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Quelles défenses spirituelles face à l’islamisme?

La France est une nation désarmée

Quelles défenses spirituelles face à l’islamisme?
Hommage à Poissy après l'assassinat de Samuel Paty © ISA HARSIN/SIPA Numéro de reportage: 00986699_000007

Des Français sont séduits par l’idéologie islamiste, d’autres refusent de condamner les crimes terroristes de cette doctrine ou de se soumettre aux lois de la République française. Et si tout cela n’était que la suite logique à la décadence d’une civilisation amorcée il y a plus de deux siècles avec la mise au ban de ses dieux? Si le mal est si profond, le projet de loi visant à lutter contre le séparatisme islamiste est-il alors à la hauteur de l’enjeu? Analyse.


Religion, quand tu nous tiens…

Chez tous les animaux sociaux, des souris à l’humain en passant par les singes, la vie en communauté est régie par des règles dont l’objectif est de promouvoir les comportements d’entraide et de limiter les comportements néfastes : les comportements altruistes sont bons et récompensés, les comportements qui nuisent aux autres et menacent la cohésion du groupe sont mauvais et punis.

Chez l’homme, ces règles constituent la morale et s’expriment et se transmettent via les religions, au sens large du terme.

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La religion, qui organise la vie des individus au sein de la nature sur le mode de comportements encouragés et d’interdits à travers des rites et des traditions, est un système moral qui a la particularité de faire reposer ses règles sur des croyances communes. Du naturisme à l’animisme, du chamanisme au christianisme, il est toujours question d’une communauté unie autour d’une interprétation du monde, de lois et de gestes rappelant les rapports des hommes entre eux et avec la nature. Dès lors, la vie en société est-elle possible sans ce lien spirituel ? Des lois se voulant uniquement le produit de la raison humaine et donc sans cesse remodelées par les hommes peuvent-elles garantir la pérennité d’un peuple ? Donner à chaque individu appartenant à ce peuple un attachement tel à sa communauté qu’aucun sacrifice ne lui paraisse trop grand pour elle ?

L’inquiétante étrangeté d’une société sans dieu

La laïcité, qui s’inscrivait dans le prolongement des Lumières avec le triomphe de la raison et de la science, a donné à la France un système moral clivé : l’État organisait la vie des citoyens sans l’intervention des croyances religieuses et le citoyen pouvait dans la sphère privée organiser sa vie sur la base de ses croyances. Le schisme opéré par la laïcité a privé la communauté française d’une spiritualité commune. Ce n’est pas un hasard si ceux qui tiennent au roman national font commencer l’histoire de France au baptême de Clovis.

Voilà notre nation qui s’en va affronter, avec ses mots auxquels elle prête trop de pouvoir (à l’heure où 160 caractères suffisent pour débattre) et ses lois nationales (que l’Union européenne regarde avec condescendance) un monstre dont elle a probablement sous-estimé l’endurance…

Les catholiques qui priaient devant les parvis d’églises il y a un mois alors que les messes avaient été interdites par les mesures sanitaires pour lutter contre la Covid-19 manifestaient un besoin vital de communion.

Des catholiques se rassemblent devant l’église Saint-Sulpice à Paris pour protester contre l'interdiction de célébrer les messes imposée par le gouvernement et confirmée par le Conseil d'État. © JEANNE ACCORSINI/SIPA Numéro de reportage: 00991058_000028.
Des catholiques se rassemblent devant l’église Saint-Sulpice à Paris pour protester contre l’interdiction de célébrer les messes imposée par le gouvernement et confirmée par le Conseil d’État. © JEANNE ACCORSINI/SIPA Numéro de reportage: 00991058_000028.

La France, l’un des pays qui compte le plus d’athées au monde et qui connait la plus forte baisse en croyants, a cru que la raison triompherait et se propagerait dans les esprits aussi bien que le font les croyances religieuses. Croire que les sciences et l’éclairage qu’elles nous donnent de nous-mêmes suffiraient à combler le manque laissé par la perte de cette relation métaphysique au monde partagée par une communauté, c’était méconnaitre notre nature profondément spirituelle. En ne remplaçant pas le divin qu’elle éliminait de la conscience collective par la construction d’un mythe national (des héros pour remplacer les dieux, une histoire glorieuse pour remplacer les épopées), la France en tant que communauté indivisible est probablement condamnée à disparaitre.

L’antispécisme et l’idéologie écologiste sont autant de manifestations pathétiques de ce besoin de spiritualité : replacer l’homme au sein de la nature et retrouver un projet collectif qui nous transcenderait. Mais sans traditions ni rites, ces ersatz d’effervescences collectives[tooltips content=”D’après le concept développé par Emile Durkheim”](1)[/tooltips] ne sont que des feux follets qui virevoltent au-dessus des individus sans jamais embraser leurs âmes.

Une nation désarmée

S’il est probable que nous n’ayons pas les bonnes armes pour lutter contre l’hydre islamiste, notre nation était déjà bien malade lorsqu’elle a été attaquée par cette idéologie. Elle n’avait déjà plus aucune défense spirituelle à opposer à l’islamisme. Voilà notre nation, ainsi qu’Héraclès s’en allant combattre l’Hydre de Lerne, qui s’en va affronter, avec ses mots auxquels elle prête trop de pouvoir (à l’heure où 160 caractères suffisent pour débattre) et ses lois nationales que l’Union européenne regarde avec condescendance, un monstre dont elle a probablement sous-estimé l’endurance. Bien que l’on puisse saluer le discours prononcé aux Mureaux le 2 octobre par le Président Emmanuel Macron qui nommait sans détour l’ennemi (« plan de lutte contre le séparatisme islamiste ») et certaines mesures du « projet de loi confortant les principes républicains » présenté ce 9 décembre, on peut s’interroger sur la réussite future de ce projet. Quelle sera l’efficacité dans le fond d’une mesure pénalisant les médecins qui délivrent des certificats de virginité ? Si on affirme un principe (même si c’est déjà pas mal), lutte-t-on vraiment contre une tradition liée à des croyances multiples et variées autour de la virginité de la femme ? Quel est l’intérêt d’obliger la scolarisation dès 3 ans si certains enfants sont plongés de retour à la maison dans un environnement qui considère que la musique c’est « haram » et se bouchent les oreilles quand on passe de la musique en classe[tooltips content=”D’après une note confidentielle des services de renseignement sur les signalements de cas de  communautarisme musulman dans les établissements scolaires et dévoilée mardi 9 octobre par Europe 1″](2)[/tooltips] ? L’Etat pourra-t-il renvoyer dans son pays un étranger polygame ou sanctionner un individu qui refuserait de serrer la main d’une personne parce qu’elle est une femme ? Dans son épreuve Héraclès devait également affronter un crabe venu au secours de l’Hydre. Reste à savoir si le Conseil constitutionnel ou La Cour Européenne des droits de l’homme (CEDH) n’entraveront pas l’Etat français dans son combat pour lutter contre ceux qui veulent « construire une société parallèle et imposer leurs règles à la République. (…) mettre leur foi au-dessus de la loi. ».

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En admettant que ces lois résistent aux lectures idéologiques du Conseil constitutionnel ou de la CEDH par exemple, nous apporteront-elles pour autant la paix ? Héraclès vint à bout du monstre grâce à une aide extérieure qui, tandis que le héros écrasait les têtes de l’Hydre, en brûlait les moignons pour les empêcher de repousser. Dans un État démocratique aux multiples méandres juridiques à travers lesquelles les islamistes ont appris à se mouvoir, il nous faudra bien plus que des lois pour empêcher la contamination des esprits. Par exemple raviver l’âme de notre nation. Et cela commence par la façon dont elle se raconte, en particulier à nos enfants : la langue française et le roman national. N’oublions pas que dans le mythe l’Hydre n’est pas morte : la tête immortelle a été enfouie sous terre. On ne se débarrasse pas si facilement d’une idéologie, en particulier lorsqu’elle prend racine dans un sol en jachère.

Notre nation est réduite à un corps à l’âme déliquescente, morcelé en individualités qui n’ont plus que leur propre destin et donc leur propre mort en tête. La pandémie actuelle a mis à jour une société prête à toutes les concessions pour un supplément de vie, quitte à ce que cette vie soit dégradée. Dépouillés d’idéal à placer au-dessus de nos vies, tétanisés par l’idée de notre propre finitude que nos hyper-individualités ont rendue intolérable, addicts des plaisirs consuméristes qui anesthésient nos âmes sans les guérir, nous luttons pour survivre sans panache. Dans un pays aux valeurs dévoyées, où la liberté individuelle prime sur tout, où l’égalité verse dans l’égalitarisme et la fraternité est réduite à une solidarité étatique, ce n’est ni la formation des enseignants à la laïcité qui réenchantera les âmes de nos enfants, ni les mesures visant à réduire la capacité de nuisance de l’islamisme qui mèneront à convertir à la « religion de la Raison » des individus qui ont trouvé dans l’islamisme un absolu spirituel à placer au-dessus de leur existence et qui, pour les plus violents d’entre eux, sont prêts pour défendre cet idéal à donner leur vie.

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Médecin conseil auprès de l'Ambassade de France à Bakou, Médecin spécialiste en Virologie, PhD en Neuroscience

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