D’honnêtes citoyens commencent à se plaindre de la surveillance accrue de la police à leur égard. Pendant ce temps, le ministre de l’Intérieur semble confirmer qu’un traitement de faveur est demandé à la police pour les voyous des cités. À la télévision, Christophe Castaner explique notamment que les émeutes trouvent leur origine dans « la dureté du confinement pour ces jeunes gens ».


Propulsé premier flic de France en échange de ses mémorables prestations de G.O. durant les meetings de campagne d’Emmanuel Macron en 2017, Christophe Castaner ne fait plus rire personne. 

Néanmoins, parions que certains des fameux djeuns qu’il cajole pouffent parfois de rire ces jours-ci, entre deux jets de cocktails Molotov contre nos forces de l’ordre. 

Le discours qu’il a tenu sur BFM-TV à l’égard des petits caïds des cités dites sensibles est d’une mansuétude que doivent jalouser les éborgnés du samedi après-midi. En effet, c’était un tout autre traitement qu’il avait décidé d’appliquer aux gilets jaunes venus crier leurs difficultés à finir le mois. Mais là, notre ministre de l’Intérieur sait qu’il marche sur des œufs, car il a conscience qu’une photo de Air Max ensanglantée enflammerait Twitter avant même que Laurent Joffrin n’en fasse la couverture de Libé.

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Comment expliquer cette différence d’attitude ? Craint-il vraiment l’embrasement des banlieues ? Va-t-il bientôt ressortir le survet’ Lacoste de sa sulfureuse période marseillaise pour venir, en grand frère, calmer le jeu ? 

Pas d’confinement, c’est ramadan!

On pourrait en tout cas lire dans ses propos la continuité de ceux prononcés le 18 mars par son « premier lieutenant » Laurent Nuñez : « Ce n’est pas une priorité que de faire respecter dans certains quartiers les fermetures de commerces et de faire cesser les rassemblements ». Directive suivie jusque dans le tranquille Calvados (comme nous l’apprend Le Parisien), avec la mise en ligne d’une note interne au contenu explicite, datée du 24 avril et émanant du chef d’état-major de la Direction départementale de la Sécurité publique : « Sauf atteinte aux personnes ou atteinte grave aux biens (dégradations par moyen dangereux pour les personnes, de bâtiment, véhicule), il n’y a pas lieu d’intervenir dans les quartiers à forte concentration de population suivant le ramadan, pour relever un tapage, contrôler un groupement de personnes rassemblées après le coucher de soleil pour s’alimenter ».

De la même manière que le gouvernement nous a menés en bateau durant deux mois sur l’intérêt du port du masque – ne pouvant en réalité avouer sa défaillance dans le renouvellement des stocks stratégiques –, le secrétaire d’État à l’Intérieur confirme l’incapacité qu’aurait notre pays à répondre sur le terrain à des émeutes type 2005. Il faut dire que la quasi-totalité de nos forces de gendarmerie s’attellent actuellement à vérifier que Madame Duchemolle, partie chez Spar se ravitailler en croquettes pour chats stérilisés, n’a pas coché la mauvaise case sur son attestation. Et alors que des agents de sécurité escortent les soignants de l’hôpital Lariboisière qui ont le malheur de débarquer Gare du Nord, à quelques mètres de là, notre Police nationale est réquisitionnée pour faire péniblement respecter les distances de sécurité au milieu du marché de Barbès.

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Le Directeur central de la Sécurité publique Jean-Marie Salanova a indiqué récemment à ses commissaires et directeur départementaux qu’il fallait « anticiper une montée en charge capacitaire », ce qui corroborerait l’idée raisonnable d’un redéploiement de nos effectifs de police. Alors, avec un sacré retard à l’allumage, comme pour la fermeture des frontières, comme pour les masques, l’exécutif pourrait bien être sur le point de modifier ses plans. On peut espérer qu’à la calinothérapie du Père Castaner sera bientôt adossée une politique de maintien de l’ordre ancrée dans le réel.

Au lieu de faire le kéké chez Bourdin, faites respecter le confinement!

Mais en attendant un minimum d’action – le quinquennat Macron nous a habitués à cette latence digne du clavier d’ordinateur en phase terminale –, une idée pour Monsieur le Ministre : pourquoi ne pas partager aussi avec nos jeunes votre expérience du poker, de la pègre et de « l’argent facile » – je ne fais que vous citer – pour les aider à palier la baisse momentanée du trafic de drogue, et leur permettre ainsi de diversifier leurs activités ? Vous pourriez ainsi freiner un peu la crise économique qui nous attend…

Et si la peur de vous prendre un parpaing tombé du balcon d’une tour HLM est trop grande, vous pourrez sinon nous imiter nous, pauvres Français privés de virées nocturnes en moto-cross –, et vous astreindre à un confinement strict, avec interdiction de venir dire de telles fadaises chez Jean-Jacques Bourdin à une heure de grande écoute…

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