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Présidence européenne du Portugal: entre doxa franco-allemande et nostalgie impériale


Depuis le 1er janvier, le Portugal assume la présidence de l’Union européenne. Si l’« agenda européen » de Lisbonne est tristement banal, l’héritage géopolitique de cet empire oublié ne saurait être ignoré.


L’activisme de la marine russe dans l’océan Atlantique, l’intérêt de la Chine populaire et sa présence multiforme dans l’économie du Portugal, considéré comme une plate-forme logistique et un État client, incitent à prendre en compte la dimension océanique et universelle de cette nation hespériale.

La puissance d’évocation des Lusiades et du défunt empire au-delà des mers invitent les nations occidentales à renouer avec l’audace de la puissance. « Fais, ô mon roi, qu’Allemands, Italiens, Anglais et Français, si admirés soient-ils, jamais ne puissent dire que les Portugais sont moins faits pour commander que pour obéir », Luís Vaz de Camões.

Le programme que le gouvernement du Portugal entend promouvoir est des plus conformes à la doxa franco-allemande

La présidence européenne de Berlin s’achève donc avec l’obtention in extremis d’un accord censé régir les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Encore importe-t-il de souligner le rôle de Michel Barnier, le « Mr Brexit » qui conduisit de part en part ces âpres négociations. Au 1er janvier 2021, le Portugal succèdera à l’Allemagne. À l’évidence, ce pays ne pèsera pas du même poids ; son pouvoir d’impulsion n’est pas comparable à celui de l’Allemagne. De surcroît, bien des Portugais semblent vouloir se fondre dans une Europe intégrée, refoulant ainsi une longue histoire de navigateurs et d’aventuriers, un passé impérial dont l’héritage géopolitique n’a pourtant pas été totalement liquidé.

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De fait, l’« agenda européen » du Portugal, c’est-à-dire le programme que son gouvernement entend promouvoir, est des plus conformes à la doxa franco-allemande: approfondir l’Union économique et monétaire, surmonter la fracture Nord-Sud au sein de l’Europe, accélérer la transition écologique (le « greenwashing ») et digitale, faire advenir une Europe sociale. Dans cette énumération, l’observateur ne trouvera rien qui disconvienne aux vues de Paris et Berlin, si tant est que ces deux capitales soient à l’unisson. L’énumération est également conforme aux désidératas de la Commission dite « géopolitique » de l’Union européenne et aux attentes du Parlement.

L’« agenda » de Lisbonne et l’hypothèque chinoise

En contrepartie de cet alignement, Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie propose que le Portugal, avec ses réserves de lithium, intègre l’« Airbus des batteries électriques ». Produite au moyen de barrages électriques et d’éoliennes (40% de la production électrique nationale), l’« électricité décarbonée » portugaise pourrait aussi servir un programme d’« hydrogène vert ». Au demeurant, un problème de taille demeure: le rôle et la place de la Chine populaire dans l’économie, la finance et les infrastructures portugaises. Après le krach financier mondial de 2008, aggravé dans le cas du Portugal et de l’Eurozone par la crise des dettes souveraines qui suivit, Pékin a su instrumentaliser la conjoncture pour avancer ses pions. D’importants capitaux furent investis dans l’économie de cette nation d’Extrême-Occident (banques, assurances, tourisme, ports et infrastructures).

Partiellement occultée par l’activisme déployé en Europe centrale et balkanique (le « 17+1 »[tooltips content= »17 pays d’Europe centrale et des Balkans, dont 11 sont membres de l’UE, que Pékin soigne particulièrement NDLR »](1)[/tooltips]), la présence chinoise au Portugal s’est depuis renforcée. En 2018, Xi Jinping se rendait sur place, afin de signer dix-sept accords bilatéraux, dont un mémorandum sur les nouvelles routes de la soie (la Belt and Road Initiative). Confirmé l’année suivante, cet accord pourrait se traduire par l’ouverture d’une route pacifico-atlantique de la soie, depuis les « méditerranées asiatiques » (les mers de Chine du Sud et de l’Est) jusqu’au port de Sines, en passant par le canal de Panama. Ainsi les compagnies d’État chinoises investiraient-elles dans le plus grand port artificiel portugais, situé dans l’Algarve, une centaine de kilomètres au sud de Lisbonne (Sines assure la moitié du trafic maritime portugais). Notons par ailleurs qu’une partie de la dette portugaise est désormais acquise par la Chine populaire (les « panda bonds »).

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Cette politique complaisante, dont Lisbonne n’a pas le monopole, s’accompagne d’un discours sinophile qui porte l’accent sur cinq siècles de riches relations diplomatiques et culturelles entre le Portugal et la Chine. Le simple examen des faits historiques suffit à dissiper ce « narratif » dont le seul but est de justifier l’affairisme, nonobstant ses redoutables implications diplomatiques et stratégiques. Quant au sort de la possession portugaise de Macao qui, lors de sa rétrocession (1999), a d’emblée succombé au pouvoir communiste chinois, il est difficile de voir en quoi il validerait la thèse d’un savoir-faire particulier de Lisbonne dans ses relations avec Pékin.

Macao Image: Travel Sourced de Pixabay .
Macao Image: Travel Sourced de Pixabay .

Il faut cependant concéder le fait que le gouvernement du Portugal et nombre d’experts nationaux, tout en appelant au « pragmatisme » (mot clef du nihilisme politique), admettent la nécessité d’une politique européenne plus ferme à l’égard de la Chine populaire. Concrètement, la compagnie chinoise Huaweï pourrait être exclue de la 5G et les autorités politiques portugaises scruteraient avec plus de vigilance les projets chinois d’investissement. Malheureusement, les pressions amicales des États-Unis ont plus pesé que celles de Bruxelles. La volonté, affichée ces derniers jours, de signer un accord avec Pékin sur les investissements, sans chercher à s’entendre au préalable avec la future administration Biden, n’est d’ailleurs pas de bon augure.

Une nation hespériale

Toujours est-il que le déploiement chinois sur un vaste arc occidental, de l’Arctique à la Méditerranée, et l’intérêt porté par Pékin au Portugal, envisagé comme une plate-forme logistique et commerciale, voire comme un État client, appellent l’attention sur l’océan Atlantique. Si l’entrée dans la CEE, en 1986, semble avoir « ibérisé » le Portugal, dès lors réduit à une périphérie occidentale de la « dorsale européenne » qui court de Londres à Milan, il importe de se remémorer la place et le rôle de la mer dans l’histoire de cette nation hespériale.

À l’époque de la Reconquista, le comté de Porto n’était qu’une marche chrétienne, au nord-ouest de la péninsule Ibérique. C’est en écrasant les forces musulmanes à Ourique, en 1139, que le comte Alfonso Enriques fonde le Portugal. Il reçoit alors du Christ la promesse que son pays recevrait l’empire de la mer. Ce satellite lointain de l’économie-monde méditerranéenne se tourne vers l’océan Atlantique et conquiert ensuite un empire au-delà des mers, le premier du genre. Si l’essentiel des possessions asiatiques a été tôt perdu, au profit des Hollandais notamment, le Brésil demeura dans le giron portugais jusqu’en 1822. Quant aux possessions africaines, elles n’accédèrent à l’indépendance qu’en 1975, après la révolution des œillets. Et le Portugal maintint sa souveraineté sur Macao jusqu’à l’extrême fin du vingtième siècle.

Il serait erroné de voir en cette évocation une variante géopolitique du fado, ce chant qui exprime la « saudade ». En vérité, ce sentiment mélancolique mêle l’espoir à la nostalgie. Si le choix de la CEE a semblé ramener le Portugal au point de départ, i.e. à la condition de satellite, cette nation hespériale dispose encore d’atouts géopolitiques. Le Portugal se projette dans l’océan atlantique, à plus d’un millier de kilomètres, avec l’archipel de Madère et celui des Açores, dont on sait le rôle stratégique au cours des conflits du vingtième siècle. Ce « pays-archipel » pourrait bientôt être renforcé par l’adjonction d’un vaste domaine maritime, le troisième au monde – une demande en ce sens a été déposée auprès des Nations unies. Sur un autre plan, l’universalité de la langue portugaise, consacrée avec la fondation de la CPLP (Communauté des Pays de Langue portugaise, 1996), dessine un vaste cercle qui inclut le Brésil, plusieurs pays d’Afrique et des morceaux d’Asie.

Le regain d’activité de la flotte russe dans l’Atlantique ainsi que l’irruption de la flotte chinoise mettent en valeur la dimension atlantique du Portugal et, par voie de conséquence, la nécessaire coopération interalliée pour sauvegarder ses archipels des convoitises sino-russes. Imaginons simplement ce qu’une mainmise financière chinoise sur les Açores, carrefour atlantique de câbles sous-marins, aurait comme implications stratégiques. A l’échelon européen, la solidarité financière et économique avec le Portugal doit aller de pair avec la préservation de ses infrastructures critiques, côtières et terrestres.

Les racines du futur

Enfin, le caractère océanique du Portugal, son rayonnement linguistique et le potentiel géopolitique de cet empire oublié sont de puissantes sources d’inspiration pour une Europe menacée de provincialisation, dans un monde dont les équilibres basculent vers l’Orient. La seule souvenance des Lusiades et du monde lusophone entre en résonance avec le projet de « Global Britain » ou la perspective d’une « plus grande France », pleinement engagée dans la région Indo-Pacifique.

Trop longtemps dénigrés par une histoire positiviste et marxisante, les mobiles spirituels des navigateurs portugais de jadis, voire le mysticisme des projets de conquête, devraient être également médités. Ils sont à nouveau pris au sérieux par une histoire « interconnectée » qui ne néglige pas les facteurs idéels de la puissance.

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Ainsi l’historien indien et professeur au Collège de France Sanjay Subrahmanyam mentionne-t-il, dans son ouvrage L’Empire portugais d’Asie, 1500-1700. Histoire politique et économique (1999), la croyance en l’unification de la Chrétienté, sous la direction d’un messie portugais, réalisation du Cinquième Empire prophétisé dans le Livre de Daniel. La situation de l’Europe contemporaine constitue la démonstration a contrario de la force d’un tel messianisme: croire à peu de choses ne mène qu’à peu de choses, sinon au naufrage.

Source : Institut Thomas More

Finkielkraut coupable de substitution idéal

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Cette compétition du dégoût aidera-t-elle un seul enfant abusé?


La ténébreuse affaire Duhamel pose un problème aux journalistes. La victime principale ne semble pas vouloir libérer sa parole dans les médias. Quant à Olivier Duhamel, il n’est pas un coupable expiatoire très accommodant. Il ne dit rien. Ne se flagelle pas publiquement. S’il a reconnu avoir fait « des choses affreuses », c’est en confidence à un ami (qui bien sûr, l’a raconté à un journaliste mais vu l’interrogatoire qu’il a dû subir, ne lui jetons pas la pierre).

Sa condamnation à la mort sociale ayant déjà été prononcée et acceptée par l’intéressé qui a démissionné de toutes ses fonctions et activités publiques, le procès menaçait de tourner court avant que tout un chacun ait pu proclamer fièrement l’aversion que lui inspirent les crimes contre les enfants – aversion parfaitement naturelle, mais qui serait plus respectable si elle était moins ostentatoire : à quoi sert-il d’annoncer urbi et orbi qu’on crache sur un homme déjà mort ? Cette compétition du dégoût aidera-t-elle un seul enfant abusé ?

On ne libère pas la parole par la force

Les procureurs ont besoin de suspects. On traque donc les complices, les coupables par omission et par association, ceux qui savaient et n’ont rien dit, ou ceux qui ne savaient pas et auraient dû savoir. On dresse des listes des invités de Sanary. Mais que savaient ceux qui savaient alors que nous ignorons presque tout de ce qui se passait dans cette chambre d’adolescent – sinon qu’il s’agissait de faits hautement condamnables ? En dépit du charivari médiatique et de la certitude que nous avons désormais de savoir, nous n’avons pas la moindre idée ce que ressentaient les protagonistes, ce qui déterminait leurs choix. Seule Camille Kouchner a livré sa vérité, brossant au passage le portrait d’une tribu où on ignorait l’heureuse séparation des générations et où les jeunes découvraient la sexualité sous le regard bienveillant des aînés.

Numéro de février, disponible: Causeur: Finkielkraut évincé de LCI, la défaite de la pensée

Selon Camille Kouchner, des années durant, personne n’a rien su. Vingt ans après les faits, lorsque des proches ont commencé à savoir, d’abord Evelyne Pisier, épouse du coupable et mère de la victime, puis au fil des années, pas mal de membres de la tribu Sanary, l’adolescent était devenu adulte. Il ne voulait ni porter plainte, ni déclencher un scandale public. Personne n’était en droit, ni moralement, ni légalement, de saisir la justice à sa place, et éventuellement contre son gré. On ne libère pas la parole par la force. Pourtant, on leur reproche aujourd’hui d’avoir respecté le souhait de « Victor », nom donné par Camille Kouchner à son jumeau. Au passage, sous couvert de souffrir pour lui, les commentateurs et experts qui dissertent sur l’inceste, le privent de sa singularité et de sa liberté : sa vie est forcément détruite, son silence forcément contraint. C’est l’une des singularités des crimes sexuels : on décrète que la souffrance est structurellement insurmontable, condamnant ainsi les victimes qui veulent et peuvent avancer à une vie « détruite », à la pitié de tous et au flash-back permanent. Et puisque la souffrance des victimes est imprescriptible, le crime doit aussi l’être, ce qui reviendrait à aligner l’inceste sur Auschwitz, le crime intime sur le crime de masse.

Vacarme girardien

Parmi ceux qui, à partir de 2008, ont été informés, certains ont rompu avec Duhamel, d’autres non. Ne soyons pas naïfs, beaucoup ont dû calculer, sans se poser la moindre question morale, qu’ils avaient plus à perdre qu’à gagner à le lâcher. Ayant contribué à son pouvoir et à sa gloire, ils en recevaient les miettes. Peut-être, cependant, quelques-uns ont-ils pensé que même le crime n’efface pas l’amitié.

Dans leur dernier article les talentueuses duettistes du Monde (Baqué-Chemin) annoncent que Duhamel « va bientôt entraîner dans sa chute tous ceux qui, jusque-là, s’inclinaient devant son pouvoir ». Il est probable en effet qu’après le préfet Marc Guillaume, faiseur de rois déchu, le directeur de Sciences Po devra jeter l’éponge. On ne s’en émouvra pas outre-mesure. Le message outragé qu’il a adressé à toute l’Ecole sur le mode « je tombe de ma chaise », pour reconnaître piteusement deux jours plus tard qu’il avait été alerté, est pour le moins accablant. La roue de l’infortune a parfois du flair. Elle en a eu moins avec Elisabeth Guigou. Si l’ancienne Garde des Sceaux dit la vérité, elle a découvert le crime ce 4 janvier. Pourtant, elle a dû démissionner de la présidence de la Commission sur l’inceste : curieusement tous ceux qui nous disent que l’inceste est partout (ce qui signifie que nous côtoyons tous sans le savoir des situations incestueuses) sont tombés sur Guigou parce qu’elle avait côtoyé sans le savoir un homme incestueux.

Dans ce vacarme girardien où la société chauffée à blanc se réconcilie en crachant sur l’abuseur d’enfants, Alain Finkielkraut est un coupable de substitution idéal. Le 11 janvier, une semaine après le début de l’affaire, notre cher philosophe évoque le sujet dans son dialogue hebdomadaire avec David Pujadas. Le soir même, l’offensive numérique à base de bouts de phrases interprétés de la façon la plus malveillante possible commence. De toute façon, il a défendu Polanski, plaisanté sur le viol un sujet sur lequel on ne plaisante pas (Coluche, reviens, ils sont devenus sérieux !) : son compte est bon.

L’émission de LCI retirée du site de la chaîne

L’après-midi, il fait partie des « Trending Topics ». À 17 heures, il est débarqué de LCI. Une chaîne où on ne plaisante pas avec le buzz. Quoique l’argument qu’elle a avancé soit dans ce désastre hautement comique : « LCI fait du débat d’idées, argumenté et respectueux, une priorité de sa ligne éditoriale. Quotidiennement, LCI s’attache à mettre en perspective des faits d’actualité avec le regard d’invités aux opinions plurielles et aux sensibilités multiples ». On vous a dit plurielles et multiples, pas contradictoires ou divergentes. Le plus cocasse, c’est que la veille, toute la France politique et médiatique s’insurgeait de la censure de Trump par Twitter. Que l’on prive le public du questionnement exigeant d’un penseur qui, de l’avis général, a fait grandir ses lecteurs n’a pas suscité de grand mouvement d’opinion. Certes, beaucoup sont sincèrement révoltés par la décision de LCI, mais tout de même, il n’aurait pas dû. Pas dû quoi au juste ?

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Il suffit d’écouter l’émission dans son intégralité pour savoir qu’Alain Finkielkraut n’a pas dit ce qu’on l’accuse d’avoir dit. Sauf qu’on ne peut plus l’écouter. L’émission a disparu du site de la chaîne comme les portraits des purgés de Staline disparaissaient des photos (qu’Alexandre Bertolini soit remercié pour avoir déniché la vidéo et d’avoir établi le verbatim de l’échange). En conséquence, chacun a pu se faire son idée à partir du flot numérique charriant des commentaires de commentaires de commentaires de quelques phrases extraites de leur contexte. Les réseaux sociaux n’ont rien inventé, ils ont industrialisé la machine à rumeurs et universalisé le vieux principe de Richelieu (qui n’est pas de Richelieu semble-t-il) : « Donnez-moi deux mots de la main d’un homme et je le fais pendre. » La calomnie, le mensonge et la guillotine à portée de tous. C’est ce qu’on appelle le progrès.

Alain Finkielkraut n’a nullement excusé, justifié ou minimisé. Il n’a pas défendu la pédophilie ni fait l’apologie de l’inceste comme on peut le lire.  Il a même évoqué « M le Maudit », tueur de petites filles jugé et exécuté par la mafia de la ville. Les journaux le reconnaissent, ses premiers propos ont été : « Un homme ça s’empêche (…).Si mû par une passion inattendue ou par une pulsion irrépressible Olivier Duhamel n’a pas su, pas pu, ou pas voulu s’empêcher, il n’a pas seulement commis un acte répréhensible, ce qu’il a fait est très grave, il est inexcusable. » Il dit clairement « c’est inexcusable ». Peu importe, la meute a décidé qu’il excusait.

La nausée de Pierre Jacquemain

Quel est son crime alors ? C’est d’avoir voulu comprendre cet acte inexcusable. D’avoir cherché à lui restituer sa singularité quand tant d’autres ont décidé d’en faire un emblème d’une cause, l’Inceste avec un grand I, voire la pédophilie avec un grand P. Bref, il a tenté de spécifier le crime car, a-t-il rappelé « l’exercice de la Justice s’appuie « sur une vertu intellectuelle que les Grecs appelaient la phronesis, l’intelligence des cas particuliers. Cette sagesse pratique est aujourd’hui complètement balayée par la « furie de la pitié », ce mot c’est Michelet qui l’écrit à propos de la maladie des hommes de 1793.».

Finkielkraut condamne mais il ne s’en tient pas là. Il voudrait comprendre les circonstances, savoir ce qui s’est passé derrière cette porte close, ce que ressentaient les deux protagonistes. Bref, quand les tricoteuses ne se soucient que de condamner (et de faire savoir qu’elles condamnent), lui fait ce qu’aurait fait un juge pénal – ou un romancier: il pose des questions. Il essaie d’entrer dans les raisons des personnages, fussent-elles absolument déraisonnables.

On est contraint de se livrer à une fastidieuse explication de texte du passage qui a déchaîné la haine satisfaite de ses ennemis et la consternation de pas mal de ses amis.

– Finkielkraut : Y’a t’il eu consentement, à quel âge ça a commencé ? Y’a t-il eu une forme de réciprocité ?Quand vous posez ces questions on vous tombe immédiatement dessus.

– Pujadas : Parce que l’on parle d’un enfant de 14 ans !

– Finkielkraut : Et alors ? D’abord on parle d’un adolescent, ce n’est pas la même chose. Même pour spécifier le crime il faut savoir s’il y a eu consentement ou non. À chaque fois que vous voulez faire une distinction ça apparait comme une absolution. À chaque fois que vous recherchez la spécificité ou vous accuse à peu près de complicité, de crime.

Pour commencer  « et alors ? » ne signifie pas « qu’est-ce que ça peut faire ? » mais « en quoi le fait qu’il ait 14 ans interdit-il de poser ces questions ?». Quant à la distinction entre un enfant et un adolescent, qui semble pourtant relever de l’évidence, elle a par exemple donné la « nausée » à Pierre Jacquemain, extrême gauchiste tendance intestin délicat. Or, bien qu’il s’agisse de deux actes parfaitement répréhensibles, qui oserait affirmer qu’abuser d’un enfant et d’un adolescent c’est la même chose ? Ce sont deux crimes différents, qui n’obéissent pas aux mêmes pulsions. On ne pourrait pas regarder Lolita si elle avait 7 ans – du reste, même avec une Lolita de 13 ans, c’est le malaise qu’il produit qui en fait un chef d’œuvre. Peut-être parce qu’il explore une pulsion universelle – et heureusement refoulée car la plupart des hommes s’empêchent.

«Consentement» : un mot fétiche

La seule erreur véritable d’Alain Finkielkraut est d’avoir parlé de « consentement », mot-fétiche qui interdit de penser. « Il a dit consentement, il a dit consentement. Il n’y a pas de consentement. » Les salafistes de la sémantique, qui ne peuvent concevoir qu’un mot n’ait pas exactement le même sens pour tous les locuteurs, sont en boucle.

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Cependant, le consentement est aussi une notion de droit. Finkielkraut aurait dû employer « acquiescement apparent » ou « consentement formel », préciser que, même s’il avait eu lieu, ce consentement n’en était pas un, agiter une clochette à chaque phrase en rappelant que comprendre, ce n’est pas justifier. Ça aurait  alourdi ses phrases (comme ce texte) mais compliqué le travail de tous ceux qui veulent sa peau depuis si longtemps.

Une seule réaction socialement acceptable

On sait bien que ce qui rend ce crime si détestable et si singulier, c’est qu’il est une affaire de liens, donc de sentiments – trahis chez la victime, honteux chez le coupable. Un président de Cour d’Assises demanderait à la première si elle a opposé une résistance (et ne déduirait nullement d’une réponse négative que le crime était moins grave ou que la victime était complice). Puisque nous sommes les spectateurs, d’un règlement de comptes grand-familial et/ou d’une aventure thérapeutique, on aimerait, comme le ferait un romancier ou un cinéaste, pouvoir explorer cette tragédie avec plusieurs regards, entrer dans la tête de l’adolescent abusé et de l’homme abuseur. « Non on n’a pas besoin de comprendre, m’a dit un ami. Il y a un coupable et une victime point. Et il n’y a pas de consentement. C’est interdit, c’est tout. » Si on doit interdire la pulsion incestueuse, c’est bien parce qu’elle existe. Dans cette affaire c’est l’éléphant dans la pièce.

C’est à cause de cet embarrassant pachyderme que la seule réaction socialement acceptable est l’expression du dégoût, de l’effroi et de la compassion. Il faut que cette affaire touche à un point sensible et enfoui du fonctionnement social et du psychisme individuel pour qu’on en arrive à proscrire les questions et les questionneurs. Si Dostoïevski a écrit les Démons, ce n’est pas pour nous divertir, mais pour nous parler de nous.

Alain Finkielkraut a voulu réfléchir, penser l’événement et plus encore sa réception. Si on prenait les idées au sérieux, on discuterait ses propos. On lui demanderait de les préciser. Comme toujours, il est plus gratifiant d’agiter des crucifix.

Il a eu tort de croire qu’on pourrait l’entendre. Peut-être n’y croyait-il pas, d’ailleurs, mais c’est plus fort que lui. Ses détracteurs parlent de provocation, ses admirateurs pensent qu’il cherche les ennuis. Non. Il cherche la vérité. C’est la définition du courage.

Marielle, Broca, Belmondo: le beau recueil nostalgique de Thomas Morales

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Notre chroniqueur régulier Thomas Morales vient de sortir un beau recueil, Ma dernière séance, dédié à trois légendes du cinéma hexagonal.


Le temps est propice à la nostalgie – comme il l’est toujours, avec Thomas Morales. Face à un présent déprimant, rien de mieux que de revenir aux vieilles gloires, de se réfugier dans les valeurs sûres, et de s’emmitoufler dans ce qu’on connaît par cœur, comme d’un plaid en laine dans une maison mal chauffée. Le plaid salvateur de Thomas Morales, c’est une collection de films de notre cinéma national, quand il pouvait encore se dire comique et populaire. Cette année, pour avoir la force de passer l’hiver, notre auteur nous offre Ma dernière séance, un beau recueil de chroniques dédié à trois légendes : Marielle, Broca, Belmondo. Du « temps béni des égéries masculines », riche de « notions aujourd’hui bannies: l’audace, le bon mot, l’ironie amusée, les amours ancillaires et le désengagement vindicatif ».

Un hommage superbe à Jean-Pierre Marielle

Les lecteurs assidus de Causeur auront le bonheur d’y relire l’hommage superbe à Jean-Pierre Marielle que Morales avait publié dans nos colonnes en forme de série d’été après sa mort en 2019, accompagné de sa filmographie complète ; probablement un des plus beaux hommages écrits par Morales (qui n’en est pourtant pas avare), dont le style virevoltant est plein d’une affection ancienne pour l’acteur qui « catapultait les cons dans la stratosphère ».

A lire aussi, du même auteur: « Soif » d’Amélie Nothomb: ce que notre époque a retenu du christianisme

« Marielle n’était pas un Français moyen comme on l’a souvent chroniqué, ou alors d’une moyenne puissance mille, d’une moyenne exponentielle, d’une moyenne épique. Chacun de ses gestes, cette attitude féroce et tendre, ce détachement face à une réalité trop laide, le plaçait hors concours, hors gabarit. » Dans la « pâtisserie de province », sublimant le « fornicateur des zones pavillonnaires », Marielle incarne l’insouciance française sauce Trente Glorieuses ; « convaincu que les temps funestes voileront bientôt l’horizon, alors jouissons, trinquons et égarons-nous dans la moiteur d’une touffe indisciplinée ».

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Jean-Pierre Marielle dans « Les galettes de Pont-Aven »

C’est cette période de passage, cette ligne de crête, que Morales cherche aussi chez Broca, « le dernier à avoir consigné dans ses films l’âme française, ce mélange d’insouciance et d’individualisme, d’une bourgeoisie bien élevée et d’élévation spirituelle ». Évocation de Cartouche, Le Cavaleur, Le Magnifique : « Il fait le pari insensé de la sensibilité sans mièvrerie, du panache sans gloriole, d’une recherche éperdue de pureté sans les poncifs habituels, cette glue émotionnelle qui colle maladroitement les morceaux. Il fracasse les hérauts de la Nouvelle Vague sur les récifs d’un intellectualisme fermenté ».

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Les scènes défilent, Morales va et vient entre le présent et le défilé coloré de personnages flamboyants, au premier degré magnifique, sans mauvaise conscience et sans discours moralisateur (les deux allant de pair). Le contraste est la rançon de la nostalgie. Morales est un virtuose du rocking-chair: confortablement installé, il se balance d’avant en arrière, du doux à l’amer, jusqu’à l’étourdissement tranquille et le serrement de cœur.

« C’est triste, mais l’écrit tend à disparaitre du paysage français… »
Thomas Morales en entretien avec Philippe Bilger sur Fréquence Protestante

La taxe GAFA est-elle utile à la France ?

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Depuis bientôt trois quinquennats, nos dirigeants proclament « à la ville et au monde » leur volonté farouche d’imposer l’économie du numérique et les profits de ses grandes entreprises. Moins que « l’économie du numérique », ce sont surtout les grandes plateformes numériques étrangères qui sont visées – de manière générique les « GAFA » (pour Google, Apple, Facebook, Amazon) ; elles restent dans cette nouvelle économie la pierre d’achoppement du déclenchement d’une obligation fiscale.


Fidèle à sa tradition séculaire de créativité, le Parlement français a adopté, en juillet 2019, une loi créant une « taxe sur certains services fournis par les grandes entreprises du secteur numérique », dite taxe GAFA. Formellement à l’initiative de l’Union européenne en 2018 – mais véritablement soufflée par Bercy –, les pays de l’Union ont suspendu le projet en mars 2019 en raison de l’opposition, par ailleurs prévisible, de l’Irlande notamment. La France a alors décidé de faire cavalier seul, ce qui lui a permis de collecter quelque 350 millions d’euros la même année 2019. Ceci avant une « trêve » conditionnant la non-perception de ces ressources à la réussite des négociations visant à une réforme globale de la fiscalité internationale dans le cadre de l’OCDE : Paris gelait le recouvrement de sa taxe et Washington s’abstenait de sanctions. Mais cette négociation ayant échoué en octobre 2020, la version française de la taxe GAFA a donc été recouvrée, en partie, en décembre dernier.

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Techniquement, cette taxe est un prélèvement, au taux de 3 %, sur la somme des produits (le chiffre d’affaires) perçus en contrepartie de la fourniture des services, effectués en France, de ventes de données à des fins publicitaires, de mise en ligne de publicités ciblées, ainsi que de l’activité de plate-forme d’intermédiation, principalement de Marketplace. Seules les grandes entreprises du numérique sont concernées, celles réalisant 750 millions d’euros de services numériques taxables au niveau mondial et 25 millions d’euros de services numériques taxables au niveau français. Soit une trentaine d’entreprises, dont environ la moitié est américaine et une seule française.

Un système fiscal inadapté

Ce projet parait, a priori, séduisant : l’imposition des bénéfices des entreprises visées reste bien inférieure à celle des entreprises ne relevant pas de ce marché. Pour les économistes les plus pessimistes, il suffit de leur rappeler que les acteurs du numérique supportent 14 points d’impôts de moins sur leurs bénéfices que les entreprises ayant « un modèle d’affaires traditionnel européen » : 9,5% contre 23,2% d’après Pierre Moscovici alors commissaire européenOn rappellera aussi, selon un rapport du Sénat, que la société Google a supporté une imposition de 6,7 millions d’euros d’impôt sur les sociétés en France en 2015 et 17 millions d’euros en 2018. La société Airbnb, dont Paris est la première destination mondiale, a quant à elle payé 92 944 euros d’impôt sur les sociétés en France en 2016 ; la modicité de ces sommes évoque plutôt le montant d’impôt sur les sociétés d’une PME. La raison de cette situation est simple, face à l’économie du numérique, l’ordonnancement fiscal montre sa désuétude : l’impôt sur les sociétés et les autres « grands » impôts sont inadaptés à ces nouveaux modèles d’affaires. Le décalage entre, d’une part, le modèle économique des facteurs de productions de richesses ayant un caractère immatériel et, d’autre part, les critères juridiques de qualification de l’obligation fiscale qui nécessitent une tangibilité, crée une volatilité de l’assiette taxable. Les critères juridiques de qualification, tant internes qu’internationaux, ne sont donc pas adaptés à ces « passagers clandestins » du monde fiscal.

Site d'Amazon à Saran, près d'Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020
Site d’Amazon à Saran, près d’Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020

La France a donc décidé de les modifier. Puisqu’elle ne pouvait intervenir unilatéralement que sur ses critères juridiques nationaux, elle a cru bon de créer une nouvelle taxe, palliative du défaut des impôts préexistants. Cette nouvelle taxe est astucieuse puisqu’elle ne tombe pas sous les fourches caudines des plus de 120 conventions bilatérales signées par la France, susceptible d’y faire échec, les taxes sur le chiffre d’affaires se trouvant hors de leurs champs d’application. Là est la plus grande ingéniosité, elle permet d’assujettir des entreprises étrangères, réalisant un chiffre d’affaires en France (grâce au marché français), sans l’accord des États concernés.

En réalité, tout cela est un trompe-l’œil… Qui ne trompe personne.

La taxe est supportée par les consommateurs, pas par les entreprises

Il s’agit là d’un cas d’école de la théorie économique de l’incidence fiscale.

L’analyse de la répartition de la charge effective de l’impôt entre les différents agents économiques montre que les assujettis pourront répercuter le coût de la taxe directement ou indirectement sur les consommateurs, compte tenu de leur position de marché. Les entreprises concernées l’ont d’ailleurs annoncé : elles feront supporter la taxe sur les consommateurs français. Amazon France a, par exemple, décidé d’augmenter de 3% les frais de vente sur son site ; Apple et Google ont également annoncé une hausse des prix de leurs services.

À lire aussi, Jérôme Leroy: Trump et Twitter: quand Ubu est remplacé par Big Brother…

L’analyse économique montre aussi que cette mesure introduira des distorsions de marchés. Il est à craindre que ce nouveau prélèvement pénalise in fine les entreprises françaises du numérique, la société Criteo par exemple. Le facteur exogène étant une charge supplémentaire défavorisant les acteurs français payant déjà lourdement de l’impôt en France, quand les autres n’en paient pas ou peu… La taxe GAFA est donc une épine dans le pied des sociétés françaises, elle restreint leur…

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Université de la Réunion: pas d’historienne blanche pour la traite des Noirs


Virginie Chaillou-Atrous, historienne de France métropolitaine, a été élue maître de conférences en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies » par l’université de la Réunion en 2016. C’était sans compter sur les militants racialistes locaux qui ont empêché sa nomination…


Faut-il être innocent dans sa chair(e) pour en occuper une ? En juin 2016, Virginie Chaillou-Atrous était élue maître de conférences en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies » par l’université de la Réunion. L’élection de l’enseignante-chercheuse, issue de la faculté de Nantes, a provoqué la colère d’associations et de médias locaux. « Ce n’est pas de n’importe quelle ville, mais de Nantes, port négrier, que l’on veut réécrire l’histoire de l’esclavage, à La Réunion ! » écrivait un journaliste insulaire. Un metteur en scène dénonçait « un outrage, un crachat à la figure » visant à « priver un peuple du droit d’écrire sa propre histoire ». Sur les réseaux sociaux, on parle très tranquillement de « zorey » (« métropolitain »), c’est-à-dire de « Blanche. » Saisi, le tribunal administratif avait finalement relevé quelques irrégularités (pourtant très courantes) dans la procédure de recrutement pour l’annuler. La justice pratique-t-elle une forme endimanchée de la vengeance mémorielle ? Elle aurait peine à trouver dans les statuts de l’Université française – métropolitaine ou ultramarine – une quelconque notion de préférence régionale justifiant sa décision.

À lire aussi, Eliott Savy: Universités, la révolution culturelle

L’universitaire se défend de tout lien avec la traite négrière…

À défaut de son poste, l’universitaire a voulu défendre son honneur et a porté plainte au pénal pour les diffamations, injures et provocations à la discrimination qui ont marqué la campagne menée contre elle. Elle se défend de tout lien – y compris familiaux – avec la traite négrière. « On l’a appelée “la Nantaise” alors qu’elle est Vendéenne », précisait son avocate. Qu’elle vienne d’une région martyre n’a pas éveillé de compassion ou de solidarité sur l’île. Le 3 septembre, le tribunal a prononcé une relaxe générale à l’endroit de ceux qui l’avaient insultée.

A lire ensuite, Alexandre Bertolini: Quand les « Anges de la téléréalité » se transforment en diables

Quand j’étais giscardien


Un seul jour à retenir ce moi-ci : le 2 décembre, date de la mort de VGE. Toute une époque ! Mes premiers souvenirs de nègre, avant Pasqua. Chez les giscardiens, j’ai côtoyé des poids lourds comme Barre, Ponia, Simone Veil… et même Chuck Berry ; mais ça, peu de gens le savent.


Premiers pas dans la négritude

En 94 ans, je n’ai jamais eu l’honneur de rencontrer personnellement le président Valéry Giscard d’Estaing, et aux dernières nouvelles ça ne risque pas de s’arranger.

Pourtant, sans qu’il le sache, j’ai puissamment contribué aux dernières années de son règne, jusqu’à la chute finale de mai 81.

Tout a commencé à la rentrée 1977, lorsque j’ai été embauché comme nègre à l’« Association pour la démocratie ». Sous ce nom ridicule se cachait plus modestement une officine giscardienne chargée d’alimenter les candidats UDF aux législatives de 1978 en discours types, argumentaires et autres « idées ».

À lire aussi, Basile de Koch: Le folklore américain

Outre ce travail quotidien, voire répétitif, voire chiant, mes fonctions m’ont heureusement permis de vivre quelques épisodes autrement plus glimougnants. Je fus ainsi chargé, parfois, figurez-vous, d’écrire personnellement des projets de discours personnalisés pour des vedettes du mouvement. À commencer par Simone Veil, mais bon, qu’est-ce que tu veux que je te raconte ? Je l’ai à peine entrevue, et je ne suis pas romancier. Seule certitude : son discours n’avait aucun rapport avec mon projet, sauf erreur ou omission.

Chuck & Ray alive in Paris!

Mon meilleur souvenir, sans hésiter : Raymond Barre. Pas seulement parce qu’il était Premier ministre, et à ce titre leader naturel de la campagne, mais surtout parce que j’ai bien ri. Rien que le thème du meeting m’avait ravi : « Raymond Barre s’adresse aux jeunes ».

Il m’est échu, sans doute parce que j’avais les cheveux longs, de préparer cette adresse à la jeunesse. Restait le plus difficile : trouver des vrais jeunes disposés à venir écouter Raymond Barre.

Heureusement, les communicants de Matignon avaient tout prévu. Ils s’en doutaient, pour remplir le Palais des sports entre deux « Holiday on Ice », les jeunes giscardiens du Triangle d’or ne suffiraient pas. Dans toutes les grandes villes de France, des cars gratuits furent donc mis à disposition des volontaires, auxquels on promettait en outre deux repas chauds et une visite de la capitale.

Mais surtout les Séguéla de l’autre rive, conscients qu’on n’attrape pas les jeunes avec du Raymond, eurent la bonne idée d’ajouter à l’affiche… Chuck Berry en personne. Résultat : plus de 5 000 réservations ! Un triomphe – légèrement salopé, hélas, par les caprices du Premier ministre, qui exigea de faire son numéro après Chuck « Crazy Legs » Berry.

Basile de Koch Photo: Hannah Assouline
Basile de Koch Photo: Hannah Assouline

La fête à Raymond

Ce qui devait arriver arriva. Dès la fin du concert, la salle se vida aux deux tiers. Ne restaient plus, pour entendre Barre, que des militants à T-shirt, des sympathisants en loden et quelques curieux.

Encore l’orateur trouva-t-il le moyen de se faire huer copieusement en improvisant un panégyrique du service militaire, avec des arguments du genre : « Ça fera de vous des hommes ! »

Face au hourvari, au lieu de changer de sujet, le bonhomme s’entêta jusqu’à conclure sous les lazzis par l’incontournable : « Ça restera le meilleur souvenir de votre vie ! »

Entre-temps, j’étais allé discrètement toucher ma petite prime en liquide. Dans les coulisses m’attendait un bar VIP encore désert où, durant la catastrophe, j’ai pu glisser dans un ample cache-poussière prévu à cet effet un assortiment d’alcools de qualité.

Bref, une soirée réussie pour Chuck et moi.

Ponia, son chien, son œuvre

C’est grâce à mes amis les Associés pour la démocratie que j’ai été recruté par Michel Poniatowski pour un projet de livre intitulé L’avenir n’est écrit nulle part.

En guise d’entretien d’embauche, j’ai droit à un déjeuner en tête-à-tête avec le ministre à son domicile neuilléen.

« J’ai prévu un repas froid pour plus de tranquillité, si vous n’y voyez pas d’inconvénient… » me dit en rosissant le redoutable Ponia, plus intimidé que moi… Quand soudain, en plein apéro, d’étranges bruits parviennent d’une pièce attenante.

« C’est vous, Ulysse ? » interroge mon hôte. Sans réponse, il rosit de plus belle et me prie de bien vouloir l’excuser un instant. J’imagine déjà un Nestor en gilet rayé s’affairant en cuisine – quand j’entends Ponia s’exclamer : « Mais enfin Ulysse, vous savez bien que ce poisson n’est pas pour vous ! »

Quoi ! Le maître d’hôtel mangerait dans les plats ?? Mais non ! Revoilà mon hôte, accompagné d’un gros chien dont j’ai oublié la marque. Le prince voussoie son chien ! Va falloir s’adapter.

À part ça, excellent déjeuner. Le bar entier poché sauce gribiche, ou genre, est succulent, sans arêtes ni poils. Quant au programme, il est copieux. Le ministre, tout juste libéré de ses fonctions, souhaite asseoir sa réputation intellectuelle avec une somme dessinant, à la lumière des sciences, de l’histoire et de la géopolitique, les contours du « monde nouveau » qui s’annonce. Rien de moins.

L’ensemble devrait comporter une trentaine de chapitres, dont trois ou quatre particulièrement délicats qu’il se réserve, me prévient-il. Pas de problème ! 25 chapitres, ça me suffit amplement.

D’emblée, Ponia tient à me rassurer : pour chacun d’entre eux, sa secrétaire me fournira un feuillet de directives renvoyant à cinq ou six livres joints. Bref, toute la documentation nécessaire. À parution, je n’en goûterai que plus l’ironie de ses remerciements « à M. Bruno Tellenne, documentaliste ».

Mais bon, il aurait très bien pu ne pas me citer du tout. Et moi, je suis fier quand même d’avoir participé à l’écriture de l’avenir, même « nulle part ».

La défaite en bâfrant

Après les législatives, dissolution de l’AD. Dans la perspective de la présidentielle de 1981, me voilà muté au Parti républicain, aile giscardienne pur porc de l’UDF.

Peu d’anecdotes heuristiques sur cette période. À vrai dire, le souvenir le plus saillant reste le dernier : le 10 mai. En cette soirée de deuil électoral, comme prévu, les somptueux buffets dressés au QG de campagne giscardien, à l’UDF et même au PR, sont quasiment déserts. Quant aux Jeunes giscardiens présents, la gorge serrée, ils n’ont guère le goût de ripailler. On se réconforte, les filles sanglotent, les garçons pleurent tout bas. Certains songent même tout haut à quitter le pays ; d’autres parlent déjà d’organiser la « résistance ».

À lire aussi: Basile de Koch: « Sénèque était un jean-foutre! » 

Du coup, les videurs se montrent moins regardants sur les badges. La presse est là ! Il faut faire nombre, et si possible bonne figure. Dans ce contexte, la bande à Jalons est la bienvenue.

À nous donc verrines et chiffonnades, langoustines et Saint-Jacques petits fours et mignardises, le tout arrosé de champagne et de bons crus. Et tout ça, trois fois de suite…

Après quoi, repus et convenablement éméchés, les meilleurs d’entre nous décident de prendre un peu l’air en improvisant, au hasard des rues, une manif aux cris de « On a perdu ! » en brandissant des posters de VGE.

Mini-manif, gros succès en matière d’insultes de tous bords. Un régal de nonsense ! Comme pot de départ de chez les giscardiens, je ne pouvais rêver mieux.

Après, je suis devenu pasquiste.

L'Avenir n'est écrit nulle part

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De parfaits seconds


L’adaptation de Cécile est morte de Maurice Tourneur mérite le détour, surtout pour l’indéniable qualité de sa distribution.


D’accord, Albert Préjean n’est pas le meilleur des Maigret de Simenon à l’écran, Gabin l’emportant largement sur tous les autres. Cette adaptation de Cécile est morte mérite cependant le détour. Produit par la Continentale, écrit par Jean-Paul Le Chanois et sorti sur les écrans en 1944, le film vaut surtout par l’indéniable qualité de sa distribution. On y profite de la fine fleur des seconds rôles du cinéma français de l’époque : Gabriello, Jean Brochard, Yves Deniaud, Charles Blavette, sans oublier Germaine Kerjean et Lucie Fabiole, la concierge qui termine chacune de ses phrases ou presque par un savoureux « Sauf votre respect ». On se fiche un peu de l’intrigue, ici maltraitée, pour s’en tenir à l’impayable galerie de portraits, allant d’une tante abominable à un joli trio de souteneurs adeptes de la bonne gestion de leurs affaires, en passant par un notaire de province plus vrai que nature. On nous promet pour la fin d’année un Maigret incarné (enfin ?…) par Depardieu, le film de Tourneur en serait alors un amuse-bouche parfait.

"Cécile est morte" en Blu-ray.©Gaumont
« Cécile est morte » en Blu-ray.©Gaumont

À lire aussi, Jean Chauvet: Au revoir les jeunes

La France se dote d’un ronflant Conseil national de l’hydrogène

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Le gouvernement vient de créer un Conseil national de l’hydrogène qui illustre son revirement spectaculaire sur cette forme d’énergie. Ce Conseil est parrainé par pas moins de quatre ministères et le Conseil national de l’industrie. Il associe également Régions de France et une quinzaine de groupes industriels. Même s’il a toutes les apparences d’un énième comité Théodule dont nos administrations ont le secret, il faut espérer que ce Conseil contribue utilement à créer une filière d’hydrogène vert ou décarboné. Il s’agit aujourd’hui du seul carburant de substitution à l’essence, au gaz naturel et au diesel dans de nombreux domaines d’activité.


Avec le zèle du nouveau converti, le gouvernement français affiche aujourd’hui ses grandes ambitions dans l’hydrogène. Il vient ainsi le 11 janvier de doter le pays d’un Conseil national de l’hydrogène. Quel virage! Jusqu’au début de l’année, les pouvoirs publics étaient hostiles ou au mieux indifférents à l’hydrogène. La PPE, la fameuse Programmation pluriannuelle de l’énergie, rendue publique en avril dernier pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, fait à peine allusion à l’hydrogène. Au début de l’année 2020, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France (RTE) avait même commis un rapport qui était un enterrement de première classe de l’hydrogène. Ce rapport a aujourd’hui, quelle surprise, disparu du site de RTE…

À lire aussi, Nicolas Granié: Les éoliennes nous pompent l’air

Le modèle allemand

Car quand l’Allemagne a décidé en juin 2020 d’investir 9 milliards d’euros dans l’hydrogène vert et a affirmé vouloir devenir le numéro un mondial de cette énergie, la France a soudain changé d’avis. Deux mois plus tard, le gouvernement annonçait mettre 7 milliards d’argent public pour développer cette forme d’énergie. L’Union Européenne est aussi tombée sous le charme. Ainsi, 23 États-membres ont signé le 17 décembre 2020 un manifeste pour le développement d’une chaîne de valeur de l’hydrogène.

On ne peut sur le principe que se féliciter de la création d’un Conseil de l’hydrogène. Même si son rôle est loin d’être clair et si de nombreuses questions techniques et économiques sont loin d’être résolues sur cette forme d’énergie. Mais l’hydrogène décarboné est aujourd’hui le meilleur moyen de stocker de l’électricité renouvelable et le seul vrai carburant de substitution à l’essence, au diesel et au gaz naturel dans de nombreux domaines d’activité. Cela est tout particulièrement le cas dans les transports sur longue distance, les transports lourds, la production de chaleur et l’industrie.

Cela dit, le Conseil national de l’hydrogène, présenté conjointement lundi 11 janvier par les ministères de l’Economie, de la Transition écologique, de la Recherche et de l’industrie, a toutes les apparences d’une machinerie administrative à la française. Il se réunira dans les prochaines semaines dans le cadre du Conseil national de l’industrie et associera Régions de France et une quinzaine de groupes industriels. Sa mission, explique le gouvernement, sera de «structurer les échanges entre l’Etat et les parties prenantes, en particulier les filières industrielles, et mesurer le bon déroulement des actions prévues pour identifier, le cas échéant, les éventuels freins». Mais de quel pouvoir disposera-t-il pour lever «les éventuels freins»?

Objectifs politiques contradictoires et rivalités industrielles

Il va aussi devoir concilier les objectifs souvent contradictoires et les rivalités des quatre ministères impliqués et les intérêts franchement divergents de groupes industriels concurrents y figurant, d’EDF à Engie en passant par l’Air Liquide, Total ou le CEA. Si le Conseil parvient à prendre des décisions et à obtenir qu’elles soient appliquées, cela tiendra du miracle.

À lire aussi, Gérard Petit: Quand Aquilon en appelle à Jupiter

On voit d’ores et déjà apparaître les conflits potentiels. Le ministère de la Transition écologique vient juste il y a quelques jours d’ouvrir une consultation sur son projet d’ordonnance relative à l’hydrogène. L’article 52 de la loi énergie-climat de 2019 prévoyait que le Gouvernement définisse les règles du soutien accordé à cette forme d’énergie via une traçabilité de l’hydrogène. Il s’agit de bien distinguer l’hydrogène issu des renouvelables, l’hydrogène bas-carbone et l’hydrogène provenant des énergies fossiles. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a pourtant mis en garde le ministère de la Transition écologique sur la mise en place d’un processus administratif d’une grande complexité avant même qu’une filière d’hydrogène vert ait commencé à exister…

La France a l’intention d’investir 7 milliards d’euros d’ici 2030 (dont 2 milliards d’ici 2022 dans le cadre du plan de relance) pour créer de toutes pièces cette…

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Pour en finir avec les partageux et le revenu universel


Si le revenu universel est une bonne idée, il est absolument impossible de le mettre en place aujourd’hui dans une France surendettée. À moins de mettre en place des impôts délirants et spoliateurs…


Le revenu universel n’a jamais été autant à la mode depuis l’échec de Benoît Hamon aux présidentielles. Avant d’aller plus loin, je précise que je n’ai rien contre le revenu universel, que verser à chaque Français un filet de sécurité mensuel serait une excellente idée si ce dispositif était économiquement soutenable. Malheureusement, en 2020, comme je vais m’efforcer de le démontrer, le revenu universel est impossible à financer, sauf à spolier les retraités ou à instaurer une dictature économique de type socialiste. Donnons d’abord quelques chiffres. Le montant des recettes du budget de la France est de 300 milliards d’euros et ses dépenses, en 2021, seront de 434 milliards. Nous ne couvrons donc que 70% de nos dépenses et comme les drogués sont prisonniers de leur accoutumance délétère, nous sommes dépendants des emprunts. Notre dette dépassant 114 % de notre PIB, il est miraculeux que des investisseurs prêtent encore à un État en faillite. Nous devons cette faveur à la politique ultra accommodante de la Banque européenne, mais celle-ci ne va pas durer éternellement et bientôt la fin de la récréation sera sifflée. Si la transition ne se passe pas bien, ce qui est probable, nous serons alors obligés de présenter un budget dégageant un solde primaire (positif avant remboursement des emprunts). La France sera alors contrainte de couper une centaine de milliards dans ses dépenses. Devrons-nous comme la Grèce diminuer de 30% les retraites ? Ou sabrer en partie ou en totalité le RSA et la prime d’activité? Sans doute. En tout cas, il serait impossible en 2021 d’instaurer le revenu universel sans augmenter les impôts. L’argent magique n’existe malheureusement pas comme certains ont tendance à le croire depuis le début de l’année 2020.

À lire aussi: La France se dote d’un ronflant Conseil national de l’hydrogène

Il faudrait ruiner le pays pour assurer le revenu universel

Dans sa forme la plus généreuse, les partisans du revenu universel proposent que le minimum mensuel soit situé autour de 1000€, seuil de pauvreté. C’est ce que suggèrent entre autres les présidents socialistes des conseils généraux. Les détails de leur projet manquent et on ne peut chiffrer précisément la mesure proposée, mais donner 435€ de plus par mois aux 2 millions de personnes au RSA, 1000€ aux jeunes entre 18 et 25 ans et verser en moyenne 300€ aux 6 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté reviendrait au minimum à dépenser 80 milliards d’euros de plus. Il faudrait soit doubler l’impôt sur le revenu, soit confisquer les retraites au-dessus de 1500€ par mois, comme le proposaient certains économistes proches de Benoît Hamon.

Toutes ces solutions sont évidemment impossibles politiquement et même si le président socialiste de la Gironde exige qu’on la mette en place, aucune réforme fiscale cohérente ne pourra ramener 80 milliards dans les caisses de l’État. Bien sûr, on peut alléger la facture, ne donner que 500€ mensuels aux jeunes, ne verser qu’un minimum de 750€ par mois. Avec ces allégements, on devrait encore trouver 40 milliards. Ce qui est impossible sauf à ruiner le pays.

Benoît Hamon. © Daniel Pier / NurPhoto/AFP
Benoît Hamon © Daniel Pier / NurPhoto/AFP

La version light du revenu universel consiste à étendre le RSA aux 4 millions de jeunes de 18 ans à 25 ans qui ne travaillent pas. Or cette mesure coûterait 27 milliards d’euros, le tiers de l’impôt sur le revenu. Des députés ont mis au point un embryon de projet ; ils proposent de verser à tous les contribuables le RSA et en échange de taxer en moyenne à 32% les revenus de tous les Français sans exception et cela dès le premier euro.

Actuellement, 90 % des Français payent moins de 9% de leurs revenus au titre de l’IR et le taux maximum de prélèvement est de 21%. Nous sommes ainsi très loin des 32%. Encore une fois, les détails manquent, mais en effectuant des simulations prudentes on s’aperçoit qu’au-delà de 2000€ par mois, le contribuable paiera entre 30% et 40% de plus d’IR avec cette réforme radicale. Or cette dernière ne changera qu’à la marge la situation actuelle, le minimum social restera à 565€ par mois: seule nouveauté le RSA serait étendu à tous les jeunes.

Confisquer les biens des riches pour en faire des HLM ?

Sur Facebook, beaucoup d’économistes du café de commerce exigent qu’on confisque les biens des « riches ». Mais si on saisissait la moitié des patrimoines au-dessus d’un million d’euros, l’État se retrouverait avec des maisons, des actions, des assurances-vie constituées d’actions, d’emprunt d’États ou de SCPI. Ces biens ne seraient pas liquides puisque plus personne n’aurait les moyens de les acheter. Si un « ultra riche » possède un appartement parisien et une villa sur la Côte d’Azur et que l’État confisque la villa, qu’en fera-t-il? La maison sera invendable, puisque tous les « riches » seront dépouillés. Va-t-on la transformer en HLM, comme l’on fait les Bolcheviques avec les palais russes? Totalement absurde! Il est de même pour les actions saisies, personne ne pourra les acquérir sauf les étrangers.

En fait, on ne peut confisquer le capital qu’à la marge comme le faisait l’ISF et on ne peut agir que sur les revenus. Malheureusement, l’ensemble des revenus des Français ne se montent qu’à 927 milliards d’euros. Augmenter les impôts de 24, 40 ou 80 milliards d’euros paraît donc très difficile. Si dans un délire socialiste on saisissait l’ensemble des revenus de Français pour le redistribuer équitablement, chacun ne récupérerait que 1485 € par mois,   un gros smig!

Aucune ressource nouvelle à attendre du côté de la fraude fiscale

Bien sûr, on nous ressort souvent qu’il suffirait de lutter contre la fraude fiscale pour combler les trous du budget. Mais qui a la recette pour lutter contre ce fléau ? L’État fait déjà beaucoup et je vois mal quelles autres mesures il pourrait adopter. Le montant de la fraude fiscale est souvent estimé à 80 milliards d’euros, mais ce chiffre est donné au doigt mouillé; il n’y a aucune étude sérieuse qui le justifie puisque la fraude fiscale est par nature dissimulée. En outre, on confond souvent fraude fiscale et évitement fiscal. Le second est parfaitement légal du moment qu’on est transparent vis-à-vis du fisc français: il s’agit de placer ses biens dans des États à la fiscalité plus légère. On ne pourra jamais empêcher l’évitement fiscal, sauf à fermer ses frontières et à instaurer un contrôle des capitaux. Ce dernier ne serait hermétique qu’avec une économie entièrement socialiste. Il n’y a donc aucune ressource nouvelle à attendre du côté de la fraude fiscale.

À lire aussi, Sami Biasoni: La « Grande Réinitialisation »: le monde d’avant en pire

Dernière illusion, on propose de réinstaurer l’ISF (ce qui ne rapporterait que 3 milliards si on retrouve le niveau de 2016) et d’augmenter l’impôt sur les successions (actuellement il amène 14,6 milliards d’euros au budget de l’État). Bien sûr, on pourrait, en chargeant la barque, tirer de ces deux impôts une vingtaine de milliards, mais à quel prix? Notre impôt sur la succession est le plus lourd de l’OCDE si on excepte la Corée du Sud. Déjà des Français fortunés s’exilent en Belgique, en Suisse ou en Italie pour laisser le maximum à leurs enfants. Si on augmente encore l’impôt sur la succession, le nombre de « riches » exilés augmentera en flèche au point de diminuer drastiquement le revenu de ce prélèvement. Le jeu en vaudra-t-il la chandelle? Je ne crois pas.

Le revenu universel est une bonne idée. Il finira par être instauré en France, mais dans une cinquantaine d’années. Actuellement, il n’est pas finançable et prétendre le contraire est à mon avis faire preuve de naïveté.

Chroniques depuis mon salon: Les éditions du Val

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Courbevoie, l’attentat inconnu


L’assassinat barbare de Samuel Paty par un musulman nous a été présenté comme un événement sans précédent. Peut-être à tort.


L’assassinat barbare de Samuel Paty par un musulman nous a été présenté comme un événement sans précédent. Peut-être à tort. Le 5 décembre 2018, John Dowling sort du pôle universitaire Léonard-de-Vinci à Courbevoie. Il est environ midi, et ce professeur d’anglais s’en va déjeuner. L’enseignant d’origine irlandaise passe devant les étudiants dispersés sur la dalle de la place Mona-Lisa. Les uns fument une cigarette, d’autres attaquent leur sandwich. Ils observent ce professeur proche de la retraite se diriger vers Ali Hassan Rajput, un ancien élève que beaucoup préfèrent éviter.

L’irresponsabilité pénale bientôt confirmée?

Cet homme de 35 ans un peu dérangé les inquiète : arrivé en France en septembre 2016, le Pakistanais n’est jamais parvenu à s’intégrer à l’école. Il se comporte mal avec les femmes, ne parle pas bien français et est très religieux. Lors d’un stage en entreprise, il aurait exigé une voiture de fonction. Comme elle lui est refusée, il crie au racisme. Finalement, son premier semestre n’est pas validé, et l’université l’exclut. Fait rare, l’exclusion est assortie d’une interdiction de se présenter dans les locaux. Les vigiles ont pour consigne de ne plus le laisser entrer, car il nourrit une haine tenace contre son ancien établissement. Alors que son titre de séjour n’est pas renouvelé, il se fait de plus en plus menaçant. Reste que ce mercredi midi, il discute calmement avec John Dowling.

A lire aussi: Alain Finkielkraut: Samuel Paty, le dévoilement et le déni

Soudain, il sort un couteau de sa poche, saisit son ancien professeur par le bras et lui assène 15 coups au cou, au thorax et à la tête. La victime de 66 ans s’effondre, la barbe blanche qu’elle porte en collier recouverte de sang. La placette s’est transformée en une scène d’horreur. L’irresponsabilité pénale du meurtrier devrait être confirmée en mars 2021 par la justice. Deux collèges d’experts ont estimé qu’il souffre d’une psychose paranoïaque. Et que sa place est à l’asile.

John Dowling. Photo: D.R.
John Dowling. Photo: D.R.

Un dessin diffusé en cours?

On n’a que très peu parlé de ce fait divers sanglant. Le lecteur de Causeur sait que la presse parle de ce qui l’arrange et arrange ce dont elle parle. Pour défendre notre noble corporation, rappelons que nous étions alors tous fort occupés à commenter le saccage de l’Arc de Triomphe, et que cinq jours après le drame, l’attentat perpétré au marché de Noël de Strasbourg par Chérif Chekatt nous replongeait dans l’effroi islamiste. Enfin, le parquet national antiterroriste ne s’est jamais saisi du dossier.

Et puis Ali Hassan Rajput ne reprochait quand même pas à John Dowling d’avoir montré un dessin insultant à l’endroit de Mahomet, n’est-ce pas ? Non ? Si. En 2018, la procureure de Nanterre indiquait que selon les dires de l’assassin en garde à vue, l’enseignant « avait fait un dessin, diffusé en cours, insultant pour le prophète ». Lors de l’enquête, cet épisode n’a toutefois été attesté par aucun étudiant.

Ali Hassan Rajput. Photo: D.R.
Ali Hassan Rajput. Photo: D.R.

Présidence européenne du Portugal: entre doxa franco-allemande et nostalgie impériale

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Charles Michel, président du Conseil européen, et Antonio Costa, premier ministre du Portugal, à Lisbonne le 5 janvier 2021. © Armando Franca/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22527543_000013

Depuis le 1er janvier, le Portugal assume la présidence de l’Union européenne. Si l’« agenda européen » de Lisbonne est tristement banal, l’héritage géopolitique de cet empire oublié ne saurait être ignoré.


L’activisme de la marine russe dans l’océan Atlantique, l’intérêt de la Chine populaire et sa présence multiforme dans l’économie du Portugal, considéré comme une plate-forme logistique et un État client, incitent à prendre en compte la dimension océanique et universelle de cette nation hespériale.

La puissance d’évocation des Lusiades et du défunt empire au-delà des mers invitent les nations occidentales à renouer avec l’audace de la puissance. « Fais, ô mon roi, qu’Allemands, Italiens, Anglais et Français, si admirés soient-ils, jamais ne puissent dire que les Portugais sont moins faits pour commander que pour obéir », Luís Vaz de Camões.

Le programme que le gouvernement du Portugal entend promouvoir est des plus conformes à la doxa franco-allemande

La présidence européenne de Berlin s’achève donc avec l’obtention in extremis d’un accord censé régir les relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Encore importe-t-il de souligner le rôle de Michel Barnier, le « Mr Brexit » qui conduisit de part en part ces âpres négociations. Au 1er janvier 2021, le Portugal succèdera à l’Allemagne. À l’évidence, ce pays ne pèsera pas du même poids ; son pouvoir d’impulsion n’est pas comparable à celui de l’Allemagne. De surcroît, bien des Portugais semblent vouloir se fondre dans une Europe intégrée, refoulant ainsi une longue histoire de navigateurs et d’aventuriers, un passé impérial dont l’héritage géopolitique n’a pourtant pas été totalement liquidé.

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De fait, l’« agenda européen » du Portugal, c’est-à-dire le programme que son gouvernement entend promouvoir, est des plus conformes à la doxa franco-allemande: approfondir l’Union économique et monétaire, surmonter la fracture Nord-Sud au sein de l’Europe, accélérer la transition écologique (le « greenwashing ») et digitale, faire advenir une Europe sociale. Dans cette énumération, l’observateur ne trouvera rien qui disconvienne aux vues de Paris et Berlin, si tant est que ces deux capitales soient à l’unisson. L’énumération est également conforme aux désidératas de la Commission dite « géopolitique » de l’Union européenne et aux attentes du Parlement.

L’« agenda » de Lisbonne et l’hypothèque chinoise

En contrepartie de cet alignement, Bruno Le Maire, ministre français de l’Économie propose que le Portugal, avec ses réserves de lithium, intègre l’« Airbus des batteries électriques ». Produite au moyen de barrages électriques et d’éoliennes (40% de la production électrique nationale), l’« électricité décarbonée » portugaise pourrait aussi servir un programme d’« hydrogène vert ». Au demeurant, un problème de taille demeure: le rôle et la place de la Chine populaire dans l’économie, la finance et les infrastructures portugaises. Après le krach financier mondial de 2008, aggravé dans le cas du Portugal et de l’Eurozone par la crise des dettes souveraines qui suivit, Pékin a su instrumentaliser la conjoncture pour avancer ses pions. D’importants capitaux furent investis dans l’économie de cette nation d’Extrême-Occident (banques, assurances, tourisme, ports et infrastructures).

Partiellement occultée par l’activisme déployé en Europe centrale et balkanique (le « 17+1 »[tooltips content= »17 pays d’Europe centrale et des Balkans, dont 11 sont membres de l’UE, que Pékin soigne particulièrement NDLR »](1)[/tooltips]), la présence chinoise au Portugal s’est depuis renforcée. En 2018, Xi Jinping se rendait sur place, afin de signer dix-sept accords bilatéraux, dont un mémorandum sur les nouvelles routes de la soie (la Belt and Road Initiative). Confirmé l’année suivante, cet accord pourrait se traduire par l’ouverture d’une route pacifico-atlantique de la soie, depuis les « méditerranées asiatiques » (les mers de Chine du Sud et de l’Est) jusqu’au port de Sines, en passant par le canal de Panama. Ainsi les compagnies d’État chinoises investiraient-elles dans le plus grand port artificiel portugais, situé dans l’Algarve, une centaine de kilomètres au sud de Lisbonne (Sines assure la moitié du trafic maritime portugais). Notons par ailleurs qu’une partie de la dette portugaise est désormais acquise par la Chine populaire (les « panda bonds »).

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Cette politique complaisante, dont Lisbonne n’a pas le monopole, s’accompagne d’un discours sinophile qui porte l’accent sur cinq siècles de riches relations diplomatiques et culturelles entre le Portugal et la Chine. Le simple examen des faits historiques suffit à dissiper ce « narratif » dont le seul but est de justifier l’affairisme, nonobstant ses redoutables implications diplomatiques et stratégiques. Quant au sort de la possession portugaise de Macao qui, lors de sa rétrocession (1999), a d’emblée succombé au pouvoir communiste chinois, il est difficile de voir en quoi il validerait la thèse d’un savoir-faire particulier de Lisbonne dans ses relations avec Pékin.

Macao Image: Travel Sourced de Pixabay .
Macao Image: Travel Sourced de Pixabay .

Il faut cependant concéder le fait que le gouvernement du Portugal et nombre d’experts nationaux, tout en appelant au « pragmatisme » (mot clef du nihilisme politique), admettent la nécessité d’une politique européenne plus ferme à l’égard de la Chine populaire. Concrètement, la compagnie chinoise Huaweï pourrait être exclue de la 5G et les autorités politiques portugaises scruteraient avec plus de vigilance les projets chinois d’investissement. Malheureusement, les pressions amicales des États-Unis ont plus pesé que celles de Bruxelles. La volonté, affichée ces derniers jours, de signer un accord avec Pékin sur les investissements, sans chercher à s’entendre au préalable avec la future administration Biden, n’est d’ailleurs pas de bon augure.

Une nation hespériale

Toujours est-il que le déploiement chinois sur un vaste arc occidental, de l’Arctique à la Méditerranée, et l’intérêt porté par Pékin au Portugal, envisagé comme une plate-forme logistique et commerciale, voire comme un État client, appellent l’attention sur l’océan Atlantique. Si l’entrée dans la CEE, en 1986, semble avoir « ibérisé » le Portugal, dès lors réduit à une périphérie occidentale de la « dorsale européenne » qui court de Londres à Milan, il importe de se remémorer la place et le rôle de la mer dans l’histoire de cette nation hespériale.

À l’époque de la Reconquista, le comté de Porto n’était qu’une marche chrétienne, au nord-ouest de la péninsule Ibérique. C’est en écrasant les forces musulmanes à Ourique, en 1139, que le comte Alfonso Enriques fonde le Portugal. Il reçoit alors du Christ la promesse que son pays recevrait l’empire de la mer. Ce satellite lointain de l’économie-monde méditerranéenne se tourne vers l’océan Atlantique et conquiert ensuite un empire au-delà des mers, le premier du genre. Si l’essentiel des possessions asiatiques a été tôt perdu, au profit des Hollandais notamment, le Brésil demeura dans le giron portugais jusqu’en 1822. Quant aux possessions africaines, elles n’accédèrent à l’indépendance qu’en 1975, après la révolution des œillets. Et le Portugal maintint sa souveraineté sur Macao jusqu’à l’extrême fin du vingtième siècle.

Il serait erroné de voir en cette évocation une variante géopolitique du fado, ce chant qui exprime la « saudade ». En vérité, ce sentiment mélancolique mêle l’espoir à la nostalgie. Si le choix de la CEE a semblé ramener le Portugal au point de départ, i.e. à la condition de satellite, cette nation hespériale dispose encore d’atouts géopolitiques. Le Portugal se projette dans l’océan atlantique, à plus d’un millier de kilomètres, avec l’archipel de Madère et celui des Açores, dont on sait le rôle stratégique au cours des conflits du vingtième siècle. Ce « pays-archipel » pourrait bientôt être renforcé par l’adjonction d’un vaste domaine maritime, le troisième au monde – une demande en ce sens a été déposée auprès des Nations unies. Sur un autre plan, l’universalité de la langue portugaise, consacrée avec la fondation de la CPLP (Communauté des Pays de Langue portugaise, 1996), dessine un vaste cercle qui inclut le Brésil, plusieurs pays d’Afrique et des morceaux d’Asie.

Le regain d’activité de la flotte russe dans l’Atlantique ainsi que l’irruption de la flotte chinoise mettent en valeur la dimension atlantique du Portugal et, par voie de conséquence, la nécessaire coopération interalliée pour sauvegarder ses archipels des convoitises sino-russes. Imaginons simplement ce qu’une mainmise financière chinoise sur les Açores, carrefour atlantique de câbles sous-marins, aurait comme implications stratégiques. A l’échelon européen, la solidarité financière et économique avec le Portugal doit aller de pair avec la préservation de ses infrastructures critiques, côtières et terrestres.

Les racines du futur

Enfin, le caractère océanique du Portugal, son rayonnement linguistique et le potentiel géopolitique de cet empire oublié sont de puissantes sources d’inspiration pour une Europe menacée de provincialisation, dans un monde dont les équilibres basculent vers l’Orient. La seule souvenance des Lusiades et du monde lusophone entre en résonance avec le projet de « Global Britain » ou la perspective d’une « plus grande France », pleinement engagée dans la région Indo-Pacifique.

Trop longtemps dénigrés par une histoire positiviste et marxisante, les mobiles spirituels des navigateurs portugais de jadis, voire le mysticisme des projets de conquête, devraient être également médités. Ils sont à nouveau pris au sérieux par une histoire « interconnectée » qui ne néglige pas les facteurs idéels de la puissance.

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Ainsi l’historien indien et professeur au Collège de France Sanjay Subrahmanyam mentionne-t-il, dans son ouvrage L’Empire portugais d’Asie, 1500-1700. Histoire politique et économique (1999), la croyance en l’unification de la Chrétienté, sous la direction d’un messie portugais, réalisation du Cinquième Empire prophétisé dans le Livre de Daniel. La situation de l’Europe contemporaine constitue la démonstration a contrario de la force d’un tel messianisme: croire à peu de choses ne mène qu’à peu de choses, sinon au naufrage.

Source : Institut Thomas More

Finkielkraut coupable de substitution idéal

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Cette compétition du dégoût aidera-t-elle un seul enfant abusé?


La ténébreuse affaire Duhamel pose un problème aux journalistes. La victime principale ne semble pas vouloir libérer sa parole dans les médias. Quant à Olivier Duhamel, il n’est pas un coupable expiatoire très accommodant. Il ne dit rien. Ne se flagelle pas publiquement. S’il a reconnu avoir fait « des choses affreuses », c’est en confidence à un ami (qui bien sûr, l’a raconté à un journaliste mais vu l’interrogatoire qu’il a dû subir, ne lui jetons pas la pierre).

Sa condamnation à la mort sociale ayant déjà été prononcée et acceptée par l’intéressé qui a démissionné de toutes ses fonctions et activités publiques, le procès menaçait de tourner court avant que tout un chacun ait pu proclamer fièrement l’aversion que lui inspirent les crimes contre les enfants – aversion parfaitement naturelle, mais qui serait plus respectable si elle était moins ostentatoire : à quoi sert-il d’annoncer urbi et orbi qu’on crache sur un homme déjà mort ? Cette compétition du dégoût aidera-t-elle un seul enfant abusé ?

On ne libère pas la parole par la force

Les procureurs ont besoin de suspects. On traque donc les complices, les coupables par omission et par association, ceux qui savaient et n’ont rien dit, ou ceux qui ne savaient pas et auraient dû savoir. On dresse des listes des invités de Sanary. Mais que savaient ceux qui savaient alors que nous ignorons presque tout de ce qui se passait dans cette chambre d’adolescent – sinon qu’il s’agissait de faits hautement condamnables ? En dépit du charivari médiatique et de la certitude que nous avons désormais de savoir, nous n’avons pas la moindre idée ce que ressentaient les protagonistes, ce qui déterminait leurs choix. Seule Camille Kouchner a livré sa vérité, brossant au passage le portrait d’une tribu où on ignorait l’heureuse séparation des générations et où les jeunes découvraient la sexualité sous le regard bienveillant des aînés.

Numéro de février, disponible: Causeur: Finkielkraut évincé de LCI, la défaite de la pensée

Selon Camille Kouchner, des années durant, personne n’a rien su. Vingt ans après les faits, lorsque des proches ont commencé à savoir, d’abord Evelyne Pisier, épouse du coupable et mère de la victime, puis au fil des années, pas mal de membres de la tribu Sanary, l’adolescent était devenu adulte. Il ne voulait ni porter plainte, ni déclencher un scandale public. Personne n’était en droit, ni moralement, ni légalement, de saisir la justice à sa place, et éventuellement contre son gré. On ne libère pas la parole par la force. Pourtant, on leur reproche aujourd’hui d’avoir respecté le souhait de « Victor », nom donné par Camille Kouchner à son jumeau. Au passage, sous couvert de souffrir pour lui, les commentateurs et experts qui dissertent sur l’inceste, le privent de sa singularité et de sa liberté : sa vie est forcément détruite, son silence forcément contraint. C’est l’une des singularités des crimes sexuels : on décrète que la souffrance est structurellement insurmontable, condamnant ainsi les victimes qui veulent et peuvent avancer à une vie « détruite », à la pitié de tous et au flash-back permanent. Et puisque la souffrance des victimes est imprescriptible, le crime doit aussi l’être, ce qui reviendrait à aligner l’inceste sur Auschwitz, le crime intime sur le crime de masse.

Vacarme girardien

Parmi ceux qui, à partir de 2008, ont été informés, certains ont rompu avec Duhamel, d’autres non. Ne soyons pas naïfs, beaucoup ont dû calculer, sans se poser la moindre question morale, qu’ils avaient plus à perdre qu’à gagner à le lâcher. Ayant contribué à son pouvoir et à sa gloire, ils en recevaient les miettes. Peut-être, cependant, quelques-uns ont-ils pensé que même le crime n’efface pas l’amitié.

Dans leur dernier article les talentueuses duettistes du Monde (Baqué-Chemin) annoncent que Duhamel « va bientôt entraîner dans sa chute tous ceux qui, jusque-là, s’inclinaient devant son pouvoir ». Il est probable en effet qu’après le préfet Marc Guillaume, faiseur de rois déchu, le directeur de Sciences Po devra jeter l’éponge. On ne s’en émouvra pas outre-mesure. Le message outragé qu’il a adressé à toute l’Ecole sur le mode « je tombe de ma chaise », pour reconnaître piteusement deux jours plus tard qu’il avait été alerté, est pour le moins accablant. La roue de l’infortune a parfois du flair. Elle en a eu moins avec Elisabeth Guigou. Si l’ancienne Garde des Sceaux dit la vérité, elle a découvert le crime ce 4 janvier. Pourtant, elle a dû démissionner de la présidence de la Commission sur l’inceste : curieusement tous ceux qui nous disent que l’inceste est partout (ce qui signifie que nous côtoyons tous sans le savoir des situations incestueuses) sont tombés sur Guigou parce qu’elle avait côtoyé sans le savoir un homme incestueux.

Dans ce vacarme girardien où la société chauffée à blanc se réconcilie en crachant sur l’abuseur d’enfants, Alain Finkielkraut est un coupable de substitution idéal. Le 11 janvier, une semaine après le début de l’affaire, notre cher philosophe évoque le sujet dans son dialogue hebdomadaire avec David Pujadas. Le soir même, l’offensive numérique à base de bouts de phrases interprétés de la façon la plus malveillante possible commence. De toute façon, il a défendu Polanski, plaisanté sur le viol un sujet sur lequel on ne plaisante pas (Coluche, reviens, ils sont devenus sérieux !) : son compte est bon.

L’émission de LCI retirée du site de la chaîne

L’après-midi, il fait partie des « Trending Topics ». À 17 heures, il est débarqué de LCI. Une chaîne où on ne plaisante pas avec le buzz. Quoique l’argument qu’elle a avancé soit dans ce désastre hautement comique : « LCI fait du débat d’idées, argumenté et respectueux, une priorité de sa ligne éditoriale. Quotidiennement, LCI s’attache à mettre en perspective des faits d’actualité avec le regard d’invités aux opinions plurielles et aux sensibilités multiples ». On vous a dit plurielles et multiples, pas contradictoires ou divergentes. Le plus cocasse, c’est que la veille, toute la France politique et médiatique s’insurgeait de la censure de Trump par Twitter. Que l’on prive le public du questionnement exigeant d’un penseur qui, de l’avis général, a fait grandir ses lecteurs n’a pas suscité de grand mouvement d’opinion. Certes, beaucoup sont sincèrement révoltés par la décision de LCI, mais tout de même, il n’aurait pas dû. Pas dû quoi au juste ?

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Il suffit d’écouter l’émission dans son intégralité pour savoir qu’Alain Finkielkraut n’a pas dit ce qu’on l’accuse d’avoir dit. Sauf qu’on ne peut plus l’écouter. L’émission a disparu du site de la chaîne comme les portraits des purgés de Staline disparaissaient des photos (qu’Alexandre Bertolini soit remercié pour avoir déniché la vidéo et d’avoir établi le verbatim de l’échange). En conséquence, chacun a pu se faire son idée à partir du flot numérique charriant des commentaires de commentaires de commentaires de quelques phrases extraites de leur contexte. Les réseaux sociaux n’ont rien inventé, ils ont industrialisé la machine à rumeurs et universalisé le vieux principe de Richelieu (qui n’est pas de Richelieu semble-t-il) : « Donnez-moi deux mots de la main d’un homme et je le fais pendre. » La calomnie, le mensonge et la guillotine à portée de tous. C’est ce qu’on appelle le progrès.

Alain Finkielkraut n’a nullement excusé, justifié ou minimisé. Il n’a pas défendu la pédophilie ni fait l’apologie de l’inceste comme on peut le lire.  Il a même évoqué « M le Maudit », tueur de petites filles jugé et exécuté par la mafia de la ville. Les journaux le reconnaissent, ses premiers propos ont été : « Un homme ça s’empêche (…).Si mû par une passion inattendue ou par une pulsion irrépressible Olivier Duhamel n’a pas su, pas pu, ou pas voulu s’empêcher, il n’a pas seulement commis un acte répréhensible, ce qu’il a fait est très grave, il est inexcusable. » Il dit clairement « c’est inexcusable ». Peu importe, la meute a décidé qu’il excusait.

La nausée de Pierre Jacquemain

Quel est son crime alors ? C’est d’avoir voulu comprendre cet acte inexcusable. D’avoir cherché à lui restituer sa singularité quand tant d’autres ont décidé d’en faire un emblème d’une cause, l’Inceste avec un grand I, voire la pédophilie avec un grand P. Bref, il a tenté de spécifier le crime car, a-t-il rappelé « l’exercice de la Justice s’appuie « sur une vertu intellectuelle que les Grecs appelaient la phronesis, l’intelligence des cas particuliers. Cette sagesse pratique est aujourd’hui complètement balayée par la « furie de la pitié », ce mot c’est Michelet qui l’écrit à propos de la maladie des hommes de 1793.».

Finkielkraut condamne mais il ne s’en tient pas là. Il voudrait comprendre les circonstances, savoir ce qui s’est passé derrière cette porte close, ce que ressentaient les deux protagonistes. Bref, quand les tricoteuses ne se soucient que de condamner (et de faire savoir qu’elles condamnent), lui fait ce qu’aurait fait un juge pénal – ou un romancier: il pose des questions. Il essaie d’entrer dans les raisons des personnages, fussent-elles absolument déraisonnables.

On est contraint de se livrer à une fastidieuse explication de texte du passage qui a déchaîné la haine satisfaite de ses ennemis et la consternation de pas mal de ses amis.

– Finkielkraut : Y’a t’il eu consentement, à quel âge ça a commencé ? Y’a t-il eu une forme de réciprocité ?Quand vous posez ces questions on vous tombe immédiatement dessus.

– Pujadas : Parce que l’on parle d’un enfant de 14 ans !

– Finkielkraut : Et alors ? D’abord on parle d’un adolescent, ce n’est pas la même chose. Même pour spécifier le crime il faut savoir s’il y a eu consentement ou non. À chaque fois que vous voulez faire une distinction ça apparait comme une absolution. À chaque fois que vous recherchez la spécificité ou vous accuse à peu près de complicité, de crime.

Pour commencer  « et alors ? » ne signifie pas « qu’est-ce que ça peut faire ? » mais « en quoi le fait qu’il ait 14 ans interdit-il de poser ces questions ?». Quant à la distinction entre un enfant et un adolescent, qui semble pourtant relever de l’évidence, elle a par exemple donné la « nausée » à Pierre Jacquemain, extrême gauchiste tendance intestin délicat. Or, bien qu’il s’agisse de deux actes parfaitement répréhensibles, qui oserait affirmer qu’abuser d’un enfant et d’un adolescent c’est la même chose ? Ce sont deux crimes différents, qui n’obéissent pas aux mêmes pulsions. On ne pourrait pas regarder Lolita si elle avait 7 ans – du reste, même avec une Lolita de 13 ans, c’est le malaise qu’il produit qui en fait un chef d’œuvre. Peut-être parce qu’il explore une pulsion universelle – et heureusement refoulée car la plupart des hommes s’empêchent.

«Consentement» : un mot fétiche

La seule erreur véritable d’Alain Finkielkraut est d’avoir parlé de « consentement », mot-fétiche qui interdit de penser. « Il a dit consentement, il a dit consentement. Il n’y a pas de consentement. » Les salafistes de la sémantique, qui ne peuvent concevoir qu’un mot n’ait pas exactement le même sens pour tous les locuteurs, sont en boucle.

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Cependant, le consentement est aussi une notion de droit. Finkielkraut aurait dû employer « acquiescement apparent » ou « consentement formel », préciser que, même s’il avait eu lieu, ce consentement n’en était pas un, agiter une clochette à chaque phrase en rappelant que comprendre, ce n’est pas justifier. Ça aurait  alourdi ses phrases (comme ce texte) mais compliqué le travail de tous ceux qui veulent sa peau depuis si longtemps.

Une seule réaction socialement acceptable

On sait bien que ce qui rend ce crime si détestable et si singulier, c’est qu’il est une affaire de liens, donc de sentiments – trahis chez la victime, honteux chez le coupable. Un président de Cour d’Assises demanderait à la première si elle a opposé une résistance (et ne déduirait nullement d’une réponse négative que le crime était moins grave ou que la victime était complice). Puisque nous sommes les spectateurs, d’un règlement de comptes grand-familial et/ou d’une aventure thérapeutique, on aimerait, comme le ferait un romancier ou un cinéaste, pouvoir explorer cette tragédie avec plusieurs regards, entrer dans la tête de l’adolescent abusé et de l’homme abuseur. « Non on n’a pas besoin de comprendre, m’a dit un ami. Il y a un coupable et une victime point. Et il n’y a pas de consentement. C’est interdit, c’est tout. » Si on doit interdire la pulsion incestueuse, c’est bien parce qu’elle existe. Dans cette affaire c’est l’éléphant dans la pièce.

C’est à cause de cet embarrassant pachyderme que la seule réaction socialement acceptable est l’expression du dégoût, de l’effroi et de la compassion. Il faut que cette affaire touche à un point sensible et enfoui du fonctionnement social et du psychisme individuel pour qu’on en arrive à proscrire les questions et les questionneurs. Si Dostoïevski a écrit les Démons, ce n’est pas pour nous divertir, mais pour nous parler de nous.

Alain Finkielkraut a voulu réfléchir, penser l’événement et plus encore sa réception. Si on prenait les idées au sérieux, on discuterait ses propos. On lui demanderait de les préciser. Comme toujours, il est plus gratifiant d’agiter des crucifix.

Il a eu tort de croire qu’on pourrait l’entendre. Peut-être n’y croyait-il pas, d’ailleurs, mais c’est plus fort que lui. Ses détracteurs parlent de provocation, ses admirateurs pensent qu’il cherche les ennuis. Non. Il cherche la vérité. C’est la définition du courage.

Marielle, Broca, Belmondo: le beau recueil nostalgique de Thomas Morales

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Jean-Pierre Marielle et Annie Girardot en 1976 dans le film "Cours après moi que je t'attrape" de Robert Pouret. © SIPA Numéro de reportage : 00377665_000001

Notre chroniqueur régulier Thomas Morales vient de sortir un beau recueil, Ma dernière séance, dédié à trois légendes du cinéma hexagonal.


Le temps est propice à la nostalgie – comme il l’est toujours, avec Thomas Morales. Face à un présent déprimant, rien de mieux que de revenir aux vieilles gloires, de se réfugier dans les valeurs sûres, et de s’emmitoufler dans ce qu’on connaît par cœur, comme d’un plaid en laine dans une maison mal chauffée. Le plaid salvateur de Thomas Morales, c’est une collection de films de notre cinéma national, quand il pouvait encore se dire comique et populaire. Cette année, pour avoir la force de passer l’hiver, notre auteur nous offre Ma dernière séance, un beau recueil de chroniques dédié à trois légendes : Marielle, Broca, Belmondo. Du « temps béni des égéries masculines », riche de « notions aujourd’hui bannies: l’audace, le bon mot, l’ironie amusée, les amours ancillaires et le désengagement vindicatif ».

Un hommage superbe à Jean-Pierre Marielle

Les lecteurs assidus de Causeur auront le bonheur d’y relire l’hommage superbe à Jean-Pierre Marielle que Morales avait publié dans nos colonnes en forme de série d’été après sa mort en 2019, accompagné de sa filmographie complète ; probablement un des plus beaux hommages écrits par Morales (qui n’en est pourtant pas avare), dont le style virevoltant est plein d’une affection ancienne pour l’acteur qui « catapultait les cons dans la stratosphère ».

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« Marielle n’était pas un Français moyen comme on l’a souvent chroniqué, ou alors d’une moyenne puissance mille, d’une moyenne exponentielle, d’une moyenne épique. Chacun de ses gestes, cette attitude féroce et tendre, ce détachement face à une réalité trop laide, le plaçait hors concours, hors gabarit. » Dans la « pâtisserie de province », sublimant le « fornicateur des zones pavillonnaires », Marielle incarne l’insouciance française sauce Trente Glorieuses ; « convaincu que les temps funestes voileront bientôt l’horizon, alors jouissons, trinquons et égarons-nous dans la moiteur d’une touffe indisciplinée ».

jean pierre marielle giscard mitterrand
Jean-Pierre Marielle dans « Les galettes de Pont-Aven »

C’est cette période de passage, cette ligne de crête, que Morales cherche aussi chez Broca, « le dernier à avoir consigné dans ses films l’âme française, ce mélange d’insouciance et d’individualisme, d’une bourgeoisie bien élevée et d’élévation spirituelle ». Évocation de Cartouche, Le Cavaleur, Le Magnifique : « Il fait le pari insensé de la sensibilité sans mièvrerie, du panache sans gloriole, d’une recherche éperdue de pureté sans les poncifs habituels, cette glue émotionnelle qui colle maladroitement les morceaux. Il fracasse les hérauts de la Nouvelle Vague sur les récifs d’un intellectualisme fermenté ».

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Les scènes défilent, Morales va et vient entre le présent et le défilé coloré de personnages flamboyants, au premier degré magnifique, sans mauvaise conscience et sans discours moralisateur (les deux allant de pair). Le contraste est la rançon de la nostalgie. Morales est un virtuose du rocking-chair: confortablement installé, il se balance d’avant en arrière, du doux à l’amer, jusqu’à l’étourdissement tranquille et le serrement de cœur.

« C’est triste, mais l’écrit tend à disparaitre du paysage français… »
Thomas Morales en entretien avec Philippe Bilger sur Fréquence Protestante

La taxe GAFA est-elle utile à la France ?

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Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des finances, lors de la conférence de presse à propos de la taxe GAFA. © Sipa 00897914_000028

Depuis bientôt trois quinquennats, nos dirigeants proclament « à la ville et au monde » leur volonté farouche d’imposer l’économie du numérique et les profits de ses grandes entreprises. Moins que « l’économie du numérique », ce sont surtout les grandes plateformes numériques étrangères qui sont visées – de manière générique les « GAFA » (pour Google, Apple, Facebook, Amazon) ; elles restent dans cette nouvelle économie la pierre d’achoppement du déclenchement d’une obligation fiscale.


Fidèle à sa tradition séculaire de créativité, le Parlement français a adopté, en juillet 2019, une loi créant une « taxe sur certains services fournis par les grandes entreprises du secteur numérique », dite taxe GAFA. Formellement à l’initiative de l’Union européenne en 2018 – mais véritablement soufflée par Bercy –, les pays de l’Union ont suspendu le projet en mars 2019 en raison de l’opposition, par ailleurs prévisible, de l’Irlande notamment. La France a alors décidé de faire cavalier seul, ce qui lui a permis de collecter quelque 350 millions d’euros la même année 2019. Ceci avant une « trêve » conditionnant la non-perception de ces ressources à la réussite des négociations visant à une réforme globale de la fiscalité internationale dans le cadre de l’OCDE : Paris gelait le recouvrement de sa taxe et Washington s’abstenait de sanctions. Mais cette négociation ayant échoué en octobre 2020, la version française de la taxe GAFA a donc été recouvrée, en partie, en décembre dernier.

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Techniquement, cette taxe est un prélèvement, au taux de 3 %, sur la somme des produits (le chiffre d’affaires) perçus en contrepartie de la fourniture des services, effectués en France, de ventes de données à des fins publicitaires, de mise en ligne de publicités ciblées, ainsi que de l’activité de plate-forme d’intermédiation, principalement de Marketplace. Seules les grandes entreprises du numérique sont concernées, celles réalisant 750 millions d’euros de services numériques taxables au niveau mondial et 25 millions d’euros de services numériques taxables au niveau français. Soit une trentaine d’entreprises, dont environ la moitié est américaine et une seule française.

Un système fiscal inadapté

Ce projet parait, a priori, séduisant : l’imposition des bénéfices des entreprises visées reste bien inférieure à celle des entreprises ne relevant pas de ce marché. Pour les économistes les plus pessimistes, il suffit de leur rappeler que les acteurs du numérique supportent 14 points d’impôts de moins sur leurs bénéfices que les entreprises ayant « un modèle d’affaires traditionnel européen » : 9,5% contre 23,2% d’après Pierre Moscovici alors commissaire européenOn rappellera aussi, selon un rapport du Sénat, que la société Google a supporté une imposition de 6,7 millions d’euros d’impôt sur les sociétés en France en 2015 et 17 millions d’euros en 2018. La société Airbnb, dont Paris est la première destination mondiale, a quant à elle payé 92 944 euros d’impôt sur les sociétés en France en 2016 ; la modicité de ces sommes évoque plutôt le montant d’impôt sur les sociétés d’une PME. La raison de cette situation est simple, face à l’économie du numérique, l’ordonnancement fiscal montre sa désuétude : l’impôt sur les sociétés et les autres « grands » impôts sont inadaptés à ces nouveaux modèles d’affaires. Le décalage entre, d’une part, le modèle économique des facteurs de productions de richesses ayant un caractère immatériel et, d’autre part, les critères juridiques de qualification de l’obligation fiscale qui nécessitent une tangibilité, crée une volatilité de l’assiette taxable. Les critères juridiques de qualification, tant internes qu’internationaux, ne sont donc pas adaptés à ces « passagers clandestins » du monde fiscal.

Site d'Amazon à Saran, près d'Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020
Site d’Amazon à Saran, près d’Orléans © PATRICK GELY/SIPA Numéro de reportage: 00956406_000020

La France a donc décidé de les modifier. Puisqu’elle ne pouvait intervenir unilatéralement que sur ses critères juridiques nationaux, elle a cru bon de créer une nouvelle taxe, palliative du défaut des impôts préexistants. Cette nouvelle taxe est astucieuse puisqu’elle ne tombe pas sous les fourches caudines des plus de 120 conventions bilatérales signées par la France, susceptible d’y faire échec, les taxes sur le chiffre d’affaires se trouvant hors de leurs champs d’application. Là est la plus grande ingéniosité, elle permet d’assujettir des entreprises étrangères, réalisant un chiffre d’affaires en France (grâce au marché français), sans l’accord des États concernés.

En réalité, tout cela est un trompe-l’œil… Qui ne trompe personne.

La taxe est supportée par les consommateurs, pas par les entreprises

Il s’agit là d’un cas d’école de la théorie économique de l’incidence fiscale.

L’analyse de la répartition de la charge effective de l’impôt entre les différents agents économiques montre que les assujettis pourront répercuter le coût de la taxe directement ou indirectement sur les consommateurs, compte tenu de leur position de marché. Les entreprises concernées l’ont d’ailleurs annoncé : elles feront supporter la taxe sur les consommateurs français. Amazon France a, par exemple, décidé d’augmenter de 3% les frais de vente sur son site ; Apple et Google ont également annoncé une hausse des prix de leurs services.

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L’analyse économique montre aussi que cette mesure introduira des distorsions de marchés. Il est à craindre que ce nouveau prélèvement pénalise in fine les entreprises françaises du numérique, la société Criteo par exemple. Le facteur exogène étant une charge supplémentaire défavorisant les acteurs français payant déjà lourdement de l’impôt en France, quand les autres n’en paient pas ou peu… La taxe GAFA est donc une épine dans le pied des sociétés françaises, elle restreint leur…

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Université de la Réunion: pas d’historienne blanche pour la traite des Noirs

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Virginie Chaillou-Atrous. © D.R

Virginie Chaillou-Atrous, historienne de France métropolitaine, a été élue maître de conférences en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies » par l’université de la Réunion en 2016. C’était sans compter sur les militants racialistes locaux qui ont empêché sa nomination…


Faut-il être innocent dans sa chair(e) pour en occuper une ? En juin 2016, Virginie Chaillou-Atrous était élue maître de conférences en « Histoire de l’esclavage, de l’engagisme et de l’économie des colonies » par l’université de la Réunion. L’élection de l’enseignante-chercheuse, issue de la faculté de Nantes, a provoqué la colère d’associations et de médias locaux. « Ce n’est pas de n’importe quelle ville, mais de Nantes, port négrier, que l’on veut réécrire l’histoire de l’esclavage, à La Réunion ! » écrivait un journaliste insulaire. Un metteur en scène dénonçait « un outrage, un crachat à la figure » visant à « priver un peuple du droit d’écrire sa propre histoire ». Sur les réseaux sociaux, on parle très tranquillement de « zorey » (« métropolitain »), c’est-à-dire de « Blanche. » Saisi, le tribunal administratif avait finalement relevé quelques irrégularités (pourtant très courantes) dans la procédure de recrutement pour l’annuler. La justice pratique-t-elle une forme endimanchée de la vengeance mémorielle ? Elle aurait peine à trouver dans les statuts de l’Université française – métropolitaine ou ultramarine – une quelconque notion de préférence régionale justifiant sa décision.

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L’universitaire se défend de tout lien avec la traite négrière…

À défaut de son poste, l’universitaire a voulu défendre son honneur et a porté plainte au pénal pour les diffamations, injures et provocations à la discrimination qui ont marqué la campagne menée contre elle. Elle se défend de tout lien – y compris familiaux – avec la traite négrière. « On l’a appelée “la Nantaise” alors qu’elle est Vendéenne », précisait son avocate. Qu’elle vienne d’une région martyre n’a pas éveillé de compassion ou de solidarité sur l’île. Le 3 septembre, le tribunal a prononcé une relaxe générale à l’endroit de ceux qui l’avaient insultée.

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Quand j’étais giscardien

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« Roll over Raymond Barre ! », Chuck Berry avec Raymond Barre. © Maral Binh/AFP

Un seul jour à retenir ce moi-ci : le 2 décembre, date de la mort de VGE. Toute une époque ! Mes premiers souvenirs de nègre, avant Pasqua. Chez les giscardiens, j’ai côtoyé des poids lourds comme Barre, Ponia, Simone Veil… et même Chuck Berry ; mais ça, peu de gens le savent.


Premiers pas dans la négritude

En 94 ans, je n’ai jamais eu l’honneur de rencontrer personnellement le président Valéry Giscard d’Estaing, et aux dernières nouvelles ça ne risque pas de s’arranger.

Pourtant, sans qu’il le sache, j’ai puissamment contribué aux dernières années de son règne, jusqu’à la chute finale de mai 81.

Tout a commencé à la rentrée 1977, lorsque j’ai été embauché comme nègre à l’« Association pour la démocratie ». Sous ce nom ridicule se cachait plus modestement une officine giscardienne chargée d’alimenter les candidats UDF aux législatives de 1978 en discours types, argumentaires et autres « idées ».

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Outre ce travail quotidien, voire répétitif, voire chiant, mes fonctions m’ont heureusement permis de vivre quelques épisodes autrement plus glimougnants. Je fus ainsi chargé, parfois, figurez-vous, d’écrire personnellement des projets de discours personnalisés pour des vedettes du mouvement. À commencer par Simone Veil, mais bon, qu’est-ce que tu veux que je te raconte ? Je l’ai à peine entrevue, et je ne suis pas romancier. Seule certitude : son discours n’avait aucun rapport avec mon projet, sauf erreur ou omission.

Chuck & Ray alive in Paris!

Mon meilleur souvenir, sans hésiter : Raymond Barre. Pas seulement parce qu’il était Premier ministre, et à ce titre leader naturel de la campagne, mais surtout parce que j’ai bien ri. Rien que le thème du meeting m’avait ravi : « Raymond Barre s’adresse aux jeunes ».

Il m’est échu, sans doute parce que j’avais les cheveux longs, de préparer cette adresse à la jeunesse. Restait le plus difficile : trouver des vrais jeunes disposés à venir écouter Raymond Barre.

Heureusement, les communicants de Matignon avaient tout prévu. Ils s’en doutaient, pour remplir le Palais des sports entre deux « Holiday on Ice », les jeunes giscardiens du Triangle d’or ne suffiraient pas. Dans toutes les grandes villes de France, des cars gratuits furent donc mis à disposition des volontaires, auxquels on promettait en outre deux repas chauds et une visite de la capitale.

Mais surtout les Séguéla de l’autre rive, conscients qu’on n’attrape pas les jeunes avec du Raymond, eurent la bonne idée d’ajouter à l’affiche… Chuck Berry en personne. Résultat : plus de 5 000 réservations ! Un triomphe – légèrement salopé, hélas, par les caprices du Premier ministre, qui exigea de faire son numéro après Chuck « Crazy Legs » Berry.

Basile de Koch Photo: Hannah Assouline
Basile de Koch Photo: Hannah Assouline

La fête à Raymond

Ce qui devait arriver arriva. Dès la fin du concert, la salle se vida aux deux tiers. Ne restaient plus, pour entendre Barre, que des militants à T-shirt, des sympathisants en loden et quelques curieux.

Encore l’orateur trouva-t-il le moyen de se faire huer copieusement en improvisant un panégyrique du service militaire, avec des arguments du genre : « Ça fera de vous des hommes ! »

Face au hourvari, au lieu de changer de sujet, le bonhomme s’entêta jusqu’à conclure sous les lazzis par l’incontournable : « Ça restera le meilleur souvenir de votre vie ! »

Entre-temps, j’étais allé discrètement toucher ma petite prime en liquide. Dans les coulisses m’attendait un bar VIP encore désert où, durant la catastrophe, j’ai pu glisser dans un ample cache-poussière prévu à cet effet un assortiment d’alcools de qualité.

Bref, une soirée réussie pour Chuck et moi.

Ponia, son chien, son œuvre

C’est grâce à mes amis les Associés pour la démocratie que j’ai été recruté par Michel Poniatowski pour un projet de livre intitulé L’avenir n’est écrit nulle part.

En guise d’entretien d’embauche, j’ai droit à un déjeuner en tête-à-tête avec le ministre à son domicile neuilléen.

« J’ai prévu un repas froid pour plus de tranquillité, si vous n’y voyez pas d’inconvénient… » me dit en rosissant le redoutable Ponia, plus intimidé que moi… Quand soudain, en plein apéro, d’étranges bruits parviennent d’une pièce attenante.

« C’est vous, Ulysse ? » interroge mon hôte. Sans réponse, il rosit de plus belle et me prie de bien vouloir l’excuser un instant. J’imagine déjà un Nestor en gilet rayé s’affairant en cuisine – quand j’entends Ponia s’exclamer : « Mais enfin Ulysse, vous savez bien que ce poisson n’est pas pour vous ! »

Quoi ! Le maître d’hôtel mangerait dans les plats ?? Mais non ! Revoilà mon hôte, accompagné d’un gros chien dont j’ai oublié la marque. Le prince voussoie son chien ! Va falloir s’adapter.

À part ça, excellent déjeuner. Le bar entier poché sauce gribiche, ou genre, est succulent, sans arêtes ni poils. Quant au programme, il est copieux. Le ministre, tout juste libéré de ses fonctions, souhaite asseoir sa réputation intellectuelle avec une somme dessinant, à la lumière des sciences, de l’histoire et de la géopolitique, les contours du « monde nouveau » qui s’annonce. Rien de moins.

L’ensemble devrait comporter une trentaine de chapitres, dont trois ou quatre particulièrement délicats qu’il se réserve, me prévient-il. Pas de problème ! 25 chapitres, ça me suffit amplement.

D’emblée, Ponia tient à me rassurer : pour chacun d’entre eux, sa secrétaire me fournira un feuillet de directives renvoyant à cinq ou six livres joints. Bref, toute la documentation nécessaire. À parution, je n’en goûterai que plus l’ironie de ses remerciements « à M. Bruno Tellenne, documentaliste ».

Mais bon, il aurait très bien pu ne pas me citer du tout. Et moi, je suis fier quand même d’avoir participé à l’écriture de l’avenir, même « nulle part ».

La défaite en bâfrant

Après les législatives, dissolution de l’AD. Dans la perspective de la présidentielle de 1981, me voilà muté au Parti républicain, aile giscardienne pur porc de l’UDF.

Peu d’anecdotes heuristiques sur cette période. À vrai dire, le souvenir le plus saillant reste le dernier : le 10 mai. En cette soirée de deuil électoral, comme prévu, les somptueux buffets dressés au QG de campagne giscardien, à l’UDF et même au PR, sont quasiment déserts. Quant aux Jeunes giscardiens présents, la gorge serrée, ils n’ont guère le goût de ripailler. On se réconforte, les filles sanglotent, les garçons pleurent tout bas. Certains songent même tout haut à quitter le pays ; d’autres parlent déjà d’organiser la « résistance ».

À lire aussi: Basile de Koch: « Sénèque était un jean-foutre! » 

Du coup, les videurs se montrent moins regardants sur les badges. La presse est là ! Il faut faire nombre, et si possible bonne figure. Dans ce contexte, la bande à Jalons est la bienvenue.

À nous donc verrines et chiffonnades, langoustines et Saint-Jacques petits fours et mignardises, le tout arrosé de champagne et de bons crus. Et tout ça, trois fois de suite…

Après quoi, repus et convenablement éméchés, les meilleurs d’entre nous décident de prendre un peu l’air en improvisant, au hasard des rues, une manif aux cris de « On a perdu ! » en brandissant des posters de VGE.

Mini-manif, gros succès en matière d’insultes de tous bords. Un régal de nonsense ! Comme pot de départ de chez les giscardiens, je ne pouvais rêver mieux.

Après, je suis devenu pasquiste.

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De parfaits seconds

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Image du film "Cécile est morte" de Maurice Tourneur.© Gaumont

L’adaptation de Cécile est morte de Maurice Tourneur mérite le détour, surtout pour l’indéniable qualité de sa distribution.


D’accord, Albert Préjean n’est pas le meilleur des Maigret de Simenon à l’écran, Gabin l’emportant largement sur tous les autres. Cette adaptation de Cécile est morte mérite cependant le détour. Produit par la Continentale, écrit par Jean-Paul Le Chanois et sorti sur les écrans en 1944, le film vaut surtout par l’indéniable qualité de sa distribution. On y profite de la fine fleur des seconds rôles du cinéma français de l’époque : Gabriello, Jean Brochard, Yves Deniaud, Charles Blavette, sans oublier Germaine Kerjean et Lucie Fabiole, la concierge qui termine chacune de ses phrases ou presque par un savoureux « Sauf votre respect ». On se fiche un peu de l’intrigue, ici maltraitée, pour s’en tenir à l’impayable galerie de portraits, allant d’une tante abominable à un joli trio de souteneurs adeptes de la bonne gestion de leurs affaires, en passant par un notaire de province plus vrai que nature. On nous promet pour la fin d’année un Maigret incarné (enfin ?…) par Depardieu, le film de Tourneur en serait alors un amuse-bouche parfait.

"Cécile est morte" en Blu-ray.©Gaumont
« Cécile est morte » en Blu-ray.©Gaumont

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La France se dote d’un ronflant Conseil national de l’hydrogène

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Bruno Le Maire, ministre de l'économie, présente la stratégie nationale sur l'hydrogène devant l'Association Francaise pour l'hydrogène et les piles a combustible (AFHYPAC), le 8 septembre 2020 à Paris. © MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 00980332_000026

Le gouvernement vient de créer un Conseil national de l’hydrogène qui illustre son revirement spectaculaire sur cette forme d’énergie. Ce Conseil est parrainé par pas moins de quatre ministères et le Conseil national de l’industrie. Il associe également Régions de France et une quinzaine de groupes industriels. Même s’il a toutes les apparences d’un énième comité Théodule dont nos administrations ont le secret, il faut espérer que ce Conseil contribue utilement à créer une filière d’hydrogène vert ou décarboné. Il s’agit aujourd’hui du seul carburant de substitution à l’essence, au gaz naturel et au diesel dans de nombreux domaines d’activité.


Avec le zèle du nouveau converti, le gouvernement français affiche aujourd’hui ses grandes ambitions dans l’hydrogène. Il vient ainsi le 11 janvier de doter le pays d’un Conseil national de l’hydrogène. Quel virage! Jusqu’au début de l’année, les pouvoirs publics étaient hostiles ou au mieux indifférents à l’hydrogène. La PPE, la fameuse Programmation pluriannuelle de l’énergie, rendue publique en avril dernier pour les périodes 2019-2023 et 2024-2028, fait à peine allusion à l’hydrogène. Au début de l’année 2020, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité en France (RTE) avait même commis un rapport qui était un enterrement de première classe de l’hydrogène. Ce rapport a aujourd’hui, quelle surprise, disparu du site de RTE…

À lire aussi, Nicolas Granié: Les éoliennes nous pompent l’air

Le modèle allemand

Car quand l’Allemagne a décidé en juin 2020 d’investir 9 milliards d’euros dans l’hydrogène vert et a affirmé vouloir devenir le numéro un mondial de cette énergie, la France a soudain changé d’avis. Deux mois plus tard, le gouvernement annonçait mettre 7 milliards d’argent public pour développer cette forme d’énergie. L’Union Européenne est aussi tombée sous le charme. Ainsi, 23 États-membres ont signé le 17 décembre 2020 un manifeste pour le développement d’une chaîne de valeur de l’hydrogène.

On ne peut sur le principe que se féliciter de la création d’un Conseil de l’hydrogène. Même si son rôle est loin d’être clair et si de nombreuses questions techniques et économiques sont loin d’être résolues sur cette forme d’énergie. Mais l’hydrogène décarboné est aujourd’hui le meilleur moyen de stocker de l’électricité renouvelable et le seul vrai carburant de substitution à l’essence, au diesel et au gaz naturel dans de nombreux domaines d’activité. Cela est tout particulièrement le cas dans les transports sur longue distance, les transports lourds, la production de chaleur et l’industrie.

Cela dit, le Conseil national de l’hydrogène, présenté conjointement lundi 11 janvier par les ministères de l’Economie, de la Transition écologique, de la Recherche et de l’industrie, a toutes les apparences d’une machinerie administrative à la française. Il se réunira dans les prochaines semaines dans le cadre du Conseil national de l’industrie et associera Régions de France et une quinzaine de groupes industriels. Sa mission, explique le gouvernement, sera de «structurer les échanges entre l’Etat et les parties prenantes, en particulier les filières industrielles, et mesurer le bon déroulement des actions prévues pour identifier, le cas échéant, les éventuels freins». Mais de quel pouvoir disposera-t-il pour lever «les éventuels freins»?

Objectifs politiques contradictoires et rivalités industrielles

Il va aussi devoir concilier les objectifs souvent contradictoires et les rivalités des quatre ministères impliqués et les intérêts franchement divergents de groupes industriels concurrents y figurant, d’EDF à Engie en passant par l’Air Liquide, Total ou le CEA. Si le Conseil parvient à prendre des décisions et à obtenir qu’elles soient appliquées, cela tiendra du miracle.

À lire aussi, Gérard Petit: Quand Aquilon en appelle à Jupiter

On voit d’ores et déjà apparaître les conflits potentiels. Le ministère de la Transition écologique vient juste il y a quelques jours d’ouvrir une consultation sur son projet d’ordonnance relative à l’hydrogène. L’article 52 de la loi énergie-climat de 2019 prévoyait que le Gouvernement définisse les règles du soutien accordé à cette forme d’énergie via une traçabilité de l’hydrogène. Il s’agit de bien distinguer l’hydrogène issu des renouvelables, l’hydrogène bas-carbone et l’hydrogène provenant des énergies fossiles. La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a pourtant mis en garde le ministère de la Transition écologique sur la mise en place d’un processus administratif d’une grande complexité avant même qu’une filière d’hydrogène vert ait commencé à exister…

La France a l’intention d’investir 7 milliards d’euros d’ici 2030 (dont 2 milliards d’ici 2022 dans le cadre du plan de relance) pour créer de toutes pièces cette…

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Pour en finir avec les partageux et le revenu universel

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Pour Aurélien Pradié (LR), le "cerveau gauche de la droite" selon l'hebdomadaire l'Obs, le revenu universel "mérite d’être regardé, y compris par la droite", et "si la grande famille gaulliste à laquelle j’appartiens devient un Tea Party à 10%, je me casse !" © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00966480_000031 

Si le revenu universel est une bonne idée, il est absolument impossible de le mettre en place aujourd’hui dans une France surendettée. À moins de mettre en place des impôts délirants et spoliateurs…


Le revenu universel n’a jamais été autant à la mode depuis l’échec de Benoît Hamon aux présidentielles. Avant d’aller plus loin, je précise que je n’ai rien contre le revenu universel, que verser à chaque Français un filet de sécurité mensuel serait une excellente idée si ce dispositif était économiquement soutenable. Malheureusement, en 2020, comme je vais m’efforcer de le démontrer, le revenu universel est impossible à financer, sauf à spolier les retraités ou à instaurer une dictature économique de type socialiste. Donnons d’abord quelques chiffres. Le montant des recettes du budget de la France est de 300 milliards d’euros et ses dépenses, en 2021, seront de 434 milliards. Nous ne couvrons donc que 70% de nos dépenses et comme les drogués sont prisonniers de leur accoutumance délétère, nous sommes dépendants des emprunts. Notre dette dépassant 114 % de notre PIB, il est miraculeux que des investisseurs prêtent encore à un État en faillite. Nous devons cette faveur à la politique ultra accommodante de la Banque européenne, mais celle-ci ne va pas durer éternellement et bientôt la fin de la récréation sera sifflée. Si la transition ne se passe pas bien, ce qui est probable, nous serons alors obligés de présenter un budget dégageant un solde primaire (positif avant remboursement des emprunts). La France sera alors contrainte de couper une centaine de milliards dans ses dépenses. Devrons-nous comme la Grèce diminuer de 30% les retraites ? Ou sabrer en partie ou en totalité le RSA et la prime d’activité? Sans doute. En tout cas, il serait impossible en 2021 d’instaurer le revenu universel sans augmenter les impôts. L’argent magique n’existe malheureusement pas comme certains ont tendance à le croire depuis le début de l’année 2020.

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Il faudrait ruiner le pays pour assurer le revenu universel

Dans sa forme la plus généreuse, les partisans du revenu universel proposent que le minimum mensuel soit situé autour de 1000€, seuil de pauvreté. C’est ce que suggèrent entre autres les présidents socialistes des conseils généraux. Les détails de leur projet manquent et on ne peut chiffrer précisément la mesure proposée, mais donner 435€ de plus par mois aux 2 millions de personnes au RSA, 1000€ aux jeunes entre 18 et 25 ans et verser en moyenne 300€ aux 6 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté reviendrait au minimum à dépenser 80 milliards d’euros de plus. Il faudrait soit doubler l’impôt sur le revenu, soit confisquer les retraites au-dessus de 1500€ par mois, comme le proposaient certains économistes proches de Benoît Hamon.

Toutes ces solutions sont évidemment impossibles politiquement et même si le président socialiste de la Gironde exige qu’on la mette en place, aucune réforme fiscale cohérente ne pourra ramener 80 milliards dans les caisses de l’État. Bien sûr, on peut alléger la facture, ne donner que 500€ mensuels aux jeunes, ne verser qu’un minimum de 750€ par mois. Avec ces allégements, on devrait encore trouver 40 milliards. Ce qui est impossible sauf à ruiner le pays.

Benoît Hamon. © Daniel Pier / NurPhoto/AFP
Benoît Hamon © Daniel Pier / NurPhoto/AFP

La version light du revenu universel consiste à étendre le RSA aux 4 millions de jeunes de 18 ans à 25 ans qui ne travaillent pas. Or cette mesure coûterait 27 milliards d’euros, le tiers de l’impôt sur le revenu. Des députés ont mis au point un embryon de projet ; ils proposent de verser à tous les contribuables le RSA et en échange de taxer en moyenne à 32% les revenus de tous les Français sans exception et cela dès le premier euro.

Actuellement, 90 % des Français payent moins de 9% de leurs revenus au titre de l’IR et le taux maximum de prélèvement est de 21%. Nous sommes ainsi très loin des 32%. Encore une fois, les détails manquent, mais en effectuant des simulations prudentes on s’aperçoit qu’au-delà de 2000€ par mois, le contribuable paiera entre 30% et 40% de plus d’IR avec cette réforme radicale. Or cette dernière ne changera qu’à la marge la situation actuelle, le minimum social restera à 565€ par mois: seule nouveauté le RSA serait étendu à tous les jeunes.

Confisquer les biens des riches pour en faire des HLM ?

Sur Facebook, beaucoup d’économistes du café de commerce exigent qu’on confisque les biens des « riches ». Mais si on saisissait la moitié des patrimoines au-dessus d’un million d’euros, l’État se retrouverait avec des maisons, des actions, des assurances-vie constituées d’actions, d’emprunt d’États ou de SCPI. Ces biens ne seraient pas liquides puisque plus personne n’aurait les moyens de les acheter. Si un « ultra riche » possède un appartement parisien et une villa sur la Côte d’Azur et que l’État confisque la villa, qu’en fera-t-il? La maison sera invendable, puisque tous les « riches » seront dépouillés. Va-t-on la transformer en HLM, comme l’on fait les Bolcheviques avec les palais russes? Totalement absurde! Il est de même pour les actions saisies, personne ne pourra les acquérir sauf les étrangers.

En fait, on ne peut confisquer le capital qu’à la marge comme le faisait l’ISF et on ne peut agir que sur les revenus. Malheureusement, l’ensemble des revenus des Français ne se montent qu’à 927 milliards d’euros. Augmenter les impôts de 24, 40 ou 80 milliards d’euros paraît donc très difficile. Si dans un délire socialiste on saisissait l’ensemble des revenus de Français pour le redistribuer équitablement, chacun ne récupérerait que 1485 € par mois,   un gros smig!

Aucune ressource nouvelle à attendre du côté de la fraude fiscale

Bien sûr, on nous ressort souvent qu’il suffirait de lutter contre la fraude fiscale pour combler les trous du budget. Mais qui a la recette pour lutter contre ce fléau ? L’État fait déjà beaucoup et je vois mal quelles autres mesures il pourrait adopter. Le montant de la fraude fiscale est souvent estimé à 80 milliards d’euros, mais ce chiffre est donné au doigt mouillé; il n’y a aucune étude sérieuse qui le justifie puisque la fraude fiscale est par nature dissimulée. En outre, on confond souvent fraude fiscale et évitement fiscal. Le second est parfaitement légal du moment qu’on est transparent vis-à-vis du fisc français: il s’agit de placer ses biens dans des États à la fiscalité plus légère. On ne pourra jamais empêcher l’évitement fiscal, sauf à fermer ses frontières et à instaurer un contrôle des capitaux. Ce dernier ne serait hermétique qu’avec une économie entièrement socialiste. Il n’y a donc aucune ressource nouvelle à attendre du côté de la fraude fiscale.

À lire aussi, Sami Biasoni: La « Grande Réinitialisation »: le monde d’avant en pire

Dernière illusion, on propose de réinstaurer l’ISF (ce qui ne rapporterait que 3 milliards si on retrouve le niveau de 2016) et d’augmenter l’impôt sur les successions (actuellement il amène 14,6 milliards d’euros au budget de l’État). Bien sûr, on pourrait, en chargeant la barque, tirer de ces deux impôts une vingtaine de milliards, mais à quel prix? Notre impôt sur la succession est le plus lourd de l’OCDE si on excepte la Corée du Sud. Déjà des Français fortunés s’exilent en Belgique, en Suisse ou en Italie pour laisser le maximum à leurs enfants. Si on augmente encore l’impôt sur la succession, le nombre de « riches » exilés augmentera en flèche au point de diminuer drastiquement le revenu de ce prélèvement. Le jeu en vaudra-t-il la chandelle? Je ne crois pas.

Le revenu universel est une bonne idée. Il finira par être instauré en France, mais dans une cinquantaine d’années. Actuellement, il n’est pas finançable et prétendre le contraire est à mon avis faire preuve de naïveté.

Chroniques depuis mon salon: Les éditions du Val

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Courbevoie, l’attentat inconnu

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Courbevoie, le 5 décembre 2018. Photo: D.R.

L’assassinat barbare de Samuel Paty par un musulman nous a été présenté comme un événement sans précédent. Peut-être à tort.


L’assassinat barbare de Samuel Paty par un musulman nous a été présenté comme un événement sans précédent. Peut-être à tort. Le 5 décembre 2018, John Dowling sort du pôle universitaire Léonard-de-Vinci à Courbevoie. Il est environ midi, et ce professeur d’anglais s’en va déjeuner. L’enseignant d’origine irlandaise passe devant les étudiants dispersés sur la dalle de la place Mona-Lisa. Les uns fument une cigarette, d’autres attaquent leur sandwich. Ils observent ce professeur proche de la retraite se diriger vers Ali Hassan Rajput, un ancien élève que beaucoup préfèrent éviter.

L’irresponsabilité pénale bientôt confirmée?

Cet homme de 35 ans un peu dérangé les inquiète : arrivé en France en septembre 2016, le Pakistanais n’est jamais parvenu à s’intégrer à l’école. Il se comporte mal avec les femmes, ne parle pas bien français et est très religieux. Lors d’un stage en entreprise, il aurait exigé une voiture de fonction. Comme elle lui est refusée, il crie au racisme. Finalement, son premier semestre n’est pas validé, et l’université l’exclut. Fait rare, l’exclusion est assortie d’une interdiction de se présenter dans les locaux. Les vigiles ont pour consigne de ne plus le laisser entrer, car il nourrit une haine tenace contre son ancien établissement. Alors que son titre de séjour n’est pas renouvelé, il se fait de plus en plus menaçant. Reste que ce mercredi midi, il discute calmement avec John Dowling.

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Soudain, il sort un couteau de sa poche, saisit son ancien professeur par le bras et lui assène 15 coups au cou, au thorax et à la tête. La victime de 66 ans s’effondre, la barbe blanche qu’elle porte en collier recouverte de sang. La placette s’est transformée en une scène d’horreur. L’irresponsabilité pénale du meurtrier devrait être confirmée en mars 2021 par la justice. Deux collèges d’experts ont estimé qu’il souffre d’une psychose paranoïaque. Et que sa place est à l’asile.

John Dowling. Photo: D.R.
John Dowling. Photo: D.R.

Un dessin diffusé en cours?

On n’a que très peu parlé de ce fait divers sanglant. Le lecteur de Causeur sait que la presse parle de ce qui l’arrange et arrange ce dont elle parle. Pour défendre notre noble corporation, rappelons que nous étions alors tous fort occupés à commenter le saccage de l’Arc de Triomphe, et que cinq jours après le drame, l’attentat perpétré au marché de Noël de Strasbourg par Chérif Chekatt nous replongeait dans l’effroi islamiste. Enfin, le parquet national antiterroriste ne s’est jamais saisi du dossier.

Et puis Ali Hassan Rajput ne reprochait quand même pas à John Dowling d’avoir montré un dessin insultant à l’endroit de Mahomet, n’est-ce pas ? Non ? Si. En 2018, la procureure de Nanterre indiquait que selon les dires de l’assassin en garde à vue, l’enseignant « avait fait un dessin, diffusé en cours, insultant pour le prophète ». Lors de l’enquête, cet épisode n’a toutefois été attesté par aucun étudiant.

Ali Hassan Rajput. Photo: D.R.
Ali Hassan Rajput. Photo: D.R.