Ah, la jaquette et l’étiquette! Déplaisants, des propos insignifiants sur des élus à l’homosexualité revendiquée peuvent désormais valoir condamnation en justice. Marcel Campion vient d’en faire l’expérience en étant condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir dit que Bruno Julliard « était de la jaquette ».


Pourquoi certains mots sont-ils interdits alors que pleins d’autres sont permis ?

Le lobby gay à travers les âges

Pendant longtemps – sauf chez les Grecs de l’Antiquité – l’homosexualité a été réprimée. Oscar Wilde a fait de la prison en Grande-Bretagne pour pédérastie (c’est comme ça qu’on disait à l’époque). Sous l’Occupation l’homosexualité a connu des moments fleurissants. Jean Cocteau et son amant Jean Marais pouvaient sans difficultés s’achalander en jeunes garçons dans les boîtes qui en proposaient à la pelle. Reste que pour autant l’homosexualité a été considérée le plus souvent comme un vice. Tout cela est fini et heureusement fini. Le mariage pour tous a consacré cette incontestable avancée. 

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Venons-en aux faits maintenant. Nous allons vous parler de Marcel Campion le roi des forains, qui est une grande gueule passablement vulgaire. Et de lui et de Bigard on ne sait lequel des deux a copié sur l’autre. La phrase incriminée qui lui a valu sa condamnation est la suivante : « Bruno Julliard est un peu de la jaquette… Il a fait des folies avec Bertrand Delanoë et, paf, il s’est retrouvé premier adjoint à la mairie de Paris ». On a connu plus élégant et plus fin. Mais Campion ne parle pas comme la Princesse de Clèves. Fallait-il pour autant le condamner ? Certainement pas : la vulgarité n’est pas punie par la loi. 

Anne Hidalgo et Marcel Campion, en 2016 © COLLOT HENRI/SIPA Numéro de reportage  : 00748607_000005
Anne Hidalgo et Marcel Campion, en 2016 © COLLOT HENRI/SIPA Numéro de reportage : 00748607_000005

La vulgarité est-elle interdite?

Depuis quelques années homosexuels et hétérosexuels sont égaux. C’est une bonne chose. Mais égalité suppose égalité de traitement. Sera-t-on condamné si l’on écrit que Julie Gayet « a fait des folies » avec François Hollande ? Sera-t-on traduit en justice si l’on dit que Carla Bruni a eu des bontés pour Nicolas Sarkozy? Les gays ont des droits mais ils n’en ont pas plus que d’autres.

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Il me revient que Pierre Bergé – qui s’était arrangé pour caser un de ses amants à la mairie de Paris – plaidant pour la GPA avait déclaré : « des ouvrières louent leurs bras, elles peuvent bien louer leurs ventres ». Ce n’était pas vulgaire : juste infâme. On avait là un milliardaire parlant des esclaves féminines… Bergé a-t-il été condamné ?

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Benoît Rayski
est journaliste et essayiste
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