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Proust à l’ombre des éoliennes

Les éoliennes de la discorde

Proust à l’ombre des éoliennes
D.R.

Vingt-huit éoliennes, réparties en quatre parcs, doivent être implantées dans un rayon de cinq kilomètres autour d’Illiers-Combray, bourgade d’Eure-et-Loir accueillant la maison de la « Tante Léonie » et aujourd’hui musée Marcel-Proust…


Une pétition circule sur le net pour s’opposer à « l’encerclement et la profanation de l’un des plus célèbres paysages littéraires au monde ». Les pétitionnaires rappellent l’attachement de l’auteur de la Recherche au lieu comme son potentiel touristique. Le clocher de Saint-Hilaire, les hublots qui donnent sur la mer nue, les vagues polies et translucides… des lieux nobles et des tendres souvenirs pour Proust ; là où l’administration voit des réservoirs d’énergie verte.

Loin des plages normandes, on parle aussi de 24 éoliennes sur la montagne Sainte-Victoire chère à Paul Cézanne. Assez logiquement, les lieux où souffle l’esprit sont ceux où souffle le vent. Et les parapentistes ont depuis longtemps investi la colline de Sion en Lorraine, que Barrès disait « inspirée » avec une litanie d’autres « lieux qui tirent l’âme de sa léthargie ».

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Ces projets farfelus partent peut-être d’un bon sentiment : permettre à la littérature de répondre à l’urgence climatique. Mais à l’examen, faire de Proust un auteur écoresponsable sans trahir son œuvre n’est pas simple. Faut-il remplacer les éoliennes par des panneaux photovoltaïques au toit de sa maison normande ? Proust redoutait le soleil ! Il confesse dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « À cause de la trop grande lumière, je gardais fermés le plus longtemps possible les grands rideaux violets. » Extraire de ses écrits une invitation à moins souvent utiliser son véhicule individuel ? Proust était fort amoureux de son chauffeur personnel, Alfred Agostinelli… Contraindre le romancier à « changer ses habitudes », ce n’est guère compatible avec ses grandes exigences. Avant de l’habiter en consommateur, responsable ou irresponsable, l’homme proustien habite la terre en poète.

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Octobre 2020 – Causeur #83

Article extrait du Magazine Causeur


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