La nouvelle trouvaille de l’antiracisme ? Outre-Manche,  le Black Pound Day a pour objectif de soutenir l’économie « noire » afin de lutter contre les discriminations raciales. Business is business…


 

Samedi dernier, le Royaume-Uni accueillait la deuxième édition du « Black Pound Day », autrement dit en français « la Journée de la Livre Noire ». A ne pas confondre avec le Black Friday, qui célèbre l’hyperconsommation du capitalisme marchand. Lancé dans le sillage du mouvement Black Lives Matter, le Black Pound Day a pour objectif de soutenir l’économie noire afin de lutter contre les discriminations raciales. Les consommateurs sont encouragés à dépenser leurs livres dans les commerces appartenant aux Noirs. Autrement dit, le militantisme communautaire antiraciste fait du « black business » son nouveau cheval de bataille.

Sur le site de l’événement, les commerces tenus par des noirs sont localisables et répertoriés par secteurs d’activité : restaurants, coiffeurs, librairies, clubs de sports, agences de voyages… Chaque enseigne a une page web  comprenant toutes les informations nécessaires soit pour acheter en ligne ou en magasin, soit pour prendre rendez-vous. Le projet voit loin. Un calendrier a été publié avec la programmation des prochaines Black Pound Day qui se dérouleront tous les premiers samedis de chaque mois jusqu’à la fin de l’année 2020.

L’étrange rappeur Swiss

Sur le site, le Black Pound Day se présente comme une « réponse directe et pacifique au racisme systémique ». Cette définition, mettant en avant la dimension-non violente, est un brin cocasse au regard du profil de l’initiateur du projet.

Il s’agit d’un rappeur, connu sous le nom de Swiss, issu du groupe de rap britannique So Solid Crew, célèbre dans les années 2000 pour avoir prôné la culture des armes, de la drogue et de la violence des gangs et pas uniquement dans leurs tubes. Ainsi, certains membres du groupe, connus pour leur violence, ont été condamnés à des peines de prison pour possession d’armes de poing et trafic de drogue. Aujourd’hui, Swiss peut compter sur l’antiracisme comme planche de salut pour faire oublier le passé criminel de son groupe de rap. Rien de tel que l’antiracisme militant pour se racheter une bonne conscience.

Consommer « noir »

Le Black Pound Day incite donc à consommer noir comme on incite à consommer made in France. Cet appel au made in Black, à l’achat communautaire, est bien une énième preuve que l’antiracisme fait de la race une revendication identitaire, réduisant les individus à leur couleur de peau. Sous couvert de combattre les discriminations raciales, on pratique, au lieu de la mixité et du vivre-ensemble des beaux discours, un véritable séparatisme racial.

Sur le compte Instagram du défi lancé pour faire vivre l’événement,  une centaine d’influenceurs de la communauté noire affichent leur produit acheté et leur engagement pro black business, résumé sous les hashtag de #blackbusinessmatter #blackpoundday #blackpoundchallenge… Et parmi toutes ces publications, pas une seule fashionista blanche affichant fièrement son soutien et son acte d’achat militant. Doit-on en conclure qu’il est plus facile pour les Blancs de mettre un genou à terre que de sortir leur carte bancaire pour soutenir l’économie noire ? Pourtant, selon le prisme de l’idéologie de la repentance, ce soutien serait une formidable opération de déculpabilisation, consommer noir permettant a priori d’effacer le racisme perçu comme inhérent à la blanchité.

En tout cas, les organisateurs du Black Pound Day jouent à fond la carte du séparatisme communautaire tout en faisant de l’antiracisme militant un business comme un autre. Le capitalisme marchand n’est donc plus le système économique des Blancs où sévit le racisme systémique envers les noirs, et il n’a plus ni odeur ni couleur lorsqu’il s’agit de faire du fric.

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