Le « Beauvau de la sécurité », dont la date de début est prévue pour janvier 2021, doit déboucher sur une réforme de la police. L’initiative ne sera une réussite qu’à certaines conditions.


Pas la moindre hésitation : je connais et je respecte la police qui dans l’immense majorité de ses pratiques est digne de sa mission. Je rends grâce à l’institution policière, gardienne de la tranquillité publique et de la démocratie, et je ne suis pas de ceux qui la vitupèrent sans cesse sauf lorsqu’ils ont besoin d’elle.

Le manque de soutien d’Emmanuel Macron envers les policiers

J’ai déploré, bien sûr, que le président de la République, par démagogie, sur Brut, ait dénoncé les violences policières comme si elles étaient structurelles et non pas le fait de quelques fonctionnaires de police ayant eu un comportement illégitime. Il m’est apparu très dangereux de sa part de laisser croire à un parallélisme entre le rôle de la police avec l’usage de sa force légitime et les transgressions de ceux qui s’en prennent compulsivement à elle, par idéologie ou détestation réflexe pour tout ce qui est incarnation officielle.

Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP
Emmanuel Macron lors de son interview accordée au média Brut © BERTRAND GUAY / AFP

Un président de la République ne devrait pas avoir un autre discours que de soutien, par principe, à un corps qu’il est essentiel de conforter dans le respect qu’on lui doit et l’obéissance républicaine que l’honnêteté citoyenne majoritaire ne discute pas.
Une telle attitude du président aurait été d’autant plus fondamentale que par exemple une forte proportion de la jeunesse, absurdement, incrimine le racisme de la police.

Le « Beauvau de la sécurité », une bonne initiative

Je ne méconnais pas le caractère purement tactique, le procédé de compensation qui sont à la base de la proposition du Beauvau de la sécurité, pour les élus, les citoyens et la police. Emmanuel Macron a cherché à rattraper ainsi son erreur d’analyse et de communication. Mais il n’empêche que même contraint et forcé, le président a pris une initiative qui a du sens et je regrette que les syndicats Alliance et UNSA aient d’emblée décidé de lui opposer un refus.

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Il me semble que le malentendu essentiel tient à une différence de perception sur la finalité de ce « Beauvau de la sécurité ». Son but ne sera évidemment pas de permettre à tous les syndicats policiers de formuler leurs revendications concrètes – le ministre de l’Intérieur reçoit le 18 décembre les représentants de la police et de la gendarmerie pour cela – mais de favoriser enfin l’existence d’un authentique débat démocratique pluraliste.

Il ne suffira pas de le limiter aux policiers, aux élus et aux citoyens mais il conviendra au contraire d’y insérer tous ceux qui directement ou indirectement participent du désarroi psychologique et humain de la police. Les magistrats et les journalistes notamment.

Entre les magistrats et la police, une relation tendue

La relation des magistrats avec la police suscite souvent chez elle l’irritation, parfois l’indignation la plus vive. Et la manière dont les journalistes, droite et gauche confondues, rendent compte de la réalité policière, de ce qu’elle affronte et de ce qu’elle subit est infiniment perfectible, surtout en se gardant de cette présomption de culpabilité qu’on attache plus volontiers aux défenseurs de notre société qu’à ceux qui la troublent et la mettent à feu et à sang.

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Quand j’étais magistrat, j’étais un partisan convaincu de ce que j’aurais aimé être les états généraux de la Justice et j’ai regretté, à un degré moindre, la disparition des portes ouvertes dans les juridictions. Parce que ceux-là comme celles-ci auraient eu des effets infiniment bénéfiques et éclairants pour la pacification du lien entre la société et le service public de la Justice.

Un Beauvau pour exprimer ce qui n’est jamais dit au quotidien

L’utilité du Beauvau de la sécurité, dans tous les cas, bien avant la satisfaction des revendications policières, tiendra à ce rassemblement des discours, des doléances et des protestations pour faire sortir chacune de ces instances, de ces solitudes aigries ou ignorantes, de leur autarcie, de les contraindre à écouter et à apprendre, de constituer cette réunion comme le droit, pour tous, d’exprimer ce qui dans la quotidienneté n’est jamais dit, une hostilité, un désir de reconnaissance, des contradictions qui, libérés, purifieront forcément une atmosphère généralement trop délétère.

Ces rencontres, à partir de janvier, ne seront pas un gadget, un artifice, une manipulation si on n’attend pas d’elles ce qu’elles ne pourront pas donner. Le Beauvau sera une réussite si police, ministère de l’Intérieur, élus, magistrats, juges et citoyens, mêlés, la poussent au meilleur.

Alors, oui au Beauvau malgré tout!

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