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Petit coup de gueule

Après les émeutes, le footballeur Emmanuel Petit, auteur du troisième but en finale de Coupe du Monde 98 contre le Brésil, est sorti de ses gonds contre les petits cons. Mais il n’est pas certain que son milieu professionel apprécie son tacle


On se souvient du vigoureux milieu de terrain qu’il était, dans l’équipe d’Aimé Jacquet et de Roger Lemerre. En une du Nouvel Obs, le 16 juillet 1998, il avait été photographié entrelacé avec Zinédine Zidane et Christian Karembeu, avec pour titre : « Nous nous sommes tant aimés ». Vingt-huit ans plus tard, Emmanuel Petit en a pourtant gros.

Ce dimanche 18 octobre, au lendemain de la journée d’émeutes qui a secoué la France, il a exprimé tout son dégoût : « Aujourd’hui, j’ai envie de descendre dans la rue et de me friter avec tous ces petits cons parce qu’il n’y a pas d’autres mots. Tous ces gens que j’ai vu d’ailleurs au soir des finales de Champions League du Paris-Saint-Germain. Ils sont tous cagoulés, parce que la lâcheté, c’est ce qui les unit. On détruit tout, on brûle tout, on casse tout, on pille, on vole, on blesse, on agresse, on insulte ». Et de conclure : « Toutes les personnes qui croient encore profondément, comme moi, que la France est un superbe pays qui ouvre ses portes à bras ouverts à toutes les personnes qui souhaitent venir ici. (…) J’adore mon pays, j’adore tous les étrangers qui adorent mon pays, qui veulent s’intégrer. Mais tous les autres, à commencer par les Français qui ne souhaitent pas justement que la France continue à être ce qu’elle est, retournez d’où vous venez, on n’a pas besoin de vous. Et tous ceux qui sont nés avec un passeport français, cassez-vous ! On ne veut plus de vous ». Ce dimanche, le Manu le plus remonté n’était pas forcément à l’Élysée.

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Un discours qui rompt avec le politiquement correct qui domine chez les Bleus et les anciens Bleus. On se souvient des prises de position de Kylian Mbappé et de quelques autres lors des élections législatives de 2024, ou des déclarations indigénistes de Lilian Thuram. C’est peu dire que la prise de position assumée par Emmanuel Petit est fort rare dans le football français. On l’avait déjà senti en rupture avec l’époque, dans une interview proposée par le Podcast des légendes en octobre 2024, il faisait part de son incompréhension face au militantisme de Mbappé : « Je trouve qu’il y a une certaine indécence de la part beaucoup de gens à toujours donner leurs aspirations, politiques, spirituelles, religieuses. Mais on s’en fout, quoi ! (…) les gens ne comprennent pas ces mecs qui croulent sous les millions ». Un milieu de terrain devenu mécontemporain.

La presse sportive goûte assez peu la sortie. L’Équipe qualifie l’intervention de « long discours débridé » tandis que le site de So Foot écrit en caractères gras, à propos de la conclusion de Petit, où il invite les casseurs à quitter la France : « On cherche encore et toujours le rapport avec les faits évoqués ».

La parfaite continuité entre les casseurs du 17 octobre

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Bobos, black bloc, enfants d’immigrés… La France polémique sur les origines sociales ou ethniques des émeutiers et des casseurs.


C’est une dame d’origine asiatique visiblement très secouée mais qui s’exprime avec ordre et clarté. Son bistrot-tabac de la Rue Beaurepaire, tout près de la Place de la République, a été vandalisé et pillé pendant ce samedi apocalyptique. « Il y avait des femmes et des enfants de douze ans ! Douze ans, vous vous rendez compte ! » Voici une hypothèse que des études plus poussées démontreront sans doute : il y a une parfaite continuité entre les casseurs du point de vue de l’âge, entre douze et cinquante ans, de l’ethnie, du plus blanc au plus noir, et de l’origine sociale, du plus bourgeois au plus prolétaire. Bien sûr, certaines catégories sont surreprésentées, les banlieusards dotés d’un long casier judiciaire sont à coup sûr infiniment plus nombreux que les lycéens de Saint-Louis en folie. Un petit diable me pousse à ajouter : continuité religieuse, du plus musulman au plus catho. Sur l’énorme quantité de casseurs, il n’est pas exclu que quelques jeunes gens aient acclamé Léon XIV il y a un mois et revivent la joie des foules fusionnelles dans les boutiques de luxe pillées au centre de Paris.

Un nouvel homme est en train d’advenir

Les causes sont simplissimes. Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch ont récemment publié le nouveau Décalogue, il s’appelle Homo occidentalis, à mon avis Homo gallicus serait plus exact. Il s’agit d’un changement anthropologique qui a surgi dans les dernières décades du XXème siècle dans les idées dominantes, la politique et l’éducation des enfants. Il n’y a plus de devoirs, il n’y a que des droits, il n’y a plus de transmission, il n’y a que de l’innovation, il n’y a plus de sacrifices à faire pour les autres, il n’y a que le triomphe de l’individualisme le plus forcené. Ajoutons qu’il n’y plus de vrais juges, mais des magistrats qui se prennent pour des assistantes sociales. Tout cela était connu par petits bouts, mais le génie des deux auteurs a été d’en faire la synthèse.

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Freud serait stupéfait de constater que son fameux “surmoi” s’est envolé comme brume au soleil, Rousseau n’en reviendrait pas que la “conscience, instinct divin, immortelle et céleste voix, juge infaillible du bien et du mal” ne parle plus dans la tête des jeunes gens qui lynchent des passants ou fusillent leurs proviseurs. Les gens à qui il reste un surmoi et une conscience sont ceux qui ont reçu une autre éducation parce qu’ils sont âgés ou ont eu des parents sérieux et responsables.

Autre lecture qui peut nous éclairer en ces temps ténébreux : La psychologie des foules de Gustave Le Bon, paru en 1895. Du fait du nombre, un individu en foule peut ressentir un sentiment de « puissance invincible » et voir ses inhibitions s’effondrer. Il pourra accomplir des actions qu’il n’aurait jamais accomplies seul (par exemple, piller un magasin de façon non préméditée) : « le sentiment de responsabilité (…) disparaît entièrement. « Ceci vaut surtout pour les foules anonymes et hétérogènes, où l’individu, noyé dans la masse, est difficile (voire impossible) à retrouver par la suite », écrit un commentateur de l’œuvre du sociologue[1].

Tous ensemble, ouais !

Les commentateurs qui segmentent la foule des casseurs, qui disent par exemple que le cortège des gentils lycéens s’est fait vampiriser par les méchants Black Blocs, sont dans l’erreur. Le gentil lycéen d’Henri IV qui vit dans la jubilation de l’action commune place de la République entrera sans états d’âme dans la boutique de la pauvre dame d’origine asiatique pour y voler avec joie ce très cher paquet de cigares cubains qu’il offrira à son père en rentrant à la maison. “Comment c’était, cet après-midi, Jean-Eudes ?” “Cool, papa, très cool.”

Je me limiterai à critiquer deux “segmentateurs” qui passent pour des hommes sérieux et sans aucun lien avec l’extrême-gauche. Xavier Raufer, sur Atlantico, voit partout la main des Black Blocs. Bien pratiques, les Black Blocs. Ils sont Allemands, Belges, invisibles et omniprésents. Ils servent à se dissimuler la consternante réalité : toute une génération de jeunes Français a basculé dans la bêtise et l’ignominie. Pour Christophe Guilluy qui va publier un nouvel opus, Peripheria est saine tandis que Metropolia est vérolée. On se souvient des images récentes de jeunes filles souchiennes chantant des horreurs islamistes dans l’église d’un village de Vendée… Guilluy me fait penser à cette image cruelle de Julien Gracq sur ceux qui, n’ayant pour tout outil qu’un marteau, voient tous les problèmes en forme de clou.

‑O mânes de Raymond Marcellin, inspirez-nous ! Le seul remède au chaos français serait une répression sévère, mais nul aujourd’hui n’osera l’appliquer.


[1] article de Wikipedia sur La psychologie des foules

Maintien de l’ordre: le fétichisme de l’impuissance

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À force d’exiger de la police qu’elle protège sans contraindre, disperse sans blesser et neutralise sans exercer de force, une partie du débat public finit par transformer l’impuissance en vertu. Les mobilisations lycéennes offrent un cas difficile: les blessures subies par certains adolescents sont réelles, celles des policiers aussi. Entre le blanc-seing et la délégitimation de la force, reste une chose devenue curieusement difficile à penser: l’arbitrage.


« Même si eux sont violents, que nous, on réponde par la violence, on est complètement irresponsables, en fait ! »¹ En quelques mots, Omar Sy a peut-être résumé involontairement l’un des problèmes les plus profonds que révèlent les récentes manifestations. L’intention est compréhensible : entendre la souffrance des jeunes plutôt que leur opposer la seule répression. Mais la formulation range sous le même mot deux actes qui ne sont pas nécessairement de même nature : l’agression et la force destinée à l’arrêter.

La police a la légitimité de l’emploi de la force, les manifestants non

Au cours des affrontements, pavés, cocktails Molotov et mortiers d’artifice ont été lancés sur les forces de l’ordre ; en réaction aux propos d’Omar Sy, un représentant d’Alliance évoquait aussi des boules de pétanque et des marteaux. ¹ Cela ne transforme pas l’ensemble des lycéens mobilisés en émeutiers. Mais dès lors que de tels moyens apparaissent, la question devient : comment arrêter une violence réelle sans exercer soi-même aucune force ?

Le maintien de l’ordre n’est ici qu’un cas d’école. Ce qui se joue est plus large : l’action publique tend parfois à être jugée moins à ses effets qu’à la pureté morale apparente de ses moyens. C’est un laboratoire de l’homo moralis : il peut accepter le résultat — l’ordre — tout en récusant les moyens coercitifs sans lesquels celui-ci devient parfois impossible. Il voudrait que l’autorité produise ses effets sans assumer sa nature !

Une force publique peut-elle être inoffensive ?

Toute démocratie libérale impose à sa police des obligations supérieures à celles du particulier. Celui auquel la collectivité confie le droit d’user de la force doit en rendre compte. La force publique n’est légitime ni parce qu’elle porte un uniforme ni parce qu’elle invoque l’ordre : elle l’est lorsqu’elle demeure nécessaire, proportionnée et encadrée par le droit.

Mais contrôler la force n’est pas la délégitimer.

Le 7 octobre sur RTL, Laurent Nuñez rapportait qu’Emmanuel Macron avait demandé « un peu plus de pédagogie » et de « l’empathie » envers les jeunes mobilisés, tout en rappelant la nécessité de maintenir l’ordre « avec la plus grande proportionnalité ». Onze jours plus tard, après les graves violences du 17 octobre, le chef de l’État promettait d’être « intraitable » envers les casseurs et « tous ceux qui se livrent à des violences ».²

On pourrait n’y voir que l’habituel « en même temps » du pouvoir. Ces exigences ne sont pas contradictoires en elles-mêmes. Elles révèlent pourtant toute la difficulté de notre rapport à l’autorité : nous voulons une police assez ferme pour empêcher les violences, mais nous supportons de plus en plus mal les conséquences physiques de la contrainte qu’il lui faut parfois exercer.

Il est facile d’exiger que le policier protège le manifestant pacifique, empêche le pillage, interpelle le casseur et mette ses collègues à l’abri. Il est plus difficile de préciser comment il doit tout accomplir lorsque des individus viennent au contact. C’est ici que commence le tragique politique : non pas le choix entre le Bien et le Mal, mais entre plusieurs risques dont aucun n’est moralement satisfaisant.

Lens : le cas qu’on ne peut pas esquiver

Au 5 octobre, Matignon faisait état de 215 élèves, 85 personnels éducatifs et 715 policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement. ³ Ces chiffres interdisent les récits à sens unique, dans un sens comme dans l’autre. Il serait trop commode de ne parler que des policiers blessés.

Ce même 5 octobre, à Lens, un lycéen de 15 ans a perdu une main après l’explosion d’une grenade policière. Selon le procureur de Béthune, tous les témoignages alors recueillis sauf un convergeaient vers une grenade ayant atterri au sol avant qu’un manifestant ne s’en saisisse. L’adolescent conteste cette version, nie avoir ramassé l’engin ainsi que toute participation à des violences ; sa famille s’est constituée partie civile. Le procureur précisait qu’aucune vidéo alors à la disposition des enquêteurs ne permettait de visualiser l’explosion. ⁴

Ce cas ne réfute pas la distinction entre violence et force légitime. Il oblige à l’appliquer. Si l’enquête établit que l’emploi de l’arme était injustifié, inadapté ou disproportionné, alors la force publique aura franchi la limite qui fonde sa légitimité. Une théorie de la force incapable d’aboutir à cette conclusion lorsqu’un abus est établi ne serait qu’un plaidoyer policier. Mais la gravité d’une blessure ne suffit pas, à elle seule, à démontrer l’illégitimité de tout moyen susceptible de la produire. Au 13 octobre, 36 enquêtes avaient été ouvertes par l’IGPN pour des violences présumées, dont quatre concernant des blessures mutilantes et six des blessures significatives. ⁵ Elles justifient pleinement le contrôle ; elles ne sauraient tenir lieu de verdict.

Des mineurs, donc une exigence supplémentaire

Entre le 28 septembre et le 8 octobre, le ministère de la Justice avait recensé 6 877 gardes à vue ; 86 % concernaient des mineurs et 2 376 personnes faisaient l’objet de poursuites. ⁶ Un adolescent n’est pas un adulte miniature: son âge, son discernement et sa vulnérabilité doivent compter. Mais être mineur n’abolit ni la capacité physique de nuire ni la responsabilité attachée à certains actes. L’âge augmente l’exigence de précaution ; il ne transforme pas la violence en innocence. Traiter des adolescents exactement comme des adultes aguerris serait une faute. Leur âge ne peut pas davantage interdire toute intervention lorsqu’ils mettent autrui en danger. La politique commence lorsque ces deux vérités doivent être tenues ensemble.

Le policier est spontanément considéré comme un sujet pleinement responsable. On examine son geste, son arme, sa position, la distance, les consignes reçues, les secondes qui précèdent son intervention. Rien d’anormal à cela : il représente l’institution et dispose d’un pouvoir particulier. Celui qui lui fait face est plus volontiers replacé dans une chaîne causale : son âge, son milieu, sa colère, le manque de moyens de son lycée, son sentiment d’injustice, la violence sociale ou « institutionnelle » dont il estime être victime. Pris séparément, aucun de ces deux regards n’est absurde. L’erreur commence lorsqu’ils deviennent exclusifs : l’un demeure auteur de ses actes malgré le contexte ; l’autre tend à devenir produit de son contexte malgré ses actes.

Cette distribution asymétrique de la responsabilité est caractéristique de l’homo moralis. Plus un acteur occupe la position morale du dominé, plus ses actes tendent à être expliqués. Plus un acteur incarne l’institution, plus les siens tendent à lui être imputés indépendamment de ce qui les a précédés.

Chez l’un, le contexte explique l’acte ; chez l’autre, l’acte tend à effacer le contexte.

Comprendre les déterminants d’un comportement reste indispensable. Mais l’explication causale ne dissout pas la responsabilité. On peut rechercher les causes sociales d’une violence et en maintenir l’auteur responsable, comme exiger d’un policier une responsabilité supérieure tout en reconnaissant le danger, l’incertitude et les contraintes de son action.

La caméra commence souvent au deuxième geste

À cette asymétrie morale s’ajoute une asymétrie visuelle. Une grenade qui part, un manifestant tombe, un policier qui charge ou une matraque qui s’abat sont des images qui ont un auteur et une victime immédiatement identifiables ; elles sont faites pour les réseaux sociaux. Ce qui précède est souvent moins photogénique. Un projectile est parti d’un groupe. Une ligne policière a été attaquée. Une sommation est restée sans effet. Un mouvement de foule s’est formé hors champ, etc… Parfois, rien de tout cela n’a eu lieu et le geste policier était injustifié. Mais bien souvent cela a eu lieu — et la séquence vidéo commence malgré tout quelques secondes trop tard. La caméra saisit beaucoup mieux le projectile policier qui arrive sur le manifestant en colère que le pavé qui a rendu le tir nécessaire. Et une partie de notre morale publique possède la même focale.

Le 17 octobre en a fourni une illustration saisissante. À Paris, le cortège autorisé progressait tranquillement vers la place de Clichy tandis que, place de la République, se déroulaient de violents affrontements. Le Monde décrit des centaines de personnes faisant pleuvoir pavés, cocktails Molotov et mortiers d’artifice sur les forces de l’ordre ; le même reportage fait également état de critiques visant certains usages policiers de la force.⁷ Ces réalités simultanées rendent le montage moral « agresseur/victime » moins confortable qu’une vidéo de vingt secondes. La question sérieuse n’est donc pas seulement de savoir qui a souffert. Elle est de reconstituer ce qui s’est passé avant, pendant et après.

Entre la matraque et le pistolet

Les armes dites de force intermédiaire existent précisément pour occuper l’espace entre la simple injonction et une force potentiellement létale. Elles peuvent provoquer des blessures graves ; leurs règles d’emploi doivent donc être discutées.

Mais supprimer une arme du raisonnement ne supprime pas la situation. Face à un cocktail Molotov, que reste-t-il au policier ? Reculer ? Venir au contact ? Employer un moyen de dispersion ? Attendre que le danger justifie une force plus lourde ?

Un moyen totalement incapable de faire mal sera parfois également incapable d’arrêter celui qui veut faire mal. Aucune réponse n’est gratuite. Cela ne justifie aucun usage par avance ; cela signifie seulement qu’il n’existe pas toujours de solution permettant à la fois d’arrêter la violence, protéger tous les protagonistes, préserver l’ordre, ne blesser personne et ne contraindre personne. Refuser le tragique, c’est croire que cette solution existe toujours.

Lorsque l’exigence légitime d’une police responsable se transforme en exigence impossible d’une police inoffensive, lorsque l’impuissance devient une vertu, nos autorités se retrouvent face à un problème insoluble. Nous voulons alors les résultats de l’autorité tout en récusant ce qui permet matériellement de les obtenir : empêcher le pillage sans repousser, arrêter sans immobiliser, disperser sans contraindre, neutraliser sans risquer de blesser ! L’impuissance acquiert ainsi une étrange supériorité morale. Celui qui n’agit pas ne produit pas lui-même l’image choquante. Les conséquences de son abstention sont diffuses, retardées, moins facilement imputables. Le commerce pillé, le policier blessé ou le bâtiment incendié n’ont pas nécessairement un instant unique que l’on puisse isoler et juger. Le coup de matraque, lui, possède son ralenti.

C’est peut-être là que se révèle le mieux le fétichisme de l’impuissance. L’homo moralis ne préfère pas nécessairement le désordre à l’ordre. Il préfère parfois ne pas être moralement comptable des moyens par lesquels l’ordre est obtenu. L’abstention devient alors plus confortable que la responsabilité de l’action — même lorsque son coût sera payé par d’autres.

Une démocratie libérale doit refuser les deux facilités. Une police à laquelle on accorderait un blanc-seing serait une menace pour la liberté. Une police que la crainte de toute conséquence rendrait incapable d’exercer la contrainte cesserait de pouvoir la protéger. L’État de droit n’est pas l’État sans force. Il est celui qui oblige la force à se justifier. À vouloir moralement purifier l’État de toute contrainte, on ne supprime pas la violence. On retire du terrain la force qui doit rendre des comptes, et l’on laisse davantage de place à celle qui ne demande l’autorisation à personne.


1. RTL, journal de 12 h 30, 15 octobre 2026 : diffusion d’un extrait de l’entretien d’Omar Sy avec Anne-Sophie Lapix pour M6 ; dans le même journal, réaction d’un délégué national d’Alliance Police nationale évoquant cocktails Molotov, mortiers d’artifice, boules de pétanque et marteaux. Dailymotion

2. Laurent Nuñez, entretien sur RTL, 7 octobre 2026 ; Emmanuel Macron, allocution du 18 octobre 2026. Nuñez rapporte la demande présidentielle de davantage de pédagogie, d’empathie et de proportionnalité ; après le 17 octobre, Macron promet d’être « intraitable » envers les casseurs et auteurs de violences. RTL.fr ; Lemonde.fr

3. Le Monde, 5 octobre 2026 : bilan communiqué par l’entourage du premier ministre après une réunion interministérielle — 215 élèves, 85 personnels éducatifs et 715 policiers et gendarmes blessés. Le Monde.fr

4. Affaire de Lens : déclaration du procureur de Béthune du 9 octobre ; contestation de cette version par le lycéen et sa défense le 10 octobre ; constitution de partie civile annoncée le 14 octobre. Le parquet précisait alors ne disposer d’aucune vidéo permettant de visualiser l’explosion. leparisien.fr du 9 octobre 2026 ; leparisien.fr du 10 octobre 2026 ; leparisien.fr du 14 octobre 2026.

5. Audition de Laurent Nuñez devant la commission des lois du Sénat, 13 octobre 2026 : 36 enquêtes IGPN, dont quatre concernant des blessures mutilantes et six des blessures significatives. Le Monde.fr

6. Ministère de la Justice, bilan arrêté au 8 octobre 2026 : 6 877 personnes placées en garde à vue, dont 86 % de mineurs ; 2 376 personnes faisant l’objet de poursuites. Ministère de la justice

7. Le Monde, 17-18 octobre 2026 : départ du cortège parisien vers la place de Clichy dans une ambiance sereine ; affrontements parallèles autour de la place de la République, avec jets de pavés, cocktails Molotov et mortiers d’artifice, ainsi que critiques formulées contre certains usages policiers de la force. Le Monde.fr

En préférant la massification à la démocratisation, l’école de la République a désespéré notre jeunesse

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Crise des lycées. L’exaspération et la violence sont le seul exutoire de toute une jeunesse à qui on a voulu faire croire que les hautes études universitaires étaient accessibles à tous.


En préférant la massification à la démocratisation, l’école de la République a désespéré notre jeunesse. Aujourd’hui, moins de 20 % des jeunes sortent sans le baccalauréat contre 70 % en 1985. Il y a une quarantaine d’années, seulement trois jeunes sur dix avaient ce diplôme alors que neuf sur dix obtiennent aujourd’hui sa version frelatée. Cela correspond à l’objectif fixé par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, en 1985 : « lutter contre l’illettrisme et garantir un socle commun de connaissances ». La volonté était alors d’assurer une égalité d’accès à l’éducation et de réduire le chômage en « fabriquant » 80 % de bacheliers au sein d’une même génération.

Complaisance et mensonge

Lorsque s’est levée la barrière d’une sélection sévère — qui avait cependant la vertu de permettre à l’enseignement supérieur d’accueillir dignement les lycéens qui avaient eu leur bac —, un nombre considérable d’élèves se sont trouvés précipités dans un système qui n’était pas conçu pour eux. Les différents filtres sélectifs ayant été retirés en amont, l’école devenue complaisante s’est trouvée mise au défi d’instruire des enfants de moins en moins « éduqués » : de l’école, on leur avait donné des représentations confuses et parfois négatives ; du langage, ils n’avaient qu’une maîtrise très approximative ; en guise de repères culturels, ils n’avaient eu que l’éclairage glauque d’une télévision de plus en plus débile ; quant à la médiation familiale, ils n’en avaient souvent connu que le silence, l’indifférence et la passivité.

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Lorsqu’il fut décidé d’ouvrir largement les portes du lycée et de l’enseignement supérieur à quasiment tous les élèves, nous avions de fait pris collectivement l’engagement de les y recevoir dignement et de leur ouvrir les portes d’une vie professionnelle heureuse. Cet engagement ne pouvait être tenu au sein de lycées et d’universités qui avaient été construits pour accueillir des privilégiés préalablement triés. Pour faire face à une hétérogénéité linguistique et culturelle considérable, il eût fallu que l’ensemble du système éducatif, dès la maternelle, se transformât en profondeur dans ses contenus, sa pédagogie, la formation de ses maîtres, ses finalités professionnelles et évidemment dans les conditions matérielles d’enseignement. Il est resté en fait quasiment identique à ce qu’il était il y a trente ans ; même s’il a tenté de donner le change en multipliant des filières qui n’étaient en fait que des voies honteuses de relégation. Notre système éducatif tout entier navigue ainsi depuis des dizaines d’années entre complaisance et indifférence, tentant de maquiller l’échec en abaissant régulièrement ses exigences, mentant à ses élèves comme à leurs parents.

Baccalauréat de pacotille

L’augmentation du nombre d’élèves, la prolongation du temps de scolarisation, l’absence d’un système honorable d’orientation et l’abandon des exigences en matière d’apprentissage des fondamentaux ont donc posé, année après année, à un système éducatif figé, un problème dont la gravité n’a fait que croître jusqu’à menacer aujourd’hui son intégrité. Le constat est aujourd’hui le suivant : si l’école a réussi sa massification, elle a raté sa démocratisation et sa vertu de résilience s’est affaiblie année après année.

Une immense majorité d’élèves obtiennent pourtant un baccalauréat de pacotille dont la plupart ont bien conscience de l’insignifiance. Après un parcours élémentaire au cours duquel le passage au niveau supérieur est la promesse d’un échec aggravé, ils entrent au collège dans l’incapacité de comprendre des textes de disciplines différentes, ils arrivent au lycée sans aucun pouvoir d’analyse et d’argumentation et ils sont admis à l’université sans la moindre culture générale.

Noires perspectives

C’est alors, si tard, que le couperet tombe avec l’échec massif des étudiants de première et deuxième année d’université. En promettant année après année « l’université pour tous », on a ainsi désespéré une jeunesse contrainte d’emprunter des filières sans aucune perspective professionnelle et de vivre, dans des conditions difficiles, un parcours universitaire souvent choisi par défaut.

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Aucun de ceux qui, au début de leur mandat, promettent régulièrement de « métamorphoser » l’école pour la mettre au service d’une plus grande égalité des chances — je dis bien aucun — n’a jamais été capable de se dire : « Je ne verrai certainement pas les effets de mes décisions, et je ne pourrai m’en glorifier ! Mais c’est justement ce qui fait la beauté de la mission à laquelle j’aspire ! ». Dans ce monde où seule compte l’image fabriquée, où l’on ne voit pas plus loin que sa page Facebook ou son compte Twitter, comment espérer que se lève un responsable politique qui comprenne que les changements qui comptent en matière d’éducation et de culture s’inscrivent nécessairement sur plusieurs générations ? Les hommes et les femmes en responsabilité sont bien trop avides de faire voir et de se faire voir pour avoir un peu de discernement et de patience. Tous ces responsables éphémères ont voulu ignorer que la construction d’une École capable de forcer le destin des élèves fragiles pour les conduire aussi loin qu’ils le veulent et le peuvent ne se décrète pas ; elle se modèle avec patience, volonté et courage sur le temps long.

Lorsque 15 % de nos élèves sortent du trop long couloir de l’échec où ils n’ont appris que la frustration, la rancune et le repliement, ils sont promis au ghetto et à l’enfermement. Ils ont finalement renoncé à exercer ce pouvoir propre à l’humain de transformer, quelque peu que ce soit, les autres et eux-mêmes par la force de leur pensée et par l’exercice pacifique de la langue orale et écrite. L’exaspération et la haine sont alors leur seul exutoire. La violence de certains lycéens et étudiants, la désespérance des professeurs se nourrissent aujourd’hui de cet échec différé mais inéluctable et de l’indifférence de responsables qui préfèrent regarder ailleurs, sauf lorsque le monde scolaire s’embrase.


Le regard d’un linguiste sur l’expression « Bismillah c’est les ténèbres »
Peu importe qui a écrit cet oxymore et s’il a ou non une signification ! Ce qui me choque c’est d’invoquer le nom de Dieu à tout propos. On le convoque au début d’un match de foot, en entamant ou en finissant un repas, ou en buvant un verre de thé… on le scande dans une manifestation. Si l’on croit en Dieu, c’est une dilution de sa puissance, une offense à sa dignité, l’affirmation d’une ignorance crasse et une marque identitaire exhibée à peu de frais. Quand donc comprendrez-vous que Dieu – s’il existe – n’a rien à faire de la trivialité des affaires humaines ?
Une religion, cela se mérite. Une élévation spirituelle, cela se construit. Tous ceux qui invoquent en vain le nom de Dieu, ceux-là, sont des mécréants • AB

Stratèges de papier: de la projection cartographique à la projection de puissance

Mercator contre Equal Earth: choisissez votre carte!


« La carte n’est pas le territoire », selon le célèbre adage du penseur américano-polonais, Alfred Korzybski. Pourtant, maîtriser les représentations cartographiques du monde constitue un enjeu géopolitique dans la mesure où cela permet de renforcer l’idée que telle ou telle nation veut promouvoir de son pouvoir territorial. Une nouvelle projection de la carte du monde vient de focaliser beaucoup de ces tensions politiques liées à la projection de puissance de différentes nations sur le plan géographique.

L’Afrique reprend sa taille

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, le 4 septembre, une résolution recommandant l’utilisation de cartes représentant plus fidèlement la superficie des continents. Porté par le Togo et soutenu par l’Union africaine, le texte a recueilli 164 voix contre une, celle des États-Unis, et six abstentions. Il promeut notamment la projection « Equal Earth », créée en 2018, sur laquelle l’Afrique apparaît dans ses véritables proportions. La résolution, non contraignante, vise surtout les écoles, les institutions publiques et les médias ; elle ne remet pas en cause l’utilisation de Mercator pour la navigation. 

La polémique repose sur le fait incontestable que sur les planisphères utilisant la projection de Mercator, l’Afrique paraît beaucoup plus petite qu’elle ne l’est. Le Groenland semble presque aussi vaste qu’elle, alors que le continent africain est en réalité quatorze fois plus grand. L’Europe, la Russie et l’Amérique du Nord apparaissent également surdimensionnées.

Cette déformation ne résulte toutefois pas nécessairement d’une volonté de rabaisser l’Afrique. La Terre étant sphérique, il est impossible de représenter sa surface sur un plan sans altérer les superficies, les formes, les distances ou les directions. Toute carte du monde est donc un compromis entre plusieurs exigences incompatibles.

Conçue en 1569 par le cartographe flamand Mercator, la projection qui porte son nom répondait avant tout aux besoins des navigateurs. Elle conserve localement les angles et permet de représenter une route suivie à cap constant par une ligne droite. En revanche, elle agrandit progressivement les territoires à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. L’Afrique équatoriale conserve à peu près ses proportions tandis que le Groenland, le Canada, l’Europe du Nord et la Russie sont fortement dilatés.

La projection Equal Earth poursuit un objectif différent. Elle respecte les rapports de superficie entre les États et les continents et un territoire deux fois plus vaste qu’un autre occupe effectivement une surface deux fois plus grande sur la carte. Ce choix technique répond aussi à un objectif politique assumé. Ses promoteurs estiment que la représentation habituelle du monde a contribué à exagérer visuellement l’importance du Nord et à minimiser celle de l’Afrique. Rétablir les superficies réelles permettrait donc de corriger une perception héritée de plusieurs siècles de domination européenne…

Mais cette carte a elle aussi un prix. Pour préserver les superficies, Equal Earth déforme les contours, les angles, les distances et les directions, particulièrement aux extrémités du planisphère. Une route à cap constant n’y apparaît plus nécessairement comme une ligne droite. Elle est donc moins adaptée à la navigation et ne restitue pas exactement la forme des territoires.

La nouvelle carte n’est donc pas plus « vraie » en tout point que celle de Mercator. Elle est plus exacte pour comparer la superficie des continents, tandis que Mercator demeure plus performante pour représenter les angles et les directions. Il n’existe pas de carte parfaite et nous disposons uniquement des projections adaptées à des usages différents. Le choix d’un planisphère dit ainsi moins ce qu’est le monde que ce que l’on souhaite y observer.

Une question de couleurs

L’adoption de cette proposition par l’ONU peut être considérée comme une forme de revanche postcoloniale ou même « décoloniale ». Le seul pays ayant voté contre, les États-Unis, y a vu une façon de renforcer l’argument des pays africains qui exigent que les pays occidentaux leur versent des sommes d’argent pharamineuses pour compenser le colonialisme ou les effets du réchauffement climatique. Une représentante américaine, Yaryna Ferencevych, a dénoncé une tentative pour « promouvoir les réparations et la « justice cognitive » » (la justice cognitive étant la théorie anticoloniale selon laquelle la science occidentale n’est qu’une forme de savoir parmi d’autres qui se valent toutes). Pour d’autres commentateurs, l’adoption de la nouvelle projection a l’inconvénient d’encourager les dirigeants de certains pays africains à se plaindre des puissances étrangères plutôt que de faire de vrais efforts pour améliorer leur économie et le niveau de vie de leurs citoyens.

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Si la projection Equal Earth modifie les dimensions respectives des masses terrestres, elle ne représente ni ne modifie les frontières politiques. Or, un site web lancé et entretenu par un des créateurs de la nouvelle projection a ajouté ces frontières et colorié les différents territoires nationaux – parfois hâtivement, créant ainsi des quiproquos qui ont donné lieu à de nouvelles tensions. L’Ukraine, qui s’est abstenu lors du vote à l’ONU, a déposé une plainte parce que la Crimée, occupée par la Russie depuis 2014, avait une couleur différente de celle du reste de l’Ukraine. Selon les autorités ukrainiennes, Equal Earth aurait « ouvert une boite de Pandore » en violant la charte de l’ONU et le droit international. Le Japon, qui avait voté en faveur de l’adoption, a protesté par la suite car la version colorée d’Equal Earth montrait les Îles Kouriles, un archipel dans la mer d’Okhotsk, avec la même couleur que la Russie. Certaines de ces îles font l’objet d’une dispute entre les deux pays depuis leur occupation par les Soviétiques en 1945. La situation s’est envenimée au mois d’août quand Vladimir Poutine a fait une visite surprise aux îles, suscitant une condamnation de la part de la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi. La plainte du Japon a souligné le besoin qu’a le pays « d’empêcher la propagation d’idées fausses sur nos territoires et noms géographiques ».

Impérialisme, blagues et incompétence

Cette mainmise sur les noms géographiques est liée aux ambitions d’expansion territoriale de Donald Trump, depuis le début de son mandat actuel. En janvier 2025, le président a décrété que le golfe du Mexique s’appellerait désormais le « golfe d’Amérique ». Les cartes du gouvernement fédéral ont adopté la modification, ainsi que certains services de géolocalisation numérique. Le National Maritime Museum of the Gulf of Mexico, dans l’Alabama, qui venait de dépenser presque $100 000 pour se donner une nouvelle image de marque, a été obligé, pour limiter les dégâts financiers, d’abréger son nom de manière un peu absurde, devenant le « National Maritime Museum of the Gulf ».

Le président américain a récidivé en septembre, après l’échec, fin août, des négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada. Il a décrété que, pour le gouvernement fédéral, le lac Ontario s’appellerait désormais « Lake America », modification qui a été rejetée sans façon par les autorités canadiennes. Cette dualité onomastique a créé un dilemme pour les services de géolocalisation qui l’ont surmonté de la manière suivante. Google Maps, suivi par Apple Maps (« Plans » en français) qui a subi la pression de Trump, montre « Lake America » aux utilisateurs situés aux États-Unis et « Lake Ontario » à ceux qui se trouvent au Canada. Pour les autres, comme les Français, le lac est étiqueté « Ontario » au nord de la frontière qui le divise et, entre parenthèses, « lac d’Amérique » au sud. Le comté de l’État de New York qui longe le lac, Oswego, a décidé de garder le nom d’origine, citant le coût pour le contribuable de changer tous ses documents et panneaux de signalisation. Le peuple autochtone des Sénécas a contesté la modification, car le nom prend son origine dans sa langue traditionnelle. D’ailleurs, toute la région constituerait un territoire appartenant, non au Canada ou aux États-Unis, mais aux autochtones. Il existe un précédent pour un tel duel cartographique : le golfe Persique est ainsi appelé officiellement par l’ONU, l’Iran et les pays occidentaux, mais les États arabes avoisinants l’appellent « le golfe Arabe » et voudraient faire adopter ce nom par le reste du monde.

Toujours en septembre, Trump a créé d’autres remous en postant sur sa plateforme, Truth Social, une carte où l’on voyait un drapeau américain qui s’étendait non seulement sur le territoire des États-Unis mais aussi sur celui du Panama, du Mexique, des Caraïbes, du Canada, du Groenland et de l’Islande. Les Islandais étaient si furieux que le gouvernement a convoqué l’ambassadeur des États-Unis pour protester. Le post du président ne représentait peut-être qu’une blague de sa part, mais c’était aussi une provocation avec une dimension sérieuse. Car cette projection de l’hégémonie américaine correspond à une doctrine stratégique appelée « défense hémisphérique », doctrine selon laquelle c’est seulement en disposant de ces territoires sur le plan militaire que l’Oncle Sam pourra garantir sa sécurité face aux menaces en provenance du reste du monde. Un universitaire islandais a riposté avec sa propre blague : la même carte recouverte par le drapeau islandais.

Enfin, si les pays en développement soupçonnaient l’administration américaine de faire preuve de mépris à leur égard, ils ont cru en trouver la preuve au mois de juillet. Lors de la conférence annuelle consacrée au sida, « AIDS 2026 », qui avait lieu à Rio de Janeiro, une présentation préparée par le Département d’État américain, l’équivalent du ministère des Affaires étrangères, a été partagée sur LinkedIn. Elle montrait un certain nombre de pays africains dans des endroits géographiques qui ne correspondent nullement à leur localisation réelle. Le Nigéria, par exemple, se trouvait au milieu du désert du Sahara, tandis que la Côte d’Ivoire était envoyée à l’est du continent, au lieu de l’ouest. Le Cameroun avait simplement disparu. La carte, préparée à la hâte avec l’aide d’OpenAI, a été qualifiée d’« erreur malheureuse » par les autorités américaines qui l’ont rapidement corrigée. Une démonstration parfaite de l’idée que la carte n’est pas le territoire mais aussi de celle que les batailles territoriales ont lieu aussi sur les cartes.

Flávio Bolsonaro mettra-t-il Lula à la retraite?

Le débat Lula–Flávio Bolsonaro sur la chaîne Band a offert aux téléspectateurs un pugilat révélateur d’un Brésil plus clivé que jamais. Les deux adversaires politiques débattront une nouvelle fois vendredi, sur TV Globo, juste avant le second tour.


À six jours du second tour de l’élection présidentielle, Flávio Bolsonaro conserve une courte avance dans la plupart des sondages face au président sortant Lula. Encore difficilement imaginable quelques semaines auparavant, sa victoire consacrerait moins une simple alternance qu’un retour dynastique : celui d’un bolsonarisme capable de survivre politiquement à son fondateur et de s’inscrire durablement dans l’histoire du Brésil moderne…

Le verdict du premier tour a déjoué la plupart des pronostics. Avec 47 % des suffrages, le sénateur Flávio Bolsonaro, 45 ans, candidat du Parti libéral et représentant d’une droite conservatrice décomplexée, a devancé de deux points Luiz Inácio Lula da Silva. À 80 ans, l’ancien syndicaliste de la métallurgie brigue un quatrième mandat non consécutif et dispute sa septième élection présidentielle. Une longévité politique exceptionnelle, qui fait de lui tout à la fois un monument national et, aux yeux de ses adversaires, le symbole d’un système usé jusqu’à la corde, irrémédiablement corrompu et devenu incapable de concevoir sa propre sortie de scène. Dans l’entre-deux-tours, trois candidats éliminés, Augusto Cury, Ronaldo Caiado et Romeu Zema, issus de la droite ou du centre droit, ont apporté leur soutien au fils de Jair Bolsonaro. Ensemble, ils avaient recueilli un peu plus de 5 % des suffrages. Mais, dans un scrutin aussi serré, la logique arithmétique des ralliements ne suffira pas nécessairement.

Le premier grand débat de l’entre-deux-tours, organisé dimanche 18 octobre par la chaîne Band à São Paulo, était donc attendu comme un possible tournant. Il n’a finalement départagé ni les hommes ni les projets. Il a surtout offert le spectacle, brutal et parfois burlesque, d’un Brésil plus clivé que jamais, devenu presque incapable de se parler à lui-même. D’un côté, Lula défend l’intervention sociale de l’État, la protection des catégories populaires et une souveraineté nationale méfiante envers les injonctions du puissant voisin états-unien. De l’autre, Flávio Bolsonaro capitalise sur l’insécurité, le rejet viscéral de la gauche et du Parti des travailleurs, la défiance envers un État jugé dispendieux et l’usure d’un président qui appartient à la vie politique brésilienne depuis près d’un demi-siècle.

Une confrontation physique et agressive

Le format retenu par Band autorisait les candidats à circuler librement sur le plateau et à gérer une partie de leur temps de parole. Cette liberté scénographique a rapidement transformé le débat en une confrontation corporelle, où la manière d’occuper l’espace comptait presque autant que les arguments échangés.

Flávio Bolsonaro s’est régulièrement placé derrière Lula, multipliant les mimiques, les sourires sarcastiques et les signes de dénégation pendant que son adversaire s’adressait aux téléspectateurs. La stratégie rappelait, toutes proportions gardées, celle de Donald Trump rôdant derrière Hillary Clinton lors d’un débat de la campagne présidentielle américaine de 2016. Lula a parfois éprouvé les plus grandes difficultés à dissimuler son irritation. Il a traité son adversaire de « menteur invétéré », de « voyou » et de « clown », tandis que Flávio Bolsonaro lui prédisait que « le Brésil allait le mettre à la retraite ».

Le moment le plus spectaculaire de la soirée survint lorsque Lula s’éloigna ostensiblement de Flávio Bolsonaro en déclarant vouloir rester à distance d’un « milicien ». Il faisait ainsi allusion aux liens supposés du clan Bolsonaro avec les groupes para-policiers qui exercent leur emprise sur certains quartiers populaires de Rio de Janeiro. Le fils de Jair Bolsonaro répliqua en évoquant le risque de se faire voler son portefeuille, avant de montrer le mot « corrompu » inscrit dans la paume de sa main.

La corruption, principal champ de bataille

La corruption et les soupçons visant les deux familles ont constitué le véritable cœur du face-à-face. Flávio Bolsonaro a interrogé le président sur son fils, Fábio Luís Lula da Silva, dit « Lulinha », cité dans plusieurs affaires présumées, ainsi que sur les fraudes affectant l’Institut national de sécurité sociale. Lula lui a répondu que son fils ne devait bénéficier d’aucune protection s’il avait commis des infractions. Le président sortant a aussitôt contre-attaqué en évoquant une enquête relative au financement d’un projet de film consacré à Jair Bolsonaro et les controverses financières entourant son adversaire. Il a finalement proposé que les deux candidats rendent publics leurs relevés bancaires et téléphoniques afin que le pays puisse découvrir, selon sa propre formule, « qui est le voleur ».

Le duel révélait ainsi une vulnérabilité commune. Lula demeure exposé à l’évocation de ses anciennes condamnations pour corruption, annulées pour des motifs de procédure et de compétence juridictionnelle, mais dont l’empreinte politique n’a jamais complètement disparu. S’y ajoute le souvenir des immenses scandales ayant marqué les années de pouvoir du Parti des travailleurs, du Mensalão de 2005, vaste système de mensualités occultes versées à des parlementaires alliés afin de garantir leur soutien aux projets du gouvernement Lula, jusqu’au séisme provoqué par l’opération Lava Jato. Lancée en 2014, cette dernière mit au jour un système de marchés surfacturés et de commissions occultes organisé autour de la compagnie pétrolière publique Petrobras, impliquant de grandes entreprises et des responsables de plusieurs partis, dont le PT. Flávio Bolsonaro, de son côté, prétend incarner la rupture tout en portant un patronyme devenu indissociable des controverses judiciaires, financières et institutionnelles de sa propre famille.

Sécurité : la guerre ou la coordination

Si les attaques personnelles ont souvent étouffé le débat d’idées, la question de la sécurité publique a cependant fait apparaître une différence politique nettement identifiable. Flávio Bolsonaro a promis de déclarer la « guerre au narcoterrorisme » et de faire reconnaître les principales factions criminelles comme des organisations terroristes ou narcoterroristes. Lula a défendu une approche plus fédérale et institutionnelle. Il a mis en avant son projet de réforme constitutionnelle de la sécurité publique afin d’améliorer la coordination entre le gouvernement central, les États et les différentes forces de police. Là où Flávio Bolsonaro parle de guerre, le président sortant invoque la coopération. Là où le premier promet une démonstration d’autorité, le second propose une réorganisation des compétences.

Le discours sécuritaire de Flávio Bolsonaro rencontre une réalité plus contradictoire que ne le suggèrent ses formules martiales. Le Brésil a certes encore enregistré 40 775 morts violentes intentionnelles en 2025, soit près de 112 par jour, mais ce total a diminué de 8 % en un an et atteint son niveau le plus faible depuis 2012. La peur ne repose pourtant pas sur une simple illusion statistique. Plus de quatre Brésiliens sur dix âgés de 16 ans et plus déclarent percevoir la présence de factions criminelles ou de milices dans leur quartier, tandis que 6 602 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre, soit environ une mort violente sur six. À cette emprise territoriale s’ajoute un système pénitentiaire proche de l’asphyxie : le pays compte près de 965 000 détenus pour moins de 680 000 places. Le paradoxe est saisissant. La violence létale recule globalement au Brésil, mais des dizaines de millions de ses habitants déclarent vivre dans des quartiers où le crime organisé exerce une influence quotidienne, au sein d’un État qui emprisonne beaucoup sans toujours parvenir à restaurer son autorité.

Économie : la « tronçonneuse » contre l’État protecteur

Flávio Bolsonaro a concentré ses attaques sur la dette, le niveau des dépenses publiques et le coût de la vie. Il a accusé le gouvernement de multiplier les mesures sociales à quelques jours du scrutin afin de s’assurer politiquement sa réélection. À l’entendre, Lula serait devenu le représentant d’un État à la fois obèse et impuissant, capable de dépenser toujours davantage sans améliorer sensiblement le quotidien des Brésiliens. Le président sortant a répondu en agitant le spectre d’une politique de coupes budgétaires inspirée de la « tronçonneuse » de Javier Milei. Le président argentin est devenu l’une des principales références des droites libérales et libertariennes du continent sud-américain, tout autant qu’un repoussoir commode pour les gauches régionales. Lula a opposé à ce modèle les investissements destinés aux petits entrepreneurs, les politiques de soutien aux ménages et l’abandon de la semaine de travail dite « 6×1 », qui impose six jours travaillés pour un seul jour de repos.

L’économie brésilienne continue pourtant de croître, portée notamment par la puissance exportatrice du pays et le niveau relativement élevé des cours mondiaux des matières premières. Mais les indicateurs macroéconomiques ne se transforment pas automatiquement en satisfaction politique. Pour de nombreux ménages, l’embellie statistique demeure abstraite face au prix de l’alimentation, au coût du logement, à l’endettement et au sentiment de déclassement.

Le père absent, omniprésent

Absent du plateau, Jair Bolsonaro n’en demeure pas moins le troisième homme de cette présidentielle. Condamné à vingt-sept ans et trois mois de prison pour son rôle dirigeant dans l’entreprise de subversion institutionnelle ayant suivi sa défaite de 2022 et culminé avec l’invasion des sièges des « trois pouvoirs » à Brasília, le 8 janvier 2023, l’ancien président purge désormais sa peine à son domicile, selon un régime humanitaire justifié par son état de santé. Sa défense a engagé une procédure extraordinaire de révision de sa condamnation, mais celle-ci ne doit être examinée par la Cour suprême qu’après l’élection présidentielle. Enfermé mais politiquement omniprésent, Jair Bolsonaro observe désormais son fils tenter d’accomplir dans les urnes la revanche familiale que lui-même ne peut plus conduire. Le bolsonarisme n’est déjà plus seulement un courant politique : il tend à devenir une entreprise familiale de conquête du pouvoir. Tandis que Flávio vise la présidence, Michelle et Carlos Bolsonaro ont été élus au Sénat, tandis que Jair Renan et Renato Bolsonaro entreront à la Chambre des députés.

Deux candidats, deux Brésils

Il serait hasardeux de désigner un vainqueur incontestable au terme de ce débat. Flávio Bolsonaro en a imposé le rythme, mais pas nécessairement la stature. Il est apparu combatif, confiant et maître de sa stratégie ; son insolence et ses provocations ont également pu le faire passer pour un héritier encore insuffisamment présidentiel. Lula a revendiqué l’expérience de l’État, la protection des plus fragiles et l’indépendance de la nation. Mais il n’est pas toujours parvenu à se maintenir au-dessus de la mêlée. En cédant à l’irritation, il s’est parfois laissé entraîner sur le terrain choisi par son adversaire, celui du pugilat et de la revanche personnelle.

Surtout, aucun des deux hommes n’a véritablement tenté de réparer la fracture brésilienne. Chacun s’est adressé à son propre pays. À Flávio Bolsonaro, le Brésil de l’ordre, de la sanction, des Églises évangéliques et de la revanche contre la gauche affairiste et corrompue ; À Lula, celui de la protection sociale, de la mémoire ouvrière, du Nordeste et de la souveraineté nationale. Le vieux dirigeant s’affiche également en porte-voix du Sud global et en figure historique des BRICS, défenseur d’un monde multipolaire face à l’hégémonie américaine.

Le prochain sondage Datafolha, baromètre très suivi de la vie électorale brésilienne, doit être publié jeudi 22 octobre. Réalisé entièrement après l’émission, il permettra d’en mesurer les premiers effets sur le rapport de forces. Un dernier face-à-face entre les deux finalistes est annoncé vendredi 23 octobre sur TV Globo, à seulement deux jours d’un scrutin qui s’annonce déjà historique et décisif pour l’avenir de ce pays-continent.

Le nouvel ISF du Rassemblement national: qui sera vraiment concerné? 

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Dans le cadre des débats budgétaires, le Rassemblement national remet sur la table sa réforme de la fiscalité du patrimoine. Par la voix de Sébastien Chenu, le parti prône le remplacement de l’IFI par un « Impôt sur la Fortune Financière » ciblant les 1 % les plus aisés. Derrière la promesse d’épargner les propriétaires immobiliers, comment fonctionnerait ce nouvel ISF à la sauce RN ?


Le retour de l’impôt sur la fortune (financière), version RN

Alors que les arbitrages fiscaux font rage à l’Assemblée nationale, le Rassemblement national entend imprimer sa marque sur la taxation des plus hauts patrimoines. Invité à préciser les propositions du parti, Sébastien Chenu a réaffirmé la volonté du mouvement d’installer un « Impôt sur la Fortune Financière » (IFF). Un dispositif directement pensé comme un substitut à l’actuel Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) créé lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, précise Capital.

«Je considère qu’il est juste que dans une situation aussi difficile que celle que nous vivons, avec des classes moyennes et des classes populaires qui souffrent terriblement, que tout le monde fasse un effort», avait d’ailleurs déclaré Marine Le Pen dans l’émission Objectif Elysée 2027, diffusée sur CNews. 

Qui serait concrètement ciblé par cet impôt sur la fortune financière ?

Dans le détail, la mesure avancée par le RN entend se concentrer sur les détenteurs de gros portefeuilles d’actifs financiers.

  • Les contribuables visés : Selon les déclarations de Sébastien Chenu, ce nouvel ISF ne toucherait que les 1 % des Français les plus aisés, en fixant un seuil de déclenchement élevé sur la valeur des avoirs financiers. En pratique, soulignent encore nos confrères, cela concerne donc celles et ceux dont le patrimoine excède 1,3 millions d’euros.
  • Ce qui entrerait dans l’assiette fiscale : Les actions, obligations, comptes-titres, placements spéculatifs et produits financiers complexes détenus par les particuliers, indique l’institut Montaigne.
  • Ce qui en serait totalement exonéré : La résidence principale, l’immobilier locatif, mais aussi les biens immobiliers et outils de travail des entreprises familiales et des indépendants.

Pour le Rassemblement national, il s’agit d’encourager l’investissement dans la pierre et l’économie réelle en pénalisant uniquement le capital dit « volatil » ou délocalisable.

A lire aussi : Égalité de tous devant l’impôt: l’autre séparatisme

Stratégie politique : entre justice sociale et piège économique

En ressuscitant le terme et le principe de l’ISF sous une forme financière, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella poursuit un double objectif politique. D’un côté, disputer à la gauche le terrain de la justice fiscale auprès des classes populaires et moyennes étouffées par l’inflation. De l’autre, donner un signal d’apaisement aux propriétaires ruraux et périurbains qui se sentent souvent punis par la fiscalité immobilière traditionnelle.

Reste que la mesure suscite de fortes réserves chez les économistes et l’opposition libérale. La taxation spécifique des seuls actifs financiers comporte un risque documenté d’évitement fiscal et de fuite des capitaux vers des juridictions étrangères plus clémentes. En voulant préserver la pierre tout en surtaxant le capital productif, le RN s’expose à la critique d’un dispositif difficile à recouvrer sans affaiblir l’attractivité financière du pays.

Violences du 17 octobre : couvre-feux localisés annoncés, ce que l’on sait zone par zone

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À la suite des manifestations sauvages et des scènes de chaos enregistrées le 17 octobre, le gouvernement passe à l’offensive. Plutôt que de déclencher l’état d’urgence généralisé, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé aux préfets d’instaurer des couvre-feux ciblés et localisés. Périmètres, règles de circulation et dérogations : le point complet sur les annonces, dans l’attente des arrêtés préfectoraux détaillés attendus cet après-midi. 


[DIRECT / MISE À JOUR] Cet article récapitule l’ensemble des mesures officielles et des déclarations gouvernementales. La liste précise des communes, des quartiers et des horaires exacts sera complétée et mise à jour au fil de la publication des arrêtés par les préfectures au cours de l’après-midi.

Nouvelles annonces, ce lundi à 17h passées : plusieurs nouveaux couvre-feu partiels

Un nouveau couvre-feu sera instauré ce mardi 20 octobre à Paris à compter de 23H, dans les mêmes circonstances que celui mis en place ce lundi 19 octobre.

Le couvre-feu est reconduit également à Lyon, indique Le Monde.

Nouvelles annonces (19h45) : plusieurs couvre-feu partiels instaurés dès ce lundi 19 octobre au soir

Matignon vient d’annoncer de nouveaux couvre-feux, effectifs ce lundi 19 octobre et ce mardi 20 octobre au soir à Lille, Douai, Denain, Wattignies. Ils couvriront les plages horraires de 20h à 6h du matin, indique Le Monde.

Par ailleurs, des couvre-feux sont ausis à prévoir à Paris dans certains quartiers ce lundi (Place Maurice-Quentin, rue Berger de la place maurice-Quentin jusqu’à l’angle du boulevard Sébastopol, passage des Lingères donnant sur la rue Berger, boulevard Sébastopol de l’angle de la rue Berger jusqu’à l’angle de la rue Rambuteau, rue Rambuteau jusqu’à l’angle de l’allée André-Breton et allée André-Breton. Ils seront effectifs à compter de 23h au soir et ce jusqu’à 6h du matin. Il est, de même, interdit de manifester entre 20h et 6h du matin dans la capitale.

A Nice, un couvre-feu est prévu pour les mineurs dans le centre-ville dès 21h ce soir. Il durera jusqu’à mardi 6h du matin, a fait savoir la préfecture des Alpes-Maritimes. Sont concernés les quartiers du centre-ville, le Vieux-Nioce, et le secteur allant de la rue Trachel jusqu’à la Gare du Sud.

A Lyon, un couvre-feu est prévu sur la presqu’île à compter de 21H, a fait savoir le préfet de région, Etienne Guyot. Il sera maintenu jusqu’à mardio 6h du matin et concerne le secteur allant de l’hôtel de ville au nord à la place Carnot au sud. Les déplacements pour motif de santé, familiaux ou pour regagner son domicile sont tolérés, de même que ceux des élus ou des journalistes dans l’exercice de leur fonction. Youtes les manifestations sont interdites ce lundi soir.

Après les violences du 17 octobre, Sébastien Lecornu arbitre pour des couvre-feux localisés

La réaction de l’exécutif ne s’est pas fait attendre après les scènes de tensions, les dégradations et les pillages survenus lors du week-end du 17 octobre. S’exprimant sur la riposte de l’État, le Premier ministre Sébastien Lecornu a précisé le cadre de la réponse sécuritaire : la priorité est donnée à des mesures très ciblées géographique et temporellement, comme l’explique Le Figaro.

S’exprimant sur le perron de l’hôtel de Matignon, le chef du gouvernement a indiqué que le recours à l’état d’urgence n’était pas retenu à ce stade. Pour autant, précise-t-il, il pourra être instauré “si c’est utile”, souligne BFMTV. Il est à noter que le Premier ministre a aussi évoqué des mesures visant à permettre aux commerçants de “redémarrer très vite”, parmi lesquels figurent notamment un chômage partiel pour les magasins les plus dégradés ou les plus pillés. « C’est une mesure de protection de l’emploi. Il n’est pas question qu’il y ait de la casse sociale dans cette affaire après avoir connu la casse tout court », a déclaré Sébastien Lecornu.

 D’une façon générale, l’exécutif privilégie la mise en place de couvre-feux « partiels et localisés » déclenchés par les préfets. L’objectif est d’octroyer aux forces de l’ordre un outil juridique d’intervention directe dans les périmètres les plus sensibles pour protéger les commerces et limiter les rassemblements nocturnes, tout en préservant le fonctionnement normal du reste du territoire.

A lire aussi : Le pouvoir, pour quoi faire?

Comment fonctionnent ces couvre-feux partiels et quelles sont les règles ?

Sur le plan juridique, la mesure s’appuie sur le pouvoir de police administrative des préfets de département. Concrètement, le dispositif ne s’applique pas de manière uniforme sur tout le territoire national, mais secteur par secteur, sur décision préfectorale.

  • Modalités d’application : Les interdictions de circuler sont calibrées selon les besoins locaux (souvent sur des plages horaires nocturnes allant par exemple de 21h ou 22h jusqu’à 5h ou 6h du matin).
  • Qui est concerné ? Toute personne se trouvant dans le périmètre délimité par l’arrêté préfectoral durant les heures d’interdiction, sauf motif légitime. Dans certains cas, les arrêtés peuvent cibler spécifiquement les mineurs non accompagnés.
  • Les dérogations prévues : Comme lors des dispositifs précédents, des attestations ou justificatifs permettent de déroger au couvre-feu pour des motifs impérieux : déplacements professionnels ne pouvant être différés, urgences médicales ou assistance à personne vulnérable, ou encore trajets vers ou depuis les gares et aéroports (sur présentation du titre de transport).
  • Sanctions : Le non-respect d’un arrêté préfectoral de couvre-feu expose les contrevenants à une amende forfaitaire (classe 4), pouvant être majorée en cas de récidive.

Zones, communes et départements concernés : la carte en cours de finalisation

À cette heure, les services préfectoraux des départements les plus touchés par les exactions du 17 octobre procèdent au cadrage géographique précis des arrêtés.

Les arbitrages territoriaux, les contours exacts des quartiers ou communes ciblés ainsi que les horaires précis doivent être formalisés par les préfectures tout au long de l’après-midi.

La rédaction mettra à jour cette section ville par ville dès la publication officielle des arrêtés par les autorités départementales.

De l’acronyme ACAB aux policiers tués, une même haine qui nous oblige à soutenir la police

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En France mais aussi en Belgique, la police a besoin d’entendre le soutien de la population qu’elle protège


Lors des manifestations du 17 octobre, aux scènes apocalyptiques partout en France, les violences ont fait 250 blessés parmi les forces de l’ordre et le bilan aurait pu être bien plus lourd. Quelques jours plus tôt, un policier de 41 ans est mort à Bruxelles, tombé sous les balles. Nordine El Talbi, membre de la Brigade Anti-Agression, intervenait suite à ce que l’on a d’abord cru être un car jacking, mais qui semble être une opération montée par une bande pour subtiliser une cargaison de drogue dans le véhicule de l’une de ses rivales. Qu’importent les circonstances exactes, la mort d’un dépositaire de l’ordre public est un drame humain bien sûr, mais aussi une catastrophe pour une société de moins en moins apaisée.

Police lives matter !

Il ne fait pas bon être policier en des temps qui se troublent. De l’avis général, les interventions se compliquent : l’insécurité progresse à peu près partout dans les pays de l’Europe occidentale sur fond de trafic de drogue, d’immigration massive qui accroît les tensions et, plus globalement, de décivilisation qui alimente les comportements à risques ; du simple voyou des rues aux barons de la drogue, les criminels sont de plus en plus lourdement armés ; en manifestation, les blacks blocs agissent lâchement et masqués, allant jusqu’à utiliser des méthodes de guérilla compliquant le maintien de l’ordre.

Tout le monde animé d’un minimum de bon sens devrait soutenir la police, au moins au nom de la sécurité ; pourtant la violence à l’encontre des forces de l’ordre est alimentée par un narratif insidieusement véhiculé et amplifié par des hommes politiques d'(extrême) gauche et certains médias qui ne se refusent pas de relayer l’insupportable petite musique d’une police qui tuerait. Pourtant, rien n’est plus faux : l’immense majorité des interventions se passe sans encombre et les bavures restent rares. Et il est toujours bon de rappeler une vérité : pour ne pas avoir de problème avec la police, il suffit… de se comporter de façon respectable – ce qui aurait d’ailleurs permis à Nahel d’être toujours en vie.  

Climat de haine

Le rap a également contribué à nourrir cette haine envers les policiers. Bien que non spécialiste d’un genre qui a alimenté la violence au sein de la société et que je soupçonne d’avoir entretenu la bêtise générale depuis plusieurs décennies, mentionnons, parmi d’autres, les morceaux suivants : Fuck the Police du groupe Niggas With Attitude (NWA), Bavure de Jo Le Phéno, Fuck le 17 du groupe 13 Block… Pour les amis de la poésie, un extrait de ce dernier : « Me parle pas d’tonnes, c’est ceux d’tes potes, fuck le 17, mort aux porcs, À mort les cops, on les abîme ». Au moins, lorsque Victor Hugo dépeignait négativement l’inspecteur Javert dans Les Misérables, il le faisait avec un talent qui finissait quand même par rendre le personnage plus complexe qu’il n’y paraissait.

Dans ce climat de haine se multiplie, sur les murs ou les t-shirts, le slogan ACAB – et sa version codifiée (1312) -, issu initialement des manifestations des mineurs britanniques lors des années Thatcher, puis popularisé dans les stades de football d’Europe via les groupes Ultras, avant d’être repris massivement par les groupuscules d’extrême gauche. Époque oblige, un nouveau cri de ralliement est apparu : « Bismillah, c’est les ténèbres », qu’auraient utilisé, certes maladroitement, des policiers pour s’introduire dans les boucles des organisateurs des blocus étudiants ; depuis il est retourné contre les forces de l’ordre.

Paris, 13 octobre 2026 © Luis ABAD/SIPA

Continuum des violences

Bien sûr, la nuance nous invite à ne pas mettre au même niveau un slogan anti-police peint sur les murs par un adolescent entraîné par la baisse générale du niveau et le meurtre de policiers, mais il existe un continuum alimenté par une même haine, tout comme le martèlement de l’idée fausse que la police tuerait finit par alimenter un fond de l’air invitant à passer à l’acte contre ses représentants en uniforme. Chaque année, des policiers sont tués en mission et la profession est une des plus touchées par les suicides. Dès lors, et en hommage à tous ceux qui sont tombés en mission, un mot d’ordre doit s’imposer : soutenons les policiers !

«La Fin des temps» au Châtelet: il paraît que le conte japonais est envoûtant…

Était-il indispensable de transposer à la scène le conte philosophique de l’écrivain japonais Haruki Murakami, La Fin du monde et le Pays des merveilles sans merci, sous le titre d’un spectacle intitulé La Fin des temps ?


Pour les Japonais peut-être. Pour nous Français, la question se pose. Car il faut vraiment que l’auteur du conte ait porté un nom universellement connu et que le metteur en scène de cette adaptation théâtrale et chorégraphique ait été Philippe Decouflé pour que l’on se soit hasardé à faire venir cette production à Paris.

Deux histoires

On ne sait rien de l’accueil qu’on lui a fait au Pays du Soleil levant. Ici, au Théâtre du Châtelet, il semble qu’elle ait séduit une bonne partie du public. Et pourtant, quel ennui que l’adaptation de ces deux histoires entremêlées, celle d’un jeune homme vivant dans une mégapole hostile, dangereuse, et qui redoute d’y perdre son âme, et celle d’un autre qui, lui, perd son ombre dans une cité étrange et totalitaire où s’ébrouent des licornes.

Il est probable que le livre de Murakami soit tout à fait envoûtant et qu’il délivre un message du plus grand intérêt. Mais, réduit aux scènes retenues pour l’adaptation théâtrale et à des dialogues dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas renversants, l’ouvrage paraît terriblement insipide.

Un bonbon rose

L’utilisation de micros pour des acteurs qui s’expriment en langue japonaise semble ici parfaitement inutile quand les surtitrages suffiraient, puisqu’il est peu probable que le public possède la langue de Tanizaki, Kawabata ou Mishima, hormis quelques Japonais ou japonisants égarés là, dans la salle du Châtelet. Or ces micros contribuent à dénaturer les voix, à les rendre artificielles, comme dans les comédies musicales. Et à générer ainsi un certain désintérêt. Quant au jeu théâtral stéréotypé de certains des acteurs, il n’arrange pas les choses, même si, dans le cas le plus flagrant, celui de la jeune fille en rose, il correspond, aussi caricatural soit-il, à une réalité : celle de ces jeunes filles, au Japon en particulier, qui se sont transformées en poupées occidentales dont elles ont adopté le costume de foire et l’apparence sucrée.

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Les licornes

Pourtant, ici et là, entre deux tunnels de dialogues, se déroulent des scènes séduisantes pour le regard : ce paysage où les éléments végétaux du décor (K Ishihara) rappellent ces papiers découpés qui faisaient fureur dans les siècles passés et où folâtrent les licornes auxquelles Decouflé confère quelque chose de hiératique et charmant à la fois… même si lesdites licornes flirtent avec un je ne sais quoi de kitsch ; quelques séquences joliment chorégraphiées pour une dizaine de danseurs ;  ou encore les tenues (Ayako Maeda) extrêmement bien imaginées de ces créatures effroyables qui peuplent les souterrains des métropoles.

En découvrant l’ouvrage que des Japonais lui offraient de mettre en scène, Philippe Decouflé confesse avoir tout d’abord pensé que cela lui serait impossible. Avec autant de comédiens que de danseurs, il s’est malgré tout lancé dans l’entreprise. Mais vraiment, quel intérêt réel offre ce spectacle où s’intercalent deux contes se déroulant dans deux mondes antagonistes ?

Ici une mégapole violente et déshumanisée, là une cité onirique et totalitaire que garde un personnage ressemblant étrangement au Barthélémy des aventures de Philémon dans les bandes dessinées éponymes. Un spectacle qui apparaît comme le « digest » d’une œuvre littéraire dont on suppose, dont on espère qu’elle délivre un propos autrement plus élaboré que ce qu’on en devine au travers de sa transposition sur la scène.

La Fin des temps. 2h30

Jusqu’au 21 octobre 2026

Théâtre du Châtelet ; 01 40 28 28 40

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Petit coup de gueule

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Le footballeur Emmanuel Petit, Boulogne, 11 mai 2026 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Après les émeutes, le footballeur Emmanuel Petit, auteur du troisième but en finale de Coupe du Monde 98 contre le Brésil, est sorti de ses gonds contre les petits cons. Mais il n’est pas certain que son milieu professionel apprécie son tacle


On se souvient du vigoureux milieu de terrain qu’il était, dans l’équipe d’Aimé Jacquet et de Roger Lemerre. En une du Nouvel Obs, le 16 juillet 1998, il avait été photographié entrelacé avec Zinédine Zidane et Christian Karembeu, avec pour titre : « Nous nous sommes tant aimés ». Vingt-huit ans plus tard, Emmanuel Petit en a pourtant gros.

Ce dimanche 18 octobre, au lendemain de la journée d’émeutes qui a secoué la France, il a exprimé tout son dégoût : « Aujourd’hui, j’ai envie de descendre dans la rue et de me friter avec tous ces petits cons parce qu’il n’y a pas d’autres mots. Tous ces gens que j’ai vu d’ailleurs au soir des finales de Champions League du Paris-Saint-Germain. Ils sont tous cagoulés, parce que la lâcheté, c’est ce qui les unit. On détruit tout, on brûle tout, on casse tout, on pille, on vole, on blesse, on agresse, on insulte ». Et de conclure : « Toutes les personnes qui croient encore profondément, comme moi, que la France est un superbe pays qui ouvre ses portes à bras ouverts à toutes les personnes qui souhaitent venir ici. (…) J’adore mon pays, j’adore tous les étrangers qui adorent mon pays, qui veulent s’intégrer. Mais tous les autres, à commencer par les Français qui ne souhaitent pas justement que la France continue à être ce qu’elle est, retournez d’où vous venez, on n’a pas besoin de vous. Et tous ceux qui sont nés avec un passeport français, cassez-vous ! On ne veut plus de vous ». Ce dimanche, le Manu le plus remonté n’était pas forcément à l’Élysée.

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Un discours qui rompt avec le politiquement correct qui domine chez les Bleus et les anciens Bleus. On se souvient des prises de position de Kylian Mbappé et de quelques autres lors des élections législatives de 2024, ou des déclarations indigénistes de Lilian Thuram. C’est peu dire que la prise de position assumée par Emmanuel Petit est fort rare dans le football français. On l’avait déjà senti en rupture avec l’époque, dans une interview proposée par le Podcast des légendes en octobre 2024, il faisait part de son incompréhension face au militantisme de Mbappé : « Je trouve qu’il y a une certaine indécence de la part beaucoup de gens à toujours donner leurs aspirations, politiques, spirituelles, religieuses. Mais on s’en fout, quoi ! (…) les gens ne comprennent pas ces mecs qui croulent sous les millions ». Un milieu de terrain devenu mécontemporain.

La presse sportive goûte assez peu la sortie. L’Équipe qualifie l’intervention de « long discours débridé » tandis que le site de So Foot écrit en caractères gras, à propos de la conclusion de Petit, où il invite les casseurs à quitter la France : « On cherche encore et toujours le rapport avec les faits évoqués ».

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La parfaite continuité entre les casseurs du 17 octobre

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Paris, 11e arrondissement, 18 octobre 2026 © Oualid Abdellaoui/JNA Press/Cover Images/SIPA

Bobos, black bloc, enfants d’immigrés… La France polémique sur les origines sociales ou ethniques des émeutiers et des casseurs.


C’est une dame d’origine asiatique visiblement très secouée mais qui s’exprime avec ordre et clarté. Son bistrot-tabac de la Rue Beaurepaire, tout près de la Place de la République, a été vandalisé et pillé pendant ce samedi apocalyptique. « Il y avait des femmes et des enfants de douze ans ! Douze ans, vous vous rendez compte ! » Voici une hypothèse que des études plus poussées démontreront sans doute : il y a une parfaite continuité entre les casseurs du point de vue de l’âge, entre douze et cinquante ans, de l’ethnie, du plus blanc au plus noir, et de l’origine sociale, du plus bourgeois au plus prolétaire. Bien sûr, certaines catégories sont surreprésentées, les banlieusards dotés d’un long casier judiciaire sont à coup sûr infiniment plus nombreux que les lycéens de Saint-Louis en folie. Un petit diable me pousse à ajouter : continuité religieuse, du plus musulman au plus catho. Sur l’énorme quantité de casseurs, il n’est pas exclu que quelques jeunes gens aient acclamé Léon XIV il y a un mois et revivent la joie des foules fusionnelles dans les boutiques de luxe pillées au centre de Paris.

Un nouvel homme est en train d’advenir

Les causes sont simplissimes. Jérôme Fourquet et Ruben Rabinovitch ont récemment publié le nouveau Décalogue, il s’appelle Homo occidentalis, à mon avis Homo gallicus serait plus exact. Il s’agit d’un changement anthropologique qui a surgi dans les dernières décades du XXème siècle dans les idées dominantes, la politique et l’éducation des enfants. Il n’y a plus de devoirs, il n’y a que des droits, il n’y a plus de transmission, il n’y a que de l’innovation, il n’y a plus de sacrifices à faire pour les autres, il n’y a que le triomphe de l’individualisme le plus forcené. Ajoutons qu’il n’y plus de vrais juges, mais des magistrats qui se prennent pour des assistantes sociales. Tout cela était connu par petits bouts, mais le génie des deux auteurs a été d’en faire la synthèse.

A lire aussi: Maintien du désordre

Freud serait stupéfait de constater que son fameux “surmoi” s’est envolé comme brume au soleil, Rousseau n’en reviendrait pas que la “conscience, instinct divin, immortelle et céleste voix, juge infaillible du bien et du mal” ne parle plus dans la tête des jeunes gens qui lynchent des passants ou fusillent leurs proviseurs. Les gens à qui il reste un surmoi et une conscience sont ceux qui ont reçu une autre éducation parce qu’ils sont âgés ou ont eu des parents sérieux et responsables.

Autre lecture qui peut nous éclairer en ces temps ténébreux : La psychologie des foules de Gustave Le Bon, paru en 1895. Du fait du nombre, un individu en foule peut ressentir un sentiment de « puissance invincible » et voir ses inhibitions s’effondrer. Il pourra accomplir des actions qu’il n’aurait jamais accomplies seul (par exemple, piller un magasin de façon non préméditée) : « le sentiment de responsabilité (…) disparaît entièrement. « Ceci vaut surtout pour les foules anonymes et hétérogènes, où l’individu, noyé dans la masse, est difficile (voire impossible) à retrouver par la suite », écrit un commentateur de l’œuvre du sociologue[1].

Tous ensemble, ouais !

Les commentateurs qui segmentent la foule des casseurs, qui disent par exemple que le cortège des gentils lycéens s’est fait vampiriser par les méchants Black Blocs, sont dans l’erreur. Le gentil lycéen d’Henri IV qui vit dans la jubilation de l’action commune place de la République entrera sans états d’âme dans la boutique de la pauvre dame d’origine asiatique pour y voler avec joie ce très cher paquet de cigares cubains qu’il offrira à son père en rentrant à la maison. “Comment c’était, cet après-midi, Jean-Eudes ?” “Cool, papa, très cool.”

Je me limiterai à critiquer deux “segmentateurs” qui passent pour des hommes sérieux et sans aucun lien avec l’extrême-gauche. Xavier Raufer, sur Atlantico, voit partout la main des Black Blocs. Bien pratiques, les Black Blocs. Ils sont Allemands, Belges, invisibles et omniprésents. Ils servent à se dissimuler la consternante réalité : toute une génération de jeunes Français a basculé dans la bêtise et l’ignominie. Pour Christophe Guilluy qui va publier un nouvel opus, Peripheria est saine tandis que Metropolia est vérolée. On se souvient des images récentes de jeunes filles souchiennes chantant des horreurs islamistes dans l’église d’un village de Vendée… Guilluy me fait penser à cette image cruelle de Julien Gracq sur ceux qui, n’ayant pour tout outil qu’un marteau, voient tous les problèmes en forme de clou.

‑O mânes de Raymond Marcellin, inspirez-nous ! Le seul remède au chaos français serait une répression sévère, mais nul aujourd’hui n’osera l’appliquer.

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[1] article de Wikipedia sur La psychologie des foules

Maintien de l’ordre: le fétichisme de l’impuissance

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Paris, 18 octobre 2026 © Sadak Souici/ZUMA/SIPA

À force d’exiger de la police qu’elle protège sans contraindre, disperse sans blesser et neutralise sans exercer de force, une partie du débat public finit par transformer l’impuissance en vertu. Les mobilisations lycéennes offrent un cas difficile: les blessures subies par certains adolescents sont réelles, celles des policiers aussi. Entre le blanc-seing et la délégitimation de la force, reste une chose devenue curieusement difficile à penser: l’arbitrage.


« Même si eux sont violents, que nous, on réponde par la violence, on est complètement irresponsables, en fait ! »¹ En quelques mots, Omar Sy a peut-être résumé involontairement l’un des problèmes les plus profonds que révèlent les récentes manifestations. L’intention est compréhensible : entendre la souffrance des jeunes plutôt que leur opposer la seule répression. Mais la formulation range sous le même mot deux actes qui ne sont pas nécessairement de même nature : l’agression et la force destinée à l’arrêter.

La police a la légitimité de l’emploi de la force, les manifestants non

Au cours des affrontements, pavés, cocktails Molotov et mortiers d’artifice ont été lancés sur les forces de l’ordre ; en réaction aux propos d’Omar Sy, un représentant d’Alliance évoquait aussi des boules de pétanque et des marteaux. ¹ Cela ne transforme pas l’ensemble des lycéens mobilisés en émeutiers. Mais dès lors que de tels moyens apparaissent, la question devient : comment arrêter une violence réelle sans exercer soi-même aucune force ?

Le maintien de l’ordre n’est ici qu’un cas d’école. Ce qui se joue est plus large : l’action publique tend parfois à être jugée moins à ses effets qu’à la pureté morale apparente de ses moyens. C’est un laboratoire de l’homo moralis : il peut accepter le résultat — l’ordre — tout en récusant les moyens coercitifs sans lesquels celui-ci devient parfois impossible. Il voudrait que l’autorité produise ses effets sans assumer sa nature !

Une force publique peut-elle être inoffensive ?

Toute démocratie libérale impose à sa police des obligations supérieures à celles du particulier. Celui auquel la collectivité confie le droit d’user de la force doit en rendre compte. La force publique n’est légitime ni parce qu’elle porte un uniforme ni parce qu’elle invoque l’ordre : elle l’est lorsqu’elle demeure nécessaire, proportionnée et encadrée par le droit.

Mais contrôler la force n’est pas la délégitimer.

Le 7 octobre sur RTL, Laurent Nuñez rapportait qu’Emmanuel Macron avait demandé « un peu plus de pédagogie » et de « l’empathie » envers les jeunes mobilisés, tout en rappelant la nécessité de maintenir l’ordre « avec la plus grande proportionnalité ». Onze jours plus tard, après les graves violences du 17 octobre, le chef de l’État promettait d’être « intraitable » envers les casseurs et « tous ceux qui se livrent à des violences ».²

On pourrait n’y voir que l’habituel « en même temps » du pouvoir. Ces exigences ne sont pas contradictoires en elles-mêmes. Elles révèlent pourtant toute la difficulté de notre rapport à l’autorité : nous voulons une police assez ferme pour empêcher les violences, mais nous supportons de plus en plus mal les conséquences physiques de la contrainte qu’il lui faut parfois exercer.

Il est facile d’exiger que le policier protège le manifestant pacifique, empêche le pillage, interpelle le casseur et mette ses collègues à l’abri. Il est plus difficile de préciser comment il doit tout accomplir lorsque des individus viennent au contact. C’est ici que commence le tragique politique : non pas le choix entre le Bien et le Mal, mais entre plusieurs risques dont aucun n’est moralement satisfaisant.

Lens : le cas qu’on ne peut pas esquiver

Au 5 octobre, Matignon faisait état de 215 élèves, 85 personnels éducatifs et 715 policiers et gendarmes blessés depuis le début du mouvement. ³ Ces chiffres interdisent les récits à sens unique, dans un sens comme dans l’autre. Il serait trop commode de ne parler que des policiers blessés.

Ce même 5 octobre, à Lens, un lycéen de 15 ans a perdu une main après l’explosion d’une grenade policière. Selon le procureur de Béthune, tous les témoignages alors recueillis sauf un convergeaient vers une grenade ayant atterri au sol avant qu’un manifestant ne s’en saisisse. L’adolescent conteste cette version, nie avoir ramassé l’engin ainsi que toute participation à des violences ; sa famille s’est constituée partie civile. Le procureur précisait qu’aucune vidéo alors à la disposition des enquêteurs ne permettait de visualiser l’explosion. ⁴

Ce cas ne réfute pas la distinction entre violence et force légitime. Il oblige à l’appliquer. Si l’enquête établit que l’emploi de l’arme était injustifié, inadapté ou disproportionné, alors la force publique aura franchi la limite qui fonde sa légitimité. Une théorie de la force incapable d’aboutir à cette conclusion lorsqu’un abus est établi ne serait qu’un plaidoyer policier. Mais la gravité d’une blessure ne suffit pas, à elle seule, à démontrer l’illégitimité de tout moyen susceptible de la produire. Au 13 octobre, 36 enquêtes avaient été ouvertes par l’IGPN pour des violences présumées, dont quatre concernant des blessures mutilantes et six des blessures significatives. ⁵ Elles justifient pleinement le contrôle ; elles ne sauraient tenir lieu de verdict.

Des mineurs, donc une exigence supplémentaire

Entre le 28 septembre et le 8 octobre, le ministère de la Justice avait recensé 6 877 gardes à vue ; 86 % concernaient des mineurs et 2 376 personnes faisaient l’objet de poursuites. ⁶ Un adolescent n’est pas un adulte miniature: son âge, son discernement et sa vulnérabilité doivent compter. Mais être mineur n’abolit ni la capacité physique de nuire ni la responsabilité attachée à certains actes. L’âge augmente l’exigence de précaution ; il ne transforme pas la violence en innocence. Traiter des adolescents exactement comme des adultes aguerris serait une faute. Leur âge ne peut pas davantage interdire toute intervention lorsqu’ils mettent autrui en danger. La politique commence lorsque ces deux vérités doivent être tenues ensemble.

Le policier est spontanément considéré comme un sujet pleinement responsable. On examine son geste, son arme, sa position, la distance, les consignes reçues, les secondes qui précèdent son intervention. Rien d’anormal à cela : il représente l’institution et dispose d’un pouvoir particulier. Celui qui lui fait face est plus volontiers replacé dans une chaîne causale : son âge, son milieu, sa colère, le manque de moyens de son lycée, son sentiment d’injustice, la violence sociale ou « institutionnelle » dont il estime être victime. Pris séparément, aucun de ces deux regards n’est absurde. L’erreur commence lorsqu’ils deviennent exclusifs : l’un demeure auteur de ses actes malgré le contexte ; l’autre tend à devenir produit de son contexte malgré ses actes.

Cette distribution asymétrique de la responsabilité est caractéristique de l’homo moralis. Plus un acteur occupe la position morale du dominé, plus ses actes tendent à être expliqués. Plus un acteur incarne l’institution, plus les siens tendent à lui être imputés indépendamment de ce qui les a précédés.

Chez l’un, le contexte explique l’acte ; chez l’autre, l’acte tend à effacer le contexte.

Comprendre les déterminants d’un comportement reste indispensable. Mais l’explication causale ne dissout pas la responsabilité. On peut rechercher les causes sociales d’une violence et en maintenir l’auteur responsable, comme exiger d’un policier une responsabilité supérieure tout en reconnaissant le danger, l’incertitude et les contraintes de son action.

La caméra commence souvent au deuxième geste

À cette asymétrie morale s’ajoute une asymétrie visuelle. Une grenade qui part, un manifestant tombe, un policier qui charge ou une matraque qui s’abat sont des images qui ont un auteur et une victime immédiatement identifiables ; elles sont faites pour les réseaux sociaux. Ce qui précède est souvent moins photogénique. Un projectile est parti d’un groupe. Une ligne policière a été attaquée. Une sommation est restée sans effet. Un mouvement de foule s’est formé hors champ, etc… Parfois, rien de tout cela n’a eu lieu et le geste policier était injustifié. Mais bien souvent cela a eu lieu — et la séquence vidéo commence malgré tout quelques secondes trop tard. La caméra saisit beaucoup mieux le projectile policier qui arrive sur le manifestant en colère que le pavé qui a rendu le tir nécessaire. Et une partie de notre morale publique possède la même focale.

Le 17 octobre en a fourni une illustration saisissante. À Paris, le cortège autorisé progressait tranquillement vers la place de Clichy tandis que, place de la République, se déroulaient de violents affrontements. Le Monde décrit des centaines de personnes faisant pleuvoir pavés, cocktails Molotov et mortiers d’artifice sur les forces de l’ordre ; le même reportage fait également état de critiques visant certains usages policiers de la force.⁷ Ces réalités simultanées rendent le montage moral « agresseur/victime » moins confortable qu’une vidéo de vingt secondes. La question sérieuse n’est donc pas seulement de savoir qui a souffert. Elle est de reconstituer ce qui s’est passé avant, pendant et après.

Entre la matraque et le pistolet

Les armes dites de force intermédiaire existent précisément pour occuper l’espace entre la simple injonction et une force potentiellement létale. Elles peuvent provoquer des blessures graves ; leurs règles d’emploi doivent donc être discutées.

Mais supprimer une arme du raisonnement ne supprime pas la situation. Face à un cocktail Molotov, que reste-t-il au policier ? Reculer ? Venir au contact ? Employer un moyen de dispersion ? Attendre que le danger justifie une force plus lourde ?

Un moyen totalement incapable de faire mal sera parfois également incapable d’arrêter celui qui veut faire mal. Aucune réponse n’est gratuite. Cela ne justifie aucun usage par avance ; cela signifie seulement qu’il n’existe pas toujours de solution permettant à la fois d’arrêter la violence, protéger tous les protagonistes, préserver l’ordre, ne blesser personne et ne contraindre personne. Refuser le tragique, c’est croire que cette solution existe toujours.

Lorsque l’exigence légitime d’une police responsable se transforme en exigence impossible d’une police inoffensive, lorsque l’impuissance devient une vertu, nos autorités se retrouvent face à un problème insoluble. Nous voulons alors les résultats de l’autorité tout en récusant ce qui permet matériellement de les obtenir : empêcher le pillage sans repousser, arrêter sans immobiliser, disperser sans contraindre, neutraliser sans risquer de blesser ! L’impuissance acquiert ainsi une étrange supériorité morale. Celui qui n’agit pas ne produit pas lui-même l’image choquante. Les conséquences de son abstention sont diffuses, retardées, moins facilement imputables. Le commerce pillé, le policier blessé ou le bâtiment incendié n’ont pas nécessairement un instant unique que l’on puisse isoler et juger. Le coup de matraque, lui, possède son ralenti.

C’est peut-être là que se révèle le mieux le fétichisme de l’impuissance. L’homo moralis ne préfère pas nécessairement le désordre à l’ordre. Il préfère parfois ne pas être moralement comptable des moyens par lesquels l’ordre est obtenu. L’abstention devient alors plus confortable que la responsabilité de l’action — même lorsque son coût sera payé par d’autres.

Une démocratie libérale doit refuser les deux facilités. Une police à laquelle on accorderait un blanc-seing serait une menace pour la liberté. Une police que la crainte de toute conséquence rendrait incapable d’exercer la contrainte cesserait de pouvoir la protéger. L’État de droit n’est pas l’État sans force. Il est celui qui oblige la force à se justifier. À vouloir moralement purifier l’État de toute contrainte, on ne supprime pas la violence. On retire du terrain la force qui doit rendre des comptes, et l’on laisse davantage de place à celle qui ne demande l’autorisation à personne.


1. RTL, journal de 12 h 30, 15 octobre 2026 : diffusion d’un extrait de l’entretien d’Omar Sy avec Anne-Sophie Lapix pour M6 ; dans le même journal, réaction d’un délégué national d’Alliance Police nationale évoquant cocktails Molotov, mortiers d’artifice, boules de pétanque et marteaux. Dailymotion

2. Laurent Nuñez, entretien sur RTL, 7 octobre 2026 ; Emmanuel Macron, allocution du 18 octobre 2026. Nuñez rapporte la demande présidentielle de davantage de pédagogie, d’empathie et de proportionnalité ; après le 17 octobre, Macron promet d’être « intraitable » envers les casseurs et auteurs de violences. RTL.fr ; Lemonde.fr

3. Le Monde, 5 octobre 2026 : bilan communiqué par l’entourage du premier ministre après une réunion interministérielle — 215 élèves, 85 personnels éducatifs et 715 policiers et gendarmes blessés. Le Monde.fr

4. Affaire de Lens : déclaration du procureur de Béthune du 9 octobre ; contestation de cette version par le lycéen et sa défense le 10 octobre ; constitution de partie civile annoncée le 14 octobre. Le parquet précisait alors ne disposer d’aucune vidéo permettant de visualiser l’explosion. leparisien.fr du 9 octobre 2026 ; leparisien.fr du 10 octobre 2026 ; leparisien.fr du 14 octobre 2026.

5. Audition de Laurent Nuñez devant la commission des lois du Sénat, 13 octobre 2026 : 36 enquêtes IGPN, dont quatre concernant des blessures mutilantes et six des blessures significatives. Le Monde.fr

6. Ministère de la Justice, bilan arrêté au 8 octobre 2026 : 6 877 personnes placées en garde à vue, dont 86 % de mineurs ; 2 376 personnes faisant l’objet de poursuites. Ministère de la justice

7. Le Monde, 17-18 octobre 2026 : départ du cortège parisien vers la place de Clichy dans une ambiance sereine ; affrontements parallèles autour de la place de la République, avec jets de pavés, cocktails Molotov et mortiers d’artifice, ainsi que critiques formulées contre certains usages policiers de la force. Le Monde.fr

En préférant la massification à la démocratisation, l’école de la République a désespéré notre jeunesse

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© Bob Reijnders/ZUMA/SIPA

Crise des lycées. L’exaspération et la violence sont le seul exutoire de toute une jeunesse à qui on a voulu faire croire que les hautes études universitaires étaient accessibles à tous.


En préférant la massification à la démocratisation, l’école de la République a désespéré notre jeunesse. Aujourd’hui, moins de 20 % des jeunes sortent sans le baccalauréat contre 70 % en 1985. Il y a une quarantaine d’années, seulement trois jeunes sur dix avaient ce diplôme alors que neuf sur dix obtiennent aujourd’hui sa version frelatée. Cela correspond à l’objectif fixé par le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Pierre Chevènement, en 1985 : « lutter contre l’illettrisme et garantir un socle commun de connaissances ». La volonté était alors d’assurer une égalité d’accès à l’éducation et de réduire le chômage en « fabriquant » 80 % de bacheliers au sein d’une même génération.

Complaisance et mensonge

Lorsque s’est levée la barrière d’une sélection sévère — qui avait cependant la vertu de permettre à l’enseignement supérieur d’accueillir dignement les lycéens qui avaient eu leur bac —, un nombre considérable d’élèves se sont trouvés précipités dans un système qui n’était pas conçu pour eux. Les différents filtres sélectifs ayant été retirés en amont, l’école devenue complaisante s’est trouvée mise au défi d’instruire des enfants de moins en moins « éduqués » : de l’école, on leur avait donné des représentations confuses et parfois négatives ; du langage, ils n’avaient qu’une maîtrise très approximative ; en guise de repères culturels, ils n’avaient eu que l’éclairage glauque d’une télévision de plus en plus débile ; quant à la médiation familiale, ils n’en avaient souvent connu que le silence, l’indifférence et la passivité.

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Lorsqu’il fut décidé d’ouvrir largement les portes du lycée et de l’enseignement supérieur à quasiment tous les élèves, nous avions de fait pris collectivement l’engagement de les y recevoir dignement et de leur ouvrir les portes d’une vie professionnelle heureuse. Cet engagement ne pouvait être tenu au sein de lycées et d’universités qui avaient été construits pour accueillir des privilégiés préalablement triés. Pour faire face à une hétérogénéité linguistique et culturelle considérable, il eût fallu que l’ensemble du système éducatif, dès la maternelle, se transformât en profondeur dans ses contenus, sa pédagogie, la formation de ses maîtres, ses finalités professionnelles et évidemment dans les conditions matérielles d’enseignement. Il est resté en fait quasiment identique à ce qu’il était il y a trente ans ; même s’il a tenté de donner le change en multipliant des filières qui n’étaient en fait que des voies honteuses de relégation. Notre système éducatif tout entier navigue ainsi depuis des dizaines d’années entre complaisance et indifférence, tentant de maquiller l’échec en abaissant régulièrement ses exigences, mentant à ses élèves comme à leurs parents.

Baccalauréat de pacotille

L’augmentation du nombre d’élèves, la prolongation du temps de scolarisation, l’absence d’un système honorable d’orientation et l’abandon des exigences en matière d’apprentissage des fondamentaux ont donc posé, année après année, à un système éducatif figé, un problème dont la gravité n’a fait que croître jusqu’à menacer aujourd’hui son intégrité. Le constat est aujourd’hui le suivant : si l’école a réussi sa massification, elle a raté sa démocratisation et sa vertu de résilience s’est affaiblie année après année.

Une immense majorité d’élèves obtiennent pourtant un baccalauréat de pacotille dont la plupart ont bien conscience de l’insignifiance. Après un parcours élémentaire au cours duquel le passage au niveau supérieur est la promesse d’un échec aggravé, ils entrent au collège dans l’incapacité de comprendre des textes de disciplines différentes, ils arrivent au lycée sans aucun pouvoir d’analyse et d’argumentation et ils sont admis à l’université sans la moindre culture générale.

Noires perspectives

C’est alors, si tard, que le couperet tombe avec l’échec massif des étudiants de première et deuxième année d’université. En promettant année après année « l’université pour tous », on a ainsi désespéré une jeunesse contrainte d’emprunter des filières sans aucune perspective professionnelle et de vivre, dans des conditions difficiles, un parcours universitaire souvent choisi par défaut.

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Aucun de ceux qui, au début de leur mandat, promettent régulièrement de « métamorphoser » l’école pour la mettre au service d’une plus grande égalité des chances — je dis bien aucun — n’a jamais été capable de se dire : « Je ne verrai certainement pas les effets de mes décisions, et je ne pourrai m’en glorifier ! Mais c’est justement ce qui fait la beauté de la mission à laquelle j’aspire ! ». Dans ce monde où seule compte l’image fabriquée, où l’on ne voit pas plus loin que sa page Facebook ou son compte Twitter, comment espérer que se lève un responsable politique qui comprenne que les changements qui comptent en matière d’éducation et de culture s’inscrivent nécessairement sur plusieurs générations ? Les hommes et les femmes en responsabilité sont bien trop avides de faire voir et de se faire voir pour avoir un peu de discernement et de patience. Tous ces responsables éphémères ont voulu ignorer que la construction d’une École capable de forcer le destin des élèves fragiles pour les conduire aussi loin qu’ils le veulent et le peuvent ne se décrète pas ; elle se modèle avec patience, volonté et courage sur le temps long.

Lorsque 15 % de nos élèves sortent du trop long couloir de l’échec où ils n’ont appris que la frustration, la rancune et le repliement, ils sont promis au ghetto et à l’enfermement. Ils ont finalement renoncé à exercer ce pouvoir propre à l’humain de transformer, quelque peu que ce soit, les autres et eux-mêmes par la force de leur pensée et par l’exercice pacifique de la langue orale et écrite. L’exaspération et la haine sont alors leur seul exutoire. La violence de certains lycéens et étudiants, la désespérance des professeurs se nourrissent aujourd’hui de cet échec différé mais inéluctable et de l’indifférence de responsables qui préfèrent regarder ailleurs, sauf lorsque le monde scolaire s’embrase.


Le regard d’un linguiste sur l’expression « Bismillah c’est les ténèbres »
Peu importe qui a écrit cet oxymore et s’il a ou non une signification ! Ce qui me choque c’est d’invoquer le nom de Dieu à tout propos. On le convoque au début d’un match de foot, en entamant ou en finissant un repas, ou en buvant un verre de thé… on le scande dans une manifestation. Si l’on croit en Dieu, c’est une dilution de sa puissance, une offense à sa dignité, l’affirmation d’une ignorance crasse et une marque identitaire exhibée à peu de frais. Quand donc comprendrez-vous que Dieu – s’il existe – n’a rien à faire de la trivialité des affaires humaines ?
Une religion, cela se mérite. Une élévation spirituelle, cela se construit. Tous ceux qui invoquent en vain le nom de Dieu, ceux-là, sont des mécréants • AB

Stratèges de papier: de la projection cartographique à la projection de puissance

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Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Komlan Edo Dussey, intervient devant l'Assemblée générale de l'ONU dans le cadre de l'initiative "Correct the Map", New York, 25 septembre 2026 © Bianca Otero/ZUMA/SIPA

Mercator contre Equal Earth: choisissez votre carte!


« La carte n’est pas le territoire », selon le célèbre adage du penseur américano-polonais, Alfred Korzybski. Pourtant, maîtriser les représentations cartographiques du monde constitue un enjeu géopolitique dans la mesure où cela permet de renforcer l’idée que telle ou telle nation veut promouvoir de son pouvoir territorial. Une nouvelle projection de la carte du monde vient de focaliser beaucoup de ces tensions politiques liées à la projection de puissance de différentes nations sur le plan géographique.

L’Afrique reprend sa taille

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, le 4 septembre, une résolution recommandant l’utilisation de cartes représentant plus fidèlement la superficie des continents. Porté par le Togo et soutenu par l’Union africaine, le texte a recueilli 164 voix contre une, celle des États-Unis, et six abstentions. Il promeut notamment la projection « Equal Earth », créée en 2018, sur laquelle l’Afrique apparaît dans ses véritables proportions. La résolution, non contraignante, vise surtout les écoles, les institutions publiques et les médias ; elle ne remet pas en cause l’utilisation de Mercator pour la navigation. 

La polémique repose sur le fait incontestable que sur les planisphères utilisant la projection de Mercator, l’Afrique paraît beaucoup plus petite qu’elle ne l’est. Le Groenland semble presque aussi vaste qu’elle, alors que le continent africain est en réalité quatorze fois plus grand. L’Europe, la Russie et l’Amérique du Nord apparaissent également surdimensionnées.

Cette déformation ne résulte toutefois pas nécessairement d’une volonté de rabaisser l’Afrique. La Terre étant sphérique, il est impossible de représenter sa surface sur un plan sans altérer les superficies, les formes, les distances ou les directions. Toute carte du monde est donc un compromis entre plusieurs exigences incompatibles.

Conçue en 1569 par le cartographe flamand Mercator, la projection qui porte son nom répondait avant tout aux besoins des navigateurs. Elle conserve localement les angles et permet de représenter une route suivie à cap constant par une ligne droite. En revanche, elle agrandit progressivement les territoires à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. L’Afrique équatoriale conserve à peu près ses proportions tandis que le Groenland, le Canada, l’Europe du Nord et la Russie sont fortement dilatés.

La projection Equal Earth poursuit un objectif différent. Elle respecte les rapports de superficie entre les États et les continents et un territoire deux fois plus vaste qu’un autre occupe effectivement une surface deux fois plus grande sur la carte. Ce choix technique répond aussi à un objectif politique assumé. Ses promoteurs estiment que la représentation habituelle du monde a contribué à exagérer visuellement l’importance du Nord et à minimiser celle de l’Afrique. Rétablir les superficies réelles permettrait donc de corriger une perception héritée de plusieurs siècles de domination européenne…

Mais cette carte a elle aussi un prix. Pour préserver les superficies, Equal Earth déforme les contours, les angles, les distances et les directions, particulièrement aux extrémités du planisphère. Une route à cap constant n’y apparaît plus nécessairement comme une ligne droite. Elle est donc moins adaptée à la navigation et ne restitue pas exactement la forme des territoires.

La nouvelle carte n’est donc pas plus « vraie » en tout point que celle de Mercator. Elle est plus exacte pour comparer la superficie des continents, tandis que Mercator demeure plus performante pour représenter les angles et les directions. Il n’existe pas de carte parfaite et nous disposons uniquement des projections adaptées à des usages différents. Le choix d’un planisphère dit ainsi moins ce qu’est le monde que ce que l’on souhaite y observer.

Une question de couleurs

L’adoption de cette proposition par l’ONU peut être considérée comme une forme de revanche postcoloniale ou même « décoloniale ». Le seul pays ayant voté contre, les États-Unis, y a vu une façon de renforcer l’argument des pays africains qui exigent que les pays occidentaux leur versent des sommes d’argent pharamineuses pour compenser le colonialisme ou les effets du réchauffement climatique. Une représentante américaine, Yaryna Ferencevych, a dénoncé une tentative pour « promouvoir les réparations et la « justice cognitive » » (la justice cognitive étant la théorie anticoloniale selon laquelle la science occidentale n’est qu’une forme de savoir parmi d’autres qui se valent toutes). Pour d’autres commentateurs, l’adoption de la nouvelle projection a l’inconvénient d’encourager les dirigeants de certains pays africains à se plaindre des puissances étrangères plutôt que de faire de vrais efforts pour améliorer leur économie et le niveau de vie de leurs citoyens.

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Si la projection Equal Earth modifie les dimensions respectives des masses terrestres, elle ne représente ni ne modifie les frontières politiques. Or, un site web lancé et entretenu par un des créateurs de la nouvelle projection a ajouté ces frontières et colorié les différents territoires nationaux – parfois hâtivement, créant ainsi des quiproquos qui ont donné lieu à de nouvelles tensions. L’Ukraine, qui s’est abstenu lors du vote à l’ONU, a déposé une plainte parce que la Crimée, occupée par la Russie depuis 2014, avait une couleur différente de celle du reste de l’Ukraine. Selon les autorités ukrainiennes, Equal Earth aurait « ouvert une boite de Pandore » en violant la charte de l’ONU et le droit international. Le Japon, qui avait voté en faveur de l’adoption, a protesté par la suite car la version colorée d’Equal Earth montrait les Îles Kouriles, un archipel dans la mer d’Okhotsk, avec la même couleur que la Russie. Certaines de ces îles font l’objet d’une dispute entre les deux pays depuis leur occupation par les Soviétiques en 1945. La situation s’est envenimée au mois d’août quand Vladimir Poutine a fait une visite surprise aux îles, suscitant une condamnation de la part de la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi. La plainte du Japon a souligné le besoin qu’a le pays « d’empêcher la propagation d’idées fausses sur nos territoires et noms géographiques ».

Impérialisme, blagues et incompétence

Cette mainmise sur les noms géographiques est liée aux ambitions d’expansion territoriale de Donald Trump, depuis le début de son mandat actuel. En janvier 2025, le président a décrété que le golfe du Mexique s’appellerait désormais le « golfe d’Amérique ». Les cartes du gouvernement fédéral ont adopté la modification, ainsi que certains services de géolocalisation numérique. Le National Maritime Museum of the Gulf of Mexico, dans l’Alabama, qui venait de dépenser presque $100 000 pour se donner une nouvelle image de marque, a été obligé, pour limiter les dégâts financiers, d’abréger son nom de manière un peu absurde, devenant le « National Maritime Museum of the Gulf ».

Le président américain a récidivé en septembre, après l’échec, fin août, des négociations commerciales entre les États-Unis et le Canada. Il a décrété que, pour le gouvernement fédéral, le lac Ontario s’appellerait désormais « Lake America », modification qui a été rejetée sans façon par les autorités canadiennes. Cette dualité onomastique a créé un dilemme pour les services de géolocalisation qui l’ont surmonté de la manière suivante. Google Maps, suivi par Apple Maps (« Plans » en français) qui a subi la pression de Trump, montre « Lake America » aux utilisateurs situés aux États-Unis et « Lake Ontario » à ceux qui se trouvent au Canada. Pour les autres, comme les Français, le lac est étiqueté « Ontario » au nord de la frontière qui le divise et, entre parenthèses, « lac d’Amérique » au sud. Le comté de l’État de New York qui longe le lac, Oswego, a décidé de garder le nom d’origine, citant le coût pour le contribuable de changer tous ses documents et panneaux de signalisation. Le peuple autochtone des Sénécas a contesté la modification, car le nom prend son origine dans sa langue traditionnelle. D’ailleurs, toute la région constituerait un territoire appartenant, non au Canada ou aux États-Unis, mais aux autochtones. Il existe un précédent pour un tel duel cartographique : le golfe Persique est ainsi appelé officiellement par l’ONU, l’Iran et les pays occidentaux, mais les États arabes avoisinants l’appellent « le golfe Arabe » et voudraient faire adopter ce nom par le reste du monde.

Toujours en septembre, Trump a créé d’autres remous en postant sur sa plateforme, Truth Social, une carte où l’on voyait un drapeau américain qui s’étendait non seulement sur le territoire des États-Unis mais aussi sur celui du Panama, du Mexique, des Caraïbes, du Canada, du Groenland et de l’Islande. Les Islandais étaient si furieux que le gouvernement a convoqué l’ambassadeur des États-Unis pour protester. Le post du président ne représentait peut-être qu’une blague de sa part, mais c’était aussi une provocation avec une dimension sérieuse. Car cette projection de l’hégémonie américaine correspond à une doctrine stratégique appelée « défense hémisphérique », doctrine selon laquelle c’est seulement en disposant de ces territoires sur le plan militaire que l’Oncle Sam pourra garantir sa sécurité face aux menaces en provenance du reste du monde. Un universitaire islandais a riposté avec sa propre blague : la même carte recouverte par le drapeau islandais.

Enfin, si les pays en développement soupçonnaient l’administration américaine de faire preuve de mépris à leur égard, ils ont cru en trouver la preuve au mois de juillet. Lors de la conférence annuelle consacrée au sida, « AIDS 2026 », qui avait lieu à Rio de Janeiro, une présentation préparée par le Département d’État américain, l’équivalent du ministère des Affaires étrangères, a été partagée sur LinkedIn. Elle montrait un certain nombre de pays africains dans des endroits géographiques qui ne correspondent nullement à leur localisation réelle. Le Nigéria, par exemple, se trouvait au milieu du désert du Sahara, tandis que la Côte d’Ivoire était envoyée à l’est du continent, au lieu de l’ouest. Le Cameroun avait simplement disparu. La carte, préparée à la hâte avec l’aide d’OpenAI, a été qualifiée d’« erreur malheureuse » par les autorités américaines qui l’ont rapidement corrigée. Une démonstration parfaite de l’idée que la carte n’est pas le territoire mais aussi de celle que les batailles territoriales ont lieu aussi sur les cartes.

Flávio Bolsonaro mettra-t-il Lula à la retraite?

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Le candidat de droite Flavio Bolsonaro (au premier plan) et derrière lui le président de gauche sortant Luiz Inácio Lula da Silva, Sao Paolo, 18 octobre 2026 © Aloisio Mauricio/Fotoarena/Sipa USA/SIPA

Le débat Lula–Flávio Bolsonaro sur la chaîne Band a offert aux téléspectateurs un pugilat révélateur d’un Brésil plus clivé que jamais. Les deux adversaires politiques débattront une nouvelle fois vendredi, sur TV Globo, juste avant le second tour.


À six jours du second tour de l’élection présidentielle, Flávio Bolsonaro conserve une courte avance dans la plupart des sondages face au président sortant Lula. Encore difficilement imaginable quelques semaines auparavant, sa victoire consacrerait moins une simple alternance qu’un retour dynastique : celui d’un bolsonarisme capable de survivre politiquement à son fondateur et de s’inscrire durablement dans l’histoire du Brésil moderne…

Le verdict du premier tour a déjoué la plupart des pronostics. Avec 47 % des suffrages, le sénateur Flávio Bolsonaro, 45 ans, candidat du Parti libéral et représentant d’une droite conservatrice décomplexée, a devancé de deux points Luiz Inácio Lula da Silva. À 80 ans, l’ancien syndicaliste de la métallurgie brigue un quatrième mandat non consécutif et dispute sa septième élection présidentielle. Une longévité politique exceptionnelle, qui fait de lui tout à la fois un monument national et, aux yeux de ses adversaires, le symbole d’un système usé jusqu’à la corde, irrémédiablement corrompu et devenu incapable de concevoir sa propre sortie de scène. Dans l’entre-deux-tours, trois candidats éliminés, Augusto Cury, Ronaldo Caiado et Romeu Zema, issus de la droite ou du centre droit, ont apporté leur soutien au fils de Jair Bolsonaro. Ensemble, ils avaient recueilli un peu plus de 5 % des suffrages. Mais, dans un scrutin aussi serré, la logique arithmétique des ralliements ne suffira pas nécessairement.

Le premier grand débat de l’entre-deux-tours, organisé dimanche 18 octobre par la chaîne Band à São Paulo, était donc attendu comme un possible tournant. Il n’a finalement départagé ni les hommes ni les projets. Il a surtout offert le spectacle, brutal et parfois burlesque, d’un Brésil plus clivé que jamais, devenu presque incapable de se parler à lui-même. D’un côté, Lula défend l’intervention sociale de l’État, la protection des catégories populaires et une souveraineté nationale méfiante envers les injonctions du puissant voisin états-unien. De l’autre, Flávio Bolsonaro capitalise sur l’insécurité, le rejet viscéral de la gauche et du Parti des travailleurs, la défiance envers un État jugé dispendieux et l’usure d’un président qui appartient à la vie politique brésilienne depuis près d’un demi-siècle.

Une confrontation physique et agressive

Le format retenu par Band autorisait les candidats à circuler librement sur le plateau et à gérer une partie de leur temps de parole. Cette liberté scénographique a rapidement transformé le débat en une confrontation corporelle, où la manière d’occuper l’espace comptait presque autant que les arguments échangés.

Flávio Bolsonaro s’est régulièrement placé derrière Lula, multipliant les mimiques, les sourires sarcastiques et les signes de dénégation pendant que son adversaire s’adressait aux téléspectateurs. La stratégie rappelait, toutes proportions gardées, celle de Donald Trump rôdant derrière Hillary Clinton lors d’un débat de la campagne présidentielle américaine de 2016. Lula a parfois éprouvé les plus grandes difficultés à dissimuler son irritation. Il a traité son adversaire de « menteur invétéré », de « voyou » et de « clown », tandis que Flávio Bolsonaro lui prédisait que « le Brésil allait le mettre à la retraite ».

Le moment le plus spectaculaire de la soirée survint lorsque Lula s’éloigna ostensiblement de Flávio Bolsonaro en déclarant vouloir rester à distance d’un « milicien ». Il faisait ainsi allusion aux liens supposés du clan Bolsonaro avec les groupes para-policiers qui exercent leur emprise sur certains quartiers populaires de Rio de Janeiro. Le fils de Jair Bolsonaro répliqua en évoquant le risque de se faire voler son portefeuille, avant de montrer le mot « corrompu » inscrit dans la paume de sa main.

La corruption, principal champ de bataille

La corruption et les soupçons visant les deux familles ont constitué le véritable cœur du face-à-face. Flávio Bolsonaro a interrogé le président sur son fils, Fábio Luís Lula da Silva, dit « Lulinha », cité dans plusieurs affaires présumées, ainsi que sur les fraudes affectant l’Institut national de sécurité sociale. Lula lui a répondu que son fils ne devait bénéficier d’aucune protection s’il avait commis des infractions. Le président sortant a aussitôt contre-attaqué en évoquant une enquête relative au financement d’un projet de film consacré à Jair Bolsonaro et les controverses financières entourant son adversaire. Il a finalement proposé que les deux candidats rendent publics leurs relevés bancaires et téléphoniques afin que le pays puisse découvrir, selon sa propre formule, « qui est le voleur ».

Le duel révélait ainsi une vulnérabilité commune. Lula demeure exposé à l’évocation de ses anciennes condamnations pour corruption, annulées pour des motifs de procédure et de compétence juridictionnelle, mais dont l’empreinte politique n’a jamais complètement disparu. S’y ajoute le souvenir des immenses scandales ayant marqué les années de pouvoir du Parti des travailleurs, du Mensalão de 2005, vaste système de mensualités occultes versées à des parlementaires alliés afin de garantir leur soutien aux projets du gouvernement Lula, jusqu’au séisme provoqué par l’opération Lava Jato. Lancée en 2014, cette dernière mit au jour un système de marchés surfacturés et de commissions occultes organisé autour de la compagnie pétrolière publique Petrobras, impliquant de grandes entreprises et des responsables de plusieurs partis, dont le PT. Flávio Bolsonaro, de son côté, prétend incarner la rupture tout en portant un patronyme devenu indissociable des controverses judiciaires, financières et institutionnelles de sa propre famille.

Sécurité : la guerre ou la coordination

Si les attaques personnelles ont souvent étouffé le débat d’idées, la question de la sécurité publique a cependant fait apparaître une différence politique nettement identifiable. Flávio Bolsonaro a promis de déclarer la « guerre au narcoterrorisme » et de faire reconnaître les principales factions criminelles comme des organisations terroristes ou narcoterroristes. Lula a défendu une approche plus fédérale et institutionnelle. Il a mis en avant son projet de réforme constitutionnelle de la sécurité publique afin d’améliorer la coordination entre le gouvernement central, les États et les différentes forces de police. Là où Flávio Bolsonaro parle de guerre, le président sortant invoque la coopération. Là où le premier promet une démonstration d’autorité, le second propose une réorganisation des compétences.

Le discours sécuritaire de Flávio Bolsonaro rencontre une réalité plus contradictoire que ne le suggèrent ses formules martiales. Le Brésil a certes encore enregistré 40 775 morts violentes intentionnelles en 2025, soit près de 112 par jour, mais ce total a diminué de 8 % en un an et atteint son niveau le plus faible depuis 2012. La peur ne repose pourtant pas sur une simple illusion statistique. Plus de quatre Brésiliens sur dix âgés de 16 ans et plus déclarent percevoir la présence de factions criminelles ou de milices dans leur quartier, tandis que 6 602 personnes ont été tuées par les forces de l’ordre, soit environ une mort violente sur six. À cette emprise territoriale s’ajoute un système pénitentiaire proche de l’asphyxie : le pays compte près de 965 000 détenus pour moins de 680 000 places. Le paradoxe est saisissant. La violence létale recule globalement au Brésil, mais des dizaines de millions de ses habitants déclarent vivre dans des quartiers où le crime organisé exerce une influence quotidienne, au sein d’un État qui emprisonne beaucoup sans toujours parvenir à restaurer son autorité.

Économie : la « tronçonneuse » contre l’État protecteur

Flávio Bolsonaro a concentré ses attaques sur la dette, le niveau des dépenses publiques et le coût de la vie. Il a accusé le gouvernement de multiplier les mesures sociales à quelques jours du scrutin afin de s’assurer politiquement sa réélection. À l’entendre, Lula serait devenu le représentant d’un État à la fois obèse et impuissant, capable de dépenser toujours davantage sans améliorer sensiblement le quotidien des Brésiliens. Le président sortant a répondu en agitant le spectre d’une politique de coupes budgétaires inspirée de la « tronçonneuse » de Javier Milei. Le président argentin est devenu l’une des principales références des droites libérales et libertariennes du continent sud-américain, tout autant qu’un repoussoir commode pour les gauches régionales. Lula a opposé à ce modèle les investissements destinés aux petits entrepreneurs, les politiques de soutien aux ménages et l’abandon de la semaine de travail dite « 6×1 », qui impose six jours travaillés pour un seul jour de repos.

L’économie brésilienne continue pourtant de croître, portée notamment par la puissance exportatrice du pays et le niveau relativement élevé des cours mondiaux des matières premières. Mais les indicateurs macroéconomiques ne se transforment pas automatiquement en satisfaction politique. Pour de nombreux ménages, l’embellie statistique demeure abstraite face au prix de l’alimentation, au coût du logement, à l’endettement et au sentiment de déclassement.

Le père absent, omniprésent

Absent du plateau, Jair Bolsonaro n’en demeure pas moins le troisième homme de cette présidentielle. Condamné à vingt-sept ans et trois mois de prison pour son rôle dirigeant dans l’entreprise de subversion institutionnelle ayant suivi sa défaite de 2022 et culminé avec l’invasion des sièges des « trois pouvoirs » à Brasília, le 8 janvier 2023, l’ancien président purge désormais sa peine à son domicile, selon un régime humanitaire justifié par son état de santé. Sa défense a engagé une procédure extraordinaire de révision de sa condamnation, mais celle-ci ne doit être examinée par la Cour suprême qu’après l’élection présidentielle. Enfermé mais politiquement omniprésent, Jair Bolsonaro observe désormais son fils tenter d’accomplir dans les urnes la revanche familiale que lui-même ne peut plus conduire. Le bolsonarisme n’est déjà plus seulement un courant politique : il tend à devenir une entreprise familiale de conquête du pouvoir. Tandis que Flávio vise la présidence, Michelle et Carlos Bolsonaro ont été élus au Sénat, tandis que Jair Renan et Renato Bolsonaro entreront à la Chambre des députés.

Deux candidats, deux Brésils

Il serait hasardeux de désigner un vainqueur incontestable au terme de ce débat. Flávio Bolsonaro en a imposé le rythme, mais pas nécessairement la stature. Il est apparu combatif, confiant et maître de sa stratégie ; son insolence et ses provocations ont également pu le faire passer pour un héritier encore insuffisamment présidentiel. Lula a revendiqué l’expérience de l’État, la protection des plus fragiles et l’indépendance de la nation. Mais il n’est pas toujours parvenu à se maintenir au-dessus de la mêlée. En cédant à l’irritation, il s’est parfois laissé entraîner sur le terrain choisi par son adversaire, celui du pugilat et de la revanche personnelle.

Surtout, aucun des deux hommes n’a véritablement tenté de réparer la fracture brésilienne. Chacun s’est adressé à son propre pays. À Flávio Bolsonaro, le Brésil de l’ordre, de la sanction, des Églises évangéliques et de la revanche contre la gauche affairiste et corrompue ; À Lula, celui de la protection sociale, de la mémoire ouvrière, du Nordeste et de la souveraineté nationale. Le vieux dirigeant s’affiche également en porte-voix du Sud global et en figure historique des BRICS, défenseur d’un monde multipolaire face à l’hégémonie américaine.

Le prochain sondage Datafolha, baromètre très suivi de la vie électorale brésilienne, doit être publié jeudi 22 octobre. Réalisé entièrement après l’émission, il permettra d’en mesurer les premiers effets sur le rapport de forces. Un dernier face-à-face entre les deux finalistes est annoncé vendredi 23 octobre sur TV Globo, à seulement deux jours d’un scrutin qui s’annonce déjà historique et décisif pour l’avenir de ce pays-continent.

Le nouvel ISF du Rassemblement national: qui sera vraiment concerné? 

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Le rassemblement national réfléchit à un nouvel impôt pour remplacer l'IFI.
French far-right party Rassemblement National (RN) MP and National Assembly Vice-President Sebastien Chenu chairs a session as part of the French far-right Rassemblement National (RN) party's parliamentary initiative day, known as a "niche parlementaire", during which a political group at the French National Assembly sets the agenda and puts forward bills for debate, in Paris on October 8, 2026.//ACCORSINIJEANNE_RNAN.008/Credit:Jeanne Accorsini /SIPA/2610091032

Dans le cadre des débats budgétaires, le Rassemblement national remet sur la table sa réforme de la fiscalité du patrimoine. Par la voix de Sébastien Chenu, le parti prône le remplacement de l’IFI par un « Impôt sur la Fortune Financière » ciblant les 1 % les plus aisés. Derrière la promesse d’épargner les propriétaires immobiliers, comment fonctionnerait ce nouvel ISF à la sauce RN ?


Le retour de l’impôt sur la fortune (financière), version RN

Alors que les arbitrages fiscaux font rage à l’Assemblée nationale, le Rassemblement national entend imprimer sa marque sur la taxation des plus hauts patrimoines. Invité à préciser les propositions du parti, Sébastien Chenu a réaffirmé la volonté du mouvement d’installer un « Impôt sur la Fortune Financière » (IFF). Un dispositif directement pensé comme un substitut à l’actuel Impôt sur la Fortune Immobilière (IFI) créé lors du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, précise Capital.

«Je considère qu’il est juste que dans une situation aussi difficile que celle que nous vivons, avec des classes moyennes et des classes populaires qui souffrent terriblement, que tout le monde fasse un effort», avait d’ailleurs déclaré Marine Le Pen dans l’émission Objectif Elysée 2027, diffusée sur CNews. 

Qui serait concrètement ciblé par cet impôt sur la fortune financière ?

Dans le détail, la mesure avancée par le RN entend se concentrer sur les détenteurs de gros portefeuilles d’actifs financiers.

  • Les contribuables visés : Selon les déclarations de Sébastien Chenu, ce nouvel ISF ne toucherait que les 1 % des Français les plus aisés, en fixant un seuil de déclenchement élevé sur la valeur des avoirs financiers. En pratique, soulignent encore nos confrères, cela concerne donc celles et ceux dont le patrimoine excède 1,3 millions d’euros.
  • Ce qui entrerait dans l’assiette fiscale : Les actions, obligations, comptes-titres, placements spéculatifs et produits financiers complexes détenus par les particuliers, indique l’institut Montaigne.
  • Ce qui en serait totalement exonéré : La résidence principale, l’immobilier locatif, mais aussi les biens immobiliers et outils de travail des entreprises familiales et des indépendants.

Pour le Rassemblement national, il s’agit d’encourager l’investissement dans la pierre et l’économie réelle en pénalisant uniquement le capital dit « volatil » ou délocalisable.

A lire aussi : Égalité de tous devant l’impôt: l’autre séparatisme

Stratégie politique : entre justice sociale et piège économique

En ressuscitant le terme et le principe de l’ISF sous une forme financière, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella poursuit un double objectif politique. D’un côté, disputer à la gauche le terrain de la justice fiscale auprès des classes populaires et moyennes étouffées par l’inflation. De l’autre, donner un signal d’apaisement aux propriétaires ruraux et périurbains qui se sentent souvent punis par la fiscalité immobilière traditionnelle.

Reste que la mesure suscite de fortes réserves chez les économistes et l’opposition libérale. La taxation spécifique des seuls actifs financiers comporte un risque documenté d’évitement fiscal et de fuite des capitaux vers des juridictions étrangères plus clémentes. En voulant préserver la pierre tout en surtaxant le capital productif, le RN s’expose à la critique d’un dispositif difficile à recouvrer sans affaiblir l’attractivité financière du pays.

Violences du 17 octobre : couvre-feux localisés annoncés, ce que l’on sait zone par zone

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Sébastien Lecornu a récemment annoncé des couvre-feux localisés après les manifestations du 17 octobre 2026.
France's Prime Minister Sebastien Lecornu, front center, addresses the media after an Interministerial Crisis Meeting at the Interior Ministry in Paris, France, Monday Oct. 19, 2026. (Julien de Rosa/Pool Photo via AP)/DSOB107/26292395163011/POOL PHOTO/2610191304

À la suite des manifestations sauvages et des scènes de chaos enregistrées le 17 octobre, le gouvernement passe à l’offensive. Plutôt que de déclencher l’état d’urgence généralisé, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé aux préfets d’instaurer des couvre-feux ciblés et localisés. Périmètres, règles de circulation et dérogations : le point complet sur les annonces, dans l’attente des arrêtés préfectoraux détaillés attendus cet après-midi. 


[DIRECT / MISE À JOUR] Cet article récapitule l’ensemble des mesures officielles et des déclarations gouvernementales. La liste précise des communes, des quartiers et des horaires exacts sera complétée et mise à jour au fil de la publication des arrêtés par les préfectures au cours de l’après-midi.

Nouvelles annonces, ce lundi à 17h passées : plusieurs nouveaux couvre-feu partiels

Un nouveau couvre-feu sera instauré ce mardi 20 octobre à Paris à compter de 23H, dans les mêmes circonstances que celui mis en place ce lundi 19 octobre.

Le couvre-feu est reconduit également à Lyon, indique Le Monde.

Nouvelles annonces (19h45) : plusieurs couvre-feu partiels instaurés dès ce lundi 19 octobre au soir

Matignon vient d’annoncer de nouveaux couvre-feux, effectifs ce lundi 19 octobre et ce mardi 20 octobre au soir à Lille, Douai, Denain, Wattignies. Ils couvriront les plages horraires de 20h à 6h du matin, indique Le Monde.

Par ailleurs, des couvre-feux sont ausis à prévoir à Paris dans certains quartiers ce lundi (Place Maurice-Quentin, rue Berger de la place maurice-Quentin jusqu’à l’angle du boulevard Sébastopol, passage des Lingères donnant sur la rue Berger, boulevard Sébastopol de l’angle de la rue Berger jusqu’à l’angle de la rue Rambuteau, rue Rambuteau jusqu’à l’angle de l’allée André-Breton et allée André-Breton. Ils seront effectifs à compter de 23h au soir et ce jusqu’à 6h du matin. Il est, de même, interdit de manifester entre 20h et 6h du matin dans la capitale.

A Nice, un couvre-feu est prévu pour les mineurs dans le centre-ville dès 21h ce soir. Il durera jusqu’à mardi 6h du matin, a fait savoir la préfecture des Alpes-Maritimes. Sont concernés les quartiers du centre-ville, le Vieux-Nioce, et le secteur allant de la rue Trachel jusqu’à la Gare du Sud.

A Lyon, un couvre-feu est prévu sur la presqu’île à compter de 21H, a fait savoir le préfet de région, Etienne Guyot. Il sera maintenu jusqu’à mardio 6h du matin et concerne le secteur allant de l’hôtel de ville au nord à la place Carnot au sud. Les déplacements pour motif de santé, familiaux ou pour regagner son domicile sont tolérés, de même que ceux des élus ou des journalistes dans l’exercice de leur fonction. Youtes les manifestations sont interdites ce lundi soir.

Après les violences du 17 octobre, Sébastien Lecornu arbitre pour des couvre-feux localisés

La réaction de l’exécutif ne s’est pas fait attendre après les scènes de tensions, les dégradations et les pillages survenus lors du week-end du 17 octobre. S’exprimant sur la riposte de l’État, le Premier ministre Sébastien Lecornu a précisé le cadre de la réponse sécuritaire : la priorité est donnée à des mesures très ciblées géographique et temporellement, comme l’explique Le Figaro.

S’exprimant sur le perron de l’hôtel de Matignon, le chef du gouvernement a indiqué que le recours à l’état d’urgence n’était pas retenu à ce stade. Pour autant, précise-t-il, il pourra être instauré “si c’est utile”, souligne BFMTV. Il est à noter que le Premier ministre a aussi évoqué des mesures visant à permettre aux commerçants de “redémarrer très vite”, parmi lesquels figurent notamment un chômage partiel pour les magasins les plus dégradés ou les plus pillés. « C’est une mesure de protection de l’emploi. Il n’est pas question qu’il y ait de la casse sociale dans cette affaire après avoir connu la casse tout court », a déclaré Sébastien Lecornu.

 D’une façon générale, l’exécutif privilégie la mise en place de couvre-feux « partiels et localisés » déclenchés par les préfets. L’objectif est d’octroyer aux forces de l’ordre un outil juridique d’intervention directe dans les périmètres les plus sensibles pour protéger les commerces et limiter les rassemblements nocturnes, tout en préservant le fonctionnement normal du reste du territoire.

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Comment fonctionnent ces couvre-feux partiels et quelles sont les règles ?

Sur le plan juridique, la mesure s’appuie sur le pouvoir de police administrative des préfets de département. Concrètement, le dispositif ne s’applique pas de manière uniforme sur tout le territoire national, mais secteur par secteur, sur décision préfectorale.

  • Modalités d’application : Les interdictions de circuler sont calibrées selon les besoins locaux (souvent sur des plages horaires nocturnes allant par exemple de 21h ou 22h jusqu’à 5h ou 6h du matin).
  • Qui est concerné ? Toute personne se trouvant dans le périmètre délimité par l’arrêté préfectoral durant les heures d’interdiction, sauf motif légitime. Dans certains cas, les arrêtés peuvent cibler spécifiquement les mineurs non accompagnés.
  • Les dérogations prévues : Comme lors des dispositifs précédents, des attestations ou justificatifs permettent de déroger au couvre-feu pour des motifs impérieux : déplacements professionnels ne pouvant être différés, urgences médicales ou assistance à personne vulnérable, ou encore trajets vers ou depuis les gares et aéroports (sur présentation du titre de transport).
  • Sanctions : Le non-respect d’un arrêté préfectoral de couvre-feu expose les contrevenants à une amende forfaitaire (classe 4), pouvant être majorée en cas de récidive.

Zones, communes et départements concernés : la carte en cours de finalisation

À cette heure, les services préfectoraux des départements les plus touchés par les exactions du 17 octobre procèdent au cadrage géographique précis des arrêtés.

Les arbitrages territoriaux, les contours exacts des quartiers ou communes ciblés ainsi que les horaires précis doivent être formalisés par les préfectures tout au long de l’après-midi.

La rédaction mettra à jour cette section ville par ville dès la publication officielle des arrêtés par les autorités départementales.

De l’acronyme ACAB aux policiers tués, une même haine qui nous oblige à soutenir la police

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La cérémonie d'hommage officiel à Nordine El Talbi, le vendredi 16 octobre 2026, au Parc du Cinquantenaire, à Bruxelles. Le policier belge de 41 ans a été abattu lors d'une intervention policière dans la nuit de lundi à mardi, à Jette, Bruxelles © DIRK WAEM/BELGA/SIPA

En France mais aussi en Belgique, la police a besoin d’entendre le soutien de la population qu’elle protège


Lors des manifestations du 17 octobre, aux scènes apocalyptiques partout en France, les violences ont fait 250 blessés parmi les forces de l’ordre et le bilan aurait pu être bien plus lourd. Quelques jours plus tôt, un policier de 41 ans est mort à Bruxelles, tombé sous les balles. Nordine El Talbi, membre de la Brigade Anti-Agression, intervenait suite à ce que l’on a d’abord cru être un car jacking, mais qui semble être une opération montée par une bande pour subtiliser une cargaison de drogue dans le véhicule de l’une de ses rivales. Qu’importent les circonstances exactes, la mort d’un dépositaire de l’ordre public est un drame humain bien sûr, mais aussi une catastrophe pour une société de moins en moins apaisée.

Police lives matter !

Il ne fait pas bon être policier en des temps qui se troublent. De l’avis général, les interventions se compliquent : l’insécurité progresse à peu près partout dans les pays de l’Europe occidentale sur fond de trafic de drogue, d’immigration massive qui accroît les tensions et, plus globalement, de décivilisation qui alimente les comportements à risques ; du simple voyou des rues aux barons de la drogue, les criminels sont de plus en plus lourdement armés ; en manifestation, les blacks blocs agissent lâchement et masqués, allant jusqu’à utiliser des méthodes de guérilla compliquant le maintien de l’ordre.

Tout le monde animé d’un minimum de bon sens devrait soutenir la police, au moins au nom de la sécurité ; pourtant la violence à l’encontre des forces de l’ordre est alimentée par un narratif insidieusement véhiculé et amplifié par des hommes politiques d'(extrême) gauche et certains médias qui ne se refusent pas de relayer l’insupportable petite musique d’une police qui tuerait. Pourtant, rien n’est plus faux : l’immense majorité des interventions se passe sans encombre et les bavures restent rares. Et il est toujours bon de rappeler une vérité : pour ne pas avoir de problème avec la police, il suffit… de se comporter de façon respectable – ce qui aurait d’ailleurs permis à Nahel d’être toujours en vie.  

Climat de haine

Le rap a également contribué à nourrir cette haine envers les policiers. Bien que non spécialiste d’un genre qui a alimenté la violence au sein de la société et que je soupçonne d’avoir entretenu la bêtise générale depuis plusieurs décennies, mentionnons, parmi d’autres, les morceaux suivants : Fuck the Police du groupe Niggas With Attitude (NWA), Bavure de Jo Le Phéno, Fuck le 17 du groupe 13 Block… Pour les amis de la poésie, un extrait de ce dernier : « Me parle pas d’tonnes, c’est ceux d’tes potes, fuck le 17, mort aux porcs, À mort les cops, on les abîme ». Au moins, lorsque Victor Hugo dépeignait négativement l’inspecteur Javert dans Les Misérables, il le faisait avec un talent qui finissait quand même par rendre le personnage plus complexe qu’il n’y paraissait.

Dans ce climat de haine se multiplie, sur les murs ou les t-shirts, le slogan ACAB – et sa version codifiée (1312) -, issu initialement des manifestations des mineurs britanniques lors des années Thatcher, puis popularisé dans les stades de football d’Europe via les groupes Ultras, avant d’être repris massivement par les groupuscules d’extrême gauche. Époque oblige, un nouveau cri de ralliement est apparu : « Bismillah, c’est les ténèbres », qu’auraient utilisé, certes maladroitement, des policiers pour s’introduire dans les boucles des organisateurs des blocus étudiants ; depuis il est retourné contre les forces de l’ordre.

Paris, 13 octobre 2026 © Luis ABAD/SIPA

Continuum des violences

Bien sûr, la nuance nous invite à ne pas mettre au même niveau un slogan anti-police peint sur les murs par un adolescent entraîné par la baisse générale du niveau et le meurtre de policiers, mais il existe un continuum alimenté par une même haine, tout comme le martèlement de l’idée fausse que la police tuerait finit par alimenter un fond de l’air invitant à passer à l’acte contre ses représentants en uniforme. Chaque année, des policiers sont tués en mission et la profession est une des plus touchées par les suicides. Dès lors, et en hommage à tous ceux qui sont tombés en mission, un mot d’ordre doit s’imposer : soutenons les policiers !

«La Fin des temps» au Châtelet: il paraît que le conte japonais est envoûtant…

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"La Fin des temps" © Thomas Amouroux

Était-il indispensable de transposer à la scène le conte philosophique de l’écrivain japonais Haruki Murakami, La Fin du monde et le Pays des merveilles sans merci, sous le titre d’un spectacle intitulé La Fin des temps ?


Pour les Japonais peut-être. Pour nous Français, la question se pose. Car il faut vraiment que l’auteur du conte ait porté un nom universellement connu et que le metteur en scène de cette adaptation théâtrale et chorégraphique ait été Philippe Decouflé pour que l’on se soit hasardé à faire venir cette production à Paris.

Deux histoires

On ne sait rien de l’accueil qu’on lui a fait au Pays du Soleil levant. Ici, au Théâtre du Châtelet, il semble qu’elle ait séduit une bonne partie du public. Et pourtant, quel ennui que l’adaptation de ces deux histoires entremêlées, celle d’un jeune homme vivant dans une mégapole hostile, dangereuse, et qui redoute d’y perdre son âme, et celle d’un autre qui, lui, perd son ombre dans une cité étrange et totalitaire où s’ébrouent des licornes.

Il est probable que le livre de Murakami soit tout à fait envoûtant et qu’il délivre un message du plus grand intérêt. Mais, réduit aux scènes retenues pour l’adaptation théâtrale et à des dialogues dont le moins qu’on puisse dire est qu’ils ne sont pas renversants, l’ouvrage paraît terriblement insipide.

Un bonbon rose

L’utilisation de micros pour des acteurs qui s’expriment en langue japonaise semble ici parfaitement inutile quand les surtitrages suffiraient, puisqu’il est peu probable que le public possède la langue de Tanizaki, Kawabata ou Mishima, hormis quelques Japonais ou japonisants égarés là, dans la salle du Châtelet. Or ces micros contribuent à dénaturer les voix, à les rendre artificielles, comme dans les comédies musicales. Et à générer ainsi un certain désintérêt. Quant au jeu théâtral stéréotypé de certains des acteurs, il n’arrange pas les choses, même si, dans le cas le plus flagrant, celui de la jeune fille en rose, il correspond, aussi caricatural soit-il, à une réalité : celle de ces jeunes filles, au Japon en particulier, qui se sont transformées en poupées occidentales dont elles ont adopté le costume de foire et l’apparence sucrée.

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Les licornes

Pourtant, ici et là, entre deux tunnels de dialogues, se déroulent des scènes séduisantes pour le regard : ce paysage où les éléments végétaux du décor (K Ishihara) rappellent ces papiers découpés qui faisaient fureur dans les siècles passés et où folâtrent les licornes auxquelles Decouflé confère quelque chose de hiératique et charmant à la fois… même si lesdites licornes flirtent avec un je ne sais quoi de kitsch ; quelques séquences joliment chorégraphiées pour une dizaine de danseurs ;  ou encore les tenues (Ayako Maeda) extrêmement bien imaginées de ces créatures effroyables qui peuplent les souterrains des métropoles.

En découvrant l’ouvrage que des Japonais lui offraient de mettre en scène, Philippe Decouflé confesse avoir tout d’abord pensé que cela lui serait impossible. Avec autant de comédiens que de danseurs, il s’est malgré tout lancé dans l’entreprise. Mais vraiment, quel intérêt réel offre ce spectacle où s’intercalent deux contes se déroulant dans deux mondes antagonistes ?

Ici une mégapole violente et déshumanisée, là une cité onirique et totalitaire que garde un personnage ressemblant étrangement au Barthélémy des aventures de Philémon dans les bandes dessinées éponymes. Un spectacle qui apparaît comme le « digest » d’une œuvre littéraire dont on suppose, dont on espère qu’elle délivre un propos autrement plus élaboré que ce qu’on en devine au travers de sa transposition sur la scène.

La Fin des temps. 2h30

Jusqu’au 21 octobre 2026

Théâtre du Châtelet ; 01 40 28 28 40

La fin des temps

Prix: 10,90 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 6,88 €