Dans une lettre ouverte, les magnats de l’éolien national appellent Jupiter à la rescousse pour sauvegarder leur business.


Fallait-il qu’ils soient fébriles, pour que certains des grands magnats de l’éolien national, appuyés par des responsables politiques régionaux, en appellent d’urgence au président de la République, surtout dans la période actuelle, toute tournée vers d’autres urgences ?

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Dans une lettre ouverte, ils lui demandent son appui, pour sauvegarder un business florissant, qu’ils jugent en péril. En vérité, ils craignent bien peu, car se réclamant d’une légitimité écologique, inscrite dans l’officielle Programmation Pluriannuelle de l’énergie (2019-2028). Le texte prévoit qu’à l’échéance, 40% de l’électricité sera produite par des sources renouvelables (dont l’hydraulique). Une Bible que la Ministre en charge convoque à chaque occasion et qui ne stipule pas moins qu’un triplement des capacités éoliennes sur la période.

Mais ces opérateurs industriels, en réalité des hommes d’affaires, ne peuvent tolérer qu’un tel boulevard (tracé façon Haussmann, par nos gouvernants) soit encombré de chicanes, les barricades n’étant pas encore à l’ordre du jour.

Nos promoteurs et défenseurs de la cause du vent, s’inquiètent en effet de la multiplication des recours des riverains, auxquels on a pourtant coupé les ailes, en limitant drastiquement les possibilités de contestation, mais qui parviennent néanmoins à freiner (pouvant rarement s’opposer, in fine), la profitable dynamique économico-financière.

Ces entraves insupporteraient des pionniers audacieux qui prétendent avoir pris force risques au service d’une grande cause, au point d’appeler Jupiter à la rescousse.

Ils affichent d’emblée que les protestations qui iraient à l’encontre d’un consensus national, sont forcément illégitimes, surtout mises en regard de la maîtrise d’enjeux planétaires, dans laquelle le développement de l’éolien, en France, serait partie prenante ; rien de mieux pour convaincre que d’élever ainsi le débat !

Un vent mauvais (1) s’est-il levé ?

Malgré une présentation des projets éoliens les parant de tous les avantages, dont la redynamisation économique du tissu rural (un argument qui en effet, laisse pantois) et qui prétend que toute difficulté est soluble dans une discussion apaisée, une contestation foncière s’est en effet instaurée dans le pays.

Elle tente de faire pièce à l’envahissement de nos contrées par des forêts de mats éoliens, de plus en plus démesurés, car devant aller chercher, toujours plus haut, le souffle sporadique et souvent poussif d’Aquilon.

Ainsi, cette fuite en hauteur permet-elle de déclarer « venteuses », des régions qui ne le sont guère et d’étendre encore, voire de généraliser, les implantations. Il n’est que de parcourir le pays (même si c’est moins facile ces derniers temps…) pour le constater et pour s’en désoler, plus un lieu n’est à l’abri, plaines et crêtes sont également frappées.

Dans leur supplique, les acteurs de ce déploiement (et leurs influents soutiens politiques) feignent de s’étonner qu’ici et là, partout en réalité, des fourches se lèvent. Certains que les arguments chevauchés balaieraient tous les obstacles, les uhlans des moulins, n’avaient pas auguré que le bon peuple serait un peu plus défiant et irait regarder derrière le paravent…

En particulier, alors qu’est mise en exergue la problématique des déchets nucléaires, bien qu’une solution pérenne existe, à laquelle on ne sait opposer que des arguments irrationnels et surtout des principes, s’inquiète-t-on suffisamment du réel impact écologique de ces technologies, dites vertes ?

En réalité, elles sont grosses consommatrices de matériaux de base (béton, acier), par comparaison, le nucléaire n’est qu’un « petit joueur » et les énormes fondations ferraillées, à l’échelle du gigantisme des machines, demeureront in situ pour bien longtemps. Elles sont aussi gourmandes en cuivre et en métaux rares, dont l’exploitation détruit des paysages et induit des pollutions conséquentes… mais ailleurs, loin des yeux énamourés des tenants des éoliennes, qui ne souhaitent pas s’interroger plus avant.

Sur le plan économique, le pays paye au prix fort l’inanité de ces orientations qui servent très largement des opportunistes financiers, portés par un air du temps, que leurs affidés politiques ont mis en mouvement. L’intérêt national y est bien peu servi, les matériels étant le plus souvent importés et même installés par les techniciens des fournisseurs. Certes, pour les futurs parcs offshores, une partie des équipements sera assemblée ou construit sous licence dans des usines françaises, mais en France, plus de 8000 mats sont déjà dressés !

Cette situation, trop longtemps tolérée, est aujourd’hui frontalement contestée.

Un substitut de dupe

Ces pseudo-leviers se révèlent en effet très dispendieux pour le citoyen-contribuable qui finance des conditions de rachat, hors marché, du courant produit, injecté prioritairement sur le réseau, que celui-ci en ait besoin ou pas. Des contrats au long cours (15-20 ans) garantissent une solide rémunération des investissements et on ne distingue pas bien les risques qu’auraient pris ces promoteurs. Tout au contraire, de confortables rentes ont ainsi été établies.

En France, le développement massif de l’éolien et du solaire a pour finalité de réduire les sources carbonées, les écrits du Ministère de la Transition Écologique en attestent, sans conteste ; or c’est pourtant l’angle d’attaque du problème, le plus inadéquat et sans surprise, le plus inefficace. Il s’agit, rien moins, que prétendre décarboner un système électrique, qui l’est déjà très largement !

Vouloir substituer une électricité décarbonée à une autre paraîtrait effectivement incongru, si celle-ci n’était pas nucléaire, cible de toujours d’écologistes aujourd’hui aux manettes. Pouvoir montrer à l’opinion que le nucléaire est finalement soluble dans le soleil et le vent, est une formidable opportunité, saisie à bras le corps. Qu’on ait pour cela recours à l’argutie et à l’idéologie (les travaux pratiques étant beaucoup moins probants), n’est apparemment pas un problème.

Mais ce remplacement, hors qu’il n’a aucun fondement logique, se révèle largement fictif, car ne donnant aucune garantie que le substitut rende le même service électrique (fourniture à la demande, coûts optimisés, services réseau).

Au motif qu’il y aurait toujours du vent quelque part, un nécessaire foisonnement est mis en avant par les promoteurs des moulins, et justifierait à lui seul qu’il faille en installer beaucoup et partout. Un argument qui se révèle une bien piètre ligne de défense, quand on l’examine de plus près, y compris à l’échelle du continent.

Faux dilemme

Il se disait, ici et là, que des opposants au développement inconsidéré de l’éolien avaient l’oreille du Président et certaines de ses déclarations récentes en attestaient effectivement. Il ne serait pas indifférent à cette fronde du terrain qui avait quelques arguments à faire valoir. En conséquence, il était grand temps, pour les promoteurs de la filière, de réagir, jurant, la main sur le cœur, qu’ils ne servent rien moins qu’une cause planétaire.

« Local contre global », une forme d’antagonisme, qui rappelle celle rencontrée durant la crise des Gilets jaunes, « fin du mois contre fin du monde », à la différence que cette fois, les deux positions se réclament de l’écologie !

Préservation des paysages contre décarbonation du système électrique, une opposition qui peut faire sens dans un pays où le système électrique est largement gazier ou charbonnier, mais certainement pas en France ou hydraulique et nucléaire produisent l’essentiel. Pour aller au fond des choses, c’est le problème lui-même qui est illégitime.

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Le Président n’ignore rien de tout ça, mais en bon politique, soucieux de sa réélection, il voudra certainement envoyer des signaux aux deux camps, mais seule la Mécanique Quantique permet la superposition de situations antagonistes et son introduction dans notre constitution n’est pas encore d’actualité.

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