Dans son dernier texte, l’idéologue de la gauche qui vous méprise au quotidien chez Charline Vanhoenacker n’était jamais allé aussi loin


Dans un texte drôle et brillant appelé « Vers une semi-réhabilitation du beauf » qu’il a récemment publié dans son recueil Interventions 2020, Michel Houellebecq écrit au sujet des Cabu, Guy Bedos ou Siné que ces derniers ont « en eux-mêmes les aptitudes naturelles du beauf » mais qu’ « ils n’ont pas su les faire fructifier (un traumatisme s’est produit, quelque chose les a déviés de leur route), et ils n’ont pas pu atteindre à la pure sérénité beaufienne ; d’où en eux quelque chose de crispé, de mauvais, qui se traduit par un manque absolu d’humour ». Guillaume Meurice est un surgeon de ces beaufs incomplets, ces premiers semi-beaufs qu’on aurait grand-peine à réhabiliter.

Il l’est encore plus incomplètement, n’ayant conservé du beauf que la violence du langage à laquelle il ajoute une condescendance acquise, apprise sur les bancs des médias du service public, et en fréquentant l’intelligentsia officielle de la gauche hors-sol, qui, entretenue de pensions versées avec une régularité d’horloge suisse, n’a qu’à se baisser pour avoir de quoi vivre en sécurité sans jamais se soucier du lendemain. Le confinement ? Le coronavirus ? Ils s’en foutent, leurs salaires sont garantis !

Il faut bien toutefois tuer le temps. Rien de tel que se foutre de ces connards de Français dans Siné Hebdo s’est dit le sieur Meurice. Indépendants, commerçants, patrons de bars, cuisiniers intérimaires, barmaids et coiffeuses doivent être de droite. C’est sociologique, c’est leur classe. Et puis, en y ajoutant un peu de rhétorique marxiste, pourquoi ne pas faire de ceux qui les nourrissent depuis toujours le nouveau lumpenprolétariat de la France d’après la crise. Après tout, pour Guillaume Meurice et les siens, l’affaire est réglée : c’est l’Etat qui paye, généreusement et sans jamais s’interrompre.

Si l’Etat ne veut pas, il suffit de se mettre en grève ou de coordonner une attaque médiatique pour le contraindre. C’est ainsi que ça marche depuis François Mitterrand, et il n’y a pas intérêt à ce que ça s’arrête. L’Etat est bon quand il les soutient, quand il est de leur côté. Un peu comme les Français populaires, les petits et les sans-grades. Ils sont valables jusqu’au jour où ils décident de voter autrement qu’à gauche, faute de quoi ce sont des traîtres, de complets beaufs, des ploucs et des bons à rien parasites qui n’avaient qu’à passer des concours de la fonction publique s’ils voulaient se plaindre.

C’est bien ainsi qu’il faut entendre le petit billet provocateur de Guillaume Meurice. Il ne cherche pas à dénoncer l’hypocrisie de certains Français, il cherche à leur faire mal par sa méchanceté, son mépris et sa grande-gueule d’homme de gauche qui sait pertinemment que tout lui est dû et que tout lui est autorisé. « Alors ? Je rêve ou tu chouines ? Ton business est en train de couler alors tu demandes de l’aide à l’Etat ? Je croyais que dans la vie, il fallait se débrouiller tout seul. Qu’il ne faut pas donner du poisson mais apprendre à pêcher, ou je ne sais quelle autre connerie inventée pour justifier ta position dominante », dit-il vengeur et révolté, comme un adolescent des années 80 découvrant le monde entre deux concerts des Béruriers Noirs.

Vive l’Etat quand il régularise des immigrés clandestins par centaines de milliers ! Mort à l’Etat quand il ose sauver de la faillite – nombreux n’y échapperont malheureusement pas – des entreprises qu’il a mis au chômage technique du fait de son imprévoyance, des gens qui ne demandaient qu’à travailler mais qui se retrouvent aujourd’hui à la rue. Oui, tous ces « dominants » qui maintiennent à flot des PMU, des bistrots, des petits commerces ou des salons d’esthétique. Ces monstres capitalistes qui, comme chacun le sait, rivalisent avec Amazon, Google et Facebook. Vive Facebook et Twitter quand ils sont utilisés pour traquer toute pensée qui sort du canon dominant de Radio France ! Vive la police quand elle arrête des participants à la manif pour tous ou des Gilets Jaunes un peu trop « jambon beurre pinard ». Mort à la police quand elle ose interpeller des voyous sans leur faire des bisous !

N’osez pas vous plaindre de lâcher 135 euros de redevance pour vous faire humilier, on vous dirait que vous ne respectez pas la liberté d’expression que vous défendez par ailleurs. Mais qui pourra nier que ce qui est supportable en temps normal devient intolérable en temps de crise ? On pouvait bien ignorer le mépris des beaufs incomplets pour les beaufs truculents que nous sommes quand la France était prospère, se dire qu’après tout cela participait du charme anachronique de la République française imprégnée par la pensée marxiste jusqu’à l’ivresse depuis une cinquantaine d’années. Quand la ruine menace, c’est plus difficile.

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Gabriel Robin
Gabriel Robin est journaliste rédacteur en chef des pages société de L'Incorrect et essayiste ("Le Non Du Peuple", éditions du Cerf 2019). Il a été collaborateur politique
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