“Tout homme a un dieu ou une idole” : génial épigraphe de La Voie Royale d’André Malraux emprunté au philosophe Max Scheler. En Occident, l’effacement du Dieu chrétien a déplacé le besoin d’absolu de la religion à la morale et a fait de celle-ci une idole. Le meilleur exemple de ce transfert est tout récent, c’est le mouvement woke aux États-Unis dont le professeur américain Joseph Bottum a expliqué qu’il était avant tout une résurgence du puritanisme protestant profondément lié à la culture de ce pays. On chassait les sorcières à Salem, on chasse désormais les incorrects dans tout le pays(1).

Méfions-nous des idées claires

Il faut accepter ce postulat de départ : tout être humain a besoin d’une certaine dose de certitude absolue, même s’il ne le sait pas ou refuse de l’admettre. C’est l’idée de Max Scheler, qui se trouve déjà chez Tocqueville et dont Paul Veyne, le grand historien de la Rome antique, donne l’explication psychologique : “Morale maximaliste, morale de championnat, morale de sincérité ne font qu’une : ce sont des morales d’unification, de simplification du moi”(2). On croit absolument à un dieu ou à une règle morale pour se sentir mieux dans sa tête, pour se réveiller le matin avec des idées claires. Idées claires c’est-à-dire simplistes, le réel ayant la sale manie d’être épouvantablement embrouillé.

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Or mettre son besoin d’absolu dans une religion, à condition qu’elle soit de paix et d’amour, c’est un placement sûr, dont nous toucherons peut-être les intérêts après la mort. Mettre son besoin d’absolu dans une règle morale peut se révéler dangereux, voire catastrophique. Surtout s’il s’agit de morale sexuelle. Le Dieu révélé par le Christ n’a pas changé depuis deux mille ans, la morale sexuelle a beaucoup ondoyé. Par exemple sur les rapports sexuels entre adultes et enfants, et les joyeux dépucelages des fils par les mères dont Libé tenait la chronique dans les années 70  sont devenus d’infâmes attentats, passibles de l’enfer médiatique. L’antiracisme, le féminisme et la désexualisation de l’enfance (enfance au sens très large puisqu’elle englobe désormais les adolescents, comme si on avait décrété que la puberté,  changement essentiel dans le statut

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