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Miss Provence et les antisémites

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April Benayoum (notre photo), finaliste à l’élection de Miss France samedi a été visée par de nombreux commentaires antisémites.


Franchement, les concours de Miss ne sont pas ma tasse de thé. La vraie beauté est dans les courbes de la Vénus d’Arles, dans les fesses de la Vénus au miroir de Velasquez, ou le dos de la Grande Odalisque d’Ingres. Un rêve de pierre, comme dit Baudelaire. Un concept qui appartient au domaine de l’art, pas à celui des hommes.

Alors, Miss France ou Miss Monde…

Mais les déluges de haine qu’a suscités, il y a deux jours, la désignation de Miss Provence comme « première dauphine » de la nouvelle Miss France m’ont quelque peu sidéré. Je savais que l’antisémitisme avait de beaux jours devant lui, que Mohamed Merah est révéré çà et là, qu’un Tchétchène assassin de prof est vénéré dans son pays, que l’arbre planté en mémoire d’Ilan Halimi a été arraché, que les salopards qui ont massacré Sarah Halimi étaient, quoi qu’en ait dit la Justice, de vrais racistes persuadés que tous les Juifs s’appellent Rothschild, etc. J’avais remarqué, dans mon adolescence militante, que la Ligue Communiste camouflait sous son antisionisme de principe des réflexes plus archaïques. Je n’ignorais pas que les Arabes, un peu partout dans le monde, rendent les Juifs responsables de leurs échecs chaque fois qu’ils ont tenté de les attaquer — comme un roquet se plaindrait de s’être fait bouffer tout cru par le molosse dont il a mordu les talons. Et que certains Musulmans pensent que le Prix Nobel devrait être attribué selon des principes ethniques, vu que les Juifs en ont récolté des paquets, et que les autres Sémites (faut-il rappeler à ces crétins que Juifs et Musulmans sont demi-frères, si l’on en croit la descendance d’Abraham ?) peinent à en décrocher un…

Mais enfin, écrire sur Twitter que la candidate — beau brin de fille, mais c’est normal, sinon elle ne serait pas là — est une bitch, comme disent ces analphabètes, parce que son père est israélien, ou que Hitler, encore une fois, a raté son coup, prouve le degré d’inculture, de racisme, de frustrations accumulées de quelques énervés dont on sait comment ils commencent et comment ils finissent. Moi qui croyais que le racisme était un délit, je me demande ce qu’attend la police pour arrêter les auteurs de tels propos.

facebook_1608461167438_6746375108431185709facebook_1608461094897_6746374804176899540facebook_1608461043874_6746374590165664565facebook_1608460990624_6746374366819895506Les Arabes ou les Turcs ont jadis constitué des empires. Les Juifs qui y vivaient étaient des citoyens de seconde zone — en Europe aussi, à la même époque. Mais aujourd’hui, de ces anciens empires, il ne reste rien — rien que des sables infertiles : inutile d’accuser la colonisation, il est des pays qui se débrouillent très bien pour faire leur malheur tout seul — l’Algérie, par exemple : comparez avec le Maroc, ancien protectorat français lui aussi, mais qui est largement sorti de la misère et de la superstition. Quant au sultan qui s’agite à Ankara, il cherche ainsi à camoufler l’échec de sa politique économique. Alors que l’Europe après la Révolution s’est réformée, même si comme disait Brecht, la Bête immonde est encore fertile — elle l’a prouvé à diverses reprises…

Eh bien voici la preuve de sa fécondité. Quelques énergumènes insultent, sous un courageux anonymat, une jolie fille qui par ailleurs ébranle sans doute leurs rêves… Et qui s’affiche en maillot de bain, sans même recourir au burkini exigé par la pudeur musulmane…

Ladite pudeur a ses meilleurs jours derrière elle. Dans les Mille et Une Nuits, l’un des plus grands romans jamais écrits (mais c’était il y a dix siècles), l’un des héros s’écrie, à la vue d’une houri terrestre : « Elle a un derrière énorme et somptueux qui l’oblige à se rassoir quand elle se lève, et me met le zeb, quand j’y pense, toujours debout ». C’était à l’époque où Bagdad était l’une des villes-phares de l’humanité — et où Haroun al Rashid, le sultan célébré de l’empire, parcourait sa ville en compagnie de son poète favori, homosexuel par choix — et ça ne gênait personne. 

Quand une nation, un peuple, un empire, ont des ressources, ils ne s’émeuvent guère des débordements lyriques des poètes. Que ce soit au niveau des civilisations ou des individus, le puritanisme est un effet secondaire de la nullité culturelle et de la peur de disparaître. Ils peuvent bien crier, déjà ils n’existent plus que dans la vocifération, l’imprécation, et le racisme. En un mot, la violence.

Cela dit, je sais que nombre de Musulmans n’adhèrent pas aux propos outranciers d’une poignée d’imbéciles. Et qu’ils regardent April Benayoum avec admiration — parce que le Beau reste le Beau, quelle que soit son étiquette. Mais les crétins hurlent si fort leur rage d’être des imbéciles qu’ils occupent le champ médiatique. Qu’ils le sachent : jamais un hurlement de rage n’a été un argument. Ni même une opinion. C’est juste un aveu d’impuissance — et c’est peut-être cela, le sale petit secret des antisémites.

Les sabotages d’Hercule, ou comment Macron veut faire disjoncter EDF


Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson, candidat à la présidentielle, président de VIA – la voie du peuple (Ex- Parti Chrétien Démocrate).


L’électricité française est l’une des moins carbonée du monde, majoritairement grâce à la part importante de sa production d’origine nucléaire (72% en 2018). Elle participe d’ailleurs à la lutte contre le changement climatique, avec une technologie maitrisée qui fait notre fierté, et en produisant une énergie économique de manière sûre et continue. Électricité de France est un des fleurons de notre industrie, et un acteur indispensable à notre équilibre énergétique. 

La Tour EDF (PB6) dans le quartier de la Défense, dans l'ouest parisien © MARIO FOURMU/SIPA Numéro de reportage : 00917792_000002
La Tour EDF (PB6) dans le quartier de la Défense, dans l’ouest parisien © MARIO FOURMU/SIPA Numéro de reportage : 00917792_000002

Or cette entreprise est aujourd’hui la cible d’une attaque menaçant notre indépendance énergétique. Le gouvernement de M. Macron et sa majorité soutiennent le plan dit « Hercule », qui a pour but d’organiser la vente d’EDF par départements, ainsi que le démantèlement de la filière nucléaire.

Ce plan « Hercule » est une opération de sabotage, pour ne pas dire un véritable attentat contre le bien commun de notre pays et de notre peuple

L’objectif du gouvernement, conjointement avec la Commission de Bruxelles, consiste à organiser la scission d’EDF entre la production d’une part, et la commercialisation de l’électricité d’autre part. Ceci reviendrait à privatiser les gains et à nationaliser les pertes sur l’autel de la concurrence européenne. Ou encore de faire supporter à la dépense publique les coûts des investissements, abandonnant leurs fruits aux opérateurs privés, sans aucune garantie réelle ni d’un meilleur service, ni de coûts de fourniture meilleur marché. Le contraire est même à craindre, dans la mesure où jamais la libéralisation d’un marché n’a conduit à une baisse des tarifs… 

A relire, nos révélations d’octobre: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

Hier Alstom, Alcatel, Technip, et tant d’autres entreprises françaises vendues par appartements à leurs concurrents internationaux, jamais pour la satisfaction de nos intérêts nationaux, et toujours avec la complicité du pouvoir. Aujourd’hui l’EDF : le pouvoir exécutif français continue à démanteler notre industrie, par soumission au dogme bruxellois et faute du courage suffisant pour résister. 

Ce plan « Hercule » est une opération de sabotage, pour ne pas dire un véritable attentat contre le bien commun de notre pays et de notre peuple. Léguée par les générations précédentes, issue du génie français, EDF est une entreprise performante. Elle emploie de nombreux travailleurs très qualifiés et verse régulièrement des dividendes substantiels à l’État. Elle a par ailleurs montré une très haute capacité de solidarité au lendemain des tempêtes ou des inondations qui ont frappé nos concitoyens. Elle a pour toutes ces raisons un rôle central à jouer dans la politique énergétique tout autant que dans la relance de l’économie en France. 

Évidemment EDF a besoin de réformes. Son statut d’entreprise publique ne la place pas à l’abri des conséquences de la globalisation. Mais la « réforme » proposée ici consiste à faire entrer la globalisation au cœur de l’entreprise plutôt que de la protéger, et par là même nous protéger tous.

Dès aujourd’hui, je veux dénoncer cet invraisemblable plan Hercule, qui met gravement à mal le peu qui nous reste de notre indépendance énergétique. 

Le maintien de l’ensemble de la production électrique sous la même autorité doit être garanti, conformément au cœur de métier de l’entreprise, dont des politiciens mal avisés et des prédateurs soucieux de s’engraisser ont désormais trop profité. En même temps que le renforcement de la part d’énergie nucléaire dans notre production, le recours aux énergies renouvelables doit être encouragé, la recherche et leur développement renforcés – le solaire semblant plus prometteur que l’éolien, rejeté à juste titre par la population. Mais le peuple français doit exiger sur ce point une condition : que ces énergies dites renouvelables ne soient pas aussi nocives pour l’environnement – le nôtre comme celui d’autres régions du monde – que le sont les énergies traditionnelles. Il est clair que contrairement à ce que chantent les mantras écologistes ces temps-ci, nous en sommes très loin…

A lire aussi: Proust à l’ombre des éoliennes

Voilà ce que devrait être simplement la politique de la France. Nous ne devons pas accepter de laisser démanteler par Bruxelles et aux ordres de Berlin le fleuron national de notre industrie énergétique. C’est en raison de ces renoncements permanents, de l’embourbement de notre pays, de ces soumissions à l’hégémonie de l’Union Européenne que je m’engage dans la bataille présidentielle. Comme beaucoup de Français, je refuse ce qui n’est plus un laisser-faire paresseux, une négligence destructrice pour notre peuple et notre pays, mais bel et bien une volonté. 

La politique de l’Énergie que je veux mettre en œuvre consiste donc à défendre les fleurons de notre industrie et à consolider une approche économique innovante. Le « nouveau monde » d’Emmanuel Macron est totalement passé à côté de cette réalité qu’il n’a ni vue ni anticipée, et que l’écologie politique contraignante est incapable de gérer.

Nous sommes face à l’impérieuse nécessité de conserver et protéger notre souveraineté énergétique mise en danger par le plan Hercule. Nous devons consolider  notre outil industriel nucléaire, continuer à développer notre savoir-faire, exporter notre technologie. Nous devons nous opposer au démantèlement d’EDF prévu par ce plan Hercule qui fera disjoncter l’intégralité de notre filière électrique, et la stratégie d’indépendance énergétique de la France.

Noël interdit au Québec

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2020, année de l’Homo sanitarus, est l’année où le lien social s’est brisé.


2020 aura été sans contredit l’année du nouvel ordre sanitaire. Ce nouveau régime est moins un produit ex nihilo que l’aboutissement de logiques et de façons de penser propres à la modernité. Jamais le monde n’aura été autant codifié et aseptisé: place au safe space politique, psychologique et maintenant sanitaire. Naguère lieu d’échange et de saines confrontations, l’espace public est déserté (physiquement comme intellectuellement) au fur et à mesure que nous sommes invités à rester confinés dans notre bulle pour notre santé physique et mentale. De notre confinement toujours plus grand naît une polarisation toujours plus grande. C’est le triomphe de la chambre d’écho.  

Des colonnes de chiffres, toujours des colonnes de chiffres…

Le nouvel ordre nous fait entrer dans une société qui n’est plus qu’un amoncellement de phobies et d’égocentrismes, un univers de l’aplanissement total où la possibilité de l’aventure est réduite à néant. Tout est gestion du risque, bilans, inventaires et police d’assurance. Notre monde désenchanté ne réfléchit plus qu’en termes de résultats, d’objectifs et d’oppressions potentielles (freiner plus de cas, épargner plus, optimiser des services, être plus représentatif de tel groupe, etc.). Nous quantifions et mesurons sans cesse, comme si les nombres affichés sur nos écrans pouvaient résumer nos vies entières. 

En kiosque: Causeur: Trêve des confineurs!

Ce monde hyper technicisé des «produits et services essentiels» ne permet plus aucune exception: les librairies, les arts et la culture, qui ont besoin d’un public en chair et en os, sont vus comme des entraves à la santé publique et non comme le moyen par lequel l’homme parvient à s’élever. Le sacré a disparu au profit de Netflix: tout est devenu cause et conséquence dans un monde obsédé par les corrélations. Ce monde sans passion ni magie, sans profondeur ni finalité autre que celle de repousser sans fin la mort, nous fait bien plus mal que le Covid-19.

Après la mort sociale, la vie numérique

Au Québec, l’interdiction du gouvernement Legault de se réunir en famille pour Noël en dit long sur une société qui vit dans le mythe de la solidarité alors que le lien social ne tient plus qu’à un fil dans cette province nordique où l’État est roi. Le Québec n’est pas la seule société occidentale à se trouver dans une situation pareille. En encourageant la délation des vilains débauchés qui oseraient encore se réunir à Noël, le gouvernement Legault et le maire de Montréal, Valérie Plante, assurent agir pour le bien commun, mais contribuent au fond à la dislocation d’une société qui n’avait déjà plus beaucoup de repères.

Valerie Plante, le Maire de Montréal © William Volcov/REX/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40718602_000059
Valerie Plante, le Maire de Montréal © William Volcov/REX/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40718602_000059

L’interdiction de se réunir en famille à Noël a été présentée par le gouvernement et des humoristes comme l’occasion rêvée de se libérer enfin du poids du groupe et de la tradition. Jamais la logique du repli personnel ne s’était autant imposée au Québec. En présentant les citoyens qui veulent se regrouper comme des extrémistes microbiens fomentant un quasi génocide, le gouvernement Legault contribue aussi au succès fracassant des GAFAM, dont le but est d’abolir les frontières géographiques par la voie du virtuel. Mais paraît-il que ce gouvernement est patriote et favorable à la «démondialisation».

À la poubelle, nos traditions

En Occident, nous célébrons avec passion les traditions des peuples étrangers grâce au multiculturalisme, mais nous contribuons à notre propre extinction culturelle en présentant les grands événements de notre vie comme des risques à prévenir, sinon comme des dépenses inutiles en temps ou en énergie. Peut-être même aussi en empreinte écologique. Le décorum se fait rare. Religieuses ou laïques, les quelques fêtes qui ponctuaient encore l’année étaient pourtant là pour nous rattacher minimalement à une communauté et à un cadre temporel indépendant de notre petite routine. On répète ad nauseam que les interdictions sont temporaires, mais elles laisseront des traces sur les mentalités, peu importe le moment de leur hypothétique levée. 

A lire aussi, Nadia Geerts: Le safe space ou la fabrique victimaire

Ils sont des milliers de décideurs et d’experts à nous expliquer que la perpétuation des mesures sanitaires – qui vont encore durer plusieurs mois selon les pronostics – relève de la science et uniquement de la science. Pourtant, si c’est évidemment la science qui nous permet de détecter le virus, le confinement relève d’une décision politique qui fait appel à une philosophie du risque zéro allant de pair avec la médicalisation de l’existence. Le confinement à long terme est aussi idéologique que scientifique, d’autant plus que nos saints outils «scientifiques» n’ont jamais pu prendre en compte l’infinie diversité des dommages collatéraux engendrés par ces mesures. 

L’erreur de l’Homo sanitarus est de croire qu’il peut aplanir toutes les courbes qui se présentent à lui comme s’il avait remplacé Dieu. Il pense qu’il peut confiner sinon vacciner son malheur, soulever toutes les montagnes qui le contrarient et vivre dans la propreté immaculée. Il pense qu’il peut ériger autour de lui une immense muraille aux allures de safe space. C’est une autre illusion qui le rend encore plus malade que le Covid-19.

La face cachée du multiculturalisme

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Le « Beauvau de la sécurité » ne peut réussir que sous certaines conditions…

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Le « Beauvau de la sécurité », dont la date de début est prévue pour janvier 2021, doit déboucher sur une réforme de la police. L’initiative ne sera une réussite qu’à certaines conditions.


Pas la moindre hésitation : je connais et je respecte la police qui dans l’immense majorité de ses pratiques est digne de sa mission. Je rends grâce à l’institution policière, gardienne de la tranquillité publique et de la démocratie, et je ne suis pas de ceux qui la vitupèrent sans cesse sauf lorsqu’ils ont besoin d’elle.

Le manque de soutien d’Emmanuel Macron envers les policiers

J’ai déploré, bien sûr, que le président de la République, par démagogie, sur Brut, ait dénoncé les violences policières comme si elles étaient structurelles et non pas le fait de quelques fonctionnaires de police ayant eu un comportement illégitime. Il m’est apparu très dangereux de sa part de laisser croire à un parallélisme entre le rôle de la police avec l’usage de sa force légitime et les transgressions de ceux qui s’en prennent compulsivement à elle, par idéologie ou détestation réflexe pour tout ce qui est incarnation officielle.

Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP
Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP

Un président de la République ne devrait pas avoir un autre discours que de soutien, par principe, à un corps qu’il est essentiel de conforter dans le respect qu’on lui doit et l’obéissance républicaine que l’honnêteté citoyenne majoritaire ne discute pas.
Une telle attitude du président aurait été d’autant plus fondamentale que par exemple une forte proportion de la jeunesse, absurdement, incrimine le racisme de la police.

Le « Beauvau de la sécurité », une bonne initiative

Je ne méconnais pas le caractère purement tactique, le procédé de compensation qui sont à la base de la proposition du Beauvau de la sécurité, pour les élus, les citoyens et la police. Emmanuel Macron a cherché à rattraper ainsi son erreur d’analyse et de communication. Mais il n’empêche que même contraint et forcé, le président a pris une initiative qui a du sens et je regrette que les syndicats Alliance et UNSA aient d’emblée décidé de lui opposer un refus.

A lire aussi, Louis Hausalter: «Marion Maréchal candidate, ce n’est pas pour 2022!»

Il me semble que le malentendu essentiel tient à une différence de perception sur la finalité de ce « Beauvau de la sécurité ». Son but ne sera évidemment pas de permettre à tous les syndicats policiers de formuler leurs revendications concrètes – le ministre de l’Intérieur reçoit le 18 décembre les représentants de la police et de la gendarmerie pour cela – mais de favoriser enfin l’existence d’un authentique débat démocratique pluraliste.

Il ne suffira pas de le limiter aux policiers, aux élus et aux citoyens mais il conviendra au contraire d’y insérer tous ceux qui directement ou indirectement participent du désarroi psychologique et humain de la police. Les magistrats et les journalistes notamment.

Entre les magistrats et la police, une relation tendue

La relation des magistrats avec la police suscite souvent chez elle l’irritation, parfois l’indignation la plus vive. Et la manière dont les journalistes, droite et gauche confondues, rendent compte de la réalité policière, de ce qu’elle affronte et de ce qu’elle subit est infiniment perfectible, surtout en se gardant de cette présomption de culpabilité qu’on attache plus volontiers aux défenseurs de notre société qu’à ceux qui la troublent et la mettent à feu et à sang.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Flics Lives Matter

Quand j’étais magistrat, j’étais un partisan convaincu de ce que j’aurais aimé être les états généraux de la Justice et j’ai regretté, à un degré moindre, la disparition des portes ouvertes dans les juridictions. Parce que ceux-là comme celles-ci auraient eu des effets infiniment bénéfiques et éclairants pour la pacification du lien entre la société et le service public de la Justice.

Un Beauvau pour exprimer ce qui n’est jamais dit au quotidien

L’utilité du Beauvau de la sécurité, dans tous les cas, bien avant la satisfaction des revendications policières, tiendra à ce rassemblement des discours, des doléances et des protestations pour faire sortir chacune de ces instances, de ces solitudes aigries ou ignorantes, de leur autarcie, de les contraindre à écouter et à apprendre, de constituer cette réunion comme le droit, pour tous, d’exprimer ce qui dans la quotidienneté n’est jamais dit, une hostilité, un désir de reconnaissance, des contradictions qui, libérés, purifieront forcément une atmosphère généralement trop délétère.

Ces rencontres, à partir de janvier, ne seront pas un gadget, un artifice, une manipulation si on n’attend pas d’elles ce qu’elles ne pourront pas donner. Le Beauvau sera une réussite si police, ministère de l’Intérieur, élus, magistrats, juges et citoyens, mêlés, la poussent au meilleur.

Alors, oui au Beauvau malgré tout!

L’avènement de la biocratie

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Le billet du vaurien


Il me semble de plus en plus vain de critiquer les mesures « liberticides » portant atteinte, au nom de la santé, à nos droits individuels, à la culture et à la liberté d’expression.

Pourquoi ? me demanderez-vous peut-être. La réponse est évidente: nous sommes entrés dans une ère nouvelle que je qualifierais volontiers de biocratie, biocratie qui est par ailleurs largement plébiscitée par la population. La démocratie était à bout de souffle, flirtant tantôt avec un populisme inspirant la terreur, tantôt avec un socialisme devenu obsolète. La démocratie avait eu son heure de gloire, mais comme l’aristocratie avant elle, le déclin la guettait. Plus personne n’y croyait vraiment: le désarroi de ses dirigeants le disputait à leur peur panique d’être trainé devant des tribunaux, populaires ou médiatiques.

En revanche, la biocratie qui n’aspire qu’à préserver la vie – que ce soit celle de la planète ou celle des individus – était visiblement attendue, aussi bien par les écologistes que par des populations vieillissantes plus soucieuses d’une retraite confortable que d’utopies politiques dont elles avaient été gavées et qui ne suscitaient plus que des sourires attendris ou narquois. Le Covid-19 est arrivé à point nommé pour semer la frayeur dans le monde entier et instaurer cette biocratie qui imposa aussitôt ses nouvelles règles – hygiénistes bien sûr – et son administration reposant sur un ordre médical prêt à se déchirer pour des miettes de pouvoir et les profits qu’il en tirerait.

A lire aussi, Stéphane Germain: Covid: tout ça pour une poignée de boomers!

La biocratie qu’on peut définir comme la santé plus la surveillance de tous par chacun, est une forme de gouvernance presque impossible à combattre. Elle ressemble à une dictature, sans en être une. Son modèle pourrait être chinois. Au fait, qui a dit que quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera? Oui, le monde tremble, mais de peur. Tout en étant soulagé que tant d’experts en santé publique veillent à sa protection et nous débarrassent incidemment de ce poids qu’on appelait autrefois la liberté. Il ne nous en reste plus que le goût, mais il est amer.

Il paraît qu’avec le Covid 19 de nombreux patients même guéris souffrent d’hallucinations visuelles. Ainsi, une femme en rentrant chez elle s’est mise à voir des lions et des singes. Il m’arrive à moi aussi de voir des populations entières masquées. Sans doute suis-je victime d’hallucinations. J’entend également des pontes de cette nouvelle religion affirmer que, même avec des vaccins, il faudra continuer à adopter les fameux gestes-barrières jusqu’à la fin des temps. Serais-je victime d’hallucinations auditives ? À moins que la biocratie n’engendre une forme de délire collectif.

Petit scandale: Marcel Campion accusé de ne pas être gay friendly

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Ah, la jaquette et l’étiquette! Déplaisants, des propos insignifiants sur des élus à l’homosexualité revendiquée peuvent désormais valoir condamnation en justice. Marcel Campion vient d’en faire l’expérience en étant condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir dit que Bruno Julliard « était de la jaquette ».


Pourquoi certains mots sont-ils interdits alors que pleins d’autres sont permis ?

Le lobby gay à travers les âges

Pendant longtemps – sauf chez les Grecs de l’Antiquité – l’homosexualité a été réprimée. Oscar Wilde a fait de la prison en Grande-Bretagne pour pédérastie (c’est comme ça qu’on disait à l’époque). Sous l’Occupation l’homosexualité a connu des moments fleurissants. Jean Cocteau et son amant Jean Marais pouvaient sans difficultés s’achalander en jeunes garçons dans les boîtes qui en proposaient à la pelle. Reste que pour autant l’homosexualité a été considérée le plus souvent comme un vice. Tout cela est fini et heureusement fini. Le mariage pour tous a consacré cette incontestable avancée. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Paris n’est plus vraiment Paris

Venons-en aux faits maintenant. Nous allons vous parler de Marcel Campion le roi des forains, qui est une grande gueule passablement vulgaire. Et de lui et de Bigard on ne sait lequel des deux a copié sur l’autre. La phrase incriminée qui lui a valu sa condamnation est la suivante : « Bruno Julliard est un peu de la jaquette… Il a fait des folies avec Bertrand Delanoë et, paf, il s’est retrouvé premier adjoint à la mairie de Paris ». On a connu plus élégant et plus fin. Mais Campion ne parle pas comme la Princesse de Clèves. Fallait-il pour autant le condamner ? Certainement pas : la vulgarité n’est pas punie par la loi. 

Anne Hidalgo et Marcel Campion, en 2016 © COLLOT HENRI/SIPA Numéro de reportage  : 00748607_000005
Anne Hidalgo et Marcel Campion, en 2016 © COLLOT HENRI/SIPA Numéro de reportage : 00748607_000005

La vulgarité est-elle interdite?

Depuis quelques années homosexuels et hétérosexuels sont égaux. C’est une bonne chose. Mais égalité suppose égalité de traitement. Sera-t-on condamné si l’on écrit que Julie Gayet « a fait des folies » avec François Hollande ? Sera-t-on traduit en justice si l’on dit que Carla Bruni a eu des bontés pour Nicolas Sarkozy? Les gays ont des droits mais ils n’en ont pas plus que d’autres.

A lire ensuite, Sylvie Perez: Les Anglais laissent tomber le T

Il me revient que Pierre Bergé – qui s’était arrangé pour caser un de ses amants à la mairie de Paris – plaidant pour la GPA avait déclaré : « des ouvrières louent leurs bras, elles peuvent bien louer leurs ventres ». Ce n’était pas vulgaire : juste infâme. On avait là un milliardaire parlant des esclaves féminines… Bergé a-t-il été condamné ?

Tant d’humoristes pour si peu d’esprit

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Les humoristes professionnels se multiplient et on n’a jamais moins ri. Faut-il croire que notre modernité se piquant d’être drôle manque tout le temps sa cible?


Parce qu’elle confond les genres et mêle des dispositions et des exercices qui n’ont rien à voir les uns avec les autres ? Parce qu’elle sous-estime les qualités qui permettent à des professionnels du spectacle de vraiment faire rire ? Parce qu’aujourd’hui n’importe qui peut se lancer dans l’espace artistique en étant pourtant largement privé de la culture, de l’oralité et de l’intelligence nécessaires à l’expression d’un authentique esprit ?

A lire aussi: Guillaume Meurice, faites révérence à la redevance

Chamfort a répondu à quelqu’un affirmant qu’il « courait après l’esprit », qu’il « pariait pour l’esprit ». J’ai l’impression qu’il pressentait tout ce que l’actualité nous inflige comme prétendus « rigolos » qui sont aux antipodes de la libération d’un rire spontané et admiratif. Parce qu’il n’est pas facile de faire sortir notre humanité, dans ses composantes si contradictoires, de son sérieux, de sa gravité, même de ses angoisses.

André Bercoff, dans « Bercoff dans tous ses états » a consacré une émission passionnante le 18 décembre à l’humour et à la répartie. L’auditeur percevait d’emblée la difficulté, qui crée la confusion, voire l’escroquerie d’aujourd’hui, tenant à la dénaturation de certaines notions. La dérision, la causticité, la polémique, la répartie, la méchanceté ou la partialité se mettent dans la mouvance de l’esprit pour bénéficier de son aura mais échouent souvent lamentablement à en respecter les exigences. Parce qu’elles imposent des vertus qui ne sont pas communément partagées.

Il faut d’abord si bien maîtriser le langage dont on peut, usant de lui comme d’un instrument, faire surgir les effets de style, les paradoxes heureux, les traits étincelants, les pensées singulières qui en quelques secondes, en plusieurs minutes, en une heure enchantent. Parce qu’ils ne relèvent pas de banalités s’acharnant en vain à faire s’esclaffer mais d’une approche révélant à la fois la qualité souriante du propos et l’élégance de celui qui le profère.

A lire aussi: Affaire Nagui/Intervilles: la France s’émeuhhhh

Ensuite, l’esprit n’a pas pour vocation de se faire rire, soi, il n’est pas destiné à obtenir les suffrages automatiques de ceux qui feignent une hilarité désaccordée d’avec la drôlerie prétendue proposée: qu’on songe, par exemple, dans l’émission de Nagui La Bande originale (France Inter), au caractère douloureux de l’écoute d’un Daniel Morin ostensiblement applaudi par la claque des autres chroniqueurs, puis aux brillantes variations d’un Tanguy Pastureau, qui se suffisent à elles-mêmes. Sans passer sous silence, sur cette même radio publique décidément spécialisée dans de choquants clivages, les interventions aigres d’un Guillaume Meurice incarnation d’un genre qui fait du mépris son ressort fondamental.

Pour diffuser un esprit suscitant un consensus – qui par exemple discuterait celui d’un Sacha Guitry, d’un Jean Poiret, d’un Woody Allen, d’un Edouard Baer ? -, il convient de se garder comme de la peste du péché mignon de se croire indispensable au débat public, de se hausser sur la pointe de la réflexion, mais malheureusement sans résultat. Bien au contraire.

Qu’il est affligeant de percevoir des efforts qui ne pourront jamais être couronnés de succès parce que faire rire n’est pas une mince affaire et qu’il ne suffit pas de cracher vulgairement sur les uns pour plaire aux autres. Le risque est de s’aliéner les deux camps.

Alors pourquoi tant d’humoristes et si peu d’esprit ?

Parce que je ne suis pas loin de considérer que l’humour est une denrée, une richesse, trop précieuse pour être confiée à des professionnels et que rien ne vaut son irrigation dans la quotidienneté et la manière dont chacun, presque sans le savoir, offre à l’autre l’immédiateté de ses pointes, de ses saillies. S’efforcer de délivrer de la drôlerie, par obligation, est au fond la pire des méthodes pour tenter de démontrer qu’on en est capable.

A lire aussi, Frédéric Beigbeder et Walter, Gilets jaunes: «Les comiques de France inter étaient paumés»

L’esprit est liberté, spontanéité, jeu du langage, jeu sur le langage, volonté de s’inscrire dans l’universel en ne s’abandonnant pas à la facilité du partisan ou de l’idéologie – ils sont tous à gauche, nos humoristes d’aujourd’hui – ou de la dérision qui n’est que le travestissement mesquin d’une vision privée de souffle. On tente de moquer ce qu’on est incapable d’atteindre, d’égaler.

Il me semble que la controverse est vite tranchée qui interroge sur le point de savoir avec qui on a le droit de rire. Pierre Desproges refusait de le partager avec n’importe qui. Et s’il convenait d’en faire bénéficier tout le monde mais à condition que ce soit drôle ? C’est dorénavant le principal obstacle !

Au fond, et en forçant à peine le trait, les humoristes sont légion, et l’industrie de l’humour prospère, tous sexes confondus, parce que précisément l’esprit est rare.

Fernand Trignol, styliste de Pantruche

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Une jeune maison d’édition parisienne ressort les Mémoires d’un truand datant de 1946


Dans l’argot comme dans les lettres françaises, il y a les parvenus et les faubouriens, les faiseurs et les fleurs de pavés, les truqueurs et les enfants de Marie. Déjà, en leur temps, Alphonse Boudard et Albert Simonin avaient théorisé à l’usage des agrégés ignorants, cette langue verte et vache, indisciplinée et musicale, qui fait culbuter la phrase, lui redonne son souffle vindicatif et son amertume originelle. Albert Paraz se moquait de « l’argot de cheftaines, de journalistes, de mondains, qui est le contraire de l’argot. C’est celui qui a toujours été parlé par les médiocres, celui d’Eugène Sue, alors que celui de Stendhal reste vivant. Plus on est argotier, plus on doit être puriste ».

L’argot ne se regarde pas écrire

A trop vouloir singer l’argot, on passe vite pour un cave. L’argot ne s’apprend pas dans les colloques, il a quelque chose de vif comme un coup de surin dans la nuit froide, de spontané qui confine à la brutalité jouissive, il est imbibé de ce désespoir atavique qui ne psychologise pas les situations. L’argot ne se regarde pas écrire, il est profondément réactionnaire. Il n’y a pas de place chez lui pour les bons sentiments, il est de ces plaies d’enfance dont on ne guérit jamais vraiment. Il peut être drôle, imagé, tonique, salace ou guinchant, il demeure l’expression de la rue, celle de l’homme misérable qui accepte son destin.

Une toute jeune maison d’édition, Les Lapidaires, lancée cette année, en plein Covid, c’est dire l’audace et la dinguerie d’une opération aussi aventureuse, ressort un livre paru en 1946. Double peine assurée : faillite du papier, l’objet livre a du plomb dans l’estomac et excavation d’un Paris glandilleux. Messieurs, les progressistes ne vous disent pas merci. Pantruche ou les mémoires d’un truand écrit par un certain Fernand Trignol (1896-1957) dont la trace avait presque disparu nous ramène dans un Paris populeux des années 1930, entre marlous et courses hippiques, entre la fête permanente des Six-Jours et le cinéma de Duvivier ; Gabin était fringant, Carco poétisait la mouise et le vélo excitait les foules. Les Lapidaires expliquent le choix de cette reparution par le style : « un bijou d’esprit à la française ». Le mot honteux est lâché.  Qu’ils en soient ici félicités !

Quand Fernand Trignol conseillait Gabin

La fiction contemporaine fait la chasse au style depuis un quart de siècle, elle ne reconnait en son sein que les écritures blanches et les romans à thèses. Chez ces gens-là, les mots sont froids comme les viandes. Que sait-on du dénommé Trignol ? La base de données de la BNF indique seulement son lieu de naissance à Neuilly-sur-Marne, sa mort à Paris dans le XIIème arrondissement et deux livres publiés : Vaisselle de fouille aux éditions de la Seine en 1955 et Pantruche, réédité aujourd’hui dans une belle finition (couverture à rabat, illustration par trop tartre et grammage correct pour une bonne prise en pogne).

A lire aussi, Jérôme Leroy: C’était écrit: à la recherche des bistrots perdus

Cette mince fiche anthropologique mérite que l’on s’intéresse à son matricule. Trignol n’était pas homme à échafauder des plans de carrière dès l’école communale ou à hypothéquer son avenir dans une carrière oisive de fonctionnaire émérite. L’incertitude était son quotidien. Il voyageait donc léger, sans diplômes, sans papiers parfois, mais avec cette forme d’intelligence suprême qui l’amènera à rencontrer des personnages hors-normes. Notre monde moderne désincarné n’aligne que des stéréotypes, il n’y a plus de gueules, ni de caractères. Les figures ont été effacées de notre imaginaire. Notre société crève de son insipidité sentencieuse. Trignol n’avait que des passions saines dans la vie : les filles, le Vel d’Hiv, les chevaux et les acteurs. C’est bath les acteurs ! Il va donc exercer divers métiers, toujours à la lisière de la légalité. Bistrotier louche ou parieur-grugeur sont des professions très convenables pour ce tricheur-né. Il connaîtra la célébrité en côtoyant notamment le Dabe au poste sur-mesure de « conseiller technique du milieu et conseiller argotique pour les dialogues » dans des productions telles que La Bandera, Pépé le Moko ou Paris-Béguin. Cet expert en truanderie avait le sens de l’amitié.

De Chaplin à Trotski

Dans l’avant-propos reproduit tel quel, Gabin parlait de son « vieux Fernand » comme d’un homme d’honneur : « Personne comme toi n’a assisté aussi souvent à ma mort et n’a été témoin de mes crimes ». Ce livre de souvenirs a une saveur inimitable, les formules fusent, les mauvais garçons ne sont pas en toc, les belles gosses font des ravages, on y croise Chaplin et Trotski, Fernandel et Tristan Bernard, et même Courteline dans ses dernières années. Suivons les conseils de Carco qui l’introduisit dans le cinéma avec cette missive : « Je vous recommande mon ami Trignol. Il est pauvre, mais malhonnête. C’est exactement le type qu’il nous faut ».

Pantruche ou les mémoires d’un truand de Fernand Trignol – (Les Lapidaires)

Pantruche ou les Mémoires d'un truand

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Rome: le Rubicon et les biftons


À Rome, dans les dernières années de la République, la corruption règne à tous les étages, l’argent sale est un outil électoral et l’obtention d’avantages ou de faveurs, un système. On n’a plus l’idée de cela !… Petite leçon de démocratie à la mode latine. 


On sait combien les hommes de la Révolution française ont idéalisé la vertu incarnée par la République romaine. Leur guide, c’est Jean-Jacques (Rousseau), le législateur des âmes et l’adversaire de tous les vices ; leur bréviaire, les Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque – le destin de Brutus qui pousse le bouchon jusqu’à assassiner Jules César, son père adoptif, pour sauver la patrie leur tirait des larmes.
Aussi eussent-ils frémi d’horreur, eux qui voulaient purger l’Europe de ses tyrans et régénérer le genre humain – Marat l’intransigeant, le justicier furibond poignardé dans sa baignoire, ou Robespierre l’incorruptible, malade de pureté et fanatiquement honnête –, s’ils avaient su à quel degré la corruption sévissait à Rome dans les ultimes décennies de la République.
Tous étaient fils de Brutus dans leur rêve.
Oublions Mirabeau, stipendié en douce par le roi Louis XVI, et Danton, plus indulgent, c’est-à-dire un brin vénal –et prévaricateur !
Quand on relit les auteurs latins Salluste et Cicéron, deux indignés de l’époque, vantés pour leur éloquence – mais eux non plus n’étaient pas blancs comme neige –, on doit se rendre à l’évidence : la concussion, les scandales financiers et les affaires ont été au cœur de la vie démocratique à Rome.
Tous pourris ?

Nous sommes au Ier siècle avant J.-C.
Rome, toujours hantée par la guerre civile, vit des heures troubles. Le frêle équilibre des institutions que la République avait su maintenir à ses débuts menace de se briser. Les mœurs des élites ont changé, le souci du bien commun s’est perdu.
De l’idéal austère du patriciat ancien ne subsiste qu’une faible et glorieuse empreinte.
Les valeurs civiques – peut-être n’ont-elles été dès l’origine que les ressorts d’une illusion passionnée – s’effacent devant les prétentions d’une caste sénatoriale qui s’arroge tous les droits et ne défend plus que ses intérêts.
Le fier emblème de la République, SPQR (Senatus Populus que Romanus), qui figure au fronton des temples et des édifices publics et qui symbolise l’unité de la nation, c’est une blague ! À moins d’être aveugle – la plupart des citoyens le sont tout en éprouvant confusément un malaise –, on ne peut que constater la fracture entre le peuple et les élites.
Au sommet de l’État, on se croit tout permis ; on se dépêche d’être riche et puissant – on l’était déjà par la naissance, ben quoi ?…on fait fructifier ce qu’on a reçu ! On s’affaire, on se déprave, on se hisse.On privatise. Le pouvoir, les dignités, les places – consuls, préteurs (magistrats), questeurs (comptables du Trésor public), édiles. On prend tout, on veut tout. Et vite.

La République se met au service d’une oligarchie avide qui cumule le pouvoir et l’argent.Autrefois, s’engager au service de l’État, c’était obéir à un devoir moral et patriotique. « De nos jours, se récrie Salluste, les hommes nouveaux s’efforcent de conquérir commandements et honneurs non par le mérite, mais par le brigandage[tooltips content= »Cette chronique doit beaucoup aux travaux de l’historienne Cristina Rosillo Lopez, auteur de La Corruption à la fin de la République romaine, IIe-Ier siècle avant J.-C., Franz Steiner Verlag, 2010. »](1)[/tooltips] » ! En latin, rapina, ça dit bien ce que ça veut dire : « Vol ou pillage commis avec violence par des malfaiteurs généralement en bande[tooltips content= »On songe à la subtile pudeur de Jaurès parlant du gouvernement révolutionnaire de la Ire République : « Le brigandage du négoce, qu’il faut bien distinguer du commerce », dit-il… Ah ! ces socialistes – ils sont impayables ! »](2)[/tooltips]. »
Oui, je sais, je vous parle ici d’un pays lointain, et d’une époque révolue, nous vivons en France sous le régime d’un président ennemi de la fraude et partisan d’une république irréprochable. Nous sommes français grâce à Dieu, gouvernés par des personnes qui nous aiment et qui nous protègent.

@ Soleil
@ Soleil

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Petite leçon d’économie antique !
Un peu d’histoire – car tout est vrai, tout recommence.
À l’époque, l’annexion des régions conquises par la république impériale alimente un flux considérable de richesses vers Rome. Tandis que les paysans sont livrés aux spéculations des grands domaines agricoles, le commerce s’enfle des capitaux étrangers qui circulent d’un rivage à l’autre du monde romain.
La mondialisation heureuse, déjà ?
Des hommes ambitieux et habiles bâtissent leur puissance en contrôlant de vastes réseaux financiers. Des fortunes immenses s’amassent en peu de temps. Les pauvres sont de plus en plus pauvres, et les riches de plus en plus riches. Les inégalités deviennent colossales. La colère monte. On l’ignore ou on la réprime.
Ça ne peut pas durer.
Dans les dernières décennies de la République, la concurrence entre les partis politiques – et au sein même des partis– devient féroce. Pour gagner les élections, il faut dépasser ses rivaux en faste et en prodigalités.
La corruption règne à tous les étages.
Car à Rome, l’argent sale est un outil électoral. Et l’obtention d’avantages et de faveurs, la brigue (en latin : l’ambitus), un système.
On n’a plus l’idée de cela – pardon, je suis taquin !
On distingue alors deux types de délit : le péculat, le vol d’argent public, et la res repetunda, à savoir l’acceptation illicite de dons, de (rétro)commissions, de cadeaux, bref, l’enrichissement personnel lié à une charge publique.
Dès le milieu du IIe siècle (avant J.-C.), ces infractions relèvent d’un tribunal permanent, mais les pots-de-vin offerts par les ambassadeurs étrangers, les conflits d’intérêts et les malversations les plus flagrantes sont rarement condamnés, faute de preuves.
Les signes extérieurs de richesse, quand on est déjà riche, et qu’on fréquente des riches, qu’est-ce que ça prouve, hein ? Une villa à Capri, un yacht à Ostie, un palais à Syracuse (ou un riad à Marrakech), et alors ?
D’ailleurs, la corruption, quel vilain mot ! C’est du lien social, une solidarité de clan, une forme d’amitié entre égaux. On dirait aujourd’hui : du copinage, parce qu’on adore simplifier.
Car dans notre appréhension de la chose publique romaine, nous peinons à séparer trois pratiques distinctes : la corruption, le clientélisme, soit un lien d’allégeance personnelle entre un patron et son protégé, et ce qu’on appelle à Rome l’évergétisme. Une coutume locale qui consiste pour un notable fortuné à faire bénéficier la collectivité de ses largesses.
On offre au peuple des fêtes, des banquets, des stades, des amphithéâtres. Une bibliothèque ? À quoi bon puisque la plèbe est analphabète ? Des grandes vacances ? Non, on n’est pas à Levallois-Perret ! Ce qu’ils réclament: « Du pain et des jeux. »
En français d’aujourd’hui : « Le foot et le loto » !

Les Romains n’ont pas songé à se doter d’une loi hypocrite visant à réguler le financement des campagnes électorales et des partis politiques.Un sénateur avisé doit donc compter sur son patrimoine, sur celui de sa famille et de ses alliés les plus fortunés.
Un peu comme aux États-Unis aujourd’hui ?… Lors de la dernière élection présidentielle, en novembre 2020, les frais de campagne ont atteint 456 millions de dollars pour Trump et 484 pour Biden.
À Rome aussi, les prêts sont contractés auprès d’amis sûrs, ce qui vaut mieux que de s’adresser à des gens peu recommandables, des barbares sans honneur, des parvenus, des métèques chamarrés d’or et d’infâmes superstitions – Égyptiens, Syriens ou Scythes qui rêvent d’acheter en sous-main les gladiateurs du Colisée, de faire rôtir les oies sacrées du Capitole et vas-y ! de transformer le Forum en bazar.

Le côté sombre du Forum romain. © ImageBroker/Leemage
Le côté sombre du Forum romain. © ImageBroker/Leemage

Ces transactions occultes sont-elles légales ? Pas vraiment. Que fait la justice ? Pas grand-chose.
Les élus crapuleux sont naturellement assez riches pour acheter les juges. Et quand par miracle ils sont condamnés, ils parviennent le plus souvent à s’enfuir dans un exil doré ; ils échappent à l’amende : 40 millions de sesterces dans le cas du sinistre Verrès, le propréteur (gouverneur) de la Sicile – un mixte entre Göring et Cahuzac. Un précurseur ?… Accusé de fraude et de parjure par Cicéron, esthète et scélérat – il a dérobé les œuvres d’art de toute la province –, il devra se réfugier… à Marseille.
Bref, à Rome, un homme pauvre, isolé et sans relations ne peut s’élever sur la scène publique.
Si l’on veut conquérir le pouvoir, il faut au préalable avoir tissé autour de soi un vaste réseau d’obligés, de clients, d’affidés, qui en échange de services rendus vous apporteront leur soutien – en espèces sonnantes et trébuchantes – au moment des grands rendez-vous électoraux. Les prêteurs seront récompensés plus tard.
Tous ces traficotages ne font que s’amplifier pendant les élections, mais les mandats des magistrats étant annuels, la Ville est en permanence en période électorale !

oOo

Ce qui mine le dernier siècle de la République, et ce qui va précipiter sa chute (entre la mort de Jules César en -44 et l’avènement d’Auguste qui met fin à plusieurs années de guerre civile, en -27), c’est la compétition stérile entre les deux partis dominants : les Populares et les Optimates. La gauche et la droite ? Pas tout à fait, encore que.
D’un côté, on a les conservateurs qui s’appuient sur la tradition et l’autorité des anciens. De l’autre, les tribuns de la plèbe, faux démocrates et vrais démagogues, qui convoquent les suffrages de la rue et manipulent habilement l’opinion pour assouvir leurs ambitions personnelles. Les premiers se drapent avec emphase dans les valeurs sacrées de la République tout en agitant le chiffon rouge du populisme. Les seconds ameutent la foule, appellent à la « convergence des luttes » et fédèrent les mécontents.
Étrange pays.
On mentionne dans les annales les agissements d’un certain Lucius Melenchonus, qui par ses diatribes contre le système, ne cessa de susciter de fausses espérances dans le cœur des gens.
Le peuple est le spectateur las des rivalités entre ces deux factions qui semblent uniquement guidées par la soif de pouvoir et l’appât du gain. Aussi Salluste qui feint de s’en étonner sonne l’alarme :
« Mais qui sont ces hommes qui se sont emparés de la République ? Des gens d’une cupidité sans bornes pour qui tout ce qui est vertu ou vice est une occasion de profits. Plus ils sont coupables, plus ils sont à l’abri ! La crainte que devraient leur inspirer leurs crimes, c’est à vous qu’ils l’inspirent, par votre lâcheté. Si vous aviez autant souci de la liberté qu’ils ont de rage pour la domination, la République ne serait pas livrée au pillage, et vos bienfaits iraient aux meilleurs, non aux plus effrontés ! »
Il a un petit côté Gilet jaune, Salluste, dans ses exagérations et dans ses refus – mais sa valeureuse tirade, hélas, resta sans effet, Rome s’enfonça toujours plus dans le lucre et dans la décadence.
Et nous alors ?
Plusieurs sondages montrent qu’aujourd’hui environ 70 % des Français estiment que leurs dirigeants politiques sont « plutôt corrompus ». En 2019, la France était classée au 23e rang en matière de corruption avec un IPC (indice de perception de la corruption) de 69/100 selon Transparency International[tooltips content= »0 correspondant à un pays extrêmement corrompu et 100 à un pays sans corruption. »](3)[/tooltips] – loin derrière la Suisse et juste après les Émirats arabes unis !
Pas de quoi se vanter.
La corruption – Cioran, dans son essai De la France, y voyait l’apanage d’une civilisation molle et faisandée –, c’est d’abord une mauvaise odeur qu’on décèle, avant d’être un délit qu’on doit constater et punir.
Mais comment font-ils à Transparency International pour calculer ça ?… Je l’ignore.

Vies parallèles

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"Tu seras un raté, mon fils !": Churchill et son père

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La décapitation de Samuel Paty: crime d’un fou ou tendances fanatiques internes à l’islam?

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Une tribune de Stéphane Valter, professeur à l’Université de Lyon 2, auteur de Fâtwas et politique Les sociétés musulmanes contemporaines aux prismes de la religion et de l’idéologie, Paris, Éd. du CNRS, 2020


La décapitation de Samuel Paty, ancien étudiant de Lyon 2, est une infamie révélatrice de graves tensions socio-idéologiques. Si on ne peut faire d’aveugles amalgames, comment nier la dangerosité d’une idéologie exclusive ? (On pourrait être de plein droit, à ce propos, islamophobe, si l’on entend par là la condamnation des manifestations malsaines d’une idéologie, mais non, bien sûr, le rejet d’individus en tant que tels).

Le Coran fut révélé au gré des circonstances historiques, et le message diffère donc parfois, en dépit des constantes. Quant à la tradition (en large partie apocryphe), elle reflète aussi des réponses variées à des situations diverses. On trouve dans le Coran des versets qui appellent à la dilection envers l’Autre comme à la marginalisation des juifs et des chrétiens, plus au massacre des infidèles (qu’est-ce d’ailleurs qu’un infidèle ?). On peut ainsi lire ce texte soi-disant sacré (car seule la vie est sacrée) de différentes manières. L’individu compréhensif et bienveillant y trouvera des exemples d’humanité, pour l’édification de son âme et le bonheur des autres, alors que la personne déséquilibrée et sectaire n’y verra que des injonctions comminatoires à condamner et réprimer, voire exécuter, pour plaire à une divinité assoiffée de sang, qui ignore le pardon.

A lire aussi: Quelles défenses spirituelles face à l’islamisme?

Manifestations contre la France à Dhaka, Bangladesh, le 28 octobre 2020 © Suvra Kanti Das/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40801396_000040.
Manifestations contre la France à Dhaka, Bangladesh, le 28 octobre 2020 © Suvra Kanti Das/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40801396_000040.

Les pétrodollars dépensés pour financer l’idéologie wahhâbite

La majorité des musulmans ne se distinguent pas des autres hommes, pour le meilleur et le pire, et la perception de la norme divine (qui n’existe que dans l’imagination) dépend in fine de la psychologie de chacun. Ceci dit, la perception rigide de cette prétendue norme islamique (inférant un ordre social) existe bel et bien. L’intolérance islamique s’est renforcée après la guerre de 1973 : les pétrodollars reçus par l’Arabie saoudite ont été dépensés par centaines de milliards pour financer l’idéologie wahhâbite islamo-fasciste de par le monde. Résultat de ces dépenses colossales : des millions d’individus ont été formatés dans le moule réactionnaire d’une vision étriquée de la religion, où quasiment tout est prohibé, et tout débordement puni par le sabre. Que l’on se rappelle les quelque 150 000 victimes – musulmanes – du fanatisme religieux lors de la récente guerre civile algérienne.

Même s’il a admis que la décapitation était « un acte criminel odieux », le grand cheikh de l’université-mosquée cairote d’al-Azhar – une référence religieuse « modérée » dans le monde musulman sunnite – a déclaré qu’insulter les religions au nom de la liberté d’expression constitue « un appel à la haine »

La dérision envers le prophète – totalement sacralisé – est considérée comme un blasphème. Le prophète lui-même était en général tolérant, sauf avec ceux qui se moquaient de sa vocation prophétique : il fit ainsi assassiner quelques personnes, hommes et femmes, pour venger son honneur outragé qui avait été persiflé en vers. Si on conjugue le rejet total de toute raillerie envers le prophète à l’idée suprémaciste que l’islam est supérieur aux autres religions, même monothéistes, on comprend comment un individu déséquilibré, fanatisé par l’idéologie wahhâbite anathématisante, a pu commettre une telle monstruosité.

Le terreau fertile à l’assassinat de Samuel Paty

Un paradoxe est que le texte coranique, malgré son caractère souvent impérieux, n’est en fait pas réellement normatif : une minorité de versets édictent des normes juridiques, mais tout le reste demeure à portée générale. C’est la loi chariatique – œuvre humaine – qui a ensuite conféré un caractère juridique marqué aux questions soulevées dans le Coran, en particulier via l’expertise des jurisconsultes, émetteurs d’avis (et non d’injonctions) juridiques, les fameuses fatwâs. Mais pour les esprits étroits, l’avis est une injonction légale obligatoire, dont l’accomplissement constitue un devoir religieux, quelles qu’en soient les conséquences. Que le commanditaire du meurtre ait donné son ordre sous la forme d’une fatwâ (sans qu’il eût la légitimité technique pour le faire) ou non, l’assassin a bien cru que décapiter un fonctionnaire de l’Éducation nationale était une obligation fondamentale de sa vision – déformée – de l’islam, et que Dieu lui demandait une prompte justice, en débarrassant au plus tôt la terre d’un coupable qui la souillait.

Quelques voix s’étaient élevées, avant le meurtre, pour condamner toute dérision vis-à-vis du prophète. Le terreau était donc fertile pour le passage à l’acte, avec un lien indubitable entre une idée fétide et un acte répugnant. Après la décapitation, d’autres voix ont lâchement justifié cet acte… 

Encore bien du chemin à parcourir

Déclarations antirépublicaines, actes anti-chrétiens et anti-juifs, immondes attentats, meurtrissent depuis des décennies une société ouverte et tolérante. Le remède ne se trouve qu’entre pédagogie exigeante et répression implacable.

A lire aussi: Islam: enfin une analyse historico-critique du Coran en langue française

Malheureusement, même s’il a admis que la décapitation était « un acte criminel odieux », le grand cheikh de l’université-mosquée cairote d’al-Azhar – une référence religieuse « modérée » dans le monde musulman sunnite – a déclaré qu’insulter les religions au nom de la liberté d’expression constitue « un appel à la haine ». Le grand cheikh se doit de rester en phase avec ses millions d’ouailles conservatrices s’il veut continuer à jouir de quelque crédit… Expurger de l’islam les enseignements intolérants et les normes liberticides, mettre en valeur le seul côté humaniste en neutralisant les scories doctrinales d’un passé révolu, refuser que le sacré soit utilisé à de basses fins politiques, communautaristes, et même criminelles, travailler pour que la piété l’emporte sur l’autoritarisme d’une foi sans cœur, voici les défis à relever.

Nahdlatul Ulama, la plus grande organisation musulmane d’Indonésie, même si elle a encore du chemin à parcourir, a vu des milliers de ses savants religieux promulguer une fatwâ éliminant la notion d’infidèles. Il appartient aux représentants de l’islam en France de ne tolérer aucune dérive raciste, aucune position sectaire, afin de montrer que l’islam n’est pas l’image déformée qu’en donnent les terroristes.

Fatwâs et politique

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Miss Provence et les antisémites

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Miss Provence, lors de l'élection de Miss France 2021 au Puy du Fou © PIERRE VILLARD/SIPA Numéro de reportage : 00996753_000002

April Benayoum (notre photo), finaliste à l’élection de Miss France samedi a été visée par de nombreux commentaires antisémites.


Franchement, les concours de Miss ne sont pas ma tasse de thé. La vraie beauté est dans les courbes de la Vénus d’Arles, dans les fesses de la Vénus au miroir de Velasquez, ou le dos de la Grande Odalisque d’Ingres. Un rêve de pierre, comme dit Baudelaire. Un concept qui appartient au domaine de l’art, pas à celui des hommes.

Alors, Miss France ou Miss Monde…

Mais les déluges de haine qu’a suscités, il y a deux jours, la désignation de Miss Provence comme « première dauphine » de la nouvelle Miss France m’ont quelque peu sidéré. Je savais que l’antisémitisme avait de beaux jours devant lui, que Mohamed Merah est révéré çà et là, qu’un Tchétchène assassin de prof est vénéré dans son pays, que l’arbre planté en mémoire d’Ilan Halimi a été arraché, que les salopards qui ont massacré Sarah Halimi étaient, quoi qu’en ait dit la Justice, de vrais racistes persuadés que tous les Juifs s’appellent Rothschild, etc. J’avais remarqué, dans mon adolescence militante, que la Ligue Communiste camouflait sous son antisionisme de principe des réflexes plus archaïques. Je n’ignorais pas que les Arabes, un peu partout dans le monde, rendent les Juifs responsables de leurs échecs chaque fois qu’ils ont tenté de les attaquer — comme un roquet se plaindrait de s’être fait bouffer tout cru par le molosse dont il a mordu les talons. Et que certains Musulmans pensent que le Prix Nobel devrait être attribué selon des principes ethniques, vu que les Juifs en ont récolté des paquets, et que les autres Sémites (faut-il rappeler à ces crétins que Juifs et Musulmans sont demi-frères, si l’on en croit la descendance d’Abraham ?) peinent à en décrocher un…

Mais enfin, écrire sur Twitter que la candidate — beau brin de fille, mais c’est normal, sinon elle ne serait pas là — est une bitch, comme disent ces analphabètes, parce que son père est israélien, ou que Hitler, encore une fois, a raté son coup, prouve le degré d’inculture, de racisme, de frustrations accumulées de quelques énervés dont on sait comment ils commencent et comment ils finissent. Moi qui croyais que le racisme était un délit, je me demande ce qu’attend la police pour arrêter les auteurs de tels propos.

facebook_1608461167438_6746375108431185709facebook_1608461094897_6746374804176899540facebook_1608461043874_6746374590165664565facebook_1608460990624_6746374366819895506Les Arabes ou les Turcs ont jadis constitué des empires. Les Juifs qui y vivaient étaient des citoyens de seconde zone — en Europe aussi, à la même époque. Mais aujourd’hui, de ces anciens empires, il ne reste rien — rien que des sables infertiles : inutile d’accuser la colonisation, il est des pays qui se débrouillent très bien pour faire leur malheur tout seul — l’Algérie, par exemple : comparez avec le Maroc, ancien protectorat français lui aussi, mais qui est largement sorti de la misère et de la superstition. Quant au sultan qui s’agite à Ankara, il cherche ainsi à camoufler l’échec de sa politique économique. Alors que l’Europe après la Révolution s’est réformée, même si comme disait Brecht, la Bête immonde est encore fertile — elle l’a prouvé à diverses reprises…

Eh bien voici la preuve de sa fécondité. Quelques énergumènes insultent, sous un courageux anonymat, une jolie fille qui par ailleurs ébranle sans doute leurs rêves… Et qui s’affiche en maillot de bain, sans même recourir au burkini exigé par la pudeur musulmane…

Ladite pudeur a ses meilleurs jours derrière elle. Dans les Mille et Une Nuits, l’un des plus grands romans jamais écrits (mais c’était il y a dix siècles), l’un des héros s’écrie, à la vue d’une houri terrestre : « Elle a un derrière énorme et somptueux qui l’oblige à se rassoir quand elle se lève, et me met le zeb, quand j’y pense, toujours debout ». C’était à l’époque où Bagdad était l’une des villes-phares de l’humanité — et où Haroun al Rashid, le sultan célébré de l’empire, parcourait sa ville en compagnie de son poète favori, homosexuel par choix — et ça ne gênait personne. 

Quand une nation, un peuple, un empire, ont des ressources, ils ne s’émeuvent guère des débordements lyriques des poètes. Que ce soit au niveau des civilisations ou des individus, le puritanisme est un effet secondaire de la nullité culturelle et de la peur de disparaître. Ils peuvent bien crier, déjà ils n’existent plus que dans la vocifération, l’imprécation, et le racisme. En un mot, la violence.

Cela dit, je sais que nombre de Musulmans n’adhèrent pas aux propos outranciers d’une poignée d’imbéciles. Et qu’ils regardent April Benayoum avec admiration — parce que le Beau reste le Beau, quelle que soit son étiquette. Mais les crétins hurlent si fort leur rage d’être des imbéciles qu’ils occupent le champ médiatique. Qu’ils le sachent : jamais un hurlement de rage n’a été un argument. Ni même une opinion. C’est juste un aveu d’impuissance — et c’est peut-être cela, le sale petit secret des antisémites.

Les sabotages d’Hercule, ou comment Macron veut faire disjoncter EDF

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© Mario FOURMY/SIPA Numéro de reportage: 00982562_000014

Une tribune libre de Jean-Frédéric Poisson, candidat à la présidentielle, président de VIA – la voie du peuple (Ex- Parti Chrétien Démocrate).


L’électricité française est l’une des moins carbonée du monde, majoritairement grâce à la part importante de sa production d’origine nucléaire (72% en 2018). Elle participe d’ailleurs à la lutte contre le changement climatique, avec une technologie maitrisée qui fait notre fierté, et en produisant une énergie économique de manière sûre et continue. Électricité de France est un des fleurons de notre industrie, et un acteur indispensable à notre équilibre énergétique. 

La Tour EDF (PB6) dans le quartier de la Défense, dans l'ouest parisien © MARIO FOURMU/SIPA Numéro de reportage : 00917792_000002
La Tour EDF (PB6) dans le quartier de la Défense, dans l’ouest parisien © MARIO FOURMU/SIPA Numéro de reportage : 00917792_000002

Or cette entreprise est aujourd’hui la cible d’une attaque menaçant notre indépendance énergétique. Le gouvernement de M. Macron et sa majorité soutiennent le plan dit « Hercule », qui a pour but d’organiser la vente d’EDF par départements, ainsi que le démantèlement de la filière nucléaire.

Ce plan « Hercule » est une opération de sabotage, pour ne pas dire un véritable attentat contre le bien commun de notre pays et de notre peuple

L’objectif du gouvernement, conjointement avec la Commission de Bruxelles, consiste à organiser la scission d’EDF entre la production d’une part, et la commercialisation de l’électricité d’autre part. Ceci reviendrait à privatiser les gains et à nationaliser les pertes sur l’autel de la concurrence européenne. Ou encore de faire supporter à la dépense publique les coûts des investissements, abandonnant leurs fruits aux opérateurs privés, sans aucune garantie réelle ni d’un meilleur service, ni de coûts de fourniture meilleur marché. Le contraire est même à craindre, dans la mesure où jamais la libéralisation d’un marché n’a conduit à une baisse des tarifs… 

A relire, nos révélations d’octobre: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

Hier Alstom, Alcatel, Technip, et tant d’autres entreprises françaises vendues par appartements à leurs concurrents internationaux, jamais pour la satisfaction de nos intérêts nationaux, et toujours avec la complicité du pouvoir. Aujourd’hui l’EDF : le pouvoir exécutif français continue à démanteler notre industrie, par soumission au dogme bruxellois et faute du courage suffisant pour résister. 

Ce plan « Hercule » est une opération de sabotage, pour ne pas dire un véritable attentat contre le bien commun de notre pays et de notre peuple. Léguée par les générations précédentes, issue du génie français, EDF est une entreprise performante. Elle emploie de nombreux travailleurs très qualifiés et verse régulièrement des dividendes substantiels à l’État. Elle a par ailleurs montré une très haute capacité de solidarité au lendemain des tempêtes ou des inondations qui ont frappé nos concitoyens. Elle a pour toutes ces raisons un rôle central à jouer dans la politique énergétique tout autant que dans la relance de l’économie en France. 

Évidemment EDF a besoin de réformes. Son statut d’entreprise publique ne la place pas à l’abri des conséquences de la globalisation. Mais la « réforme » proposée ici consiste à faire entrer la globalisation au cœur de l’entreprise plutôt que de la protéger, et par là même nous protéger tous.

Dès aujourd’hui, je veux dénoncer cet invraisemblable plan Hercule, qui met gravement à mal le peu qui nous reste de notre indépendance énergétique. 

Le maintien de l’ensemble de la production électrique sous la même autorité doit être garanti, conformément au cœur de métier de l’entreprise, dont des politiciens mal avisés et des prédateurs soucieux de s’engraisser ont désormais trop profité. En même temps que le renforcement de la part d’énergie nucléaire dans notre production, le recours aux énergies renouvelables doit être encouragé, la recherche et leur développement renforcés – le solaire semblant plus prometteur que l’éolien, rejeté à juste titre par la population. Mais le peuple français doit exiger sur ce point une condition : que ces énergies dites renouvelables ne soient pas aussi nocives pour l’environnement – le nôtre comme celui d’autres régions du monde – que le sont les énergies traditionnelles. Il est clair que contrairement à ce que chantent les mantras écologistes ces temps-ci, nous en sommes très loin…

A lire aussi: Proust à l’ombre des éoliennes

Voilà ce que devrait être simplement la politique de la France. Nous ne devons pas accepter de laisser démanteler par Bruxelles et aux ordres de Berlin le fleuron national de notre industrie énergétique. C’est en raison de ces renoncements permanents, de l’embourbement de notre pays, de ces soumissions à l’hégémonie de l’Union Européenne que je m’engage dans la bataille présidentielle. Comme beaucoup de Français, je refuse ce qui n’est plus un laisser-faire paresseux, une négligence destructrice pour notre peuple et notre pays, mais bel et bien une volonté. 

La politique de l’Énergie que je veux mettre en œuvre consiste donc à défendre les fleurons de notre industrie et à consolider une approche économique innovante. Le « nouveau monde » d’Emmanuel Macron est totalement passé à côté de cette réalité qu’il n’a ni vue ni anticipée, et que l’écologie politique contraignante est incapable de gérer.

Nous sommes face à l’impérieuse nécessité de conserver et protéger notre souveraineté énergétique mise en danger par le plan Hercule. Nous devons consolider  notre outil industriel nucléaire, continuer à développer notre savoir-faire, exporter notre technologie. Nous devons nous opposer au démantèlement d’EDF prévu par ce plan Hercule qui fera disjoncter l’intégralité de notre filière électrique, et la stratégie d’indépendance énergétique de la France.

Noël interdit au Québec

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Montréal © imageBROKER/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30238635_000003

2020, année de l’Homo sanitarus, est l’année où le lien social s’est brisé.


2020 aura été sans contredit l’année du nouvel ordre sanitaire. Ce nouveau régime est moins un produit ex nihilo que l’aboutissement de logiques et de façons de penser propres à la modernité. Jamais le monde n’aura été autant codifié et aseptisé: place au safe space politique, psychologique et maintenant sanitaire. Naguère lieu d’échange et de saines confrontations, l’espace public est déserté (physiquement comme intellectuellement) au fur et à mesure que nous sommes invités à rester confinés dans notre bulle pour notre santé physique et mentale. De notre confinement toujours plus grand naît une polarisation toujours plus grande. C’est le triomphe de la chambre d’écho.  

Des colonnes de chiffres, toujours des colonnes de chiffres…

Le nouvel ordre nous fait entrer dans une société qui n’est plus qu’un amoncellement de phobies et d’égocentrismes, un univers de l’aplanissement total où la possibilité de l’aventure est réduite à néant. Tout est gestion du risque, bilans, inventaires et police d’assurance. Notre monde désenchanté ne réfléchit plus qu’en termes de résultats, d’objectifs et d’oppressions potentielles (freiner plus de cas, épargner plus, optimiser des services, être plus représentatif de tel groupe, etc.). Nous quantifions et mesurons sans cesse, comme si les nombres affichés sur nos écrans pouvaient résumer nos vies entières. 

En kiosque: Causeur: Trêve des confineurs!

Ce monde hyper technicisé des «produits et services essentiels» ne permet plus aucune exception: les librairies, les arts et la culture, qui ont besoin d’un public en chair et en os, sont vus comme des entraves à la santé publique et non comme le moyen par lequel l’homme parvient à s’élever. Le sacré a disparu au profit de Netflix: tout est devenu cause et conséquence dans un monde obsédé par les corrélations. Ce monde sans passion ni magie, sans profondeur ni finalité autre que celle de repousser sans fin la mort, nous fait bien plus mal que le Covid-19.

Après la mort sociale, la vie numérique

Au Québec, l’interdiction du gouvernement Legault de se réunir en famille pour Noël en dit long sur une société qui vit dans le mythe de la solidarité alors que le lien social ne tient plus qu’à un fil dans cette province nordique où l’État est roi. Le Québec n’est pas la seule société occidentale à se trouver dans une situation pareille. En encourageant la délation des vilains débauchés qui oseraient encore se réunir à Noël, le gouvernement Legault et le maire de Montréal, Valérie Plante, assurent agir pour le bien commun, mais contribuent au fond à la dislocation d’une société qui n’avait déjà plus beaucoup de repères.

Valerie Plante, le Maire de Montréal © William Volcov/REX/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40718602_000059
Valerie Plante, le Maire de Montréal © William Volcov/REX/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40718602_000059

L’interdiction de se réunir en famille à Noël a été présentée par le gouvernement et des humoristes comme l’occasion rêvée de se libérer enfin du poids du groupe et de la tradition. Jamais la logique du repli personnel ne s’était autant imposée au Québec. En présentant les citoyens qui veulent se regrouper comme des extrémistes microbiens fomentant un quasi génocide, le gouvernement Legault contribue aussi au succès fracassant des GAFAM, dont le but est d’abolir les frontières géographiques par la voie du virtuel. Mais paraît-il que ce gouvernement est patriote et favorable à la «démondialisation».

À la poubelle, nos traditions

En Occident, nous célébrons avec passion les traditions des peuples étrangers grâce au multiculturalisme, mais nous contribuons à notre propre extinction culturelle en présentant les grands événements de notre vie comme des risques à prévenir, sinon comme des dépenses inutiles en temps ou en énergie. Peut-être même aussi en empreinte écologique. Le décorum se fait rare. Religieuses ou laïques, les quelques fêtes qui ponctuaient encore l’année étaient pourtant là pour nous rattacher minimalement à une communauté et à un cadre temporel indépendant de notre petite routine. On répète ad nauseam que les interdictions sont temporaires, mais elles laisseront des traces sur les mentalités, peu importe le moment de leur hypothétique levée. 

A lire aussi, Nadia Geerts: Le safe space ou la fabrique victimaire

Ils sont des milliers de décideurs et d’experts à nous expliquer que la perpétuation des mesures sanitaires – qui vont encore durer plusieurs mois selon les pronostics – relève de la science et uniquement de la science. Pourtant, si c’est évidemment la science qui nous permet de détecter le virus, le confinement relève d’une décision politique qui fait appel à une philosophie du risque zéro allant de pair avec la médicalisation de l’existence. Le confinement à long terme est aussi idéologique que scientifique, d’autant plus que nos saints outils «scientifiques» n’ont jamais pu prendre en compte l’infinie diversité des dommages collatéraux engendrés par ces mesures. 

L’erreur de l’Homo sanitarus est de croire qu’il peut aplanir toutes les courbes qui se présentent à lui comme s’il avait remplacé Dieu. Il pense qu’il peut confiner sinon vacciner son malheur, soulever toutes les montagnes qui le contrarient et vivre dans la propreté immaculée. Il pense qu’il peut ériger autour de lui une immense muraille aux allures de safe space. C’est une autre illusion qui le rend encore plus malade que le Covid-19.

La face cachée du multiculturalisme

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Le « Beauvau de la sécurité » ne peut réussir que sous certaines conditions…

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Gérald Darmanin, le 16 décembre 2020. © Stephane le Tellec-POOL/SIPA Numéro de reportage : 00996139_000010

Le « Beauvau de la sécurité », dont la date de début est prévue pour janvier 2021, doit déboucher sur une réforme de la police. L’initiative ne sera une réussite qu’à certaines conditions.


Pas la moindre hésitation : je connais et je respecte la police qui dans l’immense majorité de ses pratiques est digne de sa mission. Je rends grâce à l’institution policière, gardienne de la tranquillité publique et de la démocratie, et je ne suis pas de ceux qui la vitupèrent sans cesse sauf lorsqu’ils ont besoin d’elle.

Le manque de soutien d’Emmanuel Macron envers les policiers

J’ai déploré, bien sûr, que le président de la République, par démagogie, sur Brut, ait dénoncé les violences policières comme si elles étaient structurelles et non pas le fait de quelques fonctionnaires de police ayant eu un comportement illégitime. Il m’est apparu très dangereux de sa part de laisser croire à un parallélisme entre le rôle de la police avec l’usage de sa force légitime et les transgressions de ceux qui s’en prennent compulsivement à elle, par idéologie ou détestation réflexe pour tout ce qui est incarnation officielle.

Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP
Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP

Un président de la République ne devrait pas avoir un autre discours que de soutien, par principe, à un corps qu’il est essentiel de conforter dans le respect qu’on lui doit et l’obéissance républicaine que l’honnêteté citoyenne majoritaire ne discute pas.
Une telle attitude du président aurait été d’autant plus fondamentale que par exemple une forte proportion de la jeunesse, absurdement, incrimine le racisme de la police.

Le « Beauvau de la sécurité », une bonne initiative

Je ne méconnais pas le caractère purement tactique, le procédé de compensation qui sont à la base de la proposition du Beauvau de la sécurité, pour les élus, les citoyens et la police. Emmanuel Macron a cherché à rattraper ainsi son erreur d’analyse et de communication. Mais il n’empêche que même contraint et forcé, le président a pris une initiative qui a du sens et je regrette que les syndicats Alliance et UNSA aient d’emblée décidé de lui opposer un refus.

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Il me semble que le malentendu essentiel tient à une différence de perception sur la finalité de ce « Beauvau de la sécurité ». Son but ne sera évidemment pas de permettre à tous les syndicats policiers de formuler leurs revendications concrètes – le ministre de l’Intérieur reçoit le 18 décembre les représentants de la police et de la gendarmerie pour cela – mais de favoriser enfin l’existence d’un authentique débat démocratique pluraliste.

Il ne suffira pas de le limiter aux policiers, aux élus et aux citoyens mais il conviendra au contraire d’y insérer tous ceux qui directement ou indirectement participent du désarroi psychologique et humain de la police. Les magistrats et les journalistes notamment.

Entre les magistrats et la police, une relation tendue

La relation des magistrats avec la police suscite souvent chez elle l’irritation, parfois l’indignation la plus vive. Et la manière dont les journalistes, droite et gauche confondues, rendent compte de la réalité policière, de ce qu’elle affronte et de ce qu’elle subit est infiniment perfectible, surtout en se gardant de cette présomption de culpabilité qu’on attache plus volontiers aux défenseurs de notre société qu’à ceux qui la troublent et la mettent à feu et à sang.

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Quand j’étais magistrat, j’étais un partisan convaincu de ce que j’aurais aimé être les états généraux de la Justice et j’ai regretté, à un degré moindre, la disparition des portes ouvertes dans les juridictions. Parce que ceux-là comme celles-ci auraient eu des effets infiniment bénéfiques et éclairants pour la pacification du lien entre la société et le service public de la Justice.

Un Beauvau pour exprimer ce qui n’est jamais dit au quotidien

L’utilité du Beauvau de la sécurité, dans tous les cas, bien avant la satisfaction des revendications policières, tiendra à ce rassemblement des discours, des doléances et des protestations pour faire sortir chacune de ces instances, de ces solitudes aigries ou ignorantes, de leur autarcie, de les contraindre à écouter et à apprendre, de constituer cette réunion comme le droit, pour tous, d’exprimer ce qui dans la quotidienneté n’est jamais dit, une hostilité, un désir de reconnaissance, des contradictions qui, libérés, purifieront forcément une atmosphère généralement trop délétère.

Ces rencontres, à partir de janvier, ne seront pas un gadget, un artifice, une manipulation si on n’attend pas d’elles ce qu’elles ne pourront pas donner. Le Beauvau sera une réussite si police, ministère de l’Intérieur, élus, magistrats, juges et citoyens, mêlés, la poussent au meilleur.

Alors, oui au Beauvau malgré tout!

L’avènement de la biocratie

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Image d'illustration Engin Akyurt / Unsplash.

Le billet du vaurien


Il me semble de plus en plus vain de critiquer les mesures « liberticides » portant atteinte, au nom de la santé, à nos droits individuels, à la culture et à la liberté d’expression.

Pourquoi ? me demanderez-vous peut-être. La réponse est évidente: nous sommes entrés dans une ère nouvelle que je qualifierais volontiers de biocratie, biocratie qui est par ailleurs largement plébiscitée par la population. La démocratie était à bout de souffle, flirtant tantôt avec un populisme inspirant la terreur, tantôt avec un socialisme devenu obsolète. La démocratie avait eu son heure de gloire, mais comme l’aristocratie avant elle, le déclin la guettait. Plus personne n’y croyait vraiment: le désarroi de ses dirigeants le disputait à leur peur panique d’être trainé devant des tribunaux, populaires ou médiatiques.

En revanche, la biocratie qui n’aspire qu’à préserver la vie – que ce soit celle de la planète ou celle des individus – était visiblement attendue, aussi bien par les écologistes que par des populations vieillissantes plus soucieuses d’une retraite confortable que d’utopies politiques dont elles avaient été gavées et qui ne suscitaient plus que des sourires attendris ou narquois. Le Covid-19 est arrivé à point nommé pour semer la frayeur dans le monde entier et instaurer cette biocratie qui imposa aussitôt ses nouvelles règles – hygiénistes bien sûr – et son administration reposant sur un ordre médical prêt à se déchirer pour des miettes de pouvoir et les profits qu’il en tirerait.

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La biocratie qu’on peut définir comme la santé plus la surveillance de tous par chacun, est une forme de gouvernance presque impossible à combattre. Elle ressemble à une dictature, sans en être une. Son modèle pourrait être chinois. Au fait, qui a dit que quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera? Oui, le monde tremble, mais de peur. Tout en étant soulagé que tant d’experts en santé publique veillent à sa protection et nous débarrassent incidemment de ce poids qu’on appelait autrefois la liberté. Il ne nous en reste plus que le goût, mais il est amer.

Il paraît qu’avec le Covid 19 de nombreux patients même guéris souffrent d’hallucinations visuelles. Ainsi, une femme en rentrant chez elle s’est mise à voir des lions et des singes. Il m’arrive à moi aussi de voir des populations entières masquées. Sans doute suis-je victime d’hallucinations. J’entend également des pontes de cette nouvelle religion affirmer que, même avec des vaccins, il faudra continuer à adopter les fameux gestes-barrières jusqu’à la fin des temps. Serais-je victime d’hallucinations auditives ? À moins que la biocratie n’engendre une forme de délire collectif.

Petit scandale: Marcel Campion accusé de ne pas être gay friendly

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Bruno Julliard et Anne Hidalgo en 2017 © Jacques Witt / Sipa/SIPA Numéro de reportage : 00824610_000012

Ah, la jaquette et l’étiquette! Déplaisants, des propos insignifiants sur des élus à l’homosexualité revendiquée peuvent désormais valoir condamnation en justice. Marcel Campion vient d’en faire l’expérience en étant condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir dit que Bruno Julliard « était de la jaquette ».


Pourquoi certains mots sont-ils interdits alors que pleins d’autres sont permis ?

Le lobby gay à travers les âges

Pendant longtemps – sauf chez les Grecs de l’Antiquité – l’homosexualité a été réprimée. Oscar Wilde a fait de la prison en Grande-Bretagne pour pédérastie (c’est comme ça qu’on disait à l’époque). Sous l’Occupation l’homosexualité a connu des moments fleurissants. Jean Cocteau et son amant Jean Marais pouvaient sans difficultés s’achalander en jeunes garçons dans les boîtes qui en proposaient à la pelle. Reste que pour autant l’homosexualité a été considérée le plus souvent comme un vice. Tout cela est fini et heureusement fini. Le mariage pour tous a consacré cette incontestable avancée. 

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Paris n’est plus vraiment Paris

Venons-en aux faits maintenant. Nous allons vous parler de Marcel Campion le roi des forains, qui est une grande gueule passablement vulgaire. Et de lui et de Bigard on ne sait lequel des deux a copié sur l’autre. La phrase incriminée qui lui a valu sa condamnation est la suivante : « Bruno Julliard est un peu de la jaquette… Il a fait des folies avec Bertrand Delanoë et, paf, il s’est retrouvé premier adjoint à la mairie de Paris ». On a connu plus élégant et plus fin. Mais Campion ne parle pas comme la Princesse de Clèves. Fallait-il pour autant le condamner ? Certainement pas : la vulgarité n’est pas punie par la loi. 

Anne Hidalgo et Marcel Campion, en 2016 © COLLOT HENRI/SIPA Numéro de reportage  : 00748607_000005
Anne Hidalgo et Marcel Campion, en 2016 © COLLOT HENRI/SIPA Numéro de reportage : 00748607_000005

La vulgarité est-elle interdite?

Depuis quelques années homosexuels et hétérosexuels sont égaux. C’est une bonne chose. Mais égalité suppose égalité de traitement. Sera-t-on condamné si l’on écrit que Julie Gayet « a fait des folies » avec François Hollande ? Sera-t-on traduit en justice si l’on dit que Carla Bruni a eu des bontés pour Nicolas Sarkozy? Les gays ont des droits mais ils n’en ont pas plus que d’autres.

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Il me revient que Pierre Bergé – qui s’était arrangé pour caser un de ses amants à la mairie de Paris – plaidant pour la GPA avait déclaré : « des ouvrières louent leurs bras, elles peuvent bien louer leurs ventres ». Ce n’était pas vulgaire : juste infâme. On avait là un milliardaire parlant des esclaves féminines… Bergé a-t-il été condamné ?

Tant d’humoristes pour si peu d’esprit

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L'humoriste Daniel Morin photographié à Radio France © Bruno Coutier / Bruno Coutier via AFP.

Les humoristes professionnels se multiplient et on n’a jamais moins ri. Faut-il croire que notre modernité se piquant d’être drôle manque tout le temps sa cible?


Parce qu’elle confond les genres et mêle des dispositions et des exercices qui n’ont rien à voir les uns avec les autres ? Parce qu’elle sous-estime les qualités qui permettent à des professionnels du spectacle de vraiment faire rire ? Parce qu’aujourd’hui n’importe qui peut se lancer dans l’espace artistique en étant pourtant largement privé de la culture, de l’oralité et de l’intelligence nécessaires à l’expression d’un authentique esprit ?

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Chamfort a répondu à quelqu’un affirmant qu’il « courait après l’esprit », qu’il « pariait pour l’esprit ». J’ai l’impression qu’il pressentait tout ce que l’actualité nous inflige comme prétendus « rigolos » qui sont aux antipodes de la libération d’un rire spontané et admiratif. Parce qu’il n’est pas facile de faire sortir notre humanité, dans ses composantes si contradictoires, de son sérieux, de sa gravité, même de ses angoisses.

André Bercoff, dans « Bercoff dans tous ses états » a consacré une émission passionnante le 18 décembre à l’humour et à la répartie. L’auditeur percevait d’emblée la difficulté, qui crée la confusion, voire l’escroquerie d’aujourd’hui, tenant à la dénaturation de certaines notions. La dérision, la causticité, la polémique, la répartie, la méchanceté ou la partialité se mettent dans la mouvance de l’esprit pour bénéficier de son aura mais échouent souvent lamentablement à en respecter les exigences. Parce qu’elles imposent des vertus qui ne sont pas communément partagées.

Il faut d’abord si bien maîtriser le langage dont on peut, usant de lui comme d’un instrument, faire surgir les effets de style, les paradoxes heureux, les traits étincelants, les pensées singulières qui en quelques secondes, en plusieurs minutes, en une heure enchantent. Parce qu’ils ne relèvent pas de banalités s’acharnant en vain à faire s’esclaffer mais d’une approche révélant à la fois la qualité souriante du propos et l’élégance de celui qui le profère.

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Ensuite, l’esprit n’a pas pour vocation de se faire rire, soi, il n’est pas destiné à obtenir les suffrages automatiques de ceux qui feignent une hilarité désaccordée d’avec la drôlerie prétendue proposée: qu’on songe, par exemple, dans l’émission de Nagui La Bande originale (France Inter), au caractère douloureux de l’écoute d’un Daniel Morin ostensiblement applaudi par la claque des autres chroniqueurs, puis aux brillantes variations d’un Tanguy Pastureau, qui se suffisent à elles-mêmes. Sans passer sous silence, sur cette même radio publique décidément spécialisée dans de choquants clivages, les interventions aigres d’un Guillaume Meurice incarnation d’un genre qui fait du mépris son ressort fondamental.

Pour diffuser un esprit suscitant un consensus – qui par exemple discuterait celui d’un Sacha Guitry, d’un Jean Poiret, d’un Woody Allen, d’un Edouard Baer ? -, il convient de se garder comme de la peste du péché mignon de se croire indispensable au débat public, de se hausser sur la pointe de la réflexion, mais malheureusement sans résultat. Bien au contraire.

Qu’il est affligeant de percevoir des efforts qui ne pourront jamais être couronnés de succès parce que faire rire n’est pas une mince affaire et qu’il ne suffit pas de cracher vulgairement sur les uns pour plaire aux autres. Le risque est de s’aliéner les deux camps.

Alors pourquoi tant d’humoristes et si peu d’esprit ?

Parce que je ne suis pas loin de considérer que l’humour est une denrée, une richesse, trop précieuse pour être confiée à des professionnels et que rien ne vaut son irrigation dans la quotidienneté et la manière dont chacun, presque sans le savoir, offre à l’autre l’immédiateté de ses pointes, de ses saillies. S’efforcer de délivrer de la drôlerie, par obligation, est au fond la pire des méthodes pour tenter de démontrer qu’on en est capable.

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L’esprit est liberté, spontanéité, jeu du langage, jeu sur le langage, volonté de s’inscrire dans l’universel en ne s’abandonnant pas à la facilité du partisan ou de l’idéologie – ils sont tous à gauche, nos humoristes d’aujourd’hui – ou de la dérision qui n’est que le travestissement mesquin d’une vision privée de souffle. On tente de moquer ce qu’on est incapable d’atteindre, d’égaler.

Il me semble que la controverse est vite tranchée qui interroge sur le point de savoir avec qui on a le droit de rire. Pierre Desproges refusait de le partager avec n’importe qui. Et s’il convenait d’en faire bénéficier tout le monde mais à condition que ce soit drôle ? C’est dorénavant le principal obstacle !

Au fond, et en forçant à peine le trait, les humoristes sont légion, et l’industrie de l’humour prospère, tous sexes confondus, parce que précisément l’esprit est rare.

Fernand Trignol, styliste de Pantruche

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© Les Lapidaires

Une jeune maison d’édition parisienne ressort les Mémoires d’un truand datant de 1946


Dans l’argot comme dans les lettres françaises, il y a les parvenus et les faubouriens, les faiseurs et les fleurs de pavés, les truqueurs et les enfants de Marie. Déjà, en leur temps, Alphonse Boudard et Albert Simonin avaient théorisé à l’usage des agrégés ignorants, cette langue verte et vache, indisciplinée et musicale, qui fait culbuter la phrase, lui redonne son souffle vindicatif et son amertume originelle. Albert Paraz se moquait de « l’argot de cheftaines, de journalistes, de mondains, qui est le contraire de l’argot. C’est celui qui a toujours été parlé par les médiocres, celui d’Eugène Sue, alors que celui de Stendhal reste vivant. Plus on est argotier, plus on doit être puriste ».

L’argot ne se regarde pas écrire

A trop vouloir singer l’argot, on passe vite pour un cave. L’argot ne s’apprend pas dans les colloques, il a quelque chose de vif comme un coup de surin dans la nuit froide, de spontané qui confine à la brutalité jouissive, il est imbibé de ce désespoir atavique qui ne psychologise pas les situations. L’argot ne se regarde pas écrire, il est profondément réactionnaire. Il n’y a pas de place chez lui pour les bons sentiments, il est de ces plaies d’enfance dont on ne guérit jamais vraiment. Il peut être drôle, imagé, tonique, salace ou guinchant, il demeure l’expression de la rue, celle de l’homme misérable qui accepte son destin.

Une toute jeune maison d’édition, Les Lapidaires, lancée cette année, en plein Covid, c’est dire l’audace et la dinguerie d’une opération aussi aventureuse, ressort un livre paru en 1946. Double peine assurée : faillite du papier, l’objet livre a du plomb dans l’estomac et excavation d’un Paris glandilleux. Messieurs, les progressistes ne vous disent pas merci. Pantruche ou les mémoires d’un truand écrit par un certain Fernand Trignol (1896-1957) dont la trace avait presque disparu nous ramène dans un Paris populeux des années 1930, entre marlous et courses hippiques, entre la fête permanente des Six-Jours et le cinéma de Duvivier ; Gabin était fringant, Carco poétisait la mouise et le vélo excitait les foules. Les Lapidaires expliquent le choix de cette reparution par le style : « un bijou d’esprit à la française ». Le mot honteux est lâché.  Qu’ils en soient ici félicités !

Quand Fernand Trignol conseillait Gabin

La fiction contemporaine fait la chasse au style depuis un quart de siècle, elle ne reconnait en son sein que les écritures blanches et les romans à thèses. Chez ces gens-là, les mots sont froids comme les viandes. Que sait-on du dénommé Trignol ? La base de données de la BNF indique seulement son lieu de naissance à Neuilly-sur-Marne, sa mort à Paris dans le XIIème arrondissement et deux livres publiés : Vaisselle de fouille aux éditions de la Seine en 1955 et Pantruche, réédité aujourd’hui dans une belle finition (couverture à rabat, illustration par trop tartre et grammage correct pour une bonne prise en pogne).

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Cette mince fiche anthropologique mérite que l’on s’intéresse à son matricule. Trignol n’était pas homme à échafauder des plans de carrière dès l’école communale ou à hypothéquer son avenir dans une carrière oisive de fonctionnaire émérite. L’incertitude était son quotidien. Il voyageait donc léger, sans diplômes, sans papiers parfois, mais avec cette forme d’intelligence suprême qui l’amènera à rencontrer des personnages hors-normes. Notre monde moderne désincarné n’aligne que des stéréotypes, il n’y a plus de gueules, ni de caractères. Les figures ont été effacées de notre imaginaire. Notre société crève de son insipidité sentencieuse. Trignol n’avait que des passions saines dans la vie : les filles, le Vel d’Hiv, les chevaux et les acteurs. C’est bath les acteurs ! Il va donc exercer divers métiers, toujours à la lisière de la légalité. Bistrotier louche ou parieur-grugeur sont des professions très convenables pour ce tricheur-né. Il connaîtra la célébrité en côtoyant notamment le Dabe au poste sur-mesure de « conseiller technique du milieu et conseiller argotique pour les dialogues » dans des productions telles que La Bandera, Pépé le Moko ou Paris-Béguin. Cet expert en truanderie avait le sens de l’amitié.

De Chaplin à Trotski

Dans l’avant-propos reproduit tel quel, Gabin parlait de son « vieux Fernand » comme d’un homme d’honneur : « Personne comme toi n’a assisté aussi souvent à ma mort et n’a été témoin de mes crimes ». Ce livre de souvenirs a une saveur inimitable, les formules fusent, les mauvais garçons ne sont pas en toc, les belles gosses font des ravages, on y croise Chaplin et Trotski, Fernandel et Tristan Bernard, et même Courteline dans ses dernières années. Suivons les conseils de Carco qui l’introduisit dans le cinéma avec cette missive : « Je vous recommande mon ami Trignol. Il est pauvre, mais malhonnête. C’est exactement le type qu’il nous faut ».

Pantruche ou les mémoires d’un truand de Fernand Trignol – (Les Lapidaires)

Pantruche ou les Mémoires d'un truand

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Rome: le Rubicon et les biftons

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Frédéric Ferney. © Hannah ASSOULINE

À Rome, dans les dernières années de la République, la corruption règne à tous les étages, l’argent sale est un outil électoral et l’obtention d’avantages ou de faveurs, un système. On n’a plus l’idée de cela !… Petite leçon de démocratie à la mode latine. 


On sait combien les hommes de la Révolution française ont idéalisé la vertu incarnée par la République romaine. Leur guide, c’est Jean-Jacques (Rousseau), le législateur des âmes et l’adversaire de tous les vices ; leur bréviaire, les Vies parallèles des hommes illustres de Plutarque – le destin de Brutus qui pousse le bouchon jusqu’à assassiner Jules César, son père adoptif, pour sauver la patrie leur tirait des larmes.
Aussi eussent-ils frémi d’horreur, eux qui voulaient purger l’Europe de ses tyrans et régénérer le genre humain – Marat l’intransigeant, le justicier furibond poignardé dans sa baignoire, ou Robespierre l’incorruptible, malade de pureté et fanatiquement honnête –, s’ils avaient su à quel degré la corruption sévissait à Rome dans les ultimes décennies de la République.
Tous étaient fils de Brutus dans leur rêve.
Oublions Mirabeau, stipendié en douce par le roi Louis XVI, et Danton, plus indulgent, c’est-à-dire un brin vénal –et prévaricateur !
Quand on relit les auteurs latins Salluste et Cicéron, deux indignés de l’époque, vantés pour leur éloquence – mais eux non plus n’étaient pas blancs comme neige –, on doit se rendre à l’évidence : la concussion, les scandales financiers et les affaires ont été au cœur de la vie démocratique à Rome.
Tous pourris ?

Nous sommes au Ier siècle avant J.-C.
Rome, toujours hantée par la guerre civile, vit des heures troubles. Le frêle équilibre des institutions que la République avait su maintenir à ses débuts menace de se briser. Les mœurs des élites ont changé, le souci du bien commun s’est perdu.
De l’idéal austère du patriciat ancien ne subsiste qu’une faible et glorieuse empreinte.
Les valeurs civiques – peut-être n’ont-elles été dès l’origine que les ressorts d’une illusion passionnée – s’effacent devant les prétentions d’une caste sénatoriale qui s’arroge tous les droits et ne défend plus que ses intérêts.
Le fier emblème de la République, SPQR (Senatus Populus que Romanus), qui figure au fronton des temples et des édifices publics et qui symbolise l’unité de la nation, c’est une blague ! À moins d’être aveugle – la plupart des citoyens le sont tout en éprouvant confusément un malaise –, on ne peut que constater la fracture entre le peuple et les élites.
Au sommet de l’État, on se croit tout permis ; on se dépêche d’être riche et puissant – on l’était déjà par la naissance, ben quoi ?…on fait fructifier ce qu’on a reçu ! On s’affaire, on se déprave, on se hisse.On privatise. Le pouvoir, les dignités, les places – consuls, préteurs (magistrats), questeurs (comptables du Trésor public), édiles. On prend tout, on veut tout. Et vite.

La République se met au service d’une oligarchie avide qui cumule le pouvoir et l’argent.Autrefois, s’engager au service de l’État, c’était obéir à un devoir moral et patriotique. « De nos jours, se récrie Salluste, les hommes nouveaux s’efforcent de conquérir commandements et honneurs non par le mérite, mais par le brigandage[tooltips content= »Cette chronique doit beaucoup aux travaux de l’historienne Cristina Rosillo Lopez, auteur de La Corruption à la fin de la République romaine, IIe-Ier siècle avant J.-C., Franz Steiner Verlag, 2010. »](1)[/tooltips] » ! En latin, rapina, ça dit bien ce que ça veut dire : « Vol ou pillage commis avec violence par des malfaiteurs généralement en bande[tooltips content= »On songe à la subtile pudeur de Jaurès parlant du gouvernement révolutionnaire de la Ire République : « Le brigandage du négoce, qu’il faut bien distinguer du commerce », dit-il… Ah ! ces socialistes – ils sont impayables ! »](2)[/tooltips]. »
Oui, je sais, je vous parle ici d’un pays lointain, et d’une époque révolue, nous vivons en France sous le régime d’un président ennemi de la fraude et partisan d’une république irréprochable. Nous sommes français grâce à Dieu, gouvernés par des personnes qui nous aiment et qui nous protègent.

@ Soleil
@ Soleil

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Petite leçon d’économie antique !
Un peu d’histoire – car tout est vrai, tout recommence.
À l’époque, l’annexion des régions conquises par la république impériale alimente un flux considérable de richesses vers Rome. Tandis que les paysans sont livrés aux spéculations des grands domaines agricoles, le commerce s’enfle des capitaux étrangers qui circulent d’un rivage à l’autre du monde romain.
La mondialisation heureuse, déjà ?
Des hommes ambitieux et habiles bâtissent leur puissance en contrôlant de vastes réseaux financiers. Des fortunes immenses s’amassent en peu de temps. Les pauvres sont de plus en plus pauvres, et les riches de plus en plus riches. Les inégalités deviennent colossales. La colère monte. On l’ignore ou on la réprime.
Ça ne peut pas durer.
Dans les dernières décennies de la République, la concurrence entre les partis politiques – et au sein même des partis– devient féroce. Pour gagner les élections, il faut dépasser ses rivaux en faste et en prodigalités.
La corruption règne à tous les étages.
Car à Rome, l’argent sale est un outil électoral. Et l’obtention d’avantages et de faveurs, la brigue (en latin : l’ambitus), un système.
On n’a plus l’idée de cela – pardon, je suis taquin !
On distingue alors deux types de délit : le péculat, le vol d’argent public, et la res repetunda, à savoir l’acceptation illicite de dons, de (rétro)commissions, de cadeaux, bref, l’enrichissement personnel lié à une charge publique.
Dès le milieu du IIe siècle (avant J.-C.), ces infractions relèvent d’un tribunal permanent, mais les pots-de-vin offerts par les ambassadeurs étrangers, les conflits d’intérêts et les malversations les plus flagrantes sont rarement condamnés, faute de preuves.
Les signes extérieurs de richesse, quand on est déjà riche, et qu’on fréquente des riches, qu’est-ce que ça prouve, hein ? Une villa à Capri, un yacht à Ostie, un palais à Syracuse (ou un riad à Marrakech), et alors ?
D’ailleurs, la corruption, quel vilain mot ! C’est du lien social, une solidarité de clan, une forme d’amitié entre égaux. On dirait aujourd’hui : du copinage, parce qu’on adore simplifier.
Car dans notre appréhension de la chose publique romaine, nous peinons à séparer trois pratiques distinctes : la corruption, le clientélisme, soit un lien d’allégeance personnelle entre un patron et son protégé, et ce qu’on appelle à Rome l’évergétisme. Une coutume locale qui consiste pour un notable fortuné à faire bénéficier la collectivité de ses largesses.
On offre au peuple des fêtes, des banquets, des stades, des amphithéâtres. Une bibliothèque ? À quoi bon puisque la plèbe est analphabète ? Des grandes vacances ? Non, on n’est pas à Levallois-Perret ! Ce qu’ils réclament: « Du pain et des jeux. »
En français d’aujourd’hui : « Le foot et le loto » !

Les Romains n’ont pas songé à se doter d’une loi hypocrite visant à réguler le financement des campagnes électorales et des partis politiques.Un sénateur avisé doit donc compter sur son patrimoine, sur celui de sa famille et de ses alliés les plus fortunés.
Un peu comme aux États-Unis aujourd’hui ?… Lors de la dernière élection présidentielle, en novembre 2020, les frais de campagne ont atteint 456 millions de dollars pour Trump et 484 pour Biden.
À Rome aussi, les prêts sont contractés auprès d’amis sûrs, ce qui vaut mieux que de s’adresser à des gens peu recommandables, des barbares sans honneur, des parvenus, des métèques chamarrés d’or et d’infâmes superstitions – Égyptiens, Syriens ou Scythes qui rêvent d’acheter en sous-main les gladiateurs du Colisée, de faire rôtir les oies sacrées du Capitole et vas-y ! de transformer le Forum en bazar.

Le côté sombre du Forum romain. © ImageBroker/Leemage
Le côté sombre du Forum romain. © ImageBroker/Leemage

Ces transactions occultes sont-elles légales ? Pas vraiment. Que fait la justice ? Pas grand-chose.
Les élus crapuleux sont naturellement assez riches pour acheter les juges. Et quand par miracle ils sont condamnés, ils parviennent le plus souvent à s’enfuir dans un exil doré ; ils échappent à l’amende : 40 millions de sesterces dans le cas du sinistre Verrès, le propréteur (gouverneur) de la Sicile – un mixte entre Göring et Cahuzac. Un précurseur ?… Accusé de fraude et de parjure par Cicéron, esthète et scélérat – il a dérobé les œuvres d’art de toute la province –, il devra se réfugier… à Marseille.
Bref, à Rome, un homme pauvre, isolé et sans relations ne peut s’élever sur la scène publique.
Si l’on veut conquérir le pouvoir, il faut au préalable avoir tissé autour de soi un vaste réseau d’obligés, de clients, d’affidés, qui en échange de services rendus vous apporteront leur soutien – en espèces sonnantes et trébuchantes – au moment des grands rendez-vous électoraux. Les prêteurs seront récompensés plus tard.
Tous ces traficotages ne font que s’amplifier pendant les élections, mais les mandats des magistrats étant annuels, la Ville est en permanence en période électorale !

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Ce qui mine le dernier siècle de la République, et ce qui va précipiter sa chute (entre la mort de Jules César en -44 et l’avènement d’Auguste qui met fin à plusieurs années de guerre civile, en -27), c’est la compétition stérile entre les deux partis dominants : les Populares et les Optimates. La gauche et la droite ? Pas tout à fait, encore que.
D’un côté, on a les conservateurs qui s’appuient sur la tradition et l’autorité des anciens. De l’autre, les tribuns de la plèbe, faux démocrates et vrais démagogues, qui convoquent les suffrages de la rue et manipulent habilement l’opinion pour assouvir leurs ambitions personnelles. Les premiers se drapent avec emphase dans les valeurs sacrées de la République tout en agitant le chiffon rouge du populisme. Les seconds ameutent la foule, appellent à la « convergence des luttes » et fédèrent les mécontents.
Étrange pays.
On mentionne dans les annales les agissements d’un certain Lucius Melenchonus, qui par ses diatribes contre le système, ne cessa de susciter de fausses espérances dans le cœur des gens.
Le peuple est le spectateur las des rivalités entre ces deux factions qui semblent uniquement guidées par la soif de pouvoir et l’appât du gain. Aussi Salluste qui feint de s’en étonner sonne l’alarme :
« Mais qui sont ces hommes qui se sont emparés de la République ? Des gens d’une cupidité sans bornes pour qui tout ce qui est vertu ou vice est une occasion de profits. Plus ils sont coupables, plus ils sont à l’abri ! La crainte que devraient leur inspirer leurs crimes, c’est à vous qu’ils l’inspirent, par votre lâcheté. Si vous aviez autant souci de la liberté qu’ils ont de rage pour la domination, la République ne serait pas livrée au pillage, et vos bienfaits iraient aux meilleurs, non aux plus effrontés ! »
Il a un petit côté Gilet jaune, Salluste, dans ses exagérations et dans ses refus – mais sa valeureuse tirade, hélas, resta sans effet, Rome s’enfonça toujours plus dans le lucre et dans la décadence.
Et nous alors ?
Plusieurs sondages montrent qu’aujourd’hui environ 70 % des Français estiment que leurs dirigeants politiques sont « plutôt corrompus ». En 2019, la France était classée au 23e rang en matière de corruption avec un IPC (indice de perception de la corruption) de 69/100 selon Transparency International[tooltips content= »0 correspondant à un pays extrêmement corrompu et 100 à un pays sans corruption. »](3)[/tooltips] – loin derrière la Suisse et juste après les Émirats arabes unis !
Pas de quoi se vanter.
La corruption – Cioran, dans son essai De la France, y voyait l’apanage d’une civilisation molle et faisandée –, c’est d’abord une mauvaise odeur qu’on décèle, avant d’être un délit qu’on doit constater et punir.
Mais comment font-ils à Transparency International pour calculer ça ?… Je l’ignore.

Vies parallèles

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"Tu seras un raté, mon fils !": Churchill et son père

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La décapitation de Samuel Paty: crime d’un fou ou tendances fanatiques internes à l’islam?

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Devant le collège de Samuel paty à Conflans Ste Honorine, octobre 2020 © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00986401_000005

Une tribune de Stéphane Valter, professeur à l’Université de Lyon 2, auteur de Fâtwas et politique Les sociétés musulmanes contemporaines aux prismes de la religion et de l’idéologie, Paris, Éd. du CNRS, 2020


La décapitation de Samuel Paty, ancien étudiant de Lyon 2, est une infamie révélatrice de graves tensions socio-idéologiques. Si on ne peut faire d’aveugles amalgames, comment nier la dangerosité d’une idéologie exclusive ? (On pourrait être de plein droit, à ce propos, islamophobe, si l’on entend par là la condamnation des manifestations malsaines d’une idéologie, mais non, bien sûr, le rejet d’individus en tant que tels).

Le Coran fut révélé au gré des circonstances historiques, et le message diffère donc parfois, en dépit des constantes. Quant à la tradition (en large partie apocryphe), elle reflète aussi des réponses variées à des situations diverses. On trouve dans le Coran des versets qui appellent à la dilection envers l’Autre comme à la marginalisation des juifs et des chrétiens, plus au massacre des infidèles (qu’est-ce d’ailleurs qu’un infidèle ?). On peut ainsi lire ce texte soi-disant sacré (car seule la vie est sacrée) de différentes manières. L’individu compréhensif et bienveillant y trouvera des exemples d’humanité, pour l’édification de son âme et le bonheur des autres, alors que la personne déséquilibrée et sectaire n’y verra que des injonctions comminatoires à condamner et réprimer, voire exécuter, pour plaire à une divinité assoiffée de sang, qui ignore le pardon.

A lire aussi: Quelles défenses spirituelles face à l’islamisme?

Manifestations contre la France à Dhaka, Bangladesh, le 28 octobre 2020 © Suvra Kanti Das/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40801396_000040.
Manifestations contre la France à Dhaka, Bangladesh, le 28 octobre 2020 © Suvra Kanti Das/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage: Shutterstock40801396_000040.

Les pétrodollars dépensés pour financer l’idéologie wahhâbite

La majorité des musulmans ne se distinguent pas des autres hommes, pour le meilleur et le pire, et la perception de la norme divine (qui n’existe que dans l’imagination) dépend in fine de la psychologie de chacun. Ceci dit, la perception rigide de cette prétendue norme islamique (inférant un ordre social) existe bel et bien. L’intolérance islamique s’est renforcée après la guerre de 1973 : les pétrodollars reçus par l’Arabie saoudite ont été dépensés par centaines de milliards pour financer l’idéologie wahhâbite islamo-fasciste de par le monde. Résultat de ces dépenses colossales : des millions d’individus ont été formatés dans le moule réactionnaire d’une vision étriquée de la religion, où quasiment tout est prohibé, et tout débordement puni par le sabre. Que l’on se rappelle les quelque 150 000 victimes – musulmanes – du fanatisme religieux lors de la récente guerre civile algérienne.

Même s’il a admis que la décapitation était « un acte criminel odieux », le grand cheikh de l’université-mosquée cairote d’al-Azhar – une référence religieuse « modérée » dans le monde musulman sunnite – a déclaré qu’insulter les religions au nom de la liberté d’expression constitue « un appel à la haine »

La dérision envers le prophète – totalement sacralisé – est considérée comme un blasphème. Le prophète lui-même était en général tolérant, sauf avec ceux qui se moquaient de sa vocation prophétique : il fit ainsi assassiner quelques personnes, hommes et femmes, pour venger son honneur outragé qui avait été persiflé en vers. Si on conjugue le rejet total de toute raillerie envers le prophète à l’idée suprémaciste que l’islam est supérieur aux autres religions, même monothéistes, on comprend comment un individu déséquilibré, fanatisé par l’idéologie wahhâbite anathématisante, a pu commettre une telle monstruosité.

Le terreau fertile à l’assassinat de Samuel Paty

Un paradoxe est que le texte coranique, malgré son caractère souvent impérieux, n’est en fait pas réellement normatif : une minorité de versets édictent des normes juridiques, mais tout le reste demeure à portée générale. C’est la loi chariatique – œuvre humaine – qui a ensuite conféré un caractère juridique marqué aux questions soulevées dans le Coran, en particulier via l’expertise des jurisconsultes, émetteurs d’avis (et non d’injonctions) juridiques, les fameuses fatwâs. Mais pour les esprits étroits, l’avis est une injonction légale obligatoire, dont l’accomplissement constitue un devoir religieux, quelles qu’en soient les conséquences. Que le commanditaire du meurtre ait donné son ordre sous la forme d’une fatwâ (sans qu’il eût la légitimité technique pour le faire) ou non, l’assassin a bien cru que décapiter un fonctionnaire de l’Éducation nationale était une obligation fondamentale de sa vision – déformée – de l’islam, et que Dieu lui demandait une prompte justice, en débarrassant au plus tôt la terre d’un coupable qui la souillait.

Quelques voix s’étaient élevées, avant le meurtre, pour condamner toute dérision vis-à-vis du prophète. Le terreau était donc fertile pour le passage à l’acte, avec un lien indubitable entre une idée fétide et un acte répugnant. Après la décapitation, d’autres voix ont lâchement justifié cet acte… 

Encore bien du chemin à parcourir

Déclarations antirépublicaines, actes anti-chrétiens et anti-juifs, immondes attentats, meurtrissent depuis des décennies une société ouverte et tolérante. Le remède ne se trouve qu’entre pédagogie exigeante et répression implacable.

A lire aussi: Islam: enfin une analyse historico-critique du Coran en langue française

Malheureusement, même s’il a admis que la décapitation était « un acte criminel odieux », le grand cheikh de l’université-mosquée cairote d’al-Azhar – une référence religieuse « modérée » dans le monde musulman sunnite – a déclaré qu’insulter les religions au nom de la liberté d’expression constitue « un appel à la haine ». Le grand cheikh se doit de rester en phase avec ses millions d’ouailles conservatrices s’il veut continuer à jouir de quelque crédit… Expurger de l’islam les enseignements intolérants et les normes liberticides, mettre en valeur le seul côté humaniste en neutralisant les scories doctrinales d’un passé révolu, refuser que le sacré soit utilisé à de basses fins politiques, communautaristes, et même criminelles, travailler pour que la piété l’emporte sur l’autoritarisme d’une foi sans cœur, voici les défis à relever.

Nahdlatul Ulama, la plus grande organisation musulmane d’Indonésie, même si elle a encore du chemin à parcourir, a vu des milliers de ses savants religieux promulguer une fatwâ éliminant la notion d’infidèles. Il appartient aux représentants de l’islam en France de ne tolérer aucune dérive raciste, aucune position sectaire, afin de montrer que l’islam n’est pas l’image déformée qu’en donnent les terroristes.

Fatwâs et politique

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