La crise des vachettes bouscule Nagui. Le jeu mythique revient sur France 2, mais sans les sympathiques vachettes. Une petite hérésie.


La délinquance bat tous les records en France. Le dernier clip du chanteur Benjamin Griveaux a fait 4 millions de vues sur internet. Normal, il joue avec son micro; il y a 2,6 millions de fausses cartes Vitale en circulation et un trou de plusieurs milliards dans les comptes de la Sécu. Le coronavirus est aux portes du carnaval de Venise et les contrôles fiscaux ont rapporté 9 milliards en 2019. La chaleur monte donc. Même si winter is not coming malgré les incantations présidentielles en Mer de Glace, ou les lâchers de neige en hélicoptère dans les Pyrénées. Il en faut cependant d’avantage pour préoccuper la France.

Pendant que les producteurs télé se beurrent, en réinventant le fil à couper leur grosse baratte, le monde se pasteurise

On nous enlève tout !

Car il y a évidemment plus important. Nagui, animateur et producteur d’une nouvelle version d’Intervilles, a décidé d’en exclure les vachettes. Scandale ! La France s’émeut. Mais pourquoi donc ? Mais au nom du bien-être animal pardi. « Il est impensable d’utiliser des vachettes comme cela a été le cas depuis la création du divertissement », juge Nagi, défenseur actif des animaux. «Ca, c’est un truc pour faire du fric, ces gens sont malades, ce sont des psychopathes », s’esclaffe Patrick Sébastien sur France Bleu. L’animateur n’a pas oublié que la chaîne publique avait annoncé vouloir produire « enfin du neuf » lorsqu’elle l’avait viré. Et Guy Lux de se retourner dans sa tombe. Jacques Antoine de se poiler au paradis de Fort Boyard en se tapant sur les cuisses. Du neuf ? On croit rêver. Si Nagui se souciait d’autre chose que de sa petite personne et du chiffre d’affaires de ses sociétés, ça se saurait. Ce n’est pas nous qui le disons, c’est Teddy Labat, dont la famille a fourni des vachettes à l’émission pendant des années et qui raconte en coulisses que l’animateur se fichait éperdument des animaux des arènes, au moins aussi fort que de sa première dolma.

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Qu’on le veuille ou non, l’affaire passionne le Sud-ouest. Au point que cinquante villes – entre le Pays d’Arles et le Pays Basque – annoncent vouloir boycotter le show désormais végétarien et même saisir le CSA pour prosélytisme animaliste ! « Si vous faites des recherches, Intervilles, c’est les vachettes! s’énerve André Viard, Président de l’Observatoire national des cultures taurines sur C-News, Nagui a même relancé sa carrière grâce à elles».

Un scandale national de plus provoqué par la bien-pensance

Et voilà l’animateur consensuel pris la main dans le sac de la bien-pensance. Et les Français, une nouvelle fois privés de tradition au nom du discours ambiant et de la posture concernée. (Même si il y a toutes les chances qu’ils parviennent à s’en remettre). Pendant que les producteurs télé se beurrent, en réinventant le fil à couper leur grosse baratte, le monde se pasteurise. On fait des jeux du cirque Vegan et sans gluten, des « Voyages en terre inconnue » à la voile et surtout éco-responsables, et on prépare les gender-fluides pour la prochaine élection de Miss France.

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À quand le 13H de Jean Pierre Pernaud hors-sol biodynamique, en direct de la terrasse du huitième de TF1 ? Les grands prix de Formule 1 en covoiturage, le franchissement du Rail Ditch à Auteuil sans jockey d’obstacle et « Alerte à Malibu » sans maillots rouges (ça, c’est peut-être une vraie bonne idée) ? Pauvres petites vachettes, dont le belliqueux ADN du Sud-Ouest n’a finalement jamais eu besoin de pékins à poursuivre dans les arènes, pour avoir envie de se battre dans les prés. Qu’on veuille interdire la corrida parce qu’elle est cruelle, passe encore, mais dorénavant, on aime tellement  les animaux qu’à force de les protéger on va les faire disparaître. En oubliant que s’ils ne sont plus dévorés par des prédateurs naturels c’est grâce aux hommes… On est finalement bien loin de leur bien-être. On l’aura compris l’objectif de cette décision ridicule était de rester dans les clous. Dans le mood surtout, comme on dit de nos jours. En résilience ou en symbiose avec la société. En démarche éco-concernée quoi. Même si ce n’est pas en zappant les vachettes qu’on changera quoi que ce soit à notre beau pays. Car au bout du compte ce sont les téléspectateurs qui seront cornus.

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François Tauriac
François Tauriac est journaliste éditorialiste (ex France soir et Figaro) et conseil en communication.
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