Le Coran des historiens, dirigé par Mohammad Ali Amir-Moezzi et Guillaume Dye est une somme révolutionnaire. L’analyse historico-critique des sourates éloigne le Coran d’Allah pour le rapprocher des hommes, révélant des influences diverses, notamment chrétiennes. Aux imams d’en tirer matière à réflexion.


 

Le Coran, texte dit incréé, c’est-à-dire rédigé par Mahomet sous la dictée d’Allah, constitue l’un des mythes fondateurs de l’islam autant qu’un défi concret à l’adaptation de cette religion au monde moderne. Des auteurs, comme Florence Mraizika[1], avaient déjà œuvré à la déconstruction de la lecture traditionnelle de ce texte. Le Coran des historiens, publié sous la direction de Mohammad Ali Amir-Moezzi et Guillaume Dye, éloigne un peu plus le Coran d’Allah pour le rapprocher des hommes ainsi que de leurs contradictions. Cette somme révolutionnaire et aconfessionnelle achève de convaincre le lecteur qu’à l’instar de l’Ancien et du Nouveau Testament, le Coran se révèle un « texte composite », un patchwork aux sources variées, un mille-feuille scripturaire. Mais ce n’est, bien sûr, pas le seul apport de cet impressionnant travail de recherche.

Une prise de recul vis-à-vis de la version traditionnelle

Cette exégèse historico-critique fait en effet table rase des présupposés sur la composition et la lecture du Coran. Comme le résume Guillaume Dye : « L’un des problèmes majeurs des études coraniques a souvent été une forme de dogmatisme, et une incapacité à concevoir des explications différentes de la version traditionnelle, qui repose pourtant parfois sur des bases assez fragiles. » Ce qui a présidé à ce projet, c’est la recherche d’une nouvelle vision.

Ainsi, l’hypothèse d’un Coran compilé sous Uthmân (574-656), compagnon de Mahommed, se voit révoquée au profit de l’influence plus tardive du cinquième calife Abd-al-Malik (646-705) qui disposait des « ressources pour se lancer dans un travail éditorial de ce type ». On y découvre également un texte qui n’est pas encore stabilisé à la fin du viie siècle, et donc achevé plus tardivement que l’histoire officielle ne le dit. Enfin, les auteurs taillent en pièces l’idée d’un document qui n’aurait pas varié, et dont le processus d’écriture et de composition s’est probablement étalé sur plusieurs décennies. Il en ressort qu’un travail de rédaction « a pu avoir lieu durant les années qui séparent la mort de Mahomet de la constitution du codex coranique ».

À lire aussi: « Le Coran des historiens », un nécessaire retour aux origines du texte

Un véritable travail historique

Même pour des lecteurs familiers de théologie, les surprises sont nombreuses et souvent belles, à l’image des pages consacrées à « l’archéologie préislamique », qui proposent d’écrire une histoire de l’Arabie à l’aide non plus des traditions, mais des archives des pays de la région ou des inscriptions conservées sur les ruines. Elle dévoile une Arabie préislam

Article réservé aux abonnés

60 % de l’article reste à lire…

Pour poursuivre la lecture de cet article Abonnez-vous dès maintenant.

ABONNEMENT 100% NUMERIQUE
  • Tout Causeur.fr en illimité
  • Le magazine disponible la veille de la sortie kiosque
  • Tous les anciens numéros
3 €80par mois
Janvier 2020 - Causeur #75

Article extrait du Magazine Causeur

Lire la suite