la défense de leurs intérêts.

Le second exemple, plus récent, est la réinvention du parti travailliste anglais en un « New Labour » qui renonce, en 1996, au radicalisme, lequel a provoqué dégâts et défaites. Ce nouveau travaillisme tourne le dos à l’objectif illusoire de l’égalité sociale, mais prône l’égalité des chances et confie au libre marché la tâche d’assurer à la fois la prospérité économique et la justice sociale.

La gauche française, par atavisme et aveuglement, ne voit dans ces deux modernisations pragmatiques des gauches allemande et britannique qu’une entorse anglo-saxonne à l’orthodoxie socialiste. Elle démontre être restée spontanément allergique à toute intrusion libérale dans l’ordre  « progressiste » qu’elle prétend défendre.

Et nous, qui aimons tant vanter nos « exceptions françaises », pouvons certifier que…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Guillaume Meurice, faites révérence à la redevance

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Dans son dernier texte, l’idéologue de la gauche qui vous méprise au quotidien chez Charline Vanhoenacker n’était jamais allé aussi loin


Dans un texte drôle et brillant appelé « Vers une semi-réhabilitation du beauf » qu’il a récemment publié dans son recueil Interventions 2020, Michel Houellebecq écrit au sujet des Cabu, Guy Bedos ou Siné que ces derniers ont « en eux-mêmes les aptitudes naturelles du beauf » mais qu’ « ils n’ont pas su les faire fructifier (un traumatisme s’est produit, quelque chose les a déviés de leur route), et ils n’ont pas pu atteindre à la pure sérénité beaufienne ; d’où en eux quelque chose de crispé, de mauvais, qui se traduit par un manque absolu d’humour ». Guillaume Meurice est un surgeon de ces beaufs incomplets, ces premiers semi-beaufs qu’on aurait grand-peine à réhabiliter.

Il l’est encore plus incomplètement, n’ayant conservé du beauf que la violence du langage à laquelle il ajoute une condescendance acquise, apprise sur les bancs des médias du service public, et en fréquentant l’intelligentsia officielle de la gauche hors-sol, qui, entretenue de pensions versées avec une régularité d’horloge suisse, n’a qu’à se baisser pour avoir de quoi vivre en sécurité sans jamais se soucier du lendemain. Le confinement ? Le coronavirus ? Ils s’en foutent, leurs salaires sont garantis !

Il faut bien toutefois tuer le temps. Rien de tel que se foutre de ces connards de Français dans Siné Hebdo s’est dit le sieur Meurice. Indépendants, commerçants, patrons de bars, cuisiniers intérimaires, barmaids et coiffeuses doivent être de droite. C’est sociologique, c’est leur classe. Et puis, en y ajoutant un peu de rhétorique marxiste, pourquoi ne pas faire de ceux qui les nourrissent depuis toujours le nouveau lumpenprolétariat de la France d’après la crise. Après tout, pour Guillaume Meurice et les siens, l’affaire est réglée : c’est l’Etat qui paye, généreusement et sans jamais s’interrompre.

Si l’Etat ne veut pas, il suffit de se mettre en grève ou de coordonner une attaque médiatique pour le contraindre. C’est ainsi que ça marche depuis François Mitterrand, et il n’y a pas intérêt à ce que ça s’arrête. L’Etat est bon quand il les soutient, quand il est de leur côté. Un peu comme les Français populaires, les petits et les sans-grades. Ils sont valables jusqu’au jour où ils décident de voter autrement qu’à gauche, faute de quoi ce sont des traîtres, de complets beaufs, des ploucs et des bons à rien parasites qui n’avaient qu’à passer des concours de la fonction publique s’ils voulaient se plaindre.

C’est bien ainsi qu’il faut entendre le petit billet provocateur de Guillaume Meurice. Il ne cherche pas à dénoncer l’hypocrisie de certains Français, il cherche à leur faire mal par sa méchanceté, son mépris et sa grande-gueule d’homme de gauche qui sait pertinemment que tout lui est dû et que tout lui est autorisé. « Alors ? Je rêve ou tu chouines ? Ton business est en train de couler alors tu demandes de l’aide à l’Etat ? Je croyais que dans la vie, il fallait se débrouiller tout seul. Qu’il ne faut pas donner du poisson mais apprendre à pêcher, ou je ne sais quelle autre connerie inventée pour justifier ta position dominante », dit-il vengeur et révolté, comme un adolescent des années 80 découvrant le monde entre deux concerts des Béruriers Noirs.

Vive l’Etat quand il régularise des immigrés clandestins par centaines de milliers ! Mort à l’Etat quand il ose sauver de la faillite – nombreux n’y échapperont malheureusement pas – des entreprises qu’il a mis au chômage technique du fait de son imprévoyance, des gens qui ne demandaient qu’à travailler mais qui se retrouvent aujourd’hui à la rue. Oui, tous ces « dominants » qui maintiennent à flot des PMU, des bistrots, des petits commerces ou des salons d’esthétique. Ces monstres capitalistes qui, comme chacun le sait, rivalisent avec Amazon, Google et Facebook. Vive Facebook et Twitter quand ils sont utilisés pour traquer toute pensée qui sort du canon dominant de Radio France ! Vive la police quand elle arrête des participants à la manif pour tous ou des Gilets Jaunes un peu trop « jambon beurre pinard ». Mort à la police quand elle ose interpeller des voyous sans leur faire des bisous !

N’osez pas vous plaindre de lâcher 135 euros de redevance pour vous faire humilier, on vous dirait que vous ne respectez pas la liberté d’expression que vous défendez par ailleurs. Mais qui pourra nier que ce qui est supportable en temps normal devient intolérable en temps de crise ? On pouvait bien ignorer le mépris des beaufs incomplets pour les beaufs truculents que nous sommes quand la France était prospère, se dire qu’après tout cela participait du charme anachronique de la République française imprégnée par la pensée marxiste jusqu’à l’ivresse depuis une cinquantaine d’années. Quand la ruine menace, c’est plus difficile.

Interventions 2020

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Le non du peuple

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Valéry Giscard d’Estaing nous a quittés

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Je ne sais pas si la France est veuve. En tout cas elle est orpheline. Une personnalité remarquable va dorénavant lui manquer.


On pouvait ne pas aimer VGE mais une forme d’admiration lui était acquise même de la part de ses pires ennemis. Il a été un monument distingué de notre vie politique, aussi décisif par ses actions que par son influence. Chic, un zeste snob, content de lui et de ses capacités tant vantées, il était plus fort que toutes les caricatures auxquelles on a cherché à le réduire.

Son intelligence limpide, lumineuse, sachant expliquer, avec une rationalité brillante et ordonnée qui était son atout principal, n’a pas cessé, tout au long de son immense carrière, de combler les Français. Il a eu le courage de ne pas s’effacer après l’échec de 1981. Il paraissait, il s’exprimait et d’un coup l’obscur se dissipait et avec une assurance royale, il développait une argumentation qui, si elle ne convainquait pas, intimidait. On n’était pas obligé de contester la haute estime qu’il avait de lui-même. Elle n’était pas injustifiée.

Pourtant, le « oui mais » si célèbre qui a au moins partiellement causé le départ du général de Gaulle, pourrait également lui être appliqué. De la même manière que, s’il avait dénié à François Mitterrand le monopole du cœur, il avait pu lui-même parfois donner l’impression d’en manquer. L’esprit semblait dominer la sensibilité, et la certitude de n’avoir personne à sa hauteur donnait à ses attitudes même les plus sincères un tour affecté, alambiqué, peu naturel. Il donnait l’impression de se pencher sur le peuple et faute de savoir que « l’Histoire était tragique » selon le reproche que lui faisait de Gaulle, il projetait sur la France et le monde un regard teinté de l’optimisme que suscitait le réel chez lui quand il s’en mêlait. Rien de ce qui était sombre ne pouvait être giscardien.

A lire aussi: Les années Giscard de Jérôme Leroy

Il pouvait susciter un agacement sans pareil non seulement par ses actions ou ses abstentions – certains ne lui ont jamais pardonné le regroupement familial ou son refus de gracier Christian Ranucci – mais au-delà d’elles. Par ses afféteries, ses préciosités, sa volonté de surprendre à tout prix, de ne rien faire comme tout le monde. Il aurait été capable, par esthétisme, de faire advenir la révolution et il aurait été sans doute prêt à multiplier les bouleversements pour notre pays, tant l’immobilisme était frappé du péché de ringardise et le mouvement d’une aura intrinsèque.

Sa plus grande force, sa modernité. Il avait fait radicalement bouger les lignes pour la jeunesse et les femmes avec l’IVG.

Sa plus grande faiblesse, sa modernité. À force de fuir l’ordinaire, il en oubliait qu’il aurait été très doué pour lui. Il s’abandonnait trop à une sorte de clinquant raffiné qui rendait d’autant plus ridicules ses accès de démagogie qui ne lui allaient pas du tout.

Mon regret est qu’à cause de la trahison de Charles Pasqua et de Jacques Chirac, il ait été battu en 1981. Je suis persuadé que dans le cadre d’une délibération lucide avec lui-même, il aurait gommé ses erreurs, amplifié ses dons, porté à l’excellence sa vision internationale, été un phare européen. Il soutenait avoir été un grand président: en tout cas il le serait devenu.

Il est unique. Des êtres trop rares, pourvus de tant de qualités, dépassent de très loin les jugements habituels. Parce qu’ils ne sont pas communs, ils échappent au couperet du mépris ou de l’oubli.

Valéry Giscard d’Estaing: mais… oui !

Le regard libre d’Elisabeth Lévy

Au micro de Sud Radio dans la matinale, Elisabeth Lévy estime que VGE est en quelque sorte l’ancêtre de notre startup nation. Mais elle estime surtout que la France rejette en grande partie l’héritage de Giscard aujourd’hui.

Regardez:

« Giscard, c’est aussi le président de nos derniers jours heureux. Pour ce qui est du politique, il incarne la droite libérale, orléaniste, anti-gaulliste. On ne parlait pas encore de mondialisation heureuse mais dans le fond, il est un peu l’ancêtre de la start-up nation. La plus grande critique que je ferai à Valéry Giscard d’Estaing, c’est son européisme, la chimère supranationale. L’idée du couple avec l’Allemagne me paraît aussi être une faribole, car c’est en réalité le rapport de force qui décide, pas l’amour. Je m’étais laissée entendre qu’il avait dit en 2005, après le « Non » au référendum: « Ce n’est pas grave, on fera voter les Français jusqu’à ce qu’ils disent oui ». C’est un homme d’une grande intelligence, un lecteur incroyable, mais aujourd’hui la France rejette en grande partie l’héritage giscardien: la mondialisation heureuse, les frontières ouvertes, et je ne vous parle même pas du regroupement familial! »

Donald Trump: objectif Cour suprême

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L’étau se resserre pour Donald Trump. Mais il espère encore retourner l’élection en démontrant des irrégularités suffisamment massives dans au moins trois états-clés: Pennsylvanie, Michigan et Géorgie. Nous passons ici en revue les irrégularités que le clan Trump dénonce.


Quelle est aujourd’hui la stratégie de Donald Trump ? Continuera-t-il à contester le résultat des élections présidentielles ? Selon Alan Dershowitz, avocat et juriste constitutionnel, professeur émérite à Harvard, l’objectif de Trump consiste à faire repasser Biden en-dessous des 270 grands électeurs. Si aucun des candidats n’a la majorité de 270, le 12e Amendement prévoit que l’élection se joue à la Chambre des représentants. À raison d’une voix par Etat, les Républicains y sont majoritaires.

Je veux mon avocat !

« Si vous êtes près de l’ennemi, faites-lui croire que vous êtes loin de lui. » (Sun Tzu, Art de la Guerre).

La stratégie de Donald Trump repose sur ses avocats. Rudy Giuliani, ancien procureur, ancien maire de New-York et qui dirige l’équipe juridique de Trump, affirme que, dans la plupart des Etats-clés, il dispose d’au moins cent « affidavits » (témoignages sous serment susceptibles de vous envoyer en prison en cas de parjure) pour faire invalider, dans la seule Pennsylvanie (20 Grands électeurs), 670 000 voix. L’avance de Joe Biden dans cet État est d’environ 80 000 voix…

Élucubrations ? Il a fourni, jeudi 19 novembre, lors d’une conférence de presse de 1h45 – à revoir sur YouTube, non couverte par la plupart des grands médias américains – un affidavit qu’on peut vérifier publiquement (la centaine d’autres témoins doivent en effet être protégés). Il s’agit en l’occurrence d’une témoin, Jessie Jacob, qui décrit des irrégularités dans un gros bureau de vote à Détroit, Michigan : « Mon superviseur m’a ordonné d’apposer sur des votes par correspondance, une date antérieure à celle de leur envoi ». Giuliani affirme que des fraudes de ce genre auraient été la règle dans la plupart des Etats-clés. Il parle d’autres irrégularités comme des doubles votes (en présentiel et par correspondance), des non-vérifications d’identité, des assesseurs républicains empêchés de surveiller le dépouillement… Lors d’une audition mercredi 25 novembre devant l’Assemblée locale de Pennsylvanie dans une salle de conférence d’hôtel à Gettysburg, et devant des sénateurs de l’État, Rudy Giuliani a présenté une série de ces témoins dont un qui aurait été empêché de surveiller le dépouillement dans un bureau de votes.

Au début de cette affaire, une quasi omerta a régné sur les principales chaînes de télévision américaines, à l’exception de Fox News, Newsmax et OAN. On imagine aisément leur attitude si Joe Biden s’était plaint d’irrégularités électorales… Tout au long de la campagne, d’ailleurs, le parti pris des médias mainstream en faveur de Joe Biden est évident. Le centre de recherche sur les médias « MRC » a ainsi mené divers sondages qui démontrent que 17% des électeurs de Joe Biden n’auraient pas voté pour lui s’ils avaient eu connaissance d’affaires non-couvertes, comme les allégations d’emails supposément compromettants contenus dans l’ordinateur portable de Hunter Biden, le fils de Joe. A ce sujet, rappelons qu’au mois d’octobre le New York Post a publié deux articles critiques sur Hunter Biden et son affairisme en Ukraine, dont la dissémination a été délibérément limitée par Twitter et Facebook… Trop gênants pour le « candidat des GAFAM »?

Conspiration?

En parallèle, Me Sidney Powell, ancienne procureure, étudie, indépendamment de l’équipe de Trump, un axe très différent et qui relève d’une éventuelle conspiration autour des machines à voter Dominion. Le 25 novembre, Me Powell a déposé une plainte en Géorgie et au Michigan. Le document de plus de 100 pages déposé notamment devant une cour du Michigan est public et peut être consulté en ligne. Pour faire court, il y est allégué, entre autres, quatre types de fraude présumée: les votes orphelins (30 000 électeurs ont reçu une assignation à voter sans le demander et 30 000 bulletins envoyés par correspondance sont indiqués comme manquants) ; le fractionnement des votes (le système Dominion/Smartmatic contiendrait un algorithme qui permet d’attribuer une fraction du vote à un candidat déterminé) ; l’impossibilité physique supposée de compter 384 000 votes, presque tous pour Joe Biden, dans quatre arrondissements en deux heures dans la nuit du 3 au 4 novembre. Me Powell relate qu’Eric Coomer, un ancien employé de Dominium, se serait vanté sur un forum antifa avant l’élection: « Don’t worry Trump won’t win the election, we fixed that. » (« N’ayez pas peur, Trump ne gagnera pas cette élection. Nous allons arranger cela. »). Le 29 novembre, le juge Timothy C. Batten a autorisé, en Géorgie, les plaignants à mener une inspection « technique » des serveurs Dominion de manière approfondie.

Les grands médias américains mainstream et l’Associated Press continuent de nier toute possibilité de fraudes, taxant Donald Trump de mauvais perdant et d’irresponsable. Pourtant, ces mêmes médias ont endossé l’histoire abracadabrantesque du « dossier russe », une enquête de deux ans et demi menée pendant le mandat de Trump par le Procureur Mueller contre le président Trump, enquête qui avait tenté, en vain, de démontrer que des hackers russes avaient « volé » l’élection à Hillary Clinton. Dans le cas qui nous occupe, la division cyber du Département de la Sécurité intérieure a déclaré que cette élection était « la plus sûre de l’histoire des Etats-Unis ». La firme Dominion a également nié toute compromission des résultats…

Invoquer le 12e Amendement

Me Dershowitz, qui a défendu Trump lors de sa procédure de destitution, pense que la stratégie de Donald Trump n’est donc plus d’atteindre 270 Grands électeurs mais bien de faire redescendre Joe Biden en-dessous de 270. Même 269 suffirait pour qu’une nouvelle élection présidentielle ait lieu, cette fois à la Chambre, en vertu du 12e Amendement à la Constitution américaine. Et à raison d’une voix par état à la Chambre, les Républicains y disposent de la majorité. Une autre possibilité est que le Sénat rejette plusieurs certifications de Grands électeurs s’ils émanent d’Etats « douteux ». Trump pourrait-il renverser l’élection ? À ce stade, étant donné le court laps de temps qui reste pour invalider des élections, Me Dershowitz voit tout de même Joe Biden s’installer dans le Bureau ovale le 20 janvier. S’exprimant avant le dépôt de la plainte de Sidney Powell, il a déclaré : « Dans un cas, ils n’ont pas les chiffres [pour retourner l’élection] ; dans l’autre cas, ils ne semblent pas encore avoir les preuves, peut-être qu’ils les ont, je ne les ai pas vues. Mais la théorie juridique est là pour les soutenir s’ils ont les chiffres et s’ils ont les preuves

Si Trump ne doit pas attendre des miracles des juges suprêmes qui n’aiment pas se positionner sur les procédures électorales, la Cour suprême est toutefois la plus conservatrice depuis longtemps (6 juges sur 9) avec trois juges proposés par Trump : Brett Kavanaugh, Amy Coney Barrett et Neil Gorsuch. Dans une lettre récente, le sénateur Républicain Ted Cruz demande à la Cour suprême de se pencher sur le caractère, selon lui, inconstitutionnel, du décompte des bulletins arrivés après le 3 novembre en Pennsylvanie. Dans l’affaire Gore vs. Bush en 2000, la Cour suprême des États-Unis avait donné raison à George Bush Jr le… 12 décembre. Il fut élu avec 537 voix d’avance en Floride… Trump peut-il jouer à qui perd gagne ? Réponse dans deux semaines.

L’exil forcé des travailleuses voilées en Grande-Bretagne

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Nouvel exercice de victimisation de femmes françaises qui portent le voile. Elles seraient contraintes de quitter la France pour aller travailler en Grande Bretagne.


C’est à qui criera le plus fort à l’islamophobie. Dans un article paru chez Slate, des Françaises qui portent le voile nous font part de leur désespoir: stigmatisées pour leur religion, elles se disent contraintes de rejoindre l’Angleterre pour trouver du boulot !

 En France, je me sens observée comme dans un zoo

Une franco-algérienne qui se plaint de ne pas trouver un emploi à la hauteur de ses compétences, une militante d’un « féminisme musulman », ou encore une docteure en sociologie qui parle de « fuite des cerveaux » : voici un échantillon des femmes qui témoignent. Rapidement, le ton est donné par Lydia, étudiante bien décidée à rejoindre Londres: « En France, je me sens observée comme dans un zoo. Qui aimerait vivre ainsi ? »

En kiosque: Causeur: Trêve des confineurs!

Aziza, elle, s’inquiète des récentes polémiques – citant l’inévitable Éric Zemmour – avant de confier être mentalement et physiquement éreintée: « Il y a une dynamique depuis plusieurs années qui fait basculer la société française dans quelque chose de plus sombre. Plus la situation économique s’aggrave, plus ils tapent sur les musulmans. »

Quant à Hanane Karimi, elle nous explique que pour ces femmes acculées, il ne reste qu’une issue: « Partir dans un pays où elles n’ont plus à penser à leur apparence, où elles n’ont plus à se camoufler ». « Ne plus se camoufler » signifie donc vivre là où se couvrir corps et tête est un code répandu – étrange dialectique !

Paradis multiculturel ou contrée halal ?

Après avoir pris l’exemple d’une pâtissière voilée dont le gâteau fut servi à Queen Elizabeth, Slate reprend un tweet d’un habitant de Birmingham, afin d’illustrer le contraste entre un Royaume-Uni chaleureux, tolérant, et une France coercitive.

Birmingham serait donc l’Eden des musulmans persécutés sur le Vieux Continent. Il est vrai que dans cette ville – deuxième plus peuplée du pays –, on est en avance par rapport à la France. Comme nous l’explique L’Obs, elle est devenue la « Mecque » des Français salafistes qui veulent pratiquer un islam rigoriste, à portée d’Eurostar. Là-bas, certains quartiers sont à 95% musulmans, le port du niqab – tout comme celui du kamis pour les hommes – est courant, l’appel à la prière résonne depuis le minaret de la mosquée principale avec son impressionnante capacité de 6000 places, et les programmes de l’éducation nationale sont expurgés de cours jugés pro-LGBT. Sur le site de la municipalité, son maire Mohammed Azim nous explique son parcours, depuis le Pakistan, et se fond avec bonhomie dans la tenue de Lord Mayor tout en indiquant son régime, halal ou végétarien.

Revenons sur les propos de Fatiha Ajbli, qui évoque une véritable « fuite des cerveaux ». Les employeurs français se priveraient donc de richesses intellectuelles au prétexte qu’elles auraient embrassé la mauvaise religion. Mais paradoxalement, l’article relate qu’en Angleterre « les femmes musulmanes sont trois fois plus au chômage ou en recherche d’emploi que les femmes en général ». Or, les études – Insee en tête – nous montrent que l’exposition au chômage est calquée sur le niveau d’études et la valeur des diplômes, que l’on soit Français ou non. Ce constat fragilise considérablement la théorie d’une discrimination à l’embauche.

Touche pas à mon voile

Enfin, Miriem, 21 ans, se refuse à quitter son foulard : « La France veut couper les ponts avec moi, mais moi je refuse ! ». Après la récente vague d’attentats, elle dit avoir été prise de dégoût, dénonçant des « actes monstrueux ». Pourtant, son anxiété a pris un visage inattendu : « Je me suis dit “ça va encore nous tomber dessus”. »

A lire aussi: Que devient Nigel Farage?

Mais de quoi parlez-vous Meriem ? Des balles de fusils mitrailleurs ? Des lames assassines ? Je vous rassure, elles ont pour habitude de s’abattre sur des catholiques en pleine messe, des policiers – en service ou non –, des patrouilles de militaires, des jeunes « décadents » qui s’abreuvent de bière et de musique profane, des familles aux jambes et bras dévêtus un soir de 14 juillet, ou encore d’innocents enfants juifs.

Vous témoignez d’une France prétendument islamophobe, qui interdirait à certaines femmes de travailler, de s’émanciper et de vivre en paix ? Mais ce tableau liberticide que vous dressez, on le retrouve plutôt… dans les territoires régis par l’islam ! Car seules les nations islamiques instaurent une inégalité de traitement entre femmes et hommes pour l’accès aux responsabilités, au travail, à la justice, au divorce, au mariage mixte, à l’héritage. Notre pays au contraire, par sa politique migratoire et la diversité qu’il affiche, n’a pas à prouver son ouverture à l’autre. Alors, permettez- moi une double recommandation : chassez de votre esprit ce fantasme d’une haine systémique envers
vos coreligionnaires, et songez peut-être tout simplement à réécrire votre CV.

Islamophobie: Intoxication idéologique

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Les années Giscard de Jérôme Leroy

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Une enfance et une adolescence sous le président Giscard d’Estaing, ça laisse des traces


1974 : J’aurai dix ans en août. C’est le soir de l’élection. Je ne mesure pas bien les enjeux, mais tout de même je comprends que ce qui se passe est important. On est devant la télé couleur chez mes grands-parents maternels qui ont voté Royer au premier tour et Giscard au second. Ils sont épiciers dans une petite station balnéaire de Seine-Maritime. Gilbert Bécaud chante en attendant vingt heures. Si ça a parlé politique pendant le repas du midi avec mes parents, ça ne s’est pas engueulé. L’ambiance n’était pas encore à la guerre civile permanente. L’ORTF existait encore. Les deux chaines étaient de droite, organiquement liées au pouvoir, mais au moins elles n’étaient pas haineuses ou répétitives ou inaudibles. 

« Il m’a l’air bien joyeux, monsieur 100000 volts, marmonne mon père, ce n’est pas bon pour nous. »

Après j’oublie un peu ce qui s’est passé, je dois jouer avec mes cousines. Et puis je vois mon père qui me pose la main sur l’épaule :

« Viens, on va pisser dehors ». C’est signe que les choses sont graves. Deux transgressions d’un coup : un mot qu’on ne dit pas, et aller faire ça dehors chez les autres. On va jusqu’à la haie au fond du jardin. On entend la mer au loin. « Tu vois, un jour, nous gagnerons. Mais c’est quand tu seras grand. » Je te faisais confiance, papa, mais après Giscard, j’attends encore.

1975 : La loi sur l’avortement est passée et je fais ma première communion. J’ai une jeune tante de vingt-deux ans qui est contente : son corps est à elle. Mon père, qui est médecin, est un ardent défenseur du planning familial. Il n’empêche qu’il a insisté pour que je fasse ma première communion. Les dernières affiches de Giscard à la barre s’effilochent près de l’église de Carville. Mon grand-père de droite arrive dans une splendide CX blanche. Il est trop heureux de m’offrir la montre à gousset que j’ai demandée. Il a dû pressentir l’ethos réactionnaire qui sommeille en moi et qui cohabitera avec le logos rouge jusqu’à nos jours. Un mélange assez peu giscardien.

1976 : C’est l’été de la sècheresse. Je ne pense pas à Giscard. Christelle, une grande, (4ème B du collège Fontenelle) m’apprend à embrasser avec la langue. Un peu de fraîcheur mouillée dans la canicule.

A relire: La mésaventure de Valdémard Lecreux-d’Airain

1977 : Ma mère est sur la liste d’union de la gauche à direction communiste aux municipales de D. près de Rouen. Je fais mes premiers tractages et autres boitages. On n’a aucune chance. Le soir je suis le décompte à la mairie même si je commence par des maths lundi matin. Le maire radical, un médecin qui connaît bien mon père, élu depuis l’après-guerre, est battu de deux cents voix. Il vient embrasser ma mère. C’est tout de même un peu plus aimable qu’une passation de pouvoir dans les États-Unis de 202O. « Décrispation », voilà un mot typiquement giscardien. On en aurait bien besoin.

1978 : Un exemple de l’éthos réac : je trouve que les paras qui sautent sur Kolwezi, ça a quand même de la gueule. Je sens bien que mon avis est assez peu partagé chez les adultes autour de moi. Kolwezi… Je ne sais pas comment s’y prenait la France, mais même sous Giscard, elle trouvait le moyen de rester belle. 

En mars, la gauche majoritaire en voix est battue aux législatives. Si elle avait gagné, la France se serait retrouvée avec une politique plus proche de celle d’Allende que de Michel Rocard. À l’époque, le PS et le PC faisaient jeu égal ou presque. Et même le programme de Giscard n’aurait pas été jusque-là renié par la CGT. Tout le monde était plus à gauche comme maintenant tout le monde est plus à droite. 

1979 : En seconde, premières manifs. Pour soutenir les sidérurgistes. La grande désindustrialisation. Aux portes du lycée Corneille, il y a encore des groupes pour distribuer des tracts. Les « fafs » et l’Action Française regardent en chien de faïence les JCF et les JCR. Parfois, ça se frite un peu. Comme personne n’a encore de téléphone portable, on ne nous serine pas le soir même des carabistouilles sur l’ensauvagement de la jeunesse. Le proviseur appelle les flics ou menace de la faire, selon l’intensité du moment. Un gyrophare et ça s’égaye. 

A lire aussi: Causeur: Trêve des confineurs!

1980 : On sent que la crise est là. C’est la grande glaciation qui commence. Plus personne ne pense rien. Les tracts ont disparu. Une jeunesse rentre dans le rang. Giscard se prend pour Louis XV, il y a même une couverture de l’Obs avec une belle caricature sur le sujet. Je vais prendre des pots avec un copain de l’AF qui, aujourd’hui, signe parfois dans les colonnes de Causeur. On lit ADG, Céline, Manchette, Vailland et Marcel Aymé avec volupté. On est politiquement d’accord sur rien mais au moins on essaie encore de penser quelque chose, et d’y croire.

D.R.
D.R.

1981 : Giscard est battu. Je n’aurais jamais imaginé voir la gauche au pouvoir. Après tout, je suis né sous De Gaulle, j’ai appris à lire sous Pompidou, j’étais collégien sous Giscard comme dans Pause Café sauf que l’assistante sociale, hélas, ne ressemblait pas à Véronique Jeannot ou à Sophie Barjac, les fantasmes durables des adolescents de ce temps, les beautés giscardiennes comme il y a des beautés corrégiennes. 

Quant à la gauche, elle durera deux ans, moins que l’amour.

Post-scriptum : Giscard représentait à peu près le contraire de ce que je pense de la France ou de l’Europe. Il n’empêche, dans « Une partie de campagne » de Depardon, premier documentaire du genre, sur la campagne de Giscard en 1974, on voit Giscard qui a visiblement oublié la caméra de Depardon, qui attend, seul, les résultats des élections depuis son appartement de ministre des Finances au Louvre. Il est en terrasse, sur un fauteuil Voltaire qu’il a apporté là. Il lit Guerre et Paix et écoute Mahler sur un électrophone. La fin d’après–midi est bleue et dorée sur un Paris du dimanche, minéral et silencieux. Cette image-là, cette seule image est pour moi suffisante : nous avions affaire à un homme politique, pas à un mutant télécommandé, inculte et brouillon.

Matt Hancock: «Voyager à l’étranger pour un suicide assisté est une excuse raisonnable»


Au Royaume-Uni, le confinement saison 2 a donné lieu à une liste de règles farfelues. Heureusement pour eux les Britanniques semblent être parmi les premiers servis pour le vaccin…


En Angleterre, le confinement saison 2 a suscité la fronde. 50 députés rebelles, membres de la majorité tory, ont créé un groupe parlementaire séditieux dont l’objectif est de s’opposer à tout confinement à venir. À leur droite, Nigel Farage, monsieur anti-Europe, est devenu monsieur anticonfinement. Quant aux mécontents de la société civile, ils ont leur magazine en ligne : lockdownsceptics.org.

A ne pas manquer: Causeur: Trêve des confineurs!

Le 31 octobre, lorsque Boris Johnson a annoncé la seconde mise sous cloche du pays, on sentait qu’il y allait à reculons. Tout le monde s’impatientait, les chaînes d’info commentaient les commentaires, la nuit tombait, quand enfin Johnson est apparu à l’écran, flanqué de ses deux Diafoirus qui ont assommé l’auditoire de courbes apocalyptiques.

Un embrouillamini de règlements 

On a respiré en apprenant que les facs restaient ouvertes. Pour le reste, les Anglais ont vu leur existence régulée dans le détail. Comme chez nous, les ministres se sont égarés dans cet embrouillamini de règlements. L’un d’eux a annoncé qu’on pouvait golfer, mais finalement non. Le tennis ? Non plus. La pêche au gros, oui, à la mouche, non, ou l’inverse. Seuls les commerces « essentiels » sont restés ouverts. Pour sauver des vies, les fonctionnaires ont pensé à tout… même à l’euthanasie. La chose est illégale au Royaume-Uni ; qui veut en finir doit aller chercher de l’aide sous d’autres cieux. Or, confinement oblige, il est interdit de voyager à l’étranger « sauf excuse raisonnable ». Matt Hancock, ministre de la Santé chargé de pondre des listes d’interdits, a donc énoncé cette règle délicieuse : « Voyager à l’étranger pour un suicide assisté est une excuse raisonnable. » Quiconque quitterait le pays pour aller mourir ailleurs n’enfreindrait pas la loi.

Las, il n’a pas précisé si celui qui changeait d’avis en cours de route et, tout bien réfléchi, se résolvait à vivre encore un peu, serait verbalisé en rentrant au pays…

A lire aussi: Que devient Nigel Farage?

Le cœur de l'Angleterre

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La langue du Quatrième Empire

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Vous vous rappelez peut-être que Victor Klemperer avait décrit la Lingua Tertii Imperii (paru en 1996 en France), la langue du Troisième Reich. Il explique ainsi comment les Nazis avaient modifié le sens de certains mots allemands de façon à ce qu’ils servent leur idéologie. La novlangue imaginée par Orwell était le rejeton adultérin de ce Nouvel Ordre Linguistique — quand « bon » signifie « conforme à la pensée de Big Brother », et que « inbon » exprime tout le reste.

À lire aussi, Marie-Hélène Verdier: La langue française: chef d’oeuvre en péril

Le Quatrième Empire, celui du politiquement correct

Nous voici aujourd’hui à l’aube (radieuse, forcément radieuse) d’un Quatrième Empire, celui du politiquement correct, du multiculturalisme et des liaisons trans-sectionnelles. Nous nous en doutions un peu. Mais de récents développements nous forcent à considérer l’évolution du langage contemporain. Par exemple, par ordre alphabétique, sans souci d’exhaustion :

Antisémitisme (subs.) : Haine des Juifs, à l’exclusion de tous autres Sémites — groupe auquel appartiennent par ailleurs les Arabes. Ce type particulier de racisme (voir ce mot) ne peut être le fait que de groupes néo-nazis. Dire, comme l’a stipulé un historien français (lui-même juif, ce qui le rend suspect), que certains Arabes ont sucé l’antisémitisme avec le sein de leur mère, est une impropriété qui vous vaudra d’être traîné devant les tribunaux par des associations exaltant la mémoire et l’œuvre de Mohammad Amin al-Husseini (sur lui la bénédiction du Prophète), grand mufti de Jérusalem qui en 1937 exalta l’œuvre antisioniste (voir ce mot) d’un certain Adolf Hitler.

Antisionisme (subs.) : À l’origine, opposition à la politique promulguée par Theodor Herzl en 1896 dans son livre l’Etat juif. Revendiquée jadis par de larges pans de l’extrême-gauche, il est aujourd’hui synonyme total d’« antisémitisme », en plus seyant. Le couple « antisionisme / antisémitisme » a autant de pertinence que l’opposition « érotisme / pornographie » dans la bouche de ceux qui ignorent tout du premier et se gavent de la seconde.

Apprenant (subs.) : autrefois appelé « élève » par des enseignants réactionnaires, l’apprenant est celui qui enseigne autant qu’il est enseigné. L’usage d’un participe présent marque sa fonction active, alors que le participe passé « enseigné » le contraignait à un rôle passif. L’apprenant ne peut donc pas être jugé (quel mot horrible et colonialement connoté !) selon ses résultats, mais apprécié selon ses espérances — qui sont grandes. La meilleure preuve de la pertinence de cette appellation nouvelle est la réussite sidérante, chaque année plus spectaculaire, aux examens organisés par l’Éducation nationale. Quand des « élèves » (quelle prétention dans l’idée d’« élever » des enfants comme des plantes vertes ou des vaches!) obtenaient le Bac à 50% il y a quarante ans, les « apprenants » le réussissent à 95% aujourd’hui — preuve ma-thé-ma-ti-que de l’excellence des pédagogies contemporaines, et pas du tout d’une baisse de niveau concertée.

Esclave (subs. et adj.) : Certes, à l’origine, le mot désigne des Slaves (blancs, forcément blancs — et même blonds, souvent) mis dans les chaînes par les Vénitiens dans le haut Moyen Âge — et même vendus aux Arabes qui les appelaient par déformation phonétique Saqaliba. Mais nous savons désormais, par décret officiel, qu’il n’y avait pas d’esclaves en pays musulmans. Car depuis la Traite Atlantique, le mot renvoie exclusivement au « trafic d’ébène », comme disaient les esclavagistes du trafic triangulaire, organisé à partir de l’Afrique de l’Ouest par des armateurs nantais ou bordelais, à l’exclusion de toute autre origine. Noter que des Noirs ont fait des esclaves, que les Arabes ont organisé une traite trans-saharienne bien plus importante et sauvage que la traite Atlantique, et ont mis en esclavage, rien qu’au XVIIIe siècle, plus d’un million de Blancs enlevés sur les côtes méditerranéennes (à ce que prétendent des chercheurs résolument fascistes), est un non-sens qui, grâce à la loi Taubira qui enseigne aux historiens ce qu’ils doivent penser et dire, sera poursuivie devant les tribunaux.

Féminicide (subs.) : meurtre délibéré d’une femme. On croit à tort que les femmes font partie du genre humain, et que le terme d’« homicide » couvre l’ensemble des assassinats. Mais comme le radical de ce mot (homo, l’être humain, en latin) ressemble dangereusement au sale concept d’« homme » (l’orthographe — voir ce mot — étant un souci bourgeois, la présence d’un ou deux –m- n’est pas un critère distinctif pertinent), une distinction sera désormais établie selon le sexe de la victime — ce qui, en ces temps de LGBTQ++, promet aux lexicographes un avenir radieux. Olympe de Gouges avait déjà écrit, en suivant cette idée, les Droits de la femme et de la citoyenne, ignorant que dans « Droits de l’homme » les révolutionnaires latinistes incluaient les deux sexes. On l’a guillotinée pour un solécisme, c’était violent, mais l’époque ne faisait pas de demi-mesures.

À noter qu’il est exclu qu’une femme puisse se rendre coupable de féminicide — le lesbianisme excluant la violence, comme chacun sait. Il est d’ailleurs significatif que ce mot de féminicide soit justement masculin — comme viol (voir ce mot).

N.B. : Word souligne en rouge le mot « féminicide ». C’est bien la preuve d’un choix idéologique, résultant du fait que le programme, proposé par Microsoft, a été inventé par un Blanc hétérosexuel et potentiellement violeur — un certain Bill Gates.

Hétérosexualité (subs.) : appel au viol (voir ce mot). Les féministes contemporaines, y compris certains transgenres qui furent hommes dans le passé, considèrent que tout rapport hétérosexuel est un viol. La question de la reproduction dans un monde totalement lesbien reste, par ailleurs, pendante.

Lynchage (subs.) : Quoiqu’inauguré par le juge Charles Lynch (1736-1796) et visant alors exclusivement les Américains loyalistes à la couronne d’Angleterre, tous blancs, quoique généralisé après la guerre de Sécession et visant alors, dans les Etats du Sud et de l’Ouest, les Républicains disciples de Lincoln, le mot s’est spécialisé depuis le XXe siècle dans l’exécution sans jugement de personnes noires, et ne peut par conséquence plus désigner que des personnes de couleur. Un Blanc n’est jamais lynché : il expie les crimes colonialistes de ses ancêtres. Un Noir (dire « Black », c’est moins violent) est constamment lynché en puissance, quoi qu’il ait fait avec ses fourchettes.

À lire aussi, Didier Desrimais: Julien Bayou, Anne Hathaway, profs de gauche: les progressistes débordés

Macaroni (subs.) : métaphore désignant les Italiens. On aurait pu croire, après les massacres d’Aigues-Mortes en 1893, qui ont fait des dizaines de morts, qu’il s’agissait d’un terme raciste. Pas du tout — voir Racisme. Un débat récent a prouvé qu’être traité de « macaroni » est une plaisanterie gastronomique sympathique. Je suggère donc de filer la métaphore : des macaronis au four, c’est bon.

Orthographe (subs.) : concept bourgeois fixant une norme graphique et grammaticale dans le but d’exclure de larges pans de la population française, qui, éduquée par des enseignants formés par les pédagogistes de Philippe Meirieu (1949-2053), sur lui la paix et la génuflexion, ne respectent pas ces manies discriminantes. Tout « apprenant » (voir ce mot) qui sanctionnera l’orthographe sera immédiatement radié de l’Education Nationale — mais il y a déjà longtemps que cela n’arrive plus, surtout depuis que des Inspecteurs ont sacralisé la graphie « il les plantes », notant que le scripteur a intégré dans sa phrase une conscience su pluriel.

Racisme (subs.) : s’applique à toute discrimination, verbale ou physique, touchant exclusivement les Arabes et les Noirs — et leurs descendants. Le mot est inadéquat pour caractériser le rejet d’autres ethnies ou communautés, surtout si elles sont discriminées par des Noirs ou des Arabes. Ainsi, les Asiatiques de Belleville, qui sont depuis un certain temps la cible de racailles de première ou seconde génération, ne sont pas victimes de gestes ou de propos racistes. « Nègre » est une injure raciste. « Niakoué », non. Quant à « sale Blanc » et ses dérivés (Blanchette, Céfran, etc.), ces mots ne peuvent en rien être considérés comme racistes (voir Macaroni).

Viol (subs.) : Cette manière barbare de s’approprier une femme sans son consentement caractérise désormais l’ensemble des relations hétérosexuelles (voir ce mot). Grâce à #MeToo (sur lui la grâce et la bénédiction), nous avons appris que des relations librement consenties étaient en fait des viols. Que la séduction était la manœuvre d’approche ordinaire des violeurs. Qu’un rendez-vous galant était un « date rape », selon un néologisme anglo-saxon largement répandu dans les universités françaises, et que les viols effectifs commis en masse par des individus bronzés à Hambourg et ailleurs, ou sur la place Tarir au Caire sur la personne de journalistes, n’en sont pas — mais la juste punition de leur participation au colonialisme rampant qui frappe ces populations déshéritées.

Les commissions qui, en 2017, ont mis au programme de l’Agrégation de Lettres un poème galant d’André Chénier, l’Oaristys, se sont rendues coupables de complicité de viol, comme en ont décidé quatre militantes de l’ENS-Lyon, les Salopettes (lointaines descendantes des « 343 Salopes » qui s’étaient battues en 1973 pour la légalisation de l’avortement), bientôt relayées par de larges segments du mouvement féministe. Heureusement que Chénier a été guillotiné en 1794, sinon il aurait rejoint Roman Polanski sur le banc des accusés, le viol étant désormais imprescriptible (voir Féminicide), comme le crime contre l’humanité.

To be continued, comme on dit désormais en français.

La France perd ses facultés?

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Étudiants dans un amphithéâtre. © Valentino Belloni/Hans Lucas/AFP

Dans le monde universitaire on continue de brandir la liberté académique et les combats pour l’émancipation, plutôt que de dénoncer les dérives de la pensée indigéniste, racialiste et « décoloniale ». 


Le 22 octobre, Jean-Michel Blanquer déclare sur Europe 1 que l’islamo-gauchisme « fait des ravages à l’université ». Suscitant dès le lendemain une réaction de vierge outragée de la Conférence des présidents d’université qui fait part de son émotion et jure ses grands dieux que « non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme » et qu’elles ne « sauraient être tenues pour complices du terrorisme ». Tous les universitaires ne partagent pas ce point de vue irénique : le 31 octobre, paraît dans Le Monde le « manifeste des cent », qui compte aujourd’hui 250 signataires parmi lesquels figurent nos plus grands intellectuels : Marcel Gauchet, Pierre Nora, Gilles Kepel et bien d’autres. Ils dénoncent « les idéologies indigéniste, racialiste et “décoloniale” » qui nourrissent, selon eux « une haine des “Blancs” et de la France » et évoquent « un militantisme parfois violent » qui « s’en prend à ceux qui osent encore braver la doxa antioccidentale et le prêchi-prêcha multiculturaliste ». Ils demandent donc « des mesures de détection des dérives islamistes ».

Réplique des adeptes de l’accommodement

Le 4 novembre, les adeptes de l’accommodement répliquent, toujours dans Le Monde, par une tribune qui récolte environ 2 000 signatures, ce qui laisse penser que le rapport de forces est plutôt favorable à cette tendance. Brandissant la liberté académique, et leur constant combat pour l’émancipation (mais de qui et de quoi ?), ils reprochent à leurs collègues de faire « appel à la police de la pensée » et de pratiquer la censure. Sauf que ce ne sont pas les gauchistes qui sont interdits de parole dans certaines facs, mais Alain Finkielkraut, Mohamed Sifaoui, Philippe Val, Sylviane Agacinski ou encore le linguiste Jean Szlamowicz, coupable d’écrire dans « ce torchon raciste et sexiste qu’est Causeur ». En clair, le camp du déni persiste… et signe.

Quant à la ministre de l’Enseignement supérieur, elle ignore avec détermination ce qui se passe dans nos facs.

« Le cave se rebiffe » de Gilles Grangier, mieux que les Tontons

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Bernard Blier et Martine Carol dans "Le cave se rebiffe". © Gaumont

En attendant la réouverture des salles de cinéma, on peut toujours étancher sa soif de cinéma avec des DVD et Blu-ray: les éditeurs en profitent pour exhumer quelques pépites. Aujourd’hui Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier, une pépite du cinéma français où tout sonne juste.


À l’origine de ce film de Gilles Grangier, le roman homonyme d’Albert Simonin issu de la trilogie dite de « Max le Menteur » publiée dans les années 1950 et dont les deux autres volets donneront naissance eux aussi à des films : Touchez pas au grisbi de Jacques Becker et Les Tontons flingueurs de Georges Lautner. Si Becker joue sans modération et avec brio la carte du polar très noir, Grangier, imité ensuite par un Lautner qui lui en sera toujours reconnaissant, s’éloigne très nettement du roman initial pour inventer un genre à lui tout seul : le vrai-faux polar déconnant à souhait. Certes, Simonin et Grangier ont participé à l’écriture de l’adaptation, mais c’est essentiellement Audiard qui est ici à la manœuvre, et seul même aux dialogues. Le moindre second couteau est ainsi susceptible d’incarner un prototype de crétin qui fera date (dans le cas présent, c’est Éric dit « le Gigolpince ») et de prononcer des répliques d’anthologie. C’est que l’histoire n’a réellement aucune importance : côté scénario, tout est dans le titre, ou presque. Ce qui compte ici c’est le plaisir simple et brut d’entendre et de voir des cabots de génie proférer des âneries admirables, parfois perles de chauffeurs de taxi parisiens recyclées par un styliste talentueux, la plupart du temps inventions débridées d’un athlète du dialogue en forme de combat de boxe. Michel Audiard est en effet au centre de ce film, comme de tant d’autres, exceptés peut-être ceux qu’il a réalisés lui-même qui, paradoxalement, tiennent beaucoup moins bien la route.

À lire aussi: Audiard, bateleur de mots

Or donc, il faudrait citer l’intégralité de la distribution du Cave se rebiffe, Jean Gabin en tête. Grangier se paye le luxe de ne faire apparaître sa vedette absolue qu’au bout de vingt minutes durant lesquelles on peut savourer à loisir la ronde des premiers ou seconds couteaux incarnés par Bernard Blier, Frank Villard, Antoine Balpétré, Françoise Rosay, Martine Carol et Ginette Leclerc. Ça fuse de toutes parts : « L’Honnêteté, ça se paye », « Dans un ménage, quand l’homme ne ramène pas un certain volume d’oseille, l’autorité devient, ni plus, ni moins, que d’la tyrannie… », ou encore « Les bénéfices ça se divise, la réclusion ça s’additionne ». Et ce n’est là qu’un petit échantillon représentatif de ce qu’Audiard parvient à mettre dans la bouche de ces messieurs-dames. Les mets royaux revenant au « Dab », c’est-à-dire à Gabin qui à propos du fameux « Gigolpince » lance à Rosay cette réplique immortelle : « Celui-là c’est un gabarit exceptionnel ! Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre étalon ! Il serait à Sèvres ! » On s’en voudrait de ne pas citer enfin le cave dont il est question : Maurice Biraud qui trouvait là un rôle à la mesure de son talent. Il est impeccable dans le rôle du prolo graveur aux mains d’or, effectuant avec Gabin un pas de deux jubilatoire.

Pochette du film "Le cave se rebiffe".©Gaumont
Pochette du film « Le cave se rebiffe ».©Gaumont

Un classique qui ne vieillit pas

Ce film a soixante ans et pas une ride, contrairement à la plupart des comédies françaises actuelles qui sont comme des petites vieilles se régalant de sujets sociaux avec une bienveillance dégoûtante. Le cave se rebiffe ne se prend jamais au sérieux et ne méprise jamais son spectateur, autre différence essentielle. Et puis, c’est une nouvelle occasion de réhabiliter encore et toujours Gilles Grangier. Auteur de Mémoires intitulées Passé la Loire, c’est l’aventure, Grangier fut un artisan plus que digne du cinéma français dit commercial. En dépit de cette étiquette, il a su donner à Gabin parmi ses plus beaux rôles de la seconde moitié de sa carrière (Le Désordre et la Nuit en tête, mais aussi Le rouge est mis, Gas-oil, Le Sang à la tête, Maigret voit rouge, Sous le signe du taureau). Et c’est un peintre habile de ce peuple derrière lequel nombre de ses petits confrères réalisateurs couraient sans jamais pouvoir le saisir véritablement. Chez Grangier, tout sonne juste, même dans un ironique vrai-faux polar comme Le cave se rebiffe.

Le cave se rebiffe, de Gilles Grangier. En Blu-ray, édité par Gaumont.

Le Cave se rebiffe

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Passe la loire, c'est l'aventure : 50 ans de cinema

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Le Congrès de Tours: la gauche française sous influence marxiste

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Léon Blum (à gauche) en mai 1936. © E.R.L./SIPA Numéro de reportage : 00291473_000001

Nous allons célébrer, du 25 au 30 décembre prochain, le centième anniversaire du 18e Congrès de la section française de  l’Internationale ouvrière, c’est-à-dire la SFIO, qui eut lieu à Tours en décembre 1920. Ce Congrès est d’une grande importance dans l’histoire politique française car c’est au cours de celui-ci que la gauche française s’est officiellement convertie au marxisme-léninisme, modifiant ainsi sa structure intellectuelle. Les conséquences s’en font encore sentir aujourd’hui.


Cinq mois plus tôt, en juillet, le deuxième Congrès de l’Internationale communiste avait fixé une liste de 21 conditions à l’adhésion d’une « Troisième Internationale » créée par Lénine en 1919. En décembre, lors de ce Congrès de Tours, la gauche française éclate en morceaux. Les trois quarts des militants socialistes acceptent l’essentiel des conditions de Moscou et, dès lors, adhèrent à la Troisième Internationale et fondent la SFIC (Section française de l’Internationale communiste), ancêtre de l’actuel Parti communiste français. Les Pacifistes de Paul Faure et les socialistes de la SFIO conduits par Léon Blum les refusent, une fracture toujours visible aujourd’hui qui rend la gauche française particulièrement archaïque.

Gauche révolutionnaire contre gauche réformiste

Ce fossé partisan entre la gauche révolutionnaire et la gauche réformiste creusé par le Congrès de Tours connaissait déjà un précédent syndical tout aussi désolant. Les syndicats avaient été interdits par la Révolution française avec la loi Le Chapelier de 1791. Il fallut attendre 1864 pour que le député libéral de la Seine, Émile Ollivier, fasse voter une loi supprimant celle de Le Chapelier et autorisant le droit de grève. Puis, le 21 mars 1884, un autre député libéral, Pierre Waldeck-Rousseau, fit voter une loi qui légalisa définitivement les syndicats.

Délégués du Parti socialiste lors du Congrès de Tours, 25 décembre 1920. © AFP
Délégués du Parti socialiste lors du Congrès de Tours, 25 décembre 1920. © AFP

Malgré ce parrainage des libéraux, le syndicalisme français, dès sa renaissance, voit rouge. La première Fédération nationale d’affiliés aux bourses du travail est fondée en 1895. Elle s’appelle la CGT (Confédération Générale du Travail) et prône la lutte des classes et le communisme révolutionnaire. Cette tendance se confirme lors du 9e Congrès de la CGT à Amiens, en 1906, qui se clôt par le vote d’une charte adoptée par 830 voix sur 839 approuvant une double assignation au syndicalisme révolutionnaire : « la défense immédiate et quotidienne des travailleurs et la lutte pour une transformation de la société » passant par « l’expropriation capitaliste » et « la grève générale ». Cette Charte d’Amiens va devenir la référence d’un syndicalisme français non seulement politique, mais aussi communiste. La CGT en reste, aujourd’hui encore, l’acteur principal.

La promesse de l’utopie

L’utopie communiste, sa promesse d’un avenir meilleur, ses « lendemains qui chantent », la société sans classe, vont marquer pour longtemps la culture et les discours de la gauche française, politique ou syndicale. Et celle-ci, jusqu’à présent, n’a toujours trouvé ni remède ni vaccin pour refonder son unité associée à une identité démocratique et moderne.

Deux exemples auraient dû l’inspirer. Le premier est celui du Parti social-démocrate allemand (SPD) qui adopte à une très large majorité de ses membres, en novembre 1959, le « Programme de Bad Godesberg ». Celui-ci abandonne toute référence au marxisme, reconnait « la libre concurrence et la libre initiative de l’entrepreneur », adoptant ainsi  l’économie de marché et renonçant à toute idée de nationalisation. Le parti se déclare lié à la population allemande tout entière, et non plus seulement aux travailleurs et à la défense de leurs intérêts.

Le second exemple, plus récent, est la réinvention du parti travailliste anglais en un « New Labour » qui renonce, en 1996, au radicalisme, lequel a provoqué dégâts et défaites. Ce nouveau travaillisme tourne le dos à l’objectif illusoire de l’égalité sociale, mais prône l’égalité des chances et confie au libre marché la tâche d’assurer à la fois la prospérité économique et la justice sociale.

La gauche française, par atavisme et aveuglement, ne voit dans ces deux modernisations pragmatiques des gauches allemande et britannique qu’une entorse anglo-saxonne à l’orthodoxie socialiste. Elle démontre être restée spontanément allergique à toute intrusion libérale dans l’ordre  « progressiste » qu’elle prétend défendre.

Et nous, qui aimons tant vanter nos « exceptions françaises », pouvons certifier que…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Conflits <<<

Guillaume Meurice, faites révérence à la redevance

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L'humoriste français Guillaume Meurice © BALTEL/SIPA

Dans son dernier texte, l’idéologue de la gauche qui vous méprise au quotidien chez Charline Vanhoenacker n’était jamais allé aussi loin


Dans un texte drôle et brillant appelé « Vers une semi-réhabilitation du beauf » qu’il a récemment publié dans son recueil Interventions 2020, Michel Houellebecq écrit au sujet des Cabu, Guy Bedos ou Siné que ces derniers ont « en eux-mêmes les aptitudes naturelles du beauf » mais qu’ « ils n’ont pas su les faire fructifier (un traumatisme s’est produit, quelque chose les a déviés de leur route), et ils n’ont pas pu atteindre à la pure sérénité beaufienne ; d’où en eux quelque chose de crispé, de mauvais, qui se traduit par un manque absolu d’humour ». Guillaume Meurice est un surgeon de ces beaufs incomplets, ces premiers semi-beaufs qu’on aurait grand-peine à réhabiliter.

Il l’est encore plus incomplètement, n’ayant conservé du beauf que la violence du langage à laquelle il ajoute une condescendance acquise, apprise sur les bancs des médias du service public, et en fréquentant l’intelligentsia officielle de la gauche hors-sol, qui, entretenue de pensions versées avec une régularité d’horloge suisse, n’a qu’à se baisser pour avoir de quoi vivre en sécurité sans jamais se soucier du lendemain. Le confinement ? Le coronavirus ? Ils s’en foutent, leurs salaires sont garantis !

Il faut bien toutefois tuer le temps. Rien de tel que se foutre de ces connards de Français dans Siné Hebdo s’est dit le sieur Meurice. Indépendants, commerçants, patrons de bars, cuisiniers intérimaires, barmaids et coiffeuses doivent être de droite. C’est sociologique, c’est leur classe. Et puis, en y ajoutant un peu de rhétorique marxiste, pourquoi ne pas faire de ceux qui les nourrissent depuis toujours le nouveau lumpenprolétariat de la France d’après la crise. Après tout, pour Guillaume Meurice et les siens, l’affaire est réglée : c’est l’Etat qui paye, généreusement et sans jamais s’interrompre.

Si l’Etat ne veut pas, il suffit de se mettre en grève ou de coordonner une attaque médiatique pour le contraindre. C’est ainsi que ça marche depuis François Mitterrand, et il n’y a pas intérêt à ce que ça s’arrête. L’Etat est bon quand il les soutient, quand il est de leur côté. Un peu comme les Français populaires, les petits et les sans-grades. Ils sont valables jusqu’au jour où ils décident de voter autrement qu’à gauche, faute de quoi ce sont des traîtres, de complets beaufs, des ploucs et des bons à rien parasites qui n’avaient qu’à passer des concours de la fonction publique s’ils voulaient se plaindre.

C’est bien ainsi qu’il faut entendre le petit billet provocateur de Guillaume Meurice. Il ne cherche pas à dénoncer l’hypocrisie de certains Français, il cherche à leur faire mal par sa méchanceté, son mépris et sa grande-gueule d’homme de gauche qui sait pertinemment que tout lui est dû et que tout lui est autorisé. « Alors ? Je rêve ou tu chouines ? Ton business est en train de couler alors tu demandes de l’aide à l’Etat ? Je croyais que dans la vie, il fallait se débrouiller tout seul. Qu’il ne faut pas donner du poisson mais apprendre à pêcher, ou je ne sais quelle autre connerie inventée pour justifier ta position dominante », dit-il vengeur et révolté, comme un adolescent des années 80 découvrant le monde entre deux concerts des Béruriers Noirs.

Vive l’Etat quand il régularise des immigrés clandestins par centaines de milliers ! Mort à l’Etat quand il ose sauver de la faillite – nombreux n’y échapperont malheureusement pas – des entreprises qu’il a mis au chômage technique du fait de son imprévoyance, des gens qui ne demandaient qu’à travailler mais qui se retrouvent aujourd’hui à la rue. Oui, tous ces « dominants » qui maintiennent à flot des PMU, des bistrots, des petits commerces ou des salons d’esthétique. Ces monstres capitalistes qui, comme chacun le sait, rivalisent avec Amazon, Google et Facebook. Vive Facebook et Twitter quand ils sont utilisés pour traquer toute pensée qui sort du canon dominant de Radio France ! Vive la police quand elle arrête des participants à la manif pour tous ou des Gilets Jaunes un peu trop « jambon beurre pinard ». Mort à la police quand elle ose interpeller des voyous sans leur faire des bisous !

N’osez pas vous plaindre de lâcher 135 euros de redevance pour vous faire humilier, on vous dirait que vous ne respectez pas la liberté d’expression que vous défendez par ailleurs. Mais qui pourra nier que ce qui est supportable en temps normal devient intolérable en temps de crise ? On pouvait bien ignorer le mépris des beaufs incomplets pour les beaufs truculents que nous sommes quand la France était prospère, se dire qu’après tout cela participait du charme anachronique de la République française imprégnée par la pensée marxiste jusqu’à l’ivresse depuis une cinquantaine d’années. Quand la ruine menace, c’est plus difficile.

Interventions 2020

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Le non du peuple

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Valéry Giscard d’Estaing nous a quittés

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Valery Giscard d'Estaing photographié en 2014 à Loches © BALTEL/SIPA Numéro de reportage: 00872239_000003

Je ne sais pas si la France est veuve. En tout cas elle est orpheline. Une personnalité remarquable va dorénavant lui manquer.


On pouvait ne pas aimer VGE mais une forme d’admiration lui était acquise même de la part de ses pires ennemis. Il a été un monument distingué de notre vie politique, aussi décisif par ses actions que par son influence. Chic, un zeste snob, content de lui et de ses capacités tant vantées, il était plus fort que toutes les caricatures auxquelles on a cherché à le réduire.

Son intelligence limpide, lumineuse, sachant expliquer, avec une rationalité brillante et ordonnée qui était son atout principal, n’a pas cessé, tout au long de son immense carrière, de combler les Français. Il a eu le courage de ne pas s’effacer après l’échec de 1981. Il paraissait, il s’exprimait et d’un coup l’obscur se dissipait et avec une assurance royale, il développait une argumentation qui, si elle ne convainquait pas, intimidait. On n’était pas obligé de contester la haute estime qu’il avait de lui-même. Elle n’était pas injustifiée.

Pourtant, le « oui mais » si célèbre qui a au moins partiellement causé le départ du général de Gaulle, pourrait également lui être appliqué. De la même manière que, s’il avait dénié à François Mitterrand le monopole du cœur, il avait pu lui-même parfois donner l’impression d’en manquer. L’esprit semblait dominer la sensibilité, et la certitude de n’avoir personne à sa hauteur donnait à ses attitudes même les plus sincères un tour affecté, alambiqué, peu naturel. Il donnait l’impression de se pencher sur le peuple et faute de savoir que « l’Histoire était tragique » selon le reproche que lui faisait de Gaulle, il projetait sur la France et le monde un regard teinté de l’optimisme que suscitait le réel chez lui quand il s’en mêlait. Rien de ce qui était sombre ne pouvait être giscardien.

A lire aussi: Les années Giscard de Jérôme Leroy

Il pouvait susciter un agacement sans pareil non seulement par ses actions ou ses abstentions – certains ne lui ont jamais pardonné le regroupement familial ou son refus de gracier Christian Ranucci – mais au-delà d’elles. Par ses afféteries, ses préciosités, sa volonté de surprendre à tout prix, de ne rien faire comme tout le monde. Il aurait été capable, par esthétisme, de faire advenir la révolution et il aurait été sans doute prêt à multiplier les bouleversements pour notre pays, tant l’immobilisme était frappé du péché de ringardise et le mouvement d’une aura intrinsèque.

Sa plus grande force, sa modernité. Il avait fait radicalement bouger les lignes pour la jeunesse et les femmes avec l’IVG.

Sa plus grande faiblesse, sa modernité. À force de fuir l’ordinaire, il en oubliait qu’il aurait été très doué pour lui. Il s’abandonnait trop à une sorte de clinquant raffiné qui rendait d’autant plus ridicules ses accès de démagogie qui ne lui allaient pas du tout.

Mon regret est qu’à cause de la trahison de Charles Pasqua et de Jacques Chirac, il ait été battu en 1981. Je suis persuadé que dans le cadre d’une délibération lucide avec lui-même, il aurait gommé ses erreurs, amplifié ses dons, porté à l’excellence sa vision internationale, été un phare européen. Il soutenait avoir été un grand président: en tout cas il le serait devenu.

Il est unique. Des êtres trop rares, pourvus de tant de qualités, dépassent de très loin les jugements habituels. Parce qu’ils ne sont pas communs, ils échappent au couperet du mépris ou de l’oubli.

Valéry Giscard d’Estaing: mais… oui !

Le regard libre d’Elisabeth Lévy

Au micro de Sud Radio dans la matinale, Elisabeth Lévy estime que VGE est en quelque sorte l’ancêtre de notre startup nation. Mais elle estime surtout que la France rejette en grande partie l’héritage de Giscard aujourd’hui.

Regardez:

« Giscard, c’est aussi le président de nos derniers jours heureux. Pour ce qui est du politique, il incarne la droite libérale, orléaniste, anti-gaulliste. On ne parlait pas encore de mondialisation heureuse mais dans le fond, il est un peu l’ancêtre de la start-up nation. La plus grande critique que je ferai à Valéry Giscard d’Estaing, c’est son européisme, la chimère supranationale. L’idée du couple avec l’Allemagne me paraît aussi être une faribole, car c’est en réalité le rapport de force qui décide, pas l’amour. Je m’étais laissée entendre qu’il avait dit en 2005, après le « Non » au référendum: « Ce n’est pas grave, on fera voter les Français jusqu’à ce qu’ils disent oui ». C’est un homme d’une grande intelligence, un lecteur incroyable, mais aujourd’hui la France rejette en grande partie l’héritage giscardien: la mondialisation heureuse, les frontières ouvertes, et je ne vous parle même pas du regroupement familial! »

Donald Trump: objectif Cour suprême

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Rudi Giuliani, l'avocat de Trump, devant
Rudi Giuliani, l'avocat de Trump, devant le Pennsylvania State Senate Majority Policy Committee, le 25 novembre 2020, à Gettysburg, Pa. (AP Photo/Julio Cortez)/PAJC111/20330656645564//2011251915

L’étau se resserre pour Donald Trump. Mais il espère encore retourner l’élection en démontrant des irrégularités suffisamment massives dans au moins trois états-clés: Pennsylvanie, Michigan et Géorgie. Nous passons ici en revue les irrégularités que le clan Trump dénonce.


Quelle est aujourd’hui la stratégie de Donald Trump ? Continuera-t-il à contester le résultat des élections présidentielles ? Selon Alan Dershowitz, avocat et juriste constitutionnel, professeur émérite à Harvard, l’objectif de Trump consiste à faire repasser Biden en-dessous des 270 grands électeurs. Si aucun des candidats n’a la majorité de 270, le 12e Amendement prévoit que l’élection se joue à la Chambre des représentants. À raison d’une voix par Etat, les Républicains y sont majoritaires.

Je veux mon avocat !

« Si vous êtes près de l’ennemi, faites-lui croire que vous êtes loin de lui. » (Sun Tzu, Art de la Guerre).

La stratégie de Donald Trump repose sur ses avocats. Rudy Giuliani, ancien procureur, ancien maire de New-York et qui dirige l’équipe juridique de Trump, affirme que, dans la plupart des Etats-clés, il dispose d’au moins cent « affidavits » (témoignages sous serment susceptibles de vous envoyer en prison en cas de parjure) pour faire invalider, dans la seule Pennsylvanie (20 Grands électeurs), 670 000 voix. L’avance de Joe Biden dans cet État est d’environ 80 000 voix…

Élucubrations ? Il a fourni, jeudi 19 novembre, lors d’une conférence de presse de 1h45 – à revoir sur YouTube, non couverte par la plupart des grands médias américains – un affidavit qu’on peut vérifier publiquement (la centaine d’autres témoins doivent en effet être protégés). Il s’agit en l’occurrence d’une témoin, Jessie Jacob, qui décrit des irrégularités dans un gros bureau de vote à Détroit, Michigan : « Mon superviseur m’a ordonné d’apposer sur des votes par correspondance, une date antérieure à celle de leur envoi ». Giuliani affirme que des fraudes de ce genre auraient été la règle dans la plupart des Etats-clés. Il parle d’autres irrégularités comme des doubles votes (en présentiel et par correspondance), des non-vérifications d’identité, des assesseurs républicains empêchés de surveiller le dépouillement… Lors d’une audition mercredi 25 novembre devant l’Assemblée locale de Pennsylvanie dans une salle de conférence d’hôtel à Gettysburg, et devant des sénateurs de l’État, Rudy Giuliani a présenté une série de ces témoins dont un qui aurait été empêché de surveiller le dépouillement dans un bureau de votes.

Au début de cette affaire, une quasi omerta a régné sur les principales chaînes de télévision américaines, à l’exception de Fox News, Newsmax et OAN. On imagine aisément leur attitude si Joe Biden s’était plaint d’irrégularités électorales… Tout au long de la campagne, d’ailleurs, le parti pris des médias mainstream en faveur de Joe Biden est évident. Le centre de recherche sur les médias « MRC » a ainsi mené divers sondages qui démontrent que 17% des électeurs de Joe Biden n’auraient pas voté pour lui s’ils avaient eu connaissance d’affaires non-couvertes, comme les allégations d’emails supposément compromettants contenus dans l’ordinateur portable de Hunter Biden, le fils de Joe. A ce sujet, rappelons qu’au mois d’octobre le New York Post a publié deux articles critiques sur Hunter Biden et son affairisme en Ukraine, dont la dissémination a été délibérément limitée par Twitter et Facebook… Trop gênants pour le « candidat des GAFAM »?

Conspiration?

En parallèle, Me Sidney Powell, ancienne procureure, étudie, indépendamment de l’équipe de Trump, un axe très différent et qui relève d’une éventuelle conspiration autour des machines à voter Dominion. Le 25 novembre, Me Powell a déposé une plainte en Géorgie et au Michigan. Le document de plus de 100 pages déposé notamment devant une cour du Michigan est public et peut être consulté en ligne. Pour faire court, il y est allégué, entre autres, quatre types de fraude présumée: les votes orphelins (30 000 électeurs ont reçu une assignation à voter sans le demander et 30 000 bulletins envoyés par correspondance sont indiqués comme manquants) ; le fractionnement des votes (le système Dominion/Smartmatic contiendrait un algorithme qui permet d’attribuer une fraction du vote à un candidat déterminé) ; l’impossibilité physique supposée de compter 384 000 votes, presque tous pour Joe Biden, dans quatre arrondissements en deux heures dans la nuit du 3 au 4 novembre. Me Powell relate qu’Eric Coomer, un ancien employé de Dominium, se serait vanté sur un forum antifa avant l’élection: « Don’t worry Trump won’t win the election, we fixed that. » (« N’ayez pas peur, Trump ne gagnera pas cette élection. Nous allons arranger cela. »). Le 29 novembre, le juge Timothy C. Batten a autorisé, en Géorgie, les plaignants à mener une inspection « technique » des serveurs Dominion de manière approfondie.

Les grands médias américains mainstream et l’Associated Press continuent de nier toute possibilité de fraudes, taxant Donald Trump de mauvais perdant et d’irresponsable. Pourtant, ces mêmes médias ont endossé l’histoire abracadabrantesque du « dossier russe », une enquête de deux ans et demi menée pendant le mandat de Trump par le Procureur Mueller contre le président Trump, enquête qui avait tenté, en vain, de démontrer que des hackers russes avaient « volé » l’élection à Hillary Clinton. Dans le cas qui nous occupe, la division cyber du Département de la Sécurité intérieure a déclaré que cette élection était « la plus sûre de l’histoire des Etats-Unis ». La firme Dominion a également nié toute compromission des résultats…

Invoquer le 12e Amendement

Me Dershowitz, qui a défendu Trump lors de sa procédure de destitution, pense que la stratégie de Donald Trump n’est donc plus d’atteindre 270 Grands électeurs mais bien de faire redescendre Joe Biden en-dessous de 270. Même 269 suffirait pour qu’une nouvelle élection présidentielle ait lieu, cette fois à la Chambre, en vertu du 12e Amendement à la Constitution américaine. Et à raison d’une voix par état à la Chambre, les Républicains y disposent de la majorité. Une autre possibilité est que le Sénat rejette plusieurs certifications de Grands électeurs s’ils émanent d’Etats « douteux ». Trump pourrait-il renverser l’élection ? À ce stade, étant donné le court laps de temps qui reste pour invalider des élections, Me Dershowitz voit tout de même Joe Biden s’installer dans le Bureau ovale le 20 janvier. S’exprimant avant le dépôt de la plainte de Sidney Powell, il a déclaré : « Dans un cas, ils n’ont pas les chiffres [pour retourner l’élection] ; dans l’autre cas, ils ne semblent pas encore avoir les preuves, peut-être qu’ils les ont, je ne les ai pas vues. Mais la théorie juridique est là pour les soutenir s’ils ont les chiffres et s’ils ont les preuves

Si Trump ne doit pas attendre des miracles des juges suprêmes qui n’aiment pas se positionner sur les procédures électorales, la Cour suprême est toutefois la plus conservatrice depuis longtemps (6 juges sur 9) avec trois juges proposés par Trump : Brett Kavanaugh, Amy Coney Barrett et Neil Gorsuch. Dans une lettre récente, le sénateur Républicain Ted Cruz demande à la Cour suprême de se pencher sur le caractère, selon lui, inconstitutionnel, du décompte des bulletins arrivés après le 3 novembre en Pennsylvanie. Dans l’affaire Gore vs. Bush en 2000, la Cour suprême des États-Unis avait donné raison à George Bush Jr le… 12 décembre. Il fut élu avec 537 voix d’avance en Floride… Trump peut-il jouer à qui perd gagne ? Réponse dans deux semaines.

L’exil forcé des travailleuses voilées en Grande-Bretagne

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Femmes en hijabs à Londres, devant le palais de Westminster.© Goodman/LNP/Shutterstoc/SIPA Numéro de reportage :REX40498042_000003

Nouvel exercice de victimisation de femmes françaises qui portent le voile. Elles seraient contraintes de quitter la France pour aller travailler en Grande Bretagne.


C’est à qui criera le plus fort à l’islamophobie. Dans un article paru chez Slate, des Françaises qui portent le voile nous font part de leur désespoir: stigmatisées pour leur religion, elles se disent contraintes de rejoindre l’Angleterre pour trouver du boulot !

 En France, je me sens observée comme dans un zoo

Une franco-algérienne qui se plaint de ne pas trouver un emploi à la hauteur de ses compétences, une militante d’un « féminisme musulman », ou encore une docteure en sociologie qui parle de « fuite des cerveaux » : voici un échantillon des femmes qui témoignent. Rapidement, le ton est donné par Lydia, étudiante bien décidée à rejoindre Londres: « En France, je me sens observée comme dans un zoo. Qui aimerait vivre ainsi ? »

En kiosque: Causeur: Trêve des confineurs!

Aziza, elle, s’inquiète des récentes polémiques – citant l’inévitable Éric Zemmour – avant de confier être mentalement et physiquement éreintée: « Il y a une dynamique depuis plusieurs années qui fait basculer la société française dans quelque chose de plus sombre. Plus la situation économique s’aggrave, plus ils tapent sur les musulmans. »

Quant à Hanane Karimi, elle nous explique que pour ces femmes acculées, il ne reste qu’une issue: « Partir dans un pays où elles n’ont plus à penser à leur apparence, où elles n’ont plus à se camoufler ». « Ne plus se camoufler » signifie donc vivre là où se couvrir corps et tête est un code répandu – étrange dialectique !

Paradis multiculturel ou contrée halal ?

Après avoir pris l’exemple d’une pâtissière voilée dont le gâteau fut servi à Queen Elizabeth, Slate reprend un tweet d’un habitant de Birmingham, afin d’illustrer le contraste entre un Royaume-Uni chaleureux, tolérant, et une France coercitive.

Birmingham serait donc l’Eden des musulmans persécutés sur le Vieux Continent. Il est vrai que dans cette ville – deuxième plus peuplée du pays –, on est en avance par rapport à la France. Comme nous l’explique L’Obs, elle est devenue la « Mecque » des Français salafistes qui veulent pratiquer un islam rigoriste, à portée d’Eurostar. Là-bas, certains quartiers sont à 95% musulmans, le port du niqab – tout comme celui du kamis pour les hommes – est courant, l’appel à la prière résonne depuis le minaret de la mosquée principale avec son impressionnante capacité de 6000 places, et les programmes de l’éducation nationale sont expurgés de cours jugés pro-LGBT. Sur le site de la municipalité, son maire Mohammed Azim nous explique son parcours, depuis le Pakistan, et se fond avec bonhomie dans la tenue de Lord Mayor tout en indiquant son régime, halal ou végétarien.

Revenons sur les propos de Fatiha Ajbli, qui évoque une véritable « fuite des cerveaux ». Les employeurs français se priveraient donc de richesses intellectuelles au prétexte qu’elles auraient embrassé la mauvaise religion. Mais paradoxalement, l’article relate qu’en Angleterre « les femmes musulmanes sont trois fois plus au chômage ou en recherche d’emploi que les femmes en général ». Or, les études – Insee en tête – nous montrent que l’exposition au chômage est calquée sur le niveau d’études et la valeur des diplômes, que l’on soit Français ou non. Ce constat fragilise considérablement la théorie d’une discrimination à l’embauche.

Touche pas à mon voile

Enfin, Miriem, 21 ans, se refuse à quitter son foulard : « La France veut couper les ponts avec moi, mais moi je refuse ! ». Après la récente vague d’attentats, elle dit avoir été prise de dégoût, dénonçant des « actes monstrueux ». Pourtant, son anxiété a pris un visage inattendu : « Je me suis dit “ça va encore nous tomber dessus”. »

A lire aussi: Que devient Nigel Farage?

Mais de quoi parlez-vous Meriem ? Des balles de fusils mitrailleurs ? Des lames assassines ? Je vous rassure, elles ont pour habitude de s’abattre sur des catholiques en pleine messe, des policiers – en service ou non –, des patrouilles de militaires, des jeunes « décadents » qui s’abreuvent de bière et de musique profane, des familles aux jambes et bras dévêtus un soir de 14 juillet, ou encore d’innocents enfants juifs.

Vous témoignez d’une France prétendument islamophobe, qui interdirait à certaines femmes de travailler, de s’émanciper et de vivre en paix ? Mais ce tableau liberticide que vous dressez, on le retrouve plutôt… dans les territoires régis par l’islam ! Car seules les nations islamiques instaurent une inégalité de traitement entre femmes et hommes pour l’accès aux responsabilités, au travail, à la justice, au divorce, au mariage mixte, à l’héritage. Notre pays au contraire, par sa politique migratoire et la diversité qu’il affiche, n’a pas à prouver son ouverture à l’autre. Alors, permettez- moi une double recommandation : chassez de votre esprit ce fantasme d’une haine systémique envers
vos coreligionnaires, et songez peut-être tout simplement à réécrire votre CV.

Islamophobie: Intoxication idéologique

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Les années Giscard de Jérôme Leroy

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Le président Valéry Giscard d'Estaing et son épouse Anne-Aymone, avant l'élection de 1981 © VETERIN/SIPA Numéro de reportage: 00170932_000001

Une enfance et une adolescence sous le président Giscard d’Estaing, ça laisse des traces


1974 : J’aurai dix ans en août. C’est le soir de l’élection. Je ne mesure pas bien les enjeux, mais tout de même je comprends que ce qui se passe est important. On est devant la télé couleur chez mes grands-parents maternels qui ont voté Royer au premier tour et Giscard au second. Ils sont épiciers dans une petite station balnéaire de Seine-Maritime. Gilbert Bécaud chante en attendant vingt heures. Si ça a parlé politique pendant le repas du midi avec mes parents, ça ne s’est pas engueulé. L’ambiance n’était pas encore à la guerre civile permanente. L’ORTF existait encore. Les deux chaines étaient de droite, organiquement liées au pouvoir, mais au moins elles n’étaient pas haineuses ou répétitives ou inaudibles. 

« Il m’a l’air bien joyeux, monsieur 100000 volts, marmonne mon père, ce n’est pas bon pour nous. »

Après j’oublie un peu ce qui s’est passé, je dois jouer avec mes cousines. Et puis je vois mon père qui me pose la main sur l’épaule :

« Viens, on va pisser dehors ». C’est signe que les choses sont graves. Deux transgressions d’un coup : un mot qu’on ne dit pas, et aller faire ça dehors chez les autres. On va jusqu’à la haie au fond du jardin. On entend la mer au loin. « Tu vois, un jour, nous gagnerons. Mais c’est quand tu seras grand. » Je te faisais confiance, papa, mais après Giscard, j’attends encore.

1975 : La loi sur l’avortement est passée et je fais ma première communion. J’ai une jeune tante de vingt-deux ans qui est contente : son corps est à elle. Mon père, qui est médecin, est un ardent défenseur du planning familial. Il n’empêche qu’il a insisté pour que je fasse ma première communion. Les dernières affiches de Giscard à la barre s’effilochent près de l’église de Carville. Mon grand-père de droite arrive dans une splendide CX blanche. Il est trop heureux de m’offrir la montre à gousset que j’ai demandée. Il a dû pressentir l’ethos réactionnaire qui sommeille en moi et qui cohabitera avec le logos rouge jusqu’à nos jours. Un mélange assez peu giscardien.

1976 : C’est l’été de la sècheresse. Je ne pense pas à Giscard. Christelle, une grande, (4ème B du collège Fontenelle) m’apprend à embrasser avec la langue. Un peu de fraîcheur mouillée dans la canicule.

A relire: La mésaventure de Valdémard Lecreux-d’Airain

1977 : Ma mère est sur la liste d’union de la gauche à direction communiste aux municipales de D. près de Rouen. Je fais mes premiers tractages et autres boitages. On n’a aucune chance. Le soir je suis le décompte à la mairie même si je commence par des maths lundi matin. Le maire radical, un médecin qui connaît bien mon père, élu depuis l’après-guerre, est battu de deux cents voix. Il vient embrasser ma mère. C’est tout de même un peu plus aimable qu’une passation de pouvoir dans les États-Unis de 202O. « Décrispation », voilà un mot typiquement giscardien. On en aurait bien besoin.

1978 : Un exemple de l’éthos réac : je trouve que les paras qui sautent sur Kolwezi, ça a quand même de la gueule. Je sens bien que mon avis est assez peu partagé chez les adultes autour de moi. Kolwezi… Je ne sais pas comment s’y prenait la France, mais même sous Giscard, elle trouvait le moyen de rester belle. 

En mars, la gauche majoritaire en voix est battue aux législatives. Si elle avait gagné, la France se serait retrouvée avec une politique plus proche de celle d’Allende que de Michel Rocard. À l’époque, le PS et le PC faisaient jeu égal ou presque. Et même le programme de Giscard n’aurait pas été jusque-là renié par la CGT. Tout le monde était plus à gauche comme maintenant tout le monde est plus à droite. 

1979 : En seconde, premières manifs. Pour soutenir les sidérurgistes. La grande désindustrialisation. Aux portes du lycée Corneille, il y a encore des groupes pour distribuer des tracts. Les « fafs » et l’Action Française regardent en chien de faïence les JCF et les JCR. Parfois, ça se frite un peu. Comme personne n’a encore de téléphone portable, on ne nous serine pas le soir même des carabistouilles sur l’ensauvagement de la jeunesse. Le proviseur appelle les flics ou menace de la faire, selon l’intensité du moment. Un gyrophare et ça s’égaye. 

A lire aussi: Causeur: Trêve des confineurs!

1980 : On sent que la crise est là. C’est la grande glaciation qui commence. Plus personne ne pense rien. Les tracts ont disparu. Une jeunesse rentre dans le rang. Giscard se prend pour Louis XV, il y a même une couverture de l’Obs avec une belle caricature sur le sujet. Je vais prendre des pots avec un copain de l’AF qui, aujourd’hui, signe parfois dans les colonnes de Causeur. On lit ADG, Céline, Manchette, Vailland et Marcel Aymé avec volupté. On est politiquement d’accord sur rien mais au moins on essaie encore de penser quelque chose, et d’y croire.

D.R.
D.R.

1981 : Giscard est battu. Je n’aurais jamais imaginé voir la gauche au pouvoir. Après tout, je suis né sous De Gaulle, j’ai appris à lire sous Pompidou, j’étais collégien sous Giscard comme dans Pause Café sauf que l’assistante sociale, hélas, ne ressemblait pas à Véronique Jeannot ou à Sophie Barjac, les fantasmes durables des adolescents de ce temps, les beautés giscardiennes comme il y a des beautés corrégiennes. 

Quant à la gauche, elle durera deux ans, moins que l’amour.

Post-scriptum : Giscard représentait à peu près le contraire de ce que je pense de la France ou de l’Europe. Il n’empêche, dans « Une partie de campagne » de Depardon, premier documentaire du genre, sur la campagne de Giscard en 1974, on voit Giscard qui a visiblement oublié la caméra de Depardon, qui attend, seul, les résultats des élections depuis son appartement de ministre des Finances au Louvre. Il est en terrasse, sur un fauteuil Voltaire qu’il a apporté là. Il lit Guerre et Paix et écoute Mahler sur un électrophone. La fin d’après–midi est bleue et dorée sur un Paris du dimanche, minéral et silencieux. Cette image-là, cette seule image est pour moi suffisante : nous avions affaire à un homme politique, pas à un mutant télécommandé, inculte et brouillon.

Matt Hancock: «Voyager à l’étranger pour un suicide assisté est une excuse raisonnable»

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Matt Hancock, secrétaire d'État à la santé et à la Protection sociale. © Trevor Adams/POOL/AFP

Au Royaume-Uni, le confinement saison 2 a donné lieu à une liste de règles farfelues. Heureusement pour eux les Britanniques semblent être parmi les premiers servis pour le vaccin…


En Angleterre, le confinement saison 2 a suscité la fronde. 50 députés rebelles, membres de la majorité tory, ont créé un groupe parlementaire séditieux dont l’objectif est de s’opposer à tout confinement à venir. À leur droite, Nigel Farage, monsieur anti-Europe, est devenu monsieur anticonfinement. Quant aux mécontents de la société civile, ils ont leur magazine en ligne : lockdownsceptics.org.

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Le 31 octobre, lorsque Boris Johnson a annoncé la seconde mise sous cloche du pays, on sentait qu’il y allait à reculons. Tout le monde s’impatientait, les chaînes d’info commentaient les commentaires, la nuit tombait, quand enfin Johnson est apparu à l’écran, flanqué de ses deux Diafoirus qui ont assommé l’auditoire de courbes apocalyptiques.

Un embrouillamini de règlements 

On a respiré en apprenant que les facs restaient ouvertes. Pour le reste, les Anglais ont vu leur existence régulée dans le détail. Comme chez nous, les ministres se sont égarés dans cet embrouillamini de règlements. L’un d’eux a annoncé qu’on pouvait golfer, mais finalement non. Le tennis ? Non plus. La pêche au gros, oui, à la mouche, non, ou l’inverse. Seuls les commerces « essentiels » sont restés ouverts. Pour sauver des vies, les fonctionnaires ont pensé à tout… même à l’euthanasie. La chose est illégale au Royaume-Uni ; qui veut en finir doit aller chercher de l’aide sous d’autres cieux. Or, confinement oblige, il est interdit de voyager à l’étranger « sauf excuse raisonnable ». Matt Hancock, ministre de la Santé chargé de pondre des listes d’interdits, a donc énoncé cette règle délicieuse : « Voyager à l’étranger pour un suicide assisté est une excuse raisonnable. » Quiconque quitterait le pays pour aller mourir ailleurs n’enfreindrait pas la loi.

Las, il n’a pas précisé si celui qui changeait d’avis en cours de route et, tout bien réfléchi, se résolvait à vivre encore un peu, serait verbalisé en rentrant au pays…

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Le cœur de l'Angleterre

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La langue du Quatrième Empire

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Manifestante tenant une pancarte avec un slogan en écriture inclusive, le 8 septembre à Nantes lors d'une manifestation contre le remaniement.© Estelle Ruiz / Hans Lucas / AFP Numéro de reportage : 080_HL_ERUIZ_1215197

Vous vous rappelez peut-être que Victor Klemperer avait décrit la Lingua Tertii Imperii (paru en 1996 en France), la langue du Troisième Reich. Il explique ainsi comment les Nazis avaient modifié le sens de certains mots allemands de façon à ce qu’ils servent leur idéologie. La novlangue imaginée par Orwell était le rejeton adultérin de ce Nouvel Ordre Linguistique — quand « bon » signifie « conforme à la pensée de Big Brother », et que « inbon » exprime tout le reste.

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Le Quatrième Empire, celui du politiquement correct

Nous voici aujourd’hui à l’aube (radieuse, forcément radieuse) d’un Quatrième Empire, celui du politiquement correct, du multiculturalisme et des liaisons trans-sectionnelles. Nous nous en doutions un peu. Mais de récents développements nous forcent à considérer l’évolution du langage contemporain. Par exemple, par ordre alphabétique, sans souci d’exhaustion :

Antisémitisme (subs.) : Haine des Juifs, à l’exclusion de tous autres Sémites — groupe auquel appartiennent par ailleurs les Arabes. Ce type particulier de racisme (voir ce mot) ne peut être le fait que de groupes néo-nazis. Dire, comme l’a stipulé un historien français (lui-même juif, ce qui le rend suspect), que certains Arabes ont sucé l’antisémitisme avec le sein de leur mère, est une impropriété qui vous vaudra d’être traîné devant les tribunaux par des associations exaltant la mémoire et l’œuvre de Mohammad Amin al-Husseini (sur lui la bénédiction du Prophète), grand mufti de Jérusalem qui en 1937 exalta l’œuvre antisioniste (voir ce mot) d’un certain Adolf Hitler.

Antisionisme (subs.) : À l’origine, opposition à la politique promulguée par Theodor Herzl en 1896 dans son livre l’Etat juif. Revendiquée jadis par de larges pans de l’extrême-gauche, il est aujourd’hui synonyme total d’« antisémitisme », en plus seyant. Le couple « antisionisme / antisémitisme » a autant de pertinence que l’opposition « érotisme / pornographie » dans la bouche de ceux qui ignorent tout du premier et se gavent de la seconde.

Apprenant (subs.) : autrefois appelé « élève » par des enseignants réactionnaires, l’apprenant est celui qui enseigne autant qu’il est enseigné. L’usage d’un participe présent marque sa fonction active, alors que le participe passé « enseigné » le contraignait à un rôle passif. L’apprenant ne peut donc pas être jugé (quel mot horrible et colonialement connoté !) selon ses résultats, mais apprécié selon ses espérances — qui sont grandes. La meilleure preuve de la pertinence de cette appellation nouvelle est la réussite sidérante, chaque année plus spectaculaire, aux examens organisés par l’Éducation nationale. Quand des « élèves » (quelle prétention dans l’idée d’« élever » des enfants comme des plantes vertes ou des vaches!) obtenaient le Bac à 50% il y a quarante ans, les « apprenants » le réussissent à 95% aujourd’hui — preuve ma-thé-ma-ti-que de l’excellence des pédagogies contemporaines, et pas du tout d’une baisse de niveau concertée.

Esclave (subs. et adj.) : Certes, à l’origine, le mot désigne des Slaves (blancs, forcément blancs — et même blonds, souvent) mis dans les chaînes par les Vénitiens dans le haut Moyen Âge — et même vendus aux Arabes qui les appelaient par déformation phonétique Saqaliba. Mais nous savons désormais, par décret officiel, qu’il n’y avait pas d’esclaves en pays musulmans. Car depuis la Traite Atlantique, le mot renvoie exclusivement au « trafic d’ébène », comme disaient les esclavagistes du trafic triangulaire, organisé à partir de l’Afrique de l’Ouest par des armateurs nantais ou bordelais, à l’exclusion de toute autre origine. Noter que des Noirs ont fait des esclaves, que les Arabes ont organisé une traite trans-saharienne bien plus importante et sauvage que la traite Atlantique, et ont mis en esclavage, rien qu’au XVIIIe siècle, plus d’un million de Blancs enlevés sur les côtes méditerranéennes (à ce que prétendent des chercheurs résolument fascistes), est un non-sens qui, grâce à la loi Taubira qui enseigne aux historiens ce qu’ils doivent penser et dire, sera poursuivie devant les tribunaux.

Féminicide (subs.) : meurtre délibéré d’une femme. On croit à tort que les femmes font partie du genre humain, et que le terme d’« homicide » couvre l’ensemble des assassinats. Mais comme le radical de ce mot (homo, l’être humain, en latin) ressemble dangereusement au sale concept d’« homme » (l’orthographe — voir ce mot — étant un souci bourgeois, la présence d’un ou deux –m- n’est pas un critère distinctif pertinent), une distinction sera désormais établie selon le sexe de la victime — ce qui, en ces temps de LGBTQ++, promet aux lexicographes un avenir radieux. Olympe de Gouges avait déjà écrit, en suivant cette idée, les Droits de la femme et de la citoyenne, ignorant que dans « Droits de l’homme » les révolutionnaires latinistes incluaient les deux sexes. On l’a guillotinée pour un solécisme, c’était violent, mais l’époque ne faisait pas de demi-mesures.

À noter qu’il est exclu qu’une femme puisse se rendre coupable de féminicide — le lesbianisme excluant la violence, comme chacun sait. Il est d’ailleurs significatif que ce mot de féminicide soit justement masculin — comme viol (voir ce mot).

N.B. : Word souligne en rouge le mot « féminicide ». C’est bien la preuve d’un choix idéologique, résultant du fait que le programme, proposé par Microsoft, a été inventé par un Blanc hétérosexuel et potentiellement violeur — un certain Bill Gates.

Hétérosexualité (subs.) : appel au viol (voir ce mot). Les féministes contemporaines, y compris certains transgenres qui furent hommes dans le passé, considèrent que tout rapport hétérosexuel est un viol. La question de la reproduction dans un monde totalement lesbien reste, par ailleurs, pendante.

Lynchage (subs.) : Quoiqu’inauguré par le juge Charles Lynch (1736-1796) et visant alors exclusivement les Américains loyalistes à la couronne d’Angleterre, tous blancs, quoique généralisé après la guerre de Sécession et visant alors, dans les Etats du Sud et de l’Ouest, les Républicains disciples de Lincoln, le mot s’est spécialisé depuis le XXe siècle dans l’exécution sans jugement de personnes noires, et ne peut par conséquence plus désigner que des personnes de couleur. Un Blanc n’est jamais lynché : il expie les crimes colonialistes de ses ancêtres. Un Noir (dire « Black », c’est moins violent) est constamment lynché en puissance, quoi qu’il ait fait avec ses fourchettes.

À lire aussi, Didier Desrimais: Julien Bayou, Anne Hathaway, profs de gauche: les progressistes débordés

Macaroni (subs.) : métaphore désignant les Italiens. On aurait pu croire, après les massacres d’Aigues-Mortes en 1893, qui ont fait des dizaines de morts, qu’il s’agissait d’un terme raciste. Pas du tout — voir Racisme. Un débat récent a prouvé qu’être traité de « macaroni » est une plaisanterie gastronomique sympathique. Je suggère donc de filer la métaphore : des macaronis au four, c’est bon.

Orthographe (subs.) : concept bourgeois fixant une norme graphique et grammaticale dans le but d’exclure de larges pans de la population française, qui, éduquée par des enseignants formés par les pédagogistes de Philippe Meirieu (1949-2053), sur lui la paix et la génuflexion, ne respectent pas ces manies discriminantes. Tout « apprenant » (voir ce mot) qui sanctionnera l’orthographe sera immédiatement radié de l’Education Nationale — mais il y a déjà longtemps que cela n’arrive plus, surtout depuis que des Inspecteurs ont sacralisé la graphie « il les plantes », notant que le scripteur a intégré dans sa phrase une conscience su pluriel.

Racisme (subs.) : s’applique à toute discrimination, verbale ou physique, touchant exclusivement les Arabes et les Noirs — et leurs descendants. Le mot est inadéquat pour caractériser le rejet d’autres ethnies ou communautés, surtout si elles sont discriminées par des Noirs ou des Arabes. Ainsi, les Asiatiques de Belleville, qui sont depuis un certain temps la cible de racailles de première ou seconde génération, ne sont pas victimes de gestes ou de propos racistes. « Nègre » est une injure raciste. « Niakoué », non. Quant à « sale Blanc » et ses dérivés (Blanchette, Céfran, etc.), ces mots ne peuvent en rien être considérés comme racistes (voir Macaroni).

Viol (subs.) : Cette manière barbare de s’approprier une femme sans son consentement caractérise désormais l’ensemble des relations hétérosexuelles (voir ce mot). Grâce à #MeToo (sur lui la grâce et la bénédiction), nous avons appris que des relations librement consenties étaient en fait des viols. Que la séduction était la manœuvre d’approche ordinaire des violeurs. Qu’un rendez-vous galant était un « date rape », selon un néologisme anglo-saxon largement répandu dans les universités françaises, et que les viols effectifs commis en masse par des individus bronzés à Hambourg et ailleurs, ou sur la place Tarir au Caire sur la personne de journalistes, n’en sont pas — mais la juste punition de leur participation au colonialisme rampant qui frappe ces populations déshéritées.

Les commissions qui, en 2017, ont mis au programme de l’Agrégation de Lettres un poème galant d’André Chénier, l’Oaristys, se sont rendues coupables de complicité de viol, comme en ont décidé quatre militantes de l’ENS-Lyon, les Salopettes (lointaines descendantes des « 343 Salopes » qui s’étaient battues en 1973 pour la légalisation de l’avortement), bientôt relayées par de larges segments du mouvement féministe. Heureusement que Chénier a été guillotiné en 1794, sinon il aurait rejoint Roman Polanski sur le banc des accusés, le viol étant désormais imprescriptible (voir Féminicide), comme le crime contre l’humanité.

To be continued, comme on dit désormais en français.